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Les Deux Premières Générations Des Pasteurs Pentecôtistes Des Assemblées de Dieu de France (1930-1960) : Les Origines Confessionnelles

L'étude de Jean-Yves Carluer et Fabio Morin examine les deux premières générations de pasteurs pentecôtistes des Assemblées de Dieu de France entre 1930 et 1960, en mettant en lumière leurs origines confessionnelles. Les résultats montrent que la majorité des pasteurs provenaient d'autres églises protestantes, avec une évolution vers une plus grande diversité d'origines, notamment catholiques, au fil des décennies. Cette recherche vise à combler une lacune dans la socio-histoire du protestantisme français en analysant les parcours et les contributions de ces ministres du culte.

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Les Deux Premières Générations Des Pasteurs Pentecôtistes Des Assemblées de Dieu de France (1930-1960) : Les Origines Confessionnelles

L'étude de Jean-Yves Carluer et Fabio Morin examine les deux premières générations de pasteurs pentecôtistes des Assemblées de Dieu de France entre 1930 et 1960, en mettant en lumière leurs origines confessionnelles. Les résultats montrent que la majorité des pasteurs provenaient d'autres églises protestantes, avec une évolution vers une plus grande diversité d'origines, notamment catholiques, au fil des décennies. Cette recherche vise à combler une lacune dans la socio-histoire du protestantisme français en analysant les parcours et les contributions de ces ministres du culte.

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Les deux premières générations des pasteurs

pentecôtistes des Assemblées de Dieu de France


(1930-1960) : les origines confessionnelles
Jean-Yves Carluer, Fabio Morin

To cite this version:


Jean-Yves Carluer, Fabio Morin. Les deux premières générations des pasteurs pentecôtistes des As-
semblées de Dieu de France (1930-1960) : les origines confessionnelles. Cahiers de l’Association des
Pasteurs de France, 2017, 46, pp.81-100. �hal-03640606�

HAL Id: hal-03640606


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Les deux premières générations des
pasteurs pentecôtistes
des Assemblées de Dieu de France
(1930-1960) : les origines confessionnelles

Par Jean-Yves Carluer, maître de conférences (r) en histoire contemporaine, et Fabio Morin1.

La présente étude aborde un sujet relativement neuf et entend combler une lacune
importante dans le champ de la socio-histoire du protestantisme français.
Nombre de travaux récents s'accordent pour estimer que le pentecôtisme dit "classique"
représente aujourd'hui une part majeure de l'héritage de la Réforme2. Nous estimons, à la
suite de nos travaux, que depuis 80 ans, un total cumulé d'un millier de pasteurs
pentecôtistes ont œuvré ou œuvrent encore sur le territoire national3.
Or, du fait d'un manque de visibilité qui a perduré longtemps, cet ensemble est resté
largement à l'écart des travaux fondamentaux relatifs au corps pastoral français comme
ceux de Jean-Paul Willaime4 ou les enquêtes ultérieures. Autre difficulté rencontrée, les
confessions représentatives du pentecôtisme ont cultivé jusqu'à une date récente une
tradition d'extrême sobriété administrative qui ne facilite pas les recherches ultérieures des
historiens. C'était particulièrement vrai dans les années 1930, lors de la formation de ces
Églises en France, essentiellement sous l'impulsion de l'évangéliste britannique Douglas
Scott. Ce dernier, comme le rappelle George Stotts, n'avait d'ailleurs à l'origine nullement
l’intention d’établir en France une autre dénomination. Sa grande vision était tout

1 Depuis lors Fabio Morin est doctorant à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE) en Religions et Systèmes
de pensée (RSP) sous la direction de Patrick Cabanel, directeur d'études à l'École pratique des hautes études, titulaire de
la chaire Histoire et sociologie des protestantismes. [Link]

2 Nous renvoyons le lecteur aux actes du colloque dirigé par Sébastien Fath et Jean-Paul Willaime "Les
protestants de France, une famille recomposée. États des lieux et repères" (novembre 2010), publiés sous le titre La
nouvelle France protestante…, Labor et Fides, 2011.

3 Le cahier de synthèse des assemblées générales pour le congrès national annuel des Assemblées de Dieu de
2016, à Montluçon, comptabilise, uniquement en métropole, 667 pasteurs vivant aujourd’hui, dont 526 en activité.

4 Jean-Paul Willaime, Profession : pasteur. Sociologie de la condition du clerc à la fin du XXe siècle, Genève,
Labor et Fides, 1986.
simplement d’apporter le Réveil de Pentecôte en France et dans les Églises protestantes que
comptait ce pays5.
La présente communication se limite, pour des raisons évidentes d'ampleur de la recherche,
aux trois décennies qui courent de 1930 à 1960. Cette époque correspond aux phases
essentielles de l'implantation et de la confessionnalisation de la principale dénomination
pentecôtiste, les Assemblées de Dieu de France, qui jouissent à l'époque du quasi-monopole
ecclésial de cette sensibilité6.
Le corpus analysé rassemble plus de 150 ministres du culte pentecôtistes alors « reconnus »,
c’est-à-dire validés par ces assemblées selon des modalités et des statuts divers : pasteurs,
stagiaires (appelés parfois à l'époque "évangélistes"), pré-stagiaires, ainsi que quelques
prédicateurs laïcs qui avaient une responsabilité pastorale locale7. Son élaboration s'est faite
à partir des documents officiels comme les annuaires, les publications internes et les
rapports de synodes, appelés ici "conventions". Mais pour répondre au questionnement sur
les origines confessionnelles des pasteurs, il a fallu reconstituer, ne serait-ce que
sommairement, les biographies pastorales, travail laborieux et méticuleux qu'a réalisé le
pasteur Fabio Morin. Nous remercions ici les familles qui ont bien voulu partager leurs
souvenirs et communiquer des pièces très intéressantes ainsi que les responsables des
Assemblées de Dieu (C.A. de la FNADF et de l’UNADF) qui ont encouragé ce travail par la
création en 2014 d’un comité des Archives des Assemblées de Dieu (composé des pasteurs
Romuald Hanss, Alexandre Antoine et Fabio Morin).
Les deux premières générations pastorales sont impliquées dans les deux phases clés
successives de l'histoire des Assemblées de Dieu à cette époque : 1) la constitution du réseau
initial et la formation en interne d'évangélistes et de ministres du culte 2) la première
expansion nationale aboutissant à un maillage national. Pour simplifier la présentation, nous
articulons l'étude suivant un plan chronologique en isolant chacune des trois décennies qui
vont de 1930 à 1960. Du fait de l'expansion des effectifs du pentecôtisme, les trois sous-
ensembles du corpus doublent quasiment en nombre d'une décennie sur l'autre. Comme les
effectifs sont glissants, bien des pasteurs fondateurs sont successivement pris en compte,
étant donné leur longévité dans le ministère. Il a fallu gérer également quelques complexités

5 George R. Stotts, Le pentecôtisme au pays de Voltaire, Viens et Vois, 1981, p. 65-66.

6 Une autre dénomination pentecôtiste, l'Église apostolique, s'était établie un peu plus tôt en France, mais
n'approcha jamais les effectifs des Assemblées de Dieu. Pour mémoire, elle rassemble en 2016 un total de 25 paroisses
contre 430. Nous aurons cependant l'occasion de l'évoquer dans cette étude, en particulier au travers de quelques-uns de
ses ministères marquants comme Thomas Roberts. Nous évoquerons de même le Mouvement de l'Union de Prières, de
Charmes (Ardèche), première manifestation d'un pentecôtisme transconfessionnel en France.

