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2024 16:25
Les Cahiers de droit
Quelques aspects des successions dans notre système juridique
Jacques Soucy
Volume 4, numéro 1, mai 1959
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Faculté de droit de l’Université Laval
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0007-974X (imprimé)
1918-8218 (numérique)
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Soucy, J. (1959). Quelques aspects des successions dans notre système
juridique. Les Cahiers de droit, 4(1), 29–39. https://doi.org/10.7202/1004127ar
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Quelque* o4.fyeci$ àeî successions
âan.4 noire ^uiième J-uriâique
PRÉLIMINAIRES
Il serait opportun, au tout début de cette étude, de préciser le sens
du mot "succession." L'article 596 de notre code nous en donne une
double signification : le mot "succession" entendu dans son premier sans
signifie la transmission de tous les biens, droits et obligations transmissi-
bles du défunt à une ou plusieurs personnes à les recueillir. L'on peut af-
firmer, qu'en règle générale, tous les biens, droits et obligations du de
cujus sont transmissibles à moins qu'ils ne soient exclusivement attachés
à la personne ou qu'une disposition légale le défende expressément. Par
exemple,ledroit à unepension alimentair ne se,transmet pas et les obliga-
tions du locateur de services prennent fin avec le décès de ce dernier (*).
Dans<une seconde acception, le mot "succession" s'entend également de la
masse des biens ainsi transmise ou dévolue. J'ajoute que le mot "succes-
sion" entendu dans un sens un peu spécial désigne également l'ensemble
des héritiers.
La transmission des biens en notre droit, comme en droit romain,
peut s'opérer de deux façons distinctes : elle peut être réglée par la loi
et dans ce cas on est en présence d'un premier mode de dévolution qui
est la succession légale ou ab intestat; ou elle peut procéder de la volonté
de l'homme et dans ce cas on est en face d'un second mode de transmis-
sion appelé succession testamentaire.
Les règles de la succession légale ne s'appliquent que dans le cas
où il n'y a pas de testament ou encore lorsque le testament ne dispose
pas de tous tes biens. En effet, notre code considère la succession légale
comme une sorte de testament présumé qui est basé sur l'idée d'affection
que le défunt est censé avoir entretenu avec ses proches parents. Les hé-
ritiers légaux ne viennent à la succession qu'à défaut d'héritiers testamen-
taires d'où la prééminence chez nous du testament sur la succession légale.
En règle générale, on peut donc dire qu'il n'y a pas d'interruption dans la
personnalité civile du défunt.
En droit romain, la succession ab intestat constituait la règle générale
pendant que la succession testamentaire était considérée comme une déro-
gation à cette même règle. Mais plus tard, sous le droit Justinien, la suc-
cession testamentaire supplante la succession ab intestat qui ne s'ouvrira
qu'à défaut de testament. Un axiome romain nous indique bien l'incom-
patibilité de ces deux successions : "Nemo patim testatus, partim intes-
tatus decedere potest."
(1) cf: art. 1668 C.C.
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Précisons maintenant à qui appartient la qualité d'héritier. L'article
597, dernier alinéa, nous dit que toute personne à qui est dévolue la suc-
cession légale ou testamentaire est désignée sous le nom d'héritier. Le mot
"héritier" à moins d'un texte n'indique le contraire s'entend des héritiers1
légaux ou testamentaires. Cependant, selon la jurisprudence, ( ) l'article
597 n'a pas pour effet d'interpréter le mot "héritier" dans tous les cas.
En effet, l'on se rend compte par la lecture de certains articles du code
(art 723) que la loi parle surtout de légataire lorsqu'il s'agit de testament.
Dans une affaire de Allen vs Even ( ' ) on a jugé que dans les testaments
le mot "héritier" ne comprenait pas le légataire particulier qui n'est pas
un continuateur de la personnalité juridique du défunt. L'on pourrait donc
résumer la question en disant que s'il existe un testament, la personnalité
juridique du défunt va se continuer par le légataire universel ou à titre
universel et s'il n'en existe pas, la personnalité juridique du défunt va se
continuer par les héritiers légaux.
Ces quelques notions préliminaires étant précisées nous étudierons
maintenant successivement les successions légales et testamentaires qui
feront l'objet de deux chapitres distincts.
