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M17304

Ce mémoire présente le développement, la configuration et la chronologie des lacs glaciaires dans le secteur est de la péninsule d'Ungava durant la dernière déglaciation. Il aborde les caractéristiques physico-géographiques de la région, la cartographie géomorphologique, ainsi que la datation par isotopes cosmogéniques des rivages des lacs. L'étude met en lumière l'évolution des lacs glaciaires et leur relation avec le retrait glaciaire dans cette région.

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Ce mémoire présente le développement, la configuration et la chronologie des lacs glaciaires dans le secteur est de la péninsule d'Ungava durant la dernière déglaciation. Il aborde les caractéristiques physico-géographiques de la région, la cartographie géomorphologique, ainsi que la datation par isotopes cosmogéniques des rivages des lacs. L'étude met en lumière l'évolution des lacs glaciaires et leur relation avec le retrait glaciaire dans cette région.

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UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL

DÉVELOPPEMENT, CONFIGURATION ET CHRONOLOGIE DES LACS


GLACIAIRES DU SECTEUR EST DE LA PÉNINSULE D’UNGAVA DURANT
LA DERNIÈRE DÉGLACIATION

MÉMOIRE

PRÉSENTÉ

COMME EXIGENCE PARTIELLE

DE LA MAÎTRISE EN SCIENCES DE LA TERRE

PAR

MARC-ANTOINE LÉVESQUE

SEPTEMBRE 2021
UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL
Service des bibliothèques

Avertissement

La diffusion de ce mémoire se fait dans le respect des droits de son auteur, qui a signé
le formulaire Autorisation de reproduire et de diffuser un travail de recherche de cycles
supérieurs (SDU-522 – Rév.10-2015). Cette autorisation stipule que «conformément à
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l’Université du Québec à Montréal une licence non exclusive d’utilisation et de
publication de la totalité ou d’une partie importante de [son] travail de recherche pour
des fins pédagogiques et non commerciales. Plus précisément, [l’auteur] autorise
l’Université du Québec à Montréal à reproduire, diffuser, prêter, distribuer ou vendre des
copies de [son] travail de recherche à des fins non commerciales sur quelque support
que ce soit, y compris l’Internet. Cette licence et cette autorisation n’entraînent pas une
renonciation de [la] part [de l’auteur] à [ses] droits moraux ni à [ses] droits de propriété
intellectuelle. Sauf entente contraire, [l’auteur] conserve la liberté de diffuser et de
commercialiser ou non ce travail dont [il] possède un exemplaire.»
REMERCIEMENTS

D’abord, je tiens sincèrement à remercier M. Martin Roy, mon directeur de recherche,


de m’avoir donné l’opportunité de réaliser un projet d’une telle envergure. Je suis
extrêmement reconnaissant de l’écoute, des conseils, de la patience et de la
disponibilité que tu as su m’offrir tout au long de la réalisation de mes travaux de
maîtrise.

Aussi, j’aimerais remercier Hugo Dubé-Loubert d’avoir rendu possible la réalisation


de ce projet via une collaboration avec le Ministère de l’Énergie et des Ressources
Naturelles (MERN). Merci aussi pour ton accompagnement, ton implication et ta
générosité durant les travaux de terrains et lors de la rédaction de ce mémoire. Un grand
merci à Étienne Brouard pour le temps et l’aide qu’il a su m’accorder dans les travaux
de modélisation et autres aspects connexes; ce fut plus qu’apprécié.

Merci également à Claudie Lefebvre Fortier pour sa contribution lors des travaux de
terrain, ainsi qu’à Simon Hébert, Olivier Lamarche et Iyse Randour pour les précieux
conseils.

Enfin, un merci spécial à mes parents ainsi qu’à ma précieuse famille et à mes
formidables amis, dont le soutien inconditionnel, m’a été d’une aide inestimable tout
au long de ce parcours qui ne fut parfois pas de tout repos. Finalement, mille mercis à
toi Lydia pour ton support et ton écoute tout au long de ce processus ainsi que ton
appuie durant mes études et lors de mes étés passés loin de toi. J’en suis énormément
reconnaissant.
DÉDICACE

À mes parents, Marthe et André


TABLE DES MATIÈRES

LISTE DES FIGURES ................................................................................................ vii

LISTE DES TABLEAUX ........................................................................................... xii

LISTE DES ABRÉVIATIONS, DES SIGLES ET DES ACRONYMES ................. xiii

RÉSUMÉ .................................................................................................................... xv

INTRODUCTION ........................................................................................................ 1

CHAPITRE I CARACTÉRISTIQUES PHYSIOGRAPHIQUES ET


GÉOLOGIQUES DE LA RÉGION D’ÉTUDE ......................................................... 10
1.1 Localisation, climat et végétation ...................................................................... 10
1.1.1 Hydrographie........................................................................................... 12
1.1.2 Physiographie .......................................................................................... 14
1.2 Géologie du substrat .......................................................................................... 14
1.3 Géologie du Quaternaire et travaux antérieurs .................................................. 17
1.3.1 La déglaciation et les lacs glaciaires de la péninsule d’Ungava ............. 23
1.3.2 Déglaciation de la péninsule d’Ungava................................................... 26
1.3.3 Chronologie de la déglaciation de la péninsule d’Ungava ...................... 28

CHAPITRE II CARTOGRAPHIE GÉOMORPHOLOGIQUE DU NORD-EST DE


LA PÉNINSULE D’UNGAVA : IMPLICATIONS POUR LE PATRON DE
DÉGLACIATION ET LE DÉVELOPPEMENT DES LACS GLACIAIRES ........... 31
2.1 Introduction........................................................................................................ 31
2.2 Méthodologie ..................................................................................................... 33
2.2.1 Caractéristiques de l’imagerie RapidEye et ArcticDEM ......................... 34
2.2.2 Approche cartographique ........................................................................ 35
2.2.3 Mesure d’élévation .................................................................................. 39
2.3 Résultats de la cartographie ............................................................................... 40
v

2.3.1 Rivages glaciolacustres ........................................................................... 40


2.3.2 Deltas glaciolacustres .............................................................................. 43
2.3.3 Eskers ...................................................................................................... 45
2.3.4 Chenaux d’eau de fonte ........................................................................... 48
2.3.5 Formes d’écoulement glaciaire ............................................................... 51
2.3.6 Mesures d’élévations ............................................................................... 53
2.4 Discussion sur le retrait glaciaire et le développement des lacs glaciaires ........ 56
2.4.1 Orientation des eskers et configuration du retrait de la marge glaciaire . 58
2.4.2 Orientation des chenaux d’eau de fonte et configuration de la marge
glaciaire ................................................................................................................ 59
2.4.3 Lignes de rivages et deltas glaciolacustres.............................................. 60
Modèle de développement des lacs glaciaires lors de la déglaciation ................. 62
2.5 Conclusions ....................................................................................................... 63

CHAPITRE III DATATION PAR ISOTOPES COSMOGÉNIQUES (10Be) DE


RIVAGES DES LACS GLACIAIRES NANTAIS ET KLOTZ ................................ 66
3.1 Travaux antérieurs sur la chronologie de la portion est de la péninsule
d’Ungava ..................................................................................................................... 66
3.2 Datation par isotopes cosmogéniques ................................................................ 69
3.2.1 Principe de base de la datation par isotope cosmogénique ..................... 70
3.2.2 Incertitudes et sources d’erreur ............................................................... 74
3.3 Description des sites et analyse des échantillons pour les datations 10Be. ........ 75
3.4 Résultats : âges 10Be .......................................................................................... 81
3.5 Discussion .......................................................................................................... 82
3.6 Conclusions ....................................................................................................... 87

CHAPITRE IV RECONSTRUCTION DES LACS GLACIAIRES NANTAIS ET


KLOTZ ET PALÉOGÉOGRAPHIE DE LA DÉGLACIATION DU SECTEUR
NORD-EST DE LA PÉNINSULE D’UNGAVA ....................................................... 89
4.1 Modélisation et reconstruction des plans d’eau ................................................. 89
4.1.1 Modèle d’élévation numérique ............................................................... 91
4.1.2 Données de déformation glacio-isostatique ............................................ 91
4.1.3 Isochrones de la déglaciation .................................................................. 91
4.1.4 Hydrographie et calcul des volumes d’eau ............................................. 93
4.2 Résultats : évolution du retrait glaciaire et développement des lacs proglaciaires
........................................................................................................................... 93
vi

4.2.1 Volumes d’eau de fonte drainés .............................................................. 97


4.3 Discussion ........................................................................................................ 100
4.4 Conclusions ..................................................................................................... 102

CONCLUSION ......................................................................................................... 104

ANNEXE A RECONSTRUCTION PALÉOGÉOGRAPHIQUE DU SECTEUR


EST DE LA PÉNINSULE D’UNGAVA ENTRE 9,1 ET 7,8 KA BP ..................... 108

ANNEXE B Informations relatives aux échantillons pour la datation au 10BE ........ 122

BIBLIOGRAPHIE .................................................................................................... 123


LISTE DES FIGURES

Figure Page

1 (A) Carte schématique montrant les lacs glaciaires (noirs) du secteur du


Québec-Labrador (SQL) et d’autres vestiges de l’Inlandsis Laurentidien à
la fin de la déglaciation (~ 10 cal ka BP ; modifiée de Dyke, 2004). (B)
Localisation des lacs de barrage glaciaire dans le nord du Québec lors de
la dernière déglaciation : 1) Lac Nantais ; 2) Lac Payne ; 3) Lac Minto ; 4)
Lac à l’Eau-Claire ; 5) Lac Mélèzes ; 6) Lac Caniapiscau ; 7) Lac McLean ;
8) lac Naskaupi, a : bassin du lac Indian House, b : bassin des collines
Pyramid ; 9) Lac Ford ; 10) Lac Koroc (tirée de Dubé-Loubert et Roy,
2018). .......................................................................................................... 6

1.1 A. Localisation de la région d’étude sur la péninsule de l’Ungava


(rectangle rouge). B. Physiographie de la région d’étude. Les lacs
glaciaires de la région d’étude se sont développés dans les bassins des lacs
Nantais et Klotz, ainsi que dans les bassins versants des rivières Vachon
et Lepelé....................................................................................................... 11

1.2 A. Géologie du socle rocheux du secteur est de la péninsule d’Ungava. B.


Provinces géologiques s’étendant sur le Nord-du-Québec. La région
d’étude est montrée par l’encadré noir. ....................................................... 16

1.3 A. Principaux éléments géomorphologiques associés à la couverture du


nord du Québec par l’Inlandsis laurentidien : linéations glaciaires
(drumlins, crag-and-tails) et eskers. Les lignes de partage glaciaires issues
de la calotte Laurentidienne lors de la dernière glaciation sont montrées en
noir. On note la ligne de partage de Payne (P) située au centre de la
péninsule d’Ungava et en périphérie du terrain d’étude. La
géomorphologie du Nord québécois et du Labrador est caractérisée par des
formes de terrains montrant un système d’écoulement glaciaire divergent
vers le sud et un autre système d’écoulement glaciaire convergent vers le
nord (baie d’Ungava), lesquels sont séparés par une zone étroite en forme
de U ou en forme de fer à cheval (ligne double pointillée) communément
viii

nommée Horseshoe Unconformity (Prest et al., 1968; Clark et al., 2000).


Figure modifiée de Dubé-Loubert et Roy (2017). B. Principaux dômes de
dispersion glaciaire de l’Inlandsis laurentidien, ainsi que les lignes de
partage glaciaires de ces dômes. Modifié de Dyke et Prest (1987). ........... 21

1.4 Assemblages morpho-sédimentaires et principaux éléments


géomorphologiques associés à la dynamique glaciaire de la péninsule
d’Ungava. Modifié de Dubé-Loubert (2018), d’après Gray et Lauriol
(1985)........................................................................................................... 22

1.5 Étendue du lac glaciaire Nantais ainsi que les éléments


géomorphologiques associés à son développement et à la déglaciation de
ce secteur. Tiré de Lauriol (1987)................................................................ 25

1.6 Évolution temporelle des marges glaciaires du dôme du Labrador lors de


la dernière déglaciation dans la région du nord du Québec et du Labrador.
Ces marges ont été tracées en considérant les âges radiocarbones et
cosmogéniques du secteur, ainsi que certains éléments géomorphologiques
et autres considérations associés à la déglaciation de la région. Tiré de
Dalton et al. (2020). .................................................................................... 30

2.1 A. Exemple d’un esker (flèche) observé sur une image satellite de type RapidEye
dans la région d’étude. B. Image satellitaire RapidEye de l'esker combiné au
modèle d’élévation de l'Arctic DEM. C. Photo de l'esker à partir d’un vol en
hélicoptère. .................................................................................................... 36

2.2 A. Image satellitaire (Google Earth) montrant des rivages glaciolacustres


perchés sur les flancs de la vallée de la rivière Vachon ainsi qu’un chenal
déversoir asséché suivant grossièrement l’axe de la vallée. B. Vue aérienne
des formes de terrains montrées en A. ......................................................... 42

2.3 A. Image satellitaire (Google Earth) montrant un delta glaciolacustre


légèrement chenalisé ainsi que le chenal nourricier responsable de l’apport
sédimentaire de ce delta; flanc ouest de la vallée de la rivière Vachon. B.
Vue aérienne des formes de terrains montrées en A.................................... 44

2.4 Image satellitaire (Google Earth) montrant un esker d’orientation ouest-


est observé dans le secteur à l’est de la rivière Vachon. .............................. 46
ix

2.5 A. Image satellitaire (Google Earth) montrant des chenaux sous-glaciaires


d’orientation similaire aux trains d’eskers observables dans le secteur
(SW-NE) ainsi que des chenaux latéraux marginaux perpendiculaires aux
chenaux sous-glaciaires développés parallèlement à la marge glaciaire lors
d’une stagnation de celle-ci. B. Deux chenaux déversoirs observables aux
abords de la rivière Vachon. Ceux-ci témoignent de l’érosion produite par
l’eau lorsque le drainage par la rivière Vachon était obstrué par la glace
lors du recul de celle-ci. ............................................................................... 49

2.6 Distribution des linéations glaciaires cartographiés dans la région d’étude.


Les principaux secteurs sont représentés par une flèche représentant
l’orientation moyenne de l’allongement respectif des formes. Ceux-ci se
présentent principalement sous forme de traînées morainiques avec abri
(crag-and-tail). ............................................................................................. 51

2.7 Graphique montrant les mesures d’élévations des rivages et deltas


glaciolacustres mesurés projetés le long de deux transects ouest-est allant
du lac Nantais actuel (367 m) à la rivière Vachon et du lac Klotz actuel
(249 m) à la rivière Lepelé........................................................................... 52

2.8 Distribution des sites de mesures d’élévation prises sur des rivages
glaciolacustres, des deltas glaciolacustres et la tête de certains chenaux
d’eau de fonte à proximité des vallées principales du secteur. .................... 53

2.9 Carte thématique géomorphologique. Distribution des lignes de rivages,


deltas glaciolacustres, eskers, plaines d’épandage (esker fans), chenaux
d’eau de fonte (sous-glaciaire, latéral marginal et déversoir) cartographiés
sur le secteur d’étude. Ces formes sont développées principalement dans
les bassins versants des lacs Nantais et Klotz et dans les vallées des rivières
Vachon et Lepelé. Noter que les lignes de rivages identifiées sur la figure
sont souvent continues sur plusieurs kms. ................................................... 55

3.1 Illustration des différentes étapes de formation des nucléides


cosmogéniques in situ : entrée du rayonnement galactique primaire dans
le champ magnétique terrestre, cascade réactionnelle dans l’atmosphère
générant le rayonnement cosmique secondaire et les nucléides
cosmogéniques atmosphériques et interaction du rayonnement secondaire
avec la surface terrestre produisant les nucléides cosmogéniques in situ
(tiré de Protin (2019), modifié de Martin (2016)). ...................................... 70
x

3.2 A. Emplacements des sites de prélèvements d’échantillons pour les


datations cosmogéniques de rivages glaciolacustres. B. Vue des airs d’une
série de rivages glaciolacutres étagés au site d’échantillonnage du lac
Nantais. C. Vue des airs de rivages glaciolacutres au site d’échantillonnage
du lac Klotz. D. Vue du sol d’une terrasse de blocs d’un rivage
glaciolacustre au site du lac Nantais. On peut y voir le roc au cœur de la
limite de délavage formée par l’érosion des vagues, ainsi que
l’accumulation de blocs de taille métrique formant rupture de pente. E.
Vue du sol de l’accumulation de blocs formant le rivage glaciolacutre du
lac Klotz. On note le roc délavé par l’action des vagues en haut à gauche. 75

3.3 A. Modèle schématique montrant le développement des plages de blocs et


des limites de lessivages produites au contact d’un plan d’eau sur une pente,
en plus de l’incidence sur rayonnement cosmique sur ces formes (modifié
de Godbout et al., 2017). B. Vue du sol d’un rivage glaciolacustre du lac
Nantais et exemple de bloc échantillonné pour la datation au 10Be. C. Vue
du sol de l’échantillonnage d’un bloc à la scie à roche sur un rivage
glaciolacustre du lac Klotz. D. Exemple de quadrillage laissé sur la surface
d’un bloc après échantillonnage pour la datation au 10Be. .......................... 79

3.4 Distribution des âges radiocarbones (14C) calibrés provenant de travaux


antérieurs pour la région d’étude (Dyke, 2004). La majorité des datations
se trouvent sur les côtes de la baie d’Ungava et de la Baie de Whitley. La
figure montre les âges 10Be moyen retenus pour chacun des sites datés
(voir texte pour détails)................................................................................ 85

4.1 Sommaire de l’approche méthodologique employée pour générer le MNT


représentant l’évolution des marges glaciaires et l’accumulation
concomitante d’eau de fonte dans les bassins de basses élévations. ........... 92

4.2 Exemple de tranche temporelle produite par la reconstruction


paléogéographique montrant l’évolution des lacs glaciaires occupant les
bassins des lacs Nantais et Klotz et la vallée de la rivière Vachon. Les
flèches rouges représentent les principaux exutoires empruntés par l’eau
de fonte sortant des bassins au fil du recul de la marge glaciaire.
L’ensemble des 14 figures générées par le modèle est présenté en annexe
A. ................................................................................................................. 96

4.3 Accumulation totale d’eau de fonte entre 9200 et 7800 a BP. Les principaux
drainage ainsi que le plan d’eau y étant associé sont montré par des flèches.
..................................................................................................................... 98
xi

4.3 Eau de fonte totale drainée pour chaque phase de 100 ans entre 9250 et
7750 a BP. .................................................................................................... 99
LISTE DES TABLEAUX

Tableau Page

2.1 Critères d’identification des éléments géomorphologiques ........................ 38

3.1 Datations radiocarbones connus de la région d’étude ................................. 66

3.2 Âges d’exposition et incertitudes associées par site d’échantillonnage. .......... 82


LISTE DES ABRÉVIATIONS, DES SIGLES ET DES ACRONYMES

26
Al : Aluminium

39
Ar : Argon 39

AD : ArcticDEM

BCGQ : Bureau de la connaissance géoscientifique du Québec

9
Be : Béryllium 9

10
Be : Béryllium 10

BP : Before present

14
C : Carbone 14

CDEM: Canadian digital elevation model / Modèle numérique de terrain canadien

36
Cl : Chlore 36

DGPS : Differential global positioning system / Système mondial de positionnement


différentiel

GIA : Glacio-isostatic adjustement / ajustement glacio-isostatique

GPS : Global positioning system / Système mondial de positionnement

HU : Horseshoe Unconformity
xiv

IL: Inlandsis laurentidien

LIDAR : Light detection and ranging / détection et estimation de la distance par la


lumière

LPP : Ligne de partage glaciaire de Payne / Payne Ice divide

MERN: Ministère de l’Énergie et des Ressources Naturelles

MNT : Modèle numérique de terrain

16
O : Oxygène 16

OSL : Optically stimulated luminescence / Luminescence optique programmée

RE : RapidEye

SdL : Secteur du Labrador

SIG : Système d’information géographique

SIGEOM : Système d’information géominière

SNRC : Système national de référence cartographique

TTG : Tonalite, trondhjémite et granodiorite

UQAM : Université du Québec à Montréal

USA : United states of America / États-Unis d’Amérique


RÉSUMÉ

Le retrait de l’Inlandsis laurentidien sur la péninsule d'Ungava a entraîné la formation


de grands lacs de barrage glaciaire qui ont laissé de nombreux rivages perchés et autres
formes de terrain glaciolacustres dans les principales vallées fluviatiles et autres bassins
de basse élévation. Le développement et l’évolution de ces lacs glaciaires sont
étroitement liés à la position de la marge glaciaire et à sa configuration tout au long de
la déglaciation. Ces aspects de l’histoire glaciaire sont cependant encore mal contraints
aujourd’hui, tout comme la chronologie du retrait glaciaire à l’intérieur de la péninsule.
Par conséquent, la configuration, le volume et la chronologie des lacs glaciaires de la
péninsule d'Ungava sont encore peu connus. Ce manque de données empêche
l’évaluation de l’impact des décharges d’eau de fonte en provenance de ces lacs,
lesquels se sont drainés dans la mer du Labrador via la baie d'Ungava, une zone sensible
de la circulation océanique de l'Atlantique Nord. Ce projet de maîtrise a comme objectif
de raffiner les connaissances sur la déglaciation régionale afin de reconstruire l'étendue
et les volumes de deux grands lacs glaciaires de la péninsule d'Ungava – les Lacs
Nantais et Klotz. Pour ce faire, une cartographie détaillée des rivages, deltas et autres
formes associées a été réalisée. Le retrait de la marge glaciaire a été documenté via la
cartographie systématique des eskers, moraines et chenaux d'eau de fonte à l'aide
d'images satellitaires à haute résolution (RapidEye) et de modèles d’élévation
numérique de terrain (ArcticDEM). Les observations ont été validées par des travaux
de terrain, lesquels ont permis des mesures d’élévation de séquences de rivages et deltas
à l’aide d’un GPS différentiel de haute précision. De plus, la chronologie des lacs a été
contrainte par des datations cosmogéniques (10Be) sur les rivages les plus représentatifs.
Les travaux de cartographie révèlent une succession quasi continue de rivages et de
deltas qui suggère un abaissement progressif des plans d’eau glaciolacustres.
Globalement, les résultats indiquent que ces lacs se sont formés le long d'une marge
glaciaire qui se retirait vers l'ouest-sud-ouest. Ce mode de retrait a entraîné l’ouverture
d’une série d’exutoires orientés vers le sud et localisés principalement le long des
vallées des rivières Lepelé et Vachon. Ce mode de retrait a permis aux eaux de fonte
de s’étendre successivement dans différents bassins d’élévations inférieures, jusqu’au
confluent avec la rivière Arnaud, dont la libération des glaces a permis le drainage final
des lacs dans la baie d’Ungava. Les âges 10Be obtenus montrent un faible étalement qui
souligne la difficulté d’obtenir des contraintes chronologiques dans les environnements
de glace à base froide comme dans le cœur de la péninsule où l’érosion glaciaire était
faible.
xvi

Néanmoins, les âges 10Be retenus indiquent que le développement de ces lacs glaciaires
a eu lieu autour de 9,6 ± 0,4 ka. Tous les résultats sont insérés dans un modèle basé sur
le système d’information géographique qui intègre les isochrones de la déglaciation
régionale et la paléotopographie en tenant compte de la déformation glacioisostatique
de cet période de la déglaciation. La modélisation indique que le recul vers le S-SO du
front glaciaire orienté NO-SE s’est effectué à un rythme relativement constant. Ce
patron de déglaciation a donné naissance à une succession de lacs glaciaires transitoires
et d’envergures variables, mais pour la plupart d’étendues et volumes modestes. De
nouveaux exutoires sont libérés au fur et à mesure du retrait glaciaire, ce qui occasionne
le drainage des différentes accumulations d’eau. La chronologie de ces rejets d’eau de
fonte chevauche en partie un intervalle critique de la déglaciation, soit le
refroidissement majeur de 8,2 ka. Dans l’ensemble, ces travaux augmentent notre
compréhension du développement et de l’évolution de ces lacs glaciaires, en plus de
raffiner le patron de déglaciation régional – des résultats qui devraient contribuer à
améliorer les reconstitutions paléogéographiques pour la déglaciation du Secteur du
Labrador.