7 Le statut de pré-stagiaire correspond à celui d'un futur pasteur avant qu'il ait rendu des formulaires de
doctrine (ensemble de questions relatives aux points théologiques fondamentaux ; travail examiné ensuite par une
commission nationale). Dans la période 1930-1940, ce document est demandé à tous les stagiaires (ou suffragants).
Certains d’entre eux pouvaient déjà être en charge d’Églises sous la surveillance et la responsabilité d’un pasteur
expérimenté habitant parfois à plusieurs dizaines de kilomètres. Après 1945, ce document continuera à être obligatoire
dans le nord de la France mais ne sera plus demandé aux stagiaires dans le sud pendant plusieurs décennies. Ce sujet
fera l’objet de maintes discussions en Convention nationale. Le processus de formation au sein des Assemblées de Dieu
peut durer 6 à 7 ans, mais se révèle en fait très variable selon les cas, les régions ou les périodes considérées. On peut
néanmoins confier assez rapidement des œuvres à des stagiaires en fonction de l'urgence locale et de la formation ou de
la maturité du proposant.
comme l'évolution logique des carrières individuelles, ou le retour au pays de quelques
missionnaires venus de l'étranger.
Nous présentons notre propos en suivant l'exposé classique d'une prosopographie, c'est-à-
dire en analysant d'abord les résultats des requêtes statistiques, avant d'aborder un certain
nombre d'itinéraires particuliers.
1) 150 pasteurs en graphiques

A) 1930-1940 : le temps des pionniers

Graphique 1

Comme l'indique le graphique portant sur 34 ministres du culte, les premiers pasteurs
des Assemblées de Dieu sont majoritairement originaires des Églises protestantes luthéro-
réformées ou d’autres églises protestantes évangéliques (baptistes, libristes...). Près des deux
tiers d'entre eux (62%), soit 21 pasteurs, ont eu un lien préalable avec d’autres églises issues
de la Réforme avant leur entrée dans le mouvement des Assemblées de Dieu. Ce
pourcentage pourrait augmenter si d’autres cas similaires étaient découverts parmi les 26%
dont le parcours reste inconnu à ce jour. Les pasteurs d'origine catholique sont très peu
nombreux dans cette décennie. Le taux de 9% figurant ici reste néanmoins un minimum
sujet à révision ultérieure. Le passage par l'Église orthodoxe ne concerne en fait qu'un seul
pasteur, Christo Domoutchief, né en Bulgarie, mais qui s'était joint dès 1924 à l'Église
baptiste indépendante du Havre issue de la Mission aux Bretons, déjà fortement marquée par
l'influence pentecôtiste.

Graphique 2

Graphique 3

Si l'on s'intéresse maintenant à la seule catégorie des ministres du culte issus des
confessions protestantes (cf. graphique 2), soit 22 items, 54% ont connu des Églises
baptistes ou de type congrégationaliste… et 46% ont fréquenté ou travaillé dans des Églises
réformées, luthérienne, anglicane ou au sein de l’Armée du Salut. Bien entendu, quelques
parcours sont plus complexes : Pierre Nicolle, par exemple, a collaboré quelque temps avec
l’Armée du Salut avant de se tourner ultérieurement vers les Églises baptistes pendant vingt-
sept ans avant de rejoindre les Assemblées de Dieu. 45 % des pasteurs pentecôtistes issus du
protestantisme y exerçaient déjà des responsabilités ecclésiales (cf. graphique 3) : ils
représentent à eux seuls près de la moitié de la première génération de pasteurs pentecôtistes.
Ce résultat n'a rien d'étonnant. La confession naissante des Assemblées de Dieu de
France a besoin de cadres déjà formés. Elle a directement intégré en son sein, en règle
générale, les pasteurs venus des autres horizons protestants. Cette dizaine d'hommes ont
bénéficié d'emblée d'une magistrature spirituelle qui a fait d'eux les pères fondateurs du
mouvement. Par contre, les convertis venus du catholicisme, les fidèles protestants sans
culture théologique ou les jeunes gens issus des premières assemblées n'ont été reconnus
comme ministres du culte qu'au bout d'un certain nombre d'années de formation interne. Ils
prendront la place qui leur revient lors de la décennie suivante.

B) 1941-1950 : le temps de l’extension nationale

La première partie de cette période est marquée par la guerre mondiale et ses
multiples restrictions, la seconde par une rapide expansion du pentecôtisme en France.

Graphique 4

Nous reprenons, pour ce deuxième sous-ensemble du corpus, le même type de


graphique étudié plus haut. L'étude porte cette fois sur 73 ministres du culte. Nous avons
intégré une nouvelle catégorie qui concerne des responsables issus du pentecôtisme qui ont
suivi ultérieurement un parcours au sein d'autres confessions protestantes : cela ne concerne
en fait que deux pasteurs : le jeune Clément Le Cossec, converti au sein de l’Assemblée de
Dieu du Havre, a fréquenté l'Église réformée de Reims pendant ses études dans cette ville
qui ne comptait pas encore d'assemblée de Dieu. André Piauger, déjà en cours de formation
pastorale à Rouen, avait été convié par Pierre Nicolle à exercer le ministère de pasteur dans
une Église baptiste pendant une année en Tunisie.
La donnée fondamentale qui apparaît à la lecture du graphique est la part importante
des pasteurs issus de rangs protestants, qui approche la moitié du corpus soit 44%. Cette
trentaine de ministres du culte comprend la plupart de ceux qui étaient déjà présents dans les
années 30. Ils ont été rejoints par des plus jeunes, anciens paroissiens protestants, mais
formés en interne, et par quelques pasteurs transfuges des confessions issues de la Réforme.
Il est à noter que la création de l'Union de prières de Charmes par un pasteur de l'Église
réformée de France a sensiblement freiné l'hémorragie en son sein.
Faute de renseignements précis sur un certain nombre de pasteurs, nous avons dû
ranger ces derniers dans une catégorie regroupant les origines catholiques ou inconnues. Il
apparaît, en effet, que nombre de nouveaux ministres du culte de ces années sont issus de
milieux à très faible empreinte religieuse : ils sont le fruit de l'évangélisation propre aux
Assemblées de Dieu.

C) 1951-1960 : le temps de l’essor


Au cours de cette période, sur un total de 154 pasteurs, stagiaires, pré-stagiaires ou
responsables d’églises analysés, 56 sont identifiés comme ayant eu un lien préalable avec
des églises protestantes. Ils forment 36% du corpus, ce qui est assez proche des statistiques
observées au cours de la décennie précédente (44%), quoique un peu en retrait.
Étant donné le fort accroissement du corps pastoral pentecôtiste à cette époque, la
part représentée par la génération des pionniers issus des autres confessions issues de la
Réforme avait fatalement diminué. Le relatif maintien du taux d'une origine protestante
(plus d'un tiers des cas), s’explique par un nouvel apport. Ce transfert est même assez
marqué à cette époque : la forte expansion du pentecôtisme français coïncide avec une
période de turbulences au sein des Églises luthéro-réformées et de remises en question au
sein des diverses confessions évangéliques.

Graphique 5

Désormais la catégorie dominante (62%) est celle où sont regroupées les origines
« catholiques ou inconnues à ce jour ». Il n'est pas facile en effet d'identifier avec précision
les itinéraires antérieurs de nombreux nouveaux ministres du culte pentecôtiste de cette
époque. La plupart viennent en effet de milieu formellement catholiques mais largement
détachés de toute pratique religieuse. Leur conversion a eu lieu au sein des Assemblées de
Dieu et ils ont été formés selon un processus interne.

Données complémentaires :

En 1970, soit dix ans après le terme fixé pour cette étude, sur 175 pasteurs reconnus, 48 au
minimum sont issus d’autres milieux protestants ou protestants évangéliques (non
pentecôtistes), soit 28% du corpus (en intégrant dans les 75% restants, les pasteurs dont le
parcours reste inconnu). En 1975, sur 194 pasteurs reconnus, le nombre de ministres du
culte d'origine protestante augmente légèrement pour atteindre 54 ministres du culte, soit
également 28% du corpus.
Ainsi, un demi-siècle après la naissance des Assemblées de Dieu de France, des apports
intra-protestants viennent enrichir leur corps pastoral, et ce, malgré le fait que l’ensemble ait
été multiplié par 8 (de 24 à 194 pasteurs reconnus).

2) Quelques axes d'études particuliers

A) L’analyse de photographies de conventions pastorales


Dès les débuts du Mouvement de Pentecôte, les Conventions pastorales des
Assemblées de Dieu, dont la première se tient à Argenteuil en mars 1933, revêtent deux
aspects : Ce sont des rendez-vous synodaux des pasteurs pentecôtistes (ADD) mais aussi
des occasions de rassemblements plus larges, notamment lors des réunions publiques.
D'autres pasteurs protestants y sont invités, qu'ils soient voisins, sympathisants,
théologiquement proches comme l'apostolique Thomas Roberts, ou "compagnons de route"
comme quelques amis réformés. Ces rencontres, moments fondamentaux de la vie des
Assemblées de Dieu, organisées sous l'autorité de ces assemblées délibérantes, font l'objet
de divers rapports, ainsi que de photographies commémoratives.
Pour illustrer leur intérêt nous en retiendrons ici deux, celles de 1934 et 1945.

