Cours de Procedure Penale
Cours de Procedure Penale
(UEH)
FACULTE DE DROIT ET DES SCIENCES ECONOMIQUES
(FDSE)
PORT-AU-PRINCE, HAITI
COURS DE PROCEDURE PENALE PRATIQUE
QUATRIEME ANNEE JURIDIQUE
1
Question I
La commission d'une infraction donne naissance à deux actions. Quelles sont ces
deux actions? La renonciation à l’action civile a-t-elle un effet sur l'action publique?
1-Dispositions législatives
2-Jurisprudences
Question II
1- Le principe
2- Objectifs et effets
3- Jurisprudences
Question III
4- Jurisprudences
Question IV
Le juge d'instruction qui, en vertu de l'article 46 du CIC, a agi comme OPJ dans un
cas de flagrant délit, peut-il, aux termes de l'article 48 dudit Code, retenir l'affaire et
l'instruire? Justifiez votre réponse en vous référant au principe de la séparation du
droit de poursuivre et du droit d'informer?
1- Dispositions législatives
2- Jurisprudences
Question V
2
Un juge d'instruction est saisi par un réquisitoire d'informer du Commissaire du
Gouvernement.
2- Que doit-il faire sur un déclinatoire de compétence à lui signifié par la partie
prévenue?
Question VI
Question VII
a) Dispositions législatives
Question VIII
3
Le Juge d'instruction saisi "in rem" et non "in personam", n'est pas lié par la
qualification donnée au fait par le Parquet. Expliquez?
1- Quant au fait
2- Quant à la personne
3- Quant à la qualification
Question IX
1- Dispositions législatives
3- Jurisprudences
Question X
1-Règles constitutionnelles
2-Règles légales
3-Règles jurisprudentielles
-D'office
- D'office
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Question XI
1- Mécanismes juridiques
a) Principes constitutionnels
c) Du code Pénal
2- Mécanismes judicaires
d) Le témoin assisté
e) Le "plaider coupable"
h) Assistance juridictionnelle
Question XII
1- Mission
2- Mode de procéder
3- Compétence territoriale
Question XIII
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Le commissaire du Gouvernement est le chef de la Police Judiciaire au niveau de la
juridiction du Tribunal de Première Instance où il exerce ses fonctions. Expliquez?
Question XIV
a) Dispositions législatives
b) Jurisprudences
a) Dispositions législatives
b) Jurisprudences
Question XV
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COURS DE PROCEDURE PÉNALE
PRÉLIMINAIRES
INTRODUCTION
Le droit pénal détermine les infractions et les peines qui leur sont applicables. La peine est
donc la rétribution de la faute commise. Mais entre le crime et la sanction un fossé reste à combler,
un chemin à parcourir ; c’est l’organisation de la justice répressive.
Depuis, l’infliction de la peine résulte d’un processus légal, d’un mécanisme juridique
institué par l’État qui se charge de l’organisation de la justice répressive. Tout un ensemble de
techniques, de règles de forme ou d’instruction sont établies. Leur mise en œuvre a permis la
recherche des éléments constitutifs de l’infraction et l’application rationnelle, scientifique de la
peine.
Ainsi est née cette science nouvelle, la procédure criminelle. Un long cheminement y a
abouti. L’évolution des institutions pénales jalonne des étapes de civilisation, des siècles de progrès
humain. Le régime actuel, sous l’influence de l’école de la défense sociale conciliant l’intérêt privé
et l’intérêt public, est une conquête du libéralisme anglais et de la Révolution française du 18e
siècle.
1
La loi du Talion (du latin, talio = punition identique à l’offense) exige pour l’offense une peine
identique de même ordre. C’est la proportionnalité de la punition à l’offense.
7
De plus en plus dans le système répressif moderne, sous l’effet des idées libérales
humanitaires, c’est la personne du prévenu qui est prise en compte. La loi pénale le protège
particulièrement, lui cherche de meilleures conditions de détention, règle sa réinsertion dans la
société.
Beaucoup plus que pour la procédure civile par rapport au droit civil, la procédure pénale
est liée au droit pénal. Dans son acception la plus large, dit H. Donnedieu de Vabres, le droit
criminel englobe la procédure criminelle. Celle-ci établissant les modalités d’application des
sanctions, comprend les règles de forme du système de répression alors que celui-là déterminant les
infractions et les sanctions qui leur sont applicables, comporte les règles de fond.
La procédure pénale permet la mise en œuvre pratique du droit pénal ; elle détermine
l’organisation judiciaire répressive et le déroulement du procès pénal. Souvent aussi les règles
pénales établissant la criminalité et les peines, comportent leurs propres techniques procédurales.
Le droit pénal et la procédure pénale sont donc inséparables. La procédure pénale en tant que
branche du droit pénal le complète ; celle-là est celui-ci à l’état dynamique.
Ce rapport explique sans doute, dans l’histoire de notre législation pénale, la proximité des
publications des deux codes : 12 avril 1826 pour le code d’Instruction Criminelle et 19 mai 1826
pour le Code Pénal ; 11 avril 1835, dix jours après le nouveau Code d’instruction Criminelle, fut
mis en vigueur le nouveau code pénal. Dans ces deux codes formant notre système répressif, des
modifications, des suppressions, des additions, des adaptations, des abrogations sont faites selon
que les législateurs les ont trouvées nécessaires. Leur histoire est celle de l’évolution de la
criminalité et de la réglementation de la répression chez nous.
L’on emploie indifféremment l’une pour l’autre les trois expressions : procédure pénale,
procédure criminelle, instruction criminelle.
D’après Jean Larguier, la procédure pénale est "un ensemble de règles juridiques qui
permettent la mise en œuvre pratique du droit pénal ; elle détermine l’organisation judiciaire
répressive ainsi que le déroulement du procès pénal"2
2
- Le Droit pénal, Que sais-je, page 5.
8
Le lexique des termes juridiques, 10e édition Dalloz, définit la Procédure Pénale: "
l’ensemble des règles qui définissent la manière de procéder pour la constatation des infractions,
l’instruction préparatoire et le jugement".
Cette science a donc pour objet de déterminer et d’organiser les juridictions pénales, de
régler leur compétence, les formes à suivre devant elles et les effets de leurs jugements. Elle a
quatre grandes fonctions : 1- l’organisation des juridictions pénales ; 2- La détermination de leur
compétence ; 3- La manière de procéder devant ces juridictions ; 4- La fixation des effets de leurs
décisions.
En définitive, la procédure pénale c’est donc l’ensemble des règles de forme, des techniques
de recherche, de compétence, de poursuite, de défense, d’examen, de décision, d’exécution qui
forment le mécanisme de la justice répressive. C’est aussi la science de la justice répressive qui
traite de l’organisation des juridictions pénales, de la détermination de leur compétence, du mode
de procéder devant ces juridictions, des effets de leurs décisions.
INTERET
Il est dans l’intérêt de la société que la criminalité soit réprimée, freinée ; dans l’intérêt de la
victime que le préjudice subi soit réparé et dans l’intérêt de l’inculpé qu’il soit jugé suivant une
justice établie. La violation d’une loi pénale ou la commission d’une infraction implique la mise en
mouvement de l’action publique ou l’ouverture du procès pénal.
La cause de tous les relâchements, comme l’a démontré Montesquieu, vient non de la
modération des peines, mais de l’impunité des crimes. La rigueur des châtiments est moins
nécessaire qu’une bonne organisation répressive. D’où l’importance de l’étude de la procédure
pénale, le corollaire logique de celle du droit pénal.
Les mêmes Tribunaux civils connaissent des litiges privés et des affaires pénales : 1) le
Tribunal de Paix devient Tribunal de Simple Police ; 2) Le Tribunal Correctionnel est une section
du Tribunal civil ; 3) le Tribunal Criminel, une attribution du Tribunal Civil ; 4) la Cour d’Appel
connaît des appels des jugements correctionnels et des ordonnances du Juge d’instruction ; 5) le
Juge d’Instruction, un membre du Tribunal Civil ; 6) la Cour de Cassation connaît des pourvois
exercés en matière criminelle ; 7) le Ministère Public près le Tribunal Civil est partie principale,
poursuivante en matière pénale.
DIFFÉRENCES
3
- Précis de Droit Criminel, Dalloz, pages 1 et 277.
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1- Saisine des juridictions répressives faite soit par réquisitoire d’informer ou par citation
directe du Ministère Public ou de la partie civile, soit par plainte avec constitution de partie civile
adressée au Juge d’Instruction, à la différence de celle des juridictions civiles qui s’opère,
généralement, par assignation et requête.
5- La règle de l’interprétation stricte de la loi pénale : Le juge pénal ne raisonne pas par
analogie.
7- Le droit pénal est un droit public, ses dispositions sont d’ordre public alors que le droit
civil est un droit privé.
10- Le Ministère public dans le procès pénal est la partie principale, la partie poursuivante,
alors que le procès civil, sauf disposition spéciale de la loi, il est partie jointe.
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Question I
La commission d’une infraction donne naissance à deux actions. Quelles sont ces deux
actions ? La renonciation à l’action civile a-t-elle un effet sur l’action publique ?
- L’action civile, c’est l’action par laquelle un individu lésé par l’infraction, exerce une
action en justice contre l’auteur de cette infraction en réparation des dommages subis. (Art.
2, al. 2 su CIC).
Selon l’article 1168 du Code Civil, ‘’tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un
dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer’’.
- L’action pénale, c’est l’action exercée par le Ministère Public dans l’intérêt de l’ordre
social et au nom de la vindicte publique, pour l’application de la peine contre l’auteur et le
complice de l’infraction. (Art. 2, al. 1 du CIC).
2) La renonciation à l’action civile n’a, en principe, pas d’effet sur l’exercice de l’action
publique ; l’infraction, ayant un caractère sociétal, le désistement de la victime ne suffit
pas à blanchir l’auteur de l’acte qui a porté atteinte à la société en général. (Art. 4 du CIC).
En outre, l’action civile, exercée par la personne victime, n’est pas dirigée seulement contre le
délinquant mais aussi contre ses héritiers, selon les prescrits de l’article 1170 du Code Civil. Ainsi,
le retrait de l’action civile par la victime n’empêche pas la poursuite de l’action publique par le
Ministère Public ; le fait par la victime de renoncer à l’action civile ne peut pas annuler l’action
publique qui reste et demeure une attribution du Ministère Public, selon les dispositions de l’article
4 du Code d’Instruction Criminelle, réserve faite cependant, des infractions, comme la diffamation,
l’adultère, des infractions d’intérêt privé dont la poursuite par le Ministère Public est subordonnéeà
la plainte préalable de la victime, ce pour protéger la réputation des personnes et l’harmonie de la
famille.
Jurisprudences
Dans un arrêt du 13 juillet 1959 (Cass. 1ère section, CPC, Luc D. Hector, pp 83 et 84) on lit :’’
Dans l’exercice de son pouvoir de poursuite, le Ministère Public jouit d’une entière liberté d’action
et ne relève, en principe, que sa conscience ; touché d’une plainte, il l’examine et si elle lui parait
sérieuse, il y donne suite, mais si, à son avis, le fait dénoncé ne tombe pas sous le coup de la loi
pénale, le Ministère Public a le droit et même le devoir de classer la plainte sans suite’’.
Selon un arrêt du 16 juillet 1860, ‘’L’action civile qui nait d’un crime ou d’un délit ne peut être
poursuivie par la partie lésée que pour ses intérêts civils.
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L’action publique appartient exclusivement aux fonctionnaires préposés par la loi pour en régler
la répression’’.
Un arrêt du 5 juillet 1946 (Gazette du Palais, no. des 8 et 15 juillet 1946 et un autre arrêt du 21
février 1849) portent : ‘’L’exercice de l’action pour l’application des peines est réservé au
Ministère Public’’.
Dans un autre arrêt du 22 août 1859, se lit : ‘’En droit, l’exercice de l’action civile qui nait d’un
crime ou d’un délit est essentiellement subordonné à l’existence de l’action publique… Il est de
principe que l’intérêt de l’ordre social est l’objet principal de la juridiction criminelle et
correctionnelle, que les intérêts privés n’en sont que l’objet accidentel et accessoire’’.
D’après un arrêt du 8 mai 1872, En droit, le devoir du Ministère Public est de rechercher les crimes
et délits, d’en dénoncer les auteurs aux Juges qui doivent recueillir les indices par une instruction
préalable, et les poursuivre par-devant le tribunal de répression ; il ne peut s’arrêter dans sa
marche, lors même que la partie lésée aurait transigé sur les intérêts civils et qu’elle s’en serait
désisté.
1-Art. 319 CIC, L. Pradines et in CIC mis à jour par Jean Vandal, p. 318
2- CIC, L. Pradines in CIC mis à jour par Jean Vandal p. 319
3- CIC, L. Pradines, CIC mis à jour par Jean Vandal, p. 2
4- Art. 13 CIC, L. Pradines in CIC mis à jour par Jean Vandal, p. 20
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Question II Le criminel tient le civil en état.
Commentez ?
Le principe « Le Criminel tient le civil en état » trouve son origine dans la règle de l’autorité de
la chose jugée au pénal sur le civil qui, dans le but d’éviter toute contrariété de décision entre la
juridiction répressive et la juridiction civile, fait obligation au juge de cette dernière juridiction de
sursoir à statuer dans toute affaire sur laquelle un tribunal répressif est déjà saisi.
Ce principe trouve son fondement en l’article 3 du CIC1 qui précise « L’action civile peut être
poursuivie en même temps, devant les juges que l’action publique. Elle peut aussi l’être
séparément : dans ce cas l’exercice en est suspendu tant qu’il n’a pas été prononcé
définitivement sur l’action publique intentée avant ou pendant la poursuite de l’action civile ».
Selon un arrêt de la Cour de Cassation en date du 5 juin 1952, « Lorsque l’action pénale et l’action
civile sont relatives au même fait, et que l’action pénale a été intentée avant l’action civile, le
juge civil doit surseoir à statuer jusqu’à ce qu’il soit décidé sur les poursuites de la juridiction
répressive. Pour qu’il y ait lieu à l’application de cette règle : Le criminel tient le civil en état,
deux conditions sont nécessaires. Il faut :
Que l’action civile naisse du fait même qui sert de base à l’action publique.
Que l’action publique ait été réellement intentée ».
Il est aussi corolaire au principe « Accessorium sequitur principale », l’accessoire suit le principal.
Lorsque d’un même fait sont nées l’action pénale et l’action civile, la première devient principale
par rapport à la seconde.
Le principe ‘’Le Criminel tient le civil en état’’ répond à un double objectif :
1) Prévenir toute contrariété de décision entre les instances pénale et civile qui peuvent
être saisies d’une même affaire ;
2) Permettre à la partie qui soulève une telle exception d’obtenir un sursis de l’audition de
son affaire par-devant le tribunal civil. Dans ce dernier cas, l’on pourrait le considérer
comme une exception dilatoire, en ce sens qu’il diffère l’audition de l’affaire civile sans
toutefois y mettre fin.
Par-devant les tribunaux civils haïtiens, l’effet de ce principe est automatique. Une fois invoqué
par la partie ayant intérêt, le juge civil est tenu de surseoir à statuer, sous peine de voir sa décision
cassée pour excès de pouvoir. Néanmoins, il faudra que ce soit in limine litis qu’il soit proposé à
ce tribunal.