Mots-clés : déglaciation, Inlandsis laurentidien, lacs glaciaires, datation cosmogénique,


cartographie Quaternaire.
INTRODUCTION

La période Quaternaire est caractérisée par le développement épisodique de calottes


glaciaires d’envergure continentale dans l’hémisphère nord. L’évolution et la
dynamique de ces inlandsis ont joué un rôle prépondérant dans les changements du
climat au cours de cette période. Cette variabilité climatique découle en grande partie
d’interactions complexes entre les composantes continentale (inlandsis, glaciers),
océanique et atmosphérique du Système Terre (Clark et al., 1999). De par leur étendue
et dimension, les grandes calottes glaciaires du Quaternaire ont eu un impact majeur
sur le système atmosphérique et sur le bilan radiatif (albedo) terrestre sur de longues
échelles de temps. Toutefois, les archives paléoclimatiques basées sur les sédiments
marins et carottes de glace polaire associent les oscillations climatiques d'échelle
décennale à millénaire de la dernière période glaciaire à des décharges massives
d'icebergs et de grands volumes d'eaux de fonte qui ont perturbé la circulation
océanique thermohaline qui régule le climat (Heinrich 1988; Bond et al. 1992; Bond
and Lotti 1995). Les études paléocéanographiques et modèles numériques actuels
attribuent ces perturbations climatiques à des effondrements épisodiques de l'Inlandsis
laurentidien qui a complètement recouvert le Canada et une partie du centre-nord et
nord-est des États-Unis (Broecker et al. 1992; Andrews and MacLean, 2003; Hemming,
2004).

Le recul et les changements de configuration (étendue) de l’Inlandsis laurentidien au


cours de la dernière déglaciation a également mené à des perturbations climatiques
importantes, principalement via la production massive d’eau de fonte vers l’Océan
Atlantique Nord et/ou de la réorganisation des patrons de drainage à l’échelle
continentale (Alley et al., 1997; Clark et al., 2001; Teller et al., 2002; Clarke et al.,
2

2004; Meissner and Clark, 2006; Carlson et Clark, 2012). De plus, des quantités
importantes d’eau de fonte se sont accumulées le long de la marge de l’inlandsis en
retrait ou à l’intérieur des vallées des grandes rivières du Nord québécois (Teller, 1987;
Gray et al., 1993; 1996; Dyke, 2004; Dubé-Loubert et Roy, 2017). Le drainage abrupt
de ces lacs de barrage glaciaire de différentes envergures représente un forçage
climatique important en raison de l’apport massif d’eau de fonte dans l’Atlantique Nord
qui peut potentiellement avoir un impact sur la circulation océanique méridionale
(Barber et al., 1999; Rohling and Palike, 2005; Ellison et al., 2006; Hillaire-Marcel et
al., 2007; Kleiven et al., 2008).

Les études sur la dernière déglaciation indiquent que les dernières décharges massives
d’eau de fonte en provenance de lacs glaciaires se sont faites via la baie et le détroit
d’Hudson pour rejoindre l’Atlantique Nord (Barber et al., 1999; Hillaire-Marcel et al.,
2007; Lajeunesse et St-Onge, 2007; Roy et al., 2011; Lewis et al., 2012; Jennings et al.,
2015). En effet, un des derniers événements majeurs de la déglaciation consiste en
l’effondrement du barrage de glace dans la baie d’Hudson qui retenait les lacs glaciaires
Agassiz et Ojibway qui étaient alors coalescents (e.g., Lajeunesse et St-Onge, 2007).
L'injection soudaine et massive d'eau douce liée à cette décharge est communément
utilisée comme principal mécanisme pour expliquer le refroidissement climatique le
plus marqué de l’Holocène qui s’est déroulé autour de 8,2 ka (Alley et al., 1997;
Kobashi et al., 2007; Thomas et al., 2007; Rasmussen et al., 2014). Le soi-disant
événement de 8,2 ka est associé à l’apport d’eau douce dans la Mer du Labrador, un
site important pour la production des eaux profondes de l’Atlantique Nord (Barber et
al., 1999). Des modélisations de l’impact de ce drainage sur l’océan basé sur des
estimations des volumes d’eau de fonte en cause (Veillette, 1994; Barber et al., 1999;
Clarke et al., 2004) indiquent cependant que les quantités d’eau sont tout juste assez
importantes pour provoquer une perturbation significative (LeGrande and Schmidt,
2008; Clarke et al., 2009; Wiersma and Jongma, 2010). De plus, de nouvelles données
sur le Lac Agassiz-Ojibway suggèrent que ces estimations d’eau de fonte sont fort
3

probablement surestimées (Roy et al., 2015; Godbout et al., 2020). D’autre part, des
modélisations basées sur des considérations glaciologiques et paléoclimatiques
suggèrent que cette perturbation climatique pourrait aussi être le résultat d’un forçage
principalement lié à une contribution importante et soutenu en eau douce provenant de
la fonte globale de l’inlandsis au cours de cet intervalle (Carlson, 2009), superposé à
l’effondrement de l’ensellement qui retenait le lac – une combinaison d’événements
qui pourrait supposément avoir joué un rôle tout aussi important que le drainage du lac
(Gregoire et al., 2012; Matero et al., 2017).

Considérant le lien important entre les forçages d'eau douce et les rétroactions qui en
résultent dans le système climatique, l’acquisition de données reliées au retrait et à la
configuration de l’Inlandsis laurentidien lors de la dernière déglaciation s’avère donc
une étape fondamentale à la compréhension de l’évolution climatique au cours de la
déglaciation. Ceci souligne l’importance de produire des estimations fiables sur les
volumes d'eau de fonte impliqués dans le drainage des lacs glaciaires (e.g., Clarke et
al., 2004). Cependant, les enregistrements géomorphologiques (rivages et deltas)
contraignant l’évolution et l'étendue (superficie, profondeur) de ces lacs au cours de la
déglaciation restent dans bien des régions encore insuffisamment documentées (e.g.,
Godbout et al., 2020). De plus, une partie des incertitudes associées au rôle de ces lacs
glaciaire dans les excursions climatiques de la dernière déglaciation découle de
l’absence notable de données chronologiques relativement précises permettant de
contraindre le timing de leur évolution et notamment de leur drainage (e.g., Godbout
et al., 2017).

Ceci reflète en partie une limitation géochronologique reliée à l’absence de matériel


organique au cœur des régions englacées et qui limite l’utilisation de la datation
radiocarbone (14C) communément utilisée dans les reconstructions paléogéographiques
de la déglaciation (Dyke, 2004; Dalton et al., 2020). Néanmoins, de récents travaux
basés sur la datation par isotopes cosmogéniques de rivages et dépôts de drainage
4

associés au lac Naskaupi soulignent le potentiel de cette approche pour contraindre la


chronologie du développement de lacs glaciaires (Dubé-Loubert et al., 2018). Ces
travaux suggèrent que les lacs glaciaires du sud-est de l’Ungava se sont développés et
drainés au cours d’un intervalle critique de la déglaciation et qu’ils ont fort
probablement contribué au forçage en eau douce lié au refroidissement de 8.2 ka.
Considérant que les autres lacs glaciaires de la péninsule de l’Ungava se sont fort
probablement développés au cours de cette période (Gray et al., 1993; Daigneault,
2008), il est impératif de préciser leur évolution (configuration, volume) et leur
chronologie afin de bien contraindre les apports en eau de fonte en provenance de la
baie d’Ungava.

Le nord du Québec et le Labrador est une région où les enregistrements


morphosédimentraires quaternaires sont très riches, notamment en ce qui a trait au
retrait de la marge glaciaire et au développement concomitant de lacs glaciaires lors de
la déglaciation. Plusieurs travaux pionniers ont en effet rapporté l’existence de
nombreux lacs glaciaires qui ont occupé les principales vallées des rivières se jetant
dans la baie d’Ungava (Ives, 1959, 1960; Barnett, 1963; Lauriol et Gray, 1987; Gray
et al., 1993). Ces lacs ont fait l’objet de très peu d’études détaillées et les connaissances
sur leur contexte de mise en place et leur chronologie demeurent encore très
préliminaires à l’exception de récents travaux dans le bassin de la rivière George au
sud-est de la baie d’Ungava (Dubé-Loubert et Roy, 2017; Dubé-Loubert et al., 2018).
Bien que le développement de ces lacs soit directement relié au patron de retrait du
Dôme du Labrador, le manque de contraintes détaillées sur la position et la
configuration de la marge glaciaire ayant mené à l’obturation de ces lacs limite
grandement la mise sur pied de reconstructions paléogéographiques adéquates. La
situation est particulièrement marquante en ce qui concerne les lacs à l’ouest de la baie
d’Ungava (Lauriol, 1982; Gray et Lauriol, 1985; Lauriol et Gray, 1987; Gray et al.,
1993; Daigneault, 2008) où le manque de connaissances sur leur développement et
5

configuration a donné lieu à des modèles de déglaciation très contrastés et qui sont
encore aujourd’hui débattus (e.g., Kleman, 1994; Clark et al., 2000).

La région du nord-est de la péninsule d’Ungava renferme de nombreux enregistrements


sédimentaires et géomorphologiques qui ont le potentiel d’apporter une foule de
renseignements sur la relation entre le retrait glaciaire et le développement et
l’évolution de ces lacs glaciaires (figure 1). Malgré cela, l’histoire glaciaire de cette
région demeure encore relativement peu documentée dans la littérature scientifique.
Ceci découle en grande partie des contraintes logistiques reliées à la réalisation de
travaux dans une région subarctique comme le Nunavik. Depuis quelques années
cependant, le Bureau de la connaissance géoscientifique du Québec (BCGQ) du
Ministère de l’Énergie et des ressources naturelles (MERN) du Québec mène différents
travaux dans cette région dans le but d’y bonifier les connaissances géoscientifiques et
de mettre en valeur le potentiel minéral de la province. Des campagnes de cartographie
et d’échantillonnage des dépôts de surface incluant une importante composante de
terrain ont été initiées de 2012 à 2015 au sud de la baie d’Ungava (Dubé-Loubert et al.,
2014; Dubé-Loubert et al., 2016). Depuis 2017, ces travaux se poursuivent dans le
secteur de la péninsule d’Ungava (Dubé-Loubert et al., 2018; Dubé-Loubert et al.,
2019), principalement dans les régions au pourtour des communautés de Puvirnituq,
Kangirsuk et Salluit.
6

Figure 1 (A) Carte schématique montrant les lacs glaciaires (noirs) du secteur du Québec-
Labrador (SQL) et d’autres vestiges de l’Inlandsis Laurentidien à la fin de la déglaciation
(~ 10 cal ka BP ; modifiée de Dyke, 2004). (B) Localisation des lacs de barrage glaciaire
dans le nord du Québec lors de la dernière déglaciation : 1) Lac Nantais ; 2) Lac Payne ; 3)
Lac Minto ; 4) Lac à l’Eau-Claire ; 5) Lac Mélèzes ; 6) Lac Caniapiscau ; 7) Lac McLean ;
8) Lac Naskaupi, a : bassin du lac Indian House, b : bassin des collines Pyramid ; 9) Lac
Ford ; 10) Lac Koroc (tirée de Dubé-Loubert et Roy, 2018).
7

Le présent projet de maîtrise vise à approfondir les connaissances sur la déglaciation


finale de l’Inlandsis laurentidien sur la portion nord-est de la péninsule d’Ungava où
une série de plans d’eau glaciolacustres se sont développés. Il a été mené en
collaboration avec le BCGQ qui a assuré la logistique des travaux. Les principaux
éléments de la géologie quaternaire traités dans ce mémoire portent sur la dynamique
du patron du retrait de la marge glaciaire dans la région, le développement et l’étendue
des lacs proglaciaires Nantais et Klotz ainsi que la chronologie de la déglaciation.

De façon spécifique, les principaux objectifs se divisent en quatre points :

1) Documenter le patron du retrait glaciaire dans la région et délimiter la


configuration de la marge glaciaire à partir de la cartographie systématique des
eskers, moraines et chenaux d'eau de fonte sur le territoire;
2) Reconstruire l’étendue et l’évolution des lacs glaciaires ayant occupé les
bassins des lacs Nantais et Klotz et des rivières adjacentes, dont la rivière
Vachon, à partir d’une cartographie détaillée des rivages, deltas et autres formes
glaciolacustres associées;
3) Contraindre la chronologie de la déglaciation et du développement des lacs par
des datations basées sur les isotopes cosmogéniques (10Be) sur les rivages les
plus représentatifs;
4) Enfin, produire un modèle paléogéographique le plus représentatif de la
déglaciation du secteur sud-est de la péninsule de l’Ungava décrivant le retrait
de la marge glaciaire et l’évolution des plans d’eau glaciolacustres à partir des
données collectées et permettant un calcul des volumes d’eau de fonte contenu
dans ces lacs glaciaires.

Pour répondre à ces objectifs, une carte thématique de la géomorphologie du secteur


d’étude a été produite à l’aide d’un logiciel de système d’information géographique
(SIG) intégrant différentes données collectées à partir d’images satellitaires de haute
8

résolution (RapidEye), d’un modèle d’élévation numérique de haute résolution (Arctic


DEM; Porter et al., 2018) et de différents modèles numériques de terrain (MNT). Les
travaux de cartographie ont été bonifiés par l’entremise d’une campagne de terrain qui
a permis de vérifier les différents éléments cartographiés à partir des images
satellitaires et MNT, en plus de permettre l’acquisition de mesures d’élévations de
formes de terrains clés grâce à un GPS de haute précision.

De plus, les travaux de terrain ont permis l’échantillonnage de formes de terrain afin
d’y effectuer des datations basées sur les isotopes cosmogéniques (10Be) dont les cibles
avaient été préalablement déterminées lors de la phase de cartographie préliminaire.
Les datations ont été réalisées au centre de recherche Lamont-Doherty Earth
Observatory de Columbia University (New York, É.-U.).

Finalement, la reconstruction paléogéographique a été produite à l’aide d’une


modélisation basée sur une approche géomatique. Le modèle de déglaciation s’appuie
sur les cartes paléogéographiques des marges glaciaires et isochrones associées, ainsi
que toutes les datations disponibles pour la région (Dyke, 2004), en plus des âges
cosmogéniques obtenus dans ces travaux. De plus, la reconstruction incorpore des
modèles de relèvement glacio-isostatique pour permettre de tenir compte du
relèvement postglaciaire dans la région et de ses effets sur le gauchissement des rivages
glaciolacustres. Finalement, la reconstruction géomatique a permis de modéliser des
estimations des volumes d’eau accumulés le long du front glaciaire au cours de son
recul.

Ce projet de recherche a permis de raffiner notre compréhension sur le développement


des lacs glaciaires (étendue, configuration et évolution) de la zone centre-est de la
péninsule d’Ungava, en plus d’apporter d’importantes contraintes sur la configuration
et le timing de la marge glaciaire lors de son retrait dans la région. De plus, la
modélisation du patron de déglaciation de ce secteur de la péninsule d’Ungava a
9

apporté de nouvelles contraintes sur l’envergure de ces lacs glaciaires et des volumes
d’eau de fonte qui ont été déchargés dans la baie d’Ungava et l’Atlantique Nord à un
moment critique de la déglaciation tardive qui a été marqué par un important
refroidissement climatique.

Le présent mémoire est divisé en 4 chapitres. Le premier chapitre présente les


principaux éléments physiographiques et géologiques de la péninsule d’Ungava, en
plus d’établir l’état des connaissances sur la géologie du Quaternaire et la
géomorphologie glaciaire de la région d’étude. Le deuxième chapitre porte sur les
travaux ayant mené à la production d’une carte géomorphologique thématique sur la
déglaciation et le développement des lacs glaciaires. Le troisième chapitre fait état des
travaux de datations par la méthode d’exposition basée sur les isotopes cosmogéniques.
Le quatrième chapitre présente une synthèse des connaissances actuelles et des
différents résultats obtenus au cours des travaux, lesquels sont intégrés à l’intérieur
d’un modèle paléogéographique du retrait de la marge glaciaire produit à partir d’une
approche basée sur les SIG. Finalement, le mémoire se termine par une conclusion qui
résume l’ensemble des travaux effectués ainsi que leurs apports aux connaissances
géoscientifiques dans la région d’étude et dans le domaine de la géologie du
Quaternaire.
CHAPITRE I

CARACTÉRISTIQUES PHYSIOGRAPHIQUES ET GÉOLOGIQUES DE LA


RÉGION D’ÉTUDE

Ce chapitre présente la localisation et les aspects importants de la physiographie et de


la géologie du socle rocheux et du Quaternaire, en lien avec les objectifs de ce projet
de maîtrise qui portent sur la déglaciation du centre-est de la péninsule de l’Ungava.
Le chapitre présente aussi une brève synthèse des travaux antérieurs sur la déglaciation
de cette région, avec une emphase sur la formation et l’évolution des lacs glaciaires qui
se sont développés durant le retrait de la marge glaciaire de l’Inlandsis laurentidien.

1.1 Localisation, climat et végétation

Le secteur à l’étude se situe dans la portion est-nord-est de la péninsule d’Ungava


(figure 1.1). Il couvre une superficie d’environ 350 000 km2 et est circonscrit par le détroit
d’Hudson au nord et par la baie d’Ungava à l’est. Le point d’accès principal pour les travaux
était le village de Kangirsuk, qui fait partie d’une série de communautés inuit établies le
long de la côte de la baie d’Ungava, dont Aupaluk au sud et Quaqtaq et Kangiqsujuaq au
nord.
11

Figure 1.1 A. Localisation de la région d’étude sur la péninsule de l’Ungava (rectangle


rouge). B. Physiographie de la région d’étude.
12

Selon la classification de Köppen-Geiger, la péninsule d’Ungava est caractérisée par


un climat polaire de toundra dont la saison d’été est très peu marquée et où la
température moyenne du mois le plus chaud varie entre 0 et 10 °C (Kottek et al., 2006).
À Kangirsuk, la température moyenne annuelle était de -6,4 °C entre 2005 et 2018
(Sarrazin et Allard, 2018). Les hivers sont froids et secs et les précipitations dépassent
rarement les 500 mm par année et elles sont principalement sous forme de neige.

Le secteur d’étude se situe dans l’écorégion du Centre de la péninsule d’Ungava et par


le fait même, dans l’écozone terrestre du Bas-Arctique. Cette zone est localisée au nord
de la limite forestière. Les faibles précipitations, les forts vents et la présence d’un
pergélisol continu sont des éléments qui limitent la croissance de la flore. La période
végétative est courte et la végétation est faiblement développée, étant principalement
représentée par de bas arbrisseaux dans les basses-terres et par le lichen aux endroits
les plus exposés aux éléments (Gouvernement du Québec, 2010).

1.1.1 Hydrographie

Les principaux éléments hydrographiques de la région regroupent les lacs Nantais et Klotz,
ainsi que les rivières Vachon, Arpalirtuq, Lestage, Lepellé et Arnaud (figure 1.1). Ces deux
principaux lacs ont une configuration complexe comprenant plusieurs péninsules et baies et
ils couvrent une superficie de 256 et 254 km2 respectivement. Ces lacs occupent deux sous-
bassins versants, soit les bassins versants de la rivière Vachon et de la rivière Lepellé qui à
leurs tours font partie du bassin versant de la rivière Arnaud qui rejoint la baie d’Ungava.

Les vallées fluviatiles ont formé des voies de drainage et constitué des exutoires majeurs
pour l’eau de fonte durant le retrait du front glaciaire, en plus d’être l’hôte de bassins
glaciolacustres de différentes envergures à un moment ou un autre durant la déglaciation.
La rivière Vachon représente l’une des rivières les plus importantes, formant l’axe de
13

confluence de tous les affluents de ce bassin versant. Elle est fortement entaillée dans un
socle gneissique et elle prend sa source au nord dans les lacs Rouxel et Vergons qui se
situent aux abords du cratère des Pingualuit. Elle s’oriente approximativement du nord-
ouest vers le sud-est et s’écoule grossièrement vers le sud pour se déverser dans la rivière
Arnaud, un autre axe majeur de drainage orienté est-ouest qui se jette dans la baie d’Ungava
(figure 1.1). À noter qu’au nord-est du bassin versant de la rivière Vachon se trouve la
rivière Lataille qui n’est en rien liée à l’écoulement naturel des deux bassins versants étudiés
ici malgré leurs proximités. Ils ont cependant fort probablement été connectés par le passé
en raison de la dépression isostatique du territoire. Aujourd’hui, cette rivière est asséchée
dans sa partie amont et elle se déverse vers la baie Whitley et le détroit d’Hudson.

Le bassin versant de la rivière Lepellé comprend les deux principaux lacs de la région
d’étude, soit le lac Nantais dans le nord à une élévation de 367 m et le lac Klotz, plus au
sud, à une élévation de 249 m (figure 1.1). Ces lacs sont reliés par la rivière Arpalirtuq qui
s’écoule du nord vers le sud. Le lac Klotz se déverse vers l’est dans le lac Nullualuk et qui
se déverse à son tour dans la rivière Lepellé, rejoignant éventuellement la rivière Arnaud.

Conséquemment, l’eau accumulée en amont des deux principaux bassins versants de la


région converge vers le sud, vers la rivière Arnaud qui forme un exutoire majeur. Elle est
donc pour cette raison, la plus importante de la région et s’écoule à fort débit directement
dans la baie d’Ungava et par le fait même, vers l’océan. Autre fait à noter, tout juste à
l’extrémité ouest de la région d’étude, soit à l’ouest des lacs Nantais et Klotz, le drainage
naturel des eaux se fait vers l’ouest, c’est-à-dire vers la baie d’Hudson. Ceci a une
implication importante pour la formation de lacs de barrage glaciaire à l’ouest de la région
d’étude, car leur développement requiert alors la présence d’une marge glaciaire dans le
secteur ouest de la péninsule.
14

1.1.2 Physiographie

Le relief de la zone d’étude a une influence marquée sur la dynamique glaciaire, le retrait
de la marge glaciaire et le développement des lacs proglaciaires pendant la déglaciation.

La zone d’étude occupe presque entièrement la région physiographique du plateau de


Larch selon la classification de Bostock (2014). Cette région correspond à une
pénéplaine ondulant légèrement où l’élévation oscille généralement entre 300 et 500 m,
en augmentant graduellement du sud vers le nord. L’élévation maximale de la zone est
d’environ 540 m, à l’est du lac Nantais, alors que l’élévation minimale est d’environ
120 m, à l’ouest du lac Klotz, vers le centre de la péninsule d’Ungava (figure 1.1). Le
roc est largement dénudé et la couverture de till est mince sur la majorité du plateau
(Bouchard et Marcotte, 1986). On retrouve sur ce plateau le cratère des Pingualuit, issu
d’un impact météoritique datant de 1,4 Ma, représentant aujourd’hui un lac circulaire
circonscrit par un rivage abrupt légèrement surélevé par rapport au relief environnant
(Grieve et al., 1991; Guyard et al., 2011).

