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Klapka Petr 2012 These

La thèse de Petr Klapka explore les transformations de la société nobiliaire dans les pays de la Couronne de Bohême entre 1620 et le milieu du XVIIe siècle, mettant en lumière l'arrivée de familles francophones et d'autres nobles européens. Elle se concentre sur Jean Louis Ratuit de Souches, un noble huguenot de La Rochelle qui a servi les Habsbourg, devenant un général reconnu tout en intégrant la culture locale. Le travail souligne l'importance de la migration nobiliaire et l'impact durable de Ratuit de Souches sur l'histoire et la mémoire collective de la région.

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Klapka Petr 2012 These

La thèse de Petr Klapka explore les transformations de la société nobiliaire dans les pays de la Couronne de Bohême entre 1620 et le milieu du XVIIe siècle, mettant en lumière l'arrivée de familles francophones et d'autres nobles européens. Elle se concentre sur Jean Louis Ratuit de Souches, un noble huguenot de La Rochelle qui a servi les Habsbourg, devenant un général reconnu tout en intégrant la culture locale. Le travail souligne l'importance de la migration nobiliaire et l'impact durable de Ratuit de Souches sur l'histoire et la mémoire collective de la région.

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UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE

ÉCOLE DOCTORALE II Histoire moderne et contemporaine


Laboratoire de recherche : INSTITUT DE RECHERCHES SUR LES
CIVILISATIONS DE L’OCCIDENT MODERNE – CENTRE D’HISTOIRE
DE L’EUROPE CENTRALE

THÈSE
pour obtenir le grade de
DOCTEUR DE L’UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE
Discipline/ Spécialité : Histoire/ Histoire moderne et contemporaine
Présentée et soutenue par :

Petr KLAPKA
le : 31 mai 2012

JEAN-LOUIS RATUIT DE SOUCHES


(1608-1682).
DE LA ROCHELLE AU SERVICE DES
HABSBOURG. CONTRIBUTION A L’ETUDE
DES MIGRATIONS NOBILIAIRES
FRANCOPHONES DANS LES PAYS DE LA
COURONNE DE BOHÊME AUX XVIIe-XVIIIe
SIECLES
Sous la direction de :
M. Olivier CHALINE Professeur, Paris Sorbonne

JURY:
M. Jean BERENGER Emérite, Paris Sorbonne, Président du jury
M. Rainer BABEL Professeur, Institut historique allemand, Paris
M. Didier BOISSON Professeur, Université d’Angers
M. Olivier CHALINE Professeur, Paris Sorbonne
M. Michel FIGEAC Professeur, Université Bordeaux III
Remerciement

Il conviendrait ici de remercier toutes celles et ceux qui contribuèrent à ce


que le présent travail puisse voir le jour : M. Olivier Chaline, mon directeur de
thèse, pour son tutorat et ses remarques constructives lors de la conception de mon
texte ainsi que les personnels de nombreuses institutions – archives et bibliothèques
– françaises, tchèques et autrichiennes pour leur compréhension et leur
professionnalisme qui m’ont permis de consulter de nombreux documents,
souvents inédits.

Ma plus grande reconnaissance appartient cependant à ma femme


Emmanuelle qui était dès le début de mes recherches à mes côtés et qui a dû subir
tous les aléas liés à la réalisation du présent travail. Entre temps, elle nous a donné
deux magnifiques fils. Le temps passé à la préparation de ce texte aurait dû être le
leur. Merci.

1
A Emmanuelle, David et Nikolas…

2
Résumé

La société nobiliaire des pays de la Couronne de Bohême connut à compter de 1620 et


jusqu’au milieu du XVIIe siècle de considérables transformations. La modification radicale de sa
structure fut en partie liée à l’arrivée des nouvelles familles dont la majorité appartenaient à la
noblesse germanophone. Or, ces lignées ne furent pas les seules à chercher la carrière ou la
fortune au service de l’Empereur. Nous y vîmes également de nombreux Espagnols, Irlandais et
Ecossais, des nobles originaires des Pays-Bas espagnols ou encore des lignages francophones.
Ces derniers provenaient d’une large zone géographique comprenant la Bourgogne, la
Provence, l’Artois, le Hainaut français dont la ville de Cambrai, la Lorraine pour en terminer par
la Savoie. En effet, ce genre du phénomène migratoire eut des contours assez étendus et se limiter
aux seuls Français impliquerait de ne pas prendre en considération le fait que la langue et la
culture comptaient davantage que l’origine.
L’objectif du présent travail fut de présenter un destin particulier d’un noble établi dans les
pays tchèques – dans le Margraviat de Moravie en l’occurrence – celui de Jean Louis Ratuit de
Souches (1608-1682). Contemporain des grandes personnalités militaires de l’époque, telles que
le Grand Condé, Raimondo Montecuccoli, Gustave-Adolphe ou encore Turenne, connues
davantage, Jean Louis Ratuit de Souches accomplit, lui aussi, des exploits dignes d’être relatés.
Né à La Rochelle, dans un milieu de la petite noblesse huguenote, il sut bâtir sa carrière au
service des Habsbourg. Soldat, il se battit successivement pour défendre la cause du
protestantisme, d’abord à La Rochelle, sa ville natale, contre les troupes de Louis XIII, ensuite
dans l’armée suédoise contre les impériaux. Plus tard, il devint général de Ferdinand III, puis de
Léopold Ier, en se servant de ses connaissances de la tactique adverse pour lutter contre les
Suédois et les Français. Parti d’un milieu modeste, il finit par être reconnu comme un des plus
grands chefs militaires de l’époque et accumula une fortune considérable ce qui lui valut les
éloges des uns mais également les critiques et les réactions de jalousie exacerbées, aussi bien
dans l’armée qu’à la cour viennoise.
Afin de réussir son intégration dans le nouveau milieu, Jean Louis Ratuit de Souches se
convertit et pour prouver la profondeur de sa foi, il alla même jusqu’à la fondation d’un lieu de

3
pèlerinage sur ses domaines moraves. Contrairement à beaucoup de ses compatriotes, il laissa des
traces durables dans l’histoire du pays et sa légende continua à vivre même après sa mort : un
nombre de contes, œuvres d’art et monuments de tout genre allant jusqu’aux fêtes
commémoratives en témoignent suffisamment. Pourtant, aujourd’hui encore, une partie non
négligeable des épisodes de sa vie privée et publique reste ignorée.

MOTS-CLES : noblesse - familles francophones - migration nobiliaire - histoire


militaire des XVIIe - XVIIIe siècles - Europe centrale - Bohême - Moravie - Jean Louis
Ratuit de Souches - Monarchie des Habsbourg

4
Jean Louis Ratuit de Souches (1608 – 1682). From La Rochelle to the service of
the Habsburgs. A study to the migration of the French nobility in the Lands of the
Bohemian Crown during the XVIIth – XVIIIth century

Résumé en anglais

Noble society in the Lands of the Bohemian Crown knew from 1620 to the 1650’s
considerable transformations. The radical change in its structure was in part linked to the arrival
of new families from mostly German speaking nobility. These families weren’t the only ones to
look for career and fortune at the service of the Emperor. There were also many Spanish, Irish
and Scottish noble families, the families that came from Spanish Holland and the French
lineages.
These ones originated from an important geographical area containing French regions of
Burgundy, Provence, Artois and Hainaut with the town of Cambrai, Lorraine and going up to
Savoy. Indeed, this type of migratory phenomenon extended largely its boundaries and we cannot
limit the study to only the French because the culture and language were more important than
origin.
The purpose of this study was to show the particular destiny of one nobleman in the Czech
Crown Lands (specifically in the Margraviat of Moravia), Jean Louis Ratuit de Souches (1608-
1682). Being a contemporary of the great and better-known military celebrities, such as Le Grand
Condé, Raimondo Montecuccoli, Gustave-Adolphe or Turenne, Jean Louis Ratuit de Souches
also accomplished great feats that must be studied.
Born into small Huguenot nobility in La Rochelle, he pursued a career at the service of the
Habsburgs. As a soldier, he often fought for the protestant cause, first in La Rochelle, his
hometown, against the troops of Louis 13th, then with the Swedish army against the imperials.
Later on, he became one of Ferdinand 3rd ’s general, then one of Leopold 1st ’s by using his
knowledge of the enemy’s tactics to fight the Swedish and the French. Although he came from a
modest household, he rose to be considered as one of the greatest military leaders at the time and
amassed a considerable fortune earning him much respect but also criticism and jealousy from
the Army and the Viennese Court.

5
To be a part of this new milieu, Jean Louis Ratuit de Souches converted and to prove his
faith, he even constructed a place of pilgrimage on his Moravian lands. Contrary to many of his
fellow citizens, he deeply influenced the country’s History and his legend lived on after his death:
there are countless stories, paintings and all kinds of monuments and festivities in his honor.
However yet today, a lot of his personal and public life still unknown.

KEY WORDS : French Nobility - migration - XVIIth century - XVIIIth century -


Central Europe - Bohemia - Moravia - Jean Louis Ratuit de Souches - military history
- Habsburg’s Monarchy

6
Discipline : Histoire

Ecole doctorale II Histoire moderne et contemporaine, Maison de la Recherche, 28 Rue Serpente,


75006, Paris

7
Jean Louis Ratuit de Souches (1608 – 1682). De La Rochelle au
service des Habsbourg.
Contribution à l’étude des migrations nobiliaires francophones dans les pays de la
Couronne de Bohême aux XVIIe – XVIIIe siècles

PREFACE ………………………………………………………………………………………17

INTRODUCTION : Les contours des pays de la Couronne de Bohême


à l’époque baroque ………………………………………………………26

I. Territoire, nations, aperçu historique ……………………………………………………27


II. La société nobiliaire : Evolution et transformations………………………………….….50
III. Les migrations aristocratiques francophones………………………………………….…83

PREMIERE PARTIE: Jean Louis Ratuit de Souches. Défier le destin : Les années
incertaines…………………………………………………………..103

I. Les origines de la famille de Souches…………………………………………………..104


II. La jeunesse……………………………………………………………………………...123
III. L’exil suédois……………………………………………………………… …………..136

DEUXIEME PARTIE : Réussir au service des Habsbourg : La consécration………………..152

I. Les campagnes de 1645 – 1648…………………………………………………………153


1. Rapport de Piccolomini………………………………………………………153
2. 1645 - L’année charnière………………………………………………….…163
3. Délivrer la Moravie et la Bohême……………………………………………193
II. La campagne en Pologne (1658 - 1660 )………………………………………………. 204
III. Face au danger turc (1660-1664)…………………………………………… ………….215
1. La reprise inattendue de la lutte avec les Ottomans …………………………215
2. Les faveurs impériales et promotions militaires……………………………...234
IV. Contre la France (1673 – 1674)…………………………………………………………249
1. L’ultime campagne de la carrière….…………………………………………249
2. La disgrâce et le départ de l’armée…………………………………………..272

