M17304
M17304
MÉMOIRE
PRÉSENTÉ
PAR
MARC-ANTOINE LÉVESQUE
SEPTEMBRE 2021
UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL
Service des bibliothèques
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le formulaire Autorisation de reproduire et de diffuser un travail de recherche de cycles
supérieurs (SDU-522 – Rév.10-2015). Cette autorisation stipule que «conformément à
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commercialiser ou non ce travail dont [il] possède un exemplaire.»
REMERCIEMENTS
Merci également à Claudie Lefebvre Fortier pour sa contribution lors des travaux de
terrain, ainsi qu’à Simon Hébert, Olivier Lamarche et Iyse Randour pour les précieux
conseils.
Enfin, un merci spécial à mes parents ainsi qu’à ma précieuse famille et à mes
formidables amis, dont le soutien inconditionnel, m’a été d’une aide inestimable tout
au long de ce parcours qui ne fut parfois pas de tout repos. Finalement, mille mercis à
toi Lydia pour ton support et ton écoute tout au long de ce processus ainsi que ton
appuie durant mes études et lors de mes étés passés loin de toi. J’en suis énormément
reconnaissant.
DÉDICACE
RÉSUMÉ .................................................................................................................... xv
INTRODUCTION ........................................................................................................ 1
ANNEXE B Informations relatives aux échantillons pour la datation au 10BE ........ 122
Figure Page
2.1 A. Exemple d’un esker (flèche) observé sur une image satellite de type RapidEye
dans la région d’étude. B. Image satellitaire RapidEye de l'esker combiné au
modèle d’élévation de l'Arctic DEM. C. Photo de l'esker à partir d’un vol en
hélicoptère. .................................................................................................... 36
2.8 Distribution des sites de mesures d’élévation prises sur des rivages
glaciolacustres, des deltas glaciolacustres et la tête de certains chenaux
d’eau de fonte à proximité des vallées principales du secteur. .................... 53
4.3 Accumulation totale d’eau de fonte entre 9200 et 7800 a BP. Les principaux
drainage ainsi que le plan d’eau y étant associé sont montré par des flèches.
..................................................................................................................... 98
xi
4.3 Eau de fonte totale drainée pour chaque phase de 100 ans entre 9250 et
7750 a BP. .................................................................................................... 99
LISTE DES TABLEAUX
Tableau Page
26
Al : Aluminium
39
Ar : Argon 39
AD : ArcticDEM
9
Be : Béryllium 9
10
Be : Béryllium 10
BP : Before present
14
C : Carbone 14
36
Cl : Chlore 36
HU : Horseshoe Unconformity
xiv
16
O : Oxygène 16
RE : RapidEye
Néanmoins, les âges 10Be retenus indiquent que le développement de ces lacs glaciaires
a eu lieu autour de 9,6 ± 0,4 ka. Tous les résultats sont insérés dans un modèle basé sur
le système d’information géographique qui intègre les isochrones de la déglaciation
régionale et la paléotopographie en tenant compte de la déformation glacioisostatique
de cet période de la déglaciation. La modélisation indique que le recul vers le S-SO du
front glaciaire orienté NO-SE s’est effectué à un rythme relativement constant. Ce
patron de déglaciation a donné naissance à une succession de lacs glaciaires transitoires
et d’envergures variables, mais pour la plupart d’étendues et volumes modestes. De
nouveaux exutoires sont libérés au fur et à mesure du retrait glaciaire, ce qui occasionne
le drainage des différentes accumulations d’eau. La chronologie de ces rejets d’eau de
fonte chevauche en partie un intervalle critique de la déglaciation, soit le
refroidissement majeur de 8,2 ka. Dans l’ensemble, ces travaux augmentent notre
compréhension du développement et de l’évolution de ces lacs glaciaires, en plus de
raffiner le patron de déglaciation régional – des résultats qui devraient contribuer à
améliorer les reconstitutions paléogéographiques pour la déglaciation du Secteur du
Labrador.
2004; Meissner and Clark, 2006; Carlson et Clark, 2012). De plus, des quantités
importantes d’eau de fonte se sont accumulées le long de la marge de l’inlandsis en
retrait ou à l’intérieur des vallées des grandes rivières du Nord québécois (Teller, 1987;
Gray et al., 1993; 1996; Dyke, 2004; Dubé-Loubert et Roy, 2017). Le drainage abrupt
de ces lacs de barrage glaciaire de différentes envergures représente un forçage
climatique important en raison de l’apport massif d’eau de fonte dans l’Atlantique Nord
qui peut potentiellement avoir un impact sur la circulation océanique méridionale
(Barber et al., 1999; Rohling and Palike, 2005; Ellison et al., 2006; Hillaire-Marcel et
al., 2007; Kleiven et al., 2008).
Les études sur la dernière déglaciation indiquent que les dernières décharges massives
d’eau de fonte en provenance de lacs glaciaires se sont faites via la baie et le détroit
d’Hudson pour rejoindre l’Atlantique Nord (Barber et al., 1999; Hillaire-Marcel et al.,
2007; Lajeunesse et St-Onge, 2007; Roy et al., 2011; Lewis et al., 2012; Jennings et al.,
2015). En effet, un des derniers événements majeurs de la déglaciation consiste en
l’effondrement du barrage de glace dans la baie d’Hudson qui retenait les lacs glaciaires
Agassiz et Ojibway qui étaient alors coalescents (e.g., Lajeunesse et St-Onge, 2007).
L'injection soudaine et massive d'eau douce liée à cette décharge est communément
utilisée comme principal mécanisme pour expliquer le refroidissement climatique le
plus marqué de l’Holocène qui s’est déroulé autour de 8,2 ka (Alley et al., 1997;
Kobashi et al., 2007; Thomas et al., 2007; Rasmussen et al., 2014). Le soi-disant
événement de 8,2 ka est associé à l’apport d’eau douce dans la Mer du Labrador, un
site important pour la production des eaux profondes de l’Atlantique Nord (Barber et
al., 1999). Des modélisations de l’impact de ce drainage sur l’océan basé sur des
estimations des volumes d’eau de fonte en cause (Veillette, 1994; Barber et al., 1999;
Clarke et al., 2004) indiquent cependant que les quantités d’eau sont tout juste assez
importantes pour provoquer une perturbation significative (LeGrande and Schmidt,
2008; Clarke et al., 2009; Wiersma and Jongma, 2010). De plus, de nouvelles données
sur le Lac Agassiz-Ojibway suggèrent que ces estimations d’eau de fonte sont fort
3
probablement surestimées (Roy et al., 2015; Godbout et al., 2020). D’autre part, des
modélisations basées sur des considérations glaciologiques et paléoclimatiques
suggèrent que cette perturbation climatique pourrait aussi être le résultat d’un forçage
principalement lié à une contribution importante et soutenu en eau douce provenant de
la fonte globale de l’inlandsis au cours de cet intervalle (Carlson, 2009), superposé à
l’effondrement de l’ensellement qui retenait le lac – une combinaison d’événements
qui pourrait supposément avoir joué un rôle tout aussi important que le drainage du lac
(Gregoire et al., 2012; Matero et al., 2017).
Considérant le lien important entre les forçages d'eau douce et les rétroactions qui en
résultent dans le système climatique, l’acquisition de données reliées au retrait et à la
configuration de l’Inlandsis laurentidien lors de la dernière déglaciation s’avère donc
une étape fondamentale à la compréhension de l’évolution climatique au cours de la
déglaciation. Ceci souligne l’importance de produire des estimations fiables sur les
volumes d'eau de fonte impliqués dans le drainage des lacs glaciaires (e.g., Clarke et
al., 2004). Cependant, les enregistrements géomorphologiques (rivages et deltas)
contraignant l’évolution et l'étendue (superficie, profondeur) de ces lacs au cours de la
déglaciation restent dans bien des régions encore insuffisamment documentées (e.g.,
Godbout et al., 2020). De plus, une partie des incertitudes associées au rôle de ces lacs
glaciaire dans les excursions climatiques de la dernière déglaciation découle de
l’absence notable de données chronologiques relativement précises permettant de
contraindre le timing de leur évolution et notamment de leur drainage (e.g., Godbout
et al., 2017).
configuration a donné lieu à des modèles de déglaciation très contrastés et qui sont
encore aujourd’hui débattus (e.g., Kleman, 1994; Clark et al., 2000).
Figure 1 (A) Carte schématique montrant les lacs glaciaires (noirs) du secteur du Québec-
Labrador (SQL) et d’autres vestiges de l’Inlandsis Laurentidien à la fin de la déglaciation
(~ 10 cal ka BP ; modifiée de Dyke, 2004). (B) Localisation des lacs de barrage glaciaire
dans le nord du Québec lors de la dernière déglaciation : 1) Lac Nantais ; 2) Lac Payne ; 3)
Lac Minto ; 4) Lac à l’Eau-Claire ; 5) Lac Mélèzes ; 6) Lac Caniapiscau ; 7) Lac McLean ;
8) Lac Naskaupi, a : bassin du lac Indian House, b : bassin des collines Pyramid ; 9) Lac
Ford ; 10) Lac Koroc (tirée de Dubé-Loubert et Roy, 2018).
7
De plus, les travaux de terrain ont permis l’échantillonnage de formes de terrain afin
d’y effectuer des datations basées sur les isotopes cosmogéniques (10Be) dont les cibles
avaient été préalablement déterminées lors de la phase de cartographie préliminaire.
Les datations ont été réalisées au centre de recherche Lamont-Doherty Earth
Observatory de Columbia University (New York, É.-U.).
apporté de nouvelles contraintes sur l’envergure de ces lacs glaciaires et des volumes
d’eau de fonte qui ont été déchargés dans la baie d’Ungava et l’Atlantique Nord à un
moment critique de la déglaciation tardive qui a été marqué par un important
refroidissement climatique.
1.1.1 Hydrographie
Les principaux éléments hydrographiques de la région regroupent les lacs Nantais et Klotz,
ainsi que les rivières Vachon, Arpalirtuq, Lestage, Lepellé et Arnaud (figure 1.1). Ces deux
principaux lacs ont une configuration complexe comprenant plusieurs péninsules et baies et
ils couvrent une superficie de 256 et 254 km2 respectivement. Ces lacs occupent deux sous-
bassins versants, soit les bassins versants de la rivière Vachon et de la rivière Lepellé qui à
leurs tours font partie du bassin versant de la rivière Arnaud qui rejoint la baie d’Ungava.
Les vallées fluviatiles ont formé des voies de drainage et constitué des exutoires majeurs
pour l’eau de fonte durant le retrait du front glaciaire, en plus d’être l’hôte de bassins
glaciolacustres de différentes envergures à un moment ou un autre durant la déglaciation.
La rivière Vachon représente l’une des rivières les plus importantes, formant l’axe de
13
confluence de tous les affluents de ce bassin versant. Elle est fortement entaillée dans un
socle gneissique et elle prend sa source au nord dans les lacs Rouxel et Vergons qui se
situent aux abords du cratère des Pingualuit. Elle s’oriente approximativement du nord-
ouest vers le sud-est et s’écoule grossièrement vers le sud pour se déverser dans la rivière
Arnaud, un autre axe majeur de drainage orienté est-ouest qui se jette dans la baie d’Ungava
(figure 1.1). À noter qu’au nord-est du bassin versant de la rivière Vachon se trouve la
rivière Lataille qui n’est en rien liée à l’écoulement naturel des deux bassins versants étudiés
ici malgré leurs proximités. Ils ont cependant fort probablement été connectés par le passé
en raison de la dépression isostatique du territoire. Aujourd’hui, cette rivière est asséchée
dans sa partie amont et elle se déverse vers la baie Whitley et le détroit d’Hudson.
