Guide Ripisylve Web VF
Guide Ripisylve Web VF
Gestion
DE LA VÉGÉTATION DANS LE CADRE
DE LA COMPÉTENCE GEMAPI
Guide technique
Collection te
chnique
Sommaire
1. Éclairage général . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.1 es ripisylves, des forêts sauvages très dégradées,
L
dont la résilience est menacée par les invasions biologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1.1 Une forêt mal identifiée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1.2 Une résilience des ripisylves dépendant de processus complexes . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.1.3 Le recrutement et l’adaptation des espèces ligneuses pionnières . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.1.4 Des milieux boisés essentiels à la vie aquatique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.1.5 Une grande biodiversité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.1.6 Des causes anciennes et récentes de dégradation des ripisylves . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.3 F
ocus sur l’arbre, un organisme fixe mais très changeant
grâce à des mécanismes d’adaptation complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
Fiches pratiques
Le suivi, la préparation et la réalisation
des travaux d’entretien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
Fiche 1 - L’organisation et la préparation des visites de terrain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
Fiche 2 - La préparation des bons de commande, du marquage
sur le terrain à la transmission aux entreprises . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
Fiche 3 - Cas pratiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
Fiche 4 - La gestion des ripisylves dans le lit mineur ou la bande active . . . . . . . . . . . . . . . . 83
Fiche 5 - C onnaître et reconnaître les maladies émergentes
des arbres dans les ripisylves . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
Fiche 6 - Les dendromicrohabitats, les voir, les conserver . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
Fiche 7 - La prise en compte de la faune et la flore remarquables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
-3-
1.
Éclairage
général
Mise en place
1.1.1
d’un PPGV
Une forêt mal identifiée
Le terme de ripisylve (« forêt des rives ») s’est imposé auprès des gestionnaires de cours d’eau pour désigner
la végétation ligneuse des rives, mais celle-ci reste mal identifiée même dans la littérature scientifique. Les élus
et les riverains découvrent le mot « ripisylve » au contact des technicien·nes de rivière, sans toujours bien com-
prendre à quoi il fait référence. Les arbres le long des cours d’eau sont pourtant dans toutes les représentations
des rivières mais ils ne sont pas perçus ou compris comme un élément essentiel de leur fonctionnement, aucun
terme ne les désignant de manière spécifique dans le vocabulaire courant. Les ripisylves se distinguent du
Organisation
Préparation
boisement de berge qui regroupe toutes les formations ligneuses présentes aux bords des cours d’eau et non
adaptées aux conditions de la zone riveraine (forêts de versant, sylviculture…).
Les boisements rivulaires spontanés marquent aussi souvent la limite de l’espace concédé au cours d’eau. Les
termes de « forêts riveraines » ou « forêts alluviales » rappellent pourtant que ces formations naturelles, pré-
sentes sur les sols alluviaux avec une nappe proche de la surface du sol et régulièrement inondées, étaient à
1
l’origine très larges, générant un milieu complexe (mosaïque végétale). Aujourd’hui, les ripisylves sont souvent
réduites à des boisements linéaires formant des corridors écologiques simplifiés et marquant une transition
entre un milieu aquatique et un milieu terrestre à l’échelle d’un paysage. Les nombreuses autres interfaces
avec l’eau, qu’elles structurent ou modifient à une échelle spatiale plus fine, sont indispensables à de
Terrain
nombreuses espèces mais ont aussi été drastiquement réduites.
2
Cas pratiques
3
Atterrissements
4
Pathologies
invasives
5
Dendromicrohabitats
(©Boyer M.)
Les ripisylves caractérisent des formations boisées et naturelles sur des substrats alluviaux où l’eau joue un
rôle majeur : présence d’une nappe proche, submersions fréquentes et prolongées, érosions et ensevelis-
6
sements des sols plus ou moins réguliers, connectivité étroite avec le lit mineur. Les espèces natives qui la
composent se sont ainsi adaptées à un régime de perturbations entretenu par les crues.
remarquables
Espèces
-5-
7
1.1.2
Une résilience des ripisylves dépendant de processus
complexes
La sylvigénèse des ripisylves débute avec la colonisation d’alluvions déposées
en fin de crue par des espèces à bois tendre (aulnes, peupliers, saules). Puis
ce stade pionnier évolue en plusieurs décennies vers un stade mature avec des
espèces à bois dur (frênes, chênes, ormes). Les essences à bois dur supportent
moins bien les fortes et fréquentes perturbations des milieux pionniers et s’ins-
tallent sur des milieux plus stables : d’abord les frênes en stades post-pionnier
ou mature, puis les chênes, les ormes et les érables. Le peuplier blanc, espèce
thermophile et héliophile et supportant bien la sécheresse, sera, lui, avantagé à
des stades intermédiaires. Quel que soit son stade d’évolution, cette forêt dépend
de l’eau souterraine (nappe proche) et de surface (inondation). Il n’y a donc pas
d’espèces dryades (hêtre, sapin) caractéristiques des forêts matures.
À consulter : Les boisements pionniers changent les conditions d’écoulement et la forme des
Corenblit, D.; Steiger, bancs. Ils piègent les corps flottants, détournent les écoulements et favorisent la
J.; Mzal, L.; Till- sédimentation, donc le recrutement d’autres plantes. Le peuplier noir et les saules
sont ainsi considérés comme des espèces « ingénieures » car ils modifient leur
Bottraud, I. Relier la
environnement en le rendant plus favorable pour eux. Ces interactions étroites
biogéomorphologie entre hydromorphologie et colonisation par des plantes vivaces sont à l’origine
fluviale à l’écologie de la transformation des paysages alluviaux, perceptible à l’échelle humaine. On
évolutive : un focus parle aussi de trajectoire ou de cycle bio-hydromorphologique.
sur les arbres riverains
pionniers. 2020, 55–72.
Au cours de cette évolution, les sols s’élèvent également par sédimentation des
sables et des limons transportés par les crues et forment des terrasses plus hautes,
où les inondations sont moins fréquentes et la nappe moins affleurante.
Ces successions complètes ne se réalisent pas partout car les crues créent des
perturbations fréquentes et d’ampleurs variables par érosion des sols ou enseve-
lissement faisant disparaitre ces milieux. Ainsi dans les ripisylves assez larges, on
observe des stades pionniers sur les berges et les bancs fréquemment remaniés
par les crues, et des stades plus évolués en retrait des chenaux d’écoulement.
Dans les cours d’eau très divagants, des stades plus matures peuvent parfois aussi
être soudainement en contact avec le lit mineur, voire former un îlot boisé. Sur
les cours d’eau avec des ripisylves étroites, ces successions seront surtout visibles
dans le sens longitudinal avec des stades pionniers à certains endroits (anciennes
érosions de berge) et des stades plus évolués ailleurs. Dans les petits cours d’eau
avec des lits majeurs restreints et moins de variation de la hauteur de la nappe,
l’aulne, qui s’installe sur les sols engorgés, est avantagé par rapport aux saules et
peupliers, qui ont besoin de milieux plus drainants.
1.1.3
1
Le recrutement et l’adaptation des espèces ligneuses pionnières
Pour les peupliers et les saules, qui s’installent sur les alluvions déposées par les rivières, la réussite de la re-
production sexuée n’est pas garantie tous les ans, bien au contraire. Ce sont des espèces dioïques (les chatons
Terrain
mâles et femelles sont portés par des individus distincts), dont la maturité sexuelle est précoce (6 ans pour le
peuplier noir, 3 ans pour les saules arbustifs). Elles produisent au printemps une grande quantité de graines
dispersées par le vent et l’eau, mais celles-ci ne vivent que quelques jours ou semaines et germent rapidement
et il faut des conditions bien particulières de texture (sédiments fins) et d’humidité des sols pour le dévelop-
pement des semis. Parce qu’elles ne sont pas à la bonne altitude par rapport au niveau de l’eau, la plupart
2
des plantules disparaissent par submersion ou dessication (les températures à la surface d’un banc dépassent
souvent 50 °C et la plantule doit transpirer pour se refroidir). De plus, après trois mois environ de croissance,
Cas pratiques
les plants survivants ayant développé un pivot racinaire profond auront plus de chances de se maintenir, sauf
s’ils se font éroder ou ensevelir par une crue. Pour compenser ces difficultés avec la reproduction sexuée, les
Salicacées ont aussi développé de très grandes capacités de régénération végétative (bouturage de tiges,
drageonnement chez le peuplier), qui est beaucoup plus efficace. Les suppléants forment en effet rapidement
des tiges et des racines, ils subissent moins les effets de la compétition entre espèces et supportent les ense-
velissements.
3
Atterrissements
4
Pathologies
invasives
5
Banc récemment exondé couvert de sédiments fins propice à Banc couvert de sédiments fins colonisé par des semis de peupliers
Dendromicrohabitats
l’installation des espèces pionnières. (©Popoff N.) noirs et de saules blancs ainsi que par une espèce exotique
envahissante : le platane commun. Les plantules restent très
sensibles à un ennoiement ou à une baisse du niveau d’eau lors de
l’étiage estival (stress hydrique), il est donc peu probable qu’une forêt
s’installe. (©Popoff N.)
6
remarquables
Espèces
-7-
7
Exemple de reproduction végétative : l’aulne enraciné
initialement en rive droite s’est effondré en travers du
cours d’eau. Sa souche a redonné un suppléant vigoureux
et son tronc a marcotté sur la berge opposée. Cet arbre
effondré a donc donné deux nouveaux individus, l’un en
rive droite et l’autre en rive gauche et son tronc intégré
dans les alluvions participe à la diversification des
habitats aquatiques (©Boyer M./Aquabio)
Une fois installés, les arbres pionniers bénéficient alors de nombreuses adaptations pour se maintenir malgré
les crues : tolérance à l’anoxie, capacité à former rapidement des racines adventives, ancrage racinaire très
important, forte capacité à produire des suppléants… Le long des rivières torrentielles, les arbres subissent
notamment des vitesses et des chocs importants contre leur tronc. Les jeunes arbres se couchent ou sont
emportés, les plus gros résistent ou cassent.
Ainsi, les périodes de calme hydrologique dans les rivières à forte dynamique sont très favorables aux recrute-
ments par semis des saules, aulnes et peupliers qui pourront coloniser très rapidement de nouveaux espaces.
Les bras vifs ayant moins d’activité, les arbres peuvent alors former des boisements qui stabilisent à leur tour
la forme du cours d’eau. Puis, si la fréquence et l’intensité des crues sont retrouvées, les boisements seront
détruits par sapement des berges et la bande active s’élargira à nouveau.
Ces cycles de boisement du lit et d’érosion sont naturels et se déroulent sur plusieurs dizaines d’années.
Voir un lit se boiser n’est pas systématiquement le signe d’un dysfonctionnement. Par ailleurs, la repro-
duction sexuée des espèces ligneuses pionnières dépend étroitement de la dynamique alluviale car elle
nécessite des substrats spécifiques créés par celle-ci. Elle est essentielle pour l’adaptation aux change-
ments environnementaux et aux pathologies émergentes, même si ces espèces bénéficient de très fortes
capacités de régénération clonale.
L’érosion de la berge dévoile le mystère des peupliers noirs installés sur des berges assez hautes alors qu’ils naissent sur les bancs d’alluvions
à une altitude proche du niveau d’étiage : c’est la possibilité de former plusieurs fois des racines adventives sur le tronc au-dessus du collet. Le
cliché montre à droite et à gauche du tronc différents étages de racines charpentières. Ce peuplier est donc bien né à un étage inférieur avant
que la berge ne se forme et a contribué à la constitution de celle-ci en stabilisant les alluvions. Les peupliers ont aussi la capacité de drageonner.
(©Popoff N.)
Mise en place
seuils) et fournissent nourriture et habitats à une grande diversité de faune aquatique et terrestre. Les dif-
d’un PPGV
férences de structures et de compositions de la végétation, de sols et de microclimats créent des conditions
environnementales uniques, favorables à la biodiversité aquatique, terrestre et hygrophile. Les corridors ri-
vulaires servent ainsi de refuge à une grande diversité d’animaux et de plantes terrestres, et permettent en
particulier de maintenir une richesse écologique importante dans les paysages agricoles. Ils accueillent éga-
lement une biodiversité unique d’espèces spécialistes qui ont besoin d’être proches de l’eau pour accomplir
leur cycle de vie.
Le gradient d’humidité apporté par une ripisylve large permet d’accueillir une très grande diversité d’espèces.
Organisation
Préparation
La présence de bois morts décomposés, souvent humides, est déterminante pour le développement d’une
diversité exceptionnelle en champignons et en insectes mycétophages (se nourrissant de champignons) et
saproxylophage (se nourrissant de bois morts). La formation de petites cavités provoquées par les chutes
d’arbres sont des refuges pour de nombreuses espèces, y compris pour des espèces réputées cavernicoles.
Nombre d’animaux terrestres et aquatiques consomment les insectes aquatiques émergeants, parfois de
manière exclusive. Ceux-ci fournissent une ressource alimentaire avec des acides gras essentiels uniques, y
1
compris très tôt dans l’année lorsque les écosystèmes terrestres ne produisent presque plus aucune ressource.
La survie de nombreux invertébrés ayant une forme larvaire aquatique dépend de la présence d’une ri-
pisylve, ces derniers s’y réfugiant à l’émergence et tendant à occuper toutes les strates de la ripisylve, cer-
Terrain
taines espèces préférant les plus basses, d’autres les plus hautes. Au-delà de l’aspect trophique (apports de
litières), la présence d’une ripisylve large, complexe et ancienne est donc déterminante dans le maintien
d’une biodiversité aquatique élevée. La perte des ripisylves conduit notamment à la disparition des espèces
psychrosténothermes (d’eau froide) et de celles qui pondent exclusivement sur des branches ou des feuilles
surplombant les cours d’eau (Athericidae, Lestidae…), ce qui a un impact direct sur l’abondance de la faune
2
aquatique. De plus, les invertébrés terrestres en provenance de la ripisylve peuvent représenter plus de la moi-
tié de la biomasse consommée par les truites à certaines périodes de l’année.
Cas pratiques
La ripisylve et le bois mort qu’elle fournit jouent ainsi directement (litière) ou indirectement (insectes) un
rôle trophique essentiel pour les cours d’eau. Ils créent également des habitats spécifiques pour la faune
aquatique.
3
Atterrissements
4
Pathologies
invasives
5
La canopée présente au-dessus de l’eau est très importante pour la Sous la canopée de la ripisylve, des truites fario sur une frayère.
Dendromicrohabitats
faune aquatique en période végétative : elle prévient le réchauffement (©Passeron R./ FDAAPPMA 06)
de l’eau et fournit une nourriture importante composée d’insectes
naissant sur les feuilles et tombant dans l’eau. (©Aquabio)
6
remarquables
Espèces
-9-
7
1.1.5
Une grande biodiversité
Les ripisylves en France sont facilement identifiables parce qu’on y retrouve les
mêmes types de boisements : dans les premiers stades des successions végétales,
les formations arbustives et arborées à bois tendre d’aulnes, saules et peupliers,
puis, à des stades plus évolués, des boisements mixtes ou à bois dur de frênes,
chênes et ormes. Ce qui sera moins visible pour un non spécialiste c’est la très
grande variation d’espèces végétales à l’intérieur de ces formations en fonction
du climat ou la zone biogéographique, de la nature des sols et de la dynamique
des cours d’eau. Ainsi, dans le sud, des espèces thermophiles apparaissent : frêne
oxyphylle (Fraxinus angustifolia), micocoulier (Celtis australis), peuplier blanc (Po-
pulus alba), laurier sauce (Laurus nobilis), aulne de Corse en Corse (Alnus cordata).
En se rapprochant du littoral, ce sont des espèces supportant la salinité : tamaris
(Tamarix africana et Tamarix gallica), et en montant en altitude, des espèces mon-
tagnardes ou adaptées aux torrents : aulne blanc (Alnus incana), saule drapé (Salix
eleagnos), saule faux-daphné (Salix daphnoides)… Les assecs prolongés sélec-
tionnent également certaines espèces, comme le laurier-rose (Nerium oleander).
1
Terrain
2
Cas pratiques
3
Atterrissements
4
Pathologies
invasives
5
Dendromicrohabitats
La vigne sauvage (Vitis vinifera subsp.sylvestris), espèce protégée à l’échelle nationale, était largement présente au sud d’une ligne Nantes-Metz
avant que le phylloxera ne décime les vignes. Elle est devenue rare et reste encore présente dans les ripisylves et les forêts colluviales. Cette
liane vivace très sarmenteuse peut atteindre 25 m de hauteur dans les houppiers. Son identification est difficile. Ses feuilles sont petites (< 10 cm)
entières ou trilobées. Les jeunes feuilles ont une forte densité de poils laineux sous leur face inférieure. Les feuilles adultes présentent ces poils
dessus (densité éparse) et dessous (densité moyenne ou forte). Sur leur pourtour, les courtes pointes présentent une base assez large et des
6
bords convexes. L’échancrure à leur base vers le pétiole est généralement ouverte et sans chevauchement. Leurs marges sont souvent retournées
vers la face inférieure et leurs pétioles rougeâtres. Les poils laineux se retrouvent également sur les bourgeons (densité moyenne) ou sur les
remarquables
rameaux et les pétioles (densité faible). L’espèce est dioïque (pied mâle/pied femelle). La vigne sauvage est héliophile, on la trouve donc dans les
milieux pionniers et post-pionniers. (©Boyer M./Aquabio)
Espèces
- 11 -
7
Dans le sud de la France, le maintien de cette diversité des ripisylves est essentielle à la faune et notamment
pour plus de 130 espèces d’oiseaux qui les occupent temporairement pour des haltes migratoires, l’hivernage,
en tant que zone de repos : loriot d’Europe (Oriolus oriolus L.), guêpier d’Europe (Merops apiaster), milan noir
(Milvus migrans (Boddaert)), ou toute l’année : bouscarle de Cetti (Cettia cetti Temminck), bihorau gris (Nyc-
ticorax nycticorax L.). La structure complexe des ripisylves, les deux écotones avec le lit mineur et le lit majeur,
l’abondance des microhabitats et des lianes (lierre (Hedera helix), houblon (Humulus lupulus), salsepareille
(Smilax aspera)) sont très favorables à l’avifaune.
Les ripisylves abritent également de nombreuses espèces de mammifères telles que le castor d’Europe (Castor
fiber L.) et la loutre (Lutra lutra L.), toutes deux parfaitement adaptées à la vie à l’interface entre milieux aqua-
tique et terrestre.
Dortoir de hérons bihoreaux (Nycticorax nycticorax) dans une tamariçaie. Les ripisylves sont souvent le lieu de grandes colonies d’oiseaux pis-
civores, qui trouvent un lieu privilégié pour se reproduire et se nourrir. (©Popoff N.)
La région Provence-Alpes-Côte d’Azur en particulier abrite une trentaine d’espèces de chiroptères et plusieurs
d’entre elles fréquentent les ripisylves pour se nourrir, se reproduire et se reposer. Parmi elles, le murin de Ca-
paccini (Myotis capaccinii (Bonaparte) (quasi-menacée), le murin de Daubenton (Myotis daubentonii (Kuhl)), la
noctule de Leisler (Nyctalus leisleri (Kuhl)) et les pipistrelles (Pipistrellus pipistrellus) logent mais aussi chassent
dans les ripisylves et au-dessus des cours d’eau à la tombée de la nuit. On retrouve également plus de 50
espèces de reptiles et d’amphibiens et près de la moitié d’entre eux fréquentent les ripisylves pour se repro-
duire, se nourrir ou hiberner : salamandre tachetée (Salamandra salamandra (L.)), rainette méridionale (Hyla
meridionalis (Böttger)), sonneur à ventre jaune (Bombina variegata (L.)), couleuvre vipérine (Natrix Maura (L.)),
couleuvre à collier (Natrix Natrix (Lacepède)) ou encore couleuvre à échelon (Rhinechis scalaris (Schinz)).
Couleuvre vipérine avec un poisson dans sa gueule : elle vit dans Comme tous les amphibiens indigènes en France, la rainette méri-
les cours d’eau et pond ses œufs dans les racines des arbres ou des dionale est une espèce protégée. Elle occupe les milieux largement
terriers abandonnés.(©Aquabio) ensoleillés. (©Popoff N.)
La biodiversité hébergée dans les ripisylves dépend étroitement de facteurs biotiques et abiotiques et de
Mise en place
d’un PPGV
processus bio-hydromorphologiques très spécifiques. Elle a subi un fort déclin au cours des siècles derniers
et reste aujourd’hui encore extrêmement fragile au vu des nombreuses dégradations ou destructions dont
les ripisylves font l’objet.
1.1.6
Des causes anciennes et récentes de dégradation des ripisylves
Les causes de dégradations des ripisylves sont multiples. Parmi les plus anciennes et toujours d’actualité, la
Organisation
Préparation
conquête des espaces naturels par l’agriculture puis par l’urbanisation sont celles qui touchent les superficies
les plus importantes. Dans les zones agricoles, ces espaces peuvent facilement (du point de vue technique et
financier) être rendus au cours d’eau pour voir des ripisylves se régénérer spontanément. Il suffit de reculer les
clôtures ou de laisser des bandes non cultivées. En ville, ces opérations sont beaucoup plus difficiles et coû-
teuses et la régénération spontanée moins évidente (absence de semenciers).
1
L’artificialisation des cours d’eau (rectification, recalibrage, endiguement, protections de berge) ou leur évolu-
tion morphologique suite à des aménagements ou des extractions de matériaux sont une autre cause majeure
de régression ou disparition des ripisylves, car elles concernent des linéaires importants de cours d’eau. Le
retour des ripisylves dépend alors d’opérations assez lourdes de restauration morphologique des milieux.
Terrain
2
Cas pratiques
3
Atterrissements
Prélèvement de petits bois pour le chauffage (usage local) avec des Prélèvement de gros bois (les plus intéressants au niveau écologique)
impacts localisés. (©Boyer M./Aquabio) pour une valorisation commerciale. (©Boyer M./Aquabio)
Les prélèvements de bois pour l’usage des riverains banalisent la structure des boisements
Pathologies
invasives
avec des impacts plus ou moins étendus. Plus graves, des prélèvements industriels de bois ont
été réalisés dans les ripisylves de la Drôme, du Vaucluse et des Alpes-de-Haute-Provence pour
alimenter des centrales de cogénération biomasse ou d’autres filières du type fabrication de
plaquettes ou installations de compostage pour les parties moins nobles. Les bois ont été achetés
sur pied environ 5 euros la tonne aux riverains des cours d’eau ou récupérés en leur proposant
de réaliser gratuitement leur obligation d’entretien. Entre 2014 et 2020, 40 hectares de ripisylves
5
ont ainsi été coupés à blanc dans les ramières du Roubion et du Jabron, notamment dans un site
Dendromicrohabitats
Natura 2000, et sur plus de 10 km de linéaire sur le Lez, en partie sur des emprises EBC, sans qu’il
soit possible d’empêcher cette pratique, la ripisylve n’étant pas un « objet juridique identifié ».
Pour réduire ces impacts, les seuils de Déclaration du code forestier ont été abaissés dans les
deux premiers départements par un arrêté pris en 2020 et un Arrêté de Protection des Habitats
Naturels (APHN) a été pris en 2021. Les APHN sont des arrêtés visant à préserver des habitats
naturels présentant un intérêt particulier à titre scientifique, de rôle essentiel dans l’écosystème
ou de préservation du patrimoine naturel. Ils complètent les Arrêtés de Protection de Biotope, qui
6
- 13 -
7
Les maladies sur les Enfin, les multiples invasions biologiques menacent gravement les ripisylves en
impactant de manière durable les successions végétales ou la santé des arbres.
arbres sont dues à des
Le buddleya (Buddleja davidii) colonise par exemple très rapidement les bancs
microorganismes patho- et les berges érodées au détriment des saules et des peupliers. Les renouées du
gènes (champignons, Japon (Fallopia spp.) empêchent la régénération de nombreuses espèces. Or,
oomycètes, bactéries, lorsqu’elles existent, les solutions techniques pour contenir ces invasions sont dif-
virus, nématodes). Elles ficilement généralisables à toutes espèces et tout stade d’invasion et dépendent
sont qualifiées d’émer- étroitement de la motivation des acteurs locaux à les mettre en place de manière
gentes quand leur permanente. Parmi ces invasions biologiques, les maladies émergentes ont des
incidence, leur sévérité impacts majeurs pour les ripisylves puisqu’elles touchent directement deux es-
ou leur aire géogra- pèces importantes, l’aulne glutineux et le frêne commun (cf. Fiche n°5, page 87)
et que tout le territoire métropolitain est concerné.
phique, augmentent
brutalement. L’intro-
duction involontaire
de microorganismes Le patrimoine génétique du peuplier noir (Populus nigra) est, lui, menacé par
exotiques est la cause la son hybridation spontanée (introgression) avec le peuplier noir d’Italie ou des
plus fréquente d’appa- cultivars créés pour la production de bois, dont le pollen peut facilement couvrir
rition de ces maladies. un kilomètre de distance. Les enjeux ne sont pas uniquement écologiques car
En Europe, les cham- le peuplier noir est une ressource génétique essentielle pour l’adaptation de la
pignons exotiques sont populiculture aux changements climatiques. Un programme de recherche a donc
été lancé dans les années 90 par l’INRA. Il a conduit à créer plusieurs sites de
par exemple à l’origine
conservation in-situ ou ex-situ en France et à la création de 6 variétés spécifiques
de 80 pathologies végé- à des grands bassins hydrographiques : Loire, Garonne, Rhin, Seine, Rhône Mé-
tales émergentes. diterranée et Rhône Saône. Celles-ci proviennent d’un mélange de 25 clones et
peuvent être utilisées pour les techniques végétales, les aménagements urbains
ou le reboisement des berges à la place des cultivars.
Sans faire
d’analyse génétique,
il est possible
d’étudier de visu la
diversité génétique
des populations de
peupliers noirs d’un Le peuplier noir d’Italie (Populus
cours d’eau et les nigra var. « italica » DR) est un
éventuelles difficultés mâle et un des clones formant la
de reproduction plus grosse biomasse au monde.
végétative : l’angle des Sélectionné pour son port
branches avec le tronc, fastigié caractéristique (l’angle
la date de la chute des des branches étant un caractère
feuilles ou les dates héréditaire), il aurait été créé
en Afghanistan et introduit en
de différents stades
France en 1745. Son hybridation
de floraison (à partir avec les populations naturelles
de fin mars) sont des de peupliers noirs fait courir à
caractéristiques à fort celles-ci un risque de perte de
déterminisme génétique diversité génétique. (©Boyer M./
et peuvent être Aquabio)
observées directement
sur les individus mâles
et femelles.
À consulter :
Le site de l’INRAE
dédié au peuplier noir
(Populus nigra) https://
peupliernoir.hub.inrae.fr
Mise en place
1.2.1 À consulter :
d’un PPGV
Sources, transport et rétention des bois flottants Margaux Quiniou,
Guillaume Piton.
Le bois dans les rivières génère des affouillements ou des sédimentations Embâcles : concilier
et, quand il forme des embâcles, des surélévations du niveau d’eau en crue. gestion des risques
Dans les secteurs sans enjeux, ces effets sont très largement bénéfiques (di- et qualité des milieux.
versification des faciès d’écoulement, échange nappe-rivière, zone refuge, Guide de diagnostic et
etc.) alors qu’ils pourront être une source d’aggravation du risque dans les
de recommandations.
Organisation
zones habitées.
Préparation
[Rapport de recherche]
Le bois mort déjà au sol ou dans l’eau, issu de la chute naturelle des arbres ou ISL Ingénierie ; INRAE.
des bois échoués lors des crues focalise souvent toutes les attentions. Pourtant, 2022, pp.135.
en temps normal, ce bois est le plus souvent très peu abondant et ne repré- https://hal.science/hal-
sente qu’une fraction minoritaire des bois formant les embâcles lors des crues 03621373
exceptionnelles.
1
Le bois dans les laisses de crue a en effet plusieurs origines :
• les bois coupés et entreposés à proximité des cours d’eau ;
Terrain
• les bois issus de la mortalité normale des troncs et des branches des boi-
sements rivulaires. Les arbres morts peuvent rester debout plusieurs années
avant de s’effondrer et la durée de décomposition des troncs est rapide dans
les boisements humides, puisqu’à partir d’une dizaine d’années certains bois
sont déjà décomposés. Le bois mort est fréquent dans les boisements rivu-
2
laires ayant atteint le stade futaie (mature), il est rare dans les stades plus
jeunes ;
• les bois issus d’une mortalité anormale des arbres due à des pathologies inva-
Cas pratiques
sives. La chalarose et le phytophthora, qui déciment respectivement les frênes
et les aulnes, sont à l’origine d’une grande quantité de bois morts puisqu’elles
touchent les espèces les plus représentées dans les ripisylves ;
• les bois vivants issus de l’érosion ponctuelle ou généralisée des berges. Sur
certains cours d’eau de montagne ou de piémont (avant d’arriver dans la
plaine), la largeur des cours d’eau peut passer brutalement de 1.5 à 3 voire 5
3
fois la largeur initiale pour des crues majeures. Ce sont donc des volumes très
importants de bois qui sont mobilisés lors de ces crues ;
Atterrissements
• les bois vivants issus des versants (glissements, avalanches, coulées de boue).
Ces évènements peuvent aussi fournir brutalement des quantités importantes
de bois.
Les études montrent que le bois mobilisé par les crues majeures vient ma-
joritairement d’arbres vifs. Éliminer systématiquement les arbres morts ou
les bois mort au sol n’empêchera donc pas la présence de bois flottants lors 4
des crues.
Pathologies
invasives
- 15 -
7
La variation des flux de corps flottants lors des crues
Pour que le bois puisse être entrainé vers l’aval, il doit flotter et pour cela il faudra une hauteur d’eau dépassant la moitié de sa largeur calculée en
intégrant ses différentes aspérités (grosses branches et racines). Au cours d’une crue, les premiers bois emportés seront ceux présents dans le lit
(bois A), puis viendront ceux situés sur les atterrissements (bois B) ou les pieds de berge (bois C) et si l’eau monte assez, elle emportera ensuite
les bois en rive, surtout si la berge est érodée (bois D). En même temps du bois arrive depuis l’amont et les flux très faibles en début de crue vont
se densifier surtout aux très fortes hauteurs d’eau. En effet à ce stade, ce sont aussi les arbres vivants qui pourront être emportés. Le bois coupé
placé sur les rives est donc un facteur d’aggravation du risque d’embâcle puisqu’il est très mobile mais ne sera emporté qu’au pire moment de la
crue.