TROISIEME PARTIE : Devenir seigneur en Moravie…………………………………………280

I. L´intégration à la société morave......................................................................................281


1. Margraviat de Moravie – aperçu de l´organisation politique et de la structure
sociale.................................................................................................................. 281
2. Le domaine de Jevišovice et son seigneur ……………………………………295
3. La résidence seigneuriale… ………………………………………………….307
4. Le patrimoine immobilier……………………………………………………..334
5. Mécénat pieux…………………………………………………………………342

08
II. La descendance………………………………………………………………………….356
III. Une seconde vie : Jean Louis Ratuit de Souches dans la mémoire collective morave….373
1. La tradition orale populaire et textes littéraires ….………………………..373
2. Fêtes et cérémonies commémoratives………………………………………..387
3. Témoignages matériels……………………………………………………….390

CONCLUSION…………………………………………………………………………………395

COMPLEMENT : Catalogue des familles nobles françaises installées dans les pays de la
Couronne de Bohême dans les années 1618 – 1740 (50)…………………408

ANNEXES……………………………………………………………………………………...440

Annexes photographiques……………………………………………….441
Cartes……………………………………………………………………487
Généalogie………………………………………………………………506
Documents………………………………………………………………509

SOURCES ET LITTERATURE………………………………………………………………..544

LISTE DES ABREVIATIONS…………………………………………………………………606

INDEX DES NOMS…………………………………………………………………………….608

INDEX DES LIEUX……………………………………………………………………………620

9
1
Liste des annexes

Annexes photographiques

• Jean Louis Ratuit de Souches peu après le siège de Brno de 1645 en tant que commissaire
militaire de la Moravie. [Reproduction d’après Mathias Merian, Theatri Europaei, t. VI,
1647-1651, Francfort, 1663, p. 21.]

• Portrait de Jean Louis Ratuit de Souches, milieu du XVIIe siècle. [Reproduction d’après
Libor Jan, Obléhání hradu Pernštejna v roce 1645, Brno, 1995.]

• Jean Louis Ratuit de Souches en 1659 en tant que commandant des troupes impériales en
Poméranie. [Reproduction d’après Mathias Merian, Theatri Europaei, t. VIII, 1657-1661,
Francfort, 1693, p. 1051.]

• Jean Louis Ratuit de Souches après 1664 où il devint commandant de la région de


Komárno (Komárom) en Haute-Hongrie. [MZA Brno, G 12, Cerroniho sbírka II, cote
229.]

• Détail du portrait de Jean Louis Ratuit de Souches avec la statuette de la Vierge-Marie de


Foy. La toile (ici avant d’être restaurée et fortement endommagée) d’un réalisme
saisissant montre le général à la fin de sa vie, visage traversé de rides, signes de son âge
avancé. [Reproduction d’après Jan Bartoš – Miloslav Trmač, Mariánské poutní místo
Hluboké Mašůvky u Znojma, Brno, 1991, p. 14.]

• Le portrait de Jean Louis Ratuit de Souches avec la statuette de la Vierge-Marie de Foy.


L’état après la restauration. [Reproduction d’après Der Marienwallfahrtsort Hluboké
Mašůvky 1680-2005, Brno, 2005.]

• Le blason de la famille de Souches dans la forme que lui donna Jean Louis Ratuit de
Souches à la deuxième moitié du XVIIe siècle. Dessin provenant d’un diplôme confirmant
les anciens privilèges de la ville de Jevišovice publié en 1704 par Charles Joseph Ratuit
de Souches [SOkA Znojmo, Archiv městečka Jevišovice, JEV/I, no 5, cliché P. Klapka].

• Armoiries d’origine de la famille de Souches. [Reproduction d’après Heinrich von Kadich


– Conrad Blažek, Der mährische Adel (=J. Siebmacher’s Grosses und allgemeines
Wappenbuch), t. IV, vol. 10, Nürnberg, 1899, planche no 105].

• Armoiries de Jean Louis Ratuit de Souches - et de ses descendants - après être élevé dans
les rangs de la haute noblesse. [Reproduction d’après Heinrich von Kadich – Conrad
Blažek, Der mährische Adel (=J. Siebmacher’s Grosses und allgemeines Wappenbuch, t.
IV, vol. 10, Nürnberg, 1899, planche no 105].

10
• Blason de Jean Louis Ratuit de Souches placé dans la cour intérieure de la forteresse de
Špilberk à Brno [cliché P. Klapka].

• Les blasons d’alliance de Jean Louis Ratuit de Souches (à gauche) et de sa seconde


femme Anne Salomé d’Aspermont au-dessus de l’entrée à l’église de Hluboké Mašůvky
[cliché P. Klapka].

• Matrice en argent et sceau de Jean Louis Ratuit de Souches. [MZA Brno, G 155, RA
Ugarte, no 693a ; cliché P. Klapka.]

• L’arbre généalogique de la famille de Souches établi en 1772. Extrait montrant la filiation


des ancêtres de Jean Louis Ratuit de Souches et de sa femme Anne Elisabeth de
Hoffkirchen. [SOA Litoměřice, succursale Děčín, RA Desfours-Walderode, no15,
parchemin, cliché P. Klapka]

• La Rochelle, XVIIe siècle [AD La Rochelle, 5 Fi La Rochelle 7, cliché P. Klapka].

• La ville de La Rochelle, capitale du Pays d’Aunis, XVIIIe siècle [AD La Rochelle, 5 Fi La


Rochelle 138, cliché P. Klapka].

• Les maisons à l’emplacement de l’ancienne hôtellerie nommée « Trois marchands »,


ancienne propriété de la famille Ratuit de Souches, La Rochelle. [Cliché P. Klapka]

• La ville d’Olomouc assiégée par les impériaux 1643-1644 [cliché MZK Brno].

• Brno en 1617. Une vue détaillée sur la ville avant les destructions de la guerre de Trente
Ans. Quelques éléments de la légende : D = cathédrale Saint-Pierre ; F = forteresse de
Spilberg ; H = mairie ; N = église Saint-Jacques ; Q = église Saint-Thomas. [cliché MZK
Brno]

• La ville de Brno avant le siège suédois [cliché MZK Brno].

• Le siège suédois de Brno en 1645 avec le détail de la tranchée couverte (« strada


cooperta ») [cliché MZK Brno].

• Siège de la ville de Toruń en Pologne par les impériaux en 1658. En bas, sous no 36, se
trouve le campement du général de Souches. [Reproduction d’après Tadeusz Nowak,
Oblezenie Torunia w roku 1658, Toruń, 1936.]

• La ville de Znojmo en Moravie du Sud au milieu du XVIIe siècle [cliché MZK Brno].

• Château de Jevišovice – la plus ancienne vue sur la résidence. Dessin provenant d’un
diplôme confirmant les privilèges de la ville de Jevišovice publié en 1704 par Charles
Joseph Ratuit de Souches [SOkA Znojmo, Archiv městečka Jevišovice, JEV/I, no 5, cliché
P. Klapka].

11
• Château de Jevišovice actuellement, vu du même angle [cliché P. Klapka].

• Le château de Jevišovice [cliché P. Klapka].

• Le château de Jevišovice – le plan du rez-de-chaussée. [Reproduction d’après Miroslav


Plaček, Ilustrovaná encyklopedie moravských hradů, hrádků a tvrzí, Prague, 2001, p.
281].

• Le château de Plaveč [cliché P. Klapka].

• Le château de Plaveč - le plan du rez-de-chaussée. [Reproduction d’après Miroslav


Plaček, Ilustrovaná encyklopedie moravských hradů, hrádků a tvrzí, Prague, 2001, p.
486].

• Le manoir de Boskovštejn [cliché P. Klapka].

• Le manoir de Boskovštejn – le plan du rez-de-chaussée. [Reproduction d’après Miroslav


Plaček, Ilustrovaná encyklopedie moravských hradů, hrádků a tvrzí, Prague, 2001, p.
115].

• La maison de Jean Louis Ratuit de Souches à Znojmo, no 9, place Horní (Horní náměstí
en tchèque = Place supérieure) [cliché P. Klapka].

• Palais Neupauer-Breuner, Singerstrasse no 16 à Vienne, à l’emplacement de l’ancien


palais des de Souches. [Cliché repris de www.flickr.com].

• La maison dite « maison des seigneurs de Lipá » à Brno que Jean Louis Ratuit de Souches
acheta en 1646. L’état du début du XXe siècle. [Reproduction d’après František Zapletal,
Družstevní dům v Brně. Bývalý palác pánů z Lipé, Brno, 1939].

• La Vierge-Marie de l’église Saint-Thomas à Brno (la Madone noire), protectrice de la


ville. L’icône du XIVe siècle. [Reproduction d’après Bohumír Němčík, Švédové před
Brnem 1645, Brno, 1995.]

• Eglise Sainte-Marie à Hluboké Mašůvky abritant la statuette de la Vierge-Marie de Foy


[cliché P. Klapka].

• Statuette de Notre-Dame de Foy que Jean Louis Ratuit de Souches avait offerte au
sanctuaire de Hluboké Mašůvky. [Reproduction d’après Der Marienwallfahrtsort
Hluboké Mašůvky 1680-2005, Brno, 2005.]

• Etude de la statue devant décorer le monument funéraire de Jean Louis Ratuit de Souches.
[MZA Brno, C2, Tribunál-pozůstalosti, S 19p ; cliché P. Klapka].

12
• Propositions de décoration du monument funéraire de Jean Louis Ratuit de Souches.
[MZA Brno, C2, Tribunál-pozůstalosti, S 19p ; clichés P. Klapka].

• Proposition de l’inscription pour l’épitaphe de Jean Louis Ratuit de Souches. Cette


version fut enfin retenue par la commission chargée de veiller sur l’érection du
monument. [MZA Brno, C 2, Tribunál-pozůstalosti, S 19p ; cliché P. Klapka].

• Etude pour le monument funéraire de Jean Louis Ratuit de Souches. [AM Brno, V3,
Sbírka rukopisů Mitrovského knihovny, A 1.13.15 ; cliché P. Klapka].

• Monument funéraire de Jean Louis Ratuit de Souches de 1722 à l’église Saint-Jacques à


Brno [cliché P. Klapka].

