Techniques de Creation de L'abord Vasculaire
Techniques de Creation de L'abord Vasculaire
de l’abord vasculaire ♦ 3
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Techniques de création de l’abord vasculaire
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Les cathéters veineux centraux permanents
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Techniques de création de l’abord vasculaire
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Les cathéters veineux centraux permanents
oreillette droite afin d’assurer des débits optimaux. Sur les figures 3 et 4 sont
représentés l’aspect final de type de cathéters (DualCath, SplitCath) implan-
tés par voie jugulaire interne droite. Sur la figure 5 est présentée une radio-
graphie thoracique de contrôle après implantation permettant de visualiser les
extrémités distales des cathéters.
La voie jugulaire interne est conseillée dès lors que le traitement de sup-
pléance extrarénal dépasse deux semaines. Dans une étude multicentrique
française, recensant les indications des CVC permanents chez les insuffisants
rénaux chroniques, 94 % furent implantés par voie jugulaire interne (81 % à
droite, 13 % à gauche).
La voie sous-clavière
La voie sous-clavière a été très largement utilisée dans les années 70. Cette
voie est beaucoup plus rarement utilisée à l’heure actuelle, que ce soit pour
les cathéters dits d’urgence ou pour les CVC permanents. Cela tient au fait
que cette voie veineuse est associée à des risques majeurs de sténose et de
thrombose des veines sous-clavières et des troncs veineux inominés ou du
confluent cave supérieur. Notons cependant que ces complications ont été
essentiellement rapportées avec les cathéters semi-rigides anciens et peu avec
les cathéters de dernière génération beaucoup plus biocompatible. Le risque
persiste néanmoins bien que moins fréquent avec les nouveaux CVC perma-
nents. La tunnellisation est identique à celle de la voie jugulaire.
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Techniques de création de l’abord vasculaire
Fig. 3-3. DualCath implanté dans la Fig. 3-4. SplitCath implanté dans la
veine jugulaire interne droite. veine jugulaire interne droite.
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Les cathéters veineux centraux permanents
La voie fémorale
La voie fémorale est la plus anciennement connue et utilisée. Elle conserve
des indications larges en tant qu’accès vasculaire d’urgence. L’insertion d’un
cathéter fémoral se fait sous anesthésie locale avec des conditions d’asepsie
optimales. Elle est en général très facile quel que-soit l’état du patient et per-
met de débuter l’hémodialyse dans les quinze minutes qui suivent.
Les CVC permanents sont relativement peu utilisés en voie fémorale. Ils le sont
plus volontiers en situation aiguë [199, 200]. Ils représentent chez les patients
chroniques 3 à 5 % des CVC permanents en France. L’implantation par voie
fémorale est relativement facile au pli de l’aine. La tunnellisation peut être réa-
lisée vers le bas à la racine de la cuisse où vers le haut sur la partie basse de
l’abdomen. La morbidité globale de cette voie est plus élevée que celle observée
avec les autres voies thoraciques. La voie fémorale doit demeurer de dernier
recours, en cas d’échec ou de contre-indication des autres voies veineuses.
Les cathéters insérés par voie fémorale doivent avoir une longueur totale de
35 à 40 cm dont 10 cm de tunnellisation sous-cutanée pour atteindre la milieu
de la veine cave inférieure. Sur les figures 6 et 7 sont représentées les posi-
tions idéales des extrémités des cathéters fémoraux tunnellisés. Contrairement
aux cathéters insérés par voie thoracique supérieure, les cathéters fémoraux
droits et gauches ont la même longueur [201].
Le recours à la voie fémorale doit rester néanmoins exceptionnel dans la
mesure où les risques infectieux et thrombotique sont plus importants. Il est
conseillé chez les patients porteurs de CVC permanents fémoraux au long
cours de les maintenir sous une anticoagulation par AVK à doses minimes
visant un INR de 1,5.
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Techniques de création de l’abord vasculaire
Bonne
Mauvaise position
position
Mauvaise Bonne
position position
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Les cathéters veineux centraux permanents
séchée en regard de l’émergence des cathéters. Des soins locaux plus spéci-
fiques sont appliqués en cas d’inflammation ou d’infection. Le rinçage des
cathéters avec du sérum salé isotonique est nécessaire avant chaque séance.
La résistance manuelle est testée à la seringue. Le recours périodique à des
solutions fibrinolytiques pour déterger les cathéters est indiqué lorsqu’un dys-
fonctionnement ou une augmentation de pression veineuse sont constatés.
La surveillance des cathéters est essentielle et double [205]. Elle repose sur
la surveillance visuelle de l’état cutané en regard de l’émergence des cathé-
ters, et sur celle des performances du cathéter (débit sanguin réel, pressions,
dose de dialyse administrée, recirculation, etc.) [206, 207, 208].
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Techniques de création de l’abord vasculaire
CONCLUSION
Les indications et l’utilisation des CVC permanents se sont très nettement
élargies au cours de ces dernières années. Elles concernent en premier lieu
les patients insuffisants rénaux chroniques dépourvus d’accès permanents ou
présentant une complication de leur accès vasculaire. Les CVC permanents
sont actuellement indiqués chez les patients aigus, dans la mesure où ils per-
mettent un traitement de qualité à risque réduit. Les cathéters comportent un
risque accru de complications qui doit être connu et combattu par une gestion
optimale de ce type d’accès. Les CVC permanents représentent un progrès
indéniable dans la gestion des accès vasculaires des patients dialysés même
s’ils sont souvent décriés [210]. L’amélioration régulière des matériaux, des
méthodes d’implantation, le recours à des solutions verrous plus efficaces
sont en mesure de réduire considérablement leurs complications.