Photographie d’une Convention pastorale au Havre en septembre 1934

Sur la photographie de la convention pastorale du Havre (septembre 1934), parmi les


pasteurs rattachés aux Assemblées de Dieu, douze des présents viennent d’Églises françaises
issues de la Réforme. Les pasteurs de la famille Nicolle (André, Pierre, Marc et Daniel
Farina), de la famille Guillaume (Oscar, Moïse et Daniel), ainsi que Félix Gallice, sont issus
de la Fédération des Églises Évangélique Baptistes de France. Ils forment un groupe
dominant, de par leur poids numérique et leur magistrature morale. Quatre étrangers les ont
rejoints : Douglas Scott, l'évangéliste fondateur, a grandi dans une famille anglicane puis
congrégationaliste en Angleterre. Le danois Ove Falg est issu des églises luthériennes.
Arthur Maret et Adolphe Hunziker ont fait une expérience de conversion au sein des Églises
réformées de Suisse. Ce dernier y a même effectué une suffragance de quelques mois avant
de rejoindre les Assemblées de Dieu.
Quelques autres pasteurs protestants présents sur la photo ne font pas partie de ce
mouvement. Charles Ingrand, pasteur de l'Église réformée de Loriol-sur-Rhône, ne rejoindra
les Assemblées de Dieu que cinq ans plus tard. Émile et Louis Dallière, ainsi que Thomas
Roberts assistent à la convention.

Photographie d’une Convention pastorale à Dieppe en 1945

La photographie officielle de la convention de Dieppe en 1945 témoigne de la


continuité de l'apport protestant au sein du corps pastoral.
Tous les pasteurs dont le visage est entouré d'un cercle sont originaires d'autres Églises
issues de la Réforme, ce qui permet de visualiser facilement leur importance numérique. En
plus des "fondateurs", comme Pierre Nicolle ou Félix Gallice, de nouveaux pasteurs issus
des milieux réformés se sont joints au collège pastoral des Assemblées de Dieu : René
Fauvel (Église réformée évangélique d’Hargicourt), Jean de Rougemont (Église réformée de
Chalon-sur-Saône). Paul-Augustin Rousseau (issu de la Fédération des Églises baptistes) a
également quitté son milieu d'origine.
Sur la photographie figurent également, comme en 1934, des pasteurs d'autres
mouvements : les réformés Émile Dallière et Samuel Delattre (fils), ainsi que le pentecôtiste
indépendant Thomas Roberts.
Nous avons identifié sur le cliché deux autres catégories de pasteurs ADD en lien avec les
autres confessions protestantes. C'est d'abord le cas des pentecôtistes qui ont épousé des
jeunes filles d'origine réformée, comme Robert Boudéhent. L'autre catégorie concerne les
pasteurs d'origine pentecôtiste ayant fréquenté d'autres Églises issues de la Réforme au
cours de leur formation. Nous avons évoqué plus haut le cas de Clément Le Cossec.

B) Le cas des pasteurs reconnus au plus haut niveau de responsabilité de 1940 à 1960.

Nous n'avons pas voulu retenir ce seul critère dans notre analyse générale, car il
aurait restreint la perspective globale. Le processus de reconnaissance pastorale peut
parfois être long dans les Assemblées de Dieu. Ainsi, Gilbert Ringenbach, qui avait été
stagiaire de Clément Le Cossec, a été missionné pour gérer et développer l’assemblée de
Dieu de Bar-le-Duc dès 1958 et il n'a validé l’ensemble de ses stages que quatre ans plus
tard, en juin 1962.
Nous constatons que les proportions d'origine de pasteurs reconnus sont tout à fait
comparables à celles du corpus plus large présenté précédemment.
De 1931 à 1939, sur 24 pasteurs référencés, 18 au minimum sont issus des milieux
protestants autres que les Assemblées de Dieu, soit 75% du corpus pastoral admis
officiellement au plus haut degré de reconnaissance. De 1941 à 1950, sur 46 pasteurs
reconnus au plus haut degré8, un minimum de 18 sont originaires d’autres Églises issues de
la Réforme, soit 39 % du corpus9. Entre 1951 et 1960, sur 111 pasteurs reconnus au plus
haut niveau, 41 proviennent d’autres confessions protestantes, soit 37% d'un corpus
sensiblement plus étoffé.

C) Identités et compétences d’origine des pasteurs pentecôtistes

L'étude des trois histogrammes correspondant aux trois décennies étudiées permet de
synthétiser les transferts religieux intra-protestants nourrissant le corps pastoral des
Assemblées de Dieu de France.

8 Du moins cité de manière officielle dans la présence à des conventions pastorales.

9 Les 18 pasteurs comptabilisés dans les deux décennies analysées ne sont pas les mêmes puisque plusieurs
pasteurs d’origine protestantes sont repartis dans leur pays d’origine fonder des Églises pentecôtistes (ex : Hunziker,
Lorenz, Maret...partis pour la Suisse).
- L'apport baptiste, déjà étudié par Sébastien Fath, s'est révélé dominant et fondamental dans
les années 1930, mais ne s'est guère accru ensuite (hormis un regain à la fin des années 1950
et début des années 1960)10. On peut probablement voir dans ce fléchissement la
conséquence de l'acceptation des pratiques pentecôtistes dans des communautés comme
celles de la Fédération des Églises Baptistes.
- Les Églises luthéro-réformées ont représenté l'essentiel des transferts, en valeur absolue
sur la période, et de façon très nette à partir de la Seconde Guerre Mondiale.
- Les Églises évangéliques, autres que baptistes, que l'on peut définir comme "piétistes" ou
"de professants" fournissent également de futurs pasteurs des Assemblées de Dieu à partir
de cette période. Il faut sans doute corréler ce phénomène aux vives tensions qui se sont
alors manifestées entre les pentecôtistes et les communautés proches de la Fédération
Évangélique de France, elles-mêmes en nette progression à cette époque. Les séquelles de
ces désaccords se sont soldées historiquement lors de la création du Conseil National des
Évangéliques de France.
- Si l'on aborde, enfin, les nationalités d'origine des ministres du culte des Assemblées de
Dieu de France, il apparaît que la proportion de missionnaires venus de l'extérieur a été
extrêmement faible.
La période où la part de pasteurs étrangers est la plus notable au sein des Assemblées de
Dieu est assez logiquement la première décennie. Ils représentent alors en effet 25 % de
l'effectif total, même s’ils ne sont en tout que deux, un Britannique et un Suédois. Les autres
étrangers, essentiellement suisses, sont en fait de jeunes pasteurs qui complètent leur
formation auprès de Douglas Scott. Beaucoup retournent ensuite dans leur pays.
Au cours de la décennie 1941-1950, la proportion de pasteurs étrangers est en baisse
sensible : environ 15% de l'effectif. Après un séjour au Congo de 1939 à 1946, Douglas et
Clarisse Scott reviennent en France en mars 1947.
La décroissance du nombre de ministres du culte venus de l'étranger se poursuit encore
après 1950. La proportion est de l'ordre de 8% des effectifs au cours de cette décennie. Cette
réalité qui s'est confirmée ensuite, a contribué à donner aux Assemblées de Dieu de France
un caractère fortement endogène, cultivant ses spécificités culturelles nationales, de façon
plus marquée que la plupart des autres Églises évangéliques du pays.

10 Sébastien Fath, "Baptistes et pentecôtistes en France, une histoire parallèle", Bulletin de la Société de
l'Histoire du Protestantisme Français, 2000, p. 523-567.
3) Itinéraires pastoraux.

L’article rédigé par Sébastien Fath sur la relation des « baptistes et pentecôtistes en
France : une histoire parallèle ? 11» illustre une réalité déjà connue, à savoir l’influence
directe et indirecte du baptisme sur le pentecôtisme français. À ce sujet, Sébastien Fath
écrit :

« qu’au-delà des cercles de la Fédération Baptiste, il pouvait exister ailleurs, chez des
baptistes de culture a priori fondamentaliste, un capital de sympathie réel à l’égard du
pentecôtisme, perçu en tant que mouvement protestant de Réveil12, même si, au sein de
l’A.E.E.B.F. comme des baptistes indépendants13, la méfiance et la réprobation dominent.
Avec cet appui, les pentecôtistes purent s’implanter plus aisément (...). Dans ces processus
décalés d’implantation, on constate ainsi en quelque sorte un “effet de dominos” : les
luthéro-réformés appuient l’implantation des baptistes qui, à leur tour, appuient
l’implantation pentecôtiste suivant un nouvel axe professant14 ».

11 Idem.

12 Notamment chez le pasteur Ruben Saillens qui avait contribué au baptême d’eau de Pierre Nicolle et à son
passage aux églises baptistes.