• Monument à la mémoire de Jean Louis Ratuit de Souches au pied de la forteresse de


Špilberk. [cliché P. Klapka]

• Extrait d’une lettre autographe de Jean Louis Ratuit de Souches relatant la bataille de
Lewenz (Levice) en Haute-Hongrie en 1664. [MZA Brno, G 140, RA Ditrichštejn, carton
206, no 604 ; cliché P. Klapka].

• Signature de Jean Louis Ratuit de Souches. [MZA Brno, G 140, RA Ditrichštejn, carton
206, no 604 ; cliché P. Klapka].

• La forme modifiée du blason de Brno que la ville fut autorisée à utiliser par l’Empereur
Ferdinand III à partir de 1646 en signe de reconnaissance de la résistance héroïque lors du
siège suédois en 1645. [Reproduction d’après Bertold Bretholz, Der Vertheidigungskampf
der Stadt Brünn gegen die Schweden 1645, Brünn, 1895].

• Diplôme par lequel l’Empereur Ferdinand III confirma l’élévation de Jean Louis Ratuit de
Souches dans les rangs de la haute noblesse, 1650, parchemin, première page [MZA Brno,
G 155, RA Ugarte, carton 30, no 556, cliché P. Klapka]

• Relatione dell’assedio di Bruna e della fortezza di Spilberg, Vienne, 1672, page du titre
[MZK Brno, cliché P. Klapka]

• Lebens beschreibung des Graffen von Souche (=description de la vie du comte de


Souches), biographie du général, première page [MZA Brno, G 140, RA Ditrichštejn, no
343, cote 182, carton 123, en allemand, cliché P. Klapka].

• Siège de Brno en 1645. Toile de Hieronymus Benno Bayer et de Hans Jörg Zeiser. Vue
sur la ville du Sud-Est (en haut) et détail d’une batterie suédoise en position de tir (en
bas.) [Reproduction d’après Musée de la ville de Brno, Brno na Špilberku. Průvodce
expozicí, Brno, 2002, p. 18, 20.]

13
• Siège de Brno en 1645. Détail de l’ex-voto de la basilique à Mariazell en Autriche.
[Reproduction d’après Jiřina Veselá – Martin Reissner, 15. srpen den Brna, Brno, 2006,
p. 14-15.]

• La place Ratuit à Brno au début du XXe siècle. Une carte postale de l’époque. [Collection
de l’auteur.]

• Une série de xylographies de Helena Bochořáková-Dittrichová inspirées du siège de Brno


de 1645. Eh haut, de gauche à droite, « Jean Louis Ratuit de Souches reçoit
symboliquement les clés de la ville à son arrivée à Brno » ; « Les combats du côté du
monastère Saint-Thomas ». En bas, de gauche à droite, « Le bombardement suédois de la
ville » ; « Prière des bourgeois demandant Dieu pour leur protection». [Reproduction
d’après Helena Bochořáková-Dittrichová, Švédové před Brnem. Kniha dřevorytů, Brno,
1936.]

Cartes

• Insulae divi Martini et Uliars vulgo L’Isle de Ré et d’Oléron, Johannes Janssonius, milieu
du XVIIe siècle. [Cliché Bibliothèque nationale de France, site Gallica.]

• Ile de Ré. Détail d’une carte de Georges-Louis Le Rouge, Carte de l’île de Ré, de l’île
d’Oléron, de l’Aunis et de la Saintonge, Paris, 1757. [Cliché Médiathèque de La
Rochelle.]

• Les pays de la Couronne de Bohême au début du XVIIe siècle composés du Royaume de


Bohême, du Margraviat de Moravie, du Duché de Silésie et du Margraviat de Haute et
Basse Lusace. [Reproduction d’après Olivier Chaline (réd.), Familles nobles, châteaux et
seigneuries en Bohême, XVIe-XIXe siècles, Histoire, economie et société, 3, 2007, p. 6].

• L’Europe à l’époque de la guerre de Trente Ans. [Reproduction d’après Jean Bérenger,


Turenne, Fayard, Paris, 1998.]

• Les principales batailles de la guerre de Trente Ans. [Reproduction d’après Lucien Bély,
Les relations internationales en Europe (XVIIe – XVIIIe siècles), P.U.F., Paris, 1992].

• Opérations militaires dans les pays de la Couronne de Bohême en 1645. [Reproduction


d’après Velké dějiny zemí Koruny české, t. VIII, 1618-1683, Praha-Litomyšl, 2008].

14
• Opérations militaires sur la Vistule en Pologne en 1658. [Reproduction d’après Tadeusz
Nowak, Oblezenie Torunia w roku 1658, Torun, 1936, annexe.]

• Campagne en Poméranie en 1658. [Reproduction d’après Eckardt Opitz, Österreich und


Brandenburg im Schwedisch-Polnischen Krieg 1655-1660. Vorbereitung und
Durchführung der Feldzüge nach Dänemark und Pommern, Boppard am Rhein, 1969
(=Militärgeschichtliche Studien, t. 10), annexe.]

• La Pologne au XVIIe siècle. [D’après Georges Duby, Atlas historique, Larousse, Paris,
1988].

• La Poméranie à la première moitié du XVIIe siècle. [Extrait de la carte de N. Visscher].

• Le système de défense de Hongrie contre l’Empire ottoman après 1580. [Reproduction


d’après Jean Bérenger, La Hongrie des Habsbourg, t. I, de 1526 à 1790, Presses
universitaires de Rennes, 2010, annexe.]

• Le Rhin de la Suisse à la mer du Nord. [D’après John A. Lynn, Les guerres de Louis XIV,
Perrin, Paris, 2010].

• Les Pays-Bas espagnols. [D’après John A. Lynn, Les guerres de Louis XIV, Perrin, Paris,
2010].

• Les opérations sur le Rhin contre la France de Turenne dans les années 1674-1675.
[Reproduction d’après Jean Bérenger, Turenne, Paris, 1998, annexe.]

• Bataille de Seneffe 11 août 1674. [D’après François Bluche (sous la dir.), Dictionnaire
du Grand Siècle, Fayard, Paris, 1990].

• Carte du domaine de Jevišovice du début du XIXe siècle ; en noir et en gris – les forêts, en
beige et blanc – les champs, en vert – les prairies, en rouge – les communications [MZA
Brno, F 54, Velkostatek Jevišovice, no 5077, carton 639 ; cliché P. Klapka].

• Les villes de Hostim, Jevišovice (Iaispitz), Plaveč (Platsch) et Boskovštejn (Boskowstein)


sur le carte de la Moravie de Jan Amos Komenský (Comenius) de 1680 d’après une
gravure de 1627. [Cliché Petr Klapka]

• Possessions des Souches en Moravie du Sud.

15
Généalogies

• Généalogie des Ratuit de Souches

Documents

• « Lebens beschreibung des Graffen von Souche »

• Inscription sur l’épitaphe de Jean Louis Ratuit de Souches à l’église Saint-Jacques à


Brno

• Schweden Schall und Brünner Widerhall

• L’hiérarchie de service dans l’armée impériale au XVIIe siècle

• Chronologie relative à Jean Louis Ratuit de Souches

16
PREFACE

17
Les études systématiques des questions liées à l’arrivée de la noblesse
étrangère dans les pays de la Couronne de Bohême et à ses conséquences,
représentèrent, pour diverses raisons, un sujet longtemps nié par les historiens
tchèques. Hormis quelques analyses partielles, on ne dispose pas de travaux, sur
lesquels on pourrait s’appuyer.
Les événements après la défaite, en 1620, des états insurgés lors de la bataille
de la Montagne blanche près de Prague furent longtemps présentés comme une
catastrophe nationale, une sorte de cataclysme de la société tchèque. Cette période
« de ténèbres », appelée ainsi à l’instar d’un roman d’un écrivain nationaliste
tchèque du XIXe siècle, Alois Jirásek,1 fut considérée comme une période de déclin
où le pays fut d’un côté germanisé sans pitié par les nouveaux seigneurs venant de
l’étranger et « massé » systématiquement par les Jésuites de l’autre. Dans cette
optique, la « nouvelle noblesse », responsable de tous les maux de l’époque,
incarnait un sujet soit à éviter, soit à traiter, mais avec beaucoup d’amertume, si
possible. Les conséquences de cette conception restent en partie perceptibles encore
aujourd’hui.
Précisons ici simplement, que parmi ces « nouveaux venus », la majorité
appartenait, certes, à la noblesse germanophone. Or, ces familles ne furent pas les
seules à chercher la carrière ou la fortune au service de l’Empereur. Nous y vîmes
également de nombreux Espagnols, Irlandais et Ecossais, des nobles originaires des
Pays-Bas espagnols ou encore des lignées francophones.
Ces dernières provenaient d’une large zone géographique comprenant la
Bourgogne, la Provence, l’Artois, le Hainaut français dont la ville de Cambrai, la
Lorraine pour en terminer par la Savoie. En effet, ce genre du phénomène
migratoire eut des contours assez étendus et se limiter aux seuls Français

1
Alois Jirásek, Temno: historický obraz, Prague, 1950.

18
impliquerait de ne pas prendre en considération le fait que la langue et la culture
comptaient davantage que l’origine. Mais il n’existe aucune synthèse ni d’étude
analytique sur cette forme de migration dont bien des aspects restent encore
négligés et tout simplement à étudier.
L’objectif du présent travail fut de présenter un destin particulier d’un noble
établi dans les pays de la Couronne de Bohême – dans le Margraviat de Moravie en
l’occurrence – celui de Jean Louis Ratuit de Souches (1608-1682). Né à La
Rochelle, dans un milieu de la petite noblesse huguenote, il sut défier son destin,
« sortir de l’ombre » en quelque sorte, et bâtir sa carrière au service des Habsbourg.
Il fut le représentant d’un des rares lignages francophones qui réussirent à
s’établir durablement dans les pays tchèques. Son existence pratiquement ignorée
aujourd’hui, nous poussait à en découvrir plus. En effet, la famille de Souches
laissa derrière elle des archives familiales presque inexploitées aujourd’hui.
Pourtant, elles contiennent des documents d’une richesse et d’une portée inégalée.
C’est là un des paradoxes concernant Jean Louis, un parmi tant d’autres.
Afin de réussir son intégration dans son nouveau milieu, Jean Louis Ratuit de
Souches se convertit et pour prouver la profondeur de sa foi, il alla même jusqu’à la
fondation d’un lieu de pèlerinage sur ses domaines moraves. Soldat, il se battit
successivement pour défendre la cause du protestantisme, d’abord à La Rochelle,
sa ville natale, contre les troupes de Louis XIII, ensuite dans l’armée suédoise
contre les Impériaux. Il devint général de Ferdinand III, puis de Léopold Ier, en se
servant de ses connaissances de la tactique adverse pour lutter contre les Suédois et
les Français, un peu plus tard. Parti d’un milieu modeste, il finit par être reconnu
comme un des plus grands chefs militaires de l’époque et accumula une fortune
considérable. Pourtant, aujourd’hui, son nom ainsi que celui de sa famille qu’il
réussit à transplanter dans les pays tchèques, est tombé quasiment à l’oubli.