Par ailleurs, il faut retenir que, quand une partie a fait le choix de saisir d’abord le tribunal civil en
vue d’obtenir réparation d’un fait réputé délit sans se référer au tribunal répressif conformément à
l’article 3 du CIC, son choix est réputé définitif en vertu de la règle « Una via electa non datur
recursus ad alteran », au risque de voir la partie adverse invoquée le principe « Le criminel tient
le civil en état ».
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Jurisprudences
Selon un arrêt du 5 octobre 1863, ‘’pour faire une saine application du principe, Le criminel tient
le civil en état, il ne faut pas s’arrêter à la lettre de la loi lorsqu’on en fait application à un cas
particulier. Il faut, avec la lettre, interroger son esprit pour bien saisir la pensée du législateur qui,
dans l’économie des dispositions contenues en l’article 3 du Code d’Instruction Criminelle, a en
vue de prévenir le grave inconvénient devoir prononcer, d’une manière affirmative sur l’action
publique et, d’une manière négative sur l’action civile qui, cependant, est l’accessoire de l’action
publique. Ce qui constituerait une contrariété de décisions que la justice doit éviter, même dans
l’intérêt des justiciables ; que ‘’La première condition de la prise en considération par le juge du
principe ‘’Le criminel tien le civil en état’’, c’est que ce principe soit réellement celui qui régit
cette matière et soit applicable aux faits de la cause : Car, pour qu’il y ait lieu à l’application de
cette maxime, il est nécessaire que l’action civile soit connexe ou préjudicielle à l’action
publique’’.
Dans un arrêt du 5 juin 1952, on lit : « Lorsque l’action pénale et l’action civile sont relative au
même fait, et que l’action pénale a été régulièrement intentée avant l’action civile, le juge civil
doit surseoir à statuer jusqu’à ce qu’il soit décidé sur les poursuites de la juridiction répressive.
Pour qu’il y ait lieu à l’application de cette règle ‘’Le criminel tient le civil en état’’, deux
conditions sont nécessaires. Il faut : 1) que l’action civile naisse du fait même qui sert de baseà
l’action publique ; 2) que l’action publique ait réellement été intentée ».
D’après un arrêt de la Cour de Cassation haïtienne du 28 novembre 1956 ‘’Si l’article 3 du Code
d’Instruction Criminelle dispose que l’exercice de l’action civile poursuivie séparément de l’action
publique est suspendu tant qu’il n’a pas été prononcé définitivement sur l’action publique, toujours
est-il que la règle ‘’Le criminel tient le civil en état, dérivant de ce texte n’est applicable que lorsque
les deux actions naissent du même fait, de telle sorte que le sort des conclusions prise devant la
juridiction civile, dépende de la constance au moins de l’élément matériel de l’infraction à raison
de laquelle l’action publique a été mise en mouvement’’.
Selon un autre arrêt en date du 13 juillet 1959, ‘’Pour qu’il y ait lieu à l’application de la règle,
‘’Le criminel tient le civil en état’’, règle consacrée par l’article 3 du CIC, deux conditions sont
requises : 1) Il faut que l’action publique ait été intentée ou mise en mouvement ; 2) que l’action
publique et l’action civile soient nées du même fait. Il ne suffit pas que le parquet ait été touché
d’une plainte pour que l’action publique soit réputée ou mise en mouvement, il faut qu’une
juridiction d’instruction ou une juridiction de jugement ait été saisie’’.
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Dans un arrêt du 22 janvier 1958, on lit : « Toute demande de sursis doit être formelle et appuyée
de pièces qui en justifie l’octroi. Quand elle repose sur l’existence d’un faux dont serait entachée
une pièce de procédure il est indispensable qu’ait été entreprise la procédure soit du faux principale
soit du faux incident. En outre, toutes les fois qu’elle repose sur la poursuite d’un délit, ce dernier
doit être de nature à exercer une influence décisive sur la cause principale ».
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Question III Le civil tient le criminel en état.
Commentez ?
Si général que paraisse ce principe, ‘’Le criminel tient le civil en état’’, en raison de l’autorité de
la chose jugée au pénal sur le civil, il souffre de quelques exceptions.
En effet, dans certains cas, c’est le civil qui tient le criminel en l’état. Alors l’on de parle en
questions préjudicielles, lesquelles constituent des exceptions à l’application dudit principe. Quand
ces questions sont posées devant le juge criminel, ce dernier se doit de renvoyer les parties par-
devant qui de droit et surseoir à statuer.
L’article 325 du code pénal précise « Les soustractions commises par un époux au préjudice de
l’autre époux, par un veuf ou une veuve quant aux choses ayant appartenu à l’époux décédé,
par des enfants ou autres descendants au préjudice de leurs père ou mère ou autres ascendants,
par ces derniers au préjudice de leurs enfants ou autres descendants, par des alliés aux mêmes
degrés, ne pourront donner lieu qu’à des réparations civiles ».
Autant dire, il n’y a pas de vol entre époux, entre enfants, pères, mères et ascendants, entre alliés
aux mêmes degrés.
Les questions de parenté, d’alliance, des liens matrimoniaux soulevés à l’occasion d’un procès
portant sur le vol, doivent être résolues préalablement par la juridiction civile.
La question préjudicielle à la poursuite pénale est un fait dont le caractère délictueux dépend de la
solution à donner par la juridiction civile.
La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif exerce, entre autres attributions,
le contrôle de la gestion du comptable de deniers publics. A l’issu de ce contrôle, la Cour rendra
un arrêt qui, selon le cas, dégagera ou engagera la responsabilité dudit comptable.
Lorsque la Cour aura constaté une gestion régulière, elle rendra un arrêt de quitus ou de décharge.
Dans le cas où la Cour aurait constaté une gestion irrégulière, elle rendra un arrêt de débet qui
engagera la responsabilité du comptable. Et c’est là que joue le principe « Le civil tient le pénal en
état ».
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Lorsqu’on soupçonne un comptable de deniers publics d’avoir commis des faits de vol, de
détournement de fonds ou de concussions dans l’exercice de ses fonctions, il appartient d’abord à
la CSCCA de confirmer ces faits avant la saisine de la juridiction pénale.
L’examen des actes du comptable public par la CSCCA constitue une question préjudicielle qui
fait obstacle à la mise en mouvement de l’action publique. La juridiction pénale doit attendre la
décision de la juridiction administrative. La procédure est tracée dans les articles 15 à 21 du décret
du 23 mai 2005 portant organisation et fonctionnement de cette cour.
L’arrêt rendu par la Cour de Cassation le 24 juillet 2005 dans l’affaire mettant en cause l’ancien
président Jean Claude Duvalier et des collaborateurs de son régime, illustre le principe, « Le civil
tient le criminel en état », en droit administratif.
En effet, ces gens étaient poursuivis pour des faits de concussion et de complicité de concussion.
Une ordonnance du Juge d’Instruction près le tribunal civil de Port-au-Prince en date du 13
décembre 1999 renvoyant les concernés par-devant le tribunal criminel, confirmée par un arrêt-
ordonnance de la Cour d’Appel de Port-au-Prince du 20 juillet 2001, a été cassée et annulée par
un arrêt de la Cour de Cassation de la république en date du 3 mai 2001, au motif que la véracité
des faits reprochés devait être préalablement établie par la CSCCA dans un arrêt de débet avant
d’engager la juridiction pénale.
Ainsi lorsque l’élément matériel d’une infraction est en rapport avec un bien immobilier, la qualité
de l’auteur de l’infraction par rapport à ce bien, joue un rôle dans la qualification juridique de
l’acte commis. La propriété immobilière est une question préjudicielle qui suspend la procédure
devant la juridiction pénale qui doit attendre qu’une juridiction civile détermine la qualité du
prévenu quant à la propriété de l’immeuble. On ne peut condamner le propriétaire d’un immeuble
pour un acte commis sur cet immeuble en usant de ses prérogatives (le fructus, l’abusus et l’usus),
pour en disposer, à condition qu’il reste dans les limites de la légalité.
Un tel propriétaire, engagé dans une procédure pénale, soulèvera une exception de propriété qui
exige le sursis de la procédure pénale afin d’attendre la réponse de la juridiction civile à la question
préjudicielle de droit de propriété.
Selon un arrêt de la Cour de Cassation du 21 octobre 1952, ‘’il est interdit à la juridiction criminelle
de juger le fond d’un droit qui est de la compétence exclusive des tribunaux civils.
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L’exception de propriété ou de tout autre droit réel sur l’immeuble où le fait poursuivi a été
commis, lorsqu’elle est proposée devant un tribunal de répression, constitue une question
préjudicielle en ce sens qu’elle doit être jugée préalablement au fait dont elle a pour but d’établir
la légitimité’’.
On lit, dans un autre arrêt de le Cour de Cassation du 25 avril 1951, ‘’Quand devant la juridiction
nantie en répression d’un délit commis contre la propriété ou la possession, le prévenu excipe d’un
droit qui, s’il était devant la juridiction civile, serait de nature à enlever aux faits incriminés le
caractère délictueux qu’on leur attribue, un sursis s’impose jusqu’à ce que le juge compétent se
soit prononcé préjudiciellement sur les prétentions des parties relativement à ce droit civil’’.
‘’Le tribunal correctionnel est incompétent pour examiner et résoudre une question de propriété
soulevée in limine litis. La question préjudicielle exige le sursis’’. (Arrêt du 6 février 1945).
Est écrit dans un autre arrêt du 12 décembre 1836, ‘’toutes les fois qu’un prévenu, traduit devant
les tribunaux criminel, correctionnel ou de simple police, excipe d’un droit de propriété, le tribunal
saisi doit sursoir aux poursuites criminelles, correctionnelles ou de police, et renvoyer à fins
civiles, en fixant un bref délai dans lequel la partie qui aura élevé la question préjudicielle devra
saisir les tribunaux compétents de la connaissance du litige’’.
Enfin, dans un arrêt du 5 mai 1944 (CIC mis à jour par Jean Vandal p9) se lit : « L’exception
préjudicielle de propriété est dilatoire et dispense de conclure au fond. Le jugement qui rejette une
exception préjudicielle doit admettre le prévenu à se défendre au fond’’.
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Question IV
Le juge d’instruction qui, en vertu de l’article 46 du CIC, a agi comme O.P.J dans un cas de
flagrant délit, peut-il, aux termes de l’article 48 dudit Code, retenir l’affaire et l’instruire ?
Justifiez votre réponse en vous référant au principe de la séparation du droit de poursuivre
et du droit d’informer ?
En matière de flagrant délit, l’article 46 du CIC confère au juge d’instruction la qualité d’Officier
de Police Judiciaire (OPJ), c’est-à-dire le pouvoir de faire tous les actes d’enquête de la
compétence du Commissaire du Gouvernement. Cet article en son premier alinéa dispose : « Le
Juge d’Instruction dans tous les cas réputés, flagrant délit, peut faire directement et par lui-même
tous les actes attribués au Commissaire du Gouvernement, en se conformant aux règles établies au
chapitre des Commissaires du Gouvernement.
Fort du principe de la séparation du droit de poursuive et du droit d’informer, ce juge d’instruction
ne peut pas agissant comme juridiction d’instruction, ouvrir une information sans un réquisitoire
du ministère public, la poursuite et l’instruction étant deux choses distinctes. La règle de
l’opportunité de la poursuite pénale implique la liberté de s’abstenir de poursuivre sur un procès-
verbal de constat.
Ainsi l’article 48 de ce code fait injonction au juge d’instruction, ayant instrumenté comme OPJ,
de communiquer le dossier au Commissaire du Gouvernement, et d’attendre son réquisitoire avant
d’ouvrir l’instruction. Ce que cet article prescrit en ces termes : « Hors le cas de flagrant délit, le
juge d’instruction ne fera aucun acte d’instruction et de poursuite, qu’il nait donné la
communication au Commissaire du Gouvernement qui fera les réquisitions qu’il jugera
convenables ».
Jurisprudences
Dans un arrêt de la Cour de Cassation de la République du 4 novembre 1907 il est dit : « Le Juge
d’Instruction, quand il est appelé à constater un délit, n’est pas, par cela seul, chargé d’instruire, la
poursuite et l’instruction étant deux choses distinctes. Aux termes de l’article 48 du CIC, il ne peut
hors le cas de flagrant délit, faire aucun acte d’instruction, s’il n’en est requis par le Ministère
Public. »
Selon un arrêt du 23 août 1869, ‘’Libre dans les actions qu’il exerce au nom de la loi, le Ministère
Public est seul juge des actes qu’il est appelé à faire comme agent du Pouvoir Exécutif près le
tribunal auquel il est attaché pour le maintien de l’ordre, et pour empêcher l’un d’empiéter sur les
attributions de l’autre, le législateur a pris soin de diviser les pouvoirs confiés au Ministère Public
et au juge d’instruction en posant des limites à chacun.
10- Art. 13 du CIC, L. Pradines et CIC mis à jour par Jean Vandal, pp 19 et 20
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Selon un arrêt du 14 mai 1941, ‘’Du principe fondamental de la séparation du droit de poursuivre
et du droit d’informer, il résulte que le juge d’instruction ne peut ouvrir une information que sur la
réquisition du Ministère Public. »
L’arrêt du 17 juillet 1945, a repris cette disposition en ces termes : « Il résulte de la séparation du
droit de poursuivre et du droit d’informer que le juge d’instruction ne peut offrir une information
que sur réquisitoire du Ministère Public. »
Un autre arrêt du 29 mars 1949, a repris les termes de l’article 48 du CIC, à savoir : « Hors les cas
de flagrant délit, le juge d’instruction ne peut faire aucun acte d’instruction qu’il n’ait communiqué
la procédure au Ministère Public.
Dans cet arrêt du 29 mars 1949, se lit : « Si, hors les cas de flagrant délit, le juge d’instruction ne
peut faire aucun acte d’instruction qu’il n’ait communiqué la procédure au Ministère Public, il
n’en est aussi qu’autant qu’il n’est pas encore nanti d’un réquisitoire d’informer.
La formalité de la réquisition d’informer étant remplie, le juge d’instruction est pleinement saisi
du droit de prendre seul toutes mesures tendant à une bonne et prompte administration de la justice.
Il peut donc, sans avis préalable du Ministère Public et pour des raisons de connexité, faire la
jonction d’une plainte en faux avec une plainte en usage de faux de la pièce imputée de faux. »
10- Bulletin 1940-1941, pp 166 et suiv. CIC mis à jour par Jean Vandal, p 32
11-Bulletin 1944-1945, pp 454 et suiv. CIC mis à jour par Jean Vandal, p 32
12-Bulletin 1948-1949, pp 292 et suiv. CIC mis à jour par Jean Vandal. P 32
13-Bulletin 1948-1949, pp 292 et suiv. in CIC mis à jour par J. Vandal, p 32
20
Question V
2) Que doit-il faire sur un déclinatoire de compétence à lui signifié par la partie
prévenue ?
Par définition, le déclinatoire de compétence est l’acte que l’avocat d’une partie fait signifier au
juge pour lui demander de décliner sa compétence pour connaitre d’une affaire.
Selon le prescrit de l’article 10, 3e al. de la loi du 26 juillet 1979 sur l’appel pénal, sur un
déclinatoire de compétence à lui signifié par la partie prévenue, le juge d’instruction doit dire s’il
est compétent ou incompétent :
- Compétence ratione loci : eu égard à l’endroit où le crime a été commis, il peut décliner sa
compétence.