13 Nous pourrons ajouter le rôle des Brigadiers de la Drôme dans les années 30, de l’Action Biblique avec Hugh
Edward Alexander ou H. Guitton qui ont tenu des propos virulents voire méprisants à l’égard des pentecôtistes.

14 Sébastien Fath, Baptistes et Pentecôtistes en France, une histoire parallèle ?, Bulletin de la Société de
l’Histoire du Protestantisme Français (BSHPF), juillet-sept. 2000, p.523-567
S’il est désormais acquis que l’implantation pentecôtiste ait été clairement appuyée
voire soutenue par d’importants responsables baptistes de la FEEBF, comme Paul Pelcé ou
Ruben Saillens, il apparaît également que les Églises ADD ont également des « compagnons
de route » au sein d’autres Églises protestantes réformées et/ou évangéliques. Quelle a été,
notamment, la part des Églises de type calviniste (Église réformée de France, Églises
réformées évangéliques) dans cet appui ? C’est notre champ de recherches actuel. Nous
présenterons, pour l’aborder, quelques courtes notices biographiques.

A) Pierre Nicolle (1882-1972) : le « tribun baptiste » du pentecôtisme.

«Ayant eu connaissance du « salut » par l’Armée du Salut, j’ai compris le « baptême


des croyants » grâce à l’église baptiste et finalement, j’ai reçu le « baptême de l’Esprit »
dans le Mouvement dit « Pentecôtiste ». Ces trois expériences restent claires et définies
dans mon esprit et il est superflu d’ajouter que j’étais (...) consentant à chacune d’elles».15
Le pasteur Pierre Nicolle, figure emblématique du pentecôtisme pendant près d’un demi-
siècle (1932-1972), s’est présenté comme héritier de la complémentarité des différentes
composantes des Églises protestantes.

Né le 22 novembre 1882 à Saint-Pierre-sur-Dives dans le Calvados, d’un père


percepteur et d’une mère descendante de petite noblesse normande16, Pierre Nicolle
s’installe à Paris où il fait une expérience de conversion lors d’une réunion de l’Armée du
Salut (20 août 1902). Après avoir suivi le cycle de formation de l’Armée du Salut, il devient
officier, fonction qu’il occupera pendant près de 3 ans.
Il est alors marqué par le ministère de l’évangéliste et pasteur Ruben Saillens. Il est
donc convaincu de la nécessité de se faire baptiser par immersion dans l’Église baptiste de
l’Avenue du Maine (Pentecôte 1905). Il est alors envoyé par le pasteur Philémon Vincent
comme pasteur de l’Église baptiste de Bruay-en-Artois , de 1906 à décembre 1914, puis
comme missionnaire en Algérie, à Cherchell (Kabylie), où il côtoie de près le missionnaire
Émile Rolland qui marquera sa vie (1915-1926). De retour en France, il travaille auprès de
Robert Dubarry (1926-1928). Après quelque temps dans la paroisse des fosses dans l’Aube
(Le Nid Fleuri), il devient le pasteur de l’Église baptiste (FEEBF) de La Fère (1929-1931).
Après la rencontre de Douglas Scott et Christo Domoutchief, il expérimente le
baptême du Saint-Esprit le 7 mai 1931. Après 27 ans de collaboration au sein d’Églises de

15 Pierre Nicolle, Lueurs et reflets, Éditions Viens et Vois, 4ème trimestre 1977, p. 93 d’après un article datant de
décembre 1947 (publié dans la revue Viens et Vois).

16 André et Samuel Nicolle (Documents compilés par Samuel Nicolle d’après des manuscrits d’André Nicolle),
Actes de Pentecôte en France, Tome 1, 2 et 3 non édités (transmis par l’auteur et autorisation d’utilisation des données).
type baptiste, Pierre Nicolle quitte sa paroisse de la Fère pour développer l’Assemblée de
Dieu de la région rouennaise à partir du 2 janvier 1932.
Il est à l’origine du développement de l’ensemble paroissial pentecôtiste de Rouen
qui passe de 9 à 454 membres entre 1932 à 1947, il supervise l’implantation de nombreuses
annexes ou Églises filles avec l’assistance de collaborateurs, stagiaires et responsables
laïques17 (Elbeuf, Louviers, Oissel, Saint-Étienne-du-Rouvray, Yvetot, Saint-Saëns,
Maromme, Caudebec-en-Caux...). Le rôle de Pierre Nicolle se développe au niveau
national. Il fonde la Fédération des Assemblées de Dieu de France. Il visite et conseille les
Églises en métropole et en Algérie, et est considéré comme un père spirituel pour beaucoup.
Il correspond à la catégorie de pasteurs que Philippe Gaudin qualifierait de « pasteurs-
patriarches », également identifiables au sein des Églises réformées pendant de nombreuses
décennies.
L’autre aspect notable du ministère du pasteur Pierre Nicolle fut celui de cultiver des
relations durables dans certains cercles intra-protestants. Il organise régulièrement des
rencontres fraternelles avec les responsables locaux des Églises réformées, de l’Armée du
Salut, de la Mission Populaire Évangélique et avec le pasteur de l’Église scandinave. Il
invite régulièrement à prêcher dans son église de Rouen le pasteur des Églises libres,
Samuel Delattre, ou le pasteur Bernard de Perrot. Les deux documents ci-dessous
illustrent le champ relationnel et spirituel du pasteur Pierre Nicolle. En effet, en 1952, il
invite à une retraite spirituelle nationale, deux intervenants extérieurs au corps pastoral des
Assemblées de Dieu : l’un est réformé et l’autre baptiste. Le premier, Fadiey Lovsky, était
membre de l’Église réformée (en lien étroit avec le groupe de prière pentecôtisant de
Charmes) et le second, Jean Woerner (pasteur baptiste FEEBF, de tendance pentecôtiste).
Cette invitation a eu lieu vingt-deux ans après l’arrivée au Havre de Douglas Scott, le 1er
janvier 1930.18 Le pasteur Lucien Clerc résumait ainsi son parcours ecclésial : « Ce qu’il a
vécu dans les églises baptistes, il s’en inspire, avec une dimension pentecôtiste »19.
Pierre Nicolle décède le 29 octobre 1972 à Garnetot (Calvados)20.

Document de gauche : article de le revue Viens et Vois (revue officielle des Assemblées de
Dieu) du mois de juin 1952 annonçant la retraite spirituelle en août 1952 avec Fadiey
Lovsky et Jean Woerner .

17 Plusieurs Églises furent ouvertes par les jeunes pasteurs évangélistes : André, Marc Nicolle, Daniel Farina,
André Dugard, sous l’égide de Pierre Nicolle aidé de plusieurs laïcs (ex : M. Gauzi, prédicateur laïc devenu pasteur).

18 Entretien de Fabio Morin avec Fadiey Lovsky, le 8 juillet 2013, à son domicile à Échirolles. Fadiey Lovsky
explique lors de cet entretien que «le critère distinctif, à cette époque (années 1930-1950) qui permettait le
rassemblement était la position d’ouverture ou non au Réveil » (sous-entendu pentecôtisant).

19 Cf. la notice biographique rédigée par Lucien Clerc intitulée « Pierre Nicolle (1882-1972), un pasteur baptiste
dont l’empreinte a marqué le pentecôtisme français », Bulletin de la Société d’histoire et de documentation baptistes de
France, «Visage du baptisme», n°2, 2014, p. 207-208 ainsi que divers entretiens de Fabio Morin avec Lucien Clerc de
2010 à 2013, puis avec son épouse jusqu’en 2014.

20 Eléments complémentaires (date et ville de décès) transmis par Samuel Nicolle (petit-fils de Pierre Nicolle et
auteur des 3 tomes intitulés Actes de Pentecôte en France, non publié) le 17 avril 2016 à son domicile.
Photo (de droite) : Pierre Nicolle, Jean Woerner, Lucien Clerc en 1953 devant un temple
baptiste du Nord de la France.

B) René Fauvel (1904-1998): De la Faculté de théologie protestante de Paris à un


ministère pastoral pentecôtiste.21

René Fauvel pendant ses études de théologie à la faculté protestante de Paris.