NEUROSTIMULATION
Principe théorique
La stimulation électrique d’un nerf mixte induit des potentiels d’action dans
les fibres motrices de gros calibre avec l’apparition de mouvements muscu-
laires dans le territoire concerné. Il est donc nécessaire de connaître les ter-
ritoires d’innervation musculaire.
Ce phénomène de stimulation préférentielle des fibres de gros calibre est dû
aux sensibilités différentes des fibres nerveuses face à un champ électrique.
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Pratique de l’anesthésie régionale
Matériel
Neurostimulateur (Gamida ou B. Braun), aiguilles protégées
• Caractéristiques
– Débit constant de courant.
– Affichage digital.
– Contrôle précis du débit de courant.
– Polarité bien définie.
– Stimulation brève.
– Fréquence 1 Hz.
– Indicateur de batterie.
– Débit élevé et bas.
– Connexions fiables.
Aiguilles
Le meilleur matériel est représenté par l’aiguille isolée par une gaine de plas-
tique. Elle permet une localisation plus précise du nerf grâce à la forme du
champ électrique créé; celui-ci est une sphère dont le centre est légèrement
distal par rapport à l’extrémité de l’aiguille. Ceci a été démontré par l’étude
du champ électrique dans un matériel conducteur.
Depuis l’apparition des nanotechnologies, les aiguilles isolées sont plus per-
formantes et plus échogènes.
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Techniques de création de l’abord vasculaire
médian
A
cubital
B
radial
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Pratique de l’anesthésie régionale
musculo-cutané
D
cubital
Fig 3-9 (suite). D : musculo-cutané. Dès son origine, il perfore le coracobrachial pour
descendre entre brachial antérieur et biceps. E : répartition anatomique.
Avantages
– Efficacité.
– Conscience préservée.
– Reprise alimentaire postopératoire quasi immédiate.
– Analgésie postopératoire.
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Techniques de création de l’abord vasculaire
Inconvénients
– Inconfort relatif de certaines techniques.
– Durée de la chirurgie.
– Possibilité d’échec de la technique.
Contre-indications
– Âge, personnalité du patient.
– Compréhension impossible.
– Conditions opératoires inconfortables :
• position,
• durée d’intervention,
• température de la salle d’opération.
– Antécédent d’atteinte neurologique non évolutive.
– Infection.
– Insuffisance hépatique sévère.
Matériel
– Un échographe (Sonosite, GE, Vygon…).
– Un stimulateur.
– Une aiguille échogène.
Réussir un bloc
Rappel anatomique
Dans la partie axillaire haute, les troncs secondaires du plexus brachial, acco-
lés, passent en dehors de l’artère axillaire, puis ils s’étalent en arrière du petit
pectoral :
– le tronc antéro-externe est en dehors de l’artère;
– le tronc antéro-interne est en dedans, entre artère et veine;
– le tronc postérieur est lui en dehors des vaisseaux.
Sous le petit pectoral, les branches terminales sont définies par rapport à
l’artère axillaire.
Dans le creux axillaire, le paquet vasculonerveux est bordé par l’aponévrose
clavi-coraco-axillaire en avant, par le sous-scapulaire, le grand rond et le
grand dorsal en arrière, le grand dentelé en dedans, le coraco-brachial en
dehors. Cette enveloppe aponévrotique constitue une gaine périvasculaire,
présentant des septa compartimentant chacun des nerfs, mais qui, malheureu-
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Pratique de l’anesthésie régionale
Risque d’effraction
Du fait de la richesse vasculaire de cette région, il existe un risque d’effraction
de :
– l’artère et la veine axillaire;
– l’artère ulnaire au coude;
– la veine basilique et la veine céphalique avec risque d’hématome.
Hématome
La formation d’un hématome ne doit pas faire craindre une éventuelle com-
pression vasculaire, mais surtout l’apparition d’une neuropathie du fait de
l’évolution naturelle de l’hématome qui peut aboutir à la formation d’un
réseau de fibrine engainant le nerf. Cette neuropathie serait d’apparition pro-
gressive et tardive. La neurostimulation utilisant des aiguilles à bout téflonisé,
à faible frottement, rend plus aisée la perception des différents plans, et mini-
mise probablement les effractions vasculaires. L’emploi d’aiguilles à pointe
« crayon » doit être interdit dans la neurostimulation plexique.
Neuropathies traumatiques
La neuropathie peut résulter d’un traumatisme direct du nerf par l’aiguille,
mais surtout d’une injection intraneuronale, qui se traduit obligatoirement par
le déclenchement d’une paresthésie et d’une douleur violente à l’injection.
Il faut donc pratiquer la neurostimulation chez un patient éveillé.
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Techniques de création de l’abord vasculaire
Indications
– Chirurgie ambulatoire.
– Chirurgie de l’avant-bras et de la main.
Installation
Le patient est installé en décubitus dorsal, le bras en abduction à 90˚, l’avant-
bras fléchi, la main en supination.
Technique
– Badigeonnage de la peau.
– Gel stérile.
– Protection de la sonde d’échographie.
On ponctionne soit dans le champ (permet de voir toute la longueur de
l’aiguille), soit en dehors du champ (l’aiguille est réduite à un point). On
repère l’artère axillaire, les nerfs apparaissent comme des agglomérats blan-
châtres que l’on peut détailler un par un en faisant suivre le trajet anatomique
du nerf sur le bras et même l’avant-bras. On dépose l’anesthésique local au
contact du nerf préalablement stimulé. On doit obtenir une image en
« cocarde » autour du nerf pour être certain de la réussite du bloc.
