Etude linéaire 8 : Mme de Sévigné ; « lettre à M. de Pomponne », 1664.
Introduction :
« Les Lettres » de Madame de Sévigné (1626-1696) sont publiées pour la première fois de façon
posthume en 1726. C’est en 1671 que se produisit l’événement qui devait, d’une certaine façon,
décider de la carrière littéraire de l’épistolière : sa fille aînée Françoise-Marguerite, qu’elle
chérissait par-dessus tout, épouse le comte de Grignan, chef d’une vieille famille provençale, et
part le rejoindre dans le Midi. Cette séparation fut pour Mme de Sévigné un véritable
déchirement, mais fut l’occasion d’une correspondance célèbre entre la mère et la fille,
ininterrompue de 1671 à 1696. Ce recueil réunit également des lettres adressées à d’autres
destinataires. Les quelques 764 lettres qui composent cette œuvre représentent un témoignage
savoureux des mœurs de son époque. Observatrice perspicace, véritable chroniqueuse de la vie
de cour, Mme de Sévigné relate les événements marquants qui ont eu lieu à Paris.
L’épistolière met en scène, dans la lettre proposée à l’étude, une anecdote illustrant l’état
d’esprit qui règne dans l’entourage de Louis XIV. Elle est présentée sous la forme d’un récit et
d’un dialogue, pour raconter une petite scène de vie de cour qui s’apparente au théâtre par la
mise en situation, la rapidité de la scène et la tonalité comique qui la traverse. L’intérêt majeur
de cette lettre réside dans la mise en scène du roi qui met à l’épreuve la sincérité d’un courtisan.
Problématique :
Comment Madame de sévigné, en relatant une « historiette » dans une lettre, met en avant
l’hypocrisie qui règne à la cour et dicte une morale au Roi ?
Plan :
Notre lecture de cette lettre analysera dans un premier mouvement le passage de la lettre au
récit. Dans un second mouvement nous nous attacherons à expliquer que la scène décrite est
une véritable scène de comédie et enfin, nous montrerons la portée satirique et moralisatrice.
Découpage du texte :
Ligne 1 à 7 1er mouvement : Situation d’énonciation
Ligne 7 à 16 2ème mouvement : l’anecdote racontée
Ligne 16 à 19 3ème mouvement : La moralité
1er Mouvement : Le contexte de la lettre
On retrouve directement un semblant de situation d’énonciation :
Champ lexical de la narration « je vous conte » Témoigne de la situation
« historiette » d’énonciation, Mme de
sévigné s’apprête à raconter
une histoire dont elle est la
narratrice.
Dès le début de la lettre Mme de Sévigné emploie un ton désinvolte, léger
Pléonasme « petite historiette » « très On sait que « iette » signifie
vraie » déjà petit et que vraie n’a pas
besoin d’être quantifier.
Madame de Sévigné indique déjà la finalité de son histoire :
expression « qui est très vraie et qui vous Ici, L’écrivaine témoigne d’un
divertira » des principes de l’écriture
classique, « placere et
docere ». De plus elle indique
la finalité de l’histoire
(instruire et divertir)
Ensuite, le contexte est présenté au lecteur => Le roi souhaite écrire des poésies.
Verbe pronominal « se mêle » Ce therme a pour but de
dénoncer le fait que la poésie
n’appartient pas au rôle du
roi.
litote « pas trop jolie » Signifie une réalité médiocre
et le roi reconnaît que ce
madrigal est médiocre.
Ensuite, on passe au début de l’anecdote qui débute avec le groupe nominal « Un matin »
2ème Mouvement : L’anecdote racontée :
L’anecdote commence directement par le roi qui témoigne de sa supériorité :
Verbe à l’impératif « Lisez » « voyez » Témoigne de la supériorité du
roi par rapport au maréchal.
Ensuite, le roi expose le jugement auquel il s’attend de la part du maréchal sur le madrigal :
Expression « et voyez si vous n’en avez Ceci est le jugement auquel
jamais vu un si impertinent » le roi d’attend de la ma part
du maréchal. Par la même
occasion, il influence la
réaction du maréchal à
l’égard du madrigal.
« Parce qu’on sait que depuis peu j’aime les vers, on m’en apporte de toutes les façons »
Pronoms « j’ » « m’ » Montre que le roi est le centre
de toutes les attentions à la
cour pour les courtisans.