19
Lors de nos recherches, dès que ce fut possible, nous eurent recours à des
sources d’archives ou à des témoignages directs des contemporains de Jean Louis.
Pour cela, les papiers familiaux conservés dans les Archives du pays morave à
Brno nous rendirent de précieux services. Nous utilisâmes également d’autres
documents entreposés, quant à eux, dans de nombreuses archives et bibliothèques
tchèques, françaises et autrichiennes.
Contemporain des grandes personnalités militaires de l’époque, telles que le
Grand Condé, Raimondo Montecuccoli, Gustave-Adolphe ou encore Turenne,
connues davantage, Jean Louis Ratuit de Souches accomplit, lui aussi, des exploits
dignes d’être relatés. Les années passées au service des Habsbourg marquant,
certes, le point culminant de la carrière de Souches, nous ne pûmes cependant pas
laisser inaperçues les périodes précédentes ni celles qui suivirent son départ de
l’armée. Nous nous intéressâmes également à l’homme.
Dans le présent travail, nous avons tenu compte de plusieurs facteurs qui
influencèrent la forme finale de notre texte. Afin de pouvoir mieux comprendre le
contexte temporel du flux migratoire nobiliaire francophone vers les pays de la
Couronne de Bohême dans les années 1618-1740, à l’époque baroque – y compris
celui de l’arrivée et de l’installation de Jean Louis Ratuit de Souches – nous avons
jugé utile d’introduire d’abord un bref aperçu historique sur le territoire en question
pendant la période étudiée. Considérant les particularités du milieu aristocratique
des pays tchèques, nous poursuivîmes par une étude synthétique portant sur
l’évolution de la noblesse locale dès son apparition jusqu’au XVIIe siècle. Ce choix
permettra au lecteur de mieux saisir les enjeux rencontrés par les migrants une fois
s’étant retrouvés dans le nouveau milieu et tentant leur intégration à la société
locale. L’analyse de la production historiographique tchèque portant sur la noblesse
baroque nous a permis ensuite de démontrer l’originalité de notre sujet et de

20
justifier la forme que nous avons utilisée afin de caractériser la migration nobiliaire
francophone.
En effet, dans l’état actuel des choses, une étude synthétique s’avéra dépasser
ce qu’on pouvait réaliser pendant la durée d’une thèse. Nous nous vîmes alors de
proposer plutôt une image irrégulière composée à partir des aperçus partiels plutôt
que d’esquisser un tableau uniforme proposant une vue d’ensemble. Certains
critères seront sûrement complétés ou corrigés par les études futures éventuelles
mais nous assumons pleinement notre choix. A la lumière de cette démarche, le
personnage et le destin de Jean Louis Ratuit de Souches apparaissent à la fois
représentatifs d’une catégorie de nobles étrangers (les non-francophones compris)
ayant trouvé leur place au service des Habsbourg, à la fois plutôt singuliers,
échappant aux critères habituels de son époque.
Quant à la partie biographique du présent texte, nous la divisâmes en trois
parties relatant d’abord les origines familiales de Jean Louis Ratuit de Souches et
son destin avant son apparition dans l’armée impériale, en passant par sa carrière
militaire au service de l’Empereur pour nous pencher enfin sur les détails de sa vie
en tant que propriétaire terrien et sur l’héritage qu’il laissa derrière lui.
Au cours de nos recherches, nous avons élaboré un catalogue de fiches
biographiques et bibliographiques portant sur les familles francophones installées
dans les pays de la Couronne de Bohême dans les années 1618-1740. Il se trouve
en Complément de notre texte et permet ainsi une orientation basique dans ce
phénomène migratoire spécifique. Il pourrait également servir de point de départ
pour des éventuelles recherches futures.
Un visiteur de Brno (Brünn en allemand) à la fin du XIXe siècle, désireux de
découvrir les monuments de la métropole morave, pouvait, après avoir admiré le
centre-ville, passer par la place Ratuit (Radwitplatz, Raduitplatz), située au Nord-
Ouest du cœur-historique, et emprunter ensuite la rue Ratuit (Raduitgasse,

21
Ratwitgasse) afin de se retrouver au pied de la colline sur laquelle se dresse
majestueusement la forteresse de Špilberk (Spielberg). Un parcours truffé d’histoire
lors duqeul le promeneur éventuel fut confronté à plusieurs reprises au nom de Jean
Louis Ratuit de Souches.
Aujourd’hui, la rue Ratuit – qui au XIVe siècle portait le nom de
« Kammachergasse » (la rue des fabricants des peignes – de Kamm en allemand) et
un siècle plus tard celui de « Hundsgasse » (rue des chiens) – se retrouve rebaptisée
rue Marešova et l’ancienne place Ratuit figure actuellement sur les plans comme
place Zierotin.2 Plus rien ne semble rappeler une des plus importantes personnalités
de l’histoire de la ville. Et pourtant, depuis 1995, les habitants de Brno
commémorent annuellement par les défilés et autres festivités le comportement
héroïque d’une poignée de défenseurs hardis contre les assiégeants suédois de
1645. Evénement auquel Jean louis Ratuit de Souches prit activement part.
Si de nombreux habitants de la métropole morave ont une idée au moins
vague sur ce général d’origine française, pour la plupart des Tchèques l’existence
du général reste ignorée. Nous parlons de notre propre expérience lors de nos
recherches. La guerre de Trente Ans évoque, certes, quelques souvenirs de l’école,
mais souvent plus que fragmentaires. On peut citer la bataille à la Montagne
blanche (1620) mais pas celle de Jankau (1645), on évoque le siège de Prague par
les Suédois en 1648 pais pas celui de Brno par la même armée en 1645 et on
connaît le nom du général Wallenstein mais pas du tout celui de Léopold
Guillaume ou encore moins celui de Souches.
Le jeu du hasard ? Peut-être. Mais lorsque l’on se met à s’intéresser de plus
près à la personnalité du général, on a parfois l’impression comme si une série

2
František Mareš fut un pédagogue de Brno et directeur de plusieurs écoles de la ville. Quant au comte Charles de
Zierotin, il s’agit de la plus respectée personnalité de la Moravie du XVIe siècle. Milena Flodrová, Brněnské ulice a
vývoj jejich názvů od 13. století po dnešek, Brno, 1997, voir articles correspondants. A comparer à
http://encyklopedie.brna.cz.

22
d’omissions ne serait pas dûe uniquement aux manquements ou à l’oubli
involontaire.
A commencer par la réaction de certains auteurs français de courts
médaillons biographiques du général de l’avant dernier siècle. « …nous devons
regretter de le [de Souches] trouver, en 1674, après qu’il eut remplacé
Montecuccoli dans le commandement des troupes impériales, combattant contre les
Français, arrêtant, par son intrépidité et l’habileté de ses manœuvres, la marche
triomphante de Condé, lui faisant perdre, devant Le Flay, la plus grande partie
des avantages de sa victoire de Seneff et, peu de temps après, devant Oudenarde,
sauvant, par une habile retraite, l’armée alliée de la défaite assurée que Condé lui
préparait… » écrivit en 1861 J.-B. Jourdan.3
Ce texte suscita de vives critiques de ses collègues tels que M.E. Hivert
quelques années plus tard : «…Doit-on attribuer le silence qui s’est fait autour du
nom de Ratuit à l’éloignement du pays où il a combattu, au rôle qu’il jouait de
général français de naissance se battant contre des Français ? …Mais que ceux qui
reprocheraient à Ratuit d’avoir servi contre sa patrie n’oublient pas que la France
d’alors n’était souvent qu’une mère injuste, exilant ou dragonnant ses fils sous
prétexte de religion, et que Condé, lui-même, prêta aux Espagnols l’aide de son
épée ! ».4
Comment saisir la personnalité de Jean Louis Ratuit de Souches ? Doit-on
parler de ce Français qui avait « trahi » son pays en croisant son épée avec Turenne
en 1674 ? Et si oui, de quelle façon ? Est-ce bien les mérites militaires qu’il faudrait
mettre en avant ou, au contraire, son manque du patriotisme ? Autant de questions
qui partagèrent les avis des historiens à l’époque évoquée. Toujours est-il que les
textes cités plus hauts furent les dernières lignes retraçant le destin du général.

3
J.-B.-E. Jourdan, Ephémérides historiques de la Rochelle, t. I, La Rochelle, 1861, p. 291.
4
M.E. Hivert, « Ratuit, comte de Souches, né à La Rochelle », Revue de l’Aunis, 2è volume, 15 avril 1865, p. 353.

23
Depuis, la personne de Jean Louis Ratuit de Souches tomba en France dans l’oubli
et cela même dans sa région natale.
Mais les textes contemporains, eux aussi, réservent parfois des surprises. Que
penser, par exemple, de l’édition moderne en français des mémoires d’un Anglais,
contemporain de Souches, Samuel Pepys ? Dans la version originale de son texte,
nous pouvons lire les mots de surprise et de l’étonnement de leur auteur devant la
nouvelle relatant la victoire du général de Souches près de Levice (Lewenz), en
Haute-Hongrie, en 1664 contre les Turcs.5 Or, dans la version française, on
chercherait en vain cette information !6
Et nous ne sommes pas obligés de rester dans le domaine de la production
littéraire francophone. Les deux grandes encyclopédies biographiques allemandes
de référence, Biographisches Wörterbuch zur deutschen Geschichte ainsi que
Deutsche biographische Enzyklopädie ne consacrèrent pas un mot au général qui
pourtant passa la plupart de sa carrière militaire au service de l’Empereur.7 En
revanche, plusieurs colonnes dans ces dictionnaires étalent la vie d’un autre général
des Impériaux et rival de toujours du général de Souches, celle de Raimondo
Montecuccoli. Ce dernier fut, certes, plus célèbre à l’époque mais les deux hommes
furent souvent obligés à mener les opérations ensemble.
A l’instar de ces deux derniers ouvrages cités, la vie et les exploits de Jean
Louis Ratuit de Souches connaissent aujourd’hui, à quelques exceptions de près, le
silence total également du côté de la plupart des historiens tchèques. Il en résulte
un oubli relativement profond de cette personnalité qui avait pourtant marqué
l’histoire – non seulement morave – du XVIIe siècle. Faire sortir de l’oubli le destin

5
Voir plus tard dans le présent travail.
6
Journal de Samuel Pepys, traduction Renée Villoteau, préface Jean-Louis Curtis, Mercure de France, collection Le
Temps retrouvé, Paris, 2007.
7
Biographisches Wörterbuch zur deutschen Geschichte, München, 1974-1975 ; Deutsche biographische
Enzyklopädie, München, 1999.