- Compétence ratione materiae : si l’affaire tombe dans un champ civil, le juge d’instruction
peut décliner sa compétence.
- Compétence ratione personae : en raison de la personne comme un justiciable de la Haute
Cour de justice.
21
Avant la loi du 26 juillet 1979 sur l’appel pénal, les ordonnances du juge d’instruction n’étaient
pas susceptibles d’appel. Cette loi est venue instituer le recours en appel contre lesdites
ordonnances et le pourvoi en Cassation contre l’arrêt rendu par la Cour d’Appel sur elles.
Selon l’article 10, alinéa premier, la partie civile peut interjeter appel des ordonnances faisant griefà
ses intérêts civils. C’est donc la partie civile et non le plaignant, qui peut interjeter appel d’une
ordonnance du juge d’instruction.
Le plaignant, qui n’a pas pris la qualité de partie civile, ne peut donc pas interjeter appel de
l’ordonnance de non-lieu du juge d’instruction.
Mécontents de cette ordonnance, les plaignants Bélosia Lindor et Moréno Lindor, par
l’intermédiaire de leur mandataire, le sieur Denis Laguerre, en ont interjeté appel le 3 octobre 2002.
La Cour d’Appel de Port-au-Prince, dans un arrêt rendu le 27 mars 2003, a déclaré l’appel
irrecevable pour défaut de qualité des appelants qui n’ont jamais fait la déclaration formelle qu’ils
se portent partie civile ni dans leurs dépositions au Cabinet d’instruction, ni par un acte subséquent
en prenant des conclusions en dommages-intérêts.
Le mandataire de Bélosia Lindor et de Moréno Lindor, le sieur Denis Laguerre, par déclaration au
greffe de la Cour d’Appel de Port-au-Prince, a exercé un pourvoi en Cassation le 21 avril 2003.
La Cour de Cassation, par son arrêt en date du 17 mars 2005 au numéro 2041, a confirmé la
décision de la Cour d’Appel de Port-au-Prince au motif que, contrairement aux prescriptions de
l’article 53 du Code d’Instruction Criminelle, les pourvoyants Bélosia Lindor et Moréno Lindor,
n’ont jamais pris la qualité de partie civile, que, ni dans leurs dépositions au Cabinet d’instruction,
ni par un acte subséquent, ils n’ont pas pris des conclusions en dommages-intérêts, l’article 53 du
CIC ne parlant pas d’attitude ni de comportement dont on pourrait déduire un désir d’être partie
civile.
Jurisprudences
Il est de jurisprudence, que ‘’Le plaignant qui ne s’est pas porté partie civile est sans droit ni qualité
pour demander l’annulation du jugement du tribunal criminel’’.
14- Arrêt du 3 septembre 1872, art. 319 CIC, L. Pradines, CIC mis à jour par Jean Vandal, pp 318
22
Il est écrit dans un arrêt du 14 mai 1951, ‘’La partie civile a qualité et intérêt pour attaquer une
ordonnance du juge d’instruction’’.
Selon un autre arrêt du 19 juin 1951, ‘’Le rejet de la demande de la partie civile suffit pour lui
donner droit et intérêt au pourvoi’’.
C’est donc en qualité de partie civile, et non en tant que plaignante, qu’une personne peut exercer
un recours contre une ordonnance du juge d’instruction ou un jugement d’un tribunal répressif.
23
Question VI
La saisine du Juge d’Instruction résulte, en thèse générale, d’un réquisitoire du Ministère Public
afin d’informer, réserve faites des quatre exceptions prévues aux articles 46, 50, 169, 293.
Commentez ?
Cela ne constitue pas la saisine directe du Juge d’Instruction qui a opéré comme officier de police
judiciaire. Après avoir instrumenté en cette qualité, il doit communiquer le dossier au Commissaire
du Gouvernement et attendre pour ouvrit l’enquête en tant que juridiction d’instruction la
réquisition du magistrat du parquet qui n’est pas obligé de lui retourner le dossier avec un
réquisitoire d’informer. Ce dernier peut le lui renvoyer avec un réquisitoire de non-informer en
vertu du principe de séparation du droit de poursuivre et du droit d’informer.
3) La troisième réserve est relative au cas de renvoi devant le Juge d’Instruction par le
tribunal correctionnel
Le Juge correctionnel, saisi par citation directe comme juge des délits, est saisi in rem. Il n’est
donc pas saisi d’une infraction. Après examen du fait, il peut estimer qu’il ne s’agit pas un délit et
le requalifie.
S’il estime qu’il s’agit d’un crime et non d’un délit en vertu de l’article 169 du Code d’Instruction
Criminelle, il renverra le prévenu devant le Juge d’Instruction. Le greffe du tribunal va acheminer
24
le dossier au parquet et c’est le Ministère Public qui saisira le Juge d’Instruction par son réquisitoire
d’informer.
25
Question VII
Le Ministère Public est juge souverain de l’opportunité de la poursuite pénale. Expliquez ce
principe et le droit de classement sans suite du Ministère Public ?
1- Le principe de l’opportunité
L’opportunité des poursuites est un principe procédural en vertu duquel liberté est reconnue aux
magistrats du Ministère Public de ne pas déclencher de poursuite pour un fait offrant toutes les
caractéristiques d’une infraction. Elle est, selon André Vitu, la faculté reconnue au Ministère
Public, lorsqu’une infraction pénale est dénoncée, de déclencher ou de ne pas déclencher l’action
publique en fonction de particularités du cas d’espèce.
D’après ce principe, le Parquet a un large pouvoir d’appréciation et peut décider de son propre gré
même lorsqu’il s’agit d’une affaire incriminée. Sa décision peut être motivée en fonction de
l’infraction, de la gravité du cas ou de sa conséquence. Par exemple, une infraction est commise et
aucune enquête n’est susceptible de révéler le suspect, le Ministère Public peut décider de classer
l’affaire pour éviter les dépenses inutiles de l’Etat.
Ce droit de classement permet au Ministère Public de prendre des décisions pouvant écarter la
mise en mouvement de l’action publique.
Pour la doctrine, le classement est un acte administratif et non juridictionnel qui n’est susceptible
que des recours hiérarchiques.
A propos d’un colloque réalisé autour du thème ‘’Parquet et politique pénale au 19e siècle’’, David
DEROUSSIN écrit : « Le mot politique suppose que celui qui détermine soit capable d’une volonté
autonome. »
Le Ministère Public jouit du principe de la liberté d’agir ou de demeurer inactif, faculté qui
constitue un pouvoir d’appréciation suffisante pour assurer son indépendance.
Dans l’exercice de cette fonction, il peut néanmoins recevoir des injonctions du garde des sceaux
communément appelé le Ministre de la Justice auquel il doit communiquer des rapports
périodiques sur tous les dossiers criminels. Ce qui ferait apparaitre la responsabilité du Ministère
Public vis-à-vis du pouvoir exécutif qu’il représente.
26
Au dictionnaire de Parquet en France, Le Pottevin écrit : « Le Ministère Public a une grande
latitude d’appréciation ; à lui seul appartient de décider s’il convient ou non de donner suite à une
plainte, à un procès-verbal.
Pufendorf affirme que ‘’le souverain (M.P) n’est pas dans une obligation indispensable de punir
tous ceux qui ont commis quelque crime. Cela dépend de la liaison qu’il y a entre la peine et les
fins pour lesquelles elle a été établie. En certaines occasions ces fins ne sont pas normalement
nécessaires’’. Ainsi, le Ministère Public a pour mission d’étudier la finalité de la peine et de tenir
compte de son aspect moral.
Selon H. Donnedieu De Vabres17, le Ministère Public dispose, même s’il est convaincu de
l’existence du délit, d’un certain pouvoir d’appréciation. Des poursuites qui font naitre le scandale,
peuvent avoir plus d’inconvénients que d’avantages. Le Parquet responsable de lutter pour le
maintien de la paix dans la société, peut être aussi responsable de toute mauvaise intervention
pouvant contribuer au désordre social.
Le droit positif admet l’usage du principe de l’opportunité pour classer un dossier lorsque le
Ministère Public estime qu’un procès pénal nuirait à l’ordre public ou causerait, sans profit pour
le bien commun, un tort irréparable à des innocents.
a) Dispositions législatives
Les attributions du Commissaire du Gouvernement, son pouvoir d’agir sont déterminés par le Code
d’Instruction Criminelle, le Code Pénal et des lois particulières.
17-H. Donnedieu de Vabres, Précis de Droit Criminel, Dalloz, 7e éd. Paris, 1950, pp 301, No 775
27
L’action pour l’application des peines, d’après l’article 1er du CIC, n’appartient qu’aux
fonctionnaires auxquels elle est confiée par la loi.
La règle de l’opportunité de la poursuite n’est pas expressément indiquée dans le code d’instruction
criminelle. Toutefois, elle se dégage des expressions contenues dans le dernier alinéa de l’article
30, les articles 42, 48, 57 de ce code.
Selon le dernier alinéa de l’article 30, le Commissaire du Gouvernement interrogera sur le champ
le prévenu amené devant lui et ‘’s’il y a lieu’’ décernera contre lui un mandat de dépôt.
L’expression, ‘’s’il y a lieu’’, indique que le Commissaire du Gouvernement peut, pour des raisons
qu’il juge nécessaires, décerner un mandat de dépôt contre le prévenu en vue de le poursuivre tout
comme il peut décider de le relâcher en classant le dossier.
Le premier alinéa de cet article parle d’indices graves. C’est dire que l’examen doit porter sur la
gravité du cas ou la participation du prévenu.
L’article 42 fait obligation aux officiers et agents de police auxiliaire de renvoyer sans délai les
dénonciations, procès-verbaux, et autres actes faits par eux dans le cadre de leur compétence au
Commissaire du Gouvernement qui examinera les procédures et les transmettra avec les
réquisitoires ‘’qu’il jugera convenables’’, au Juge d’Instruction.
L’expression, ‘’qu’il jugera convenables’’, signifie que les dénonciations, procès-verbaux et
autres actes faits par les fonctionnaires publics sont laissés à l’appréciation du Commissaire du
Gouvernement qui peut les renvoyer au Juge d’Instruction avec un réquisitoire d’informer ou de
non informer.
En tant qu’agent du pouvoir exécutif responsable de la mise en application de la politique
criminelle du Gouvernement, il peut, pour des raisons d’opportunité, choisir de ne pas donner suiteà
une plainte, une dénonciation ou un procès-verbal.
L’expression, ‘’avec un réquisitoire’’, placée à la fin de l’article 43 du CIC, signifie que le
Commissaire du Gouvernement n’est pas obligé de transmettre le dossier examiné avec un
réquisitoire d’informer.
28
Cette même expression se retrouve à l’article 48 al. 1er qui s’écrit : « Hors le cas de flagrant délit,
le Juge d’Instruction ne fera aucun acte d’instruction et de poursuite, qu’il n’ait donné
communication de la procédure au Commissaire du Gouvernement ; il la lui communiquera
pareillement lorsqu’elle sera terminée et le Commissaire du Gouvernement fera les réquisitions
qu’il jugera convenables.
C’est dire que même lorsque le Juge d’Instruction, dans le cas de flagrant délit, pose les actes
d’enquête de la compétence du Commissaire du Gouvernement, il ne peut ouvrir l’instruction
préparatoire sans avoir communiqué le dossier au Parquet et obtenir de ce dernier le réquisitoire
d’informer.
De même, si l’article 50 permet à toute personne qui se prétend lésée par un crime ou un délit, d’en
rendre plainte et de se constituer en partie civile devant le Juge d’Instruction, l’article 57 fait
obligation au Juge d’Instruction compétent pour connaitre de la plainte, d’en donner la
communication au Ministère Public pour être par lui requis ce qu’il appartiendra.
L’expression, ‘’pour être par lui requis ce qu’il appartiendra’’, explique le pouvoir
d’appréciation du Ministère Public en tant que Juge de l’opportunité de la poursuite pénale, chargé
de la mise en œuvre de la politique criminelle du gouvernement.
L’article 90 du code pénal punit de la destitution tous les officiers de Police judiciaire, les officiers
du Ministère Public, les Juge qui auront provoqué, donné ou signé un jugement, une ordonnance
ou un mandat tendant à la poursuite personnelle ou accusation soit d’un grand fonctionnaire, sans
l’autorisation du chef de l’Etat, soit d’un membre du corps législatif, contre les dispositions de la
constitution, ou qui, hors le cas de flagrant délit ou de clameur publique, auront sans ladite
autorisation ou contre lesdites dispositions, donné ou signé l’ordre ou le mandat de saisir ou arrêter
un ou plusieurs grands fonctionnaires ou membres du corps législatif.
29
Nos tribunaux et Cours, se basant sur la jurisprudence française, admettent au Commissaire du
Gouvernement le droit de classement sans suite. D’ailleurs, c’est un principe consacré par la
pratique de nos Parquets. Les approches doctrinales abondent dans le même sens.
La jurisprudence haïtienne confirme le droit de classement sans suite. Ce principe est consacré par
un arrêt de la Cour de Cassation du 13 juillet 1959, en son quatrième alinéa, qui précise :
« Dans l’exercice de son pouvoir de poursuite, le Ministère Public jouit d’une entière liberté
d’action et relève en principe de sa conscience ; touché d’une plainte, il l’examine ; et si elle lui
parait sérieuse, il donne suite ; mais si, à son avis, le fait dénoncé ne tombe pas sous le coup de la
loi pénale, le Ministère Public a le droit et même le devoir de classer la plainte sans suite.
C’est le Ministère Public qui décide de la nécessité du déclenchement de la poursuite. Ce qui est
consacré par une jurisprudence de la Cour de Cassation haïtienne du 29 mars 1983 en ces termes
: « Le Ministère Public est juge de l’opportunité des poursuites. Même si l’instruction officielle
est réservée au Juge d’Instruction, il revient au Commissaire du Gouvernement de réunir certains
renseignements avant même d’engager l’action publique. »
Le classement du dossier c’est une simple mesure d’opportunité et n’est susceptible d’aucun
recours judiciaire, sauf recours hiérarchique formé par-devant le Ministre de la Justice qui pourra
éventuellement ordonner à l’officier du Ministère Public de mettre en mouvement l’action
publique. Ainsi, la décision du Ministère Public de classer sans suite un dossier pénal, ne peut faire
l’objet d’un recours devant une juridiction de justice.
Dans un arrêt en date du 27 janvier 194919 est écrit : « En matière pénale, le Ministère Public ne
commet pas de déni de justice lorsqu’il refuse de mettre l’action publique en mouvement car à ce
sujet son pouvoir d’appréciation est souverain. »
Enfin, selon un arrêt du 22 août 185920, ‘’La partie privée ne peut poursuivre son action soit devant
le tribunal criminel soit devant le tribunal correctionnel lorsque le Ministère Public n’agit point.
C’est le principe que l’intérêt de l’ordre social est l’objet principal de la juridiction criminelle et
correctionnelle, que les intérêts privés n’en sont que l’objet accidentel et accessoire’’.