Le bassin versant de la rivière Lepellé comprend les deux principaux lacs de la région
d’étude, soit le lac Nantais dans le nord à une élévation de 367 m et le lac Klotz, plus au
sud, à une élévation de 249 m (figure 1.1). Ces lacs sont reliés par la rivière Arpalirtuq qui
s’écoule du nord vers le sud. Le lac Klotz se déverse vers l’est dans le lac Nullualuk et qui
se déverse à son tour dans la rivière Lepellé, rejoignant éventuellement la rivière Arnaud.
1.1.2 Physiographie
Le relief de la zone d’étude a une influence marquée sur la dynamique glaciaire, le retrait
de la marge glaciaire et le développement des lacs proglaciaires pendant la déglaciation.
Le plateau de Larch est limité au nord du Lac Nantais par les monts de Puvirnituq, une autre
division physiographique constituée d’une succession de collines et de vallées (Bostock,
2014). Ces collines sont associées aux roches volcano-sédimentaires d’âge
paléoprotérozoïque qui forment la Ceinture de Cape Smith et qui s’étendent vers l’est-nord-
est sur une distance de 370 km (Bostock, 2014). Ces monts présentent un relief relativement
élevé à l’ouest, près de la baie d’Hudson, et leur élévation diminue graduellement vers l’est
pour éventuellement se fondre au plateau de Larch. Les collines s’élèvent à une élévation
moyenne de 450 m.
La zone d’étude est localisée dans la Province géologique du Supérieur, une division du
craton précambrien formant le Bouclier canadien. Spécifiquement, la région fait partie de
15
Ces ensembles géologiques sont affectés par de nombreuses déformations structurales qui
peuvent être divisées en deux principaux domaines: le Domaine Douglas-Harbour de la
Province du Supérieur et le Domaine de Payne de la Province du Churchill (Bilodeau et
Caron-Côté, 2018). La partie ouest du Domaine Douglas-Harbour est dominée par une
phase de déformation caractérisée par des plis d’orientation NE-SW d’amplitude
kilométrique, sur lesquels se superpose une seconde phase de déformation apparaissant sous
forme de plis NNE-SSW (Bilodeau et Caron-Côté, 2018). Ces structures sont localement
affectées par un cisaillement ductile d’orientation N-S (Madore et Larbi, 2000). La partie
est de ce domaine renferme les mêmes structures de déformation, mais on note en plus une
augmentation de la densité des failles vers l’est qui dénote l’influence du second domaine
structural associé à la mise en place de la Province géologique de Churchill lors de
l’Orogénie du Nouveau-Québec (Madore et Larbi, 2000). Le domaine structural de Payne a
été affecté par deux principales phases de déformations produites lors de l’Orogène du
Nouveau-Québec qui ont produit des failles et des plis régionaux (Clark et Wares, 2004).
Ces structures sont grossièrement orientées NW-SE et se manifestent principalement dans
le Synclinal de Robert, une structure majeure visible au nord de la rivière Arnaud (Bilodeau
et Caron-Côté, 2018).
Ces trois dômes étaient constitués de lignes de partage glaciaires et de zones d’ensellement
dont la dynamique, la configuration et la position géographique ont changé et évolué au fur
et à mesure de la glaciation et de la déglaciation (Dyke et Prest, 1987).
La région d’étude reposait sous la glace du Secteur du Labrador (SdL) dont les derniers
vestiges auraient persisté jusqu’à 5 ka BP (Richard et al., 1982; Dyke et Prest, 1987; Lauriol
et Gray, 1987; Dyke, 2004). Le SdL regroupe un réseau complexe de lignes de partage
glaciaires dont les branches s’étendant à l'ouest, au sud et à l'est de la baie d'Ungava
(figure 1.3) ont subi d’importantes migrations (Dyke et Prest, 1987; Klassen et Thompson,
1993; Veillette et al., 1999; Dyke, 2004). L’organisation spatiale et l’alignement des formes
glaciaires fuselées et des eskers dans le secteur montrent globalement deux systèmes
majeurs d’écoulement glaciaire d’orientation opposée, organisés de part et d’autre d’une
zone étroite prenant la forme apparente d’une ligne de partage glaciaire en forme de U ou
en fer à cheval (Prest et al., 1968). Concrètement, ces deux régimes d’écoulement glaciaire
forment une zone d’intersection étroite qui ceinture la baie d’Ungava (Veillette et al., 1999),
communément nommée Horseshoe Unconformity (HU) (Hughes, 1964; Veillette et al.,
1999; Clark et al. 2000). Au sud de cette ligne de partage, les mouvements glaciaires
indiquent un écoulement massif se développant de façon radiale, alors qu’au nord
19
drainage sous-glaciaire nourrit par l’entremise de moulins localisés en périphérie dans les
zones à l’est et au nord. Le retrait de la marge se serait donc effectué globalement à partir
des côtes du détroit d’Hudson et de la baie d’Ungava vers l’intérieur de la péninsule (Gray
et Lauriol, 1985; Lauriol et Gray, 1987; Daigneault et Bouchard, 2004). L’absence de
moraines de De Geer sur la côte est de la péninsule et la présence de multiples eskers,
kames et terrasses de kame suggèrent une faible dynamique de la glace à la base du glacier
et donc un retrait par amincissement/recul progressif de la marge plutôt que par vêlage de
culots de glace (Lauriol et Gray, 1987). Ces zones morpho- sédimentaires contrastent avec
celles situées à l’ouest de la LPP où des champs de moraines de De Geer témoignent d’un
retrait rapide de la marge glaciaire. Ces différences ont été invoquées pour décrire la
déglaciation de la région centrale du SdL comme étant caractérisée par des taux
asymétriques de retrait des marges glaciaires sud (rapide) et nord (lent) (Clark et al., 2000;
Ullman et al., 2016).
21
communément nommée Horseshoe Unconformity (Prest et al., 1968; Clark et al., 2000).
Figure modifiée de Dubé-Loubert et Roy (2017). B. Principaux dômes de dispersion
glaciaire de l’Inlandsis laurentidien, ainsi que les lignes de partage glaciaires de ces
dômes. Modifié de Dyke et Prest (1987).
La présence d’un lac glaciaire dans les environs du lac Nantais a d’abord été remarquée par
Prest et al. (1968) sur la carte glaciaire du Canada. Le tracé rapporté du lac occupe cependant
une superficie très importante dont la limite sud implique la position d’un front glaciaire qui
passe par le lac Klotz et qui s’étend jusqu’aux hauts plateaux près du détroit d’Hudson au
nord. Le lac couvre donc le territoire marqué par les monts Puvirnituq et le lac Nantais.
Cette observation découle principalement d’évidence collectée par photo- interprétation et
il existe peu d’information sur les bases de cette reconstruction. Taylor (1970) est le premier
à rapporter des plages soulevées à proximité du lac Nantais dans un rapport sur la géologie
de cette région. Bien que Taylor interprète ces rivages comme étant situés 65 m au-dessus
du niveau du lac actuel, qu’il évalue alors comme étant à 408 m, il considère que le Lac
glaciaire Nantais avait une élévation d’environ 475 m à son niveau maximal. Il est important
de noter que l’élévation du lac Nantais est maintenant établie à 360 m, donc les rivages
observés étaient plutôt à environ 425 m, présumant que la valeur de 65 m des plages
soulevées soit correcte.
Les données sur l’étendue maximale du Lac glaciaire Nantais proviennent principalement
des travaux de cartographie de Lauriol et Gray (1987) qui rapportent quelques rivages et
deltas glaciolacustres identifiés vraisemblablement à partir de photos aériennes (leur
méthodologie d’étude n’est pas décrite). Ils proposent une configuration approximative
basée sur l’élévation de ces formes de terrain qui se trouvent entre 365 et 410 m, lesquelles
semblent avoir été déterminées à partir de cartes topographiques. Le lac glaciaire a une
forme en T et s’étend 60 km à l’est du présent lac Nantais et se prolonge également au sud,
jusqu’au milieu de la rivière Vachon où il se termine abruptement à mi-chemin (figure 1.5).
Cette limite sur la rivière Vachon est déterminée de façon arbitraire et considérée comme
l’emplacement de la marge pendant le développement du lac. Selon cette reconstruction, le
niveau du lac à 370 m était contrôlé par un exutoire formé par la rivière Lataille située 60
km au nord de cette limite et le drainage s’effectuait vers le Détroit d’Hudson. Le lac se
serait éventuellement drainé vers la baie d’Ungava au moment où la section sud de la vallée
24
de la rivière Vachon aurait été libérée de glace (Lauriol et Gray, 1987). Ils proposent 4
hypothèses pour expliquer la présence de plusieurs niveaux de lacs (Lauriol et Gray, 1987) :
Figure1.5 Étendue du lac glaciaire Nantais ainsi que les éléments géomorphologiques
associés à son développement et à la déglaciation de ce secteur. Tiré de Lauriol (1987).
26
Ces contraintes sur le retrait glaciaire proviennent toutefois principalement des côtes de la
péninsule et relativement peu de données sont disponibles pour l’intérieur de la péninsule.
À cet égard, l’intégration de certains lacs glaciaires aux schémas de déglaciation émanant
de ces reconstructions paléogéographiques peut poser problème par endroits, une situation
qui est d’autant plus complexe lorsqu’on tente d'amalgamer les modèles de formation
responsable du système d’écoulements glaciaires associés au HU (cf. Clark et al., 2000).
Cette situation a mené à l’élaboration de trois différents patrons de déglaciation pour le SdL
dans le secteur proximal de la baie d’Ungava (Clark et al., (2000).
Un premier modèle est articulé autour d’un retrait symétrique de part et d’autre du HU
(Clark et al., 2000). Ce modèle est en accord avec la géomorphologie glaciaire (formes
fuselées et eskers) du secteur, mais est incompatible avec l’étendue de certains lacs
glaciaires, notamment ceux de la péninsule d’Ungava, à proximité des rivières Arnaud, aux
Feuilles, et aux Mélèzes (Dyke et Prest, 1987; Lauriol et Gray, 1987; Vincent, 1989; Gray
et al., 1993; Dyke, 2004). Dans ce modèle, les marges glaciaires qui convergent vers la LPP
se superposent à l’emplacement de certains des lacs glaciaires et ce type de retrait ne peut
donc expliquer le barrage de ces lacs. Ceci souligne donc de possibles problèmes avec les
patrons du retrait glaciaire ou encore avec l’étendue des lacs.
27
Un second modèle fait plutôt appel au retrait d’une masse de glace centrée sur la baie
d’Ungava – donc un retrait concentrique vers le centre de la baie, dont les marges glaciaires
dans le sud-ouest, sud et sud-est de la baie d’Ungava peuvent bloquer les secteurs aval des
principales vallées occupées par des lacs glaciaires (Clark et al., 2000). Ce schéma de
déglaciation a été utilisé pour modéliser jusqu’à 16 lacs glaciaires lors du retrait glaciaire
(Jansson et Kleman, 2004). Bien que ce patron soit cohérent en partie avec certains isobases
du rebond glacio-isostatique qui suggèrent la présence tardive d’une masse de glace
importante sur le sud-ouest de la baie d’Ungava (Gray et al., 1993), ce modèle ignore les
évidences de terrain et géomorphologiques qui indiquent un retrait glaciaire globalement
vers le centre du Québec, avec une position de désintégration finale du Dôme du Labrador
située aux abords du HU. De plus, ce schema est incohérent avec la présence des
nombreuses formes fuselées montrant un écoulement glaciaire massif vers la baie d’Ungava
(Clark et al., 2000). Kleman (1994) interprète ces formes dans la zone ceinturant la baie
d’Ungava comme étant des formes reliques qui auraient été préservées par la présence d’une
glace à base froide s’étant développée avant le dernier maximum glaciaire; ces formes de
terrain témoigneraient donc d’événements précédant le tardi-glaciaire ou la déglaciation.
