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Alge Bre

Le document présente le cours d'Algèbre 1, axé sur l'étude des groupes et de l'arithmétique des entiers, avec des chapitres détaillant les permutations, les groupes, et les théorèmes associés. Il inclut des exercices et des corrigés pour renforcer l'apprentissage, ainsi qu'une bibliographie pour approfondir les connaissances. L'unité vise à établir des bases solides en théorie des groupes et en arithmétique, préparant les étudiants pour des études ultérieures en Algèbre 2.

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Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
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Algèbre 1

Cécile Armana
Licence de mathématiques L3
Université de Franche-Comté
2018-2019
II
Table des matières

Présentation de l’unité iii

I Le cours 1

1 Permutations d’un ensemble 3


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.1 Permutations et groupe symétrique . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.2 Cycles et décomposition en cycles . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.3 Signature d’une permutation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

2 Généralités sur les groupes 17


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.1 Définitions et premières propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.2 Morphismes de groupes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
2.3 Sous-groupes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
2.4 Sous-groupe engendré par une partie . . . . . . . . . . . . . . . . 28
2.5 Produit direct . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30

3 Ordre d’un élément, classes modulo un sous-groupe 35


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
3.1 Ordre d’un élément . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
3.2 Le groupe additif Z/nZ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
3.3 Classification des groupes monogènes et des groupes cycliques . . 41
3.4 Classes à gauche et à droite modulo un sous-groupe . . . . . . . 43

4 Groupes quotients, théorème d’isomorphisme 47


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
4.1 Sous-groupes normaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
4.2 Groupe quotient, théorème d’isomorphisme . . . . . . . . . . . . 50
4.3 Sous-groupes d’un groupe quotient . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
4.4 Produit semi-direct . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
4.5 Groupe diédral . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58

i
ii Table des matières

5 Actions de groupes, théorèmes de Sylow 61


Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
5.1 Action d’un groupe sur un ensemble . . . . . . . . . . . . . . . . 61
5.2 Stabilisateurs, orbites, équation des classes . . . . . . . . . . . . . 64
5.3 p-groupes et théorèmes de Sylow . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69

6 Arithmétique dans Z 75
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
6.1 L’anneau Z et son arithmétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
6.2 L’anneau Z/nZ et son arithmétique . . . . . . . . . . . . . . . . 85
6.3 Constructions de N et de Z . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93

Annexe 1 : relation d’équivalence, ensemble quotient 99

Annexe 2 : synthèse des groupes rencontrés 103

II Les exercices 105

Exercices du chapitre 1 107

Exercices du chapitre 2 111

Exercices du chapitre 3 115

Exercices du chapitre 4 119

Exercices du chapitre 5 123

Exercices du chapitre 6 127

III Les corrigés des exercices 131

Corrigé des exercices du chapitre 1 133

Corrigé des exercices du chapitre 2 141

Corrigé des exercices du chapitre 3 151

Corrigé des exercices du chapitre 4 159

Corrigé des exercices du chapitre 5 169

Corrigé des exercices du chapitre 6 177


Présentation de l’unité

L’unité Algèbre 1 vise à :


— d’une part acquérir des connaissances de base et avancées sur les groupes,
qui sont des structures algébriques fondamentales ;
— d’autre part étudier l’arithmétique des entiers, dans laquelle intervient la
théorie des groupes, et qui fournit aussi les premiers exemples d’anneaux
que sont Z et Z/nZ.
L’étude des anneaux sera développée et approfondie au semestre 6 avec l’unité
Algèbre 2.

Prérequis
Nous supposerons acquis les notions et résultats usuels de théorie des en-
sembles, ainsi que l’arithmétique élémentaire. Pour cette dernière, une partie du
chapitre 6 peut tenir lieu de rappels et être lue indépendamment des chapitres
précédents. Afin de mieux comprendre les enjeux de cette unité et de la replacer
dans un contexte mathématique plus général, le cours sera régulièrement illustré
d’exemples et exercices faisant appel à vos connaissances antérieures d’algèbre
linéaire et bilinéaire.

Le cours
Le contenu du cours s’organise selon le plan suivant :
Chapitre 1 : Permutations d’un ensemble ;
Chapitre 2 : Généralités sur les groupes ;
Chapitre 3 : Ordre d’un élément, classes modulo un sous-groupe ;
Chapitre 4 : Groupes quotients, théorème d’isomorphisme ;
Chapitre 5 : Actions de groupes, théorèmes de Sylow ;
Chapitre 6 : Arithmétique dans Z.
Les chapitres 1 à 5 portent sur la théorie des groupes. Le chapitre 6 est consacré
à l’arithmétique des entiers. Il n’est pas tout à fait indépendant des précédents :
on y démontre certains résultats sur les groupes ou qui utilisent la théorie des
groupes. Inversement, les cinq premiers chapitres peuvent faire appel à des
résultats d’arithmétique élémentaire qui sont supposés connus (en cas de besoin,
des rappels sont donnés dans le chapitre 6).

iii
iv Table des matières

Le cours est suivi de deux annexes :


— la première, page 99, reprend, sans démonstration, des prérequis sur les
relations d’équivalences et leurs ensembles quotients, indispensables pour
aborder cette unité ;
— la seconde, page 103, présente une synthèse des principaux groupes et
procédés de construction de groupes rencontrés dans le cours.

Les exercices

Les différents types d’exercices sont identifiés par la nomenclature suivante


qui concerne la priorité d’apprentissage (et non nécessairement la difficulté) :
 exercice fondamental
 exercice important
 exercice d’approfondissement.
Au fil de chaque chapitre seront indiqués les exercices qui peuvent être traités.
Il est conseillé de travailler prioritairement tous les exercices signalés comme
fondamentaux, d’application directe du cours, ou importants. Les exercices d’ap-
profondissement sont aussi à étudier : ils ne sont pas toujours plus difficiles que
les autres et permettent de consolider vos connaissances en vue de l’examen.

Une bibliographie
Une liste d’ouvrages couvrant les thèmes de l’unité est donnée ci-dessous. Il
n’est pas indispensable de les consulter mais ils peuvent apporter à ce cours,
compléments, précisions, et exercices d’entraînement supplémentaires.
— Josette Calais, Éléments de théorie des groupes, Presses Universitaires de
France, 1998
— Jean Delcourt, Théorie des groupes, Eyrolles, 2007
— Jean-Pierre Escofier, Toute l’algèbre de la licence, Dunod, 2011.
Première partie

Algèbre 1
Le cours

1
Chapitre 1

Permutations d’un ensemble

Introduction
Nous commençons ce cours par l’étude d’un groupe particulier : le groupe
symétrique c’est-à-dire le groupe des permutations d’un ensemble. Il joue un
rôle important pour des raisons historiques (c’est par son étude que la notion de
groupe abstrait a commencé à apparaître, notamment via les travaux de Galois) et
mathématiques (le théorème de Cayley, qui sera démontré au chapitre 2, affirme
que tout groupe peut se voir comme sous-groupe d’un groupe symétrique).
Vous avez déjà rencontré le groupe symétrique à travers la notion de détermi-
nant d’une matrice en algèbre linéaire. Comme il se manipule de manière concrète,
c’est un exemple de groupe qui vous sera utile pour appréhender les concepts
fondamentaux des chapitres suivants.

1.1 Permutations et groupe symétrique


Soit E un ensemble non vide.
Définition 1.1
Une permutation de E est une bijection de E dans E. L’ensemble des
permutations de E est noté SE , ou encore SE , et appelé le groupe symétrique
de E.
Un cas particulier important est celui où E est un ensemble fini. S’il est
de cardinal n, alors quitte à numéroter ses éléments on peut supposer que
E = {1, . . . , n} et on note son groupe symétrique Sn . Les éléments du groupe
symétrique, c’est-à-dire les permutations de E, sont souvent désignés par la lettre
grecque σ (sigma).
Proposition 1.2
Le cardinal de Sn est n!.

Démonstration. Une permutation σ de {1, . . . , n} est déterminée par le n-uplet de


ses valeurs (σ(1), . . . , σ(n)), qui doivent être deux à deux distinctes dans {1, . . . , n}

3
4 Chapitre 1. Permutations d’un ensemble

par injectivité de σ. De plus, à tout n-uplet (a1 , . . . , an ) avec ai ∈ {1, . . . , n} et


les ai deux à deux distincts, on associe l’application σ : {1, . . . , n} → {1, . . . , n}
donnée par σ(i) = ai ; l’application σ est alors injective par construction, et
bijective car c’est une application injective entre deux ensembles à n éléments ;
donc σ est une permutation.
Dénombrer Sn revient donc à dénombrer les n-uplets (a1 , . . . , an ) avec ai ∈
{1, . . . , n} et les ai deux à deux distincts. Pour a1 , il y a n choix possibles dans
{1, . . . , n}. Le choix de a1 étant effectué, il y a ensuite n − 1 choix possibles pour
a2 car a2 6= a1 . De même il y a ensuite n − 2 choix possibles pour a3 , puisque
a3 6= a1 et a3 6= a2 . On procède ainsi par récurrence sur n : le nombre de choix
possibles pour le n-uplet (a1 , . . . , an ) est n(n − 1) · · · 1 = n!.

Pour bien se rendre compte du nombre d’éléments du groupe symétrique Sn ,


rappelons les premières valeurs prises par la factorielle 1 :

n 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
n! 1 2 6 24 120 720 5040 40320 362880 3628800

On représente de manière conventionnelle la permutation σ sous forme d’un


tableau à deux lignes comme suit :
!
1 2 ··· n
.
σ(1) σ(2) · · · σ(n)

Exemple 1.3. Les deux éléments de S2 sont :


! !
1 2 1 2
,
1 2 2 1

et les six éléments de S3 sont :


! ! !
1 2 3 1 2 3 1 2 3
e= , s1 = , s2 = ,
1 2 3 2 3 1 3 1 2
! ! !
1 2 3 1 2 3 1 2 3
t1 = , t2 = , t3 = .
1 3 2 3 2 1 2 1 3

Composer deux permutations d’un même ensemble E donne à nouveau une


permutation de E. La composition, notée ◦ et qui se lit « rond », est donc une
loi interne sur l’ensemble SE .

Exemple 1.4. Dans S3 , on a

(s1 ◦ t3 )(1) = s1 (t3 (1)) = s1 (2) = 3,


(s1 ◦ t3 )(2) = s1 (t3 (2)) = s1 (1) = 2,
(s1 ◦ t3 )(3) = s1 (t3 (3)) = s1 (3) = 1
1. On rappelle que n! se lit « factorielle n ».
1.1. Permutations et groupe symétrique 5

! !
1 2 3 1 2 3
donc s1 ◦t3 = = t2 . Un calcul similaire donne t3 ◦s1 = = t1 .
3 2 1 1 3 2
On remarque que s1 ◦ t3 6= t3 ◦ s1 donc la loi ◦ n’est pas commutative dans S3 .
Plus généralement, elle n’est pas commutative dans Sn dès que n ≥ 3 (cela se
démontre par un calcul similaire faisant intervenir les permutations s et t de Sn
obtenues en prolongeant respectivement s1 et t3 par s(i) = i et t(i) = i pour tout
i > 3).

Définition 1.5
La permutation idE , définie par idE (x) = x pour tout x ∈ E, est appelée
la permutation identité de E. Si E = {1, . . . , n}, on la note idn , ou id s’il n’y
a pas de confusion possible.

Proposition 1.6

1. (Associativité de ◦) Pour tous σ1 , σ2 , σ3 dans SE , on a

σ1 ◦ (σ2 ◦ σ3 ) = (σ1 ◦ σ2 ) ◦ σ3 .

2. (idE est l’élément neutre de ◦) Pour tout σ ∈ SE on a

idE ◦ σ = σ = σ ◦ idE .

3. (Existence d’un inverse à tout élément de SE ) Pour tout σ ∈ SE il


existe une unique permutation ρ ∈ SE telle que

σ ◦ ρ = idE = ρ ◦ σ.

Cet inverse ρ est noté σ −1 .

Démonstration. 1. La composition des applications est toujours associative.


2. C’est une vérification immédiate.
3. La permutation ρ n’est autre que la bijection réciproque σ −1 de σ.

Au chapitre suivant, nous verrons la notion de groupe en toute généralité et la


proposition 1.6 traduira le fait que l’ensemble SE muni de la loi de composition
est un groupe.
Définition 1.7
Soit σ ∈ SE . Un élément x ∈ E est dit fixe par σ lorsque σ(x) = x. On
parle aussi de point fixe de σ. Le support de σ est l’ensemble des x ∈ E tels
que σ(x) 6= x. On le note supp(σ).

Le support est donc l’ensemble des éléments non fixes par σ.


6 Chapitre 1. Permutations d’un ensemble

!
1 2 3 4
Exemple 1.8. La permutation dans S4 a pour points fixes 2 et 4.
3 2 1 4
Son support est {1, 3}.

Voici une situation importante où deux permutations sont autorisées à com-


muter.
Proposition 1.9
Pour toutes permutations σ, σ ′ à supports disjoints (c’est-à-dire satisfaisant
supp(σ) ∩ supp(σ ′ ) = ∅) on a σ ◦ σ ′ = σ ′ ◦ σ.

Démonstration. Voir l’exercice 1.4.

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 1.4 
— exercice 1.6 
— exercice 1.9 (sauf la question 3) 

1.2 Cycles et décomposition en cycles


Pour alléger les notations, on écrit dorénavant σ1 σ2 au lieu de σ1 ◦σ2 lorsque σ1
et σ2 sont deux permutations de E, et on parlera de produit au lieu de composition.
Comme vu auparavant, il faut prendre garde à ce que σ1 et σ2 ne commutent
pas en général pour cette loi.
Définition 1.10
Si ℓ ∈ N, ℓ ≥ 1, on note σ ℓ la permutation σ . . ◦ σ}. On pose σ 0 = idE .
| ◦ .{z
ℓ fois
Si ℓ ∈ Z, ℓ < 0, on note σ ℓ la permutation (σ −1 )−ℓ .

On peut alors montrer qu’on a les règles de calcul, valables pour tous k et ℓ
dans Z :
σ k σ ℓ = σ k+ℓ = σ ℓ σ k et (σ k )ℓ = σ kℓ = (σ ℓ )k .

Jusqu’à la fin de ce chapitre, nous supposerons que E = {1, . . . , n} et nous


intéressons au groupe symétrique Sn .

1.2.1 Cycles
Nous introduisons les permutations qui permutent de manière cyclique un
certain nombre d’éléments : elles jouent un rôle particulier dans l’étude de Sn .
Définition 1.11
Soit k un entier supérieur ou égal à 2. Une permutation σ ∈ Sn est appelée
un cycle de longueur k s’il existe k éléments deux à deux distincts a1 , . . . , ak
dans {1, . . . , n} tels que σ(a1 ) = a2 , σ(a2 ) = a3 , . . . , σ(ak−1 ) = ak , σ(ak ) = a1
et si tout élément de {1, . . . , n} distinct de a1 , . . . , ak est fixe par σ.
1.2. Cycles et décomposition en cycles 7

On dira aussi k-cycle pour un cycle de longueur k. Noter que l’entier k est
nécessairement inférieur ou égal à n.
On note (a1 , a2 , . . . , ak ) le k-cycle de la définition 1.11, les points fixes étant
omis de l’écriture. Cette notation a le mérite d’être plus compacte que celle
comme tableau à deux lignes mais elle existe uniquement pour les cycles. Le
support du k-cycle (a1 , . . . , ak ) est {a1 , . . . , ak }.
Voici une représentation graphique d’un 5-cycle (a1 , a2 , a3 , a4 , a5 ) :

a2
a3

a1

a4
a5

On constate que si σ est un k-cycle dans Sn alors σ k = idn et pour tout


i ∈ {1, . . . , k − 1} on a σ i 6= idn . Dans le langage du chapitre 3, nous dirons qu’un
k-cycle est d’ordre k.
Définition 1.12
Une transposition est un 2-cycle dans Sn .

Exemple 1.13. Dans l’exemple 1.3 de S3 , on peut écrire :


! !
1 2 3 1 2 3
s1 = = (1, 2, 3), s2 = = (1, 3, 2),
2 3 1 3 1 2
! ! !
1 2 3 1 2 3 1 2 3
t1 = = (2, 3), t2 = = (1, 3), t3 = = (1, 2).
1 3 2 3 2 1 2 1 3

Les permutations t1 , t2 , t3 sont des transpositions et s1 , s2 sont des 3-cycles.


De manière générale lorsque n ≥ 4, il existe!des permutations dans Sn qui ne
1 2 3 4
sont pas des cycles : par exemple dans S4 . Néanmoins un résultat
2 1 4 3
important du chapitre sera qu’une permutation quelconque se décompose en
produit de cycles.
Remarque 1.14. Attention : l’écriture en ligne d’un cycle n’est pas unique. Un
même cycle peut s’écrire des k façons différentes qui suivent :

(a1 , a2 , . . . , ak−1 , ak ) = (a2 , . . . , ak−1 , ak , a1 ) = · · · = (ak , a1 , a2 , . . . , ak−1 ).

Par exemple le 5-cycle (4, 3, 5, 1, 2) peut s’écrire :

(4, 3, 5, 1, 2) = (3, 5, 1, 2, 4) = (5, 1, 2, 4, 3)


= (1, 2, 4, 3, 5) = (2, 4, 3, 5, 1).

Noter que ce cycle n’est pas le même que (1, 2, 3, 4, 5), par exemple.
8 Chapitre 1. Permutations d’un ensemble

L’énoncé qui suit présente le comportement des cycles vis-à-vis de la conju-


gaison, une opération que nous retrouverons dans l’étude générale des groupes.
Proposition 1.15

1. Si σ ∈ Sn et si (a1 , . . . , ak ) est un k-cycle alors σ (a1 , . . . , ak ) σ −1 est


le k-cycle (σ(a1 ), . . . , σ(ak )).
2. Si c1 et c2 sont deux cycles dans Sn de même longueur, il existe σ ∈ Sn
tel que c2 = σc1 σ −1 (on dit que c1 et c2 sont conjugués dans Sn ).

Démonstration. Voir l’exercice 1.8.

1.2.2 Décomposition en cycles


Exemple 1.16. Avant d’étudier le principe général, voyons comment décomposer
une permutation donnée en produit de ! cycles à supports deux à deux disjoints.
1 2 3 4 5 6 7 8 9
Soit σ = ∈ S9 . Comme σ(1) = 6, la permutation
6 4 1 2 5 3 8 9 7
commence par le cycle (1, 6, ...). Comme σ(6) = 3, elle continue en (1, 6, 3, ...).
Enfin σ(3) = 1, qui était la première valeur du cycle donc la parenthèse est fermée
et σ contient le cycle (1, 6, 3) dans sa décomposition. Le plus petit entier qui
n’est pas intervenu dans cette discussion est 2 : par le même procédé, on écrit
(1, 6, 3)(2, ...) puis (1, 6, 3)(2, 4) car σ(2) = 4 et σ(4) = 2. Le plus petit entier qui
n’est pas intervenu étant 5, on regarde σ(5). Comme σ(5) = 5, 5 est un point
fixe : il ne donne lieu à aucun cycle. On termine en regardant de même σ(7),
σ(σ(7)), etc. L’ensemble {1, . . . , 9} ayant été épuisé, on obtient

σ = (1, 6, 3)(2, 4)(7, 8, 9).

On peut représenter graphiquement cette décomposition comme suit :

6 8

1 4 2 7 5

3 9

Si nous avions commencé la procédure en regardant, par exemple, l’image de 2


au lieu de celle de 1, la décomposition obtenue aurait eu les mêmes cycles mais
dans un ordre différent (nous conseillons aux lecteurs d’écrire cette décomposition).
Le théorème 1.21 généralisera ces observations.

Exemple 1.17. Considérons une permutation donnée par un produit de cycles


non nécessairement à supports disjoints. On peut utiliser la procédure précédente
pour la décomposer en produit de cycles à supports deux à deux disjoints,
en prenant garde au sens de calcul de la composée, qui s’effectue « de droite
1.2. Cycles et décomposition en cycles 9

à gauche » : (σ1 σ2 σ3 )(x) = σ1 (σ2 (σ3 (x))). Par exemple, pour décomposer la
permutation (1, 3, 2)(1, 3)(1, 4) dans S4 , on écrit :

(1,4) (1,3) (1,3,2)


1 7−→ 4 7−→ 4 7−→ 4 ,
(1,4) (1,3) (1,3,2) ✄
4 7−→ 1 7−→ 3 7−→ ✂2 ✁,
✄ (1,4) (1,3) (1,3,2)
✂2 ✁7−→ 2 7−→ 2 7−→ 1 ,
(1,4) (1,3) (1,3,2)
3 7−→ 3 7−→ 1 7−→ 3.

Donc
(1, 3, 2)(1, 3)(1, 4) = (1, 4, 2).

Le procédé vu dans l’exemple 1.16 nous amène à introduire la relation suivante.


Définition 1.18
Soient x et y dans {1, . . . , n}. On dit que x est σ-équivalent à y lorsqu’il
existe m ∈ Z tel que x = σ m (y).

La σ-équivalence est une relation réflexive, symétrique, et transitive : en effet,


x = σ 0 (x), puis x = σ m (y) implique y = σ −m (x), et enfin x = σ m (y) avec
y = σ k (z) entraîne x = σ m+k (z). C’est donc une relation d’équivalence sur
l’ensemble {1, . . . , n} (voir l’annexe page 99 pour des rappels).
Définition 1.19
Une classe d’équivalence pour la relation de σ-équivalence est appelée une
σ-orbite.

Exemple 1.20. Dans l’exemple 1.16, la σ-orbite de 1 est {1, 3, 6} et la σ-orbite


de 5 est {5}.

Théorème 1.21
Toute permutation de Sn distincte de idn est un produit de cycles à
supports deux à deux disjoints. De plus cette écriture est unique à l’ordre
près des cycles.

Cette décomposition ne peut pas être unique au sens strict puisqu’on sait que
deux permutations à supports disjoints commutent (proposition 1.9).

Démonstration. Suivons le principe de l’exemple 1.16. Comme toute relation


d’équivalence, l’ensemble {1, . . . , n} admet une partition en classes d’équivalence
c’est-à-dire en σ-orbites, notées C1 , . . . , Cr :

{1, . . . , n} = C1 ⊔ · · · ⊔ Cr .

Considérons une telle σ-orbite C. Elle est :


— soit ponctuelle c’est-à-dire C = {x}, auquel cas x est un point fixe de σ ;
10 Chapitre 1. Permutations d’un ensemble

— soit de cardinal au moins égal à 2, auquel cas on peut lui associer un


cycle de support C par le procédé suivant. Par définition, il existe x ∈ C
tel que C = {σ m (x) | m ∈ Z}. L’ensemble C étant fini, il existe m > k
dans Z satisfaisant σ m (x) = σ k (x) d’où σ m−k (x) = x. Soit donc ℓ le
plus petit entier strictement positif tel que σ ℓ (x) = x. De plus ℓ est
supérieur ou égal à 2 : sinon x serait un point fixe, donc l’orbite serait
ponctuelle, ce qui est exclu. On a alors C = {x, σ(x), . . . , σ ℓ−1 (x)}. Posons
c = (x, σ(x), . . . , σ ℓ−1 (x)) : c’est un ℓ-cycle de support C qui satisfait
c|C = σ|C .
Pour reprendre l’exemple 1.17 : si C est la σ-orbite {1, 3, 6} alors posons par
exemple x = 6 dans C ; on a σ(x) = 3, σ 2 (x) = 1, σ 3 (x) = 6 = x donc ℓ = 3 et le
cycle construit à partir de C est c = (6, 3, 1) = (1, 6, 3).
Notons c1 , . . . , cs les cycles ainsi associés aux σ-orbites non ponctuelles (il en
existe au moins un car σ 6= idn ). Par construction, leurs supports sont deux à
deux disjoints. Enfin en comparant σ(y) et (c1 · · · cs )(y) pour tout y ∈ {1, . . . , n},
on voit que σ = c1 · · · cs .
Pour l’unicité de l’écriture à l’ordre près : supposons avoir :

σ = c1 · · · cs = d1 · · · dt

où les ci (resp. di ) sont des cycles à supports deux à deux disjoints. Notons
Ci (resp. Di ) le support de ci (resp. di ). Soit x appartenant à Di . Comme les
supports sont disjoints deux à deux, parmi les d1 , . . . , dt seul le cycle di ne fixe
pas x. On a donc σ(x) = di (x) d’où, pour tout k ∈ Z, σ k (x) = dki (x). Ainsi Di
est une σ-orbite non ponctuelle, celle de x, et di = σ|Di . Un argument similaire
montre que Ci est aussi une σ-orbite non ponctuelle. Or la partition en σ-orbites
est unique. Comme Ci et Di sont non ponctuelles, on a donc Di = Ci , quitte à
renuméroter les orbites. On en déduit di|Di = σ|Di = σ|Ci = ci|Ci . Un cycle étant
déterminé par sa restriction à son support, on conclut que di = ci . Ceci étant
valable pour tout i, on a aussi s = t.

Corollaire 1.22
Supposons n ≥ 2. Toute permutation de Sn est un produit de transpo-
sitions. Dans cette écriture, on peut se restreindre aux transpositions de la
forme (1, i) avec 2 ≤ i ≤ n, ou encore de la forme (i, i + 1) avec 1 ≤ i ≤ n − 1.

Démonstration. La permutation identité est produit de transpositions car comme


n ≥ 2 elle s’écrit idn = (1, 2)(1, 2).
D’après le théorème 1.21, toute permutation distincte de idn est un produit
de cycles. Il reste à montrer que tout cycle est un produit de transpositions. Or
si k ≥ 2 on a :

(a1 , . . . , ak ) = (a1 , ak )(a1 , . . . , ak−1 )


= (a1 , ak )(a1 , ak−1 )(a1 , . . . , ak−2 )
= ···
= (a1 , ak )(a1 , ak−1 ) · · · (a1 , a2 ).
1.3. Signature d’une permutation 11

Cela prouve la première assertion du corollaire. Pour se restreindre aux transpo-


sitions de la forme (1, i), il suffit de constater que (i, j) = (1, j)(1, i)(1, j). Enfin
on a (1, i) = (i − 1, i)(1, i − 1)(i − 1, i), puis une récurrence sur i ≥ 2 montre que
toute transposition de la forme (1, k) s’écrit comme produit de transpositions de
la forme (i, i + 1).

Remarque 1.23. 1. L’énoncé du corollaire est encore vrai pour n = 1 :


dans ce cas le produit est vide et désigne par convention l’identité.
2. L’énoncé ne contient aucune assertion sur les supports, contrairement au
théorème 1.21. En particulier, ces transpositions ne commutent générale-
ment pas entre elles.
3. Il peut être utile de connaître, ou de savoir retrouver, les formules suivantes
vues dans la démonstration du corollaire :

(a1 , . . . , ak ) = (a1 , ak )(a1 , ak−1 ) · · · (a1 , a2 )


(i, j) = (1, j)(1, i)(1, j).

4. Contrairement à celle en produit de cycles, la décomposition en produit de


transpositions n’est pas unique, même à l’ordre près. En décomposant en
cycles à supports deux à deux disjoints puis en utilisant
! la preuve du corol-
1 2 3 4 5 6
laire 1.22, on obtient pour σ = , les décompositions
1 3 2 5 6 4
suivantes :

σ = (2, 3)(4, 5, 6) = (2, 3)(4, 6)(4, 5)


= (1, 3)(1, 2)(1, 3)(1, 6)(1, 4)(1, 6)(1, 5)(1, 4)(1, 5).

Noter que le nombre de facteurs dans les deux décompositions en trans-


positions est respectivement 3 et 9, qui sont distincts mais tous deux
impairs. Nous démontrerons de manière générale que la parité du nombre
de transpositions dans une décomposition de σ ne dépend que de σ. La
notion de signature expliquera ce fait.

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 1.1 (sauf la question 1c) 
— exercice 1.2 (sauf ce qui concerne la signature et le groupe alterné) 
— exercice 1.3 
— exercice 1.8 

1.3 Signature d’une permutation

Définition 1.24
Soit σ ∈ Sn . Une inversion de σ est un couple (i, j) avec i et j dans
{1, . . . , n} vérifiant i < j et σ(i) > σ(j). Le nombre d’inversions de σ est
noté I(σ). La signature de σ est le nombre ε(σ) = (−1)I(σ) c’est-à-dire la
12 Chapitre 1. Permutations d’un ensemble

parité du nombre d’inversions. Si ε(σ) vaut 1 (resp. −1), on dit que σ est une
permutation paire (resp. impaire).

On définit ainsi l’application signature ε : Sn → {±1} (c’est la lettre grecque


epsilon). Elle dépend de n, mais on ne fait pas apparaître cette dépendance dans
la notation ε. Rappelons que la signature intervient en algèbre linéaire dans la
définition du déterminant d’une matrice (voir aussi l’exercice 1.9 à ce sujet).

! !
1 2 1 2 3 4
Exemple 1.25. ε(idn ) = 1 ; ε( ) = −1 ; ε( ) = (−1)3 = −1
2 1 2 3 4 1
!
1 2 3 4
car il y a trois inversions ((1, 4), (2, 4) et (3, 4)) ; ε( ) = (−1)2 = 1
2 1 4 3
car il y a deux inversions ((1, 2) et (3, 4)).

Calculer la signature à partir du nombre d’inversions s’avère fastidieux dès que


n est un peu grand (donnez-vous une permutation quelconque de S9 et essayez
de calculer sa signature ainsi...).
Nous allons voir une méthode de calcul beaucoup plus aisée qui repose sur
des propriétés fondamentales de la signature.

Lemme 1.26
On a
Y σ(i) − σ(j)
ε(σ) = .
1≤i<j≤n
i−j

Y
Démonstration. Par bijectivité de σ, le numérateur (σ(i) − σ(j)) et le
1≤i<j≤n
Y
dénominateur (i − j) sont non nuls, et égaux au signe près. De plus le
1≤i<j≤n
signe du produit :
Y σ(i) − σ(j)
1≤i<j≤n
i−j

est donné par la parité de I(σ) c’est-à-dire (−1)I(σ) .

Au chapitre 2 on résumera la propriété suivante en disant que la signature est


un morphisme de groupes.

Théorème 1.27
Pour tous σ1 et σ2 dans Sn , on a ε(σ1 σ2 ) = ε(σ1 )ε(σ2 ).
1.3. Signature d’une permutation 13

Démonstration. On écrit, en utilisant le lemme précédent et la bijectivité de σ2 ,


Y σ1 (σ2 (i)) − σ1 (σ2 (j))
ε(σ1 σ2 ) =
1≤i<j≤n
i−j
Y σ1 (σ2 (i)) − σ1 (σ2 (j)) Y σ2 (i) − σ2 (j)
=
1≤i<j≤n
σ2 (i) − σ2 (j) 1≤i<j≤n
i−j
Y σ1 (x) − σ1 (y) Y σ2 (i) − σ2 (j)
= = ε(σ1 )ε(σ2 )
1≤x<y≤n
x−y 1≤i<j≤n
i−j

On a posé (x, y) = (σ2 (i), σ2 (j)) si σ2 (i) ≤ σ2 (j), et (x, y) = (σ2 (j), σ2 (i)) sinon.
On peut montrer que (i, j) 7→ (x, y) est une bijection de de {1, . . . , n}2 dans
lui-même, ce qui permet de faire un changement d’indices dans le produit comme
ci-dessus.

Corollaire 1.28

1. La signature d’une transposition est −1.


2. La signature d’un cycle de longueur k est (−1)k−1 .
3. Soit σ ∈ Sn . Si r est le nombre de σ-orbites alors ε(σ) = (−1)n−r .

Démonstration. 1. L’égalité (1, i) = (i − 1, i)(1, i − 1)(i − 1, i) et le théo-


rème 1.27 montrent que ε((1, i)) = ε((i − 1, i))2 ε((1, i − 1)) = ε((1, i − 1)).
Par une récurrence sur i on en déduit ε((1, i)) = ε((1, 2)) pour tout i ≥ 2.
Or la transposition (1, 2) de Sn n’a qu’une inversion donc sa signature
vaut −1. On conclut pour une transposition quelconque en utilisant la
relation
(i, j) = (1, j)(1, i)(1, j).
2. Soit c le cycle (a1 , . . . , ak ). L’égalité c = (a1 , ak )(a1 , ak−1 ) · · · (a1 , a2 ), com-
binée au théorème et au premier point du corollaire, donne directement
ε(c) = (−1)k−1 .
3. Notons {1, . . . , n} = C1 ⊔ · · · ⊔ Cr la partition en σ-orbites. Quitte à
les renuméroter, on peut supposer que C1 , . . . , Cs sont les orbites non
ponctuelles (c’est-à-dire non réduites à un singleton) et Cs+1 , . . . , Cr les
orbites ponctuelles. À partir de C1 , . . . , Cs on construit les cycles c1 , . . . , cs
à supports deux à deux disjoints comme dans la preuve du théorème 1.21
et on a montré que σ = c1 · · · cs . La considération des cardinaux dans
la partition donne n = ℓ(c1 ) + . . . + ℓ(cs ) + (r − s) où ℓ(ci ) désigne la
longueur du cycle ci et r − s est le nombre d’orbites ponctuelles c’est-à-dire
le nombre de points fixes. D’après le théorème 1.27 la signature de σ est
donc

ε(σ) = ε(c1 ) · · · ε(cs ) = (−1)ℓ(c1 )−1 · · · (−1)ℓ(cs )−1 = (−1)ℓ(c1 )+···+ℓ(cs )−s
= (−1)n−r .
14 Chapitre 1. Permutations d’un ensemble

Le corollaire fournit une méthode efficace pour calculer la signature d’une


permutation donnée : on la décompose d’abord en cycles à supports deux à
deux disjoints, puis on utilise la propriété de morphisme de la signature et la
connaissance de la signature des cycles. Cette manière de calculer la signature
est, en général, largement préférable à celle reposant sur le nombre d’inversions.
Exemple 1.29. En utilisant la décomposition en cycles à supports deux à deux
disjoints, on a :
!
1 2 3 4 5 6 7 8
ε( ) = ε((1, 2, 8)(3, 6)(4, 5)) = (−1)3−1 (−1)(−1) = 1.
2 8 6 5 4 3 7 1
Noter que cette permutation a quatre σ-orbites : {1, 2, 8}, {3, 6}, {4, 5}, {7}. On
retrouve ainsi que la signature est (−1)8−4 = 1.
Le premier point du corollaire 1.28 entraîne que l’application signature
ε : Sn −→ {±1}
est surjective quand n ≥ 2. Il montre aussi que si σ = τ1 · · · τm = τ1′ · · · τk′
sont deux décompositions en transpositions d’une même permutation σ, alors
(−1)I(σ) = ε(σ) = (−1)m = (−1)k : ainsi les entiers m et k ont même parité, qui
est aussi la parité de I(σ). Cela explique l’observation de la remarque 1.23.4.
Définition 1.30
Pour n ≥ 2, le groupe alterné est l’ensemble des permutations paires
c’est-à-dire de signature 1. On le note An , ou encore An .

D’après le théorème 1.27, le groupe alterné est stable par multiplication (le
produit de deux permutations paires est une permutation paire).
Proposition 1.31
Le groupe alterné An est de cardinal n!/2.

Démonstration. Soit τ (lettre grecque tau) une transposition quelconque de Sn .


Si σ est paire alors στ est impaire d’après le théorème 1.27. On a ainsi une
application
f : An −→ Sn − An
σ 7−→ στ.
De plus f est bijective, de bijection réciproque
g : Sn − An −→ An
σ 7−→ στ.
(vérifier que f ◦ g = id et g ◦ f = id). Donc on a Card(An ) = Card(Sn − An ).
Comme Sn = An ⊔ (Sn − An ), on en déduit le cardinal de An .

Nous poursuivrons l’étude du groupe symétrique et du groupe alterné au fil


des prochains chapitres.

Concluons ce chapitre par quelques remarques de synthèse. Nous avons vu


qu’il existe différentes façons de noter une permutation :
1.3. Signature d’une permutation 15

!
1 2 3 4
— celle comme un tableau à deux lignes : par exemple ; cette
3 2 1 4
notation est valable pour toute permutation et ne contient aucune ambi-
guïté ;
— celle comme un cycle (1, 5, 4, 8) : elle est plus compacte que la précédente,
puisque les points fixes sont omis, mais n’est valable que pour un cycle. Par
ailleurs cette écriture n’est pas unique, au sens où (1, 5, 4, 8), (5, 4, 8, 1),
(4, 8, 1, 5) et (8, 1, 5, 4) représentent le même cycle (mais (1, 4, 8, 5) est un
cycle différent).
Nous avons aussi démontré plusieurs résultats de factorisation d’une permutation :
— celle comme produit de cycles à supports deux à deux disjoints : elle a
l’avantage d’être unique, à l’ordre près des termes, et ses termes commutent.
Elle permet aussi de calculer la signature de la permutation. Nous verrons
au chapitre 3 qu’elle facilitera aussi le calcul de l’ordre de la permutation.
— celle comme produit de transpositions : elle n’est pas unique et les transpo-
sitions qui la constituent ne commutent pas entre elles de manière générale.
Néanmoins cette factorisation contient la signature de la permutation :
c’est la parité du nombre de transpositions.
 Exercices pouvant être traités :
— exercice 1.1 (question 1c) 
— exercice 1.2 (ce qui concerne la signature et le groupe alterné) 
— exercice 1.5 
— exercice 1.7 
— exercice 1.9 
16 Chapitre 1. Permutations d’un ensemble
Chapitre 2

Généralités sur les groupes

Introduction
Nous abordons à proprement parler la notion de groupe. Après avoir donné
quelques exemples classiques, dont le groupe symétrique défini au chapitre 1, nous
définissons des concepts usuels associés à cette structure algébrique : morphismes,
sous-groupes, sous-groupes engendrés, produit direct. Les notions spécifiques
aux groupes, notamment celle d’ordre d’un élément, seront étudiées au chapitre
suivant.

2.1 Définitions et premières propriétés


On rappelle qu’une loi (de composition) interne sur un ensemble E est une
application de E × E à valeurs dans E.
Définition 2.1
Un groupe est la donnée d’un ensemble G et d’une loi interne ∗ sur G
satisfaisant :
1. (associativité de ∗) Pour tous x, y, z dans G on a x ∗ (y ∗ z) = (x ∗ y) ∗ z.
2. (existence d’un élément neutre pour ∗) Il existe eG dans G vérifiant :

∀x ∈ G, eG ∗ x = x et x ∗ eG = x.

3. (existence d’un inverse pour ∗ dans G à chaque élément) Pour tout


x ∈ G il existe y ∈ G tel que

x ∗ y = eG et y ∗ x = eG .

Un groupe (G, ∗) est dit commutatif, ou encore abélien, lorsque la loi ∗ est
commutative c’est-à-dire qu’elle satisfait, pour tous x, y dans G, x ∗ y = y ∗ x.

Pour simplifier, on écrit souvent « soit G un groupe ». Cependant il faut bien


avoir à l’esprit qu’un groupe est la donnée d’un ensemble et d’une loi interne
satisfaisant les axiomes requis. Lorsque la loi n’est pas précisée, c’est qu’elle est

17
18 Chapitre 2. Généralités sur les groupes

explicitée ailleurs dans l’énoncé, ou implicite car il s’agit d’un groupe usuel. Il est
donc indispensable de connaître les exemples classiques de groupes vus dans le
cours avant d’aborder les énoncés des exercices.
Du fait de l’associativité, il est inutile de garder les parenthèses dans un
produit d’éléments x1 , . . . , xn de G : on écrit simplement ce produit x1 ∗ · · · ∗ xn .
Proposition 2.2
Dans un groupe donné, l’élément neutre est unique et tout élément admet
un unique inverse.

Démonstration. Soient eG et e′G deux éléments neutres d’un groupe (G, ∗). Comme
eG est un élément neutre, on a eG ∗ e′G = e′G . Comme e′G est un élément neutre,
on a aussi eG ∗ e′G = eG . Donc eG = e′G .
Soient x ∈ G et y, y ′ deux inverses de x dans G pour la loi ∗. En utilisant
l’associativité et l’élément neutre, on a

y = y ∗ eG = y ∗ (x ∗ y ′ ) = (y ∗ x) ∗ y ′ = eG ∗ y ′ = y ′

d’où l’unicité de l’inverse.

Exemple 2.3. 1. (Z, +), (Q, +), (R, +), (C, +) sont des groupes abéliens.
Leur élément neutre est 0.
2. Soit K = Q, R, C ou plus généralement un corps commutatif. Notons
K[X] l’ensemble des polynômes à coefficients dans K. Alors (K[X], +)
est un groupe abélien. De même, si K(X) désigne l’ensemble des fractions
rationnelles à coefficients dans K, alors (K(X), +) est un groupe abélien.
3. (N, +) n’est pas un groupe : l’élément 1, par exemple, n’admet pas d’opposé
dans N.
4. (Q∗ , ·), (R∗ , ·), (C∗ , ·) sont des groupes abéliens, d’élément neutre 1 (on
rappelle la notation : si K est un corps, K ∗ désigne K − {0}).
5. (Z, ·) n’est pas un groupe car l’élément 0 n’admet pas d’inverse dans Z.
Même chose pour (Z − {0}, ·) car 2 n’admet pas d’inverse dans Z − {0}.
6. Si E est un ensemble non vide, le groupe symétrique (SE , ◦) est un groupe
d’après la proposition 1.6. Il n’est pas abélien en général.
7. Soit E un espace vectoriel sur un corps K. Alors (E, +), où + désigne
l’addition des vecteurs, est un groupe abélien.
8. Soit Mn (K) l’ensemble des matrices carrées de taille n à coefficients dans
un corps K. Alors (Mn (K), +), où + désigne l’addition des matrices, est
un groupe abélien. Cependant (Mn (K), ·) n’est pas un groupe : la matrice
nulle, par exemple, n’est pas inversible.
9. Soit GLn (K) l’ensemble des matrices carrées de taille n et inversibles à
coefficients dans K. Alors (GLn (K), ·) est un groupe, qu’on appelle le
groupe général linéaire. Il n’est pas abélien si n > 1. Par contre (GLn (K), +)
n’est pas un groupe car la somme de deux matrices inversibles n’est
généralement pas inversible (la loi + n’est donc pas interne).
2.1. Définitions et premières propriétés 19

Parmi ces exemples certains, comme Z, K[X], Mn (K), possèdent une seconde
loi, la multiplication, qui leur confère une structure plus riche : c’est la notion
d’anneau qui sera abordée dans le chapitre 6 et étudiée en détail dans l’unité
Anneaux.

Notation multiplicative, notation additive. De manière usuelle la loi ∗ est


notée multiplicativement par le symbole ·. On écrit x · y ou encore xy au lieu de
x ∗ y. Lorsque le groupe est abélien, la loi pourra être notée additivement : on
écrit alors x + y au lieu de x ∗ y. Le tableau suivant récapitule les usages selon
les différentes notations.
symbole ∗ · +
loi x∗y x · y ou xy x+y
terminologie groupe multiplicatif groupe additif
élément neutre eG eG ou 1G 0G
inverse de x ∈ G x−1 x−1 −x

Définition 2.4
Un groupe G est dit fini s’il ne possède qu’un nombre fini d’éléments.
L’ordre de G, noté ord(G) ou encore Card(G), est alors le cardinal de G. Si
G a une infinité d’éléments, on dit que G est un groupe infini.

Exemple 2.5. 1. Le groupe symétrique SE est fini si et seulement si l’en-


semble E est de cardinal fini. Si E est de cardinal n, l’ordre de SE est n!
d’après la proposition 1.2.
2. Le groupe (Z, +) est infini.
Définition 2.6
Soit G un groupe fini. La table de Cayley de G est la table de multiplication
de sa loi, une fois qu’on ordonne l’ensemble de ses éléments : si x1 , . . . , xn
sont ses éléments, la valeur inscrite à l’intersection de la i-ème ligne et de la
j-ème colonne est l’élément xi xj .

Voici par exemple la table de S2 :


(S2 , ◦) id (1, 2)
id id (1, 2)
(1, 2) (1, 2) id
et celle de S3 :
(S3 , ◦) id (1, 2) (2, 3) (1, 3) (1, 2, 3) (1, 3, 2)
id id (1, 2) (2, 3) (1, 3) (1, 2, 3) (1, 3, 2)
(1, 2) (1, 2) id (1, 2, 3) (1, 3, 2) (2, 3) (1, 3)
(2, 3) (2, 3) (1, 3, 2) id (1, 2, 3) (1, 3) (1, 2)
(1, 3) (1, 3) (1, 2, 3) (1, 3, 2) id (1, 2) (2, 3)
(1, 2, 3) (1, 2, 3) (1, 3) (1, 2) (2, 3) (1, 3, 2) id
(1, 3, 2) (1, 3, 2) (2, 3) (1, 3) (1, 2) id (1, 2, 3).
20 Chapitre 2. Généralités sur les groupes

On vérifie sur ces tables que id est un élément neutre, que chaque élément est
inversible (l’élément neutre figurant une fois et une seule sur chaque ligne ainsi
que sur chaque colonne) et enfin l’associativité de la loi.
Certaines propriétés d’un groupe se lisent sur sa table de Cayley. Par exemple
un groupe est abélien si et seulement si sa table est symétrique par rapport à la
diagonale (c’est le cas pour S2 mais pas pour S3 ).

L’énoncé suivant recense des règles de calcul dans les groupes. La dernière
affirme que tout inverse à droite d’un élément est aussi son inverse à gauche.

Proposition 2.7
Soit G un groupe.
1. On a e−1
G = eG .
2. Pour tout x ∈ G, on a (x−1 )−1 = x.
3. Pour tous x, y, z dans G, on a :

x ∗ y = x ∗ z =⇒ y = z et y ∗ x = z ∗ x =⇒ y = z.

4. Si x et y sont deux éléments de G alors (x ∗ y)−1 = y −1 ∗ x−1 .


5. Soit x ∈ G. S’il existe y ∈ G satisfaisant x ∗ y = eG alors y = x−1 .

Démonstration. Elle fait manipuler les axiomes d’un groupe et ne présente pas
de difficulté particulière. Voir l’exercice 2.2.

Remarque 2.8. Dans un groupe G, les éléments (x ∗ y)−1 et x−1 ∗ y −1 ne


coïncident pas a priori.

Soient x un élément d’un groupe (G, ∗) et n un entier naturel. On note xn


· · ∗ x} si n est positif avec par convention x0 = eG . Pour n entier
l’élément |x ∗ ·{z
n fois
négatif, on note xn = (x−1 )−n . On a alors les règles de calcul, pour tous m et n
dans Z :

xm ∗ xn = xm+n = xn ∗ xm et (xm )n = xmn = (xn )m .

En notation multiplicative, on écrit xn mais en notation additive, on préfère


écrire nx.

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 2.1 
— exercice 2.2 
— exercice 2.3 
2.2. Morphismes de groupes 21

2.2 Morphismes de groupes


Définition 2.9
Soient (G, ∗) et (G′ , ∗′ ) deux groupes. Un morphisme de groupes de G dans
G′ est une application f : G → G′ qui préserve les lois de groupe c’est-à-dire :

∀(x, y) ∈ G × G, f (x ∗ y) = f (x) ∗′ f (y).

Pour définir un morphisme de groupes, il faut deux groupes : n’oublions donc


pas le s à groupes, même si morphisme est au singulier.
Proposition 2.10
Soit f : G → G′ un morphisme de groupes. On a :
1. f (eG ) = eG′ ;
2. pour tout x ∈ G, f (x−1 ) = f (x)−1 .

Démonstration. 1. Par propriété des éléments neutres, on a

eG′ ∗′ f (eG ) = f (eG ) = f (eG ∗ eG ) = f (eG ) ∗′ f (eG )

donc f (eG ) = eG′ par la règle de simplification de la proposition 2.7.


2. On a f (x) ∗′ f (x−1 ) = f (x ∗ x−1 ) = f (eG ) = eG′ , ce qui montre que
f (x)−1 = f (x−1 ) d’après le dernier point de la proposition 2.7.

Définition 2.11
Un isomorphisme de groupes est un morphisme de groupes bijectif. Un
groupe G est dit isomorphe à un groupe G′ s’il existe un isomorphisme de
groupes de G dans G′ .
Un automorphisme d’un groupe G est un isomorphisme de groupes de G
dans lui-même. On note Aut(G) l’ensemble des automorphismes de G.

Exemple 2.12. 1. L’application G → G′ , x 7→ eG′ est un morphisme de


groupes. On l’appelle parfois morphisme trivial.
2. L’application identité de G dans G, qui à x associe x, est un automorphisme
de G.
3. Soit n ∈ Z. L’application f : (Z, +) → (Z, +), x 7→ nx est un morphisme
de groupes : en effet si x, x′ appartiennent à Z, on a

f (x + x′ ) = n(x + x′ ) = nx + nx′ = f (x) + f (x′ )

(prendre garde à la notation additive).


4. Si K est un corps, l’application déterminant
det : (GLn (K), ·) −→ (K ∗ , ·)
M 7−→ det M
22 Chapitre 2. Généralités sur les groupes

est un morphisme de groupes car det(M M ′ ) = det(M ) det(M ′ ) pour


toutes matrices M et M ′ de GLn (K), formule bien connue d’algèbre
linéaire.
5. L’application signature

ε : Sn −→ {±1}
σ 7−→ ε(σ)

est un morphisme de groupes. En effet on constate que {±1} muni de la


multiplication est un groupe, puis on utilise le théorème 1.27 qui établit
la propriété de morphisme.
6. L’application exponentielle

exp : (R, +) −→ (R∗+ , ·)


x 7−→ exp(x)

est un morphisme de groupes car exp(a + b) = exp(a) exp(b) pour tous a, b


réels. C’est même un isomorphisme, de morphisme réciproque l’application
logarithme ln.

Remarque 2.13. Le groupe G est isomorphe au groupe G′ si et seulement s’il


existe une bijection f : G → G′ telle que l’image par f de la table de Cayley de
G est la table de Cayley de G′ . Illustrons ceci sur un exemple très simple avec les
tables de ({±1}, ·) et (S2 , ◦) :

({±1}, ·) 1 −1 (S2 , ◦) id (1, 2)


1 1 −1 id id (1, 2) .
−1 −1 1 (1, 2) (1, 2) id

L’application f : {±1} → S2 définie par f (1) = id et f (−1) = (1, 2) est bijective,


et l’image par f de la première table est la seconde. Donc f est un isomorphisme
de groupes et {±1} est isomorphe à S2 .

Pour alléger les notations, les groupes des énoncés seront dorénavant notés
multiplicativement, l’élément neutre de G sera alors 1G .

Proposition 2.14

1. Soient G, G′ , G′′ trois groupes. Si f : G → G′ et g : G′ → G′′ sont des


morphismes de groupes alors g ◦ f : G → G′′ est un morphisme de
groupes.
2. Soit f : G → G′ un isomorphisme de groupes. Alors l’application
réciproque f −1 : G′ → G est un morphisme de groupes, et donc un
isomorphisme de groupes.

Démonstration. 1. Immédiat, laissé en exercice.


2.2. Morphismes de groupes 23

2. Soit f : G → G′ un isomorphisme. Notons g = f −1 : G′ → G son


application réciproque. Montrons que g est un morphisme de groupes.
Soient x′ et y ′ deux éléments de G′ . Il existe x et y dans G tels que
x′ = f (x) et y ′ = f (y). On a alors g(x′ y ′ ) = g(f (x)f (y)) = g(f (xy)) =
xy = g(x′ )g(y ′ ), ce qui conclut.

Définition 2.15
Comme conséquence de la proposition, si G est isomorphe à G′ alors G′
est isomorphe à G. On note G ≃ G′ pour dire qu’il existe un isomorphisme
de G dans G′ (ou, de manière équivalente, qu’il en existe un de G′ dans G).
On dit alors que G et G′ sont isomorphes.

L’isomorphie est une relation d’équivalence. En théorie des groupes, on cherche


à classifier les groupes à isomorphisme près. En effet les propriétés des groupes
sont invariantes par isomorphisme : par exemple si G ≃ G′ , alors G est abélien si
et seulement si G′ est abélien.
Profitons de l’occasion pour rappeler le résultat très utile suivant. Si G et G′
sont deux ensembles finis et f : G → G′ une application alors :
1. si f est bijective, G et G′ ont même cardinal ;
2. si G et G′ ont même cardinal alors : f injective ⇐⇒ f bijective ⇐⇒ f
surjective.

Proposition 2.16
Si G est un groupe, l’ensemble Aut(G) des automorphismes de G, muni
de la composition, est un groupe.

Démonstration. La composée de deux automorphismes de G est encore un auto-


morphisme de G, d’après la proposition 2.14. La composition est donc une loi
interne sur Aut(G). Son associativité est bien connue. Son élément neutre est
l’automorphisme identité. L’inverse d’un automorphisme f est f −1 , qui est bien
un automorphisme par la proposition 2.14, donc tout élément est inversible.

L’exemple d’isomorphisme qui suit nous donne l’occasion de revenir un instant


sur le groupe symétrique.
Proposition 2.17
Soient E et F deux ensembles non vides. Si E et F sont en bijection alors
les groupes (SE , ◦) et (SF , ◦) sont isomorphes.