La quantité de bois transportée par les crues a tendance à progresser par paliers :
• les crues courantes ne transportent que certains bois très proches de l’eau et de petites dimensions ;
• les hauteurs d’eau des crues juste débordantes à décennales permettent d’emporter plus de bois, qui par-
courront des distances plus ou moins importantes selon leur forme et les obstacles rencontrés. C’est là que
la gestion raisonnée aura tout son intérêt. (cf. Fiche n°3, page 76)
• les crues exceptionnelles emportent de grandes quantités de bois avec la mobilisation des arbres vifs par
érosion des berges ou des versants.
Ce fonctionnement par paliers qui est aussi valable lors d’une forte crue (peu de bois au début puis des apports
soudains et importants) surprend souvent les gestionnaires et riverains habitués à un cours d’eau fonctionnant
différemment, à fortiori parce que le second et surtout le troisième paliers sont rarement activés. Conserver
des bois non dangereux dans les cours d’eau est donc important pour changer ces perceptions. Voir du
bois se déposer puis être repris lors de la crue suivante est en effet un moyen de comprendre qu’il peut être
conservé.
Les chablis (arbres déracinés) d’arbres matures sur les berges avec la Apports de bois venant des versants suite à une forte mortalité des
présence de leur « pied » (couronne racinaire) ont moins de probabilité épicéas. (©Boyer M./Aquabio)
d’être emportés par les crues. (©Boyer M./Aquabio)
Mise en place
éparse ne représentent qu’une très faible partie du flux transporté en crue et des dépôts post-crue et
d’un PPGV
leur élimination n’a aucun intérêt. C’est surtout dans les cours d’eau de taille par des analyses d’images
intermédiaire (typiquement 5 m < largeur < 20 m) que le problème du dé- aériennes. Elle a eu des
placement du bois flottant est particulièrement prégnant car les conditions effets morphogènes très
d’écoulement permettent une certaine mobilité de celui-ci et la formation
importants en érodant
d’embâcles.
fortement les ripisylves.
Les volumes de bois transportés, la localisation des embâcles et leurs caracté- Neuf hectares de forêt
ristiques sont très mal documentés en France. Des suivis ont été réalisés sur ont ainsi été emportés et
Organisation
Préparation
quelques grandes rivières (Ain, Allier, Isère, Rhône). Mais les cas bien documen- de multiples embâcles
tés de transport sur des cours d’eau plus petits sont quasiment inexistants (cf. se sont formés allant
Fiche n°1, page 63). Cette situation est un frein à la construction de modèles de quelques dizaines à
prédictifs précis sur les volumes de bois mis en jeu, notamment pour dimen- centaines de m3 en volume
sionner des ouvrages ou des aménagements (cf. 1.2.4, page 26). apparent. Cela représente
8 % de la surface boisée
1
inondable du bassin
versant. Ce sont également
3 000 m3 de bois en
Terrain
volume apparent qui ont
atteint la basse vallée
urbanisée, s’accumulant
principalement au niveau
de ponts et dalots et
2
aggravant les inondations
du lit majeur. L’inventaire
Cas pratiques
a toutefois montré que
deux fois plus de volume,
soit 6 000 m3 avaient
été piégés dans les
zones naturelles boisées
3
en amont. L’entretien
préventif qui était réalisé
Atterrissements
consciencieusement sur
ce cours d’eau n’a donc
pas permis d’empêcher
la production de grandes
Les bois échoués de manière éparse dans la bande active des cours d’eau en tresses donnent une idée quantités de bois flottants.
du flux important de bois transporté en crue dans les rivières larges à fort charriage. Ces bois sont égale- Seul l’aménagement
ment retrouvés dans d’énormes embâcles formés dans les ripisylves. Il n’y a aucun intérêt à éliminer tous 4
d’ouvrages de protection
ces bois épars et bien visibles dans la bande active puisque la prochaine crue en mobilisera beaucoup
ou la restauration d’un
plus. Seuls des aménagements spécifiques au niveau des ouvrages (pont, seuil…) peuvent apporter des
espace suffisant pour le
Pathologies
invasives
- 17 -
7
Le recrutement massif des arbres dans les rivières à fort charriage se fait par affouillement des berges ou des îlots boisés avec des profondeurs
qui atteignent couramment 1 ou 2 m. Le système racinaire des arbres freine la progression de ces érosions latérales, mais seuls les plus dévelop-
pés arriveront à se maintenir. (©Boyer M./Aquabio)
La crue a creusé le lit du cours d’eau, affouillé les systèmes racinaires Les cannes de Provence avec des tiges ligneuses légères et très
des arbres et entrainé tous les petits sujets. Seuls quelques arbres nombreuses sont une source importante de corps flottants à l’origine
adultes restent présents sur les berges. (©Boyer M./Aquabio) d’embâcles fréquents sur les très petits (< 2 m de large) et petits (< 5 m
de large) cours d’eau. (©Barrand C./Aquabio)
Les arbres matures sur les anciennes terrasses alluvionnaires sont facilement déstabilisés par les crues (chêne menacé à gauche et effondré en
fin de crue à droite). Si leur couronne racinaire et/ou leur houppier ne cassent pas, ils sont alors beaucoup moins mobiles que des éléments droits.
Les racines et branches frottent sur le fond et agissent comme une ancre d’un bateau pris dans une tempête. (©Boyer M./Aquabio)
Le bois est transporté par flottaison à la vitesse de l’écoulement de l’eau. Il suit ainsi les écoulements de sur-
face. Il peut aussi être entrainé par charriage dans les torrents et même former un front dans lequel les bois
enchevêtrés roulent et se poussent entre eux. C’est le régime de transport hyper-saturé, pour lequel les bois
forment des accumulations mobiles constituées d’éléments en position oblique ou perpendiculaire au sens de
l’écoulement. La vitesse de déplacement des bois est alors dépendante des forces de friction avec le fond, les
berges et les autres éléments transportés (blocs…). Ce régime est caractéristique des cours d’eau intermittents
et des zones arides ou des torrents subissant des apports massifs des versants.
Mise en place
l’enchevêtrement des pièces démultiplie les risques de blocages.
d’un PPGV
Un bois transporté est toujours plus court que l’arbre initial. La chute brise en effet une partie de celui-ci puis
les conditions d’écoulement et les impacts sur le fond et sur les obstacles (blocs, autres arbres, structures)
cassent et réduisent encore la dimension des bois d’autant plus que les écoulements sont énergétiques. Dans
les torrents, le bois flottant est particulièrement fragmenté et usé pendant son transport. Lors des laves tor-
rentielles, le bois est rapidement réduit en plus petites dimensions et, à l’exception de quelques pièces par-
ticulièrement massives, il ne contribue en général pas à la création des embâcles (les obstructions sont alors
plutôt le fait des blocs rocheux).
Organisation
Préparation
Les bois flottés peuvent s’accumuler derrière les obstacles (arbres, ouvrages…) en une seule couche (tapis de
flottants) ou en plusieurs couches. Le premier cas est typique des dépôts en conditions de faibles vitesses
d’écoulement, comme dans les retenues ou sur les très faibles pentes et grandes largeurs d’écoulement en
contexte de plaine. L’impact hydraulique du tapis de flottants (surélévation de la ligne d’eau en amont) est
très généralement faible. Pour devenir significatif, il faut que ce dernier couvre totalement une longue portion
1
de cours d’eau. Dans le second cas, l’accumulation se fait dans des conditions plus dynamiques, soit au fur et
à mesure de la montée des eaux derrière l’obstacle, qui rajoute des bois au-dessus de la pile existante, soit
en poussant les corps flottants les uns sous les autres au niveau de l’obstacle. Ce phénomène peut se passer
contre les blocs rocheux proéminents, les piles ou les travées des ponts. Si le niveau d’écoulement augmente
Terrain
jusqu’à largement dépasser la crête de l’obstacle, une partie ou la totalité de l’embâcle peut être relarguée par
surverse. Les tapis de flottants peuvent aussi être relargués lors de la décrue, par exemple quand un pont large
mais mis en charge retrouve un certain un tirant d’air.
2
Cas pratiques
3
Atterrissements
Tapis de flottants à l’embouchure dans la mer. Embâcle multicouche dans une ripisylve montrant l’écoulement très dynamique qui l’a déposé et la
Ce type d’embâcle a très peu d’effet sur les quantité importante de bois charrié par la crue. Sans observation directe de sa formation, il est diffi-
niveaux d’eau en crue. (©Boyer M./Aquabio) cile de savoir si l’accumulation a été créée progressivement par un écoulement non-saturé ou plus 4
subitement par l’arrêt soudain d’un écoulement saturé ou même hyper-saturé. (©Boyer M./Aquabio)
Pathologies
invasives
Il existe très peu de données précises sur les distances pouvant être parcourues par les corps flottants.
Beaucoup de paramètres entrent en jeu : forme et longueur du corps flottant, régime de transport, largeur du
lit, rugosité des berges, obstacles (verrou rocheux, ponts, seuils …), durée et occurrence de la crue, type de crue.
Le bois est principalement transporté par flottaison. Plusieurs facteurs associés aux pièces de bois, à la mor-
phologie du cours d’eau, à la végétation qui le borde et à la magnitude de la crue influencent par conséquent
la mobilité des bois flottants :
5
• l’augmentation de la hauteur de l’écoulement limite ou prévient les frottements sur le fond et augmente
Dendromicrohabitats
la mobilité :
- les crues plus intenses (débit plus fort) et plus longues (durées de hautes eaux plus importantes) peuvent
transporter les bois sur de plus longues distances ;
- le rapport hauteur d’écoulement / diamètre des bois (incluant les racines et branches) est un indicateur
très significatif de la mobilité des flottants. Les gros éléments dépassant la lame d’eau sont peu mobiles
et déposés rapidement dès que l’écoulement peut les contourner.
• l’augmentation de la largeur de l’écoulement (à hauteur d’écoulement constante), en limitant les contacts
avec les berges et les zones de hauts fonds, augmente la mobilité :
6
- les bois flottants longilignes et courts relativement à la largeur d’écoulement sont très mobiles ;
- les rivières canalisées augmentent la distance de parcours des bois flottants ;
remarquables
- les ponts équipés de travées larges laissent le passage libre aux flottants tant qu’ils ont un tirant d’air (es-
Espèces
- 19 -
7
• les obstacles à l’écoulement à même d’intercepter les corps flottants diminuent la mobilité :
- les gros blocs proéminents dans les cours d’eau de montagne, mais aussi les arbres adultes ou matures
tombés dans le chenal, ou en bon état physiologique et bien ancrés en berge, interceptent naturellement
le bois flottant et réduisent les distances moyennes de transport ;
- les rivières présentant une morphologie diversifiée ou complexe régulent une partie du flux en présentant
continuellement des trajectoires sinueuses guidant les bois flottants vers les zones de hauts fonds, les
bancs émergés, les bras annexes ou les ripisylves ;
- la présence d’ouvrages (ponts, barrages, pièges à corps flottants, etc.) ou de contraction de la largeur du
lit favorise, voire impose, l’arrêt des flottants.
5m
8m
Embâcle formé dans un petit cours d’eau après un épisode méditerranéen exceptionnel (occurrence centennale) : le lit mineur fait 5 m de large et
le plus long tronc transporté (visible au premier plan) fait 8 m de long. Cette crue a arraché de très nombreux arbres. Une grande partie des bois
transportés a été piégée tout le long du réseau hydrographique grâce à la présence d’arbres matures solidement enracinés dans les ripisylves.
(©Boyer M./Aquabio)
Le long du réseau hydrographique, il est distingué schématiquement trois grandes zones de mobilité des
corps flottants :
• dans les petits cours d’eau, le volume de bois transporté est très faible et sur de courtes distances (typi-
quement quelques dizaines à quelques centaines de mètres). Ce bois peut toutefois poser problème, car les
ouvrages de franchissement sont très petits et facilement obstrués même par de très petits volumes de
corps flottants. À moins de mener des entretiens sévères en amont, il est difficile d’empêcher ces apports de
litières végétales et de petits bois flottés. Des aménagements spécifiques (grille, râtelier) doivent donc être
créés et entretenus très souvent pour éviter l’obstruction de ces petits ouvrages ;
• dans les cours d’eau de taille intermédiaire, les hauteurs d’écoulements et la largeur du lit ou des chenaux
peuvent permettre le transport de troncs ébranchés et de grosses branches sur des distances plus longues
(typiquement quelques centaines de mètres à quelques kilomètres). Ces cours d’eau sont équipés de ponts
et d’ouvrages de tailles variables. Les ouvrages plus étroits que le chenal, équipés de piles en rivières ou
mis en charge par les crues, sont des zones d’accumulations prévisibles ;
• dans les grands cours d’eau, la largeur du lit ou des chenaux et celle des ouvrages ne sont généralement pas
limitantes et les profondeurs d’eau permettent toujours la flottaison lors des crues. Les bois de toutes tailles
peuvent être mobilisés et parcourir des distances quasiment illimitées. L’entretien préventif pour éviter des
embâcles en aval n’est plus justifié car les linéaires à gérer seraient immenses. De plus, les ponts équipant
ces cours d’eau ont souvent des gabarits qui permettent le transit de la majorité des bois, une minorité pou-
vant former de petits embâcles généralement sans conséquence sur les piles. Le bois flottant ne pose alors
de problème qu’au droit d’ouvrages particulièrement peu adaptés.
Comme indiqué précédemment, à l’intérieur de ces trois grands domaines théoriques, de nombreux autres
paramètres que la largeur du lit ou des ouvrages influencent la mobilité des bois. C’est pourquoi des études
préalables sont nécessaires pour élaborer les plans pluriannuels de gestion de la végétation, qui vont fixer
les linéaires précis à entretenir en amont des sites à enjeux soumis à un risque d’embâcle. Si la connais-
sance des ponts ou des sites à probabilité d’embâcles est bien évaluée ou connue, les secteurs de gestion (cf.
2.1.4, page 57) ne devraient plus ensuite trop évoluer d’un programme d’entretien à l’autre.
Mise en place
(quelques centaines à une poignée de milliers de m³ d’eau) sont sans commune mesure avec les volumes d’eau
d’un PPGV
impliqués dans les crues majeures (des centaines de milliers à plusieurs millions de m³). Le ratio entre les deux
volumes est en règle générale < 1 %, même pour de gros à très gros embâcles.
Ce n’est donc, à priori, pas de l’effet hydrologique de la rupture des embâcles qu’il faut s’inquiéter. La rupture
des embâcles a surtout pour effet de relâcher brutalement une quantité importante des bois pris dans ce-
lui-ci. Transportés en paquets dans la phase initiale de rupture, ces amas ont de fortes probabilités de créer de
nouvelles obstructions aux droits de verrous situés juste en aval (pont, section étroite) et entrainer des éléva-
tions subites des niveaux d’écoulements laissant croire à une augmentation du débit. Ces amas se disloquent
Organisation
Préparation
progressivement au gré des multiples obstacles rencontrés sur leur parcours. La présence de faciès diversi-
fiés, de gros blocs rocheux ou d’une ripisylve suffisamment large régule et protège ainsi les tronçons aval
des phénomènes ayant lieu dans les tronçons amont (voir l’exemple de la Brague donné plus haut où les 2/3
des volumes ont été piégés par la ripisylve).
Les embâcles qui barrent le lit du cours d’eau et ralentissent l’eau favorisent aussi le dépôt des sédiments. Dans
1
les cours d’eau ayant un fort transport solide, ces retenues naturelles peuvent ainsi être rapidement comblées.
La rupture de ces embâcles libère ces sédiments, qui sont toutefois beaucoup moins mobiles que le bois. À
proximité de ces embâcles, on peut parfois observer des marques locales de dépôts massifs de graviers sur
les berges ou dans le lit (« vague » de graviers) et d’érosions du lit (fosse d’affouillement au pied de l’embâcle
Terrain
formée par la chute d’eau) ou des berges, associées au contournement de l’embâcle par les écoulements.
En synthèse, la rupture des embâcles peut libérer des volumes limités d’eau, de bois et de sédiments. Le
transport de flottants en régime saturé ou même hyper-saturé a une forte probabilité de voir les « pa-
quets » de bois démantelés lors de leur parcours et être partiellement piégés dans les zones naturelles tra-
2
versées. Les sédiments se propagent sur des distances assez faibles et l’effet hydrologique est négligeable
en comparaison des effets de la crue elle-même. Par conséquent la présence potentielle d’embâcles ne
Cas pratiques
justifie en aucun cas d’entretenir les cours d’eau jusqu’à leurs sources. Les effets de ces ruptures doivent
être appréhendés à une échelle locale juste en amont des zones ou des ouvrages vulnérables.
3
Exemple de rupture d’embâcle dans le Sud de la France.
La situation décrite et analysée de manière scientifique ci-dessous (rupture de l’embâcle du
Atterrissements
Taurou) montre l’écart important entre la réalité de la plupart des phénomènes de ruptures
d’embâcle et l’imaginaire souvent associé à ce phénomène (une vague ou un mur d’eau déferlant
en aval) qui assimile ces ruptures à celles de barrages de retenue.
4
Pathologies
invasives
5
Dendromicrohabitats
Un embâcle temporaire de trois mètres de haut s’est formé sur ce cours d’eau (le Taurou) au profil très
encaissé et boisé. Le cliché de gauche est pris vers l’aval. En rive droite, les bois en travers en arrière-plan
montrent la hauteur maximale atteinte par l’embâcle. Le cliché de droite est pris vers l’amont et montre que
l’embâcle s’est ouvert naturellement et n’a pas été démonté par des travaux post-crue. (©Boyer M./Aquabio)
6
remarquables
Espèces
- 21 -
7
De telles ruptures d’embâcles sont souvent citées comme la cause probable de la montée brutale
des eaux par les riverains. Cette croyance est en règle générale un mythe : la montée rapide des
eaux en crue est d’abord une caractéristique hydrologique des crues méditerranéennes ou des
crues très intenses sur de petits bassins versants. Les embâcles ont d’ailleurs le plus souvent des
effets hydrologiques diffus plutôt inverses (obstacles locaux aux écoulements, ralentissant les
ondes de crue par étalement de la lame d’eau). La rupture d’un embâcle barrant l’ensemble du
cours d’eau tel que dans l’exemple photographié peut toutefois engendrer une petite onde de
rupture qui peut être décrite par modélisation hydraulique afin d’estimer sommairement son
amplitude comme le montre le détail du calcul ci-après.
1
hypothèses de débit de rupture (Q2, Q10 & Q20) : a) profil en long de la hauteur le long du chenal estimé à
différentes durées après la rupture (0, 1, 3, 7, 12, 20 et 30 minutes) et b) évolution temporelle de la hauteur d’eau
à différentes distances de l’embâcle (1, 10, 50, 100, 250 et 500 m)
Terrain
Cette simulation très simplifiée a pour but exclusif d’illustrer la très significative atténuation
des ondes de ruptures d’embâcles associées à la libération rapide de volumes très faibles d’eau
(quelques centaines à quelques milliers de m3) dans des cours d’eau subissant des ondes de crues
typiquement cent à mille fois plus volumineuses et plus lentes. Cette atténuation est modulée par
2
les frottements dans le chenal et dans le lit majeur, par la forme du cours d’eau, la pente du lit et
par la hauteur de l’accumulation qui rompt comparée aux niveaux de crue, mais elle reste marquée.
Cas pratiques
A contrario, dans le cas de l’écoulement des crues, l’atténuation des pics est quasiment
négligeable quand les pentes sont supérieures à 0,2 % – 0,5 %. En effet, la pente de la surface de
l’eau est alors proche de la pente du chenal et l’atténuation est donc faible alors que dans le cas
d’une rupture d’embâcle, la pente de l’eau est beaucoup plus raide et l’atténuation forte.
3
1.2.3
Atterrissements
Bois flottants et ouvrages : des risques difficiles à évaluer
Les embâcles derrière les piles ou les culées des ponts peuvent créer des phénomènes d’affouillements pré-
judiciables à certains d’entre eux, dont les fondations pourraient ainsi être mises à nu. L’obstruction partielle
ou complète d’un pont peut provoquer une sur-inondation, voire un contournement de l’ouvrage pouvant
entrainer sa ruine par affouillement des culées. Mais les dommages liés aux corps flottants ne concernent pas
que les ponts. Les ouvrages de sécurité sur les barrages ou les retenues, les prises d’eau, les passes à poisson, 4
les plages de dépôts peuvent connaître des dysfonctionnements plus ou moins forts provoqués par des em-
bâcles de bois. La conception et le dimensionnement des aménagements pour réduire ces risques font donc
l’objet d’études spécifiques (cf. guide Embâcles, p.15). Il existe plusieurs types d’aménagements permettant de
Pathologies
invasives
repousser les corps flottants ou de les bloquer avant qu’ils n’atteignent les ouvrages.
La formation d’embâcles aux ponts est une des principales craintes des gestionnaires de cours d’eau ou d’ou-
vrages et justifie l’entretien des boisements mené juste en amont. L’initiation et le développement d’un embâcle
sont des phénomènes complexes, partiellement aléatoires. Encore mal décrits par les modèles numériques, ces
phénomènes peuvent être étudiés sur des modèles réduits.
5
Dendromicrohabitats
La littérature sur le sujet fait ressortir que la probabilité d’un embâcle augmente avec :
• la longueur et le diamètre des bois transportés ;
• la forme rugueuse des bois (présence de branches ou racines) ;
• le transport par paquets des bois (régime semi-saturé ou saturé) ;
• la faible largeur des travées ;
• la faible hauteur du tablier et la mise en charge du pont ;
• la présence de piles ;
6
- 23 -
7
Une formule avec des paramètres assez simples (GSCHNITZER et al., 2017, décrite dans le guide
cité dans l’introduction de la partie 1.2.) permet d’estimer la probabilité de la formation d’un
embâcle au pont.
Avec :
paramètres χ ß
ßo -13,0675
1 - pile de pont dans le lit mineur 1,176
sans 1
avec 2
2 - déflecteur amont -2,242
sans 1
avec 2
3 - forme rugueuse des flottants 2,2071
non 1
oui 2
4 - type de transport des flottants 2,3074
individuel 1
en paquets (régime semi-saturé ou saturé) 2
5 – pente de l’ouvrage pente exprimée en % -0,2438
6 - hauteur d’eau relative à la hauteur sous
heau/htablier 7,91
tablier
7 - longueur des flottants relative L
L/B 2,83
à la largeur du pont B
Parmi les paramètres à prendre en compte dans la formule, la présence d’un déflecteur sur la face
amont du tablier réduit fortement le risque d’embâcle en comparaison d’une face droite équipée
d’une rambarde type. L’équivalent horizontal de ce déflecteur vertical serait un entonnement
amont progressif entre le chenal amont et la section du pont, sans élément rugueux risquant
d’accrocher les bois et favorisant ainsi le passage des corps flottants, comme par exemple dans
les lits canalisés et bétonnés.
L’utilisation de cette formule nécessite de faire une hypothèse sur la longueur des flottants, la
présence de branches et/ou racines et leur régime de transport. En l’absence d’observations
précises, on pourra considérer que la probabilité à étudier correspond généralement à :
• une longueur de bois transporté égale à la largeur du lit en amont pour les petits et moyens
cours d’eau dans les lits non canalisés (< 10-15 m de large) ; bien évidement, si des arbres plus
grands ont poussé juste à l’amont du pont ils sont une cause possible d’embâcle sans transport ;
• une forme rugueuse des flottants pour les cours d’eau de plaine (χ3 = 1) ou non rugueuse pour
les cours d’eau de montagne et de piémont à forte charge solide grossière (χ3 = 2) ;
• un régime de transport non saturé pour les cours d’eau de plaine (χ4 = 1) ou en paquet pour les
cours d’eau de montagne et de piémont à forte charge solide grossière (χ4 = 2).
Exemples : le calcul a été réalisé pour deux hauteurs d’écoulement, l’une à mi-hauteur sous le
tablier (χ6 = 0.5) et l’autre à la cote du tablier (χ6 = 1).
Petit ouvrage obstrué
à 50 % par des petits
bois transportés en
paquets (vue vers
l’amont) et avec un lit
en amont 2 fois plus
large que l’ouvrage
(χ7= 2).
(©Boyer M./Aquabio)
Probabilité de
blocage = 91 % (χ6 =
0,5) – 100 % (χ6 = 1)
Des pièces maitresses d’un futur embâcle se sont bloquées
contre la buse, mais elles n’ont pas été colmatées et
l’ouvrage est resté quasiment transparent. Il s’agissait d’un
transport en régime non saturé. Le lit est nettement plus
large que l’ouvrage (χ7= 4). (©Boyer M./Aquabio)
Probabilité de blocage = 100 % (χ6 = 0,5) – 100 % (χ6 = 1)
Mise en place
réduisent. La forme arrondie a une performance
d’un PPGV
intermédiaire. Cette probabilité peut être calculée
par des formules mathématiques établies à partir de
modèles physiques. Elle n’est pas prise en compte
dans la formule de GSCHNITZER et al.
Vue la largeur du lit, des arbres entiers peuvent être
transportés (χ7 = 0,75). Le transport peut se faire en
paquets (rivière torrentielle) (χ4 = 2). (©Boyer M./Aquabio)
Probabilité de blocage = 48 % (χ6 = 0,5) - 98 % (χ6 = 1)
Organisation
Préparation
(©Boyer M./Aquabio)
1
Terrain
2
Cas pratiques
Ce cliché (©CCLL) a été pris le lendemain d’une crue cinquantennale très morphogène ayant emporté de
grands linéaires de berges boisées. Les deux travées de gauche sont encore obstruées par un embâcle
et les restes de corps flottants sur le parapet au-dessus de la travée principale montrent que celui-ci a
3
été submergé. Le parapet a été abimé mais non détruit. Les arches en rive gauche ont été beaucoup
plus sollicitées du fait de leurs positions plus basse. Leur obstruction a créé un remous et un courant
contournant le pont en rive gauche. Une vidéo amateur, prise alors que le cours d’eau débordait déjà
Atterrissements
largement dans son lit majeur, montre le pont submergé et l’exhaussement créé par l’ouvrage. Des corps
flottants viennent frapper le parapet du pont mais, la vidéo étant très courte, il est difficile de savoir si un
embâcle s’est formé sous l’arche centrale pendant la crue. L‘embâcle contre le bâtiment en rive gauche a
éloigné les écoulements turbulents protégeant les abords de celui-ci de l’érosion. Mais parfois les troncs
transportés peuvent démolir les murs.
Probabilité de blocage = 65 % (χ6 = 0,5) - 99 % (χ6 = 1)
4
Pathologies
invasives
Si le risque d’embâcle est souvent évident pour les petits et très petits cours d’eau sans besoin
de calculs, il peut être plus difficile à évaluer pour les cours d’eau plus importants. Cette formule
6
fournie rapidement des estimations sommaires de probabilités d’embâcles aux ouvrages à partir
d’observations simples de terrain et en utilisant quelques valeurs de hauteurs d’eau réalistes sur
les sites étudiés. Son utilisation est utile à l’inter-comparaison de multiples sites nécessaires
remarquables
- 25 -
7
1.2.4
Les ouvrages de protection contre les corps flottants
Les petits cours d’eau sont les plus sujets à des risques d’obstruction par les corps
flottants, en particulier au niveau des ouvrages. Dans les zones urbaines soumises
à des pluies et ruissellements intenses, ces bouchons peuvent générer beaucoup
de dégâts. Le plus souvent des grilles sont donc placées en amont de l’ouverture
pour retenir les branches. Il faudra alors éviter que ces grilles ne se colmatent
créant elles-mêmes un bouchon avant les crues, et éventuellement aussi pendant
les crues. Ces problèmes sont aussi souvent gérés par des débroussaillages per-
manents en amont.
Grille au niveau de l’alimentation d’un bassin Passage busé obstrué par des cannes de Provence.
d’écrêtement sur un très petit cours d’eau urbain. Le (©Boyer M./Aquabio)
bas de la grille est ouvert pour permettre le passage
des flottants transportés en basses eaux et diminuer
ainsi l’entretien. (©Boyer M./Aquabio)
Quand les risques liés aux embâcles sont très importants, que les ponts et dalots
ne peuvent être repris pour en augmenter le gabarit et que la gestion préventive
de la végétation en amont n’apporte pas des garanties suffisantes, des ouvrages
spécifiques doivent être aménagés. C’est la fonction des pièges à flottants ou tri-
bois, qui retiennent une partie des bois transportés en crue. Ces ouvrages ne font
pas disparaitre les flottants, ils créent simplement artificiellement un embâcle
dans un site aménagé pour cela.
Mise en place
Pour éviter le contournement des ouvrages, des protections de berges sont nécessaires si celles-ci sont
d’un PPGV
érodables. Pour éviter les surverses et les risques de relargage, des revanches sont à prévoir en calculant les
pertes de charge créées par l’ouvrage selon différentes occurrences de crue et différents types d’ouvrage.
Les râteliers, conçus pour être affouillables, limitent les pertes de charges (moins d’impact sur les hauteurs
d’eau) et sont plus transparents pour le transport solide, mais il faudra prévoir des pieux beaucoup plus longs
et ne pas sous-estimer les profondeurs d’affouillement. La longueur des bois à bloquer (longueur cible)
détermine l’espacement entre les pieux et on retiendra les bois de longueur égale ou supérieure à la largeur
d’écoulement du site ou de l’ouvrage à protéger, puisqu’ils présentent la plus forte probabilité de former les
Organisation
Préparation
pièces maitresses des embâcles. Pour être sûr de bloquer ces bois en amont dans un râtelier, les espacements
entre les pieux seront 3 fois plus petits que la longueur cible des bois. Il s’en suit que l’écartement doit corres-
pondre au 1/3 de la largeur de l‘ouvrage ou du secteur à protéger.