24
du général de Souches, ce noble rochelais établi en Moravie du Sud, tel fut objectif
ultime de notre travail.

25
INTRODUCTION

Les contours des pays de la Couronne de Bohême à l’époque


baroque

26
I. Territoire, nations, aperçu historique

« […]On donne communément dans les cartes, le nom de Bohême, non-


seulement à ce royaume en particulier, mais encore en general aux païs qui en
dépendent, & qui font ensemble la partie la plus spacieuse de l’Allemagne[…] La
Pologne la borne à l’Orient : la Hongrie & l’Autriche au Midi : le Palatinat de
Bavière au Sud-Oüest : & la haute Saxe au Nord-Oüest […] L’air y est
generalement mal sain, & sujet à la peste ; quoi qu’il soit fort froid. Son terroir est
fertile en froment, en pâturage & en safran ; mais le raisin n’y croît pas, ou du
moins ne vient pas à la maturité. Ses montagnes qui sont en grand nombre, ont des
mines d’or, d’argent, de cuivre & de plomb. Ses rivières sont fort poissonneuses, &
l’on y trouve de quoi contenter tout le monde […] On comprend sous le nom de
Bohême le Royaume particulier de Bohême, le Marquisat de Moravie, & le Duché
de Silésie […] Quoi que ce Royaume ait toûjours été électif, la Maison d’Autriche
s’est rendu tous ces païs heréditaires au commencement de ce siècle, & les possède
tous aujourd’hui, excepté quelques Terres les plus septentrionales de la Silésie, qui
appartiennent […] à l’Electeur de Brandebourg. La Religion catholique y est la
plus suivie. Cependant l’on y trouve encore des Hussites, des Anabaptistes, des
Lutheriens & quelques Calvinistes […] »8

Ce fut avec ces mots, en ajoutant parfois à son récit des détails pimentés et
quelque peu sarcastiques que le Français Jacques Robbe (1643-1721), ingénieur,

8
Jacques Robbe, Méthode pour apprendre facilement la géographie, contenant un abbregé de la Sphère, la division
de la Terre en ses Continents, Empires, Royaumes, Etats, Républiques, Provinces, etc. […], t. I, 4e édition, Paris,
1695, p. 247-249.

27
géographe du Roi et écrivain à son temps livra aux lecteurs une description du
royaume de Bohême de la deuxième moitié du XVIIe siècle. Son ouvrage dont ils
sont extraits, paru originairement en 1678 et destiné avant tout à un large public
non-érudit qui ne voyageait jamais, connut un vif succès et se vit réediter à
plusieurs reprises jusqu’au début du siècle suivant.9 Il offrait toutes sortes
d’informations à caractère ethnologique, géographique et historique sur les
territoires connus à l’époque et représente aujourd’hui un témoignage singulier
nous permettant de connaître les informations dont disposaient les Français ou les
lecteurs francophones sur les autres pays et sur les pays tchèques d’antan en
particulier. Quel défi alors à relever pour tenter d’esquisser de façon moderne
l’évolution de ces derniers au cours des XVIIe-XVIIIe siècles !
L’actuelle République tchèque est en partie l’héritière d’une entité jadis plus
vaste et appelée alors Pays de la Couronne de Bohême, ou de Saint-Venceslas, ce
dernier étant communément reconnu et vénéré depuis le dixième siècle déjà comme
le patron suprême du territoire en question et à ce titre également comme le
protecteur des dynasties y régnant.10 Cet ensemble était composé de quatre parties
différentes : le royaume de Bohême proprement dit (Böhmen en allemand) avec
Prague comme centre naturel et capitale de l’ensemble des pays de la Couronne de
Saint-Venceslas, le margraviat de Moravie (Mähren en allemand) plus à l’est
concentré autour des villes d’Olomouc et Brno (Olmütz et Brünn) qui
représentaient, quant à elles, les pôles de la vie publique morave, le duché de
Silésie (Schlesien en allemand), au nord-est, formé par une mosaïque variée de

9
La version intégrale de la description des pays tchèques se trouve Ibidem, p. 247-257. Sur la personnalité de
Jacques Robbe et sur le contexte historique de son œuvre voir Jaroslava Kašparová, « Francouzské zeměpisné
příručky a geografická kompendia druhé poloviny 17. století a obraz českých zemí v nich podaný », Knihy a dějiny,
année 9/10, 2002-2003, p. 90-120, ici notamment p. 100-101 et la traduction tchèque du texte en question aux pp.
107-109.
10
Sur le rituel de la communication symbolique entre Saint-Venceslas et les nouveaux rois lors des cérémonies de
couronnement écrivit dernièrement Zdeněk Vybíral, Politická komunikace aristokratické společnosti českých zemí na
počátku novověku, Monographia historica. Editio Universitatis Bohemiae Meridionalis, vol. 6, České Budějovice,
2005, p. 97-110.

28
terres contrôlées d’une part directement par le roi - ou indirectement, soit par
l’intermédiaire d’un vice-gouverneur (Landeshauptmann, signifiant littéralement
« capitaine du pays ») qui fut généralement l’évêque de Breslau (Wrocław en
version polonaise actuelle) secondé par les gouverneurs soit par attribution de
quelques duchés comme fiefs aux familles fidèles à la dynastie, d’autre part par les
familles nobles locales, enfin les margraviats de la Haute et la Basse-Lusace
(Lausitz en allemand) au nord.11
La position géographique de ce territoire au centre de l’Europe fit de lui au
fil du temps une zone privilégiée d’enjeu politique, stratégique, religieux et
économique, souvent convoitée et menacée. Quant à ses voisins, sa frontière au sud
donnait directement sur la Haute et Basse-Autriche, une ligne de montagnes au sud-
ouest et à l’ouest le séparait de la Bavière et du Haut-Palatinat, ce dernier ayant été
rattaché en 1648 aux possessions de l’Electeur de Bavière, une autre chaîne
montagnarde au nord-ouest le délimitait par rapport à la Saxe, les deux Lusaces
ouvraient la voie vers le Brandebourg, le duché de Silésie facilitait le contact avec
le royaume de Pologne et les limites orientales l’isolaient de la Haute-Hongrie
(Slovaquie actuelle).
Les pays de la Couronne de Bohême appartenaient au Saint Empire romain
germanique, dans lequel ils avaient un statut à part, d’où l’absence de leurs
représentants à la diète.12 Cependant, depuis la Bulle d’Or de l’empereur Charles

11
L’organisation territoriale et le fonctionnement d’apparat administratif des pays tchèques furent décrits et analysés
dans un ouvrage de Zdeňka Hledíková - Jan Janák – Jan Dobeš, Dějiny správy v českých zemích od počátků státu po
současnost, Prague, 2005. Ici, pour la période qui nous intéresse, voir chapitre 7 « Období od Bílé hory do nástupu
Marie Terezie (1620-1740) » /=De la Montagne blanche à l’avénement de Marie Thérèse/, p. 118-135. Voir
également Ondřej Felcman, «Souvislosti územních a státoprávních proměn českého státu od pozdního středověku do
vzniku rakouského císařství», Acta historica et museologica Universitatis Silesianae Opaviensis, Řada C, 7, 2007, p.
39-50. La situation complexe en Silésie fut décrite récemment par Tomáš Knoz, Pobělohorské konfiskace. Moravský
průběh, středoevropské souvislosti, obecné aspekty (=Les confiscations après la Montagne blanche. Déroulement
morave, contexte européen, aspects généraux), Brno, 2006, p. 419-422 avec une bibliographie abondante en la
matière.
12
A ce propos voir la monographie d’Alexander Begert, Böhmen, die böhmische Kur und das Reich vom
Hochmittelalter bis zum Ende des Alten Reiches. Studien zur Kurwürde und zur staatsrechtlichen Stellung Böhmens,
Husum, 2003. Une description du Saint Empire fut donnée par exemple par Lucien Bély – Jean Bérenger – André

29
IV de Luxembourg publiée en 1356, le roi de Bohême qui à ce titre administrait
également les pays adjacents cités plus haut, était le premier des Electeurs laïcs de
l’Empire13 et avec près de 4 millions d’habitants en 1618 dont plus de 2 millions de
Tchèques vivant en Bohême et en Moravie, les pays tchèques étaient un élément
essentiel du Saint Empire.14
A partir de 1526 et de l’élection de Ferdinand Ier comme roi de Bohême, le
royaume fut une composante majeure de la monarchie des Habsbourg15 et cela
malgré les pertes territoriales résultant des conflits sanglants qui ravagèrent