Dans un arrêt du 21 février 184921, on lit : « L’action pour l’application des peines n’appartient
qu’au Ministère Public, la partie ne peut jamais être admise à se plaindre en cassation de la non-
application d’une disposition pénale. »
30
Est écrit dans un arrêt du 29 juillet 186122, ce qui suit : « En droit, le Ministère Public est investi
du droit général de poursuivre, soit sur la plainte de la partie lésée, soit d’office, tous les faits
auxquels la loi a attribué le caractère de crime et délit. »
Selon un arrêt du 17 juillet 194523, ‘’il résulte de la séparation du droit de poursuivre et du droit
d’informer que le juge d’instruction ne peut ouvrir une information que sur réquisitoire d’informer
du Ministère Public et qu’il ne peut porter ses investigations sur des délits autres que ceux qui lui
ont été déférés. »
D’après un arrêt du 14 mai 194124, ‘’Du principe fondamental de la séparation du droit de
poursuivre et du droit d’informer, il résulte que le juge d’instruction ne peut généralement ouvrir
une information que sur la réquisition du Ministère Public et ne peut, en conséquence, porter ses
investigations sur les délits autres que ceux qui lui ont été expressément déférés quand même il y
aurait indices ou preuves de ces délits dans les renseignements et les pièces, s’il s’agit de faits
absolument distincts. »
22- Art. 30 CIC, L. Pradines, in CIC mis à jour par Jean Vandal, p 27
23- Bulletin 1944-1945, pp 484 et suiv. in CIC mis à jour par Jean Vandal, p 32
24-Bulletin 1940-1941, pp 166 et suiv. in CIC mis à jour par Jean Vandal, p32
31
Question VIII
Le Juge d’Instruction saisi ‘’in rem’’ et non ‘’in personam’’, n’est pas lié par la qualification
donnée au fait par le Parquet. Expliquez ?
a) Quant au fait
Le Juge d’Instruction est le magistrat chargé de faire l’instruction préparatoire dans un procès
pénal. L’expression ‘’il est saisi « In rem », doit être entendue dans deux sens :
1) Le magistrat instructeur est saisi seulement de fait énoncé ou présenté dans le réquisitoire
d’informer du Ministère Public.
2) Il est saisi d’un fait et non d’une infraction. Il lui revient d’examiner le fait pour voir s’il s’y
retrouve les éléments constitutifs d’une infraction ou si le fait tombe dans un champ pénal.
b) Quant à la personne
Le magistrat instructeur n’est pas lié par les noms contenus dans le réquisitoire d’informer. Il
instruit erga omnes. Autrement dit, il peut inculper toute personne révélée par l’enquête et décerner
contre elle un mandat de dépôt même si cette personne avait été appelée pour être entendue comme
témoin.
D’ailleurs, il peut être saisi d’un réquisitoire contre inconnus, ne comportant aucun nom de
personne. C’est au cours de l’instruction ou de l’enquête qu’il doit s’évertuer à découvrir toutes
les personnes impliquées dans le fait ; et dès qu’il découvre une personne présentant des indices
d’implication, il l’inculpe et décerne contre elle un mandat de dépôt.
c) Quant à la qualification
Le juge d’instruction, comme d’ailleurs tout juge répressif, n’est pas saisi d’une qualification
pénale, mais d’un fait matériel de donner une qualification pénale au fait après examen en fonction
des prescriptions légales.
Il n’est pas lié par la qualification donnée au fait par la police, par le Juge de Paix ou par le
Commissaire du Gouvernement, en tant que chef de la poursuite pénale. Il appartient au magistrat
instructeur de donner au fait une qualification pénale après examen en fonction des prescriptions
légales.
La juridiction de jugement n’est pas non plus liée pour la qualification donnée par le Juge
d’Instruction, une ordonnance du juge d’instruction étant indicative et non limitative de
compétence. Le juge répressif a le droit d’examiner le fait matériel dénoncé d’en rechercher les
éléments constitutifs de l’infraction et de le requalifier.
32
Son appréciation est souveraine et échappe à la censure de la Cour de Cassation.
Il est de règle, arrêt du 24 novembre 194125, que le juge n’est lié par la qualification que les rapports
de police donnent aux faits dénoncés.
Dans un arrêt 20 octobre 194426, se lit : « Il ne s’ensuit que le tribunal saisi de la connaissance du
délit résultant des faits dénoncés, doive s’en tenir à la qualification que leur donne ou à
l’appréciation qu’en fait ou l’ordonnance de renvoi ou le Ministère Public ou la partie civile.
Il doit rechercher dans les fiats dénoncés, les éléments du délit qui, légalement, en résultent
indépendamment et même à l’encontre des qualifications et appréciations que peut renfermer ou
l’ordonnance de renvoi ou la citation. Il peut modifier la qualification du délit soumis à son
jugement à la condition de puiser les éléments de la qualification qu’il lui donne dans les faits de
la prévention primitive. »
Selon un arrêt du 25 mai 194527, ‘’La juridiction de jugement, sans avoir besoin de statuer sur des
faits nouveaux, peut modifier la qualification que leur a donnée l’ordonnance du juge
d’instruction’’.
25- Bulletin 1941-1942, pp 378 et suiv. in CIC mis à jour par Jean Vandal, p 16
26- Bulletin 1944-1945, pp 449 et suiv. in CIC mis à jour par Jean Vandal, p 102 et 103
27-Bulletin 1944-1945, pp 139 et suiv. in CIC mis à jour par Jean Vandal, p 68
33
Question IX
De la compétence matérielle du Tribunal Criminel siégeant avec l’assistance ou sans l’assistance
du Jury. Expliquez et illustrez avec l’arrêt de la Cour de Cassation sur le procès de Raboteau ?
- Les lois déterminant ou fixant la compétence des juridictions sont d’ordre public ; Nul n’a
le droit d’y déroger. Elles doivent être invoquer d’office et appliquées par le tribunal.
- Les lois pénales sont d’interprétation stricte.
- La règle ‘’non bis in idem’’ Nul ne peut être jugé deux fois pour un même fait.
- La loi du 20 juillet 1920 a restreint la compétence du Tribunal Criminel siégeant avec
l’assistance du Jury aux seules infractions prévues et punies par les articles 240, 241, 243,
244, 245, 247 et 249 du Code Pénal.
Cette restriction est maintenue par l’article 2 de la loi du 29 mars 1928 et l’article 2 de la loi du 20
juillet 1929.
L’article 2 de la loi du 29 mars 1928 est comme suit libellé : « A moins qu’il ne s’agisse des
infractions prévues et punies par les articles 240, 241, 242, 243, 244, 245, 247 et 249 du Code
Pénal, les tribunaux criminels jugeront sans l’assistance du Jury et observeront les formalités par
le présent code aux chapitres I, II, III et V de la loi No-4 à l’exception de celles qui sont relatives
au Jury.
L’article 3 de cette loi soustrait de la compétence du Tribunal Criminel siégeant avec l’assistance
du jury les crimes connexes et les infractions commises par le même individu et dont l’une est
qualifiée crime. Cet article s’énonce comme suit : « Dans le cas de connexité prévu en l’article 10
du Code d’Instruction Criminelle, aussi bien que dans le cas où les infractions auraient été
commises par le même individu, si l’une d’entre elles est qualifiée crime, le Juge d’Instruction,
statuant sur le tout par une seule décision, renverra la cause par-devant le Tribunal Criminel qui
jugera sans l’assistance du Jury. »
Est nul tout jugement rendu par une juridiction autre que celle prévue par la loi. (Cassation
haïtienne, arrêt du 26 juillet 1911).
L’incompétence matérielle est absolue, elle ne peut se couvrir. (Cassation, arrêt du 26 avril 1875).
Elle doit être soulevée d’office par le tribunal.
La loi du 20 juillet 1920, en son article 2, restreint la compétence du Tribunal Criminel siégeant
avec assistance du Jury à des cas déterminés et comprenant les infractions prévues et punies par
les articles 240, 241, 242, 243, 244, 247 et 249 du Code Pénal. (Cassation, arrêt du 4 février 1948).
34
En conséquence, si aux termes de l’article 337 du CIC, lorsque la Cour de Cassation annule un
jugement du tribunal criminel siégeant avec assistance du Jury, elle doit renvoyer la connaissance
de l’affaire devant un autre tribunal criminel siégeant avec un nouveau Jury dont ne fera partie
aucun des jurés de la composition précédente, il en est autrement lorsque la cassation a lieu pour
cause d’incompétence matérielle, la Cour doit annuler sans renvoi le jugement, car le tribunal de
renvoi sera également incompétent.
Contre ce jugement du Tribunal Criminel des Gonaïves siégeant avec l’assistance du Jury, les
condamnés ont exercé un pourvoi en Cassation. L’affaire fut entendue à l’audience du 21 avril
2005 de la 2e section de la Cour de Cassation. Et la Cour d’Office, à l’audience du mardi 3 mai
2005 par application de l’article 3 de la loi du 29 mars 1928 et les dispositions légales d’ordre
public et d’interprétation stricte régissant la compétence matérielle du Tribunal Criminel siégeant
sans assistance du Jury, a cassé et annulé sans renvoi ledit jugement du Tribunal Criminel des
Gonaïves siégeant avec assistance du Jury ; a ordonné, en conséquence, la libération immédiate
des condamnés s’ils ne sont pas retenus pour autre cause.
35
Jurisprudences
Selon un arrêt du 26 juillet 191128, ‘’Dans le cas où les demandeurs n’ont produit aucun moyen à
l’appui de leur pourvoi, la loi donne au tribunal de Cassation le droit d’examiner et de rechercher
d’office les griefs qui peuvent faire prononcer la nullité de tout jugement contraire à la loi.
Dans un autre arrêt du 24 novembre 194129 est écrit : « En matière pénale, les nullités étant d’ordre
public, peuvent être relevées d’office. »
Dans un arrêt du 10 décembre 186630 on lit : « En droit, en matière criminelle où tout est de rigueur,
l’incompétence des tribunaux est subversive de la loi et de l’ordre public. »
Un autre arrêt du 19 août 186631, a surenchéri en ces termes : « En matière criminelle, tout est de
droit étroit. L’incompétence des tribunaux tenant à l’ordre public, il est du devoir du Tribunal de
Cassation de réprimer la violation de ce principe par les tribunaux inférieurs. »
28- Bulletin 1911, p 40 et suiv, CIC mis à jour par Jean Vandal, p 312
29- Bulletin 1941-1942, pp 378 et suiv, CIC mis à jour par Jean Vandal, p 312
30-Art. 119, CIC, L. Pradines, in CIC mis à jour par Jean Vandal, p70
31- Art. 119, CIC, L. Pradines, in CIC mis à jour par Jean Vandal, p70
36
Question X
De l’incompétence ratione personae (personnelle) des juridictions répressives ordinaires.
Commentez ?
Cette incompétence résulte de l’immunité dont est couverte la personne prévenue, à raison de sa
qualité de grand fonctionnaire ou de membre d’un pouvoir de l’Etat. Il peut s’agir ou bien d’une
incompétence des organes répressifs ordinaires à poursuivre et à juger cette personne sans
l’autorisation du chef de l’Etat ou du corps auquel elle appartient, ou bien d’une incompétence de
ces organes à la poursuivre et à la juger parce qu’elle est justiciable d’une juridiction spéciale
(Haute Cour de justice, Conseil Supérieur de la Magistrature).
Aux termes de l’article 114, les membres du Corps Législatif sont inviolables du jour de leur
prestation de serment jusqu’à l’expiration de leur mandat, sous réserve des dispositions de l’article
115.
« Sera déchu de sa qualité de Député ou de Sénateur, tout Membre du Corps Législatif qui, pendant
la durée de son mandat, aura été frappé d’une condamnation prononcée par un Tribunal de Droit
Commun qui a acquis autorité de chose jugée, entraine l’inéligibilité », dispose l’article 113.
L’article 112-1 prévoit des sanctions disciplinaires à appliquer par chaque chambre à ses membres
par décision prise à la majorité des 2/3, sauf celle de radiation.
Cette constitution consacre à l’immunité des membres du pouvoir judiciaire et du pouvoir exécutif
ses articles 184-1 à 190.
L’article 184-1 prévoit des sanctions disciplinaires à prendre contre les Juges et les Officiers du
Ministère Public, à l’exception des Juges de la Cour de Cassation qui sont justiciables de la Haute
Cour de Justice pour forfaiture.
NB : La forfaiture s’entend de crimes commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions.
37
Aux termes de l’article 186, la chambre des Députés, à la majorité des deux tiers (2/3) de ses
membres, prononce la mise en accusation :
- Du Président de la République pour crime de Haute trahison ou de tout autre crime ou délit
commis dans l’exercice de ses fonctions ;
- Du Premier Ministre, des Ministres et des Secrétaires d’Etat pour crime de haute trahison
et de malversations, ou d’excès de Pouvoir ou tous autres crimes ou délits commis dans
l’exercice de leurs fonctions ;
- Des Membres du Conseil Electoral Permanent et ceux de la Cour Supérieure des Comptes
et du Contentieux Administratif pour fautes graves commises dans l’exercice de leurs
fonctions ;
- Des Juges et Officiers du Ministère Public près la Cour de Cassation pour forfaiture ;
- Du protecteur du citoyen.
Rappelons que, selon l’article 173-2 de cette Constitution, il ne peut être créé de Tribunal
Extraordinaire, sous quelque dénomination que ce soit.
2- Règles légales
Le Code Pénal, en son article 90, punit de la destitution tous officiers de la police judiciaire, tous
officiers du Ministère Public, tous juges qui auront provoqué, donné ou signé un jugement, une
ordonnance ou un mandat, tendant à la poursuite personnelle ou accusation, soit d’un grand
fonctionnaire sans l’autorisation du Chef de l’Etat, soit d’un membre du Corps Législatif contre
les dispositions de la Constitution, ou qui, hors les cas de flagrant délit ou de clameur publique,
auront sans ladite autorisation, ou contre lesdites dispositions, donné ou signé l’ordre ou le mandat
de saisir ou d’arrêter un ou plusieurs grands fonctionnaires ou membres du Corps Législatif.
Le Code d’Instruction Criminelle, en ses articles 378 à 391, reprenant les dispositions des lois du
12 juillet 1920 et du 28 mars 1928 sur les tribunaux criminels, trace la procédure contre les Juges
et les Officiers du Ministère Public pour crimes et délits par eux commis hors de leurs fonctions et
dans l’exercice de leurs fonctions.
Mentionnons aussi la loi du 12 mai 1920 attribuant au Tribunal de Cassation de la République le
rôle de Conseil Supérieur de la magistrature (Moniteur #39 du samedi 22 mai 1920), la loi du 12
janvier 1925 modifiant celle du 12 mai 1920 (Moniteur #5 du jeudi 15 janvier 1925), la loi du 28
juin 1926 modifiant celles du 12 mai 1920 et du 12 janvier 1925 (Moniteur #53 du lundi 5 juillet
1926).
3- Règles jurisprudentielles
Il ressort d’un arrêt de la Cour de Cassation haïtienne du 26 avril 1875 que l’incompétence
personnelle doit être soulevée par le prévenu au seuil du procès.
32- Art. 315, CIC, L. Pradines, in CIC mis à jour par Jean Vandal, note #3, p.311
38
Il suit de ce principe que le grand fonctionnaire ou un membre d’un pouvoir de l’Etat doit proposer
in limine litis à l’officier de police judiciaire devant lequel une plainte est déposée contre lui, au
juge répressif devant lequel il est appelé, sa qualité de personne couverte par une immunité et lui
contester le droit de l’interroger et d’ouvrir une enquête ou une instruction à son encontre, en
faisant signifier un déclinatoire de compétence à cet officier de police judiciaire ou à ce juge.