1
vulnérable au risque d’embâcle, 3 râteliers en
cascade ont été aménagés dans une grande
plage de dépôts fermée en aval par des
enrochements. L’espacement entre les pieux
Terrain
est plus petit dans le deuxième râtelier, ce
qui permet en théorie de trier les longueurs
de bois bloqués selon le type d’évènements
(transport de bois plus petits pour des crues
plus fréquentes). L’intérêt de râteliers en cas-
2
cade est surtout de sécuriser l’ouvrage contre
la surverse. (©Boyer M./Aquabio)
Cas pratiques
3
Atterrissements
4
Pathologies
Ouvrage souple en amont d’une double buse en secteur forestier : les filets métalliques sont plus souples et moins dangereux que les ouvrages
invasives
rigides car ils conservent une forte perméabilité. Les points sensibles sont les ancrages qui, en l’absence de substrat rocheux, nécessitent d’ap-
porter des blocs béton ou de faire des ancrages très longs dans le sol. Le bas du filet est ici calé au niveau d’un petit seuil pour retenir tous les bois
sans gêner l’écoulement en temps ordinaire. En crue, avec un ouvrage plein de bois, l’écoulement sera probablement concentré vers le bas et le
seuil sera très sollicité. En cas de dégradation de celui-ci, cela conduirait au relargage possible d’une partie des bois stockés. La conception de ces
ouvrages nécessite donc des calculs hydrauliques et hydrologiques pour prendre en compte tous les évènements de sureté et de danger. (©Boyer
5
M./Aquabio)
Dendromicrohabitats
- 27 -
7
1.2.5
Les bois morts, une source d’habitats essentielle dans les rivières
Le bois mort, issu de la chute naturelle des arbres ou des bois échoués en fin de crue, était extrêmement abon-
dant dans les cours d’eau il y a quelques milliers d’années et participait à la stabilité des habitats aquatiques et
terrestres. Le fond des cours d’eau et les berges étaient formés par une accumulation très hétérogène de gros
bois qui jouait un rôle essentiel pour la faune, la flore et le fonctionnement dynamique des rivières. Ces situa-
tions sont devenues peu fréquentes du fait de l’occupation humaine (habitats, infrastructures) et de l’exploita-
tion des sols (agriculture, forêts de production). On les rencontre uniquement dans les secteurs peu visibles.
En secteur agricole, cours d’eau méditerranéen largement boisé et encaissé avec beaucoup En montagne, dans les secteurs apicaux boisés, le
de bois issus des berges et apportés par les crues. (©Aquabio) bois est généralement abondant mais il rejoint plus
difficilement le cours d’eau. Les arbres effondrés
sont souvent bien au-dessus du ruisseau ou du
torrent ou alors apportés par des glissements et
bien moins intéressants pour les habitats (mélange
compact de terre et de bois). (©Boyer M./Aquabio)
Les bois intégrés dans le chenal en eau ont des effets importants sur les faciès d’écoulement et, par un effet de
filtre, contribuent à un tri granulométrique des alluvions. Cela crée des habitats très diversifiés pour la faune
aquatique à l’échelle du tronçon et notamment des zones de frayères pour les espèces salmonicoles.
Les bois morts dans le lit ou sur les atterrissements contribuent à la création de chenaux secondaires, à l’élar-
gissement du lit par érosion des berges, ou à son resserrement par la création de bouchons végétaux.
L’imbrication des bois, notamment les plus longs et les plus gros, sont des éléments très importants dans la
stabilisation des substrats pour la faune et la flore aquatique mais aussi pour la flore terrestre. La biodiver-
sité et l’abondance de poissons et de macro-invertébrés sont très souvent plus fortes dans les cours d’eau
avec beaucoup de bois morts. Ceux-ci sont même essentiels dans les cours d’eau sableux avec peu d’élé-
ments structurants stables. Les bois échoués sur les bancs ou contre les berges facilitent le recrutement des
saules et des peupliers ou de certaines espèces rares en créant localement des conditions spécifiques d’abri
hydraulique, d’humidité et de tri sédimentaire.
En créant des obstacles, le bois mort améliore aussi, sur des distances très courtes, les échanges dans la zone
hyporhéique (couche de sédiments dans le fond du lit, où se mélangent les eaux de surface et les eaux inters-
titielles) qui est le siège d’une activité biologique importante conduisant, grâce à des processus également
chimiques et physiques, à l’autoépuration et l’amélioration de la qualité des eaux. Il conduit également à une
stabilisation de cette couche, où de nombreux invertébrés passent une partie de leur cycle de vie.
Les bois morts, souches et racines sont des abris et habitats favorables à bon nombre d’espèces piscicoles
parmi lesquelles des espèces protégées et patrimoniales telles que la Truite fario de souche méditerranéenne,
le Brochet, le Barbeau méridional, l’Apron du Rhône, etc. Le bois immergé abrite également certains insectes
dont le stade larvaire dure plusieurs années et qui ont donc besoin de cette pérennité des habitats pour réaliser
leur cycle complet. Le très discret coléoptère Agnathus decoratus vit par exemple exclusivement sur des bois
partiellement immergés, notamment les aulnes glutineux effondrés dans l’eau. Dans les cours d’eau à assez
forte hauteur d’eau, le bois immergé est aussi un support pour de nombreux organismes microscopiques (pé-
riphyton). Enfin, la décomposition du bois apporte de la matière organique dans les hydrosystèmes.
Il n’est donc pas étonnant que de plus en plus de gestionnaires de cours d’eau préservent les bois morts
et cherchent même à les réintroduire. Ces réintroductions ont non seulement un intérêt écologique très
important mais elles participent aussi à la régulation des corps flottants venant de l’amont. Des tech-
Mise en place
des grands et gros bois ni mobiles, ni billonnés, ni ébranchés. L’élément clef source d’enseignements
d’un PPGV
de cette gestion est la maitrise de la fixation de ces bois et la compréhension très riches sur le bois en
pratique de leurs fonctions. rivière et la restauration
à l’aide de celui-ci
https://www.fs.usda.gov/
research/treesearch/59331
Organisation
Préparation
1
Terrain
Les bois les plus intéressants pour créer des Les petites chutes successives créées par les
structures stables sont les gros bois (> 30 ou 40 arbres effondrés dans les torrents favorisent la sta-
cm). Dans ce lit rectifié, le bois tombé dans l’eau bilité du fond du lit, donc des habitats aquatiques
crée les seules zones d’abris et de refuge pour le et rivulaires. En réduisant localement la vitesse de
2
poisson. Pour fournir régulièrement ce type de l’eau, le long des berges érodées, ces bois peuvent
bois, les boisements de berges doivent avoir atteint aussi concourir à réduire l’entrainement des
Cas pratiques
le stade de la futaie et être suffisamment larges et particules fines et améliorer la limpidité de l’eau.
continus. (©Boyer M./Aquabio) (©Boyer M./Aquabio)
3
Atterrissements
4
Pathologies
Reptiles, amphibiens, insectes, petits mammifères, Cistudes d’Europe sur leur site d’insolation (bois partiellement immergé).
invasives
par une crue est probablement peu ou pas mobile pour les plus petites
Dendromicrohabitats
- 29 -
7
1.3 Focus sur l’arbre, un organisme fixe
mais très changeant grâce à des mécanismes
d’adaptation complexes
Les coupes d’arbres constituent une partie importante des travaux d’entretien et bien connaître les arbres est
important pour ne pas se tromper.
À gauche, l’architecture d’un aulne glutineux qui se développe par gigantisme comparé à droite, à celle d’un peuplier noir qui se développe par
réitération. Si l’aulne n’avait pas perdu ses branches basses (les plus âgées), le nombre total d’étages de branches indiquerait son âge. Le peuplier
réitère en formant 2 ou 3 nouveaux axes qui, en perdant leurs branches, se transformeront en troncs (appelés aussi branches maitresses dans le
houppier). Par ailleurs, les branches se ramifient dans le houppier pour former des rameaux. Les deux processus ne doivent pas être confondus
quand on interprète l’architecture d’un arbre pour comprendre son histoire ou son état physiologique. (©Boyer M./Aquabio)
Les arbres se développant par réitération connaissent quatre étapes de développement depuis la germination
de la graine jusqu’à leur mort :
• un stade jeune, pendant lequel l’arbre grandit en développant une ramification provisoire ; les signes de
juvénilité sont souvent des grandes feuilles ;
• un stade adulte, durant lequel l’arbre explore l’espace et développe son houppier ;
• un stade mature, lorsque le houppier a atteint son volume maximal ;
• un stade sénescent, au cours duquel l’arbre ne peut plus réparer les dommages qu’il subit ce qui l’entraine
inévitablement vers sa disparition.
Il est important de connaître le stade de développement des arbres pour évaluer leur potentiel de croissance
en hauteur et largeur et leurs capacités de résilience. Après le stade jeune, le passage d’un stade au suivant est
très dépendant de facteurs environnementaux. L’âge en années d’un arbre ne détermine donc pas son stade
de développement. L’espérance de vie des arbres est de plusieurs dizaines ou centaines d’années, mais il est
exceptionnel que les arbres atteignent ces âges. Les arbres sénescents sont très rares dans les ripisylves, alors
qu’ils ont un très fort intérêt écologique (cf. Fiche n°6, page 97).
Terrain
Chez les jeunes arbres (ici un peuplier noir), les houppiers se tronc et les branches maitresses forment l’ossature de l’arbre. Le stade
forment à partir de petites branches qui disparaitront après la adulte débute à la première réitération voyant se transformer une branche
première réitération. (©Boyer M./Aquabio) en branche maitresse et comprend jusqu’à 4 réitérations. Les pousses des
axes finaux sont très droites. Le houppier a une forme arrondie. Développé
dans un milieu ouvert sans concurrence, l’arbre n’a pas eu besoin de s’élever
2
rapidement très en hauteur comme dans un boisement de berge dense. Son
tronc est court et son houppier débute près du sol. (©Boyer M./Aquabio)
Cas pratiques
3
Le houppier de cet érable dans un bosquet de ripisylve a
atteint son volume maximal définitif, les nouveaux axes
Atterrissements
se courbent et les branches s’affaissent. Ce phénomène
débute sur les branches basses puis remonte vers la cime,
qui prend un contour plus irrégulier en « chou- fleur »
et traduit le passage au stade mature. Un arbre mature
comprend 5 à 10 réitérations. (©Boyer M./Aquabio)
4
Pathologies
invasives
5
- 31 -
7
Un arbre stressé par des agressions biotiques (insectes, champignons, bactéries…) ou abiotiques (neige, pluie
verglaçante, avalanche, crue, glissement de terrain, vent violent, sécheresse, coupes sévères, ouverture brutale
du milieu, compaction du sol…) peut produire des pousses nouvelles pour réparer ou adapter son architecture.
Ces pousses sont aujourd’hui appelées « suppléants ». Il s’agit en effet de nouvelles tiges, qui ont les capa-
cités de reproduire un arbre en formant des branches, des racines et de futures réitérations. Elles se forment
à partir d’un réservoir de bourgeons présents le long du tronc et cachés sous l’écorce, ou parfois à partir de
bourgeons néoformés au niveau des blessures. Ces suppléants remplacent par exemple les troncs (dites aussi
« branches maitresses ») endommagés dans les houppiers. Quand l’arbre a réussi à réparer son architecture,
il est alors considéré comme résilient. Cette période s’étale sur plusieurs années. Mais les dommages qu’il
a subis peuvent aussi l’amener à un état de dépérissement irréversible qui le conduira à sa mort. Après les
abattages de certains arbres sur les berges, un grand nombre de suppléants se développent sur la souche pour
former une cépée. La cépée n’est pas le port normal de l’arbre mais un résultat de l’abattage. La gestion en
taillis par recépage pour produire de la biomasse exploite notamment cette capacité des arbres à reformer des
tiges. Dans le cadre des PPGV, cette capacité de régénération est utilisée pour remplacer les arbres instables
ou stressés risquant de s’effondrer (cf. 2.1.2.1, page 51 ).
Les tiges apparaissant sur les racines par drageonnement, ou sur les troncs par marcottage, sont également
des suppléants. Toutes les espèces n’ont pas les mêmes capacités à produire des suppléants et les arbres sé-
nescents n’ont plus la capacité de le faire, sauf si le suppléant peut créer son propre système racinaire et donc
former un nouvel arbre. Certains suppléants peuvent en effet créer leurs propres racines, ceux poussant sur la
souche après l’abattage de l’arbre, ou dans un arbre plus ou moins creux avec de l’humus, ou sur les racines, ou
sur une tige couchée au sol, etc. Ils forment alors une colonie d’arbres et non plus un arbre unique.
Les systèmes racinaires des arbres sont constitués de racines pivots descendant jusqu’à 1,5 m et de racines
charpentières horizontales, qui redonneront des racines pivots secondaires à une distance de quelques mètres
autour du tronc. Le tout se construit par réitération et assure l’ancrage de l’arbre. Chez le frêne ou le platane, le
nombre de charpentières est illimité alors qu’il est limité chez le peuplier. Les charpentières peuvent s’étendre
bien au-delà de l’arbre. Elles prospectent le sol pour assurer l’ancrage et la stabilité de l’arbre et ont la capacité
de s’adapter à leur environnement en se densifiant par exemple pour résister à des contraintes de pente, de
vent dominant, de poids du houppier…
Les racines fines, destinées à l’alimentation de l’arbre, sont renouvelées tous les ans et forment un chevelu cu-
mulé très long localisé dans les 20 à 30 premiers centimètres de sol. Chez l’arbre sénescent, ce renouvellement
est de moins en moins efficace. La vie de l’arbre dépend de ces racines fines et la dégradation des sols est un
stress important pour les arbres. L’ensevelissement des arbres après les crues peut provoquer leur mort, car
ceux-ci doivent pour survivre reconstituer rapidement ces racines fines plus haut dans le dépôt d’alluvions. De
même, l’abaissement brutal de la nappe lors de phénomènes d’incision peut provoquer des dépérissements
rapides, les racines n’étant alors plus en capacité d’alimenter suffisamment l’arbre en eau. Les érosions de
berges, qui mettent à nu et qui emportent une partie des racines, fragilisent également fortement les arbres et
peuvent provoquer leur dépérissement.
1
Ces réserves énergétiques diffuses sont importantes pour la survie de l’arbre. Elles assurent le métabolisme
de base et celui destiné à se défendre contre les agressions. La disparition brutale d’une partie des organes de
l’arbre (grosses branches, racines) est donc un traumatisme qui fragilise l’arbre et peut le tuer.
Terrain
Un arbre est essentiellement constitué de bois mort formant son architecture. Ainsi dans un tronc, seule la
mince partie périphérique est vivante et protégée par l’écorce. C’est elle qui assure sa croissance avec le
cambium (cellules embryonnaires fabriquant le bois) et la circulation de la sève élaborée depuis les feuilles
vers les autres organes au travers du phloème (ou liber). La partie centrale, appelée bois de cœur ou duramen,
souvent de couleur plus sombre, assure le soutien de l’arbre ; elle est constituée de cellules mortes et obstruées
2
pour se protéger des champignons et des insectes. Le bois plus clair (xylème ou aubier), lui, conduit la sève
brute depuis les racines. L’arbre doit chaque année renouveler certains organes essentiels (branches, feuilles,
Cas pratiques
fleurs, fruits, racines fines, croissance des cernes…), réparer les dommages qu’il a subis, ou adapter son port
aux nouvelles contraintes environnementales.
Pour se protéger des agressions d’origine biotique, l’arbre peut compartimenter le bois atteint pour éviter leur
expansion par des barrières chimiques et physiques. Des bourrelets de recouvrement se forment par exemple
sur le tronc blessé (tige arrachée ou coupée, chocs, etc.). Ils poussent de quelques millimètres à centimètres
3
par an et peuvent ainsi recouvrir la zone écorcée en quelques années si la plaie n’est pas trop importante. Cette
capacité est variable selon les espèces et l’état physiologique de l’individu. Les arbres affaiblis par des séche-
Atterrissements
resses résistent moins bien ; c’est notamment le cas lors des épidémies de scolytes, comme pour le typographe
s’attaquant à l’épicéa. Dans le cas des pathogènes invasifs introduits accidentellement comme le phytophthora
de l’aulne ou la chalarose du frêne, ceux-ci peuvent avoir des répercussions majeures sur toute une population
d’arbres (même sans l’existence d’autres stress) car ces pathogènes exotiques leur sont inconnus.
4
Pathologies
- 33 -
7
Cépée d’aulnes abattus sur un atterrissement. La
couleur orangée est typique du bois d’aulne frai-
chement coupé. La coupe montre le recouvre-
ment d’anciennes blessures très probablement
dues aux chocs des corps flottants contre le
tronc lors des crues. Une datation précise avec
le nombre de cernes pourrait être réalisée et
établir précisément la date de la crue, qui a bien
marqué les deux troncs du même côté. C’est la
science de la dendrogéomorphologie. (©Boyer
M./Aquabio)
Les tiges croissent à la verticale guidée par un géotropisme et leur allongement se produit uniquement à leur
extrémité au niveau du bourgeon terminal. Dans les boisements denses, cette croissance primaire en hauteur
à la recherche de la lumière peut parfois donner des troncs courbés ou tordus. Si elle est exagérée par rapport
à la croissance secondaire radiale, le tronc n’est plus assez solide et l’arbre s’appuie sur d’autres ou casse. Et
si l’arbre reste dominé sans trouver assez de lumière, il dépérit et c’est ainsi que la densité d’arbres diminue
naturellement au cours du développement d’un boisement.
Grâce à des processus cellulaires complexes, les arbres courbés ou penchés ont la capacité de restaurer leur
verticalité à l’aide de la croissance axiale des troncs et la formation de bois de réaction. Le retour à la verticale
prend plusieurs années et n’est pas forcément complet, ni parfait. C’est une adaptation aux contraintes envi-
ronnementales quand le vent, la neige, la déstabilisation du pied par érosion ou même la force des courants
des rivières en crue les ont fait plier ou basculer. Le poids d’un houppier déséquilibré peut également devenir,
en grandissant, une contrainte sur le tronc qui doit réagir en conséquence.
Enfin, la dégradation ou une décomposition du bois par des champignons ou des insectes peuvent entrainer
une déformation du tronc et des branches allant rapidement jusqu’à la rupture.
Un arbre qui penche n’est donc pas systématiquement un arbre qui va s’effondrer ou casser. Les causes
de sa non verticalité doivent être recherchées ainsi que les réactions de l’arbre depuis l’évènement qui a
provoqué cela.
Mise en place
Lopez Saez
d’un PPGV
et Corona, La
dendrogéomorphologie,
2014.
Organisation
Préparation
Cet arbre dépérissant penche du fait Ce chêne très penché au-dessus de l’eau à la suite d’un bascu-
des pourritures qui ont atteint son bois. lement important dont témoigne le système racinaire a réussi
(©Boyer M./Aquabio) à redresser ses deux troncs et reformer un houppier équilibré.
Malgré son allure, il n’est pas prêt à s’effondrer. (©Durand M./
Aquabio)
1
1.4 Aperçu de la réglementation
Terrain
1.4.1
L’entretien des cours d’eau, une obligation d’abord attachée
2
à la propriété du lit
Ce chapitre sur la réglementation actuelle ne concerne que les plans plu-
Cas pratiques
riannuels de gestion de la végétation et, de ce fait, omet volontairement
certains aspects de celle-ci sur l’entretien en général (qui concerne aussi
les sédiments) ou l’aménagement des cours d’eau. Il éclaire l’interprétation
des textes avec des exemples afin de les rendre plus concrets. Il est possible de
retrouver facilement le contenu détaillé de la loi à partir des références citées
en fin de chaque paragraphe.
3
L’entretien des cours d’eau non domaniaux décrit dans le code de l’environne-
Atterrissements
ment concerne la gestion de la végétation rivulaire vivante (élagage, recépage)
et morte (embâcles, débris) et celle des atterrissements (non abordée ici). Le
texte fait référence à la nécessité de maintenir un écoulement naturel des eaux
et un profil d’équilibre. Il indique que l’entretien doit aussi concourir au bon état
(ou potentiel) écologique.
C’est le propriétaire riverain qui est tenu d’entretenir le cours d’eau au droit 4
de sa propriété jusqu’au milieu du lit de plein bord, quelle que soit la limite
apparaissant sur le cadastre.
Pathologies
invasives
Par ailleurs, c’est le riverain également qui doit lui-même se prémunir contre
l’action érosive des eaux. Ni l’État, ni les collectivités territoriales ou leurs grou-
pements n’ont en effet l’obligation d’assurer la protection des propriétés voi-
sines des cours d’eau non domaniaux.
En matière d’entretien de ces cours d’eau, le garant des obligations légales des
5
risque d’embâcle local. Il n’en reste pas moins que les crues exceptionnelles
Espèces
pourront toujours créer des situations auxquelles les riverains ne seront pas
- 35 -
7
Les préfectures capables de répondre. Le GEMAPIEN pourra alors intervenir pour supprimer ra-
pidement les embâcles, dans les zones habitées ou au niveau des infrastructures,
mettent à disposition
lorsque les moyens à déployer ne seront plus dans les capacités des riverains, soit
sur leur site internet dans le cadre d’interventions d’urgence (procédure spécifique), soit au niveau de
une cartographie sites ponctuels pré-identifiés dans le PPGV. Si les travaux post-crue nécessitent
départementale des cours des moyens lourds pour retirer les embâcles en cas de danger grave et immédiat,
d’eau dont la définition ils peuvent être exécutés sans être soumis à Déclaration ou Autorisation, mais un
juridique est la suivante : arrêté préfectoral reste nécessaire et un compte-rendu doit être transmis au pré-
« Constitue un cours fet après l’intervention. Et cela, même si le GEMAPIEN dispose d’une Déclaration
d’eau un écoulement d’Intérêt Général (DIG).
d’eaux courantes dans
un lit naturel à l’origine,
alimenté par une source
et présentant un débit
suffisant la majeure
partie de l’année.
L’écoulement peut ne pas
être permanent compte
tenu des conditions
hydrologiques et
géologiques locales ».
En cas de doute, des
critères jurisprudentiels
complémentaires sont
utilisés : présence de
berges et d’un lit au
substrat spécifique,
présence de vie aquatique,
continuité amont-aval.
Textes de référence
Cabinet Landot et
associés (2023), Les
cahiers de la FNCCR,
Gestion des milieux
aquatiques et prévention
des inondations
(GEMAPI)-Le partage
des responsabilités L’activité agricole est encore très présente dans cette petite vallée. La ripisylve est très peu développée et
lorsqu‘elle est présente, les riverains l’exploitent pour le bois de chauffage. Cela empêche le développement
et obligations entre
des arbres vers des stades adultes ou matures. Il n’y a donc pas d’intérêt général à se substituer aux
les collectivités et les riverains pour gérer les boisements, compte-tenu du faible bénéfice à en attendre pour la collectivité. Les
propriétaires riverains interventions éventuelles seraient en effet très modestes vu le développement des arbres et sans que cela
des cours d’eau, ne change ces usages locaux pour obtenir une plus grande biodiversité des berges. Si certains riverains
https://blog.landot- sont défaillants et récalcitrants et que cela peut engendrer localement des dommages ou des risques
avocats.net/2023/05/15/ accrus, la démarche ad hoc est celle d’une mise en demeure. (©Boyer M./Aquabio)
riverains-et-gemapi-mise-
a-jour-de-lindispensable-
guide-gratuit-de-la-fnccr- 1.4.2
avec-notre-cabinet-2/
Les autres acteurs de l’entretien hors GEMAPI
L. 215-12 c. env. (maire et
police de l’eau) D’autres types d’acteurs hors GEMAPI interviennent dans l’entretien des cours
L. 215-14 c. env. d’eau et ne doivent pas être oubliés lors de l’élaboration des PPGV :
• ceux à qui cet entretien est rendu obligatoire du fait de l’usage de l’eau ou du
(obligations du riverain
milieu qu’ils en font : les propriétaires de droits de pêche ou ceux qui l’exercent,
et buts de l’entretien) comme les AAPPMA ou les fédérations de pêche et de protection des milieux
R. 215-2 c. env. (moyens aquatiques, sont ainsi tenus de participer à la protection du patrimoine piscicole
pour l’entretien) et des milieux aquatiques et, dans ce cadre, à effectuer les travaux d’entretien
L. 215-7-1 c. env. (définition nécessaires au maintien de la vie aquatique.
du cours d’eau) Autre exemple, les producteurs d’hydro-électricité, comme l’illustre le décret de
L. 215-16 c. env. (mise en 1959 concédant à EDF l’exploitation de la Durance et mentionnant : « Le conces-
demeure des riverains) sionnaire sera tenu d’assurer, par des essartements périodiques effectués dans
L. 151.36 c.r.p.m. (taxe tout l’espace compris entre les digues latérales submersibles ou les lignes défi-
nies par les têtes d’épis, le maintien en Durance d’un chenal capable d’évacuer
GEMAPI)
les crues » ;
L. 171-8 c. env. (rôle du
préfet)
Mise en place
d’un PPGV
1.4.3
L’intervention des collectivités locales
1.4.3.1. Une implication ancienne confortée récemment
par la compétence GEMAPI
Face aux évolutions de la société (déprise agricole, urbanisation croissante ag-
gravant les conséquences des crues) et à la complexité du parcellaire (plusieurs Les communes, ayant
Organisation
transféré leur compétence
Préparation
centaines ou milliers de propriétaires riverains sur un bassin versant), les collec-
tivités locales se sont engagées depuis plus de 40 ans dans l’entretien des cours aux EPCI, ne peuvent plus
d’eau. Le financement des contrats de rivière par les agences de l’eau à partir réaliser elles-mêmes des
des années 80 a été un levier important pour mettre en place des plans plurian- travaux d’entretien de
nuels d’entretien portés principalement par des syndicats de rivière. En 2014, la cours d’eau en dehors de
compétence GEMAPI (GEstion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inon- leurs propriétés, comme
1
dations) a renforcé le rôle des collectivités locales sur les milieux aquatiques.
certaines le faisaient
D’abord confiée aux communes, cette compétence a été transférée aux EPCI
à fiscalité propre de manière obligatoire à compter du 1er janvier 2018. Certains
autrefois notamment
EPCI exercent l’ensemble de la compétence en propre, mais nombreux sont sur les cours d’eau dits
Terrain
ceux qui l’ont soit transférée, soit déléguée (en totalité ou partiellement) à un « orphelins ». Par ailleurs,
syndicat de rivière (EPAGE, EPTB ou assimilé) afin que son exercice soit réalisé comme les autres riverains,
sur le territoire le plus cohérent : le bassin hydrographique. les collectivités sont tenues
à l’entretien des berges
Cette compétence GEMAPI couvre les 4 items 1°, 2°, 5° et 8° décrits dans le code sur leurs propriétés car cet
2
de l’environnement : entretien n’est pas transféré
1° L’aménagement d’un bassin ou d’une fraction de bassin hydrographique ;
au GEMAPIEN sauf en cas
Cas pratiques
2° L’entretien et l’aménagement d’un cours d’eau, canal, lac ou plan d’eau, y
compris les accès à ce cours d’eau, à ce canal, à ce lac ou à ce plan d’eau ;
de DIG.
5° La défense contre les inondations et contre la mer ;
8° La protection et la restauration des sites, des écosystèmes aquatiques et des
zones humides ainsi que des formations boisées riveraines.
L’item 2 couvre plus particulièrement tous les travaux courants pour gérer la Lorsque les riverains
3
végétation et les sédiments et l’item 8, ceux qui visent à restaurer l’état ou le sont organisés en
Atterrissements
fonctionnement naturel des cours d’eau et des zones humides. Ainsi, la gestion association syndicale
de la végétation rivulaire pouvant concerner les deux items 2 et 8, elle entre autorisée, le GEMAPIEN
dans la compétence GEMAPI et peut faire l’objet de programmes de travaux doit respecter la
portés par le GEMAPIEN à la condition que ces travaux soient reconnus d’in-
compétence propre
térêt général.
de l’ASA et ne peut
pas intervenir sur ses
La compétence GEMAPI n’oblige pas à se substituer systématiquement aux 4
propriétés.
riverains, dont les droits et devoirs n’ont pas été modifiés par ce transfert
des compétences des collectivités locales. Seules trois raisons conditionnent
en effet la possibilité de se substituer aux obligations des riverains : la dé- Textes de référence
Pathologies
invasives
faillance d’entretien, l’urgence, ou l’intérêt général. C’est le cas de l’inter- Loi MAPTAM
vention dans le cadre de l’intérêt général qui est essentiellement décrit ici. Loi NoTRE
L. 211-7 c. env. (compétence
1.4.3.2. La notion d’intérêt général des collectivités)
L. 211-7-I bis c. env.
Pour se substituer dans le cadre de l’intérêt général, le GEMAPIEN doit démon-
5
(compétence GEMAPI)
trer que ses interventions auront un bénéfice important par rapport à ce qui
Dendromicrohabitats
peut être fait par les riverains dans le cadre de leurs obligations légales. Il n’y a
donc pas de définition unique de l’intérêt général, mais une démonstration
à faire au cas par cas. Le GEMAPIEN ne
peut intervenir que sur les
Dans le cas le plus fréquent, cet intérêt est fondé sur le fait que le GEMAPIEN parcelles riveraines. Cela
peut réaliser des interventions cohérentes entre elles et adaptées à chaque site, exclut par conséquent
tout en incluant des enjeux environnementaux plus larges. Il peut par exemple
certaines zones des
6
abattre des arbres affouillés ici, conserver des arbres morts ou du bois immer-
gés là, renforcer le cordon boisé rivulaire ou éliminer des essences indésirables
versants qui peuvent
ailleurs, prendre en compte la préservation des habitats ou des espèces re- fournir du bois au cours
remarquables
marquables en agissant à la bonne période avec des moyens techniques spé- d’eau mais qui ne sont pas
Espèces
cifiques, lutter contre la dispersion des plantes invasives avec une approche riveraines du cours d’eau.