Intérêt
– On voit les nerfs.
– On diminue les doses.
– On s’assure une meilleure réussite des blocs.
– On diminue les désagréments des mouvements engendrés par la stimulation.
On diminue les risques de complications :
• hématome;
• surdosage systémique;
• neuropathies séquellaires.
BLOC INTERSCALÉNIQUE
Rappel anatomique
Le défilé interscalénique est formé en arrière par les scalènes postérieur et
moyen qui sont des apophyses transverses aux première et deuxième côtes,
en avant par le scalène antérieur qui va s’insérer sur le tubercule de Lisfranc
et le sterno-cléido-mastoïdien. Il est en rapport en dedans avec les apophyses
transverses cervicales et, en bas et en dehors, avec la première côte et la cla-
vicule. L’artère subclavière rejoint le plexus à la face supérieure de la pre-
mière côte en arrière du tendon du scalène antérieur. Le nerf phrénique croise
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Pratique de l’anesthésie régionale
Installation
Le patient est installé en décubitus dorsal strict, le bras le long du corps, la
tête défléchie, tournée du côté opposé à l’échographe. L’opérateur est du côté
à anesthésier.
Repérage - Technique
– Désinfection de la peau.
– Gel stérile.
– Protection de la sonde.
On débute en supra-claviculaire où on repère les nerfs du plexus, la carotide
interne, la jugulaire externe, la thyroïde, la clavicule, les feuillets de la plèvre
et leur mouvement signe d'intégrité, les apophyses transverses de C7 et C8
puis on remonte la sonde d'échographie lentement jusqu'a la hauteur du tuber-
cule de Chassaignac où on repère la racine bilobée de C6, puis celle bilobée
de C7, et enfin celle de C8 après stimulation autour de 0,8 ma.
On injecte l'anesthésique local (1 cc doit arrêter le mouvement), puis on peut
descendre si nécessaire un cathéter pour analgésie postopératoire, la dose
totale est diminuée, le bloc s'installe plus vite, la sécurité est augmentée.
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Techniques de création de l’abord vasculaire
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Pratique de l’anesthésie régionale
– nystagmus;
– empâtement de la voix.
Pour des concentrations sériques plus élevées apparaît la crise convulsive
généralisée, favorisée par l’hypercapnie. Au stade ultime (concentrations les
plus élevées) un coma apparaît avec dépression cardio-respiratoire. L’utilisa-
tion des benzodiazépines est très efficace pour traiter les convulsions.
• Effet sur le cœur
La lidocaïne a un effet antiarythmique. À faible dose, les anesthésiques locaux
ont un effet propre bradycardisant et inotrope négatif, compensé par une sti-
mulation sympathique d’origine centrale. Les manifestations toxiques sur-
viennent pour des concentrations supérieures aux concentrations qui
provoquent les manifestations toxiques neurologiques, sauf en ce qui con-
cerne la bupivacaïne. Avec cet agent, les manifestations toxiques cardiaques
surviennent parfois avant les manifestations neurologiques. Ces accidents se
caractérisent par un allongement du complexe PR, une bradycardie, un élar-
gissement qui peut être considérable du complexe QRS, voire un arrêt car-
diaque.
Il peut également exister de graves troubles du rythme ventriculaire (tachy-
cardie ou fibrillation) et/ou des troubles conductifs (blocs auriculoventricu-
laires ou intraventriculaires, torsades de pointe). La dépression due à la force
contractile du myocarde est constante, et même s’il persiste une activité élec-
trique à peu près coordonnée, il peut y avoir un débit nul.
Le risque cardiotoxique de la bupivacaïne est augmenté par certains facteurs
comme l’acidose qui augmente la fraction libre, l’hyperkaliémie, l’hypoxie
myocardique, les troubles de conduction intraventriculaires préexistants sur
une cardiomégalie.
• Antidote
Il existe un « antidote », l’Intralipide à 20 %, qui permet de récupérer tout en
continuant la réanimation habituelle (MCE, ventilation, remplissage), une
fonction cardiaque normale, et qui permet de « récupérer » l’arrêt cardiaque.
CONCLUSION
L’anesthésie locorégionale est une technique adaptée aux patients insuffisants
rénaux, et l’approche la plus efficace pour lutter contre la douleur post-
opératoire.
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Techniques de création de l’abord vasculaire
Recommandations
Il faut malgré tout conserver certaines habitudes :
– voie d’abord;
– scope;
– pression artérielle;
– SaO2 ;
– disposer d’un kit en cas d’urgence avec :
• Intralipide à 20 %,
• matériel d’intubation et ventilation,
• adrénaline.
Faire le bloc au moins 30 min avant l’incision — « Plus on en met et mieux ça marche ».
Assurer la traçabilité, dans le dossier de soins, de l’information délivrée au patient.
Lui remettre les documents d’information spécifiques existants; le cas échéant, le
patient signe les documents de consentement éclairé.
TECHNIQUE CHIRURGICALE
La création des abords vasculaires fait appel aux principes de la chirurgie
vasculaire et à l’apport de la microchirurgie.
Matériel
La boîte d’instruments de microchirurgie spécifique comporte :
– 2 pinces de Dumont;
– 1 paire de ciseaux-ressorts;
– 1 porte-aiguille;
– 1 clamp d’Ikuta;
– 2 clamps veineux.
Le microscope opératoire motorisé permet une adaptation parfaite au champ
opératoire grâce au déplacement latéral et au zoom. Il permet également d’uti-
liser la vidéo-assistance pour les collaborateurs en salle d’opération.