Né le 4 juin 1904 à Saint-Pois dans l’Orne, issu d’une famille catholique aisée, René
Fauvel fait des études de Droit à Caen et obtient un diplôme de clerc d’avoué. C’est à Caen
qu’il se rend pour la première fois au temple réformé suite au témoignage d’une jeune
protestante : Mlle Neige Lehnebach. Sur les conseils de son pasteur, il intègre la Faculté
libre de Théologie Protestante de Paris. Officier de réserve, il se rend à Saint-Avold dans le
cadre de son service militaire.
Lors d’un rassemblement de jeunes protestants appelés Chevaliers de la paix, il y
rencontre une jeune étudiante infirmière, Élyane Hofer, fille de riches industriels protestants
de Ribeauvillé avec qui il se marie le 22 août 1932 à l’église réformée de Saint-Paul à
Strasbourg. Le mariage est célébré par le pasteur Marc Boegner. Il obtient son diplôme de
bachelier en Théologie le 8 avril 1933 avec pour parrain d’études le pasteur Wilfred Monod.
Son sujet de thèse traite de «la vie de Jean-François Oberlin». Il devient pasteur titulaire de
l’Église réformée évangélique d’Hargicourt de 1933 à 193622.

Diplôme daté du 8 avril 1933 : Certificat de Bachelier de la Faculté de Théologie


Protestante de Paris

Ses liens avec le pentecôtisme se nouent à partir du mois d’octobre 1931 lorsqu’il
assiste pour la première fois, sur l’invitation d’un collègue réformé (Dupont), à des réunions
de type pentecôtiste en Belgique, dans la région de Charleroi. Il est bouleversé par le
message de Douglas Scott. Il assiste au baptême du Saint-Esprit de M. De Worm, pasteur
protestant de la commune belge de Pâturages. Après un entretien particulier avec Douglas
Scott, il est baptisé du Saint-Esprit et se met à parler en langues. Il poursuit néanmoins ses

21 Cf. Archives Nationales, Répertoire numérique du fonds de l’Église réformée de France. Toutes les
informations précises sur le parcours de René Fauvel ont été transmises par courrier et au cours de divers entretiens
tenus entre 2015 et 2016 par Jean Fauvel. Entretien avec Lydie-Tasset née Fauvel le 20 janvier 2016.

22 Les archives de l’Église Réformée d’Hargicourt permettent d’avoir des informations précises sur la durée du
ministère de René Fauvel à Hargicourt. Sollicité dès le mois de janvier 1932, il est titulaire du poste le 25 avril 1933,
quelques jours après l’obtention de son diplôme. Sources : comptes-rendus des conseils presbytéraux de 1932 à 1936
aimablement transmis par la responsable des archives de l’ERF d’Hargicourt.
perspectives de ministère pastoral au sein de l’Église réformée évangélique, et cela malgré
la décision du synode national d’Auteuil (20-23 juin 1933) plutôt prudente vis-à-vis du
Pentecôtisme23, Sébastien Fath explique que « cette enquête [du synode] laissa la liberté
d’appréciation à chacun (donc pas de condamnation formelle) tout en mettant en garde
contre les mouvements marginaux, facteurs de divisions. Elle mériterait une étude
spécifique et une mise en perspective par rapport à l’histoire ultérieure des relations entre
réformés et pentecôtistes »24. Le parcours initial de René Fauvel illustre donc la potentialité
d’être pasteur pentecôtiste au sein des Églises Réformées Évangéliques après 1933.
Toutefois, en 1936, René Fauvel répond favorablement à une proposition de carrière
pastorale dans l’une des deux Assemblées de Dieu du Havre en 1936. Il est en poste dans la
paroisse du Havre-Frileuse (1936-1938), puis à Paris dans celle de la rue de La Cour-des-
Noues de 1938 à 1949. René Fauvel devient une référence écoutée au sein du Mouvement
de Pentecôte français. Il visite des œuvres isolées (Brest, Strasbourg...) et organise des
rencontres internationales, salle de la Mutualité à Paris. Au cours des années 1940, il
développe des cours bibliques de théologie à l’École Biblique de Vincennes. Un minimum
d’une vingtaine de pasteurs ou épouses de pasteurs y seront formés. Il développe également
des cours par correspondance qu’il confie rapidement à Mario Echtler. En octobre 1947, 150
étudiants suivent les cours par correspondance depuis la France, la Suisse, la Belgique et le
Canada.25 À partir des années 1950, pendant plusieurs décennies, il travaillera plus
spécifiquement, à la suite du pasteur Kenneth Ware, pour l’Hebrew Evangelisation Society
dans le cadre d’une mission évangélique destinée aux juifs. Ce travail se fera notamment
dans le XVIIIème arrondissement, rue Myrha à Paris26. René Fauvel décède le 4 mai 1998, à
Bourg-en-Bresse, à l’âge de 93 ans.

C) André Thomas-Brès (1901-1978) : un auteur pentecôtiste de référence formé à la


Faculté de Théologie de Montpellier. 27

André Thomas-Brès, orateur lors de la conférence mondiale de Pentecôte à Londres en 1952.

André Thomas-Brès est né à Reims, le 17 novembre 1901. Son père, expert chimiste,
passionné de peinture et peintre, et sa mère institutrice, choisissent de lui donner une

23 Maurice Longeiret, Les déchirements de l’unité (1933-1938), Éditions Excelsis, 2004, p.65

24 Sébastien Fath, «Baptistes et Pentecôtistes en France, une histoire parallèle ?», Bulletin de la Société de
l’Histoire du Protestantisme Français (BSHPF), juillet-sept.2000, p.541.

25 Rapport d’activité dans la revue Viens et Vois du mois d’octobre 1947, p. 159.

26 Le pasteur André Boulagnon, collaborateur de René Fauvel puis d’Henri Vincent, a confirmé ce parcours lors
de plusieurs entretiens, notamment le 16 mars 2016.

27 D’après Samuel Nicolle, L’histoire de l’Assemblée de Dieu de Nice (non publié, transmis par l’auteur) ; notice
biographique rédigée par Mme Irène Thomas-Brès, et nécrologie publiée dans la revue Pentecôte en octobre 1978 (p.5)
ainsi que divers entretiens de Fabio Morin avec Marcel Marchioni (collaborateur d’André Thomas-Brès) le 22 janvier
2015 à Nice.
instruction religieuse protestante. Il effectue ses études au lycée Henri IV à Paris. Pendant
cette période, le pasteur Gout va l’accompagner dans son cheminement spirituel jusqu’à la
première communion en 1917. Il passe son baccalauréat à Poitiers où il s’installe avec sa
famille à la fin de la guerre.
Il reçoit la vocation au ministère pastoral au cours d’un Camp de la Fédération des
Étudiants Chrétiens dirigé par Pierre Maury. Il entre à la Faculté de Théologie de
Montpellier où il est étudiant pendant quatre ans. Sa thèse de fin d’études a pour sujet : «
Coup d’oeil sur l’Histoire de la cure d’âmes dans l’Église réformée»28. Il est pasteur à
Grand-Gallargues, parallèlement à ses études. Son épouse Irène suit le même cursus
théologique.
Après son baccalauréat en Théologie, il devient second pasteur de l’Église réformée
de Vabre (Tarn). Avec Irène, le 2 Mai 1926, il reçoit le baptême par immersion administré
par le pasteur baptiste Robert Dubarry. Ils se joignent tous deux à l’ Association Baptiste de
Langue Française (AFLF). André Thomas-Brès effectue ensuite un stage dans la paroisse
baptiste de Nîmes auprès du pasteur Dubarry, puis en Suisse à la Chaux-de-Fonds (1928-
1932). C’est en 1932, à la suite d’une tournée de Douglas Scott organisée en Suisse par les
pasteurs Samuel Delattre et Bernard de Perrot, qu’il rejoint le mouvement pentecôtiste. Il
collabore avec plusieurs autres pasteurs protestants au Réveil en Suisse. L’Église baptiste de
la Chaux-de-fonds accepte de vivre également cette nouvelle orientation. Représentant du
Réveil en Suisse Romande et Alémanique, il est désigné comme « Agent Général du
Réveil » (1935-1939), ce qui le conduit à s’installer à Genève avec son épouse.
En août 1939, André Thomas-Brès rejoint les Assemblées de Dieu en France et
s’installe à Nice à la suite de M. et Mme Douglas Scott. Aidés du pasteur Hermann Parli et
de son épouse, les époux Thomas-Brès développent une Église florissante qui se réunit dans
la Chapelle anglaise (1943-1945) puis dans la Chapelle anglicane (rue Notre-Dame) de 1945
à 1950, avant d’acquérir la salle principale de l’Hôtel Majestic en 1950. André Thomas-Brès
supervise d’autres œuvres à Sospel, Cap-Ferrat, Beausoleil, Menton et Cagnes-sur-Mer. Il
exerce son ministère pastoral à Nice de 1939 à 1969, date à laquelle le pasteur Claude Lust
lui succède. Il enseigne pendant plusieurs années à l’École Biblique des Assemblées de
Dieu, au château de Bièvres.
Son rôle a été notable au niveau national et international. Il représente les Assemblées
de Dieu lors des Conférences mondiales de Pentecôte en Angleterre, en Italie, en Espagne et
au Portugal. En 1957, il est nommé secrétaire de l’Action missionnaire des Assemblées de
Dieu. Il est également l’interlocuteur privilégié de plusieurs pasteurs réformés. Écrivain
prolifique, il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages29 de référence dans les milieux
pentecôtistes, notamment « Histoire d’Israël », « La foi donnée aux saints une fois pour
toutes », « Notre Père » publié par les Éditions Viens et Vois. Il rédige de nombreux articles
dans la revue des Assemblées de Dieu intitulée Viens et Vois puis Pentecôte.
Il décède à Nice, le 1er septembre 1978.