- 37 -
7
Les travaux pour adaptée aux stades invasifs des différentes espèces présentes sur le réseau hy-
drographique, etc. De plus, il est capable d’adapter rapidement ses interventions
mettre en valeur le cours
aux changements et aux évolutions rapides de l’état des cours d’eau. Tous ces
d’eau du point de vue éléments sont à détailler dans le plan pluriannuel de gestion de la végétation pré-
paysager (traversée de senté dans le dossier réglementaire. Cette démarche, rendue possible avec une
villes ou de village…) vision d’ensemble du cours d’eau et à l’aide de moyens dédiés spécifiques,
ou pour faciliter son peut difficilement être mise en œuvre par les actions individuelles des rive-
accès à certains usagers rains. Elle apporte ainsi un grand intérêt pour être efficace dans la diminution
(pécheurs, kayakistes, du risque d’embâcle et dans la préservation de la qualité des milieux natu-
promeneurs…) rels. Pour le GEMAPIEN, elle nécessite des moyens opérationnels spécifiques et
ne relèvent ni des des connaissances préalables approfondies, qui s’acquièrent en général par des
études menées en interne ou confiées à un bureau d’études.
obligations des riverains,
ni de la compétence
GEMAPI. Ils ne peuvent
donc être pris en charge
dans un plan pluriannuel
de gestion de la
végétation porté par un
GEMAPIEN.
Il est possible de Dans les secteurs sans risque comme les zones forestières, l’intérêt général des interventions n’est pas
refuser d’abattre des toujours facile à évaluer car il implique de montrer que les bois pourraient migrer en crue de ces secteurs
arbres à la demande de vers les zones vulnérables en aval et que leur suppression serait bénéfique. Or on sait aussi que les bois
en travers participent à la régulation du transport solide et des corps flottants en faisant des obstacles
riverains si cette demande
perméables à l’eau. (©Boyer M./Aquabio)
n’est pas cohérente avec
les intentions reconnues Le plan pluriannuel de gestion de la végétation ne peut pas décrire précisément
d’intérêt général qui les travaux qui seront réalisés, car la situation peut évoluer rapidement dans les
motivent les travaux. cours d’eau et rendre caduque un tel type de programme prévu souvent sur au
Dans le cas où ce refus moins 5 ans. Celui-ci définit principalement des principes d’interventions et c’est
conduirait finalement à la le·a technicien·ne qui les applique ensuite en définissant les travaux. Mais atten-
création d’un dommage tion au vocabulaire utilisé ! L’intérêt général est déterminé par l’intention de la
lors d’une crue (chute de démarche sur des secteurs précis, en réponse à un besoin, et par les travaux
qui en découlent, mais cette qualification ne s’applique pas à un objet, comme
l’arbre créant un embâcle
un arbre, un embâcle ou un cours d’eau en particulier. L’intérêt général est défini
et une surinondation),
dans l’étude préalable et non au moment de la définition concrète des travaux par
la responsabilité du le·a technicien·ne. En s’appuyant sur les prescriptions du plan pluriannuel de ges-
GEMAPIEN pourrait tion de la végétation, il·elle peut expliquer lors de ses missions le cadre précis de
être engagée y compris son intervention et la justification des travaux, qui peut différer de la perception
sans faute. Inversement, des riverains. Par exemple, conserver du bois immergé, ne pas systématiquement
un riverain refusant débroussailler les berges répondent à la volonté de minimiser les impacts des
une intervention jugée interventions. Si malgré tout un riverain ne le comprend pas, le·a technicien·ne
nécessaire par le·a n’est pas tenu de faire ce que réclame celui-ci pour son intérêt particulier. De
manière générale, le choix des interventions nécessite un savoir-faire technique
technicien·ne de la
que les riverains pour la plupart ne maîtrisent pas. Il est donc essentiel que cette
structure gemapienne
compétence soit reconnue par la population locale au travers d’une communica-
pour éviter un risque tion adaptée.
d’embâcle pourrait voir sa
responsabilité engagée.
Le constat du refus du 1.4.3.3. Responsabilité et engagements
riverain doit être consigné
En matière d’entretien, la responsabilité du GEMAPIEN est limitée aux consé-
dans un document signé
quences des travaux et ouvrages publics ayant une incidence sur le régime
par celui-ci. d’écoulement des eaux.
Mise en place
ventions couvriront la totalité du réseau hydrographique identifié comme des propriétés, puisqu’ils
d’un PPGV
cours d’eau, alors que ni les moyens humains de surveillance de ce réseau ni conservent leurs droits et
les moyens financiers ne le permettent, expose à des recours devant le tribunal leurs obligations. Mais,
administratif. selon la nature et les
moyens envisagés pour
Parallèlement, la responsabilité du maire est limitée au cas où il aurait dû inter-
venir au titre de son pouvoir de police administrative générale, c’est-à-dire en
réaliser les travaux, ils
cas de danger grave ou imminent (les inondations, les ruptures de digues, les peuvent être soumis à la
éboulements de terre ou de rochers, les avalanches ou autres accidents natu- loi sur l’eau.
Organisation
Préparation
rels).
Textes de référence
Par ailleurs, les riverains conservent également la responsabilité des dom- R. 214-44 c. env. (travaux
mages qui pourraient être causés par leurs arbres sur d’autres propriétés d’urgence)
voisines, car seules les responsabilités liées à la prise en charge de l’entretien L. 2212-4 du code général
dans le cadre de la GEMAPI sont transférées au GEMAPIEN. des collectivités territoriales
1
(police du maire)
1.4.3.4. L’impossibilité de faire participer les riverains
aux dépenses
Terrain
Les textes prévoient la possibilité d’exiger une participation financière des per- L’accord des
sonnes qui ont rendu les travaux nécessaires ou qui y trouvent intérêt, mais propriétaires riverains
cela ne concerne que les « dépenses de premier établissement, d’entretien et sur les terrains desquels
d’exploitation des ouvrages ». Ne relevant pas de la construction d’ouvrage, la portent les travaux n’est
2
gestion de la végétation dans le cadre de la compétence GEMAPI n’est donc pas
pas obligatoire mais
concernée par cette possibilité.
fortement conseillé,
Cas pratiques
De plus, aucun des travaux relevant de la compétence GEMAPI ne peut don- notamment en l’absence
ner lieu à participation lorsque la taxe GEMAPI a été instituée sur le territoire de consultation ou
concerné. Cependant, le paiement de celle-ci n’ouvre aucun droit particulier d’enquête publiques.
aux riverains. Cette taxe n’est d’ailleurs pas appliquée uniquement aux pro- La convention exprime
priétaires riverains. l’acceptabilité sociale du
3
projet et, indirectement,
l’absence de contentieux.
Atterrissements
1.4.3.5. La gestion des espèces exotiques envahissantes,
une possibilité d’intervention non systématique Textes de référence
L. 151-36 c. rural
La lutte contre les espèces exotiques envahissantes ne relève pas directe- (participation des riverains)
ment de la compétence GEMAPI mais de celle de l’État. La réglementation ne
concerne actuellement qu’un petit nombre d’espèces alors que les écosystèmes
4
sont menacés par un grand nombre de plantes ou d’animaux invasifs. Toutefois,
la lutte contre ces espèces concerne le GEMAPIEN dans la mesure où ces
dernières dégradent des ouvrages de protection contre les crues (item 2 ou Textes de référence
Pathologies
invasives
5 de la compétence GEMAPI) ou portent atteinte aux milieux aquatiques et Note technique du MTES,
aux formations boisées riveraines (item 8).
2 novembre 2018 relative
Les plans d’actions contre les espèces exotiques envahissantes peuvent donc à la mise en œuvre des
être intégrés dans les PPVG ou faire l’objet d’un dossier spécifique pour ob- opérations de lutte contre
tenir une autorisation préfectorale. Par ailleurs, en dehors de la question de la les espèces exotiques
5
compétence, les travaux d’entretien sont souvent confrontés à la gestion des envahissantes
Dendromicrohabitats
plantes exotiques envahissantes (canne de Provence, ailante, robinier, renouée L. 411-8 c. env., R. 411-46 c.
du Japon…) qui pose de nombreuses difficultés pratiques pour ne pas les dis- env., R. 411-47 c. env.
séminer ailleurs.
6
remarquables
Espèces
- 39 -
7
1.4.4
Le dossier réglementaire
Plusieurs étapes sont à prévoir avant de pouvoir intervenir sur les propriétés pri-
vées dans le cadre d’une DIG. Ces dernières sont :
• une étude préalable pour définir le plan pluriannuel de gestion de la végétation
en réponse à des besoins précis (cf. 2.1, page 43) ;
• le montage du dossier réglementaire avec l’analyse des incidences du projet ;
• l’instruction du dossier ;
• la consultation du public sur un site internet des services de l’Etat ou l’enquête
publique sur place ;
• la parution de l’arrêté préfectoral déclarant le projet d’intérêt général.
Les DDT sont les services instructeurs pour la DIG, la Loi sur l’eau et N2000, et les
DREAL pour les espèces protégées.
Mise en place
d’un PPGV
La loi du 29 décembre 1892 permet également d’inclure les parcelles non riveraines, mais qui pourront être
traversées uniquement pour aller sur le lieu du chantier.
Organisation
Préparation
1
Terrain
2
Exemple de plan parcellaire accompagnant une demande
Cas pratiques
de DIG pour des travaux simples de gestion de la végé-
tation y compris certaines espèces exotiques envahis-
santes. Le tableau à gauche indique le type de travaux qui
pourra être réalisé sur chacune des parcelles. (©Direction
Générale des Finances Publiques – Cadastre -2022).
3
Atterrissements
À la différence d’une enquête publique, pour laquelle les secteurs concernés par la demande de DIG sont pré-
sentés sur des cartes IGN à l’échelle du 1:10000 ou 1:25000 sans identifier les parcelles et les riverains concernés,
l’application de la loi du 29 décembre 1892 nécessite une localisation à l’échelle dix fois plus précise sur un
parcellaire cadastral. Si une parcelle a été oubliée, il ne sera donc pas possible d’intervenir dessus.
4
Pathologies
invasives
5
Dendromicrohabitats
Sur certains secteurs, il pourra être prévu dans le PPGV uniquement des travaux très ponctuels (ceux demandant du matériel spécifique) pour
6
retirer des embâcles. Ces interventions non programmables seront indiquées avec précision sur les plans cadastraux ce qui permettra d’intervenir
plus rapidement surtout si les opérations n’impactent pas le milieu aquatique. C’est le cas des travaux présentés ci-dessus. À gauche, un secteur
canalisé très large, où la gestion préventive des boisements de berge n’a pas d’intérêt général au contraire de l’enlèvement des corps flottants
remarquables
bloqués au niveau des ouvrages. À droite, les boisements ne pouvant pas être gérés de manière préventive dans la gorge étroite et difficile d’accès
Espèces
en amont, seuls les arbres tombés ou échoués sont retirés au droit des enjeux. (©Rampal T./SIRCC et ©CISALB)
- 41 -
7
2.
La mise
en place
d’un plan
pluriannuel
de gestion de
la végétation
(PPGV)
Mise en place
Le contexte réglementaire (cf. 1.4, page 35) impose notamment de justifier l’in- La multiplicité des
d’un PPGV
térêt général du programme et de planifier dans le temps et sur le réseau hy- termes utilisés pour
drographique les futures interventions. Du point de vue technique, la bonne décrire les interventions
utilisation des fonds publics et la préservation de la biodiversité conduisent par planifiées à l’échelle d’un
ailleurs à adapter les modalités d’entretien aux risques et aux enjeux écolo- bassin versant entretient
giques du secteur concerné. Pour cela, plusieurs « curseurs » peuvent être ré- une certaine confusion
glés (cf. 2.1.3, page 56). Le PPGV répond par conséquent à deux besoins, l’un
sur la nature réelle des
réglementaire et l’autre opérationnel. Ce deuxième aspect a pris beaucoup
plus d’importance avec la réorganisation récente des collectivités locales et le
programmes : Plan
Organisation
Pluriannuel d’Entretien
Préparation
besoin d’être plus pertinent et plus efficace dans la gestion. Autrefois, le PPGV
avait une portée plus limitée : fixer le périmètre global et annuel d’interven- (PPE) ou de Gestion
tions, définir des enveloppes budgétaires et obtenir les autorisations pour in- (PPG), Plan Pluriannuel de
tervenir dans des parcelles privées. Après la phase d’étude, le document était Restauration et d’Entretien
souvent peu consulté et devenait même parfois obsolète quand la planification (PPRE), qui fait référence à
réelle ne correspondait pas à celle prévue. Aujourd’hui, il est attendu beaucoup des programmes couvrant
1
plus d’éléments techniques pour mieux cadrer les futures interventions. plusieurs thématiques
(transport solide,
Construire un PPGV qui engagera le GEMAPIEN sur un programme d’interven-
tions, puis rédiger le dossier réglementaire sont des missions très techniques
végétation, restauration,
Terrain
confiées généralement à des personnes ou à des bureaux d’étude spécialisés zones humides), etc.
ayant une grande habitude du sujet. Le côté pragmatique souvent attendu de
ce type de document ne dispense pas en effet d’une démarche experte, que ce
soit au moment des observations de terrain, de leur mise en valeur sous forme
de cartes ou de tableaux ou pour des choix stratégiques de gestion. De plus,
2
l’étendue souvent très importante du réseau hydrographique à visiter néces-
site une équipe de plusieurs personnes et une bonne organisation sur le plan
Cas pratiques
logistique et sur celui de la sécurité des opérateurs. Enfin, tous les conseils et
explications techniques et la démarche de concertation qui en général ac-
compagnent ce genre d’études sont souvent très utiles pour la suite.
3
planifier en prenant en compte les périodes les plus favorables pour les opé-
Atterrissements
rateurs : périodes de basses eaux et hors canicule pour les parcours, période
végétative pour les repérages des espèces invasives si demandé.
MAPIENNE, qui connait bien son territoire et a suivi son PPGV précédent en
identifiant les besoins au fur et à mesure des visites des techniciens·nes, pourra
établir elle-même un nouveau PPGV sans refaire un état des lieux descriptif
exhaustif. Toutefois, l’agrandissement du territoire de compétence, l’ajout de
nouveaux cours d’eau, le changement des équipes ou l’élargissement des ac-
tions à la lutte contre les espèces végétales exotiques envahissantes peuvent
rendre indispensable un nouvel état des lieux, une nouvelle planification adap-
tée et de nouveaux éléments de suivi (cartes, fiches).
6
remarquables
Espèces
- 43 -
7
Il y a plusieurs 2.1.1
manières de décrire Le diagnostic une étape nécessaire
les cours d’eau, en se
2.1.1.1. Les relevés de terrain
déplaçant en voiture
pour faire des relevés Un PPGV ne peut être établi sans disposer d’un état des lieux et d’un diagnostic
ponctuels sur des stations, de la situation actuelle suffisamment détaillés.
puis en extrapolant
Ceux-ci doivent au minimum aborder plusieurs sujets :
ces observations à
• la caractérisation de la végétation rivulaire : qualité des ripisylves (cf. 1.1.1,
un tronçon supposé page 5) et état des boisements de berge (cf. 1.3, page 30) ;
« homogène », ou en • l’évaluation de l’encombrement des cours d’eau par le bois mort et une quali-
parcourant complètement fication du risque lié à la présence de ces bois (cf. 1.2.1, page 15) ;
le cours d’eau tout en • l’identification des ouvrages et des sites où le risque d’embâcle peut aggraver
faisant des relevés « en les conséquences dommageables des crues, à partir des données existantes sur
continu ». C’est cette les zones inondables et les événements passés (cf. 1.2.3, page 23).
deuxième méthode qui
est utilisée pour les PPGV. Le PPGV pourra également intégrer l’entretien des ouvrages de protection
contre les crues qui nécessitent des débroussaillages annuels et le retrait des
Les relevés en continu
corps flottants (digues, bassins, chenaux, grilles…). Leur inventaire est donc à
sont très exigeants pour fournir au bureau d’étude avant le début de la campagne de terrain. D’autres
l’opérateur, qui doit sans types d’informations peuvent être également très intéressants à connaître bien
cesse observer ce qui que non obligatoires. Ainsi, la gestion actuelle des berges peut apporter des
l’entoure et le décrire dans informations utiles sur la dégradation éventuelle des ripisylves, car il est souvent
un Système d’Information faux de penser que l’entretien sera réalisé dans des espaces « à l’abandon ». Les
Géographique (SIG) espaces rivulaires restent fréquemment exploités ou occupés pour certaines acti-
mobile, identifier les vités et cela conduit à des modes de gestion variés, sans rapport avec l’entretien
enjeux locaux, préparer inscrit dans le code de l’environnement. Parfois, la gestion actuelle sur un secteur,
même si elle ne répond pas aux critères du GEMAPIEN, peut être un critère pour
déjà des propositions
ne pas inclure ce secteur dans le PPGV (cf. 1.4.1, page 36).
de gestion car le budget
et les délais d’étude L’état des lieux s’appuie essentiellement sur des observations de terrain impli-
ne permettront pas de quant de parcourir les cours d’eau à pied, complétées par une recherche docu-
revisiter les cours d’eau, mentaire pour mieux connaître les risques et les enjeux écologiques sur le terri-
prendre des photos, tout toire.
en se déplaçant dans
des conditions difficiles, Les secteurs à visiter constituent un élément contractuel du Cahier des Clauses
parfois engagées. Les Techniques Particulières (CCTP) très important pour la consultation des bureaux
d’études, et, puisque le terrain représente une part importante du budget de
vitesses moyennes de
l’étude, il est indispensable de bien dimensionner ce travail en indiquant un ki-
parcours (400 m/h en lométrage précis, qui pourra éventuellement être adapté par une facturation au
torrent, 6 à 800 m/h en km et non au forfait.
plaine) peuvent donc
sembler faibles mais elles Si le réseau n’est pas bien connu, un premier travail préalable sur carte et de
correspondent en réalité à terrain est indispensable pour définir le linéaire qui doit être visité. L’accessibilité
un travail assez intense et et la dangerosité des parcours sont à analyser à partir des cartes IGN au 1:25000
à des détours imposés par complétées si besoin de quelques visites de terrain. Un secteur inaccessible sera
certains obstacles. Il est retiré du linéaire à visiter. Un parcours dangereux devra être indiqué dans le
CCTP tout en imposant une visite en binôme et par des opérateurs ayant suivi une
difficile de faire plus de
formation Santé et Sécurité au Travail. Un parcours est considéré comme dange-
6 h de relevés par jour, reux quand il est très accidenté (gorges avec de fréquents passages aériens sur
auquel il faudra ajouter les des affleurement rocheux ou dans des pentes très raides) ou quand il est moyen-
temps de déplacement en nement accidenté mais avec un réseau téléphonique inopérant rendant impos-
voiture pour se rendre sur sible un suivi en tant que travailleur isolé. Si les enjeux le justifient, les secteurs
les cours d’eau. inaccessibles peuvent faire l’objet de survols en drone pour l’analyse des risques
de fourniture et de dévalaison de bois. Enfin, il est souvent très utile d’interroger
les élus locaux pour avoir leur avis. Leurs connaissances du terrain, des besoins
La notion de tronçon exprimés par les riverains ou des évènements passés peuvent éclairer les choix.
homogène n’a pas d’intérêt
pour les PPGV. La pression
des usages sur les berges
et l’artificialisation des
cours d’eau ont souvent
une forte influence sur
les caractéristiques de
la végétation rivulaire,
qui peut donc varier
rapidement le long d’un
cours d’eau.
Mise en place
d’un PPGV
chiens, lâchers d’eau … sont des difficultés
rencontrées pour décrire intégralement les
cours d’eau. Les conditions de sécurité des
opérateurs sont trop rarement demandées
dans les CCTP des études, ni même au cours
de la prestation. Il n’est pas rare non plus que
des CCTP demandent de visiter des secteurs
qui nécessiteraient des équipements spéciaux
pour cela. (©Boyer M./Aquabio)
Organisation
Préparation
2.1.1.2. Les cartes et les indicateurs de diagnostic
1
Les cartes de diagnostic parlent d’elles-mêmes sans besoin d’avoir à les commenter. Elles doivent pour cela
être construites à une échelle adaptée permettant d’avoir en quelques planches une vue d’ensemble du
réseau hydrographique, sur lequel les relevés de terrain vont être traduits en indices calculés à l’échelle de
Terrain
segments (longueurs fixes de cours d’eau).
2
les secteurs les plus problématiques. Le choix des échelles de représentation des densités est important car il
influence directement la perception de la situation.
Cas pratiques
3
Atterrissements
4
Pathologies
invasives
5
Dendromicrohabitats
Carte analysant, dans les secteurs accessibles visités, l’origine des bois morts exprimée en nombre de tas de bois par segment de 500 m de long.
6
Elle montre la présence continue de tas de bois mort mais en quantités faibles à très faibles, qui est la situation la plus fréquente sur les cours
d’eau étudiés. Les bois tombés sur place (en vert) forment la proportion la plus importante notamment par rapport au bois flotté d’origine naturelle
remarquables
(en rouge). Le cours d’eau très forestier sur sa partie amont au nord-est du territoire produit un peu plus de bois mort ainsi que la tête de bassin
Espèces
sur le cours d’eau au nord-ouest avec de nombreuses érosions de berges et quelques glissements.
- 45 -
7
Carte de diagnostic analysant le volume de bois morts (symboles ronds) et le risque d’embâcle aux ponts (symboles carrés) dans les secteurs
accessibles visités. Les densités de volumes par segments de 500 m de long sont plus intéressantes pour l’analyse des risques et des éventuels
besoins en entretien que le nombre de tas de bois (carte précédente). Les ponts sont classés en 5 catégories : sans risque d’embâcle, avec des
risques de faibles à forts (le risque croise l’aléa et les enjeux menacés) et ceux dont la probabilité d’embâcle n’a pu être déterminée. Le volume
du bois est calculé par segments de 500 m de long. Le danger représenté par le bois mort est évalué en fonction des risques et de plusieurs carac-
téristiques de celui-ci : longueur, mobilité, position dans le chenal. La couleur grise indique que le bois ne représente pas de danger en crue, le
rose un danger moyen et le mauve un danger fort. On constate que les volumes de bois sont très faibles excepté sur le cours d’eau au nord-est du
territoire et deux secteurs localisés ailleurs avec des dangers faibles à forts selon les sites.
Les indicateurs pour évaluer le danger des bois morts ne concernent que les petits et moyens cours d’eau
faisant moins de 20 m de large. Au-delà, il est difficile d’estimer la distance possible de dévalaison des corps
flottants et on considère souvent qu’une gestion préventive n’est pas pertinente pour éviter le risque d’em-
bâcle car le bois peut venir de très loin.
L’estimation des dangers associés à des bois déjà tombés ou échoués se base sur des calculs simples large-
ment suffisants pour établir un PPGV. Le transport du bois est en effet très complexe à anticiper et dépend
de nombreux facteurs (cf. 1.2.1, page 15). Il s’agit donc ici d’une approche empirique pour mieux prendre en
compte cette question essentielle pour l’élaboration des PPGV : depuis quelle distance peuvent venir les corps
flottants en crue ? L’objectif est surtout d’éviter d’engager systématiquement des entretiens coûteux dans
des secteurs trop en amont des sites à enjeux.
Les bois morts sont relevés sur le terrain par tas homogène, correspondant à une accumulation ou à des bois
très proches, d’à peu près même longueur. Des informations simples et précieuses les caractérisent : volume
apparent du tas, position dans le chenal, longueur et origine des bois (arbre tombé, bois échoués, bois coupés,
bois coupés échoués). L’opérateur de terrain ne se pose pas de question complexe et n’évalue ni la mobilité
de ce bois, ni le danger éventuel qu’il peut représenter, qui seront estimés au bureau par des traitements sous
SIG pouvant être automatisés.
Au bureau, l’évaluation est réalisée en quatre temps : 1°) le tas de bois est-il mobile ? 2°) si oui, quelle distance
maximale peut-il parcourir en prenant en compte les distances empiriques maximales et l’existence d’ouvrages
de protection comme les plages de dépôts ou les tri-bois ? 3°) sur ce parcours, quelle est la zone parcourue
où le risque d’inondation est le plus élevé ? 4°) estimation du danger correspondant à chaque tas de bois par
rapport à ce niveau de risque. À ce stade, il n’est pas forcément nécessaire de distinguer les éléments structu-
rants (cf. Fiche n°3, page 76). Les cartes de diagnostic sont en effet destinées à donner une vue d’ensemble de
la situation en termes de risques liés aux bois actuellement présents dans les rivières et à prioriser les tronçons
dans la programmation des travaux du futur PPGV. Les expertises plus fines de terrain pour décider si un bois
en particulier doit être conservé ou éliminé ne sont faites qu’au stade de la définition des travaux en prenant
d’autres caractéristiques du bois : forme, diamètre, intérêt écologique…
Mise en place
d’un PPGV
Estimation empirique de la mobilité potentielle du bois pour de fortes crues
dans des cours d’eau boisés à lit unique stable
Position dans le chenal
Longueur relative du bois par rapport
à la largeur du cours d’eau Dans le lit, au-dessus du lit, Sur le haut de berge dans
contre la berge une emprise de 5 à 10 m
court : < 1/2 x largeur bois très mobile (btm)
Organisation
Préparation
moyen : 1/2 à 1 x largeur bois mobile (bm)
bois peu ou pas mobile*
long : 1 à 1,5 x largeur bois potentiellement mobile (bpm)
très long : > 1,5 x largeur bois peu ou pas mobiles
* Ces tableaux peuvent être adaptés si on veut évaluer le danger en incluant la mobilité des bois sur les rives pour les crues exceptionnelles (qui
risquent de toute façon de mobiliser aussi des arbres vifs).
1
Estimation empirique de la distance type de transport des bois flottants en fonction de leur longueur,
et de la sinuosité et la largeur du cours d’eau
Terrain
Sinuosité du cours d’eau
Largeur (à évaluer sur le terrain ou sur une carte IGN)
du lit
Lit unique Lit unique Lit unique Remarques
(évaluée sur
le terrain) stable stable stable
2
rectiligne sinueux méandreux
Les corps flottants sur les très petits cours d’eau
Cas pratiques
sont composés essentiellement de branches ou
btm : 500 m btm : 200 m btm : 100 m de tiges, vivantes ou sèches, de bambous ou de
0-2 m bm : 100 m bm : 100 m bm : 50 m cannes de Provence. Les crues peuvent fragmenter
bpm : 50 m bpm : 0 m bpm : 0 m facilement ces corps flottants très fins.
Le bois est, lui, rarement suffisamment fragmenté
pour être mobile excepté lorsqu’il est billonné.
Sur les petits cours d’eau, les branches, les cannes
3
de Provence et les bambous sont mobiles et
peuvent créer des embâcles.
btm : 1000 m btm : 1000 m btm : 500 m
Atterrissements
Les déplacements du bois sont peu fréquents. Il
3-5 m bm : 800 m bm : 400 m bm : 200 m
faut de fortes crues pour cela. Les distances de
bpm : 100 m bpm : 0 m bpm : 0 m
déplacement restent par ailleurs limitées car les
trajets des flottants vont fréquemment rencontrer
des obstacles (ripisylve, arbre tombé, ouvrage…).
Sur les cours d’eau de taille moyenne, les
branches, les cannes de Provence et les bambous
sont mobiles mais créent rarement des embâcles. 4
btm : 2000 m btm : 1000 m btm : 1000 m
Une partie du bois est mobile dès les crues
6-12 m bm : 800 m bm : 700 m bm : 500 m
moyennes ou morphogènes. Les distances parcou-
bpm : 300 m bpm : 300 m bpm : 500 m
Pathologies
kilomètres.
Sur les grands cours d’eau ou les rivières diva-
> 20 m ou lit gantes ou en tresses, chaque crue emporte et
divagant ou non limité transporte des bois flottants, qui peuvent parcourir
en tresses de très grandes distances. L’entretien préventif
n’a plus d’intérêt.
Pour des crues exceptionnelles, certains cours d’eau vont pouvoir connaître des élargissements brutaux les
6
faisant changer de catégorie de largeur. Mais dans ce cas, tout le boisement de berge peut être emporté et
la gestion préventive n’apporte pas de bénéfice. Seuls des ouvrages spécifiques (cf. 1.2.4, page 26) peuvent
remarquables
- 47 -
7
Cartes sur les boisements de berge
Carte montrant, sur les secteurs accessibles visités, le type d’entretien actuellement mené sur les berges. Sur ces cours d’eau, les boisements
rivulaires restent des espaces peu entretenus régulièrement.
Carte de diagnostic montrant l’état et la stabilité du boisement de berge dans les secteurs accessibles visités, depuis le bon état (en vert) jusqu’à
l’état médiocre (en rouge), les berges non boisées apparaissant en jaune.
Mise en place
• 10-30 % : moyen
d’un PPGV
• > 30 % : médiocre
Organisation
Préparation
de recherche actuels tentent de trouver des indicateurs, c’est-à-dire des para- indigènes spécifiques
mètres descriptifs mesurables et étroitement corrélés aux fonctions concernées. de ce type de milieu (cf.
Il existe actuellement peu d’indicateurs opérationnels satisfaisants et adaptés 1.1.1, page 5) ou s’ils sont
pour une analyse à l’échelle du bassin versant. L’indicateur le plus récent (2019) envahis par des espèces
est l’Indicateur de Biodiversité et de Connectivité des Ripisylves de FNE AuRA,
ligneuses invasives.
qui s’inspire de l’Indice de Biodiversité Potentielle des forêts conçu en 2008 et
1
l’adapte aux boisements de berge. Cet indicateur s’intéresse exclusivement à la
biodiversité et a été testé sur plusieurs cours d’eau et pour les oiseaux.
À consulter :
https://www.fne-aura.org/
Ainsi différents relevés en continu peuvent être réalisés sur les ripisylves, mais ripisylves/le-projet/
Terrain
deux sont essentiels, leur largeur (emprise latérale) et leur connexion au cours
d’eau. Les ripisylves actuelles, très réduites du fait des activités humaines dans
le lit majeur, sont des forêts devenues essentiellement linéaires. Leur continuité
le long du cours d’eau est importante pour leur fonction de corridor écologique
mais, pour toutes leurs autres fonctions, c’est leur largeur qui est essentielle.
2
De plus, pour garder leur spécificité écologique de forêt rivulaire, les ripisylves
doivent conserver leur connexion avec le régime de perturbations créé par la
Cas pratiques
dynamique alluviale : érosions, dépôts, inondations, substrats alluvionnaires,
proximité de la nappe. Des ripisylves dans des lits modifiés par des aménage-
ments, sur ou derrière des digues et des enrochements, ou perchées suite à
une incision étendue ne sont plus considérées comme connectées. Ces deux
critères croisés apportent une information déjà précieuse sur la qualité poten-
tielle des ripisylves du territoire.