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Les fistules artérioveineuses natives
Préparation de l’opéré
– Dépilation du champ opératoire à la tondeuse le jour de l’intervention.
– Premier badigeonnage antiseptique.
Anesthésie loco-régionale
– Bloc plexique.
– Complétée selon les besoins par une anesthésie générale ou locale.
Installation de l’opéré
– Décubitus dorsal.
– Membre supérieur en abduction-supination.
– Table à bras fixée à la table d’opération.
– Garrot pneumatique et bande d’Esmach :
• noter l’heure de la mise en charge;
• ne jamais regonfler le garrot après lâchage;
• antibio-prophylaxie C2G : injection avant le gonflement du garrot.
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Techniques de création de l’abord vasculaire
Hématome
Tuméfaction avec diminution du frémissement par compression justifiant un
drainage chirurgical urgent.
Ischémie
Diagnostic : douleurs distales avec parfois troubles trophiques. L’écho-Dop-
pler couleur (EDC) et parfois l’angiographie confirment le diagnostic. Il faut
proposer le traitement d’urgence avec ligature de la fistule en conservant la
continuité artérielle.
Infection
Diagnostic :
– signes généraux de bactériémie;
– signes locaux inflammatoires.
Là aussi, il faut procéder à une ligature urgente sans rétablissement de con-
tinuité artérielle.
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Les fistules artérioveineuses natives
Transposition-superficialisation radiale
Elle est à envisager si le pannicule adipeux est épais et rend aléatoires les
ponctions. Le risque d’hématome au retrait des aiguilles est responsable d’une
évolution sténosante. La superficialisation est effectuée 2 mois après la réa-
lisation de la FAV. Elle consiste à libérer la veine radiale en totalité, de l’anas-
tomose jusqu’au M veineux, voire au-delà si nécessaire, par trois incisions
étagées à l’avant-bras. La veine est ensuite mise en charge par du sérum hépa-
riné et tunnellisée en sous-dermique, au bord interne des incisions cutanées.
L’anastomose est effectuée au même site après régularisation des bords de
l’ancienne anastomose, avec la même technique. La moindre torsion constitue
une sténose proximale, toujours difficile à traiter, et récidivante. Ce nouvel
abord sera utilisable environ 3 semaines plus tard. Une alternative consiste à
relever la veine par lipectomie permettant de l’amener en sous-dermique sans
refaire l’anastomose dont la réfection peut présenter le risque d’un haut débit
avec ischémie distale par vol.
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Techniques de création de l’abord vasculaire
rosseux. Si ce n’est pas possible l’artère brachiale est abordée après section
de l’expansion du biceps. Le « M » veineux comprend généralement la racine
externe de la basilique et la racine interne de la céphalique, ainsi que des
veines accessoires. La veine perforante du coude, qui fait communiquer le
réseau superficiel et le réseau profond, peut être de gros volume.
On peut donc choisir de créer un abord entre l’artère radiale haute, toujours saine,
et la perforante, en choisissant ensuite le drainage électif basilique ou céphalique.
Dans le cas où cette solution n’est pas possible l’implantation de la veine
céphalique se fait sur l’artère brachiale, parfois en utilisant à contre-courant
la racine externe de la veine basilique en veillant à l’absence de zone valvulée.
L’épaisseur du tissu adipeux rend parfois nécessaire le recours à un deuxième
temps de transposition-superficialisation veineuse, 2 mois plus tard, obligeant
souvent à une dissection extensive de la veine jusqu’au moignon de l’épaule pour
avoir un segment ponctionnable permettant la mise en place des deux aiguilles.
CONCLUSION
La réalisation d’une FAV de qualité impose :
– une bonne connaissance de la pathologie de l’insuffisance rénale;
– une bonne connaissance pratique de l’hémodialyse;
– un bon plateau technique;
– des chirurgiens expérimentés travaillant en collaboration avec les équipes
multidisciplinaires prenant en charge les patients insuffisants rénaux.
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La fistule artérioveineuse de l’enfant. Microchirurgie
INTRODUCTION
Après sa première description en 1966 [4], la FAV a vite été considérée
comme le meilleur abord vasculaire pour l’hémodialyse chronique de l’adulte.
Chez l’enfant, les premières publications [58, 59, 179] firent état d’un taux
d’échecs immédiats allant jusqu’à 50 %, dus au petit calibre des vaisseaux.
En 1960, Jacobson et Suarez avaient décrit la première micro-anastomose
faite sur des vaisseaux de 1 mm de diamètre. Notre première expérience d’uti-
lisation de la microchirurgie pour la création de FAV chez l’enfant date de
1978. Aujourd’hui il est important de réaliser que la microchirurgie a permis
des progrès spectaculaires dans le domaine de l’abord vasculaire de l’enfant,
et également celui de l’adulte. Il faut aussi se souvenir qu’un cathéter veineux
central (CVC) peut être à l’origine d’une sténose ou d’une occlusion veineuse
centrale qui peut rendre impossible la création ultérieure d’une FAV, et que
la transplantation rénale, quand bien même elle serait préemptive, peut ne pas
durer toute une vie.
MÉTHODES
Chez tout enfant menacé d’insuffisance rénale terminale, et plus généralement
tout enfant nécessitant un traitement prolongé obligeant à des accès au sang
répétés, une utilisation parcimonieuse du capital veineux est absolument
nécessaire. Chaque fois que cela est possible, les prélèvements sanguins doi-
vent être faits par ponction d’une veine du dos de la main. Une protection
absolue du membre non dominant est appliquée. Les cathéters veineux cen-
traux, qui font courir un risque important de sténose veineuse centrale, sont
prohibés. Toutes ces recommandations restent valables même après mise en
route d’un traitement curatif car la transplantation rénale peut échouer.