Le plateau de Larch est limité au nord du Lac Nantais par les monts de Puvirnituq, une autre
division physiographique constituée d’une succession de collines et de vallées (Bostock,
2014). Ces collines sont associées aux roches volcano-sédimentaires d’âge
paléoprotérozoïque qui forment la Ceinture de Cape Smith et qui s’étendent vers l’est-nord-
est sur une distance de 370 km (Bostock, 2014). Ces monts présentent un relief relativement
élevé à l’ouest, près de la baie d’Hudson, et leur élévation diminue graduellement vers l’est
pour éventuellement se fondre au plateau de Larch. Les collines s’élèvent à une élévation
moyenne de 450 m.

1.2 Géologie du substrat

La zone d’étude est localisée dans la Province géologique du Supérieur, une division du
craton précambrien formant le Bouclier canadien. Spécifiquement, la région fait partie de
15

la Sous-province de Minto qui est composée principalement de roches gneissiques et


plutoniques archéennes. Les lithologies dominantes sont représentées par la Suite de
Faribault-Thury qui renferme des orthogneiss et des assemblages de tonalite, trondhjémite
et granodiorite (TTG) d’âge archéen (2785-2751 Ma). Ces roches sont plus ou moins foliées
et métamorphisées au faciès amphibolite (Madore et Larbi, 2000; Bilodeau et Caron-Côté,
2018). Ces lithologies sont entrecoupées par endroits de séquences d’amphibolites, de
paragneiss et de roches ultramafiques d’âge archéen (2870-2718 Ma) regroupées sous le
Complexe d’Arnaud (Madore et Larbi, 2000; Bilodeau et Caron-Côté, 2018). Finalement,
ces roches sont recoupées par un essaim de dykes de diabase paléoprotérozoïque orienté
grossièrement du nord-ouest vers le sud-est (Bilodeau et Caron-Côté, 2018). La zone étudiée
est ainsi dominée par des lithologies très compétentes et difficilement altérables. À l’est, la
zone d’étude est bordée par les lithologies volcano-sédimentaires et métasédimentaires
d’âge paléoprotérozoïque de la Fosse du Labrador qui longent la côte ouest de la baie
d’Ungava (Bilodeau et Caron-Côté, 2018).
16

Figure 1.2 A. Géologie du socle rocheux du secteur est de la péninsule d’Ungava. B.


Provinces géologiques s’étendant sur le Nord-du-Québec. La région d’étude est montrée par
l’encadré noir. Données extraites du SIGEOM.
17

Ces ensembles géologiques sont affectés par de nombreuses déformations structurales qui
peuvent être divisées en deux principaux domaines: le Domaine Douglas-Harbour de la
Province du Supérieur et le Domaine de Payne de la Province du Churchill (Bilodeau et
Caron-Côté, 2018). La partie ouest du Domaine Douglas-Harbour est dominée par une
phase de déformation caractérisée par des plis d’orientation NE-SW d’amplitude
kilométrique, sur lesquels se superpose une seconde phase de déformation apparaissant sous
forme de plis NNE-SSW (Bilodeau et Caron-Côté, 2018). Ces structures sont localement
affectées par un cisaillement ductile d’orientation N-S (Madore et Larbi, 2000). La partie
est de ce domaine renferme les mêmes structures de déformation, mais on note en plus une
augmentation de la densité des failles vers l’est qui dénote l’influence du second domaine
structural associé à la mise en place de la Province géologique de Churchill lors de
l’Orogénie du Nouveau-Québec (Madore et Larbi, 2000). Le domaine structural de Payne a
été affecté par deux principales phases de déformations produites lors de l’Orogène du
Nouveau-Québec qui ont produit des failles et des plis régionaux (Clark et Wares, 2004).
Ces structures sont grossièrement orientées NW-SE et se manifestent principalement dans
le Synclinal de Robert, une structure majeure visible au nord de la rivière Arnaud (Bilodeau
et Caron-Côté, 2018).

1.3 Géologie du Quaternaire et travaux antérieurs

Cette section présente les principales caractéristiques de la géologie du Quaternaire de la


péninsule d’Ungava, avec une emphase sur la déglaciation et les lacs glaciaires qui sont au
cœur des présents travaux de recherche. Les travaux antérieurs ont principalement porté sur
les éléments suivants :

i) la nature et la répartition des principaux ensembles morpho-sédimentaires;


ii) les écoulements glaciaires;
iii) la déglaciation;
iv) le Lac glaciaire Nantais;
18

v) l’invasion de la Mer d’Iberville.

Lors du dernier maximum glaciaire, au Wisconsinien Supérieur, l’Inlandsis laurentidien (IL)


a recouvert une grande partie du territoire nord-américain, s’étendant de l’Arctique canadien
jusqu’au centre-nord et au nord-est des États-Unis (Dyke et al., 2002). Cet inlandsis était
caractérisé par une configuration complexe regroupant trois principaux centres de
dispersion à partir desquels s’écoulait la glace (Dyke et Prest, 1987; Dyke, 2004) :

i) le secteur du Labrador qui recouvrait le Québec;


ii) le secteur du Keewatin au nord-ouest de la baie d’Hudson;
iii) le secteur de Baffin dans l’Arctique canadien.

Ces trois dômes étaient constitués de lignes de partage glaciaires et de zones d’ensellement
dont la dynamique, la configuration et la position géographique ont changé et évolué au fur
et à mesure de la glaciation et de la déglaciation (Dyke et Prest, 1987).

La région d’étude reposait sous la glace du Secteur du Labrador (SdL) dont les derniers
vestiges auraient persisté jusqu’à 5 ka BP (Richard et al., 1982; Dyke et Prest, 1987; Lauriol
et Gray, 1987; Dyke, 2004). Le SdL regroupe un réseau complexe de lignes de partage
glaciaires dont les branches s’étendant à l'ouest, au sud et à l'est de la baie d'Ungava
(figure 1.3) ont subi d’importantes migrations (Dyke et Prest, 1987; Klassen et Thompson,
1993; Veillette et al., 1999; Dyke, 2004). L’organisation spatiale et l’alignement des formes
glaciaires fuselées et des eskers dans le secteur montrent globalement deux systèmes
majeurs d’écoulement glaciaire d’orientation opposée, organisés de part et d’autre d’une
zone étroite prenant la forme apparente d’une ligne de partage glaciaire en forme de U ou
en fer à cheval (Prest et al., 1968). Concrètement, ces deux régimes d’écoulement glaciaire
forment une zone d’intersection étroite qui ceinture la baie d’Ungava (Veillette et al., 1999),
communément nommée Horseshoe Unconformity (HU) (Hughes, 1964; Veillette et al.,
1999; Clark et al. 2000). Au sud de cette ligne de partage, les mouvements glaciaires
indiquent un écoulement massif se développant de façon radiale, alors qu’au nord
19

l’écoulement converge vers la baie d’Ungava. L’interprétation de ce système d’écoulements


glaciaires unique a fait l'objet de nombreux débats donnant lieu à plusieurs modèles.
Certains modèles associent l’écoulement convergeant vers la baie d’Ungava à un
affaissement du flanc nord du SdL à la fin de la période glaciaire (Hughes, 1964; Dyke et
Prest, 1987; Veillette et al., 1999; Dubé-Loubert et al., 2021), tandis que d'autres associent
ces linéations glaciaires vers le nord à des formes de terrain reliques témoignant d’une
glaciation antérieure et qui auraient été préservées sous un dôme de glace à base froide
développé au cours du dernier cycle glaciaire (Kleman, 1994; Jansson, 2004; Clark et al.,
2000). Un consensus semble maintenant favoriser le premier modèle (c.f., Kleman et al.,
2010), alors que des travaux récents associent le système de la baie d’Ungava à l'empreinte
de grands courants de glace développés à la fin de la période glaciaire (Winsborrow et al.,
2004; Margold et al., 2015; 2018).

Dans le secteur de la péninsule d’Ungava, le prolongement (et la position) du HU coïncide


avec la localisation d’une importante ligne de partage glaciaire – la Ligne de partage
glaciaire de Payne (Payne Ice divide; LPP) – qui coupe la péninsule dans un axe nord-sud
(Bouchard et Marcotte, 1986; Daigneault, 2008). À l’ouest de cette ligne, l’écoulement
s’effectuait vers la baie d’Hudson alors qu’à l’est, la glace s’écoulait vers la baie d’Ungava
(Vincent, 1989). Lauriol et Gray (1987) ont identifié 12 zones géomorphologiques de part
et d’autre de la LPP qui montrent des caractéristiques distinctes et qui peuvent être associées
à un mode de formation relié soit à la glaciation ou à la déglaciation. La partie centrale (zone
intérieure) de la péninsule est caractérisée par la présence de nombreuses formes de
désintégration glaciaire, de même que par la (quasi) absence de formes fuselées ou d’eskers
et est associée à l’ancienne position de la ligne de partage des glaces (Gray et Lauriol, 1985).
Dans les zones est et nord de la péninsule, on retrouve plutôt de grands systèmes d’eskers
dont l’orientation vers la baie d’Ungava et le détroit d’Hudson est relativement constante et
indépendante de la topographie régionale. Ces systèmes d’eskers sont interprétés par
Lauriol et Gray (1987) comme ayant été construits d’abord par un drainage supraglaciaire
ne laissant aucune évidence géomorphologique dans la zone centrale et associée à un
20

drainage sous-glaciaire nourrit par l’entremise de moulins localisés en périphérie dans les
zones à l’est et au nord. Le retrait de la marge se serait donc effectué globalement à partir
des côtes du détroit d’Hudson et de la baie d’Ungava vers l’intérieur de la péninsule (Gray
et Lauriol, 1985; Lauriol et Gray, 1987; Daigneault et Bouchard, 2004). L’absence de
moraines de De Geer sur la côte est de la péninsule et la présence de multiples eskers,
kames et terrasses de kame suggèrent une faible dynamique de la glace à la base du glacier
et donc un retrait par amincissement/recul progressif de la marge plutôt que par vêlage de
culots de glace (Lauriol et Gray, 1987). Ces zones morpho- sédimentaires contrastent avec
celles situées à l’ouest de la LPP où des champs de moraines de De Geer témoignent d’un
retrait rapide de la marge glaciaire. Ces différences ont été invoquées pour décrire la
déglaciation de la région centrale du SdL comme étant caractérisée par des taux
asymétriques de retrait des marges glaciaires sud (rapide) et nord (lent) (Clark et al., 2000;
Ullman et al., 2016).
21

Figure 1.3 A. Principaux éléments géomorphologiques associés à la couverture du nord


du Québec par l’Inlandsis laurentidien : linéations glaciaires (drumlins, crag-and-tails)
et eskers. Les lignes de partage glaciaires issues de la calotte Laurentidienne lors de la
dernière glaciation sont montrées en noir. On note la ligne de partage de Payne (P)
située au centre de la péninsule d’Ungava et en périphérie du terrain d’étude. La
géomorphologie du nord québécois et du Labrador est caractérisée par des formes de
terrain montrant un système d’écoulement glaciaire divergent vers le sud et un autre
système d’écoulement glaciaire convergent vers le nord (baie d’Ungava), lesquels sont
séparés par une zone étroite en forme de U ou de fer à cheval (ligne double pointillée)
22

communément nommée Horseshoe Unconformity (Prest et al., 1968; Clark et al., 2000).
Figure modifiée de Dubé-Loubert et Roy (2017). B. Principaux dômes de dispersion
glaciaire de l’Inlandsis laurentidien, ainsi que les lignes de partage glaciaires de ces
dômes. Modifié de Dyke et Prest (1987).

Figure 1.4 Assemblages morpho-sédimentaires et principaux éléments


géomorphologiques associés à la dynamique glaciaire de la péninsule d’Ungava.
Modifié de Dubé-Loubert (2018), d’après Gray et Lauriol (1985).
23

1.3.1 La déglaciation et les lacs glaciaires de la péninsule d’Ungava

La présence d’un lac glaciaire dans les environs du lac Nantais a d’abord été remarquée par
Prest et al. (1968) sur la carte glaciaire du Canada. Le tracé rapporté du lac occupe cependant
une superficie très importante dont la limite sud implique la position d’un front glaciaire qui
passe par le lac Klotz et qui s’étend jusqu’aux hauts plateaux près du détroit d’Hudson au
nord. Le lac couvre donc le territoire marqué par les monts Puvirnituq et le lac Nantais.
Cette observation découle principalement d’évidence collectée par photo- interprétation et
il existe peu d’information sur les bases de cette reconstruction. Taylor (1970) est le premier
à rapporter des plages soulevées à proximité du lac Nantais dans un rapport sur la géologie
de cette région. Bien que Taylor interprète ces rivages comme étant situés 65 m au-dessus
du niveau du lac actuel, qu’il évalue alors comme étant à 408 m, il considère que le Lac
glaciaire Nantais avait une élévation d’environ 475 m à son niveau maximal. Il est important
de noter que l’élévation du lac Nantais est maintenant établie à 360 m, donc les rivages
observés étaient plutôt à environ 425 m, présumant que la valeur de 65 m des plages
soulevées soit correcte.

Les données sur l’étendue maximale du Lac glaciaire Nantais proviennent principalement
des travaux de cartographie de Lauriol et Gray (1987) qui rapportent quelques rivages et
deltas glaciolacustres identifiés vraisemblablement à partir de photos aériennes (leur
méthodologie d’étude n’est pas décrite). Ils proposent une configuration approximative
basée sur l’élévation de ces formes de terrain qui se trouvent entre 365 et 410 m, lesquelles
semblent avoir été déterminées à partir de cartes topographiques. Le lac glaciaire a une
forme en T et s’étend 60 km à l’est du présent lac Nantais et se prolonge également au sud,
jusqu’au milieu de la rivière Vachon où il se termine abruptement à mi-chemin (figure 1.5).
Cette limite sur la rivière Vachon est déterminée de façon arbitraire et considérée comme
l’emplacement de la marge pendant le développement du lac. Selon cette reconstruction, le
niveau du lac à 370 m était contrôlé par un exutoire formé par la rivière Lataille située 60
km au nord de cette limite et le drainage s’effectuait vers le Détroit d’Hudson. Le lac se
serait éventuellement drainé vers la baie d’Ungava au moment où la section sud de la vallée
24

de la rivière Vachon aurait été libérée de glace (Lauriol et Gray, 1987). Ils proposent 4
hypothèses pour expliquer la présence de plusieurs niveaux de lacs (Lauriol et Gray, 1987) :

i) le lac se développe progressivement le long de la marge glaciaire en recul et les


différents niveaux seraient dus aux différents niveaux de rebond postglaciaire
pendant le retrait;
ii) l’exutoire dans la rivière Lataille se serait progressivement entaillé de façon plus
profonde au fil du temps, ce qui aurait causé l’abaissement du niveau du plan
d’eau;
iii) les différents niveaux des plans d’eau seraient dus au rebond isostatique régional
différentiel;
iv) les différents niveaux reflètent en partie les incertitudes de la méthodologie
utilisée, soit la prise de mesures d’élévation en projetant des formes
glaciolacustres identifiées sur des cartes topographiques avec des contours à
intervalles de 15 m.
25

Figure1.5 Étendue du lac glaciaire Nantais ainsi que les éléments géomorphologiques
associés à son développement et à la déglaciation de ce secteur. Tiré de Lauriol (1987).
26

1.3.2 Déglaciation de la péninsule d’Ungava.

Le patron de déglaciation de la péninsule d’Ungava peut être obtenu à partir de


reconstructions paléogéographiques comme celles de Dyke et Prest (1987), Dyke (2004) et
Dalton et al. (2020) qui présentent une série de lignes isochrones basées sur des âges
radiocarbones et donnent un aperçu du retrait de la marge glaciaire sur l’ensemble du
territoire. Dans la région d’étude, ces reconstructions s’appuient principalement sur les
travaux plus détaillés sur la déglaciation de la péninsule d’Ungava qui ont été menés par
Bernard Lauriol et James T. Gray (Lauriol, 1982; Gray et Lauriol, 1985; Lauriol et Gray,
1987; Gray et al., 1993; Daigneault, 2008; Dubé-Loubert et al., 2018).

Ces contraintes sur le retrait glaciaire proviennent toutefois principalement des côtes de la
péninsule et relativement peu de données sont disponibles pour l’intérieur de la péninsule.
À cet égard, l’intégration de certains lacs glaciaires aux schémas de déglaciation émanant
de ces reconstructions paléogéographiques peut poser problème par endroits, une situation
qui est d’autant plus complexe lorsqu’on tente d'amalgamer les modèles de formation
responsable du système d’écoulements glaciaires associés au HU (cf. Clark et al., 2000).
Cette situation a mené à l’élaboration de trois différents patrons de déglaciation pour le SdL
dans le secteur proximal de la baie d’Ungava (Clark et al., (2000).

Un premier modèle est articulé autour d’un retrait symétrique de part et d’autre du HU
(Clark et al., 2000). Ce modèle est en accord avec la géomorphologie glaciaire (formes
fuselées et eskers) du secteur, mais est incompatible avec l’étendue de certains lacs
glaciaires, notamment ceux de la péninsule d’Ungava, à proximité des rivières Arnaud, aux
Feuilles, et aux Mélèzes (Dyke et Prest, 1987; Lauriol et Gray, 1987; Vincent, 1989; Gray
et al., 1993; Dyke, 2004). Dans ce modèle, les marges glaciaires qui convergent vers la LPP
se superposent à l’emplacement de certains des lacs glaciaires et ce type de retrait ne peut
donc expliquer le barrage de ces lacs. Ceci souligne donc de possibles problèmes avec les
patrons du retrait glaciaire ou encore avec l’étendue des lacs.
27

Un second modèle fait plutôt appel au retrait d’une masse de glace centrée sur la baie
d’Ungava – donc un retrait concentrique vers le centre de la baie, dont les marges glaciaires
dans le sud-ouest, sud et sud-est de la baie d’Ungava peuvent bloquer les secteurs aval des
principales vallées occupées par des lacs glaciaires (Clark et al., 2000). Ce schéma de
déglaciation a été utilisé pour modéliser jusqu’à 16 lacs glaciaires lors du retrait glaciaire
(Jansson et Kleman, 2004). Bien que ce patron soit cohérent en partie avec certains isobases
du rebond glacio-isostatique qui suggèrent la présence tardive d’une masse de glace
importante sur le sud-ouest de la baie d’Ungava (Gray et al., 1993), ce modèle ignore les
évidences de terrain et géomorphologiques qui indiquent un retrait glaciaire globalement
vers le centre du Québec, avec une position de désintégration finale du Dôme du Labrador
située aux abords du HU. De plus, ce schema est incohérent avec la présence des
nombreuses formes fuselées montrant un écoulement glaciaire massif vers la baie d’Ungava
(Clark et al., 2000). Kleman (1994) interprète ces formes dans la zone ceinturant la baie
d’Ungava comme étant des formes reliques qui auraient été préservées par la présence d’une
glace à base froide s’étant développée avant le dernier maximum glaciaire; ces formes de
terrain témoigneraient donc d’événements précédant le tardi-glaciaire ou la déglaciation.
Cependant, cette hypothèse a été révisée et subséquemment abandonnée par Kleman et al.
(2010).

Finalement, un troisième modèle explique la présence des lacs glaciaires et la distribution


des formes de terrains liées à l’écoulement glaciaire par la fragmentation de la calotte
glaciaire résiduelle dans les phases finales de la déglaciation (scénario C de Clark et al.,
2000). Quelques culots de glace auraient obstrué les vallées principales et auraient permis
le développement des lacs glaciaires. Bien que ce modèle respecte le patron de retrait de
Dyke et Prest (1987) et de Vincent (1989) et qu’il fournisse un mécanisme simple et élégant
pour l’obturation de certains lacs, les évidences de terrain supportant une fragmentation à
grande échelle restent à documenter et le véritable schéma de déglaciation est probablement
fort plus complexe.
28

Les travaux de Daigneault (2008) couvrent un territoire qui s’étend du nord de la péninsule
d’Ungava jusqu’à la latitude de 61°N, ce qui comprend la pointe nord du lac Nantais. Il
propose une déglaciation rapide de la péninsule basée sur l’âge et l’élévation des dépôts
marins sur les côtes de la région. L’orientation des eskers et des chenaux d’eau de fonte
marginaux indique que le recul de la marge glaciaire s’est fait selon un axe nord-ouest-sud-
est, dans la continuité de l’axe de la LPP (Bouchard et Marcotte, 1986), en accord avec le
schéma de retrait proposé par Prest (Prest, 1969; Prest et Douglas, 1975). Le recul du front
glaciaire dans la région a permis le développement de lacs glaciaires, dont les différents
niveaux rapportés impliquent que le Lac glaciaire Nantais ait été coalescent à un lac
proglaciaire de grande dimension développé dans la rivière de Puvirnituq (Daigneault,
2008).

En somme, les travaux antérieurs soulignent la nécessité d’approfondir la recherche


dans les environs de la baie d’Ungava afin de produire un modèle de déglaciation
cohérent avec la géomorphologie et la configuration des lacs glaciaires.

1.3.3 Chronologie de la déglaciation de la péninsule d’Ungava

Les contraintes chronologiques sur la déglaciation de la zone d’étude pertinentes à la


position de la marge glaciaire sont principalement limitées aux zones submergées par
l’incursion des eaux marines postglaciaires, soit le pourtour des côtes et les grandes
vallées fluviatiles (Gray et al., 1993; Dyke, 2004). Ces environnements glaciomarins
présentent certains faciès sédimentaires dominés par des dépôts fins dans lesquels on
retrouve par endroits des coquilles et autres fossiles marins datables par radiocarbone
(14C). Cependant, à l’intérieur des terres, le contexte physiographique et
l’environnement de déglaciation – dominé par des plans d’eau stables et/ou éphémères
– ne sont pas propices au développement de matière organique. Ceci explique en partie
l’absence de contraintes chronologiques à l’intérieur de lapéninsule et par le fait même
le manque d’informations cruciales à la compréhension de l’historique de déglaciation
du secteur.
29

Les âges 14C disponibles (étalonnés) sur la côte est de la péninsule d’Ungava indiquent
que cette région aurait été libre de glace aux alentours de 7725 ± 117 cal ka BP (Gray
et al., 1980; Lauriol, 1982; Gray et Lauriol, 1985). Ces âges ont été mesurés sur des
coquilles de Mya truncata repérées dans des sédiments fins d’eau profonde déposés
lors de l’invasion de la Mer d’Iberville, laquelle a pénétré jusqu’à 100 km à l’intérieur
dans la vallée de la rivière Arnaud. À partir des données géochronologiques des travaux
antérieurs (Lauriol, 1982; Gray et Lauriol, 1985; Lauriol et Gray, 1987; Gray et al.,
1993), Daigneault (2008) propose une déglaciation rapide de la péninsule d’Ungava
entre 9 et 7 ka BP. Selon cette reconstruction, les épisodes glaciolacustres auraient pris
fin lorsque le retrait de la marge glaciaire aurait libéré les derniers exutoires quelque
part aux alentours de 7 ka BP.

Les cartes paléogéographiques de déglaciation pour l’Inlandsis laurentidien ont


récemment été mises à jour par Dalton et al. (2020) en incorporant les nouvelles
datations produites depuis la publication des travaux de Dyke (2004). Cette nouvelle
compilation actualise légèrement les marges glaciaires de l’Inlandsis laurentidien.
Dans le SdL et le terrain d’étude, le tracé de la marge glaciaire durant la déglaciation
est interprété comme correspondant grossièrement aux contours des principales lignes
de partage glaciaires du HU. La masse de glace se disloque éventuellement en plusieurs
masses secondaires de différentes envergures dans les phases les plus tardives,
occasionnant la présence des lacs d’obturation glaciaires de la péninsule d’Ungava,
donc en accord avec le scénario C de Clark et al. (2000). Cependant, à l’échelle de ce
modèle, il n’est pas possible d’incorporer de façon précise les éléments
géomorphologiques comme les formes associées aux lacs glaciaires et leurs exutoires.