3
Estimation empirique de la valeur fonctionnelle globale des ripisylves
Atterrissements
Connexion de la ripisylve au cours d’eau
Largeur de la ripisylve
Connectée Déconnectée
Ripisylve naturellement
non évaluable
absente
valeur fonctionnelle valeur fonctionnelle
Ripisylve disparue 4
nulle nulle
< 2 m ou une seule valeur fonctionnelle valeur fonctionnelle
rangée d’arbre moyenne faible
Pathologies
invasives
Exemple d’indicateur simple et global pour évaluer les fonctionnalités des ripisylves. Les ripisylves ne
sont pas présentes le long de tous les cours d’eau, c’est pourquoi il est important de distinguer ces
secteurs (« ripisylve naturellement absente ») de ceux où la ripisylve ne peut plus s’installer (« ripisylve
disparue »). Une ripisylve « disparue » peut correspondre à des berges boisées avec des espèces non
caractéristiques des ripisylves ou à des berges non boisées. Selon les causes de disparition de ces
ripisylves, il pourra être plus ou moins facile de les rétablir.
6
remarquables
Espèces
- 49 -
7
Ces deux caractéristiques (largeur et connexion) rapides à relever sur le terrain par segment de 100 m, peuvent
également être complétées par d’autres observations comme :
• la présence de très grands arbres formant une quatrième strate dominant la canopée ;
• la présence d’arbres à dendromicrohabitats (cf. Fiche n°6, page 91) ;
• le type de boisement dominant ou le plus développé (futaie, perchis, taillis, fourré) ;
• le type d’essences (à bois durs, à bois tendres, mixte) ;
• la présence de certains groupes d’espèces (saulaies arbustives, aulnaies, populaie noire, saulaie blanche) et
d’espèces remarquables faciles à voir (myricaire d’Allemagne, laurier rose, …).
Tous ces relevés nécessitent de développer des formulaires de saisie ad hoc pour le terrain puis de transférer
les données dans le SIG de bureau. Avec le développement des SIG mobiles, chaque structure a souvent déve-
loppé ses propres formulaires de saisie. L’ergonomie du formulaire et le choix des éléments descriptifs ont sou-
vent nécessité plusieurs campagnes de terrain pour s’adapter à la grande diversité de situations rencontrées.
De plus, bien utiliser un formulaire de terrain complexe avec de nombreuses données à relever nécessite un
apprentissage de quelques semaines. Cet investissement important dans la construction d’un SIG adapté aux
problématiques étudiées permet ensuite de produire rapidement des calculs ou des cartes. C’est pourquoi, il
n’est pas recommandé d’imposer des modèles d’organisation des données quand on consulte un bureau
d’études ou dans le cas contraire, une ligne financière spécifique est à prévoir pour intégrer celui-ci dans
les procédures internes.
2.1.2
Les intentions du plan pluriannuel de gestion de la végétation
La justification de l’intérêt général du PPGV passe par une description claire des buts recherchés au travers
des travaux qui seront menés. Mais il est plus correct de parler modestement d’intentions, car un PPGV ne
peut, par la nature des objets gérés et celle des travaux réalisés, atteindre des objectifs précis du seul fait de la
bonne exécution du programme. De plus, les crues et les interventions des riverains peuvent fortement modi-
fier la situation indépendamment des actions menées sur la ripisylve par le GEMAPIEN.
Les PPGV contiennent donc des cartes montrant la, ou les, intention(s) sur les différents secteurs des cours
d’eau. Ces intentions concernent uniquement les sites pour lesquels l’entretien présente un intérêt général
(cf. 1.4.3.2, page 37). Une grande partie du réseau hydrographique est par conséquent souvent exclue du PPGV
(sous chevelus, zones apicales, secteurs naturels, …). Il n’est pas nécessaire, ni même recommandé, d’indiquer
une gestion sur ce réseau comme par exemple « Non-Intervention Contrôlée ». Ce terme utilisé actuellement
dans de nombreux PPGV indique que le réseau est surveillé par le GEMAPIEN qui pourra, si besoin, mener des
interventions ponctuelles. Du point de vue réglementaire, aucun site précis n’étant identifié, cela conduit à
mettre tout ce réseau hydrographique, parfois beaucoup plus long que celui réellement géré, dans le dossier
de demande de DIG et cela indique aux riverains qu’on viendra se substituer à eux en cas de problème. C’est
un engagement qu’il faudra tenir ensuite. Il est par conséquent préférable de pré-identifier la localisation pré-
cise de ces sites d’interventions éventuelles (cf. 1.4.1, page 36) ou de ne rien indiquer.
Pour décrire la finalité des travaux, trois types d’intentions peuvent être décrits dans les PPGV :
• la seule prévention du risque d’embâcle ;
• le rétablissement des corridors boisés disparus ou présentant des défauts de structure ou de régénération
du fait des activités humaines, de la modification de la forme des cours d’eau ou des invasions végétales ;
• le maintien d’une certaine capacité hydraulique du lit, supérieure à celle d’un lit évoluant naturellement, et
la prévention du risque d’embâcle.
Dans le cas des deux premières, ces intentions ne changent pas radicalement les manières d’opérer, et il n’y a
pas d’un côté des interventions « dures » et de l’autre des interventions « douces » s’opposant et incompatibles
entre elles. Elles peuvent être menées sur les mêmes secteurs, puisque les travaux font appel dans les deux
cas à la résilience des arbres et des boisements de berge pour renforcer la pérennité des cordons boisés
(cf. Fiche n°3, page 69).
Seule la gestion réellement qualifiée d’hydraulique, c’est-à-dire pour augmenter la vitesse d’écoulement en
crue, est incompatible avec les deux autres puisqu’elle s’oppose à ces deux types de résilience.
Ces différentes intentions possibles, justifiant l’intérêt général des interventions publiques, sont détaillées ci-
après. Ces intentions s’appliquent à des linéaires précis et les proportions de chacune d’entre elles, exprimées
en % du réseau hydrographique, peuvent varier selon les territoires.
Mise en place
Dans les territoires de montagne, beaucoup de torrents sont ainsi équipés de plages de dépôts pour maitri-
d’un PPGV
ser à la fois le transport solide et les corps flottants. En plaine, les tri-bois visent à bloquer uniquement les
bois flottants. Mais ces ouvrages ne sont pas systématiques et ils ne peuvent couvrir tout le réseau hydrogra-
phique concerné par les risques d’embâcle. Les travaux d’entretien réalisés en prévention des prochaines crues
cherchent donc aussi à réduire ce risque, sans être destinés à lutter contre les crues.
Organisation
Préparation
1
Terrain
Exemples d’ouvrages de rétention des bois en crue : ouvrage de fermeture d’une plage de dépôts sur un torrent charriant beaucoup de matériaux
et tri-bois en amont d’un pont sur un petit cours d’eau. (©Boyer M./Aquabio)
2
La perception fréquente de ce type de travaux est une simple suppression des arbres risquant de partir avec le
Cas pratiques
courant ou de former immédiatement un embâcle. En réalité, si les travaux sont bien faits, la coupe préventive
de ces arbres a aussi des effets bénéfiques sur le cordon boisé rivulaire, sa stabilité, son maintien ou sa régé-
nération à court et moyen terme. L’entretien préventif organisé par rapport à des enjeux d’inondation cor-
respond à une gestion forestière douce pour préserver le maintien et la continuité des corridors boisés (cf.
Fiche n°3, page 69), car ces corridors sont essentiels dans la fourniture et la régulation des corps flottants.
3
Dans les systèmes très contraints par des « enjeux humains », qui sont ceux généralement concernés par
les travaux d’entretien, les boisements rivulaires sont très peu larges et formés souvent d’une seule rangée
Atterrissements
d’arbres. L’espace disponible pour la régénération des ripisylves est très réduit et souvent insuffisant pour voir
une diversité d’essences et de strates s’installer. Tout arbre qui tombe en entrainant sa souche participe ainsi à
l’éclaircissement du boisement, car il ne pourra souvent pas être remplacé rapidement. En anticipant la chute
des arbres et en les coupant avant celle-ci, les souches peuvent être conservées et assurer une régénération
végétative à partir de suppléants, qui viendront rapidement remplacer l’arbre coupé (cf. Fiche n°3, page 73).
De plus, les interventions sélectives peuvent aller bien au-delà de la seule gestion des arbres instables et ren-
forcer ainsi la résilience des cordons boisés. Les ripisylves peuvent aussi être gérées pour favoriser la rétention 4
des corps flottants (cf. Fiche n°3, page 70). Le choix des arbres à abattre demande ainsi de véritables capacités
d’expertise de terrain pour prendre en compte les caractéristiques du cordon boisé et celles de chaque arbre
et essence (cf. Fiche n°2, page 66).
Pathologies
invasives
5
Dendromicrohabitats
- 51 -
7
Cet arbre encore vivant et au stade adulte est atteint Dans ce bosquet dense de saules, certains sont en train de basculer dans le cours
par un pourrissement important. Il va probable- d’eau et risquent d’entrainer dans leur chute le système racinaire de leurs voisins. Leur
ment s’effondrer en entrainant la souche. Sa coupe coupe préventive permettra d’éviter la disparition de tous ces arbres et apportera une
permettrait la formation de suppléants sur la souche éclaircie qui favorisera le développement des houppiers des arbres restants. Le résultat
et le développement rapide d’un nouvel arbre sain et est un moindre risque d’embâcle et une meilleure stabilité du cordon boisé sur ce
mieux ancré dans la berge. Le résultat est à la fois un secteur, avec potentiellement le développement d’arbres plus gros et plus intéressants
moindre risque d’embâcle et le maintien d’un arbre pour la biodiversité. (©Aquabio)
dans un secteur très peu boisé. Arrêter les débrous-
saillages permettrait aussi de laisser une ripisylve se
réinstaller. (©Boyer M./Aquabio)
Les crues infligent de grosses blessures (troncs, branches, racines) L’entretien préventif vise à intervenir avant la chute naturelle des arbres
aux arbres présents en berge ou sur les atterrissements et beaucoup, dans les secteurs à enjeux pour conserver leurs souches vivantes et
même s’ils ont réussi à se maintenir, dépériront après la crue. La coupe éviter les risques liés à leur chute. Elle est raisonnée à l’échelle du
des arbres les plus abîmés tout en réduisant le risque d’embâcle cordon boisé pour mener une gestion cohérente du boisement de
permet la formation de suppléants et la possibilité de développement berge en intégrant sa dynamique d’évolution. Le principe est de réduire
rapide d’un nouvel arbre en meilleur état et plus stable. (©Boyer M./ les interventions ponctuelles au coup par coup, comme ici, et de rendre
Aquabio) systématique et régulière l’analyse de l’état des arbres. (©Rampal T./SIRCC)
Par ailleurs, cette gestion préventive du risque d’embâcle concerne aussi les bois déjà tombés, échoués ou
même stockés par les riverains sur les berges. Ces bois ne constituent souvent qu’une faible proportion des
corps flottants transportés lors des fortes crues, l’essentiel du bois étant souvent recruté depuis les berges ou
les versants (cf. 1.2.1, page 15). Mais ils sont déjà présents et peuvent contribuer au risque pour des crues moins
importantes, en formant des points durs déviant les écoulements ou provoquant des débordements. Dans
le cadre de la gestion préventive du risque d’embâcle, ces bois nécessitent aussi d’être gérés (cf. Fiche n°3,
page 76). Comme pour les abattages, la gestion des bois morts nécessite une bonne capacité d’expertise, car
ceux-ci jouent de nombreux rôles positifs dans le fonctionnement des cours d’eau (stabilisation du fond du
lit, diversification des habitats, rétention du transport solide) et il ne s’agit pas de les éliminer systématique-
ment mais d’identifier précisément ceux qui pourraient être dangereux. La longueur des bois relativement
au cours d’eau, leur position dans le chenal d’écoulement et la connaissance précise des zones à risques sont
autant d’éléments à prendre en compte.
L’entretien particulier des cours d’eau présentant de forts assecs peut également nécessiter des débroussail-
Mise en place
lages pour éviter que les ligneux ne colonisent le lit dans les zones urbaines.
d’un PPGV
Ces arbres, dont l’un dépérissant, juste en
Organisation
amont d’un pont auraient déjà pu être à l’origine
Préparation
d’embâcles très dommageables. Les débrous-
saillages des abords des ouvrages sont destinés
à empêcher l’installation et le développement
des arbres et éviter ce genre de situation.
(©Aquabio)
1
Terrain
Cette gestion préventive doit également conserver la rugosité naturelle du lit créée par les bois morts, les
arbres ou les arbustes, car celle-ci participe à la régulation des corps flottants et des sédiments tout le long de
leur trajet pendant une crue. Elle doit par conséquent éviter les entretiens uniformes et systématiques.
2
C’est pourquoi finalement, la gestion pour prévenir le risque d’embâcle, si elle est bien faite, n’est absolu-
Cas pratiques
ment pas une gestion hydraulique pour augmenter la vitesse d’écoulement de l’eau (3ème type d’intention
possible justifiant l’entretien), mais une gestion douce pour renforcer la stabilité des arbres et plus globa-
lement celle des minces cordons boisés bordant encore les rivières.
3
Atterrissements
Ces gros arbres enchevêtrés (effondrement de
gros épicéas dans une combe forestière très
encaissée) ne sont pas mobiles et vont pouvoir
ralentir les eaux en crues et stocker une partie
des matériaux solides ou des corps flottants,
participant ainsi à la protection des sites habi- 4
tés situés plus en aval. (©Boyer M./Aquabio) Pathologies
invasives
La gestion peut répondre à la volonté de rétablir des boisements dégradés en dehors de toute problématique
liée aux crues. Cela concerne par exemple des berges ayant subi des coupes à blancs récentes ou anciennes
(structure dégradée) ou des tronçons d’eau très modifiés n’offrant plus l’espace nécessaire pour assurer une
régénération naturelle du boisement. Les interventions s’appuieront sur des techniques de recépage/furetage,
et, si besoin, des reboisements. Les bois effondrés ou flottés pourront être conservés dans le but de créer de
nouveaux habitats pour la régénération des ripisylves. Des bois morts pourront aussi être volontairement
introduits pour cela. Il ne s’agit pas de projet de restauration physique avec des travaux de terrassement mais
de mesures plus simples s’apparentant à la restauration.
6
remarquables
Espèces
- 53 -
7
Exemple d’une aulnaie dans une zone humide, dont la structure a été dégradée par une coupe à blanc. Des
opérations de furetage peuvent rétablir un boisement plus équilibré aux niveaux des différentes strates
en quelques campagnes de travaux. Toutefois, si le riverain revient prélever du bois, ces efforts auront été
inutiles. (©Boyer M./Aquabio)
1
2.1.2.3. La gestion hydraulique des secteurs très contraints et à enjeux d’inondation
Terrain
La gestion dite hydraulique parce qu’elle vise clairement à accélérer l’écoulement de l’eau en crue, conduit
à un entretien généralement drastique de la végétation rivulaire ou des bancs pour supprimer le frein naturel
que crée celle-ci en se développant. L’essartement des bancs alluviaux (suppression complète de la strate li-
gneuse) correspond à une gestion hydraulique dans la plupart des cas (cf. Fiche n°4, page 83).
2
Ce type de gestion, quand elle n’apparait pas comme une évidence du fait des contraintes d’espace, doit être
justifié par des calculs hydrauliques (cf. Fiche n°4, page 85) et ne pas être rendu systématique du seul fait qu’on
Cas pratiques
serait dans une zone à risque, en particulier dans les zones d’habitats denses. D’ailleurs beaucoup d’opérations
de restauration sont aujourd’hui réalisées dans des zones urbaines en récréant des îlots et des berges boisées
(cf. 2.1.2.2, page 54). Cette gestion se traduit essentiellement par des débroussaillages destinés à empêcher
l’installation d’une végétation ligneuse ou à maintenir une strate buissonnante basse et souple. Il s’agit d’une
gestion généralement coûteuse, car les débroussaillages sont souvent réalisés manuellement et se répètent
à l’identique tous les ans, quand on veut conserver une strate herbacée buissonnante, ou tous les 3 ans pour
3
une strate buissonnante.
Atterrissements
4
Pathologies
invasives
5
Dendromicrohabitats
Dans ce secteur urbain, l’organisation de l’espace n’a pas su laisser une En fonction de la dynamique du cours d’eau, il est tout à fait possible de
place suffisante pour que les arbres puissent se développer norma- conserver les ripisylves colonisant les petites terrasses basses étroites des
lement sur les berges du cours d’eau. De plus, il est évident qu’il n’est lits canalisés en ville. (©Boyer M./Aquabio)
pas possible de laisser ces talus abrupts se boiser spontanément sans
que cela ne réduise la capacité hydraulique du lit. Les débroussaillages
annuels visent donc à maintenir une strate herbacée. (©Aquabio)
6
remarquables
Espèces
- 55 -
7
2.1.3
Une gestion à adapter au contexte local
Les travaux de gestion de la végétation ne couvrent que quelques types d’interventions généralement réali-
sées manuellement, parfois avec l’aide d’engins ou de machines :
• des abattages ;
• des enlèvements de bois morts au sol ou dans l’eau, issus de la chute d’arbres, de dépôts de crue ou de pra-
tiques humaines ;
• des fauches ou des débroussaillages de la strate herbacée ou buissonnante ;
• des élagages parfois ;
• des dessouchages dans certains cas particuliers ;
• des éliminations de plantes invasives ;
• des plantations ou des enherbements ;
• des enlèvements de déchets.
Il n’existe pas un type de gestion qui serait à appliquer à un type de cours d’eau puisque tous les travaux
d’entretien sont de même nature. Mais la façon d’intervenir permet d’adapter la gestion et d’éviter les inter-
ventions systématiques et un entretien uniforme. En fonction des enjeux écologiques (état de la ripisylve) et
du niveau de risque lié aux embâcles, la pression d’entretien peut ainsi être augmentée ou réduite à partir
de différents « curseurs » :
• la fréquence des contrôles : les contrôles sont les visites rapides pour vérifier qu’il n’y a pas une nécessité
d’intervenir ponctuellement et rapidement, par exemple sur un arbre menaçant ou déjà tombé. Ils peuvent
être annuels, en particulier dans les secteurs à risque, ou moins fréquents. Ces contrôles réalisés dans les
périodes entre les campagnes planifiées pour les travaux ne sont pas systématiques. Les secteurs dans ce
cas ne seront alors entretenus qu’aux dates prévues et les riverains devront attendre pour voir réaliser des
interventions même ponctuelles ;
• la fréquence des travaux : hors interventions immédiates et ponctuelles, deux types de campagnes de tra-
vaux sont à programmer, celle des abattages et celle des débroussaillages. Pour les abattages, l’importance
du boisement, son état, sa stabilité et les érosions de berge peuvent influencer la fréquence et le type d’in-
terventions. Dans le cas, par exemple, d’un cordon boisé peu large, peu dense et déjà en bon état, les cam-
pagnes peuvent être programmées tous les 5 ans dans un secteur situé en amont d’un site soumis à risque
d’embâcle. Par contre, dans un secteur forestier et très érodé en amont d’un village, les interventions pour-
ront être programmées plus fréquemment tous les 3 ans, car il faudra plusieurs campagnes pour arriver à
retrouver un boisement plus stable tout en évitant des coupes à blancs. Enfin, dans une traversée urbaine où
il y a très peu d’arbres à gérer, il n’est plus nécessaire d’organiser des campagnes d’abattage et les travaux
seront décidés lors des visites de contrôles.
• le caractère systématique ou non des travaux : faut-il abattre tout arbre à risque de chute ou est-il pos-
sible d’en préserver certains ? Faut-il enlever tout le bois tombé ou est-il possible d’en laisser certains en
place ? Faut-il débroussailler systématiquement la strate herbacée ou buissonnante ou le faire uniquement
sur quelques sites ?
Il est difficile de décrire toutes les situations possibles pour indiquer comment régler les curseurs, qui dépen-
dront aussi bien de l’âge des boisements, de l’état des berges, de la dynamique du cours d’eau, etc.
Règles d’intervention
sur la strate arborée
aucune gestion souples strictes
(à adapter sur le terrain)
Règles d’intervention
sur les bois flottés ou tombés
aucune gestion souples strictes
(à adapter sur le terrain)
Règles d’intervention
sur la strate basse
aucune gestion ponctuelles importantes
Il existe 5 «curseurs» pour adapter la pression d’entretien aux enjeux locaux et à l’état actuel des boisements de berge.
La position de ces curseurs est décrite sur des cartes détaillées, en général avec la planification des inter-
ventions, afin d’être prise en compte de façon très opérationnelle par les techniciens·nes lors de la définition
des travaux sur le terrain (cf. Fiche n°1 et 2, page 63 et 66)
Mise en place
autant identique tout le long de ce secteur mais dépendra de l’état des boisements et des buts techniques.
d’un PPGV
Les secteurs doivent apparaitre sur les cartes pour que les techniciens·nes comprennent ensuite sur le terrain
la justification de leurs interventions (cf. Fiche n°1, page 61). De plus certaines règles de gestion s’appliquent
à l’échelle du secteur comme celles dépendant de la densité de bois mort (cf. Fiche n°3, page 76).
Les secteurs peuvent également être décrits dans des fiches plus détaillées illustrant l’état actuel et les préco-
nisations de gestion avec quelques indicateurs et des photographies du secteur. Ces fiches sont surtout des
aides mémoire pour les techniciens·nes. Le nombre de secteurs de gestion peut en effet être très importants
Organisation
Préparation
sur un bassin versant.
1
Parmi les cartes présentées dans le PPGV,
Tri-bois certaines montrent les limites des diffé-
rents secteurs de gestion où des travaux
Terrain
d’entretien seront réalisés plus ou moins
souvent et des sites ponctuels d’inter-
secteur 1
ventions possibles au niveau de certains
ouvrages. La DIG portera uniquement sur
tri-bois ces zones.
2
Les sites habités en zone inondable et les
ponts risquant de provoquer des embâcles
Cas pratiques
secteur 1 ont été identifiés à partir d’enquêtes, de
ressources documentaires, de relevés de
terrain et de calculs. Les secteurs de ges-
tion ont été définis en prenant en compte
Secteur
de gestion
les distances possibles de dévalaison des
corps flottants.
Pont avec risque
La zone forestière en amont est une
3
d’embacle
source importante de corps flottants
Intervention
mais un tri-bois a déjà été aménagé pour
Atterrissements
ponctuelle
éviter des apports massifs et brutaux de
Zonecorps flottants vers le hameau en aval. Le Crue courante
ou début de crue
secteur 2 premier secteur d’entretien débute par
inondable
conséquent au niveau de cet ouvrage. Le
second secteur est situé nettement plus
en aval et concerne un secteur urbanisé.
Entre les deux, il a été identifié un pont 4
secteur 2 pouvant provoquer des embâcles avec des
effets limités à une route secondaire. Le
Pathologies
- 57 -
7
2.1.5
La planification des interventions, un aspect financier mais
surtout technique
C’est sur la base de l’état des lieux et du diagnostic que le PPGV sera élaboré.
L’attente des élus est souvent principalement dirigée vers la connaissance du coût
du programme afin de prévoir les budgets prévisionnels et les financements pos-
sibles. Le PPGV comprend bien évidemment une estimation financière des futurs
travaux pour renseigner des outils de planification financière, mais il est par ail-
leurs un document technique qui va au-delà de la planification pluriannuelle des
interventions à l’échelle du bassin versant. Il sert en effet de guide pour adapter
très concrètement la gestion grâce à des cartes détaillées et des fiches.
Les estimations financières faites à ce stade des études préalables s’appuient prin-
cipalement sur le linéaire de cours d’eau qui sera géré et sur des coûts moyens
de travaux constatés sur le territoire, ou ailleurs en l’absence de référence locale.
Sont également souvent distinguées deux situations pour ces coûts moyens :
celle du rattrapage d’entretien (interventions soutenues) qui peut se prolonger
sur plusieurs campagnes de terrain et celle de l’entretien courant (interventions
plus légères). Enfin, des coefficients multiplicateurs peuvent être utilisés pour te-
nir compte de la difficulté d’accès aux sites. Dans tous les cas, il s’agit d’évaluer
des enveloppes budgétaires globales. Ces coûts ne sont en aucun cas des pré-
On peut parler de dictions sur le montant réel des travaux qui seront réalisés sur tel ou tel site. Ce
« pression d’entretien » montant ne pourra en effet être connu qu’au moment de la définition concrète
des travaux lors du marquage et de l’établissement du bon de commande (cf.
pour qualifier l’intensité
Fiche n°2, page 65).
de la gestion qui sera
menée sur un site. Cette La planification des campagnes régulières de travaux n’est pas calée sur les sec-
intensité peut aussi teurs de gestion, dont la longueur peut être très variable. Différents critères sont
bien être justifiée par la généralement appliqués pour établir cette programmation :
nécessité d’intervenir • avoir des linéaires assez longs pour ne pas multiplier exagérément le nombre de
rapidement, que de chantiers sur le territoire, mais cependant pas trop longs pour tenir compte de la
mener des opérations de perturbation de la faune et de la résilience des milieux ;
rattrapage d’entretien. • équilibrer les budgets d’une année sur l’autre ;
• donner une bonne visibilité des travaux à la population, ce qui permettra de l’as-
La pression d’entretien
socier plus souvent à cette démarche pour mieux la sensibiliser à la préservation
est donc caractérisée des ripisylves.
par la fréquence des
interventions définie dans Le principal outil pour suivre le PPGV est le SIG. Des tableaux simples n’ap-
le PPGV et par le volume portent pas en effet la vision géographique, qu’il est indispensable de prendre
de travaux réalisés constamment en compte. Le SIG doit être facilement consultable et modifiable
définis dans les bons de par la préparation de projets ad hoc.
commande.
Mise en place
certains types d’interventions peuvent ne pas concerner le territoire concerné. doit être réalisé à partir
d’un PPGV
d’un code de marquage
Le CCTP contient toutes les prescriptions pour limiter les impacts environne- sur le site de travaux
mentaux (pollutions accidentelles, dispersions involontaires de plantes inva- (couleur de peinture et
sives, mise en défens, filtre anti-matières en suspension…). Certaines de ces
symbole). Il n’est donc
prescriptions sont imposées dans l’arrêté préfectoral d’autorisation des travaux
et, dans ce cas, celui-ci sera annexé au CCAP du marché afin que l’entreprise
pas judicieux de mettre
atteste en avoir pris connaissance. dans un même prix des
interventions différentes
Organisation
Préparation
Le CCTP indique clairement ce que représente l’unité de prix (exemple : des (fureter ou recéper,
superficies, des tonnages, des volumes…). Il détaille aussi ce que chaque prix réduire un houppier ou
comprend comme prestation. Il ne s’agit pas de décrire des modes opératoires supprimer des branches
professionnels mais de bien cerner les limites de ce que contient le prix pour mortes, …) sans prévoir
éviter les contentieux (exemple : l’abattage comprend-il la gestion des réma- sur le terrain de saisir une
nents végétaux ?).
information spécifique
1
Les frais d’installation et de repli de chantier correspondent à des frais fixes
et de définir un code de
minimaux et récurrents avant l’exécution des travaux attendus, qui doivent être marquage permettant de
décrits complètement dans le CCTP (amenée d’engins ou de matériels, dépla- les distinguer.
Terrain
cement du matériel et des engins d’un site à l’autre, pose de signalétique, ré-
unions de chantier, etc.). Dès que ces frais intègrent des opérations non récur-
rentes (création d’une piste d’accès, …), un nouveau prix doit être créé.
2
tains cas ou certains sites et s’ajoutent au prix de base.
Cas pratiques
Les retours d’expérience montrent que la distinction entre abattages d’arbres
morts ou vifs n’est pas pertinente.
Un prix spécifique concerne les cépées, puisque les arbres sont tous sur la
même souche avec des houppiers très contraints. Couper 10 troncs partant
d’une cépée génère moins de travail qu’abattre 10 arbres distincts répartis sur
3
un linéaire plus ou moins important, du fait de ces distances et des volumes de
houppiers qui ne sont pas en proportion du nombre de troncs sur une cépée
Atterrissements
(moins de travail d’ébranchage).
4
Pathologies
invasives
Exemple de deux prix différents dans la catégorie des cépées ; à gauche, un furetage sera demandé pour
un prix « CEPEE - rejets Dmaj < 6 cm » et à droite un recépage pour un prix « CEPEE- Dmaj 20-40 cm »
ainsi qu’un rognage-dessouchage pour un prix « SOUCHE D > 50cm », s’agissant d’un platane installé
5
dans un secteur urbanisé très encaissé, difficile à gérer et où un platane ne pourra pas se développer
Dendromicrohabitats
servations des zones embâclées, et enfin pour s’assurer que la planification ini-
Espèces
- 59 -
7
Fiches pratiques
Le suivi,
la préparation
et la réalisation
des travaux
d’entretien
Mise en place
d’un PPGV
des visites de terrain
Organisation
Préparation
Objet/contexte
LE PPGV ne définit pas les travaux précis à réaliser mais uniquement des types de travaux possibles (abattages,
1
retraits d’embâcles, débroussaillages, etc.). C’est donc aux techniciens·nes de réaliser chaque année les visites
de terrain pour définir les travaux. Pour cela, elles·ils s’appuient sur les éléments techniques du PPGV et le
contenu de l’arrêté préfectoral qui a fixé le cadre réglementaire de sa réalisation.
Terrain
La démarche à suivre comprend les tâches suivantes :
• identifier les tronçons concernés par la campagne de travaux de l’année ;
• rechercher les préconisations de gestion du PPGV, qui expliquent pour chaque site pourquoi et comment
intervenir afin de conserver la cohérence des interventions d’une campagne à l’autre. Ces informations sont
généralement décrites dans des cartes ou des fiches ;
2
• consulter, si elles existent, les données bancarisées sur les interventions menées précédemment pour savoir
si on est dans une phase de rattrapage d’entretien ou non ;
Cas pratiques
• embarquer ces informations afin de pouvoir les consulter facilement sur le terrain (photocopie ou intégration
au format numérique dans une tablette).
3
Atterrissements
Le PPGV précise les trois grandes intentions et justifie les interventions sur les différents secteurs dans des
cartes ou des fiches. Pour la réalisation des travaux, différentes préconisations ou contraintes sont également
indiquées dans le PPGV ou l’arrêté préfectoral. Il est important de consulter ces informations et d’adapter les
pratiques en conséquence. En effet, les modes d’intervention ne doivent pas être réalisés de manière identique
partout et ces informations ont été communiquées, via l’arrêté préfectoral de DIG, aux riverains, qui peuvent
donc s’attendre à les voir réalisés de la manière décrite.