28 Cette thèse est soutenue en juillet 1925 (informations aimablement transmises par Gilles Vidal et Marie-
Christine Griffon à partir des archives de la Faculté de théologie protestante de Montpellier).

29 Quatorze ouvrages sont référencés sur le site de la maison d’Éditions Viens et Vois. [Link]
D) Jean de Rougemont (1909-1971)30 : pasteur réformé, issu d’une famille protestante
de renom, devenu pentecôtiste.

Fils de Jean de Rougemont, pasteur et professeur de Théologie, et de Béatrice de


Perrot, fille du colonel de Perrot, Jean de Rougemont est né le 9 avril 1909 à Neuchâtel en
Suisse. Il se dirige vers le ministère pastoral et effectue sa formation théologique au sein de
la Faculté de Théologie protestante indépendante des Églises libres de Neuchâtel où son
père avait été professeur. Il est le neveu du pasteur Bernard de Perrot par sa mère et de Fritz
de Rougemont par son père. Il est également cousin de l’essayiste et philosophe Denis de
Rougemont. Il se marie le 14 septembre 1935 à Antoinette Sluyterman Van Loo, d’une
famille aristocratique de la Haye (Pays-Bas). La même année, il devient pasteur de l’Église
réformée évangélique de Chalon-sur-Saône31 et ce, jusqu’en 1943. Il accompagne sa
paroisse lors de son intégration à l’Église Réformée de France en 193832.
Ses contacts avec les Assemblées de Dieu depuis quelques années33, vont le conduire
en 1943, à rejoindre à Rouen le pasteur Pierre Nicolle avec lequel il fonde une École
Biblique des Assemblées de Dieu. Il travaille dans ce domaine de 1943 à 1947. Après cette
période, il rentre en Suisse plusieurs années dans le cadre de l’Église Réformée de Suisse
Romande où il est, par exemple, pasteur aux Planchettes, avant de repartir (1962-1971)
pasteur-missionnaire des Assemblées de Dieu de France en Haute-Volta (actuellement
Burkina Faso) auprès d’un ancien catéchumène de l’Église réformée de Chalon-sur-Saône,
le pasteur Pierre Dupret. Il travaillera à la formation théologique de plusieurs pasteurs
pentecôtistes à l’École Biblique de Haute-Volta. Il décède le 13 avril 1971 à Neuchâtel.

30 Entretiens de 2013 à 2016, avec quatre filles de Jean et Antoinette de Rougemont pour la préparation d’un
ouvrage biographique de Jean de Rougemont : Marguerite, Irène, Suzanne, Claire.

31 Source : compte-rendu des conseils d’administration de 1935 à 1943 de l’Église Réformée de Chalon-sur-
Saône (devenue ERF en 1938).

32 Ibid.

33 Cf la photographie officielle des participants à la convention pastorale en 1942


Convention pastorale en 1942 à l’ADD de Caen (Jean de Rougemont, au deuxième rang à
droite, est encore pasteur de l’ERF de Chalon-sur-Saône, mais participe à la Convention).

E) d’autres itinéraires pastoraux :

Samuel (1921-2006) et Charles Guilhot (1921-2000) :

Le parcours des jumeaux Samuel et Charles Guilhot mérite d’être relaté dans le cadre
de nos recherches. De fait, Samuel et Charles sont nés le 22 mars 1921 à la maternité de
Port-Royal à Paris. Samuel est baptisé par aspersion à l’âge de 10 ans au sein de l’Église
Réformée de Montélimar. Il fréquente assidûment le temple protestant avec son frère
Charles, Samuel assistera même son pasteur dans l’enseignement des enfants à l’école du
dimanche et dans diverses tâches pastorales.34 Quelques lettres du pasteur André Boegner,
frère du pasteur Marc Boegner35, confirment la relation privilégiée que Samuel Guilhot a
entretenue avec l’Église Réformée de Montélimar et son pasteur, non seulement en 1942
mais même en décembre 1950, près de deux ans après son entrée dans les Assemblées de
Dieu :
« Cher ami. J’ai été si occupé depuis quelques semaines que je ne vous ai pas écrit.
Et pourtant, combien je suis touché de votre affection si fidèle. Elle me fait du bien. J’ai
beaucoup regretté votre absence pendant les derniers mois de mon ministère à Montélimar.
Bientôt, vous y reviendrez. Puissiez-vous y être dans l’Église, un témoin partout, un témoin
de Jésus-Christ et une force par votre vie et votre témoignage. (…) Je ne vous oublierai pas.

34 D’après les documents transmis par la famille de Samuel Guilhot (Irène et Hélène notamment). Divers
échanges et entretiens au cours de l’année 2015-2016.

35 Marc Boegner fut président de la Fédération Protestante de France 1929 à 1961 et de l’Église Réformée de
1938 à 1950. Cf. Philippe Boegner, Carnets du pasteur Boegner (1940-1945), Éditions Fayard, 1992, p. 8-9).
Au revoir mon cher Samuel, que Dieu vous garde. Croyez toujours à ma grande
affection et aussi à celle de ma femme. À vous de tout cœur36. »

Lettre du pasteur André Boegner adressée à Samuel Guilhot datée du 20 juillet 1942. Carte
postale et lettre envoyée par André Boegner en décembre 1950 alors que Samuel Guilhot
travaille au sein des Assemblées de Dieu depuis près de deux ans.

Un riche industriel, Marcel Salzmann lui propose de prendre en charge ses études à
l’Institut Biblique de Nogent, ce qu’il fait de 1946 à 1949. Il est baptisé par immersion et
fréquente pendant cette période le temple baptiste de l’Avenue du Maine où il rencontre son
épouse : Louisette Olivier, administratrice du journal Croire et Servir37. Leur mariage est
célébré le 13 mai 1949 à l’église baptiste de l’avenue du Maine par le pasteur Henri
Vincent, président de la Fédération des Églises Évangéliques Baptistes de 1936 à 196338.
Il rejoint les Assemblées de Dieu en 1949 à Toulon, Marseille, Antibes, avant de
rejoindre le missionnaire Pierre Dupret de 1953 à 1955 en Haute-Volta. Après avoir travaillé
dans diverses assemblées parisiennes, il fonde l’Assemblée de Dieu établie depuis 1965 à
Clamart. Enseignant mais également poète apprécié, notamment par le pasteur Jules-Marcel
Nicole39, il enseigne la théologie dans différents Instituts Bibliques pentecôtistes à
Andrimont en Belgique de 1962 à 1969 puis à Bièvres jusqu’en 1976. Il décède le 16 août
2006 à Clamart.

Charles Guilhot (1921-2000), son frère, fut également pasteur des Assemblées de
Dieu à Albi et Beausoleil. Son épouse, d’origine baptiste, est toujours membre de
l’Assemblée de Marseille-la-Rose en 2016.40

Jean Abercrombie (1915-1999)41.

36 Archives privées, Lettre d’André Boegner,pasteur à Montélimar et datée du 20 juillet 1942, adressée à Samuel
Guilhot.

37 Le pasteur André Thobois évoque Louisette Olivier et Samuel Guilhot dans son ouvrage autobiographique :
André Thobois, Voyageurs mais pas étrangers (Carnets de voyages), Éditions Croire et Servir, Hors Série n°5, Paris,
2005, p. 23.

38 André Thobois, « Henri Vincent, infatigable serviteur du Christ, passionné d’évangélisation », Croire et
Servir, Hors série n°3, 2001.

39 Cf. Cahiers de l’École Biblique de Nogent de Mars, 1977, p.1 à 6. Les six premières pages du cahier
présentent un poème de Samuel Guilhot intitulé L'épreuve de Job.

40 Entretien avec Mme Yvonne Guilhot, le 21 janvier 2015 à Marseille.

41 Échanges avec la famille de Jean Abercrombie (de 2014 et 2015).