Démonstration. Soit f une bijection de E dans F . Considérons l’application :

ϕ : SE −→ SF
σ 7−→ f ◦ σ ◦ f −1
24 Chapitre 2. Généralités sur les groupes

et montrons que c’est un isomorphisme de groupes. D’abord f ◦ σ ◦ f −1 est une


bijection de F dans lui-même donc ϕ(σ) ∈ SF pour tout σ ∈ SE . De plus ϕ est
un morphisme de groupes : en effet, pour tous σ, σ ′ dans SE on a

ϕ(σ ◦ σ ′ ) = f ◦ σ ◦ σ ′ ◦ f −1 = (f ◦ σ ◦ f −1 ) ◦ (f ◦ σ ′ ◦ f −1 ) = ϕ(σ) ◦ ϕ(σ ′ ).

Enfin on vérifie directement que l’application SF → SE , σ 7→ f −1 ◦ σ ◦ f est


l’application réciproque de ϕ. Donc ϕ est une bijection, ainsi qu’un isomorphisme.

Définition 2.18
Soit f : G → G′ un morphisme de groupes. Le noyau de f , noté Ker f , est
l’ensemble f −1 ({1G′ }) = {x ∈ G | f (x) = 1G′ }. L’image de f , notée Im f , est
l’ensemble f (G) = {f (x) | x ∈ G}.

Noter que Ker f est un sous-ensemble de G tandis que Im f est un sous-ensemble


de G′ .
Exemple 2.19. Soit E, F des espaces vectoriels et f : E → F une application
linéaire. Comme f (x+y) = f (x)+f (y) pour tous x, y dans E, f est un morphisme
de groupes de (E, +) dans (F, +). Le noyau (resp. l’image) de f comme application
linéaire coïncide avec le noyau (resp. l’image) de f comme morphisme de groupes :
Ker f = {x ∈ E | f (x) = 0F } et Im f = {f (x) | x ∈ E}.
Le critère suivant est très utile pour démontrer l’injectivité d’un morphisme.
Théorème 2.20
Soit f : G → G′ un morphisme de groupes. Alors :
1. f est injectif si et seulement si Ker f = {1G } ;
2. f est surjectif si et seulement si Im f = G′ .

Démonstration. La seconde affirmation est immédiate. La démonstration de la


première est à retenir. Supposons Ker f = {1G }. Si f (x) = f (y) avec x, y dans
G, on en déduit 1G′ = f (x)f (y)−1 = f (x)f (y −1 ) = f (xy −1 ). Par hypothèse on a
donc xy −1 = 1G c’est-à-dire x = y. L’application f est injective. Réciproquement
supposons f injective. Soit x ∈ Ker f : comme f (1G ) = 1G′ = f (x) on a alors
1G = x. Donc Ker f est réduit à {1G }.

Exemple 2.21. 1. Soit n ∈ Z et n 6= 0. Le morphisme de groupes


f : (Z, +) → (Z, +), x 7→ nx, est de noyau {0} donc injectif. Son image
est l’ensemble nZ des multiples entiers de n.
2. Le morphisme det : GLn (K) → K ∗ , M 7→ det M est surjectif car pour
tout λ ∈ K ∗ , la matrice
 
λ 0 ··· 0
0 1 ··· 0


A=
 .. .. .. .. 
. . . .

0 ··· ··· 1
2.3. Sous-groupes 25

vérifie det A = λ. Le noyau du morphisme det est l’ensemble des matrices


carrées de déterminant 1 : on le note SLn (K) et on l’appelle le groupe
spécial linéaire (nous verrons un peu plus tard que c’est un groupe).
3. Si n ≥ 2, le morphisme signature ε : Sn → {±1} est surjectif et de noyau
le groupe alterné An , d’après le chapitre 1.

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 2.4 
— exercice 2.6 
— exercice 2.7 

2.3 Sous-groupes
Définition 2.22
Soit G un groupe. Un sous-ensemble H de G est un sous-groupe de G
lorsqu’il vérifie les conditions suivantes :
1. H est stable pour la loi de G : pour tous x, y dans H, xy appartient
à H;
2. (H, ·) est un groupe.

On note H < G pour dire que H est un sous-groupe de G.


Voyons plusieurs critères pratiques pour démontrer qu’un sous-ensemble est
un sous-groupe.
Proposition 2.23
Soit H un sous-ensemble de G. Alors H est un sous-groupe de G si et
seulement s’il satisfait les conditions suivantes :
1. H est non vide ;
2. pour tous x, y dans H, xy appartient à H ;
3. pour tout x dans H, x−1 appartient à H.
De manière équivalente, H est un sous-groupe de G si et seulement s’il
satisfait :
1. H est non vide ;
2. pour tous x, y dans H, xy −1 appartient à H.
Enfin dans ces deux critères, la condition « H est non vide » peut être
remplacée par « 1G appartient à H ».

Un sous-groupe H a donc même élément neutre que le groupe G : 1H = 1G .

Démonstration. C’est un bon exercice, laissé aux lecteurs, pour manipuler la


définition de sous-groupe. Expliquons pourquoi on peut substituer la condition
« 1G appartient à H » à « H est non vide » dans le premier critère. Si H satisfait
les conditions du premier critère, H est non vide : il existe donc un élément h ∈ H.
26 Chapitre 2. Généralités sur les groupes

Or H est stable par passage à l’inverse donc h−1 ∈ H. Enfin H est stable par la
loi donc 1G = hh−1 ∈ H. Supposons maintenant que H satisfait le premier critère
avec « 1G appartient à H » au lieu de « H est non vide ». Alors H contenant 1G ,
il est non vide et le premier critère est vérifié.

Remarque 2.24. Pour montrer qu’un ensemble est un groupe, il est souvent
plus facile de montrer que c’est un sous-groupe d’un groupe, lorsque c’est possible.

Exemple 2.25. 1. Les ensembles {1G } et G sont des sous-groupes de G. Ce


sont les sous-groupes triviaux de G. Les sous-groupes non triviaux, s’il en
existe, sont appelés les sous-groupes propres de G.
2. (Z, +) est un sous-groupe de (Q, +), qui est un sous-groupe de (R, +), qui
est lui-même un sous-groupe de (C, +).
3. Si F un sous-espace vectoriel d’un espace vectoriel E alors (F, +) est un
sous-groupe de (E, +).
4. Si n ∈ Z, l’ensemble (nZ, +) est un sous-groupe de (Z, +). Nous verrons
dans l’exercice 2.12 que tout sous-groupe de (Z, +) est de cette forme.
5. Pour n ∈ N, posons Un = {z ∈ C | z n = 1}, l’ensemble des racines n-èmes
de l’unité. Alors (Un , ·) est un sous-groupe de (C∗ , ·).

Proposition 2.26
Soit f : G → G′ un morphisme de groupes.
1. Si H est un sous-groupe de G alors son image directe f (H) est un
sous-groupe de G′ .
2. Si H ′ est un sous-groupe de G′ alors son image réciproque f −1 (H ′ ) est
un sous-groupe de G.
3. En particulier Im f et Ker f sont des sous-groupes de G′ et G respec-
tivement.

Démonstration. Cette démonstration est à connaître.


1. On a 1G′ = f (1G ) ∈ f (H). Soient x′ , y ′ dans f (H). Il existe x, y dans H
tels que x′ = f (x) et y ′ = f (y). On a alors

x′ y ′−1 = f (x)f (y)−1 = f (x)f (y −1 ) = f (xy −1 ) ∈ f (H)

car xy −1 appartient au sous-groupe H. Donc f (H) est un sous-groupe


de G′ .
2. On a f (1G ) = 1G′ ∈ H ′ d’où 1G ∈ f −1 (H ′ ). Soient x, y dans f −1 (H ′ ).
Donc f (x) et f (y) appartiennent à H ′ . Ainsi on a f (xy −1 ) = f (x)f (y)−1
qui appartient à H ′ car H ′ est un sous-groupe. Donc xy −1 ∈ f −1 (H ′ ).
Ainsi f −1 (H ′ ) est un sous-groupe de G.

Exemple 2.27. 1. Le groupe alterné An est un sous-groupe de Sn car c’est


le noyau du morphisme signature ε : Sn → {±1}.
2.3. Sous-groupes 27

2. Le groupe spécial linéaire SLn (K) est un sous-groupe de GLn (K) car c’est
le noyau du morphisme déterminant det : GLn (K) → K ∗ .

Proposition 2.28
L’intersection d’une famille quelconque de sous-groupes d’un groupe G
est un sous-groupe de G.

Démonstration. Soit (Hi )i∈I une famille de sous-groupes de G. Posons H =


T
i∈I Hi . Cet ensemble contient 1G car 1G appartient à tous les sous-groupes Hi .
Soient x et y dans H. Alors pour tout i, le sous-groupe Hi contient x et y donc
aussi xy −1 . On en déduit xy −1 ∈ H. Ainsi H est un sous-groupe de G.
Remarque : par convention si l’ensemble I est vide, l’intersection est réduite à
{1G }.

Remarque 2.29. La réunion de deux sous-groupes n’est pas un sous-groupe


en général. Par exemple 2Z ∪ 3Z n’est pas un sous-groupe de (Z, +) car il n’est
pas stable par addition : 2 et 3 appartiennent à 2Z ∪ 3Z mais pas 5. Voir aussi
l’exercice 2.11 à ce sujet.

Voici d’autres sous-groupes classiques d’un groupe G sont donnés (vérifier à


titre d’exercice que ce sont bien des sous-groupes).

Exemple 2.30. 1. Soit A un sous-ensemble de G. L’ensemble

CG (A) = {x ∈ G | ∀a ∈ A, xa = ax}

est un sous-groupe de G, appelé le centralisateur de A dans G.


2. L’ensemble

Z(G) = CG (G) = {x ∈ G | ∀y ∈ G, xy = yx}

est un sous-groupe de G, appelé le centre de G. Le groupe G est abélien


si et seulement si Z(G) = G. Dans l’exercice 1.6 nous avons déterminé le
centre du groupe symétrique Sn .
3. Soit A un sous-ensemble de G. Pour x ∈ G, notons

xAx−1 = {xax−1 | a ∈ A}.

L’ensemble
NG (A) = {x ∈ G | xAx−1 = A}
est un sous-groupe de G, appelé le normalisateur de A dans G. Attention
à cette définition : l’égalité d’ensembles xAx−1 = A ne signifie pas que
xax−1 = a pour tout a ∈ A.

L’énoncé suivant justifie, dans une certaine mesure, l’intérêt porté au groupe
symétrique dans l’étude des groupes.
28 Chapitre 2. Généralités sur les groupes

Théorème 2.31 (Cayley)


Tout groupe G est isomorphe à un sous-groupe du groupe symétrique SG .

Démonstration. Pour g fixé dans G, considérons l’application

ϕg : G −→ G
x 7−→ gx.

C’est une bijection, d’application réciproque x 7→ g −1 x (mais ϕg n’est pas un


morphisme de groupes puisque ϕg (1G ) = g). On peut donc voir ϕg comme une
permutation de l’ensemble G et écrire ϕg ∈ SG . Considérons ensuite l’application

ϕ : G −→ SG
g 7−→ ϕg .

C’est un morphisme de groupes. En effet pour tout x ∈ G on a

ϕ(gg ′ )(x) = ϕgg′ (x) = (gg ′ )x = g(g ′ x) = ϕg (ϕg′ (x)) = (ϕg ◦ ϕg′ )(x)

donc ϕ(gg ′ ) = ϕ(g) ◦ ϕ(g ′ ). De plus ϕ est injective : en effet, si g ∈ Ker ϕ alors
on a ϕg = idG donc pour tout x ∈ G on a ϕg (x) = gx = x ; en prenant x = 1G
on en déduit g = 1G . Ainsi ϕ est un isomorphisme de G sur son image Im(ϕ),
qui est un sous-groupe de SG .

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 2.8 
— exercice 2.9 
— exercice 2.11 
— exercice 2.12 

2.4 Sous-groupe engendré par une partie


Définition 2.32
Soit A une partie d’un groupe G. L’intersection de tous les sous-groupes
de G contenant A est un sous-groupe de G, appelé le sous-groupe engendré
par A. On le note hAi.

C’est le plus petit sous-groupe, au sens de l’inclusion, contenant A. Cela signifie


que si H est un sous-groupe de G satisfaisant :
1. A ⊂ H ;
2. si H ′ est un sous-groupe de G contenant A alors H ⊂ H ′ .
alors H = hAi, et inversement.
Exemple 2.33. On a h∅i = {1G } et hGi = G. Si H est un sous-groupe de G
alors hHi = H. Nous verrons des exemples moins triviaux d’ici peu.
L’énoncé qui suit décrit les éléments du sous-groupe engendré.
2.4. Sous-groupe engendré par une partie 29

Proposition 2.34
Soit A une partie non vide d’un groupe G. On a

hAi = {xǫ11 xǫ22 · · · xǫnn | n ∈ N∗ , xi ∈ A, ǫi ∈ {1, −1}} .

Démonstration. Posons H = {xǫ11 xǫ22 · · · xǫnn | n ∈ N∗ , xi ∈ A, ǫi ∈ {1, −1}}. Cet


ensemble est non vide car A = 6 ∅. Il est stable par la loi de G et par passage à
l’inverse. Donc H est un sous-groupe de G d’après la proposition 2.23. De plus
H contient A.
Soit H ′ un sous-groupe de G contenant A. Montrons que H ′ contient H.
On sait que H ′ contient tous les éléments de A, et qu’il est stable par la loi et
par passage à l’inverse puisque c’est un sous-groupe. Donc H ′ contient tous les
éléments de la forme xǫ11 xǫ22 · · · xǫnn avec n ≥ 1, xi ∈ A et ǫi ∈ {1, −1}. Ainsi H ′
contient H.
Cela prouve que H est le plus petit sous-groupe de G contenant A d’où
H = hAi.

Dans le cas d’une partie finie A = {g1 , . . . , gn } on écrira hg1 , . . . , gn i au lieu


de h{g1 , . . . , gn }i afin d’alléger les notations.

Exemple 2.35. Dans le groupe symétrique S3 , posons τ = (1, 2) et σ =


(1, 2, 3). Le sous-groupe H = hτ, σi contient, entre autres, les permutations
id, τ, σ, σ 2 , τ σ, τ στ, σ 2 τ, . . . En fait H contient toutes les transpositions de S3 :
τ = (1, 2), τ σ = (2, 3), τ σ 2 = (1, 3). D’après le corollaire 1.22, on a donc H = S3 .

Corollaire 2.36
Soit x un élément de G, alors hxi = {xn | n ∈ Z}.

Dans le sous-groupe hxi, on a bien évidemment xn xm = xn+m = xm xn pour


tous n, m dans Z. Le groupe hxi est donc abélien, même si G n’est pas lui-même
abélien.
Définition 2.37
Soient G un groupe et A une partie de G. On dit que A engendre G, ou
encore que A est une partie génératrice de G, lorsque G = hAi. Le groupe
G est dit de type fini quand il possède une partie génératrice finie. Il est dit
monogène quand il est engendré par une partie réduite à un élément.
Un groupe monogène et fini s’appelle un groupe cyclique. Lorsque G est
cyclique, tout élément x ∈ G vérifiant G = hxi est appelé un générateur de G.

Parmi les groupes, ceux monogènes et cycliques ont la structure la plus simple.
D’après une remarque précédente, ils sont toujours abéliens. Leur classification à
isomorphisme près sera établie dans le prochain chapitre.

Exemple 2.38. 1. Le groupe (Z, +) est engendré par 1. En effet si n ∈ Z


alors n = 1| + ·{z
· · + 1} si n est positif, et n = − (1 + · · · + 1) si n est négatif.
| {z }
n fois −n fois
30 Chapitre 2. Généralités sur les groupes

Ainsi (Z, +) est de type fini, et même monogène. Cependant il n’est pas
cyclique.
2. Le groupe (Un , ·) des racines complexes n-èmes de l’unité est engendré
par e2iπ/n : en effet tout z ∈ Un s’écrit z = e2ikπ/n = (e2iπ/n )k avec
k ∈ {0, . . . , n − 1}. Ainsi (Un , ·) est de type fini, monogène, et même
cyclique.
Plus généralement (Un , ·) est engendré par toute racine primitive n-ème
de l’unité i.e. un élément de la forme e2iπℓ/n où ℓ et n sont premiers entre
eux. Démontrons cette affirmation.
Soit k ∈ {0,  . . . , n− 1}. On veut montrer qu’il existe m ∈ Z tel que
m
e2ikπ/n = e2iℓπ/n = e2iℓmπ/n c’est-à-dire tel que n divise k − ℓm.
Comme ℓ et n sont premiers entre eux, il existe des entiers u, v dans Z tels
que ℓu + nv = 1 par le théorème de Bézout (voir le chapitre 6 pour des
rappels). Posons m = ku. On a alors k − ℓm = k − ℓku = k(1 − ℓu) = kvn,
qui est divisible par n, donc ce m convient.
3. Le groupe symétrique Sn est engendré par l’ensemble de ses cycles (théo-
rème 1.21). Il est aussi engendré par l’ensemble de ses transpositions
(corollaire 1.22).
4. Tout groupe fini est de type fini puisque G = hGi. La réciproque est
fausse : (Z, +) est un groupe infini et de type fini.
5. Le groupe (Q, +) n’est pas de type fini (exercice 2.13).

Remarque 2.39. Pour un groupe de type fini, il n’y a pas unicité de sa partie
génératrice : par exemple (Z, +) est engendré par 1 mais aussi par −1.

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 2.5 
— exercice 2.10 
— exercice 2.13 

2.5 Produit direct


Dans cette section, (Gi )i∈I désigne une famille de groupes indexée par un
ensemble non vide I.
Définition 2.40
Soit G le produit cartésien des Gi , autrement dit
Y
G= Gi = {(xi )i∈I | xi ∈ Gi }.
i∈I

On munit l’ensemble G d’une structure de groupe en considérant la loi


suivante :
(xi )i∈I · (yi )i∈I = (xi yi )i∈I
où xi yi désigne le produit de xi par yi dans le groupe Gi . Le groupe G ainsi
obtenu s’appelle le produit direct des groupes Gi .
2.5. Produit direct 31

Les lecteurs vérifieront à titre d’exercice que G muni de cette loi est bien un
groupe, d’élément neutre (1Gi )i∈I et que l’inverse de (xi )i∈I est l’élément (x−1
i )i∈I .
On voit aussi que G est abélien si et seulement si tous les groupes Gi sont abéliens.
Pour une famille finie de groupes G1 , . . . , Gn , leur produit direct est noté
habituellement :
n
Y
Gi = G 1 × · · · × Gn
i=1

et se lit « G1 fois G2 ... fois Gn » (ou « croix » à la place de « fois »).


Ce procédé de produit direct permet de fabriquer de nouveaux groupes à
partir de groupes existants.

Exemple 2.41. 1. Dans le groupe produit direct (Z, +) × (C∗ , ·), on a :

(1, 2) · (−1, 3) = (0, 6)

(on additionne sur la première composante et on multiplie sur la seconde).


2. Pour n ∈ N∗ , le groupe Zn est le produit direct de n copies du groupe
additif (Z, +).
Q
3. L’ensemble ZN = i∈N Z des suites d’éléments de Z est un produit direct
de copies du groupe additif (Z, +).

Remarque 2.42. Il existe une notion voisine du produit direct, celle de somme
Q
directe : il s’agit du sous-groupe de i∈I Gi constitué des familles (xi )i∈I pour
L
lesquelles xi = 1Gi sauf pour un nombre fini de i ∈ I. On note ce groupe i∈I Gi .
Q L
Si la famille d’indices I est finie alors évidemment i∈I Gi = i∈I Gi . Sinon
L Q
l’inclusion i∈I Gi ⊂ i∈I Gi est généralement stricte. Par exemple, l’ensemble
des suites d’éléments de Z nulles à partir d’un certain rang est la somme directe
L N
i∈N Z ; c’est un sous-groupe de (Z, +) .

Proposition 2.43
Q
Soit G = i∈I Gi . Pour tout j ∈ I, l’application de projection sur la j-ème
composante
pj : G −→ Gj
(xi )i∈I 7−→ xj
Q
est un morphisme de groupes surjectif, et de noyau isomorphe à i6=j Gi .

Démonstration. Le cas d’un produit direct de deux groupes est traité dans
Q
l’exercice 2.14. Sa généralisation à i∈I Gi est immédiate.

En théorie des groupes un problème important consiste à décomposer un


groupe en produit direct de groupes, ou de sous-groupes, lorsque c’est possible.
Bien entendu G est toujours isomorphe à {1}×G mais la situation intéressante est
celle où aucun facteur n’est trivial. L’énoncé suivant explique à quelles conditions
cela est possible.
32 Chapitre 2. Généralités sur les groupes

Théorème 2.44 (Critère du produit direct)


Soient G, G1 , G2 des groupes. Le groupe G est isomorphe au produit direct
G1 × G2 si et seulement si G contient deux sous-groupes H1 et H2 vérifiant
les conditions suivantes :
1. H1 ≃ G1 et H2 ≃ G2 ;
2. pour tous h1 ∈ H1 et h2 ∈ H2 on a h1 h2 = h2 h1 ;
3. H1 ∩ H2 = {1G } ;
4. G = H1 H2 , où H1 H2 désigne le sous-ensemble {h1 h2 | h1 ∈ H1 , h2 ∈
H2 } de G.
Dans ce cas, tout élément de G s’écrit de façon unique sous la forme h1 h2
avec h1 ∈ H1 et h2 ∈ H2 .

Démonstration. Supposons que G ≃ G1 × G2 . Sans restreindre le raisonnement


on peut supposer G = G1 × G2 . Soient p1 et p2 les projections de G sur G1 et G2
respectivement. Posons H1 = Ker p2 et H2 = Ker p1 . Ce sont des sous-groupes
de G, isomorphes respectivement à G1 et G2 d’après la proposition 2.43. D’autre
part, quelque soient h1 ∈ H1 et h2 ∈ H2 , il existe x1 ∈ G1 et x2 ∈ G2 tels que
h1 = (x1 , 1G2 ) et h2 = (1G1 , x2 ) d’où h1 h2 = (x1 , x2 ) = h2 h1 par définition de
la loi sur le produit direct. On vérifie directement que H1 ∩ H2 = {1G } et que
tout élément (x1 , x2 ) de G s’écrit (x1 , 1G2 )(1G1 , x2 ) ∈ H1 H2 d’où G = H1 H2 . Les
quatre conditions sont satisfaites.
Inversement supposons les conditions satisfaites par deux sous-groupes H1 et
H2 de G. Montrons que l’application
f : H1 × H2 −→ G
(h1 , h2 ) 7−→ h1 h2
est un isomorphisme de groupes, ce qui permettra de conclure, en utilisant
H1 ≃ G1 et H2 ≃ G2 , que G ≃ G1 × G2 . D’abord f est un morphisme car si
(h1 , h2 ) et (h′1 , h′2 ) sont dans H1 × H2 alors par la deuxième condition,
f ((h1 , h2 )(h′1 , h′2 )) = f (h1 h′1 , h2 h′2 ) = h1 h′1 h2 h′2 = h1 h2 h′1 h′2
= f (h1 , h2 )f (h′1 , h′2 ).
L’application f est surjective car G = H1 H2 (quatrième condition). Enfin si
(h1 , h2 ) ∈ Ker f alors h1 h2 = 1G d’où h1 = h−1 2 ∈ H1 ∩ H2 ce qui entraîne
h1 = h2 = 1G par la troisième condition. Ainsi Ker f = {1G } d’où l’injectivité
de f . Cela prouve que f est un isomorphisme de groupes.
L’unicité de l’écriture dans H1 H2 vient enfin de l’injectivité de l’application f .

Ce théorème sera souvent appliqué dans la situation où G1 = H1 et G2 = H2


sont eux-mêmes des sous-groupes de G. Dans ce cas, on dit que G est le produit
direct interne des sous-groupes H1 et H2 . Le groupe G est alors isomorphe à
H1 × H2 , l’isomorphisme étant donné d’après le théorème par :
H1 × H2 −→ G
(h1 , h2 ) 7−→ h1 h2 .
2.5. Produit direct 33

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 2.14 
— exercice 2.15 
34 Chapitre 2. Généralités sur les groupes
Chapitre 3

Ordre d’un élément, classes


modulo un sous-groupe

Introduction
Ce chapitre introduit des notions fondamentales ayant trait aux groupes : ordre
d’un élément, classification des groupes monogènes et cycliques, classes à gauche
et à droite modulo un sous-groupe, théorème de Lagrange. Un peu d’arithmétique
élémentaire sera utilisée : divisibilité, division euclidienne, pgcd, ppcm. Les
exercices pourront faire appel à d’autres résultats classiques d’arithmétique, pour
lesquels on renvoie au chapitre 6 en cas de besoin.

3.1 Ordre d’un élément


Définition 3.1
Soit x un élément d’un groupe G. On dit que x est d’ordre fini si le
sous-groupe hxi est fini. Dans ce cas on appelle l’ordre de x le cardinal du
sous-groupe hxi, et on le note ord(x).

Exemple 3.2. Tout groupe a un unique élément d’ordre 1 : l’élément neutre 1G .

Commençons par un résultat préliminaire, élémentaire mais d’usage constant.


Lemme 3.3
Soient G un groupe et x un élément de G. Supposons qu’il existe un entier
n ≥ 1 tel que xn = 1G . Alors

∀a ∈ Z, xa = xr

où r ∈ {0, . . . , n − 1} est le reste de la division euclidienne de a par n.

Démonstration. Cette division euclidienne est a = nq + r avec q ∈ Z et r ∈


{0, . . . , n − 1} le reste. On a alors xa = xnq+r = (xn )q xr = 1G xr = xr .

35
36 Chapitre 3. Ordre d’un élément, classes modulo un sous-groupe

L’énonce qui suit rassemble des propriétés importantes de l’ordre d’un élément
et une caractérisation essentielle de celui-ci par l’étude de puissances successives.
Théorème 3.4
Soient G un groupe et x un élément de G.
1. L’élément x est d’ordre fini si et seulement s’il existe un entier n ≥ 1
tel que xn = 1G .
2. Soit x d’ordre fini. Son ordre est le plus petit entier ℓ ≥ 1 satisfaisant
xℓ = 1G . Il est donc caractérisé par

xℓ = 1G et ∀k ∈ {1, . . . , ℓ − 1}, xk 6= 1G .

Les éléments 1G , x, x2 , . . . , xℓ−1 sont alors deux à deux distincts et

hxi = {1G , x, x2 , . . . , xℓ−1 }

Démonstration. 1. Supposons xn = 1G . On sait que hxi = {xm | m ∈ Z}. Or


par le lemme 3.3, les puissances entières de x ne prennent qu’au plus n
valeurs distinctes : 1G , x, . . . , xn−1 . Donc hxi est de cardinal fini et ainsi,
x est d’ordre fini. Réciproquement supposons x d’ordre fini. Considérons
l’ensemble {m ∈ N∗ | xm = 1G }. Il est non vide : en effet, comme le sous-
groupe hxi = {xm | m ∈ Z} est fini, il existe deux entiers distincts n1 > n2
tels que xn1 = xn2 ; on a donc xn1 −n2 = 1G . On pose alors n = n1 − n2 , et
xn vaut 1G .
2. Comme x est d’ordre fini, il existe un plus petit entier ℓ ≥ 1 tel que xℓ = 1G
d’après le point 1 de l’énoncé. Montrons que les éléments 1G , x, x2 , . . . , xℓ−1
sont deux à deux distincts. Supposons xn1 = xn2 avec 0 ≤ n1 ≤ n2 ≤ ℓ − 1.
On a xn1 −n2 = 1G avec 0 ≤ n1 − n2 ≤ ℓ − 1. Par minimalité de ℓ, on en
déduit n1 − n2 = 0 d’où n1 = n2 , ce qui prouve l’assertion. De plus, on a
{1G , x, x2 , . . . , xℓ−1 } ⊂ hxi. L’inclusion réciproque est fournie par le fait
que xℓ = 1G et le lemme 3.3.

Exemple 3.5.! 1. Dans le groupe multiplicatif GL2 (C), la matrice A =


0 −1
est d’ordre 4. En effet on a
1 0
! !
2 −1 0 3 0 1
A 6= id, A = 6= id, A = 6= id, A4 = id
0 −1 −1 0

où id désigne la matrice identité de GL2 (C).


2. Les ordres des éléments de S3 sont les suivants :
(a) id est d’ordre 1 ;
(b) les transpositions (1, 2), (1, 3) et (2, 3) sont d’ordre 2 ;
3.1. Ordre d’un élément 37

(c) les 3-cycles (1, 2, 3) et (1, 3, 2) sont d’ordre 3.


Plus généralement tout k-cycle de Sn est d’ordre k (voir le chapitre 1).
3. Dans le groupe multiplicatif Un des racines n-èmes de l’unité, l’élément
e2iπ/n est d’ordre n. Plus généralement si k et n sont premiers entre
eux, l’élément e2iπk/n est d’ordre n dans Un (démonstration laissée en
exercice – voir par exemple l’exercice 6.5 pour une version additive de
cette affirmation).

Voyons une caractérisation de l’ordre d’un élément en termes de divisibilité.


Théorème 3.6
Soient G un groupe et x un élément d’ordre fini. L’ordre de x est l’unique
entier ℓ ≥ 1 satisfaisant la propriété

∀k ∈ Z : (xk = 1G ⇐⇒ ℓ divise k).

En particulier si xk = 1G alors ℓ divise k.

Démonstration. Notons ℓ = ord(x) et montrons que ℓ satisfait la propriété


annoncée. Soit k ∈ Z. La division euclidienne de k par ℓ s’écrit k = qℓ + r avec
q ∈ Z et 0 ≤ k ≤ ℓ − 1. Comme xℓ = 1G d’après le théorème 3.4, le lemme 3.3
entraîne : xk = 1G ⇐⇒ xr = 1G . De plus, par la propriété de minimalité vérifiée
par ℓ (théorème 3.4.2), xr = 1G équivaut à r = 0, c’est-à-dire à ℓ divise k.
Montrons maintenant qu’il existe au plus un entier ≥ 1 vérifiant la propriété de
l’énoncé. Si ℓ ≥ 1 est un entier qui la satisfait, cela signifie les égalités d’ensembles
suivantes :
{k ∈ Z | xk = 1G } = {k ∈ Z | ℓ divise k} = ℓZ.
Ainsi ℓ est le plus petit entier naturel non nul de l’ensemble {k ∈ Z | xk = 1G }.
Cela caractérise ℓ de manière unique à partir de x.

Remarque 3.7. L’ordre ℓ de x est ainsi le plus petit entier ℓ ≥ 1 satisfaisant


xℓ = 1G , « plus petit » pouvant être compris dans l’un ou l’autre des sens
suivants :
— pour la relation d’ordre usuelle ≤ sur N∗ (cf. théorème 3.4) ;
— pour la relation d’ordre donnée par la divisibilité sur N∗ (cf. théorème 3.6).

Une erreur fréquente est de croire que xn = 1G signifie que x est d’ordre n.
Or cela assure uniquement que ord(x) divise n. Par exemple, si x est un élément
d’ordre 2, il satisfait x2 = 1G mais aussi x4 = (x2 )2 = (1G )2 = 1G , x8 = (x2 )4 =
(1G )4 = 1G , etc. Pour conclure que l’ordre est n, il reste à montrer que si un
entier m ≥ 1 vérifie xm = 1G alors n ≤ m (ou n divise m).
Dans le groupe symétrique, décomposer une permutation en cycles permet de
calculer aisément son ordre.
Proposition 3.8
Soit σ une permutation dans Sn distincte de l’identité, de décomposition
38 Chapitre 3. Ordre d’un élément, classes modulo un sous-groupe

en cycles à supports deux à deux disjoints σ = c1 · · · cs . Alors on a

ord(σ) = ppcm(ℓ(c1 ), . . . , ℓ(cs ))

où ℓ(ci ) désigne la longueur du cycle ci .

Démonstration. Notons m ce ppcm. Pour tout i, ℓ(ci ) divise m donc cm i = id


par la caractérisation de l’ordre en termes de divisibilité (théorème 3.6). Comme
les cycles sont à supports deux à deux disjoints, ils commutent deux à deux
(proposition 1.9). On en déduit σ m = cm m
1 · · · cs = id. Ainsi σ est d’ordre fini
d’après le théorème 3.4.
Pour conclure que l’ordre de σ est m, il nous reste d’après le théorème 3.6 à
montrer que pour tout entier k ≥ 1, on a

σ k = id =⇒ m | k

(l’autre implication est immédiate). Supposons σ k = id et soit x dans le support


d’un cycle ci . Alors σ k (x) = cki (x) car x est fixe par tous les cycles cj avec j 6= i.
On en déduit, par hypothèse, cki (x) = id(x) = x. Ceci étant valable pour tout x
dans le support de ci , et comme cki est l’identité en-dehors de son support, on a
cki = id. Donc ℓ(ci ) | k par le théorème 3.6. Ainsi le ppcm m divise k.

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 3.1 
— exercice 3.2 
— exercice 3.3 
— exercice 3.4 
— exercice 3.5 

3.2 Le groupe additif Z/nZ


Soit n un entier naturel. On renvoie à l’annexe page 99 pour des rappels sur
les relations d’équivalence, ensembles quotients et systèmes de représentants.
Définition 3.9
Soient a et b deux entiers relatifs. On dit que a est congru à b modulo n
lorsque n divise a − b. On écrit alors a ≡ b mod n, ou encore a ≡ b [n].

Proposition 3.10
La congruence modulo n est une relation d’équivalence sur Z.

Démonstration. Soient a, b et c dans Z. Alors n divise a − a d’où la réflexivité. Si


a ≡ b mod n alors n divise a − b donc n divise b − a, ce qui signifie b ≡ a mod n :
la relation est symétrique. Enfin si a ≡ b mod n et b ≡ c mod n alors n divise
simultanément a − b et b − c donc n divise leur somme a − c. Cela prouve la
transitivité.
3.2. Le groupe additif Z/nZ 39

Pour tout a ∈ Z, la classe d’équivalence de a modulo n est :

{a + nk | k ∈ Z}.

On la note a + nZ, ou a mod n, ou encore a lorsque l’entier n est sous-entendu


(on lit alors « a barre » ou « classe de a »).
Définition 3.11
L’ensemble des classes d’équivalence modulo n est noté Z/nZ (on lit « Z
sur nZ » ou encore « Z modulo nZ »).

Exemple 3.12. 1. Si n = 0, on a a ≡ b mod 0 si et seulement si a = b. Donc


a = {a} et Z/0Z = {{a} | a ∈ Z}, ensemble qu’on identifie à Z.
2. Si n = 1, on a toujours a ≡ b mod 1. Tous les éléments sont dans la même
classe et il n’y a qu’une seule classe modulo 1 : 0 = 0 + 1Z = Z. Donc
Z/1Z = {Z}, ensemble à un élément.
3. Si n = 2, deux entiers relatifs sont congrus modulo 2 si et seulement s’ils
ont même parité. Donc Z/2Z = {0, 1} = {2Z, 1 + 2Z}.

Proposition 3.13
On a a ≡ b mod n si et seulement si les divisions euclidiennes de a et b
par n ont le même reste.

Démonstration. Soient a = nqa + ra (resp. b = nqb + rb ) la division euclidienne


de a (resp. b) par n, avec ra (resp. rb ) le reste, qui appartient à {0, . . . , n − 1}.
On a alors

a ≡ b mod n ⇐⇒ n | (a − b) ⇐⇒ n | n(qa − qb ) + ra − rb
⇐⇒ n | (ra − rb ).

Or 0 ≤ |ra − rb | ≤ n − 1. Donc n | (ra − rb ) équivaut à ra − rb = 0 c’est-à-dire à


ra = r b .

Théorème 3.14
Supposons n ≥ 1.
1. L’ensemble Z/nZ est fini de cardinal n et

Z/nZ = {0, 1, . . . , n − 1}.

Plus généralement tout k ∈ Z on a

Z/nZ = {k, k + 1, . . . , k + n − 1}.

2. Si a, b, a′ , b′ sont des entiers relatifs avec a ≡ a′ mod n et b ≡ b′ mod n


alors a + b ≡ a′ + b′ mod n. Autrement dit on a :

(a = a′ et b = b′ ) =⇒ a + b = a′ + b′ .
40 Chapitre 3. Ordre d’un élément, classes modulo un sous-groupe

3. Posons, pour a, b dans Z de classes a, b dans Z/nZ,

a + b = a + b.

Muni de cette loi d’addition interne +, l’ensemble Z/nZ est un groupe


abélien, de neutre 0. L’inverse de a pour cette loi est l’élément −a,
qu’on notera −a.
4. L’application π (lettre grecque pi) :

π : (Z, +) −→ (Z/nZ, +)
a 7−→ a

est un morphisme de groupes surjectif et de noyau nZ. On l’appelle la


surjection canonique.
5. Le groupe (Z/nZ, +) est cyclique et engendré par 1.

Démonstration. 1. D’après la proposition 3.13, a et son reste dans la division


euclidienne par n ont même classe modulo n. Comme les restes possibles
de ces divisions euclidienne sont 0, 1, . . . , n − 1, la première assertion est
démontrée. Fixons maintenant k ∈ Z. Les classes k, · · · , k + n − 1 sont
deux à deux distinctes : en effet si k + i = k + j avec 0 ≤ i, j ≤ n − 1 alors
n divise k + j − k − i = j − i d’où j = i puisque 0 ≤ j − i ≤ n − 1. Par
égalité de cardinaux, on conclut Z/nZ = {k, k + 1, . . . , k + n − 1}.
2. Supposons que a ≡ a′ mod n et b ≡ b′ mod n c’est-à-dire n divise à la fois
a − a′ et b − b′ . Comme (a + b) − (a′ + b′ ) = (a − a′ ) + (b − b′ ), alors n
divise (a + b) − (a′ − b′ ) donc a + b ≡ a′ + b′ mod n.
3. Il faut s’assurer que la formule a + b = a + b définit sans ambiguïté une
application + : Z/nZ × Z/nZ → Z/nZ c’est-à-dire que pour tout x ∈ a
et y ∈ b on a x + y = a + b. Or c’est précisément le point précédent du
théorème.
Pour montrer que (Z/nZ, +) est un groupe abélien, on prouve que les
axiomes de groupe sont satisfaits. Ils se déduisent des propriétés de l’addi-
tion sur Z par réduction modulo n. Par exemple pour l’associativité, si
a, b, c sont des entiers dont les classes modulo n sont respectivement a, b, c,
alors

(a + b) + c = a + b + c = (a + b) + c = a + (b + c)
= a + b + c = a + (b + c).

Les autres vérifications sont similaires et laissées aux lecteurs.


4. L’application π est un morphisme de groupes car l’addition a été définie de
manière à satisfaire π(a + b) = a + b = a + b = π(a) + π(b) pour tous a, b
dans Z. L’application est clairement surjective. Son noyau est l’ensemble
des entiers relatifs congrus à 0 modulo n, c’est-à-dire divisibles par n :
c’est le sous-groupe nZ de (Z, +).
3.3. Classification des groupes monogènes et des groupes cycliques 41

5. On sait que le groupe (Z, +) est engendré par 1 : tout entier a ∈ Z s’écrit
a = a · 1. Modulo n, on en déduit a = a1 dans (Z/nZ, +). En particulier
le groupe (Z/nZ, +) est engendré par 1. Comme il est fini, il est cyclique.

Exemple 3.15. Prenons n = 10. Alors 1 et 11 sont dans la même classe : on a


1 ≡ 11 mod 10, ce que l’on note 1 = 11 dans Z/10Z. D’après le théorème on a :

Z/10Z = {0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9}.

Pour l’addition, on a par exemple 7 + 8 = 7 + 8 = 15 = 5.

Exemple 3.16. Voici la table de Cayley du groupe (Z/5Z, +) :

(Z/5Z, +) 0 1 2 3 4
0 0 1 2 3 4
1 1 2 3 4 0
2 2 3 4 0 1
3 3 4 0 1 2
4 4 0 1 2 3

En particulier 2 est d’ordre 5 dans (Z/5Z, +) car

2 6= 0
2 + 2 = 4 6= 0
2 + 2 + 2 = 1 6= 0
2 + 2 + 2 + 2 = 3 6= 0
2 + 2 + 2 + 2 + 2 = 0.

Le groupe (Z/nZ, +) est un exemple typique de groupe quotient. Nous re-


trouverons cette construction dans un cadre plus général au chapitre 4.

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 3.6
— exercice 3.7 

3.3 Classification des groupes monogènes et des groupes


cycliques
Commençons par un critère simple, dont la démonstration est à retenir, pour
montrer qu’un groupe fini est cyclique.
Proposition 3.17
Soit G un groupe fini d’ordre n. Alors G est cyclique si et seulement s’il
possède un élément d’ordre n.
42 Chapitre 3. Ordre d’un élément, classes modulo un sous-groupe

Démonstration. Pour le sens direct, prenons un générateur x de G : cet élément


vérifie hxi = G, il est donc d’ordre n. Pour le sens réciproque, supposons qu’il
existe x ∈ G d’ordre n. Alors le sous-groupe hxi est contenu dans G. Ces ensembles
ayant même cardinal n, ils sont égaux.
Exemple 3.18. Le groupe symétrique S3 est d’ordre 6. Il n’est pas cyclique car
il ne contient aucun élément d’ordre 6 (voir l’exemple 3.5).
Théorème 3.19
Soit G un groupe monogène.
1. Si G est infini alors G ≃ (Z, +).
2. Si G est fini d’ordre n alors G ≃ (Z/nZ, +).
En particulier tout groupe monogène est abélien.

Démonstration. Cette démonstration est à retenir.


1. Supposons G = hgi avec g ∈ G, et G infini. L’application
f: Z −→ G
m 7−→ g m
est un morphisme surjectif de groupes (vérifiez-le). Il est injectif : en effet
si g m = 1G avec m = 6 0 alors g est d’ordre fini donc G = hgi l’est aussi, ce
qui est impossible ; ainsi m = 0, ce qui donne Ker f = {0} et l’injectivité.
On conclut que f est un isomorphisme de (Z, +) dans G d’où G ≃ (Z, +).
2. Supposons G = hgi avec g ∈ G, et G fini d’ordre n. Par le théorème 3.4 on
a G = {1G , g, . . . , g n−1 } où n = ord(g) = ord(G). Si k ≡ k ′ mod n alors

g k = g k du fait que g n = 1G et grâce au lemme 3.3. On définit ainsi une
application
f : Z/nZ −→ G
k 7−→ g k .
On vérifie facilement que f est un morphisme surjectif de groupes. Comme
Z/nZ et G sont finis de même cardinal, f est donc un isomorphisme de
groupes de (Z/nZ, +) dans G.

Exemple 3.20. Nous avons vu que le groupe (Un , ·) des racines n-èmes de l’unité
est cyclique d’ordre n. Il est donc isomorphe à (Z/nZ, +). D’après la démonstration
du théorème, un tel isomorphisme correspond au choix d’un générateur de Un ,
c’est-à-dire d’une racine primitive n-ème de l’unité. Par exemple
(Z/nZ, +) −→ (Un , ·)
k 7−→ (e2iπ/n )k
est un isomorphisme.

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 3.8 
— exercice 3.12 
— exercice 3.14 
3.4. Classes à gauche et à droite modulo un sous-groupe 43

3.4 Classes à gauche et à droite modulo un sous-groupe


En nous inspirant de la construction de Z/nZ, on construit deux relations
d’équivalence sur un groupe G à partir d’un un sous-groupe donné.
Définition 3.21
Soit H un sous-groupe d’un groupe G. On définit sur G les relations
suivantes : pour x, y dans G,

x ∼g y ⇐⇒ x−1 y ∈ H
x ∼d y ⇐⇒ xy −1 ∈ H.

La relation ∼g (resp. ∼d ) est appelée congruence à gauche (resp. à droite)


modulo H.

Proposition 3.22
Les relations ∼g et ∼d sont des relations d’équivalence sur G.

Démonstration. Faisons la démonstration pour ∼g , celle pour ∼d étant similaire.


La relation ∼g est réflexive car x ∼g x puisque x−1 x = 1G appartient à H. Elle
est symétrique car si x−1 y ∈ H alors (x−1 y)−1 = y −1 x appartient à H donc
y ∼g x. Enfin elle est transitive : si x ∼g y et y ∼g z alors x−1 y ∈ H et y −1 z ∈ H
d’où x−1 z = x−1 yy −1 z appartient à H, donc x ∼g z.
Définition 3.23
L’ensemble des classes d’équivalence de ∼g est noté G/H. L’ensemble de
ses classes d’équivalence de ∼d est noté H\G.

On lit « G modulo H à gauche » pour G/H, et « G modulo H à droite »


pour H\G.
Dans certains cas, les ensembles quotients G/H et H\G sont munis d’une
structure de groupe héritée de G, tout comme l’ensemble Z/nZ hérite de l’addition
de (Z, +) : nous verrons au chapitre 4 à quelle condition sur le sous-groupe H
c’est possible.
Le résultat suivant décrit les classes d’équivalence et justifie les terminologies
« gauche » et « droite ».
Proposition 3.24
Soit x ∈ G. La classe de congruence à gauche modulo H de x est l’ensemble
xH = {xy | y ∈ H} La classe de congruence à droite modulo H de x est
l’ensemble Hx = {yx | y ∈ H}.

Démonstration. On a
x ∼g y ⇐⇒ x−1 y ∈ H ⇐⇒ y ∈ xH et
−1
x ∼d y ⇐⇒ y ∼d x ⇐⇒ yx ∈ H ⇐⇒ y ∈ Hx.
44 Chapitre 3. Ordre d’un élément, classes modulo un sous-groupe

Exemple 3.25. 1. La classe à gauche modulo H de l’élément neutre est


1G H = {1G y | y ∈ H} = {y | y ∈ H} = H. De même on a H1G = H.
2. Si H = G alors x ∼g y pour tous x, y dans G. Il n’y a donc qu’une classe
de congruence à gauche modulo H : G/H = {1G G} = {G}, ensemble à
un élément. De même on a H\G = {G1G } = {G}.
3. Si H = {1G } alors x ∼g y si et seulement si x = y. Donc G/H = {x{1G } |
x ∈ G} = {{x} | x ∈ G}, ensemble qui s’identifie à G. Même chose pour
les classes à droite.
4. Si G est abélien, les relations ∼g et ∼d sont les mêmes et les ensembles
G/H et H\G égaux. C’est le cas pour G = (Z, +) et H = nZ : on retrouve
alors l’ensemble Z/nZ.
5. Dans S3 , soit H le sous-groupe engendré par t = (1, 2) c’est-à-dire H =
{id, t}. On note c = (1, 2, 3). Il y a trois classes à gauche qui sont :

idH = H = {id, t} = {id, (1, 2)},


cH = {c, ct} = {(1, 2, 3), (1, 3)},
c H = {c2 , c2 t} = {(1, 3, 2), (2, 3)}
2

et trois classes à droite qui sont :

Hid = H = {id, (1, 2)},


Hc = {c, tc} = {(1, 2, 3), (2, 3)},
Hc2 = {c2 , tc2 } = {(1, 3, 2), (1, 3)}.

Dans cet exemple, les classes Hc et cH ne sont pas les mêmes, de même
pour c2 H et Hc2 .

Soit (xi )i∈I un système de représentants de G pour la relation d’équivalence ∼g


(c’est-à-dire {xi | i ∈ I} est une partie de G contenant un élément, et un seul,
dans chaque classe d’équivalence pour ∼g ). On a alors la partition :
G
G= xi H
i∈I
F
où désigne une réunion disjointe. De même si (yj )j∈J est un système de
représentants pour la relation ∼d , on a :
G
G= Hyj .
j∈J

On remarque que n’importe quelle classe d’équivalence xH ou Hy est en bijection


avec H. De plus l’ensemble quotient G/H est en bijection avec l’ensemble quotient
H\G, la bijection étant donnée par xH 7→ Hx.
Définition 3.26
Lorsque l’ensemble G/H est fini, son cardinal est appelé l’indice de H
3.4. Classes à gauche et à droite modulo un sous-groupe 45

dans G. On le note [G : H]. C’est le nombre de classes à gauche modulo H.

Par les constatations précédentes, il y a autant de classes à droite que de classes


à gauche : ainsi il revient au même de définir l’indice comme le nombre de classes
à droite.
Nous en venons au résultat suivant, qui relie l’ordre d’un groupe à celui de
ses sous-groupes, et qui est d’un usage constant en théorie des groupes.
Théorème 3.27 (Lagrange)
Soit G un groupe fini et H un sous-groupe de G. Alors on a

ord(G) = [G : H] ord(H).

En particulier :
1. l’ordre de H divise l’ordre de G ;
2. l’ordre de tout élément x ∈ G divise l’ordre de G ; de plus xord(G) = 1G .

F
Démonstration. Dans la partition G = i∈I xi H, prenons les cardinaux de part
et d’autre :
X X
ord(G) = Card(xi H) = Card(H) = Card(I) · ord(H) = [G : H] ord(H).
i∈I i∈I

Cette égalité d’entiers naturels entraîne que ord(H) divise ord(G). Si x est un
élément de G, le sous-groupe hxi, qui est d’ordre ord(x), divise donc ord(G).
Pour la dernière affirmation, il reste à invoquer le fait que ord(x) | ord(G) et le
théorème 3.6.
n!
Exemple 3.28. 1. L’indice de An dans Sn est n!/2 = 2, d’après la proposi-
tion 1.31.
2. Dans l’exemple 3.25.5, H est d’indice 3 dans S3 .
3. Si d divise l’ordre du groupe G, il n’existe pas toujours un élément d’ordre
d dans G. Par exemple le groupe additif Z/2Z × Z/2Z est d’ordre 4 mais
ne possède aucun élément d’ordre 4 (voir l’exercice 3.11).

Le résultat suivant, dont la démonstration est élémentaire et à retenir, consti-


tue un résultat de classification et témoigne de la force du théorème de Lagrange.
Corollaire 3.29
Tout groupe fini d’ordre un nombre premier est cyclique.

Démonstration. Soit G un groupe d’ordre un nombre premier p. Comme p > 1,


il existe un élément x ∈ G, x 6= 1G . Étant donné que x 6= 1G , l’ordre de x est > 1.
Or d’après le théorème de Lagrange, cet ordre divise p. Comme p est premier,
cela entraîne que ord(x) ∈ {1, p} d’où ord(x) = p. Par la proposition 3.17, on en
déduit que G est cyclique.
46 Chapitre 3. Ordre d’un élément, classes modulo un sous-groupe

Ainsi un groupe d’ordre premier p est toujours abélien et isomorphe à (Z/pZ, +).

Remarque 3.30. 1. Sans hypothèse de primalité, le résultat est faux car il


existe des groupes finis non cycliques, par exemple S3 .
2. La réciproque du théorème est aussi fausse : le groupe (Z/4Z, +) est
cyclique (théorème 3.14) mais d’ordre 4, non premier.

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 3.9 
— exercice 3.10 
— exercice 3.11 
— exercice 3.13 
Chapitre 4

Groupes quotients, théorème


d’isomorphisme

Introduction
La notion de quotient existe pour les structures algébriques usuelles : espaces
vectoriels, groupes, anneaux,... Ce chapitre aborde celle de groupe quotient : si H
est un sous-groupe d’un groupe G, il s’agit de définir sur l’ensemble quotient G/H
(ou H\G) une structure de groupe héritée de G. Cela généralise la construction
du groupe (Z/nZ, +) à partir de (Z, +). La condition pour que cela soit possible,
qui sera introduite, est que le sous-groupe H soit normal dans G. Ces concepts
pouvant paraître un peu abstraits dans un premier temps, il est important de
bien étudier les exemples et exercices proposés. Nous verrons le théorème de
factorisation (aussi appelé passage au quotient) des morphismes, et le théorème
d’isomorphisme. Nous terminerons par la notion de produit semi-direct, qui
généralise celle de produit direct. Un exemple important issu de la géométrie sera
donné avec le groupe diédral.

4.1 Sous-groupes normaux


On s’intéresse aux sous-groupes H d’un groupe G pour lesquels chaque classe
à gauche xH coïncide avec la classe à droite Hx. On rappelle que xHx−1 désigne
l’ensemble {xhx−1 | h ∈ H}.
Proposition 4.1
Soit H un sous-groupe d’un groupe G. Les assertions suivantes sont
équivalentes :
1. pour tout x ∈ G, on a xHx−1 = H ;
2. pour tout x ∈ G, on a xHx−1 ⊂ H ;
3. pour tout x ∈ G, on a xH = Hx.

Démonstration. L’implication 1⇒2 est immédiate.

47
48 Chapitre 4. Groupes quotients, théorème d’isomorphisme

Supposons 2 et soit x ∈ G : on a donc xhx−1 ⊂ H. Montrons l’autre inclusion.


Pour tout h ∈ H, on peut écrire h = x(x−1 hx)x−1 . Or x−1 hx appartient à x−1 Hx.
D’après 2 appliqué à l’élément x−1 , x−1 Hx est contenu dans H donc x−1 hx ∈ H.
On conclut que h ∈ xHx−1 , d’où le point 1. On a ainsi prouvé 1 ⇐⇒ 2.
Constatons que l’associativité de la loi de G permet de modifier les parenthèses
de la manière suivante : pour tous x, y dans G et A partie de G, on a

x(yA) = (xy)A, A(xy) = (Ax)y, et (xA)y = x(Ay).