4
Trois intentions peuvent être décrites dans les PPGV (cf. 2.1.2, page 50) :
• la seule prévention du risque d’embâcle ;
• le rétablissement des corridors boisés disparus, ou présentant des défauts de structures ou de régénération
Pathologies
invasives
du fait des activités humaines, de la modification de la forme des cours d’eau ou des invasions végétales ;
• le maintien d’une certaine capacité hydraulique du lit, supérieure à celle d’un lit évoluant naturellement, et
la prévention du risque d’embâcle.
La première intention est la plus fréquente. Le but est de réduire les éléments favorables à la création de
barrages de bois (embâcles) par des éclaircies sélectives dans les boisements de berge et par le retrait sé-
5
lectif des bois morts déjà présents au sol ou dans l’eau. La gestion a tout autant pour objectif de renforcer
Dendromicrohabitats
à moyen et long termes la stabilité du cordon boisé dans son ensemble, que d’éviter à court terme que des
arbres ne s’effondrent sur place ou ne soient emportés en aval lors des crues. Il s’agit non seulement de trai-
ter les arbres à risque, mais aussi de maintenir la régénération, notamment végétative, des boisements et
de privilégier le développement des arbres qui présentent le meilleur état physiologique (cf. 1.3, page 30).
La seconde intention demande une expertise plus approfondie de l’état des ripisylves et n’est pas toujours
présentée dans les PPGV. Les travaux réalisés dans l’un ou l’autre cas sont parfaitement compatibles et
6
s’appuient sur la résilience des arbres et des boisements de berge pour renforcer les cordons boisés.
Enfin, la troisième intention conduit à des entretiens sévères incompatibles avec les deux premières et n’est
remarquables
- 61 -
7
L’atteinte des résultats peut nécessiter plusieurs campagnes de terrain et le terme de « rattrapage d’entre-
tien » est souvent utilisé pour décrire cette étape.
Ces différentes intentions apparaissent habituellement sur des cartes ou des fiches établies lors des études
préalables. Elles peuvent être complétées par des données plus techniques, qui expliquent plus précisément
l’intensité de l’entretien (« curseurs de gestion ») et le but recherché. Ainsi pour le risque d’embâcle, il pourra
être mentionné des informations sur la localisation du risque : risque sur place ou risque en aval. Si le risque
est en aval, le but des interventions est d’éviter ou de réduire la dévalaison de bois vers l’aval. Et si le risque
est sur place, leur but est d’éviter ou de réduire la probabilité qu’un tronc obstrue le cours d’eau. Par ailleurs,
l’aggravation du risque d’inondation due à la rupture en amont de barrages naturels de bois lors d’une crue
est un phénomène assez rare (cf. 1.2.2, page 21), mais il peut être pris en compte sur certains secteurs naturels
en amont des zones à risque. Le but des interventions sera alors d’éviter ou de réduire la probabilité qu’un
tronc obstrue le cours d’eau, créant un embâcle qui pourrait rompre brutalement. Enfin, dans les secteurs de
restauration au sens large (restauration de la structure des boisements, de l’habitat aquatique, etc.), les bois
morts devront être conservés, voire réintroduits, dans la rivière (cf. 1.2.5, page 28).
Enfin, des contraintes environnementales sont souvent décrites dans les PPGV ou les arrêtés préfectoraux
pour limiter les impacts sur la flore et la faune sauvages et leurs habitats. Elles peuvent avoir des répercussions
très concrètes sur les périodes de réalisation des travaux ou la manière de les réaliser.
En pratique, la plupart des informations techniques (intentions, buts, contraintes) sont intégrées dans le SIG
du PPGV. Après consultation au bureau, ces informations peuvent donc être facilement embarquées sur le
terrain sous un format numérique (SIG mobile ou pdf). Elles peuvent aussi être emportées sous format papier
en photocopiant des extraits de cartes du PPGV.
Carte d’un PPGV montrant le but des travaux, une information précieuse pour adapter les interventions sur le terrain.
Mise en place
d’un PPGV
En général des cartes, des tableaux ou des projets sur des logiciels SIG libres multiplate-forme tels que QGIS
présentent cette planification des visites de manière précise. Par ailleurs, des interventions ponctuelles et non
programmées sont également possibles après de fortes crues ou tempêtes.
La planification des campagnes régulières de travaux n’est pas calée sur les secteurs de gestion mais sur des
portions de ceux-ci (cf. 2.1.5, page 58).
Visites de contrôles
Organisation
Préparation
Les contrôles sont réalisés lors de visites rapides pour identifier des éventuels besoins immédiats, évidents et
ne pouvant attendre la date de planification prévue pour les interventions : par exemple, un arbre tombé ou
prêt à tomber dans une zone urbaine, des petits embâcles bloqués derrière un ouvrage après un épisode plu-
vieux, etc. Les riverains ou les élus peuvent aussi faire remonter ces informations, dont la prise en compte sera
à définir après une visite de terrain avec eux. Ces données peuvent être collectées à tout moment dans l’année.
Elles n’obligent pas à déclencher immédiatement des travaux (sauf danger immédiat) mais à les intégrer dans
1
la prochaine campagne à venir.
Terrain
2
Cas pratiques
3
Atterrissements
Les visites de contrôle ont pour objectif d’intervenir dans l’année sans attendre la prochaine campagne de travaux lorsque la probabilité d’un
embâcle dangereux est évidente (©Rampal. T./SIRCC).
Les travaux post-crue sont très mal documentés et, outre l’urgence des travaux à faire réaliser, la priorité des
Pathologies
techniciens·nes doit également porter sur les relevés précis de la situation avant ces travaux. La connaissance
invasives
actuelle sur le déplacement du bois et la formation des embâcles comporte en effet des incertitudes très im-
portantes (cf. 1.2, page 17) parce qu’il est très difficile d’obtenir des données précises sur ces phénomènes. Ainsi
l’organisation du travail post-crue des techniciens·nes est à anticiper pour répondre aux différents besoins
urgents en intégrant celui de documenter précisément l’évènement :
• géolocaliser les embâcles ;
5
• les photographier correctement : vues dans le contexte depuis le sol (vue vers l’amont, vue vers l’aval) ou
Dendromicrohabitats
depuis les airs (drone), vues plus précises des pièces maitresses ;
• les caractériser : volume apparent, forme (hauteur, largeur, longueur), dimensions des pièces maitresses (lon-
gueur et diamètre du tronc) et origine (local ou transporté) ;
• documenter les effets de l’embâcle : érosion/affouillement ou engravement, surinondation.
engager suffisamment tôt en saison végétative pour avoir le temps de couvrir tout le linéaire à visiter. Ces vi-
sites, à la différence des deux autres, sont destinées à expertiser l’état de chaque arbre du boisement de berge
remarquables
dans le cadre de campagnes d’abattage menées régulièrement pour améliorer l’état global du boisement et
renforcer sa résilience. Elles sont généralement réalisées en binôme pour faciliter le travail et pour des raisons
Espèces
de sécurité.
- 63 -
7
Étape 3 : préparer des formulaires de terrain pour les travaux
(projets sous SIG mobiles)
Chaque intervention géolocalisée sur le terrain pourra être transmise sous format numérique aux entreprises
qui, en général, apprécient beaucoup de connaître précisément et préalablement les travaux à réaliser. Pour
cartographier précisément les interventions et faire rapidement des plans des travaux sur le terrain, un GPS
professionnel précis à moins de 2 mètres près est nécessaire (attention la plupart des récepteurs courants
n’ont pas cette précision). Sans ce matériel, il sera nécessaire de charger une photographie aérienne récente
pour indiquer l’emplacement de chaque intervention à la main sur ce fond.
D’autres renseignements que la seule indication du prix concerné par l’intervention sont importants pour l’en-
treprise mais aussi pour dresser des bilans annuels rapides sur les travaux réalisés. Le tableau ci-après men-
tionne, pour chaque type de prix, les données complémentaires à indiquer sur le terrain.
En plus du fichier de géolocalisation et des informations complémentaires sur l’intervention, le marquage sur
site, réalisé avec un traceur forestier ou de la rubalise, est indispensables pour s’assurer que les travaux à réa-
liser seront identifiés correctement et rapidement par l’entreprise. Cette identification précise des travaux est
un élément important du marché puisqu’elle déterminera le montant des interventions et évitera les litiges.
Par ailleurs, la conception des formulaires de terrain doit intégrer non seulement le type de prix et les quanti-
tatifs, mais également des informations techniques utiles pendant la réalisation des travaux et, plus tard, pour
analyser les campagnes dans les bilans annuels ou pour prévoir les suivis.
travaux pathologies
localisation espece justification contraintes
abattage invasive
berge rive droite liste des especes souche instable chalarose batiment ou infra
berge rive gauche pourriture au pied phytophthora circulation
routiere
dans le lit cavite au pied frequentation
versant rive droite arbre stresse ligne aerienne
versant rive gauche arbre deperissant pont ou seuil
arbre senescent
arbre mort
Enfin, de petits comptes-rendus seront rédigés pour suivre les interventions au cours des différentes cam-
pagnes, prévoir les éventuelles Déclarations IOTA, expliquer à l’entreprise les interventions inhabituelles et lui
donner les consignes sur la gestion des bois ou des rémanents et sur les mesures spécifiques pour préserver la
faune et la flore. Ces comptes-rendus seront transmis avec les bons de commandes aux entreprises et bancari-
sés pour conserver la mémoire des interventions. Ils peuvent, par exemple, facilement être conçus sous QField
afin de les remplir directement sur le terrain et de faciliter leur édition et leur archivage. Un exemple est donné
dans le tableau ci-après.
Mise en place
d’un PPGV
de commande, du marquage
sur le terrain à la transmission
aux entreprises
Organisation
Préparation
1
Objet / contexte
Terrain
Certains travaux du PPGV sont réalisés dans le cadre de campagnes d’entretien menées à intervalles réguliers
sur les mêmes sites. Pour définir ces travaux, des visites sont programmées sur des secteurs étendus. Lors de
ces visites, chaque intervention à faire est comptabilisée et localisée en utilisant le BPUF du marché en cours
2
(cf. 2.2, page 58).
Cas pratiques
• préparer le matériel et l’équipement de terrain ;
• visiter les sites, marquer les travaux et rédiger un court compte-rendu par site ;
• sauvegarder journalièrement les données numériques ;
• préparer les bons de commandes en accompagnant ceux-ci du compte-rendu et d’un fichier de localisation
ou d’une carte ;
• bancariser ces informations (travaux, comptes-rendus et photos) pour les retrouver et les exploiter facilement
3
avec le SIG de bureau.
Atterrissements
Étape 1 : préparer son équipement et le matériel
pour les marquages et l’inventaire numérisé
des travaux à réaliser
4
Compte-tenu des risques encourus sur le terrain, les visites se feront préférentiellement en binôme et le·la
technicien·ne devra être équipé·e avec :
• des équipements de protection individuel (EPI) : casque, lunettes, chaussures de canyoning, veste à manches
Pathologies
invasives
- 65 -
7
Etape 2 : expertiser le boisement de berge,
les arbres et définir les travaux
Pour les visites, la démarche à suivre est la suivante :
• pour chaque site, consulter les préconisations de gestion embarquées issues du PPGV ;
• avant tout marquage, parcourir une première fois intégralement le tronçon qui va être marqué dans la jour-
née pour avoir une vue d’ensemble de la structure actuelle des deux boisements de berge (rive droite et rive
gauche) et des bancs éventuels ;
• examiner un à un les arbres en berge pour faire un diagnostic sur leur état physiologique et sanitaire et mar-
quer si besoin les arbres à couper ;
• bien repérer le cas échéant les souches des arbres abattus lors de la campagne précédente ayant produits des
suppléants pour prévoir des éclaircies (furetage ou recépage) ;
• repérer le bois mort au sol à traiter en fonction des consignes indiquées pour le site.
Pour l’organisation du travail en binôme, l’un·e des opérateurs·rices réalise le marquage des travaux à réaliser,
l’autre la·le suit et enregistre les travaux dans le SIG de terrain. Cette organisation est la plus adaptée pour être
efficace. En effet, le-a premier·ère opérateur·rice décide et adapte chaque fois les interventions en fonction du
contexte local et c’est lui·elle qui a une vue globale du chantier et de la gestion du boisement rivulaire pour
répondre aux objectifs techniques. Il·elle a dans les mains le marqueur forestier, la machette et le marteau.
L’autre opérateur·rice a les outils de mesurage et le terminal de saisie équipé d’un SIG et d’un GPS pour en-
registrer et géolocaliser les travaux. Il·elle mesure les diamètres des arbres et les superficies à débroussailler
et est responsable de la bonne identification du prix et des quantités. Il·elle identifie aussi les contraintes
particulières (réseau aérien, démontage…) et les éventuelles plus-values à envisager. Chaque intervention est
également numérotée automatiquement afin d’être bien identifiée dans le marché.
Le premier passage permet d’identifier les éventuelles pathologies invasives (chalarose, phytophthora) et les
opérations éventuelles d’éclaircies ou de dépressage à prévoir. Il permet aussi de détecter les éventuels arbres
remarquables.
Le second passage permet de définir précisément tous les travaux. Pour les abattages, le stade de dévelop-
pement, l’état physiologique et sanitaire des arbres sont évalués systématiquement par une observation com-
plète du houppier, du tronc et du pied, et un sondage sonore simple avec un marteau. Pour le bois mort tombé
ou échoué, la gestion vise directement à réduire le risque d’embâcle en supprimant prioritairement les bois qui
pourraient former les pièces maîtresses derrière lesquelles s’accumuleraient des bois plus petits. Pour adapter
la gestion et ne pas supprimer systématiquement le bois mort, il est essentiel de savoir si le risque d’embâcle se
situe au droit du site ou en aval, et si le risque de rupture d’embâcle doit être pris en compte. Ces informations
sont parfois données dans le PPGV.
Un code de marquage des interventions sur site est indispensable à définir et à ne plus modifier ou faire évo-
luer. Le marquage doit être réalisé toujours de la même manière. Il doit être visible depuis le cours d’eau ou en
parcourant le cours d’eau de l’amont vers l’aval, être discret pour les promeneurs et ne doit plus être trop visible
après travaux (marque au-dessus des traits de coupe). Les arbres à abattre sont par exemple marqués sur le
tronc à 1 m du sol environ avec une peinture bien visible et toujours sur le côté amont. Le marquage se fait en
éliminant le lierre si besoin et en se souvenant que les catégories de diamètre sont toujours définies à 1,3 m du
sol. Les cépées à couper sont repérées par un marquage des tiges principales. Les souches à fureter sont mar-
quées au niveau de la souche avec une peinture discrète, car c’est le bûcheron qui choisira les brins à préserver.
Les arbres à élaguer sont marqués sur la souche avec une peinture discrète. Les zones à débroussailler sont
marquées avec de la rubalise (limite amont), la longueur à traiter est indiquée et les surfaces sont estimées.
Organisation
Préparation
la coupe d’une de ses grosses charpentières. Toutefois
l’arbre reste en bon état sanitaire. Le diamètre de l’arbre
a été mesuré et celui-ci a été marqué et relevé dans le
SIG mobile pour suivre son évolution. Si cet état évolue
vers un dépérissement, il devra être coupé puisqu’on
se trouve dans une zone urbaine en amont d’un pont à
risque d’embâcle.
1
(©Boyer M./Aquabio)
Terrain
2
Cas pratiques
Étape 3 : rédiger un petit compte-rendu
des interventions prévues sur le site visité
3
Après le marquage, le·la technicien·ne renseigne sur place pour chaque site, dans un rapide compte-rendu
illustré de quelques photographies, les informations suivantes :
Atterrissements
• si le secteur après travaux est en entretien ou encore en rattrapage d’entretien ;
• les opérations inhabituelles à mener sur le site, en particulier celles pour modifier la structure actuelle des
boisements de berge ;
• les difficultés particulières pour les accès et l’exportation des bois coupés ;
• la gestion des arbres abattus sur le site concerné ;
• les éventuelles traversées d’engins dans le lit du cours d’eau pour prévoir les dossiers de Déclaration au titre
de la loi sur l’eau ; 4
• la sensibilité écologique particulière du site et les mesures préventives éventuelles à mettre en place.
Dans les très petits et petits cours d’eau, il est par exemple fortement déconseillé de billonner les bois en amont
5
des sites à protéger du risque d’embâcle. Dans les zones où les embâcles ne créent pas de risque, il est conseil-
Dendromicrohabitats
lé de laisser les arbres abattus sur le site et selon certaines dispositions précises à indiquer à l’entreprise : arbres
entiers ou ébranchés, arbres fixés dans le lit ou éloignés du lit, etc.
Décrire les opérations inhabituelles ou indiquer si le site restera en rattrapage d’entretien après travaux est très
important pour la compréhension du chantier par l’entreprise, et pour mener une gestion adaptée pendant
toute cette période de rattrapage lors des prochaines campagnes de travaux dans 3 ou 5 ans.
6
remarquables
Espèces
- 67 -
7
Étape 4 : suivi de chantier
Au démarrage du chantier, les sites à traiter sont entièrement visités avec le chef d’équipe de l’entreprise. Cette
visite a pour but de valider :
• un état des lieux contradictoire le cas échéant (clôtures, chemins, routes, pistes) ;
• les accès qui seront utilisés par l’entreprise ;
• les procédures d’abattage qu’elle compte mettre en œuvre, notamment si cela entraine des plus-values
(abattage, démontage, grutage) ;
• les modes de gestion des rémanents végétaux imposés sur le site ;
• les zones de dépôts, provisoires ou non, des grumes ou des bois coupés ;
• les précautions spécifiques à prendre en compte.
Il sera vérifié si les parcelles non riveraines utilisées pour les accès sont désignées dans l’atlas parcellaire de la
DIG. Dans le cas contraire, une convention devra être passée avec les propriétaires concernés.
Par ailleurs, l’entreprise vérifie que le marquage est toujours présent et qu’elle a bien compris sa signification.
Ensuite, une visite de chantier est programmée toutes les semaines pour suivre la bonne réalisation du chan-
tier. L’entreprise signale les aléas et les éventuelles difficultés à résoudre et fait le point sur l’avancement des
travaux.
Mise en place
d’un PPGV
Organisation
Préparation
Les éclaircies dans les boisements denses
Il est possible d’intervenir ponctuellement dans les boisements denses pour modifier leur structure en dispo-
sant d’une bonne connaissance du développement des arbres et de leur état physiologique. Ces interventions
doivent se faire préférentiellement sur les formations boisées au stade appelé « bas perchis » ou « gaulis » en
langage des forestiers. À ce stade, les arbres font moins de 10 cm de diamètre ; ils sont jeunes, serrés et en forte
1
compétition. Leurs branches basses s’élaguent naturellement et les houppiers se forment en hauteur jusqu’à
ce que des rapports de dominance s’installent. Les éclaircies vont permettre de changer rapidement cette
structure pour un boisement plus lâche avec des arbres mieux ancrés dans les berges, qui pourront développer
Terrain
des houppiers plus équilibrés. Cette gestion n’est pas à rendre systématique. Elle peut être appliquée sur
des sites particuliers comme dans les exemples décrits ci-après.
2
être dirigée le plus tôt possible pour améliorer leur état et leur résilience. « Laisser faire la nature » n’est en
effet pas le meilleur choix compte-tenu des multiples contraintes dues aux activités humaines et au manque
Cas pratiques
d’espace. La bonne gestion de chaque arbre est souvent déterminante dans ces zones urbaines pour conserver
des cordons boisés sur les berges.
3
Atterrissements
4
Pathologies
invasives
Cette ripisylve, rare en zone urbaine, souffre d’une gestion qui la contraint
dans un trop petit espace. Le débroussaillage détruit les éventuels semis ou
5
des branches basses et la forte densité d’arbres sur une faible largeur gênent
le développement des houppiers. Réduire la largeur débroussaillée et pratiquer
des éclaircies sélectives pour réduire la concurrence entre les arbres serait
très bénéfique pour améliorer l’état et la résilience du boisement. (©Boyer M./
Aquabio)
6
Cet arbre adulte (un peuplier noir) en zone urbaine, légèrement incliné vers le cours d’eau, a produit de vigoureux sup-
pléants (bien identifiables par leur écorce lisse et plus claire) du côté de la berge, qui lui permettent de rééquilibrer son
houppier. C’est l’abattage d’un arbre à proximité en haut de talus qui lui a apporté de la lumière et permis cette trans-
remarquables
formation. Ce choix d’une éclaircie positive pour favoriser la stabilité d’un arbre en berge s’est appuyé sur un diagnostic
Espèces
préalable des capacités de résilience du peuplier (stade de développement et état). (©Boyer M./Aquabio)
- 69 -
7
Le cas des dépressages pour favoriser des zones naturelles de rétention des corps
flottants dans les berges ou sur les bancs
Les ripisylves sont des formations qui régulent naturellement le transport des corps flottants et, pour favoriser
cet effet, des opérations ponctuelles de dépressage peuvent être menées sur les berges ou les atterrissements
non mobiles. Ces sites serviront ainsi de pièges à corps flottants, qui pourront être régulièrement entretenus
afin de relibérer la place pour la prochaine crue. Des expertises locales sont à mener pour réaliser ce type
d’opérations car de nombreux paramètres assez similaires à la démarche pour dimensionner des tri-bois
(cf. 1.2.4, page 26) sont à prendre en compte : les impacts des embâcles sur le site, la localisation du site par
rapport à celui à protéger du risque d’embâcle, la dimension des bois à bloquer, la pérennité du site en crue,
les essences et la localisation des arbres à conserver pour faire tri-bois et renouveler le boisement…
Ripisylve large, juste en amont d’une ville, très favorable à la création En amont d’une zone urbaine, cet atterrissement relativement pérenne situé
d’un espace géré pour piéger les corps flottants. (©Boyer M./Aquabio) en aval d’un seuil sera éclairci de façon à y favoriser à la fois le dépôt des
corps flottants et le développement des arbres conservés pour qu’ils jouent
mieux leur rôle de peigne. (©Boyer M./Aquabio)
Un examen approfondi de l’état physiologique et sanitaire des arbres doit être réalisé avant de décider d’un
abattage. L’évaluation s’appuie sur l’identification de certains symptômes typiques de l’arbre stressé, résilient
ou dépérissant. Attention toutefois aux symptômes de dépérissement, qui sont les mêmes que ceux d’un arbre
sénescent (cf. 1.3, page 30).
Les arbres des ripisylves sont régulièrement endommagés par les crues, notamment ceux implantés sur les
atterrissements et les berges. Cela occasionne de fréquents pourrissements du pied, qui conduisent à la chute
anticipée de l’arbre. C’est pourquoi chaque arbre doit être inspecté.
L’état physiologique ou sanitaire de l’arbre peut être évalué en toute saison. En hiver, on observe plus
facilement les suppléants, les défauts de ramification et les pourrissements au pied mais moins facilement
les branches mortes. Les dépérissements liés à des pathogènes invasifs seront ainsi plus faciles à détecter en
saison végétative par le constat du dégarnissement des houppiers des individus d’une même espèce (cf. Fiche
n°5, page 87). Attention à ne pas considérer systématiquement que des branches mortes sont le signe d’un
arbre dépérissant. Un arbre peut en effet remplacer des branches endommagées.
Les pathologies microbiennes invasives seront particulièrement recherchées lors de ces inspections pour anti-
ciper les risques d’évolution rapide de l’état sanitaire du boisement (cf. Fiche n°5, page 87). En cas de détection
de dépérissement d’aulnes pouvant être dû au phytophthora, il est procédé à un prélèvement pour demander
une confirmation à un laboratoire spécialisé et prendre immédiatement toutes les précautions nécessaires
pour ne pas disperser le pathogène.
En cas de doute et pour les arbres remarquables, il est conseillé de prendre conseil auprès d’un expert forestier
qui pourra faire une tomographie à ondes sonores pour mieux caractériser les zones endommagées (pourri-
tures, cavités).
Mise en place
suffisants pour considérer que l’arbre risque de s’effondrer.
d’un PPGV
3&4 : examiner le houppier, si besoin depuis plusieurs points de vue
et avec des jumelles. Une ramification appauvrie, l’apparition de
suppléants (cf. 1.3, page 30), des branches recourbées sur un arbre
jeune ou adulte sont les signes d’un arbre stressé dont l’avenir
est incertain. De nombreuses branches mortes ou disparues, des
suppléants agéotropes (poussant dans toutes les directions) ou
avortés, un feuillage très clairsemé sont les signes d’un dépéris-
sement irréversible avec une fin proche. De nombreux suppléants
Organisation
Préparation
orthotropes (poussant à la verticale avec une symétrie radiale)
ayant reconstitué une partie du houppier sont les signes d’un arbre
résilient.
5 : si besoin, et de manière obligatoire pour les gros/grands arbres,
examiner leur architecture pour déterminer le stade de développe-
ment et réinterpréter si besoin l’état physiologique.
1
L’état physiologique
Terrain
2
Cas pratiques
3
Une ramification appauvrie est dépourvue de certains axes ou fourchue
Atterrissements
(perte de la dominance apicale). Le nombre de ramifications dépend des
espèces. (©Boyer M./Aquabio)
sont les signes d’un arbre stressé ; il s’agit des symptômes visibles
en hiver d’un frêne atteint par la chalarose. (©Boyer M./Aquabio)
5
Dendromicrohabitats
6
Cet aulne glutineux ne fabrique plus que des suppléants Nombreuses branches mortes, feuillage très peu dense, suppléants
remarquables
agéotropes avec des axes grêles et une ramification appauvrie. Il agéotropes : ce frêne atteint par la chalarose est en état de dépérissement
Espèces
est en dépérissement irréversible. (©Boyer M./Aquabio) irréversible et sa mort sera probablement rapide. (©Boyer M./Aquabio)
- 71 -
7
L’état sanitaire
La stabilité
Ce gros peuplier a basculé il y a plusieurs années, mais il a réussi à Il ne faut pas confondre la courbure d’un tronc lié à la recherche de lumière
rétablir sa verticalité. Le redressement s’est fait lors de la croissance lors de la croissance en hauteur de l’arbre et celle liée à des pourritures
des cernes par du bois de tension. Son système racinaire n’est pas dans le tronc, qui peuvent être assez hautes. Ici, le frêne est clairement
affouillé, ni abimé. Aucun pourrissement du bois n’est observé. Il est au en train de s’effondrer avec une forte courbure récente. L’état du houppier
stade adulte, sain et stable, rien ne justifie son abattage. (©Boyer M./ montre qu’il a déjà perdu beaucoup de branches et qu’il est dépérissant,
Aquabio) victime de la chalarose. (©Boyer M./Aquabio)
Organisation
et permettre la régénération d’un nouvel arbre
Préparation
à partir de suppléants mieux enracinés et plus
hauts dans la berge. (©Boyer M./Aquabio)
1
Terrain
2
Cas pratiques
Arbre qui vient récemment de basculer et n’a
donc pas encore réagi (pas de suppléant, pas
de bois de réaction). Quelle que soit sa réaction
pour recréer un houppier orienté vers le soleil,
l’arbre risque de créer un embâcle. Sa coupe
permettra d’éviter cela mais aussi favorisera
3
la formation de suppléants pour le remplacer
Atterrissements
puisque la souche est saine et l’arbre non
sénescent (secteur à proximité d’un axe de
circulation). (©Boyer M./Aquabio)
Après les abattages de certains arbres sur les berges, un grand nombre de suppléants se développent sur les
souches pour former une cépée. La cépée n’est pas le port normal de l’arbre mais le résultat de l’abattage.
Dans les cépées, les différentes tiges se concurrencent fortement. Elles ne vont pas pouvoir développer un
houppier équilibré et vont souvent ne pas pousser verticalement pour chercher la lumière. Sur les berges,
on cherche à améliorer la stabilité des arbres et il est donc préférable de restaurer leur port normal. Le
5
contrôle sur les cépées issues des coupes précédentes est donc important à prendre en compte pour réaliser
des éclaircies importantes en ne conservant qu’une ou quelques tiges (technique du furetage), les mieux pla-
Dendromicrohabitats
Les cépées en bon état sont donc à examiner en évaluant la possibilité de leur redonner un port naturel par
l’élimination de certaines tiges. Les interventions très précoces, quelques années seulement après l’abattage,
sont préférables car les impacts des coupes seront modestes sur les tiges conservées (moins de risque de bles-
sures). Sur des cépées plus âgées, il y a un risque important que l’abattage des autres troncs blesse celui qu’on
veut conserver et conduise à son dépérissement. Dans ce cas, il pourra être préférable de prévoir un recépage
6
- 73 -
7
Les éclaircies par furetage pour retrouver le port normal et plus équi- Cette cépée de frênes s’est formée après l’abattage d’un arbre en berge et
libré des arbres auraient déjà dû être faites à un stade plus précoce, reste instable comme l’arbre initial. Un furetage aurait permis de sélection-
pour limiter les risques de blessures liées à cette opération sur les ner le suppléant situé le plus près du sol pour recréer des racines indépen-
tiges conservées. (©Boyer M./Aquabio) dantes de la souche et obtenir un nouvel arbre unique avec un houppier
plus équilibré. Une éclaircie à ce stade risque de créer de nombreuses
blessures et de compromettre la vitalité de l’arbre. Un recépage peut être
préférable. (©Boyer M./Aquabio)
Les élagages
On entend par élagage des coupes de branches mais ce mot peut qualifier des pratiques très diverses. L’émon-
dage dans les zones agricoles correspond par exemple à une coupe mécanique de toutes les branches basses
des arbres pour permettre le passage des engins agricoles. Ces pratiques impactent beaucoup les arbres des
ripisylves, qui doivent construire leur houppier plus en hauteur. Les tailles de formation, elles, concernent les
arbres d’ornements ou de production pour leur donner un port particulier, non naturel. Elles s’opèrent progres-
sivement et très tôt dans le développement de l’arbre.
Rien ne justifie d’élaguer des arbres dans les ripisylves et pourtant cette pratique est courante et les branches
au-dessus de l’eau sont les plus visées. Ces interventions sont faciles à réaliser et souvent peu coûteuses mais
leurs impacts sont importants pour l’arbre, la température de l’eau et la faune aquatique (cf. 1.1.4, page 9).