Officier de la marine marchande, il se destine au pastorat et s’inscrit à l’École de Théologie
Méthodiste de Paris et suit des cours complémentaires à la Faculté libre de Théologie
Protestante du Boulevard Arago. Il est affecté à la paroisse réformée de Lisieux 42, en
remplacement du pasteur Henri Orange. Il travaille ensuite au sein de la Methodist
Misionnary Society en Côte d’Ivoire avant de candidater comme pasteur au sein des
Assemblées de Dieu en 1954, suite à divers échanges avec Douglas Scott. Il travaillera dans
des Églises importantes du Sud de la France : Montauban, Limoges, Dax…

F) Les premiers couples missionnaires des Assemblées de Dieu d’origine


confessionnelle protestante réformée.

Le parcours préalable des premiers couples de missionnaires des Assemblées de


Dieu est également marqué par l’influence protestante de type réformé. Trois parcours
illustrent ce constat : Gaston Vernaud qui rejoint les Assemblées de Dieu en 1939, Pierre
Dupret qui œuvre en Haute-Volta à partir de 1948, Samuel Guilhot qui y rejoint ce dernier
de 1953 à 1955. Les trois premiers couples missionnaires pentecôtistes sont donc issus des
Églises Réformées. Les prémices de ce témoignage extérieur des Assemblées de Dieu ont
débuté en 1939 et aboutissent à la création d’un Comité missionnaire en 1957.
Ce Comité français encadrant l’Action Missionnaire mériterait également d’être
analysé puisqu’il est composé de trois pasteurs, dont deux sont issus des Églises baptistes,
tandis que le troisième est un ancien instituteur libre-penseur. La mission est donc confiée et
supervisée quasi exclusivement par des pasteurs passés par des Églises issues de la
Réforme. Nous retrouvons-là leur position de référence dans les Assemblées de Dieu de
France, mais aussi la prise en compte de leur expérience préalable au sein d'autres unions
d’églises.

Gaston Vernaud (1902-1970)43

Né à Waadt (Vaud) en Suisse, Gaston Vernaud est membre de l’Église nationale


Vaudoise. C’est en écoutant le message du Sadhou Sundar Singh qu’il se convertit à Jésus-
Christ à Lausanne à l’âge de 16 ans,. Il reçoit rapidement un appel missionnaire.

42 Pour plus d’informations sur la période de Jean Abercrombie à Lisieux en remplacement du pasteur Henri
Orange : CF. [Link]
[Link].

43 Sources : Stanley Burgess et Édouard M. Van der Mass, New international Dictionary of Pentecostal and
Charismatic movements, Zondervan, 2010, p. 1174-1175 ; Gaston Vernaud, Témoignage de ma conversion, vocation
missionnaire et baptême dans le Saint-Esprit, Mai 1947, p. 72-74.
En 1930, Gaston Vernaud est envoyé par la Société des Missions Évangélique de
Paris (SMEP) comme assistant de mission, puis comme pasteur missionnaire. Son fils
Jacques (fondateur d’Églises de Pentecôte au Congo-Kinshasa) est né pendant cette période
(en 1932) à la station missionnaire d’Albert Schweitzer à Lambaréné. En 1934, Gaston
Vernaud et son épouse sont baptisés du Saint-Esprit lors d’une campagne pentecôtiste du
revivaliste George Jeffreys à Bienne. C’est le pasteur André Thomas-Brès qui les baptise par
immersion. La Société des Missions (SMEP44) l’envoie en 1935 fonder une nouvelle
mission à Baraka, près de Libreville. Mais la rupture est proche. Gaston Vernaud écrit dans
un témoignage autobiographique : « À la suite d’un vif dissentiment entre le comité
directeur de notre mission et nous-mêmes (Actes 15/39), nous fûmes obligés de nous
séparer » en 1937»45.
Après un séjour en Suisse, Gaston Vernaud repart à nouveau au Gabon en juillet
1939, cette fois dans le cadre des Assemblées de Dieu de France, suite à la Convention
nationale de Nîmes46. Il fonde avec son épouse, et aidés de Mlle Jacoud, en accord avec le
Gouverneur Général de l’Afrique Équatoriale, une nouvelle mission à Owendo. Président
des Assemblées de Dieu du Gabon depuis 1943, il cède la présidence en août 1963. Il rentre
en Suisse en 1968 et y décède le 6 mai 1970.

Pierre Dupret (1915-2003)

Né le 20 décembre 1915 à Vauvert (près de Nîmes) au sein d’une famille protestante


de type réformé, Pierre Dupret fut impacté dans son adolescence par le ministère du pasteur
Jean de Rougemont au sein de l’ERF de Châlon-sur-Saône.
En 1939, il est enrôlé pendant la Seconde Guerre mondiale et se retrouve engagé
dans un service d’aumônerie protestante. Fait prisonnier, il restera jusqu’en 1945 dans un
camp en Pologne.
Le 20 décembre 1945, il épouse Blanche Christiaens (née en 1924) également
originaire de l’Église Réformée dans la région de Nice. Pierre et Blanche Dupret partent
comme missionnaires dans le cadre de la C.M.A.47, à Bouaké (Côte d’Ivoire) en juin 1946
puis en Guinée (1947-1948). Ils rejoignent la mission des Assemblées de Dieu en Haute-
Volta en 1948 (Burkina Faso) où ils implantent la Station Missionnaire française de

44 Société des missions évangéliques de Paris créée en 1822.

45 Gaston Vernaud, Témoignage de ma conversion, vocation missionnaire et baptême dans le Saint-Esprit, Mai
1947, p. 72.

46 Archives privées des Assemblées de Dieu de France : compte-rendu de convention pastorale.

47 Christian and Missionary Alliance est un regroupement d’Églises chrétiennes évangéliques développé par
A.B. Simpson, organisation créée en 1897. Le centre de formation biblique fut à Nyack pendant de nombreuses années
(c’est dans cette école biblique que Mme Jeanne Nicolle fut formée). Ce mouvement est classé plutôt dans le
mouvement de sanctification, très développé outre atlantique. Blanche Dupret explique que l’Église (C.M.A) de Bouaké
«est une Église au sein de laquelle n’est donné aucun enseignement sur le Saint-Esprit, où les dons spirituels sont
absents, où la Sainte-Cène n’est pas distribuée... Nous n’avons «que des relations de travail, aucune communion
spirituelle...». (Cf. DUPRET Blanche, le souffle du réveil, Éditions Rdf, 1996, p. 15.)
Ouagadougou (appelée Centre Évangélique Protestant). Cette base leur a permis de
rayonner dans tout le pays. Ils y ouvrent une école primaire, une pouponnière et développent
un travail social parmi les jeunes délinquants. Un collège d’enseignement est ouvert en
1953. En 1963, une deuxième station missionnaire est ouverte à Loumbila (à 18km de la
capitale vers le Nord). En 1971, une troisième station missionnaire est implantée par le
pasteur Bernard Bertholon à Dori. En 1972, une quatrième station missionnaire s’installe à
Boromo. Un ancien prêtre catholique, Oscar Calgani, ordonné à Rome, deviendra le
référent-missionnaire de cette station à partir de 1979. Pierre Dupret accompagnera
plusieurs dizaines de missionnaires et de jeunes appelés volontaires du Service National au
titre de la Coopération, dont plusieurs deviendront ensuite pasteurs en métropole. La vie de
la station française a été marquées par plusieurs réveils spirituels qui ont favorisé le
développement des Églises pentecôtistes au Burkina-Faso.
Pierre Dupret revient en France en 1980 où il travaille avec son épouse au sein du
centre social SOS jeunes à Mulhouse jusqu’en 1995. Il se joint à l’équipe pastorale de
l’Assemblée de Dieu locale de la ville de Saint-Louis (Haut-Rhin). Il décède à Mulhouse en
octobre 2003.48

G) Les compagnons de route des Assemblées de Dieu : le pasteur Henri Nick, un


parcours emblématique.