À ce jour, peu de données chronologiques existent concernant la déglaciation des terres


intérieures où les lacs glaciaires et le patron de déglaciation ont connu un historique
complexe. L’acquisition de données supplémentaires est donc nécessaire pour
30

approfondir la compréhension de l’historique de la déglaciation holocène de la


péninsule d’Ungava.

Figure 1.6 Évolution temporelle des marges glaciaires du dôme du Labrador lors de la
dernière déglaciation dans la région du nord du Québec et du Labrador. Ces marges ont
été tracées en considérant les âges radiocarbones et cosmogéniques du secteur, ainsi
que certains éléments géomorphologiques et autres considérations associés à la
déglaciation de la région. Tiré de Dalton et al. (2020).
CHAPITRE II

CARTOGRAPHIE GÉOMORPHOLOGIQUE DU NORD-EST DE LA


PÉNINSULE D’UNGAVA : IMPLICATIONS POUR LE PATRON DE
DÉGLACIATION ET LE DÉVELOPPEMENT DES LACS GLACIAIRES

Ce chapitre présente les travaux de cartographie des différentes formes de terrain


associées à la présence de lacs glaciaires, ainsi que celles reliées au retrait de la marge
glaciaire durant la déglaciation du secteur nord-est de la péninsule d’Ungava. Les
prochains paragraphes décrivent les méthodes de cartographie utilisées, les principaux
éléments cartographiés et les résultats qui prennent forme d’une carte
géomorphologique thématique laquelle renseigne sur le patron de déglaciation régional
et le développement des lacs glaciaires.

2.1 Introduction

L’information sur la géomorphologie glaciaire dans la partie est de la péninsule


d’Ungava se résume principalement aux travaux de cartographie menés par Lauriol
(1982) illustrant notamment l’emplacement des eskers, des chenaux de fonte glaciaire,
des deltas proglaciaires, des formes fuselées et autres formes associées au passage ou
au retrait de l’Inlandsis laurentidien dans le secteur au sud de la rivière Arnaud, tout
juste au sud du terrain étudié. Une partie de ces résultats ont été intégrés dans une forme
de modèle conceptuel regroupant les principaux ensembles morpho-sédimentaires de
part et d’autre de la ligne de partage glaciaire de Payne (LPP) au cœur de la péninsule
32

(Lauriol et Gray, 1987). Enfin, ces travaux sont également intégrés, du moins en partie,
dans les reconstructions paléogéographiques dépeignant la position et la configuration
de la marge glaciaire au cours de différents intervalles de la déglaciation à l’échelle du
Canada (Dyke, 2004; Dalton et al., 2020). Bien que ces travaux soient basés sur la
distribution spatiale d’une sélection de certaines formes de terrain associées à la
déglaciation, ceux-ci permettent de comprendre de manière générale le patron de recul
de la marge glaciaire. La résolution (échelle régionale) de l’information présentée ne
permet cependant pas de contraindre adéquatement le développement et l’évolution des
lacs glaciaires de la région étudiée. De plus, certaines régions présentent peu ou pas de
données sur la déglaciation, comme au nord de la rivière Arnaud où est situé le présent
projet de maîtrise.

Les travaux antérieurs n’ont donc pas la précision requise pour permettre de contraindre
de façon détaillée le patron de retrait glaciaire et le développement concomitant des
lacs de barrage glaciaire de la région (Lauriol et Gray, 1987; Gray et al., 1993). Entre
autres, ceux-ci ne tiennent pas compte de certains éléments géomorphologiques
associés à la déglaciation, étant principalement centrés sur le recensement de certaines
formes associées à la présence d’un lac glaciaire à proximité du lac Nantais actuel. Ceci
souligne l’importance de réconcilier les formes associées au domaine glaciolacustre et
celles associées au domaine fluvioglaciaire. Conséquemment, ce projet vise
l’intégration de tous les éléments géomorphologiques reliés au retrait glaciaire et à
l’occupation du territoire par les plans d’eau glaciolacustres afin de raffiner la
compréhension de l’historique de déglaciation de la péninsule d’Ungava. De plus,
l’occurrence de formes associées à des lacs glaciaires au-delà du lac Nantais,
notamment dans les environs du lac Klotz, témoigne d’une déglaciation plus complexe
nécessitant un approfondissement de la cartographie régionale.
33

2.2 Méthodologie

L’approche cartographique est basée sur une méthodologie d’inversion qui utilise les
formes de terrains associées au retrait glaciaire pour reconstruire le patron de
déglaciation du secteur d’étude (e.g. Kleman et al., 1997; Greenwood et al., 2007). Afin
de documenter adéquatement la configuration de la marge glaciaire lors du retrait et
l’étendue des lacs glaciaires, une cartographie systématique de toutes les formes de
terrain fluvioglaciaires et glaciolacustres a été effectuée. Ensuite, pour documenter
l’évolution des différents lacs, l’élévation de diverses formes glaciolacustres a été
mesurée afin de renseigner sur les niveaux atteints par ces plans d’eau dans les creux
topographiques régionaux. Plusieurs cartes thématiques présentant ces formes ont été
produites et les implications pour l’évolution des lacs glaciaire et du retrait de la marge
y sont discutées.

Les travaux effectués dans le cadre de ce mémoire combinent l’approche de


cartographie « à distance », via l’analyse d’imagerie satellitaire de haute résolution, et
l’approche de terrain qui permet de vérifier les éléments cartographiés par photo-
interprétation ou télédétection. Ces travaux de terrain permettent en plus de quantifier
certains aspects, notamment l’élévation de formes glaciolacustres, comme des rivages
et deltas. Les travaux de terrain impliquent un soutien héliporté et se sont déroulés dans
le cadre d’un projet de grande envergure du BCGQ portant sur la cartographie régionale
des dépôts de surface et l’échantillonnage de till et de sédiments fluvioglaciaires
(eskers).

L’utilisation d’imagerie satellitaire est avantageuse dans le contexte de cette étude


puisqu’elle permet de couvrir systématiquement un grand territoire à des échelles
différentes. L’étendue du secteur cartographié représente une superficie d’environ
42 000 km2, équivalent à deux feuillets SNRC (Système national de référence
cartographique) à l’échelle 1/250 000.
34

La cartographie des éléments géomorphologiques de déglaciation et de lacs glaciaires


a d’abord été faite via l’utilisation d’imagerie satellitaire. Spécifiquement, l’imagerie
satellitaire de type « RapidEye » (RE; 5 m de résolution) a été combinée au modèle
numérique d’élévation « Arctic DEM » (AD; 5 m de résolution). Ces outils ont été
incorporés au système d’information géographique ArcGIS qui permet de tracer et
géolocaliser les éléments cartographiés et ce, à différentes échelles. Les images RE ont
été gracieusement fournies par le BCGQ et importées sur le logiciel ArcMap 10.5.1
pour les manipulations. Les données de l’AD ont été téléchargées pour tout le secteur
via le répertoire de téléchargement de données d’élévations de Géogratis. Les formes
identifiées ont ensuite été tracées dans ArcMap.

2.2.1 Caractéristiques de l’imagerie RapidEye et ArcticDEM

Les images RE proviennent d’une constellation de cinq satellites qui fournissent des
images de haute résolution; ces images ont une résolution de 5 m par pixel au moment
où ces travaux de cartographie ont été effectués. Les images fournies par le BCGQ sont
orthorectifiées et ont été rehaussées afin d’y améliorer la clarté et les nuances de
l’image. De plus, ArcGIS permet de modifier le degré de contraste, de luminosité et de
transparence des images ce qui permet d’adapter les caractéristiques de l’image au
secteur observé et ainsi améliorer l’identification des formes de terrain

Les modèles numériques de terrain (MNT ou digital elevation model - DEM en anglais)
sont très utilisés pour la cartographie en géologie et en géographie physique.
L’avènement récent de l’AD (Porter et al., 2018) qui présente une résolution de 5 m
par pixel pour toutes les zones terrestres au nord du 60e parallèle s’avère très utile dans
le cadre de ce type de travaux puisqu’il couvre des zones où les données LIDAR sont
inaccessibles. Cette précision permet la cartographie de certaines formes qui sont
normalement impossibles à observer sur un MNT classique, notamment les eskers, les
chenaux d’eau de fonte ou les drumlins.drumlins.
35

2.2.2 Approche cartographique

Les éléments morphologiques peuvent être cartographiés en comparant l’imagerie RE


à l’AD individuellement. Cependant la méthode la plus optimale consiste à combiner
par superposition ces deux sources d’information, soit les images sur le modèle. Ainsi,
une transparence de 40% a été ajoutée aux images RE ce qui permet simultanément
l’ajout de la « texture topographique » de l’AD sous les images satellitaires colorées,
apportant ainsi un effet tridimensionnel au terrain. De plus, il est possible de modifier
les images (luminosité, contraste, etc.) afin d’optimiser l’identification des formes
géomorphologiques. Pour favoriser la compréhension du patron de déglaciation et bien
circonscrire les limites des lacs glaciaires, toutes les formes ont été tracées
individuellement plutôt que de tracer les grands ensembles de formes. L’échelle utilisée
pour la cartographie varie entre 1/10 000 et 1/40 000, en fonction du secteur à l’étude
et de la densité des formes présentes.
36

Figure 2.1 A. Exemple d’un esker (flèche) observé sur une image satellite de type
RapidEye dans la région d’étude. B. Image satellitaire RapidEye de l'esker combiné au
modèle d’élévation de l'ArcticDEM. C. Photo de l'esker à partir d’un vol en hélicoptère.
37

Éléments géomorphologiques cartographiés

Les formes qui ont été cartographiées peuvent être regroupées en deux catégories, soit
celles associées aux lacs glaciaires et celles associées au retrait de la marge glaciaire.
Toutes les formes cartographiées ont été tracées dans différents fichiers, soit sous forme
de ligne ou de point. Pour les lacs glaciaires, les principales formes sont des rivages,
des deltas, et des chenaux d’exutoire d’eau de fonte. Les formes de déglaciation reliées
à la position de la marge glaciaire et autres formes témoignant de la dynamique
glaciaire ou des conditions thermiques de la glace à la base lors du retrait regroupent
les moraines, les eskers et divers types de chenaux d’eau de fonte marginaux. Les
critères d’identification de ces formes sont présentés au tableau 2.1.
38

Tableau 2.1 Critères d’identification des éléments géomorphologiques

Forme Symbole sur RapidEye ArcticDEM Terrain


cartographiée Arcmap

Esker Ligne  Crête  Relief positif  Crête ondulante formée de


 Rectiligne à sinueux  Texture inégale matériel fluvioglaciaire
 Blanc  Profil ondulant
 Souvent associé aux  Hectométrique à kilométrique
chenaux sous-glaciaires

Plage Ligne  Crête  Plat  Perchée à flanc de vallée


 Rectiligne, parfois  À flanc de vallée  Expose parfois du roc lessivé
solifluée au-dessus de la crête
 Blanc

Chenal sous- Ligne  Rectiligne à sinueux  Relief négatif  Creux topographique


 Teintes de gris à noir  Début et fin relativement rectiligne
 Principalement asséché abrupte  Montre souvent des blocs
glaciaire  Possible présence de gélifractés
cônes alluviaux en aval  Asséché
 Souvent associé aux
eskers
Chenal latéral Ligne  Gris à noir, parallèle aux  Relief négatif  Perché à flanc de vallée
axes de vallées  Perpendiculaire  Creux topographique
 Forme souvent une série aux pentes
de chenaux parallèles
 Relativement rectiligne

Chenal Ligne  Forme des méandres  Relief négatif  Creux topographique


 S’oriente vers les  Montre des méandres
dépressions
proglaciaire topographiques

Delta/Plaine Point  Forme de cône  Relief positif  Lobe à la sortie des chenaux
 Blanc  Texture inégale  Développé à proximité des
 Souvent à la sortie de  Surface plane anciens plans d’eau
d’épandage chenal/esker

fluvioglaciaire

Forme Ligne  Forme rectiligne  Relief positif  Crête allongée orientée


allongée dans le sens de  Forme débutant fortement dans le sens de
l’écoulement glaciaire abruptement et l’écoulement glaciaire
d’écoulement  Teintes de gris à brun s’étendant en  Souvent regroupés
texture douce  Espacement régulier entre les
glaciaire terminant linéations
graduellement
39

2.2.3 Mesures d’élévation

Un total de 102 mesures d’élévation a été récolté sur différentes formes de terrain en
utilisant un GPS différentiel (DGPS), un appareil plus précis qu’un GPS conventionnel
et qui dans cette étude donnait des élévations avec des erreurs pour les mesures
verticales inférieures à 1 m. Les mesures ont été effectuées principalement le long de
deux principaux corridors couvrant d’importants bassins glaciolacustres. Le premier
transect est d’une longueur d’environ 150 km et inclut le lac Nantais et la vallée de la
rivière Vachon. Le deuxième transect est long d’environ 90 km et suit l’axe du lac
Klotz et de la vallée de la rivière Lepellé. Les mesures ont été prises à des endroits
ciblés préalablement par la cartographie à distance. Les formes privilégiées étaient les
rivages glaciolacustres, principalement ceux formés par des plages de blocs, des
terrasses d’érosion, des limites de lessivage, ainsi que les deltas glaciolacustres et les
dépôts pseudo-deltaïques formés par l’accumulation de blocs jointifs à l’embouchure
de gorges fluvioglaciaires en bordure de bassins glaciolacustres. Bien que la majorité
de ces formes de terrain présentent des surfaces relativement planes et rectilignes,
certaines étaient affectées par des processus de remaniements secondaires comme la
solifluxion qui affecte généralement les formes contenant des quantités importantes de
particules fines. Cependant, la plupart des formes mesurées étaient développées à partir
de till et leur composition de blocs grossiers en faisait des formes relativement stables,
bien qu’ayant des surfaces quelques fois inégales

Les mesures d’élévation à l’aide du DGPS se font à l’aide d’une tablette connectée à
une console et une antenne. Lors de la prise de mesure d’élévation à partir du DGPS,
les coordonnées en x et en y sont acheminées vers la tablette. En milieux éloignés,
l’appareil rend une précision variant de 60 à 90 centimètres, dépendamment des
conditions météorologiques et du nombre de satellites captés. La haute précision des
mesures grâce à cet appareillage est tout à fait adéquate dans le cadre de nos travaux,
surtout si l’on considère que l’erreur verticale sur les modèles numériques de terrain
40

utilisés pour les reconstructions de lacs ou de marges glaciaires est souvent de quelques
mètres. Les données d’élévation ont par la suite été projetées sur ArcGIS. Ceci permet
d’analyser les tendances d’élévation des rivages cartographiés par secteur et de
discerner la présence de certains niveaux glaciolacustres ou encore d’identifier une
limite maximale d’inondation.d’inondation.

2.3 Résultats de la cartographie

Cette section présente les principales caractéristiques des formes qui ont été
cartographiées dans le secteur d’étude, soit les lignes de rivages glaciolacustres, les
deltas glaciolacustres, les eskers, les chenaux d’eau de fonte et les formes d’écoulement
glaciaire.

2.3.1 Rivages glaciolacustres

Les rivages perchés (Figure 2.2) associés aux lacs glaciaires se retrouvent
principalement au pourtour des principaux lacs comme les lacs Nantais et Klotz et dans
les vallées fluviatiles avoisinantes. Ils se présentent majoritairement comme de courtes
terrasses rectilignes parfois légèrement courbées, avec des longueurs variant entre 10
et 500 m et montrant des largeurs entre 2 à 20 m. Ces terrasses sont généralement
développées sur des pentes couvertes de till ou d’autres dépôts glaciaires et elles sont
souvent mieux développées sur les versants nord et ouest des pentes, probablement en
raison d’une érosion littorale plus grande associée aux vents catabatiques provenant du
glacier, lesquels s’orientaient perpendiculairement à la marge glaciaire et donc
soufflaient vers le nord-est. Ces terrasses sont souvent étagées, c’est-à-dire qu’il est
assez fréquent d’observer une succession de plusieurs niveaux de terrasses pour un
même site. Au final, un total de 67 sites montrant des rivages glaciolacustres ont été
cartographiés (Figure 2.8).
41

La composition des terrasses reflète la nature des dépôts érodés par l’action
littorale. Dans les secteurs à forte couverture de till, les lignes de rivage sont constituées
principalement de blocs jointifs de taille métrique incorporant parfois cailloux et
graviers, les particules plus fines ayant été lessivées par le battement des vagues,
laissant ainsi cette structure grossière de blocs. Dans les régions à faible couverture de
dépôts, les rivages se présentent sous forme de surface rocheuse lessivée et pseudo
rectiligne qui témoigne de la mise à nue du roc par le battement des vagues. Dans la
zone intérieure de la péninsule caractérisée par la dominance de felsenmeer et l’absence
de modelés glaciaires, les terrasses bien développées sont rares et lorsque présentes,
elles sont peu ou mal développées et principalement constituées d’un amoncellement
de blocs anguleux jointifs et sont par endroits sujettes à une déformation ultérieure par
la solifluxion.
42

Figure 2.2 A. Image satellitaire (Google Earth) montrant des rivages glaciolacustres
perchés sur les flancs de la vallée de la rivière Vachon ainsi qu’un chenal déversoir
asséché suivant grossièrement l’axe de la vallée. B. Vue aérienne des formes de terrains
montrées en A.
43

2.3.2 Deltas glaciolacustres

Les deltas glaciolacustres forment des constructions sédimentaires en forme d’éventail


plus ou moins évasé. Ils se retrouvent généralement dans les vallées principales, à
proximité d’un esker ou près de l’exutoire d’un chenal sous-glaciaire, où se trouve une
quantité abondante de dépôts glaciaires ou fluvioglaciaires. Ils comportent parfois
quelques lobes entrecoupés par des chenaux. Un total de 69 deltas a été cartographié
(Figure 2.8).

Le matériel est de granulométrie grossière variable, mais homogène à l’échelle du


dépôt, allant des graviers aux blocs et, tout comme les rivages, sa composition dépend
essentiellement de la nature des dépôts d’origine et de la distance de transport du
matériel par l’affluent. Lorsque le matériel est majoritairement métrique ou
décimétrique, sa source est proximale et à l’inverse, si le matériel est fin, il provient
d’une source plus distale. De façon générale, les deltas sont mieux développés dans un
matériel fin que grossier et contiennent une grande quantité de matériel sableux. Les
observations cartographiques et de terrain indiquent un apport de matériel d’origine
fluvioglaciaire, soit par un esker ou un chenal. La surface des deltas montre souvent
des évidences de chenalisation due à l’abaissement du plan d’eau.

Certains deltas montrent plusieurs niveaux étagés sur leurs flancs qui témoignent d’un
abaissement progressif du niveau du plan d’eau et donc de différentes phases du lac.
L’hypothèse d’une remontée du niveau du lac n’est pas supportée par les évidences de
terrain qui ne montrent aucun remaniement ou altération des niveaux inférieurs.
Conséquemment, dans le présent contexte de déglaciation, les niveaux les plus élevés
sont normalement les plus vieux et les plus bas sont les plus récents. Par contre certains
de ces niveaux pourraient parfois référer à un contexte topographique et hydrologique
local plutôt que des variations du niveau du plan d’eau comme pour certains deltas
glaciomarins (Lauriol, 1982).
44

Figure 2.3 A. Image satellitaire (Google Earth) montrant un delta glaciolacustre


légèrement chenalisé ainsi que le chenal nourricier responsable de l’apport
sédimentaire de ce delta; flanc ouest de la vallée de la rivière Vachon. B. Vue aérienne
des formes de terrains montrées en A.
45

Plusieurs deltas glaciolacustres peuvent atteindre des tailles considérables,


ayant parfois des lobes avec une largeur de plus de 1 km, notamment dans les environs
des lacs Klotz et Nantais et dans les rivières principales de la zone d’étude. Les deltas
glaciolacustres de la région d’étude se distinguent facilement des deltas modernes par
de simples critères (Lauriol et Gray, (1987)) :

i) leur dimension ne peut pas être associée à l’apport sédimentaire des


rivières actuelles;
ii) ils ont parfois des positions incohérentes avec les réseaux de drainage
modernes;
iii) ils sont souvent à flanc de vallée à quelques dizaines de mètres au-
dessus des lacs ou des rivières actuelles et associés à un chenal
nourricier asséché.
Étant donné le faible niveau de développement des terrasses et des rivages
glaciolacustres et leur distribution éparse, les deltas forment les indicateurs les plus
robustes pour ce qui est de la reconstruction paléogéographique des principaux niveaux
de lacs glaciaires.

2.3.3 Eskers

Les eskers apparaissent très clairement sur les différentes images satellitaires de la
région étudiée, de même que sur le terrain, formant l’un des éléments
géomorphologiques les plus communs. Ces eskers forment des crêtes allongées,
rectilignes ou sinueuses et ils sont composés principalement de sable et gravier
d’origine fluvioglaciaire. Ces observations sont cohérentes avec les descriptions dans
la littérature qui associent leur mise en place par de l’eau de fonte sous pression dans
un tunnel supraglaciaire, intraglaciaire ou sous-glaciaire dans un contexte de glace à
base chaude (Banerjee et McDonald, 1975; Brennand, 2000; Storrar et al., 2014; Clark
et al., 2018). La densité d’eskers observables sur un territoire renseigne sur les
conditions thermiques à la base du glacier lors de son retrait et leur distribution spatiale
est indicatrice de la configuration du drainage sous-glaciaire. Les eskers sont
46

généralement très abondants sur les substrats cristallins compétents comme ceux
retrouvés sur la péninsule d’Ungava en comparaison avec les substrats de roches
sédimentaires moins résistantes (Clark et Walder, 1994).

Les eskers qui ont été cartographiés ont une densité beaucoup plus importante à l’est,
dans le bassin versant de la rivière Vachon qu’à l’ouest, dans le bassin versant des lacs
Nantais et Klotz. Le réseau d’eskers expose des cordons pratiquement parallèles avec
peu de branches tributaires. De plus, sur le bassin versant est, les eskers sont beaucoup
plus longs et continus que sur le bassin ouest. Certains eskers sont continus sur 25 km
et certains corridors de drainage peuvent être suivis sur une soixantaine de kilomètres.
Dans le bassin versant ouest, les eskers sont très courts, avec des longueurs pouvant
aller de 3 à 5 km – probable remplissage de fracture (ice crack filling), bien que la
majorité soit discontinues et formées de segments oscillants entre 500 m et un kilomètre.
L’orientation générale des eskers est la même dans les deux secteurs soit dans un axe
SO-NE (70°N).
47

Figure 2.4 Image satellitaire (Google Earth) montrant un esker d’orientation ouest-est
observé dans le secteur à l’est de la rivière Vachon.
48

2.3.4 Chenaux d’eau de fonte

Les chenaux d’eau de fonte sont des formes d’érosion produites par l’incision de l’eau
de fonte dans les sédiments non consolidés ou dans les fractures et autres faiblesses du
roc lors du retrait de la glace. Dans les environnements où la glace à la base du glacier
est froide et très peu dynamique, la présence de chenaux d’eau de fonte est
possiblement la seule évidence témoignant du passage d’un glacier sur le territoire
(Benn et Evans, 2010). Les réseaux de drainage de l’eau de fonte peuvent
potentiellement se développer au fil de plusieurs glaciations, résultant en un patron de
drainage local et régional complexe qui expose une superposition d’incisions anciennes
et récentes témoignant d’une succession de périodes glaciaires et interglaciaires
(Lauriol, 1982; Benn et Evans, 2010). Ces formes se construisent généralement près de
la marge et par conséquent, leur distribution et leurs caractéristiques (orientations,
morphologies) peuvent être utilisées pour reconstruire le patron de retrait du front
glaciaire (Kleman, 1992).