Si xH = Hx on a alors xHx−1 = (xH)x−1 = (Hx)x−1 = H(xx−1 ) = H1G = H.


Enfin si xHx−1 = H alors

xH = (xH)1G = xH(x−1 x) = (xHx−1 )x = Hx.

Cela prouve 1 ⇐⇒ 3.

Définition 4.2
Un sous-groupe H est dit normal dans G (ou distingué dans G) s’il vérifie
l’une des conditions équivalentes de la proposition 4.1. On note alors H ⊳ G.

Remarque 4.3. D’après la proposition, H est normal dans G si et seulement si


les relations ∼g et ∼d sont les mêmes. On parle alors de congruence modulo H
(sans distinguer gauche ou droite) et on note x ∼ y pour signifier que x et y sont
congrus modulo H.
Exemple 4.4. 1. Si G est un groupe, ses sous-groupes triviaux {1G } et G
sont normaux dans G.
2. Le centre Z(G) est normal dans G (démontrez-le).
3. Si G est un groupe abélien, tout sous-groupe de G est normal dans G.
4. Montrons que SLn (K) est normal dans GLn (K) en utilisant la condition 2.
Pour toutes matrices M ∈ GLn (K) et N ∈ SLn (K), on a :

det(M N M −1 ) = det(M ) det(N ) det(M )−1 = det(N ) = 1

d’où M N M −1 ∈ SLn (K) : cela prouve que M SLn (K)M −1 ⊂ SLn (K).
( ! )
1 a
5. On considère K = | a ∈ R . On montre facilement que K est
0 1
!
1 0
un sous-groupe de GL2 (R). Posons x = ∈ GL2 (R). Alors on a
1 1
! ! !
1 0 1 a −1 1−a a
x−1 = . Pour a ∈ R on a x x = . Cet
−1 1 0 1 −a a + 1
élément n’appartenant pas à K en général, K n’est pas normal dans
GL2 (R).
6. Si H est un sous-groupe de G alors H est un sous-groupe normal de son
normalisateur NG (H) (revoir l’exemple 2.30 pour sa définition). On peut
montrer que NG (H) est le plus grand sous-groupe de G dans lequel H est
normal.
4.1. Sous-groupes normaux 49

Attention, être normal n’est pas une relation transitive : si K est un sous-
groupe normal de H et H un sous-groupe normal de G, on n’a pas forcément K
normal dans G. Un contre-exemple sera donné dans l’exercice 4.7.
Le résultat suivant est classique et sa démonstration est à retenir.
Proposition 4.5
Si H est un sous-groupe d’indice 2 d’un groupe G alors H est normal
dans G.

Démonstration. Si H est d’indice 2, on a une partition de G en deux classes à


gauche : G = H ⊔ xH quelque soit x élément de G n’appartenant pas à H. De
même on a une partition de G en deux classes à droite : G = H ⊔ Hx pour ce
même x. On en déduit xH = Hx. L’autre classe à gauche H = 1G H coïncidant
aussi avec la classe à droite H = H1G , le sous-groupe H est normal dans G.
Proposition 4.6
Soient G et G′ deux groupes et soit f : G → G′ un morphisme de groupes.
1. Si H ′ ⊳ G′ , alors f −1 (H ′ ) ⊳ G. En particulier Ker f ⊳ G.
2. Si H ⊳ G et si f est surjective alors f (H) ⊳ G′ .

Démonstration. 1. Soit H ′ ⊳G′ . On sait déjà que f −1 (H ′ ) est un sous-groupe


de G . Montrons qu’il est normal dans G . Soit x ∈ G, on veut montrer que
xf −1 (H ′ )x−1 ⊂ f −1 (H ′ ). Soit y ∈ f −1 (H ′ ). Il faut montrer que xyx−1 ∈
f −1 (H ′ ) c’est à dire que f (xyx−1 ) ∈ H ′ . Or comme f est un morphisme de
groupes, on a f (xyx−1 ) = f (x)f (y)f (x)−1 . Comme f (y) ∈ H ′ et que H ′
est normal dans G′ , on conclut que f (x)f (y)f (x)−1 ∈ H ′ . Donc f −1 (H ′ )
est un sous-groupe normal de G.
2. Soit H ⊳ G et supposons f surjective. On sait déjà que f (H) est un
sous-groupe de G′ . Montrons qu’il est normal dans G′ . Soit x ∈ G′ . On
veut montrer xf (H)x−1 ⊂ f (H). Comme f est surjective, il existe z ∈ G
tel que f (z) = x. Alors on a f (z −1 ) = f (z)−1 = x−1 . Soit y ∈ H, on a
xf (y)x−1 = f (zyz −1 ) car f est un morphisme de groupes. Comme H est
normal dans G, on sait que zyz −1 ∈ H. Il suit xf (y)x−1 ∈ f (H). Donc
f (H) est un sous-groupe normal de G′ .

Exemple 4.7. 1. On retrouve le fait que le sous-groupe SLn (K) est normal
dans GLn (K), comme noyau du morphisme de groupes det : GLn (K) →
K ∗.
2. Le sous-groupe alterné An est normal dans Sn car c’est le noyau du
morphisme signature ε : Sn → {±1}.

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 4.1 
— exercice 4.2 
— exercice 4.3 
50 Chapitre 4. Groupes quotients, théorème d’isomorphisme

4.2 Groupe quotient, théorème d’isomorphisme


Soit H un sous-groupe d’un groupe G. On se demande à quelle condition
l’ensemble quotient G/H peut être muni une loi de groupe héritée de G. Précisons
ce que cela signifie. Considérons la surjection canonique

π : G −→ G/H
x 7−→ xH.

qui à x associe sa classe à gauche x = xH. Le groupe G étant noté multiplicati-


vement, on voudrait pouvoir définir une loi ∗ sur G/H telle que xH ∗ yH = xyH
i.e.
∀(x, y) ∈ G × G, x ∗ y = xy
c’est-à-dire telle que l’application π soit un morphisme de groupes.
Théorème 4.8
Soient G un groupe et H un sous-groupe normal dans G. Pour tous
(x, y) ∈ G × G, posons

∀(x, y) ∈ G × G, x ∗ y = xy.

Alors ∗ est une loi interne sur G/H. De plus (G/H, ∗) est un groupe, appelé
le groupe quotient de G par H. L’application π : G → G/H est un morphisme
de groupes surjectif et de noyau H.

Le groupe quotient G/H se lit « G sur H » ou « G modulo H ».

Remarque 4.9. Rappelons que comme H est normal dans G, les ensembles
quotients G/H et G\H sont identiques et donc tous deux munis de la loi de
groupe ∗.

Démonstration. Pour (x, y) ∈ G × G, notons x = xH et y = yH leurs classes


respectives dans G/H. Montrons que la formule x ∗ y = xy définit sans ambiguïté
une application
∗ : G/H × G/H −→ G/H
(x, y) 7−→ xy.
Il s’agit de montrer que si x′ ∈ x et y ′ ∈ y alors x′ y ′ = xy c’est-à-dire que
le résultat ne dépend pas des choix de représentants faits dans chaque classe
modulo H. Écrivons x′ y ′ (xy)−1 = x′ y ′ y −1 x−1 . Or on a y ′ y −1 ∈ H car y ∼ y ′ ; de
plus x′ H = xH car x′ ∼ x. On en déduit x′ y ′ y −1 x−1 ∈ x′ Hx−1 = xHx−1 = H
par normalité de H. Ainsi la loi ∗ est définie et interne sur G/H.
Cette loi est associative car elle hérite cette propriété de la loi de G. Elle a un
élément neutre, qui est 1G = H, car 1G ∗ x = 1G x = x = x1G pour tout x dans
G/H. L’inverse de x = xH est x−1 = x−1 H, qu’on note aussi x−1 , car

x ∗ x−1 = xx−1 = 1G = x−1 ∗ x.

Ainsi G/H muni de la loi ∗ est un groupe.


4.2. Groupe quotient, théorème d’isomorphisme 51

L’application π : G → G/H est un morphisme, par définition de la loi ∗ ;


elle est surjective et de noyau H car pour tout x ∈ G, on a x = 1G ⇐⇒ x ∼
1G ⇐⇒ x ∈ H.
Remarque 4.10. 1. Si le groupe G est abélien, le sous-groupe H est toujours
normal dans G et de plus le groupe quotient (G/H, ∗) est abélien.
2. Lorsque H est normal dans G, on peut montrer que la structure de groupe
(G/H, ∗) du théorème est la seule à faire de l’application π : G → G/H un
morphisme de groupes. Inversement, on peut montrer que si G/H possède
une structure de groupe faisant de π un morphisme de groupes, alors
nécessairement H est normal dans G.
Pour simplifier les notations, on notera encore multiplicativement la loi de
groupe sur G/H, autrement dit on écrira :
x ∗ y = x · y.
Exemple 4.11. Le groupe (Z/nZ, +) étudié au chapitre 3 est le groupe quotient
du groupe abélien (Z, +) par son sous-groupe (normal) nZ.
Rappelons que, lorsque S est un ensemble, afin de définir une application
f : G/H → S, on doit associer à chaque élément de G/H un élément de S
défini sans ambiguïté : si x = y dans G/H on doit s’assurer que f (x) = f (y),
autrement dit que f est constante sur chaque classe de congruence. Le théorème
suivant donne un critère pratique pour définir une telle application à partir d’un
morphisme de groupes, sans avoir à écrire cette vérification.
Théorème 4.12
Soient G et G′ deux groupes et f : G → G′ un morphisme de groupes.
Soit H ⊳ G un sous-groupe normal de G tel que H ⊂ Ker f . Alors il existe
un unique morphisme de groupes f : G/H → G′ tel que f ◦ π = f où
π : G → G/H est la surjection canonique.

On représente la conclusion en disant que le diagramme suivant est commutatif :


f
G / G′
<
π
 f
G/H
et on dit que le morphisme f passe au quotient, ou se factorise, par H. Noter
que la condition f ◦ π = f signifie simplement que
∀x ∈ G, f (x) = f (x). (4.1)
En particulier les morphismes f et f ont même image dans G′ .
Remarque 4.13. Ce théorème est une « machine » qui prend en entrée un
morphisme de groupes f : G → G′ et, sous les bonnes hypothèses, et retourne
un morphisme de groupes G/H → G′ induit par f . Dès qu’on vous demande de
construire un tel morphisme dans un exercice, il faut systématiquement penser à
utiliser le théorème de factorisation !
52 Chapitre 4. Groupes quotients, théorème d’isomorphisme

Démonstration. L’unicité vient du fait que la relation (4.1) détermine de manière


unique l’application f à partir de la donnée de f .
Passons à l’existence. Si x = y dans G/H alors xy −1 ∈ H. Comme H ⊂ Ker f ,
on en déduit f (x)f (y)−1 = f (xy −1 ) = 1G′ donc f (x) = f (y). On peut ainsi
définir l’application suivante :

f : G/H −→ G′
x 7−→ f (x).

Elle vérifie par construction f (x) = f (x) pour tout x ∈ G, c’est-à-dire f ◦ π = f .


Il reste à montrer que f est un morphisme de groupes : si x, y ∈ G on veut
montrer que f (x · y) = f (x)f (y). Par définition on a x · y = xy donc f (x · y) =
f (xy) = f (x)f (y) = f (x)f (y). Ainsi f est bien un morphisme de groupes.

Corollaire 4.14 (Théorème d’isomorphisme)


Plaçons-nous dans la situation du théorème 4.12 : soient f : G → G′ un
morphisme de groupes, H un sous-groupe normal de G tel que H ⊂ Ker f et
f : G/H → G′ le morphisme de groupes obtenu par passage au quotient de f .
Alors :
1. le morphisme f est surjectif si et seulement si f est surjectif ;
2. le morphisme f est injectif si et seulement si H = Ker f .
En particulier, tout morphisme de groupes f : G → G′ induit un isomorphisme
de groupes G/ Ker f ≃ Im f .

Démonstration. 1. Cela vient du fait que f et f ont même image dans G′ .


2. Le noyau de f : G/H → G′ est

Ker f = {x ∈ G/H | f (x) = 1G′ } = {x ∈ G/H | x ∈ Ker f } = π(Ker f ).

Supposons f injectif. Soit x ∈ Ker f . Alors par ce qui précède, x ∈


Ker f donc x = 1G/H c’est-à-dire x ∈ H. Cela prouve que Ker f ⊂ H.
Comme H est supposé contenu dans Ker f , on conclut que H = Ker f .
Réciproquement, supposons que H = Ker f . Alors Ker f = {x ∈ G/H |
x ∈ H} = {1G/H }, donc f est injectif.
Soit maintenant f : G → G′ un morphisme de groupes. Sa corestriction à Im f
donne un morphisme de groupes, encore noté f , de G dans Im f . On applique
ce qui précède au sous-groupe H = Ker f , qui est normal dans G : f induit un
morphisme de groupes f : G/ Ker f → Im f qui est à la fois injectif et surjectif,
donc un isomorphisme.

Exemple 4.15. 1. Nous savons que le morphisme de groupes det : GLn (K) →

K est de noyau SLn (K) et surjectif. Par factorisation, on en déduit un
isomorphisme de groupes GLn (K)/SLn (K) ≃ (K ∗ , ·).
2. Lorsque n ≥ 2, le morphisme signature ε : Sn → {±1} est surjectif (voir
corollaire 1.28) et de noyau le sous-groupe alterné An . Par factorisation,
on en déduit un isomorphisme de groupes Sn /An ≃ {±1, ·}.
4.2. Groupe quotient, théorème d’isomorphisme 53

3. Soit U = {z ∈ C, |z| = 1} l’ensemble des nombres complexes de module 1.


Alors (U, ·) est un groupe, et même un sous-groupe de (C∗ , ·). L’application
module
(C∗ ·) −→ (R+∗ , ·)
z 7−→ |z|
est un morphisme de groupes car pour tous z1 , z2 dans C∗ on a |z1 z2 | =
|z1 ||z2 |. Il est surjectif et de noyau {z ∈ C∗ , |z| = 1} = U . Par factorisation,
on en déduit un isomorphisme de groupes C∗ /U ≃ (R+∗ , ·).

Définition 4.16
Un groupe G est dit simple s’il n’a pas de sous-groupe normal non trivial,
c’est-à-dire distinct de {1G } et de G.

Remarque 4.17. Une erreur fréquente est d’oublier normal dans la définition
précédente. Sans cette condition, la notion dégagée ne serait pas nouvelle (voir
l’exercice 3.12).

Exemple 4.18. 1. Tout groupe fini d’ordre premier p est simple. En effet par
le théorème de Lagrange, ses sous-groupes sont d’ordre 1 ou p, c’est-à-dire
{1G } ou le groupe tout entier.
2. On peut démontrer que le groupe alterné An est simple si n ≥ 5. Voir
l’exercice 4.5 pour un autre cas.

Les groupes simples jouent un rôle important dans l’étude générale des groupes.
Étant donné un groupe fini G, si on dispose d’un sous-groupe normal H non
trivial, on espère pouvoir ramener l’étude de G à celles de H et de G/H, qui sont
de plus petit cardinal que G (cette philosophie porte le nom de dévissage des
groupes). Si G/H n’est pas simple, il possède un sous-groupe normal non trivial et
on peut alors former un autre groupe quotient. On continue ainsi jusqu’à trouver
un groupe simple G′ et espérer récupérer des propriétés de G à partir de G′ . Pour
cette raison, les groupes finis simples peuvent être perçus comme les composantes
élémentaires de tous les groupes finis, de la même façon que tous les nombres
entiers peuvent être factorisés en produit de nombres premiers.
La classification des groupes finis simples a été achevée en 1982 et constitue
un travail colossal mené par une centaine de chercheurs dans la deuxième moitié
du vingtième siècle. Cette classification comporte : les groupes d’ordre premier,
les groupes alternés An avec n ≥ 5, les groupes simples dits de Lie, et 26
groupes simples dits sporadiques qui échappent aux familles précédentes. Le
plus grand groupe simple sporadique est appelé le Monstre et il est d’ordre
246 × 320 × 59 × 76 × 112 × 133 × 17 × 19 × 23 × 29 × 31 × 41 × 47 × 59 × 71 (environ
8 × 1053 ).

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 4.4 
— exercice 4.5 
— exercice 4.8 
54 Chapitre 4. Groupes quotients, théorème d’isomorphisme

4.3 Sous-groupes d’un groupe quotient


Lorsque H est normal dans G, nous avons muni l’ensemble G/H d’une
structure de groupe. Nous cherchons maintenant à en décrire ses sous-groupes à
partir ceux de G.
Théorème 4.19
Soient G un groupe et H un sous-groupe normal dans G. Notons π : G →
G/H la surjection canonique. L’application ϕ (lettre grecque phi) définie par :

ϕ : {Sous-groupes de G contenant H} −→ {Sous-groupes de G/H}


K 7 →
− π(K)

est une bijection.

Démonstration. Comme K est un sous-groupe de G et π est un morphisme de


groupes, π(K) est un sous-groupe de G/H d’après la proposition 2.26. L’applica-
tion ϕ est donc définie.
Montrons l’injectivité de ϕ. Soient K, K ′ deux sous-groupes de G contenant H
tels que π(K) = π(K ′ ). Montrons que K = K ′ . Soit x ∈ K. Alors π(x) appartient
à π(K) et à π(K ′ ). Il existe donc x′ ∈ K ′ tel que π(x) = π(x′ ) c’est-à-dire
x ≡ x′ mod H c’est-à-dire xx′−1 ∈ H. Puisque H ⊂ K ′ , on a xx′−1 ∈ K ′ d’où
x ∈ K ′ puisque x′ ∈ K ′ . Ainsi on a K ⊂ K ′ . Par symétrie on obtient K ′ = K
d’où l’injectivité de ϕ.
Il reste à montrer que ϕ est surjective. Soit J un sous-groupe de G/H. Notons
K = π −1 (J), l’image réciproque de J par π, et montrons que K est un sous-
groupe de G contenant H et qui satisfait π(K) = J. On sait déjà que K est un
sous-groupe de G par la proposition 2.26. Puisque l’élément neutre de G/H est
la classe H, on a H ⊂ K. Enfin comme π est surjective, on a π(π −1 (B)) = B
pour toute partie B de G/H. En particulier, π(K) est égal à J. L’application est
surjective, donc bijective.

Si K est un sous-groupe de G contenant H, le sous-groupe π(K) de G/H est


souvent noté K/H.

Remarque 4.20. 1. La bijection réciproque de ϕ est J 7→ π −1 (J), qui


associe à tout sous-groupe J de G/H son image réciproque par π.
2. L’application ϕ n’est pas un isomorphisme de groupes, ni même un mor-
phisme : ses ensembles de départ et d’arrivée ne sont pas munis d’une
structure naturelle de groupe.

Exemple 4.21. Rappelons que les sous-groupes de (Z, +) sont les mZ où m ∈ N


(exercice 2.12). D’après la bijection ϕ, les sous-groupes de (Z/nZ, +) sont donc
les mZ/nZ où m ∈ N est tel que nZ ⊂ mZ c’est-à-dire tel que m divise n. Par
exemple les sous-groupes de (Z/8Z, +) sont

Z/8Z, 2Z/8Z, 4Z/8Z, 8Z/8Z(= {0}).


4.4. Produit semi-direct 55

L’énoncé suivant donne une condition nécessaire et suffisante pour qu’un


sous-groupe de G/H soit normal.
Proposition 4.22
Soient G un groupe et H un sous-groupe normal de G. Soit K un sous-
groupe de G contenant H. Alors le sous-groupe K/H est normal dans G/H
si et seulement si K est normal dans G.

Démonstration. Soit K un sous-groupe de G qui contient H. Supposons que le


sous-groupe K/H est normal dans G/H. Du fait que H ⊂ K, l’image réciproque
π −1 (K/H) est K. Donc K est normal dans G d’après la proposition 4.6. Réci-
proquement supposons K normal dans G. Alors comme π est surjectif, π(K) est
normal dans G/H d’après la proposition 4.6.

En combinant le théorème 4.19 et la proposition 4.22, on obtient une bijection


entre d’une part l’ensemble des sous-groupes de G qui contiennent H et qui sont
normaux dans G, et d’autre part l’ensemble des sous-groupes normaux de G/H.

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 4.9 
— exercie 4.10 

4.4 Produit semi-direct


4.4.1 Retour sur le produit direct
Avec la notion de sous-groupe normal, le critère du théorème 2.44 se réécrit
de la manière suivante dans le cas de deux sous-groupes.
Théorème 4.23
Soient G un groupe et H1 , H2 deux sous-groupes de G vérifiant les condi-
tions suivantes :
1. H1 ⊳ G et H2 ⊳ G ;
2. H1 ∩ H2 = {1G } ;
3. G = H1 H2 .
Alors G ≃ H1 × H2 .

Démonstration. Pour montrer l’équivalence de cet énoncé avec le théorème 2.44,


il suffit de montrer que si les conditions H1 ∩ H2 = {1G } et G = H1 H2 sont
satisfaites, alors
(∀h1 ∈ H1 , ∀h2 ∈ H2 , h1 h2 = h2 h1 ) ⇐⇒ (H1 ⊳ G et H2 ⊳ G).
(⇒) Supposons que pour tous h1 ∈ H1 et h2 ∈ H2 on a h1 h2 = h2 h1 . Alors
H1 est un sous-groupe normal de G. En effet, si g ∈ G alors il existe h′1 ∈ H1 et
h′2 ∈ H2 tels que g = h′1 h′2 . On obtient pour tout h1 ∈ H1 ,
−1 ′−1 −1 −1
gh1 g −1 = h′1 h′2 h1 h′2 h1 = h′1 h′2 h′2 h1 h′−1
1 = h′1 h1 h′1 .
56 Chapitre 4. Groupes quotients, théorème d’isomorphisme

Ce dernier élément appartient à H1 . On a donc gH1 g −1 ⊂ H1 . Ainsi H1 est un


sous-groupe normal de G. On procède de même pour H2 .
(⇐) Supposons que H1 et H2 soient normaux dans G. Soient h1 ∈ H1 et
h2 ∈ H2 . Considérons l’élément h−1 −1
1 h2 h1 h2 de G. On a :
— d’une part, h2 ∈ H2 et h−1 −1 −1 −1
1 h2 h1 ∈ H2 car H2 ⊳G donc h1 h2 h1 h2 ∈ H2 ;
— d’autre part, h1 ∈ H1 et h2 h1 h2 ∈ H1 car H1 ⊳ G donc h−1
−1 −1 −1
1 h2 h1 h 2 ∈
H1 .
Ainsi on h−1 −1
1 h2 h1 h2 ∈ H1 ∩ H2 . Comme H1 ∩ H2 = {1G }, on obtient h1 h2 =
h2 h 1 .

4.4.2 Produit semi-direct de deux sous-groupes


La notion de produit semi-direct généralise celle de produit direct, en ne
demandant qu’au premier sous-groupe d’être normal.
Définition 4.24
Soient G un groupe et H1 , H2 deux sous-groupes de G. On dit que G est
produit semi-direct de H1 par H2 si les conditions suivantes sont vérifiées :
1. H1 ⊳ G ;
2. H1 ∩ H2 = {1G } ;
3. G = H1 H2 .
Dans ce cas on note G = H1 ⋊ H2 .

On prendra garde à ce que H1 et H2 ne jouent pas des rôles symétriques. On


parle aussi de produit semi-direct interne de H1 par H2 .
En particulier, le produit semi-direct G = H1 ⋊ H2 est direct (G ≃ H1 × H2 )
si et seulement si H2 ⊳ G.

Exemple 4.25. Si n ≥ 2, montrons que le groupe symétrique Sn est produit


semi-direct de An par H où H = hτ i désigne le sous-groupe engendré par une
transposition τ de Sn .
— On a déjà vu que le sous-groupe An est normal dans Sn .
— On a An ∩ H = {id} car τ ∈ / An (sa signature est −1).
— Montrons que Sn = An H. En effet, toute permutation σ de Sn s’écrit :
(
σ · id ∈ An H si σ est paire ;
σ=
(στ ) · τ ∈ An H si σ est impaire.

Ainsi Sn = An ⋊ H.

Proposition 4.26
Supposons que G = H1 ⋊ H2 avec H1 , H2 sous-groupes de G.

1. Pour tout g ∈ G il existe un unique couple (h1 , h2 ) ∈ H1 × H2 tel que


g = h 1 h2 .

2. L’effet de la loi de G sur cette décomposition est comme suit : si


4.4. Produit semi-direct 57

g = h1 h2 et g ′ = h′1 h′2 alors la décomposition de gg ′ est

gg ′ = (h1 h2 h′1 h−1 ′


2 )(h2 h2 )

avec h1 h2 h′1 h−1 ′


2 ∈ H1 et h2 h2 ∈ H2 .

Démonstration. 1. Cela résulte des conditions H1 ∩H2 = {1G } et G = H1 H2 ,


comme dans la preuve du théorème 2.44.
2. L’égalité entre les deux membres de la formule est claire. De plus comme
H1 ⊳ G, on a h2 h′1 h−1
2 ∈ H1 d’où h1 h2 h′1 h−1
2 ∈ H1 . Par ailleurs h2 h′2
appartient à H2 . Donc la formule donne la décomposition en produit d’un
élément de H1 et d’un élément de H2 .

D’après ces constatations, et en suivant le principe de la démonstration du


théorème 2.44, on peut montrer que le produit semi-direct interne G = H1 ⋊ H2
est isomorphe à une structure de groupe particulière sur le produit cartésien
H1 × H2 : la loi n’y est pas généralement celle du produit direct mais une variante
« tordue » de celle-ci, énoncée dans le théorème suivant. Cela justifie l’appellation
de produit semi-direct.

Proposition 4.27
Soit G = H1 ⋊ H2 avec H1 , H2 sous-groupes de G. Notons G′ le produit
cartésien H1 × H2 . Il est muni de la loi interne suivante :

(h1 , h2 ) ∗ (h′1 , h′2 ) = (h1 h2 h′1 h−1 ′


2 , h2 h2 ).

Alors (G′ , ∗) est un groupe, qui est isomorphe au produit semi-direct G par

G′ −→ G
(h1 , h2 ) 7−→ h1 h2 .

Démonstration. Laissée en exercice : vérifier que la loi ∗ muni G′ d’une struc-


ture de groupe puis, pour l’isomorphisme, s’inspirer de la démonstration du
théorème 2.44.

Le groupe (G′ , ∗) de ce dernier énoncé est un cas particulier de produit


semi-direct externe, que nous n’aborderons pas dans ce cours.

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 4.6 
— exercice 4.13 
58 Chapitre 4. Groupes quotients, théorème d’isomorphisme

4.5 Groupe diédral


Bien qu’il puisse être défini de manière abstraite, ce groupe a une origine
géométrique. Il constitue un nouvel exemple de produit semi-direct.
Proposition 4.28
Soit n un entier naturel ≥ 3. Soit G un groupe possédant deux éléments a
et b qui satisfont les conditions suivantes :
1. G = ha, bi ;
2. a est d’ordre n ;
3. b est d’ordre 2 ;
4. baba = 1G .
Alors
1. G = hai ⋊ hbi ;
2. G est d’ordre 2n ;
3. Tout groupe qui possède deux éléments satisfaisant les mêmes condi-
tions que a et b est isomorphe à G.

Démonstration. Commençons par montrer que b ∈/ hai. En effet si b ∈ hai alors b


commute à a donc 1G = baba = b2 a2 = 1G a2 = a2 , ce que contredit le fait que
ord(a) = n ≥ 3.
1. Une récurrence directe donne bak = a−k b pour tout k ∈ Z. On en déduit
que tout élément de G = ha, bi s’écrit ai bj avec i ∈ Z et j ∈ Z. Grâce
aux ordres de a et b, on peut même supposer que i ∈ {0, . . . , n − 1} et
j ∈ {0, 1}. En particulier on a G = haihbi. De plus hai ∩ hbi = {1G } car
b∈/ hai. Enfin comme bak b−1 = a−k et G est engendré par a et b, on peut
vérifier par un calcul que hai est normal dans G. Ainsi G = hai ⋊ hbi.
2. En utilisant la relation bak = a−k b, on voit que tout élément de G est l’un
des éléments
1G , a, . . . , an−1 , b, ba, . . . , ban−1

et qu’ils sont distincts deux à deux. Cela prouve que G est d’ordre 2n.
3. Les raisonnements précédents montrent que la donnée de a et b vérifiant
les quatre conditions détermine de manière unique la loi sur le groupe
c’est-à-dire sa table de Cayley. Donc tout groupe qui possède deux éléments
satisfaisant les mêmes conditions que a et b est isomorphe à G.

Définition 4.29
Un groupe G vérifiant les conditions de la proposition 4.28 est appelé un
groupe diédral d’ordre 2n.
4.5. Groupe diédral 59

À n fixé, tous les groupes diédraux d’ordre 2n sont donc isomorphes. Par abus,
on dit souvent « le » groupe diédral, au lieu d’un groupe diédral, et on le note
Dn (attention, certains auteurs le notent D2n ).
On retiendra la relation suivante dans Dn :

∀k ∈ Z, bak = a−k b

qui permet d’en manipuler les éléments.

Exemple 4.30. Le groupe symétrique S3 est diédral d’ordre 6 : prendre a =


(1, 2, 3) et b = (1, 2) (voir l’exercice 4.11).

Proposition 4.31
Dans le plan affine euclidien E, on considère un polygone régulier Pn à n
côtés avec n ≥ 3. Le groupe des isométries de E laissant Pn invariant est un
groupe diédral d’ordre 2n.

Précisons ce que cet énoncé entend par « invariant » : il s’agit des isométries
f de E satisfaisant f (Pn ) = Pn .

Démonstration. Nous avons besoin de quelques connaissances de géométrie affine,


pour lesquelles nous renvoyons à l’unité Structures affines. Notons O le centre
du polygone Pn et r la rotation de centre O et de mesure d’angle 2π/n. Soit
{A1 , . . . , An } l’ensemble des sommets de Pn avec la convention que Aj+1 = r(Aj )
pour tout j ∈ {1, . . . , n − 1} et A1 = r(An ). Notons G l’ensemble des isométries
u de E telles que u(Pn ) = Pn . On vérifie facilement que G est un sous-groupe
de celui des isométries du plan. Soit s la symétrie orthogonale par rapport à la
droite (OA1 ). Il est clair que r est d’ordre n et b d’ordre 2 dans G. D’après l’unité
Structures affines, sr est une symétrie donc elle est d’ordre 2 d’où srsr = id.
Montrons enfin que G est engendré par r et s. Soit g ∈ G. Si g(A1 ) = A1 alors g
fixe la droite (OA1 ) : on en déduit que g est l’identité ou la symétrie orthogonale s.
Si g(A1 ) = Ak pour un certain k = 6 1 on a (r1−k ◦ g)(A1 ) = A1 d’où g = rk−1 ◦ s
k−1
ou bien g = r . Ainsi G = hr, si. On en déduit que G est un groupe diédral
d’ordre 2n d’après la proposition 4.28.

Notons r la rotation de centre O et de mesure d’angle 2π/n (elle est d’ordre n


dans Dn ) et s la symétrie orthogonale s d’axe la droite (OA1 ) (elle est d’ordre 2
dans Dn ). Les éléments du groupe géométrique diédral Dn sont les suivants :
— les n rotations rk de centre O et de mesure d’angle 2kπ/n pour k ∈
{0, . . . , n − 1} ;
— les n symétries orthogonales d’axe la droite passant par O et par un sommet
ou un milieu d’arête ; ce sont les srk (= r−k s) pour k ∈ {0, . . . , n − 1}.
De plus, d’après la proposition 4.28, Dn est le produit semi-direct hri ⋊ hsi .

Exemple 4.32. Les illustrations suivantes représentent les polygones réguliers


avec les axes des symétries orthogonales pour n = 4 (carré) et n = 5 (pentagone
régulier). Si n est pair, les axes relient deux sommets ou deux milieux d’arêtes
opposé(e)s, tandis que pour n impair ce sont les médiatrices des côtés.
60 Chapitre 4. Groupes quotients, théorème d’isomorphisme

n=4 n=5

O O
I I

Soit s la symétrie orthogonale par rapport à la droite (OI). Si r désigne la rotation


de centre O et de mesure d’angle 2π/4, on a

D4 = {id, r, r2 , r3 , s, sr, sr2 , sr3 }.

Si r désigne la rotation de centre O et de mesure d’angle 2π/5, on a

D5 = {id, r, r2 , r3 , r4 , s, sr, sr2 , sr3 , sr4 }.

Les lecteurs sont invitées à identifier ces éléments comme isométries des figures
précédentes.

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 4.7 
— exercice 4.11 
— exercice 4.12 
Chapitre 5

Actions de groupes, théorèmes


de Sylow

Introduction
Les actions fournissent un point de vue très fructueux pour l’étude des
groupes. De nombreux groupes apparaissent naturellement en agissant sur certains
ensembles, par exemple le groupe symétrique en combinatoire et le groupe diédral
en géométrie. Historiquement la notion même de groupe a été dégagée par Évariste
Galois à partir de son action comme permutations des racines d’un polynôme.
Connaître une action du groupe permet d’obtenir des renseignements aussi bien
sur l’ensemble sur lequel le groupe agit, que sur le groupe lui-même. Le champ
d’application des actions dépasse ainsi largement la théorie des groupes.
Comme conséquence, nous verrons en fin de chapitre les théorèmes de Sylow
qui jouent un rôle important dans l’étude générale des groupes finis : ils donnent
des renseignements qu’on peut tirer d’un tel groupe en ne connaissant que son
ordre.

5.1 Action d’un groupe sur un ensemble


Définition 5.1
Une action d’un groupe G sur un ensemble X est une application

⋆ : G × X −→ X
(g, x) 7−→ g ⋆ x

qui satisfait les conditions suivantes :


1. pour tout x ∈ X : 1G ⋆ x = x ;
2. pour tous (g, g ′ ) ∈ G × G et x ∈ X : g ⋆ (g ′ ⋆ x) = (gg ′ ) ⋆ x.
On dit que G agit (ou opère) sur X.

En particulier, afin d’avoir une action de groupe il faut s’assurer que l’application
⋆ est bien à valeurs dans X.

61
62 Chapitre 5. Actions de groupes, théorèmes de Sylow

Remarque 5.2. On prendra garde aux écueils suivants :


— ⋆ n’est pas la loi interne du groupe G ;
— l’application ⋆ : G × X → X n’est pas un morphisme de groupes, car ni
X ni G × X ne sont munis d’une structure de groupes dans ce contexte.

Remarque 5.3. Cette action est aussi appelée action à gauche. Il est parfois
utile de considérer une action à droite qui, si elle est notée x • g, est définie pour
tous x de X et (g, g ′ ) de G × G par : x • 1G = x et (x • g) • g ′ = x • (gg ′ ). Si •
est une action à droite, elle définit une action à gauche ⋆ de la manière suivante :
g ⋆ x = x • g −1 (exercice : vérifier que c’est bien une action à gauche). Inversement,
toute action à gauche ⋆ définit une action à droite • par cette même formule.
Dans ce cours et pour simplifier, nous ne considérerons que des actions à gauche.

Les exemples d’action que nous passons en revue devraient vous convaincre
que vous avez déjà rencontré cette notion.

Exemple 5.4. 1. Le groupe SX des permutations d’un ensemble X agit sur


X par σ ⋆ x = σ(x) pour σ ∈ SX et x ∈ X. En effet pour tous x ∈ X et
(σ, σ ′ ) ∈ SX × SX on a :

id ⋆ x = id(x) = x,
σ ⋆ (σ ′ ⋆ x) = σ ⋆ (σ ′ (x)) = σ(σ ′ (x)) = (σ ◦ σ ′ ) ⋆ x.

En particulier le groupe symétrique Sn agit de cette manière sur {1, . . . , n}.


2. Le groupe multiplicatif GLn (K) agit sur K n via la multiplication d’une
matrice avec un vecteur colonne : M ⋆ x = M x pour M ∈ GLn (K) et
x ∈ K n (vérification immédiate, laissée en exercice).
3. Le groupe orthogonal On (R) agit sur la sphère unité S de l’espace eu-
clidien Rn par u ⋆ x = u(x) pour u ∈ On (R) et x ∈ S. En effet toute
isométrie envoie un point de la sphère sur un point de la sphère donc
u ⋆ x = u(x) ∈ S. On laisse les lecteurs vérifier que ⋆ est une action.
4. Soit A un espace affine de direction A ~ (c’est-à-dire que A
~ est l’espace
~ +) est un
vectoriel sous-jacent – voir l’unité Structures affines). Alors (A,
~
groupe qui agit sur A par ~v ⋆ A = A + ~v pour v ∈ A et A ∈ A.

Il est possible de faire agir un groupe sur lui-même, c’est-à-dire sur son
ensemble sous-jacent. Il y a plusieurs manières usuelles de le faire.
Définition 5.5
L’action du groupe G par translation (à gauche) sur lui-même est définie
par
G × G −→ G
(g, h) 7−→ gh.

L’action du groupe G par conjugaison sur lui-même est définie par

G × G −→ G
(g, h) 7−→ ghg −1 .
5.1. Action d’un groupe sur un ensemble 63

L’action du groupe G par conjugaison sur l’ensemble S de ses sous-groupes


est définie par
G × S −→ S
(g, H) 7−→ gHg −1 .

(voir l’exercice 5.4 pour le fait que ce sont des actions). Ces action apportent
souvent des renseignements pertinents sur la structure du groupe lui-même.
L’énoncé suivant donne un point de vue complémentaire et fécond sur les
actions de groupes.
Proposition 5.6
Se donner une action d’un groupe G sur un ensemble X équivaut à se
donner un morphisme de groupes de G dans le groupe symétrique SX . Plus
précisément :
— une action ⋆ étant donnée, elle définit un morphisme de groupes
ϕ⋆ : G → SX donné par ϕ⋆ (g) : x 7→ g ⋆ x ;
— un morphisme de groupes ϕ : G → SX étant donné, il définit une
action ⋆ϕ de G sur X donnée par g ⋆ϕ x = (ϕ(g))(x) ;
— ces opérations sont réciproques : pour toute action ⋆ de G sur X on a,

⋆(ϕ⋆ ) = ⋆

et tout morphisme de groupes ϕ : G → SX , on a

ϕ(⋆ϕ ) = ϕ.

Démonstration. Voir l’exercice 5.6.

Pour simplifier les notations du cours, on écrira ϕ : G → SX le morphisme associé


à une action.

Exemple 5.7. Si G agit sur lui-même par conjugaison, le morphisme correspon-


dant est
ϕ : G −→ SG
g 7−→ (x 7→ gxg −1 ).

L’application ϕ(g) : x 7→ gxg −1 est un automorphisme de G, appelé l’automorphisme


intérieur associé à g. Pour cette raison, l’action d’un groupe par conjugaison sur
lui-même est aussi appelée action par automorphismes intérieurs.

Nous pouvons ainsi recourir aux techniques usuelles des morphismes de


groupes (restriction à un sous-groupe, étude du noyau, passage au quotient,...)
pour comprendre une action du groupe. Par exemple si H est un sous-groupe de
G, toute action de G sur X induit une action de H sur X : il suffit de considérer
la restriction du morphisme ϕ à H. Nous verrons aussi comment le théorème de
Cayley (théorème 2.31) s’interprète dans ce contexte.
64 Chapitre 5. Actions de groupes, théorèmes de Sylow

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 5.1 
— exercice 5.6 
— exercice 5.3, question 1 
— exercice 5.7, question 1 

5.2 Stabilisateurs, orbites, équation des classes


5.2.1 Stabilisateurs et orbites
Soit G un groupe agissant sur un ensemble X. L’étude de cette action passe
par celle des stabilisateurs et des orbites.
Définition 5.8
Soit x ∈ X. Le stabilisateur de x (aussi appelé sous-groupe d’isotropie
de x) est le sous-ensemble suivant de G :

Gx = {g ∈ G | g ⋆ x = x}.

Le stabilisateur est parfois noté Stab(x).


L’orbite de x est le sous-ensemble suivant de X :

G ⋆ x = {g ⋆ x | g ∈ G}.

L’orbite est parfois notée Orb(x).

Proposition 5.9
Le stabilisateur Gx est un sous-groupe de G.

Démonstration. En effet le stabilisateur contient 1G car 1G ⋆ x = x ; s’il contient


g et g ′ on a (gg ′ ) ⋆ x = g ⋆ (g ′ ⋆ x) = g ⋆ x = x i.e. gg ′ ∈ Gx ; enfin si g ∈ Gx alors
g −1 ⋆ x = g −1 ⋆ (g ⋆ x) = (g −1 g) ⋆ x = 1G ⋆ x = x d’où g −1 ∈ Gx .

Ainsi le stabilisateur d’un élément est muni d’une structure algébrique mais
ce n’est pas le cas de l’orbite.
Définition 5.10
Un élément x ∈ X est dit fixe (par G) ou un point fixe (de G) lorsque
pour tout g ∈ G on a g ⋆ x = x.

De manière équivalente, x est fixe par G si G ⋆ x = {x}, c’est-à-dire Gx = G.

Exemple 5.11. Soit σ ∈ Sn et faisons agir le sous-groupe hσi par permutations


sur {1, . . . , n} : on retrouve alors les notions de point fixe pour σ et de σ-orbites
vues au chapitre 1.

Définition 5.12
L’action de G sur X est dite transitive si elle ne possède qu’une seule
5.2. Stabilisateurs, orbites, équation des classes 65

orbite : il existe x ∈ X tel que X = G ⋆ x.


L’action est dite libre si tous les stabilisateurs sont réduits au neutre, i.e.
pour tout x ∈ X, on a Gx = {1G }.
L’action est dite fidèle si l’intersection de tous les stabilisateurs est réduite
au neutre.
L’action est dite simplement transitive si elle est à la fois libre et transitive.

On a : simplement transitif ⇒ libre ⇒ fidèle.


Proposition 5.13
Soit G un groupe agissant sur un ensemble X.
1. L’action est transitive si et seulement si elle satisfait l’une des propriétés
équivalentes suivantes :
(a) pour tout x ∈ X, on a G ⋆ x = X ;
(b) pour tous (x, y) de X × X, il existe g ∈ G tel que y = g ⋆ x.
2. L’action est libre si et seulement si, pour tout g ∈ G,

(∃x ∈ X, g ⋆ x = x) =⇒ g = 1G .

3. L’action est simplement transitive si et seulement si pour tous x, y


dans X il existe un unique élément g ∈ G tel que y = g ⋆ x.
4. L’action est fidèle si et seulement si le morphisme ϕ : G → SX est
injectif.

Démonstration. Les vérifications sont élémentaires et laissées en exercice. Pour


T
le point 4, remarquer que le noyau du morphisme ϕ est x∈X Gx .
Exemple 5.14. 1. Faisons agir Sn sur {1, . . . , n} comme dans l’exemple 5.4.
— Le stabilisateur de i ∈ {1, . . . , n} est {σ ∈ Sn | σ(i) = i} : c’est un
sous-groupe de Sn qui est isomorphe à Sn−1 , donc d’ordre (n − 1)!.
L’action n’est pas libre dès que n ≥ 3. Par contre elle est fidèle.
— L’orbite de i ∈ {1, . . . , n} est {σ(i) | σ ∈ Sn }. Tout élément j ∈
{1, . . . , n} est dans cette orbite : en effet, il suffit d’utiliser la transpo-
sition qui échange i et j. Donc il n’y a qu’une seule orbite. L’action
est transitive.
2. Faisons agir le groupe multiplicatif GLn (K) sur K n comme dans l’exemple 5.4.
— Le stabilisateur d’un vecteur non nul x de K n est {M ∈ GLn (K) |
M x = x} : ce sont les matrices inversibles ayant 1 pour valeur propre
et x pour vecteur propre associé. Le stabilisateur du vecteur nul est
GLn (K) tout entier. En particulier l’action n’est pas libre.
— L’action est fidèle : si M ∈ GLn (K) vérifie M x = x pour tout vecteur
x ∈ K n alors M est la matrice identité (prendre successivement pour x
les vecteurs de la base canonique de K n ).
— L’orbite de x est {M x | M ∈ GLn (K)}. L’action n’est pas transitive :
en effet, si x = 6 0, aucune matrice inversible M ∈ GLn (K) ne vérifie
M x = 0, donc x et le vecteur nul sont dans des orbites distinctes.
66 Chapitre 5. Actions de groupes, théorèmes de Sylow

3. Faisons agir le groupe orthogonal O2 (R) sur le cercle unité S comme dans
l’exemple 5.4 avec n = 2.
— Le stabilisateur de x ∈ S est {u ∈ O2 (R) | u(x) = x}. C’est le
sous-groupe d’ordre 2 engendré par la symétrie orthogonale d’axe la
droite Rx. En particulier l’action n’est pas libre. Elle est fidèle car si
u ∈ O2 (R) vérifie u(x) = x pour tout x ∈ S alors u est l’identité (à
nouveau, prendre pour x les vecteurs de la base canonique, qui sont de
norme 1).
— L’orbite de x est {u(x) | u ∈ O2 (R)}. Or étant donnés deux vecteurs x
et y de norme 1 de R2 , il existe une rotation vectorielle du plan qui
envoie x sur y. Donc l’orbite de tout élément x est la sphère unité S.
L’action est transitive.
4. Un espace affine peut être défini comme un ensemble A muni d’une action
~ +) où A
simplement transitive de (A, ~ est un espace vectoriel. On dit aussi
que A est un espace homogène principal sous le groupe additif de A ~ (voir
l’unité Structures affines).
5. Pour l’action d’un groupe G sur lui-même par translation, le stabilisateur
de x ∈ G est Gx = {g ∈ G | gx = x} = {1G } puisque x est inversible
dans G. Cette action est donc libre. En particulier l’action est fidèle
et le morphisme de groupes induit ϕ : G → SG est injectif : c’est une
démonstration très succinte du théorème de Cayley (théorème 2.31) avec
le langage des actions de groupes.
On pourra aussi démontrer que l’action par translation à gauche de G sur
lui-même est transitive (voir l’exercice 5.4).

Proposition 5.15 (Lien entre stabilisateur et orbite)


Soit un groupe G opérant sur un ensemble X et soit x ∈ X. L’application

G/Gx −→ G ⋆ x
gGx 7−→ g ⋆ x

est une bijection entre l’ensemble des classes à gauche modulo le stabilisateur
Gx et l’orbite G ⋆ x. En particulier si Gx est d’indice fini dans G, l’orbite
G ⋆ x est finie et de cardinal [G : Gx ].

On prendra garde au fait que l’application de l’énoncé n’est pas un morphisme


de groupes : en effet G ⋆ x n’est pas muni d’une structure algébrique dans ce
contexte et par ailleurs le sous-groupe Gx n’est pas supposé normal dans G.

Démonstration. C’est une démonstration classique : il est conseillé de bien la


travailler et de la retenir. Commençons par voir que gGx 7→ g ⋆ x définit une
application de G/Gx dans G ⋆ x c’est-à-dire que si gGx = g ′ Gx alors g ⋆ x =
g ′ ⋆ x. Supposons gGx = g ′ Gx . Il existe h ∈ Gx tel que g ′ = gh. On en déduit
g ′ ⋆ x = (gh) ⋆ x = g ⋆ (h ⋆ x). Or h est dans le stabilisateur de x d’où h ⋆ x = x
ce qui entraîne g ′ ⋆ x = g ⋆ x. L’application de l’énoncé est donc bien définie. Il
s’agit d’établir sa bijectivité. Par définition de l’orbite G ⋆ x, l’application est
5.2. Stabilisateurs, orbites, équation des classes 67

surjective. Pour l’injectivité, prenons deux classes à gauche gGx et g ′ Gx telles


que g ⋆ x = g ′ ⋆ x. Alors d’après la définition d’une action, on a

(g ′−1 g) ⋆ x = g ′−1 ⋆ (g ⋆ x) = g ′−1 ⋆ (g ′ ⋆ x) = (g ′−1 g ′ ) ⋆ x = 1G ⋆ x = x

donc g ′−1 g appartient au stabilisateur Gx . On en déduit g ∈ g ′ Gx d’où gGx ⊂


g ′ Gx . Enfin par symétrie on a gGx = g ′ Gx , ce qui démontre l’injectivité.

5.2.2 Conjugaison
Nous donnons une simple relecture des notions de centralisateur, normalisateur,
et sous-groupe normal avec le langage des actions de groupe (revoir page 27 pour
les définitions de CG (A) et NG (A)).
Définition 5.16
Deux éléments x et y de G sont dit conjugués dans G s’il existe g ∈ G tel
que y = gxg −1 . Deux sous-groupes H et H ′ de G sont dits conjugués dans G
s’il existe g ∈ G tel que H ′ = gHg −1 .

Deux éléments (resp. sous-groupes) sont conjugués s’ils sont dans la même orbite
pour l’action de G sur lui-même (resp. sur l’ensemble de ses sous-groupes) par
conjugaison.
On constate que pour l’action de G sur lui-même par conjugaison :
— le centralisateur CG (A) d’une partie A de G est l’intersection des stabili-
sateurs de tous les éléments de A ;
— le centre Z(G) est l’intersection de tous les stabilisateurs des éléments
de G i.e. l’ensemble des points fixes de G ;
— le nombre de conjugués de x, c’est-à-dire le cardinal de l’orbite de x, est
donc l’indice [G : CG (x)] d’après la proposition 5.15.
De plus pour l’action de G par conjugaison sur l’ensemble de ses sous-groupes :
— le normalisateur NG (H) d’un sous-groupe H est le stabilisateur de H ;
— le nombre de conjugués de H est l’indice [G : NG (H)] ;
— le sous-groupe H est normal dans G si et seulement si H est un point fixe
de G c’est-à-dire NG (H) = G.
Ces résultats ne sont pas à apprendre par cœur mais à savoir éventuellement
retrouver.

Remarque 5.17. Une caractérisation des classes de conjugaison des éléments


de Sn est obtenue dans l’exercice 1.8 : deux permutations sont conjuguées si et
seulement si elles ont même type.

5.2.3 Équation des classes


Étant donné un groupe G agissant sur un ensemble X, on définit sur X une
relation d’équivalence ∼ en posant :

x ∼ y ⇐⇒ ∃g ∈ G, y = g ⋆ x.
68 Chapitre 5. Actions de groupes, théorèmes de Sylow

En effet pour tous (x, y, z) ∈ X × X × X, on a x ⋆ 1G = x d’où x ∼ x ; si x ∼ y


alors il existe g ∈ G tel que y = g ⋆ x d’où x = 1G ⋆ x = g −1 ⋆ (g ⋆ x) = g −1 ⋆ y et
y ∼ x ; enfin si x ∼ y et y ∼ z, il existe g1 , g2 ∈ G avec y = g1 ⋆ x et z = g2 ⋆ y
d’où z = g2 ⋆ (g1 ⋆ x) = (g2 g1 ) ⋆ x donc x ∼ z. La relation ∼ étant réflexive,
symétrique et transitive, c’est bien une relation d’équivalence sur X.
La classe d’équivalence de x est son orbite G ⋆ x. Cette relation d’équivalence
donne alors une partition de X en orbites sous l’action de G. Plus précisément,
si on fixe un système de représentants S des orbites, on a :
a
X= G ⋆ x. (5.1)
x∈S
Cette partition est indépendante du choix du système de représentants S.
Exemple 5.18. La démonstration de la décomposition d’une permutation en
cycles (théorème 1.21) s’interprète naturellement avec le langage des actions de
groupe. Soit σ une permutation. Le sous-groupe G = hσi agit sur {1, . . . , n}
par permutations. La relation ∼ qui lui correspond est la σ-équivalence (défini-
tion 1.18) et les orbites sont les σ-orbites (définition 1.19). L’argument-clé de la
démonstration du théorème repose sur l’écriture {1, . . . , n} = C1 ⊔ · · · ⊔ Cr , qui
n’est autre que la partition en orbites (5.1) pour cette action.
Ainsi dans l’exemple 1.16, cette partition est :
{1, . . . , 9} = {1, 3, 6} ⊔ {2, 4} ⊔ {5} ⊔ {7, 8, 9}.

La formule (5.1) entraîne une relation fondamentale entre les cardinaux : c’est
l’équation des classes, aussi appelée formule des classes, qui intervient dans de
nombreux problèmes de dénombrement.
Théorème 5.19 (Équation des classes)
Soit G un groupe agissant sur un ensemble fini X et soit S un système de
représentants des orbites de X sous l’action de G. On a
X X X ord(G)
Card(X) = Card(G ⋆ x) = [G : Gx ] = ,
x∈S x∈S x∈S
ord(Gx )

la dernière égalité étant valable uniquement si G est fini.

Démonstration. La première égalité s’obtient en prenant les cardinaux dans (5.1),


qui sont finis par hypothèse. La seconde s’en déduit à l’aide de la proposition 5.15.
La dernière provient de [G : Gx ] = Card(G/Gx ) = ord(G)/ ord(Gx ), qui est le
théorème de Lagrange.

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 5.2 
— exercice 5.3 
— exercice 5.4 
— exercice 5.5 
— exercice 5.7 
— exercice 5.8 
5.3. p-groupes et théorèmes de Sylow 69

5.3 p-groupes et théorèmes de Sylow


5.3.1 Le centre des p-groupes
Définition 5.20
Soit p un nombre premier. Un p-groupe est un groupe fini dont l’ordre est
une puissance de p.