L’état des veines est vérifié par l’examen clinique sous garrot; en cas de doute
un écho-Doppler ou une phlébographie est nécessaire, particulièrement chez
les jeunes enfants; la phlébographie est obligatoire s’il y a des antécédents
de CVC. Une antibiothérapie prophylactique peropératoire est utilisée.
Le matériel nécessaire (fig. 3-10 et 3-11) comporte :
– un microscope chirurgical à deux entrées se faisant face;
– les instruments de microchirurgie : ciseaux ophtalmologiques, porte-
aiguille microchirurgical, bistouri ophtalmologique à usage unique, pinces de
Dumont, clamps d’Acland;
– les sutures Ethilon 9 et 10/0 (BV 70 et BV 50).
Les règles de la suture atraumatique sont appliquées :
– l’hémostase préventive [60] par bande d’Esmach et garrot rend inutile la
dissection de l’artère avec son risque de provoquer un spasme artériel;
– l’adventice est incisée sans être réséquée;
63
Techniques de création de l’abord vasculaire
64
La fistule artérioveineuse de l’enfant. Microchirurgie
Variantes
Anastomose artérioveineuse par un surjet unique (fig. 3-14) : le surjet
démarré au milieu de la berge postérieure de l’artériotomie monte vers l’angle
proximal et redescend vers le milieu de la berge antérieure. La suture distale
est faite alors. Cette technique donne une très bonne vision de la lumière des
vaisseaux.
Superficialisation : il est souvent nécessaire de superficialiser la veine chez
le petit enfant au tissu sous-cutané épais (fig. 3-13).
65
Techniques de création de l’abord vasculaire
66
La fistule artérioveineuse de l’enfant. Microchirurgie
Pour cette dissection, il peut être utile de placer le coude en flexion et reposant
sur le thorax. L’exposition de l’artère est facilitée par une résection partielle
du flexor carpi ulnaris. Le délai avant ponction est plus important que dans
le cas d’une FAV radio-céphalique.
Variantes
Il est préférable de relier l’artère brachiale et la veine céphalique par l’intermé-
diaire de la racine médiane de la veine basilique; cette racine, qui ne contient
pas de valves, sera perfusée à contre-courant. Les deux vaisseaux, dont les tra-
jets sont superposés, sont abordés par une courte incision antécubitale (fig. 3-
15). La veine est sectionnée au plus haut, son segment inférieur est anastomosé
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Techniques de création de l’abord vasculaire
Prothèse artérioveineuse
Une prothèse (veine saphène interne ou PTFE) est implantée entre une artère et
une veine; elle est disposée superficiellement pour être accessible aux ponctions.
RÉSULTATS
La première expérience d’utilisation de la microchirurgie pour la création de
fistules artérioveineuses, chez 32 enfants, a été rapportée en 1978 (Coulonges
S., Thèse de Médecine, Université Pierre et Marie Curie Paris-VI), et nous
avons publié nos résultats chez les enfants de moins de 10 kg en 1981 [6]. En
1990 [61], nous avons rapporté nos résultats chez 380 enfants : le pourcentage
de FAV par rapport aux prothèses artérioveineuses était de 93 % et la création
d’une FAV distale avait été possible chez 78 % des enfants. Le taux de per-
méabilité immédiate était de 96 % tandis que le taux de perméabilité secon-
daire à 24 mois était égal à 85 % pour les FAV distales radio-céphaliques,
72 % pour les FAV brachio-basilique, 47 % pour les FAV brachio-céphaliques
et seulement 5 % pour les prothèses artérioveineuses (fig. 3-16).
Le bénéfice de la microchirurgie pour les FAV de l’enfant fut successivement
confirmé par une équipe canadienne [62] en 1984, par une équipe espagnole
en 1993 [63] et par une équipe italienne en 1998 [64].
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La fistule artérioveineuse de l’enfant. Microchirurgie
120
100
80 R-Céphalique
B-Basilique
% 60
B-Céphalique
40
Prothèse
20
0
0 6 12 18 24 30 36 42 48
Mois
Fig. 3-16. 434 abords vasculaires pour hémodialyse chez l’enfant. Perméabilité.
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Techniques de création de l’abord vasculaire
INDICATIONS ACTUELLES
Nos recommandations pour les enfants ayant besoin d’accès répétés au sang
sont les suivantes.
– En cas d’urgence et en cas d’insuffisance rénale terminale, si la dialyse péri-
tonéale est impossible, un CVC doit être mis en place par ponction jugulaire
échoguidée, malgré le risque de sténose du drainage veineux des membres
supérieurs, aux conséquences futures dramatiques.
– Dans tous les autres cas, les enfants doivent bénéficier d’une FAV cépha-
lique aussi distale que possible, créée avec l’aide de la microchirurgie 3 mois
avant son utilisation. Chez les enfants de moins de 10 kg, le délai peut attein-
dre 6 mois. Quand une FAV distale n’est pas possible, une FAV proximale
doit être créée. Au coude, comme au poignet, la veine céphalique est utilisée
en première intention, la veine basilique en seconde.
La superficialisation de la veine saphène interne, voire de la veine fémorale,
est exceptionnelle et réservée aux cas les plus difficiles, c’est-à-dire les
enfants dont le capital veineux des deux membres supérieurs est épuisé, ou
ceux dont les veines centrales sont thrombosées.
– Les prothèses, encore recommandées par de rares auteurs [68], doivent être
évitées à tout prix chez l’enfant [69] en raison de la rapidité avec laquelle
elles se compliquent de sténose de l’anastomose veineuse.