Un total de 1637 chenaux d’eau de fonte de différents types ont été cartographiés dans
le secteur. Ces chenaux témoignent de plusieurs contextes de formation :

i) de façon subaérienne sur le flanc d’une vallée où l’eau est


contrainte par la marge latérale du glacier;
ii) en position proglaciaire ou marginale
iii) sous la glace dans les conduits sous-glaciaires.
Les chenaux d’eau de fonte cartographiés ont été classés selon des critères
diagnostiques décrits par Greenwood et al. (2007).

Les chenaux sous-glaciaires sont généralement rectilignes et parfois légèrement


sinueux (figure 2.5). La majorité d’entre eux sont asséchés aujourd’hui puisqu’ils ne
font pas partie du réseau hydrographique actuel. Ils sont généralement associés aux
49

corridors fluvioglaciaires et pour cette raison, on observe par endroits des cônes
alluviaux à leur extrémité aval. Ils représentent la grande majorité des chenaux
observés et sont présents dans tous les secteurs de la région étudiée. Ils s’orientent
grossièrement dans le même sens que les eskers, soit vers l’est-nord-est. Ils sont
souvent continus et leur orientation semble par endroits influencée par la topographie
du socle, bien qu’ils fassent généralement abstraction du relief, suggérant ainsi que
l’écoulement des eaux de fonte responsable de leur formation était fort probablement
contrôlée par le gradient hydraulique associé à la topographie de la glace. Leur
profondeur varie entre 15 et 50 mètres. Les plus profonds se situent majoritairement
aux abords des rivières principales.

Les chenaux latéraux marginaux se construisent au contact de la marge glaciaire lors


du retrait d’une glace peu active ou même stagnante. L’écoulement de l’eau entre le
substrat et la marge glaciaire érode le matériel adjacent à la marge, laissant un chenal
généralement parallèle au front glaciaire et donc perpendiculaire au sens du retrait
glaciaire. Ce type de chenal est surtout présent à l’est de la rivière Vachon et recoupe
les réseaux d’esker (figure 2.5). Ces chenaux sont souvent associés à une glace peu
dynamique, voire stagnante, ou encore à base froide. Sous un tel régime, l’eau de fonte
ne percole pas sous la glace et elle est contrainte à s’écouler le long du front glaciaire
en contexte subaérien et l’érosion forme donc un chenal parallèle à la marge du glacier
(Greenwood et al., 2007).

Les chenaux latéraux submarginaux se présentent généralement en série de chenaux


relativement rectilignes et parallèles (figure 2.5), perpendiculaires à la pente sur
laquelle ils se sont développés. Ce type de chenal est plutôt rare sur le territoire et est
présent surtout dans les affluents des principaux lacs, où une lobation de la marge
glaciaire aurait pu persister et ainsi générer de tels chenaux. Ils se forment donc près
de la marge et leur position dépend de la topographie locale, puisque leur formation
50

dépend de la dynamique hydrologique aux abords de la marge glaciaire et du substrat


adjacent.

Figure 2.5 A. Image satellitaire (Google Earth) montrant des chenaux sous-glaciaires
d’orientation similaire aux trains d’eskers observables dans le secteur (SW-NE) ainsi
que des chenaux latéraux marginaux perpendiculaires aux chenaux sous-glaciaires et
développés parallèlement à la marge glaciaire lors d’une stagnation de celle-ci. B. Deux
chenaux déversoirs observables aux abords de la rivière Vachon. Ceux-ci témoignent
de l’érosion produite par l’eau lorsque le drainage par la rivière Vachon était obstrué
par la glace lors du recul de celle-ci.
51

Les chenaux proglaciaires se construisent devant le front glaciaire de façon subaérienne


par l’eau de fonte qui s’écoule librement et qui n’est pas confinée par la masse de glace
sus-jacente. L’organisation spatiale de ces chenaux est caractéristique d’un drainage
normal non-perturbé, si ce n’est que de la source hydrique (glacier) qui est éphémère.
Leur alignement suit la plupart du temps la topographie du substrat et ils s’orientent
vers les points les plus bas du terrain et peuvent même former des méandres qui
témoignent alors d’un moins grand débit hydraulique. Il peut être ardu de les discerner
des chenaux sous-glaciaires puisque ceux-ci peuvent avoir la même orientation et
présenter des similitudes d’un point de vue de formation.

Finalement, on retrouve des chenaux de type déversoir. Ils sont présents principalement
aux abords des principales rivières, telles que les rivières Vachon et Lepellé, ainsi que
dans le secteur des lacs Nantais et Klotz. Ils se construisent lorsque le réseau de
drainage est obstrué par la glace et sont associés au déversement de l’eau de fonte
provenant d’un bassin glaciolacustre. Ils se forment donc aux abords des seuils ou
exutoires temporaires qui acheminent le surplus d’eau hors du bassin glaciolacustre. Ils
présentent souvent une taille importante et ont une forme courbée rejoignant la rivière
à un seul ou aux deux extrémités du chenal. Leur profondeur peut atteindre jusqu’à 60
mètres (figure 2.5).

2.3.5 Formes d’écoulement glaciaire

Les formes d’écoulement glaciaires cartographiées sont principalement des traînées de


till (crag-and-tails). Elles sont bien visibles sur les images satellitaires dans certains
secteurs et sont montrées par des flèches décrivant le sens d’écoulement général dudit
secteur sur la figure 2.6.
52

Figure 2.6 Distribution des linéations glaciaires cartographiées dans la région d’étude.
Les principaux secteurs sont représentés par une flèche indiquant l’orientation
moyenne de l’allongement respectif des formes. Ceux-ci se présentent principalement
sous forme de traînées morainiques avec abri (crag-and-tail).
53

Ces linéations glaciaires ont une orientation moyenne de N58 ainsi qu’une longueur
moyenne de 526 m et pouvant atteindre 1,7 km. Les secteurs renfermant ces linéations
glaciaires sont disparates et ponctuels dans la région d’étude et témoignent fort
probablement des endroits où l’écoulement de la glace était plus dynamique. On note
ici qu’aucune strie n’a été mesurée ou aperçu lors des travaux de terrain menés pour
cette étude. Ceci s’explique principalement par le fait que le roc affleurant et en place
dans le secteur est très compétent et que le secteur est dominé par des felsenmeers. Ce
contexte témoigne d’une faible dynamique glaciaire et se prête ainsi mal à la production
de marques d’érosion glaciaires telles les stries et les cannelures. De plus, les secteurs
montrant de fortes concentrations de formes d’écoulement glaciaire n’ont pas été visité
lors de la campagne de terrain puisqu’ils ces travaux étaient principalement orientés
vers les levés de rivages glaciolacustres – le patron de déglaciation étant ici documenté
par la cartographie des eskers et linéations glaciaires.

2.3.6 Mesures d’élévations

Au total, 101 mesures d’élévations ont été faites. Les 14 mesures d’élévations dans le
secteur du lac Nantais varient entre 359 et 398 m. Dans la vallée de la rivière Vachon,
les 45 mesures prises varient entre 141 et 361 m. Dans le secteur du lac Klotz, 25
mesures d’élévations montrent des variations entre 258 et 307 m. Dans la vallée de la
rivière Lepellé, les élévations de 17 sites varient entre 190 et 283 m d’altitude. De façon
générale, les données montrent un abaissement d’élévation du nord vers le sud et de
l’ouest vers l’est (Figure 2.7).
54

Élévation (m) Mesures d'élévation au DGPS


500

450

400

350 Élévation actuelle du lac Nantais

300

250
Élévation actuelle du lac Klotz

200

150

Klotz Nantais Vachon


100
550000 570000 590000 610000 630000 650000 670000 690000
Ouest Estant UTM 18 Est

Figure 2.7 Graphique montrant les mesures d’élévations des rivages et deltas
glaciolacustres mesurées et projetées le long de deux transects ouest-est allant du lac
Nantais actuel (367 m) à la rivière Vachon et du lac Klotz actuel (249 m) à la rivière
Lepellé.
55

Figure 2.8 Distribution des sites de mesures d’élévation prises sur des rivages
glaciolacustres, des deltas glaciolacustres et la tête de certains chenaux d’eau de fonte
à proximité des vallées principales du secteur.
56

De façon spécifique, la distribution des mesures d’élévation prises sur le terrain montre
que les rivages glaciolacustres les plus élevés sont concentrés à des élévations oscillant
légèrement mais montrant tout de même une certaine constance et formant des plans
subhorizontaux, notamment dans la portion ouest de la région d’étude, dans les bassins
formés par les lacs Nantais et Klotz actuels. Ces données mettent en évidence
l’occurrence d’anciens niveaux maximums atteints par les lacs glaciaires dans ces
secteurs. Tel que mentionné précédemment, les sites mesurés montrent souvent une
succession de plusieurs niveaux de terrasses étagés sur quelques mètres, ce qui indique
un abaissement progressif du plan d’eau.

Les mesures de rivages dans la portion est du secteur d’étude, soit dans les vallées des
rivières Vachon et Lepellé, montrent un abaissement progressif vers l’est, sud-est,
lequel aboutit à l’aval de ces rivières, aux environs de la jonction avec la rivière
Arnaud. Ce patron d’élévation des rivages démontre que ces vallées fluviatiles
formaient les exutoires naturels des lacs glaciaires qui occupaient les bassins des lacs
Nantais et Klotz. Ces vallées sont d’ailleurs plus basses que le niveau actuel de ces
lacs. Cet abaissement des élévations indique donc que le niveau de ces lacs diminue au
fur et à mesure que l’on progresse vers le sud, ce qui est fort probablement en lien avec
le retrait la glace dans les portions les plus avales (et basses) de ces vallées.

2.4 Discussion sur le retrait glaciaire et le développement des lacs glaciaires

Les différents éléments géomorphologiques cartographiés apportent de l’information


essentielle sur la géométrie de la marge et la dynamique glaciaire durant le retrait, de
même que sur l’évolution et la configuration des lacs proglaciaires. Ils forment donc
les bases fondamentales de la reconstruction du patron de déglaciation régional.
57

Figure 2.9 Carte thématique géomorphologique. Distribution des lignes de rivages,


deltas glaciolacustres, eskers, plaines d’épandage (esker fans), chenaux d’eau de fonte
(sous-glaciaire, latéral marginal et déversoir) cartographiés sur le secteur d’étude. Ces
formes sont développées principalement dans les bassins versants des lacs Nantais et
Klotz et dans les vallées des rivières Vachon et Lepelé. Les lignes de rivages identifiées
sur la figure sous forme de point sont souvent continues sur plusieurs kms. Noter que
l’échelle de la figure est plus petite que celle du secteur à l’étude dans le but de
circonscrire les zones importantes et d’y mettre l’emphase.
58

2.4.1 Orientation des eskers et configuration du retrait de la marge glaciaire

La distribution spatiale des eskers des environnements anciennement englacés a


longtemps été utilisée pour reconstruire la déglaciation (Dyke et Prest, 1987; Dyke,
2004; Stokes et al., 2009; Clark et al., 2012). Ceci découle du fait que leur mise en
place requiert la canalisation de l’eau de fonte qui s’orientent généralement avec le
gradient (pente) de surface de la marge glaciaire, formant ainsi ces amoncellements de
dépôts fluvioglaciaires plus ou moins rectilignes orientés perpendiculairement à la
marge glaciaire (e.g, Boulton et Clark, 1990; Stokes et al., 2009; Brown et al., 2011;
Storrar et al., (2014). De plus, la production d’eskers requiert un apport important d’eau
de fonte et leur formation est donc principalement associée à la déglaciation puisque le
bilan de masse de l’inlandsis est négatif (Carlson et al., 2009). Ainsi, l’orientation des
eskers peut donc être utilisée pour retracer le sens du retrait glaciaire d’une région.

À l’échelle de l’Inlandsis laurentidien, les eskers se retrouvent en périphérie de


l’emplacement final des limites ou des lignes de partage d’écoulement des glaces,
comme ceux associés au Dôme du Labrador (Dyke et Prest, 1987; Aylsworth et Shilts,
1989; Boulton et Clark, 1990; Storrar et al., 2014). Ceci est attribuable au fait que l’eau
de fonte doit s’organiser sur une certaine distance à partir de la surface avant de pouvoir
s’inciser dans la glace et produire des chenaux qui auront éventuellement le potentiel
de mener à la formation des eskers (Storrar et al., 2014). Les eskers sont pratiquement
absents du cœur de la péninsule où l’on retrouve une zone dénuée de formes fuselées
qui s’étend sur une distance d’environ 100 à 150 km de largeur (Gray et al., 1993). Ces
zones sont considérées comme des secteurs correspondant à l’ancienne position de la
ligne de partage des glaces et ont fort probablement été recouvertes par une glace à
base froide et n’exposant que des formes et sédiments de décrépitude glaciaire (Lauriol
et Gray, 1987). De plus, ces conditions de glace à la base froide et peu dynamique ont
fort probablement perduré jusqu’aux derniers stades de la déglaciation, ce qui aurait
empêché l’eau de fonte produite à la surface d’atteindre la base du glacier (Gray et al.,
1993; Kleman, Johan et Glasser, 2007).
59

Les résultats de cartographie indiquent que les eskers cartographiés sont orientés en
moyenne autour de 70°N, documentant ainsi un retrait glaciaire du nord-est vers le sud-
ouest d’une marge glaciaire qui était orientée grossièrement NW-SE. La distribution
spatiale des eskers est beaucoup plus dense à l’est, dans le secteur du bassin versant de
la rivière Vachon, que dans l’ouest où l’on retrouve les bassins des lacs Nantais et Klotz.
Cette dichotomie dans la distribution des eskers peut s’expliquer par le fait que le
secteur ouest est situé près de la zone centrale de la péninsule d’Ungava où l’on
retrouve la ligne de partage des glaces (dôme) qui est généralement caractérisée par
une glace à base froide et où l’on retrouve peu d’eau de fonte. La cartographie indique
aussi que par endroits, les eskers se trouvent superposés et en angle par rapport aux
formes fuselées sous-jacentes, suggérant que l’activité glaciaire associée au retrait
glaciaire était fort probablement moins importante que celle associée aux mouvements
glaciaires antérieurs responsables du modelé glaciaire dominant le territoire.

2.4.2 Orientation des chenaux d’eau de fonte et configuration de la marge glaciaire

La cartographie révèle également que le territoire est couvert de nombreux types de


chenaux d’eau de fonte, lesquels font partie d’un système régional associé à la
déglaciation et dont l’organisation spatiale témoigne fort probablement d’un retrait
progressif de la marge glaciaire vers l’intérieur du Dôme du Labrador. Les deux types
de chenaux qui sont les plus utiles pour les reconstructions de la position de la marge
sont les chenaux latéraux marginaux et les chenaux sous-glaciaires.

Une succession de chenaux marginaux en escalier enregistrent des positions


successives de la marge du glacier qui était parallèle aux chenaux. Quant aux chenaux
sous-glaciaires, ils se construisent selon un écoulement suivant la pente de surface du
glacier, ce qui implique que leur orientation indique la direction d’écoulement de la
glace. Ils se forment principalement sous une glace à base chaude. L’orientation de la
marge glaciaire peut être interprétée comme orthogonale à ce type de chenal
(Greenwood et al., 2007).
60

Les chenaux marginaux sont généralement relativement courts et ils se retrouvent


principalement dans les secteurs où la couverture de dépôts glaciaires est importante;
leur répartition discontinue sur le territoire donne de l’information ponctuelle sur la
configuration de la marge à ces endroits. L’orientation des chenaux sous-glaciaires est
grossièrement parallèle à celle des eskers, ce qui suggère que leur formation est
contemporaine à la mise en place des eskers, donc associée au recul de la marge
glaciaire. Leur orientation est donc perpendiculaire à la marge glaciaire et ces chenaux
peuvent donc renseigner à la fois sur la direction du retrait glaciaire et sur la
configuration (alignement) de la marge glaciaire qui dans ce cas était orientée nord-
ouest sud-est.

L’orientation des eskers et des chenaux sous-glaciaires qui sont positionnés de façon
orthogonale à la marge glaciaire lors de la déglaciation est cohérente avec l’orientation
des chenaux marginaux qui eux sont parallèles. L’ensemble de ces chenaux indique
donc un front glaciaire en retrait orienté NW-SE. L’azimut de la marge glaciaire lors
de son recul devait être plus ou moins parallèle à l’axe de la rivière Vachon, qui forme
un couloir fluviatile sinueux et complexe, entrecoupé de nombreux affluents. Il est fort
possible qu’une telle marge obstruait épisodiquement à différents endroits
l’écoulement des eaux de fonte, ce qui semble cohérent avec la distribution des formes
glaciolacustres sur le territoire. De plus, comme la glace a tendance à couvrir les points
de basse élévation par son écoulement gravitaire, des culots de glace ont pu être
préservés dans le creux des vallées créant ainsi de petits bassins éphémères, aidant à la
persistance des plans d’eau et au développement de rivages et de deltas.

2.4.3 Lignes de rivages et deltas glaciolacustres

L’occurrence de rivages et deltas glaciolacustres sur de nombreux endroits de la région


d’étude indique que des lacs d’obturation glaciaire ont occupé de vastes étendues,
principalement dans les bassins lacustres et vallées fluviatiles lors du recul de la marge
61

glaciaire. De plus, si l’on considère la présence de bandes de lessivage produites lors


du remaniement du till par les eaux glaciolacustres, lesquelles apparaissent sous forme
de bandes plus claires sur les pourtours des lacs et des rivières actuelles, il est clair que
les bassins glaciolacustres ont couvert une superficie importante du territoire. La
distribution spatiale et l’élévation des différents rivages et deltas cartographiés et
mesurés indiquent que ces lacs glaciaires ont connu une phase maximale et qu’ils se
sont graduellement abaissés par la suite. Il est difficile d’évaluer la durée de chacun de
ces niveaux glaciolacustres, cependant, bien que ces plans d’eau aient persisté assez
longtemps pour former des plages et des deltas par endroits, le faible degré de
développement des formes de terrain associées à la plupart des niveaux documentés
suggère que ces bassins ont évolué rapidement dans le temps et dans l’espace.

L’évolution de ces lacs est intimement reliée au retrait de la marge glaciaire sur le
territoire. Les travaux de cartographie n’ont pas révélé la présence de formes de terrain
comme des moraines ou autres dépôts juxtaglaciaires qui pourraient marquer une
stagnation du front glaciaire à un moment donné lors de la déglaciation. Ce contexte
général suggère un recul progressif de la marge glaciaire sur le territoire. Ce type de
retrait graduel est probablement lié à l’abaissement important et progressif des rivages
dans les principales vallées (~350 m sur ~115 km dans la vallée de la rivière Vachon),
lequel s’explique fort probablement par le recul du front glaciaire vers le sud qui libère
ainsi des exutoires de plus en plus bas le long de l’axe de ces rivières, permettant ainsi
l’abaissement général des plans d’eau. Ceci indique que ces lacs n’ont pas formé une
vaste étendue glaciolacustre qui aurait submergé une grande partie du territoire tel que
présenté dans certaines reconstructions (Lauriol, 1982; Gray et al., 1993). Ceux-ci
auraient plutôt formé des bassins dynamiques dont la configuration (étendue) a évolué
de façon continue au fil du recul de la marge glaciaire. Le modèle de formation de ces
lacs glaciaires impliquant la simple présence de culots de glaces lors du démembrement
de la calotte glaciaire résiduelle pour bloquer les exutoires naturels et créer des bassins
ne semble pas être possible (c.f. Lauriol, 1982).
62

Modèle de développement des lacs glaciaires lors de la déglaciation

Les mesures d’élévations de plages et autres rivages soulevés délimitent clairement les
niveaux maximums atteints par les plans d’eau des lacs glaciaires Nantais et Klotz.
Cependant, les mesures d’élévation ne permettent pas de définir d’autres phases
glaciolacustres d’importance. En effet, les données et mesures de terrain documentent
plutôt une séquence complexe de terrasses qui montrent un abaissement progressif des
plans d’eau, un patron qui se poursuit dans les vallées fluviatiles principales occupées
aujourd’hui par les rivières Vachon et Lepellé. Le faible développement de la plupart
de ces terrasses et autres rivages suggère que ces différents niveaux glaciolacustres
n’ont pas perduré très longtemps.

Cet abaissement progressif des niveaux des bassins glaciolacustres est cohérent avec le
patron de retrait glaciaire documenté à partir de l’orientation des eskers et des chenaux
d’eau de fonte. Le retrait progressif vers le sud-sud-ouest d’une marge glaciaire a
vraisemblablement permis l’ouverture successive de nouveaux exutoires de plus basses
élévations, notamment dans chacune des deux principales rivières où les seuils
topographiques diminuent en élévation au fur et à mesure que l’on se dirige vers le sud.

Globalement, lorsqu’on combine le patron du recul de la marge glaciaire aux mesures


d’élévation des rivages présents dans le cœur des bassins et des vallées principales, la
projection de certains niveaux de basse élévation délimite des plans d’eau de faible
superficie, dont un bon nombre dans les vallées fluviatiles, formant des plans d’eau
ayant des élévations plus basses que les lacs actuels (voir tableau 1.2, données
d’élévations). Conséquemment, il semble que la configuration de ces lacs glaciaires ait
été en constante évolution et que leurs étendues aient varié au fur et à mesure que la
marge glaciaire se retirait et libérait des exutoires de plus basses élévations. L’image
qui en ressort est une succession de plans d’eau de différentes envergures qui suivait le
front glaciaire en recul. Ainsi, contrairement aux reconstructions des travaux antérieurs
qui présentaient des lacs glaciaires de grandes étendues – tel le lac Nantais – qui
63

regroupaient différents bassins coalescents bloqués par un front localisé plus au sud
(Lauriol et Gray (1987), il semble que les principales accumulations majeures aient été
restreintes aux bassins des lacs Nantais et Klotz et que si elles ont été coalescentes, ce
fut durant une brève période de temps..

On note également que l’étendue maximale vers le sud des plans d’eau glaciolacustres
est difficile à déterminer, car ce secteur a été affecté par l’incursion de la Mer
d’Iberville. Les données les plus à l’est, soient celles qui ont été prises dans le secteur
où la rivière Vachon rejoint la rivière Arnaud, démontrent l’occurrence de certaines
terrasses à des élévations de 123 m, alors que les grandes terrasses marines se
retrouvent à des niveaux très près de 120 m. Ainsi, l’incursion des eaux marines suivant
le retrait de la marge dans l’axe de la rivière Arnaud aurait pu fort probablement éroder
et remanier une partie des terrasses et autres rivages glaciolacustres qui pouvaient se
trouver à des élévations inférieures à 120 m, le cas échéant.

2.5 Conclusions

La cartographie des principales formes de terrain associées au retrait de la marge


glaciaire et celles reliées aux lacs glaciaires a permis de tracer les grands traits de la
déglaciation de la partie centre-est de la péninsule d’Ungava. Ces formes ont servi à la
production d’une carte géomorphologique thématique qui améliore la compréhension
du développement et de l’évolution des lacs glaciaires de cette région.

Les eskers et les chenaux suggèrent un retrait vers le sud-ouest, à partir d’une marge
orientée NW-SE qui a initialement libéré la côte ouest de la baie d’Ungava/détroit
d’Hudson et qui a convergé vers le cœur de la péninsule et la LPP. Ce retrait aurait
mené à la libération progressive des bassins de basse élévation et les vallées, endroits
propices au développement de plans d’eau contraints par le front glaciaire. Le retrait
semble s’être effectué de manière continue puisqu’on n’observe pas ou très peu de
64

dépôts ou de formes associées à une stagnation du front glaciaire, par exemple des
moraines de poussée ou dépôts de contact glaciaire. Le rythme de retrait est difficile à
établir étant donné le manque de données géochronologiques pour établir la position
de la marge au cours de la déglaciation. Ce sujet sera abordé au chapitre 3 où de
nouvelles données de datation seront présentées.