Cependant, cette hypothèse a été révisée et subséquemment abandonnée par Kleman et al.
(2010).
Les travaux de Daigneault (2008) couvrent un territoire qui s’étend du nord de la péninsule
d’Ungava jusqu’à la latitude de 61°N, ce qui comprend la pointe nord du lac Nantais. Il
propose une déglaciation rapide de la péninsule basée sur l’âge et l’élévation des dépôts
marins sur les côtes de la région. L’orientation des eskers et des chenaux d’eau de fonte
marginaux indique que le recul de la marge glaciaire s’est fait selon un axe nord-ouest-sud-
est, dans la continuité de l’axe de la LPP (Bouchard et Marcotte, 1986), en accord avec le
schéma de retrait proposé par Prest (Prest, 1969; Prest et Douglas, 1975). Le recul du front
glaciaire dans la région a permis le développement de lacs glaciaires, dont les différents
niveaux rapportés impliquent que le Lac glaciaire Nantais ait été coalescent à un lac
proglaciaire de grande dimension développé dans la rivière de Puvirnituq (Daigneault,
2008).
Les âges 14C disponibles (étalonnés) sur la côte est de la péninsule d’Ungava indiquent
que cette région aurait été libre de glace aux alentours de 7725 ± 117 cal ka BP (Gray
et al., 1980; Lauriol, 1982; Gray et Lauriol, 1985). Ces âges ont été mesurés sur des
coquilles de Mya truncata repérées dans des sédiments fins d’eau profonde déposés
lors de l’invasion de la Mer d’Iberville, laquelle a pénétré jusqu’à 100 km à l’intérieur
dans la vallée de la rivière Arnaud. À partir des données géochronologiques des travaux
antérieurs (Lauriol, 1982; Gray et Lauriol, 1985; Lauriol et Gray, 1987; Gray et al.,
1993), Daigneault (2008) propose une déglaciation rapide de la péninsule d’Ungava
entre 9 et 7 ka BP. Selon cette reconstruction, les épisodes glaciolacustres auraient pris
fin lorsque le retrait de la marge glaciaire aurait libéré les derniers exutoires quelque
part aux alentours de 7 ka BP.
Figure 1.6 Évolution temporelle des marges glaciaires du dôme du Labrador lors de la
dernière déglaciation dans la région du nord du Québec et du Labrador. Ces marges ont
été tracées en considérant les âges radiocarbones et cosmogéniques du secteur, ainsi
que certains éléments géomorphologiques et autres considérations associés à la
déglaciation de la région. Tiré de Dalton et al. (2020).
CHAPITRE II
2.1 Introduction
(Lauriol et Gray, 1987). Enfin, ces travaux sont également intégrés, du moins en partie,
dans les reconstructions paléogéographiques dépeignant la position et la configuration
de la marge glaciaire au cours de différents intervalles de la déglaciation à l’échelle du
Canada (Dyke, 2004; Dalton et al., 2020). Bien que ces travaux soient basés sur la
distribution spatiale d’une sélection de certaines formes de terrain associées à la
déglaciation, ceux-ci permettent de comprendre de manière générale le patron de recul
de la marge glaciaire. La résolution (échelle régionale) de l’information présentée ne
permet cependant pas de contraindre adéquatement le développement et l’évolution des
lacs glaciaires de la région étudiée. De plus, certaines régions présentent peu ou pas de
données sur la déglaciation, comme au nord de la rivière Arnaud où est situé le présent
projet de maîtrise.
Les travaux antérieurs n’ont donc pas la précision requise pour permettre de contraindre
de façon détaillée le patron de retrait glaciaire et le développement concomitant des
lacs de barrage glaciaire de la région (Lauriol et Gray, 1987; Gray et al., 1993). Entre
autres, ceux-ci ne tiennent pas compte de certains éléments géomorphologiques
associés à la déglaciation, étant principalement centrés sur le recensement de certaines
formes associées à la présence d’un lac glaciaire à proximité du lac Nantais actuel. Ceci
souligne l’importance de réconcilier les formes associées au domaine glaciolacustre et
celles associées au domaine fluvioglaciaire. Conséquemment, ce projet vise
l’intégration de tous les éléments géomorphologiques reliés au retrait glaciaire et à
l’occupation du territoire par les plans d’eau glaciolacustres afin de raffiner la
compréhension de l’historique de déglaciation de la péninsule d’Ungava. De plus,
l’occurrence de formes associées à des lacs glaciaires au-delà du lac Nantais,
notamment dans les environs du lac Klotz, témoigne d’une déglaciation plus complexe
nécessitant un approfondissement de la cartographie régionale.
33
2.2 Méthodologie
L’approche cartographique est basée sur une méthodologie d’inversion qui utilise les
formes de terrains associées au retrait glaciaire pour reconstruire le patron de
déglaciation du secteur d’étude (e.g. Kleman et al., 1997; Greenwood et al., 2007). Afin
de documenter adéquatement la configuration de la marge glaciaire lors du retrait et
l’étendue des lacs glaciaires, une cartographie systématique de toutes les formes de
terrain fluvioglaciaires et glaciolacustres a été effectuée. Ensuite, pour documenter
l’évolution des différents lacs, l’élévation de diverses formes glaciolacustres a été
mesurée afin de renseigner sur les niveaux atteints par ces plans d’eau dans les creux
topographiques régionaux. Plusieurs cartes thématiques présentant ces formes ont été
produites et les implications pour l’évolution des lacs glaciaire et du retrait de la marge
y sont discutées.
Les images RE proviennent d’une constellation de cinq satellites qui fournissent des
images de haute résolution; ces images ont une résolution de 5 m par pixel au moment
où ces travaux de cartographie ont été effectués. Les images fournies par le BCGQ sont
orthorectifiées et ont été rehaussées afin d’y améliorer la clarté et les nuances de
l’image. De plus, ArcGIS permet de modifier le degré de contraste, de luminosité et de
transparence des images ce qui permet d’adapter les caractéristiques de l’image au
secteur observé et ainsi améliorer l’identification des formes de terrain
Les modèles numériques de terrain (MNT ou digital elevation model - DEM en anglais)
sont très utilisés pour la cartographie en géologie et en géographie physique.
L’avènement récent de l’AD (Porter et al., 2018) qui présente une résolution de 5 m
par pixel pour toutes les zones terrestres au nord du 60e parallèle s’avère très utile dans
le cadre de ce type de travaux puisqu’il couvre des zones où les données LIDAR sont
inaccessibles. Cette précision permet la cartographie de certaines formes qui sont
normalement impossibles à observer sur un MNT classique, notamment les eskers, les
chenaux d’eau de fonte ou les drumlins.drumlins.
35
Figure 2.1 A. Exemple d’un esker (flèche) observé sur une image satellite de type
RapidEye dans la région d’étude. B. Image satellitaire RapidEye de l'esker combiné au
modèle d’élévation de l'ArcticDEM. C. Photo de l'esker à partir d’un vol en hélicoptère.
37
Les formes qui ont été cartographiées peuvent être regroupées en deux catégories, soit
celles associées aux lacs glaciaires et celles associées au retrait de la marge glaciaire.
Toutes les formes cartographiées ont été tracées dans différents fichiers, soit sous forme
de ligne ou de point. Pour les lacs glaciaires, les principales formes sont des rivages,
des deltas, et des chenaux d’exutoire d’eau de fonte. Les formes de déglaciation reliées
à la position de la marge glaciaire et autres formes témoignant de la dynamique
glaciaire ou des conditions thermiques de la glace à la base lors du retrait regroupent
les moraines, les eskers et divers types de chenaux d’eau de fonte marginaux. Les
critères d’identification de ces formes sont présentés au tableau 2.1.
38
Delta/Plaine Point Forme de cône Relief positif Lobe à la sortie des chenaux
Blanc Texture inégale Développé à proximité des
Souvent à la sortie de Surface plane anciens plans d’eau
d’épandage chenal/esker
fluvioglaciaire
Un total de 102 mesures d’élévation a été récolté sur différentes formes de terrain en
utilisant un GPS différentiel (DGPS), un appareil plus précis qu’un GPS conventionnel
et qui dans cette étude donnait des élévations avec des erreurs pour les mesures
verticales inférieures à 1 m. Les mesures ont été effectuées principalement le long de
deux principaux corridors couvrant d’importants bassins glaciolacustres. Le premier
transect est d’une longueur d’environ 150 km et inclut le lac Nantais et la vallée de la
rivière Vachon. Le deuxième transect est long d’environ 90 km et suit l’axe du lac
Klotz et de la vallée de la rivière Lepellé. Les mesures ont été prises à des endroits
ciblés préalablement par la cartographie à distance. Les formes privilégiées étaient les
rivages glaciolacustres, principalement ceux formés par des plages de blocs, des
terrasses d’érosion, des limites de lessivage, ainsi que les deltas glaciolacustres et les
dépôts pseudo-deltaïques formés par l’accumulation de blocs jointifs à l’embouchure
de gorges fluvioglaciaires en bordure de bassins glaciolacustres. Bien que la majorité
de ces formes de terrain présentent des surfaces relativement planes et rectilignes,
certaines étaient affectées par des processus de remaniements secondaires comme la
solifluxion qui affecte généralement les formes contenant des quantités importantes de
particules fines. Cependant, la plupart des formes mesurées étaient développées à partir
de till et leur composition de blocs grossiers en faisait des formes relativement stables,
bien qu’ayant des surfaces quelques fois inégales
Les mesures d’élévation à l’aide du DGPS se font à l’aide d’une tablette connectée à
une console et une antenne. Lors de la prise de mesure d’élévation à partir du DGPS,
les coordonnées en x et en y sont acheminées vers la tablette. En milieux éloignés,
l’appareil rend une précision variant de 60 à 90 centimètres, dépendamment des
conditions météorologiques et du nombre de satellites captés. La haute précision des
mesures grâce à cet appareillage est tout à fait adéquate dans le cadre de nos travaux,
surtout si l’on considère que l’erreur verticale sur les modèles numériques de terrain
40
utilisés pour les reconstructions de lacs ou de marges glaciaires est souvent de quelques
mètres. Les données d’élévation ont par la suite été projetées sur ArcGIS. Ceci permet
d’analyser les tendances d’élévation des rivages cartographiés par secteur et de
discerner la présence de certains niveaux glaciolacustres ou encore d’identifier une
limite maximale d’inondation.d’inondation.
Cette section présente les principales caractéristiques des formes qui ont été
cartographiées dans le secteur d’étude, soit les lignes de rivages glaciolacustres, les
deltas glaciolacustres, les eskers, les chenaux d’eau de fonte et les formes d’écoulement
glaciaire.
Les rivages perchés (Figure 2.2) associés aux lacs glaciaires se retrouvent
principalement au pourtour des principaux lacs comme les lacs Nantais et Klotz et dans
les vallées fluviatiles avoisinantes. Ils se présentent majoritairement comme de courtes
terrasses rectilignes parfois légèrement courbées, avec des longueurs variant entre 10
et 500 m et montrant des largeurs entre 2 à 20 m. Ces terrasses sont généralement
développées sur des pentes couvertes de till ou d’autres dépôts glaciaires et elles sont
souvent mieux développées sur les versants nord et ouest des pentes, probablement en
raison d’une érosion littorale plus grande associée aux vents catabatiques provenant du
glacier, lesquels s’orientaient perpendiculairement à la marge glaciaire et donc
soufflaient vers le nord-est. Ces terrasses sont souvent étagées, c’est-à-dire qu’il est
assez fréquent d’observer une succession de plusieurs niveaux de terrasses pour un
même site. Au final, un total de 67 sites montrant des rivages glaciolacustres ont été
cartographiés (Figure 2.8).