Les relations des pasteurs pentecôtistes ou pentecôtisants avec les autres Églises
issues de la Réforme ont évolué au cours des décennies, selon la personnalité des pasteurs et
les différents contextes historiques et culturels. Si certaines difficultés relationnelles et
certains écrits49 ont contribué à une ignorance mutuelle voire à des conflits profonds50, il
existe d’autres réalités fraternelles positives qui sont en cours d’analyse. De fait, certaines
relations formelles ou informelles ont contribué à faciliter les liens fraternels entre divers
courants du protestantisme y compris avec les pasteurs des Assemblées de Dieu.
Les compagnons de route du pentecôtisme (Louis et Émile Dallière, Thomas
Roberts, Henri Nick, Samuel Delattre, Jean Woerner, Fadiey Lovsky, Bernard de Perrot ...)
jouèrent également un rôle majeur en faveur des Assemblées de Dieu, tout spécialement au

48 Entretien de Fabio Morin avec Mme Blanche Dupret, le 24 mai et le 28 juin 2016. Nécrologie rédigée par Paul
Calzada dans le magazine Pentecôte, janvier 2004, p.22-23. CALZADA Paul, Racontez ses merveilles (histoire des 40
ans de l’action missionnaire, Éditions Viens et Vois, 1997, p.10-35

49 H.E. Alexander, Pentecôtisme ou Christianisme ?, Genève-Paris, Éditions Maison de la Bible, 1933 ; W.H.
Guitton, Le Mouvement de Pentecôte et la Bible, Paris, Éditions des Bons Semeurs, 60 pages, 1933. Robert
Dubarry, Pour faire connaissance avec un idéal d’Église, Valence, Imprimeries réunies, p. 1953, p. 44 cités par
Sébastien Fath, Du ghetto au réseau, le protestantisme évangélique en France (1800-2005), Éditions Labor et Fides,
2005, p. 307.

50 Sébastien Fath, « Rassembler ou multiplier ? Le prophétisme des “réveils” de la Drôme et d’Ardèche au début
des années 1930 ». [Link].
cours des premières décennies. Un seul exemple sera évoqué succinctement dans le cadre de
notre étude, celui du pasteur Henri Nick.

Photo : Rassemblement à la Salle Pleyel en 1947, le pasteur Henri Nick est présent à droite
sur la plate-forme aux côtés des pasteurs Samuel Delattre (fils), Roger Copin (ADD),
Wilfred Crespin, Bernard Clément (ADD), Thomas Roberts (ex-apostolique), et George
Jeffreys...

Le soutien du pasteur Henri Nick (1868-1954) aux Assemblées de Dieu est


remarquable et représentatif du rôle de ces compagnons de route de la première heure. Bien
que non intégrés à leur corpus pastoral, ces amis du mouvement de Pentecôte contribuèrent
à son développement.
De ce fait, Henri Nick a participé à plusieurs conventions des Assemblées de Dieu. Il
en rédige même le compte-rendu en 1949 pour le journal Le Christianisme au XXe siècle51.
Bien que conscient des faiblesses et des écueils possibles dans tout mouvement de Réveil en
développement, Henri Nick décrit explicitement son attachement et le regard bienveillant
qu’il porte sur le Mouvement de Pentecôte qu’il a vu naître en France. Il se pose en
défenseur, en gardien et en sentinelle pour prévenir tout attiédissement spirituel, comme un
père prodiguant de précieux conseils à ses enfants dans la foi :
«Au fond, les Églises de Pentecôte sont un vaste mouvement d’évangélisation et de
Réveil comme l’étaient, il y a 70 ans, les salutistes si critiqués, et à cette époque lointaine, si
méconnus de nos Églises réformées, et même persécutés. Les Pentecôtistes mettent en relief
certaines vérités scripturaires et en particulier l’importance souveraine du Saint-Esprit
dans la vie chrétienne. Dieu a béni les Pentecôtistes parce qu’ils ont pris au sérieux l’ordre
du Christ : « Allez et prêchez l’évangile à toute créature ». C’est pour cela qu’Il a été avec
eux en dépit de leurs faiblesses. En France, outre les 80 assemblées de Dieu existant
précédemment, il s’en est fondé quelques-unes de nouvelles en 1949 à Sète, à Limoges,
Boulogne-sur-Mer, etc. Qu’adviendra-t-il des Églises de Pentecôte, de toutes les Églises
chrétiennes ? Seront-elles balayées par la tourmente ? Seront-elles prêtes à l’avènement du
Maître ? L’Esprit Saint, est la vie de toute Église osant se réclamer du Christ. Hors de lui,
elle n’a rien et ne peut rien. (…) Si au contraire toutes les Églises s’offrent à l’Esprit, se
laissent pénétrer de part en part par lui, sanctifier et conduire ; si elles abandonnent leurs
préjugés, obéissent à l’Esprit, alors elles progresseront vers l’unité de la foi et de la
connaissance du Fils de Dieu jusqu’à l’État d’homme fait à la stature parfaite du Christ ;
alors, il n’y aura plus qu’un seul troupeau et un seul berger ».

51 Extrait du Christianisme au XXe siècle, article rédigé par le pasteur Henri Nick et publié le 23 juin 1949. Cité
dans la revue Viens et Vois, août 1950, p. 150-151.
CONCLUSION

La présente étude, premier travail d'étape dans une projet plus vaste d'histoire consacré aux
pasteurs pentecôtistes français au XXe siècle, semble d'ores et déjà assez aboutie pour
avancer un certain nombre de conclusions :
La première est d'écarter un stéréotype que l'on a parfois appliqué aux pentecôtismes qui se
sont développés dans les pays latins, à commencer par notre pays. Ces Églises se seraient
largement nourries de culture catholique. Un grand historien, pourtant spécialiste incontesté
de la question, Walter Hollenweger, affirmait en 2005 qu'il y avait "trop d'éléments
catholiques dans leur histoire et leur spiritualité52". Le mot est lâché : pour certains,
aujourd'hui encore, les pentecôtistes ne seraient que des "catholiques mal repeints". Si cette
assertion peut parfois se fonder sur quelques aspects culturels ou sociologiques liés à
l'environnement, l'exemple français écarte toute influence de nature théologique :
l'encadrement pastoral initial a été le fait d'hommes qui avaient suivi les meilleurs cursus de
formation mis en place dans les autres Églises issues de la Réforme. Ces mêmes pasteurs,
immédiatement chargés d'instruire à leur tour la génération suivante, l'a nourrie d'une
théologie héritée des milieux protestants évangéliques dont ils se sentaient proches.
L'histoire des Assemblées de Dieu de France atteste de la magistrature morale exprimée par
ces pasteurs issus du protestantisme. Félix Gallice, René Fauvel ou Pierre Nicolle avant la
dernière guerre, ou André Thomas-Brès après la libération, ont été à la fois des formateurs
et des décideurs incontournables. Cela s'est manifesté dans l'encadrement des premiers
écoles pastorales de Rouen, de Vincennes ou de Jouy-en-Josas comme dans les diverses
publications pentecôtistes.
Un autre aspect, moins connu, que nous avons pu quantifier est la persistance d'un courant
de migration pastorale vers les rangs des Assemblées de Dieu dans les années 1960 et même
ultérieures. L'acceptation de pratiques de type pentecôtiste par des pasteurs de l'Église
Réformée de France dans le cadre de l'Union de Prières de Charmes53, ou au sein des
Églises baptistes a sensiblement freiné ce processus, mais sans l'étouffer complètement. Le
développement du mouvement charismatique au sein du protestantisme a multiplié
quelques temps des passerelles et des collaborations entre luthéro-réformés et pentecôtistes
"historiques", mais les cultures d'Églises avaient déjà trop divergé pour que ce mouvement
s'amplifie54.
Aujourd'hui, comme autrefois, les relations inter-protestantes touchant les pasteurs
pentecôtistes sont bien réelles, mais elles ont changé de nature. Autrefois, les différents

52 Walter J. Hollenweger, Pentecostalism: Origins and Development Worldwide, Peabody, MA, p. 162.

53 L’Union de prière de Charmes est officiellement intégrée dans l’ERF en 1972. Néanmoins depuis sa création
en 1946, l’essentiel des pasteurs qui la composent sont issus de l’Église Réformée de France (d’après la biographie de
Louis Dallière rédigée par Fadiey Lovsky et Jacques Serr ; cf. [Link]

54 Nous renvoyons sur ce sujet à la thèse d'Evert Veldhuizen, Le renouveau charismatique protestant en France,
1968-1988, Paris IV, 1995.
ministres du culte cultivaient volontiers des liens d'estime et de fraternité noués lors de
parcours longtemps parallèles. Le dialogue a repris aujourd'hui, mais dans un contexte plus
institutionnel. Plusieurs groupements d'Églises pentecôtistes ont intégré la Fédération
protestante de France, alors que la création du Conseil National des Évangéliques de
France a permis de solder d'anciennes incompréhensions et d'engager des collaborations
actives avec les divers groupements de professants. Le pentecôtisme a toujours été inséré
dans la grande famille issue de la Réforme, mais il était important de le visualiser
officiellement.

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