Les mesures d’élévation prises sur les formes glaciolacustres montrent des variations
significatives entre les différents secteurs du terrain d’étude, suggérant l’existence de
plusieurs bassins d’envergure petite à moyenne qui n’ont fort probablement pas
toujours été coalescents et/ou contemporains. Ces résultats ne supportent pas une
reconstruction présentant des lacs glaciaires de grande superficie, telle que proposée
par Lauriol et Gray (1987) pour le Lac Nantais. Hormis les rivages de haute élévation
qui définissent un niveau de submersion maximal, il est difficile d’identifier clairement
des niveaux à partir des rivages inférieurs, lesquels montrent simplement un étagement
suggérant un abaissement progressif du niveau du ou des lac(s). Les rivages observés
sont peu développés, ce qui témoigne du caractère éphémère des plans d’eau, en lien
avec le recul relativement rapide de la marge glaciaire. Les principaux secteurs qui ont
été envahis par des eaux glaciolacustres sont les endroits où on retrouve aujourd’hui
les principaux lacs et les principales rivières du territoire, soit : les lacs Nantais et Klotz
et les rivières Vachon et Lepellé. Le type de retrait proposé est conforme à la séquence
de rivages documentée et mesurée qui montre un abaissement continu des plans d’eau.

L’utilisation de l’imagerie satellitaire combinée à un modèle numérique de terrain


offrant une résolution de 5 m s’avère une approche optimale pour la cartographie de la
géomorphologie de façon très détaillée à plusieurs échelles. Cette cartographie
thématique des formes de terrain permet un nouveau regard sur la déglaciation de la
péninsule d’Ungava et le développement des lacs glaciaires de cette région. En effet,
la distribution spatiale des formes glaciolacustres et leur élévation témoignent d’un
développement et d’une évolution plus complexe des lacs glaciaires. L’étude de
65

l’évolution de ces bassins glaciolacustres nécessite cependant l’incorporation de ces


données de cartographie et de terrain dans un modèle SIG qui permettra de contraindre
la configuration et les volumes contenu de ces plans d’eau. Ce thème sera abordé au
chapitre 4.
CHAPITRE III

DATATION PAR ISOTOPES COSMOGÉNIQUES (10BE) DE RIVAGES DES


LACS GLACIAIRES NANTAIS ET KLOTZ

Ce chapitre présente les travaux portant sur l’application de la méthode de datation par
isotopes cosmogéniques (10Be) à des rivages glaciolacustres dans le secteur des lacs
Nantais et Klotz. L’état des connaissances sur la chronologie régionale est d’abord
résumé et l’approche méthodologique est ensuite décrite. Finalement, les âges 10Be
obtenus sont présentés et l’implication de ces résultats pour la chronologie du
développement des lacs et de la déglaciation du secteur centre-est de la péninsule
d’Ungava sont ensuite discutées.

3.1 Travaux antérieurs sur la chronologie de la portion est de la péninsule


d’Ungava

Dans le secteur d’étude, les rares contraintes chronologiques existantes proviennent


principalement d’âges radiocarbones (14C). Ces âges ont été obtenus sur du matériel
organique prélevé de sites fossilifères associés à l’incursion de la Mer d’Iberville ou
encore de macro-restes associées à la colonisation végétale postglaciaire. Ils sont pour
la plupart localisés sur la côte ouest de la baie d’Ungava, à l’est de la zone à l’étude,
près du détroit d’Hudson au nord, et dans les estuaires des principales rivières du
secteur. L’ensemble de ces âges sont présentés dans un travail de synthèse sur la
déglaciation par Gray et al. (1993). Ces âges 14C n’ont cependant jamais été présentés
67

en âges calendaires et la plupart n’ont pas été corrigés pour les effets du réservoir marin
(Ascough et al., 2009). Ces âges 14C ont donc été recalibrés en utilisant les valeurs ΔR
suggérées pour les effets réservoirs pour chacun de ces secteurs (c.f., Coulthard et al.,
2010). De plus, cette correction inclut l’addition de 100 ans pour tenir compte du délai
de temps entre le retrait de la couverture de glace et l’apparition des espèces afin de
déterminer le moment où la marge glaciaire se situait à la position de l’échantillonnage.
Les données d’âges 14C connues dans le secteur d’étude sont principalement celles
présentées par Dyke (2004), lesquelles ont été recalibrées; seules les données d’âges
limitantes (voir tableau 3.1) ont été utilisées. La méthode de calibration est décrite de
façon détaillée au chapitre 4. Ainsi, selon ces travaux, la déglaciation, tel que défini par
les âges sur l’incursion marine des régions côtières, montre qu’à proximité de la baie
de Whitley, les âges 14C s’étendent de 8,6 à 9,4 ka, alors qu’entre Kangirsuk et
Quaqtaq, les âges 14C vont de 7,3 à 7,8 ka (voir section travaux antérieurs). Ces
résultats tendent à montrer que la déglaciation s’est amorcée plus tôt dans le détroit
d’Hudson comparativement à la côte ouest de la baie d’Ungava.
68

Tableau 3.1 Datations radiocarbone connues de la région d’étude


Matériel Âge calendaire Latitude Longitude Zone Source
Portlandia MacLean et al. 1992,
arctica 9419 ± 101 61,46 -70,85 Détroit d'hudson MacLean et al. 2001
Coquilles MacLean et al. 1992,
(fragments) 9391 ± 94 61,34 -70,63 Détroit d'hudson MacLean et al. 2001
Foraminifère
(mixte) 8965 ± 125 61,21 -70,45 Détroit d'hudson MacLean et al. 2001
Portlandia
arctica 8961 ± 137 61,34 -70,63 Détroit d'hudson MacLean et al. 1992
MacLean & Vilks in
Foraminifère Manley et al. 1993,
(mixte) 8595 ± 203 61,13 -70,58 Détroit d'hudson MacLean et al. 2001
Gyttja 7848 ± 81 61,26 -73,71 Cratère de Pingaluit Richard PJH et al. 1991
Sédiments
de fond de
lac 6611 ± 28 61,28 -73,66 Cratère de Pingaluit Guyard et al. 2011
Richard PJH 1981, Lauriol
Gyttja 7767 ± 111 60,99 -69,96 Proximité de Quaqtaq 1982
Gyttja 7454 ± 136 60,78 -69,83 Proximité de Quaqtaq Richard PJH 1981
Lowdon & Blake 1979,
Mya truncata 7271 ± 78 61,01 -69,98 Proximité de Quaqtaq Gray et al. 1980
Gray et al. 1980, Lauriol
Mya truncata 7725 ± 160 59,83 -70,08 Proximité de Kangirsuk 1982, Gray & Lauriol 1985
Coquilles 7725 ± 160 59,96 -70,58 Proximité de Kangirsuk Gray et al. 1980
Clinocardium
ciliatum 7284 ± 122 60,08 -70,38 Proximité de Kangirsuk Gray et al. 1980
Détritus Lauriol 1982, Lauriol &
organiques 8282 ± 328 59,21 -70,25 Proximité de Aupaluk Gray 1987
Balanus Lauriol 1982, Lauriol &
crenatus 7453 ± 229 59,2 -70,28 Proximité de Aupaluk Gray 1983
Clinocardium Blake in GSC Paper 777,
ciliatum 7037 ± 119 59,2 -70,25 Proximité de Aupaluk Lowdon et al. 1977,

Ces compilations (Dyke, 2004; Dalton et al., 2020) indiquent qu’il n’existe aucune
contrainte chronologique pertinente au retrait glaciaire à l’intérieur de la péninsule
(Figure3.4), c’est-à-dire, au-delà des zones affectées par l’incursion marine
postglaciaire. Ceci est en grande partie relié aux conditions climatiques extrêmes qui
devaient sévir à proximité de la marge glaciaire en recul, lesquelles sont peu propices
au développement ou la croissance de la végétation (ou préservation de matière
organique). À noter qu’encore à ce jour, le centre de la péninsule de l’Ungava n’est
69

toujours pas propice au développement végétal et que la productivité biologique y est


pour le moins limitée.

De plus, la couverture de sédiments glaciolacustres de faciès profonds (varves) est très


faible, ce qui réduit grandement la possibilité de récupérer des ostracodes ou autres
microfossiles qui pourraient servir à établir une chronologie radiocarbone fiable. Ceci
s’avère une limite importante à nos connaissances sur la chronologie du patron de
déglaciation régional, notamment en ce qui a trait au développement de ces lacs
glaciaires.

3.2 Datation par isotopes cosmogéniques

Il existe cependant certaines méthodes géochronologiques qui permettent de dater le


matériel détritique ou encore des surfaces d’érosion dans l’environnement glaciaire.
L’une de ces méthodes est la datation basée sur la luminescence optique (ou OSL pour
optically stimulated luminescence) qui permet de dater le moment d’enfouissement
d’un dépôt sédimentaire (Lamothe, 2016; 2017). Cette méthode nécessite cependant
des sédiments à granulométries fines et qui idéalement ont été transportées sur des
distances considérables; des conditions que les lacs glaciaires de la région d’étude ne
remplissent pas, en particulier pour les deltas et rivages qui sont souvent trop grossiers.

Une autre méthode géochronologique consiste à la datation d’exposition de surfaces


basée sur les isotopes cosmogéniques. Cette méthode permet de dater le moment où
une forme de terrain ou surface rocheuse a été exposée à l’environnement subaérien
suite à sa formation et/ou au retrait de la marge glaciaire (Gosse et Phillips, 2001).
Cette méthode permet donc d’obtenir des contraintes chronologiques sur des surfaces
rocheuses ou des blocs composant des formes de terrain spécifiques, comme des
moraines ou rivages glaciolacustres (Godbout et al., 2017; Dubé-Loubert et al., 2018).
70

Dans le cas de la présente étude, nous avons porté notre attention sur les rivages
glaciolacustres en raison du fait que leur formation est intimement associée au schéma
de retrait de la marge endiguant les lacs glaciaires. En effet, l’obtention d’une
contrainte chronologique sur une construction glaciolacustre associée à une phase
donnée renseigne à la fois sur l’âge du plan d’eau, mais également sur la position de la
marge barrant le bassin glaciolacustre.

3.2.1 Principe de base de la datation par isotope cosmogénique

Les nucléides cosmogéniques sont des isotopes produits suite à l’interaction (collision)
entre un rayon cosmique de haute énergie et le noyau d’un atome. Des nucléides
cosmogéniques sont produits à la fois dans la haute atmosphère et de façon in situ dans
la surface de certains matériaux terrestres (Gosse et Philipps, 2001).

La production de ces nucléides cosmogéniques est le résultat d’une cascade de


réactions débutant par la pénétration du rayonnement cosmique primaire dans le champ
magnétique Terrestre et l’atmosphère. Ce rayonnement est composé de particules
chargées de haute énergie, principalement des protons, provenant de la Voie lactée et
dont une faible proportion provient même d’au-delà de notre galaxie (Gosse et Phillips,
2001). En atteignant l’atmosphère terrestre, le rayonnement primaire interagit avec les
atomes d’oxygène, d’azote et d’argon et produit entre autres des atomes de 14C et de
10Be (dit atmosphérique), ainsi qu’un rayonnement cosmique secondaire. Ces
interactions se produisent sous forme d’une réaction nucléaire dominante nommée
spallation (Gosse et Phillips, 2001). Cette réaction produit d’une part des nucléons dont
l’énergie est plus basse que la particule initiale et d’autre part un noyau dont la masse
est moins importante que l’atome percuté initialement. Les atomes ainsi générés se
nomment nucléides cosmogéniques et les particules éjectées lors du contact produisent
le flux cosmique secondaire. De nouveaux atomes cosmogéniques seront produits tant
et aussi longtemps que le rayonnement cosmique pénétrera l’atmosphère. Lorsqu’il
71

atteint le niveau de la mer, l’énergie des particules du flux cosmique secondaire a été
atténuée par les réactions nucléaires et son énergie dépend de l’épaisseur de
l’atmosphère qu’il a traversée. À ce point, il est essentiellement constitué de muons
(Lal, D, 1988) et de nucléons (98% de neutrons et 2% de protons; Masarik et Beer,
1999).

Ainsi, seule une partie des particules du flux cosmique secondaire possède l’énergie
suffisante pour interagir avec les éléments de la surface terrestre et ainsi induire de
nouvelles réactions dans les atomes constituants les minéraux des surfaces rocheuses.
Les neutrons de haute énergie auront pour effet de produire des réactions de spallation,
lesquelles sont responsables de la production de la plus grande proportion de nucléides
cosmogéniques in situ. Les isotopes cosmogéniques produits sont abondants à la
surface du matériel rocheux et diminuent rapidement en profondeur (Braucher et al.,
2003).
72

Figure 3.1 Illustration des différentes étapes de formation des nucléides cosmogéniques
in situ : entrée du rayonnement galactique primaire dans le champ magnétique terrestre,
cascade réactionnelle dans l’atmosphère générant le rayonnement cosmique secondaire
et les nucléides cosmogéniques atmosphériques et interaction du rayonnement
secondaire avec la surface terrestre produisant les nucléides cosmogéniques in situ (tiré
de Protin (2019), modifié de Martin (2016)).
73

Les isotopes les plus utilisés pour mesurer le temps d’exposition de surface rocheuse
sont le 10Be, 26Al, 36Cl, 14C et 39Ar, lesquels se forment en quantité traces dans plusieurs
types de minéraux. Ainsi, lorsqu’on connait la concentration de ces isotopes dans un
échantillon (mesurée en laboratoire) et les taux de production des isotopes concernés
(disponibles via différents travaux et modélisations), il est possible de calculer un
temps d’exposition.

Le nucléide cosmogénique utilisé pour les travaux de ce mémoire est le béryllium 10


(10Be) qui est principalement produit par spallation avec des isotopes de 16
O présent
dans la structure cristalline des minéraux du matériel rocheux, notamment le quartz
(SiO2) qui est un minéral généralement très commun dans les roches. Le 10Be a une
demi-vie de 1,52 million d’années (Gosse et Phillips (2001), ce qui fait que son spectre
temporel d’utilisation est parfait pour contraindre des processus géologiques de surface
s’étant déroulés durant le Quaternaire.

De plus, l’application de cette méthode se prête très bien aux environnements glaciaires
de par le caractère érosif et dynamique des inlandsis continentaux (Granger et al., 2013).
En effet, l’utilisation de nucléides cosmogéniques in situ est très utile dans les
environnements glaciaires puisque les processus d’érosion y sont importants et
permettent normalement de produire des surfaces ne possédant aucun signal hérité
associé à une exposition préalable. De nombreuses applications de cette méthode de
datation ont permis de contraindre dans le temps l’évolution des territoires qui ont subi
l’érosion glaciaire lors de la dernière glaciation et déglaciation, notamment en ce qui
concerne les lacs glaciaires (e.g. Godbout et al., 2017; Dubé-Loubert et al., 2018).

Le taux de production des nucléides cosmogéniques produits dans la roche est


directement fonction de l’intensité du flux cosmique qui l’atteint. Ce flux est d’abord
variable suivant la latitude, puisqu’il est influencé directement par le champ
magnétique terrestre. Le rayonnement est plus fort là où le champ magnétique est faible,
74

donc plus fort aux pôles qu’à l’équateur. Le taux de production dépend aussi de
l’altitude et des conditions de pression atmosphérique qui régissent l’épaisseur et la
densité de la colonne d’air au-dessus de la surface terrestre (Lal, D., 1991; Stone, 2000).
Ainsi, le taux de production de nucléides cosmogéniques in situ est variable dans le
temps et selon la position géographique du matériel échantillonné.

D’autres facteurs influençant la production sont reliés au contexte du site


d’échantillonnage. Par exemple, la physiographie du site, notamment la présence
d’obstacles à proximité de l’échantillon, qui peuvent former des « écrans » et bloquer
une partie du flux cosmique aura pour effet de réduire voire même stopper la production
de l’isotope. De la même façon, la présence d’une couverture importante de neige ou
de matériau granulaire peut également avoir une incidence sur la production des
isotopes cosmogéniques (diminution). Ces différents facteurs sont donc à prendre en
compte lors du calcul des taux de production.

3.2.2 Incertitudes et sources d’erreur

Cette méthode comporte également certains facteurs limitants reliés spécifiquement à


la dynamique des régions anciennement englacées. Dans certaines régions, comme près
des centres de dispersion où l’activité glaciaire est de moindre importance, le faible
écoulement de la glace se traduira par des taux d’érosion nuls ou minimums.
Conséquemment, les surfaces rocheuses de ces secteurs auront été moins érodées par
la glace, alors que les blocs erratiques des dépôts glaciaires auront subi moins de
transport et d’érosion. Ces faibles taux d’érosion engendrent généralement la
préservation d’une quantité d’isotopes cosmogéniques associés à une période
d’exposition antérieure. Cet héritage isotopique aura comme conséquence de fausser
les résultats en produisant des âges surestimés (Corbett et al., 2013). Il est toutefois
possible de vérifier cette hypothèse de pré-exposition en utilisant la combinaison de
deux isotopes, notamment en utilisant l’isotope de 10Be combiné à 26Al. Puisque
75

ceux- ci possèdent des taux de désintégration et de production différents, de multiples


expositions viendront modifier l’évolution du ratio 26Al/10Be comparativement à
l’exposition simple (Corbett et al., 2013). Enfin, il est possible que la surface rocheuse
ait subi une altération physique ou chimique au cours de son exposition récente, ce qui
a pour effet de biaiser son âge d’exposition réel et de mener à une sous-estimation. Ce
problème est généralement contourné lors de l’échantillonnage en choisissant des
surfaces rocheuses ou blocs ne présentant pas de signes d’érosion ou d’altération post-
déposition.

3.3 Description des sites et analyse des échantillons pour les datations 10Be.

Pour ce projet, six échantillons de terrasses glaciolacustres provenant de deux sites


distincts ont été analysés pour des fins de datations au 10Be. Trois échantillons ont été
collectés à partir d’un rivage de blocs situé sur une péninsule de la rive nord du lac
Nantais (Figure 3.2). Le site expose une série de trois terrasse et gradins d’érosion
subhorizontaux bien développés de différentes élévations. Le rivage échantillonné est
le plus haut, à une élévation d’environ 405 m, soit environ 65 m au-dessus du niveau
du lac Nantais actuel. Le deuxième site d’échantillonnage est situé sur la rive nord-est
du lac Klotz, près de l’embouchure de la rivière Lepelé (Figure 3.2). Il s’agit d’un
rivage situé à environ 280 m d’élévation, soit presque 70 m au-dessus du niveau du lac
Klotz actuel.
76

Figure 3.2 A. Emplacements des sites de prélèvements d’échantillons pour les datations
cosmogéniques de rivages glaciolacustres. B. Vue des airs d’une série de rivages
glaciolacustres étagés au site d’échantillonnage du lac Nantais. C. Vue des airs de
rivages glaciolacustres au site d’échantillonnage du lac Klotz. D. Vue du sol d’une
terrasse de blocs d’un rivage glaciolacustre au site du lac Nantais. On peut y voir le roc
au cœur de la limite de délavage formée par l’érosion des vagues, ainsi que
l’accumulation de blocs de taille métrique formant une rupture de pente. E. Vue du sol
de l’accumulation de blocs formant le rivage glaciolacutre du lac Klotz. On note le roc
délavé par l’action des vagues en haut à gauche.
77

Les échantillons ont été prélevés à partir de blocs de taille métrique d’origine glaciaire,
lesquels ont été exhumés par les processus d’érosion associés à la formation de lignes
de rivages (Figure 3.3). En effet, l’action érosive des vagues remanie le till, lessivant
les particules les plus fines du dépôt, lesquelles sont envoyées vers les parties profondes
du bassin. Typiquement, ce processus produit des gradins d’érosion lesquels sont
flanqués par ce type de cordons de blocs. Par endroits, l’érosion littorale enlève
complètement le couvert sédimentaire et expose le roc sous-jacent. Ces limites de
délavage (« washing limits ») marquent la limite maximale de l’action érosive des
vagues et enregistrent les paléoniveaux du lac.

Au site d’échantillonnage du Lac Nantais (Nan-Be-02), les trois échantillons sont des
blocs de granitoïdes de taille métrique avec des arrêtes subanguleuses à subarrondies
et montrent de nombreuses facettes qui témoignent de l’érosion glaciaire. Certains de
ces blocs sont en forme d’ogive ou de fer à repasser (Fig. 3.3). Les blocs échantillonnés
sont des granites alcalins, comme l’essentiel du soubassement rocheux du secteur. Au
site du lac Klotz (Klotz-Be-01), trois échantillons de blocs de granite alcalins métriques
majoritairement subanguleux ont également été échantillonnés. À chacun des sites, au
moins 20 m de distance séparent les échantillons qui ont été récoltés.

La présence de marques d’érosion suggère que le matériel échantillonné a été affecté à


un certain degré par les processus d’érosion glaciaire tels que l’arrachage, qui est
responsable de la production des blocs, et l’abrasion, associée à la formation des
facettes et des stries. Ces évidences d’érosion glaciaire devraient en théorie diminuer
les chances que le matériel échantillonné renferme un héritage en 10Be associé à une
exposition antérieure. Néanmoins, la sélection de rivages dans les secteurs des lacs
Nantais et Klotz est compliquée par le fait que ces bassins glaciolacustres se sont
développés à proximité de l’ancienne zone de partage des glaces (Payne ice divide) qui
est aujourd’hui caractérisée par la présence de nombreux champs de blocs et felsenmeer,
soit des terrains caractérisés par de faible taux d’érosion glaciaire et distances de
78

transport relativement limitées. Les sites échantillonnés constituaient les rivages les
mieux développés et les plus représentatifs de ces secteurs.

Les blocs et la surface rocheuse ont été échantillonnés à l’aide d’une scie et d’un ciseau
à roche. Des rayures d’environ 2 à 3 cm de profondeur ont été faites à la scie afin de
faciliter l’extraction de la surface rocheuse (figure 3.3 D). Ensuite, un ciseau à roche a
été utilisé pour déloger les fragments et extraire environ 1,2 kg de matériel. Les blocs
sélectionnés pour l’échantillonnage présentaient des surfaces fraîches qui ne
montraient pas d’évidence d’altération ou de modifications majeures post-déposition.
Ces blocs étaient solidement ancrés au sol et très stables, minimisant l’éventualité de
potentiel de mouvement depuis leur mise en place, un changement qui pourrait
modifier le taux d’exposition de la surface au fil du temps. Les sites d’échantillonnage
choisis étaient systématiquement ouverts et exposés aux vents, minimisant ainsi la
possibilité d’accumulation significative de neige au sol. De plus, la surface des blocs
échantillonnée était généralement située au moins 70 cm au-dessus du sol afin de
réduire le possible impact de recouvrement par une couverture de neige et ainsi
minimiser l’effet d’atténuation (shielding) (Gosse et Phillips, 2001). Finalement, les
échantillons ont été pris sur de très faibles pentes aux abords des rives des lacs et loin
de tout relief important qui pourrait obstruer le rayonnement cosmique et avoir une
incidence sur la production d’isotopes cosmogéniques (shielding).
79

Figure 3.3 A. Modèle schématique montrant le développement des plages de blocs et


des limites de lessivages produites au contact d’un plan d’eau sur une pente, en plus de
l’incidence sur rayonnement cosmique sur ces formes (modifé de Godbout et al., 2017).
B. Vue du sol d’un rivage glaciolacustre du lac Nantais et exemple de bloc
échantillonné pour la datation au 10Be. C. Vue du sol de l’échantillonnage d’un bloc à
la scie à roche sur un rivage glaciolacustre du lac Klotz. D. Exemple de quadrillage
laissé sur la surface d’un bloc après échantillonnage pour la datation au 10Be.