41
La composition des terrasses reflète la nature des dépôts érodés par l’action
littorale. Dans les secteurs à forte couverture de till, les lignes de rivage sont constituées
principalement de blocs jointifs de taille métrique incorporant parfois cailloux et
graviers, les particules plus fines ayant été lessivées par le battement des vagues,
laissant ainsi cette structure grossière de blocs. Dans les régions à faible couverture de
dépôts, les rivages se présentent sous forme de surface rocheuse lessivée et pseudo
rectiligne qui témoigne de la mise à nue du roc par le battement des vagues. Dans la
zone intérieure de la péninsule caractérisée par la dominance de felsenmeer et l’absence
de modelés glaciaires, les terrasses bien développées sont rares et lorsque présentes,
elles sont peu ou mal développées et principalement constituées d’un amoncellement
de blocs anguleux jointifs et sont par endroits sujettes à une déformation ultérieure par
la solifluxion.
42
Figure 2.2 A. Image satellitaire (Google Earth) montrant des rivages glaciolacustres
perchés sur les flancs de la vallée de la rivière Vachon ainsi qu’un chenal déversoir
asséché suivant grossièrement l’axe de la vallée. B. Vue aérienne des formes de terrains
montrées en A.
43
Certains deltas montrent plusieurs niveaux étagés sur leurs flancs qui témoignent d’un
abaissement progressif du niveau du plan d’eau et donc de différentes phases du lac.
L’hypothèse d’une remontée du niveau du lac n’est pas supportée par les évidences de
terrain qui ne montrent aucun remaniement ou altération des niveaux inférieurs.
Conséquemment, dans le présent contexte de déglaciation, les niveaux les plus élevés
sont normalement les plus vieux et les plus bas sont les plus récents. Par contre certains
de ces niveaux pourraient parfois référer à un contexte topographique et hydrologique
local plutôt que des variations du niveau du plan d’eau comme pour certains deltas
glaciomarins (Lauriol, 1982).
44
2.3.3 Eskers
Les eskers apparaissent très clairement sur les différentes images satellitaires de la
région étudiée, de même que sur le terrain, formant l’un des éléments
géomorphologiques les plus communs. Ces eskers forment des crêtes allongées,
rectilignes ou sinueuses et ils sont composés principalement de sable et gravier
d’origine fluvioglaciaire. Ces observations sont cohérentes avec les descriptions dans
la littérature qui associent leur mise en place par de l’eau de fonte sous pression dans
un tunnel supraglaciaire, intraglaciaire ou sous-glaciaire dans un contexte de glace à
base chaude (Banerjee et McDonald, 1975; Brennand, 2000; Storrar et al., 2014; Clark
et al., 2018). La densité d’eskers observables sur un territoire renseigne sur les
conditions thermiques à la base du glacier lors de son retrait et leur distribution spatiale
est indicatrice de la configuration du drainage sous-glaciaire. Les eskers sont
46
généralement très abondants sur les substrats cristallins compétents comme ceux
retrouvés sur la péninsule d’Ungava en comparaison avec les substrats de roches
sédimentaires moins résistantes (Clark et Walder, 1994).
Les eskers qui ont été cartographiés ont une densité beaucoup plus importante à l’est,
dans le bassin versant de la rivière Vachon qu’à l’ouest, dans le bassin versant des lacs
Nantais et Klotz. Le réseau d’eskers expose des cordons pratiquement parallèles avec
peu de branches tributaires. De plus, sur le bassin versant est, les eskers sont beaucoup
plus longs et continus que sur le bassin ouest. Certains eskers sont continus sur 25 km
et certains corridors de drainage peuvent être suivis sur une soixantaine de kilomètres.
Dans le bassin versant ouest, les eskers sont très courts, avec des longueurs pouvant
aller de 3 à 5 km – probable remplissage de fracture (ice crack filling), bien que la
majorité soit discontinues et formées de segments oscillants entre 500 m et un kilomètre.
L’orientation générale des eskers est la même dans les deux secteurs soit dans un axe
SO-NE (70°N).
47
Figure 2.4 Image satellitaire (Google Earth) montrant un esker d’orientation ouest-est
observé dans le secteur à l’est de la rivière Vachon.
48
Les chenaux d’eau de fonte sont des formes d’érosion produites par l’incision de l’eau
de fonte dans les sédiments non consolidés ou dans les fractures et autres faiblesses du
roc lors du retrait de la glace. Dans les environnements où la glace à la base du glacier
est froide et très peu dynamique, la présence de chenaux d’eau de fonte est
possiblement la seule évidence témoignant du passage d’un glacier sur le territoire
(Benn et Evans, 2010). Les réseaux de drainage de l’eau de fonte peuvent
potentiellement se développer au fil de plusieurs glaciations, résultant en un patron de
drainage local et régional complexe qui expose une superposition d’incisions anciennes
et récentes témoignant d’une succession de périodes glaciaires et interglaciaires
(Lauriol, 1982; Benn et Evans, 2010). Ces formes se construisent généralement près de
la marge et par conséquent, leur distribution et leurs caractéristiques (orientations,
morphologies) peuvent être utilisées pour reconstruire le patron de retrait du front
glaciaire (Kleman, 1992).
Un total de 1637 chenaux d’eau de fonte de différents types ont été cartographiés dans
le secteur. Ces chenaux témoignent de plusieurs contextes de formation :
corridors fluvioglaciaires et pour cette raison, on observe par endroits des cônes
alluviaux à leur extrémité aval. Ils représentent la grande majorité des chenaux
observés et sont présents dans tous les secteurs de la région étudiée. Ils s’orientent
grossièrement dans le même sens que les eskers, soit vers l’est-nord-est. Ils sont
souvent continus et leur orientation semble par endroits influencée par la topographie
du socle, bien qu’ils fassent généralement abstraction du relief, suggérant ainsi que
l’écoulement des eaux de fonte responsable de leur formation était fort probablement
contrôlée par le gradient hydraulique associé à la topographie de la glace. Leur
profondeur varie entre 15 et 50 mètres. Les plus profonds se situent majoritairement
aux abords des rivières principales.
Figure 2.5 A. Image satellitaire (Google Earth) montrant des chenaux sous-glaciaires
d’orientation similaire aux trains d’eskers observables dans le secteur (SW-NE) ainsi
que des chenaux latéraux marginaux perpendiculaires aux chenaux sous-glaciaires et
développés parallèlement à la marge glaciaire lors d’une stagnation de celle-ci. B. Deux
chenaux déversoirs observables aux abords de la rivière Vachon. Ceux-ci témoignent
de l’érosion produite par l’eau lorsque le drainage par la rivière Vachon était obstrué
par la glace lors du recul de celle-ci.
51
Finalement, on retrouve des chenaux de type déversoir. Ils sont présents principalement
aux abords des principales rivières, telles que les rivières Vachon et Lepellé, ainsi que
dans le secteur des lacs Nantais et Klotz. Ils se construisent lorsque le réseau de
drainage est obstrué par la glace et sont associés au déversement de l’eau de fonte
provenant d’un bassin glaciolacustre. Ils se forment donc aux abords des seuils ou
exutoires temporaires qui acheminent le surplus d’eau hors du bassin glaciolacustre. Ils
présentent souvent une taille importante et ont une forme courbée rejoignant la rivière
à un seul ou aux deux extrémités du chenal. Leur profondeur peut atteindre jusqu’à 60
mètres (figure 2.5).
Figure 2.6 Distribution des linéations glaciaires cartographiées dans la région d’étude.
Les principaux secteurs sont représentés par une flèche indiquant l’orientation
moyenne de l’allongement respectif des formes. Ceux-ci se présentent principalement
sous forme de traînées morainiques avec abri (crag-and-tail).
53
Ces linéations glaciaires ont une orientation moyenne de N58 ainsi qu’une longueur
moyenne de 526 m et pouvant atteindre 1,7 km. Les secteurs renfermant ces linéations
glaciaires sont disparates et ponctuels dans la région d’étude et témoignent fort
probablement des endroits où l’écoulement de la glace était plus dynamique. On note
ici qu’aucune strie n’a été mesurée ou aperçu lors des travaux de terrain menés pour
cette étude. Ceci s’explique principalement par le fait que le roc affleurant et en place
dans le secteur est très compétent et que le secteur est dominé par des felsenmeers. Ce
contexte témoigne d’une faible dynamique glaciaire et se prête ainsi mal à la production
de marques d’érosion glaciaires telles les stries et les cannelures. De plus, les secteurs
montrant de fortes concentrations de formes d’écoulement glaciaire n’ont pas été visité
lors de la campagne de terrain puisqu’ils ces travaux étaient principalement orientés
vers les levés de rivages glaciolacustres – le patron de déglaciation étant ici documenté
par la cartographie des eskers et linéations glaciaires.
Au total, 101 mesures d’élévations ont été faites. Les 14 mesures d’élévations dans le
secteur du lac Nantais varient entre 359 et 398 m. Dans la vallée de la rivière Vachon,
les 45 mesures prises varient entre 141 et 361 m. Dans le secteur du lac Klotz, 25
mesures d’élévations montrent des variations entre 258 et 307 m. Dans la vallée de la
rivière Lepellé, les élévations de 17 sites varient entre 190 et 283 m d’altitude. De façon
générale, les données montrent un abaissement d’élévation du nord vers le sud et de
l’ouest vers l’est (Figure 2.7).
54
450
400
300
250
Élévation actuelle du lac Klotz
200
150
Figure 2.7 Graphique montrant les mesures d’élévations des rivages et deltas
glaciolacustres mesurées et projetées le long de deux transects ouest-est allant du lac
Nantais actuel (367 m) à la rivière Vachon et du lac Klotz actuel (249 m) à la rivière
Lepellé.
55
Figure 2.8 Distribution des sites de mesures d’élévation prises sur des rivages
glaciolacustres, des deltas glaciolacustres et la tête de certains chenaux d’eau de fonte
à proximité des vallées principales du secteur.
56
De façon spécifique, la distribution des mesures d’élévation prises sur le terrain montre
que les rivages glaciolacustres les plus élevés sont concentrés à des élévations oscillant
légèrement mais montrant tout de même une certaine constance et formant des plans
subhorizontaux, notamment dans la portion ouest de la région d’étude, dans les bassins
formés par les lacs Nantais et Klotz actuels. Ces données mettent en évidence
l’occurrence d’anciens niveaux maximums atteints par les lacs glaciaires dans ces
secteurs. Tel que mentionné précédemment, les sites mesurés montrent souvent une
succession de plusieurs niveaux de terrasses étagés sur quelques mètres, ce qui indique
un abaissement progressif du plan d’eau.
Les mesures de rivages dans la portion est du secteur d’étude, soit dans les vallées des
rivières Vachon et Lepellé, montrent un abaissement progressif vers l’est, sud-est,
lequel aboutit à l’aval de ces rivières, aux environs de la jonction avec la rivière
Arnaud. Ce patron d’élévation des rivages démontre que ces vallées fluviatiles
formaient les exutoires naturels des lacs glaciaires qui occupaient les bassins des lacs
Nantais et Klotz. Ces vallées sont d’ailleurs plus basses que le niveau actuel de ces
lacs. Cet abaissement des élévations indique donc que le niveau de ces lacs diminue au
fur et à mesure que l’on progresse vers le sud, ce qui est fort probablement en lien avec
le retrait la glace dans les portions les plus avales (et basses) de ces vallées.
Les résultats de cartographie indiquent que les eskers cartographiés sont orientés en
moyenne autour de 70°N, documentant ainsi un retrait glaciaire du nord-est vers le sud-
ouest d’une marge glaciaire qui était orientée grossièrement NW-SE. La distribution
spatiale des eskers est beaucoup plus dense à l’est, dans le secteur du bassin versant de
la rivière Vachon, que dans l’ouest où l’on retrouve les bassins des lacs Nantais et Klotz.