Corvisier, Guerre et paix dans l’Europe du XVIIe siècle, Paris, 1991, p. 72-109. Le bilan de la perception du Saint
Empire romain germanique par l’historiographie tchèque fut dressé par Jaroslav Pánek, « Břemeno politiky. Raně
novověká Svatá říše římská v proměnách moderní české historiografie», in: Jan Klápště – Eva Plešková – Josef
Žemlička (réd.), Dějiny ve věku nejistot. Sborník k příležitosti 70. narozenin Dušana Třeštíka, Prague, 2003, p. 187-
200.
13
Václav Vaněček, Dějiny státu a práva v Československu do roku 1945, Prague, 1970, p. 232-233. Sur les
circonstances de la publication de la Bulle d’Or Jiří Spěváček, Karel IV. Život a dílo (1316-1378), Prague, 1980, p.
238-247. Le texte du document fut publié par Karl Zeumer (éd.), Die Goldene Bulle Kaiser Karls IV. Quellen und
Studien zur Verfassungsgeschichte des Deutchen Reiches in Mittelalter und Neuzeit, II/2, Weimar, 1908.
14
Otto Placht, Lidnatost a společenská skladba českého státu v 16. až 18. století, Prague, 1957, p. 39.
15
Entre 1618 et 1750, sept membres de cette famille se succédèrent sur le trône tchèque : Mathias (1611-1619),
empereur (1612-1619) ; Ferdinand II de Styrie (1619-1637), empereur (1619-1637) ; Ferdinand III (1637-1657),
empereur dans la même période ; Léopold Ier (1657-1705), empereur (1658-1705) ; Joseph Ier (1705-1711), empereur
dans la même période ; Charles II (1711-1740), couronné empereur comme Charles VI (1711-1740) ; Marie-Thérèse
(1743-1780) à qui le titre de l’impératrice fut attribué comme étant la femme de François-Etienne de Lorraine,
empereur (1745-1765). Il ne faut pas oublier Ferdinand IV, désigné comme successeur de Ferdinand III, couronné roi
de Bohême du vivant de son père en 1646 mais mort prématurément en 1654 et deux brefs intermèdes, celui de
l’électeur palatin Frédéric V (roi de 1619 à 1620) et celui de l’électeur de Bavière Charles-Albert, roi (1741-1743)
qui fut également élu empereur du Saint-Empire (1742-1745). Voir les articles correspondant dans Brigitte Hamann,
Die Habsburger. Ein biographisches Lexikon, Wien 1988 où se trouve également une bibliographie abondante. Nous
utilisons ici la traduction tchèque Brigitte Hamannová, Habsburkové. Životopisná encyklopedie, Prague 2001
complétée par les passages concernant les Habsbourg comme rois de Bohême. Pour avoir un regard synthétisant sur
l’histoire des pays tchèques durant la période en question, il faut se référer aux oeuvres de Antonín Rezek, Děje Čech
a Moravy za Ferdinanda III. až do konce třicetileté války (1637-1648), Prague, 1890; du même auteur, Dějiny Čech
a Moravy nové doby, I. Od míru vestfálského až do smrti císaře Ferdinanda III. (1648-1657), Prague, 1892, II.
Vladaření císaře a krále Leopolda I., livre 1, Prague, 1893; Československá vlastivěda II, Dějiny 1 (do roku 1781),
Prague, 1963 (ouvrage collectif); Josef Válka, Česká společnost v 15.-18. století, II. Doba bělohorská. Společnost a
kultura „manýrismu“, Prague, 1983; du même auteur, Dějiny Moravy, II, Morava reformace, renesance a baroka,
Brno, 1995; Josef Petráň (sous la dir. de), Dějiny Československa I. Do roku 1648, Prague, 1990; Robert Kvaček
(sous la dir. de), Dějiny Československa II (1648-1918), Prague, 1990; Jaroslav Marek (sous la dir. de), České a
československé dějiny I. Od počátku do roku 1790, Prague, 1991; plus récement Ivana Čornejová - Jiří Kaše – Jiří
Mikulec – Vít Vlnas, Velké dějiny zemí Koruny české, VIII, 1618-1683, Prague-Litomyšl, 2008; Pavel Bělina – Jiří
Kaše – Jan P. Kučera, Velké dějiny zemí Koruny české, X, 1740-1792, Prague-Litomyšl, 2001. Pour les intéressés
francophones, il faut au moins ajouter à cela les travaux de Jean Bérenger, Finances et absolutisme autrichien dans
la seconde moitié du XVIIe siècle, Lille-Paris, 1975 ; du même auteur, Histoire de l’empire des Habsbourg 1273-
1918, Paris, 1990 ; du même auteur, Léopold Ier (1640-1705). Fondateur de la puissance autrichienne, Paris, 2004.
L’édification des pays tchèques comme base du patrimoine des Habsbourg fut analysée par Josef Janáček, České
dějiny. Doba předbělohorská 1526-1547, I/1, Prague, 1968; I/2, Prague, 1984.

30
l’Europe centrale au cours des siècles à venir.16 Ainsi, les deux Lusaces, peuplées
de Sorabes d’origine slave et conquises au XIVe siècle, furent occupées en 1620 par
l’armée de l’Electeur de Saxe Jean-Georges Ier pour prix de son intervention contre
l’Electeur palatin Frédéric V, le fameux Winterkönig, le roi d’un hiver de 1619-
1620, pour lui être ensuite définitivement attribuées par la paix de Prague en
1635.17 Quant à la Silésie, appartenant aux pays de la Couronne de Bohême depuis
le XIVe siècle et dont la population était pour la plupart germanique, elle fut
envahie, en décembre 1740, par le roi Frédéric II de Prusse.18
Dans la Bohême et Moravie du début du XVIIe siècle, on comptait deux
nationalités coexistant dans un voisinage relativement bien délimité : les Tchèques,
majoritaires et les Allemands, vivant pour la plupart dans les villes et peuplant
également les régions frontalières.19 Néanmoins, la situation ethnographique n’était
pas tout à fait simple. On l’a vu dans le cas de la Silésie et des Lusaces mais la
Moravie de l’Est peut, elle aussi, servir d’exemple. Ses limites avec la Hongrie

16
Pour les détails sur les transformations des pays tchèques dans le contexte de la politique internationale voir
Ondřej Felcman, « Souvislosti územních a státoprávních proměn českého státu od pozdního středověku do vzniku
rakouského císařství », in : Acta historica et museologica Universitatis Silesianae Opaviensis, 7, 2007, p. 39-50.
17
Robert John Weston Evans, The Making of the Habsburg Monarchy 1550-1700, Oxford, 1998 (1ère édition 1979).
Nous utilisons ici la version tchèque du même texte Vznik habsburské monarchie 1550-1700, Prague, 2003, p. 233.
Voir également R. Lehmann, Geschichte der Niederlausitz, Berlin, 1963.
18
Ce dernier profita de l’affaiblissement de la monarchie au début du règne personnel de Marie-Thérèse et après
avoir en vain fait des propositions alléchantes d’alliance militaire, de récompense financière ou même de sa voix de
Grand Electeur lors de l’élection éventuelle de François- Etienne de Lorraine au trône impérial en échange du
territoire convoité, ce que la jeune archiduchesse refusa avec insistance, il recourut à la force militaire tout en
justifiant sa décision par les prétentions dynastiques douteuses. La première guerre silésienne provoquée ainsi se
termina en 1742 par un accord préliminaire de Breslau et la signature de la paix à Berlin par lesquels Marie-Thérèse
dut reconnaître officiellement la perte de ce duché riche en matières premières, avec une économie développée et
peuplé de plus d’un million d’habitants. Ce fut une saignée économique importante dans la mesure où il s’agissait du
pôle de développement des manufactures, à cause de la pénétration du capital anglais par Hambourg et l’Elbe. Le
gouvernement se vit alors à chercher un substitut à cette région prospère et le trouva en Bohême et en Moravie qui,
par osmose géographique, étaient bien placées pour jouer ce rôle. Grâce à un effort conjugué des autorités étatiques
et des riches particuliers, notamment les nobles d’un côté et à une politique rigoureuse de contrôle de la qualité des
produits de l’autre, le textile tchèque rejoignit le niveau de la Silésie dans les années 1750 et put désormais la
concurrencer sur les marchés étrangers. Aleš Skřivan, Evropská politika 1648-1914, Prague, 1999, p. 90-102. A
comparer à Dan Gawrecki, Dějiny českého Slezska 1740-2000, Opava, 2003. Au sujet des guerres de Succession
d’Autriche voir par exemple Jaroslav Goll, Války o země Koruny české 1740-1742, Prague, 1919 ; Franz Herre,
Marie Terezie, Prague, 1996 ; Victor Tapié, Evropa Marie Terezie, Prague, 1997 et également Eduard Maur,
12.5.1743. Marie Terezie: korunovace na usmířenou, Prague, 2003. Sur l’impact économique de la perte de cette
région voir Arnošt Klíma, Manufakturní období v Čechách, Praha, 1955, p. 269-282.
19
Alois Míka, «Národnostní poměry v českých zemích před třicetiletou válkou», ČsČH 20, 1972, p. 207-233.

31
passaient par un territoire occupé par les Valaques, peuple semi-nomade habitant
les régions montagneuses limitrophes, fier de ses traditions et de son mode de vie
indépendant.20 Attestés en Moravie dès la fin du XVe siècle, ils jouèrent même,
grâce à une bonne connaissance du terrain, un rôle important aux côtés des
adversaires de l’empereur lors des opérations militaires de la guerre de Trente
Ans.21
Si la structure ethnique des pays tchèques était relativement bien lisible, il
n’en allait pas de même pour les questions religieuses car la division traditionnelle
entre catholiques et protestants cachait en vérité beaucoup plus de nuances que ce
que l’on pourrait saisir au premier abord. En effet, depuis les guerres hussites du
XVe siècle, plusieurs courants religieux coexistaient dans le pays.22 Les utraquistes,
reconnaissant la communion sous les deux espèces (sub utraque), disciples
modérés du réformateur Jean Hus, se virent accorder la toute légalité de leur
existence par les catholiques lors de la diète de 1485. L’Eglise utraquiste, dite
« calixtine », sans grands moyens refusait une rupture ouverte avec Rome et restait
par conséquent attachée à la consécration de son clergé par les évêques, eux-mêmes
investis par le pape, la consécration souvent due à la concussion. C’est de cette
dégradation que naquit, en 1457 au nord-est de la Bohême, une autre héritière de
mouvement hussite, l’Unité des Frères. A l’origine une petite communauté,
rapidement une secte, puis une Eglise, elle se nourrissait de plusieurs courants – des

20
Originaires de la Roumanie actuelle, les Valaques quittèrent dès le XIIIe siècle en plusieurs vagues le pays de leurs
ancêtres en colonisant d’abord la Bucovine et la Ruthénie pour avancer ensuite par la Galicie et la Haute-Hongrie
vers l’Ouest. Eduard Maur (réd.), Dějiny obyvatelstva českých zemí, Prague, 1998, p. 96.
21
František Dostál, Valašská povstání za třicetileté války, 1621-1644, Prague, 1956. Le même sujet inseré dans le
contexte européen fut traité par Josef Polišenský, Třicetiletá válka a evropské krize XVII. století, Prague, 1970, p.
149-160. Voir aussi Vlasta Fialová, Jan Adam z Víckova, moravský emigrant a vůdce Valachů 1620-1628, Brno,
1935 et plus récemment Radek Fukala, Role Jana Jiřího Krnovského ve stavovských hnutích, Opava, 1997; du même
auteur, Třicetiletá válka. Konflikt, který změnil Evropu, Opava, 2001, p. 51-60; du même auteur, Sen o odplatě.
Dramata třicetileté války, Prague, 2005, p. 123-155.
22
Josef Válka, «Tolerance či koexistence ? K povaze soužití různých náboženských vyznání v českých zemích v 15.
až 17. století», Studia Comeniana et historica 18, 1988, no 35, p. 63-75 ; Jaroslav Kadlec, Přehled českých církevních
dějin, I-II, Prague, 1991; plus récemment Jan Kilián, 11.12. 1617. Zboření kostela v Hrobu. Na cestě k defenestraci,
Prague, 2007, p. 13-50.