Les échantillons ont d’abord été traités à l’UQAM afin d’isoler les fractions les plus
riches en quartz. Pour ce faire, un broyage et une séparation magnétique à l’aide d’un
appareil de type « Frantz » ont été réalisés. Les échantillons ont ensuite été envoyés au
80

Cosmogenic Dating Laboratory du Lamont-Doherty Earth Observatory, de l’université


Columbia, où ils ont été traités pour l’extraction du 10Be sous la supervision du Pr.
Joerg Schaefer et selon les procédures standardisées développées dans ce laboratoire
(c.f., Schaefer et al., 2009). Les échantillons contenant le concentré de béryllium ont
ensuite été envoyés au laboratoire Lawrence Livermore National Laboratory
(Californie, USA) où les ratios 10Be/9Be ont été mesurés. Une fois ces ratios
disponibles, ces résultats ont été acheminés à l’UQAM pour les calculs des âges 10Be.

Les âges ont été calculés avec la version 2.1 du calculateur en ligne CRONUS
(https://hess.ess.washington.edu/) en utilisant le taux de production de 10Be de 3,96 ±
0,15 g-1 a-1 atomes définis pour la Baie de Baffin/Arctique (Young et al., 2013) et
selon la mise à l’échelle LSDn du taux de production d’isotopes cosmogéniques in situ
(Lifton et al. (2014)). Les âges ne comportent aucune correction pour le shielding,
conséquent avec le contexte des sites échantillonnés. S’il y avait une couverture de
neige de 50 cm pendant quatre mois par année, la correction qui devrait être appliquée
pour une densité de neige de 0,3 g cm-3 est d’environ 3% (Gosse et Phillips, 2001), ce
qui est inférieur à l’incertitude attribuée aux calculs de taux de production.

La région d’étude, tout comme le reste du nord-est du Canada, a été affectée par un
rebond postglaciaire significatif depuis le début de la déglaciation. Comme le taux de
production des isotopes cosmogéniques est dépendant de l’altitude, ces changements
temporels et progressifs de l’élévation du site pourraient potentiellement entraîner une
augmentation des taux de production de 10Be au cours la déglaciation (e.g., Cuzzone
et al., 2016). Bien que des corrections peuvent être faites pour tenir compte de l’effet
du réajustement glacioisotatique – via différents modèles géophysiques (e.g., ICE-6G,
Peltier et al., 2015), un consensus semble émerger à ce que l’ajout d’une telle correction
introduise autant d’incertitudes qu’il n’en corrige (voir commentaire de Greg Balco :
https://cosmognosis.wordpress.com/2019/09/18/isostatic-rebound-corrections-are-
still-on-a-squishy-footing/). En effet, il semble qu’une partie de l’impact des
81

changements d’élévation sur le taux de production pourrait être compensé par les
changements locaux de densité de l’atmosphère au cours de la déglaciation, lesquels
sont en lien avec la diminution du couvert de glace au cours de la déglaciation (Staiger
et al., 2007). Il est estimé que les effets du rebond isostatique sont compensés par les
modifications atmosphériques attribuables à la fonte de la calotte glaciaire (Young et
al., 2013). De plus, on note que le site d’étalonnage du taux de production d’isotope de
10Be utilisé ici (Baffin Bay; Young et al., 2009) n’a pas été sujet à des corrections pour
le rebond postglaciaire. Ce site a aussi l’avantage d’être situé relativement près des
sites datés et comme ce site a subi lui aussi un rebond isostatique aussi comparable,
nous considérons cet effet comme négligeable. Ainsi, les calculs d’âges 10Be ont été
effectués sans correction pour les effets de l’ajustement isostatique.

3.4 Résultats : âges 10Be

Les six échantillons prélevés sur les paléorivages des lacs Nantais et Klotz montrent
un large éventail d’âges 10Be allant de 8,2 à 30,4 ka, avec des incertitudes variant entre
2,1 et 5,5% (Tableau 3.2). Un seul résultat peut être considéré comme étant
typiquement hors regroupement (outlier) en raison qu’il se situe au-delà de 2 sigma par
rapport à la moyenne arithmétique des 6 échantillons datés, soit le KLO-Be-01C (30,4
± 0,6 ka) (Tableau 3.2, voir annexe B pour informations relatives au échantillons). De
plus, cet âge est difficilement compatible avec le contexte de déglaciation régional
connu (c.f., Dyke, 2004).
82

Tableau 3.2 Âges d’exposition et incertitudes associées par site d’échantillonnage

Site-no. Latitude Longitude Altitude LSNd ± 1 σ 1σ


Type de roche
Échantillon (DD) (DD) (m) (yr) (%)
Nan-Be-02A Granite alcalin 60,99 -73,75 397 8953 ± 274 3,1
Nan-Be-02C Granite alcalin 60,99 -73,75 406 8695 ± 378 4,3
Nan-Be-02D Granite alcalin 60,98 -73,75 410 10646 ± 420 3,9
KLO-Be-01A Granite alcalin 60,48 -73,46 279 11507 ± 344 2,9
KLO-Be-01B Granite alcalin 60,48 -73,46 282 8165 ± 446 5,5
KLO-Be-01C Granite alcalin 60,48 -73,46 281 30412 ± 627 2,1

Les résultats pour le Lac Nantais et Klotz nous donnent respectivement un âge moyen
de 9,400 ± 400 a et 9,800 ± 400 a. Considérant le faible nombre d’échantillons, que les
âges moyens de ces deux plans d’eau se chevauchent, que d’un point de vue
géographique ils sont relativement rapprochés (environ 50 km) et que leur évolution
respective a été étroitement interconnectée, la meilleure approximation pour l’âge de
ces lacs glaciaires demeure la moyenne globale de tous les échantillons (n=5) soit un
âge de 9,600 ± 400 a. L’ensemble de ces résultats de même que leur signification dans
le contexte de la déglaciation régionale sont discutés dans la prochaine section.

3.5 Discussion

Globalement, les données 14C disponibles pour le pourtour de la péninsule de l’Ungava


témoignent d’un retrait relativement rapide et constant de la marge glaciaire, un patron
de déglaciation qui semble en accord avec les nouveaux âges 10Be présentés dans ce
mémoire. De plus, considérant que l’évolution et la vidange de ces plans d’eau sont
intimement reliées au schéma de retrait de la marge glaciaire (ouverture d’exutoires de
basses élévations) au cours de la déglaciation, les âges 10Be obtenus fournissent à la
83

fois des contraintes directes sur le moment de leur formation, mais permettront
également d’évaluer la contribution en eau de fonte de leurs décharges dans les
fluctuations climatiques connues ayant ponctué la déglaciation (Elison et al., 2006).
Cet aspect est abordé au prochain chapitre dans le cadre d’une reconstruction
paléogéographique.

Les âges obtenus pour les lacs Nantais et Klotz sont respectivement de 9,400 ± 400 a
et 9,800 ± 400 a et donc se chevauchent. La cartographie de rivages étagés dans ces
régions suggère que chacun de ces plans d’eau a connu plusieurs phases au fur et à
mesure du retrait de la marge et de l’ouverture d’exutoires topographiques, forçant
l’abaissement de leur niveau jusqu’à l’atteinte d’une nouvelle phase de stabilité. Les
rivages échantillonnés ont d’abord été identifiés par photo-interprétation et
sélectionnés selon des critères de terrain basés sur la qualité de leur développement. La
maturité d’un rivage est fonction de plusieurs paramètres notamment l’orientation par
rapport au fetch dominant, la disponibilité de matériau granulaire pour sa construction
et la durée de ladite phase (Dubé-Loubert et al., 2017). Conséquemment, les rivages
bien développés qui ont été échantillonnés devraient être associés aux phases ayant
connu la durée la plus longue. Considérant le chevauchement statistique des âges 10Be
pour ces phases distinctes et le mode de développement lié au retrait glaciaire, il est
permis d’avancer que ces lacs ont eu des existences relativement courtes, centrés autour
de 9,600 ± 400 a (moyenne de tous les âges obtenus).
84

Figure 3.4 Distribution des âges radiocarbone (14C) calibrés provenant de travaux
antérieurs pour la région d’étude (Dyke, 2004). La majorité des datations se trouvent
sur les côtes de la baie d’Ungava et de la Baie de Whitley. La figure montre les âges
10
Be moyen retenus pour chacun des sites datés (voir texte pour détails).
85
10
Les âges Be obtenus au cœur de la péninsule sont globalement cohérents avec le
contexte régional, bien qu’ils apparaissent légèrement plus vieux que ceux suggérés
14
par les reconstructions paléogéographiques existantes basées sur des âges C
provenant principalement des régions côtières (Dyke et Prest, 1987; Dyke, 2004;
Dalton et al., 2020). La plupart des reconstructions identifient le centre de la péninsule
de l’Ungava comme ayant été l’hôte de la fonte des derniers vestiges de l’Inlandsis
laurentidien (Dyke et Prest, 1987; Dalton et al., 2020). Un âge d’exposition moyen de
9,600 a est à priori en opposition avec ces reconstructions. Ces différences pourraient
peut-être refléter une surestimation des âges 10Be en lien avec l’occurrence d’un signal
hérité d’une exposition antérieure (un manque d’érosion des surfaces échantillonnées).
Ce problème d’héritage représente une complication commune dans l’application de
cette méthode de datation aux environnements glaciaires, notamment pour les régions
renfermant des anciennes couvertures de glace à base froide où l’érosion est très limitée
(e.g. Brinner et al., 2005; Corbet et al., 2013). Cette hypothèse s’applique
particulièrement à la présente étude, en raison du fait que les rivages datés se sont
développés dans un secteur peu dynamique du dôme du Labrador, soit la ligne de
partage des glaces de Payne. Cette région est caractérisée par de vastes champs de blocs
(felsenmeer) et leur présence est souvent associée à des conditions de glace à base
froide. La faible érosion glaciaire qui prévaut dans ce type d’environnement a pu
contribuer à la préservation d’un signal ancien par une érosion insuffisante de la surface
des blocs, ce qui est en partie supporté par l’étalement des âges 10Be obtenus, bien que
relativement faible (présence d’un seul outlier sensu stricto). En effet, une fois ce
résultat enlevé, 4 des 5 autres âges se situent à l’intérieur d’un intervalle d’un sigma
par rapport à la moyenne. D’autre part, une partie des différences pourraient aussi
refléter le fait que ces reconstructions paléogéographiques sont articulées autour d’âges
14
C qui proviennent d’environnements différents (la côte) et qui implique fort
probablement un délai entre la déglaciation initiale du territoire et l’arrivée des espèces
14
marines à partir desquelles sont faites ces quelques datations C. Il est clair que
86

d’autres datations 10Be à l’intérieur de la péninsule seront nécessaires afin de valider


les âges 10Be obtenus, en plus de préciser le timing de la déglaciation de ce secteur.

10
Néanmoins, les cinq âges Be retenus forment les premiers résultats absolus qui
apportent une contrainte chronologique directe à l’intérieur de la péninsule d’Ungava,
notamment sur l’âge des lacs glaciaires de la région. Les âges obtenus aident également
à obtenir de l’information sur la chronologie de la position de la marge glaciaire
puisque le développement de ces lacs glaciaire est directement lié au blocage du
drainage régional par le front glaciaire. Considérant le drainage naturel de ces plans
d’eau à l’actuel, la présence de lacs glaciaires dans les bassins des lacs Nantais et Klotz
implique une marge située tout juste au sud de ces derniers, à quelques parts dans les
parties amont des rivières Vachon et Lepéllé, respectivement. Du fait des assemblages
géomorphologiques du terrain et l’invasion de la Mer d’Iberville dans la rivière
Arnaud, le patron de déglaciation devait se faire à partir des côtes de la péninsule vers
son cœur, impliquant un recul plus rapide dans l’axe nord-sud que dans l’axe est-ouest,
14
comme rapporté au chapitre 2. À proximité de la baie de Whitley, les âges C
s’étendent de 8,6 à 9,4 ka alors qu’entre Kangirsuk et Quaqtaq, les âges 14C vont de 7,3
à 7,8 ka (voir section travaux antérieurs), suggérant une déglaciation plus hâtive dans
le détroit d’Hudson comparativement à la côte ouest de la baie d’Ungava. Ce
diachronisme apparent dans le patron de retrait nord-sud et celui d’est-en-ouest de la
marge glaciaire peut être interprété comme soulignant une persistance des glaces plus
tardive dans le secteur amont de la vallée de la rivière Arnaud. Sachant que le drainage
final de ces plans d’eau s’est forcément fait via cette vallée, on peut donc assumer que
le drainage final de ces plans d’eau s’est fait suite à la rupture du barrage de glace dans
la partie aval de la rivière Vachon, laquelle est fort probablement concomitante à
l’incursion marine soit après 7.7 ka (Gray et al., 1980).
87

3.6 Conclusions

La méthode de datation par isotopes cosmogéniques a été appliquée à des blocs formant
des rivages glaciolacustres perchés dans les secteurs des lacs Nantais et Klotz. Les âges
10
Be retenus indiquent une déglaciation autour de 9,6 ± 0,4 ka dans la partie centre-est
de la péninsule d’Ungava. Ces résultats forment les premières contraintes
chronologiques absolues sur les Lacs glaciaires Nantais et Klotz et par le fait même,
sur le retrait de la marge glaciaire dans le secteur des rivières Lepélé et Vachon où ces
10
lacs étaient retenus. Lorsque ces âges Be sont comparés aux isochrones de
14
déglaciation régionale estimée à partir d’âges C, ces résultats indiquent une
déglaciation légèrement plus précoce pour le centre de la péninsule d’Ungava que ce
qui est généralement évoqué dans les reconstructions paléogéographiques
traditionnelles (Dyke, 2004, Ullmann, 2016; Dalton, 2020).

10
Cette différence pourrait refléter une surestimation des âges Be qui pourrait fort
probablement être reliée à un signal reflétant l'héritage d'une exposition précédente, un
problème communément rencontré dans l’application de cette méthode à des formes
de terrain présentes dans les environnements de glace à base froide, comme dans le
secteur où se sont développés ces lacs glaciaires Nantais et Klotz. Bien que les sites
d’échantillonnage aient été sélectionnés dans des secteurs montant des couvertures
éparses de till relativement bien développées, il semble que le transport glaciaire
responsable de la mise en place de ces dépôts n’ait par endroits pas été suffisant pour
éroder la surface de certains blocs et produire des surfaces dénudées d’isotopes hérités
d’expositions antérieures. Cela étant dit, hormis un échantillon (outlier), l’étalage des
10
âges Be obtenus demeure relativement faible, suggérant que ce problème est fort
probablement mineur. La différence entre nos résultats et les reconstructions
paléogéographiques antérieurs pourraient aussi traduire les incertitudes de ces modèles,
88

lesquels ne montrent aucune contraintes chronologiques fermes pour l’intérieur des


régions englacées comme c’est le cas pour la partie nord du Dôme du Labrador.

Néanmoins, malgré ces difficultés, cette approche basée sur l’application de la datation
par isotopes cosmogéniques demeure prometteuse pour les régions comme l’intérieur
de la péninsule d’Ungava, notamment en raison de l’absence de matière organique et
de dépôts fins qui limitent les datations par les méthodes radiocarbone et de
luminescence. Les présents travaux démontrent toutefois que les datations par isotopes
cosmogéniques s’avèrent très risquées dans les environnements de glace à base froide
où les risques d’héritage d’un signal relié à une exposition antérieure demeurent grands.
À cet effet, il aurait été pertinent de mesurer un autre isotope (26Al, par exemple) sur
les échantillons pour confirmer la présence d’héritage dû à une exposition préalable et
en mesurer l’ampleur. Cependant, de telles analyses impliquent des coûts additionnels
importants, en plus d’effort et de temps en laboratoire, ce qui fait que cette approche
n’a pas été préconisée dans le cadre d’un projet de maîtrise d’une durée de deux ans.
CHAPITRE IV

RECONSTRUCTION DES LACS GLACIAIRES NANTAIS ET KLOTZ ET


PALÉOGÉOGRAPHIE DE LA DÉGLACIATION DU SECTEUR NORD-EST
DE LA PÉNINSULE D’UNGAVA

Ce chapitre intègre les données de cartographie des formes de terrain reliées à la


déglaciation et aux lacs glaciaires afin de reconstruire le patron de recul de la marge
glaciaire et l’évolution concomitante des plans d’eau glaciolacustres. Le patron de
déglaciation est basé sur la cartographie de la géomorphologie glaciaire, des âges
radiocarbone issus de la littérature régionale ainsi que sur des âges d’exposition
cosmogéniques (10Be) originaux. La reconstruction intègre ces données et un modèle
numérique de terrain ajusté pour compenser la déformation glacio-isostatique du
territoire lors de la déglaciation, afin de recréer la formation et le drainage des plans
d’eau glaciolacustres. L’évolution temporelle des volumes des plans d’eau
glaciolacustres ainsi que des volumes d’eau douce déchargés vers l’océan ont été
ensuite calculés pour évaluer leurs apports aux perturbations ayant mené aux
événements de détérioration climatique du début de l’Holocène.

4.1 Modélisation et reconstruction des plans d’eau

L’approche permettant la reconstruction des lacs proglaciaires de la zone centrale est


de la péninsule d’Ungava est basée sur l’utilisation d’un modèle numérique de terrain
(MNT) et des algorithmes d’hydrographie de ArcMap 10.5.1. La méthode permet de
90

délimiter les zones d’accumulation d’eau liées aux barrages glaciaires et à la glacio-
isostasie et de comparer l’étendue de ces basins aux données géomorphologiques. Le
modèle d’âges issu des données de la littérature et des âges originaux a permis de
conclure que la déglaciation du secteur d’étude s’est effectuée de ~9,1 à 7,9 ka. Des
isochrones ont pu être extraits du modèle d’âge, à un intervalle de 100 ans pour obtenir
une séquence de retrait en 14 étapes (Figure 4.1).

Figure 4.1 Sommaire de l’approche méthodologique employée pour générer le MNT


représentant l’évolution des marges glaciaires et l’accumulation concomitante d’eau de
fonte dans les bassins de basses élévations.
91

4.1.1 Modèle d’élévation numérique

Le modèle utilise les données publiques du modèle d’élévation numérique du Canada


(CDEM) obtenues via le portail Géogratis du Gouvernement du Canada. Les données
des feuillets SNRC 024M, 025C, 025D, 025E, 034P, 035A, 035B, 035G et 035H ont
été téléchargées et fusionnées pour former une mosaïque couvrant l’entièreté de la zone
étudiée.

4.1.2 Données de déformation glacio-isostatique

La mosaïque d’élévation de surface a été ajustée pour compenser la déformation


de la croûte terrestre durant la période de 9,1 à 7,8 ka en utilisant les données issues du
modèle d’ajustement isostatique global ICE-6G (Peltier et al., 2015). Les données de
ICE-6G sont téléchargées sous forme de fichiers NetDCF via
http://www.atmosp.physics.utoronto.ca/~peltier/data.php et sont ensuite transformées
en format matriciel dans ArcMap 10.5.1 en assumant que les points NetCDF
représentent le centre géographique de chaque pixel. Les valeurs des points ont été
interpolées à une résolution de 100 m pixel-1 en utilisant l’algorithme d’interpolation
spline de ArcMap pour obtenir une surface d’ajustement isostatique ou chaque point
de la surface ICE-6G est représenté. Les données d’élévations à 0 ka (ICE-6G) ont été
soustraites aux données d’élévation de 8 ka (ICE-6G) pour obtenir la valeur
d’ajustement isostatique. Cette valeur d’ajustement isostatique est ensuite soustraite
aux valeurs de la mosaïque du CDEM pour obtenir une paléosurface avec une
résolution de 100 m pixel-1.

4.1.3 Isochrones de la déglaciation

Le modèle d’âge a été bâti à l’aide d’âges radiocarbone principalement issus de bases
de données déjà existantes (Dyke, 2003 ; McNeely, 2006). Seuls les âges marquant la
position de la marge glaciaire lors du retrait de celle-ci pour un intervalle précis ont été
retenus. De plus, pour optimiser la cohérence du modèle, seuls les âges d’exposition
92

originaux les plus jeunes de chacun des sites ont été retenus pour bâtir les isochrones,
c.-à-d., KLO-Be-01B, NAN-Be-02A et NAN-Be-02C.

Le logiciel Calib 7.0 a été utilisé pour convertir les âges radiocarbones en âges
calendaires. La courbe de calibration IntCal13 (Reimer et al., 2013) a été utilisée pour
les âges mesurés sur gyttja, sédiments de lacs et toute autre végétation terrestre. De
plus, 100 ans radiocarbone ont été ajoutés à certains de ces âges pour accommoder le
temps de production de la matière organique d’origine terrestre à la suite du retrait de
la glace (King et al. 1985). La courbe de calibration MARINE13 (Reimer et al., 2013)
a été utilisée pour les échantillons d’origine marine. Les valeurs de corrections dues
aux effets réservoir ont été calculées à partir des données de la Marine Reservoir
Database (Stuiver et al., 2019; http://calib.org/marine/ ; August 2019) en utilisant les
zones de corrections proposées par McNeely (2006) et Coulthard et al. (2010). Pour
chaque zone, les moyennes pondérées des valeurs de ΔR ont été calculées et ces
moyennes ont été utilisées dans la calibration des échantillons marins. Les moyennes
pondérées ont été calculées en utilisant seulement les échantillons provenant de
datations faites sur des organismes se nourrissant de matière en suspension (suspension
feeders) alors que les autres (unknown feeders) ont été écartés.

Les isochrones ont été construits en interpolant les données d’âges utilisant
l’outil Topo to raster de ArcMap (Analyst tool) pour obtenir un fichier raster où chaque
pixel correspond à un âge. L’outil contours (valeur=100) a été utilisé pour obtenir des
isochrones aux 100 ans. Chaque courbe de 100 ans est redessinée en un polygone
auquel on attribue arbitrairement une valeur de 2000. La valeur de 2000 permet
simplement d’empêcher tout écoulement naturel de l’eau de fonte vers le polygone
représentant la calotte glaciaire. Un rectangle suivant la zone d’étude auquel on attribue
une valeur de 0 est dessiné autour du polygone. La forme qui en résulte est ensuite
transférée sous forme de fichier raster (avec des valeurs de 0 ou 2000). Ce raster est
93

ensuite ajouté à la paléosurface en utilisant des outils de raster math pour obtenir une
paléosurface avec une calotte glaciaire de 2000 m d’épaisseur.

4.1.4 Hydrographie et calcul des volumes d’eau

Pour reconstruire l’hydrographie à chaque étape de la déglaciation, la paléosurface avec


calotte glaciaire est utilisée. L’approche préconisée se base sur l’utilisation de l’outil
fill d’ArcMap 10.5.1. Cet outil identifie les endroits où l’eau doit s’accumuler et où des
lacs ont pu exister au contact de la marge glaciaire. Cette surface hydrologique est
ensuite soustraite à la paléosurface pour obtenir les secteurs où les lacs se sont formés.
Le raster qui en résulte est ensuite reclassifié en attribuant la valeur de 1 aux pixels
ayant une valeur supérieure à 10 m (marge d’erreur) et 0 aux autres pixels. Ces rasters
binaires sont ensuite convertis en polygones. Les polygones avec une valeur de 0 et
ceux dont la superficie est inférieure à 4 km2 sont écartés pour ne retenir que les plus
grandes études d’eau. Les polygones restants sont interprétés comme des paléolacs et
des noms leurs ont été attribués selon divers toponymes (lacs ou rivières) situés à
proximité. Chaque lac est utilisé pour extraire les valeurs de la paléosurface sous le lac
et donc d’obtenir la bathymétrie de chaque lac. Les valeurs minimales de chaque
polygone représentent l’exutoire par où le lac se drainait. Ces valeurs minimales ont
été utilisées comme le niveau du lac à chaque étape de déglaciation. Le volume d’eau
accumulé dans les lacs proglaciaires a été calculé à chaque étape en utilisant l’outil de
Surface volume de ArcMap 10.5.1. Ces niveaux d’élévation et ces volumes ont ensuite
été transférés vers une feuille de calcul Excel pour effectuer de plus amples analyses et
pour la production de figures (histoire des volumes et drainages).