Exemple 5.21. 1. Le groupe trivial {1} est un p-groupe (il est d’ordre p0 ).
2. Le groupe (Z/8Z, +) est un 2-groupe ; (Z/6Z, +) n’est pas un p-groupe.
3. Si G est un p-groupe, tout sous-groupe de G est aussi un p-groupe (consé-
quence du théorème de Lagrange).

Lorsqu’un p-groupe agit sur un ensemble fini, l’équation des classes donne
une congruence entre le cardinal de cet ensemble et celui de ses points fixes.
Proposition 5.22 (Équation des classes pour un p-groupe)
Soit G un p-groupe agissant sur un ensemble fini X. Notons X G l’ensemble
des points fixes sous l’action de G : X G = {x ∈ X | ∀g ∈ G, g ⋆ x = x}. Alors
on a
Card(X G ) ≡ Card(X) mod p.

Démonstration. Le stabilisateur Gx est un sous-groupe de G, donc un p-groupe.


Par le théorème de Lagrange, deux cas se présentent :
— ou bien ord(Gx ) = ord(G) : ceci se produit si et seulement si Gx = G
c’est-à-dire x ∈ X G ;
— ou bien ord(Gx ) divise strictement ord(G) ; alors, comme G est un p-groupe,
p divise ord(G)/ ord(Gx ) = [G : Gx ] ; donc [G : Gx ] ≡ 0 mod p.
Puisque G et X sont finis, on déduit alors du théorème 5.19 les congruences :
X X
Card(X) ≡ 1≡ 1 ≡ Card(X G ) mod p.
x∈S∩X G x∈X G

En effet on a S ∩ X G = X G : tout élément x ∈ X G a son orbite réduite à {x},


donc x appartient au système de représentants S.

Cette équation des classes renseigne sur le centre des p-groupes.


Proposition 5.23
Si G est un p-groupe distinct de {1G }, son centre Z(G) est distinct de {1G }.

Démonstration. Considérons l’action de G sur lui-même par conjugaison. On a


vu que l’ensemble des points fixes est le centre Z(G). Par la proposition 5.22 et
comme ord(G) ≡ 0 mod p, on a ord(Z(G)) ≡ 0 mod p. Donc Z(G) ne peut être
réduit à {1G }.
70 Chapitre 5. Actions de groupes, théorèmes de Sylow

5.3.2 Théorèmes de Sylow


Définition 5.24
Soient G un groupe fini d’ordre n et p un nombre premier divisant n.
Écrivons n = pr m avec r ≥ 1 et p ne divisant pas m. Un p-sous-groupe de
Sylow de G est un sous-groupe d’ordre pr de G.

Autrement dit un p-sous-groupe de Sylow de G est un p-sous-groupe d’ordre


maximal dans G. Pour abréger on parlera souvent de p-Sylow.
Exemple 5.25. Un groupe d’ordre 40 = 23 × 5 a comme sous-groupes de Sylow
ses sous-groupes d’ordre 8 (c’est-à-dire ses 2-Sylow) et ses sous-groupes d’ordre 5
(c’est-à-dire ses 5-Sylow), s’il en existe.
Tout p-sous-groupe de Sylow est donc un p-groupe mais la réciproque est
fausse (dans l’exemple précédent, un sous-groupe d’ordre 4 n’est pas un 2-Sylow
du groupe).
Dans un groupe donné, on peut se demander s’il existe des sous-groupes de
Sylow et combien sont-ils. Leur existence est assurée par le théorème suivant qui
renseigne aussi sur le nombre de ces sous-groupes et certaines de leurs propriétés.
Théorème 5.26 (Sylow)
Soient G un groupe fini d’ordre n et p un nombre premier divisant n.
Écrivons n = pr m avec r ≥ 1 et p ne divisant pas m.
1. (Existence) Il existe au moins un p-sous-groupe de Sylow de G.
2. (Conjugaison) Soit H un p-sous-groupe de G et soit P un p-sous-
groupe de Sylow de G. Alors il existe g ∈ G tel que H ⊂ gP g −1 . En
particulier :
(a) H est contenu dans un p-sous-groupe de Sylow de G ;
(b) deux p-sous-groupes de Sylow de G sont toujours conjugués : si
P, P ′ sont des p-sous-groupes de Sylow de G, il existe g ∈ G tel
que P ′ = gP g −1 .
3. (Dénombrement) Soit np le nombre de p-sous-groupes de Sylow de G.
Alors np ≡ 1 mod p et np divise m.

Remarque 5.27. Ce théorème renseigne sur les p-Sylow à p fixé. Dans les
exercices 5.11 et 5.12, nous apprendrons à tirer des informations de l’étude
simultanée des p-Sylow et q-Sylow pour p 6= q.
Démonstration. Celle que nous proposons utilise une panoplie d’actions du
groupe G et les équations des classes correspondantes.
1. (Existence) On fait agir G par translation à gauche sur l’ensemble X de
ses parties à pr éléments. Pour g ∈ G et A ∈ X, posons g ⋆ A = gA = {ga |
a ∈ A}. On laisse les lecteurs vérifier que c’est bien une action. L’équation
des classes (théorème 5.19) donne
n mpr 
X
pr = pr = Card(X) = [G : GA ] (5.2)
A∈S
5.3. p-groupes et théorèmes de Sylow 71

où S est un système de représentants des orbites de X sous l’action de G.


Admettons provisoirement le lemme combinatoire suivant.
Lemme 5.28
Soient p un nombre premier et m un entier tels que p ∤ m. Alors on a
mpr 
pr ≡ m mod p.
P
Ce lemme, combiné à l’équation (5.2) assure que A∈S [G : GA ] 6≡ 0 mod p.
Donc il existe A ∈ S dont le stabilisateur GA est d’indice premier à p.
Montrons que GA est un p-sous-groupe de Sylow de G. En effet, d’une part
son ordre est ord(GA ) = Card(G)/[G : GA ], donc divisible par pr . D’autre
part, si on fixe a ∈ A on a GA a ⊂ A car GA est le stabilisateur de A. Or GA
est en bijection avec GA a (via x 7→ xa) et donc ord(GA ) ≤ Card(A) = pr .
Cela prouve que GA est d’ordre pr , donc un p-sous-groupe de Sylow de G,
sous réserve du lemme. Prouvons-le maintenant.

Démonstration du lemme. Le coefficient binomial vérifie :


!
mpr (mpr )!
=
pr (pr )!(mpr − pr )!
(mpr )(mpr − 1) · · · (mpr − (pr − 1))(mpr − pr )!
=
pr (pr − 1)!(mpr − pr )!
r −1
pY
mpr − i
=m .
i=1
pr − i

Comme 0 ≤ i < pr on peut écrire i = ps l avec s < r et p ∤ l. On a ainsi


! r −1
pY
mpr mpr−s − l
=m .
pr ps l=1
pr−s − l

Or on a les congruences modulo p : mpr−s − l ≡ −l, pr−s − l ≡ −l et l 6≡ 0.


Donc les termes (mpr−s − l)/(pr−s − l) sont tous congrus à 1. Finalement
mpr
pr ≡ m mod p.

2. (Conjugaison) Soit P un p-sous-groupe de Sylow, dont l’existence est


maintenant garantie. Soit H un p-sous-groupe de G. Faisons agir H sur
G/P en posant h ⋆ gP = (hg)P . On laisse les lecteurs vérifier que c’est
bien une action. L’équation des classes pour H donne que le nombre de
points fixes pour cette action est congru à Card(G/P ) = [G : P ] = m
modulo p, donc 6≡ 0 mod p. Ainsi il existe un point fixe g0 P c’est-à-dire
tel que hg0 P = g0 P pour tout h ∈ H. Pour tout h ∈ H, cela entraîne
hg0 ∈ g0 P c’est-à-dire h ∈ g0 P g0−1 . On a donc H ⊂ g0 P g0−1 .
De plus g0 P g0−1 est un sous-groupe de G (le vérifier) et il est en bijection
avec P (vérifier que l’application P → g0 P g0−1 , x 7→ g0 xg0−1 , est bijective).
C’est donc un p-sous-groupe de Sylow de G et on a prouvé 2a.
Enfin si H est un p-sous-groupe de Sylow, l’inclusion H ⊂ g0 P g0−1 est une
égalité car les deux ensembles ont même cardinal pr , d’où 2b.
72 Chapitre 5. Actions de groupes, théorèmes de Sylow

3. (Dénombrement) Notons Syl l’ensemble des p-sous-groupes de Sylow


de G. Son cardinal est np . Faisons agir G sur Syl par conjugaison en
posant g ⋆ P = gP g −1 . On laisse les lecteurs vérifier que c’est bien
une action. Deux p-sous-groupes de Sylow étant conjugués par le point
2b, cette action n’a qu’une seule orbite. L’équation des classes donne
np = [G : GP ] = Card(G)/Card(GP ) (pour P quelconque dans Syl). Or
P est un sous-groupe de GP (le vérifier) d’où Card(P ) divise Card(GP ),
qui divise Card(G). Donc il existe un diviseur d de m, premier à p, tel que
Card(GP ) = pr d. On en déduit np = m/d, ce qui donne bien np | m.
Enfin faisons agir un p-sous-groupe de Sylow P sur Syl par conjugaison.
L’équation des classes pour le p-groupe P dit que le nombre de points fixes
est congru à np mod p. Montrons qu’il n’y a qu’un point fixe. On a déjà
gP g −1 = P pour tout g ∈ P donc P est fixe pour cette action. Soit Q un p-
Sylow fixe i.e. pour tout g ∈ P , gQg −1 = Q. Considérons le normalisateur
de Q dans G i.e. le sous-groupe NG (Q) = {g ∈ G | gQg −1 = Q} de G. Il
contient P et Q. En particulier P et Q sont des p-sous-groupes de Sylow
de NG (Q). Par le point 2, ils sont conjugués par un élément g ∈ NG (Q)
i.e. gQg −1 = P . Or par définition du normalisateur, on a gQg −1 = Q d’où
P = Q. Cela prouve que P est le seul point fixe d’où np ≡ 1 mod p.

5.3.3 Applications
Les conséquences des théorèmes de Sylow sont nombreuses. En voici deux
classiques et à retenir.
Théorème 5.29 (Cauchy)
Soit G un groupe fini et soit p un nombre premier divisant l’ordre de G.
Alors G possède au moins un élément d’ordre p.

Démonstration. Soit P un p-sous-groupe de Sylow de G (il en existe et il est


distinct de {1G } car p | ord(G)). Soit x un élément de P distinct de 1G . Par le
α−1
théorème de Lagrange dans P , x est d’ordre pα avec α > 0. Alors y = xp est
p pα
d’ordre p : en effet on a d’une part y = x = 1G , ce qui montre que ord(y) | p
et d’autre part y n’est pas d’ordre 1 car y 6= 1G .

Remarque 5.30. Ce théorème fournit une réciproque au théorème de Lagrange


pour les diviseurs premiers : tout groupe fini d’ordre divisible par un nombre
premier p possède un sous-groupe d’ordre p (celui engendré par un élément
d’ordre p).

Proposition 5.31
Un p-sous-groupe de Sylow de G est normal dans G si et seulement si
np = 1.
5.3. p-groupes et théorèmes de Sylow 73

Démonstration. Soit H un p-sous-groupe de Sylow de G. Il est normal si et


seulement si, pour tout g ∈ G, gHg −1 = H, autrement dit si H est égal à tous ses
conjugués. Comme tous les p-Sylow sont conjugués entre eux par les théorèmes de
Sylow, cela revient à dire qu’il n’y a qu’un seul p-Sylow c’est-à-dire np = 1.

Exemple 5.32. Soit G un groupe d’ordre 15 = 3 × 5. D’après les théorèmes de


Sylow, le nombre n3 de ses 3-sous-groupes de Sylow divise 5 (d’où n3 ∈ {1, 5}) et
n3 ≡ 1 mod 3. La seule valeur possible est n3 = 1. Il n’y a donc qu’un seul 3-Sylow,
qui est normal dans G par la proposition 5.31. Par ailleurs, ce sous-groupe n’est
ni {1G } ni G (car il est d’ordre 3). Donc le groupe G n’est pas simple. Les lecteurs
vérifieront qu’on obtient le même résultat en regardant les 5-Sylow de G.

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 5.9 
— exercice 5.10 
— exercice 5.11 
— exercice 5.12 
— exercice 5.13 
74 Chapitre 5. Actions de groupes, théorèmes de Sylow
Chapitre 6

Arithmétique dans Z

Introduction
Ce dernier chapitre commence par passer en revue les propriétés de Z, no-
tamment de nature arithmétique, sous l’angle de sa structure d’anneau. Il s’agit
d’une introduction à cette nouvelle structure algébrique qui sera développée en
détail dans l’unité Anneaux. Nous verrons aussi que le groupe quotient (Z/nZ, +)
est muni d’une structure d’anneau héritée de celle de Z, ce qui en fait un exemple
d’anneau quotient. Enfin nous serons amenés à étudier le groupe multiplicatif
(Z/nZ)× des éléments inversibles de Z/nZ qui intervient souvent en arithmétique.
Ce chapitre, plus long que les précédents, contient certains résultats avec lesquels
vous êtes déjà familiers. La section 6.3 reprend la construction de N via l’axioma-
tique de Peano puis de Z par le procédé de symétrisation : elle est donnée à titre
culturel et n’est pas exigible pour l’examen.

6.1 L’anneau Z et son arithmétique


Soient N l’ensemble des entiers naturels et Z l’ensemble des entiers relatifs.
Nous renvoyons à la section 6.3 pour des constructions de ces ensembles (elles
sont instructives mais un peu longues à mettre en place).
Théorème 6.1
L’ensemble Z est muni de deux lois + et × qui en font un anneau commu-
tatif unitaire intègre. Cela signifie qu’il vérifie les propriétés suivantes :
1. (Z, +) est un groupe abélien d’élément neutre 0 ;
2. la loi × est associative, commutative, et possède un élément neutre
qui est 1 ;
3. la loi × est distributive par rapport à la loi + : a × (b + c) = a × b + a × c
pour tous a, b, c dans Z ;
4. si ab = 0 pour a et b dans Z alors a = 0 ou b = 0.

On note −x l’inverse de x pour l’addition. L’ensemble N est vu comme un


sous-ensemble de Z et on a Z = N ∪ (−N) où −N = {−a | a ∈ N}. Sur N on

75
76 Chapitre 6. Arithmétique dans Z

dispose du principe de récurrence (voir la section 6.3).


L’anneau Z est muni d’une relation d’ordre total ≤ définie par

x ≤ y ⇐⇒ y − x ∈ N.

Sa restriction définit aussi une relation d’ordre total ≤ sur N. L’ordre ≤ vérifie
les propriétés fondamentales suivantes.
Théorème 6.2
1. Toute partie non vide de N admet un plus petit élément pour ≤ (on
dit que ≤ est un bon ordre sur N).
2. Toute partie finie non vide de N admet un plus grand élément pour ≤.
3. La relation d’ordre ≤ sur N est archimédienne : pour tout x ∈ N et
pour tout n ∈ N − {0}, il existe k ∈ N tel que kn ≥ x.

Les propriétés 2 et 3 restent vraies pour (Z, ≤) mais 1 est fausse si on remplace
N par Z.

6.1.1 Division euclidienne


Nous commençons par étudier les propriétés de divisibilité dans l’anneau Z,
qui fondent l’arithmétique des entiers.
Définition 6.3
Soient a et b dans Z. On dit que b divise a s’il existe c ∈ Z tel que a = bc.

On écrit alors b | a. On dit aussi que b est un diviseur de a ou que a est un


multiple de b. Par exemple 1 et −1 divisent tous les entiers relatifs, et tous les
entiers relatifs divisent 0. La divisibilité est une relation d’ordre sur Z.
Théorème 6.4 (Division euclidienne)
Soit a ∈ Z et soit b ∈ Z, b 6= 0. Il existe un unique couple (q, r) ∈ Z × N
avec 0 ≤ r < |b| tel que
a = bq + r.
L’entier q (resp. r) est appelé le quotient (resp. le reste) de la division
euclidienne de a par b.

Démonstration. Lorsque a et b sont dans N, montrons le résultat comme consé-


quence de la propriété archimédienne de N. L’ensemble des k ∈ N tels que bk > a
est non vide. Soit donc q ′ le plus petit entier naturel tel que bq ′ > a. On pose
alors q = q ′ − 1 ∈ Z. Alors on vérifie qu’on a 0 ≤ a − bq < b. Il suffit de poser
r = a − bq. Pour l’unicité, si bq1 + r1 = bq2 + r2 avec 0 ≤ r1 , r2 < b alors on
peut supposer que q1 ≥ q2 et on a b(q1 − q2 ) = r2 − r1 avec 0 ≤ r2 − r1 < b. Si
q1 − q2 6= 0 alors b(q1 − q2 ) ≥ b, ce qui est impossible. On en déduit q1 = q2 puis
r1 = r2 . Lorsque a ou b est de signe quelconque, le théorème se démontre par une
analyse de cas en se ramenant à la situation précédente.
6.1. L’anneau Z et son arithmétique 77

Corollaire 6.5
Soit a ∈ Z et soit b ∈ Z, b =
6 0. Alors b divise a si et seulement si le reste r
de la division euclidienne de a par b est nul.

Démonstration. Le sens ⇐ est immédiat. Pour ⇒, supposons que b divise a.


Écrivons la division euclidienne de a par b : a = bq + r avec q ∈ Z, r ∈ N et
0 < r < |b|. Comme b divise à la fois bq et a, il divise donc r. Si r =
6 0 on aurait
alors |b| ≤ r, ce qui contredit 0 ≤ r < |b|. Donc r = 0.

Rappelons le résultat important suivant, démontré en utilisant la division


euclidienne (voir l’exercice 2.12).
Théorème 6.6
Pour tout sous-groupe H de (Z, +) il existe un unique n ∈ N tel que
H = nZ.
Remarquons que aZ ⊂ bZ si et seulement si b divise a. De plus pour tout n ∈ N,
on a nZ = (−n)Z = −nZ.

6.1.2 Pgcd, ppcm


Définition 6.7
Soient aZ et bZ deux sous-groupes de (Z, +). L’ensemble

aZ + bZ = {an + bm | n ∈ Z, m ∈ Z}

est un sous-groupe de (Z, +). Il est donc de la forme dZ pour un unique


d ∈ N. L’entier d s’appelle le plus grand diviseur commun de a et b et on note
d = pgcd(a, b).

On vérifie aisément que aZ + bZ est un sous-groupe car c’est celui engendré


par la partie {a, b}. Pour simplifier, on écrit pgcd au lieu de plus grand diviseur
commun.
Proposition 6.8
Pour tous a, b, c dans Z on a :
1. pgcd(a, b) = pgcd(b, a) ;
2. pgcd(1, a) = 1 ;
3. pgcd(0, a) = a ;
4. a · pgcd(b, c) = pgcd(ab, ac).

Démonstration. Vérifications directes laissées aux lecteurs.

Définition 6.9
Deux entiers relatifs a et b sont premiers entre eux lorsque pgcd(a, b) = 1.
78 Chapitre 6. Arithmétique dans Z

Théorème 6.10

1. (Relation de Bézout) Soient a, b dans Z. Il existe u et v dans Z tels


que pgcd(a, b) = au + bv.
2. (Théorème de Bézout) Soient a, b dans Z. Alors a et b sont premiers
entre eux si et seulement s’il existe u et v dans Z tels que 1 = au + bv.

Démonstration. Les démonstrations de ces énoncés, à partir de la définition du


pgcd donnée dans ce cours, sont à connaître.
1. C’est immédiat puisque pgcd(a, b)Z = aZ + bZ et que pgcd(a, b) ∈
pgcd(a, b)Z.
2. Le sens direct est conséquence du premier point. Inversement s’il existe
u, v tels que au + bv = 1 alors tout élément n ∈ Z s’écrit n = aun + bvn ∈
aZ + bZ, ce qui prouve Z ⊂ aZ + bZ. L’autre inclusion étant immédiate,
on a Z = aZ + bZ. On en déduit pgcd(a, b) = 1.

Remarque 6.11. 1. Dans le théorème 6.10/1, on prendra garde à une erreur


courante : l’existence de u, v tels que d = au + bv n’entraîne pas d =
pgcd(a, b). Par exemple on a 2 × 2 + 4 × 1 = 8 et pourtant 8 n’est pas le
pgcd de 2 et 4.
2. Le couple d’entiers (u, v) d’une relation de Bézout n’est pas unique. À ce
sujet, voir l’exercice 6.3.

Théorème 6.12 (Lemme de Gauss)


Soient a, b, c dans Z. Si a divise bc et si a et b sont premiers entre eux
alors a divise c.

Démonstration. Cette démonstration est à connaître. Puisque a et b sont premiers


entre eux, il existe u, v dans Z tels que 1 = au + bv par le théorème de Bézout.
On a alors c = acu + bcv. Comme a divise bc et a divise évidemment acu, on en
déduit que a divise c.

L’énoncé suivant justifie l’appellation de plus grand diviseur commun : c’est


le plus grand, au sens de la divisibilité, diviseur commun à a et b.
Proposition 6.13
Soit d ∈ N. Alors d est le pgcd de a et b si et seulement s’il satisfait les
deux propriétés suivantes :
1. d divise a et b ;
2. si un entier naturel d′ divise a et b, alors d′ divise d.

Démonstration. Commençons par montrer que pgcd(a, b) vérifie les deux proprié-
tés énoncées. On a aZ ⊂ aZ + bZ = pgcd(a, b)Z donc pgcd(a, b) | a et de même,
6.1. L’anneau Z et son arithmétique 79

pgcd(a, b) | b. De plus, si d′ divise a et b alors aZ ⊂ d′ Z et bZ ⊂ d′ Z et on en


déduit facilement que pgcd(a, b)Z = aZ + bZ ⊂ d′ Z, ce qui entraîne d′ | pgcd(a, b).
Inversement, soit d un entier naturel satisfaisant ces deux propriétés. Comme
d divise a et b on a aZ ⊂ dZ et bZ ⊂ dZ donc pgcd(a, b)Z = aZ + bZ ⊂ dZ. On en
déduit que d divise pgcd(a, b). Par ailleurs, comme pgcd(a, b) divise a et b (voir
la première partie de la démonstration), on a pgcd(a, b) divise d par la seconde
propriété. Donc d = pgcd(a, b).

Corollaire 6.14

1. Soient a, b dans Z et d = pgcd(a, b). Il existe des entiers a′ et b′ uniques


et premiers entre eux tels que a = da′ et b = db′ .
2. Soient a et b dans Z. Pour tout q ∈ N on a

pgcd(a, b) = pgcd(b, a − bq).

Démonstration. 1. Comme d divise a, il existe a′ ∈ Z tel que a = da′ . De


même il existe b′ ∈ Z tel que b = db′ . De plus il existe u, v ∈ Z tels qu’on
ait la relation de Bézout d = au + bv = da′ u + db′ v. En simplifiant par d,
on obtient 1 = a′ u + b′ v. Le théorème de Bézout entraîne que a′ et b′ sont
premiers entre eux.
2. Notons d = pgcd(b, a − bq). Alors d divise à la fois b et a − bq, donc d
divise a. Par ailleurs si d′ divise a et b alors d′ divise a − bq donc d′ divise
leur pgcd d. La proposition 6.13 entraîne d = pgcd(a, b).

La deuxième partie du corollaire est le principe fondateur de l’algorithme


d’Euclide pour le calcul du pgcd. On écrit la succession de divisions euclidiennes :

a = bq0 + r0
b = r0 q 1 + r 1
r 0 = r1 q 2 + r 2
..
.
rn−2 = rn−1 qn + rn
rn−1 = rn qn+1 + 0

où rn désigne le dernier reste non nul. Justifions qu’un tel entier n existe. Si rj =
6 0
alors les restes satisfont 0 ≤ rj+1 < rj . Or il n’existe pas de suite strictement
décroissante d’entiers naturels car ≤ est un bon ordre sur N. Il existe donc un
plus petit rang, noté n + 1, tel que rn+1 = 0. Par le corollaire, on a

pgcd(a, b) = pgcd(b, r0 ) = pgcd(r0 , r1 ) = · · · = pgcd(rn−1 , rn ) = rn .


80 Chapitre 6. Arithmétique dans Z

L’algorithme d’Euclide étendu, dans lequel on « remonte » les lignes de


l’algorithme, permet de trouver un couple d’entiers (u, v) ∈ Z × Z tel que
pgcd(a, b) = au + bv c’est-à-dire une relation de Bézout entre a et b.
D’une manière similaire on définit le ppcm de deux entiers.
Définition 6.15
Soient aZ et bZ deux sous-groupes de (Z, +). L’ensemble aZ ∩ bZ est un
sous-groupe de (Z, +). Il est donc de la forme mZ pour un unique m ∈ N.
L’entier m s’appelle le plus petit multiple commun de a et b et on note
m = ppcm(a, b).

L’ensemble aZ ∩ bZ est un sous-groupe puisque c’est une intersection de sous-


groupes. Pour simplifier on écrit ppcm au lieu de plus petit multiple commun.
Proposition 6.16
Pour tous a, b, c dans Z on a :
1. ppcm(a, b) = ppcm(b, a) ;
2. ppcm(1, a) = a ;
3. ppcm(0, a) = 0 ;
4. a · ppcm(b, c) = ppcm(ab, ac).

Démonstration. Vérifications directes laissées aux lecteurs.


Proposition 6.17
Soit m ∈ N. Alors m est le ppcm de a et b si et seulement s’il vérifie les
deux propriétés suivantes :
1. m est un multiple de a et b ;
2. si un entier naturel m′ est un multiple de a et b, alors m′ est un multiple
de m.

Démonstration. Similaire à celle de la proposition 6.13 et laissée aux lecteurs.


Proposition 6.18
Pour tous a et b dans Z, on a pgcd(a, b) · ppcm(a, b) = |ab|.

Démonstration. Pour simplifier supposons a et b positifs (on peut toujours se


ramener à cette situation). Notons d = pgcd(a, b), m = ppcm(a, b). Par la
proposition 6.14, il existe a′ et b′ premiers entre eux tels que a = da′ et b = db′ .
Montrons que m = da′ b′ , ce qui entraînera dm = ab. Il est clair que da′ b′ = ab′ =
a′ b est un multiple de a et de b. Soit m′ un multiple de a et de b. Il existe k, l
dans Z tels que m′ = ka et m′ = lb. On a alors ka = lb d’où kda′ = ldb′ d’où
ka′ = lb′ . En particulier a′ divise lb′ et comme a′ et b′ sont premiers entre eux, le
lemme de Gauss implique que a′ divise l. On en déduit a′ b divise lb c’est-à-dire
m divise m′ . La proposition 6.17 affirme alors que m = ppcm(a, b) = da′ b′ ce qui
conclut.
6.1. L’anneau Z et son arithmétique 81

6.1.3 Écriture d’un entier dans une base


Le théorème suivant permet de représenter tous les entiers relativement à une
base donnée.
Proposition 6.19
Fixons un entier b supérieur ou égal à 2. Soit E = {0, . . . , b − 1}. Pour
tout n ∈ Z − {0}, il existe un unique signe ε ∈ {±1}, un unique entier k ∈ N,
et des entiers n0 , . . . , nk dans E uniques avec nk 6= 0 tels que
k
X
n = ε(n0 + n1 b + · · · + nk−1 bk−1 + nk bk ) = ε ni bi .
i=0

Il s’agit de l’écriture de n en base b. Les nombres n0 , . . . , nk sont appelés les


chiffres de n en base b (si on parle de chiffre sans mentionner la base, il s’agit
généralement de la base 10 c’est-à-dire de l’écriture décimale). On note aussi
cette écriture comme suit :

n = nk nk−1 · · · n1 n0 b .
10 7
Par exemple 101 = 101 = 203 .
Des exemples de bases sont la base décimale (b = 10), la base binaire (b = 2) et
la base hexadécimale (b = 16), ces deux dernières étant utilisées en informatique.
Pour la base hexadécimale, on adopte la convention suivante pour les chiffres
utilisés : 0, 1, . . . , 9, A, B, C, D, E, F .
Remarque 6.20. La proposition s’étend au cas où n = 0 pour l’existence de
l’écriture (à condition de ne plus supposer nk =
6 0) mais pas pour l’unicité.
Démonstration. Supposons que n > 0 i. e ε = +1 (on peut toujours se ramener à
cette situation). On démontre l’existence par récurrence sur n. Le résultat est
clair si n vaut 1. Supposons l’existence de l’écriture vérifiée pour tout entier < n.
n − n0
La division euclidienne de n par b est n = bq + n0 avec n0 ∈ E et 0 ≤ < n.
b
Par hypothèse de récurrence, on a
n − n0
= x0 + x1 b + · · · + xj bj
b
avec xj 6= 0 et x0 , . . . , xj dans E. On en déduit

n = n0 + x0 b + x1 b2 + · · · + xj bj+1

qui est une écriture de n en base b.


Pour l’unicité, supposons que

n = n0 + n1 b + · · · + nk bk = n′0 + n′1 b + · · · + n′l bl (6.1)

avec nk 6= 0, n′l 6= 0, et les ni , n′i dans E. Comme nk ≥ 1, on a donc

n 0 + n 1 b + · · · + n k bk ≥ b k
82 Chapitre 6. Arithmétique dans Z

et
n′0 + n′1 b + · · · + n′l bl ≤ (b − 1)(bl + bl−1 + · · · + b + 1) = bl+1 − 1.
On en déduit que bk < bl+1 d’où k < l + 1. De même on obtient l < k + 1 d’où
l = k. Démontrons par récurrence sur n que ni = n′i pour tout i ∈ {0, . . . , k}
dans l’égalité (6.1). On remarque d’abord que b divise n0 − n′0 . Or n0 et n′0
appartiennent à E donc |n0 − n′0 | < b ce qui entraîne n0 = n′0 . En simplifiant par
n0 et en divisant par b, l’égalité (6.1) devient :
n − n0
= nk bk−1 + · · · + n1 = n′k bk−1 + · · · + n′1 .
b
Par récurrence on a ni = n′i pour tout i ≤ k − 1, d’où l’égalité nk = n′k .

Remarque 6.21. La démonstration fournit une méthode effective permettant


d’écrire un entier donné dans une base. Voir l’exercice 6.6 à ce sujet.

6.1.4 Théorème fondamental de l’arithmétique


Définition 6.22
Un entier p ∈ N est un nombre premier si p > 1 et si ses seuls diviseurs
dans N sont 1 et p.

Exemple 6.23. Les dix premiers nombres premiers sont :

2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29.

Proposition 6.24

1. Tout nombre entier supérieur ou égal à 2 est divisible par au moins un


nombre premier.
2. Soient p un nombre premier et a ∈ N. Alors p divise a ou p est premier
avec a.

Démonstration. 1. Raisonnons par récurrence sur n ∈ N, n > 1. Si n = 2, le


résultat est clair. Soit n ≥ 2 et supposons la propriété satisfaite pour tout
entier < n. Si n est premier, il n’y a rien à démontrer. Sinon, n n’étant pas
premier, il est divisible par un entier d ∈ {2, . . . , n − 1}. Par hypothèse de
récurrence, d est divisible par un nombre premier p. Donc p divise aussi n.
2. On pose d = pgcd(a, p). Alors d divise p donc, par primalité de p, d vaut
p ou 1. Si d = p alors p divise a. Si d = 1 alors les entiers a et p sont
premiers entre eux.

Remarque 6.25. De façon plus précise, on peut montrer que si n n’est pas

premier alors il existe un nombre premier p divisant n tel que p ≤ n. Cette
remarque est à l’origine du crible d’Ératosthène : pour trouver tous les nombres
premiers compris entre 2 et N , on liste tous √ les entiers de {2, . . . , N } puis on
supprime tous ceux divisibles par 2, 3, · · · , ⌊ N ⌋ où ⌊·⌋ désigne la partie entière.
6.1. L’anneau Z et son arithmétique 83

Corollaire 6.26
Il existe une infinité de nombres premiers.

Démonstration. Il s’agit de la démonstration d’Euclide. Raisonnons par l’absurde.


Supposons qu’il n’existe qu’un nombre fini de nombre premiers, notés p1 , . . . , pn .
On pose :
N = p 1 p2 · · · p n + 1
dans N. Par le premier point de la proposition, il existe un nombre premier
divisant N . Ce diviseur premier est pj pour un certain j ∈ {1, . . . , n}. Mais pj
divisant aussi p1 · · · pn , il divise 1, ce qui est impossible.

Proposition 6.27 (Lemme d’Euclide)


Soient p un nombre premier et a, b dans Z. Si p divise ab alors p divise a
ou p divise b.

Démonstration. Il s’agit d’un résultat classique d’arithmétique, dont la démons-


tration est à connaître. Supposons que p divise ab et p ne divise pas a. Comme p
est premier, le second point de la proposition 6.24 assure que p et a sont premiers
entre eux. D’après le lemme de Gauss, p divise donc b.

Théorème 6.28 (Théorème fondamental de l’arithmétique)


Soit n un entier relatif distinct de 0, 1 et −1. Il existe un unique entier
ε ∈ {±1}, un unique entier naturel r ≥ 1, une unique famille de nombres
premiers p1 < p2 < · · · < pr , et une unique famille d’entiers (ki )1≤i≤r avec
ki ≥ 1 tels que :
r
Y
n=ε pki i .
i=1

C’est la décomposition de n en facteurs premiers.

Remarque 6.29. Le cas où n ∈ {1, −1} peut être inclus dans cet énoncé, quitte
à autoriser la famille (pi )i à être vide (le produit indexé par un ensemble vide
est, par convention, égal à 1).

Démonstration. Le nombre ε est évidemment le signe de n. On se ramène facile-


ment au cas où n > 1 c’est-à-dire ε = +1. En quelques mots, l’existence repose sur
l’existence d’un diviseur premier (proposition 6.24) et l’unicité utilise le lemme
d’Euclide.
Démontrons le théorème par récurrence sur n. Si n = 2, alors comme 2 est
premier, sa décomposition en facteurs premiers est n = 2 et elle est évidemment
unique. Soit n > 1. Supposons que tout entier strictement inférieur à n peut
être décomposé de manière unique comme annoncé. Deux cas se présentent. Si
n est premier, la décomposition de n est trouvée, et il n’y en a pas d’autre. Si
n n’est pas premier, alors il existe un nombre premier p et un entier m tels que
n = pm d’après la proposition 6.24. Comme m < n, l’hypothèse de récurrence
84 Chapitre 6. Arithmétique dans Z

assure l’existence d’une factorisation m = pk11 · · · pkr r avec r unique, p1 < · · · < pr
uniques et (ki )1≤i≤r uniques avec ki ≥ 1. On en déduit :

n = pm = ppk11 · · · pkr r

qui est une factorisation de p de la forme annoncée. Prouvons qu’elle est unique.
Supposons n = ppk11 · · · pkr r = q1ℓ1 · · · qsℓs avec s ≥ 1, q1 < · · · < qs premiers et
(ℓj )1≤j≤s avec ℓj ≥ 1. Alors d’après le lemme d’Euclide, p appartient à {q1 , . . . , qs }.
Posons alors p = qj . On en déduit :
n ℓ −1
m= = pk11 · · · pkr r = q1ℓ1 · · · qj j · · · qsℓs .
p
Or par hypothèse de récurrence, la factorisation de m est unique. Donc r = s,
p1 = q1 , . . . , ps = qs , k1 = ℓ1 , . . . , kj = ℓj − 1, . . . , kr = ℓr . La factorisation de n
est donc unique.

Définition 6.30
Soit p un nombre premier et soit n ∈ Z, n 6= 0. L’ensemble d’entiers
naturels {k ∈ N, pk | n} est fini d’après le théorème fondamental de l’arith-
métique. Il possède donc un plus grand élément, qui est l’entier naturel
vp (n) = max{k ∈ N, pk | n}. On appelle vp (n) la valuation p-adique de n.

Si vp (n) = 0 alors p ne divise pas n, et inversement. Si vp (n) > 0, alors vp (n) est
précisément la puissance de p dans la décomposition de n.
La décomposition de n s’écrit alors :
Y
n = sign(n) pvp (n)
p∈P

où sign est la fonction signe et P désigne l’ensemble des nombres premiers. Le


produit ci-dessus est fini car vp (n) est nul sauf pour un nombre fini de p (ceux
intervenant dans la décomposition de n).

Exemple 6.31. 1. Comme 24 = 23 × 3, on a v2 (24) = 3, v3 (24) = 1 et


vp (24) = 0 pour tout premier p distinct de 2 et 3.
2. Dans un groupe d’ordre n, les p-sous-groupes de Sylow sont les sous-groupes
d’ordre pvp (n) .

Voyons des propriétés de la valuation p-adique.


Proposition 6.32
Soient a et b deux entiers relatifs non nuls et p un nombre premier. On a :
1. vp (ab) = vp (a) + vp (b) ;
2. a divise b si et seulement si, pour tout p ∈ P, vp (a) ≤ vp (b) ;
3. vp (pgcd(a, b)) = min{vp (a), vp (b)} ;
4. vp (ppcm(a, b)) = max{vp (a), vp (b)} ;
5. vp (a + b) ≥ min{vp (a), vp (b)}.
6.2. L’anneau Z/nZ et son arithmétique 85

Démonstration. 1. Notons α = vp (a) et β = vp (b). On a a = pα a′ et b = pβ b′


avec p ∤ a′ et p ∤ b′ . Alors on a ab = pα+β a′ b′ . Par le lemme d’Euclide, p
ne divise pas a′ b′ . On en déduit α + β = vp (ab).
2. Cela vient du fait que p premier divise a si et seulement si vp (a) ≥ 1, et
alors vp (a) est la puissance de p dans la décomposition de a.
3. Posons ip = min{vp (a), vp (b)}. Il s’agit de montrer que vp (pgcd(a, b)) = ip
Q
pour tout p ∈ P. Par définition de ip , l’entier p pip divise a et b donc il
divise pgcd(a, b). On en déduit, par le deuxième point de la proposition,
que ip ≤ vp (pgcd(a, b)) pour tout p. Inversement comme pgcd(a, b) divise
a et b on a aussi l’inégalité vp (pgcd(a, b)) ≤ ip d’où finalement l’égalité.
4. On peut procéder comme pour le pgcd, ou bien utiliser la relation ab =
pgcd(a, b) · ppcm(a, b).
5. Posons α = vp (a) et β = vp (b), puis a′ = p−α a et b′ = p−β b dans Z. Alors
a′ et b′ sont de valuation p-adique nulle. Quitte à échanger les rôles de a
et b, on peut supposer α ≥ β. Alors on a
a + b = pα a′ + pβ b = pβ (pα−β a′ + b′ ).
C’est un produit de deux entiers relatifs. Par le premier point de la
proposition, sa valuation est
vp (a + b) = β + vp (pα−β a′ + b′ ) ≥ β = min{vp (a), vp (b)}.

On déduit de cette proposition les décompositions suivantes du pgcd et du


ppcm :
Y Y
pgcd(a, b) = pmin{vp (a),vp (b)} , ppcm(a, b) = pmax{vp (a),vp (b)} .
p∈P p∈P

On retrouve ainsi la relation pgcd(a, b) · ppcm(a, b) = |ab| (proposition 6.18).

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 6.1 
— exercice 6.2 
— exercice 6.3 
— exercice 6.4 
— exercice 6.6 
— exercice 6.8 
— exercice 6.15 

6.2 L’anneau Z/nZ et son arithmétique


6.2.1 Structure d’anneau sur Z/nZ
Dans le chapitre 3, nous avons défini le groupe additif (Z/nZ, +). Nous
allons maintenant voir que ce groupe peut être muni d’une loi supplémentaire,
la multiplication ×, qui est héritée de Z, et que (Z/nZ, +, ×) est un anneau
commutatif.
86 Chapitre 6. Arithmétique dans Z

Théorème 6.33
1. Si a, b, a′ , b′ sont des entiers relatifs tels que a ≡ a′ mod n et b ≡
b′ mod n alors ab ≡ a′ b′ mod n. Autrement dit dans Z/nZ on a :

(a = a′ et b = b′ ) =⇒ ab = a′ b′ .

2. Posons, pour a et b dans Z/nZ,

a × b = ab.

La loi × est interne sur Z/nZ.


3. L’ensemble (Z/nZ, +, ×) est un anneau commutatif unitaire, ce qui
signifie :
(a) (Z/nZ, +) est un groupe abélien, de neutre 0 ;
(b) la loi × est associative, commutative, possède un élément neutre
qui est 1 ;
(c) la loi × est distributive par rapport à la loi + : a×(b+c) = a×b+a×c
pour tous a, b, c dans Z/nZ.
4. La surjection canonique π : Z/ → Z/nZ, a 7→ a est un morphisme
d’anneaux unitaires, c’est-à-dire qu’elle satisfait : π(1) = 1 et pour
tous a, b dans Z,

π(a + b) = π(a) + π(b), π(ab) = π(a) × π(b).

Démonstration. 1. Si a ≡ a′ mod n et b ≡ b′ mod n alors n divise à la fois


a − a et b − b′ . On écrit alors a′ = a + kn et b′ = b + ln avec k, l dans Z

et on a a′ b′ = ab + (al + bk + kl)n d’où a′ b′ ≡ ab mod n.


2. Il faut s’assurer que la formule a × b = ab définit sans ambiguïté une
application × : Z/nZ × Z/nZ → Z/nZ c’est-à-dire que pour tout x ∈ a et
y ∈ b on a xy = ab. Or c’est précisément le point précédent du théorème.
3. Montrons que 1 est l’élément neutre de × : pour tout a ∈ Z, on a
1 × a = 1 × a = a et de même, a × 1 = a. De plus il est clair que ×
est associative, commutative et distributive par rapport à + : cela vient
des propriétés analogues sur Z par réduction modulo n.
4. On sait déjà que π : (Z, +) → (Z/nZ, +) est un morphisme de groupes.
De plus on a évidemment π(1) = 1. Enfin par définition de ×, on a pour
tous a, b dans Z et par définition de la multiplication dans Z/nZ :

π(ab) = ab = a × b = π(a) × π(b).

Donc π est un morphisme d’anneaux unitaires.


6.2. L’anneau Z/nZ et son arithmétique 87

Proposition 6.34
Soit n ∈ N d’écriture en base 10 :

n = n0 + n1 × 10 + · · · + nk × 10k

avec n0 , . . . , nk dans {0, . . . , 9}. Alors la somme n0 + · · · + nk des chiffres de n


en base 10 est congrue à n modulo 9.

Démonstration. C’est un résultat classique, dont la démonstration est à connaître


car le principe peut s’étendre à d’autres modulos. Il suffit de remarquer que
10 ≡ 1 mod 9 d’où 10i ≡ 1i ≡ 1 mod 9 pour tout entier i ≥ 0. Ainsi on a :

n ≡ n0 + n1 × 10 + · · · + nk × 10k mod 9
≡ n0 + n1 × 1 + · · · + nk × 1k mod 9
≡ n0 + · · · + nk mod 9.

Il s’ensuit un critère bien connu des écoliers : un entier est divisible par 9 si et
seulement si la somme de ses chiffres en base 10 est divisible par 9.

Remarque 6.35. La preuve par 9 s’étend à toutes les bases b ≥ 2 : il s’agit alors
de regarder la somme des chiffres modulo b − 1.

6.2.2 Théorème des restes chinois


Ce théorème est aussi appelé simplement théorème chinois. Il apparaît dans
un traité du mathématicien chinois Sun Tzu datant du troisième siècle de notre
ère.
Théorème 6.36
Soient m et n deux entiers relatifs premiers entre eux. Pour tous x1 , x2
dans Z il existe un entier x ∈ Z tel que
(
x ≡ x1 mod m
x ≡ x2 mod n.

De plus x est unique modulo mn : si y est une autre solution du système alors
y ≡ x mod mn.

Ainsi si x est une solution particulière, l’ensemble des solutions du système est

{x + mnk | k ∈ Z}.

Noter que cet ensemble de solutions est infini.


88 Chapitre 6. Arithmétique dans Z

Démonstration. Comme m et n sont premiers entre eux, il existe u et v dans Z


tels que mu + nv = 1 (relation de Bézout). On en déduit nv ≡ 1 mod m et
mu ≡ 1 mod n. En posant x = x2 mu + x1 nv on a donc

x ≡ x1 nv mod m
≡ x1 mod m

et

x ≡ x2 mu mod n
≡ x2 mod n.

Donc x est solution du système. Si y est une autre solution alors x ≡ x1 ≡ y mod m
et x ≡ x2 ≡ y mod n d’où x − y ≡ 0 mod m et x − y ≡ 0 mod n. On en déduit
que m et n divisent x − y. Donc leur ppcm divise x − y. Or m et n étant premiers
entre eux, leur ppcm est mn, ce qui termine la preuve.

La démonstration précédente est à connaître pour la raison suivante : pour


résoudre un système donné, on peut procéder comme dans cette démonstration
en commençant par établir une relation de Bézout entre m et n, puis en déduisant
une solution particulière.

Remarque 6.37. 1. Le couple de Bézout (u, v) utilisé dans la démonstration


n’est pas unique. Si (u′ , v ′ ) est un autre couple alors x′ = x2 mu′ + x1 nv ′
est la solution particulière qui s’en déduit. Elle vérifie x′ ≡ x mod mn.
Cependant l’ensemble des solutions sera inchangé car :

{x + mnk | k ∈ Z} = x + mnZ = x′ + mnZ = {x′ + mnk ′ | k ′ ∈ Z}.

2. Le théorème signifie que le système à deux congruences se ramène à une


unique congruence modulo mn. Par récurrence, l’énoncé se généralise
facilement à un système de congruences modulo m1 , . . . , mk , où ces entiers
sont premiers entre eux deux à deux.

Le théorème chinois admet une reformulation en termes d’anneaux. Si A et B


sont deux anneaux commutatifs unitaires, on peut munir le produit cartésien
A × B d’une structure d’anneau héritée de celles sur A et B. L’addition et la
multiplication sont définies en posant, pour tous a, a′ dans A et b, b′ dans B :

(a, b) + (a′ , b′ ) = (a + a′ , b + b′ ) et (a, b)(a′ , b′ ) = (aa′ , bb′ ).

L’élément neutre pour l’addition est (0A , 0B ) et l’élément neutre pour la multipli-
cation est (1A , 1B ). On a ainsi une structure d’anneau commutatif unitaire sur
Z/mZ × Z/nZ.
6.2. L’anneau Z/nZ et son arithmétique 89

Proposition 6.38
Soient n et m deux entiers naturels et premiers entre eux. L’application

f: Z/mnZ −→ Z/mZ × Z/nZ


x mod mn 7−→ (x mod m, x mod n)

est un isomorphisme d’anneaux, c’est-à-dire que f est une application bijective


vérifiant pour tous x, y dans Z,

f ((x + y) mod mn) = f (x mod mn) + f (y mod mn)


f (xy mod mn) = f (x mod mn)f (y mod mn)
f (1 mod mn) = (1Z/mZ , 1Z/nZ ).

Démonstration. Montrons que x mod mn 7→ (x mod m, x mod n) définit une


application de Z/mnZ dans Z/mZ × Z/nZ. Si x ≡ x′ mod mn alors mn divise
x − x′ , donc m et n divisent x − x′ , ce qui entraîne x ≡ x′ mod m et x ≡
x′ mod n. Donc on a bien l’application f comme dans l’énoncé. Elle est surjective
d’après le théorème chinois (existence d’une solution pour chaque système) et
injective car deux solutions d’un système diffèrent d’un multiple de mn. Noter
que la démonstration du théorème chinois (thérorème 6.36) fournit l’application
réciproque de f :

f −1 : Z/mZ × Z/nZ −→ Z/mnZ


(x1 mod m, x2 mod n) 7−→ x2 mu + x1 nv

si mu + nv = 1 est une relation de Bézout entre u et v. Enfin on vérifie de manière


directe que f est un morphisme d’anneaux.

Remarque 6.39. L’isomorphisme d’anneaux de cette proposition est en parti-


culier un isomorphisme de groupes de (Z/mnZ, +) dans (Z/mZ, +) × (Z/nZ, +).

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 6.5 
— exercice 6.7 
— exercice 6.9 
— exercice 6.10 
— exercice 6.11 
— exercice 6.12

6.2.3 Le groupe (Z/nZ)× des inversibles de Z/nZ


Définition 6.40
Soit n un entier naturel, n ≥ 1. Un élément x de Z/nZ est dit inversible
s’il existe y ∈ Z/nZ tel que xy = 1 dans Z/nZ. L’ensemble des éléments
inversibles de Z/nZ est noté (Z/nZ)× .
90 Chapitre 6. Arithmétique dans Z

Exemple 6.41. 1. 0 n’est jamais inversible (ainsi (Z/nZ, ×) n’est pas un


groupe) ;
2. 3 ∈ (Z/5Z)× car 3 × 2 = 6 = 1 dans Z/5Z ;
/ (Z/4Z)× car 0 × 2 = 0 6= 1, 1 × 2 = 2 6= 1, 2 × 2 = 4 = 0 =
3. 2 ∈ 6 1 et
3 × 2 = 6 = 2 6= 1 dans Z/4Z.

Proposition 6.42
((Z/nZ)× , ×) est un groupe abélien, d’élément neutre 1.

Démonstration. Cet ensemble est non vide car il contient 1. Montrons que la
multiplication est une loi interne sur (Z/nZ)× c’est-à-dire que si x1 et x2 sont
inversibles alors x1 x2 l’est aussi. Si x1 et x2 appartiennent à (Z/nZ)× , il existe
y1 et y2 dans (Z/nZ)× tels que x1 y1 = 1 et x2 y2 = 1. On en déduit x1 x2 y1 y2 =
x1 y1 x2 y2 = 1 × 1 = 1 d’où x1 x2 ∈ (Z/nZ)× . Enfin la multiplication sur Z/nZ
étant associative, commutative, d’élément neutre 1 et tout élément de (Z/nZ)×
admettant un inverse dans (Z/nZ)× , cela fait de (Z/nZ)× , ×) un groupe abélien.

Le théorème suivant donne une description des éléments inversibles de Z/nZ.


Théorème 6.43
On a

(Z/nZ)× = {x ∈ Z/nZ | 1 ≤ x ≤ n, pgcd(x, n) = 1}.

Démonstration. Il faut d’abord se convaincre qu’on peut parler sans ambiguïté


de pgcd(x, n) si x ∈ Z/nZ, c’est-à-dire que ce pgcd ne dépend pas du choix du
représentant choisi dans la classe x. Si y est un entier dans la classe x alors
x et y sont congrus modulo n. Il existe donc k ∈ Z tel que x = y + kn, d’où
pgcd(x, n) = pgcd(y, n) par le corollaire 6.14. Cela prouve l’assertion voulue.
Maintenant pour x entier avec 1 ≤ x ≤ n, on a
Bézout
pgcd(x, n) = 1 ⇐⇒ ∃(u, v) ∈ Z × Z, xu + nv = 1
⇐⇒ ∃u ∈ Z, xu ≡ 1 mod n
⇐⇒ ∃u ∈ Z, xu = 1 dans Z/nZ
⇐⇒ x ∈ (Z/nZ)× .

Exemple 6.44. (Z/6Z)× = {1, 5} ; (Z/8Z)× = {1, 3, 5, 7}.

Corollaire 6.45
Si p est premier alors (Z/pZ)× = {1, 2, . . . , p − 1} = Z/pZ − {0}. C’est un
groupe d’ordre p − 1.
6.2. L’anneau Z/nZ et son arithmétique 91

En pratique, pour calculer l’inverse d’une classe inversible x, on procède


comme dans la démonstration du théorème : on établit une relation de Bézout
xu + nv = 1 entre les entiers x et n (par exemple en utilisant l’algorithme
d’Euclide étendu) puis on conclut que x−1 = u. Voir l’exercice 6.13.
Définition 6.46
Si n ≥ 1, on pose

ϕ(n) = Card((Z/nZ)× ) = Card{1 ≤ x ≤ n, pgcd(x, n) = 1}.

La fonction ϕ : N − {0} → N est appelée l’indicatrice d’Euler ou fonction phi


d’Euler.

Remarque 6.47. En vertu de l’exercice 6.5, ϕ(n) est aussi le nombre de généra-
teurs du groupe cyclique (Z/nZ, +).

Proposition 6.48
1. Si m et n sont premiers entre eux, on a ϕ(mn) = ϕ(m)ϕ(n).
2. Si p est premier et r ≥ 1, on a ϕ(pr ) = pr−1 (p − 1).

Démonstration. Les démonstrations des deux assertions sont à connaître.


1. Comme m et n sont premiers entre eux, le théorème chinois (proposi-
tion 6.38) donne un isomorphisme d’anneaux Z/mnZ ≃ Z/mZ × Z/nZ.
On peut montrer qu’il entraîne un isomorphisme de groupes multiplicatifs :

(Z/mnZ)× ≃ (Z/mZ × Z/nZ)× = (Z/mZ)× × (Z/nZ)× .

donc une bijection entre ces ensembles. En passant aux cardinaux, l’égalité
voulue en découle.
2. Comme p est premier, on a

ϕ(pr ) = Card{1 ≤ x ≤ pr | pgcd(x, pr ) = 1} = Card{1 ≤ x ≤ pr , p ∤ x}.