70
Les prothèses
CONCLUSION
La microchirurgie est indispensable pour la création de FAV autologues chez
l’enfant traité par hémodialyse. Elle permet de diminuer énormément le pour-
centage de FAV non matures et d’abandonner l’usage des prothèses chez
l’enfant. Elle permet de diminuer l’utilisation de la dialyse péritonéale et des
KTVC. Elle rend possible la création d’abords vasculaires artérioveineux per-
manents chez des enfants traités pour une pathologie non rénale grâce à des
accès répétés au sang pour une pathologie non rénale, jusqu’ici confinés à
l’utilisation des CVC.
LES PROTHÈSES
Prothèses synthétiques
Le polytétrafluoroéthylène (PTFE)
La prothèse en polytétrafluoroéthylène éthylène (PTFE) [8] reste la plus uti-
lisée. La paroi peut être d’épaisseur « fine » (qui a notre préférence) ou
« normale », voire renforcée par des anneaux de Dacron. Le modèle cylindri-
que de 6 mm de diamètre est le plus habituel; le modèle à calibre dégressif
permet de faire une anastomose artérielle qui est de plus petite taille, sans que
cela réduise pour autant le débit du montage.
LA TECHNIQUE CHIRURGICALE
La tunnellisation
Elle peut être :
– rectiligne à l’avant-bras entre une artère du poignet et le M veineux du pli
du coude;
– en boucle à l’avant-bras branchée sur les vaisseaux au coude;
71
Techniques de création de l’abord vasculaire
L’anastomose artérielle
Pour les pontages à l’avant-bras, l’utilisation de l’hémostase préventive par bande
d’Esmach et garrot pneumatique évite d’avoir à disséquer l’artère pour la clamper.
Au poignet une anastomose longue, après section en biseau de la prothèse,
est souhaitable; l’utilisation du microscope chirurgical est très utile.
Au coude le calibre de l’artériotomie est généralement conditionné par l’angle
que fait la prothèse par rapport au trajet de l’artère.
L’anastomose veineuse
L’anastomose prothèse-veine est le point névralgique du montage, du fait de
l’hypertrophie intimale qui va inéluctablement survenir au niveau de cette
veine réceptrice. C’est dire qu’elle doit être termino-latérale et surtout de cali-
bre important, ce qui oblige à faire une longue veinotomie, jamais inférieure
au double du calibre de la prothèse (soit 12 mm) ainsi qu’une recoupe oblique
de la prothèse.
COMPLICATION
La sténose de l’anastomose veineuse est la complication inéluctable de toute
prothèse artérioveineuse et il est probable que ni les nouveaux matériaux, ni
même les dispositifs à « collerette » permettant d’élargir la taille de l’anasto-
mose veineuse ne sont capables d’en diminuer la fréquence. Elle est due à
une hypertrophie intimale qui apparaît au niveau de la veine réceptrice, très
certainement induite par le haut débit du montage et par le caractère tour-
billonnant du flux sanguin. Elle est précoce, apparaissant en quelques mois,
et fait parler d’elle avant un an, en moyenne. Méconnue, elle aboutit à la
thrombose, naguère cause de réintervention chirurgicale, aujourd’hui traitée
à moindre frais par la radiologie interventionnelle percutanée, mais souvent
de façon répétée. La prévention de la thrombose, par le traitement percutané
72
Les prothèses
LES INDICATIONS
Historique
L’apparition des premières prothèses fut un progrès important dans la mesure
où elles permettaient d’obtenir un montage rapidement ponctionnable, alors
que l’usage des cathéters ne s’était pas encore répandu. Leur utilisation en
boucle à l’avant-bras s’est rapidement développée aux États-Unis : ces anas-
tomoses faites au coude sur des vaisseaux en bon état et de gros calibre étaient
plus faciles à réaliser que celle de la FAV distale type Brescia et Cimino, et
le résultat immédiat moins hasardeux. En Europe, en revanche, la supériorité
de la FAV en termes de durée de perméabilité et de moindre fréquence des
complications avait été très rapidement reconnue [73], et l’utilisation de la
prothèse limitée au strict nécessaire.
En 1997, l’étude américaine DOQI [16] mit en évidence la forte proportion
des cas où la prothèse était, aux États-Unis, utilisée de préférence à la FAV
autologue, ainsi que la fréquence beaucoup plus élevée des complications sur-
venant sur les prothèses, avec les conséquences financières importantes
découlant de cette attitude.
Indications actuelles
La prothèse doit être réservée aux cas où aucune FAV autologue n’est plus
possible, que cette FAV soit distale (au poignet ou à l’avant-bras) ou proxi-
male (au coude, avec superficialisation en cas de FAV basilique). C’est dire
73
Techniques de création de l’abord vasculaire
qu’une FAV distale doit être systématiquement créée comme premier abord
vasculaire, sauf contre-indication absolue mise en évidence par le bilan préo-
pératoire clinique, radiologique et écho-Doppler. Dans certains cas, cette ten-
tative de FAV distale se révélera être un échec malgré un bilan préopératoire
aussi documenté que possible : certaines sténoses veineuses ne sont pas appa-
rentes avant la création de la FAV et l’augmentation du débit sanguin qui
s’ensuit. Il faut alors se résoudre à la création d’une FAV plus proximale.
C’est dire également que les pontages en boucle à l’avant-bras doivent être
abandonnés au profit des FAV autologues au coude. Notons au passage que
les pontages à l’avant-bras branchés sur les veines brachiales propres, qui
sont de tout petit calibre et de paroi très mince, doivent être proscrits.