Cette dichotomie dans la distribution des eskers peut s’expliquer par le fait que le
secteur ouest est situé près de la zone centrale de la péninsule d’Ungava où l’on
retrouve la ligne de partage des glaces (dôme) qui est généralement caractérisée par
une glace à base froide et où l’on retrouve peu d’eau de fonte. La cartographie indique
aussi que par endroits, les eskers se trouvent superposés et en angle par rapport aux
formes fuselées sous-jacentes, suggérant que l’activité glaciaire associée au retrait
glaciaire était fort probablement moins importante que celle associée aux mouvements
glaciaires antérieurs responsables du modelé glaciaire dominant le territoire.
L’orientation des eskers et des chenaux sous-glaciaires qui sont positionnés de façon
orthogonale à la marge glaciaire lors de la déglaciation est cohérente avec l’orientation
des chenaux marginaux qui eux sont parallèles. L’ensemble de ces chenaux indique
donc un front glaciaire en retrait orienté NW-SE. L’azimut de la marge glaciaire lors
de son recul devait être plus ou moins parallèle à l’axe de la rivière Vachon, qui forme
un couloir fluviatile sinueux et complexe, entrecoupé de nombreux affluents. Il est fort
possible qu’une telle marge obstruait épisodiquement à différents endroits
l’écoulement des eaux de fonte, ce qui semble cohérent avec la distribution des formes
glaciolacustres sur le territoire. De plus, comme la glace a tendance à couvrir les points
de basse élévation par son écoulement gravitaire, des culots de glace ont pu être
préservés dans le creux des vallées créant ainsi de petits bassins éphémères, aidant à la
persistance des plans d’eau et au développement de rivages et de deltas.
L’évolution de ces lacs est intimement reliée au retrait de la marge glaciaire sur le
territoire. Les travaux de cartographie n’ont pas révélé la présence de formes de terrain
comme des moraines ou autres dépôts juxtaglaciaires qui pourraient marquer une
stagnation du front glaciaire à un moment donné lors de la déglaciation. Ce contexte
général suggère un recul progressif de la marge glaciaire sur le territoire. Ce type de
retrait graduel est probablement lié à l’abaissement important et progressif des rivages
dans les principales vallées (~350 m sur ~115 km dans la vallée de la rivière Vachon),
lequel s’explique fort probablement par le recul du front glaciaire vers le sud qui libère
ainsi des exutoires de plus en plus bas le long de l’axe de ces rivières, permettant ainsi
l’abaissement général des plans d’eau. Ceci indique que ces lacs n’ont pas formé une
vaste étendue glaciolacustre qui aurait submergé une grande partie du territoire tel que
présenté dans certaines reconstructions (Lauriol, 1982; Gray et al., 1993). Ceux-ci
auraient plutôt formé des bassins dynamiques dont la configuration (étendue) a évolué
de façon continue au fil du recul de la marge glaciaire. Le modèle de formation de ces
lacs glaciaires impliquant la simple présence de culots de glaces lors du démembrement
de la calotte glaciaire résiduelle pour bloquer les exutoires naturels et créer des bassins
ne semble pas être possible (c.f. Lauriol, 1982).
62
Les mesures d’élévations de plages et autres rivages soulevés délimitent clairement les
niveaux maximums atteints par les plans d’eau des lacs glaciaires Nantais et Klotz.
Cependant, les mesures d’élévation ne permettent pas de définir d’autres phases
glaciolacustres d’importance. En effet, les données et mesures de terrain documentent
plutôt une séquence complexe de terrasses qui montrent un abaissement progressif des
plans d’eau, un patron qui se poursuit dans les vallées fluviatiles principales occupées
aujourd’hui par les rivières Vachon et Lepellé. Le faible développement de la plupart
de ces terrasses et autres rivages suggère que ces différents niveaux glaciolacustres
n’ont pas perduré très longtemps.
Cet abaissement progressif des niveaux des bassins glaciolacustres est cohérent avec le
patron de retrait glaciaire documenté à partir de l’orientation des eskers et des chenaux
d’eau de fonte. Le retrait progressif vers le sud-sud-ouest d’une marge glaciaire a
vraisemblablement permis l’ouverture successive de nouveaux exutoires de plus basses
élévations, notamment dans chacune des deux principales rivières où les seuils
topographiques diminuent en élévation au fur et à mesure que l’on se dirige vers le sud.
regroupaient différents bassins coalescents bloqués par un front localisé plus au sud
(Lauriol et Gray (1987), il semble que les principales accumulations majeures aient été
restreintes aux bassins des lacs Nantais et Klotz et que si elles ont été coalescentes, ce
fut durant une brève période de temps..
On note également que l’étendue maximale vers le sud des plans d’eau glaciolacustres
est difficile à déterminer, car ce secteur a été affecté par l’incursion de la Mer
d’Iberville. Les données les plus à l’est, soient celles qui ont été prises dans le secteur
où la rivière Vachon rejoint la rivière Arnaud, démontrent l’occurrence de certaines
terrasses à des élévations de 123 m, alors que les grandes terrasses marines se
retrouvent à des niveaux très près de 120 m. Ainsi, l’incursion des eaux marines suivant
le retrait de la marge dans l’axe de la rivière Arnaud aurait pu fort probablement éroder
et remanier une partie des terrasses et autres rivages glaciolacustres qui pouvaient se
trouver à des élévations inférieures à 120 m, le cas échéant.
2.5 Conclusions
Les eskers et les chenaux suggèrent un retrait vers le sud-ouest, à partir d’une marge
orientée NW-SE qui a initialement libéré la côte ouest de la baie d’Ungava/détroit
d’Hudson et qui a convergé vers le cœur de la péninsule et la LPP. Ce retrait aurait
mené à la libération progressive des bassins de basse élévation et les vallées, endroits
propices au développement de plans d’eau contraints par le front glaciaire. Le retrait
semble s’être effectué de manière continue puisqu’on n’observe pas ou très peu de
64
dépôts ou de formes associées à une stagnation du front glaciaire, par exemple des
moraines de poussée ou dépôts de contact glaciaire. Le rythme de retrait est difficile à
établir étant donné le manque de données géochronologiques pour établir la position
de la marge au cours de la déglaciation. Ce sujet sera abordé au chapitre 3 où de
nouvelles données de datation seront présentées.
Les mesures d’élévation prises sur les formes glaciolacustres montrent des variations
significatives entre les différents secteurs du terrain d’étude, suggérant l’existence de
plusieurs bassins d’envergure petite à moyenne qui n’ont fort probablement pas
toujours été coalescents et/ou contemporains. Ces résultats ne supportent pas une
reconstruction présentant des lacs glaciaires de grande superficie, telle que proposée
par Lauriol et Gray (1987) pour le Lac Nantais. Hormis les rivages de haute élévation
qui définissent un niveau de submersion maximal, il est difficile d’identifier clairement
des niveaux à partir des rivages inférieurs, lesquels montrent simplement un étagement
suggérant un abaissement progressif du niveau du ou des lac(s). Les rivages observés
sont peu développés, ce qui témoigne du caractère éphémère des plans d’eau, en lien
avec le recul relativement rapide de la marge glaciaire. Les principaux secteurs qui ont
été envahis par des eaux glaciolacustres sont les endroits où on retrouve aujourd’hui
les principaux lacs et les principales rivières du territoire, soit : les lacs Nantais et Klotz
et les rivières Vachon et Lepellé. Le type de retrait proposé est conforme à la séquence
de rivages documentée et mesurée qui montre un abaissement continu des plans d’eau.
Ce chapitre présente les travaux portant sur l’application de la méthode de datation par
isotopes cosmogéniques (10Be) à des rivages glaciolacustres dans le secteur des lacs
Nantais et Klotz. L’état des connaissances sur la chronologie régionale est d’abord
résumé et l’approche méthodologique est ensuite décrite. Finalement, les âges 10Be
obtenus sont présentés et l’implication de ces résultats pour la chronologie du
développement des lacs et de la déglaciation du secteur centre-est de la péninsule
d’Ungava sont ensuite discutées.
en âges calendaires et la plupart n’ont pas été corrigés pour les effets du réservoir marin
(Ascough et al., 2009). Ces âges 14C ont donc été recalibrés en utilisant les valeurs ΔR
suggérées pour les effets réservoirs pour chacun de ces secteurs (c.f., Coulthard et al.,
2010). De plus, cette correction inclut l’addition de 100 ans pour tenir compte du délai
de temps entre le retrait de la couverture de glace et l’apparition des espèces afin de
déterminer le moment où la marge glaciaire se situait à la position de l’échantillonnage.
Les données d’âges 14C connues dans le secteur d’étude sont principalement celles
présentées par Dyke (2004), lesquelles ont été recalibrées; seules les données d’âges
limitantes (voir tableau 3.1) ont été utilisées. La méthode de calibration est décrite de
façon détaillée au chapitre 4. Ainsi, selon ces travaux, la déglaciation, tel que défini par
les âges sur l’incursion marine des régions côtières, montre qu’à proximité de la baie
de Whitley, les âges 14C s’étendent de 8,6 à 9,4 ka, alors qu’entre Kangirsuk et
Quaqtaq, les âges 14C vont de 7,3 à 7,8 ka (voir section travaux antérieurs). Ces
résultats tendent à montrer que la déglaciation s’est amorcée plus tôt dans le détroit
d’Hudson comparativement à la côte ouest de la baie d’Ungava.
68
Ces compilations (Dyke, 2004; Dalton et al., 2020) indiquent qu’il n’existe aucune
contrainte chronologique pertinente au retrait glaciaire à l’intérieur de la péninsule
(Figure3.4), c’est-à-dire, au-delà des zones affectées par l’incursion marine
postglaciaire. Ceci est en grande partie relié aux conditions climatiques extrêmes qui
devaient sévir à proximité de la marge glaciaire en recul, lesquelles sont peu propices
au développement ou la croissance de la végétation (ou préservation de matière
organique). À noter qu’encore à ce jour, le centre de la péninsule de l’Ungava n’est
69
Dans le cas de la présente étude, nous avons porté notre attention sur les rivages
glaciolacustres en raison du fait que leur formation est intimement associée au schéma
de retrait de la marge endiguant les lacs glaciaires. En effet, l’obtention d’une
contrainte chronologique sur une construction glaciolacustre associée à une phase
donnée renseigne à la fois sur l’âge du plan d’eau, mais également sur la position de la
marge barrant le bassin glaciolacustre.
Les nucléides cosmogéniques sont des isotopes produits suite à l’interaction (collision)
entre un rayon cosmique de haute énergie et le noyau d’un atome. Des nucléides
cosmogéniques sont produits à la fois dans la haute atmosphère et de façon in situ dans
la surface de certains matériaux terrestres (Gosse et Philipps, 2001).
atteint le niveau de la mer, l’énergie des particules du flux cosmique secondaire a été
atténuée par les réactions nucléaires et son énergie dépend de l’épaisseur de
l’atmosphère qu’il a traversée. À ce point, il est essentiellement constitué de muons
(Lal, D, 1988) et de nucléons (98% de neutrons et 2% de protons; Masarik et Beer,
1999).
Ainsi, seule une partie des particules du flux cosmique secondaire possède l’énergie
suffisante pour interagir avec les éléments de la surface terrestre et ainsi induire de
nouvelles réactions dans les atomes constituants les minéraux des surfaces rocheuses.
Les neutrons de haute énergie auront pour effet de produire des réactions de spallation,
lesquelles sont responsables de la production de la plus grande proportion de nucléides
cosmogéniques in situ. Les isotopes cosmogéniques produits sont abondants à la
surface du matériel rocheux et diminuent rapidement en profondeur (Braucher et al.,
2003).