Chap. 1er : LESSUCCESSIONS LÉGALES OU "AB INTESTAT"
La succession ab intestat nous dit le code est "celle qui est déférée
par la loi seule." L'on compte trois espèces de succession légale : la suc-
cession légitime, irrégulière et anomale.
Section 1ère : LA SUCCESSION LÉGITIME
QUI PEUTSUCCÉDER ?
Sont admis à succéder aujourd'hui les parents légitimes ainsi que le
conjoint survivant et les enfants adoptés légalement. Précisons que lés en-
fants naturels, les alliés et les indignes ne sont pas aptes à succéder. De
plus, le dégradé civique c'est-à-dire celui qui est condamné à la mort ou 1
à la détention perpétuelle ne peut venir a Une succession légitime. ( )
L'article 635.C. C. fixe en outre la limite de la successibilité au douzième
degré inclusivement
QUALITÉS REQUISES POUR SUCCÉDER
Pour succéder, il faut exister civilement à l'instant de l'ouverture de
la succession, n suffit donc pour être héritier d'être conçu et de naître
viable. On nommera à l'enfant conçu et non encore né un curateur au
ventre, lorsqu'un enfant conçu est héritier, la dévolution des biens est sus-
pendue jusqu'à sa naissance; si l'enfant ne naissait pas viable, il serait
censé n'avoir jamais existé. A moins de preuve contraire, dès qu'un enfant
naît vivant, il est présumé né viable même s'il ne vit que quelques instants
a-t-on décidé dans la cause de AUard vs Monette. ( *)
(1) cf: 6 A.C. 226.
(1) rapportée à 30 S.C.R. 416.
(1) cf: 6 Ed. VII ch. 38.
(2) cf: 66 C.S. 291.
31
LA SAISINE HÉRÉDITAIRE
La saisine est la mise en possession en faveur de l'héritier légal ou
testamentaire des biens, droits et obligations du défunt et cela sans aucune
formalité, par le seuleffet de la loi, même à l'insu de l'héritier. C'est l'ap-
plication de l'axiome : "Le mort saisit le vif." Comme on peut lé cons-
tater, la loi ne veut pas que les biens restent un seul instant sans proprié-
taire. Est-ce à dire que les héritiers saisis malgré eux ne peuvent plus re-
noncer ? Evidemment non, car oh ne peut pas être héritier malgré soi. En
effet, l'héritier conserve toujours le droit d'accepter la succession, d'y
renoncer ou encore de l'accepter sous bénéfice d'inventaire. La renoncia-
tion de l'héritier aura donc pour effet d'annuler la saisine avec effet ré-
troactif à la date d'ouverture de la succession. L'héritier qui prend la
place du renonçant recevra la saisine automatiquement. Par contre, le
souverain qui est un successeur irrégulier et qui n'est pas le continuateur
de.là personnalité juridique du défunt n'a pas la saisine des biens de la
succession.
Un problème connexe se pose à savoir dans quelle .sure la notion
de saisine est-elle affectée par l'article 55 de la loi provinciale des droits
successoraux ( 1 ). Cet article édicté en substance que nulle transmission
n'est valide tant que les droits n'ont pas été entièrement acquittés et qu'un
certificat n'ait été délivré par le2 percepteur. La cour supreme, dans une
affaire de Jean vs Gagnon ( ) a décidé que l'article 44 de notre loi pro-
vinciale des droits successoraux n'a pas pour effet de mettre de côté l'arti-
cle 607 C. C. mais avait seulement pour effet d'empêcher temporairement
l'héritier d'exercer comme propriétaire les droits du défunt. On a égale-
ment précisé que la saisine est soumise à-une condition suspensive avec
effet rétroactif à l'ouverture de la succession.
Le juge St-Germain, dans une cause de Sokoloff vs De Bulk ( 8 ) a
exprimé l'opinion que l'article 44 ne s'applique nullement à la transmis-
sion des biens à l'héritier mais de l'héritier à des tiers. Bref, on a décidé
que ces dispositions n'étaient pas incompatibles et on leur a donné une
interprétation qui permet de les reconcilier.
LA REPRÉSENTATION SUCESSORALE
On peut définir la représentation comme un privilège que là loi ac-
corde à certains.parents plus éloignés de venir à la succession à la place
d'un parent plus proche qui est décédé. A l'article 619 de notre code
civil, la représentation est définie comme étant "une fiction de la loi...."