4.2 Résultats : évolution du retrait glaciaire et développement des lacs proglaciaires

La reconstruction paléogéographique découlant des travaux de cartographie montre un


retrait de la marge glaciaire grossièrement orienté dans un axe nord-est, sud-ouest. Le
94

patron de retrait de la marge glaciaire vers le sud-ouest implique que l’Inlandsis


laurentidien agissait comme barrage au drainage naturel du secteur s’effectuant vers le
sud. Cette configuration a donc permis le développement à la marge de lacs glaciaires
dans les bassins des lacs Nantais et Klotz, ainsi que dans plusieurs autres bassins
mineurs formés par les principales vallées fluviatiles comme celles des rivières Vachon
et Lepellé.
95

Figure 4.2 Exemples de tranches temporelles produite par la reconstruction


paléogéographique montrant l’évolution des lacs glaciaires occupant les bassins des
lacs Nantais et Klotz et la vallée de la rivière Vachon. Les flèches rouges représentent
les principaux exutoires empruntés par l’eau de fonte sortant des bassins au fil du recul
de la marge glaciaire. L’ensemble des 14 figures générées par le modèle est présenté
en annexe A.
96

La reconstruction générée présente le déplacement de la marge glaciaire entre 9,1 ka et


7,8 ka. Selon la reconstruction, la déglaciation sur la portion nord-est de la péninsule
est déjà amorcée aux abords du Détroit d’Hudson aux alentours de 9,1 ka et les eaux
de fonte produites en association avec le retrait glaciaire commencent à s’accumuler à
la marge glaciaire dans les secteurs de basses élévations. De 9,1 à 8.7 ka, les
accumulations demeurent modestes, étant principalement confinées à la partie amont
du bassin de drainage de la rivière Vachon (Figure 4.3). Les bassins créés en marge de
la glace trouvent leurs exutoires au nord-est vers la rivière Lataille et vers la baie de
Whitley (figure 4.2 ou Annexe A). Durant le recul, de nouveaux exutoires s’ouvrent
sur le flanc est de la vallée de la rivière Vachon cherchant à s’écouler vers la rivière
Arnaud au sud-est.

Un des principaux lacs glaciaires occupera le bassin du lac Nantais actuel et autres sub-
bassins environnants peu de temps après 8,7 ka. Le Lac glaciaire Nantais se construit
en plusieurs étapes et gagnera en superficie et volume suivant le déplacement de la
marge glaciaire vers le sud. Vers 8,4 ka, la phase maximale du lac prend fin lorsqu’un
exutoire s’ouvre au sud vers la rivière Arpalituq et le Lac Klotz. On note que selon ce
modèle, le Lac Nantais n’a jamais été coalescent avec celui de la rivière Vachon. Ceci
est cohérent avec les mesures d’élévations des plages montrées au chapitre II qui
varient grandement entre les deux secteurs.

Le recul de la marge se fait selon un axe parallèle à celui des rivières Vachon et Lepelé
ce qui permet le développement de petits bassins dans leurs affluents. La majorité des
bassins se développent sur le flanc nord-est des vallées. Ceci est en accord avec les
données de cartographie (Chapitre II) qui indiquent que les rivages perchés sont plus
nombreux sur ce flanc des vallées.

La prochaine accumulation d’envergure se développe dans le bassin du lac Klotz et


celui de la rivière Périneault dès 8,3 ka (Figure 4.3). Le Lac Klotz représente l’un des
97

lacs glaciaires les plus importants de la région et il atteint son niveau le plus haut aux
alentours de 8,2 ka, alors que la rivière Lepelé est toujours obturée par l’Inlandsis
laurentidien. Lorsque le front glaciaire se retire, la rivière s’ouvre progressivement et
le plan d’eau s’abaissera rapidement via de nouveaux exutoires, ce qui causera son
drainage vers le sud autour de 8 ka.

Par la suite, la déglaciation complète du territoire s’opère de façon relativement rapide


et les petites accumulations qui se formeront à la marge glaciaire se draineront via la
rivière Vachon durant l’intervalle 8-7.9 ka alors que le front s’est retiré au sud de la
rivière Arnaud.

4.2.1 Volumes d’eau de fonte drainés

Le modèle permet également de calculer les volumes d’eau drainés tout au long du
retrait glaciaire. On remarque d’abord l’occurrence de décharges de façon relativement
constante tout au long de la déglaciation, avec quelques pics en lien avec le drainage
des lacs Nantais et Klotz. Spécifiquement, le pic est atteint vers entre 8.2 et 8,1 ka
lorsque la rivière Lepelé devient en partie ouverte et que le seuil libéré permet la
vidange du Lac glaciaire Klotz (Figure 4.3, figure 4.4). Un deuxième pulse important
a lieu environ 200 ans plus tard alors que la masse de glace s’est pratiquement
complètement retirée du territoire. Les volumes d’eau évacués lors de ce drainage sont
attribuables aux petits bassins ponctuels développés au sud du lac Klotz. Au total, 82,9
km3 d’eau de fonte reliée aux lacs glaciaires se sont drainées vers la baie d’Ungava
entre 9000 et 7800 ka BP.
98

Accumulation totale d'eau de fonte entre 9200 et 7800 a BP (km 3)


45

40

35

Drainages du lac
Drainage des rivières Klotz 30
Vachon et Puvirnituq
25

20

15

10

0
9200 9100 9000 8900 8800 8700 8600 8500 8400 8300 8200 8100 8000 7900 7800 7700

Figure 4.3 : Accumulation totale d’eau de fonte entre 9200 et 7800 a BP. Les
principaux drainage ainsi que le plan d’eau y étant associé sont montré par des flèches.
99

Eau de fonte totale drainée pour chaque phase de 100 a (km3)


25

20

15

10

0
9250 9150 9050 8950 8850 8750 8650 8550 8450 8350 8250 8150 8050 7950 7850 7750

Figure 4.4 : Eau de fonte totale drainée pour chaque phase de 100 ans entre 9250 et
7750 a BP.
100

4.3 Discussion

Le schéma de déglaciation basé sur les formes fluvioglaciaires montre un axe de recul
de la marge glaciaire qui est en accord avec les travaux de Lauriol et Gray (1987) et de
Daigneault (2008). Le retrait est orienté depuis la côte ouest de la baie d’Ungava vers
le cœur de la Péninsule d’Ungava dans un axe orienté grossièrement NNE-SSW. On
remarque cependant certaines différences notables. La reconstruction des fronts
glaciaires révèle une série de lacs glaciaires, de nature plus ou moins éphémère, dont
les étendues varient de façon importante au fur et à mesure que le front glaciaire se
retirait vers le sud (Figure 4.2). Ceci contraste fortement avec les travaux de Lauriol et
Gray (1987) qui présentent de nombreux bassins glaciolacustres coalescents formant
des lacs glaciaires de grande superficie comme le Lac Nantais. Le modèle présenté ici
est beaucoup plus dynamique et robuste, et il permet d’apprécier l’évolution et le
drainage des différents bassins en fonction de la position de la marge tel que déduite à
partir des interpolations des contraintes géochronologiques disponibles. Ce modèle
indique clairement que le lac Nantais n’a jamais été coalescent au plan d’eau développé
dans la vallée de la rivière Vachon.

Ces différences avec les reconstructions antérieures montrant un Lac glaciaire Nantais
de grande superficie découlent assurément de l’approche méthodologique utilisée. En
effet, l’utilisation d’une paléosurface datant du moment de la déglaciation permet de
bien contraindre l’élévation des seuils topographiques servant d’exutoires et donc
d’obtenir un aperçu réaliste de leur étendue sur le territoire tout au long du retrait
glaciaire. De plus, cette modélisation permet de présenter des calculs de volumes d’eau
accumulés et drainés pour chaque période. Le modèle démontre un flux constant d’eau
de fonte vers la baie d’Ungava pendant le retrait du front glaciaire du territoire, lequel
est ponctué de quelques épisodes de décharges plus volumineuses, donc conséquent
avec l’ouverture progressive des vallées principales où l’eau peut s’écouler plus ou
moins continuellement vers la rivière Arnaud. Ce flux d’eau de fonte implique le
101

déversement de nombreux sous-bassins mineurs pendant le retrait glaciaire. Les


épisodes de drainage les plus importants sont attribuables à la vidange des lacs
glaciaires Nantais et Klotz. Ces décharges se sont déroulées entre 8,5 et 8,1 ka. Bien
que les volumes d’eau de fonte impliqués soient modestes – et qu’ils indiquent que ces
épisodes de drainage n’ont pu à eux seuls avoir un impact sur la circulation
thermohaline – l’intervalle de ces épisodes de décharges suggère que ces vidanges de
lacs glaciaires sont synchrones avec la détérioration du climat de l’Hémisphère Nord à
8,2 ka (Ellison et al., 2006; Clarke et al., 2009). Cet intervalle est aussi synchrone avec
le drainage du Lac glaciaire Naskaupi au sud-est de la baie d’Ungava (Dubé-Loubert
et al., 2018), suggérant de ce fait que les lacs glaciaires de l’Ungava ont fort
probablement contribué au forçage en eau douce — ou à tout le moins contribué à pré-
conditionner la Mer du Labrador — relié au drainage du Lac glaciaire Agassiz-
Ojibway, survenu autour de 8,2 ka (Barber et al., 1999 ; Teller et al., 2002). Bien que
les lacs de l’Ungava soient de dimension plus modeste que le lac Agassiz-Ojibway,
leur proximité avec les zones critiques de formation des masses d’eau profonde de la
Mer du Labrador, de même que la quasi-synchronicité de leur drainage, fait de leurs
apports en eau de fonte une composante non-négligeable.

Par ailleurs, le modèle montre, au nord de la région d’étude, un lac glaciaire qui s’est
développé dans la vallée de la rivière Puvurnituq, en accord avec les travaux de
cartographie de Daigneault (2008). Par contre, la reconstruction de Daigneault indique
que ce lac est coalescent au Lac Nantais, contrairement à notre modèle qui suggère que
ces deux lacs ont occupé des bassins distincts, à l’exception d’un petit bassin ponctuel
au nord-ouest du Lac Nantais. La période de temps estimé par Daigneault (2008 ; 8– 7
ka) est par contre légèrement plus tardive que dans notre reconstruction. Ce lac est
probablement beaucoup plus gros que ce que la reconstruction présente, car ce dernier
s’étend au-delà de la zone d’étude – seuls les volumes des phases lacustres entièrement
comprises dans la zone d’étude ont été calculés.
102

Selon la reconstruction présentée ici, le recul de la marge se serait effectué de façon


très uniforme, avec un mode de retrait en partie dicté par le fait que le modèle présente
une marge très linéaire. Bien que la configuration de la marge glaciaire ait fort
probablement été plus complexe dans la réalité, le modèle respecte néanmoins le patron
de retrait global tel que suggéré par les enregistrements géomorphologiques qui ne
suggèrent pas de pause dans le recul. La reconstruction montre aussi une séquence de
développement des lacs glaciaires qui concorde avec l’étendue et la distribution
spatiale des rivages cartographiés. Le modèle implique une calotte glaciaire qui
s’amincit du haut vers le bas et qui se retire au fur et à mesure que les couloirs
fluvioglaciaires parviennent à évacuer l’eau de fonte du glacier. Le rythme de retrait
moyen de la calotte glaciaire est de 11,5 km par 100 ans (115mm/an). Il est relativement
constant et assez linéaire tout au long de la déglaciation et il suit relativement bien l’axe
de la ligne de partage glaciaire de Payne.

4.4 Conclusions

Ce chapitre présente une reconstruction paléogéographique basée sur un modèle SIG


qui reproduit le retrait d’une marge glaciaire orientée NW-SE se retirant vers le S-SW,
tel qu’indiqué par la cartographie des formes de déglaciation. La reconstruction SIG
présente un recul du front glaciaire tel que prescrit pas les isochrones de déglaciation
basés sur l’interpolation de données géochronologiques régionales. La modélisation
reproduit aussi l’évolution des basins glaciolacustres qui se développent au front de la
marge en recul. Le patron de déglaciation donne naissance à une série de lacs glaciaires
qui occupent des basins éphémères d’envergure modeste, contrairement aux grandes
accumulations uniques préconisées par les travaux antérieurs. L’approche utilisée
montre l’importance des modèles intégrant l’effet de l’enfoncement glacio- isostatique
pour contraindre l’évolution et le drainage de lacs glaciaires, ce qui permet aussi de
produire des estimés réalistes des volumes d’eau de fonte.
103

Le calcul des volumes d’eau de fonte montre qu’un total de 83 km3 d’eau s’est déversé
vers la baie d’Ungava à partir de la région d’étude. Cette eau de de fonte provient de
plusieurs petits rejets sur une courte période de temps qui chevauche un intervalle
critique de la déglaciation, lequel comprend le refroidissent majeur de 8,2 ka. Les
résultats de ces travaux suggèrent que le drainage des lacs de la péninsule d’Ungava a
fort probablement contribué au forçage en eau douce responsable pour le
déclenchement de ce refroidissement climatique.

En somme, ces travaux de modélisation offrent une vision intégrée de la déglaciation


de la région et du développement des lacs glaciaires, en plus de quantifier la
contribution du drainage de ces lacs aux décharges d’eau de fonte marquant le début
de l’Holocène.
CONCLUSION

Ce projet de maîtrise avait comme objectif principal d’approfondir l’état des


connaissances sur la déglaciation du nord du Québec qui a été recouvert par la glace
du Secteur du Labrador de l’Inlandsis laurentidien au cours de la dernière glaciation.
Le projet était articulé autour de travaux de cartographie et de terrain qui visaient à
mieux définir le patron de retrait de la marge glaciaire, en plus d’établir le mode de
développement et l’évolution des lacs glaciaires qui ont occupé le centre-est de la
péninsule d’Ungava. Enfin, des rivages glaciolacustres ont été soumis à la méthode de
datation par les isotopes cosmogéniques afin d’obtenir de nouvelles contraintes
géochronologiques. L’ensemble des résultats obtenus sur les évènements liés à la
déglaciation ont été intégrés dans un modèle paléogéographique.

Une carte géomorphologique thématique a été produite à partir d’une cartographie


détaillée basée sur l’analyse d’images satellitaires ainsi que des contrôles terrain.
L’utilisation de l’imagerie satellitaire combinée à un modèle numérique de terrain
offrant une résolution de 5 m s’est avérée une approche efficace dans la cartographie
des formes de terrain associées au retrait de la marge glaciaire, en plus de celles reliées
aux lacs glaciaires. Les résultats documentent la position de la marge glaciaire tout au
long de son retrait dans le secteur, en plus de préciser l’évolution et l’étendue des lacs
glaciaires. Les éléments géomorphologiques et dépôts fluvioglaciaires recensés
indiquent un retrait des glaces vers le sud-sud-ouest suivant une marge orientée
approximativement NW-SE qui a initialement libéré la côte ouest de la baie d’Ungava
en convergeant vers le cœur de la péninsule. Ce patron de retrait aurait mené à la
libération progressive des bassins de basse élévation et les vallées, où se seraient
accumulés des plans d’eau contraints par le front glaciaire. Les principaux secteurs qui
105

ont été envahis par des eaux glaciolacustres sont les endroits où on retrouve aujourd’hui
les principaux lacs et rivières du territoire, soit les lacs Nantais et Klotz et les rivières
Vachon et Lepellé. Les mesures d’élévation prises sur les rivages et deltas
glaciolacustres documentent un abaissement progressif des plans d’eau, avec les plus
basses élévations atteintes dans les secteurs aval des rivières du bassin versant. Cette
évolution reflète le développement de plusieurs bassins qui n’ont fort probablement pas
toujours été coalescents et/ou contemporains, lesquels se sont abaissés progressivement
au fur et à mesure que de nouveaux exutoires ont été libérés par le retrait de la marge
glaciaire. Ces résultats indiquent une succession de plans d’eau glaciolacustres de
petite à moyenne envergure, et ne soutiennent pas l’existence de lacs glaciaires de
grande superficie, tel que le Lac glaciaire Nantais présenté dans la reconstruction
proposée par Lauriol et Gray (1987).

L’application de la méthode de datation par isotopes cosmogéniques sur des blocs


provenant de rivages perchés dans les secteurs des lacs Nantais et Klotz a permis
d’obtenir les premières contraintes chronologiques absolues sur la déglaciation du flanc
du nord-nord-est du Secteur du Labrador. Des 6 échantillons datés, un seul s’est avéré
incompatible avec la déglaciation (hors regroupement; outliers). Les âges 10Be retenus
indiquent que ces lacs glaciaires se sont développés autour de 9,6 ± 0,4 ka. Considérant
qu’il s’agit de lacs de barrage glaciaire, ces résultats donnent une contrainte importante
sur le timing et la position du front glaciaire dans le cœur de la péninsule. Ces âges sont
cependant légèrement plus vieux que ceux suggérés par les modèles de déglaciation
des reconstructions paléographiques basées sur des âges 14C provenant des côtes de la
péninsule (Lauriol et Gray, 1987; Gray et al., 1993; Dyke et al., 2004; Dalton et al.,
10 14
2020). Cette différence entre les âges Be et C pourrait probablement refléter
l'héritage d’un signal cosmogénique associé à une période d’exposition antérieure; une
situation fréquente dans l’environnement glaciaire, notamment dans les secteurs où
l’érosion glaciaire est moindre, comme dans les terrains dérivés de couverture de glace
à base froide tels que ceux où se sont développés les lacs glaciaires Nantais et Klotz.
106

Ces travaux soulignent donc les défis reliés à la datation des formes de terrain localisées
près du cœur des dômes de l’inlandsis. Toutefois, les résultats obtenus sont tout à fait
cohérents avec les schémas de déglaciation et conséquemment, cette méthode laisse
entrevoir un grand potentiel pour bonifier la couverture spatiale des données
géochronologiques de ces régions où la présence de matière organique est rare,
notamment en combinant une approche mesurant un autre isotope cosmogénique (26Al,
par exemple) sur les échantillons pour confirmer la présence ou non d’héritage dû à
une exposition préalable..

Une reconstruction paléogéographique a été produite à partir d’une approche basée sur
les SIG qui intègre les données d’âges connus sur le territoire et les contraintes
imposées par les données cartographiques et de terrain. La reconstruction temporelle
du retrait du front glaciaire met de l’avant le développement d’une succession des lacs
glaciaires de différentes envergures, lesquels sont accompagnés d’événements de
drainages épisodiques. L’approche utilisée montre l’importance d’utiliser un modèle
intégrant l’effet de l’enfoncement glacio-isostatique pour contraindre l’évolution et le
drainage de ces lacs glaciaires, ce qui permet en plus de fournir des estimés réalistes
des volumes d’eau de fonte. À cet effet, le modèle indique le déversement d’un volume
d’eau de fonte total de 83 km3 vers la baie d’Ungava. Cette eau de fonte provient de
plusieurs drainages ponctuels évoluant durant le retrait de la marge glaciaire sur un
court intervalle de temps qui chevauche un intervalle critique de la déglaciation, lequel
comprend le refroidissent majeur de 8,2 ka. Ainsi, les résultats de cette modélisation
suggèrent que le drainage des lacs de la péninsule d’Ungava a probablement contribué
en partie au forçage en eau douce responsable pour le déclenchement de ce
refroidissement climatique..

En somme, les travaux effectués dans ce projet de maîtrise offrent une vision intégrée
de la déglaciation de la région et du développement des lacs glaciaires, en plus de
quantifier la contribution du drainage de ces lacs aux décharges d’eau de fonte
107

marquant le début de l’Holocène. De tels travaux prouvent qu’il est nécessaire de mener
des recherches de cartographie détaillée à l’échelle régionale afin de raffiner les
modèles globaux de déglaciation. Il est indéniable que la compréhension de la
déglaciation à grande échelle se doit de passer par des travaux plus spécifiques,
notamment impliquant l’obtention de données géochronologiques. L’acquisition
récente de données numériques de terrains modernes de hautes précisions telles que
l’Arctic DEM ouvre la porte à des travaux de recherche de raffinement des
connaissances similaire à ce qui est présenté dans ce mémoire, en plus de fournir des
cibles d’échantillonnage pour d’éventuels travaux de datation. Les travaux de
recherche menés dans cette partie de la péninsule d’Ungava dans le nord du Québec au
cours de ce mémoire de maîtrise représentent un bel exemple de la portée d’une telle
approche d’étude et des possibles retombées en termes d’acquisition de nouvelles
connaissances pour l’ensemble de la déglaciation.
ANNEXE A

RECONSTRUCTION PALÉOGÉOGRAPHIQUE DU SECTEUR EST DE LA


PÉNINSULE D’UNGAVA ENTRE 9,1 ET 7,8 KA BP

A.1 Reconstruction paléogéographique à 9,1 ka BP


109

A.2 Reconstruction paléogéographique à 9,0 ka BP


110

A.3 Reconstruction paléogéographique à 8,9 ka BP


111

A.4 Reconstruction paléogéographique à 8,8 ka BP


112

A.5 Reconstruction paléogéographique à 8,7 ka BP


113

A.6 Reconstruction paléogéographique à 8,6 ka BP


114

A.7 Reconstruction paléogéographique à 8,5 ka BP


115

A.8 Reconstruction paléogéographique à 8,4 ka BP


116

A.9 Reconstruction paléogéographique à 8,3 ka BP


117

A.10 Reconstruction paléogéographique à 8,2 ka BP


118

A.11 Reconstruction paléogéographique à 8,1 ka BP


119

A.12 Reconstruction paléogéographique à 8,0 ka BP


120

A.13 Reconstruction paléogéographique à 7,9 ka BP


121

A.14 Reconstruction paléogéographique à 7,8 ka BP


ANNEXE B

INFORMATIONS RELATIVES AUX ÉCHANTILLONS POUR LA DATATION AU 10BE


No
d'échantillon Épaisseur Latitude Longitude Élévation [10Be/9Be] ± 1 σ Quartz 10
Be ajouté 10Be ± 1 σ 10Be ± 1 σ

(cm) (DD) (DD) (m) (10-14) (g) (mg) (105 atomes) (104 atomes g-1)
Nan-Be-02A 60,99 -73,75 397
2,27 8,147 ± 0,249 20,04 0,209 11,03 ± 0,3368 5,51 ± 0,168
Nan-Be-02C 60,99 -73,75 406
2,6 7,764 ± 0,337 20,20 0,210 10,88 ± 0,4724 5,39 ± 0,234
Nan-Be-02D 60,98 -73,75 410
1,99 9,498 ± 0,373 20,05 0,210 13,31 ± 0,5232 6,64 ± 0,261
KLO-Be-01A 60,48 -73,46 279
1,65 9,002 ± 0,268 20,02 0,210 12,61 ± 0,3754 6,3 ± 0,188
KLO-Be-01B 60,48 -73,46 282
2,64 6,427 ± 0,350 20,10 0,209 8,982 ± 0,4899 4,47 ± 0,244
KLO-Be-01C 60,48 -73,46 281
2,61 23,78 ± 0,486 20,14 0,210 33,33 ± 0,6815 16,55 ± 0,338
9
Tous les échantillons sont des granites alcalins. La concentration du Be carrier a été corrigé pour l’évaporation, basé sur
des prises de mesures en continu de son poids. La densité des roches est la même pour tous les échantillons soit de 2,7g.cm-
3
. La correction pour le shielding est négligeable et a été fixée à 1,00. Le standard AMS utilisé est le 07KNSTD.
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