Or le nombre d’entiers entre 1 et pr qui sont divisibles par p est pr−1 (ce
sont les p, 2p, 3p, · · · , pr−1 p). On en déduit

ϕ(pr ) = Card{1 ≤ x ≤ pr } − Card{1 ≤ x ≤ pr , p | x}


= pr − pr−1 = pr−1 (p − 1).

Exemple 6.49. 1. On a ϕ(1) = 1, ϕ(2) = 1, ϕ(3) = 2, ϕ(4) = 2(2 − 1) = 2,


ϕ(5) = 4, ϕ(6) = ϕ(2)ϕ(3) = 2, ϕ(7) = 6, ϕ(8) = 4, ϕ(9) = 6, ϕ(10) =
ϕ(2)ϕ(5) = 4.
2. Si n est impair alors ϕ(2n) = ϕ(n).
92 Chapitre 6. Arithmétique dans Z

En combinant les deux énoncés de la proposition, on obtient la formule


Q
générale suivante. Si n = p∈P pvp (n) est la décomposition en facteurs premiers :
 
Y Y 1
ϕ(n) = pvp (n)−1 (p − 1) = n 1− .
p∈P, p|n p∈P, p|n
p

Nous terminons par deux énoncés classiques d’arithmétique, qui peuvent être
vus comme une conséquence de la théorie des groupes.
Théorème 6.50
1. (Théorème d’Euler) Soit n ≥ 1 et soit a entier premier avec n alors
on a
aϕ(n) ≡ 1 mod n.

2. (Théorème de Fermat) Soit p un nombre premier et soit a un entier


non divisible par p alors on a

ap−1 ≡ 1 mod p.

En particulier on a ap ≡ a mod p pour tout entier a.

Démonstration. Ces démonstrations sont à connaître.


1. Comme a est premier avec n, a est inversible dans Z/nZ donc a ∈ (Z/nZ)× .
Or le groupe (Z/nZ)× est d’ordre ϕ(n). On conclut grâce au théorème de
Lagrange.
2. La première formule est le théorème d’Euler dans le cas où n = p est
premier, puisque ϕ(p) = p − 1. La seconde formule est immédiate si a
est divisible par p (c’est 0 ≡ 0 mod p) ; sinon elle s’obtient à partir de
ap−1 ≡ 1 mod p en multipliant par a de part et d’autre de la congruence.

Exemple 6.51. Calculons le dernier chiffre en base 10 de 1722 . Il s’agit de


calculer 1722 mod 10 c’est-à-dire 722 mod 10 puisque 17 ≡ 7 mod 10. Comme 7 et
10 sont premiers entre eux, le théorème d’Euler dit que 7ϕ(10) ≡ 1 mod 10. Or
ϕ(10) = 4. Donc pour tout a ∈ Z, on a 7a ≡ 7r mod 10 où r désigne le reste de
la division euclidienne de a par 4. On applique ce résultat à a = 22 : son reste est
2. Donc 722 ≡ 72 ≡ 49 ≡ 9 mod 10. Le dernier chiffre cherché est 9.

Remarque 6.52. Il existe plusieurs types de contre-exemples à une réciproque


du théorème de Fermat. Par exemple on a 2340 ≡ 1 mod 341 mais 341 = 11 × 31
n’est pas premier. On peut aussi montrer que tout a ∈ (Z/561Z)× vérifie a560 ≡
1 mod 561 mais 561 = 3 × 11 × 17 n’est pas premier. Le nombre 561 est un
exemple de nombre de Carmichael.

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 6.13 
6.3. Constructions de N et de Z 93

— exercice 6.14 
— exercice 6.16 
— exercice 6.17 
— exercice 6.18 

6.3 Constructions de N et de Z
Cette partie présente des constructions possibles pour les ensembles N et Z
ainsi que des démonstrations de la plupart de leurs propriétés.

6.3.1 Construction de N par l’axiomatique de Peano


Nous choisissons une présentation basée sur l’axiomatique de Peano.

Axiome 6.1 (Axiomes de Peano). Il existe un ensemble N, dont les éléments


sont appelés les entiers naturels, qui a les propriétés suivantes :
1. il existe un élément 0 dans N, appelé zéro ;
2. il existe une application successeur injective s : N → N telle que 0 ∈
/ s(N) ;
3. si une partie A de N vérifie 0 ∈ A et s(A) ⊂ A alors A = N.

La troisième propriété est connue sous le nom de principe de récurrence bien


qu’il s’agisse, avec cette construction, d’un axiome et non d’un théorème.
On note 1 = s(0), 2 = s(1) = s(s(1)), 3 = s(2), etc. Nous allons montrer à
partir des axiomes de Peano, les propriétés de N.
Proposition 6.53
Tout entier naturel non nul est le successeur d’un entier naturel c’est-à-dire
N − {0} = s(N).

Démonstration. Il suffit de démontrer que s(N) ∪ {0} = N, ce qu’on fait avec


le principe de récurrence appliqué à A = s(N) ∪ {0} : on a 0 ∈ A et s(A) =
s(s(N)) ∪ s({0}) ⊂ s(N) − {0} d’après l’axiome 2. Donc s(A) ⊂ A d’où le
résultat.

Remarque 6.54. D’autres constructions sont possibles, comme celle dite de


von Neumann à partir des axiomes de la théorie des ensembles : les entiers sont
alors définis comme des ensembles et plus précisément : 0 = ∅, puis 1 = {∅}
(l’ensemble dont l’unique élément est l’ensemble vide), puis 2 = {∅, {∅}} = {0, 1},
3 = {∅, {∅}, {∅, {∅}}} = {0, 1, 2}, etc.

L’addition
Proposition 6.55
Il existe une application + : N × N → N donnée par :
1. pour tout n ∈ N, n + 0 = n ;
2. pour tous n et m dans N, n + s(m) = s(n + m).
94 Chapitre 6. Arithmétique dans Z

Démonstration. Montrons que ces formules définissent bien une application de


N × N dans N c’est-à-dire que l’ensemble A = {m ∈ N | n + m est défini} satisfait
A = N. Comme A contient 0 (axiome 1) et est stable par successeur (axiome 2),
cela résulte du principe de récurrence.

On a, par définition, n + 1 = n + s(0) = s(n + 0) = s(n). L’application


successeur est donc l’application qui consiste à ajouter 1. Par exemple on a
2 = s(1) = 1 + 1.
Proposition 6.56

1. L’addition est associative : pour tous a, b, c dans N, on a a + (b + c) =


(a + b) + c.
2. Pour tout a ∈ N, on a a + 0 = a = 0 + a.
3. L’addition est commutative : pour tous a, b dans N on a a + b = b + a.
4. Pour tous a, b, c, dans N, on a a + b = a + c =⇒ b = c (règle de
simplification).
5. Si a + b = 0 avec a et b dans N alors a = b = 0.

Démonstration. 1. Fixons a et b. Soit C = {c ∈ N | a + (b + c) = (a + b) + c}.


Montrons que C = N en utilisant le principe de récurrence. On a 0 ∈ C :
en effet, on a a + (b + 0) = a + b = (a + b) + 0 par définition de +. Montrons
maintenant que s(C) ⊂ C. Soit c ∈ C. On a a + (b + s(c)) = a + s(b + c) =
s(a + (b + c)) par définition de +. Comme c ∈ C et par définition de +,
on a s(a + (b + c)) = s((a + b) + c) = (a + b) + s(c). Donc s(c) ∈ C, ce
qu’il fallait démontrer. Par le principe de récurrence on conclut C = N.
2. On a a+0 = a par définition de +. Soit A = {a ∈ N | 0+a = a}. Montrons
que A = N en utilisant le principe de récurrence. On a 0 ∈ A : en effet,
on a 0 = 0 + 0 par définition de +. Montrons que s(A) ⊂ A. Soit a ∈ A.
Alors on a 0 + s(a) = s(0 + a), par définition de +, puis s(0 + a) = s(a)
car a ∈ A. Cela prouve que s(a) ∈ A, ce qui conclut.
3. Lemme 6.57
Pour tous a et b dans N on a s(a) + b = s(a + b).

Démonstration. Voir l’exercice 6.19.

Soit B = {b ∈ N | ∀a ∈ N, a + b = b + a}. Montrons que B = N en


utilisant le principe de récurrence. On a 0 ∈ B par le deuxième point de la
proposition. Montrons que si b ∈ B alors s(b) ∈ B. Pour tout a ∈ N, on a
a + s(b) = s(a + b) par définition de +, puis s(a + b) = s(b + a) car b ∈ B,
et enfin s(b + a) = s(b) + a en utilisant le lemme, ce qui montre bien que
s(b) ∈ B. On conclut que B = N.
4. Voir l’exercice 6.19.
6.3. Constructions de N et de Z 95

5. Raisonnons par l’absurde : si a 6= 0 et b 6= 0, il existe α et β dans


N tels que a = s(α) et b = s(β) par la proposition 6.53. On a alors
a + b = s(α) + s(β) = s(s(α) + β) par définition de +, donc 0 = a + b est
successeur d’un entier naturel. Cela contredit le premier axiome de Peano.

Exemple 6.58. En utilisant l’associativité, démontrons que 2 + 2 = 4 : en effet


on a 4 = s(3) = 3 + 1 = (2 + 1) + 1 = 2 + (1 + 1) = 2 + 2.

La multiplication
Proposition 6.59
Il existe une application × : N × N → N donnée par :
1. pour tout n ∈ N, m × 0 = 0 ;
2. pour tous n et m dans N, n × s(m) = n × m + n.

Démonstration. On démontre comme pour l’addition que ces formules définissent


bien une application de N × N dans N en utilisant le principe de récurrence.

Proposition 6.60
1. La multiplication est distributive par rapport à l’addition : pour tous
a, b, c dans N, on a a × (b + c) = a × b + a × c et (a + b) × c = a × c + b × c.
2. La multiplication est associative : pour tous a, b, c dans N, on a a ×
(b × c) = (a × b) × c.
3. Pour tout a ∈ N, on a a × 1 = a = 1 × a.
4. La multiplication est commutative : pour tous a et b dans N on a
a × b = b × a.
5. Pour tous a et b dans N on a ab = 0 =⇒ a = 0 ou b = 0.
6. Pour tous a, b, c dans N avec a 6= 0, on a ab = ac =⇒ b = c (règle de
simplification).

Démonstration. On procède comme pour l’addition en utilisant le principe de


récurrence. Les détails sont laissés aux lecteurs.

La relation d’ordre ≤
Définition 6.61
Pour a et b dans N, on note a ≤ b s’il existe c ∈ N tel que b = a + c.

Proposition 6.62
La relation ≤ est une relation d’ordre total sur N.
96 Chapitre 6. Arithmétique dans Z

Démonstration. La relation est réflexive : on a a ≤ a car a = a + 0. De plus elle


est transitive : si a ≤ b et b ≤ c alors il existe d et e dans N tels que b = a + d et
c = b + e, d’où c = a + (d + e) c’est-à-dire a ≤ c. Enfin elle est antisymétrique :
si a ≤ b et b ≤ a alors il existe c et d dans N tels que b = a + c et a = b + d,
d’où b = b + (c + d) ce qui entraîne c + d = 0 par la règle de simplification de
l’addition, puis c = d = 0 par propriété de l’addition. Donc on a b = a.
Montrons que l’ordre est total, c’est-à-dire que tous entiers a et b satisfont
a ≤ b ou b ≤ a. Fixons b et considérons l’ensemble A = {a ∈ N | a ≤ b ou b ≤ a}.
Montrons que A = N en utilisant le principe de récurrence. On a 0 ∈ A car 0 ≤ b,
par définition de ≤. Supposons maintenant a ∈ A. Distinguons deux cas.
— Si a ≤ b et a = 6 b, alors il existe c ∈ N, c 6= 0, tel que b = a + c. La
proposition 6.53 assure l’existence de d ∈ N tel que c = s(d) = d + 1 d’où
b = a + 1 + d = s(a) + d. Cela montre que s(a) ≤ b.
— Supposons b ≤ a, alors il existe c ∈ N tel que a = b + c donc s(a) = a + 1 =
b + (1 + c), ce qui prouve que b ≤ s(a).
Dans tous les cas on a bien s(a) ∈ A, ce qui conclut.

Si a ≤ b, on note b − a l’unique entier c ∈ N tel que b = a + c. On écrit a < b


lorsque a ≤ b et a 6= b. De même on note a ≥ b pour dire b ≤ a, et enfin a > b
pour dire b < a.
Théorème 6.63
L’ensemble ordonné (N, ≤) est bien ordonné i.e. toute partie non vide de
N admet un plus petit élément. De plus toute partie non vide finie de N a un
plus grand élément.

Démonstration. Démontrons que si une partie A ne possède pas de plus petit


élément alors A est vide i.e. son complémentaire est N. Notons B ce complé-
mentaire. On a 0 ∈ B (sinon 0 serait le plus petit élément de A). Soit b ∈ B
et montrons que s(b) = b + 1 ∈ B. On sait qu’aucun des entiers 0, 1, . . . , b n’est
dans A, il s’agit de voir que b + 1 n’y est pas non plus. S’il y était alors b + 1
serait le plus petit élément de A, contrairement à l’hypothèse. Donc b + 1 ∈ B
et on conclut B = N par le principe de récurrence. Pour la démonstration de la
deuxième assertion du théorème, voir l’exercice 6.20.

On peut établir d’autres propriétés usuelles de ≤, dont les démonstrations


sont omises ici.
Proposition 6.64
1. Pour tous a, b, c dans N, on a a + b ≤ a + c ⇐⇒ b ≤ c.
2. Il n’existe aucun entier naturel a tel que 0 < a < 1.
3. Il n’existe aucun entier naturel supérieur à tous les autres.
4. Si a ≤ b alors ac ≤ bc pour tout c ∈ N.

Corollaire 6.65
Si a et b dans N vérifient ab = 1 alors a = 1 et b = 1.
6.3. Constructions de N et de Z 97

Démonstration. Si ab = 1 alors a et b sont non nuls donc a ≥ 1 et b ≥ 1. Si l’un


deux, par exemple a, était supérieur ou égal à 2 alors ab serait supérieur ou égal
à 2b donc ab ≥ 2, ce qui contredit ab = 1. Donc a = 1 et b = 1.

On termine ce paragraphe avec la propriété achimédienne pour ≤.


Théorème 6.66
La relation d’ordre ≤ sur N est archimédienne : pour tout x ∈ N et pour
tout n ∈ N − {0}, il existe k ∈ N tel que kn ≥ x.

Démonstration. Soient x ∈ N et n ∈ N − {0}. Si x ≤ n alors k = 1 convient. Si


x > n considérons l’ensemble

B = {cn | c ∈ N, 1 ≤ cn < x}.

Il est non vide, car il contient n = 1 × n, et fini car majoré par x. Donc il admet
un plus grand élément, noté cn. Posons k = s(c) = c + 1. Alors on a kn ≥ x par
maximalité de cn dans B.

Remarque 6.67. La multiplication permet de définir une autre relation d’ordre


sur N, celle de divisibilité : on écrit a | b lorsqu’il existe c ∈ N tel que b = c × a.
Dans ce cas, l’entier naturel c est noté ab . On vérifie que c’est une relation d’ordre
partielle sur N.

6.3.2 Construction de Z par symétrisation


L’ensemble (N, +) n’est pas un groupe car les éléments n ∈ N − {0} n’ont pas
d’opposé dans N. On construit l’ensemble Z pour palier ce manque. Pour cela on
considère la relation suivante sur N × N :

(m, n)R(m′ , n′ ) ⇐⇒ m + n′ = n + m′ .

On vérifie sans difficulté que R est une relation d’équivalence sur N × N.


Définition 6.68
On définit Z comme l’ensemble quotient (N × N)/R. Ses éléments sont
appelés les entiers relatifs.

On note [m, n] la classe d’équivalence d’un élément (m, n) ∈ N × N. Par exemple


on a [0, 4] = [1, 5] = [2, 6] et [5, 2] = [4, 1] = [3, 0].
Proposition 6.69
Soit z = [m, n] une classe d’équivalence dans Z.
1. Si m ≤ n alors z = [m − n, 0].
2. Si n ≤ m alors z = [0, n − m].
3. On a [m, 0] = [n, 0] si et seulement si m = n. De même on a [0, m] =
[0, n] si et seulement si m = n.
98 Chapitre 6. Arithmétique dans Z

Démonstration. Immédiate à partir de la définition de R.

Cette proposition entraîne que

Z = {[m, 0] | m ∈ N} ∪ {[0, n] | n ∈ N}.

On en déduit deux injections de N dans Z : m 7→ [m, 0] et n 7→ [0, n]. On notera


simplement m l’élément [m, 0] et −n l’élément [0, n]. Par exemple [2, 6] = [0, 4] =
−4 et [5, 2] = [3, 0] = 3.
Proposition 6.70
Il existe une application + : Z × Z → Z donnée par :

[m, n] + [p, q] = [m + p, n + q].

et une application × : Z × Z → Z donnée par :

[m, n] × [p, q] = [mp + nq, mq + np].

Démonstration. On vérifie sans souci que ces applications sont bien définies c’est-
à-dire que leur résultat ne dépend pas des représentants choisis dans les classes
[m, n] et [p, q].

En notant comme auparavant m pour [m, 0] et −n pour [0, n], on écrira


simplement m + n leur somme, m × n leur produit, et m − n au lieu de m + (−n).
On démontre ensuite que toutes les propriétés classiques de Z muni de + et ×
sont vérifiées. En particulier :
— l’élément neutre de + est [0, 0] = 0 = −0 et l’opposé de m est −m. Ainsi
(Z, +) est un groupe abélien.
— l’élément neutre de × est [1, 0] = 1.
On étend la relation d’ordre ≤ en une relation d’ordre total sur Z, qui hérite de
la propriété archimédienne.

 Exercices pouvant être traités :


— exercice 6.19 
— exercice 6.20 
Annexe 1 : relation
d’équivalence, ensemble
quotient

Définition. Soit E un ensemble. Une relation binaire sur E est une partie Γ de
E × E. On dit de deux éléments x et y de E qu’ils satisfont la relation binaire
lorsque (x, y) ∈ Γ, ce qu’on note xRy.

Une relation binaire est donc décrite par l’ensemble des couples d’éléments
satisfaisant cette relation.

Exemple. Γ = {(x, y) ∈ Z × Z | x divise y} est une relation binaire sur Z.

Définition. Soit E un ensemble. Une relation d’équivalence sur E est une relation
binaire R sur E qui est
1. réflexive : pour tout x ∈ E on a xRx ;
2. symétrique : xRy implique yRx ;
3. transitive : xRy et yRz impliquent xRz.

Exemple. 1. Soit E l’ensemble des parties finies de N. La relation « avoir


même cardinal » est une relation d’équivalence sur E.
2. Soit E = Mn,m (K) l’ensemble des matrices à n lignes, m colonnes et
coefficients dans un corps K. La relation définie par

A ∼ B ⇐⇒ ∃P ∈ GLm (K), ∃Q ∈ GLn (K), B = Q−1 AP

est une relation d’équivalence sur E. C’est la notion d’équivalence sur les
matrices qui a été vue en algèbre linéaire.

Définition. Soit E un ensemble muni d’une relation d’équivalence R. Pour x ∈ E


on appelle classe d’équivalence de x le sous-ensemble de E défini par

cl(x) = {y ∈ E | xRy}.

Exemple. Reprenons E = Mn,m (K) muni de la relation d’équivalence matricielle.


Soit A ∈ Mn,m (K) une matrice fixée. D’après le cours d’algèbre linéaire (pivot
de Gauss, par exemple), la classe d’équivalence de A est formée des matrices de
Mn,m (K) ayant même rang que A.

99
100 Chapitre 6. Arithmétique dans Z

Proposition. 1. On a x ∈ cl(x).
2. Pour tous x, y ∈ E, on a

xRy ⇐⇒ cl(x) = cl(y) ⇐⇒ x ∈ cl(y).

3. Pour tous x, y dans E, on a l’alternative : cl(x) = cl(y) ou cl(x) ∩ cl(y) = ∅.

Définition. Soit E un ensemble muni d’une relation d’équivalence R. L’ensemble


quotient de E par R est l’ensemble des classes d’équivalence d’éléments de E. On
le note E/R.
L’application naturelle :

E −→ E/R
x 7−→ cl(x)

est surjective par définition de E/R et s’appelle la surjection canonique de E sur


E/R.

D’après la proposition, les classes d’équivalence forment une partition de E :


G
E= C (6.2)
C∈E/R

F
où le symbole signifie que la réunion est disjointe (les sous-ensembles considérés
sont deux à deux disjoints).

Exemple 6.71. L’exemple suivant représente graphiquement un ensemble E à


7 éléments (points verts) muni d’une relation d’équivalence représentée par les
doubles-flèches rouges. Elle comporte trois classes d’équivalence avec 1, 2 et 4
éléments respectivement, qui forment une partition de l’ensemble E. Ici on a
Card(E/R) = 3.

Pour rendre l’écriture (6.2) plus aisément manipulable, il peut être utile de
passer par un système de représentants.

Définition. On appelle représentant d’une classe d’équivalence n’importe quel


élément de cette classe d’équivalence. Un système de représentants des classes est
toute partie de E qui contient exactement un représentant par classe d’équivalence.
6.3. Constructions de N et de Z 101

Soit (xi )i∈I un système de représentants des classes d’équivalence (selon la si-
tuation, son existence est avérée ou repose sur l’axiome du choix). La relation (6.2)
se réécrit alors G
E= cl(xi ).
i∈I

Exemple. 1. Dans l’exemple graphique précédent, l’ensemble des points


bleus constitue un système de représentants.

2. Reprenons E = Mn,m (K) muni de la relation d’équivalence matricielle.


Un système de représentants est fourni par la famille de matrices
!
Ir 0r,m−r
Jr =
0n−r,r 0n−r,m−r

pour 0 ≤ r ≤ min(n, m). En effet d’après un théorème d’algèbre linéaire,


toute matrice de E de rang r ∈ {0, . . . , min(n, m)} est équivalente à Jr ;
de plus si r 6= r′ les matrices Jr et Jr′ ne sont pas équivalentes.
102 Chapitre 6. Arithmétique dans Z
Annexe 2 : synthèse des
groupes rencontrés

Le tableau suivant récapitule les principaux groupes rencontrés dans le cours :


groupes particuliers puis procédés de constructions de groupes. La lettre K
désigne un corps commutatif.

Groupe Référence
Groupe symétrique SE d’un ensemble E définition 1.1
Groupe symétrique Sn page 3
Groupe alterné An définition 1.30
(Z, +), (K, +) exemple 2.3
(K[X], +) exemple 2.3
(K ∗ , ·) exemple 2.3
(E, +) où E est un K-espace vectoriel exemple 2.3
(Mn (K), +) exemple 2.3
Groupe linéaire (GLn (K), ·) exemple 2.3
Groupe spécial linéaire (SLn (K), ·) exemple 2.21
(Z/nZ, +) définition 3.11
Groupe (Un , ·) des racines n-èmes complexes de l’unité exemple 2.25
Groupe (U, ·) des nombres complexes de module 1 exemple 4.15
Groupe diédral Dn à 2n éléments définition 4.29
Groupe ((Z/nZ)× , ·) des inversibles modulo n définition 6.40
Groupe des automorphismes (Aut(G), ◦) d’un groupe G définition 2.11,prop. 2.16
Q
Produit direct i∈I Gi de groupes (Gi )i∈I définition 2.40
Groupe quotient G/H où H est un sous-groupe normal de G théorème 4.8
Produit semi-direct H1 ⋊ H2 de deux sous-groupes définition 4.24

Il est conseillé de faire le même exercice de recensement pour les procédés de


construction de sous-groupes vus dans le cours (par exemple : intersection de
sous-groupes, noyau d’un morphisme,...).

103
104 Chapitre 6. Arithmétique dans Z
Deuxième partie

Algèbre 1
Les exercices

105
Exercices du chapitre 1

Exercice 1.1 (Manipulations élémentaires). 


1. On considère les permutations suivantes dans S9 :
!
1 2 3 4 5 6 7 8 9
σ1 = ,
2 7 6 5 4 8 9 3 1
!
1 2 3 4 5 6 7 8 9
σ2 = .
5 6 7 2 4 1 9 8 3

(a) Calculer σ1 σ2 , σ2 σ1 , σ1−1 et σ2−1 .


(b) Décomposer σ1 et σ2 en produit de cycles à supports deux à deux
disjoints.
(c) Déterminer les signatures de σ1 et σ2 .
(d) Donner une factorisation de σ1 en produit de transpositions. Même
question pour σ2 .
2. On considère les cycles suivants dans S7 :

c1 = (1, 2, 7, 3, 6, 4), c2 = (5, 2, 6, 1).

(a) Calculer c1 c2 et c2 c1 .
(b) Calculer le carré c21 de c1 . Est-ce un cycle ?
3. Soit c = (a1 , . . . , ak ) un cycle de longueur k dans Sn . Montrer que c−1 est
un cycle et l’écrire.
Exercice 1.2 (Éléments de S4 ). 
Établir la liste des éléments de S4 . Pour chacun d’eux, donner sa décomposition
en cycles à supports deux à deux disjoints et sa signature. En déduire la liste des
éléments du groupe alterné A4 .
Exercice 1.3 (Dénombrement des cycles de Sn ). 
1. Si n ≥ 2, compter le nombre de transpositions dans Sn .
2. Si n ≥ 3, compter le nombre de cycles de longueur 3 dans Sn .
3. Généraliser : combien Sn a-t-il de cycles de longueur k si n ≥ k ?
Exercice 1.4 (Supports disjoints et commutation). 
Soient σ et σ ′ deux permutations dans Sn telles que supp(σ) ∩ supp(σ ′ ) = ∅.
Montrer que σσ ′ = σ ′ σ.

107
108

Exercice 1.5 (Générateurs de An ). 


Soient a, b, c, d des éléments deux à deux distincts de N∗ .
1. Montrer que (a, b)(b, c) est un cycle de longueur 3.
2. Montrer que (a, b)(c, d) est le produit de deux cycles de longueur 3.
3. Si n ≥ 3, en déduire que tout élément de An est un produit de cycles de
longueur 3.
4. Calculer (1, 2, a)(1, 2, b)(1, 2, a)−1 puis (1, 2, a)(2, b, c)(1, 2, a)−1 pour a, b, c ∈
/
{1, 2}. En déduire que tout élément de An est un produit de cycles de
longueur 3 de la forme (1, 2, c) ou (1, 2, c)−1 avec c ≥ 3.

Exercice 1.6 (Centre de Sn ). 


On appelle centre de Sn l’ensemble

Z(Sn ) = {σ ∈ Sn | ∀σ ′ ∈ Sn , σσ ′ = σ ′ σ}.

L’objet de cet exercice est de montrer que Z(Sn ) = {idn } si n ≥ 3. Supposons


n ≥ 3. Soit σ ∈ Z(Sn ) et soient i =
6 j dans {1, . . . , n}. On pose τ la transposition
(i, j).
1. Montrer que (τ σ)(i) = σ(j).
2. En déduire que σ(i) ∈ {i, j}.
3. Montrer que σ(i) = i (indication : on pourra faire intervenir un entier
/ {i, j} et la transposition (i, k)). Conclure.
k∈
4. Que se passe-t-il si n = 2 ?

Exercice 1.7 (Retour sur les transpositions). 


L’objet de cet exercice est de donner d’autres démonstrations de deux résultats
du cours : les corollaires 1.28-1 et 1.22.
1. Soit τ = (i, j) une transposition de Sn . Dénombrer les inversions de τ . En
déduire la signature de τ .
2. Soit n un entier supérieur ou égal à 2. Par une récurrence descendante
sur k, montrer que pour tout k ∈ {0, . . . , n}, toute permutation de Sn
ayant au moins k points fixes est un produit de transpositions.

Exercice 1.8 (Conjugaison dans Sn ). 


L’énoncé se place dans le groupe symétrique Sn avec n supérieur ou égal à 2.
Deux permutations σ et σ ′ sont dites conjuguées dans Sn lorsqu’il existe g ∈ Sn
tel que σ ′ = gσg −1 .
1. Soit (a1 , . . . , ak ) un cycle de longueur k. Montrer que pour toute permuta-
tion σ on a
σ(a1 , . . . , ak )σ −1 = (σ(a1 ), . . . , σ(ak )).
2. Montrer que si c et c′ sont deux cycles de même longueur, il existe une
permutation σ telle que
σcσ −1 = c′
et que supp(c′ ) = σ(supp(c)).
109

3. Soit σ une permutation distincte de idn et σ = c1 · · · cs une décomposition


de σ en cycles à supports deux à deux disjoints. On appelle type de σ la
suite des longueurs des cycles c1 , . . . , cs , ordonnée de manière décroissante.
(a) Justifier que le type d’une permutation est bien défini c’est-à-dire qu’il
ne dépend que de σ.
(b) Quel est le type des permutations σ1 et σ2 de l’exercice 1.1 ?
(c) Montrer que deux permutations sont conjuguées dans Sn si et seulement
si elles ont même type.

Exercice 1.9 (Matrices de permutations). 


Soit n un entier naturel non nul. À toute permutation σ ∈ Sn on associe la
matrice Mσ = (mi,j )1≤i,j≤n de Mn (R) définie par
(
1 si i = σ(j)
mi,j =
0 sinon.

1. Si n = 4, écrire la matrice Mσ pour σ = (1, 2, 3, 4) et pour σ = (1, 3)(2, 4).


2. L’entier n et la permutation σ sont dorénavant quelconques. Montrer que
la trace de Mσ est égale au nombre de points fixes de σ.
3. Montrer que le déterminant de Mσ est égal à la signature ε(σ) de σ.
4. Soient σ et σ ′ deux permutations dans Sn . Montrer que Mσσ′ = Mσ Mσ′ .
110
Exercices du chapitre 2

Exercice 2.1 (Groupe à carrés triviaux). 


Soit G un groupe dans lequel tout élément x vérifie x2 = 1G . Montrer que G
est abélien.

Exercice 2.2 (Démonstration de la proposition 2.7). 


Soit G un groupe.
1. Montrer que e−1
G = eG .
2. Montrer que pour tout x ∈ G, on a (x−1 )−1 = x.
3. Montrer que pour tous x, y, z dans G, on a :

xy = xz =⇒ y = z et yx = zx =⇒ y = z.

4. Montrer que si x et y sont deux éléments de G alors (xy)−1 = y −1 x−1 .


5. Soit x ∈ G. Supposons qu’il existe y ∈ G satisfaisant xy = eG . Montrer
que y = x−1 .

Exercice 2.3 (Exemples et contre-exemples de groupes). 


Dans chacun des cas suivants, étudier si la loi munit l’ensemble d’une structure
de groupe ; lorsqu’il l’est, dire si ce groupe est abélien.
1. L’ensemble Mn,p (R) des matrices à n lignes et p colonnes à coefficients
réels, muni de l’addition.
2. L’ensemble P(E) des parties d’un d’ensemble non vide E, muni de la loi
intersection ∩.
3. L’ensemble R muni de la loi donnée par : ∀(x, y) ∈ R × R, x ∗ y = x−1 y −1 .
4. L’ensemble X =] − 1, 1[ muni de la loi ⋆ donnée par :
x+y
∀(x, y) ∈ X × X, x ⋆ y = .
1 + xy

Exercice 2.4 (Un isomorphisme de groupes). 


1. Montrer que R muni de la loi ∗ donnée par :

∀(x, y) ∈ R × R, x ∗ y = (x3 + y 3 )1/3

est un groupe abélien.

111
112

2. Montrer que l’application x 7→ x3 est un isomorphisme de groupes de


(R, ∗) sur (R, +).

Exercice 2.5 (Les morphismes de Sn dans C∗ ). 


L’objectif est de montrer que si n ≥ 2 les seuls morphismes de groupes du
groupe symétrique Sn dans C∗ sont le morphisme trivial σ 7→ 1 et la signature ε.
1. Soit (i, j) une transposition de Sn .
(a) Soit σ un élément de Sn . Montrer que σ(i, j)σ −1 = (σ(i), σ(j)).
(b) En déduire que pour toute transposition (i′ , j ′ ) de Sn , il existe σ ∈ Sn
tel que σ(i, j)σ −1 = (i′ , j ′ ).
2. Soit f un morphisme de groupes de Sn dans C∗ . En utilisant la question
précédente, montrer qu’il existe un nombre complexe z tel que, pour toute
transposition τ de Sn , f (τ ) = z.
3. Que vaut le carré d’une transposition ? En déduire que z ∈ {±1}.
4. Conclure que les seuls morphismes de groupes Sn dans C∗ sont ceux
annoncés.

Exercice 2.6 (Les morphismes de Z, Q et R dans eux-mêmes). 


1. Déterminer tous les morphismes de groupes de (Z, +) dans lui-même.
Indication : montrer qu’un tel morphisme est déterminé de manière unique
par sa valeur en 1.
Parmi ces morphismes, lesquels sont injectifs ? surjectifs ? des isomor-
phismes ?
2. Mêmes questions avec les morphismes de groupes de (Q, +) dans lui-même.
Indication : montrer qu’un tel morphisme est déterminé de manière unique
par sa valeur en 1.
3. Déterminer tous les morphismes continus de groupes de (R, +) dans lui-
même.

Exercice 2.7 (Groupes d’ordre 1, 2 et 3). 


Déterminer à isomorphisme près tous les groupes d’ordre 1, 2 et 3.
Indication : deux groupes étant isomorphes lorsque leurs tables de Cayley se
correspondent (remarque 2.13), il s’agit d’établir toutes les tables possibles pour
les groupes de cet ordre.

Exercice 2.8 (Sous-groupes matriciels). 


On considère le groupe GL2 (R) muni de la multiplication matricielle.
!
1 a
1. L’ensemble des matrices de la forme avec a ∈ R est-il un sous-
0 1
groupe de GL2 (R) ?
!
1 a
2. Même question pour l’ensemble des matrices de la forme avec a
b 1
et b dans R et ab 6= 1.
113

Exercice 2.9 (Sous-groupes des puissances n-èmes). 


Soit G un groupe abélien. Montrer que pour tout entier naturel n, l’ensemble

Hn = {x ∈ G | ∃a ∈ G, x = an }

est un sous-groupe de G.

Exercice 2.10 (Sous-groupes de S3 ). 


Donner la liste de tous les sous-groupes de S3 .
Indication : ces sous-groupes sont nécessairement de type fini ; énumérer ceux
engendrés par un élément, puis deux éléments, etc.

Exercice 2.11 (Union de sous-groupes). 


Soient H et K deux sous-groupes d’un groupe G. Montrer que H ∪ K est un
sous-groupe de G si et seulement si H ⊂ K ou K ⊂ H.

Exercice 2.12 (Les sous-groupes de (Z, +)). 


Montrer les sous-groupes de (Z, +) sont les nZ avec n ∈ N.
Indication. Soit H un sous-groupe distinct de {0}. Considérons le plus petit entier
naturel non nul n dans H. Montrer que H = nZ par double inclusion et en
utilisant la division euclidienne par n.

Exercice 2.13 ((Q, +) n’est pas de type fini). 


Montrer que le groupe (Q, +) n’est pas de type fini.
Indication : raisonner par l’absurde.

Exercice 2.14 (Morphisme de projection). 


Soient G et H deux groupes. Montrer que l’application

π : G × H −→ G
(g, h) 7−→ g

est un morphisme de groupes surjectif et de noyau isomorphe à H.

Exercice 2.15 (Un sous-groupe d’un produit direct). 


Soient G1 et G2 deux groupes, H1 un sous-groupe de G1 et H2 un sous-groupe
de G2 . Montrer que H1 × H2 est un sous-groupe de G1 × G2 .
114
Exercices du chapitre 3

Exercice 3.1 (Ordre et puissance de permutations). 


On considère les permutations σ1 et σ2 du groupe symétrique S9 étudiées
dans l’exercice 1.1 page 107.
1. Déterminer les ordres de σ1 et σ2 .
2. Calculer σ12017 et σ22017 .

Exercice 3.2 (Permutations d’ordre premier). 


1. Dans le groupe symétrique Sn , montrer que les éléments d’ordre p premier,
avec p ≤ n, sont les produits de p-cycles à supports deux à deux disjoints.
2. Déterminer les éléments d’ordre 2 du groupe symétrique S5 en fonction de
leur factorisation en cycles, puis dénombrer ces éléments.

Exercice 3.3 (Matrices d’ordre fini de GLn (C)). 


Démontrer que toute matrice d’ordre fini dans le groupe multiplicatif GLn (C)
est diagonalisable. Donner des exemples de telles matrices.

Exercice 3.4 (Ordres d’éléments). 


Soient G un groupe et a, b deux éléments d’ordre fini dans G.
1. Calculer l’ordre de a−1 en fonction de l’ordre de a.
2. Calculer l’ordre de bab−1 en fonction de l’ordre de a.
n
3. Notons n l’ordre de a. Si k ∈ Z, montrer que l’ordre de ak est .
pgcd(n, k)
4. Dans cette question, G est un groupe cyclique et g un générateur de G.
Déterminer en fonction de g les éléments x ∈ G tels que G = hxi.
5. Dans cette question, on suppose que ab = ba.
(a) Montrer que l’ordre de ab divise ppcm(ord(a), ord(b)).
(b) Donner un exemple où l’ordre est distinct de ce ppcm.
(c) Montrer que si ord(a) et ord(b) sont premiers entre eux alors ord(ab) =
ppcm(ord(a), ord(b)) = ord(a) ord(b).

Exercice 3.5 (Critères pour l’ordre). 


Soit x un élément d’ordre fini dans un groupe G. Soit ℓ ≥ 1 un entier.
1. Montrer que x est d’ordre ℓ si et seulement si

xℓ = 1G et ∀d | ℓ, d 6= ℓ : xd 6= 1G .

115
116

2. Montrer que dans le critère précédent, on peut se contenter de tester


6 ℓ de la forme d = pℓ où p est un nombre premier
les diviseurs d | ℓ, d =
divisant ℓ.
3. On veut montrer que x est d’ordre 12. Écrire les conditions à vérifier, selon
qu’on utilise le théorème 3.4, la question 1 ou la question 2 de cet exercice.

Exercice 3.6 (Étude du groupe additif Z/12Z). 


Calculer les ordres des éléments du groupe (Z/12Z, +) puis déterminer tous
ses sous-groupes.

Exercice 3.7 (Morphismes entre (Z, +) et (Z/nZ, +)). 


Déterminer tous les morphismes de groupes de (Z, +) dans (Z/nZ, +) puis
tous ceux de (Z/nZ, +) dans (Z, +).
Indication : si f est un tel morphisme, commencer par montrer que f est déterminé
de manière unique par f (1).

Exercice 3.8 (Sous-groupes d’un groupe cyclique). 


Il s’agit de démontrer que tous les sous-groupes d’un groupe cyclique sont
cycliques. Soient G un groupe cyclique, a un générateur de G, et H un sous-groupe
de G distinct de {1G }.
1. Justifier qu’il existe un entier m ≥ 1 minimal pour la propriété am ∈ H.
2. Montrer que H est cyclique et engendré par am .
Indication : raisonner par double-inclusion et pour l’une d’entre elles,
utiliser une division euclidienne par m.

Exercice 3.9 (Classes matricielles à gauche et à droite). 


Soit G = SL2 (R) le sous-groupe de GL2 (R) formé des matrices de détermi-
nant 1. On considère les sous-groupes H et K de G engendrés respectivement
par ! !
0 1 1 1
et .
−1 0 0 1
Déterminer les éléments des espaces quotients G/H, H\G, G/K et K\G.

Exercice 3.10 (Sous-groupes d’ordres premiers entre eux). 


Soient H et K deux sous-groupes finis d’un groupe G. Si H et K sont d’ordres
premiers entre eux, montrer que H ∩ K = {1G }.

Exercice 3.11 (Groupes d’ordre 4). 


1. Montrer que tout groupe d’ordre 4 est isomorphe à (Z/4Z, +) ou à V =
(Z/2Z × Z/2Z, +).
Indication : raisonner selon les ordres possibles des éléments du groupe.
2. Le groupe V = Z/2Z × Z/2Z est appelé le groupe de Klein. Quels sont les
ordres de ses éléments ? En déduire que Z/4Z et V ne sont pas isomorphes.
3. Si d divise l’ordre d’un groupe fini G, existe-t-il toujours un élément
d’ordre d dans G ?
117

Exercice 3.12 (Groupe à sous-groupes triviaux). 


Soit G un groupe ayant au moins deux éléments et dont les seuls sous-groupes
sont {1G } et G. Montrer que G est cyclique d’ordre premier.
Indication. Montrer d’abord que G est monogène puis cyclique. Pour prouver que
l’ordre est premier, utiliser la question 3 de l’exercice 3.4.

Exercice 3.13 (Groupes d’ordre 6). 


L’objectif est de démontrer que les seuls groupes d’ordre 6 à isomorphisme
près sont (Z/6Z, +) et S3 . Soit G un groupe d’ordre 6.
1. Montrer que G possède au moins un élément d’ordre 3. On note x un tel
élément.
Indication : distinguer les cas où G est cyclique, ou non cyclique ; dans
le second cas, regarder les ordres possibles des éléments et utiliser l’exer-
cice 2.1.
2. Montrer que G possède au moins un élément d’ordre 2. On note y un tel
élément.
Indication : distinguer les cas où G est cyclique, ou non cyclique ; dans le
second cas, regarder les ordres possibles des éléments.
3. Montrer que G = hx, yi.
4. Si G est abélien, montrer que G est cyclique d’ordre 6.
Indication : considérer l’élément xy et utiliser l’exercice 3.4.
Conclure que G ≃ (Z/6Z, +).
5. Si G n’est pas abélien, montrer que yx = x2 y. Écrire la table de Cayley
de G. Conclure que G ≃ S3 .
6. Justifier que les groupes (Z/6Z, +) et S3 ne sont pas isomorphes.

Exercice 3.14 (Théorème chinois). 


Soit m et n deux entiers non nuls et premiers entre eux. En utilisant le critère
de décomposition en produit direct (théorème 2.44), montrer que le groupe additif
Z/mnZ est isomorphe à Z/mZ × Z/nZ.
118
Exercices du chapitre 4

Exercice 4.1 (Matrices inversibles de déterminant positif). 


Montrer que l’ensemble GL+ n (R) des matrices de GLn (R) de déterminant
strictement positif est un sous-groupe de (GLn (R), ·) puis qu’il est normal dans
ce groupe.
Exercice 4.2 (R modulo Z). 
1. Justifier que (Z, +) est un sous-groupe normal de (R, +).
2. À quelle condition deux éléments de R sont-ils dans la même classe
modulo Z ? En déduire un système de représentants de R/Z.
Exercice 4.3 (Un produit normal). 
Soient G un groupe, H et K deux sous-groupes de G tels que H est normal
dans G. Montrer que KH est un sous-groupe de G.
Exercice 4.4 (Isomorphismes classiques). 
Montrer qu’on a des isomorphismes de groupes :
1. (C/R, +) ≃ (R, +) (utiliser la partie imaginaire) ;
2. (R, +) ≃ (R∗+ , ·) (utiliser l’exponentielle réelle) ;
3. (U, ·) ≃ (R/2πZ, +) où U désigne le groupe multiplicatif des nombres
complexes de module 1 (utiliser l’exponentielle complexe) ;
4. (C∗ , ·) ≃ (R∗+ , ·) × (R/2πZ, +).

Exercice 4.5 (Étude de la simplicité de An pour n = 3, 4). 


1. Montrer que le groupe alterné A3 est simple.
2. Montrer que le groupe alterné A4 n’est pas simple. Indication : regarder le
sous-groupe engendré par les produits de deux transpositions à supports
disjoints.
Exercice 4.6 (Groupes abéliens d’ordre 8). 
Soit G un groupe abélien d’ordre 8.
1. Quels sont les ordres possibles des éléments de G ?
2. On suppose qu’il existe un élément d’ordre 8 dans G. Montrer que G ≃
Z/8Z.
3. On suppose qu’il n’existe pas d’élément d’ordre 8 dans G mais qu’il existe
un élément a d’ordre 4. Soit b ∈ G − hai, un élément de G n’appartenant
pas à hai.

119
120

(a) Montrer que G = ha, bi. En déduire que b2 = 1G ou b2 = a2 .


(b) En déduire qu’il existe un élément c d’ordre 2 dans G n’appartenant
pas à hai.
(c) En utilisant les sous-groupes hai et hci, montrer que G ≃ Z/4Z × Z/2Z.
4. On suppose que tous les éléments de G distincts de 1G sont d’ordre 2.
Montrer que G est isomorphe à Z/2Z × Z/2Z × Z/2Z.

Exercice 4.7 (La normalité n’est pas transitive). 


Soit D4 un groupe diédral à 8 éléments, de générateurs r et s avec r d’ordre 4,
s d’ordre 2 et rsrs = 1G . On pose

K = hsi, H = hs, r2 i.

Montrer que K est normal dans H, H est normal dans D4 mais K n’est pas
normal dans D4 .

Exercice 4.8 (Automorphismes fixant un sous-groupe normal). 


Soit H un sous-groupe normal d’un groupe G. Notons π : G → G/H la
surjection canonique.
1. Soit ϕ un automorphisme de G vérifiant ϕ(H) = H. Montrer qu’il existe
un unique morphisme de groupes Φ : G/H → G/H tel que Φ ◦ π = π ◦ ϕ.
Montrer que Φ est un automorphisme de G/H.
2. On note Fix(H) le sous-ensemble des automorphismes ϕ ∈ Aut(G) vérifiant
ϕ(H) = H. Montrer que c’est un sous-groupe de (Aut(G), ◦).
3. Montrer qu’on peut définir un morphisme de groupes de Fix(H) dans
Aut(G/H).

Exercice 4.9 (Deuxième et troisième théorèmes d’isomorphisme de


Noether). 
Soient G un groupe, H un sous-groupe normal de G et K un sous-groupe
de G.
1. Dans cette question on suppose que K contient H et K est normal dans G.
Montrer que
(G/H)/(K/H) ≃ G/K.
Ce résultat porte le nom de deuxième théorème d’isomorphisme.
Indication : considérer la surjection canonique G → G/K, x 7→ xK ;
montrer qu’elle passe au quotient en un morphisme de groupes G/H →
G/K puis étudier le noyau et l’image de ce morphisme.
2. Dans cette question, on ne fait plus d’hypothèse sur le sous-groupe K.
(a) Montrer que H ∩ K est un sous-groupe normal de K, KH est un
sous-groupe de G, et H est un sous-groupe normal de KH.
(b) Montrer que
K/(H ∩ K) ≃ KH/H.
Ce résultat porte le nom de troisième théorème d’isomorphisme.
121

Exercice 4.10 (Groupe des racines de l’unité). 


Soit Γ = {z ∈ C∗ | ∃n ∈ N, n ≥ 1, z n = 1}.
1. Montrer que Γ est un sous-groupe de (U, ·) où U désigne le groupe des
nombres complexes de module 1.
2iπk
2. Montrer que si z ∈ Γ il existe n ∈ N, n ≥ 1 et k ∈ Z tels que z = e n .
3. En déduire un isomorphisme de groupes (Γ, ·) ≃ (Q/Z, +).
4. Justifier l’existence d’un isomorphisme de groupes (U, ·) ≃ (R/Z, +).
5. À l’aide du deuxième théorème d’isomorphisme (question 2b de l’exer-
cice 4.9), conclure qu’il existe un isomorphisme de groupes

U/Γ ≃ (R/Q, +).

Exercice 4.11 (Un groupe symétrique et diédral). 


Montrer que le groupe symétrique S3 est diédral.

Exercice 4.12 (Groupes non abéliens d’ordre 8). 


Soit G un groupe non abélien d’ordre 8.
1. Montrer qu’il existe un élément a d’ordre 4 dans G.
2. Montrer que le sous-groupe hai est normal dans G.
3. Soit b ∈ G − {1G , a, a2 , a3 }. Montrer que G = ha, bi.
4. Montrer qu’on a b2 = 1G ou b2 = a2 .
5. Calculer l’ordre de bab−1 . En déduire que ba = a3 b.
6. En déduire que G est :
— soit un groupe diédral D4 à 8 éléments ;
— soit isomorphe à un groupe H engendré par deux éléments α et β avec
α d’ordre 4, β 2 = α2 et βα = α−1 β.
Montrer que D4 et H ne sont pas isomorphes. Le groupe H s’appelle le
groupe des quaternions.

Exercice 4.13 (Groupe linéaire et produit semi-direct). 


Soit H le sous-groupe de (GLn (K), ·) formé des matrices
 
λ

 1 


.. 

 . 

1

avec λ ∈ K ∗ et les coefficients en-dehors de la diagonale tous nuls. Montrer que


GLn (K) = SLn (K) ⋊ H. Ce produit est-il direct ?
122
Exercices du chapitre 5

Exercice 5.1 (Règle de simplification pour une action). 


Soit G un groupe agissant sur un ensemble X. Si g ∈ G et x, y sont dans X,
montrer que
g ⋆ x = g ⋆ y ⇒ x = y.

Exercice 5.2 (Étude de l’action de S3 ). 


Déterminer les orbites et les stabilisateurs de l’action du groupe symétrique S3
sur {1, 2, 3}. L’action est-elle transitive ? libre ? fidèle ? simplement transitive ?

Exercice 5.3 (Demi-plan de Poincaré). 


Considérons le groupe

G = {M ∈ GL2 (R) | det M = 1}.

Soit H = {z ∈ C | Im(z) > 0}, appelé le demi-plan de Poincaré.


!
a b az + b
1. Montrer que la formule ⋆z = définit une action de G sur H.
c d cz + d
2. Quel est le stabilisateur du nombre complexe i de H ?
3. Cette action est-elle fidèle ?
4. Montrer que l’action est transitive.

Exercice 5.4 (Actions classiques d’un groupe sur lui-même). 


Cet exercice démontre que les opérations de la définition 5.5 sont des actions.
1. Montrer qu’un groupe agit sur lui-même par translation à gauche et par
conjugaison. Déterminer les orbites et les stabilisateurs pour ces actions.
2. Montrer que l’action par translation est simplement transitive.
3. Montrer qu’un groupe agit par conjugaison sur l’ensemble de ses sous-
groupes.

Exercice 5.5 (Conjugaison des stabilisateurs). 


Soit G un groupe agissant sur un ensemble X. Si x et y sont des éléments de X
dans la même orbite, montrer que leurs stabilisateurs Gx et Gy sont conjugués,
c’est-à-dire qu’il existe g ∈ G tel que Gx = gGy g −1 .

Exercice 5.6 (Action et morphisme). 


Démontrer la proposition 5.6 du cours.

123
124

Exercice 5.7 (Un isomorphisme entre GL2 (F2 ) et S3 ). 


Soit G = GL2 (F2 ) où F2 désigne le corps (Z/2Z, +, ·).
( ! )
x
1. Soit X = | x ∈ F2 , y ∈ F2 , (x, y) 6= (0, 0) . Justifier que le groupe
y
G agit sur l’ensemble X par, pour tous M ∈ G et v ∈ X, M ⋆ v = M v
(produit d’une matrice et d’un vecteur colonne).
2. Montrer que le morphisme de groupes ϕ : G → SX associé à cette action
est injectif. En déduire que G et S3 sont isomorphes.

Exercice 5.8 (Dénombrement). 


Soit G un groupe d’ordre 21 agissant sur un ensemble E à n ≥ 1 éléments.
1. Quel est le cardinal possible de chaque orbite ?
2. Notons Ni le nombre d’orbites à i éléments, pour i entier ≥ 1. En utilisant
la partition de E en orbites, trouver une relation entre les Ni .
3. On suppose n = 11. Montrer que l’action a au moins un point fixe.
4. On suppose que n = 19 et que G agit sans point fixe. Combien y a t-il
d’orbites ?

Exercice 5.9 (Groupes d’ordre p2 ). 


1. Soit G est un groupe tel que le groupe quotient G/Z(G) est cyclique.
Montrer que G est abélien.
Indication : utiliser un générateur de G/Z(G).
2. En déduire que tout groupe d’ordre p2 , où p est un nombre premier, est
abélien.

Exercice 5.10 (Groupes d’ordre 63). 


Soit G un groupe d’ordre 63. En étudiant ses 7-Sylow, prouver que G n’est
pas simple.

Exercice 5.11 (Groupes d’ordre 35). 


Soit G un groupe d’ordre 35.
1. Montrer que G possède un unique sous-groupe d’ordre 5, noté H et un
unique sous-groupe d’ordre 7, noté K. Justifier que H et K sont normaux
dans G.
2. À quel groupe connu H est-il isomorphe ? Même question pour K. En
utilisant le théorème chinois (voir l’exercice 3.14 ou le chapitre 6), en
déduire que G est cyclique.

Exercice 5.12 (Groupes d’ordre 30). 


L’objectif de cet exercice est d’établir qu’aucun groupe d’ordre 30 n’est simple.
1. Préliminaire. Soient un groupe G et un nombre premier p tels que p divise
ord(G) mais p2 ne divise pas ord(G).
(a) Quel est l’ordre de chaque p-Sylow de G ? Combien un tel p-Sylow
a-t-il d’éléments d’ordre p ?
125

(b) Si H1 et H2 sont des p-Sylow de G avec H1 =


6 H2 , montrer que
H1 ∩ H2 = {1G }.
(c) En déduire le nombre d’éléments d’ordre p dans G.
2. Soit G un groupe d’ordre 30. Si n3 6= 1, déterminer à l’aide du préliminaire
le nombre d’éléments d’ordre 3 dans G. Même question si n5 6= 1 avec les
éléments d’ordre 5.
3. En déduire que G n’est pas simple.