Aujourd'hui, la tendance consiste à s'écarter de plus en plus de cette idée
de fiction car, en réalité, la représentation est une règle de droit qui n'a
rien de fictif. Aussi, la plupart de nos.codes modernes ont-ils abandonné
cette idée de fiction. La représentation est donc une exception à cette
règle générale qui.veut que le parent qui est à un degré plus proche exclut
celui qui est à un degré plus éloigné.
(1) cf: 7 Georges VI ch. 18.
(2) cf: 1944 S.C.R. 175.
(3) cf: 1945 B.R. 201.
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La représentation n'a pas de limite en ligne directe descendante. En
effet, les descendants pourront gravir un ou plusieurs degrés laissés va-
cants par prédécès. $1 "s'ensuit que la représentation n'aura pas lieu si
certains degrés sont vacants pour des causes autre que la mort naturelle.
C'est ainsi que le renonçant, l'indigne, le dégradé civique ne pourront
être représentés. Précisons qu'en ligne directe ascendante, il n'y a jamais
de représentation : L'ascendant le plus proche dans chaque ligne exclut
le plus éloigné.
En ligne collatérale, il n'existe en notre droit qu'un seul cas de repré-
sentation : c'est celui "où des neveux et nièces viennent à la succession de 3
leur oncle et tante concurremment avec les frères et soeurs du défunt." ( )
Nous rappellerons maintenant les principales conditions requises
pour qu'il y ait représentation.
Conditions de la représentation du côté du représenté
La personne représentée doit être décédée avant le de cujus :en effet,
l'article 624 C. C. édicté qu'on "ne représente pas les personnes vivantes,
mais seulement celles qui sont mortes naturellement." De plus, le repré-
senté doit être lui-même un héritier successible c'est-à-dire qu'il doit avoir
été apte à succéder au défunt s'il avait survécu et c'est là une condition
essentielle pour que les descendants puissent prendre sa place en gravis-
sant un ou plusieurs degrés,selon le cas.L'indigne, le dégradé civique, par
exemple, sont incapables de succéder.
Conditions de la représentation du côté du représentant
Le représentant doit être un descendant légitime du représenté. Sou-
lignons que l'adopté n'hérite pas des parents de l'adoptant et qu'en con-
séquence l'adopté ne peut pas représenter son père adoptif. Les enfants
légitimes de l fadopté pourront
s
cependant représenter leur père en vertu
de la loi sur l'adoption. ( ) De plus, le représentant doit être lui-même
un successible du défunt et, en conséquence, devra être conçu au moment
du décès du de cujus et naître ensuite viable.
Nous examinerons brièvement maintenant les effets de la représen-
tation.La représentation, nous dit le code, a pour effet "de faire entrer les
représentants dans la place, dans le degré et dans les droits du repré-
senté. ('•) Les descendants du représenté pourront donc emprunter le
degré occupé par ce dernier pour venir à la succession dii défunt. Une
autre des principales conséquences de la représentation c'est d'entraîner
le partagepar souches; chaque souche se subdivisera en branches s'il y a
lieu. Rolland de ViUarques, dans son dictionnaire de droit civil définit le
mot "souche" comme 1 auteur d'une génération ou le premier d'une suite
de descendants. Les représentants de la souche ne prennent que la por-
tion qu'aurait eue le représenté s'il avait survécu. D'autre part, la branche
(1) cf: art 622C.C.
(1) cf: ch. 324 S.R.Q. 1941.
(2) cf: art. 619C.C.
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c'est la tige qui sort de 8la souche considérée comme le tronc, et ce, au
moyen du mariage. ( ).
L'ACCROISSEMENT SUCCESSORAL
En matière de succession ab intestat l'accroissement se définit ainsi :
"Le droit qui appartient à un héritier de prendre ou de retenir la portion
de l'héridité qui était déférée ou. destinée à son cohéritier (colégataire),
maisqui setrouve vacante lorsque celui-ci refuse de l'accepter ou est inca-
pable de la recueillir. (*) Me. Henri Turgeon dans un ouvrage intitulé
"Le système successoral de la province de Québec" précise que "le fon-
dement juridique de l'accroissement repose sur la SOLIDARITÉ ou la
VOCATION SOLIDAIRE de chacun à la totalité de la chose. L'accrois-
sement existe sur la chose et non entre personnes. PORTIO ACCRESCIT
PORTIONI NON PERSOMAE, en ce sens que l'on tient compte de deux
éléments : L'universalité sur laquelle porte la vocation et joue l'accrois-
sement et la solidarité de chacun sur cette universalité."