1- Au niveau du parquet
a) D’office
Le Ministère Public peut d’office classer sans suite la plainte contre un grand fonctionnaire ou un
membre d’un pouvoir de l’Etat en vertu de l’article 90 du Code Pénal, en sa qualité de juge
souverain de l’opportunité de la poursuite pénale, de son droit de classement sans suite et de sa
qualité de fonctionnaire chargé de la mise en œuvre de la politique criminelle du gouvernement.
a) D’office
En vertu des articles 184-1 à 190 de la Constitution de 1987, de l’article 90 du Code Pénal, de
l’article 10, 3e alinéa de la loi du 26 juillet 1979 sur l’appel pénal, le juge répressif doit statuer
d’office sur sa compétence et rendre un décision par laquelle il décline sa compétence à connaitre
d’une affaire contre un grand fonctionnaire sans une autorisation du chef de l’Etat, ou contre un
membre du Corps Législatif sans une autorisation de la chambre à laquelle il appartient contre un
membre d’un pouvoir ou d’une institution indépendante de l’Etat justiciable de la Haute Cour de
justice ou d’une juridiction spéciale.
39
b) Sur déclinatoire de compétence
En vertu des règles constitutionnelles, légales et jurisprudentielles suscitées, la personne prévenue
doit, in limine litis, affirmer à la juridiction répressive saisie de l’affaire sa qualité de grand
fonctionnaire, de membre d’un pouvoir d’une institution indépendante de l’Etat par un déclinatoire
de compétence à elle signifié, lui demander de surseoir ou de décliner sa compétence à instruire
contre elle, eu égard à son immunité.
S’il s’agit d’un juge, traduit devant une juridiction ordinaire ou devant le CSPJ, il doit dans le
même déclinatoire de compétence, soulever l’exception d’inconstitutionnalité de l’article 64 de la
loi portant statut de la magistrature, de l’article 19 du décret du 22 août 1995 sur l’organisation
judiciaire, des articles 1, 4, 22 à 35 de la loi créant le CSPJ au regard des articles 173, 184-1 à 190
de la Constitution de 1987, des articles 378 à 390 du Code d’Instruction Criminelle et des lois du
12 mai 1920, du 12 janvier 1925 et du 28 juin 1926 relatives au Conseil Supérieur de la
magistrature. Et, comme depuis 2006 il n’existe dans notre système judiciaire aucune instance
compétente pour connaitre d’une exception d’inconstitutionnalité, le procès sera clos.
Au mépris des prescriptions des articles 378 à 391 du Code d’Instruction Criminelle, des lois de
1920, 1925 et 1926, des articles 184-1 à 190 de la Constitution de 1987, du principe ‘’on n’est pas
juge de ses pairs’’, de la puissance de juger, attribut des seuls magistrats de siège et de la hiérarchie
judiciaire, les décrets lois et arrêtés de 1995, 2006, 2007 sont venus dépouiller, d’une part les
magistrats de l’ordre judiciaire de leur immunité juridictionnelle, rendant les juges justiciables des
tribunaux répressifs ordinaires, soumettant les officiers du Ministère Public à l’obligation
hiérarchique vis-à-vis du Ministre de la Justice qui peut, à son gré, prendre contre eux des sanctions
disciplinaires, mettant à sac le pouvoir judiciaire en le sapant dans son fondement même, la Cour
de Cassation à laquelle l’article 19 du décret du 22 août 1995 relatif à l’organisation judiciaire a
enlevé son immunité constitutionnelle (art. 184.1 de la Constitution de 1987, en déclarant ses
membres justiciables du Conseil Supérieur de la magistrature que cette Cour Suprême elle-même
constituait, que les décrets, arrêtés et lois de 2005, 2006 et 2007 ont dépouillée cette cour de ses
compétences de Conseil Supérieur de la magistrature, de Cour électorale en dernier ressort, de
Cour Constitutionnelle.
40
Question XI
Mécanismes juridico-judiciaires garantissant la liberté individuelle contre la détention
provisoire
1- Mécanismes juridiques
Ces mécanismes se trouvent se trouvent dans la Constitution de 1987, le Code d’Instruction
Criminelle, le Code Pénal et des lois particulières.
a) Principes constitutionnels
Les articles 24 à 27-1 sont consacrés à la liberté individuelle.
Aux termes de l’article 24-1, « Nul ne peut être poursuivi, arrêté, ou détenu que dans les cas
déterminés par la loi et selon les formes qu’elle prescrit ».
L’arrestation et la détention, sauf en cas de flagrant délit, n’auront lieu que sur mandat écrit d’un
fonctionnaire l’également compétent. (Art. 24-2).
L’article 26 interdit qu’une personne soit maintenue en détention quarante-huit heures après son
arrestation, si la détention n’est pas confirmée par un juge appelé à statuer sur la légalité de
l’arrestation.
Toutes violations des dispositions relatives à la liberté individuelle sont des actes arbitraires.
Les personnes lésées peuvent, sans autorisation préalable, se référer aux Tribunaux compétent pour
poursuivre les auteurs et les exécuteurs de ces actes arbitraires quelles que soient leurs qualités et à
quelques corps qu’ils appartiennent. (Art. 27).
Selon l’article 27-1, les fonctionnaires et employés de l’Etat sont directement responsables d’après
les lois pénales, civiles et administratives des actes accomplis en violation de droits, et dans ce cas,
la responsabilité civile s’étend aussi à l’Etat.
Le Juge d’Instruction après l’interrogatoire de l’inculpé, pourra, sur sa demande et sur les
conclusions du Ministère Public, lui donner la main levée du mandat de dépôt ou d’arrêt à charge
par l’inculpé de se présenter à tous les actes de la procédure et pour l’exécution du jugement,
aussitôt qu’il en sera requis, et ceci quel que soit la nature de l’inculpation. (Art. 80).
La main levée se distingue de la liberté provisoire par cela qu’elle peut être accordée pour quel
que soit le titre de l’inculpation, sans aucune obligation de caution ou de cautionnement, et n’est
sujette à aucun recours.
41
Les articles 95 à 108 fixent les conditions de la liberté provisoire.
La liberté provisoire peut être accordée au prévenu lorsque le titre de l’inculpation n’emporte pas
une peine afflictive ou infamante ou lorsqu’il ne s’agira pas d’une inculpation de vol ou
d’escroquerie.
Elle peut être accordée moyennant caution solvable et demandée en tout état de cause. Elle ne sera
jamais accordée aux vagabonds et aux repris de justice.
Les articles 115 à 117 traitent de la mise en liberté à la fin de l’instruction préparatoire.
Si, aux termes de l’article 115, le Juge d’Instruction est d’avis que le fait ne présente ni crime, ni
délit, ni contravention ou qu’il n’existe aucune charge contre l’inculpé, il déclarera qu’il n’y a pas
lieu à poursuivre et, si l’inculpé avait été arrêté, il sera mis en liberté.
En matière de délit, si le fait n’est pas de nature à entrainer la peine d’emprisonnement, le prévenu
sera mis en liberté, à charge par lui de se présenter à jour fixe, par-devant le Tribunal compétent.
(Art. 117).
Au tribunal criminel, la liberté provisoire, prescrit l’article 242, peut être accordée à l’accusé si
quelque évènement oblige le tribunal à renvoyer le procès à la prochaine session.
Les articles 442 à 452 fixent les conditions de la détention.
42
L’article 450 fait obligation à quiconque aura connaissance qu’un individu est détenu dans un lieu
de justice ou de prison, d’en donner avis au Juge de Paix, au Ministère Public ou au Juge
d’Instruction.
Ces Magistrats sont tenus, sous peine d’être poursuivis comme complices de détention arbitraire,
de s’y transporter aussitôt et de faire mettre en liberté la personne détenue, ou s’il est allégué
quelque cause légale de détention, de la faire conduire sur le champ devant le Magistrat compétent.
L’article 451 fait obligation aux Juges de Paix, aux officiers du Ministre Public, aux Juges
d’Instruction, d’office ou sur l’avis qu’ils auront reçu, de se transporter dans tout lieu non destiné à
servir de maison d’arrêt et de justice où un individu serait détenu, de le faire mettre en liberté si la
détention est jugée illégale ou de le faire conduire sur le champs devant le Magistrat compétent.
L’article 452 fait obligation à tout gardien de montrer au porteur de l’ordre des Magistrats ayant la
police des maisons d’arrêt, de justice ou des prisons, la personne du détenu, sur la réquisition qui
en sera faite, ou de montrer l’ordre qui lui défend, ou de faire au Juge de Paix l’exhibition de ces
registres ou de lui permettre de prendre telle copie qui croira nécessaire de partie de ses registres.
c) Du Code Pénal
Le Code Pénal traite des atteintes à la liberté en ses articles 85 à 91.
L’article 289 punit d’un emprisonnement d’un an à cinq ans au plus, ceux qui, sans ordre des
autorités constituées et lors les cas où la loi ordonne de saisir les prévenus, auront arrêté, détenu
ou séquestré des personnes quelconques, ceux qui auront prêté un lieu pour exécuter la détention
ou séquestration, et si celle-ci a duré plus d’un mois, la peine sera celle de la réclusion.
43
L’article 291 punit le coupable de travaux forcés à temps, si l’arrestation a été exécutée avec un
faux costume, sous un faux nom, ou sous un faux ordre de l’autorité publique.
Si l’individu arrêté, détenu ou séquestré, a été menacé de la mort, le coupable sera puni des travaux
forcés à perpétuité, s’il a été soumis à des tortures corporelles, le coupable sera puni des travaux
forcés à perpétuité.
La loi du 26 juillet 1979 sur l’appel pénal, elle aussi, a pour but d’éviter la détention provisoire
prolongée. Le Juge d’Instruction saisi d’une affaire à un délai de 2 mois pour mener l’instruction
et communiquer les pièces au Ministère Public qui doit conclure dans le délai de 5 jours.
Après la réception du réquisitoire définitif du Ministère Public, le Juge rendra son ordonnance de
clôture dans le délai d’un (1) mois.
Si le juge instructeur ne peut pas se conformer au délai imparti, il devra par une ordonnance
spéciale, en informer dans les vingt-quatre heures, le Doyen du tribunal de la juridiction à laquelle
relève son cabinet.
Le décret du 5 juin 1995 donne comme mission à la direction de l’APENA d’exécuter toutes les
réquisitions du Commissaire du Gouvernement près le tribunal civil relatives à la détention
préventive et à l’exécution des décisions judiciaires prononçant une peine privative de liberté, ou
ordonnant une détention préventive.
44
Si ces dispositions sont respectées et appliquées, le problème de la détention provisoire en Haïti
sera, en majeure partie, résolu.
Il faut intégrer dans notre législation des alternatives à la détention tant avant que pendant le
jugement. Ces alternatives sont : défense de s’absenter de son domicile, placement sous
surveillance électronique, défense de recevoir certaines personnes, se soumettre à un traitement,
défense d’exercer une activité professionnelle, amendes, travail correctif.
2- Mécanismes judiciaires
Ces mécanismes sont : la participation du parquet à l’instruction préparatoire, l’institution du juge
des libertés et de la détention provisoire, l’institution du juge de la mise en état du procès, la
procédure du témoin assisté, le plaider coupable, le fonctionnement régulier des juridictions
répressives, l’institution du tribunal correctionnel AD HOC et l’assistance juridictionnelle.
d) Le témoin assisté
Actuellement en France, il y a la procédure du témoin assisté. Par cette procédure, le juge n’inculpe
pas pendant l’instruction une personne visée par la plainte.
45
Cette personne reste en liberté à titre de témoin assisté. C’est dans l’ordonnance de clôture qu’elle
sera formellement inculpée.
e) Le "plaider coupable"
Le prévenu qui comparait a reconnu au préalable sa culpabilité. Cette procédure, dite « plaider
coupable », s’applique en France pour les délits punis d’amendes ou d’un emprisonnement ne
dépassant pas cinq ans. Le Ministère Public peut lui proposer une peine d’amende ne dépassant
pas le montant encouru, encore qu’il peut demander un délai pour le payer ou une peine
d’emprisonnement ne dépassant pas un an ni la moitié de l’emprisonnement encouru.
Ce système de plaider-coupable, surtout pratiqué aux Etats-Unis, permet au prévenu de négocier
une peine tout en évitant la détention préventive.
Le magistrat instructeur, saisi d’une affaire, doit mener l’instruction et rendre son ordonnance de
clôture dans les délais à lui impartis par l’article 7 de la loi du 26 juillet 1979 sur l’appel pénal.
Pour les crimes devant être jugés par le tribunal criminel siégeant sans assistance de Jury, il faut
au Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince trois chambres criminelles donnant cinq
audiences par semaine, et dans chacun des autres tribunaux de première comportera, au moins, une
chambre criminelle.
Enfin, pour les crimes devant être jugés par le tribunal criminel siégeant avec l’assistance du Jury,
il y aura, au Tribunal de Première de Port-au-Prince, une session criminelle tous les trois mois, et
une session criminelle, au moins, tous les six mois dans les autres Tribunaux de Première Instance.
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g) Le tribunal correctionnel ad hoc
De 2001 à 2003, avec la collaboration de USAID, un tribunal correctionnel ad hoc a été installé
dans la prison civile de Port-au-Prince. Ce tribunal qui fonctionnait les après-midi permettait de
résoudre très largement le problème de la détention provisoire prolongée dans cette prison.
Cette expérience, il faut la refaire, non seulement dans la prison civile de Port-au-Prince, mais
encore dans d’autres prisons du pays. Nous suggérons même l’institution d’un tribunal correction
AD HOC mobile.
h) Assistance juridictionnelle
Nos concitoyens, dans leur majorité, n’ont pas la possibilité de payer les services d’un défenseur
public pour assurer leur défense auprès des tribunaux. Il importe que l’Etat crée des bureaux
publics d’assistance judiciaire qui donneront des consultations juridiques aux démunis, les
assisteront devant les tribunaux.
Dans la juridiction de chaque tribunal civil, devra être établi, au moins, un bureau d’assistance
judiciaire.
Les défenseurs publics interviendront auprès des Juges d’Instruction et des officiers du parquet,
dans les cas de détention préventive, pour obtenir la mise en liberté provisoire du prévenu ou la
mainlevée du mandat d’écrou.
47
Question XII
Le Juge de Paix, agissant comme officier de Police Judiciaire, est un auxiliaire du
Commissaire du Gouvernement. Expliquez ?
1- Mission
La mission du Juge de Paix, en tant qu’officier de Police Judiciaire, est de rechercher dans
l’étendue de sa Commune, les crimes, délits et contraventions, de consigner dans les procès-
verbaux la nature et circonstances des contraventions, des délits et des crimes, le temps et le lieu
où ils ont été commis, les preuves et indices à la charge des prévenus.
Lorsqu’il s’agira d’un fait qui devrait être porté devant un tribunal, soit correctionnel, soit criminel,
il expédiera à l’officier du Ministère Public près ledit tribunal toutes les pièces et tous les
renseignements dans les trois jours, au plus tard, y compris celui où ils ont reconnu le fait sur
lequel ils ont procédé.
2- Mode de procéder
Dans le cas de délit flagrant, le Juge de Paix fait tous les actes de la compétence du Commissaire
du Gouvernement, dans les formes et suivant les règles établies au chapitre du Commissaire du
Gouvernement.