Exercice 5.13 (Groupes d’ordre 2p). 


Soit p un nombre premier tel que p > 2. L’objectif est de démontrer que tout
groupe d’ordre 2p est isomorphe à (Z/2pZ, +) ou au groupe diédral Dp . Soit G
un groupe d’ordre 2p.
1. Justifier que G possède au moins un élément d’ordre p et un élément
d’ordre 2. Notons a (resp. b) un élément d’ordre p (resp. 2). Ces éléments
sont distincts puisque p > 2.
2. Déterminer le nombre de p-Sylow de G.
3. En déduire que ba n’est pas d’ordre p.
4. Quels sont les ordres possibles pour ba ? Conclure que G est isomorphe à
(Z/2pZ, +) ou au groupe diédral Dp .
5. Montrer que les groupes (Z/2pZ, +) et Dp ne sont pas isomorphes.
126
Exercices du chapitre 6

Exercice 6.1 (Diviseurs). 


Donner la liste des diviseurs dans N de 36, 59 et 30.

Exercice 6.2 (Calculs de pgcd). 


Calculer :
1. pgcd(792, 318) ;
2. pgcd((n + 1)! + 1, n! + 1) pour n ∈ N ;
3. pgcd(a2 −b2 , a3 −b3 ) pour a et b non nuls dans N satisfaisant pgcd(a, b) = 1.

Exercice 6.3 (Une équation diophantienne). 


1. Calculer le pgcd de 679 et 455 puis donner deux entiers u et v tels que
679u + 455v = pgcd(679, 455).
2. Déterminer toutes les solutions (x, y) ∈ Z × Z de l’équation

679x + 455y = pgcd(679, 455).

Exercice 6.4 (Nombres de Fibonacci). 


La suite de Fibonacci est la suite d’entiers naturels (fn )n∈N définie par f0 = 0,
f1 = 1 et fn+1 = fn + fn−1 pour tout n ≥ 2.
1. Montrer que fn et fn+1 sont premiers entre eux pour tout n ∈ N.
2. Est-il vrai que deux nombres de Fibonacci fn et fm sont premiers entre
eux si m 6= n ?
3. Montrer que pour tout n ∈ N on a
1 
fn = √ ϕn − ϕ′n
5
√ √
où ϕ = (1 + 5)/2 et ϕ′ = (1 − 5)/2.
Indication. Montrer que ϕ et ϕ′ sont les solutions réelles de x2 − x − 1 = 0,
puis en déduire que ϕ − 1 = ϕ1 et que ϕ′ − 1 = ϕ1′ .

Exercice 6.5 (Générateurs de (Z/nZ, +)). 


1. Soient n un entier ≥ 1 et k ∈ Z. Montrer que k est un générateur du
groupe (Z/nZ, +) si et seulement si pgcd(k, n) = 1.
2. Donner la liste des générateurs de (Z/18Z, +).

127
128

Exercice 6.6 (Écritures dans des bases). 


On considère le nombre m = 1024 écrit en base 10. Écrire m en base 2, en
base 3 puis en base 5.

Exercice 6.7 (Premiers dans une progression arithmétique). 


Soit X l’ensemble des nombres premiers de la forme 4k + 3 avec k ∈ N. L’objet
de l’exercice est de montrer que X est infini.
1. Justifier que X est non vide.
2. Montrer que le produit de deux nombres entiers de la forme 4k + 1 est
encore de la forme 4k + 1.
3. Supposons l’ensemble X fini. Notons X = {p1 , . . . , pn } et posons

N = 4p1 · · · pn − 1.

(a) Montrer par l’absurde que N admet un diviseur premier de la forme


4k + 3.
(b) Conclure.

Exercice 6.8 (Nombres parfaits). 


Dans cet exercice, « diviseur » désignera un diviseur positif. Si m ∈ N on
note σ(m) la somme des diviseurs de m.
1. Donner une condition nécessaire et suffisante pour que σ(m) = m + 1.
2. Si m et n sont premiers entre eux, montrer que pour tout diviseur d de
mn il existe un unique couple (d1 , d2 ) ∈ N × N tel que d = d1 d2 avec d1
divise m et d2 divise n.
3. Si m et n sont premiers entre eux, montrer que σ(mn) = σ(m)σ(n).
4. Un entier m > 0 est dit parfait s’il est égal à la somme de ses diviseurs
stricts (c’est-à-dire de ses diviseurs distincts de m). Montrer que m est
parfait si et seulement si σ(m) = 2m.
5. Soit n ∈ N. Montrer que si 2n+1 − 1 est un nombre premier alors m =
2n (2n+1 − 1) est un nombre parfait.
6. Montrer que si 2n+1 −1 n’est pas un nombre premier alors m = 2n (2n+1 −1)
vérifie σ(m) > 2m (on dit que m est un nombre abondant).
7. Inversement, montrer que tout nombre parfait pair est de la forme m =
2n (2n+1 − 1) où 2n+1 − 1 est un nombre premier.

Exercice 6.9 (Somme de carrés). 


1. Pour tout a ∈ Z, montrer qu’on a a2 ≡ 0 mod 4 ou a2 ≡ 1 mod 4.
2. En déduire que si n = a2 + b2 avec a et b dans Z alors n 6≡ 3 mod 4.
3. Donner la liste de tous les nombres premiers p ≡ 1 mod 4 avec p ≤ 50.
Pour chacun d’eux, montrer que p peut s’écrire comme somme de deux
carrés dans Z.
129

Exercice 6.10 (Critères de divisibilité). 


Montrer qu’un entier naturel n est :
1. divisible par 3 si et seulement si la somme de ses chiffres (en base 10) est
un multiple de 3 ;
2. divisible par 4 si et seulement si ses deux derniers chiffres (en base 10)
forment un nombre multiple de 4.

Exercice 6.11 (Congruences). 


Soit n ∈ N.
n
1. Calculer 22 − 1 mod 4.
2. Calculer 23n − 1 mod 7.
n
3. Montrer que 52 ≡ 1 + 2n+2 mod 2n+3 . Indication. Raisonner par récur-
rence.

Exercice 6.12 (Partage d’un butin). 


Une bande de 17 pirates s’est emparée d’un butin composé de pièces d’or. Ils
décident de se les partager de manière égale et de donner le reste au cuisinier, qui
n’est pas un pirate. Celui-ci recevrait alors 3 pièces. Mais les pirates se querellent
et onze d’entre eux sont tués. Le cuisinier recevrait alors 4 pièces. Quelle est
la fortune minimale que peut espérer le cuisinier s’il empoisonne le reste des
pirates ?

Exercice 6.13 (Un inverse modulo 241). 


Montrer que 21 est inversible modulo 241 et calculer son inverse.

Exercice 6.14 (Étude du groupe (Z/9Z)× ). 


Soit G le groupe ((Z/9Z)× , ×).
1. Écrire la table de Cayley de G.
2. Calculer l’ordre de chaque élément de G.
3. Le groupe G est-il cyclique ?

Exercice 6.15 (Une équation polynomiale). 


Montrer que l’équation x5 − x2 + x − 3 = 0 n’a aucune solution dans Z.

Exercice 6.16 (Fonction indicatrice d’Euler). 


1. Combien y a-t-il d’éléments inversibles dans Z/56Z ? dans Z/504Z ?
2. Déterminer les entiers n ≥ 1 pour lesquels ϕ(n) est impair.

Exercice 6.17 (Derniers chiffres). 


1. Pour l’entier 20182017 , calculer son dernier chiffre en base 5 et ses deux
derniers chiffres en base 10.
79
2. Calculer les deux derniers chiffres en base 10 de 7979 .
130

Exercice 6.18 (Nombres de Fermat). 


1. Montrer que si 2m + 1 est premier alors m est une puissance de 2.
n
2. Les nombres de Fermat sont les Fn = 22 + 1 pour tout n ∈ N. Montrer
par récurrence sur n que
n−1
Y
Fk = Fn − 2.
k=0

3. Montrer que les Fn sont premiers entre eux deux à deux.


4. En déduire une preuve de l’infinitude des nombres premiers.
5. Montrer que les diviseurs premiers de Fn sont de la forme 1 + 2n+1 k.
n+1
Indication. Si p est un tel diviseur premier, montrer que 22 ≡ 1 mod p
puis utiliser le théorème de Lagrange dans le groupe (Z/pZ)× .

Exercice 6.19 (Propriétés de l’addition dans N). 


1. Prouver le lemme 6.57 page 94 : pour tous a et b dans N on a s(a) + b =
s(a + b).
2. Prouver le résultat suivant de la proposition 6.56 page 94 : pour tous a, b, c
dans N, on a a + b = a + c =⇒ b = c.

Exercice 6.20 (Toute partie finie non vide de N a un plus grand élé-
ment). 
1. Montrer que le principe de récurrence (troisième axiome de Peano) entraîne
la deuxième forme de récurrence suivante :
Soit P(n) une propriété de l’entier n ∈ N − {0}. Supposons que P(1) est
vraie et que pour tout n ∈ N, P(n) implique P(n + 1). Alors P(n) est
vraie pour tout n ∈ N − {0}.
2. Montrer que toute partie non vide finie de N a un plus grand élément.
Indication : raisonner par récurrence sur le cardinal de la partie.
Troisième partie

Algèbre 1
Les corrigés des exercices

131
Corrigé des exercices du
chapitre 1

Solution de l’exercice 1.1. 1. (a) En prenant garde au sens de calcul des


composées (cf. exemple 1.4), on a :
!
1 2 3 4 5 6 7 8 9
σ1 σ2 = ,
4 8 9 7 5 2 1 3 6
!
1 2 3 4 5 6 7 8 9
σ2 σ1 = .
6 9 1 4 2 8 3 7 5
Pour calculer l’inverse d’une permutation σ, il suffit de trouver les
antécédents de 1, 2, . . . par σ : cela revient à échanger les lignes du
tableau puis à réordonner les colonnes de façon à avoir 1, 2, . . . , 9 sur
la première ligne. Ici cela donne :
!
1 2 3 4 5 6 7 8 9
σ1−1 = ,
9 1 8 5 4 3 2 6 7
!
1 2 3 4 5 6 7 8 9
σ2−1 = .
6 4 9 5 1 2 3 8 7

(b) En suivant la méthode décrite dans l’exemple 1.16 du cours, on obtient


σ1 = (1, 2, 7, 9)(3, 6, 8)(4, 5),
σ2 = (1, 5, 4, 2, 6)(3, 7, 9).
(c) Pour déterminer la signature, on peut calculer le nombre d’inversions
à la main mais c’est long et fastidieux. Il vaut mieux utiliser la dé-
composition en cycles à supports deux à deux disjoints, le fait que la
signature est un morphisme, et la connaissance de la signature des
cycles (voir l’exemple 1.29 du cours) :
ε(σ1 ) = (−1)3 (−1)2 (−1) = 1,
ε(σ2 ) = (−1)4 (−1)2 = 1.
(d) On utilise les décompositions en cycles obtenues et la relation (a1 , . . . , ak ) =
(a1 , ak )(a1 , ak−1 ) · · · (a1 , a2 ) vue dans le cours :
σ1 = (1, 9)(1, 7)(1, 2)(3, 8)(3, 6)(4, 5),
σ2 = (1, 6)(1, 2)(1, 4)(1, 5)(3, 9)(3, 7).

133
134

2. (a) En prenant garde au sens de calcul des composées (cf. exemple 1.4 et
remarque de l’exemple 1.17), on a :

c1 c2 = (1, 2, 7, 3, 6, 4)(5, 2, 6, 1) = (1, 5, 7, 3, 6, 2, 4),


c2 c1 = (5, 2, 6, 1)(1, 2, 7, 3, 6, 4) = (1, 6, 4, 5, 2, 7, 3).

(b) Un calcul donne c21 = (1, 2, 7, 3, 6, 4)(1, 2, 7, 3, 6, 4) = (1, 7, 6)(2, 3, 4).


Ce n’est pas un cycle (c’est un produit de deux cycles de longueur 3 à
supports disjoints). En général une puissance d’un cycle n’est pas un
cycle.
3. Soit c = (a1 , . . . , ak ) un cycle de longueur k dans Sn . Son inverse est
c−1 = (ak , ak−1 , . . . , a1 ) (noter qu’il y a d’autres manières de l’écrire, voir
remarque 1.14). C’est un cycle de même longueur et de même support que
c, mais distinct de c en général.

Solution de l’exercice 1.2. Les éléments de S4 sont les 24 permutations


suivantes :
! ! !
1 2 3 4 1 2 3 4 1 2 3 4
id4 = , σ1 = , σ2 =
1 2 3 4 1 2 4 3 1 3 2 4
! ! !
1 2 3 4 1 2 3 4 1 2 3 4
σ3 = , σ4 = , σ5 =
1 3 4 2 1 4 3 2 1 4 2 3
! ! !
1 2 3 4 1 2 3 4 1 2 3 4
σ6 = , σ7 = , σ8 = ,
2 1 3 4 2 1 4 3 2 3 1 4
! ! !
1 2 3 4 1 2 3 4 1 2 3 4
σ9 = , σ10 = , σ11 =
2 3 4 1 2 4 3 1 2 4 1 3
! ! !
1 2 3 4 1 2 3 4 1 2 3 4
σ12 = , σ13 = , σ14 =
3 2 1 4 3 2 4 1 3 1 2 4
! ! !
1 2 3 4 1 2 3 4 1 2 3 4
σ15 = , σ16 = , σ17 =
3 1 4 2 3 4 1 2 3 4 2 1
! ! !
1 2 3 4 1 2 3 4 1 2 3 4
σ18 = , σ19 = , σ20 =
4 2 3 1 4 2 1 3 4 3 2 1
! ! !
1 2 3 4 1 2 3 4 1 2 3 4
σ21 = , σ22 = , σ23 = .
4 3 1 2 4 1 3 2 4 1 2 3

Pour leur décomposition en cycles à supports deux à deux disjoints, on obtient :

σ1 = (3, 4), σ2 = (2, 3), σ3 = (2, 3, 4), σ4 = (2, 4),


σ5 = (2, 4, 3), σ6 = (1, 2), σ7 = (1, 2)(3, 4), σ8 = (1, 2, 3),
σ9 = (1, 2, 3, 4), σ10 = (1, 2, 4), σ11 = (1, 2, 4, 3), σ12 = (1, 3),
σ13 = (1, 3, 4), σ14 = (1, 3, 2), σ15 = (1, 3, 4, 2), σ16 = (1, 3)(2, 4),
σ17 = (1, 3, 2, 4), σ18 = (1, 4), σ19 = (1, 4, 3), σ20 = (1, 4)(2, 3),
σ21 = (1, 4, 2, 3), σ22 = (1, 4, 2), σ23 = (1, 4, 3, 2).
135

On utilise ces décompositions pour obtenir les signatures :

ε(σ1 ) = ε(σ2 ) = ε(σ4 ) = ε(σ6 ) = ε(σ9 ) = ε(σ11 ) = ε(σ12 ) = −1,

ε(σ15 ) = ε(σ17 ) = ε(σ18 ) = ε(σ21 ) = ε(σ23 ) = −1.


Tous les autres éléments sont de signature 1 et forment donc le groupe alterné A4 .

Solution de l’exercice 1.3. 1. Soit n ≥ 2. Les transpositions sont les (i, j)


avec i =
6 j. Noter qu’une même transposition a deux écritures : (i, j) = (j, i)
(voir remarque 1.14). Les transpositions sont donc déterminées de manière

6 j. Il y a n2 = n(n−1)
unique par leur support {i, j} avec i = 2 choix possibles
pour ce support, c’est-à-dire autant de transpositions.
2. Soit n ≥ 3. Les 3-cycles sont les (i, j, k) avec i, j, k deux à deux distincts.
Noter qu’un même 3-cycle a trois écritures : (i, j, k) = (j, k, i) = (k, i, j)
obtenues par permutation circulaire des lettres (voir remarque 1.14). Les
3-cycles sont donc déterminés de manière unique par leur support {i, j, k}
et par l’ordre donné

à ces lettres à permutation circulaire près. Pour le
support il y a n3 = n(n−1)(n−2)
3! possibilités ; pour l’ordre à permutation
circulaire près, il y a 3!3 = 2 possibilités. Le nombre de 3-cycles est donc

n(n − 1)(n − 2) n(n − 1)(n − 2)


×2= .
3! 3

3. En généralisant le raisonnement précédent, on obtient que le nombre de


k-cycles dans Sn est
!
n k! n(n − 1) · · · (n − k + 1)
× = .
k k k

Solution de l’exercice 1.4. Soient σ et σ ′ deux permutations dans Sn telles


que supp(σ) ∩ supp(σ ′ ) = ∅. Soit i ∈ {1, . . . , n}.
Supposons i ∈ / supp(σ ′ ). Alors i est fixe par σ et par σ ′ . Donc
/ supp(σ) et i ∈
′ ′
on a σ(σ (i)) = i = σ (σ(i)).
Supposons maintenant i ∈ supp(σ) et i ∈ / supp(σ ′ ). Alors i est fixe par σ ′ donc

σ(σ (i)) = σ(i). Par ailleurs, σ(i) appartient à supp(σ) : en effet, si ce n’était pas
le cas on aurait σ(σ(i)) = σ(i) donc σ(i) = i, ce qui contredit i ∈ supp(σ). Comme
supp(σ) ∩ supp(σ ′ ) = ∅, on déduit de σ(i) ∈ supp(σ) le fait que σ(i) ∈ / supp(σ ′ ),
′ ′
d’où σ (σ(i)) = σ(i). Cela donne finalement σ(σ (i)) = σ (σ(i)).′

Il reste le cas où i ∈/ supp(σ) et i ∈ supp(σ ′ ), mais comme σ et σ ′ jouent des


rôles symétriques, il se traite comme le précédent.
Ainsi on obtient σ(σ ′ (i)) = σ ′ (σ(i)) pour tout i, ce qui entraîne σσ ′ = σ ′ σ.

Solution de l’exercice 1.5. Soient a, b, c, d des éléments deux à deux distincts


de N∗ .
1. Un calcul direct comme dans l’exemple 1.17 donne (a, b)(b, c) = (a, b, c),
qui est un cycle de longueur 3.
136

2. En utilisant la question précédente et le fait que le carré d’une transposition


est l’identité, on a (a, b)(c, d) = (a, b)(b, c)(b, c)(c, d) = (a, b, c)(b, c, d).
Ainsi (a, b)(c, d) est le produit de deux cycles de longueur 3.
3. Soit n ≥ 3. On sait que toute permutation est produit de transpositions
(corollaire 1.22). Les transpositions étant de signature −1, il vient que tout
élément du groupe alterné An est produit d’un nombre pair de transposi-
tions (voir page 14). Considérons donc un produit de deux transpositions,
distinct de l’identité. Il est soit de la forme (a, b)(b, c), soit de la forme
(a, b)(c, d). En utilisant les deux questions précédentes, on obtient que tout
élément de An est produit de cycles de longueur 3.
4. On a
(1, 2, a)(1, 2, b)(1, 2, a)−1 = (1, 2, a)(1, 2, b)(a, 2, 1) = (2, a, b),
(1, 2, a)(2, b, c)(1, 2, a)−1 = (1, 2, a)(2, b, c)(a, 2, 1) = (a, b, c).
Dans la même veine, on remarque que
(1, a, b) = (2, 1, a)(2, 1, b)(2, 1, a)−1 = (1, 2, a)−1 (1, 2, b)−1 (1, 2, a).
Ces relations montrent que tout 3-cycle est produit de cycles de la forme
(1, 2, c) ou (1, 2, c)−1 avec c ≥ 3. D’après la question précédente, tout
élément de An est donc produit de cycles de longueur 3 de la forme (1, 2, c)
ou (1, 2, c)−1 avec c ≥ 3.
Solution de l’exercice 1.6. Soit Z(Sn ) = {σ ∈ Sn | ∀σ ′ ∈ Sn , σσ ′ = σ ′ σ} le
centre de Sn . Soient n ≥ 3, σ ∈ Z(Sn ) et i 6= j dans {1, . . . , n}. On note τ la
transposition (i, j).
1. Comme σ est dans le centre, il commute avec τ donc (τ σ)(i) = σ(τ (i)) =
σ(j).
2. D’après la question précédente, τ envoie σ(i) sur σ(j). Mais σ(i) 6= σ(j)
puisque i 6= j et σ est injective. Ainsi σ(i) n’est pas un point fixe de τ . Il
appartient donc au support de τ , qui n’est autre que {i, j}.
3. Soit k ∈ {1, . . . , n} − {i, j} (un tel k existe car n ≥ 3). Le même raisonne-
ment que précédemment avec la transposition (i, k) au lieu de (i, j) donne
σ(i) ∈ {i, k}. Donc σ(i) appartient à {i, j} et à {i, k}. Comme i, j, k sont
deux à deux distincts, on en déduit σ(i) = i.
Pour tout i ∈ {1, . . . , n}, on a démontré que σ(i) = i. Cela entraîne que
σ = idn donc Z(Sn ) = {idn }.
4. Si n = 2, l’argument précédent ne fonctionne plus car on ne peut pas
choisir k distinct à la fois de i et de j. Pour n = 2 on a S2 = {id2 , (1, 2)}
et ces deux éléments commutent, donc Z(S2 ) = S2 .
Solution de l’exercice 1.7. 1. Soit τ = (i, j) une transposition de Sn .
Quitte à échanger i et j, on peut supposer i < j. Écrivons alors
!
1 2 ··· i − 1 i i + 1 ··· j − 1 j j + 1 ··· n
τ= .
1 2 ··· i − 1 j i + 1 ··· j − 1 i j + 1 ··· n
Les inversions de τ sont donc positionnées comme suit :
137

— le couple (i, j), puisque i < j et σ(i) = j > σ(j) = i ;


— les couples (i, k) avec i + 1 ≤ k ≤ j − 1, puisque i < k et σ(i) = j >
σ(k) = k (il y a j − i − 1 tels couples, puisque i est fixé) ;
— les couples (k, j) avec i + 1 ≤ k ≤ j − 1, puisque k < j et σ(k) = k >
σ(j) = i (il y a j − i − 1 tels couples, puisque j est fixé).
Le nombre d’inversions est donc 1+2(j −i−1). Il est impair d’où ε(τ ) = −1.
2. Soit n un entier fixé supérieur ou égal à 2. Démontrons que pour tout
k ∈ {0, . . . , n}, une permutation de Sn ayant au moins k points fixes est un
produit de transpositions. On procède par récurrence descendante sur k.
Si k = n, une permutation dans Sn ayant au moins n points fixes n’est
autre que l’identité, qui s’écrit aussi (1, 2)(1, 2) car n ≥ 2.
Supposons la propriété vérifiée pour toute permutation ayant au moins
k points fixes. Montrons qu’elle l’est aussi pour celles ayant au moins
k − 1 points fixes. Soit σ une telle permutation. Le résultat étant clair si
σ = idn , qui a n points fixes, supposons maintenant σ 6= idn . Il existe alors
j ∈ {1, . . . , n} tel que σ(j) 6= j. Posons l = σ(j). Notons τ la transposition
(j, l) et ψ la permutation τ σ. On a ψ(i) = i quand i parcourt les k − 1
points fixes de σ, et de plus ψ(j) = τ (l) = j. Donc ψ a au moins k points
fixes. Par hypothèse de récurrence, ψ est un produit de transpositions. En
composant ψ à gauche par τ , on en déduit que σ = τ ψ est aussi produit
de transpositions, ce qui démontre la propriété au rang k et conclut la
récurrence.
Solution de l’exercice 1.8. 1. Posons c = (a1 , . . . , ak ). Soit i ∈ {1, . . . , n}.
/ {σ(a1 ), . . . , σ(ak )} alors σ −1 (i) ∈
Si i ∈ / {a1 , . . . , ak } c’est-à-dire σ −1 (i) ∈/
supp(c), et donc

(σcσ −1 )(i) = σ(c(σ −1 (i))) = σ(σ −1 (i)) = i.

Si i = σ(aj ) pour un certain j ∈ {1, . . . , k} alors

(σcσ −1 )(i) = (σcσ −1 )σ(aj ) = σ(c(aj )) = σ(aj+1 )

(en posant ak+1 = a1 ). Ainsi on obtient σ(a1 , . . . , ak )σ −1 = (σ(a1 ), . . . , σ(ak )).


2. Posons c′ = (b1 , . . . , bk ). Par la question précédente, pour tout σ ∈ Sn on a

σcσ −1 = (σ(a1 ), . . . , σ(ak )).

Soit maintenant σ : {1, . . . , n} → {1, . . . , n} l’application définie par les


conditions suivantes :
(a) σ(ai ) = bi pour tout i ∈ {1, . . . , k} ;
(b) σ restreinte à {1, . . . , n} − {a1 , . . . , ak } est une bijection quelconque
sur {1, . . . , n} − {b1 , . . . , bk } (cette condition est toujours réalisable car
les ensembles {1, . . . , n} − {a1 , . . . , ak } et {1, . . . , n} − {b1 , . . . , bk } ont
même cardinal).
Alors σ est une permutation dans Sn et σcσ −1 = c′ par construction. De
plus on a supp(c′ ) = {b1 , . . . , bk } = {σ(a1 ), . . . , σ(ak )} = σ(supp(c)).
138

3. (a) Le type de σ ne dépend pas de la décomposition en cycles à supports


deux à deux disjoints qui est choisie : en effet, cette décomposition est
unique à l’ordre près des facteurs, et dans la définition du type, les
cycles sont de toute manière réordonnés par longueur décroissante.
(b) On a σ1 = (1, 2, 7, 9)(3, 6, 8)(4, 5) et σ2 = (1, 5, 4, 2, 6)(3, 7, 9). Donc
leurs types sont respectivement 4, 3, 2 et 5, 3.
(c) Supposons que deux permutations σ et σ ′ distinctes de l’identité sont
conjuguées dans Sn : il existe g ∈ Sn tel que σ ′ = gσg −1 . Soit σ =
c1 . . . cs la décomposition en cycles à supports deux à deux disjoints de
σ, en supposant ℓ(c1 ) ≥ . . . ≥ ℓ(cs ). En posant pour tout i ∈ {1, . . . , s},
c′i = gci g −1 , on a

σ ′ = gc1 · · · cs g −1 = (gc1 g −1 )(gc2 g −1 ) · · · (gcs g −1 ) = c′1 · · · c′s .

D’après la question 1, c′i est un cycle de même longueur que ci et de


support g(supp(ci )). Ainsi les cycles c′1 , . . . , c′s sont à supports deux à
deux disjoints par bijectivité de g. Par unicité dans le théorème 1.21,
l’écriture σ ′ = c′1 · · · c′s est la décomposition en cycles à supports deux
à deux disjoints de σ ′ , à l’ordre près des facteurs. On en déduit que σ
et σ ′ ont même type.
Réciproquement supposons que σ et σ ′ ont même type. On écrit leurs
décompositions en cycles à supports deux à deux disjoints :

σ = c1 . . . cs , σ ′ = d1 . . . dk

où les cycles sont ordonnés par longueur décroissante. Par hypothèse,


on a s = k et ℓ(ci ) = ℓ(di ) quelque soit i. La question 2 entraîne qu’ils
sont conjugués deux à deux : il existe gi ∈ Sn tel que

di = gi ci gi−1

et supp(di ) = gi (supp(ci )). Soit g : {1, . . . , n} → {1, . . . , n} l’applica-


tion définie par
∀i ∈ {1, . . . , s}, g|supp(ci ) = gi
et g(x) = x pour tout point fixe x de σ. Alors on peut vérifier que g
ainsi construite est une permutation dans Sn et que, du fait que les
supports des ci sont deux à deux disjoints,

gσg −1 = gc1 · · · cs g −1 = (gc1 g −1 ) · · · (gcs g −1 ) = d1 · · · ds = σ ′ .

Ainsi σ et σ ′ sont conjugués dans Sn .

Solution de l’exercice 1.9. Soit n un entier naturel non nul. À toute per-
mutation σ ∈ Sn on associe la matrice Mσ = (mi,j )1≤i,j≤n de Mn (R) définie
par (
1 si i = σ(j)
mi,j =
0 sinon.
139

 
0 0 0 1
1 0 0 0
1. Supposons n = 4. Pour σ = (1, 2, 3, 4) on a Mσ =  . Pour
 
0 1 0 0
0 0 1 0
 
0 0 1 0
0 0 0 1
σ = (1, 3)(2, 4) on a Mσ =  .
 
1 0 0 0
0 1 0 0
2. L’entier n et la permutation σ sont dorénavant quelconques. La trace
P
de Mσ est par définition Tr Mσ = nj=1 mj,j . Or mj,j est non nul si et
seulement si j = σ(j) c’est-à-dire si j est un point fixe de σ ; dans ce cas,
le coefficient correspondant vaut 1. On en déduit
X X
Tr Mσ = mj,j = 1,
1≤j≤n,mj,j 6=0 1≤j≤n,j=σ(j)

qui est égal au nombre de points fixes de σ.


3. Une formule classique d’algèbre linéaire affirme que
X n
Y
det Mσ = ε(ρ) mρ(j),j .
ρ∈Sn j=1

Or le produit est non nul si et seulement si tous ses termes sont non nuls
c’est-à-dire si ρ(j) = σ(j) pour tout j, autrement dit si ρ = σ. On conclut
que la somme ne comporte qu’un terme non nul, celui correspondant à
Q
ρ = σ, et donc det Mσ = ε(σ) nj=1 mσ(j),j = ε(σ) × 1 = 1.
4. Soient σ et σ ′ deux permutations dans Sn . Notons mi,j (resp. m′i,j ) les
coefficients de la matrice Mσ (resp. Mσ′ ). D’après une autre formule
classique d’algèbre linéaire, les coefficients de la matrice produit Mσ Mσ′
sont, pour i et j dans {1, . . . , n},
n
X
(Mσ Mσ′ )i,j = mi,k m′k,j .
k=1

Or mi,k est non nul seulement si i = σ(k) et m′k,j est non nul seulement si
k = σ ′ (j). On en déduit que mi,k m′k,j est non nul seulement quand i vaut
σ(k) = σ(σ ′ (j)) = (σσ ′ )(j). Dans ce cas, le coefficient vaut 1 × 1 = 1. En
conclusion, on a
(
1 si i = (σσ ′ )(j)
(Mσ Mσ′ )i,j =
0 sinon.

ce qui prouve que Mσσ′ = Mσ Mσ′ .


140
Corrigé des exercices du
chapitre 2

Solution de l’exercice 2.1. Soient x et y deux éléments de G. Montrons que


xy = yx. Par hypothèse on a 1G = (xy)2 = xyxy. En multipliant les deux
membres de l’égalité à gauche par x et en utilisant x2 = 1G , cela donne x = yxy.
En multipliant ensuite les deux membres à droite par y et en utilisant y 2 = 1G ,
on obtient bien xy = yx. Le groupe G est donc abélien.

Solution de l’exercice 2.2. Soit G un groupe, de neutre noté eG .


1. On a eG eG = eG d’après la définition 2.1, d’où e−1
G = eG par unicité de
l’inverse (proposition 2.2).
2. Soit x ∈ G. Par définition de x−1 on a xx−1 = eG = x−1 x. Par unicité
de l’inverse, cela entraîne que l’inverse de x−1 dans G est x c’est-à-dire
(x−1 )−1 = x.
3. Soient x, y, z dans G. Si xy = xz, en multipliant à gauche par x−1 dans G
on obtient y = z. Même chose à partir de yx = zx en multipliant à droite
par x−1 ∈ G.
4. Soient x, y dans G. Calculons le produit suivant :

(xy)(y −1 x−1 ) = xyy −1 x−1 = xeG x−1 = xx−1 = eG

et de même

(y −1 x−1 )(xy) = y −1 x−1 xy = y −1 eG y = y −1 y = eG .

Par unicité de l’inverse, l’inverse de xy dans G est donc y −1 x−1 .


5. Soit x ∈ G. Supposons qu’il existe y ∈ G satisfaisant xy = eG . Pour
montrer que y est l’inverse de x−1 , il ne reste qu’à établir que yx = eG . En
multipliant xy = eG à droite par x, on obtient xyx = x. En multipliant à
gauche par x−1 , on en déduit yx = eG .
Remarque. Cette propriété montre que, dans un groupe, tout inverse à
droite est automatiquement un inverse à gauche (et réciproquement).

Solution de l’exercice 2.3. 1. — L’addition est une loi interne sur Mn,p (R).
— L’addition est associative : pour tous (A, B, C) ∈ Mn,p (R)3 , on a
A + (B + C) = (A + B) + C.

141
142

— L’addition admet un élément neutre : la matrice nulle notée 0 ∈


Mn,p (R). En effet pour tout A ∈ Mn,p (R), on a A + 0 = 0 + A = A.
— Tout élément A ∈ Mn,p (R) admet un inverse dans Mn,p (R) pour
l’addition : c’est la matrice −A, dont les coefficients sont les opposés
de ceux de A. En effet on a bien A + (−A) = (−A) + A = 0.
Ceci montre que (Mn,p (R), +) est un groupe. Noter qu’il est abélien car
A + B = B + A pour tous A, B dans Mn,p (R).
2. Munissons l’ensemble P(E) des parties de E de l’intersection ∩.
— L’intersection est une loi interne sur P(E) car l’intersection de deux
parties de E est une partie de E.
— L’intersection est associative. En effet, pour toutes parties A, B et C
de E, on a bien A ∩ (B ∩ C) = (A ∩ B) ∩ C.
— Muni de ∩, P(E) possède un élément neutre qui est E. En effet, pour
toute partie A de E, on a A ∩ E = E ∩ A = A.
— Par contre, si E 6= ∅, tout élément de P(E) n’admet pas forcément un
inverse pour ∩ : par exemple la partie ∅ de E n’a pas d’inverse pour ∩
car pour tout A ∈ P(E), on a A ∩ ∅ = ∅ = 6 E.
On conclut que si E 6= ∅ alors (P(E), ∩) n’est pas un groupe. Lorsque
E = ∅ alors P(E) = {∅}, qui est un groupe abélien pour l’intersection.
Remarque. Pour les structures où seuls les axiomes d’associativité et
d’existence de l’élément neutre sont satisfaites comme c’est le cas ici, on
parle de monoïde.
3. L’ensemble R muni ∗ n’est pas un groupe : en effet la loi ∗ n’est pas définie
sur R car 0 n’admet pas d’inverse dans R.
4. On remarque au préalable que 1 + xy = 6 0 lorsque x, y appartiennent à X,
x+y
ce qui fait que la fraction 1+xy a bien un sens dans R.
— Montrons que la loi ⋆ est interne sur X. Pour tous x et y réels vérifiant
|x| < 1 et |y| < 1 on a

x + y − (1 + xy) = (1 − x)(y − 1) < 0


x+y x+y
donc 1+xy < 1. On montre de même que 1+xy > −1. Cela prouve que
x+y
1+xy∈ X.
— La loi ⋆ est associative. En effet, pour tous x, y, z dans X on a
y+z
y+z x + 1+yz x + y + z + xyz
x ⋆ (y ⋆ z) = x ⋆ = =
1 + yz y+z
1 + x 1+yz 1 + xy + xz + yz

et un calcul similaire pour (x ⋆ y) ⋆ z donne le même résultat.


— La loi possède un élément neutre qui est 0. En effet pour tout x ∈ X,
x
on a x ⋆ 0 = = x et de même 0 ⋆ x = x.
1
— Tout élément x de X possède un inverse pour ⋆ qui est −x. En effet
on a x ⋆ (−x) = 0 et (−x) ⋆ x = 0.
Ceci montre que (X, ⋆) est un groupe. Noter qu’il est abélien car x⋆y = y⋆x
pour tous x, y dans X.
143

Solution de l’exercice 2.4. 1. On procède comme dans l’exercice précé-


dent. L’expression (x + y )1/3 a un sens pour tous x, y réels et c’est un
3 3

nombre réel. Donc ∗ est un loi interne sur R. Elle est associative car pour
tous x, y, z réels on a

(x ∗ y) ∗ z = (x3 + y 3 )1/3 ∗ z = (x3 + y 3 + z 3 )1/3 ,


x ∗ (y ∗ z) = x ∗ (y 3 + z 3 )1/3 = (x3 + y 3 + z 3 )1/3

(on utilise le fait que, pour tout α réel, (α1/3 )3 = α). De plus la loi admet
un élément neutre qui est 0 car tout x ∈ R vérifie x ∗ 0 = x = 0 ∗ x. Enfin
l’inverse de x pour ∗ est −x car x ∗ (−x) = 0 = (−x) ∗ x. Ceci montre
que (R, ∗) est un groupe. De plus il est abélien car x ∗ y = (x3 + y 3 )1/3 =
(y 3 + x3 )1/3 = y ∗ x pour tous x, y ∈ R.
Remarque. Cet exemple montre qu’un même ensemble peut être muni de
différentes lois de groupe (ici R avec + et ∗).
2. Notons f : (R, ∗) → (R, +) l’application x 7→ x3 . Pour tous x, y dans R
on a
f (x ∗ y) = f ((x3 + y 3 )1/3 ) = x3 + y 3 = f (x) + f (y)
ce qui montre que f est un morphisme de groupes. Il est injectif car son
noyau est réduit à l’élément neutre 0 : en effet si f (x) = 0 alors x3 = 0
dans R d’où x = 0. Enfin il est surjectif car tout élément y ∈ R s’écrit
y = x3 = f (x) en prenant x = y 1/3 ∈ R. Ainsi f est isomorphisme de
groupes de (R, ∗) sur (R, +).

Solution de l’exercice 2.5. 1. (a) C’est une formule de la proposition 1.15


du cours, qui a été démontrée dans l’exercice 1.8.
(b) Si (i′ , j ′ ) est une transposition, il existe une permutation σ ∈ Sn telle
que σ(i) = i′ et σ(j) = j ′ car i 6= j et i′ = 6 j ′ . Avec la question
précédente, on conclut que σ(i, j)σ −1 = (i′ , j ′ ).
2. Soit f : Sn → C∗ un morphisme de groupes. Soit (i, j) une transposition.
On pose z = f (i, j) ∈ C∗ . Soit (i′ , j ′ ) une autre transposition dans Sn .
D’après la question précédente, il existe une permutation σ ∈ Sn telle que
σ (i, j) σ −1 = (i′ , j ′ ). On a donc, en utilisant le fait que f est un morphisme
de groupes,

f (i′ , j ′ ) = f (σ (i, j) σ −1 ) = f (σ) f (i, j) f (σ)−1 .

Mais C∗ étant commutatif, on conclut que

f (i′ , j ′ ) = f (σ)f (σ)−1 f (i, j) = f (i, j) = z

d’où le résultat.
3. Toute transposition τ vérifie τ 2 = id. Donc f (τ 2 ) = f (id) = 1. Comme
f (τ 2 ) = f (τ )2 du fait que f est un morphisme de groupes, cela entraîne
z 2 = 1 dans C∗ d’où z vaut 1 ou −1.
144

4. On sait que Sn est engendré par l’ensemble de ses transpositions (co-


rollaire 1.22). Par conséquent, tout morphisme de groupes de Sn dans
C∗ est déterminé de manière unique par les valeurs qu’il prend sur les
transpositions. Or on a montré que pour tout morphisme f : Sn → C∗ , les
transpositions ont toutes même image z = ±1 par f . Ainsi il existe au
plus deux morphismes de Sn dans C∗ , selon que z vaut 1 ou −1. Il reste
à montrer que chacune de ces valeurs de z donne bien un morphisme de
groupes. Si z = 1, c’est le morphisme trivial qui envoie tout élément de Sn
sur 1. Si z = −1, alors f n’est autre que le morphisme signature ε puisque
la signature de toute transposition vaut −1.
Remarque. Cette caractérisation en termes de morphismes de Sn peut
justifier l’intérêt qu’on porte à la signature.

Solution de l’exercice 2.6. 1. Soit f : (Z, +) → (Z, +) un morphisme de


groupes. On a alors f (0) = 0. Si n ∈ Z − {0} on a


 f (1
|
+ 1 +{z· · · + 1}) = nf (1) si n ≥ 0

n fois
f (n) =

 f (−1
|
− 1 {z
− · · · − 1}) = (−n)f (−1) si n ≤ 0.

−n fois

Comme f (−1) doit être égal à l’opposé de l’image de 1 on a f (−1) = −f (1).


Ainsi pour tout n ∈ Z on a f (n) = nf (1). Nous avons montré que si f
est un morphisme de (Z, +) dans lui-même alors il existe a ∈ Z tel que
f (n) = na pour tout n ∈ Z.
Réciproquement, fixons a ∈ Z et considérons l’application fa : Z → Z
donnée par fa (n) = na pour tout n ∈ Z. Alors fa est un morphisme de
groupes : en effet, si n, m sont dans Z, on a fa (n + m) = (n + m)a =
fa (n) + fa (m).
En conclusion, les morphismes de (Z, +) dans lui-même sont les applica-
tions de la forme fa : n 7→ na avec a ∈ Z.
Calculons le noyau de fa . Si a = 0 alors fa étant identiquement nulle, son
noyau est Z et l’application n’est pas injective. Supposons a = 6 0. Soit
n ∈ Z tel que f (n) = 0. On a alors na = 0 dans Z d’où n = 0. Dans ce
cas, Ker fa = {0}. Donc fa est injective pour tout a non nul dans Z.
Concernant l’image de fa , il est immédiat de voir que Im fa = aZ, l’en-
semble des multiples de a. Il s’ensuit que fa est surjective si et seulement
si a = 1 ou a = −1 (rappelons que mZ = (−m)Z).
Ainsi les seuls automorphismes de groupes de (Z, +) sont les fa avec
a ∈ {±1}.
2. On procède comme dans la question précédente. Soit f : (Q, +) → (Q, +)
un morphisme de groupes. Soit p/q un élément de Q avec p et q des entiers
positifs et q 6= 0. On a

qf (p/q) = f (p/q) + f (p/q) + · · · + f (p/q) = f (q(p/q)) = f (p) = pf (1).


| {z }
q fois
145

On a donc f (p/q) = (p/q)f (1). Cette égalité est aussi vraie si p/q ≤ 0 car
f (−p/q) = −f (p/q). Donc il existe a ∈ Q tel que, pour tout x ∈ Q, on ait
f (x) = xa.
Réciproquement, fixons a ∈ Q et considérons l’application fa : Q → Q
donnée par fa (x) = xa pour tout x ∈ Q. Alors fa est un morphisme de
groupes car pour tous x, y dans Q, on a fa (x + y) = fa (x) + fa (y).
En conclusion, les morphismes de (Q, +) dans lui-même sont les applica-
tions de la forme fa : x 7→ xa avec a ∈ Q.
Calculons le noyau de fa . : si a = 0 alors fa est identiquement nulle et si
a 6= 0 alors fa est injective.
Concernant l’image de fa , il est immédiat de voir que Im fa = aQ. Si a = 0,
l’image est nulle et fa n’est pas surjective. Si a =6 0, on a aQ = Q : en
effet, on a clairement aQ ⊂ Q, et réciproquement, si x ∈ Q alors l’élément
y = x/a vérifie ay = x. On conclut que fa est surjective si et seulement si
a 6= 0.
Ainsi les automorphismes de groupes de (Q, +) sont les fa avec a 6= 0
dans Q.
3. Soit f : (R, +) → (R, +) un morphisme de groupes qui est continu. Un
raisonnement comme auparavant montre l’existence de a = f (1) ∈ R tel
que, pour tout x ∈ Q, on a f (x) = xa. Montrons qu’on a en fait f (x) = xa
pour tout x ∈ R. On utilise pour cela un argument analytique reposant
sur la densité de Q de R. Soit donc x ∈ R. Par densité, il existe une
suite (xn )n∈N d’éléments de Q qui converge vers x. Comme les xn sont
rationnels, on a pour tout n ∈ N, f (xn ) = xn a. En passant à la limite de
part et d’autre, on obtient limn→∞ f (xn ) = xa. Or, f est continue donc
limn→∞ f (xn ) = f (limn→∞ xn ). On en déduit f (x) = xa comme souhaité.
Comme dans les questions précédentes, on vérifie que pour tout a ∈ R
l’application fa : R → R donnée par fa (x) = xa pour tout x ∈ R, est un
morphisme continu de groupes de (R, +) dans lui-même.
Solution de l’exercice 2.7. Soit G un groupe d’ordre 1. Il ne possède qu’un
élément, son neutre 1G . Sa table de Cayley est simplement
(G, ·) 1G
1G 1G

À isomorphisme près, il n’existe donc qu’un groupe d’ordre 1.


Soit G un groupe d’ordre 2 : notons 1G et a ses éléments, avec a 6= 1G . Alors
a2 vaut 1G ou a. Or si a2 = a alors on déduit a = 1G par simplification, qui est
impossible. Donc a2 = 1G . Ainsi la table de Cayley de G est nécessairement :
(G, ·) 1G a
1G 1G a
a a 1G

À identification près, on reconnaît la table de (S2 , ◦) (cf. remarque 2.13) ou encore


celle de ({±1}, ·). Donc tout groupe d’ordre 2 est isomorphe à S2 (ou à {±1}, ce
qui revient au même).
146

Soit G un groupe d’ordre 3 : notons 1G , a, b ses éléments distincts deux à


deux. Le même raisonnement que précédemment montre que ab = 6 a et ab 6= b.
On a donc ab = 1G . De la même manière on montre que ba = 1G . On a ainsi
b = a−1 et on en déduit a2 = b (puisque a2 = 6 1G et a2 6= a). Un raisonnement
similaire donne b2 = a. Ainsi la table de Cayley de G est nécessairement :
(G, ·) 1G a b
1G 1G a b
a a b 1G
b b 1G a
On reconnaît la table de (U3 , ·), le groupe multiplicatif des racines 3-èmes de
l’unité, en identifiant a à e2iπ/3 et b à e4iπ/3 . Donc tout groupe d’ordre 3 est
isomorphe à U3 .
Solution de l’exercice 2.8. 1. On sait que GL2 (R) est un groupe pour la
!
1 a
multiplication. Constatons d’abord qu’une matrice de la forme
0 1
!
1 −a
avec a ∈ R est bien inversible, d’inverse . Ainsi le sous-ensemble H
0 1
!
1 a
des matrices de la forme avec a ∈ R est bien contenu dans GL2 (R).
0 1
Maintenant utilisons la proposition 2.23.
— L’ensemble H contient la matrice identité.! !
1 a 1 b
— Si on se donne deux éléments A = et B = dans H
0 1 0 1
avec a et b dans R, on a
! ! !
−1 1 a 1 −b 1 a−b
AB = =
0 1 0 1 0 1
qui est bien un élément de H.
On conclut que H est un sous-groupe de GL2 (R).
Remarque. Il est facile de voir que H est abélien, tandis que GL2 (R) n’est
pas.
!
1 a
2. Les matrices de la forme sont inversibles car leur déterminant est
b 1
1 − ab, qui est supposé non nul. Donc l’ensemble K formé de ces matrices
est bien contenu dans GL2 (R).
— L’ensemble K contient la matrice
! identité (prendre
! a = b = 0).
1 a 1 a ′
— Si on se donne A = et B = ′ dans K alors
b 1 b 1
!
1 + ab′ a + a′
AB = .
b + b′ 1 + ba′

Mais cette matrice n’est généralement pas dans K car 1 + ab′ =


6 1.
Donc K n’est pas stable par multiplication.
147

On en déduit que K n’est pas un sous-groupe de GL2 (R).

Solution de l’exercice 2.9. Soit n ∈ N. Montrons que Hn est un sous-groupe


de G.
— D’abord, Hn contient 1G car 1nG = 1G .
— Soient x, y deux éléments de Hn . Il existe alors a et b dans G tels que
x = an et y = bn . On en déduit xy −1 = an (bn )−1 = an (b−1 )n . Comme G
est abélien, on en déduit an (bn )−1 = (ab−1 )n (attention ceci est faux si G
ne l’est pas). On a donc : xy −1 = (ab−1 )n avec ab−1 ∈ G d’où xy −1 ∈ Hn .
On conclut par la proposition 2.23 que Hn est un sous-groupe de G.

Solution de l’exercice 2.10. Les sous-groupes de S3 sont finis. Ils sont donc
engendrés par une famille finie d’éléments.
Cherchons ceux engendrés par un élément. À l’aide du corollaire 2.36 et du
calcul des puissances successives des permutations, on trouve

hidi = {id},
h(1, 2)i = {id, (1, 2)},
h(1, 3)i = {id, (1, 3)},
h(2, 3)i = {id, (2, 3)},
h(1, 2, 3)i = {id, (1, 2, 3), (1, 3, 2)},
h(1, 3, 2)i = {id, (1, 3, 2), (1, 2, 3)} = h(1, 2, 3)i

car lorsque c est un k-cycle, k est le plus petit entier tel que ck = id (voir
chapitre 1). On a ainsi obtenu 5 sous-groupes distincts.
Cherchons les sous-groupes engendrés par une famille à deux éléments distincts.
On peut supposer ces éléments distincts de id (sinon on retombe dans le cas
précédent). Il s’agit de déterminer les sous-groupes suivants :

h(1, 2), (1, 3)i, h(1, 2), (2, 3)i, h(1, 3), (2, 3)i,
h(1, 2), (1, 2, 3)i, h(1, 2), (1, 3, 2)i,
h(1, 3), (1, 2, 3)i, h(1, 3), (1, 3, 2)i,
h(2, 3), (1, 2, 3)i, h(2, 3), (1, 3, 2)i.

Nous allons voir que tous sont égaux à S3 . Pour ceux engendrés par une trans-
position et un 3-cycle, on procède comme dans l’exemple 2.35. Pour ceux en-
gendrés par deux transpositions, on procède comme suit. Par exemple le sous-
groupe h(1, 2), (1, 3)i contient (1, 2)(1, 3) = (1, 3, 2) et (1, 2)(1, 3)(1, 2) = (2, 3) :
il contient donc toutes les transpositions. D’après le corollaire 1.22, on a donc
h(1, 2), (1, 3)i = S3 .
Il n’est pas nécessaire de chercher les sous-groupes engendrés par au moins
3 éléments : en effet, un tel sous-groupe contient un sous-groupe engendré par
deux éléments distincts et sera donc égal à S3 par ce qui précède. En conclusion,
la liste des sous-groupes de S3 est

hidi, h(1, 2)i, h(1, 3)i, h(2, 3)i, h(1, 2, 3)i, S3 .


148

Solution de l’exercice 2.11. Soient H et K deux sous-groupes d’un groupe G.


Si H ⊂ K ou K ⊂ H, alors H ∪ K vaut K ou H, et dans tous les cas c’est
un sous-groupe de G.
Réciproquement supposons que H ∪ K est un sous-groupe de G. Soient h ∈ H
et k ∈ K. Alors hk appartient au sous-groupe H ∪ K. On en déduit :
— ou bien hk ∈ H ; dans ce cas, hk = h′ avec h′ ∈ H d’où k = h′ h−1 ; comme
H est un sous-groupe, on obtient k ∈ H ;
— ou bien hk ∈ K ; dans ce cas, hk = k ′ avec k ′ ∈ K d’où h = k ′ k −1 ; comme
K est un sous-groupe, on obtient h ∈ K.
Maintenant supposons H non contenu dans K. Le raisonnement précédent montre
que tout k ∈ K est alors contenu dans H. On a ainsi montré que K ⊂ H, ce qu’il
fallait démontrer.
Solution de l’exercice 2.12. On a vu dans le cours que l’ensemble nZ, pour
n ∈ Z, est un sous-groupe de (Z, +). Réciproquement soit H un sous-groupe de
(Z, +). Si H = {0}, on peut écrire H = 0Z. Supposons donc H non nul. Alors
l’ensemble H ∩ (N − {0}) d’entiers naturels est non vide. Il a un plus petit élément,
noté n. Comme n ∈ H et H est stable par addition, on a nZ ⊂ H. Inversement
soit a ∈ H. La division euclidienne de a par n s’écrit a = nq + r avec 0 ≤ r < n.
Alors a − nq appartient à H ∩ N et a − nq < n. Par minimalité de n, on en déduit
a − nq = 0 d’où a ∈ nZ. On a ainsi montré que H = nZ.
Solution de l’exercice 2.13. Supposons que le groupe (Q, +) est de type fini.
Il est alors engendré par une famille finie pq11 , . . . , pqnn de nombres rationnels. En
utilisant la proposition 2.34 et le fait que Q est abélien, on en déduit que pour
tout élément x ∈ Q, il existe λ1 , . . . , λn dans Z tels que
p1 pn
x = λ1 + . . . + λn .
q1 qn
a
En réduisant au même dénominateur, on obtient x = m où a ∈ Z et m est le
ppcm des dénominateurs q1 , . . . , qn . Ainsi il existe m tel que tout x ∈ Q vérifie
1
mx ∈ Z. C’est impossible : prendre par exemple x = 2m ∈ Q. Ainsi le groupe
(Q, +) n’est pas de type fini.
Solution de l’exercice 2.14. Soient G et H deux groupes. Considérons l’ap-
plication
π : G × H −→ G
(g, h) 7−→ g.
où il est sous-entendu que G × H est le groupe produit direct. Soient (g1 , h1 ) et
(g2 , h2 ) dans G × H. On a

π((g1 , h1 )(g2 , h2 )) = π(g1 g2 , h1 h2 )


= g1 g2
= π(g1 , h1 )π(g2 , h2 ).