L'article 653 de notre code civil édicté que "la-part du renonçant
accroît à ses cohéritiers. S'il est seul, la succession est dévolue pour le
tout au degrésubséquent." Le mot "cohéritier" au sens decet article s'en-
tend de celui qui fait partie du même degré, de la même souche ou de
la même ligne. En conséquence, il serait donc faux de prétendre que tous
les cohéritiers du renançant profitent sans distinction de sa renonciation.
Précisons que l'accroissement a lieu de plein droit et a un effet rétroactif.
au jour du décès.
La 2ième partie de l'article 653 C. C. traite de la dévolution succes-
sorale qu'il importe de ne pas confondre avec l'accroissement. La dévo-
lution, en effet, "c'est le transport qui se fait d'un degré plus rapproché
à un degré plus éloigné." ( 3 ) La dévolution a également un effet rétroac-
tif au jour de l'ouverture de la succession.
LES ORDRES SUCCESSORAUX
Lesordres successorauxsontdifférents classements d'héritiers en fonc-
tion de leur rang et de leursdroits respectifs. Nous avons selon Me Tur-
geon dans notre système six ordres successoraux.
Le premier ordre comprend les descendants qui sont les enfants et
les petits enfants ad infinitum. Les descendants sont placés sur lé plan
hériditaire avec le conjoint et ne viendront seuls à la succession en ex-
cluant tous les autres parents que s'il n'y a pas de conjoint survivant,
(c. c. art 625.)
Le second ordre consiste en celui du conjoint survivant. Avant 1915,
le conjoint survivant était un successeur irréégulier et ne venait à la suc-
cession qu'après le douzième degré. Depuis la loi Pérodeau (*) qui date
(1) cf: "Le système successoral de la P. Q." par Me Henri Turgeon (1949).
(2) cf: Rolland de Villarques, Dictionnaire de Droit Civil.
(1) cf: 50 R.N. 391 et s.
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de 1915, l'époux forme un ordre successoral distinct. Cette modification
a été inspirée par 1a tendance des nouveaux-époux à délaisser le régime
communautaire ce qui assurément présente certains désavantages pour
la femme mariée. L'époux survivant est placé avec deux autres ordres,
les ascendants privilégiés et les collatéraux privilégiés. Le conjoint bé-
néficiera de toute l'héridité que dans le cas où il n'y a pas de descen-
dants, pas d'asoendants privilégiés ni de collatéraux privilégiés, (art. 624 a).
L'article 624(d) édicté que "l'époux survivant est exclu de la succession
lorsque l'époux prédécédé est mort en minorité". C'est une disposition
qui me semble injuste et qui est sans doute un vestige de l'ancien droit.
Cet article demeure assez douteux car l'époux n'a même pas les droits
qu'avait le conjoint avant la loi Pérodeau.
Le troisième ordre de succession comprend les ascendants privilé-
giés qui sont le père et la mère du de cujus. Cet ordre est ordinairement
en combinaison avec le conjoint et les collatéraux privilégiés. Bien que
le cas ne soit pas expressément prévu au code, s'il n'y a ni conjoint,
ni collatéraux privilégiés mais seulement des ascendants privilégiés, ceux-
ci prennent toute la succession.
Le quatrième ordre de succession englobe les collatéraux privilégiés
qui comprennent les frères et soeurs ainsi que les neyeux et nièces. Cet
ordre est placé sur le plan du conjoint et des descendants privilégiés. Ce
dernier ordre ainsi que celui qui précède ont priorité sur les ascendants
et collatéraux ordinaires et c'est pourquoi on les qualifie de "privilégiés".
Le cinquième ordre de succession est celui des ascendants ordinaires
qui comprend tous les ascendants autres que les père et mère. Il est à
remarquer que les ascendants ordinaires excluent les collatéraux ordi-
naires à la condition qu'il y ait des ascendants dans les deux lignes
(paternelle et maternelle) qui se diviseront également.