Il peut aussi être requis par le Commissaire du Gouvernement, aux termes des articles 17 et 41.
Comme il est prescrit aux articles 22 à 37 de la section du CIC traitant du mode de procéder du
Commissaire du Gouvernement, dans tous les cas de flagrant délit, le Juge de Paix se transporte,
si possible immédiatement sur les lieux, dresse des procès-verbaux à l’effet de constater le corps
du délit, l’état des lieux, de recueillir les déclarations et renseignements de toutes personnes,
parents, voisins, domestiques en mesure de donner des éclaircissements sur le fait, se saisit des
armes, papiers et autres pièces ou objets pouvant servir à la manifestation de la vérité ; interroge le
prévenu ; fera des perquisitions, des visites domiciliaires à l’effet de trouver des objets pouvant
servir à conviction ou à décharge.
Il appellera à son procès-verbal, les parents, voisins ou domestiques, présumé en état de donner
des éclaircissements sur le fait les déclarations reçues seront signées par les parties ou en cas de
refus, mention en sera faite.
Les objets saisis seront clos et cachetés, marqués de caractère d’écriture, sinon mis dans un vase
ou dans un sac avec attaché dessus une bande de papier dûment scellée, le tout en présence du
prévenu qui en signera le procès-verbal, paraphera les objets. Si le prévenu ne peut ou ne veut
signer ou parapher, mention y sera faite.
Il pourra se faire accompagner, au besoin, d’hommes de l’art tels médecins, chirurgiens, officiers
de santé, qui feront leur rapport sur la nature, les causes et les circonstances du crime.
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Les opérations terminées, le Juge de Paix, renverra sans délai, les dénonciations, procès-verbaux
et autres actes par lui faits au Commissaire du Gouvernement.
La loi du 6 mai 1927 fixant une procédure plus rapide dans le cas de flagrant délit relevant des
Tribunaux correctionnels, en son article 1er, fait injonction aux agents de la police urbaine ou rurale
de remettre immédiatement le prévenu avec un rapport indiquant la nature, les circonstances de
temps et de lieu du délit, ainsi que les noms des témoins, les preuves ou les indices qu’ils auront
pu recueillir, au Juge de Paix qui expédiera, sans retard, le prévenu au Commissaire du
Gouvernement qui l’interrogera, et s’il y a lieu, le traduira sur le champ à l’audience du tribunal.
Dans le cas de délit non flagrant, le Juge de Paix, en sa qualité d’officier de Police Judiciaire, reçoit
les informations et les renseignements sur les délits et crimes commis dans son ressort et hors de
son ressort si le prévenu y a sa résidence ou y est trouvé.
Il recevra les dénonciations des crimes ou délits commis dans les lieux où ils exercent leurs
fonctions habituelles.
Les dénonciations seront rédigées par les dénonciateurs ou par leurs fondés de procuration spéciale
ou par le Juge de Paix, s’il en est requis. Elles seront toujours signées par le Juge de Paix, à chaque
feuillet, et par les dénonciateurs ou par leurs fondés de pouvoir. Si les dénonciateurs ou les fondés
de pouvoir, ne savent ou ne veulent pas signer, il en sera fait mention. La procuration demeurera
toujours annexée à la dénonciation et le dénonciateur pourra se faire délivrer, mais à ses frais, une
copie de sa dénonciation.
Il demeure entendu, que la dénonciation seule ne constitue pas une présomption suffisante pour
décerner un mandat d’amener contre un individu ayant domicile.
Selon un arrêt de la Cour de Cassation en date du 5 novembre 1873, sur les plaintes et
dénonciations, le juge peut faire comparaitre devant lui toutes personnes indiquées ayant
connaissance des infractions ou de leurs circonstances, faire ou ordonner les actes de recherche.
Sur réquisition d’un chef de maison ou d’habitation le Juge de Paix dresse des procès-verbaux,
reçoit les déclarations des témoins, fait des visites, des perquisitions, se saisit des papiers, d’effets
et généralement de tous objets qui peuvent servir à la conviction ou à la décharge ; et contre toute
individu n’ayant pas de domicile, vagabond sans feu ni lieu, décerne des mandats d’amener.
Lorsqu’il s’agit d’une contravention, le Juge de Paix retient l’affaire qu’il juge en tant que Tribunal
de Simple Police.
Dans le cas de délit ou de crime, le Juge de Paix expédie au Commissaire du Gouvernement les
plaintes, dénonciations et toutes autres pièces et renseignements qu’il a pu recueillir.
Le dossier envoyé au Parquet comprend l’information préliminaire dont les éléments sont :
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La date des jour, mois, an et heure de l’ouverture, les noms du Juge de Paix et du greffier, la
mention ‘’Officier de Police Judiciaire, auxiliaire du Commissaire du Gouvernement près le
Tribunal civil de la juridiction compétente’’, le document en vertu duquel le Juge de Paix a
procédé, les faits reprochés au prévenu, l’interrogatoire des parties et éventuellement des témoins,
les noms de l’avocat ou du témoin ayant assisté le prévenu et la clôture.
3- Compétence territoriale
La compétence territoriale du Juge de Paix, définie par la loi du 26 février 1924, est élargie par le
décret-loi du 19 mai 1937ajoutant à l’article 11 du CIC, l’alinéa suivant : « Dans les Communes
où il existe plus d’une justice de paix, lorsqu’il s’agit d’une infraction ou d’un accident survenu
dans la zone juridictionnelle d’une section, les Juges de Paix, titulaires ou suppléants, d’une ou des
autres sections de la Commune, pourront soit par réquisition, soit d’office, instrumenter dans les
formes établies par la loi. Et le magistrat, procédant dans ces conditions, poursuivra, valablement
ses opérations même s’il se présentait le Juge de Paix du lieu de l’infraction.
Ainsi les Juges de Paix et les suppléants peuvent dans l’étendue de leur Commune, faire tous les
actes d’officier de Police Judiciaire.
Le décret du 22 août 1995 sur l’organisation judiciaire est venu élargir davantage cette compétence
en son article 83, 2ème alinéa portant : « Dans le cas d’empêchement simultané d’un Juge de Paix
et de son suppléant par maladie, déplacement ou autre, l’un des Juges de Paix de la juridiction la
plus reprochée sera chargé immédiatement et provisoirement par le Parquet compétent de
l’administration du tribunal infirmé ».
Jurisprudences
Aux termes d’un arrêt du 3 août 186333, ‘’Lors même que le procès-verbal dressé par le Juge de
Paix contenant la déposition des témoins, n’est signé ni par les déposants, ni par le Juge de Paix,
ni par le greffier, cette irrégularité ne vicie point le jugement définitif rendu sur une instruction
orale, puisqu’aux termes de l’article 274 du Code d’Instruction Criminelle, le doyen du tribunal
criminel ne peut remettre aux jurés que les déclarations écrites des témoins’’.
Dans un autre arrêt du 3 août 184334, est écrit : « La loi n’attache pas la peine de nullité à l’omission
de la signature du Juge de Paix sur tous les feuillets de procès-verbaux que dresse ce magistrat.
S’il est vrai que cette formalité a pour objet d’assurer l’authenticité de ces procès-verbaux et
empêcher que rien ne puisse y être ajouté après coup, on ne peut une nullité lorsque ces procès-
verbaux signés aux dernières pages, n’ont été l’objet d’aucune discussion durant les débats et que
l’ordonnance de la chambre du Conseil a acquis l’autorité de la chose jugée.
33-Note sous l’art. 11, CIC, L. Pradines, CIC mis à jour par Jean Vandal, p17
34-Art. 39, CIC, L. Pradines, CIC mis à jour par Jean Vandal, p 30
50
Selon un arrêt du 20 septembre 188835, ‘’Le Juge de Paix, comme officier de police judiciaire, n’a
pas le pouvoir d’agir comme juge conciliateur’’.
Il ressort de cet arrêt que le Juge de Paix, en sa qualité d’officier de police judiciaire, auxiliaire du
Ministère Public, et sans droit pour se donner des attributions que la loi ne lui reconnait pas
s’autorisant à faire transiger les parties.
Enfin, un arrêt du 24 avril 186036, précise : « En droit, la dénonciation seule ne constitue pas une
présomption suffisante pour décerner un mandat contre une personne ayant domicile. Comme
officier auxiliaire du Ministère Public, le Juge de Paix est astreint à suivre dans ses fonctions, les
règles tracées par le législateur. Hors le cas de flagrant délit, le Juge de Paix qui fait éprouver une
détention illégale à une personne domiciliée sur une simple plainte, commet un acte arbitraire
attentatoire à la liberté. »
35- Art. 12, CIC, L. Pradines, CIC mis à jour par Jean Vandal, p 18
36-Art. 41, CIC, L. Pradines, in CIC mis à jour par Jean Vandal, p 31
51
Question XIII
Le Commissaire du Gouvernement est le chef de la Police Judiciaire au niveau de la
juridiction du Tribunal de Première Instance où il exerce ses fonctions. Expliquez ?
1- Rôle de chef de la police judiciaire du Ministère Public
Le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal de Première Instance est le chef de la Police
Judiciaire au niveau du ressort de ce tribunal, selon les articles 9, 13 à 20, 40, 41, 88 et 198 du
Code d’Instruction Criminelle.
Aux termes de l’article 9, la Police Judiciaire est exercée par le Ministère Public, les Juges
d’instruction, les Juges de Paix, les agents de la Police rurale et urbaine et les agents de la Police
Sociale de l’IBSR.
L’article 13 le charge, au niveau de sa juridiction, de la recherche et de la poursuite de tous les
délits et crimes dont la connaissance appartient aux Tribunaux Civils jugeant au Correctionnel ou
au Criminel.
L’article 19 fait obligation à toute autorité constituée, tout fonctionnaire ou officier public, qui,
dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit, d’en donner
avis sur le champ au Commissaire du Gouvernement dans le ressort duquel ce crime ou ce délit a
été commis, ou dans lequel le prévenu pourrait être trouvé, et de transmettre à ce magistrat, tous
les renseignements, procès-verbaux et actes y relatifs.
L’article 20 exige que toute personne témoin d’un attentat, soit contre la sureté publique, soit
contre la vie ou la propriété d’un individu, en donne avis au Commissaire du Gouvernement, soit
du lieu du crime ou du délit, soit du lieu où le prévenu pourra être trouvé.
Comme le prescrit l’article 40, dans les cas de concurrence entre le Commissaire du Gouvernement
et les Juges de Paix et agents de police, le Commissaire du Gouvernement fait les actes attribués à
la Police Judiciaire, ou autorise l’officier qui a commencé la procédure à la poursuivre.
Selon l’article 41, le Commissaire du Gouvernement, exerçant ses missions dans les cas des
articles 22 et 36, s’il le juge utile, chargera un officier ou agent de la Police auxiliaire d’une partie
des actes de sa compétence.
L’article 88 fait obligation à tout dépositaire de la force publique, et à toute personne, de saisir le
prévenu surpris en flagrant délit ou poursuivi soit par la clameur publique, soit dans les cas
assimilés au flagrant délit, de le conduire devant le Juge de Paix, devant le Commissaire du
Gouvernement ou le Juge d’instruction, sans qu’il soit besoin de mandat d’amener.
L’article 198 soumet à la surveillance du Commissaire du Gouvernement tous les Officiers de la
Police Judiciaire, excepté les Juges d’instruction, tous ceux qui sont, d’après l’article 9 de ce Code
52
à raison de leurs fonctions, même administratives, sont appelés par la loi à faire quelques actes de
la Police Judiciaire, et, sous ce rapport seulement.
Dans le cas de flagrant délit, s’il s’agit d’un crime, l’article 22 fait obligation au Commissaire du
Gouvernement de se transporter, si possible, immédiatement sur les lieux, de dresser les procès-
verbaux à l’effet de constater le corps du délit, l’état des lieux, de recueillir les déclarations et
renseignements de toutes personnes, parents, voisins, domestiques en mesure de donner des
éclaircissements sur le fait ; de se saisir des armes, papiers et autres pièces ou objet pouvant servirà
la manifestation de la vérité ; d’interroger le prévenu ; de faire des perquisitions, des visites
domiciliaires à l’effet de trouver des objets pouvant servir à conviction ou à décharge.
Il peut, selon les articles 33 et 34, se faire se faire accompagner d’hommes de l’art, (médecins,
chirurgiens, officiers de santé, médecins légistes ou tout autre expert jugé utile)qui feront leurs
rapports sur la nature, les causes et circonstances du crime.
Il peut, comme le prescrit l’article 24, interdire à toute personne trouvée sur le lieu le quitter avant
la clôture de son procès-verbal, faire arrêter tout contrevenant qui sera condamné par le Juge
d’instruction à une peine de dix (10) jours d’emprisonnement et de vingt (20) gourdes d’amendes
au plus.
Aux termes du 7ème alinéa de l’article 86 du Code de Procédure Civile, il peut faire apposer des
scellés, décerner des mandats de dépôt contre les prévenus présents interrogés à l’égard desquels
existeraient des indices graves ; et contre les prévenus non retrouvés sur les lieux, il décerne un
mandat d’amener à l’effet de les faire comparaitre.
Comme le prescrit l’article 46, le Juge d’instruction, dans les cas de flagrant délit, peut faire
directement et par lui-même tous les actes de la compétence du Commissaire du Gouvernement.
En sa qualité d’OPJ, le Juge d’instruction n’est donc pas un auxiliaire du Commissaire du
Gouvernement, mais est tenu, selon l’article 48 de lui transmettre, sans délai, tous les actes et
pièces à conviction et d’attendre avant d’ouvrir l’instruction de l’affaire, en tant que juridiction
d’instruction, l’article 48, le réquisitoire du Parquet en vertu du principe de la séparation du droit
de poursuivre et du droit d’informer.
53
Sa mission est de rechercher dans toute l’étendue de sa commune, les crimes, les délits et les
contraventions ; de consigner dans les procès-verbaux qu’il rédige la nature et les circonstances
des contraventions, des délits et crimes, le temps et le lieu où ils ont été commis, les preuves et les
indices à la charge de ceux qui en sont prévenus, et de transférer les pièces et les renseignements
dans trois (3) jours, au plus tard, à l’Office du Ministère Public.
Il est de règle que, arrêt du 6 mars 187237 ‘’ Loin d’avoir porté atteinte à la liberté individuelle, le
Juge de Paix a agi dans le cercle de ses attributions, en faisant, comme officier de police judiciaire,
emprisonner un individu qui lui avait été dénoncé comme complice d’un vol et après avoir recueilli
les indices de la prévention, ce magistrat s’est conformé à la loi en dénonçant le fait au Ministère
Public’’.
Les Juges de Paix et leurs suppléants peuvent aussi être requis par le Commissaire du
Gouvernement, selon les prescriptions des articles 17 et 41 du CIC.
Ainsi, un Juge de Paix, arrêt du 22 février 184138, requis par le Commissaire du Gouvernement
d’aller constater un bris de scellés qui a décerné contre le prévenu un mandat de dépôt et a transmis
ses actes aux Commissaires du Gouvernement ne commet pas un acte arbitraire.
Suivant les dispositions de l’article 8 et 9 du Code d’Instruction Criminelle, l’agent de police devra
conserver tous les indices retrouvés sur place. Il joue un rôle prépondérant dans l’accomplissement
du travail de l’OPJ ayant reçu délégation de la part du Commissaire du Gouvernement pour
accomplir certains actes de sa compétence.