Ainsi, dès qu’il s’intéresse
légèrement aux vers et à la
poésie, il ne cesse de
recevoir différents poèmes.
Ici, il présente ce madrigal
comme l’un de ces poèmes
reçus.
Le maréchal, un courtisan fidèle à lui-même qui flatte le roi.
apostrophe « Sire » Flatterie de la part du
maréchal à l’égard du roi.
Périphrase de roi « votre majesté » Flatterie excessive de la part
du maréchal à l’égard du roi
adverbe « divinement » Elève au niveau de dieu le
jugement du roi et le roi lui-
même ce qui prouve encore
sa supériorité mais aussi son
caractère de droit divin.
Ensuite, suite à la lecture du madrigal par le courtisan, il va réagir de façon exagérée pour être en
accord avec les propos du roi.
hyperbole « le plus sot et le plus ridicule Souligne la réaction exagérée
madrigal que j’aie jamais lu » et fausse du courtisan qui
s’empresse d’acquiescer les
propos du roi.
Ensuite, on remarque subtilement le stratagème du roi.
Interrogative directe « N’est-il pas vrai que celui Interrogation négative qui
qui l’a fait est bien fat ? » dévoile le stratagème du Roi
où il met à l’épreuve la
sincérité du courtisan. Pour
cela, il donne son opinion et
prévoit la réponse du
Maréchal puisque celui-ci va
forcément être du même avis
que le Roi.
Le courtisan va ainsi dans le sens du Roi :
Réaction du roi :
Interjection « Oh bien ! » Témoigne du comportement
narquois du roi qui a élaboré
ce pièce et qui connaissait
d’avance la chute.
antiphrase « je suis ravi que vous m’en Montre la satisfaction du roi
ayez parlé si bonnement » qui voit que le maréchal est
tombé dans son piège et qu’il
avait prévu tout depuis le
début.
Ensuite, Place à la chute qui était inévitable :
Révélation brutale « c’est moi qui l’ai fait » Le roi révèle que lui-même a
fait ce madrigal que le
maréchal vient de critiquer et
de critiquer celui qui l’a fait,
soit le roi. Ainsi, le roi est
satisfait que le courtisan soit
tombé dans son piège qu’il
avait élaborer.
Réaction brutale du Maréchal face à cette révélation :
Phrase non verbale « Sire quelle trahison » Monte la panique
occasionnée chez le
maréchal par le plan du roi
Interjection « Ah ! » Occasionne la surprise chez
le maréchal et la panique
déclenchée.
Ensuite, le maréchal n’est plus dans l’affirmation du jugement du roi mais dans la demande,
voire la supplication « que votre majesté me le rende ».
expression « je l’ai lu brusquement » Le courtisan cherche à se
justifier pour se rattraper à
l’égard du roi
Le roi utilise un ton ironique pour répondre à la justification du maréchal :
Ironie + présent de vérité « les premiers sentiments Ironie de la part du roi qui
générale sont toujours les plus montre sa supériorité, ainsi il
naturels » comprend qu’il ne pourra
jamais avoir un réel avis de la
part d’un quelconque
courtisan.
3ème mouvement : La moralité :
L’auteur de la lettre, madame de sévigné prend la place d’un moraliste :
« Pour moi qui aime toujours Témoigne du fait que
faire des réflexions » l’auteure tire une leçon de
l’anecdote et se décrit
comme moraliste.
Pronom personnel « je » Ceci montre que l’autrice
souhaite donner un conseil
au Roi.
Madame de Sévigné tire une leçon qui s’adresse au Roi et qui souligne son aveuglement : Le Roi
qui met à |’épreuve son courtisan devrait lui- même prendre conscience de |’enseignement que
la situation lui apporte, celui de savoir qu’il n’existe aucune personne sincère autour de lui
Conclusion :
L'extrait de la lettre à Monsieur de Pomponne illustre bien la notion de comédie sociale, par sa
théâtralité, et le thème développé : I ‘hypocrisie des courtisans, et leur désir de plaire, au
détriment de la vérité. L’anecdote témoigne également de la cruauté des relations sociales a la
Cour, cruauté émanant ici du Monarque lui-même. Ainsi cette histoire dont la fin est comique
pour le lecteur rejoint la citation de Shakespeare à propos de la Comédie Sociale : “Le monde
entier est un théâtre et tous les hommes et les femmes sont des acteurs”