Enfin le sixième ordre comprend les collatéraux ordinaires qui en-
globent les petits-neveux, petites-nièces, arrière petits-neveux, arrière
petites-nièces, etc... En l'absence d'ascendants ordinaires, les collatéraux
ordinaires ont vocation à toute la succession.
Nous n'entreprendrons pas de traiter ici de la combinaison des
ordres et du partage ce qui aurait pour effet de conduire à des déve-
loppements trops longs pour un essai de ce genre qui doit nécessaire-
ment être limité.
Section 2ie: LA SUCCESSION IRRÉGULIËRE
Avant la loi Pérodeau, l'article 636 C.C. maintenant abrogé, édictait
qu'à défaut de paient successible jusqu'au douzième degré, la succession
était dévolue au conjoint. Depuis 1915, l'époux survivant forme un
ordre successoral séparé et n'est plus un successeur irrégulier. Le1 sou-
verain devient donc le seul successeur irrégulier dans le cas o il n'y a ni
( I l 5 Geo. V ch. 74.
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conjoint successible ni parent à un degré successible. A l'encontre de
l'héritier légitime, notons que le souverain n'a pas la saisine des biens.
On a décidé que le souverain s'entend ici du gouvernement de la province
et non pas du gouvernement fédéral ou de l'autorité municipale.
Le souverain se fait donc envoyer en possession des biens par la
justice dès que l'on constate qu'il n'y a pas d'héritier successible.
L'article 640 C.C. permet de conclure, croyons-nous, que même s'ils se
présentent des héritiers successibles après l'envoi en possession, ils pour-
ront reprendre les biens dans\l'état où ils se trouvent; les aliénations
consenties par la Couronne durant l'intervalle seront quand même va-
lides si toutes les formalités ont été observées. La loi donne enfin aux
héritiers un recours en dommage contre, la Couronne qui s'est fait en-
voyer en possession sans observer toutes les formalités prescrites au
code de procédure civile.
Section 3ie: SUCCESSION ANOMALE OU RETOUR
SUCCESSORAL
La succession anomale, peu fréquente chez nous, est un vestige
de la dévolution selon la provenance des biens, telle qu'elle existait dans
l'ancien droit. Nous préciserons très brièvement les conditions du retour
successoral prévu à l'article 630 de notre code civil. Il s'agit évidemment
d'une dérogation aux régies de dévolution prévues au code. Pour que
l'article 630 ce. trouve son application il faut d'abord que le donataire
n'ait ni conjoint, ni postérité et qu'il n'ait pas fait de testament dispo-
sant des biens en question ou du résidu de la succession. De plus, il
sera nécessaire évidemment que le donateur survive au donataire et
que les biens se retrouvent en nature dans la succession. Ces quelques
conditions devront toujours se réaliser pour que l'ascendant donateur
survivant devienne l'héritier légal des biens donnés. Remarquons que
le droit de retour disparaîtra si les biens donnés ont été aliénés à titre
gratuit ou s'ils ont été aliénés à titre onéreux et que l'acquéreur a payé
le prix. Précisons enfin que le donateur pourra renoncer a la succession
anomale ou l'accepter sous bénéfice d'inventaire.
Chap. 2ie: LES SUCCESSIONS TESTAMENTAIRES
La succession testamentaire est "celle qui -procède de la volonté
de l'homme," nous dit l'article 597 de notre code civil.
Le statut impérial de 1774 (14 Geo. III, ch. 83) a introduit chez
nous la liberté illimitée de tester. Cette législation a été complétée par
celle de 1801 (41 Geo. III, ch. 4). Ces deux statuts avaient pour but
de permettre à l'individu de substituer sa propre volonté à la loi quant
à la dévolution des biens à son décès. La rédaction de ces deux statuts
a donc eu comme conséquence générale de donner une plus grande im-
portance à la succession testamentaire en élargissant son champ d'appli-
cation.
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En France, la proportion qu'on peut laisser par testament est-li-
mitée: c'est la réserve hériditaire qui oblige le testateur à laisser à ses.
enfants une certaine quantité de biens et à ne disposer que de la quotité
disponible.
Chez nous, dans la province de Québec, la liberté de tester est
illimitée. Ce principe a été consacré par l'article 831 de notre code
civil.