72
Figure 3.1 Illustration des différentes étapes de formation des nucléides cosmogéniques
in situ : entrée du rayonnement galactique primaire dans le champ magnétique terrestre,
cascade réactionnelle dans l’atmosphère générant le rayonnement cosmique secondaire
et les nucléides cosmogéniques atmosphériques et interaction du rayonnement
secondaire avec la surface terrestre produisant les nucléides cosmogéniques in situ (tiré
de Protin (2019), modifié de Martin (2016)).
73
Les isotopes les plus utilisés pour mesurer le temps d’exposition de surface rocheuse
sont le 10Be, 26Al, 36Cl, 14C et 39Ar, lesquels se forment en quantité traces dans plusieurs
types de minéraux. Ainsi, lorsqu’on connait la concentration de ces isotopes dans un
échantillon (mesurée en laboratoire) et les taux de production des isotopes concernés
(disponibles via différents travaux et modélisations), il est possible de calculer un
temps d’exposition.
De plus, l’application de cette méthode se prête très bien aux environnements glaciaires
de par le caractère érosif et dynamique des inlandsis continentaux (Granger et al., 2013).
En effet, l’utilisation de nucléides cosmogéniques in situ est très utile dans les
environnements glaciaires puisque les processus d’érosion y sont importants et
permettent normalement de produire des surfaces ne possédant aucun signal hérité
associé à une exposition préalable. De nombreuses applications de cette méthode de
datation ont permis de contraindre dans le temps l’évolution des territoires qui ont subi
l’érosion glaciaire lors de la dernière glaciation et déglaciation, notamment en ce qui
concerne les lacs glaciaires (e.g. Godbout et al., 2017; Dubé-Loubert et al., 2018).
donc plus fort aux pôles qu’à l’équateur. Le taux de production dépend aussi de
l’altitude et des conditions de pression atmosphérique qui régissent l’épaisseur et la
densité de la colonne d’air au-dessus de la surface terrestre (Lal, D., 1991; Stone, 2000).
Ainsi, le taux de production de nucléides cosmogéniques in situ est variable dans le
temps et selon la position géographique du matériel échantillonné.
3.3 Description des sites et analyse des échantillons pour les datations 10Be.
Figure 3.2 A. Emplacements des sites de prélèvements d’échantillons pour les datations
cosmogéniques de rivages glaciolacustres. B. Vue des airs d’une série de rivages
glaciolacustres étagés au site d’échantillonnage du lac Nantais. C. Vue des airs de
rivages glaciolacustres au site d’échantillonnage du lac Klotz. D. Vue du sol d’une
terrasse de blocs d’un rivage glaciolacustre au site du lac Nantais. On peut y voir le roc
au cœur de la limite de délavage formée par l’érosion des vagues, ainsi que
l’accumulation de blocs de taille métrique formant une rupture de pente. E. Vue du sol
de l’accumulation de blocs formant le rivage glaciolacutre du lac Klotz. On note le roc
délavé par l’action des vagues en haut à gauche.
77
Les échantillons ont été prélevés à partir de blocs de taille métrique d’origine glaciaire,
lesquels ont été exhumés par les processus d’érosion associés à la formation de lignes
de rivages (Figure 3.3). En effet, l’action érosive des vagues remanie le till, lessivant
les particules les plus fines du dépôt, lesquelles sont envoyées vers les parties profondes
du bassin. Typiquement, ce processus produit des gradins d’érosion lesquels sont
flanqués par ce type de cordons de blocs. Par endroits, l’érosion littorale enlève
complètement le couvert sédimentaire et expose le roc sous-jacent. Ces limites de
délavage (« washing limits ») marquent la limite maximale de l’action érosive des
vagues et enregistrent les paléoniveaux du lac.
Au site d’échantillonnage du Lac Nantais (Nan-Be-02), les trois échantillons sont des
blocs de granitoïdes de taille métrique avec des arrêtes subanguleuses à subarrondies
et montrent de nombreuses facettes qui témoignent de l’érosion glaciaire. Certains de
ces blocs sont en forme d’ogive ou de fer à repasser (Fig. 3.3). Les blocs échantillonnés
sont des granites alcalins, comme l’essentiel du soubassement rocheux du secteur. Au
site du lac Klotz (Klotz-Be-01), trois échantillons de blocs de granite alcalins métriques
majoritairement subanguleux ont également été échantillonnés. À chacun des sites, au
moins 20 m de distance séparent les échantillons qui ont été récoltés.
transport relativement limitées. Les sites échantillonnés constituaient les rivages les
mieux développés et les plus représentatifs de ces secteurs.
Les blocs et la surface rocheuse ont été échantillonnés à l’aide d’une scie et d’un ciseau
à roche. Des rayures d’environ 2 à 3 cm de profondeur ont été faites à la scie afin de
faciliter l’extraction de la surface rocheuse (figure 3.3 D). Ensuite, un ciseau à roche a
été utilisé pour déloger les fragments et extraire environ 1,2 kg de matériel. Les blocs
sélectionnés pour l’échantillonnage présentaient des surfaces fraîches qui ne
montraient pas d’évidence d’altération ou de modifications majeures post-déposition.
Ces blocs étaient solidement ancrés au sol et très stables, minimisant l’éventualité de
potentiel de mouvement depuis leur mise en place, un changement qui pourrait
modifier le taux d’exposition de la surface au fil du temps. Les sites d’échantillonnage
choisis étaient systématiquement ouverts et exposés aux vents, minimisant ainsi la
possibilité d’accumulation significative de neige au sol. De plus, la surface des blocs
échantillonnée était généralement située au moins 70 cm au-dessus du sol afin de
réduire le possible impact de recouvrement par une couverture de neige et ainsi
minimiser l’effet d’atténuation (shielding) (Gosse et Phillips, 2001). Finalement, les
échantillons ont été pris sur de très faibles pentes aux abords des rives des lacs et loin
de tout relief important qui pourrait obstruer le rayonnement cosmique et avoir une
incidence sur la production d’isotopes cosmogéniques (shielding).
79
Les échantillons ont d’abord été traités à l’UQAM afin d’isoler les fractions les plus
riches en quartz. Pour ce faire, un broyage et une séparation magnétique à l’aide d’un
appareil de type « Frantz » ont été réalisés. Les échantillons ont ensuite été envoyés au
80
Les âges ont été calculés avec la version 2.1 du calculateur en ligne CRONUS
(https://hess.ess.washington.edu/) en utilisant le taux de production de 10Be de 3,96 ±
0,15 g-1 a-1 atomes définis pour la Baie de Baffin/Arctique (Young et al., 2013) et
selon la mise à l’échelle LSDn du taux de production d’isotopes cosmogéniques in situ
(Lifton et al. (2014)). Les âges ne comportent aucune correction pour le shielding,
conséquent avec le contexte des sites échantillonnés. S’il y avait une couverture de
neige de 50 cm pendant quatre mois par année, la correction qui devrait être appliquée
pour une densité de neige de 0,3 g cm-3 est d’environ 3% (Gosse et Phillips, 2001), ce
qui est inférieur à l’incertitude attribuée aux calculs de taux de production.
La région d’étude, tout comme le reste du nord-est du Canada, a été affectée par un
rebond postglaciaire significatif depuis le début de la déglaciation. Comme le taux de
production des isotopes cosmogéniques est dépendant de l’altitude, ces changements
temporels et progressifs de l’élévation du site pourraient potentiellement entraîner une
augmentation des taux de production de 10Be au cours la déglaciation (e.g., Cuzzone
et al., 2016). Bien que des corrections peuvent être faites pour tenir compte de l’effet
du réajustement glacioisotatique – via différents modèles géophysiques (e.g., ICE-6G,
Peltier et al., 2015), un consensus semble émerger à ce que l’ajout d’une telle correction
introduise autant d’incertitudes qu’il n’en corrige (voir commentaire de Greg Balco :
https://cosmognosis.wordpress.com/2019/09/18/isostatic-rebound-corrections-are-
still-on-a-squishy-footing/). En effet, il semble qu’une partie de l’impact des
81
changements d’élévation sur le taux de production pourrait être compensé par les
changements locaux de densité de l’atmosphère au cours de la déglaciation, lesquels
sont en lien avec la diminution du couvert de glace au cours de la déglaciation (Staiger
et al., 2007). Il est estimé que les effets du rebond isostatique sont compensés par les
modifications atmosphériques attribuables à la fonte de la calotte glaciaire (Young et
al., 2013). De plus, on note que le site d’étalonnage du taux de production d’isotope de
10Be utilisé ici (Baffin Bay; Young et al., 2009) n’a pas été sujet à des corrections pour
le rebond postglaciaire. Ce site a aussi l’avantage d’être situé relativement près des
sites datés et comme ce site a subi lui aussi un rebond isostatique aussi comparable,
nous considérons cet effet comme négligeable. Ainsi, les calculs d’âges 10Be ont été
effectués sans correction pour les effets de l’ajustement isostatique.
Les six échantillons prélevés sur les paléorivages des lacs Nantais et Klotz montrent
un large éventail d’âges 10Be allant de 8,2 à 30,4 ka, avec des incertitudes variant entre
2,1 et 5,5% (Tableau 3.2). Un seul résultat peut être considéré comme étant
typiquement hors regroupement (outlier) en raison qu’il se situe au-delà de 2 sigma par
rapport à la moyenne arithmétique des 6 échantillons datés, soit le KLO-Be-01C (30,4
± 0,6 ka) (Tableau 3.2, voir annexe B pour informations relatives au échantillons). De
plus, cet âge est difficilement compatible avec le contexte de déglaciation régional
connu (c.f., Dyke, 2004).
82
Les résultats pour le Lac Nantais et Klotz nous donnent respectivement un âge moyen
de 9,400 ± 400 a et 9,800 ± 400 a. Considérant le faible nombre d’échantillons, que les
âges moyens de ces deux plans d’eau se chevauchent, que d’un point de vue
géographique ils sont relativement rapprochés (environ 50 km) et que leur évolution
respective a été étroitement interconnectée, la meilleure approximation pour l’âge de
ces lacs glaciaires demeure la moyenne globale de tous les échantillons (n=5) soit un
âge de 9,600 ± 400 a. L’ensemble de ces résultats de même que leur signification dans
le contexte de la déglaciation régionale sont discutés dans la prochaine section.
3.5 Discussion
fois des contraintes directes sur le moment de leur formation, mais permettront
également d’évaluer la contribution en eau de fonte de leurs décharges dans les
fluctuations climatiques connues ayant ponctué la déglaciation (Elison et al., 2006).
Cet aspect est abordé au prochain chapitre dans le cadre d’une reconstruction
paléogéographique.
Les âges obtenus pour les lacs Nantais et Klotz sont respectivement de 9,400 ± 400 a
et 9,800 ± 400 a et donc se chevauchent. La cartographie de rivages étagés dans ces
régions suggère que chacun de ces plans d’eau a connu plusieurs phases au fur et à
mesure du retrait de la marge et de l’ouverture d’exutoires topographiques, forçant
l’abaissement de leur niveau jusqu’à l’atteinte d’une nouvelle phase de stabilité. Les
rivages échantillonnés ont d’abord été identifiés par photo-interprétation et
sélectionnés selon des critères de terrain basés sur la qualité de leur développement. La
maturité d’un rivage est fonction de plusieurs paramètres notamment l’orientation par
rapport au fetch dominant, la disponibilité de matériau granulaire pour sa construction
et la durée de ladite phase (Dubé-Loubert et al., 2017). Conséquemment, les rivages
bien développés qui ont été échantillonnés devraient être associés aux phases ayant
connu la durée la plus longue. Considérant le chevauchement statistique des âges 10Be
pour ces phases distinctes et le mode de développement lié au retrait glaciaire, il est
permis d’avancer que ces lacs ont eu des existences relativement courtes, centrés autour
de 9,600 ± 400 a (moyenne de tous les âges obtenus).