Ainsi π est un morphisme de groupes.


Calculons son noyau. Pour (g, h) ∈ G × H, on a π(g, h) = 1G si et seulement
si g = 1G . On en conclut Ker π = {1G } × H. Il est clair que Ker π est isomorphe
149

à H, via l’application {1G } × H → H, (1G , h) 7→ h. De plus on a Im π = G : en


effet, par définition, on a Im π ⊂ G et si g ∈ G, on a π(g, 1H ) = g donc G ⊂ Im π.
On en déduit que π est surjectif. Ainsi π est un isomorphisme.

Solution de l’exercice 2.15. Soient G1 et G2 deux groupes, H1 un sous-groupe


de G1 et H2 un sous-groupe de G2 . Posons H = H1 ×H2 , qui est un sous-ensemble
de G = G1 × G2 . Alors H contient le neutre 1G = (1G1 , 1G2 ) car 1G1 ∈ H1 et
1G2 ∈ H2 . De plus, pour tous x = (x1 , x2 ) et y = (y1 , y2 ) dans H, avec x1 , y1
dans H1 et x2 , y2 dans H2 , on a

xy = (x1 , x2 )(y1 , y2 ) = (x1 y1 , x2 y2 ) ∈ H,


x−1 = (x1 , x2 )−1 = (x−1 −1
1 , x2 ) ∈ H

puisque H1 et H2 sont stables par multiplication et passage à l’inverse. On conclut


que H est un sous-groupe de G.
150
Corrigé des exercices du
chapitre 3

Solution de l’exercice 3.1. 1. Dans l’exercice 1.1, on a obtenu les décom-


positions en cycles à supports deux à deux disjoints :

σ1 = (1, 2, 7, 9)(3, 6, 8)(4, 5)


σ2 = (1, 5, 4, 2, 6)(3, 7, 9).

En appliquant la proposition 3.8, on obtient que les ordres de σ1 et σ2


sont ord(σ1 ) = ppcm(4, 3, 2) = 12 et ord(σ2 ) = ppcm(5, 3) = 15.
2. Bien entendu, il n’est pas question de calculer à la main σ12017 et σ22017 .
Comme σ1 est d’ordre 12 et σ2 d’ordre 15, nous allons utiliser le fait que
σ112 = id et σ215 = id. Le lemme 3.3 nous sera bien utile.
On a 2017 = 12×168+1. D’après le lemme 3.3, on en déduit σ12017 = σ 1 = σ.
Pour σ2 , la division euclidienne est 2017 = 15 × 134 + 7 d’où σ22017 = σ27 .
Il reste à déterminer cette permutation. On utilise la décomposition en
cycles plutôt qu’un calcul direct. Posons s = (1, 5, 4, 2, 6) et s′ = (3, 7, 9).
Le 5-cycle s (resp. 3-cycle s′ ) est d’ordre 5 (resp. 3) donc s5 = id (resp.
s′3 = id). Puisque les cycles à supports deux à deux disjoints commutent
deux à deux et en utilisant le lemme 3.3, on en déduit

σ27 = (ss′ )7 = s7 (s′ )7 = s2 s′ .

Un calcul direct donne s2 = (1, 4, 6, 5, 2) d’où σ22017 = (1, 4, 6, 5, 2)(3, 7, 9).


Solution de l’exercice 3.2. 1. Soit p premier. Tout produit de p-cycles
à supports deux à deux disjoints est d’ordre ppcm(p, . . . , p) d’après le
cours, c’est-à-dire p, puisque p est premier. Réciproquement soit σ une
permutation d’ordre p. Décomposons σ en produit de cycles c1 · · · cs à
supports deux à deux disjoints, de longueurs respectives ℓ1 , . . . , ℓs . En
particulier l’ordre de ci est ℓi . L’ordre de σ est donc p = ppcm(ℓ1 , . . . , ℓs ).
Comme p est premier, cela impose ℓi ∈ {1, p} pour tout i d’où ℓi = p
puisque ℓi ≥ 2. Ainsi σ est un produit de p-cycles à supports deux à deux
disjoints.
2. D’après la question précédente, comme 2 est premier, les éléments d’ordre 2
de S5 sont les transpositions (i, j) et les produits de deux transpositions
(i, j)(k, l) à supports disjoints (on ne peut pas considérer les produits

151
152

d’au moins 3 transpositions à supports deux à deux disjoints car elles


feraient intervenir davantage d’éléments dans leur support que l’ensemble
{1, . . . , 5}). Les premières sont déterminées par leur support {i, j} (il y a
5
2 = 10 possibilités). Les seconds sont déterminés par d’une part le choix
de {i, j, k, l} distincts dans {1, . . . , 5} (5 possibilités) et d’autre part leur
écriture en produits de deux transpositions (3 possibilités). Il y a donc au
total 10 + 5 × 3 = 25 éléments d’ordre 2 dans S5 .
Solution de l’exercice 3.3. Soit M une matrice de GLn (C) d’ordre fini : il
existe k ≥ 1 tel que M k = I où I désigne la matrice identité de taille n. Le
polynôme P (X) = X k − 1 annule donc M . De plus il est scindé sur C et à racines
simples (ses racines sont les racines k-èmes de l’unité). Par un critère classique
de réduction des endomorphismes, la matrice M est diagonalisable sur C.
Par exemple, la matrice M de diagonale (z1 , · · · , zn ) où zi ∈ Uk sont des
racines k-èmes de l’unité, et tous les coefficients en dehors de la diagonale sont
nuls, est inversible et d’ordre fini car M k = I.
Solution de l’exercice 3.4. Cet exercice fait appel à des résultats classiques
d’arithmétique concernant le pgcd et le ppcm, ainsi que le lemme de Gauss. On
renvoie au chapitre 6 en cas de besoin.
1. D’après le cours, l’ordre de a est le cardinal de hai = {an | n ∈ Z}. Or cet
ensemble coïncide avec {(a−1 )n | n ∈ Z} = ha−1 i. Donc l’ordre de a−1 est
égal à l’ordre de a.
2. On a (bab−1 )2 = bab−1 bab−1 = ba2 b−1 . Une récurrence immédiate donne
(bab−1 )k = bak b−1 pour tout k ∈ Z. De plus ak = 1G si et seulement si
bak b−1 = b1G b−1 = 1G . Donc ord(bab−1 ) = ord(a).
3. Notons d le pgcd de n et k. On peut écrire n = dn′ et k = dk ′ avec n′ , k ′
entiers premiers entre eux (voir chapitre 6 pour des rappels). Il s’agit donc
de montrer que ak est d’ordre n′ . Pour cela, montrons que si ℓ est un entier
relatif, on a (ak )ℓ = 1G si et seulement si n′ | ℓ (voir le théorème 3.6). En
utilisant le fait que a est d’ordre n, on a la succession d’équivalences :

(ak )ℓ = 1G ⇐⇒ adk ℓ = 1G ⇐⇒ n | dk ′ ℓ ⇐⇒ dn′ | dk ′ ℓ ⇐⇒ n′ | k ′ ℓ.
Or n′ et k ′ sont premiers entre eux. Donc par le lemme de Gauss, la
dernière affirmation équivaut à n′ | ℓ, ce qu’on voulait montrer.
4. Soient G un groupe cyclique d’ordre n et g un générateur de G ; en
particulier g est d’ordre n. Tout élément de G est de la forme x = g k avec
k ∈ {0, . . . , n − 1}. Or x engendre G si et seulement si x est d’ordre n
d’après la proposition 3.17. Il s’agit donc de déterminer les k pour lesquels
ord(g k ) = n. Par la question précédente, ce sont les k ∈ {0, . . . , n − 1} tels
que pgcd(n, k) = 1.
5. Supposons ab = ba.
(a) Notons α = ord(a), β = ord(b) et m = ppcm(α, β). Alors α et β
divisent m donc am = 1G et bm = 1G . Puisque a et b commutent, il en
est de même de toutes puissances de a et de b d’où
(ab)m = am bm = 1G 1G = 1G .
153

On en déduit que l’ordre de ab divise m.


(b) En prenant b = a−1 on a α = β (voir la première question de l’exercice)
donc m = α. Pourtant ab = 1G est d’ordre 1.
(c) Supposons α et β premiers entre eux et montrons que ord(ab) =
ppcm(α, β) c’est-à-dire ici αβ. Par une question précédente on sait que
ord(ab) divise αβ. D’après le théorème 3.6, il reste donc à établir

∀k ∈ Z : ((ab)k = 1G =⇒ αβ | k).

Supposons (ab)k = 1G pour un entier k ∈ Z. Alors ak = b−k puisque a


et b commutent. On en déduit :

aβk = (ak )β = b−kβ = (bβ )−k = 1−k


G = 1G

donc α divise βk. Or α et β sont premiers entre eux : le lemme de


Gauss entraîne α | k. Un raisonnement similaire donne β | k. Comme α
et β sont premiers entre eux, leur produit αβ divise k. En conclusion,
l’ordre de ab est αβ.

Solution de l’exercice 3.5. On suppose ℓ > 1, sinon l’exercice est immédiat.


1. Dans la démonstration du théorème 3.6, on a vu que

{k ∈ Z | xk = 1G } = ord(x)Z,

qui est l’ensemble des multiples de ord(x). Cela montre que ord(x) est
le plus petit entier ≥ 1, pour la divisibilité, vérifiant xord(x) = 1G . Par
conséquent x est d’ordre ℓ si et seulement si

xℓ = 1G et ∀d | ℓ, d 6= ℓ : xd 6= 1G .

2. Soit d un diviseur de ℓ et d =
6 ℓ. On peut donc écrire ℓ = dqk où q est un
nombre premier divisant ℓ et k ∈ N. Alors

xd = 1G =⇒ (xd )k = 1G =⇒ x q = 1G .

Donc il suffit que le critère de la question précédente soit satisfait pour


tous les diviseurs de la forme pℓ où p est premier divisant ℓ.
3. Avec le théorème 3.4, les conditions sont :

x 6= 1G , x2 6= 1G , x3 6= 1G , . . . , x11 6= 1G , x12 = 1G .

Avec la question 1, les conditions sont :

∀d ∈ {1, 2, 3, 4, 6}, xd 6= 1 et x12 = 1G .

Avec la question 2, les conditions sont :

x4 6= 1G , x6 6= 1G , x12 = 1G .
154

Solution de l’exercice 3.6. Posons G = (Z/12Z, +). Calculer l’ordre de k ∈ G


revient à trouver le plus petit entier n ≥ 1 tel que nk = 0 c’est-à-dire tel que
12 divise nk dans Z. On peut faire ces calculs à la main mais on peut aussi
invoquer la troisième question de l’exercice 3.4, en les traduisant en notation
12
additive : l’élément a = 1 est d’ordre additif 12 donc l’ordre de k est .
pgcd(12, k)
On obtient les résultats suivants :

élément 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11
ordre 1 12 6 4 3 12 2 12 3 4 6 12.

Pour déterminer les sous-groupes de G, on procède comme dans l’exercice 2.10.


Commençons par déterminer ceux engendrés par un élément :

h0i = {0},
h1i = G = h5i = h7i = h11i,
h2i = {0, 2, 4, 6, 8, 10} = h10i,
h3i = {0, 3, 6, 9} = h9i,
h4i = {0, 4, 8} = h8i,
h6i = {0, 6}.

Ensuite on montre par des calculs que tout sous-groupe de G engendré par au
moins deux éléments distincts fait déjà partie de la liste : par exemple h2, 4i = h2i,
h2, 3i = G, et ainsi de suite. La liste des sous-groupes est donc complète.
Remarque. On constate que ces sous-groupes sont tous cycliques. Plus générale-
ment nous verrons dans l’exercice 3.8) que tout sous-groupe d’un groupe cyclique
est cyclique.

Solution de l’exercice 3.7. Tout morphisme de groupes f : (Z, +) → (Z/nZ, +)


vérifie f (m) = f (m · 1) = mf (1) pour tout m ∈ Z. Réciproquement, fixons
a ∈ Z/nZ alors on vérifie aisément que

Z −→ Z/nZ
m 7−→ ma = ma

est un morphisme de groupes (f (m+m′ ) = (m + m′ )a = ma + m′ a = ma+m′ a =


f (m)+f (m′ )). En conclusion, les morphismes de groupes de (Z, +) dans (Z/nZ, +)
sont ceux de la forme m 7→ ma avec a fixé dans Z/nZ.
De même, comme (Z/nZ, +) est cyclique engendré par 1, tout morphisme
f : (Z/nZ, +) → (Z, +) est déterminé par l’image de 1 : pour tout m ∈ Z, on
a f (m) = mf (1). Mais si on prend m = n, on obtient f (m) = f (0) = 0 car
l’élément neutre a pour image l’élément neutre par f . Donc on a f (1) = 0 : le
seul morphisme de groupes de (Z/nZ, +) dans (Z, +) est le morphisme nul.

Solution de l’exercice 3.8. Soient G un groupe cyclique, a un générateur de


G et H un sous-groupe de G distinct de {1G }.
155

1. Comme H = 6 {1G }, H contient un élément non trivial. Le groupe G étant


engendré par a, cet élément est de la forme ak avec k ∈ {1, . . . , n − 1}
où n = ord(G). Ainsi l’ensemble d’entiers naturels {m ≥ 1 | am ∈ H}
est non vide. Il possède un plus petit élément, qu’on note encore m par
commodité.
2. Montrons que H = ham i. L’inclusion ⊃ est immédiate car am ∈ H.
Réciproquement soit x un élément de H. Comme G est engendré par a,
on peut écrire x = ak avec k ∈ Z. La division euclidienne de k par m
est k = mq + r avec 0 ≤ r < m d’où ak = (am )q ar . Comme am ∈ H et
ak ∈ H, on en déduit ar = ak (am )−1 ∈ H. La minimalité de m entraîne
que r = 0 donc x = amq ∈ ham i.
!
0 1
Solution de l’exercice 3.9. Le sous-groupe H est engendré par C = .
−1 0
! !
−1 0 0 −1
Or on a C2 = , C3 = et C 4 = id, autrement dit C est
0 −1 1 0
!
a b
d’ordre 4. Ainsi H = {id, C, C 2 , C 3 }. Si A = est dans G, les éléments de
c d
sa classe à gauche AH modulo H sont :
! !
−b a 2 3 b −a
A, AC = , AC = −A, AC = .
−d c d −c
!
a b
De même, si A = est dans G, les éléments de sa classe à droite HA
c d
modulo H sont donc
! !
c d 2 3 −c −d
A, CA = , C A = −A, C A= .
−a −b a b
!
1 1
Le sous-groupe K est engendré par D = . On vérifie aisément par
0 1
! !
1 n a b
récurrence que pour tout n ∈ N, la matrice Dn est . Donc si A =
0 1 c d
est dans G,!les éléments de sa classe à gauche AK modulo K sont les ADn =
a b + na
. De même les éléments de sa classe à droite KA modulo K sont les
c d + nc
!
a + cn b + nd
Dn A = .
c d

Solution de l’exercice 3.10. Soient H et K deux sous-groupes d’un groupe


G, d’ordres premiers entre eux. Alors H ∩ K est un sous-groupe de H, et aussi
de K. Par le théorème de Lagrange, l’ordre de H ∩ K divise à la fois l’ordre de
H et celui de K. Comme ils sont premiers entre eux, on en déduit que H ∩ K est
d’ordre 1, c’est-à-dire H ∩ K = {1G }.
156

Solution de l’exercice 3.11. 1. Soit G un groupe d’ordre 4. Par le théo-


rème de Lagrange, ses éléments sont d’ordre 1 (c’est l’élément neutre), 2
ou 4. S’il existe un élément d’ordre 4, il engendre G qui est donc cyclique
et G ≃ (Z/4Z, +) (voir proposition 3.17 et théorème 3.19). Supposons
maintenant que tout élément distinct de 1G est d’ordre 2 : on a donc
G = {1G , a, b, c} où les éléments sont deux à deux distincts et a, b, c sont
d’ordre 2. On a alors ab = 6 1G (sinon a = b−1 = b, ce qui est impossible),
ab 6= a (car b =6 1G ) et ab =6 b (même argument). Donc on a ab = c d’où
G = {1G , a, b, ab}. De même on montre que ba = ab par élimination. La
table de Cayley de G est donc :

G 1G a b ab
1G 1G a b ab
a a 1G ab b
b b ab 1G a
ab ab b a 1G

Elle s’identifie à celle de (Z/2Z × Z/2Z, +) :

(Z/2Z × Z/2Z, +) (0, 0) (1, 0) (0, 1) (1, 1)


(0, 0) (0, 0) (1, 0) (0, 1) (1, 1)
(1, 0) (1, 0) (0, 0) (1, 1) (0, 1)
(0, 1) (0, 1) (1, 1) (0, 0) (1, 0)
(1, 1) (1, 1) (0, 1) (1, 0) (0, 0)

Donc G est isomorphe à V = (Z/2Z × Z/2Z, +).


2. Les ordres des éléments du groupe additif V sont :

élément (0, 0) (1, 0) (0, 1) (1, 1)


ordre 1 2 2 2

Il n’y a aucun élément d’ordre 4 donc V n’est pas cyclique. En particulier


V n’est pas isomorphe à (Z/4Z, +) (les isomorphismes conservent le fait
d’être cyclique).
3. Non : 4 divise l’ordre de V mais V ne contient pas d’élément d’ordre 4
par le tableau précédent.
Solution de l’exercice 3.12. Soit G un groupe de cardinal au moins deux et
dont les seuls sous-groupes sont {1G } et G (noter que l’énoncé ne suppose pas G
fini). Alors G possède un élément x d’ordre > 1. Par hypothèse, le sous-groupe
hxi, qui ne peut être égal à {1G }, est donc G tout entier. Cela montre que G est
monogène.
Supposons G infini. D’après le théorème 3.19, G est isomorphe à (Z, +). Or
(Z, +) possède une infinité de sous-groupes non triviaux : les mZ avec m ∈ N. Cela
contredit l’hypothèse. Donc G est fini c’est-à-dire finalement cyclique. Notons n
son ordre. Il reste à montrer que n est premier.
Rappelons que
G = hxi = {1G , x, . . . , xn−1 }.
157

n
D’après l’exercice 3.4 l’ordre de xk est . Or le même raisonnement que
pgcd(n, k)
précédemment montre que tout élément de G distinct de 1G engendre G, donc
est d’ordre n. On en déduit :

∀k ∈ {1, . . . , n − 1}, pgcd(n, k) = 1.

Cela implique que n est premier.

Solution de l’exercice 3.13. Soit G un groupe d’ordre 6.


1. Si G est cyclique, il possède au moins un élément g d’ordre 6 par la
proposition 3.17. Alors g 2 est d’ordre 3 car (g 2 )3 = 1G et g 2 = 6 1G .
Supposons maintenant G non cyclique. Il n’a donc aucun élément d’ordre
6. Par le théorème de Lagrange tous ses éléments, sauf le neutre, sont
d’ordre 2 ou 3. Raisonnons maintenant par l’absurde en supposant qu’ils
sont tous d’ordre 2. D’après l’exercice 2.1, le groupe G est abélien. Soient
a, b deux éléments de G distincts et d’ordre 2. Alors le sous-groupe engendré
par a et b est {1G , a, b, ab} puisque ab = ba. Donc G contient un sous-
groupe d’ordre 4. Cela contredit le théorème de Lagrange. Ainsi G possède
au moins un élément d’ordre 3. On note x un tel élément.
2. Si G est cyclique, alors g 3 est d’ordre 2 car (g 3 )2 = 1G et g 3 = 6 1G .
Supposons maintenant G non cyclique. Il n’a donc aucun élément d’ordre 6.
Par le théorème de Lagrange tous ses éléments, sauf le neutre, sont d’ordre
2 ou 3. Raisonnons maintenant par l’absurde en supposant qu’ils sont tous
d’ordre 3. Soient a, b deux éléments de G distincts et d’ordre 3. Alors G
contient 1G , a, a2 , b, b2 qui sont deux à deux distincts. Pour des raisons de
cardinal, on a donc
G = {1G , a, a2 , b, b2 , c}

avec c ∈ G distinct des précédents. De plus c est nécessairement d’ordre 3.


Mais G doit aussi contenir c2 . On vérifie par un calcul direct que c2 est
distinct de 1G , a, a2 , b, b2 , c, ce qui est impossible. Ainsi G possède au
moins un élément d’ordre 2. On note y un tel élément.
3. Le groupe G contient 1G , x, x2 , y qui sont distincts deux à deux. On peut
compléter cette liste en considérant xy et x2 y : en effet on vérifie que ces
éléments sont distincts des précédents (par exemple xy = y entraînerait
x = 1G , etc.) Ainsi G = {1G , x, x2 , y, xy, x2 y}. En particulier G = hx, yi.
4. Supposons G abélien. Comme xy = yx avec x d’ordre 3 et y d’ordre 2
premiers entre eux, la question 5 de l’exercice 3.4 montre que xy est
d’ordre 6. Donc G est cyclique et engendré par xy. D’après le théorème
de classification des groupes cycliques, G est isomorphe à (Z/6Z, +).
5. Supposons G non abélien. On a yx = 6 1G (sinon x = y, ce qui est impos-
sible), yx =
6 x (sinon y = 1G , ce qui est impossible), yx = 6 x2
6 y et yx =
(pour des raisons similaires). On en déduit que yx vaut xy ou x2 y. Mais
comme G = hx, yi est non abélien, on a nécessairement yx = x2 y. On peut
158

compléter alors la table de Cayley de G :


G 1G x x2 y xy x2 y
1G 1G x x2 y xy x2 y
x x x 2 1G xy x2 y y
x2 x2 1G x x2 y y xy
y y x y xy 1G x2
2 x
xy xy 2
y x y x 1G x2
x2 y 2
x y xy y x 2 x 1G .
C’est la table de Cayley du groupe symétrique S3 , en identifiant x au
3-cycle (1, 2, 3) et y à la transposition (1, 2). Donc G ≃ S3 .
6. Les groupes (Z/6Z, +) et S3 ne sont pas isomorphes car le premier est
abélien et le second ne l’est pas (les isomorphismes conservent le fait d’être
abélien).
Remarque. Dans l’exercice 5.13, nous montrerons plus généralement (et avec plus
de facilité, du fait des outils plus puissants utilisés) le théorème de classification
suivant : tout groupe d’ordre 2p avec p premier > 2 est isomorphe à (Z/2pZ, +)
ou au groupe diédral Dp .
Solution de l’exercice 3.14. Soit m et n deux entiers non nuls et premiers
entre eux. Posons dans (Z/mnZ, +) :
a = (m mod mn) et b = (n mod mn)
la classe de a, resp. b, modulo mn. Alors il est clair que a est d’ordre n et b
est d’ordre m dans (Z/mnZ, +). Soient H1 = hai et H2 = hbi, sous-groupes de
Z/mnZ.
— Le groupe H1 est isomorphe à (Z/nZ, +) puisqu’ils sont tous les deux
cycliques d’ordre n. De même H2 est isomorphe à (Z/mZ, +).
— Comme m et n sont premiers entre eux, on a H1 ∩ H2 = {0} d’après
l’exercice 3.10.
— Pour tous h1 ∈ H1 et h2 ∈ H2 on a h1 + h2 = h2 + h1 car (Z/mnZ, +) est
abélien.
— Montrons enfin que Z/mnZ = H1 + H2 = {h1 + h2 | h1 ∈ H1 , h2 ∈ H2 }.
Considérons l’application (qui n’est pas un morphisme de groupes !)
H1 × H2 −→ H1 + H2
(x, y) 7−→ x + y.
Par construction, elle est surjective. Elle est injective : en effet si x + y =
x′ +y ′ avec x, x′ dans H1 et y, y ′ dans H2 alors −x′ +x = y ′ −y ∈ H1 ∩H2 =
{0} d’où x′ = x et y ′ = y par ce qui précède. Elle est donc bijective. En
particulier H1 + H2 est de cardinal nm. Comme c’est un sous-ensemble
de Z/mnZ, qui est de même cardinal, on en déduit Z/mnZ = H1 + H2 .
On peut donc appliquer le critère du théorème 2.44 : le groupe (Z/mnZ, +) est
isomorphe à Z/mZ × Z/nZ.
Remarque. Nous revisiterons cet énoncé au chapitre 6 dans le cadre du théorème
chinois, en prenant en compte une loi supplémentaire de multiplication sur ces
ensembles.
Corrigé des exercices du
chapitre 4

Solution de l’exercice 4.1. Soit GL+ n (R) l’ensemble des matrices de GLn (R)
de déterminant strictement positif. Il est contenu dans GLn (R) et contient la
matrice identité. De plus pour toutes matrices M, N dans GL+n (R) on a

det(M N −1 ) = det(M ) det(N −1 ) = det(M ) det(N )−1

qui est strictement positif comme produit de deux réels de R∗+ . Donc M N −1
appartient à GL+ +
n (R). Cela prouve que GLn (R) est un sous-groupe de (GLn (R), ·).
Montrons qu’il est normal dans GLn (R). D’après la proposition 4.1, il s’agit de
montrer que toute matrice M ∈ GLn (R) satisfait M GL+ n (R)M
−1 ⊂ GL+ (R). Or
n
si N ∈ GL+n (R), la matrice M N M
−1 est de déterminant det(M ) det(N ) det(M )−1 =

det(N ) > 0 donc M N M −1 ∈ GL+ n (R). Cela démontre l’inclusion souhaitée, et le


fait que GL+n (R) est normal dans GLn (R).

Solution de l’exercice 4.2. 1. Comme (R, +) est un groupe abélien, tous


ses sous-groupes sont normaux. C’est donc le cas de (Z, +).
2. Soient x, y dans R. Alors x et y sont équivalents modulo Z si et seulement
si x − y ∈ Z c’est-à-dire si et seulement si x et y ont même partie
fractionnaire (rappel : pour x ∈ R, la partie fractionnaire {x} est définie
comme {x} = x − ⌊x⌋ où ⌊x⌋ désigne la partie entière de x ; elle vérifie
0 ≤ {x} < 1). Donc on peut prendre comme système de représentants de
R/Z l’intervalle [0, 1[.

Solution de l’exercice 4.3. Soient G un groupe, H et K deux sous-groupes


de G avec H normal dans G. Montrons que KH est un sous-groupe de G. Il est
contenu dans G et contient 1G = 1G 1G . De plus, pour tous kh et k ′ h′ dans KH,
avec k, k ′ dans K et h, h′ dans H, on écrit

(kh)(k ′ h′ )−1 = khh′−1 k ′−1 = (kk ′−1 )(k ′ hk ′−1 )(k ′ h′−1 k ′−1 ).

De plus kk ′−1 ∈ K, k ′ hk ′−1 ∈ H et k ′ h′−1 k ′−1 ∈ H car H est normal dans G.


Donc (kh)(k ′ h′ )−1 appartient à KH. Cela montre que KH est un sous-groupe
de G.

Solution de l’exercice 4.4. La démarche usuelle pour construire un isomor-


phisme de G/H dans un groupe G′ est la suivante :

159
160

— on construit un morphisme de groupes f : G → G′ , approprié à la


situation, surjectif et de noyau H (il y a souvent une manière naturelle de
le construire) ;
— on passe f au quotient par H (théorème d’isomorphisme, corollaire 4.14).
1. Considérons l’application partie imaginaire :
f : (C, +) −→ (R, +)
x + iy 7−→ y.

C’est un morphisme de groupes : pour tous x + iy et x′ + iy ′ dans C avec


x, y, x′ , y ′ réels, on a

f ((x+iy)+(x′ +iy ′ )) = f (x+x′ +i(y+y ′ )) = y+y ′ = f (x+iy)+f (x′ +iy ′ ).

De plus f est surjectif car tout élément a ∈ R s’écrit f (ai) avec ai ∈ C.


Enfin le noyau de f est l’ensemble des nombres complexes x + iy tels que
y = 0 c’est-à-dire Ker f = R. On en déduit par passage au quotient un
isomorphisme C/ Ker f ≃ Im f c’est-à-dire (C/R, +) ≃ (R, +).
2. Dans cette question, il n’y a pas de groupe quotient : il est inutile d’invoquer
le théorème d’isomorphisme. Considérons l’application exponentielle réelle :
exp : (R, +) −→ (R∗+ , ·)
x 7−→ exp(x),
bien définie car à valeurs dans R∗+ . C’est un morphisme de groupes :
pour tous x, y réels on a exp(x + y) = exp(x) exp(y). Elle est surjective :
en effet pour tout a ∈ R∗+ , on peut considérer le nombre réel ln(a) et
alors a = exp(ln(a)). Enfin elle est injective car la seule solution réelle de
l’équation exp(x) = 1 est x = 0. Ainsi exp est un isomorphisme.
3. Considérons l’application exponentielle complexe :
g : (R, +) −→ (U, ·)
x 7−→ exp(ix).
Elle est bien à valeurs dans U , le groupe des nombres complexes de
module 1. C’est un morphisme de groupes car pour tous x, y réels on a
g(x + y) = exp(i(x + y)) = exp(ix + iy) = exp(ix) exp(iy) = g(x)g(y).
De plus g est surjectif car tout nombre complexe de module 1 est de
la forme exp(iθ) avec θ ∈ R. Enfin le noyau de g est Ker g = {x ∈ R |
exp(ix) = 1} = 2πZ. Par passage au quotient, on en déduit l’isomorphisme
(R/2πZ, +) ≃ (U, ·).
4. Tout nombre complexe non nul z s’écrit z = ru avec (r, u) unique dans
R∗+ × U . On a donc une bijection

h : C∗ −→ R∗+ × U
z 7−→ (r, u).

De plus h est un morphisme de groupes multiplicatifs : pour tous z, z ′


dans C d’écritures polaires z = ru et z ′ = r′ u′ on a h(zz ′ ) = h(rur′ u′ ) =
161

h(rr′ uu′ ) = (rr′ , uu′ ) = (r, u)(r′ , u′ ) = h(z)h(z ′ ). Donc h est un isomor-
phisme de groupes C∗ ≃ R∗+ × U . Par la question précédente, on en déduit
(C∗ , ·) ≃ (R∗+ , ·) × (R/2πZ, +).

Solution de l’exercice 4.5. 1. Rappelons que le groupe alterné An est


d’ordre n!/2. Donc A3 est d’ordre 3. Comme 3 est premier, l’argument
(classique et à connaître) de l’exemple 4.18 assure que ce groupe est simple.
2. Énumérons les 12 éléments de A4 en écrivant leurs décompositions en
cycles à supports deux à deux disjoints (s’aider au besoin de l’exercice 1.2) :

id,
(1, 2)(3, 4), (1, 3)(2, 4), (1, 4)(2, 3),
(1, 2, 3), (1, 3, 2), (2, 3, 4), (2, 4, 3), (3, 4, 1), (3, 1, 4), (4, 1, 2), (4, 2, 1).

Les doubles transpositions (c’est-à-dire les produits de deux transpositions


à supports disjoints) sont d’ordre 2 : on le vérifie à la main ou en utilisant
la proposition 3.8. Les 3-cycles sont d’ordre 3. Considérons le sous-groupe
H engendré par la partie {(1, 2)(3, 4), (1, 3)(2, 4), (1, 4)(2, 3)}. Un calcul
montre que

H = {id, (1, 2)(3, 4), (1, 3)(2, 4), (1, 4)(2, 3)}.

Prouvons que H est normal dans A4 . Il s’agit de montrer que, pour tout
σ ∈ A4 , on a σHσ −1 ⊂ H. D’après la liste des éléments de A4 , distinguons
deux cas :
— si σ ∈ H alors il est clair que σHσ −1 ⊂ H ;
— sinon, σ est un 3-cycle ; mais d’après le deuxième point de la proposi-
tion 1.15, on peut écrire pour toute double transposition (a, b)(c, d) :

σ(a, b)(c, d)σ −1 = σ(a, b)σ −1 σ(c, d)σ −1 = (σ(a), σ(b))(σ(c), σ(d)).

avec (σ(a), σ(b)) et (σ(c), σ(d)) transpositions à supports disjoints.


Donc σ(a, b)(c, d)σ −1 est encore une double transposition (on aurait
pu aussi le démontrer en utilisant le résultat de l’exercice 1.8). Cela
entraîne que σ(a, b)(c, d)σ −1 appartient à H.
On a ainsi l’inclusion voulue. Le sous-groupe H est normal dans G mais
non trivial. Le groupe A4 n’est donc pas simple.

Solution de l’exercice 4.6. Soit G un groupe abélien d’ordre 8.


1. D’après le théorème de Lagrange, les éléments de G peuvent être d’ordre 1
(le neutre), 2, 4 ou 8.
2. On suppose qu’il existe un élément d’ordre 8 dans G. Le sous-groupe
engendré par cet élément est d’ordre 8. Par égalité des cardinaux, on en
déduit que cet élément engendre G (voir aussi la proposition 3.17). Par le
théorème de classification des groupes cycliques, on a donc G ≃ (Z/8Z, +).
3. On suppose qu’il n’existe pas d’élément d’ordre 8 dans G mais qu’il existe
un élément a d’ordre 4. Soit b ∈ G − hai.
162

(a) On a G = {1G , a, a2 , a3 , b, ab, a2 b, a3 b} : en effet comme a est d’ordre 4


et b ∈/ hai, on peut vérifier que tous ces éléments sont deux à deux
distincts ; étant donné qu’il y en a 8, ils forment G tout entier. Cela
montre que G = ha, bi. Par hypothèse, l’ordre de b est 2 ou 4. S’il est
d’ordre 2 alors b2 = 1G . Supposons b d’ordre 4. On a b2 6= ab, b2 = 6 a2 b
2 3
et b 6= a b (sinon b serait dans le sous-groupe engendré par a, ce qui a
été exclu). Vu la liste des éléments de G, on en déduit b2 ∈ {a, a2 , a3 }.
Or b étant d’ordre 4, b2 est d’ordre 2 (on le démontre à la main ou on
utilise l’exercice 3.4). De plus a étant d’ordre 4, l’élément a3 = a−1 est
aussi d’ordre 4 (même référence). On en déduit b2 = a2 .
(b) Si b2 = 1G alors b est d’ordre 2 ; en posant c = b alors c convient. Si
b2 = a2 , on a abab = a2 b2 = a4 = 1G car G est abélien. On vérifie aussi
que ab n’appartient pas à hai. On pose alors c = ab et c convient.
(c) Comme a (resp. c) est d’ordre 4 (resp. 2), le sous-groupe hai (resp. hci)
est cyclique d’ordre 4 (resp. 2) donc isomorphe au groupe additif Z/4Z
(resp. Z/2Z). Montrons que G ≃ Z/4Z × Z/2Z en appliquant le critère
du produit direct (théorème 4.23 ou 2.44).
— Les sous-groupes hai et hci sont normaux dans G car G est abélien.
— On a hai ∩ hci = {1G } car c n’appartient pas à hai.
— Comme c ∈ / hai, le même raisonnement qu’à la question 3a montre
que G = ha, ci et même que G = haihci.
Par le critère, on conclut que G ≃ Z/4Z × Z/2Z.
4. On suppose que tous les éléments de G distincts de 1G sont d’ordre 2. Soit
a 6= 1G dans G. Par cardinalité, il existe b dans G qui est distinct de 1G et
de a. Les éléments 1G , a, b, ab sont deux à deux distincts. Par cardinalité
encore, il existe un élément c dans G − {1G , a, b, ab}. On en déduit
G = {1G , a, b, ab, c, ac, bc, abc},
les éléments de cet ensemble étant deux à deux distincts et au nombre
de 8. Le groupe G est abélien et les éléments a, b, c sont d’ordre 2. Cela
permet d’écrire sa table de Cayley (par abélianité, on ne remplit que la
moitié supérieure du tableau) :
G 1G a b ab c ac bc abc
1G 1G a b ab c ac bc abc
a 1G ab b ac c abc bc
b 1G a bc abc c ac
ab 1G abc bc ac c
c 1G a b ab
ac 1G ab b
bc 1G a
abc 1G .
On constate que c’est la table de Z/2Z × Z/2Z × Z/2Z. Donc ces deux
groupes sont isomorphes. On pouvait aussi considérer l’application
Z/2Z × Z/2Z × Z/2Z −→ G
(i, j, k) 7−→ ai bj ck
163

et vérifier que c’est un isomorphisme de groupes.


Solution de l’exercice 4.7. Soit D4 un groupe diédral à 8 éléments, de géné-
rateurs r et s avec r d’ordre 4, s d’ordre 2 et rsrs = 1. On a donc

D4 = {1, r, r2 , r3 , s, sr, sr2 , sr3 }.

On pose K = hsi ⊂ H = hs, r2 i.


Le sous-groupe K = {1, s} est d’ordre 2. Déterminons les éléments de H.
L’élément r2 est d’ordre 2. Comme on a srk = r−k s pour tout k ∈ Z, on peut
montrer que r2 s est d’ordre 2 et r2 s = sr2 d’où

H = hs, r2 i = {1, s, r2 , r2 s}.

Ainsi H est d’ordre 4. En particulier l’indice de K dans H est ord(H)/ ord(4) = 2.


D’après la proposition 4.5, K est normal dans H. De même l’indice de H dans
D4 est ord(D4 )/ ord(H) = 8/4 = 2 donc H est normal dans D4 .
Montrons que K n’est pas normal dans D4 . Pour cela, considérons l’élément
rsr−1 ; il vaut
rsr−1 = rsr3 = rr−3 s = r−2 s = r2 s.
Cet élément n’appartient pas à K car sinon on en déduirait r2 ∈ hsi = {1, s}, ce
qui est impossible. Cela prouve que K n’est pas normal dans D4 .
Solution de l’exercice 4.8. Soit H un sous-groupe normal d’un groupe G.
Notons π : G → G/H la surjection canonique.
1. Soit ϕ un automorphisme de G vérifiant ϕ(H) = H. On construit le
morphisme cherché Φ en appliquant le théorème de factorisation (théo-
rème 4.12) à un morphisme de groupes bien choisi, qui, d’après le contexte,
doit aller de G dans G/H. Posons f = π ◦ ϕ. C’est le morphisme de
groupes G → G/H qui envoie x sur ϕ(x)H. Il est surjectif car π et ϕ le
sont. De plus son noyau est l’ensemble des x ∈ G tels que ϕ(x)H = H
c’est-à-dire ϕ(x) ∈ H. Comme ϕ(H) = H et ϕ est bijectif, cela équivaut à
x ∈ H d’où finalement Ker f = H. En passant f au quotient, on obtient un
isomorphisme de groupes Φ : G/H → G/H c’est-à-dire un automorphisme
de G/H, qui satisfait Φ ◦ π = f = π ◦ ϕ. De plus ce morphisme est unique
d’après le théorème de factorisation.
2. On note Fix(H) le sous-ensemble des automorphismes ϕ ∈ Aut(G) véri-
fiant ϕ(H) = H. Il contient l’automorphisme identité. Si ϕ, ψ sont deux
automorphismes de G vérifiant ϕ(H) = H et ψ(H) = H alors on a
(ϕ ◦ ψ −1 )(H) = ϕ(H) = H d’où ϕ ◦ ψ −1 ∈ Fix(H). Ainsi Fix(H) est un
sous-groupe de (Aut(G), ◦).
3. Inspirés par la première question, définissons une application u : Fix(H) →
Aut(G/H) en associant à ϕ ∈ Fix(H) l’unique morphisme Φ : G/H →
G/H tel que Φ ◦ π = π ◦ ϕ. Nous devons maintenant montrer que u est
un morphisme de groupes. Soit ϕ, ϕ′ deux éléments de Fix(H). On veut
montrer que
u(ϕ) ◦ u(ϕ′ ) = u(ϕ ◦ ϕ′ ).
164

Par définition, u(ϕ ◦ ϕ′ ) est l’unique morphisme tel que u(ϕ ◦ ϕ′ ) ◦ π =


π◦ϕ◦ϕ′ . Par définition de u, on sait que u(ϕ)◦π = π◦ϕ et u(ϕ′ )◦π = π◦ϕ′ .
On a alors u(ϕ) ◦ u(ϕ′ ) ◦ π = u(ϕ) ◦ π ◦ ϕ′ = π ◦ ϕ ◦ ϕ′ . On a donc
u(ϕ ◦ ϕ′ ) = u(ϕ) ◦ u(ϕ′ ), ce qu’on voulait montrer.

Solution de l’exercice 4.9. Soient G un groupe, H un sous-groupe normal de


G et K un sous-groupe de G.
1. Comme K ⊳ G, on munit l’ensemble G/K de sa structure de groupe
quotient (théorème 4.8). Considérons le morphisme de groupes

f : G −→ G/K
x 7−→ xK.

Son noyau est K, qui contient H, donc d’après le théorème 4.12, on peut
factoriser f en le morphisme de groupes

f : G/H −→ G/K
xH 7−→ xK.

Comme f est surjective, f l’est aussi d’après le corollaire 4.14. De plus le


noyau de f est

Ker f = {xH ∈ G/H | xK = K} = {xH ∈ G/H | x ∈ K} = π(K) = K/H.

En utilisant le théorème d’isomorphisme (corollaire 4.14), on conclut que


f se factorise en un isomorphisme de groupes (G/H)/(K/H) ≃ G/K.
2. (a) D’après l’exercice 4.3 et compte tenu des hypothèses, KH est un
sous-groupe de G.
Montrons que H ∩ K est un sous-groupe normal de K. C’est déjà un
sous-groupe de G, donc un sous-groupe de K. Soit x ∈ K et montrons
que x(H ∩ K)x−1 ⊂ H ∩ K. Il est immédiat que x(H ∩ K)x−1 ⊂ K.
De plus on a x(H ∩ K)x−1 ⊂ xHx−1 = H car H est normal dans G.
On en déduit x(H ∩ K)x−1 ⊂ H ∩ K d’où la normalité.
Montrons que H est un sous-groupe normal de KH. Il est clair que H
est un sous-groupe de KH : en effet, il est contenu dans KH (écrire
h = 1G h pour tout h ∈ H) et c’est un groupe. Il reste à montrer que
pour tout kh ∈ KH on a khH(kh)−1 ⊂ H. Pour tout x ∈ H on écrit

khx(kh)−1 = khxh−1 k −1 .

Or hxh−1 ∈ H car H est normal dans G. On en déduit k(hxh−1 )k −1 ∈


H, ce qu’il fallait montrer.
(b) Comme dans la question 1, il s’agit de construire l’isomorphisme cherché
en factorisant un morphisme de groupes approprié. Considérons le
morphisme de groupes

f : K −→ KH/H
k 7−→ kH
165

obtenu en composant l’inclusion K → KH, k 7→ k = k1G avec la


surjection canonique KH → KH/H. Le morphisme f est surjectif : en
effet tout élément de KH/H est de la forme khH avec k ∈ K et h ∈ H ;
mais comme h ∈ H on a khH = k(hH) = kH donc khH = f (k). Par
ailleurs le noyau de f est l’ensemble des k ∈ K tels que kH = H
(l’élément neutre de KH/H), c’est-à-dire l’ensemble des éléments de
K qui appartiennent à H, autrement dit Ker f = K ∩ H. Par le
théorème d’isomorphisme du cours, on en déduit par factorisation de f
un isomorphisme de groupes entre K/ Ker f et Im f c’est-à-dire entre
K/(K ∩ H) et KH/K.
Remarque. Voici une manière de représenter graphiquement la conclusion de
l’isomorphisme K/(H ∩ K) ≃ KH/H :

GO

KH
; c

Kc ;H

H ∩K
où les flèches → représentent des inclusions.
Solution de l’exercice 4.10. Soient Γ = {z ∈ C∗ | ∃n ∈ N, n ≥ 1, z n = 1} et
U le groupe multiplicatif des nombres complexes de module 1.
1. L’ensemble Γ est contenu dans U : en effet si z n = 1 alors 1 = |z n | = |z|n , ce
qui entraîne |z| = 1 d’où z ∈ U . De plus Γ est non vide puisqu’il contient 1.
Soient z et z ′ dans Γ. Il existe n et n′ dans N − {0} tels que z n = 1
′ ′ ′ ′ ′
et (z ′ )n = 1. Alors on a (z ′ )−n = 1 d’où (zz ′−1 )nn = z nn (z ′−1 )nn =
′ ′
(z n )n (z ′−n )n = 1 · 1 = 1, ce qui prouve que zz ′−1 appartient à Γ. Ainsi Γ
est un sous-groupe de (U, ·)
2. Soit z ∈ Γ. Comme z est un nombre complexe de module 1, il s’écrit
z = eiθ avec θ ∈ R. De plus il existe n ∈ N, n ≥ 1, tel que z n = 1 c’est-
à-dire eiθn = 1. On en déduit qu’il existe k ∈ Z tel que θn = 2kπ donc
θ = 2kπ/n, ce qu’il fallait démontrer.
3. Considérons l’application
f : Q −→ Γ
2iπk
k
n 7−→ e
n

c’est-à-dire définie par f (α) = e2iπα . Pour tous α, β dans Q, on a

f (α + β) = e2iπ(α+β) = e2iπα e2iπβ = f (α)f (β).

Donc f est un morphisme de groupes de (Q, +) dans (Γ, ·). D’après la


question précédente, f est surjectif. Déterminons Ker f : c’est l’ensemble
166

de α ∈ Q tels que e2iπα = 1 c’est-à-dire tels que 2πα est de la forme 2πk
avec k ∈ Z. Autrement dit Ker f est contenu dans Z, et même égal à Z,
l’autre inclusion étant immédiate. Par le théorème d’isomorphisme du
cours (corollaire 4.14) appliqué à f , on conclut que (Q/Z, +) ≃ (Γ, ·).
4. Considérons l’application suivante, inspirée de f ,

R −→ U
α 7−→ e2iπα .

On démontre que c’est un morphisme de groupes de (R, +) dans (U, ·)


(vérification laissée au lecteur). Par factorisation (comme dans la question 3
de l’exercice 4.4), on obtient un isomorphisme de groupes (R/Z, +) ≃ (U, ·).
5. Les isomorphismes (Q/Z, +) ≃ (Γ, ·) et (R/Z, +) ≃ (U, ·) que nous avons
construits sont tous les deux induits par le même morphisme α 7→ e2iπα .
En particulier, la restriction de l’isomorphisme (R/Z, +) ≃ (U, ·) au sous-
groupe Q/Z de R/Z donne précisément l’isomorphisme (Q/Z, +) ≃ (Γ, ·)
construit à la question 3. On en déduit :

U/Γ ≃ (R/Z)/(Q/Z)

Or d’après le deuxième théorème d’isomorphisme (question 2b de l’exer-


cice 4.9), on a aussi (R/Z)/(Q/Z) ≃ (R/Q, +). En conclusion, on a un
isomorphisme de groupes U/Γ ≃ (R/Q, +).

Solution de l’exercice 4.11. Posons a = (1, 2, 3) et b = (1, 2) dans le groupe


symétrique S3 . Le 3-cycle a est d’ordre 3 et la transposition b est d’ordre 2. De
plus un calcul donne

baba = (1, 2)(1, 2, 3)(1, 2)(1, 2, 3) = id.

Enfin montrons que S3 = ha, bi. Le sous-groupe ha, bi contient les éléments
distincts suivants :

id,
a = (1, 2, 3),
a2 = (1, 3, 2),
b = (1, 2),
ab = (1, 3),
a2 b = (2, 3).

Comme ce sont tous les éléments de S3 , on conclut que S3 = ha, bi. D’après la
proposition 4.28 et la définition 4.29, S3 est un groupe diédral d’ordre 6.
Remarque. En général, le groupe symétrique Sn n’est pas diédral.

Solution de l’exercice 4.12. Soit G un groupe non abélien d’ordre 8.


167

1. Par le théorème de Lagrange, les éléments de G distincts de 1G sont


d’ordre 2, 4 ou 8. S’il existe un élément d’ordre 8 alors G est cyclique
(voir l’argument de la question 2 de l’exercice 4.6) donc abélien, ce qui est
impossible. Si tous les éléments sont d’ordre 2 alors G est abélien (voir
l’exercice 2.1), ce qui est impossible. Donc il existe un élément a d’ordre 4
dans G.
2. Comme a est d’ordre 4, le sous-groupe hai est d’indice 2 dans G, donc
normal dans G d’après le cours.
3. Soit b ∈ G − {1G , a, a2 , a3 }. Il est facile de voir que

G = {1G , a, a2 , a3 , b, ab, a2 b, a3 b},

ces éléments étant deux à deux distincts et au nombre de 8. Ainsi on a


G = ha, bi.
4. L’élément b n’est pas d’ordre 8 (sinon G serait abélien car cyclique). Donc
par le théorème de Lagrange, b est d’ordre 2 ou 4. On en déduit que b2 est
d’ordre 1 ou 2. Si b2 est d’ordre 1 alors b2 = 1G . Supposons maintenant
b2 d’ordre 2. On ne peut pas avoir b2 = aj b (car b n’est pas dans le
sous-groupe engendré par a). De plus comme a est d’ordre 4, l’élément
a3 = a−1 est d’ordre 4. Donc, en regardant la liste des éléments de G, on
montre que b2 vaut a2 .
5. De manière générale, l’ordre de bab−1 est égal à celui de a (voir l’exer-
cice 3.4). Donc ici bab−1 est d’ordre 4. De plus ba n’est pas de la forme aj
/ hai. De la liste des éléments de G, on déduit ba ∈ {b, ab, a2 b, a3 b}.
car b ∈
Le premier cas est exclu (car a = 6 1G ), le deuxième entraînerait que G
est abélien, ce qui est impossible. Pour le troisième, si ba = a2 b alors
bab−1 = a2 est d’ordre 2, ce qui est impossible car on a montré qu’il est
d’ordre 4. Il ne reste que le dernier cas : ba = a3 b.
6. Supposons être dans le cas b2 = 1G . Alors b est d’ordre 2. Par ce qui
précède, G est engendré par deux éléments a et b avec a d’ordre 4, b d’ordre
2 et baba = a3 bba = a4 = 1G . D’après la proposition 4.28, G est un groupe
diédral D4 . Supposons maintenant que b2 = a2 . Alors G est engendré par
deux éléments a et b avec a d’ordre 4, b2 = a2 , ba = a3 b = a−1 b. Il est
isomorphe au groupe H de l’énoncé.
Montrons que D4 et H ne sont pas isomorphes. On a

H = {1H , α, α2 , α3 , β, αβ, α2 β, α3 β}.

En utilisant les propriétés de α et β, on peut montrer que H a un seul


élément d’ordre 2, α2 . Or on peut aussi voir que D4 possède 5 éléments
d’ordre 2. Donc D4 et H ne sont pas isomorphes (les isomorphismes de
groupes conservent l’ordre de chaque élément).

Solution de l’exercice 4.13. Soit H le sous-groupe de (GLn (K), ·) formé des


168

matrices  
λ

 1 

Aλ =  .. 

 . 

1
avec λ ∈ K ∗ et les coefficients en-dehors de la diagonale tous nuls. Noter que
Aλ est de déterminant λ et que Aλλ′ = Aλ Aλ′ . On sait que SLn (K) est normal
dans GLn (K). Par ailleurs il est clair que SLn (K) ∩ H = {I}. Montrons enfin que
GLn (K) = SLn (K)H. Pour cela, il suffit d’écrire, pour toute matrice M dans
GLn (K),
M = (M A 1 )Adet M
det M

car A 1 Adet M est la matrice identité. Or la matrice M A 1 est de déterminant


det M det M
det M · det1M = 1 donc elle appartient à SLn (K). On a donc montré que M
appartient à SLn (K)H. Cela prouve que GLn (K) = SLn (K)H. Par conséquent,
G est le produit semi-direct SLn (K) ⋊ H.
Si le produit est direct alors, d’après le cours, H est normal dans G. D’après la
démonstration du théorème 4.23, les éléments de SLn (K) et de H commuteraient
 
1 ... 1
entre eux. Mais c’est faux : un calcul montre que la matrice  . . . ...  ∈ SLn (K)
 

1
qui est triangulaire supérieure à coefficients égaux à 1, et la matrice A2 ∈ H ne
commutent pas. Donc le produit n’est pas direct.
Corrigé des exercices du
chapitre 5

Solution de l’exercice 5.1. Soit G un groupe agissant sur un ensemble X. Si


g ∈ G et x, y sont dans X, on a, en utilisant les axiomes d’une action,

g ⋆ x = g ⋆ y =⇒ g −1 ⋆ (g ⋆ x) = g −1 ⋆ (g ⋆ y)
=⇒ (g −1 g) ⋆ x = (g −1 g) ⋆ y
=⇒ 1G ⋆ x = 1G ⋆ y
=⇒ x = y.

Solution de l’exercice 5.2. Il est sous-entendu qu’on fait agir S3 sur {1, 2, 3}
de la manière usuelle c’est-à-dire par permutations (voir exemple 5.4.1). Les
éléments de S3 sont :

id, (1, 2), (1, 3), (2, 3), (1, 2, 3), (1, 3, 2).