32
Picards, le millénarisme, le hussitisme – et cherchait l’idéal de pureté de la vie
évangélique tout en prêchant la vie en autarcie. Cependant, à cause des rangs
grandissants d’adhérents y compris d’un grand nombre de nobles, la réintégration
dans la vie séculière devint inévitable23.
Au début du XVIe siècle, les pays de la Couronne de Bohême commencèrent
à être pénétrés par les idées des Réformes luthérienne puis calviniste ce qui
augmenta encore les clivages religieux. Ainsi, les utraquistes se scindent en vieux-
calixtins, plus conservateurs, toujours enclins à la collaboration avec les
catholiques et les néo-utraquistes, s’inspirant du luthéranisme.24 L’Unité des Frères,
quant à elle, inclina plutôt vers le calvinisme. La plupart des Allemands habitant le
royaume, exclus par les différents utraquistes et quelques minorités tchèques des
régions frontalières devinrent, à leur tour, luthériens zélés. A cela il faut ajouter de
nombreuses sectes protestantes actives sur le territoire, telles que les anabaptistes,
répandus surtout en Moravie et les unitariens25 sans oublier bien évidemment de
nombreuses communautés juives vivant partiellement en autarcie dans les ghettos
dont celui de Prague fut le plus important.26 Cette multitude de confessions

23
Rudolf Říčan, Dějiny jednoty bratrské, Prague, 1957; du même auteur, «Jednota bratrská na Moravě», Z kralické
tvrze 1, 1967, p. 8-12.
24
Ferdinand Hrejsa, «Luterství, kalvinismus a podobojí na Moravě před Bílou horou», ČČH 44, 1938, p. 296-326 et
474 - 485 ; František Hrubý, «Luterství a kalvinismus na Moravě před Bílou horou», ČČH 40, 1934, p. 263-309 ;
ČČH 41, 1935, p. 1-49 et 237-268 ; du même auteur, «Luterství a novoutrakvismus v českých zemích v 16. a 17.
století», ČČH 45, 1939, p. 31-44.
25
Selon un témoignage quelque peu sarcastique de l’époque, il existait vingt cinq sectes différentes en Moravie,
parmi lesquelles sont nommés les adamites, manifestariens, démonites, concubites et autres. Voir Anton Meshovius,
Historiae anabaptisticae libri VII, Köln, 1617, p. 113-116. Cité par Robert John Weston Evans, Vznik habsburské
monarchie, p. 24. Sur les anabaptistes voir par exemple Jaroslav Pánek, «Moravští novokřtěnci. Společenské a
politické postavení předbělohorských heretiků, sociálních reformátorů a pacifistů», ČČH 92, 1994, p. 242-265;
Milan Kovář, «Novokřtěnci na dominiu pánů z Hradce», in: Václav Bůžek (réd.), Poslední páni z Hradce, České
Budějovice, 1998 (=OH 6), p. 387-400; Jiří Pajer, Studie o novokřtěncích, Strážnice, 2006.
26
Présents dans les pays tchèques depuis le XIe siècle, ayant vécu les grands pogromes médiévaux, vulnérabilisés
lors des guerres hussites et souvent chassés des villes royales où ils faisaient concurrence aux commerçants et aux
artisans locaux, les Juifs connurent au XVe siècle le port de signes distinctifs. Après ces périodes de troubles, les
communautés juives reçurent, dès la deuxième moitié du XVIe siècle, l’appui de Maximilien II et notamment celui de
Rodolphe II. Après le transfert du siège impérial de Vienne à Prague par ce dernier, en 1583, elles connurent leur âge
d’or. Certaines familles et richissimes particuliers s’illustrèrent comme financiers auprès de la Cour alors que Prague
devenait un grand centre de la culture hébraïque de la Renaissance. Josef Petráň (sous la dir. de), Dějiny hmotné
kultury II/2. Kultura každodenního života od 16. do 18. století, Prague, 1997, p. 750-769. Voir également, de manière

33
provoqua des tensions et des rivalités latentes entre les catholiques, engagés à
partir du concile de Trente dans la Contre-Réforme, et les protestants qui se
terminèrent par un conflit qui éclata en 1618.
Traditionnellement, la société des pays tchèques se divisait en trois Ordres –
celui des villes royales, celui du clergé et celui de la noblesse, sans parler, bien
évidemment, des paysans. Privilégiés, les Ordres disposaient tous du droit d’être
représentés à la diète du pays tout en gardant un nombre de délégués différent. Or,
cette structure connut au cours du temps des changements profonds.27 Depuis les
guerres hussites, le clergé a perdu sa position dominante et fut écarté de la diète
pour ne retrouver son importance qu’avec l’arrivée de la reconquête catholique du
XVIIe siècle. Les prélats réintégrèrent la diète en 1627.28 Les villes royales,
éternelles rivales de la noblesse, notamment dans le domaine économique, sortirent
renforcées des troubles du XVe siècle, leur pouvoir politique restant néanmoins
limité. Après la défaite de la première vague de l’opposition contre les Habsbourg
en 1547, les villes furent les premières à être châtiées et elles ne s’en remirent
jamais. Une seule voix à la diète qui leur fut octroyée par Ferdinand II en 1627 était
une récompense plus que faible.29 Quant à la noblesse, elle connut au cours du
XVIe et au début du XVIIe siècles, un essor formidable. Scindée définitivement,

plus synthétique, l’ouvrage collectif The Jews of Bohemia and Moravia. A Historical Reader, Detroit, 1992; Bedřich
Nosek – Helena Krejčová, Židé v českých zemích (10. až 20. století), Prague, 1995; Arno Pařík, Úvod do historie
Židů v Čechách a na Moravě, Prague, 1997; Tomáš Pěkný, Historie Židů v Čechách a na Moravě, Prague, 2001;
Alexandr Putík – Olga Sixtová, Dějiny Židů v Čechách a na Moravě. I. Od počátků po emancipaci, Prague, 2005.
27
Sur le système politique des pays tchèques avant 1618 Jaroslav Pánek, «Politický systém předbělohorského
českého státu (1526-1620)», FHB 11, 1987, p. 41-101.
28
Josef Válka, Česká společnost v 15.-18. století, II, p. 75-95. Voir également Alessandro Catalano, «Vos
ecclesiastici sempre diversum (acclamandi desiderio) ab aliis vultis. Le rôle de l’ordre des prélats à la diète de
Bohême après 1627», in: Olivier Chaline (dir.), La Bohême au XVIIe siècle. Le spirituel et le temporel au temps de la
reconquête catholique, (=XVIIe siècle, no 250), 2011, p. 19-30.
29
L’histoire des villes avant l’avènement des Habsbourg fut décrite par Josef Macek, Jagellonský věk v českých
zemích (1471-1526) III. Města, Prague, 1998. De manière plus générale František Hoffmann, Středověké město
v Čechách a na Moravě, Prague, 2009. Pour la période suivante Jaroslav Pánek, «Města v předbělohorském českém
státě», in: Václav Bůžek (réd.), Kultura každodenního života českých a moravských měst v předbělohorské době (=
OH 1), České Budějovice, 1991, p. 9-29. Sur l’opposition de 1547 contre Ferdinand Ier et sur ses conséquences voir
par exemple Josef Janáček, České dějiny. Doba předbělohorská 1526-1547, I/2, Prague, 1984, p. 173-178 et
l’ouvrage collectif Petr Vorel (réd.), Stavovský odboj roku 1547. První krize habsburské monarchie, Pardubice-
Prague, 1999 avec le texte de Jaroslav Pánek, «První krize habsburské monarchie», Ibidem, p. 11-28.

34
depuis la deuxième moitié du XVe siècle, en haute noblesse, appelée « seigneurs »
et en petite noblesse, désignée comme « chevaliers », elle jouait un rôle
prépondérant dans la société tchèque de l’époque. Ce fut elle qui dirigeait le
royaume par l’intermédiaire de l’appareil administratif et qui devint un
interlocuteur privilégié du roi. Ce dualisme se heurta à la conception absolutiste de
gouverner des Habsbourg.30
Les évènements de la guerre de Trente ans furent une véritable catastrophe -
et cela non seulement pour les pays tchèques, bien évidemment - et les
bouleversements qui s’en suivirent transformèrent profondément la société dans
tous les domaines de la vie publique et privée. L’étincelle ayant allumé le conflit et
qui eut son origine dans l’opposition entre Ferdinand de Styrie31 et les Ordres non-
catholiques du royaume de Bohême, est partie alors en 1618 de Prague.32

30
Le plus récemment à ce sujet, avec une bibliographie exhaustive, Zdeněk Vybíral, op.cit. A comparer à Thomas
Brockmann, Dynastie, Kaiseramt und Konfession. Politik und Ordnungsvorstellungen Ferdinands II. Im
Dreißigjährigen Krieg, Paderborn – München – Wien – Zürich, 2011 (=Quellen und Forschungen aus dem Gebiet
der Geschichte, Bd. 25). L’évolution et des multiples transformations qui marquèrent la noblesse des pays tchèques
seront traitées plus tard dans le présent travail.
31
Brigitte Hamannová, op. cit., p. 97-99 avec une liste d’ouvrages en allemand consacrés à ce monarque. Dans le
système des mythes collectifs historiques nationaux du pays, il est sûrement significatif, notamment compte tenu du
contexte de son règne qui fait de lui l‘élément le moins populaire de tous les membres de sa famille ayant portés la
couronne des rois de Bohême, que ce Habsbourg n’ait pas trouvé jusque là son biographe parmi les historiens
tchèques. Un bref aperçu de sa vie fut présenté par Roman Vondra, «Osobnosti české minulosti. Ferdinand II. (1578-
1637)», HO 20, 2009, no 1/2, p. 37-40.
32
En effet, un an avant, en 1617, la question de la succession du vieux roi Matthias fut ouverte. Ni lui ni ses deux
frères n’ayant d’enfants et la branche espagnole des Habsbourg ayant renoncé à la monarchie centre-européenne, la
couronne devait échoir à son cousin Ferdinand qui s’était illustré auparavant par son efficacité dans l’éradication du
protestantisme en Styrie. En dépit d’un premier refus de l’opposition non-catholique, la diète de Bohême accepta
Ferdinand comme le nouveau souverain, en échange de quoi ce dernier reconnut la validité de la Lettre de Majesté de
1609. Ce document que Rodolphe II avait édicté sous la pression des représentants de la noblesse protestante
reconnaissait la tolérance religieuse – sous la forme de l’Eglise utraquiste, en fait protestante et propre à la Bohême -
fragile dans le pays entre les catholiques d’un côté, soutenus par la dynastie et la loi, et les évangéliques de l’autre.
Or, l’atmosphère ne se calma guère et les tensions ne faisaient qu’augmenter, les deux camps cherchant à avoir le
dessus sur leur adversaire. La destruction d’une église protestante en Bohême du nord et la fermeture d’une autre à
l’est du pays servirent de prétexte aux non-catholiques pour se plaindre auprès du souverain de leur situation
insoutenable, se présentant en martyres subissant les excès des catholiques déchaînés. Le roi non seulement ne voulut
pas accepter leurs doléances, mais leur interdit de réunir une prochaine diète lors de laquelle ils envisagèrent de
préparer un plan de leurs actions futures. Ce qui évidemment mit le feu aux poudres. Les plus radicaux des
protestants décidèrent de châtier les représentants royaux qu’ils rendaient coupables de la dégradation de leur sort,
d’avoir enfreint les lois du royaume et empiété sur les libertés accordées. Le 23 mai 1618, une délégation des Etats se
rendit au château de Prague pour exécuter la peine exemplaire, une sorte d’avertissement au pouvoir central : les
deux vice-gouverneurs présents ainsi qu’un secrétaire aulique furent défenestrés. Ils s’en sortirent indemnes, leur
chute étant amortie par la pente du fossé et les catholiques crièrent aussitôt au miracle. Mais la rupture entre le