Les élagages créent des blessures qui sont des portes d’entrée possible pour des pathogènes et privent les
arbres d’une partie de leurs réserves énergétiques, qu’ils mettront peut-être plusieurs années à reconstituer.
Des élagages de grosses branches créent un stress important et un risque de dépérissement de l’arbre, surtout
si à cela s’ajoutent d’autres stress (sécheresse, crue, etc.). Dans tous les cas, les coupes ne devraient pas dépas-
ser des diamètres de branches de plus de 5 cm pour qu’un bourrelet de recouvrement se forme rapidement.
Le mode et le stade de développement est également à prendre en compte (cf. 1.3, page 30). Couper, par
exemple, les branches basses d’un aulne qui se développe par gigantisme le prive brutalement de ressources
importantes, ce qui peut lui être fatal, tout comme couper une branche d’un arbre sénescent, qui n’est plus en
capacité de reformer des suppléants. Couper les grosses branches maîtresses d’un arbre mature peut créer un
traumatisme insurmontable pour l’arbre.
Les éventuels élagages ne devraient concerner que les contextes urbains ou aménagés et cibler les branches
mortes éventuellement dangereuses ou la réduction des houppiers devenus trop importants. Cette réduction
des houppiers présente des risques importants de dépérissement de l’arbre. Il faudra donc bien juger la néces-
sité de la réaliser et l’arbre devra être particulièrement surveillé après, puis élagué à nouveau régulièrement. Le
choix entre l’abattage d’un arbre devenu trop encombrant ou la réduction de son houppier est souvent difficile.
L’arbre risque en effet de ne pas surmonter le stress de l’opération de réduction et sa conservation nécessitera
des coûts ultérieurs de gestion.
Mise en place
d’un PPGV
sévère de son houppier. (©Boyer M./Aquabio)
Organisation
Préparation
1
Terrain
2
Cas pratiques
Traumatisme important pour cet aulne, dont l’essentiel du
houppier d’origine a été supprimé par un élagage drastique des
3
branches les plus basses. (©Boyer M./Aquabio)
Atterrissements
Le peuplier noir mature en arrière-plan a subi une forte réduction de
son houppier et a produit en réaction un grand nombre de suppléants
vigoureux et dressés à la verticale, dits « orthotropes ». Il est résilient. 4
Réaliser ce genre d’opérations implique de bien connaître au préalable
le stade de développement et la santé de l’arbre. Cela oblige aussi
Pathologies
tante pour être recouverte. Les suppléants (écorce lisse) visibles sur la
charpentière à droite ont dépéri. Toutes les branches sont recourbées
sauf au sommet. L’arbre n’a pas surmonté ces traumatismes et est à
surveiller. Un diagnostic plus poussé serait à réaliser rapidement pour
évaluer le risque de chute et la nécessité d’un abattage plus ou moins
urgent. (©Boyer M./Aquabio)
6
remarquables
Espèces
- 75 -
7
Les bois échoués ou tombés
Si on ne dispose Le choix d’élimination des bois morts au sol est guidé par les indications tech-
niques données dans le PPGV (cf. 2.1.3 et Fiche n° 1, page 56 et 61) ou par une
pas de préconisations
expertise à faire au préalable (cf. ci-après).
précises sur la gestion
du bois mort dans En règle générale, les embâcles sont formés par quelques pièces maitresses
le PPGV, suivre les (bois de grandes longueurs, nommés par la suite éléments structurants) qui vont
recommandations créer une structure stable, au moins temporairement, derrière un obstacle (ou-
données dans : vrage, verrou rocheux naturel, gros arbres …) et retenir des éléments plus petits
Swann Benaksas, qui vont colmater celle-ci.
Guillaume Piton. Action
Embâcle : sources,
risques et mesures
associés. Outils et
recommandations.
Rapport final de la
Tâche 2 : Traduction,
adaptation et application
du protocole de Wohl et
al. (2019) pour la gestion
du bois flottant. IGE –
Institut des Géosciences
de l’Environnement. 2022, Exemple de bois mobiles, dont un bois structurant à droite de la photographie. Ce dernier peut se bloquer contre
pp.84. (hal-03926838). un pont ou dans une zone étroite et retenir tous les corps flottants pour créer un embâcle. (©Boyer M./Aquabio)
La priorité des interventions concerne les premiers types de bois (éléments struc-
turants d’un potentiel embâcle) parce qu’ils sont moins nombreux et leurs impacts
en crue sont plus facilement prédictibles du fait de distances de déplacement sou-
vent moindres. Si les règles de gestion sont souples (c’est-à-dire qu’on accepte
les conséquences de la probabilité de la formation d’un embâcle), leur enlève-
ment pourra être partiel ou mené progressivement au cours de plusieurs cam-
pagnes successives de travaux, sinon ils devront être tous éliminés.
Dans le cas d’une gestion orientée sur le risque d’embâcle pour un secteur situé
en aval, seuls les bois mobiles et non structurants doivent être gérés avec les mêmes
règles que ci-dessus. Les bois structurants et non mobiles doivent donc être conser-
vés car, outre leur fort intérêt écologique, ils participent à la régulation des corps flot-
tants et protègent potentiellement l’aval. Les arbres éventuellement abattus lors
des campagnes de travaux pourront même être réintroduits dans le lit à l’inter-
face eau/berge à la condition que leur ancrage soit bien conçu et construit, et que
les conditions s’y prêtent (analyse des risques hydromorphologiques).
La gestion de la végétation dans le cadre de la compétence GEMAPI - 76 -
Guide technique
Éclairage général
La gestion des bois morts sur le terrain en fonction de la longueur relative des bois,
de leur densité globale et des recommandations du PPGV
Mise en place
d’un PPGV
éviter la rupture d'embâcle
sur le site
(règle souple)
Organisation
Préparation
éviter les embâcles
sur le site
1
(règle stricte)
Terrain
Gestion des éléments non structurants
En cas de densité faible (cas 2) En cas de densité forte (cas 3)
2
Cas pratiques
éviter les embâcles
sur le site en aval
rte et morphogène (règle souple)
vant le pic de crue
3
Atterrissements
éviter les embâcles
sur le site
(règle stricte)
Les schémas illustrent 3 cas de figures sur une situation type : une zone urbaine à protéger du risque d’embâcle avec des corps flottants
Pathologies
pouvant venir de l’amont. Sur le site amont dans le premier cas, le but est d’éviter une rupture d’embâcle et un apport de corps flottants en
invasives
« paquets » vers l’aval (cf. 1.2.2 , page 21). Ce qui change dans la gestion entre l’amont de la zone urbaine et celle-ci, est la rigueur de la règle à
appliquer (souple en amont, stricte en aval). Dans les deux autres cas, le but est d’éviter des apports de corps flottants vers l’aval. La gestion est
donc plus différenciée entre l’amont et l’aval puisque des embâcles peuvent se produire sans risque en amont.
On distingue également sur ces schémas la gestion des éléments structurants des éléments plus petits. Les éléments structurants sont les plus
5
dangereux dans le risque lié aux embâcles, car ils peuvent se mettre en travers, retenir tous les corps flottants et bloquer l’écoulement sous l’arche
d’un pont ou dans un secteur très étroit. Ils sont toutefois peu mobiles. C’est donc principalement ce type de bois qui doit être géré.
Dendromicrohabitats
devra être réduite dans les sites avec des risques liés aux embâcles ou en amont de ceux-ci. Pour réduire la densité de ce type de bois, on élimi-
nera en priorité les bois les plus petits (longueur < 1/2 de la largeur du lit) et les bois situés sur les endroits les plus hauts (sur les atterrisse-
remarquables
ments, les talus de berges ou la rive). On conserva au contraire au maximum les bois plus longs et immergés partiellement ou complètement.
Ceux-ci ont en effet le plus d’intérêt au niveau de l’habitat aquatique et, étant non structurants et facilement mobilisables, ils peuvent être
Espèces
- 77 -
7
Les débroussaillages
Les débroussaillages se répètent à l’identique tous les ans pour maintenir une strate herbacée, ou tous les
3 ans pour une strate buissonnante. Les sites à débroussailler peuvent donc être pré-identifiés lors de l’éla-
boration du PPGV en indiquant une estimation rapide des superficies à traiter, qui seront à valider lors des
premiers travaux. Les débroussaillages représentent souvent des opérations d’entretien très coûteuses du fait
de leur périodicité et des superficies à traiter. Il faut prévoir également que les premières opérations de dé-
broussaillage sur un site peuvent être plus onéreuses que les suivantes.
Les débroussaillages ont pour seul but de maintenir une strate herbacée ou buissonnante en empêchant le
développement de tous les ligneux dans le premier cas, ou seulement des arbres dans le second. Ils sont réa-
lisés dans les cas suivants :
• sur les ouvrages, pour empêcher les ligneux de s’installer dans l’infrastructure, ce qui peut les dégrader (di-
gues, murs, seuils, etc.) ou réduire leur efficacité (plage de dépôts, bassin d’écrêtement, etc.) ;
• sur les berges et le fond du lit des cours d’eau connaissant de forts assecs dans les zones urbaines, pour éviter
une occupation complète du lit ;
• au droit des ponts, pour éviter le risque d’embâcle (effet identique à des piles de pont) ;
• sur les berges ou les atterrissements, dans le cadre d’une gestion hydraulique pour augmenter la vitesse
d’écoulement.
Les cannes de Provence et les bambous posent des problèmes spécifiques d’aggravation du risque d’embâcle
dans les petits cours d’eau. Les tiges de bambous se développent en 3 ans environ et une partie meurt tous
les ans formant des litières épaisses au-dessus du sol. Les crues arrachent facilement les cannes dressées et
emportent cette litière générant des apports brutaux de biomasse ligneuse qui obstruent les petits ouvrages.
La solution la plus économique à long terme est l’élimination des bambous et des cannes pour qu’ils ne re-
poussent plus, mais les techniques à employer ne sont pas simples à mettre en œuvre. Le plus souvent, les
massifs sont donc débroussaillés. Un broyage tous les ans est préférable car il évite la lignification des tiges et
rend les travaux moins pénibles pour les opérateurs.
La croissance des cannes de Provence est très rapide : en 3 ans elles Tout comme les cannes de Provence, les bambous forment des tiges
atteignent leur hauteur maximale de 6 à 7 m. Ce cannier a sans doute ligneuses très grandes et peuvent fournir brutalement une biomasse
été débroussaillé 2 ans auparavant. (©Boyer M./Aquabio) importante pouvant obstruer des petits ouvrages. (©Boyer M./Aquabio)
Il existe plusieurs prix de débroussaillage pour prendre en compte le type de végétation à traiter, le mode ma-
nuel ou mécanisé et le mode sélectif ou non. Le débroussaillage des abords des ponts est rémunéré au forfait
car il s’agit d’interventions ponctuelles, pour lesquelles les temps de déplacement d’un site à l’autre peuvent
être plus longs que l’opération elle-même (cf. le BPUF en téléchargement sur le site de l’ARBE : https://www.arbe-
regionsud.org/36788-gestion-de-la-vegetation-dans-le-cadre-de-la-competence-gemapi.html#documents).
Lors de l’opération de marquage des travaux sur site, les zones à débroussailler sont difficilement délimitables
par géolocalisation, qui demanderait des relevés très précis de géomètre. Elles peuvent donc être matériali-
sées par de la rubalise marquant le début et la fin des zones, mais il sera souvent nécessaire de les repérer plus
précisément à l’aide de piquets lors de la visite avec l’entreprise. Pour les débroussaillages sélectifs, il faudra
également vérifier que les zones à préserver ont bien été balisées par l’entreprise avant de lancer les travaux.
Mise en place
d’un PPGV
Organisation
Préparation
Au droit des ponts, les débroussaillages
empêchent le développement spontané des
arbres. Ici, en leur absence, un platane et
un peuplier blanc se sont développés dans
l’ouverture des deux ouvrages. Ce problème est
1
fréquent pour les ouvrages à plusieurs arches
ou dans les cours d’eau à forts assecs prolon-
gés. (©Boyer M./Aquabio)
Terrain
2
Cas pratiques
3
Atterrissements
4
Pathologies
invasives
M./Aquabio)
Dendromicrohabitats
6
remarquables
Espèces
- 79 -
7
Les débroussaillages des petits cours d’eau en assecs prolongés
Le débroussaillage du fond du lit des petits cours d’eau urbains en Jeunes arbres ayant poussé dans un petit cours d’eau en assecs prolongés.
assecs prolongés est souvent nécessaire. Ici, palmier occupant tout le (©Boyer M./Aquabio)
fond du lit. (©Boyer M./Aquabio)
Arbres adultes ayant poussé dans un très petit cours d’eau canalisé Dans les secteurs urbains envahis par les canniers, les petits cours d’eau
et présentant des assecs prononcés : ils doivent être abattus pour doivent être débroussaillés tous les ans pour éviter l’accumulation de litière
retrouver le gabarit initial du lit permettant l’écoulement des crues. qui peut créer des bouchons. (©Boyer M./Aquabio)
(©Boyer M./Aquabio)
Mise en place
d’un PPGV
Organisation
Préparation
1
Terrain
2
Cas pratiques
Exemple de cours d’eau canalisé sur son cône de déjection. Le moindre débordement peut impacter de nombreuses habitations situées en contre-
bas. Le lit doit donc être débroussaillé tous les ans pour réduire les hauteurs d’eau en crue. (©Boyer M./Aquabio)
3
Lit canalisé d’un cours d’eau méditerranéen
avec des assecs prolongés dans la traversée
Atterrissements
d’une ville : des jeunes pousses de peupliers
noirs et de platanes sont visibles au milieu
du lit. Les débroussaillages annuels sont
nécessaires pour éviter leur développement et
l’installation des arbres. Les ponts en aval sont
à fort risque d’embâcle, il est donc difficile de
conserver une bande non débroussaillée le long 4
des murs. (©Boyer M./Aquabio)
Pathologies
invasives
Le développement du lierre est souvent impressionnant. Il forme de grands tapis herbacés couvrant le sol dans
les ripisylves très ombragées ou des tiges ligneuses grimpant jusqu’à plus 30 m de haut dans les grands arbres.
Ce sont ses deux formes de vie : une forme juvénile à l’ombre et au sol, et une forme grimpante et fertile à la
lumière. Les feuilles passent alors d’une forme étoilée à une forme ovale et pointue. Le lierre est très longévif
(> 100 ans) et peut rester plusieurs dizaines d’années sous la forme herbacée. Il apprécie les sols riches et hu-
mides. Il présente la particularité, héritée du climat tropical de l’ère tertiaire, de fleurir en septembre-octobre,
attirant ainsi de très grandes quantités d’insectes, et de produire des fruits en novembre qui n’arriveront à
maturité qu’en février. Ces baies très riches en lipides deviennent en mars-avril une véritable ressource ali-
6
mentaire pour les oiseaux. L’abeille du lierre (Colletes hederae) dépend entièrement de celui-ci puisque son
remarquables
Espèces
- 81 -
7
développement est calé sur sa floraison : les œufs éclosent en septembre et ces
abeilles ne vivent que 6 semaines. Les feuilles du lierre sont persistantes et vivent
environ 3 ans. Elles résistent à des températures négatives allant jusqu’à -25°C.
Quand la tige, attirée par les secteurs les plus sombres, rencontre un obstacle, elle
se développe alors à la verticale à la recherche de la lumière pour fleurir. Le lierre
grimpe sur les troncs à l’aide de petits crampons fabriquant de la colle naturelle
très puissante à l’extrémité de minuscules poils. L’arbre n’est pas parasité car le
lierre prend toujours ses ressources nutritives dans le sol. Ce dernier peut grimper
de 30 à 60 cm par an s’il reçoit assez de lumière et mettre ainsi 30 à 40 ans pour at-
teindre le sommet du tronc. Sans assez de lumière, sa croissance en hauteur sera
par contre stoppée. La litière produite par le lierre (principalement au printemps
et en été) enrichit le sol au pied de l’arbre et est utile à celui-ci.
Les arbres en bon état physiologique formant des houppiers denses ne sont pas
colonisés par le lierre car la lumière incidente est trop faible pour le développe-
ment de celui-ci. Par contre, dès que le houppier est cassé ou l’arbre dépérissant,
le lierre va pouvoir grimper. Si l’arbre est résilient et répare son houppier, la pro-
gression du lierre sera stoppée ou celui-ci régressera par manque de lumière.
Dans les milieux forestiers, la présence de lierres dans les arbres est donc surtout
le signe d’un dépérissement ou de sénescence des arbres support, ou l’effet de
brutales éclaircies (chablis, volis, abattages). Ainsi, couper de vieux lierres est inu-
tile et rend l’arbre très disgracieux en période hivernale. Dans les jeunes peuple-
ments très éclairés, la coupe préventive des lierres peut par contre être utile pour
réduire les effets du poids du lierre sur les jeunes arbres.
Ganivelle le long de la berge pour permettre la régénération naturelle et piquetage des individus intéressants à
préserver. (©SMBVH-EPAGE HuCA)
Mise en place
d’un PPGV
dans le lit mineur ou la bande active
Organisation
Préparation
Objet-contexte
Les ripisylves s’installent sur les berges, dans le lit majeur mais aussi à l’intérieur du lit mineur ou de la bande
1
active où débutent les successions écologiques avec les stades pionniers (cf. 1.1.3, page 7). Sur ces derniers es-
paces, elles doivent parfois être gérées, principalement pour des raisons hydrauliques ou de prévention du
risque d’embâcle. En pratique cela se traduit par des interventions de type débroussaillage, éclaircie dans les
boisements ou dessouchage de la strate ligneuse.
Terrain
Justifications et choix des techniques
2
Dans les zones soumises à des risques liés aux crues, cette gestion concerne la strate ligneuse sur :
• les atterrissements pérennes se formant contre les berges ou au milieu du lit, au droit des ponts ou dans les
Cas pratiques
zones habitées ;
• les banquettes latérales alluviales pérennes, souvent en contact avec une berge verticale, se formant sponta-
nément dans les lits recalibrés et rectifiés ;
• certaines zones boisées (appelées parfois aussi « iscles ») dans la bande active.
3
• tendance au boisement dans l’ouverture d’un pont ou d’une de ses arches ;
• section très étroite avec un lit majeur proche et habité, où les calculs hydrauliques (cf. Fiche n°4, page 85)
Atterrissements
indiquent que la rugosité du lit mineur est un paramètre déterminant sur le niveau de risque d’inondation ;
• section étroite dans une zone habitée où les arbres n’auront pas la place pour se développer normalement ;
• section étroite dans une zone habitée où les arbres pourraient bloquer des corps flottants et créer ainsi des
embâcles.
La coupe à blanc ou le broyage tous les 4 à 6 ans de la strate arborée des bancs sont des méthodes à pros-
crire car elles ont beaucoup d’inconvénients. Elles provoquent un développement dense de jeunes arbres à 4
partir des suppléants repoussant des souches et elles favorisent certaines espèces invasives comme le robinier
ou les cannes de Provence.
Pathologies
invasives
5
Dendromicrohabitats
6
remarquables
Les coupes à blancs régulières des jeunes boisements favorisent la Une invasion des atterrissements par le robinier (vert clair) a été favorisée
Espèces
formation d’un boisement dense. (©Boyer M./Aquabio) par les techniques de broyage régulier de la végétation. (©Boyer M./Aquabio)
- 83 -
7
Le débroussaillage annuel peut être remplacé par le dessouchage des arbres ou des arbustes tous les 3 à 5 ans.
Cette technique est appelée « essartement ». Elle est par exemple pratiquée sur des grandes superficies dans
les tronçons fortement régulés, où les petites crues morphogènes ont disparu et ne contrôlent plus naturelle-
ment le développement des ligneux. C’est le cas par exemple depuis près de 50 ans en Durance, où un essar-
tement est réalisé tous les 4 à 6 ans entre Serre-Ponçon et Avignon sur 218 kilomètres et plus de 4 000 hectares.
Si elle est réalisée sur des bancs non exhaussés, c’est la technique d’élimination des ligneux qui ressemble
le plus à l’action naturelle des eaux emportant les arbres ou les arbustes par affouillement. L’essartement
peut aussi être mis en pratique plus ponctuellement sur des atterrissements ayant tendance à se boiser. Les
engins réalisant ces travaux traitent les arbres un par un et il est par conséquent possible de réaliser des actions
très ciblées donnant des résultats plus intéressants, avec une efficacité plus longue que les débroussaillages
annuels. Différents types d’outils peuvent être utilisés pour essarter des bancs. Ils doivent être capable d’ex-
traire les systèmes racinaires (encore peu développés) sans prendre trop de terre.
La gestion (débroussaillage, dessouchage) est à adapter à chaque contexte (nature, dimensions et localisation
des bancs, importance des risques, dynamique du cours d’eau). Le tableau ci-après donne des éléments de
réflexion pour faire des choix adaptés.
2 strates : 2 strates :
Résultats 1 strate : herbacée
herbacée et arbustive herbacée et arbustive
Le dessouchage réduit la
L’entretien différencié fréquence d’interventions
Aucune rugosité pour
Intérêts permet d’éviter l’expan- et les débroussaillages ou
l’écoulement des eaux
sion des zones boisées recépages ne sont plus
nécessaires
Le débroussaillage peut
Le débroussaillage et le
favoriser certaines es-
recépage peuvent favo- Le banc risque d’être peu
Inconvénients pèces, notamment des
riser certaines espèces, végétalisé
invasives (renouées du
notamment des invasives
Japon…).
Les défrichements
Quand une ripisylve installée depuis de nombreuses années est détruite, on parle de défrichement et non
d’essartement. Cela conduit en effet à la destruction d’un milieu forestier humide avec des impacts écolo-
giques importants (cf. Fiche n°7, page 95). Même si, de la même manière, les fortes crues peuvent emporter de
grandes superficies de ripisylves, notamment sur les rivières à forte dynamique, les défrichements ne doivent
pas être considérés comme relevant d’une gestion banale. Les fortes crues ont des impacts importants sur la
faune et la flore et il faut souvent plusieurs années pour que les communautés biologiques soient restaurées
grâce à un processus de résilience.
Mise en place
stabilisation des versants…). Défricher les ripisylves sans traiter les causes initiales de la moindre mobilité des
d’un PPGV
chenaux, que celles-ci soient à l’échelle du bassin versant ou plus localisées, n’est pas une solution pérenne.
Les défrichements suivis d’essartements réguliers peuvent être destinés à étaler la lame d’eau en crue pour
réduire les forces tractrices et freiner des processus d’incision. Le plus souvent, ils sont réalisés pour abais-
ser les lignes d’eau en crue ou tenter de diriger l’écoulement vers la berge opposée afin de protéger une
infrastructure ou un bâtiment. Réalisés ponctuellement, ces travaux n’ont pas d’effet global sur les trajectoires
bio-hydromorphologiques du cours d’eau.
Organisation
Préparation
Avant d’envisager ce type de travaux, les effets sur les lignes d’eau peuvent être estimés par des
calculs sommaires. Le site web www.bedloadweb.com est un outil en ligne (INRAE/OFB), gratuit
1
et en français, pour calculer, sur des profils en travers, les niveaux d’écoulement et le transport
solide par charriage. En jouant sur la rugosité de différentes sections du profil en travers, il est
possible de tester la suppression d’une ripisylve. Dans l’exemple ci-après, le profil en travers
comprend un chenal principal et secondaire et une zone boisée. L’effet de la destruction de la
Terrain
ripisylve est testé en passant d’un coefficient de Strickler de 5 à 20. À partir de 30 m3/s on obtient
un gain potentiel de plusieurs centimètres sur les hauteurs d’eau en crue.
2
Cas pratiques
3
Exemples de graphes avec l’outil bedload (collaboration INRAE et OFB) :
Atterrissements
profil en travers testé et différences de hauteurs estimées avec (trait en croix) ou sans ripisylve (trait continu).
Le calcul peut se faire aisément à l’échelle de multiples profils en travers pour vérifier la variabilité
du résultat. C’est une sorte de modélisation numérique très simplifiée qui a l’avantage d’être
applicable très rapidement pour vérifier un ordre de grandeur. Des études plus détaillées
par modélisation permettent ensuite d’affiner l’analyse si les calculs sommaires préliminaires
démontrent un intérêt marqué. 4
Pathologies
invasives
5
- 85 -
7
L’érosion des berges
et des atterrissements est
due à des phénomènes
d’affouillement localisés.
Dans les rivières
en tresses, c’est le
déplacement des
chenaux principaux
d’écoulement qui crée
des sapements et érode
les bancs. L’érosion
de surface n’intervient
pas. Ainsi, pour tenter
d’améliorer la dynamique
alluviale en favorisant la
recharge sédimentaire,
et bien que les résultats
restent aléatoires car
Les îlots boisés s’exhaussent lors des crues et peuvent ainsi héberger une faune et une flore spécifiques,
toujours dépendants de
puis ils se font éroder par affouillement lorsqu’un bras vif les rencontre. (©Boyer M./Aquabio)
l’hydrologie, la création
artificielle de chenaux
apparait potentiellement
plus intéressante que
la destruction directe
des ripisylves. Dans
tous les cas, établir un
programme d’actions
pour tenter de redonner
de la mobilité aux
chenaux et restaurer
les secteurs incisés
implique des études
associant écologues et
hydromorphologues.
À consulter :
Le guide technique
« Les Rivières en
Tresses – Eléments
de connaissance »,
collection Eau et
Connaissance, Bassin
Rhône-Méditerranée, mai
2019
Mise en place
d’un PPGV
les maladies émergentes
des arbres dans les ripisylves
Organisation
Préparation
Objet-contexte
1
Les ripisylves sont menacées par les invasions biologiques, dont font partie des maladies émergentes causées
par des bioagresseurs exotiques.
Terrain
Présente depuis 1970 en France, la graphiose de l’orme est causée par un parasite vasculaire, le champignon
(Ophiostoma novo-ulmi) originaire d’Asie. Celui-ci est inoculé aux arbres par un scolyte (insecte) indigène
(Scolytus scolytus). Les jeunes arbres ne sont heureusement pas attractifs pour l’insecte, ce qui a évité la dis-
parition des 3 espèces d’ormes présentes en Europe. Seuls les arbres adultes ont disparu en très fortes pro-
portions.
2
Deux autres maladies ayant émergé plus récemment sont particulièrement graves pour les ripisylves
Cas pratiques
puisqu’elles touchent les aulnes et les frênes.
La chalarose du frêne est causée par un champignon ascomycète parasite des branches (Hymenoscyphus
fraxineus), qui a été introduit en Europe depuis l’Asie par l’importation de frênes de Mandchourie comme
arbres d’ornements. Ce champignon, non pathogène en Asie, est alors passé sur un nouvel hôte, le frêne
commun (Fraxinus excelsior). Arrivé en France en 2008, il a progressé à la vitesse moyenne de 60 km par an et
couvre maintenant toute l’aire de présence du frêne commun. Seul le pourtour méditerranéen, où le frêne
3
oxyphylle (F. angustifolia) domine, est aujourd’hui indemne. Les aires de répartition du frêne oxyphylle et
du frêne commun étant en effet assez distinctes, et l’épidémie surtout due à la forte sensibilité du frêne com-
Atterrissements
mun, le premier est peu touché. Le climat joue aussi un rôle important dans l’épidémie : les précipitations
en juin et juillet favorisent la formation des spores au pied de l’arbre, la croissance du champignon diminue
au contraire dès 30 °C et celui-ci meurt au-delà de périodes assez longues à 35°C, ce qui freine sa progression
dans les arbres. L’impact sur les peuplements apparait 7 à 8 ans après l’arrivée du pathogène. 1 à 3 % des frênes
sont tolérants à cette maladie (ils développent peu ou pas de symptômes) et 20 à 30 % ont des symptômes mo-
dérés. Il a été montré que cette tolérance avait un caractère héréditaire. On peut donc espérer qu’ils pourront
redonner des populations tolérantes à ce champignon. 4
Tous les stades de développement des arbres peuvent être atteints dès le stade plantule. Ce n’est pas une
maladie vasculaire car le champignon ne se propage pas par les vaisseaux conducteurs du bois. Les spores ger-
Pathologies
ment sur les feuilles puis le mycélium se développe dans les rameaux et provoque des flétrissements ou des
invasives
nécroses. À l’automne le champignon tombe au sol avec les feuilles puis forme au printemps des apothécies
(petit organe de fructification) qui vont éjecter des spores emportées par le vent. Les houppiers se dégradent
ainsi progressivement d’année en année avec une ramification très appauvrie puis une atteinte des grosses
branches. Le champignon peut également provoquer des nécroses au collet de l’arbre et causer alors assez
rapidement sa mort. Le taux de mortalité est très élevé chez les sujets jeunes et chez les arbres atteints par
5
Une autre menace encore plus grave pèse sur le frêne, l’agrile du frêne (Agrilus planipennis), un coléoptère
d’origine asiatique, introduit en Amérique du Nord et en Russie il y a une vingtaine d’années et qui progresse
depuis de quelques dizaines de kilomètres par an. Son arrivée en France est donc attendue.
La maladie du phytophthora de l’aulne est due à un oomycète, Phytophthora alni subsp. alni. Les phytoph-
thoras sont des pathogènes de très nombreuses espèces d’arbres et de plantes ornementales, qui colonisent
les racines fines des végétaux et provoquent des dépérissements. Les pépinières et les plantations sont les
6
principaux vecteurs de dispersion et d’introduction dans les milieux naturels de ces pathogènes majeurs.
Il a été estimé qu’en Europe plus de 90 % des pépinières étaient infestées par des phytophthora et au total
remarquables
- 87 -
7
Le phytophthora de l’aulne, découvert en 1993 en Grande Bretagne, est aujourd’hui présent dans une grande
partie de l’Europe. Cette maladie émergente est apparue suite à l’introduction d’un phytophthora exotique
d’origine américaine. Elle est présente partout en France et elle peut s’installer dans tous les cours d’eau même
ceux encore non atteints aujourd’hui. Sa sévérité peut être très variable d’un site à l’autre selon la date d’arri-
vée du pathogène et d’autres facteurs environnementaux. Son origine provient de l’hybridation entre deux
taxons qui s’est probablement produite à de multiples reprises dans des pépinières. Ces deux taxons sont
également pathogènes pour l’aulne, mais avec des impacts moins importants que leur hybride. L’un est d’ori-
gine américaine et l’autre non déterminée. Le taxon hybride Phytophthora alni subsp. alni infecte toutes les
espèces du genre Alnus, mais c’est l’aulne glutineux (Alnus glutinosa) qui y est le plus sensible. L’eau et le sol
sont les principaux vecteurs de dispersion de l’oomycète, qui survit et se disperse grâce au mycélium, aux spo-
ranges et aux zoospores (spores aquatiques biflagellés). Ces propagules survivent difficilement en hiver mais,
une fois présente, la maladie ne disparait jamais.