L’orbite de 1 est {1, 2, 3} puisque la transposition (1, 2) (resp. (1, 3)) envoie 1
sur 2 (resp. 3). De même, les orbites de 2 et 3 sont {1, 2, 3}. Il n’y a donc qu’une
orbite. L’action est transitive.
Une permutation σ est dans le stabilisateur de 1 si et seulement si σ(1) = 1.
Donc le stabilisateur de 1 est {id, (2, 3)}. De même celui de 2 est {id, (13)}, et
celui de 3 est {id, (1, 2)}. Certains de ces stabilisateurs ne sont pas réduits à {id}
donc l’action n’est pas libre, et encore moins simplement transitive. Par contre,
l’intersection des stabilisateurs est {id} donc l’action est fidèle.

Solution de l’exercice 5.3. Soient G = {M ∈ GL2 (R) | det M = 1} et


H = {z ∈ C | Im(z) > 0}.
! !
a b az + b a b
1. Posons ⋆z = pour M = ∈ G et z ∈ H. On a, en
c d cz + d c d
multipliant par la quantité conjuguée,

az + b (az + b)(cz + d) ac|z|2 + bd + adz + bcz


M ⋆z = = =
cz + d |cz + d|2 |cz + d|2

d’où
(ad − bc) Im z Im z
Im(M ⋆ z) = = > 0.
|cz + d| 2 |cz + d|2

169
170

Donc le nombre complexe M ⋆ z appartient à H et! on a une application


1 0
G × H → H, (M, z) 7→ M ⋆ z. De plus on a ⋆ z = z et pour tous
0 1
M, M ′ dans G :
′ ′
′ a′ z + b′ a ac′ z+d
z+b
′ + b
M ⋆ (M ⋆ z) = M ⋆ ′ =
cz+d a
′ ′ z+b′
c c′ z+d′ + d
(aa′ + bc′ )z + ab′ + d′ b
= = (M M ′ ) ⋆ z
(a′ c + c′ d)z + cb′ + dd′
! !
az + b z
(on pouvait aussi remarquer que =M et utiliser l’associati-
cz + d 1
vité du produit matriciel). Ainsi ⋆ définit une action de G sur H.
ai + b
2. Le stabilisateur Gi de i est formé des matrices M ∈ G vérifiant i =
ci + d
c’est-à-dire b + c = (d − a)i. Comme a, b, c, d sont réels, cela équivaut à :
b + c = 0 et d − a = 0. Donc
( ! )
a b 2 2
Gi = | a, b ∈ R, a + b = 1 = SO2 (R).
−b a

C’est le groupe des matrices orthogonales directes en dimension 2 c’est-à-


dire des rotations de l’espace euclidien R2 .
!
a b
3. Soit M = ∈ G vérifiant, pour tout z ∈ H : M ⋆ z = z. Alors
c d
az + b
pour tout z ∈ H, on a = z c’est-à-dire cz 2 + (d − a)z + b = 0. Le
cz + d
polynôme cX 2 + (d − a)X + b de C[X] admet une infinité de racines dans
C (ce sont les éléments de H). Il est donc nul. On en déduit c = 0, a = d
et b = 0. Comme ad − bc = 1 il vient a2 = 1 i.e. a = ±1. L’intersection
des stabilisateurs est {I2 , −I2 }, où I2 désigne la matrice identité. L’action
n’est pas fidèle.
4. Pour voir que l’action est transitive, on montre que tout z ∈ ! H est dans
a b
l’orbite du nombre complexe i. Cela revient à trouver ∈ G telle
c d
ai + b
que z = . Écrivons z = x + iy avec x, y réels et y > 0. On constate
ci + d !
y x
que la matrice pourrait convenir, à ceci près qu’elle n’est pas de
0 1
déterminant 1. Cependant comme y > 0 on peut considérer la matrice
!
√y √x
y y
M=
0 √1
y
!
yi x √
qui est de déterminant 1 et vérifie M ⋆ i = √ +√ y = yi + x = z.
y y
Cela prouve la transitivité.
171

Solution de l’exercice 5.4. Notons G le groupe.


1. Pour la translation (g ⋆ x = gx), on a pour tous (g, g ′ ) ∈ G × G et x ∈ G :
1G ⋆x = 1G x = x et g⋆(g ′ ⋆x) = g⋆(g ′ x) = g(g ′ x) = gg ′ x = (gg ′ )⋆x (égalités
dans G). Donc le groupe agit sur lui-même par translation. Le stabilisateur
d’un élément x ∈ G est {g ∈ G | gx = x} = {g ∈ G | g = 1G } = {1G }
puisque x est inversible dans G. L’orbite de x ∈ G est G car pour tout
y ∈ G on peut écrire y = (yx−1 )x = (yx−1 ) ⋆ x ∈ G ⋆ x.
Pour la conjugaison (g ⋆ x = gxg −1 ), on a pour tous (g, g ′ ) ∈ G × G et
x ∈ G : 1G ⋆ x = 1G x1−1 ′ ′
G = x et g ⋆ (g ⋆ x) = g ⋆ (g xg
′−1 ) = gg ′ xg ′−1 g −1 =

(gg ′ )x(gg ′ )−1 = (gg ′ )⋆x. Donc le groupe agit sur lui-même par conjugaison.
Le stabilisateur d’un élément x ∈ G est {g ∈ G | gxg −1 = x} : c’est le
centralisateur de la partie {x}. L’orbite de x est l’ensemble des gxg −1 où
g parcourt G : c’est l’ensemble des conjugués de x dans G.
2. Pour l’action par translation, tous les stabilisateurs étant réduits au neutre,
l’action est libre. On a aussi vu qu’il n’y a qu’une seule orbite, donc l’action
est transitive d’où simplement transitive.
3. Notons S l’ensemble des sous-groupes de G. Il nous faut vérifier au préalable
que pour tout sous-groupe H de G et g ∈ G, l’ensemble gHg −1 est encore
un sous-groupe de G : en effet on a 1G = g1G g −1 ∈ gHg −1 et pour tous
gh1 g −1 et gh2 g −1 dans gHg −1 , on a
gh1 g −1 (gh2 g −1 )−1 = gh1 g −1 gh−1
2 g
−1
= gh1 h−1
2 g
−1
∈ gHg −1 .
En posant g ⋆ H = gHg −1 , on a donc g ⋆ H ∈ S.
Pour tous g, g ′ dans G et H ∈ S, on a 1G ⋆ H = 1G H1−1 G = H et
g ⋆(g ′ ⋆H) = g ⋆(g ′ H(g ′ )−1 ) = gg ′ H(g ′ )−1 g −1 = (gg ′ )H(gg ′ )−1 = (gg ′ )⋆H.
Cela montre que G agit sur S par conjugaison.
Solution de l’exercice 5.5. Comme x et y sont dans la même orbite, il existe
h ∈ G tel que y = h ⋆ x. Soit g ∈ G. On a alors
g ∈ Gy ⇔ g ⋆ y = y ⇔ g ⋆ (h ⋆ x) = h ⋆ x ⇔ (gh) ⋆ x = h ⋆ x
⇔ (h−1 gh) ⋆ x = x ⇔ h−1 gh ∈ Gx .
Ainsi on a Gy = hGx h−1 c’est-à-dire Gx = gGy g −1 en posant g = h−1 .
Solution de l’exercice 5.6. Soient ⋆ une action de G sur X et ϕ⋆ l’application
définie comme dans la proposition. D’abord pour tout g ∈ G, ϕ⋆ (g) est bien une
bijection de X : en effet il est facile de vérifier que l’application réciproque est
x 7→ g −1 ⋆ x. Montrons ensuite que ϕ⋆ est un morphisme de groupes. Pour tous
g, g ′ dans G et x ∈ X on a :
ϕ⋆ (gg ′ )(x) = (gg ′ ) ⋆ x = g ⋆ (g ′ ⋆ x) = g ⋆ (ϕ⋆ (g ′ )(x)) = ϕ⋆ (g) ◦ ϕ⋆ (g ′ )(x)
d’où ϕ⋆ (gg ′ ) = ϕ⋆ (g) ◦ ϕ⋆ (g ′ ).
Maintenant considérons un morphisme ϕ : G → SX et soit ⋆ϕ défini comme
dans la proposition : g ⋆ϕ x = ϕ(g)(x). Pour tous x ∈ X et g, g ′ dans G, on a
1G ⋆ϕ x = ϕ(1G )(x) = id(x) = x et
g ⋆ϕ (g ′ ⋆ϕ x) = g ⋆ϕ (ϕ(g ′ )(x)) = ϕ(g)(ϕ(g ′ )(x)) = ϕ(gg ′ )(x)
172

car ϕ est un morphisme de groupes. Ainsi ⋆ϕ définit une action de G sur X.


Enfin vérifions que les deux opérations sont réciproques l’une de l’autre. En
partant d’une action ⋆ de G sur X, on a pour tous x ∈ X et g ∈ G,

g ⋆(ϕ⋆ ) x = ϕ⋆ (g)(x) = g ⋆ x

et en partant d’un morphisme ϕ, on a pour tous x ∈ X et g ∈ G

ϕ(⋆ϕ ) (g)(x) = g ⋆ϕ x = ϕ(g)(x).

Donc ⋆(ϕ⋆ ) = ⋆ et ϕ(⋆ϕ ) = ϕ.

Solution de l’exercice 5.7. 1. Soient G = GL2 (F2 ) et


( ! )
x
X= | x ∈ F2 , y ∈ F2 , (x, y) 6= (0, 0) .
y

Commençons par vérifier que M ⋆ v = M v appartient à X, pour tous


M ∈ G et v ∈ X : c’est vrai car toute matrice inversible envoie un vecteur
non nul sur un vecteur non nul. Vérifions ensuite que ⋆ définit une action :
pour tous M et M ′ dans G et v ∈ X on a
!
1 0
I ⋆v = v = v,
0 1
M ⋆ (M ′ ⋆ v) = M ⋆ (M ′ v) = M (M ′ v) = (M M ′ )v = (M M ′ ) ⋆ v
!
1 0
où I = désigne la matrice identité dans G. Donc ⋆ est une action
0 1
de G sur X.
2. Soit ϕ : G → SX , M 7→ (v 7→ M ⋆ v) le morphisme de groupes associé à
cette action par la proposition 5.6. Supposons ϕ(M ) = idX . Cela signifie
que tout v ∈ X satisfait! M ⋆ v!= idX (v) = v. En prenant successivement
1 0
pour v les vecteurs et , qui appartiennent à X, cela entraîne que
0 1
M est la matrice identité I. Donc Ker ϕ = {I}, ce qui entraîne l’injectivité
de ϕ (autrement dit on vient de prouver que l’action est fidèle). Par ailleurs,
comme Card(X) = 4 − 1 = 3, le groupe SX est isomorphe à S3 et de
cardinal 3! = 6. Si on montre que G et SX ont même cardinal, c’est-à-dire
6, le morphisme sera bijectif. Or si on dresse la liste des matrices 2 × 2 à
coefficients dans {0, 1} et ne garde que celles qui sont de déterminant non
nul, on trouve que Card(G) = 6. Cela permet de conclure que ϕ est un
isomorphisme.

Solution de l’exercice 5.8. 1. Le cardinal d’une orbite divise l’ordre du


groupe, d’après la proposition 5.15. Les seules possibilités sont donc 1, 3,
7 et 21.
173

2. L’ensemble E est la réunion de ses orbites distinctes sous l’action de G


(relation (5.1) du cours). Donc la somme des cardinaux des orbites est égale
au cardinal n de E. Or il y a Ni orbites de cardinal i, avec i ∈ {1, 3, 7, 21}.
En regroupant les orbites selon leur cardinal, on en déduit
X
n= iNi = N1 + 3N3 + 7N7 + 21N21 .
i

3. Rappelons qu’un élément de E est un point fixe si son orbite est ponctuelle.
Supposons n = 11. On a donc N1 + 3N3 + 7N7 + 21N21 = 11. Ceci
implique N21 = 0 (sinon 11 = N1 + 3N3 + 7N7 + 21N21 serait > 21 ce
qui est impossible). On a ensuite N1 + 3N3 + 7N7 = 11 donc N7 = 0 ou
1 (raisonnement similaire : si N7 ≥ 2 alors 11 = N1 + 3N3 + 7N7 serait
≥ 14 ce qui est impossible). Si N7 = 0 alors N1 + 3N3 = 11 d’où on tire
N1 > 0 (sinon 3 diviserait 11, ce qui est impossible). De même, si N7 = 1
alors N1 + 3N3 = 4 d’où N1 > 0 (sinon 3 diviserait 4). Dans tous les cas
on a N1 > 0 c’est-à-dire qu’il existe au moins une orbite à un élément,
autrement dit un point fixe.
4. On a ici N1 + 3N3 + 7N7 + 21N21 = 19. Par hypothèse, il n’y a pas de point
fixe, donc N1 = 0. De plus on a nécessairement N21 = 0 (sinon le membre
de gauche serait ≥ 21 et égal à 19). Donc 3N3 + 7N7 = 19. A priori N7
peut valoir 0, 1 ou 2 (au-delà 3N3 + 7N7 serait strictement supérieur à
19). Le cas N7 = 0 est impossible (car 3 ne divise pas 19). Le cas N7 = 2
est aussi impossible (car 3 ne divise pas 5). On a donc N7 = 1 et N3 = 4.
Le nombre d’orbites distinctes est alors N1 + N3 + N7 + N21 = 5 (on les a
regroupées suivant leur cardinal).

Solution de l’exercice 5.9. 1. Soit G un groupe tel que le groupe quotient


G/Z(G) est cyclique (rappelons que le centre Z(G) est normal dans G, ce
qui fait de G/Z(G) un groupe quotient). Soit a un générateur de G/Z(G).
On a G/Z(G) = hai = {ak | k ∈ Z}. Montrons que G est abélien. Soient
x et y dans G. Leurs classes x et y dans G/Z(G) sont donc de la forme :
x = an et y = am avec n et m dans Z. On en déduit l’existence de z1 et
z2 dans Z(G) tels que x = an z1 et y = am z2 dans G. Comme z1 et z2 sont
dans le centre, on a

xy = an z1 am z2 = an+m z1 z2 = am an z2 z1 = am z2 an z1 = yx.

Ceci étant valable pour tous x et y dans G, le groupe G est abélien.


2. Soit G un groupe d’ordre p2 où p est un nombre premier. Son centre
Z(G) est d’ordre 1, p ou p2 par le théorème de Lagrange. D’après la
proposition 5.23 on sait que Z(G) 6= {1G }. Si Z(G) est d’ordre p2 alors
G = Z(G) pour des raisons de cardinal ; en particulier G est abélien.
Supposons maintenant Z(G) d’ordre p. Alors G/Z(G) est d’ordre p2 /p =
p, qui est premier. D’après une conséquence du théorème de Lagrange
(corollaire 3.29), G/Z(G) est donc cyclique. On applique alors le résultat
de la question précédente : le groupe G est abélien.
174

Solution de l’exercice 5.10. On a 63 = 32 × 7. D’après les théorèmes de Sylow,


le nombre n7 de 7-Sylow de G divise 9 (d’où n7 ∈ {1, 3, 9}) et n7 ≡ 1 mod 7.
Comme 3 6≡ 1 mod 7 et 9 6≡ 1 mod 7, la seule valeur possible est n7 = 1. Il y a
donc un unique 7-Sylow dans G, qu’on note H. Le sous-groupe H est normal par
la proposition 5.31. Par ailleurs, H est distinct de G et de {1G } puisqu’il possède
7 éléments. Donc G n’est pas simple.

Solution de l’exercice 5.11. 1. On a 35 = 5 × 7. Soient n5 et n7 les


nombres de 5-Sylow et 7-Sylow de G, c’est-à-dire ici de sous-groupes
d’ordre 5 et 7. Les théorèmes de Sylow nous disent que n5 | 7 (donc n5 = 1
ou 7), n5 ≡ 1 mod 5, n7 | 5 (donc n7 = 1 ou 5) et n7 ≡ 1 mod 7. Les
seules possibilités sont n5 = 1 et n7 = 1. Le groupe possède un unique
sous-groupe d’ordre 5, qu’on note H, et un unique sous-groupe d’ordre 7,
qu’on note K. D’après la proposition 5.31, ils sont donc normaux dans G.
2. Le groupe H (resp. K) est d’ordre premier 5 (resp. 7), donc H est isomorphe
au groupe additif cyclique Z/5Z (resp. Z/7Z) d’après le corollaire 3.29.
Montrons ensuite que G ≃ H × K. Pour cela on cherche à appliquer
le critère du produit direct (théorème 4.23). On sait déjà que H et K
sont normaux dans G. De plus, H ∩ K = {1G } : en effet, H ∩ K est un
sous-groupe à la fois de H et de K ; d’après le théorème de Lagrange,
l’ordre de H ∩K divise donc ord(H) = 5 et ord(K) = 7 ; comme 5 et 7 sont
premiers entre eux, H ∩ K est d’ordre 1 d’où H ∩ K = {1G }. Maintenant
considérons l’application entre ensembles :

H × K −→ G
(x, y) 7−→ xy.

Comme H ∩ K = {1G }, elle est injective : en effet, si xy = x′ y ′ alors


x(x′ )−1 = y ′ y −1 ∈ H ∩ K = {1G } d’où x = x′ et y = y ′ . De plus l’image de
cette application est HK par définition. On en déduit une bijection entre les
ensemble H × K et HK d’où on tire Card(HK) = Card(H) × Card(K) =
35. Comme HK est contenu dans G qui est aussi d’ordre 35, cela entraîne
G = HK. Les hypothèses sont réunies pour appliquer le critère du produit
direct : G est donc isomorphe à H × K.
En conclusion, G est isomorphe à Z/5Z×Z/7Z ≃ Z/35Z, le dernier isomor-
phisme provenant du théorème chinois (voir exercice 3.14 ou chapitre 6)
puisque 5 et 7 sont premiers entre eux. Par conséquent G est cyclique.

Solution de l’exercice 5.12. 1. (a) Par hypothèse, G est d’ordre pm avec


p ∤ m. Ses p-Sylow sont donc ici d’ordre p. Soit H un p-Sylow de G.
Par le théorème de Lagrange, les éléments de H sont d’ordre divisant
le nombre premier p c’est-à-dire 1 (pour l’élément neutre) ou p (dans
les autres cas). Donc H possède exactement (p − 1) éléments d’ordre p.
(b) Soient H1 et H2 des p-Sylow de G avec H1 6= H2 . Supposons qu’il
existe x ∈ H1 ∩ H2 avec x 6= 1G . D’après la question précédente, x
est d’ordre p. Donc hxi est un sous-groupe d’ordre p de H1 ∩ H2 . Or
H1 ∩ H2 est un sous-groupe de H1 qui est lui-même d’ordre p. Donc
175

on a hxi = H1 ∩ H2 = H1 = H2 , ce qui contredit H1 = 6 H2 . Ainsi


H1 ∩ H2 = {1G }.
(c) Dénombrons les éléments de G d’ordre p. D’après la première ques-
tion, tout p-Sylow de G a exactement (p − 1) éléments d’ordre p. De
plus, par la deuxième question, deux p-Sylow distincts n’ont aucun
élément d’ordre p en commun. Ainsi la réunion des np p-Sylow de G
a exactement (p − 1)np éléments d’ordre p. Par ailleurs, si x ∈ G est
d’ordre p, le sous-groupe hxi est d’ordre p, donc ici un p-Sylow de G.
On en déduit que tout élément d’ordre p de G appartient à un p-Sylow.
Finalement, G a exactement (p − 1)np éléments d’ordre p.
2. On a 30 = 2 × 3 × 5. D’après les théorèmes de Sylow, on a d’une part
n3 | 10 (d’où n3 ∈ {1, 2, 5, 10}) et n3 ≡ 1 mod 10, donc n3 ∈ {1, 10}, et
d’autre part n5 | 6 et n5 ≡ 1 mod 5, donc n5 ∈ {1, 6}. Supposons n3 6= 1
c’est-à-dire n3 = 10. On est dans la situation du préliminaire (3 divise 30
mais 9 ne divise pas 30). Comme n3 = 10, il y a donc 2n3 = 20 éléments
d’ordre 3 dans G. De même pour p = 5, si n5 = 6 1 on est dans la situation
du préliminaire, donc n5 = 6 et il existe 6 × 4 = 24 éléments d’ordre 5
dans G.
3. Si n3 6= 1 et n5 6= 1, par ce qui précède on connaît déjà l’existence de
20 + 24 = 44 éléments distincts dans G. C’est impossible car G est d’ordre
30. Donc n3 = 1 ou n5 = 1. Dans le premier (resp. deuxième) cas, G
possède un unique 3- (resp. 5-)Sylow. D’après la proposition 5.31, ce Sylow
est normal dans G. Donc G ne peut pas être simple.
Solution de l’exercice 5.13. Soit p un nombre premier tel que p > 2. Soit G
un groupe d’ordre 2p.
1. Comme p (resp. 2) est un nombre premier qui divise l’ordre de G, le
groupe possède au moins un élément d’ordre p (resp. d’ordre 2) d’après
le théorème de Cauchy (théorème 5.29). Notons a (resp. b) un élément
d’ordre p (resp. 2). Ces éléments sont distincts puisque p > 2.
2. D’après les théorèmes de Sylow, le nombre np de p-Sylow satisfait np | 2
(donc np ∈ {1, 2}) et np ≡ 1 mod p. Or 2 6≡ 1 mod p. Donc np vaut 1. On
note P l’unique p-Sylow de G.
3. Raisonnons par l’absurde : supposons que l’élément ba est d’ordre p.
Il engendre alors un sous-groupe d’ordre p dans G. Étant donné que
ord(G) = 2p, un sous-groupe d’ordre p est nécessairement un p-Sylow
de G. On conclut que hbai est l’unique p-Sylow de G, par la question
précédente. Le même raisonnement s’applique à a, qui est d’ordre p. On a
donc hbai = P = hai. On conclut que b = (ba)a−1 appartient à P . Comme
P est d’ordre p, le théorème de Lagrange appliqué à P donne que tous
les éléments de P sauf 1G sont d’ordre p. Ainsi b est d’ordre p. C’est
impossible car ord(b) = 2 < p. Nous avons ainsi montré que ba n’est pas
d’ordre p.
4. Par le théorème de Lagrange appliqué au groupe G, l’ordre de ba divise 2p
et vaut donc 1, 2, p ou 2p. Si ord(ba) = 1 alors ba = 1G d’où a = b−1 = b,
ce qui est impossible. Nous avons déjà exclu le cas où ord(ba) = 2.
176

Supposons que ord(ba) = 2p. Alors G, qui est d’ordre 2p possède un


élément d’ordre 2p. D’après la proposition 3.17, G est cyclique d’ordre 2p.
Par le théorème 3.19, G est donc isomorphe à (Z/2pZ, +).
Il reste enfin à traiter le cas où ord(ba) = 2. Considérons le sous-groupe
H = ha, bi. Comme ord(a) = p, ord(b) = 2 et baba = 1H = 1G , H est donc
un groupe diédral Dp d’ordre 2p. Par comparaison de cardinaux, on en
déduit H = G. Ainsi G est un groupe diédral Dp .
5. Les groupes (Z/2pZ, +) et Dp ne sont pas isomorphes : le premier est
abélien, le second ne l’est pas.
Corrigé des exercices du
chapitre 6

Solution de l’exercice 6.1. On a 36 = 22 × 32 donc ses diviseurs positifs sont


1, 2, 3, 4, 6, 9, 12, 18, 36. Le nombre 59 est premier donc ses diviseurs positifs sont 1
et 59. Enfin on a 30 = 2×3×5 donc ses diviseurs positifs sont 1, 2, 3, 5, 6, 10, 15, 30.
Solution de l’exercice 6.2. 1. On applique l’algorithme d’Euclide :

792 = 318 × 2 + 156


318 = 156 × 2 + 6
156 = 6 × 26 + 0.

Donc pgcd(792, 318) est le dernier reste non nul c’est-à-dire 6.


2. On utilise de manière répétée la propriété pgcd(a, b) = pgcd(b, a − bq)
(voir corollaire 6.14) qui est le fondement de l’algorithme d’Euclide. On a

pgcd((n + 1)! + 1, n! + 1) = pgcd(n! + 1, (n + 1)! + 1 − (n + 1)(n! + 1))


= pgcd(n! + 1, n) = pgcd(n, n! + 1 − (n − 1)n!)
= pgcd(n, 1) = 1.

3. On a a2 − b2 = (a − b)(a + b) et a3 − b3 = (a − b)(a2 + ab + b2 ) d’où


pgcd(a2 − b2 , a3 − b3 ) = |a − b|pgcd(a + b, a2 + ab + b2 ) (la valeur absolue
vient du fait que le pgcd est, par définition, un entier naturel). On utilise
à nouveau le corollaire 6.14 :

pgcd(a+b, a2 +ab+b2 ) = pgcd(a+b, a2 +ab+b2 −(a+b)b) = pgcd(a+b, a2 ).

Soit p un nombre premier divisant pgcd(a + b, a2 ). Alors p divise a2 donc,


par le lemme d’Euclide, p divise a. Par ailleurs p divise b. On en déduit
que p divise pgcd(a, b) = 1, ce qui est impossible. Ainsi pgcd(a + b, a2 )
vaut 1 d’où pgcd(a + b, a2 + ab + b2 ) = |a − b|.
Solution de l’exercice 6.3. 1. On applique l’algorithme d’Euclide :

679 = 455 × 1 + 224


455 = 224 × 2 + 7
224 = 7 × 32 + 0.

177
178

Donc pgcd(678, 455) est le dernier reste non nul c’est-à-dire 7. En remontant
les lignes de l’algorithme, on obtient

7 = 455 − 2 × 224
= 455 − 2 × (679 − 455)
= 3 × 455 − 2 × 679

donc u = −2 et v = 3 conviennent.
2. Soit (x, y) ∈ Z × Z une solution de 679x + 455y = pgcd(679, 455) = 7. En
simplifiant les deux membres de l’équation par le pgcd, on obtient

97x + 65y = 1.

Par ailleurs on a 679 × (−2) + 455 × 3 = 7 d’où, en simplifiant par le pgcd,


97 × (−2) + 65 × 3 = 1. Par soustraction des équations cela donne

97(x + 2) + 65(y − 3) = 0. (6.3)

En particulier 97 divise 65(y − 3). Comme 97 et 65 sont premiers entre


eux, le lemme de Gauss entraîne que 97 divise y − 3. Il existe t ∈ Z tel que
y − 3 = 97t d’où y = 97t + 3. En reportant cette expression de y dans (6.3)
on a x = −65t − 2. L’ensemble des solutions de 679x + 455y = 7 est donc
inclus dans l’ensemble

S = {(−65t − 2, 97t + 3) | t ∈ Z}.

Inversement on vérifie par un calcul direct que pour tout t ∈ N, le couple


(−65t − 2, 97t + 3) est solution de l’équation 679x + 455y = 7. L’ensemble
des solutions cherché est donc S.
Remarque. Les lecteurs attentifs constateront que cette méthode se généralise si
on remplace les valeurs 679 et 455 par n’importe quels entiers naturels.

Solution de l’exercice 6.4. Posons f0 = 0, f1 = 1 et fn+1 = fn + fn−1 pour


tout n ≥ 2. Les premiers nombres de Fibonacci sont

0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55.

1. En utilisant la définition de fn+1 et le corollaire 6.14, on a pour tout entier


n≥2:

pgcd(fn+1 , fn ) = pgcd(fn + fn−1 , fn ) = pgcd(fn , fn + fn−1 − fn )


= pgcd(fn , fn−1 ).

Par récurrence on en déduit pgcd(fn+1 , fn ) = pgcd(f0 , f1 ) = 1. Donc fn


et fn+1 sont premiers entre eux pour tout n ∈ N.
2. Non : on a f3 = 2 et f6 = 8, qui ne sont pas premiers entre eux, ou encore
f5 = 5 et f10 = 55.
179

3. Les formules usuelles pour les racines des polynômes de degré 2 montrent
que ϕ et ϕ′ sont les solutions réelles de x2 − x − 1 = 0. On en déduit
ϕ2 − ϕ = 1 d’où ϕ − 1 = ϕ1 et de même, ϕ′ − 1 = ϕ1′ .
Montrons la relation cherchée par récurrence sur n. La relation est vraie
pour n = 0 et n = 1. Supposons la vraie jusqu’au rang n. Au rang n + 1
on a
1   1  
√ ϕn+1 + ϕ′n+1 = √ ϕn+1 − ϕn − ϕ′n+1 + ϕ′n + ϕn − ϕ′n
5 5
1 
= √ ϕn (ϕ − 1) − ϕ′n (ϕ′ − 1) + fn
5
1  n−1 
=√ ϕ − ϕ′n−1 + fn
5
= fn−1 + fn = fn+1

d’où le résultat.

Solution de l’exercice 6.5. 1. Soient n ≥ 1 et k ∈ Z deux entiers.


Supposons pgcd(k, n) = 1. D’après le théorème de Bézout, il existe des
entiers relatifs u et v tels que un + kv = 1. Modulo n, on en déduit kv = 1.
Pour tout a ∈ Z, on a donc a = a · 1 = akv = av · k dans Z/nZ. Ceci
prouve que hki = Z/nZ.
Réciproquement, supposons que k est un générateur de (Z/nZ, +). Tout
élément de Z/nZ est donc un multiple entier de la classe k. C’est en
particulier vrai pour 1 : il existe v ∈ Z tel que 1 = v · k. On en déduit que
n divise 1 − vk d’où l’existence de u ∈ Z tel que un + vk = 1. D’après la
réciproque du théorème de Bézout, on conclut que pgcd(k, n) = 1.
2. Les entiers k ∈ {0, . . . , 17} tels que pgcd(k, 18) = 1 sont 1, 5, 7, 11, 13, 17.
Les générateurs de (Z/18Z, +) sont donc 1, 5, 7, 11, 13, 17.

Solution de l’exercice 6.6. On considère le nombre m = 1024 écrit en base


10. La démonstration de la proposition 6.19 fournit un algorithme pour écrire m
dans n’importe quelle base, en utilisant des divisions euclidiennes par b.
2
— On a 1024 = 210 donc m = 10000000000 .
— Posons b = 3. On a les divisions euclidiennes m = 1024 = 341b + 1, puis
341 = 113b + 2, 113 = 37b + 2, 37 = 12b + 1, 12 = 4b + 0, 4 = b + 1 d’où

m = 1 + 341b = 1 + b(2 + 113b) = 1 + b(2 + b(2 + 37b))


= 1 + b(2 + b(2 + b(12b + 1))) = 1 + b(2 + b(2 + b(1 + b2 + b3 ))).
3
On obtient m = 1 + 2b + 2b2 + b3 + b5 + b6 donc m = 1101221 .
5
— Un calcul similaire donne, en base b = 5 : m = 13044 .

Solution de l’exercice 6.7. Soit X l’ensemble des nombres premiers de la


forme 4k + 3 avec k ∈ N.
1. L’ensemble X est non vide car il contient le nombre premier 3 (prendre
k = 0).
180

2. Pour k et k ′ dans Z, on a 4k + 1 ≡ 1 mod 4 et 4k ′ + 1 ≡ 1 mod 4


d’où (4k + 1)(4k ′ + 1) ≡ 1 × 1 ≡ 1 mod 4. Donc il existe ℓ ∈ Z tel que
(4k + 1)(4k ′ + 1) = 4ℓ + 1.
3. Supposons l’ensemble X fini. Notons X = {p1 , . . . , pn } et posons

N = 4p1 · · · pn − 1.

(a) Raisonnons par l’absurde : supposons que tout diviseur premier de N


n’est pas de la forme 4k + 3. Remarquer que N , de par sa forme, est
impair. Donc les diviseurs premiers de N sont impairs. Nécessairement
ils sont congrus à 1 ou 3 modulo 4. D’après l’hypothèse, tous sont
congrus à 1 modulo 4. Par la question précédente, leur produit est
donc congru à 1 modulo 4. Ainsi N ≡ 1 mod 4. Mais d’après la forme
de N , on a N ≡ −1 mod 4. Comme 1 6= −1 mod 4, c’est contradictoire.
Ainsi N admet au moins un diviseur premier de la forme 4k + 3.
(b) D’après la question précédente, il existe j ∈ {1, . . . , n} tel que pj divise
N . Comme pj divise à la fois N et p1 · · · pm , on en déduit que pj
divise 1 d’après l’expression de N , ce qui est impossible. En conclusion,
l’ensemble X est infini.

Solution de l’exercice 6.8. Dans cet exercice, « diviseur » désigne un diviseur


positf. Si m ∈ N on note σ(m) la somme des diviseurs de m.
1. Montrons que σ(m) = m + 1 si et seulement si m est premier. Si m est
premier alors ses seuls diviseurs sont 1 et m donc σ(m) = m+1. Supposons
maintenant que m n’est pas premier. Alors m a au moins trois diviseurs
distincts : 1, m, d avec 1 < d < m. On en déduit σ(m) ≥ 1 + m + d > 1 + m
donc σ(m) 6= m + 1.
2. Les décompositions de m et n en facteurs premiers sont
Y Y
m= pvp (m) et n= q vq (n)
p∈A q∈B

où A (resp. B) désigne l’ensemble des diviseurs premiers de m (resp. de n).


Comme m et n sont supposés premiers entre eux, A et B sont disjoints.
Or on a
Y Y
mn = pvp (m) q vq (n) . (6.4)
p∈A q∈B

Par unicité de la décomposition en facteurs premiers et du fait que A et


B sont disjoints, l’écriture (6.4) est la décomposition de mn en facteurs
premiers. On en déduit que tout diviseur de mn est de la forme
Y Y
d= pα p q βq
p∈A q∈B

avec 0 ≤ αp ≤ vp (m) et 0 ≤ βq ≤ vq (n) uniques. C’est l’écriture souhaitée.


181

3. En utilisant la question précédente, on obtient


 
X X X X
σ(mn) = d= d1 d2 =  d2  d1
d|mn d1 |m,d2 |n d1 |m d2 |n
X
= σ(n) d1 = σ(n)σ(m).
d1 |m

4. La somme des diviseurs stricts d’un entier m est σ(m) − m. Donc m est
parfait si et seulement si σ(m) = 2m.
5. Soit n ∈ N. Supposons 2n+1 − 1 premier. On montre que m = 2n (2n+1 −
1) est parfait en démontrant que σ(m) = 2m. Comme 2n et 2n+1 − 1
sont premiers entre eux et 2n+1 − 1 premier, on a d’après les questions
précédentes :

σ(m) = σ(2n )σ(2n+1 − 1) = (1 + · · · + 2n )2n+1 = (2n+1 − 1)2n+1 = 2m

ce qui permet de conclure que m est parfait.


6. La démonstration précédente montre que si 2n+1 − 1 n’est pas premier
alors

σ(m) = σ(2n )σ(2n+1 − 1) > (2n+1 − 1)(2n+1 − 1 + 1) = 2m.

7. Soit m un nombre parfait pair. En factorisant m, on écrit m = 2n S où


n ≥ 1 et S est impair. On a

2m = σ(m) = σ(2n )σ(S) = (2n+1 − 1)σ(S).

Or on a aussi 2m = 2n+1 S d’où

(2n+1 − 1)σ(S) = 2n+1 S.

Comme 2n+1 et 2n+1 − 1 sont premiers entre eux, le lemme de Gauss


entraîne que 2n+1 − 1 divise S. On peut donc écrire
S
σ(S) = 2n+1
2n+1 −1
où la fraction est dans N. Or puisque n > 0 on a 2n+1 − 1 6= 1. Si
S 6= 2n+1 − 1 on obtient
S 2n+1 S
σ(S) ≥ 1 + +S ≥1+ = 1 + σ(S),
2n+1 −1 2n+1 −1
ce qui est une contradiction. Donc m = 2n (2n+1 − 1). Par la question
précédente, 2n+1 − 1 est premier.
Solution de l’exercice 6.9. 1. Le tableau suivant indique les valeurs des
carrés modulo 4 :
a 0 1 2 3
a2 0 1 0 1
donc tout a ∈ Z satisfait a2 ≡ 0 mod 4 ou a2 ≡ 1 mod 4.
182

2. On en déduit le tableau des valeurs de a2 + b2 modulo 4 :

a2 + b2 a2 = 0 a2 = 1
b2 = 0 0 1
b2 = 1 1 2

Donc a2 + b2 6≡ 3 mod 4.
3. L’ensemble des nombres premiers inférieurs à 50 est

{2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29, 31, 37, 41, 43, 47}.

Le tableau recense ceux, notés p, congrus à 1 mod 4 et constate que tous


s’écrivent p = a2 + b2 avec a et b dans Z :

p 5 13 17 29 37 41
a 1 2 1 2 1 4
b 2 3 4 5 6 5

Remarque. Un théorème de Fermat affirme que tout nombre premier congru


à 1 modulo 4 est une somme de deux carrés d’entiers et, de manière plus
générale, caractérise les entiers qui sont somme de deux carrés d’entiers.
k
X
Solution de l’exercice 6.10. En base 10, tout entier naturel n s’écrit ni 10i
i=0
avec ni ∈ {0, . . . , 9}, et nk 6= 0 si n 6= 0.
1. Comme 10 ≡ 1 mod 3, on a 10i ≡ 1i ≡ 1 mod 3 pour tout i ≥ 1 d’où
k
X k
X
n≡ ni 10i ≡ ni mod 3.
i=0 i=1

k
X
Donc n ≡ 0 mod 3 si et seulement si la somme ni des chiffres est
i=0
congrue à 0 modulo 3, c’est-à-dire si c’est un multiple de 3.
2. Posons m = n0 100 + n1 101 = n0 + 10n1 , nombre formé par les deux
derniers chiffres de n en base 10. Il s’agit de montrer que 4 | n si et
seulement si 4 | m. Pour cela, il suffit de montrer que n ≡ m mod 4.
Comme 10 ≡ 2 mod 4, on a
k
X k
X
n≡ ni 10i ≡ ni 2i mod 4.
i=0 i=0

Mais si i ≥ 2 alors 2i est divisible par 4 et donc 2i ≡ 0 mod 4. Dans la


somme, il ne reste que les contributions pour i = 0 et i = 1 c’est-à-dire
1
X
n≡ ni 2i ≡ m mod 4.
i=0
183

Solution de l’exercice 6.11. Soit n ∈ N.


n n
1. Si n = 0 alors 22 − 1 = 1. Si n ≥ 1 alors 2n ≥ 2 donc 4 divise 22 ; cela
n n
entraîne 22 ≡ 0 mod 4 d’où 22 − 1 ≡ −1 ≡ 3 mod 4.
2. On a 23 ≡ 8 ≡ 1 mod 7. Donc 23n ≡ 8n ≡ 1 mod 7. On en déduit
23n − 1 ≡ 0 mod 7.
3. Raisonnons par récurrence sur n. L’initialisation à n = 0 est immédiate :
0
52 = 51 = 5 = (1 + 4) ≡ 1 + 22 mod 23 . Supposons la propriété vraie au
n
rang n c’est-à-dire l’existence d’un d ∈ Z tel que 52 = 1 + 2n+2 + 2n+3 d.
On en déduit alors
n+1 n
 2
52 = (52 )2 = 1 + 2n+2 + 2n+3 d
= 1 + 22n+4 + 22n+6 d2 + 2n+3 + 22n+6 d + 2n+4 d.
n+1
D’où 52 ≡ 1 + 0 + 0 + 2n+3 + 0 + 0 ≡ 1 + 2n+3 mod 2n+4 . Cela démontre
l’hypothèse de récurrence au rang n + 1, ce qui conclut la récurrence.
Solution de l’exercice 6.12. Notons N le nombre de pièces d’or du butin. La
première répartition donne N = 17q + 3 où q est le nombre de pièces d’or reçu par
chacun des 17 pirates. Après la querelle, la seconde répartition donne N = 6q ′ + 4
où q ′ désigne le nombre de pièces d’or reçu par chacun des 6 pirates restants. Ces
deux équations sont équivalentes à
(
N ≡ 3 mod 17
N ≡ 4 mod 6.

On cherche à déterminer l’ensemble des solutions, puis la plus petite solution


strictement positive (elle correspond à la fortune minimale que récupérerait le
cuisinier s’il éliminait les pirates restants). Comme 17 et 6 sont premiers entre
eux, on peut appliquer le théorème chinois et plus précisément la preuve du
théorème 6.36. Une relation de Bézout entre 17 et 16 est −17 + 3 × 6 = 1.
L’entier relatif x = 3 × 18 + 4 × (−17) = −14 est donc solution du système.
L’ensemble des solutions correspond à la classe de −14 modulo 17 × 6 c’est-à-dire
à {−14 + 102λ | λ ∈ Z}. La plus petite solution positive est donc −14 + 102 = 88.
Solution de l’exercice 6.13. La méthode est indiquée dans la remarque qui
suit l’exemple 6.44. On applique l’algorithme d’Euclide :

241 = 21 × 11 + 10
21 = 2 × 10 + 1
10 = 10 × 1 + 0.

Donc pgcd(241, 21) = 1. En particulier, 21 est inversible modulo 241 d’après


le théorème 6.43. En remontant les lignes de l’algorithme, on en déduit qu’une
relation de Bézout est 1 = 23 × 21 − 2 × 241. Donc 23 × 21 ≡ 1 mod 241. L’inverse
de 21 modulo 241 est 23.
Solution de l’exercice 6.14. Soit G le groupe ((Z/9Z)× , ×).
184

1. D’après le théorème 6.43, les éléments de G sont les k avec 1 ≤ k ≤ 9 et


pgcd(k, 9) = 1. Donc
G = {1, 2, 4, 5, 7, 8}.
En particulier G est d’ordre 6. En calculant les produits deux à deux de
ces éléments, on obtient la table de Cayley de G (le groupe étant abélien,
on ne remplit que la moitié supérieure du tableau) :

((Z/9Z)× , ×) 1 2 4 5 7 8
1 1 2 4 5 7 8
2 4 8 1 5 7
4 7 2 1 5
5 7 8 4
7 4 2
8 1

2. L’élément neutre 1 est d’ordre 1. On a

2 6= 1,
2
2 = 4 6= 1,
3
2 = 8 6= 1,
4
2 = 7 6= 1,
5
2 = 5 6= 1,
6
2 =1

donc 2 est d’ordre 6 dans (Z/9Z)× . Des calculs similaires donnent

ord(4) = 3, ord(5) = 6, ord(7) = 3, ord(8) = 2.


−1
Pour limiter la quantité de calcul, on peut aussi constater que 5 = 2 et
−1
7 = 4 d’après la table de Cayley, et se rappeler que pour un élément g
d’un groupe, ord(g −1 ) = ord(g) (voir exercice 3.4).
3. Le groupe possède un élément dont l’ordre est celui du groupe : par
exemple 2, qui est d’ordre 6. Donc le groupe G est cyclique.
Remarque. Il existe des entiers n tels que le groupe ((Z/nZ)× , ×) n’est pas cyclique
(par exemple n = 8). Une caractérisation des entiers n pour lesquels le groupe est
cyclique sera vue dans l’unité Anneaux.

Solution de l’exercice 6.15. Posons f (x) = x5 − x2 + x − 3 pour x ∈ Z.


Proposons deux méthodes de résolution.
1. Soit x une solution dans Z de f (x) = 0. Alors (x4 − x + 1)x = 3. Comme 3
est premier et x divise 3, on en déduit x ∈ {±1, ±3}, ce qui donne quatre
solutions éventuelles. On vérifie que ni 1, ni −1, ni 3, ni −3 ne sont racines
de f . Donc l’équation n’a aucune solution dans Z.
185

2. Si l’équation a une solution x dans Z alors f (x) ≡ 0 mod 4 donc x =


(x mod 4) est une solution de l’équation dans Z/4Z. Montrons que ce n’est
pas le cas : on écrit par exemple Z/4Z = {−1, 0, 1, 2} et on a

(−1)5 − (−1)2 + (−1) − 3 ≡ 2 6≡ 0 mod 4,


05 − 02 + 0 − 3 ≡ 1 6≡ 0 mod 4
15 − 12 + 1 − 3 ≡ 2 6≡ 0 mod 4,
25 − 22 + 2 − 3 ≡ −1 6≡ 0 mod 4.

Donc l’équation n’a aucune solution dans Z.

Solution de l’exercice 6.16. 1. D’après le cours, le nombre d’éléments


inversibles dans Z/nZ est égal à ϕ(n). Comme 56 = 23 × 7, en utilisant
les propriétés de la fonction ϕ (à savoir ϕ(mn) = ϕ(m)ϕ(n) si m et n sont
premiers entre eux, et ϕ(pr ) = pr−1 (p − 1) si p premier et r ≥ 1), on en
déduit :
ϕ(56) = ϕ(23 )ϕ(7) = 22 × (2 − 1) × 6 = 24.
De même on a 504 = 23 × 32 × 7 = 56 × 32 et comme 56 et 32 sont premiers
entre eux,
ϕ(504) = ϕ(56)ϕ(32 ) = 24 × 3 × 2 = 144.
2. Soit n ≥ 1 tel que ϕ(n) est impair. Rappelons la formule du cours
Y
ϕ(n) = pvp (n)−1 (p − 1).
p∈P,p|n

Si n possède un diviseur premier impair p alors ϕ(n) serait divisible par


p − 1, donc pair, ce qui est impossible. Cela montre que n = 2m avec
m ≥ 0. Si m = 0 alors n = 1 donc ϕ(1) = 1, qui est bien impair. Si m ≥ 1
alors on peut écrire ϕ(n) = 2m−1 (2 − 1) = 2m−1 . Dans le cas où m ≥ 2,
l’entier ϕ(n) serait pair, ce qui est à nouveau impossible. Si m = 1 alors
ϕ(n) = ϕ(2) = 1, qui est bien impair. Donc les seuls entiers n ≥ 1 pour
lesquels ϕ(n) est impair sont 1 et 2.

Solution de l’exercice 6.17. 1. Calculons le dernier chiffre en base 5 de


20182017 . Cela revient à calculer 20182017 mod 5. Comme 2018 ≡ 3 mod 5,
cela revient à déterminer 32017 mod 5. Or 3 et 5 sont premiers entre
eux, donc le théorème d’Euler affirme que 3ϕ(5) ≡ 1 mod 5 c’est-à-dire
34 ≡ 1 mod 5. On en déduit que, pour tout entier a ∈ Z, 3a ≡ 3r où r
désigne le reste de la division euclidienne de a par 4. On applique cela à
a = 2017 : son reste est 1 donc 32017 ≡ 31 ≡ 3 mod 5. Le dernier chiffre
cherché est 3.
Calculons les deux derniers chiffres de 20182017 en base 10. Il s’agit de
calculer 20182017 mod 100 c’est-à-dire 182017 mod 100. Noter qu’on ne peut
pas appliquer le théorème d’Euler car 18 et 100 ne pas premiers entre eux.
Cependant on a, modulo 100 : 182 ≡ 24, 183 ≡ 32, 184 ≡ 76, 185 ≡ 68
et 186 ≡ 24. Une récurrence immédiate sur k donne 182+4k ≡ 24 mod 100
186

pour tout k ≥ 0. Cherchons donc à écrire 2017 sous la forme (2 + 4k) + ℓ


pour un petit entier ℓ. La division euclidienne de 2017 − 2 par 4 est
2017 − 2 = 503 × 4 + 3 d’où 2017 = (2 + 503 × 4) + 3. On obtient

182017 ≡ 24 × 183 ≡ 185 ≡ 68 mod 100.

Les deux derniers chiffres cherchés sont 68.


79
2. Il s’agit de calculer 7979 mod 100. Comme 79 et 100 sont premiers entre
eux, le théorème d’Euler dit que 79ϕ(100) ≡ 1 mod 100. Donc pour tout
a ∈ Z, on a 79a ≡ 79r mod 100 où r désigne le reste de la division
euclidienne de a par ϕ(100)(= 40). Or 7979 ≡ (−1)79 ≡ −1 mod 40. Donc
79
7979 ≡ 79−1 mod 100. De plus une relation de Bézout entre 100 et 79
est (−15) × 100 + 19 × 79 = 1 d’où 79−1 ≡ 19 mod 100. Les deux derniers
chiffres cherchés sont 19.
Solution de l’exercice 6.18. 1. Si m n’est pas une puissance de 2 alors
m = 2ℓ q avec ℓ ≥ 0, q impair et q ≥ 3. On en déduit, à l’aide d’une identité
remarquable de type an − bn ,
ℓ ℓ ℓ (q−1)
2m + 1 = (22 )q − (−1)q = (22 + 1)(22 + · · · − 1).

Dans cette expression, 22 + 1 est un diviseur strict de 2m + 1. Donc si
2m + 1 est premier alors m est une puissance de 2.
n
2. Posons Fn = 22 + 1 pour tout n ∈ N. Montrons par récurrence sur n que
n−1
Y
Fk = Fn − 2.
k=0

On a F0 = 3 et F1 = 5 donc F0 = F1 − 2. Supposons la propriété vraie au


rang n − 1. On a alors
n n−1 n−1
Fn − 2 = 22 − 1 = (22 − 1)(22 + 1) = (Fn−1 − 2)Fn−1
Qn−1
d’où Fn − 2 = k=0 Fk en utilisant l’hypothèse de récurrence. Cela dé-
montre la formule annoncée.
3. Soit m > n. Supposons qu’il existe un nombre premier p divisant Fm et Fn .
Qm−1
Alors p divise k=0 Fk donc divise Fm − 2. On en déduit que p divise 2. Or
les nombres de Fermat sont clairement impairs. Donc le nombre premier p
n’existe pas. Cela prouve que Fn et Fm sont premiers entre eux.
4. Soit pn le plus petit nombre premier divisant Fn . Alors la question précé-
dente entraîne que les pn sont deux à deux distincts. La suite (pn )n∈N est
donc une suite infinie de nombres premiers.
n
5. Soit p un nombre premier divisant Fn . Alors on a 22 ≡ −1 mod p donc
n+1
22 ≡ 1 mod p. On en déduit que l’ordre de 2 dans le groupe (Z/pZ)×
n
divise 2n+1 . Puisque 22 ≡ −1 mod p, cet ordre est exactement 2n+1 . Or
par le théorème de Lagrange, cet ordre divise l’ordre du groupe (Z/pZ)× ,
qui vaut ϕ(p) = p − 1. On en déduit que p − 1 = 2n+1 k pour un certain
k ∈ N.
187

Solution de l’exercice 6.19. 1. Soit

B = {b ∈ N | ∀a ∈ N, s(a) + b = s(a + b)}.

Montrons que B = N en utilisant le principe de récurrence. On a 0 ∈ B :


en effet, tout a dans N vérifie s(a) + 0 = s(a) = s(a + 0) par définition
de +. Soit b ∈ B et montrons que s(b) ∈ B. Par définition de +, on a
pour tout a ∈ N : s(a) + s(b) = s(s(a) + b). Comme b ∈ B, on a par
ailleurs s(a) + b = s(a + b) = a + s(b), par définition de +. On en déduit
s(a) + s(b) = s(a + s(b)) d’où s(b) ∈ B, ce qui conclut.
2. Fixons b et c dans N. Posons A = {a ∈ N | a + b = a + c =⇒ b = c}.
Prouvons A = N en utilisant le principe de récurrence. On a 0 ∈ A : en
effet, par définition de +, on a 0 + b = 0 + c =⇒ b = c. Soit a ∈ A et
montrons que s(a) ∈ A. Comme on a déjà montré la commutativité de +
(troisième point de la proposition 6.56), on peut écrire : s(a) + b = b + s(a)
puis, par définition de +, on a b + s(a) = s(b + a). De même on a
s(a) + c = c + s(a) = s(c + a). Supposons maintenant s(a) + b = s(a) + c.
Alors on a s(b+a) = s(c+a) ce qui entraîne, par injectivité de s (deuxième
axiome de Peano), b + a = c + a. Comme a ∈ A, on en déduit b = c. On a
ainsi prouvé s(a) + b = s(a) + c =⇒ b = c i.e. s(a) ∈ A. Cela conclut la
preuve.

Solution de l’exercice 6.20. 1. Soit P(n) une propriété de l’entier n ∈


N − {0} telle que P(1) est vraie et, pour tout n ∈ N, P(n) implique
P(n + 1). Considérons le sous-ensemble

A = {n ∈ N − {0} | P(n) est vraie} ∪ {0}

de N. Montrons que A = N en utilisant le principe de récurrence. On a


évidemment 0 ∈ A. De plus si n ∈ A alors s(n) = n + 1 ∈ A : en effet
c’est vrai si n = 0 car P(1) est vraie, et c’est vrai pour pour tout n 6= 0
car, par hypothèse, P(n) implique P(n + 1). On a donc A = N. Il vient
que l’ensemble {n ∈ N − {0} | P(n) est vraie} est égal à N − {0}, ce qu’on
voulait montrer.
2. Pour n ∈ N − {0}, considérons la propriété suivante notée P(n) : toute
partie non vide finie de N de cardinal n possède un plus grand élément.
Montrons que pour tout n, P(n) est vraie en utilisant la forme de récurrence
établie à la question précédente. Pour n = 1, toute partie de N de cardinal
1 a un unique élément, qui est bien le plus grand. Supposons P(n) vraie.
Soit A une partie finie de N de cardinal n + 1. Alors A possède un plus
petit élément, noté a, d’après la première partie du théorème 6.63. Posons
B = A − {a}. C’est une partie de N de cardinal n donc B admet un plus
grand élément b. C’est aussi le plus grand élément de A. Donc la propriété
P(n + 1) est vraie. Par récurrence, nous avons donc montré que toute
partie non vide finie de N possède un plus grand élément.

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