Enfin, on rappelle qu’un pontage huméro-basilique ou huméro-axillaire se
complique toujours d’une sténose veineuse qui rend impossible une superfi-
cialisation ultérieure de cette veine basilique. C’est dire enfin que la seule
indication restante du pontage prothétique se situe, après les FAV proximales,
dans la configuration brachio-basilique ou brachio-axillaire. Une exception à
cette règle correspond pour nous à la réduction d’une FAV proximale à haut
débit par un pontage rectiligne à l’avant-bras entre une artère du poignet et
la veine au coude dont on a fermé la communication avec l’artère brachiale
(cf. Traitement chirurgical de l’hyperdébit, p. 187).
CONCLUSION
La prothèse est un abord vasculaire qui doit être tardif dans l’histoire d’une
hémodialyse chronique; surtout chez l’enfant. Une surveillance obstinée per-
mettra de déceler la sténose de l’anastomose veineuse et de la traiter pour
tenter d’obtenir, malgré tout, une perméabilité aussi prolongée que possible.
74
Les accès vasculaires pour hémodialyse
Dispositif Dialock
Le dispositif Dialock est une chambre en titane de forme grossièrement paral-
lélépipédique, de la taille d’un briquet dont les mensurations sont de
5 × 3 × 2 cm. Le Dialock possède une face antérieure comportant deux lèvres
asymétriques donnant accès à deux conduits ouverts sur la lumière interne des
cathéters et une face postérieure assurant l’arrimage des deux cathéters. La face
inférieure sert à l’arrimage sur le plan musculaire profond. L’étanchéité du dis-
positif est assurée par des valves rétractiles en silastic obstruant les lumières
lors de non-utilisation. Des aiguilles spécifiques droites munies d’une tubulure
prolongatrice en plastique sont nécessaires. Lors de la ponction percutanée, la
lumière de ces aiguilles est obstruée par un stylet. Une fois le plan cutané tra-
versé, l’aiguille vient rejoindre le conduit artériel ou veineux grâce à un système
75
Techniques de création de l’abord vasculaire
Dispositif Lifesite
Le dispositif Lifesite est également en titane, de forme cylindrique dont la
base mesure 3,2 cm et l’épaisseur 1,7 cm. Chaque dispositif comporte une
face supérieure possédant un orifice au fond duquel s’ouvre un cratère don-
nant accès à la lumière du cathéter selon un conduit perpendiculaire à l’axe
cutané. La pénétration de l’aiguille ouvre, là aussi, un système de valve anti-
reflux. La face inférieure du dispositif appliquée au plan profond musculaire
sert à son arrimage. Sur leur base est arrimé latéralement le cathéter veineux.
L’implantation de deux dispositifs similaires est nécessaire pour assurer le
double-courant du sang. Des aiguilles classiques à FAV sont utilisées pour
ponctionner la chambre. La ponction cutanée s’effectue dans ce cas perpen-
diculairement par rapport au plan cutané. L’aiguille pénétrant dans le canal
ouvre une valve mécanique à clamp et libère ainsi la lumière du cathéter.
Dispositif TitanPort-D
Le dispositif TitanPort-D est une chambre en titane, de forme cylindrique
dont la base mesure 2,4 cm, la longueur 3,9 cm et l’épaisseur 1,75 cm pour
un poids de 25 g. Le set contient deux chambres identiques et indépendantes
munies d’un septum en caoutchouc de silicone perforable. À l’avant du dis-
positif se trouve le septum perforable à chaque séance et à l’arrière est arrimé
le cathéter en polyuréthane. La face postérieure du dispositif appliquée au
plan profond musculaire sert à son arrimage. L’implantation de deux dispo-
sitifs similaires est nécessaire pour assurer le double-courant du sang. Des
aiguilles spécifiques sont nécessaires pour pénétrer le septum sans l’endom-
mager et assurer des débits sanguins élevés. La ponction cutanée s’effectue
dans ce cas parallèlement au plan cutané.
76
Les accès vasculaires pour hémodialyse
INDICATIONS
L’implantation de ces dispositifs veineux pour hémodialyse reprend les
mêmes indications que celle des cathéters veineux longue durée. Ces dispo-
sitifs répondent aux besoins des patients en échecs répétés d’accès artériovei-
neux ou des patients âgés ou porteurs de pathologie lourde. À noter que le
coût élevé de ce type de matériel impose une utilisation minimale de 12 mois.
Ces dispositifs veineux implantables peuvent être ainsi considérés comme des
accès vasculaires de moyen terme (1 à 5 ans).
Schématiquement, les indications répondent à trois types de catégories.
• Indication en première intention, dite « de nécessité », chez des patients
très âgés, ou dont l’espérance de vie est limitée, dont le capital vasculaire (arté-
riel ou veineux) ne permet pas d’envisager de façon simple la création d’une
FAV native, ou chez des patients considérés comme à très hauts risques cardio-
vasculaires (insuffisance cardiaque évoluée, diabétiques, artériopathiques).
• Indication de deuxième intention, dite « de sauvetage », chez des patients
insuffisants rénaux dont les différentes tentatives de création d’accès vascu-
laire se sont soldées par des échecs répétés ou chez des patients dont le capital
vasculaire a été totalement épuisé.
• Indication de troisième intention, dite « de confort », chez des patients
insuffisants rénaux en retour de dialyse péritonéale, après rejet chronique de
transplant rénal, ou chez des patients dont l’utilisation d’accès vasculaire arté-
rioveineux rend très inconfortable les séances de dialyse.