Au contact de l’eau, le champignon présent sous l’écorce produit des sporanges sortant par les lenticelles
(pores assurant les échanges gazeux au travers de l’écorce) qui, en quelques heures, vont libérer les zoospores
très mobiles dans l’eau. Ceux-ci transportés par le courant vont alors pouvoir infecter un autre arbre. Ils pé-
nètrent généralement au niveau du collet ou au-dessus selon le niveau d’eau, mais peuvent aussi passer par
les racines. La production de spores est corrélée à la température de l’eau : elle est maximale en été, plus faible
au printemps et en automne et nulle en dessous de 5°C. Le champignon provoque des nécroses corticales
empêchant la circulation de la sève et pouvant conduire à la mort des arbres. La maladie touche tous les stades
de développement de l’aulne. Les aulnaies touchées arrivent à se maintenir malgré un taux de mortalité élevé
et une très forte proportion d’arbres malades. Outre les plantations d’arbres, le transport involontaire de terres
par le bétail, les engins à chenilles, certains outils, les chaussures ou le déplacement de poissons et l’irrigation
avec de l’eau prise en rivière peuvent être à l’origine de nouvelles introductions.
Organisation
Préparation
1
La chalarose a des effets bien visibles dans les houppiers, même en hiver, avec la formation de nombreux sup-
pléants, la présence de nombreux rameaux morts et une ramification très appauvrie. En saison végétative, le
feuillage s’éclaircit mais pas de manière homogène comme pour le phytophthora de l’aulne. Les nécroses au
Terrain
collet sont beaucoup plus difficiles à détecter sauf à postériori quand l’arbre est quasi mort.
2
Cas pratiques
3
Atterrissements
Sur ce frêne présentant une forte éclaircie du houppier, on devine au pied la présence possible d’une nécrose au collet, qui est confirmée en
enlevant un peu de terre et en écorçant celui-ci. (©Boyer M./Aquabio)
- 89 -
7
Symptômes du phytophthora sur les troncs et les houppiers des aulnes
Même si la dispersion aérienne des spores est très efficace dans l’expansion de l’épidémie, les précautions
suivantes peuvent aussi être prises en compte :
• ne pas transporter ailleurs les litières se trouvant au pied des arbres atteints par la chalarose (ratissage des
feuilles par exemple), car celles-ci hébergent le champignon pathogène qui peut y survivre 2 à 5 ans ;
• ne pas transplanter des jeunes frênes depuis un secteur atteint par la maladie vers un autre site ;
• ne pas exporter des bois avec des nécroses vers d’autres territoires.
La plupart du temps, l’abattage des aulnes très atteints n’apparait pas nécessaire du point de vue de la préven-
tion du risque d’embâcle, car les aulnes se cassent en plusieurs morceaux non structurants (cf. Fiche n°3, page 76).
Les modes d’introduction du pathogène par des plants infectés ou par l’eau apparaissent comme les plus ef-
ficaces. Il est donc préférable de ne pas planter mais de favoriser la régénération spontanée et naturelle quand
on veut récréer des ripisylves. De plus, il faut éviter d’introduire de l’eau contaminée lors du déplacement de
poissons ou via l’irrigation.
Le sol, les racines et le bois nécrosé (partie basse du tronc) peuvent également contenir des propagules pou-
vant inoculer d’autres arbres. Des précautions importantes sont donc à prendre en cas de travaux dans une
aulnaie atteinte par la maladie :
• planification des secteurs à traiter de l’amont vers l’aval ;
• nettoyage des chaussures et des outils pour enlever toute la terre ;
• nettoyage, le cas échéant, des chenilles d’engins pour aussi enlever toute trace de terre ou tout fragment de bois ;
• les bois nécrosés doivent être laissés sur place et sans risque d’être emportés en aval par une montée d’eau ;
ils ne doivent pas être broyés ;
• les arbres ne doivent pas être transplantés ailleurs.
Mise en place
d’un PPGV
les voir, les conserver
Organisation
Préparation
Objet-contexte
Les ripisylves abritent une multitude d’habitats qui sont le support de vie de la faune et de la flore. Parmi eux,
les dendromicrohabitats sont certainement les plus surprenants par leur diversité morphologique et par le
1
rôle essentiel qu’ils jouent dans le cycle de vie de nombreuses espèces. Ce sont des petites structures natu-
relles, présentes sur les arbres vivants ou morts, essentielles à au moins une partie du cycle de vie (hibernation,
nidification, reproduction, nourrissage) des espèces parfois très spécialistes qui les occupent. Ces structures
Terrain
peuvent résulter d’une blessure de l’arbre, de l’intervention d’un animal excavateur ou du développement
d’autres espèces à la surface de l’arbre. Le terme d’arbres-habitats est utilisé pour qualifier les ligneux com-
portant un ou plusieurs dendromicrohabitats.
Les dendromicrohabitats revêtent des formes et des aspects aussi divers que variés et sont regroupés au sein
2
de plusieurs grandes catégories :
• les cavités, creusées par la faune ou générées lors de la croissance de l’arbre et lors de la décomposition du bois.
Cas pratiques
Elles sont par exemple essentielles pour les oiseaux cavicoles ou les chauves-souris et conditionnent leur densité ;
• les blessures et le bois apparent ;
• le bois mort dans le houppier, tel qu’une branche morte au milieu de branches saines ;
• les excroissances, qui correspondent à des amas de branches ou des boules de bois compacts ;
• les sporophores, qui sont la partie visible à l’œil nu des champignons ;
• les structures biologiques formées d’organismes vivants ou morts épiphytiques (sur des arbres vivants),
épixyliques (sur des arbres mots) ou parasites tels que les mousses, les lichens, les fougères ou le gui, et les
3
lianes grimpantes (lierre, vigne sauvage, clématite des haies) ;
• les exsudats, tels que les coulées de sève et de résine.
Atterrissements
Les dendromicrohabitats hébergent une faune très diversifiée et souvent spécialisée telle que des oiseaux, des
chiroptères, des rongeurs, des amphibiens mais aussi, plus discrète, de nombreux insectes (coléoptères, dip-
tères, hyménoptères, lépidoptères etc.). Au total, plus d’une cinquantaine de dendromicrohabitats différents
ainsi que la relation avec la faune et la flore qu’ils hébergent ont été décrits. Malgré leurs petites tailles, ce sont
des structures vivantes et dynamiques qui évoluent au fil du temps grâce à la décomposition du bois et à l’in-
tervention de la faune. Ces changements morphologiques induisent des modifications et des remplacements 4
dans les cortèges d’espèces qui leurs sont associés. De même, le bois exposé ou non au soleil, encore dressé
ou tombé au sol, n’abritera pas les mêmes espèces. Ce sont aussi des habitats fragmentés dans le couvert
Pathologies
forestier, dont la conservation conditionne la survie de certaines espèces à dispersion très limitée ou avec des
invasives
- 91 -
7
Mésange nonnette (Poecile palustris (L.)). Cette
mésange cavernicole niche dans des milieux
très variés de la plaine aux forêts de montagne
- tant que les résineux ne dominent pas - mais
ayant tous un point commun : la présence de
cavités ou de bois mort pourrissant en quantités
suffisantes. Elle peut en effet creuser sa cavité
dans un arbre mort si elle n’en trouve pas à sa
convenance. La mésange nonnette est donc
sensible au « nettoyage » trop systématique des
boisements et à leur fragmentation. (©TEREO)
L’abondance des dendromicrohabitats est par conséquent un élément essentiel de la biodiversité des forêts,
en particulier des ripisylves. À titre d’exemple, une moyenne de 50 cavités par hectare traduit un bon état de
conservation avec de vieux arbres. Dans les ripisylves, les crues blessent les arbres et créent de nombreux
dendromicrohabitats très présents sur les individus en berge. La croissance rapide des espèces de ripisylve
est un avantage, mais la rareté des arbres sénescents et la disparition rapide des bois mort (une « chandelle »
s’effondre dans un délai de 5 à 10 ans, le bois au sol se décompose en une dizaine d’années pour certaines es-
sences) explique la nécessité d’un renouvellement important. L’entretien des espaces rivulaires en éliminant
le bois mort, en coupant les arbres dépérissants ou dangereux est également une cause de la diminution
de ces dendromicrohabitats.
Cavité appelée dendrotelme dans le creux d’un frêne, essentielle au Pyrénomycète (sporophore de champignon) sur un frêne mort tombé au
cycle de vie de certains insectes. Ces cavités ont la particularité de sol hébergeant des insectes spécialistes. (©Popoff N.)
se remplir d’eau et de terreau avec la chute des feuilles. (©Boyer M./
Aquabio)
Mise en place
corrélation positive entre le diamètre des arbres et la probabilité de présence de
d’un PPGV
dendromicrohabitats. Cette probabilité augmente nettement avec des arbres
dépassant 30-40 cm de diamètre et elle est encore plus importante avec des
arbres de plus de 1 m ou des arbres sénescents. Les arbres dépérissant sont
également une source de dendromicrohabitats, mais ils vont souvent rapide-
ment dépérir et s’écrouler.
Organisation
Guides de poche sur les
Préparation
résultante d’un usage ancien pour récolter du fourrage ou des branches à tres-
ser, qu’on retrouve encore dans les paysages bocagers. Il s’agit d’arbres vivants dendromicrohabitats :
de plusieurs dizaines d’années dont le houppier a été coupé, obligeant l’arbre
à produire des suppléants en hauteur. Les récoltes répétées des branches pen- Anabelle Reber, Laurent
dant de très nombreuses années stressent l’arbre et des cavités avec du terreau L. Larrieu, Marc Schubert,
se forment dans le tronc principal, où les suppléants peuvent s’enraciner. Cer- Rita Bütler. Guide de poche
1
tains arbres têtards hébergent ainsi le célèbre pique-brune (Osmoderma ere-
des dendromicrohabitats :
mita), cétoine dépendant des dendromicrohabitats et protégée en France. Pour
obtenir un arbre têtard intéressant pour la biodiversité, il faudra donc patienter
Description des différents
quelques dizaines d’années en le taillant régulièrement et à la condition que types de microhabitats
Terrain
l’arbre étêté trouve les conditions à sa croissance, c’est-à-dire un milieu ouvert liés aux arbres et des
ou bien ensoleillé, puisqu’il ne pourra pas grandir en hauteur. Cette gestion principales espèces qui y
n’est pas du tout adaptée aux ripisylves où étêter un arbre, c’est-à-dire suppri- sont associées. 2015, 23 p.
mer toutes ses branches, risque plus probablement de le tuer. ffhal-02794092f
https://hal.inrae.fr/hal-
2
Quelques recommandations peuvent être appliquées sur les chantiers : 02794092/document
• Si des arbres morts doivent être coupés, il sera réalisé préférentiellement des
Cas pratiques
coupes dites « hautes », c’est-à-dire en laissant un chicot assez grand pour
conserver des microhabitats. Cette hauteur d’abattage peut être difficile à
Bütler, R.; Lachat,
réaliser, voire dangereuse. Elle ne doit pas être appliquée aux arbres encore T.; Krumm, F.; Kraus,
vivants, pour lesquels la souche doit au contraire être le plus basse possible D.; Larrieu, L., 2020:
pour favoriser l’enracinement des futurs suppléants. Guide de poche des
• Les bois et les branches coupées seront si possible laissés sur place en en- dendromicrohabitats.
tier sans les débiter ou les débriser. Les troncs sont plus intéressants que les Description et seuils
3
branches et n’abritent pas les mêmes espèces. Débriser les branches favorise de grandeur pour leur
Atterrissements
leur décomposition et le retour de matière organique au sol mais réduit leur inventaire. Birmensdorf,
intérêt comme habitat.
Institut fédéral de
recherches WSL. 59 p.
www.dora.lib4ri.ch/
wsl/islandora/object/
wsl:22453/datastream/
4
PDF/B%C3%BCtler-2020-
Guide_de_poche_des_
dendromicrohabitats.pdf
Pathologies
invasives
5
Dendromicrohabitats
Très rare frêne sénescent créant un hot spot de biodiversité dans la ripisylve. (©Boyer M./Aquabio)
6
remarquables
Espèces
- 93 -
7
La gestion de la végétation dans le cadre de la compétence GEMAPI - 94 -
Guide technique
Éclairage général
Fiche 7
La prise en compte de la faune
Mise en place
d’un PPGV
et la flore remarquables
Organisation
Préparation
Objet-contexte
Les ripisylves abritent une grande diversité faunistique et floristique (cf. 1.1.5, page 10) et certaines espèces, ou
leurs habitats, sont particulièrement sensibles aux travaux d’entretien qu’ils soient mécaniques ou manuels.
1
Les impacts peuvent être directs (mortalité des individus et/ou des pontes, dégradation ou destruction des
habitats) ou indirects (fragmentation de l’habitat…). De plus, ils peuvent être permanents ou temporaires. Le
dérangement de la faune pendant la période de reproduction et d’élevage des petits est, par exemple, l’im-
pact direct et temporaire le plus fréquent. Pour certains mammifères tels que le castor d’Europe (Castor fiber
Terrain
(L.)) et la loutre d’Europe (Lutra lutra (L.)) cela peut conduire jusqu’à l’abandon du territoire (impact direct
permanent).
La connaissance de ces impacts permet d’adapter les interventions pour les éviter. Si ces derniers ne
peuvent être évités, et dans le cas des espèces protégées, il faudra prévoir une demande de dérogation.
2
Cas pratiques
Les espèces remarquables pouvant être impactées
selon le type de travaux
Les grandes catégories de travaux sont présentées ci-après des plus au moins impactantes.
3
Le défrichement des ripisylves
Atterrissements
Les défrichements (destructions des ripisylves par dessouchage) sont les opérations les plus impactantes
puisqu’ils détruisent un grand nombre d’habitats forestiers diversifiés ainsi que les écotones entre milieux
aquatique et terrestre, notamment ceux concentrés au niveau de la berge qui abritent des espèces très spé-
cialisées (impact direct permanent).
À noter qu’au sens réglementaire, ces travaux ne rentrent pas dans la catégorie des défrichements car les sols
ne changent pas d’affectation.
4
Pathologies
invasives
5
Dendromicrohabitats
6
Lors d’un défrichement, après abattage des arbres, les souches sont découpées avec une dent de Becker. (©Boyer M./Aquabio)
remarquables
Espèces
- 95 -
7
Ces opérations peuvent détruire directement les habitats ou les individus (faune ou flore) d’espèces remar-
quables telles que :
• la noctule de Leisler (Nyctalus leisleri (Kuhl)) ou la pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus (Schreber)),
deux chauves-souris qui hibernent dans les dendromicrohabitats ;
• le lucane cerf-volant (Lucanus cervus (L.)) et le grand capricorne (Cerambyx cerdo L.), deux insectes saproxy-
lophages qui pondent et réalisent leur stade larvaire dans le bois mort, vivant ou les systèmes racinaires bien
développés ;
• le balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus (L.)), oiseau migrateur nichant dans les grands arbres et dépendant
des milieux aquatiques pour se nourrir ;
• le martin pêcheur (Alcedo atthis (L.)), oiseau sédentaire nichant dans les berges érodées sableuses ou li-
moneuses ;
• le crapaud accoucheur (Alytes obstetricans (L.)) qui hiberne dans le sol ou d’autres caches à l’abri du gel et
peut occuper des terriers dans les berges ;
• la cordulie à corps fin (Oxygastra curtisii Dale), une libellule qui réalise son développement larvaire dans la
litière du fond des cours d’eau et surtout dans les systèmes racinaires immergés ;
• la nivéole d’été (Leucojum aestivum (L.)) plante présente en Méditerranée dans les ripisylves et les roselières
colonisées par les saules.
La destruction des ripisylves impacte également fortement de nombreuses espèces piscicoles, dont certaines
endémiques ou patrimoniales en Provence-Alpes-Côte d’Azur (barbeau méridional, truite fario de souche
méditerranéenne, apron du Rhône…) en leur retirant des abris mais aussi une manne nourricière importante.
Avant ces travaux, des mesures spécifiques sont à prendre pour ne pas détruire des espèces remarquables :
période d’intervention adaptées aux cycles des espèces, évitement de certains linéaires de berges, conser-
vation de bois morts, conservation d’îlots boisés, repérage des espèces de faune ou de flore protégées sus-
ceptibles d’être présentes et, si besoin, mise en place de protocoles d’intervention spécifiques.
Ainsi ils peuvent détruire ou dégrader les habitats ou les individus (faune ou flore) d’espèces remarquables
telles que :
• le tétrix grisâtre (Tetrix tuerki (Krauss)) et l’œdipode des torrents (Epacromius tergestinus ponticus (Karny)),
deux orthoptères qui vivent dans les bancs pionniers peu ou pas végétalisés ;
• le petit gravelot (Charadrius dubius (Scopoli)) et le chevalier guignette (Actitis hypoleucos (L.)) dont la
ponte et les juvéniles sont au sol ;
• le sphinx de l’argousier (Hyles hippophaes Esper), papillon dont les supports de pontes sur lesquels les
larves vont se nourrir et croître jusqu’au stade adulte sont les argousiers ;
• la petite massette (Typha minima (H.)) et la myricaire d’Allemagne (Myricaria germanica L.), présentes uni-
quement sur les bancs pionniers de matériaux fins à petits et les berges régulièrement inondées et rema-
niées ;
• la musaraigne aquatique (Neomys fodiens (Pennant)) qui effectue tout son cycle biologique dans les berges
ou à proximité et s’alimente dans les cours d’eau et plans d’eau.
Les impacts de ces travaux peuvent être limités en prenant les mesures suivantes : période d’intervention
adaptée aux cycles des espèces, évitement des berges, conservations des bois morts, conservation de
zones refuges, repérage des espèces de faune ou de flore protégées susceptibles d’être présentes et, si
besoin, mise en place de protocoles spécifiques d’évitement.
Mise en place
• les zones de frayères ou les œufs des poissons (truite, barbeau méridional, outils/ressources/c4e281ee-
d’un PPGV
apron du Rhône, brochet, etc.) ; 36c6-4aa3-969d-b03f55705
• l’écrevisse à pattes blanches (Austropotamobius pallipes (Lereboullet)) qui
369/++versions++/3/++p
se cache la journée dans les berges ou dans le fond du lit ;
• le crapaud accoucheur (Alytes obstetricans (L.)) qui effectue une grande partie
aras++/2/++ass++/1/++i1
de son cycle biologique dans les berges naturelles ou artificielles ou à proximité ; 8n++data:fr?_
• la couleuvre vipérine (Natrix maura (L.)) dont les œufs sont enterrés dans le
sol ou dans les berges ;
• l’agrion de mercure (Coenagrion mercuriale (Charpentier)), une libellule qui
Organisation
Préparation
pond ses œufs dans les hélophytes à tige creuse ;
• le martin pêcheur (Alcedo atthis (L.)), oiseau sédentaire qui creuse son nid
dans les berges meubles érodées ;
• l’habitat des mammifères vivant dans les berges tels que le castor d’Europe
(Castor fiber (L.)), la loutre d’Europe (Lutra lutra (L.)) ou la musaraigne aqua-
tique (Neomys fodiens (Pennant)) ;
• la nivéole d’été (Leucojum aestivum (L.)), plante vivace à bulbe présente en
1
Méditerranée sur sols calcaires dans les ripisylves, les roselières inondées ou
les prairies inondables.
Les cartes des frayères
Terrain
En intervenant à la bonne période et en évitant les sites particulièrement peuvent être consultées
sensibles, beaucoup de ces impacts peuvent être réduits voire évités. pour chaque département
sur le site des services de
l’État.
De même, la consultation
2
Les traversées d’engins doivent
du web-PDPG de la
être en nombre limité et aucun
Fédération de pêche
Cas pratiques
ne doit circuler en suivant le
cours d’eau. Après le chantier, le départementale permettra
passage doit être repris pour bien d’avoir accès à de
étaler les matériaux sans laisser de nombreuses informations
bourrelets créant des obstacles à la sur le cours d’eau et ses
circulation des organismes aqua- peuplements piscicole et
tiques en basses eaux. (©Boyer M./ astacicole
3
Aquabio)
Atterrissements
Le retrait du bois mort au sol et des embâcles
Le bois mort est essentiel à de nombreuses espèces pour accomplir tout ou par-
tie de leur cycle biologique. Ces cycles peuvent durer plusieurs années pour
former un individu adulte capable de se reproduire. Certaines espèces très 4
spécialisées dépendent entièrement du bois mort et parfois même de bois
particulier, humide ou partiellement immergé.
Pathologies
invasives
L’élimination du bois mort peut détruire les habitats ou les individus (faune ou
flore) d’espèces remarquables telles que :
• le lucane cerf-volant (Lucanus cervus L.) et le grand capricorne (Cerambyx
cerdo (L.)) qui vivent dans le bois mort ou vivant, sur pied ou au sol ;
• Agnathus decoratus (Germar) et Carabus nodulosus (Creutzer), deux co-
5
léoptères très spécialisés vivant sur la rive et dans l’eau et dépendant du bois
Dendromicrohabitats
impacts.
Espèces
- 97 -
7
Martin pêcheur (Alcedo atthis L.) ©TEREO
Mise en place
meubles, où il peut creuser son terrier, ou les
d’un PPGV
enrochements de certaines digues ; le second
est pourvu par des ripisylves de bois tendres et
des bancs de saules en quantités suffisantes.
Ses mœurs nocturnes lui permettent de passer
relativement inaperçu et de ne pas être dérangé
par les activités humaines qui ne modifient pas
son habitat.
Organisation
Préparation
Alyte accoucheur (Alytes obstetricans Laurenti)
©TEREO
1
Petit crapaud des milieux pionniers, le mâle a
la particularité de porter les œufs sur son dos
jusqu’à leur éclosion. Il libère alors les jeunes
têtards dans des mares, vasques en eau des
Terrain
ruisseaux temporaires ou zones abritées des
poissons en rivière (enrochements, bras secon-
daires peu profonds…). Les adultes ont besoin
de nombreuses caches et chassent en zones
ouvertes (bancs de sables et graviers, digues,
2
carreaux de carrières…). L’espèce est active
d’avril à août/septembre.
Cas pratiques
Crossope (ou musaraigne) aquatique (Neomys
fodiens Pennant) ©TEREO
3
Une des plus grandes musaraignes d’Europe.
Elle est une spécialiste de la chasse sous-ma-
Atterrissements
rine et passe beaucoup de temps en plongée
pour capturer les macro-invertébrés dont elle
se nourrit. Elle a besoin de berges diversifiées
lui offrant de nombreuses caches, de préférence
recouvertes par une végétation herbacée
retombante pour lui permettre de se déplacer
autant que possible à couvert. Elle souffre de 4
la dégradation des berges et des pollutions
qui font diminuer ou disparaitre sa ressource
alimentaire.
Pathologies
invasives
- 99 -
7
Nivéole d’été (Leucojum aestivum L.) ©TEREO
Cette belle fleur bulbeuse à clochettes blanches est caractéristique des zones
marécageuses ou très humides présentant un ombrage modéré (aulnaies claires,
roselières parsemées de saules, prairies humides en situation de clairières…). Elle
fleurit dès fin mars/début avril et supporte mal un assèchement/atterrissement trop
important de ses stations.
Station de petite massette (Typha minima H.) ©Popoff N. Barrage de Castor d’Europe ©Popoff N.
Mise en place
d’un PPGV
côtières et même zones littorales. Il tolère une
végétation herbacée peu dense mais a surtout
besoin de zones de fines au contact de l’eau
suffisamment étendues pour y creuser ses
réseaux de galeries. La dégradation physique
de ses habitats (artificialisation, perturbation du
transport solide, végétalisation des bancs…) a
entrainé sa disparition de nombreux départe-
Organisation
ments français.
Préparation
Criquet des torrents (Epacromius tergestinus ponti-
cus Karny) ©TEREO
1
Sous-espèce alpine du criquet des salines (Epacro-
mius tergetinus tergestinus), cette espèce est
exclusivement liée aux bancs de fines humides des
Terrain
cours d’eau alpins ayant conservé une dynamique
alluviale suffisante. Il tolère la végétation herbacée
peu dense et la présence de quelques arbustes sur
lesquels il se réfugie lors de la montée des eaux. Il
reste uniquement 3 populations fragmentées en
2
France : les Usses en Haute-Savoie, la Romanche en
Isère et la Durance dans les Hautes-Alpes.
Cas pratiques
Criquet des Iscles (Chortippus pullus Philippi,
1830) ©TEREO
3
Ce criquet est caractéristique des rivières
Atterrissements
alpines à lits en tresses ou présentant une
alternance de bancs de sables et galets, peu,
voire pas, végétalisés. La chenalisation et
l’endiguement des cours d’eau ont entrainé la
disparition de nombreuses populations. Actuel-
lement, l’espèce ne subsiste en France que sur
le bassin versant de la Durance et dépend de 4
la dynamique alluviale pour l’entretien de ses
milieux de vie.
Pathologies
invasives
5
Cette belle libellule est caractéristique des cours d’eau et plans d’eau bien oxygénés
bordés de grands arbres dont les systèmes racinaires immergés servent de milieu
de vie à leurs larves qui s’y développent sur 1 à 3 ans. On note toutefois quelques
exceptions comme le lac du Bourget qui abrite une grosse population sur ses berges
rocheuses non végétalisées mais très bien oxygénées par le batillage. Les adultes
utilisent des reposoirs variés et passent rarement beaucoup de temps en vol au-des-
sus de l’eau. Les exuvies restent la preuve la plus sûre de la reproduction de l’espèce.
6
remarquables
Espèces
- 101 -
7
L’agrion de mercure (Coenagrion mercuriale
Charpentier) se déplace surtout dans la végéta-
tion herbacée et au ras de l’eau. (©Popoff N.)
Les débroussaillages
En intervenant à la bonne période (hors période de reproduction de la faune et hors période de végétation
de la flore remarquable) et en balisant les zones à éviter, beaucoup de ces impacts peuvent être réduits.
Les petites populations d’agrions de mercure restent toutefois très vulnérables au piétinement du fond du
lit puisque la période larvaire s’étale sur plusieurs années.
Les périodes très sensibles pour les chauves-souris sont la période d’élevage des jeunes pendant l’été et la
période d’hibernation profonde entre novembre et mars. Les périodes favorables d’abattage d’arbres suscep-
tibles d’abriter des chauves-souris sont finalement très réduites, septembre et octobre, puisqu’il faut aussi
prendre en compte la préservation des oiseaux nichant dans ceux-ci.
Mise en place
• un démontage progressif de l’arbre avec la dépose de chaque élément sur le Cosson (2019) Ripisylves
d’un PPGV
sol ; méditerranéeennes et
• une période de 48 à 72 h avec des températures > 10°C avant d’intervenir à chauves-souris, enjeux
nouveau sur le bois pour laisser le temps aux animaux de s’échapper. et conservation. Groupe
Chiroptères de Provence.
Un autre protocole consiste à compter le nombre d’animaux s’envolant le soir Agence de l’eau Rhône
puis, le lendemain soir, à boucher les cavités quand tous les individus sont sortis. Méditerranée Corse, EDF.
68 p.
Une formation est nécessaire pour identifier les habitats des chiroptères et
Organisation
Préparation
détecter si les gîtes sont occupés. Sans cette formation, l’appui d’un natura-
liste est indispensable.
1
pour la faune et la flore remarquables
Le tableau ci-après indique les périodes d’intervention à éviter et celles plus fa-
Terrain
vorables. Ses dernières devront être privilégiées en fonction du type de travaux
et des espèces remarquables abritées par les sites. Globalement, la période de
septembre à octobre apparait comme la plus propice mais elle présente aussi
d’autres types de contraintes avec les crues.
2
Calendrier des périodes d’intervention pour réduire les impacts
sur les différents groupes d’espèces
Cas pratiques
Périodes d’intervention
Groupes J F M A M J J A S O N D
HERPETHOFAUNE HERPETHOFAUNE
Amphibiens (hibernation)
3
Amphibiens (reproduction)
Reptiles (reproduction)
Atterrissements
Reptiles (hibernation)
MAMMIFERES
Chiroptères
Mircromammifères (reproduction)
Mircromammifères (hibernation)
4
INSECTES
Odonates (ponte)
Lépidoptères (ponte)
Larves
CRUSTACES
5
Ecrevisses (reproduction)
Dendromicrohabitats
OISEAUX
Oiseaux (nidification)
POISSON
Fraie (salmonidés)
PLANTES
Espèces remarquables
remarquables
période favorable
Espèces
- 103 -
7
Les risques de dispersion de la peste de l’écrevisse
La peste de l’écrevisse, ou aphanomycose, est une maladie causée par un oomycète (Aphanomyces astaci)
transmise par les écrevisses d’origine américaine introduites en France qui sont porteuses saines. Ce patho-
gène est une des causes principales de disparition des populations natives d’écrevisses, qui peuvent dispa-
raitre en quelques semaines après un contact avec lui.
Le matériel et les équipements utilisés avant les travaux (préparation des bons de commande) ou pendant
les travaux peuvent transporter ce pathogène sur des sites encore préservés et dans ce cas des précautions
importantes sont à prendre :
• planification des sites à visiter, ou traiter, de l’amont vers l’aval ;
• nettoyage des chaussures, des outils ou du matériel ayant été mis au contact de l’eau pour d’abord enlever
toute la terre, puis appliquer un produit biocide pendant une durée variable selon le produit utilisé.
Citation du document : BOYER. M, POPOFF N. et PITON G., 2023. La gestion de la végétation dans le cadre
de la compétence GEMAPI, Guide technique, Agence Régionale de la Biodiversité et de l’Environnement
Provence-Alpes-Côte d’Azur, Collection technique, 106 p.
- 105 -
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