Section 1ère: DE LA CAPACITÉ EN MATIERE
TESTAMENTAIRE
En thèse générale, toute personne majeure, saine d'esprit, et capable
d'aliéner ses biens peut en disposer librement par testament. Il importe
cependant de faire la distinction entre la capacité de donner par testament
et celle de recevoir.
Sous-Section A: CAPACITÉ DE DONNER PAR TESTAMENT.
La femme mariée peut tester quel que soit son régime matrimonial
sans l'autorisation maritale. .Evidemment, si la femme est commune en
biens, son pouvoir de léguer sera restreint à sa part de communauté.
Le mineur émancipé ou non est absolument incapable de tester.
Si le mineur a fait son testament durant sa minorité et même s'il décède
majeur, son testament est invalide. La succession d'un mineur est donc
toujours une succession légale excepté si le mineur a fait, dans son con-
trat de mariage, une donation à cause de mort de tous ses biens. Cepen-
dant, il a existé une loi d'exception qui permettait aux mineurs membres
des forces armées de faire des testaments pendant leur minorité. 0).
Ces testaments ne sont plus valides aujourd'hui si le testateur est mort
après que la loi a été abrogée. Il est à remarquer que le tuteur ne peut
tester à la place du mineur ni conjointement avec ce dernier.
L'interdit pour imbécilité, fureur ou démence est absolument in-
capable de tester. Lorsqu'une personne est interdite et que la confection
de son testament est antérieure à son interdiction, il sera permis de
prouver que le testament a été fait dans un intervalle lucide. Après l'in-
terdiction cependant, il n'est plus possible de faire la preuve d'intervalle
lucide et le testament sera toujours nul ce qui implique que l'interdit
devra mourir ab intestat.
Le testament de l'interdit pour, ivrognerie ou prodigalité est seule-
ment annulable et l'interdiction n'en affecte pas la validité. Quant au
dégradé civique, il est incapable de donner ou de recevoir par testament.
Il laisse donc toujours une succession légale.
Sous-Section B: CAPACITÉ DE RECEVOIR PAR TESTAMENT
La capacité de recevoir par testament est évidemment différente de
(1) cf: 5 Geo. VI ch.66.
37
celle de donner par testament. En principe toute personne peut recevoir
par testament. La grande règle fondamentale, c'est que la capacité de
recevoir se considère au moment du décès.du testateur. Cependant, la
capacité de recevoir se considérera au temps de l'ouverture du droit
dans les cas de legs conditionnel, de legs à des enfants à naître ou de
legs avec substitution.
Pour qu'une personne soit légataire, il suffit donc qu'elle soit conçue
pourvu qu'elle naisse viable au moment du décès du testateur ou à
l'époque où le legs devient en-vigueur.
L'article 838 C.C. oblige le testateur à désigner de façon suffisam-
ment claire les personnes qu'il désire avantager. Dans l'affaire Latulippe
vs la Fabrique Méthodiste de Mégantic (*), on a déclaré nul un legs pour
incertitude de désignation du bénéficiaire; dans l'espèce, on n'a pas pu
établir à quelle église protestante le legs était destiné. (Il y avait trois
églises protestante à Mégantic).
Section lie: FORME DES TESTAMENTS
Pour disposer validement de ses biens pour après son décès, il
faut le faire par un document qui ait la forme voulue pour être valide
comme testament ou codicille sans quoi la disposition sera nulle. Cette
règle s'applique peu importe que l'on- dispose de tout ou partie de ses
biens. Bien que la loi soit très sévère pour les formalités, elle l'est beau-
coup moins pour la rédaction proprement dite: en effet, on peut faire
un testament ou un legs sans qu'il soit nécessaire d'employer des formules
sacramentelles pourvu que la volonté du testateur apparaisse assez clai-
rement de léguer tout ou partie de ses biens à une ou plusieurs per-
sonnes.