Il n’est pas autoriser, sous aucun prétexte que ce soit, de perquisitionner le domicile du prévenu si
le crime est commis à l’intérieur d’un bâtiment.
37- Art. 380, CIC, L. Pradines, in CIC mis à jour par Jean Vandal, pp 360
38-Art. 30, CIC, L. Pradines, in CIC mis à jour par Jean Vandal.
54
Il revient aux OPJ et notamment, ceux définis par l’article 9 de la loi créant la force de Police
Nationale, munis d’un mandat de perquisition et par délégation du Commissaire du Gouvernement
d’accomplir une partie des actes de sa compétence.
Le Commissaire du Gouvernement doit veiller à ce que chaque prévenu obtienne, à cette phase,
un avocat ou un témoin de son choix. Le prévenu peut demander la présence de son avocat
personnel. S’il n’en a pas un, le Commissaire du Gouvernement demandera au Doyen du Tribunal
de Première Instance, ou bien au Bâtonnier de lui désigner un conseiller.
Si le délai de flagrant délit est périmé, l’OPJ devra requérir du Juge d’Instruction l’émission d’un
mandat pour l’arrestation de tous autres suspects.
L’OPJ achemine alors le dossier (toutes preuves et tous documents relatifs à l’affaire) au
Commissaire du Gouvernement où l’infraction a eu lieu. Figureront au dossier :
- Le rapport de police ;
- Le procès-verbal de constat ;
- Le procès-verbal d’information ;
- Tous les rapports d’experts.
S’agissant d’enquête relative au trafic illicite de la drogue, l’OPJ peut réquisitionner sur les lieux
un expert désigné par le Ministère de la Santé Publique, pour recueillir un spécimen de la drogue
pour des tests au laboratoire. Il acheminera au Commissaire du Gouvernement :
55
- Le rapport de police ;
- Les procès-verbaux ;
- Les déclarations des témoins ;
- Le rapport de laboratoire ;
- Le spécimen de drogue utilisé pour le test de laboratoire.
Jurisprudences
Un arrêt du 5 novembre 187339, porte : « Il est du devoir des fonctionnaires chargés de la recherche
et de la poursuite des contraventions délits et crimes de consigner dans les procès-verbaux qu’ils
rédigent la nature et les circonstances des contraventions, délits et crimes le temps et le lieu où ils
auront été commis les preuves et indices à la charge de ceux qui en sont présumés coupables. Ils
sont tenus de faire comparaitre devant eux et dans les formes voulues par la loi toutes les personnes
qui auront été indiquées par la plainte dénonciation ou autrement, comme ayant connaissance soit
du crime ou du délit, soit de ses circonstances. »
Selon un arrêt du 19 août 186240, ‘’ Les formes tracées par l’article 21 du CIC ne sont
substantielles ; elles ne sont qu’accessoires à la dénonciation et non ses éléments constitutifs’’.
Dans un arrêt du 2 février 194541, se lit : « Le constat dressé par un des agents que la loi a investis
du droit de verbaliser, suffit pour établir des infractions qu’il relate, sauf inscription en faux et
preuve contraire ». La foi qui y ait attachée se limite aux faits matériels. Dès qu’ils sont eux-mêmes
vérifiés et relevés et qui constituent les éléments du délit.
D’après un arrêt du 24 novembre 194142, ‘’Les procès-verbaux et rapports ne sont pas assujettis à
des règles irritantes. Leur absence ni leurs irrégularités substantielles ne peuvent créer d’obstaclesà
la poursuite, le juge devant se conformer pour la preuve aux principes généraux de droit, et l’aveudu
prévenu suffire à former sa conviction’’.
39- Art. 25 CIC, L. Pradines, in CIC mis à jour par Jean Vandal, p 24
40- Art. 21 du CIC, L. Pradines, in CIC mis à jour par Jean Vandal, p 23
41- Bulletin 1944-1945, pp 441 et suiv, in CIC mis à jour par Jean Vandal, p 114
42-Bulletin 1941-1942, pp 378 et suiv, in CIC mis à jour par Jean Vandal, p 18
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Question XIV
La demande en renvoi ou en dessaisissement d’un tribunal dans le droit pénal haïtien
Il n’est pas prévu dans notre droit pénal la récusation d’un magistrat ou d’un tribunal, mais plutôt
la demande de renvoi d’une affaire d’une juridiction répressive à une autre ou mieux le
dessaisissement d’un tribunal répressif, d’une part pour règlement de juges, d’autre part pour cause
de sureté publique et de suspicion légitime.
L’arrêt définitif rendu sur le conflit, prescrit l’article 425, ne pourra pas être attaqué en opposition,
s’il a été précédé d’un arrêt de ‘’Soit communiqué’ dûment exécuté.
Aux termes de l’article 422, le prévenu ou l’accusé non en état d’arrestation et la partie civile qui
n’auront élu domicile au lieu où siège l’un des tribunaux en conflit, n’auront le bénéfice de
l’opposition ni de la notification des arrêts, prévues aux articles 418 et 419.
43- Articles 412 à 426 du CIC mis à jour par Jean Vandal.
44- Le tribunal de cassation s’appelle Cour de Cassation depuis la loi du 5 septembre 1951
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Jurisprudences
Selon un arrêt du 18 juin 196045, ‘’Si, aux termes de l’article 414 du CIC, la demande en renvoi
doit être instruite et jugée sommairement et sur simples mémoires, il s’ensuit que, lorsque cette
demande n’est pas déférée de suite à la Cour de Cassation, la partie adverse a la faculté de sommer
le demandeur d’avoir à s’y soumettre, et demander dans le cas où il n’obtempère pas, le rejet de la
demande présentée sans doute dans l’intention de paralyser l’action de la justice’’.
Aux termes d’un arrêt du 27 mai 187846, ‘’Le règlement de juges n’a lieu que lorsque des tribunaux
ou Juge d’Instruction ne ressortissant pas les uns aux autres, sont saisis de la connaissance du
même délit ou de délits connexes’’.
Dans un arrêt du 30 novembre 184047, se lit : « Il y aurait évidemment contrariété dans les décisions
d’où résulterait un conflit négatif, si le tribunal de police de ressort autre que celui du tribunal
correctionnel, au lieu d’obtempérer à la réquisition du Ministère Public tendant à surseoir jusqu’à
l’avis du grand juge, s’était au contraire déclaré incompétent par un jugement. »
Il est de règle, (arrêt du 5 mai 187548), ‘’Qu’un tribunal ne peut reculer devant la compétence
spéciale que lui a donnée l’arrêt qui dessaisissait une juridiction de la connaissance d’une affaire
pour en saisir un autre. Il est évident qu’il y avait une compétence attributive de juridiction et non
indicative, et, en se déclinant, ce tribunal a méconnu l’autorité de l’arrêt et commis un excès de
pouvoir’’.
Il ressort d’un arrêt du 7 mai 184949, que ‘’Lorsqu’il s’agit d’une demande en renvoi la Cour de
Cassation à l’alternative, d’après la loi qui régit la matière, de statuer définitivement sur le vu de
la requête et des pièces produites, ou d’ordonner que le tout soit communiqué’’.
a) Dispositions légales
Le Code d’Instruction Criminelle traite en ses articles 429 à 439, de la demande en renvoi pour
cause de sureté publique et de suspicion légitime.
58
Les Commissaires du Gouvernement et leurs substituts prescrit l’article 431, peuvent se pourvoir
directement devant la Cour de Cassation, pour demander le renvoi pour cause de suspicion
légitime, mais lorsqu’il s’agit d’une demande en renvoi pour cause de sûreté publique, ils sont
tenus d’adresser leur réclamation, les motifs et pièces à l’appui, au ministre de la justice qui les
transmettra, s’il y a lieu, à la Cour de Cassation.
Sur la demande des parties civile et prévenue le renvoi peut aussi être ordonné seulement pour
cause de suspicion légitime, et leur requête doit être adressée directement à la Cour de Cassation.
(Art. 430).
Une partie, ayant procédé volontairement devant un tribunal ou un Juge d’Instruction, n’est
recevable à demander le renvoi qu’à raison des circonstances survenues après son action, et de
nature à faire naitre une suspicion légitime. (Art. 431).
Lorsque, sur le renvoi demandé par le prévenu, l’accusé ou la partie civile, la Cour de Cassation
ne juge, à propos, ni d’accueillir ni de rejeter cette demande sur le champ, elle en ordonnera la
communication à l’officier du Ministère Public près le tribunal, ou au Juge d’Instruction saisi de
la connaissance du délit et enjoindra à cet officier de transmettre les pièces, avec son avis motivé,
sur la demande en renvoi. Elle peut aussi ordonner la communication à l’autre partie. (Art. 433).
Il est donc donné trois possibilités à la Cour de Cassation qui peut, soit statuer définitivement, soit
ordonner la communication de la requête et des pièces au Ministère Public ou aux parties ou
prononcer telle autre disposition préparatoire jugée nécessaire.
Si la demande en renvoi est formée par le Ministère Public, et que la Cour de Cassation n’y statue
pas définitivement, elle peut ordonner la communication aux parties, ou prononcer telle autre
mesure préparatoire qu’elle juge nécessaire. (Art.434).
Dans le cas où la Cour de Cassation statue définitivement sur le vu de la requête et des pièces,
exige l’article 435, l’arrêt sera, à la diligence du Ministère Public près cette Cour et par
l’intermédiaire du ministre de la justice, notifié soit au Parquet près le tribunal ou au Juge
d’Instruction dessaisi, soit à la partie civile, au prévenu ou à l’accusé en personne ou à domicile
élu.
Aux termes de l’article 436, l’opposition de cet arrêt ne sera reçue que si elle est formée dans le
délai de trois jours et dans les formes prescrites par le chapitre II de la loi No-5 pour le recours en
Cassation.
Et l’opposition reçue, selon l’article 437, emportera de plein droit sursis au jugement du procès,
comme il en est pour le règlement de juges.
59
Il reste entendu, comme il est dit aux articles 422 et 425 pour le règlement de juges, que le prévenu
non en état d’arrestation et l’accusé non retenu dans la maison de justice et la partie civile ne seront
pas reçus dans leur opposition, s’ils n’ont préalablement dans le délai prévu à l’article 418, élu
domicile dans le lieu où siège l’une des autorités judiciaires en conflit ; qu’une partie ne sera pas
reçue dans son opposition contre un arrêt précédé d’un arrêt de ‘’Soit communiqué’’ dûment
exécuté.
L’arrêt rejetant une demande en renvoi, n’exclut pas une nouvelle demande en renvoi, fondée sur
les faits survenus après son prononcé. (Art.439).
b) Jurisprudences
Selon un arrêt du 25 juin 190050, le rejet d’une première demande en renvoi n’empêche point une
seconde établie sur des causes nouvelles et justes.
D’après un arrêt en date du 24 décembre 185151, non seulement la loi ne fixe aucun délai pour le
dépôt des requêtes tendant à dessaisir une Cour inférieure d’un procès, mais encore rien ne
s’oppose à ce qu’une partie prenne l’initiative pour demander le rejet d’une demande en suspicion
légitime élevée par son adversaire, contre la Cour qui doit connaitre du procès.
Pour dépouiller une juridiction du droit de connaitre d’une contestation qui lui est attribué par la
loi, dit un arrêt du 16 novembre 1863, il ne suffit pas de s’arrêter à une simple déclaration, le
demandeur doit préciser la cause qui donne lieu à sa demande, afin que les magistrats soient mis à
même de s’expliquer sur les faits et circonstances qui sont allégués contre eux.
Selon un arrêt du 9 novembre 195452, si au civil et en matière de récusation individuelle, l’affaire
en raison de laquelle le Juge est récusé, peut et doit être jugée par le même tribunal, il n’en est pas
de même en matière de simple police, l’affaire devant être, dans ce dernier cas, portée à un autre
tribunal de même qualité comme l’exige impérativement l’article 429 du Code d’Instruction
Criminelle. Il en résulte que juridiquement, il n’existe pas de récusation individuelle d’un juge de
simple police et son dessaisissement ne peut et doit être obtenu que sur une demande qui rentre
dans les attributions exclusives de la Cour de Cassation.
Il est de règle que la notification d’un arrêt de ‘’Soit communiqué’’ de la Cour de Cassation sur
une demande en renvoi, emporte de plein droit sursis au jugement du procès : que c’est la
connaissance réelle qu’ont les juges de la demande en suspicion légitime qui les oblige à surseoir.
De là, il résulte que, même si aucune disposition législative ne prescrit l’obligation au greffier d’un
tribunal qu’on veut dessaisir, de recevoir une déclaration qui est de nature à atteindre le même but
60
que l’arrêt sus-énoncé, il est incontestable que la probité qui caractérise les magistrats, exige qu’ils
s’abstiennent de juger jusqu’à décision de la Cour régulatrice. (Arrêt du 18 juin 186053).
Dans un arrêt du 7 mai 184954, est écrit : « Lorsqu’il s’agit d’une demande en renvoi, le Tribunal
de Cassation a l’alternative de statuer définitivement sur le vu de la requête et des pièces produites,
ou d’ordonner que le tout soit communiqué. »
Selon un arrêt du 4 décembre 187255, ‘’La loi, tout en voulant réprimer les actes répréhensibles
des citoyens, veut et entend qu’ils soient entourés de toutes les garanties nécessaires pour faire
ressortir leur innocence. C’est ainsi qu’elle permet aux accusés de choisir eux-mêmes leurs juges,
en leur permettant de soulever une suspicion légitime contre les juges que la loi leur assigne, s’ils
suspectent moindrement leur impartialité’’.
D’après un arrêt du 11 avril 187256, ‘’Le tribunal de cassation doit, lorsque la suspicion légitime
est bien établie, ne pas hésiter à faire droit à la demande, sans aucune considération que celle de
voir triompher les principes d’une exacte justice’’.
Dans un arrêt du 22 octobre 186057, se lit : « Le but du demandeur en suspicion de légitime est de
paralyser l’action de la justice, si par acte reçu au greffe du tribunal civil, il a déclaré, former une
suspicion légitime contre le juge d’instruction et le tribunal, et que, malgré la sommation à lui faite
de produire, il n’a point déféré sa demande au tribunal de cassation. »
Selon un arrêt du 19 juillet 195958, ‘’Celui qui, depuis dix mois, a déclaré soulever une suspicion
légitime contre un tribunal civil sans y donner suite, n’a eu pour bu que d’entraver la marche de la
justice. Sa déclaration doit donc être déclarée nulle et de nul effet’’.
Il ressort des termes et de l’esprit des arrêts du 18 juin 1860, du 22 octobre 1860 et du 19 juillet
1859 que comme la notification de l’arrêt de ‘’Soit communiqué’’ de la Cour de Cassation, la
signification de la requête adressée à cette Cour par la partie intéressée et la déclaration au greffe
du Tribunal à dessaisir de la demande en renvoi ont le même effet, celui de porter à la connaissance
dudit tribunal son dessaisissement, que donc, ce tribunal se doit de surseoir à la connaissance de
l’affaire jusqu’à la décision de la Cour de Cassation, sauf à l’autre partie de sommer le demandeur
en renvoi à déposer la requête contenant ses griefs au greffe de la Cour de Cassation, qui si après
un certain temps il ne l’a pas fait déclarera nulle et de nul effet sa demande.