TECHNIQUE D’IMPLANTATION
L’aspect technique de l’implantation de ces chambres veineuses est très pro-
che, qu’il s’agisse du dispositif Dialock, du Lifesite ou du Titan-Port D. Les
techniques sont proches : c’est la raison pour laquelle seules les techniques
d’implantation du dispositif Dialock et Titan-Port ont été décrites sur les
figures 3-17 et 3-18.
De façon générale, l’implantation de ces chambres est réalisée sous anesthésie
générale et dans des conditions d’asepsie chirurgicale optimale. De plus, un
contrôle radiographique ou radioscopique est nécessaire en cours d’implanta-
tion pour vérifier le bon positionnement des cathéters et des dispositifs veineux.
Préalablement, il est souhaitable de vérifier que le système veineux (cave
supérieur ou cave inférieur selon les besoins) est perméable et permet
l’implantation sans risque de cathéters veineux. Cela procède d’un interroga-
toire établissant l’historique des cathéters antérieurs, d’un examen clinique
minutieux à la recherche de circulation veineuse collatérale et d’un examen
par écho-Doppler du système veineux cervical. Dans les cas difficiles (mul-
tiples cathétérismes, circulation collatérale…), il est alors souhaitable de
recourir à une imagerie plus précise (phlébocavographie supérieure, angio-
graphie par tomodensitométrie ou IRM) permettant de vérifier l’intégrité du
système veineux. En cas d’obstruction ou de sténose du système cave supé-
rieur, il est évidemment nécessaire de s’orienter vers une implantation dans
le système cave inférieur par voie fémorale.
77
Techniques de création de l’abord vasculaire
78
Les accès vasculaires pour hémodialyse
79
Techniques de création de l’abord vasculaire
RÉSULTATS
Le recul clinique avec ces dispositifs veineux est actuellement insuffisant
pour en tirer des conclusions définitives [20, 77, 212, 213, 214]. Et ce d’autant
plus que deux fabricants sur les trois se sont retirés du commerce. Il est éga-
lement difficile de savoir à quelle place les positionner dans la stratégie de
gestion des accès vasculaires longue durée chez les hémodialysés. Les résul-
tats rapportés sont néanmoins intéressants. Ils confirment la faisabilité de ces
dispositifs d’accès vasculaires [79].
– Les performances de ces chambres veineuses sont conformes aux attentes
et aux besoins cliniques.
– Les débits sanguins obtenus sont de l’ordre de 350 à 400 mL/min dans plus
de 90 % des cas.
– Les résistances veineuses sont comparables à celles des cathéters veineux
centraux sans chambre de connexion.
80
Les accès vasculaires pour hémodialyse
– Les pressions veineuses sont comprises entre 180 et 200 mmHg et les pres-
sions artérielles sont comprises entre – 150 et – 250 mmHg.
– Les taux de recirculation sont voisins de 10 %.
– La dose de dialyse administrée et évaluée par la mesure du Kt/V est com-
prise entre 1,2 et 1,5 pour des patients recevant 3 séances de 4 heures par
semaine et pesant 70 kg en moyenne. Le caractère adéquat du programme de
dialyse peut ainsi être maintenu sans modification du schéma thérapeutique
habituel des patients.
La survie technique (primaire et secondaire) fut dans notre expérience voisine
de 80 % à 24 mois et de 20 % à 96 mois [78]. Certains dispositifs ont été
utilisés sans interruption pendant près de 10 ans. La qualité de vie offerte
ainsi aux patients régulièrement dialysés sur accès veineux, s’est avérée
superposable à celle obtenue avec les fistules artérioveineuses.
COMPLICATIONS
Les complications de ces dispositifs veineux sont de deux types :
– complications spécifiques à la chambre sous-cutanée;
– complications liées à la présence de cathéters veineux centraux.
L’incidence de ces complications est intimement liée à la qualité des soins
infirmiers apportés et à l’expertise de l’équipe soignante.
L’hématome de la chambre
Il peut survenir de façon précoce ou tardive. L’incidence varie entre 2,0 à
3,5 épisodes pour 1 000 jours-patient. Il résulte le plus souvent d’un accident
d’anticoagulation et d’une plaie sous-cutanée au passage de l’aiguille de
ponction. Ces hématomes peuvent être volumineux, gêner la ponction ulté-
rieure du dispositif mais surtout s’infecter et rendre le boîtier inutilisable.
C’est la raison pour laquelle il est préférable d’évacuer ces hématomes par
expression manuelle en fin de séance de dialyse.
81
Techniques de création de l’abord vasculaire
L’abcès de la loge
Il correspond le plus souvent à un hématome secondairement infecté. Dans
ce cas, le drainage et le lavage de la loge sont nécessaires. Ce geste sera
accompagné d’une antibiothérapie systémique et de la mise en place d’une
solution verrou antibiotique adaptée. L’implantation temporaire d’un cathéter
est souhaitable dans ces cas pour permettre la cicatrisation. En cas de persis-
tance de signes infectieux ou inflammatoires, il est alors nécessaire de pro-
céder à l’ablation du dispositif.
82
Les accès vasculaires pour hémodialyse
CONCLUSION
Les dispositifs implantables à chambres répondent aux performances requises
pour des accès veineux. Ils améliorent le confort des patients porteurs de
cathéters au long cours. Ils ne font cependant pas disparaître les risques infec-
tieux liés aux cathéters. Ils nécessitent l’utilisation d’une « solution verrou »
spécifique antithrombotique et antiseptique. Aujourd’hui, le fait que deux
laboratoires fabriquant ce type de dispositifs aient disparu du marché rend
difficile la réalisation d’études à grande échelle qui auraient pu positionner
ces chambres implantables au sein des accès vasculaires permanents.
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