84
Figure 3.4 Distribution des âges radiocarbone (14C) calibrés provenant de travaux
antérieurs pour la région d’étude (Dyke, 2004). La majorité des datations se trouvent
sur les côtes de la baie d’Ungava et de la Baie de Whitley. La figure montre les âges
10
Be moyen retenus pour chacun des sites datés (voir texte pour détails).
85
10
Les âges Be obtenus au cœur de la péninsule sont globalement cohérents avec le
contexte régional, bien qu’ils apparaissent légèrement plus vieux que ceux suggérés
14
par les reconstructions paléogéographiques existantes basées sur des âges C
provenant principalement des régions côtières (Dyke et Prest, 1987; Dyke, 2004;
Dalton et al., 2020). La plupart des reconstructions identifient le centre de la péninsule
de l’Ungava comme ayant été l’hôte de la fonte des derniers vestiges de l’Inlandsis
laurentidien (Dyke et Prest, 1987; Dalton et al., 2020). Un âge d’exposition moyen de
9,600 a est à priori en opposition avec ces reconstructions. Ces différences pourraient
peut-être refléter une surestimation des âges 10Be en lien avec l’occurrence d’un signal
hérité d’une exposition antérieure (un manque d’érosion des surfaces échantillonnées).
Ce problème d’héritage représente une complication commune dans l’application de
cette méthode de datation aux environnements glaciaires, notamment pour les régions
renfermant des anciennes couvertures de glace à base froide où l’érosion est très limitée
(e.g. Brinner et al., 2005; Corbet et al., 2013). Cette hypothèse s’applique
particulièrement à la présente étude, en raison du fait que les rivages datés se sont
développés dans un secteur peu dynamique du dôme du Labrador, soit la ligne de
partage des glaces de Payne. Cette région est caractérisée par de vastes champs de blocs
(felsenmeer) et leur présence est souvent associée à des conditions de glace à base
froide. La faible érosion glaciaire qui prévaut dans ce type d’environnement a pu
contribuer à la préservation d’un signal ancien par une érosion insuffisante de la surface
des blocs, ce qui est en partie supporté par l’étalement des âges 10Be obtenus, bien que
relativement faible (présence d’un seul outlier sensu stricto). En effet, une fois ce
résultat enlevé, 4 des 5 autres âges se situent à l’intérieur d’un intervalle d’un sigma
par rapport à la moyenne. D’autre part, une partie des différences pourraient aussi
refléter le fait que ces reconstructions paléogéographiques sont articulées autour d’âges
14
C qui proviennent d’environnements différents (la côte) et qui implique fort
probablement un délai entre la déglaciation initiale du territoire et l’arrivée des espèces
14
marines à partir desquelles sont faites ces quelques datations C. Il est clair que
86
10
Néanmoins, les cinq âges Be retenus forment les premiers résultats absolus qui
apportent une contrainte chronologique directe à l’intérieur de la péninsule d’Ungava,
notamment sur l’âge des lacs glaciaires de la région. Les âges obtenus aident également
à obtenir de l’information sur la chronologie de la position de la marge glaciaire
puisque le développement de ces lacs glaciaire est directement lié au blocage du
drainage régional par le front glaciaire. Considérant le drainage naturel de ces plans
d’eau à l’actuel, la présence de lacs glaciaires dans les bassins des lacs Nantais et Klotz
implique une marge située tout juste au sud de ces derniers, à quelques parts dans les
parties amont des rivières Vachon et Lepéllé, respectivement. Du fait des assemblages
géomorphologiques du terrain et l’invasion de la Mer d’Iberville dans la rivière
Arnaud, le patron de déglaciation devait se faire à partir des côtes de la péninsule vers
son cœur, impliquant un recul plus rapide dans l’axe nord-sud que dans l’axe est-ouest,
14
comme rapporté au chapitre 2. À proximité de la baie de Whitley, les âges C
s’étendent de 8,6 à 9,4 ka alors qu’entre Kangirsuk et Quaqtaq, les âges 14C vont de 7,3
à 7,8 ka (voir section travaux antérieurs), suggérant une déglaciation plus hâtive dans
le détroit d’Hudson comparativement à la côte ouest de la baie d’Ungava. Ce
diachronisme apparent dans le patron de retrait nord-sud et celui d’est-en-ouest de la
marge glaciaire peut être interprété comme soulignant une persistance des glaces plus
tardive dans le secteur amont de la vallée de la rivière Arnaud. Sachant que le drainage
final de ces plans d’eau s’est forcément fait via cette vallée, on peut donc assumer que
le drainage final de ces plans d’eau s’est fait suite à la rupture du barrage de glace dans
la partie aval de la rivière Vachon, laquelle est fort probablement concomitante à
l’incursion marine soit après 7.7 ka (Gray et al., 1980).
87
3.6 Conclusions
La méthode de datation par isotopes cosmogéniques a été appliquée à des blocs formant
des rivages glaciolacustres perchés dans les secteurs des lacs Nantais et Klotz. Les âges
10
Be retenus indiquent une déglaciation autour de 9,6 ± 0,4 ka dans la partie centre-est
de la péninsule d’Ungava. Ces résultats forment les premières contraintes
chronologiques absolues sur les Lacs glaciaires Nantais et Klotz et par le fait même,
sur le retrait de la marge glaciaire dans le secteur des rivières Lepélé et Vachon où ces
10
lacs étaient retenus. Lorsque ces âges Be sont comparés aux isochrones de
14
déglaciation régionale estimée à partir d’âges C, ces résultats indiquent une
déglaciation légèrement plus précoce pour le centre de la péninsule d’Ungava que ce
qui est généralement évoqué dans les reconstructions paléogéographiques
traditionnelles (Dyke, 2004, Ullmann, 2016; Dalton, 2020).
10
Cette différence pourrait refléter une surestimation des âges Be qui pourrait fort
probablement être reliée à un signal reflétant l'héritage d'une exposition précédente, un
problème communément rencontré dans l’application de cette méthode à des formes
de terrain présentes dans les environnements de glace à base froide, comme dans le
secteur où se sont développés ces lacs glaciaires Nantais et Klotz. Bien que les sites
d’échantillonnage aient été sélectionnés dans des secteurs montant des couvertures
éparses de till relativement bien développées, il semble que le transport glaciaire
responsable de la mise en place de ces dépôts n’ait par endroits pas été suffisant pour
éroder la surface de certains blocs et produire des surfaces dénudées d’isotopes hérités
d’expositions antérieures. Cela étant dit, hormis un échantillon (outlier), l’étalage des
10
âges Be obtenus demeure relativement faible, suggérant que ce problème est fort
probablement mineur. La différence entre nos résultats et les reconstructions
paléogéographiques antérieurs pourraient aussi traduire les incertitudes de ces modèles,
88
Néanmoins, malgré ces difficultés, cette approche basée sur l’application de la datation
par isotopes cosmogéniques demeure prometteuse pour les régions comme l’intérieur
de la péninsule d’Ungava, notamment en raison de l’absence de matière organique et
de dépôts fins qui limitent les datations par les méthodes radiocarbone et de
luminescence. Les présents travaux démontrent toutefois que les datations par isotopes
cosmogéniques s’avèrent très risquées dans les environnements de glace à base froide
où les risques d’héritage d’un signal relié à une exposition antérieure demeurent grands.
À cet effet, il aurait été pertinent de mesurer un autre isotope (26Al, par exemple) sur
les échantillons pour confirmer la présence d’héritage dû à une exposition préalable et
en mesurer l’ampleur. Cependant, de telles analyses impliquent des coûts additionnels
importants, en plus d’effort et de temps en laboratoire, ce qui fait que cette approche
n’a pas été préconisée dans le cadre d’un projet de maîtrise d’une durée de deux ans.
CHAPITRE IV
délimiter les zones d’accumulation d’eau liées aux barrages glaciaires et à la glacio-
isostasie et de comparer l’étendue de ces basins aux données géomorphologiques. Le
modèle d’âges issu des données de la littérature et des âges originaux a permis de
conclure que la déglaciation du secteur d’étude s’est effectuée de ~9,1 à 7,9 ka. Des
isochrones ont pu être extraits du modèle d’âge, à un intervalle de 100 ans pour obtenir
une séquence de retrait en 14 étapes (Figure 4.1).
Le modèle d’âge a été bâti à l’aide d’âges radiocarbone principalement issus de bases
de données déjà existantes (Dyke, 2003 ; McNeely, 2006). Seuls les âges marquant la
position de la marge glaciaire lors du retrait de celle-ci pour un intervalle précis ont été
retenus. De plus, pour optimiser la cohérence du modèle, seuls les âges d’exposition
92
originaux les plus jeunes de chacun des sites ont été retenus pour bâtir les isochrones,
c.-à-d., KLO-Be-01B, NAN-Be-02A et NAN-Be-02C.
Le logiciel Calib 7.0 a été utilisé pour convertir les âges radiocarbones en âges
calendaires. La courbe de calibration IntCal13 (Reimer et al., 2013) a été utilisée pour
les âges mesurés sur gyttja, sédiments de lacs et toute autre végétation terrestre. De
plus, 100 ans radiocarbone ont été ajoutés à certains de ces âges pour accommoder le
temps de production de la matière organique d’origine terrestre à la suite du retrait de
la glace (King et al. 1985). La courbe de calibration MARINE13 (Reimer et al., 2013)
a été utilisée pour les échantillons d’origine marine. Les valeurs de corrections dues
aux effets réservoir ont été calculées à partir des données de la Marine Reservoir
Database (Stuiver et al., 2019; http://calib.org/marine/ ; August 2019) en utilisant les
zones de corrections proposées par McNeely (2006) et Coulthard et al. (2010). Pour
chaque zone, les moyennes pondérées des valeurs de ΔR ont été calculées et ces
moyennes ont été utilisées dans la calibration des échantillons marins. Les moyennes
pondérées ont été calculées en utilisant seulement les échantillons provenant de
datations faites sur des organismes se nourrissant de matière en suspension (suspension
feeders) alors que les autres (unknown feeders) ont été écartés.
Les isochrones ont été construits en interpolant les données d’âges utilisant
l’outil Topo to raster de ArcMap (Analyst tool) pour obtenir un fichier raster où chaque
pixel correspond à un âge. L’outil contours (valeur=100) a été utilisé pour obtenir des
isochrones aux 100 ans. Chaque courbe de 100 ans est redessinée en un polygone
auquel on attribue arbitrairement une valeur de 2000. La valeur de 2000 permet
simplement d’empêcher tout écoulement naturel de l’eau de fonte vers le polygone
représentant la calotte glaciaire. Un rectangle suivant la zone d’étude auquel on attribue
une valeur de 0 est dessiné autour du polygone. La forme qui en résulte est ensuite
transférée sous forme de fichier raster (avec des valeurs de 0 ou 2000). Ce raster est
93
ensuite ajouté à la paléosurface en utilisant des outils de raster math pour obtenir une
paléosurface avec une calotte glaciaire de 2000 m d’épaisseur.
Un des principaux lacs glaciaires occupera le bassin du lac Nantais actuel et autres sub-
bassins environnants peu de temps après 8,7 ka. Le Lac glaciaire Nantais se construit
en plusieurs étapes et gagnera en superficie et volume suivant le déplacement de la
marge glaciaire vers le sud. Vers 8,4 ka, la phase maximale du lac prend fin lorsqu’un
exutoire s’ouvre au sud vers la rivière Arpalituq et le Lac Klotz. On note que selon ce
modèle, le Lac Nantais n’a jamais été coalescent avec celui de la rivière Vachon. Ceci
est cohérent avec les mesures d’élévations des plages montrées au chapitre II qui
varient grandement entre les deux secteurs.