La dame Anita Senise Laforest, dans l’affaire l’opposant au notaire GASPARD KENOLD, a
introduit devant la Cour de Cassation de la République, une action en dessaisissement ou en renvoi
devant une autre juridiction contre la juridiction du tribunal civil de Saint-Marc.
53- No-1 CIC, L. Pradines, in CIC, Jean Vandal, p 388
54- Art. 332, CIC, L. Pradines, in CIC mis à jour par Jean Vandal, art. 430, p 412
55-Art. 429, CIC, L. Pradines, in CIC mis à jour par Jean Vandal, art. 427, p 403
56-Art. 429, CIC, L. Pradines, in CIC mis à jour par Jean Vandal, art. 427, p 402
57-Art. 429, CIC, L. Pradines, in CIC mis à jour par Jean Vandal, p 395
58- Art. 429, CIC, L. Pradines, in CIC mis à jour par Jean Vandal, p 395
61
Sur cette demande, le 27 octobre 1983, la Cour de Cassation a rendu un arrêt par lequel elle a fait
droit à la demande en dessaisissement de la juridiction du tribunal civil de Saint-Marc, a renvoyé
la cause et les parties par-devant la juridiction du tribunal civil de Port-au-Prince dont le doyen
désignera l’un des Juges d’Instruction de cette juridiction pour l’instruction de la plainte contre le
notaire Gaspard Kénold.
Sur une demande en renvoi produite par le sieur André Charrier, partie prévenue, pour cause de
suspicion légitime contre la juridiction correctionnelle du tribunal civil de Petit-Goâve à l’occasion
d’une action pendante sur citation en date du 5 novembre 1988 entre le Commissaire du
Gouvernement près le ressort du tribunal civil de Petit-Goâve, partie principale, et le sieur Fritz
Décossa, partie civile, la Cour de Cassation a rendu le 27 juillet 1989 un arrêt déclarant qu’il y a
lieu d’accueillir les faits de la demande en renvoi pour cause de suspicion légitime contre le
tribunal civil de Petit-Goâve jugeant en ses attributions correctionnelles, qui est et demeure
dessaisi de la connaissance du délit imputé au demandeur, et a renvoyé cette affaire au tribunal
civil de Port-au-Prince compétent à en connaitre.
Sur une demande du sieur Yvon Neptune en dessaisissement de la juridiction du tribunal de
première instance de Saint-Marc pour cause de suspicion légitime, la Cour de Cassation a rendu le
lundi 7 janvier 2005, un arrêt déclarant irrecevable la demande en dessaisissement.
Sur la demande en renvoi produite par le sieur Michael LUCIUS, commissaire divisionnaire,
directeur central de la police judiciaire, la Cour de Cassation a rendu le mercredi 18 octobre 2006,
un arrêt déclarant irrecevable quant à présent ladite demande en renvoi.
62
Question XV
La justice pénale supranationale et l’entraide judiciaire internationale
Dans le cadre de cette question sont étudiés respectivement les tribunaux pénaux spéciaux
internationaux ou Ad-Hoc, la Cour Pénale Internationale et l’entraide judiciaire internationale.
Au cours de l’année 1993-1994, des propositions ont été faites pour établir de nouveaux tribunaux
ad-hoc qui jugeraient les criminels de guerre en TCHETCHENIE, au BURUNDI ou au ZAIRE
redevenu Congo. On aurait même envisagé récemment de traduire POLPOT, responsable du
génocide Cambodgien, devant un tel tribunal.
Pour certains, la création de tribunaux pénaux internationaux ad-hoc masquerait la politique des
grandes puissances marquée du sceau de la sélectivité, et constituerait un alibi pour envoyer aux
calendes grecques l’instauration d’une juridiction pénale internationale permanente.
Suite aux dramatiques événements qui ont suivi la disparition de l’ancienne Yougoslavie, la
communauté internationale alertée par les rapports de M. MAZOWIECKI, a accepté la création
du tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, institué par les résolutions 808 et 827 du
conseil de sécurité des Nations Unies adoptées le 22 février et le 25 mai 1993.
Un deuxième tribunal a été créé par la résolution 955 du conseil de sécurité le 8 novembre 1994
pour juger les violations du droit international humanitaire commises au Rwanda.
La rapidité du processus de création de ces tribunaux ad-hoc n’a pas permis d’éliminer certaines
ambiguïtés fondamentales dans leur statut. Ces ambiguïtés concernent essentiellement la finalité
même de l’institution de telles juridictions et l’inspiration générale du système juridique qu’elles
appliqueraient (Common-Law ou Civil Law).
Le statut du tribunal pénal pour le Rwanda a été préparé par le service juridique des Nations Unies
et par des juristes formés au droit Anglo-Saxon ; il est donc fortement inspiré par la Common-Law
qui avait déjà été appliqué à Nuremberg. Ce tribunal pénal est composé du Cabinet du président
comprenant deux juges dont un joue le rôle de président et l’autre celui de vice-président. Les
chambres du tribunal sont composées de 16 juges, dont trois juges siègent dans chacune des trois
chambres de première instance et les sept autres à la chambre d’appel.
Le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a une constitution presque similaire. Les
trois chambres de première instance et la chambre d’appel, sont composées de 14 juges
indépendants, ressortissants d’Etats différents. Chaque chambre de première instance est
composée de trois juges et la chambre d’appel composée de cinq juges.
63
Dans les systèmes de droit comme la Common-Law ou dans le droit romano-germanique, la
procédure est la même et tend vers une saine et impartiale justice.
Les décisions du tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, ont été amplement
commentées et critiquées par les medias et aussi par les juristes.
Cette jurisprudence qu’on ne peut plus ignorer en raison de son apport considérable au droit
international et au droit humanitaire, méritait d’être encore davantage diffusée, connue et étudiée
notamment dans les universités. Elle traduit la volonté d’efficacité des juridictions créées en 1993
et 1994. Elle se révèle sur bien des points, constructive et susceptible de constituer un modèle pour
une future cour criminelle permanente.
La Cour Pénale Internationale dont les statuts ont été adoptés le 17 juillet 1998, a pour vocation
de combattre les impunités les plus choquantes. Le procureur, organe distinct au sein de la Cour,
est élu pour 9 ans et est secondé par des procureurs adjoints qui doivent présenter les mêmes
qualifications que les Juges eux-mêmes. Parmi les ancêtres de cette Cour citons : La Cour
Permanente d’arbitrage, juridiction internationale créée à La Haye (Belgique) en 1899, pour
favoriser l’arbitrage des différends internationaux, la Cour de justice internationale créée par les
Nations Unies à La Haye (Belgique) en 1949 pour juger les différends entre Etats. La Cour
Européenne des Droits de l’Homme et la Cour de justice des communautés Européennes.
Cette Cour, composée de dix-huit juges élus pour neuf ans (un renouvellement par tiers tous les
trois ans) et non rééligibles, qui doivent se consacrer à plein temps à leurs fonctions et ne se livrerà
aucune autre activité professionnelle, ne peut comprendre plus d’un ressortissant du même Etat.
Elle a compétence pour juger le crime de génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de
guerre, les crimes d’agression.
64
Cette compétence a suscité certaines réticences dont celles des Etats-Unis qui redoutent qu’elle ne
serve de réceptacle à des plaintes abusives concernant les opérations militaires développées dans
le cadre de certaines interventions extérieures et de la France, qui ont abouti à limiter de plano
l’intérêt futur de cette juridiction non seulement par le renvoi à la conférence de révision de la
définition des crimes de guerre (possibilité de se soustraire pendant sept ans après l’entrée en
vigueur du traité), mais encore par l’adoption de contraintes procédurales, l’’adjonction au
procureur indépendant pour le déclenchement des poursuites, d’une chambre préliminaire pour
contrôler l’instruction des dossiers, et, surtout, par la possibilité donnée au conseil de sécurité de
demander à la Cour de se saisir (disposition de nature à éluder les plaintes abusives et à amoindrir
l’indépendances de la Cour).
Il y a aussi l’inquiétude soulevée par cette Cour Pénale Internationale ou la Cour de Belgique étant
donné les rebondissements de la problématique BUSH ou celle de Sharon.
Les Etats-Unis ont engagé depuis 2002 une épreuve de force en menaçant de se retirer de toutes
les opérations de maintien de la paix, si les personnels qui y participent n’étaient pas mis à l’abri
de la justice internationale chargée de juger des individus accusés des cimes les plus graves,
comme le génocide ou les crimes de guerre commis où que ce soit dans le monde.
Plusieurs plaintes ont été déposées en Belgique contre le premier ministre de l’Etat d’ISRAEL
pour son implication présumée dans le massacre des camps de réfugiés palestiniens de SABRA et
CHATILA, au Liban en 1982. Ces plaintes s’appuient sur le principe de compétence universelle
introduit dans la législation belge depuis 1993 (loi réservée 1999).
Les plaintes qui visent M. Sharon, en sa qualité de premier ministre et, à ce titre, représentant
d’ISRAEL et l’instruction qui pourrait suivre, selon son avocat, portent atteinte à la souveraineté
de cet Etat. En droit international, un chef d’Etat ou de gouvernement en fonction bénéfice d’une
immunité absolue de juridiction et d’exécution.
Il a été admis que la Cour Pénale Internationale peut avoir compétence pour statuer sur l’effectivité
d’un système pénal national, le pouvoir de dessaisir une juridiction nationale et de rouvrir une
poursuite dans le cas où la procédure interne n’aurait servi qu’à consacrer l’impunité de certains
auteurs, comme elle aurait pouvoir de se saisir au cas où les autorités étatiques concernées auraient
disparu. L’autorité supranationale de la Cour parait ainsi consacrée. Le pouvoir d’investigation est
confié au procureur qui pourra requérir de la chambre préliminaire délivrance d’un mandat d’arrêt.
La supranationalité a des limites. Limitation en ce que le procureur n’a pas reçu de pouvoir
d’enquêter sur place, sauf si la Cour a constaté expressément l’incapacité de l’Etat de coopérer, ou
s’il s’agit d’inspecter un site ou de recueillir des témoignages.
59- Dans le cas d’un crime transnational organisé, dont seraient saisies deux juridictions nationales ne ressortissant pas
d’un même Etat, la Cour Pénale Internationale peut être saisie d’une demande en dessaisissement de l’une des deux
juridictions nationales.
65
Limitation en ce que l’autorité compétente de l’Etat concerné, sera chargée de vérifier la régularité
formelle d’un mandat voire de statuer sur l’opportunité d’une mesure de détention en vérifiant, eu
égard à la gravité des crimes allégués, si l’urgence et des circonstances exceptionnelles justifient
sa mise en liberté provisoire et sur des garanties que l’Etat de détention peut s’acquitter de son
obligation de remettre la personne à la Cour. Ainsi, la chambre préliminaire, avisée de l’arrestation,
peut faire des recommandations à l’autorité compétente de l’Etat concerné, et si la liberté est
accordée, demander des rapports périodiques sur le régime de liberté provisoire.
Les articles 40 et 41 de la charte de cette Cour, exigent l’indépendance et l’impartialité des juges,
leur interdissent l’exercice d’aucune autre activité qui pourrait être incompatible avec leurs
Fonctions Judiciaires ou faire douter de leur impartialité.
Pour la Cour Pénale Internationale et Cour Européenne, il en va de la confiance que doivent
inspirer les juridictions dans une société démocratique.
La justice pénale internationale, d’intermittente qu’elle était, devient de plus en plus permanente
et concerne un nombre croissant de litiges internationaux. Il n’existe véritablement aucun standard
mais une convergence en faveur d’une participation égale entre pays participants et systèmes
juridiques.
La mise en place de ces hautes juridictions traduit l’idée de patrimoine commun, justifiant qu’une
autorité particulière leur soit conférée, en ce qu’elles mettent en présence des juges d’origine
différente. Elles peuvent constituer, ainsi que cela a été souligné à propos des juridictions
communautaires, ‘’une sorte de laboratoire où peuvent être entrevus simultanément notre origine
et notre avenir.
L’Etat haïtien a ratifié le 26 mars 2009 (Moniteur No-2 du 17 avril 2009) la convention des Nations
Unies contre la criminalité transnationale organisée et ses deux protocoles additionnels qui font
depuis partie intégrante de notre législation pénale.
Cette convention est essentiellement consacrée à l’entraide judiciaire entre les Etats parties dans
les cas de criminalité transnationale organisée. Une demande d’aide peut donc être adressée par
un Etat partie à d’autres Etats parties à cette convention.
En application des articles 3, 11, 12, 13,1 5, 16, 18, 20, 21, 23, 28 29 et 30 de cette convention et
en vue de rendre plus performants ses services d’enquête, ses magistrats du parquet, ses juges
d’Instruction et de siège, de renforcer leur effectif et leur sécurité, un Etat partie peut produire des
demandes d’entraide à d’autres Etats parties pour :
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- Enquêtes, poursuites judiciaires et jugements (art. 11, 18, 19)
- Confiscation et saisie de biens, matériels, instruments utilisés dans la perpétration du crime
et du produit de ce crime (art. 12, 13,1 4, 19)
- Extradition de personnes impliquées (art. 16)
- Techniques spéciales d’enquêtes (art. 20)
- Transfert de procédures pénales (art. 21)
- Entrave au bon fonctionnement de la justice (art. 23)
- Collecte, échange et analyse d’informations (art. 28)
- Formation spécifique du personnel de détection et de répression, des magistrats du parquet,
des juges d’Instruction et des juges de siège, détachement et échange de personnel (art. 29)
- Assistance technique : méthodes utilisées, technique de contrôle, de détection et de
répression (art. 29 et 30)
A l’article 30, il est recommandé aux Etats Parties, en coordination les uns avec les autres ainsi
qu’avec les organisations régionales et internationales, telles la Cour de justice Internationale, la
Cour Pénale Internationale, l’Interpol, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Droits de
l’Homme. La Cour Européenne des Droits de l’Homme et la Cour de justice des communautés
Européennes, d’accroître l’assistance financière, matérielle et technique à fournir aux pays en
développement et aux pays à économie en transition afin de les aider à lutter efficacement contre
la criminalité transnationale organisée compte tenu de ses effets négatifs sur la société et sur le
développement durable.
Un crime transnational organisé, d’après l’article 3 de cette convention, est un crime commis dans
un Etat, mais impliquant dans sa préparation, sa planification et sa réalisation des ressortissants et
un groupe criminel organisé d’autres Etats.
Comme exemples de criminalité transnationale organisée, nous avons dans le premier protocole
additionnel, la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants, et dans le deuxième
protocole additionnel, le trafic illicite de migrants par terre, air et mer.
Nous pouvons mentionner aussi : le trafic illicite des stupéfiants, le terrorisme international
consistant en des assassinats perpétrés dans un pays mais planifiés dans d’autres pays, le trafic
illicite des armes à feu.
Dans le cas de la criminalité transnationale organisée, peut être appliquée la loi du 11 novembre
2013 (Moniteur No-212 du jeudi 14 novembre 2013), qui, en son article 6, entend par financement
du terrorisme tout acte commis par une personne physique ou morale qui, par quelque moyen que
ce soit, directement ou indirectement, a délibérément fourni ou réuni des biens dans l’intention de
les utiliser ou sachant qu’ils seront utilisés, en tout ou en partie, en vue de :
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c) La commission d’un ou de plusieurs actes terroristes par un terroriste ou un groupe
deterroristes.
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