Il existe trois formes principales de testament: ce sont le testament
authentique, le testament olographe et le testament suivant le mode dé-
rivé de la loi d'Angleterre. Le testateur ne peut pas lier ses héritiers, ni
ses exécuteurs testamentaires par d'autres, formes de testament. On ne
pourra donc pas prétendre, chez nous, compléter son testament par des 1
instructions écrites autrement que dans les formes permises par la loi. ( )
Les instructions verbales n'ont aucune valeur juridique quelconque. Re-
marquons enfin que le testament authentique fait preuve par lui-même de
son contenu tandis que le testament olographe et le testament sous la
forme dérivée de la loi d'Angleterre ne font pas preuve de leur contenu
ni de l'accomplissement des formalités: ils devront en conséquence être
vérifiés. (*)
Section 3ie: LES LEGS
L'on compte dans notre droit trois sortes de legs. Il y a d'abord le
(1) cf: 43 C.S. 360.
(1) Cf: Grenier vs Poirier 41 B.R. 276.
(2) Cf: "De la forme des testaments" Me Sirois.
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legs universel qui est celui de tous les biens du testateur ou du résidu
de ses biens c'est-à-dire de tout ce dont il n'est pas autrement disposer
par son testament. Nous avons ensuite le legs à titre universel qui est
celui d'une catégorie déterminée de biens ou d'une quote-part de la
succession. Enfin, il y a le legs à titre particulier qui est celui d'une chose
désignée spécifiquement ou d'une certaine quantité de choses indétermi-
nées. Cette dernière définition est forcément inexacte mais il n'existe
pratiquement pas de moyen de définir le legs particulier. On pourrait
dire, en d'autres termes, que le legs particulier est toute espèce de legs
qui n'est pas autrement défini par l'article 873 du code civil.
Comme on peut le constater, le caractère du legs dépend des ter-
mes dans lesquels le testament est rédigé ou des choses sur lesquelles
il porte. Son caractère ne dépend donc pas uniquement de l'émolument
échu au légataire. C'est pourquoi le légataire universel ou particuliers.
RÉDUCTION DES LEGS
La réduction des legs est l'opération par laquelle les légataires par-
ticuliers de choses indéterminées sont appelés à contribuer au paiement
des autres legs ou des dettes du testateur selon le cas-La réduction des
legs n'aura heu que dans le cas où le ' -gataire universel a accepté la
succession sous bénéfice d'inventaire ou dans celui où il a accepté pu-
rement ou simplement la succession et qu'il est insolvable.
CADUCITÉ DES LEGS
L'article 900 de notre code édicté qu'une "disposition testamentai-
re est caduque, si celui en faveur de qui elle est faite n'a pas survécu au
testateur." La principale cause de caducité des legs est donc le prédécès
du légataire ou son décès avant l'ouverture du droit. L'incapacité de
recevoir du légataire, sa renonciation ainsi que la perte de la chose
léguée sont aussi des causes de caducité des legs. L'opération de la
condition suspensive pourra "également rendre le legs caduc.
Précisons enfin que le testament est un acte absolument unilatéral
qui peut être amendé, révoqué, détruit jusqu'à la mort du testateur sans
que personne ne puisse sans plaindre. Le légataire n'a donc aucun droit
avant la mort du testateur, pas même une espérance de droit. Le léga-
taire ne pourrait pas prétendre non plus accepter du vivant du testateur
les dispositions faites en sa faveur.
APPENDICE:
LE PROBLÈME-DES ENFANTS NATUREL
Chez nous, la situation des enfants naturels est très précaire. Il n'y
a qu'une seule règle : ils n'héritent pas. Ils ont cependant le droit de venir
à la succession lorsqu'il y a des legs stipulés en leur faveur. Le père pour-
ra cependant avantager entre vifs ses enfants naturels simples. Quant
aux enfants incestueux ou adultérins, ils né'peuvent recevoir que des
donations alimentaires.
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De plus, tout comme les enfants adoptifs, les enfants naturels ne
peuvent jamais venir à la succession en invoquant le privilège de la
représentation.
CONCLUSION
L'admission de la liberté absolue de tester a apporté des modi-
fications profondes dans notre-droit. L'article X de l'acte de Québec
formule d'une façon très précise l'abolition des vieilles entraves limitant
la liberté de tester, pour les remplacer par la pleine liberté.
Les modifications à notre système successoral apportées par la loi
Pérodeau ont beaucoup amélioré la situation du conjoint survivant qui
est maintenant devenu un successeur régulier. Cependant, il resterait
encore à remédier à l'injustice faite à l'époux survivant qui est exclu de
la succession de son conjoint décédé en minorité.
Jacques Soucy. (Droit III)
(1958-59)