Le recul de la marge se fait selon un axe parallèle à celui des rivières Vachon et Lepelé
ce qui permet le développement de petits bassins dans leurs affluents. La majorité des
bassins se développent sur le flanc nord-est des vallées. Ceci est en accord avec les
données de cartographie (Chapitre II) qui indiquent que les rivages perchés sont plus
nombreux sur ce flanc des vallées.
lacs glaciaires les plus importants de la région et il atteint son niveau le plus haut aux
alentours de 8,2 ka, alors que la rivière Lepelé est toujours obturée par l’Inlandsis
laurentidien. Lorsque le front glaciaire se retire, la rivière s’ouvre progressivement et
le plan d’eau s’abaissera rapidement via de nouveaux exutoires, ce qui causera son
drainage vers le sud autour de 8 ka.
Le modèle permet également de calculer les volumes d’eau drainés tout au long du
retrait glaciaire. On remarque d’abord l’occurrence de décharges de façon relativement
constante tout au long de la déglaciation, avec quelques pics en lien avec le drainage
des lacs Nantais et Klotz. Spécifiquement, le pic est atteint vers entre 8.2 et 8,1 ka
lorsque la rivière Lepelé devient en partie ouverte et que le seuil libéré permet la
vidange du Lac glaciaire Klotz (Figure 4.3, figure 4.4). Un deuxième pulse important
a lieu environ 200 ans plus tard alors que la masse de glace s’est pratiquement
complètement retirée du territoire. Les volumes d’eau évacués lors de ce drainage sont
attribuables aux petits bassins ponctuels développés au sud du lac Klotz. Au total, 82,9
km3 d’eau de fonte reliée aux lacs glaciaires se sont drainées vers la baie d’Ungava
entre 9000 et 7800 ka BP.
98
40
35
Drainages du lac
Drainage des rivières Klotz 30
Vachon et Puvirnituq
25
20
15
10
0
9200 9100 9000 8900 8800 8700 8600 8500 8400 8300 8200 8100 8000 7900 7800 7700
Figure 4.3 : Accumulation totale d’eau de fonte entre 9200 et 7800 a BP. Les
principaux drainage ainsi que le plan d’eau y étant associé sont montré par des flèches.
99
20
15
10
0
9250 9150 9050 8950 8850 8750 8650 8550 8450 8350 8250 8150 8050 7950 7850 7750
Figure 4.4 : Eau de fonte totale drainée pour chaque phase de 100 ans entre 9250 et
7750 a BP.
100
4.3 Discussion
Le schéma de déglaciation basé sur les formes fluvioglaciaires montre un axe de recul
de la marge glaciaire qui est en accord avec les travaux de Lauriol et Gray (1987) et de
Daigneault (2008). Le retrait est orienté depuis la côte ouest de la baie d’Ungava vers
le cœur de la Péninsule d’Ungava dans un axe orienté grossièrement NNE-SSW. On
remarque cependant certaines différences notables. La reconstruction des fronts
glaciaires révèle une série de lacs glaciaires, de nature plus ou moins éphémère, dont
les étendues varient de façon importante au fur et à mesure que le front glaciaire se
retirait vers le sud (Figure 4.2). Ceci contraste fortement avec les travaux de Lauriol et
Gray (1987) qui présentent de nombreux bassins glaciolacustres coalescents formant
des lacs glaciaires de grande superficie comme le Lac Nantais. Le modèle présenté ici
est beaucoup plus dynamique et robuste, et il permet d’apprécier l’évolution et le
drainage des différents bassins en fonction de la position de la marge tel que déduite à
partir des interpolations des contraintes géochronologiques disponibles. Ce modèle
indique clairement que le lac Nantais n’a jamais été coalescent au plan d’eau développé
dans la vallée de la rivière Vachon.
Ces différences avec les reconstructions antérieures montrant un Lac glaciaire Nantais
de grande superficie découlent assurément de l’approche méthodologique utilisée. En
effet, l’utilisation d’une paléosurface datant du moment de la déglaciation permet de
bien contraindre l’élévation des seuils topographiques servant d’exutoires et donc
d’obtenir un aperçu réaliste de leur étendue sur le territoire tout au long du retrait
glaciaire. De plus, cette modélisation permet de présenter des calculs de volumes d’eau
accumulés et drainés pour chaque période. Le modèle démontre un flux constant d’eau
de fonte vers la baie d’Ungava pendant le retrait du front glaciaire du territoire, lequel
est ponctué de quelques épisodes de décharges plus volumineuses, donc conséquent
avec l’ouverture progressive des vallées principales où l’eau peut s’écouler plus ou
moins continuellement vers la rivière Arnaud. Ce flux d’eau de fonte implique le
101
Par ailleurs, le modèle montre, au nord de la région d’étude, un lac glaciaire qui s’est
développé dans la vallée de la rivière Puvurnituq, en accord avec les travaux de
cartographie de Daigneault (2008). Par contre, la reconstruction de Daigneault indique
que ce lac est coalescent au Lac Nantais, contrairement à notre modèle qui suggère que
ces deux lacs ont occupé des bassins distincts, à l’exception d’un petit bassin ponctuel
au nord-ouest du Lac Nantais. La période de temps estimé par Daigneault (2008 ; 8– 7
ka) est par contre légèrement plus tardive que dans notre reconstruction. Ce lac est
probablement beaucoup plus gros que ce que la reconstruction présente, car ce dernier
s’étend au-delà de la zone d’étude – seuls les volumes des phases lacustres entièrement
comprises dans la zone d’étude ont été calculés.
102
4.4 Conclusions
Le calcul des volumes d’eau de fonte montre qu’un total de 83 km3 d’eau s’est déversé
vers la baie d’Ungava à partir de la région d’étude. Cette eau de de fonte provient de
plusieurs petits rejets sur une courte période de temps qui chevauche un intervalle
critique de la déglaciation, lequel comprend le refroidissent majeur de 8,2 ka. Les
résultats de ces travaux suggèrent que le drainage des lacs de la péninsule d’Ungava a
fort probablement contribué au forçage en eau douce responsable pour le
déclenchement de ce refroidissement climatique.
ont été envahis par des eaux glaciolacustres sont les endroits où on retrouve aujourd’hui
les principaux lacs et rivières du territoire, soit les lacs Nantais et Klotz et les rivières
Vachon et Lepellé. Les mesures d’élévation prises sur les rivages et deltas
glaciolacustres documentent un abaissement progressif des plans d’eau, avec les plus
basses élévations atteintes dans les secteurs aval des rivières du bassin versant. Cette
évolution reflète le développement de plusieurs bassins qui n’ont fort probablement pas
toujours été coalescents et/ou contemporains, lesquels se sont abaissés progressivement
au fur et à mesure que de nouveaux exutoires ont été libérés par le retrait de la marge
glaciaire. Ces résultats indiquent une succession de plans d’eau glaciolacustres de
petite à moyenne envergure, et ne soutiennent pas l’existence de lacs glaciaires de
grande superficie, tel que le Lac glaciaire Nantais présenté dans la reconstruction
proposée par Lauriol et Gray (1987).
Ces travaux soulignent donc les défis reliés à la datation des formes de terrain localisées
près du cœur des dômes de l’inlandsis. Toutefois, les résultats obtenus sont tout à fait
cohérents avec les schémas de déglaciation et conséquemment, cette méthode laisse
entrevoir un grand potentiel pour bonifier la couverture spatiale des données
géochronologiques de ces régions où la présence de matière organique est rare,
notamment en combinant une approche mesurant un autre isotope cosmogénique (26Al,
par exemple) sur les échantillons pour confirmer la présence ou non d’héritage dû à
une exposition préalable..
Une reconstruction paléogéographique a été produite à partir d’une approche basée sur
les SIG qui intègre les données d’âges connus sur le territoire et les contraintes
imposées par les données cartographiques et de terrain. La reconstruction temporelle
du retrait du front glaciaire met de l’avant le développement d’une succession des lacs
glaciaires de différentes envergures, lesquels sont accompagnés d’événements de
drainages épisodiques. L’approche utilisée montre l’importance d’utiliser un modèle
intégrant l’effet de l’enfoncement glacio-isostatique pour contraindre l’évolution et le
drainage de ces lacs glaciaires, ce qui permet en plus de fournir des estimés réalistes
des volumes d’eau de fonte. À cet effet, le modèle indique le déversement d’un volume
d’eau de fonte total de 83 km3 vers la baie d’Ungava. Cette eau de fonte provient de
plusieurs drainages ponctuels évoluant durant le retrait de la marge glaciaire sur un
court intervalle de temps qui chevauche un intervalle critique de la déglaciation, lequel
comprend le refroidissent majeur de 8,2 ka. Ainsi, les résultats de cette modélisation
suggèrent que le drainage des lacs de la péninsule d’Ungava a probablement contribué
en partie au forçage en eau douce responsable pour le déclenchement de ce
refroidissement climatique..
En somme, les travaux effectués dans ce projet de maîtrise offrent une vision intégrée
de la déglaciation de la région et du développement des lacs glaciaires, en plus de
quantifier la contribution du drainage de ces lacs aux décharges d’eau de fonte
107
marquant le début de l’Holocène. De tels travaux prouvent qu’il est nécessaire de mener
des recherches de cartographie détaillée à l’échelle régionale afin de raffiner les
modèles globaux de déglaciation. Il est indéniable que la compréhension de la
déglaciation à grande échelle se doit de passer par des travaux plus spécifiques,
notamment impliquant l’obtention de données géochronologiques. L’acquisition
récente de données numériques de terrains modernes de hautes précisions telles que
l’Arctic DEM ouvre la porte à des travaux de recherche de raffinement des
connaissances similaire à ce qui est présenté dans ce mémoire, en plus de fournir des
cibles d’échantillonnage pour d’éventuels travaux de datation. Les travaux de
recherche menés dans cette partie de la péninsule d’Ungava dans le nord du Québec au
cours de ce mémoire de maîtrise représentent un bel exemple de la portée d’une telle
approche d’étude et des possibles retombées en termes d’acquisition de nouvelles
connaissances pour l’ensemble de la déglaciation.
ANNEXE A
(cm) (DD) (DD) (m) (10-14) (g) (mg) (105 atomes) (104 atomes g-1)
Nan-Be-02A 60,99 -73,75 397
2,27 8,147 ± 0,249 20,04 0,209 11,03 ± 0,3368 5,51 ± 0,168
Nan-Be-02C 60,99 -73,75 406
2,6 7,764 ± 0,337 20,20 0,210 10,88 ± 0,4724 5,39 ± 0,234
Nan-Be-02D 60,98 -73,75 410
1,99 9,498 ± 0,373 20,05 0,210 13,31 ± 0,5232 6,64 ± 0,261
KLO-Be-01A 60,48 -73,46 279
1,65 9,002 ± 0,268 20,02 0,210 12,61 ± 0,3754 6,3 ± 0,188
KLO-Be-01B 60,48 -73,46 282
2,64 6,427 ± 0,350 20,10 0,209 8,982 ± 0,4899 4,47 ± 0,244
KLO-Be-01C 60,48 -73,46 281
2,61 23,78 ± 0,486 20,14 0,210 33,33 ± 0,6815 16,55 ± 0,338
9
Tous les échantillons sont des granites alcalins. La concentration du Be carrier a été corrigé pour l’évaporation, basé sur
des prises de mesures en continu de son poids. La densité des roches est la même pour tous les échantillons soit de 2,7g.cm-
3
. La correction pour le shielding est négligeable et a été fixée à 1,00. Le standard AMS utilisé est le 07KNSTD.
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