35
Le nouveau conflit déchira l’Europe.33 La Silésie et les deux Lusaces se
joignirent aux révoltés de la Bohême dès le début des hostilités suivies quelques
temps après par les Moraves, demeurés d’abord dans l’expectative.34 Sur le plan
international, les insurgés ne pouvaient compter sur une aide substantielle. L’Union
protestante de l’Empire, fondée en 1608 et formée par quelques princes
évangéliques sous la conduite de l’Electeur palatin, l’Angleterre et les Pays-Bas fut
très discrète dans sa contribution. Quant-à l’engagement des calvinistes
transylvains de Gabor Béthlen, leur fidélité à la cause commune fut du moins
douteuse. En revanche, l’Empereur finit par trouver l’appui solide du pape, de la

souverain et les Ordres tchèques fut consommée. Une guerre venait de commencer. Jan P. Kučera, «Stavovská
opozice v Čechách a volba Ferdinanda Štýrského českým králem», Studia Comeniana et historica 14, 1984, p. 5-40;
Zdeněk Vybíral, op.cit., p. 92-95. Sur les circonstances de la publication de la Lettre de Majesté voir Josef Janáček,
Rudolf II. a jeho doba, Prague, 1987, p. 429-448 mais aussi par exemple Anton Gindely, Geschichte der Ertheilung
des böhmischen Majestätsbriefes von 1609, Prague, 1858 ; Kamil Krofta, Majestát Rudolfa II., Prague, 1909. La
toute dernière monographie consacrée à ce sujet est celle de Jiří Just, 9.7. 1609. Rudolfův Majestát. Světla a stíny
náboženské svobody, Prague, 2009. A comparer à Jaroslav Pánek, «Majestát z roku 1609 jako téma novodobé české
historiografie», ČČH 108, 2010, no 2, p. 220-243. Au sujet de la destruction des églises protestantes voir la toute
dernière monographie de Jan Kilián, 11.12. 1617. Zboření kostela v Hrobu. Na cestě k defenestraci, Prague, 2007
avec une bibliographie abondante.
33
Il nous paraît inutile ici de citer tous les titres consacrés aux opérations militaires de la guerre de 1618-1648. Leurs
listes se trouvent dans toutes les synthèses historiques traitant la période en question citées plus haut. N’ont été
sélectionnés que quelques travaux tchèques de base ou novateurs, apportant un angle de vue original. Ainsi Anton
Gindely, Dějiny českého povstání léta 1618 /=Histoire de la révolte tchèque de l’année 1618/, t. I-IV, Prague, 1870-
1880 qui reste toujours une œuvre factographique indispensable ; du même auteur, Geschichte des Dreissigjährigen
Krieges, I-IV, Prague, 1869-1880 ; Josef Polišenský, Třicetiletá válka a český národ /=La Guerre de Trente ans et la
nation tchèque/, Prague, 1960 ; du même auteur, Třicetiletá válka a evropské krize 17. století /=La Guerre de Trente
ans et les crises européennes du XVIIe siècle/, Prague, 1970 ; Miroslav Mudra, «Vojenství v období třicetileté
války», in: Vojenské dějiny Československa /=Histoire militaire de la Tchécoslovaquie/, II, Prague, 1986, p. 71-98 ;
le matériel iconographique illustrant l’époque en question et rassemblé dans les archives militaires tchèques (entre
autres, les gravures inédites de Jacques Callot), fut publié par Petr Klučina, Třicetiletá válka. Obraz doby 1618-1648
/=La Guerre de Trente ans. Image de l’époque/, Prague – Litomyšl, 2000 ; la vie quotidienne pendant la guerre fut
analysée par Marie Koldinská, «Válka a všední den. Odraz třicetileté války v každodenním životě české šlechty»,
Historie a vojenství 50, 2001, p. 10-23 ; le même thème fut abordé par les historiens allemands Herbert Langer,
Hortus Bellicus. Der Dreissigjährige Krieg. Eine Kulturgeschichte, Leipzig, 1978 ; Jan Peters (éd.), Ein
Söldnerleben im Dreissigjährigen Krieg. Eine Quelle zur Sozialgeschichte, Berlin, 1993. Pour un lecteur
francophone, il faut au moins mentionner Georges Pagès, La guerre de Trente ans, Paris, 1949 ; Georges Livet, La
guerre de Trente ans, Paris, 1963 ; Henri Sacchi, La guerre de Trente ans, 3 vol., Paris, 1991 ; Henri Bogdan, La
guerre de Trente ans, Paris, 1997.
34
En effet, la plupart des Etats moraves, sous influence de Charles de Zierotin, l’ancien gouverneur du pays, restaient
neutres et résistaient ainsi aux insistances des porte-paroles des insurgés bohêmes à la participation à la révolte.
Zierotin proposait même son interposition en vue de calmer les esprits échauffés. La situation changea radicalement
en mai 1619 par un coup de force organisé par le cousin de Charles de Zierotin, Ladislav Velen de Zierotin, fervent
opposant de l’empereur qui allia la Moravie à la cause tchèque. A ce sujet, voir par exemple Josef Válka, Morava
reformace, renesance a baroka, p. 93-94; Radek Fukala, Sen o odplatě. Dramata třicetileté války, Prague, 2005, p.
48-68. La plus récente biographie de Charles de Zierotin fut écrite par Tomáš Knoz, Karel Starší ze Žerotína, op. cit.

36
monarchie espagnole et surtout de la Sainte Ligue catholique, formée, quant-à-elle
en 1609, en riposte de la création de l’Union protestante, mise en sommeil puis
reconstituée sous la direction du duc de Bavière, regroupant les Electeurs de
Mayence, Cologne, Trèves et quelques princes-évêques de l’Empire.35
Quelles qu’en furent les justifications et analyses contemporaines ou
postérieures, par cette révolte, la noblesse insurgée fit la démonstration de son
incapacité politique.36 Elle ne prit pas les armes, mais se contenta de rassembler
une armée de mercenaires qui manquait à la fois d’expérience et d’idéal. Faute de
moyens et à cause de la médiocrité du haut commandement, sa défaite militaire
n’était qu’une question du temps. L’inévitable arriva le 8 novembre 1620 à la
Montagne Blanche, à proximité de Prague.37 Cette bataille que Jean Bérenger
qualifia avec justesse « d’une des moins sanglantes et des plus décisives de
l’histoire moderne »38 eut en effet pour conséquences de profondes modifications
dans la vie politique, religieuse et sociale du pays.
La réaction de Ferdinand II qui avait au préalable qualifié les événements de
Bohême de « hideuse rébellion »39 ne se fit pas attendre et porta sur trois axes
majeurs, à savoir châtier les rebelles, restaurer le catholicisme et changer le
système politique afin d’affirmer l’autorité royale et empêcher de tels
débordements.

35
Sur la constellation politique européenne du début du conflit voir par exemple Josef Polišenský, Třicetiletá válka
a evropské krize 17. století, Prague, 1970, p. 90-101 ou plus récemment Tomáš Černušák, «Pražská nunciatura a
počátky Katolické ligy», ČČH 108, 2010, no 1, p. 114-126.
36
Josef Janáček, «České stavovské povstání 1618-1620. (Otázky a problémy)», FHB 8, 1985, p. 7-41.
37
Olivier Chaline, La Bataille de la Montagne blanche (8 novembre 1620). Un mystique chez les guerriers, Paris,
1999. Dans l’historiographie tchèque, une image de la bataille non-déformée par les clichés traditionnels a été
fournie récemment par Jan P. Kučera, 8.11.1620. Bílá hora. O potracení starobylé slávy české, Prague, 2003.
38
Lucien Bély – Jean Bérenger – André Corvisier, Guerre et paix dans l’Europe du XVIIe siècle, SEDES, Paris,
1991, p. 153.
39
Cette expression fut ensuite utilisée par Ferdinand II à plusieurs reprises dans les documents officiels. Ainsi, on la
retrouve par exemple dans le texte du préambule de la nouvelle constitution de 1627. Voir Hermenegild Jireček (éd.),
Obnovené právo a Zřízení zemské dědičného království Českého 1627. Verneuerte Landes-Ordnung des Erb-
Königreichs Böhmen 1627, Prague, 1888, p. 2. Sur les axes majeurs de la politique de Ferdinand II voir Thomas
Brockmann, op. cit., passim.

37
Dans un premier temps, le roi nomma un gouverneur, Charles, prince de
Liechtenstein, à qui il confia le soin de rétablir l’ordre. Le 21 juin 1621, la place de
la Vieille-Ville à Prague fut le témoin d’une exécution spectaculaire. Les
responsables des Etats, soit trois seigneurs, sept chevaliers et dix-sept bourgeois, 27
personnes au total, Tchèques et Allemands, furent livrés au bourreau pour être
décapités devant l’Hôtel de Ville.40 La rupture fut également consommée avec les
insurgés moraves. Une commission d’enquête sous la présidence du nouveau
gouverneur du pays, le cardinal François de Dietrichstein41 fut créée pour établir
une liste de coupables du crime de lèse-majesté.42 Quant aux pays adjacents de la
Couronne de Bohême, les personnes ayant pris part à l’insurrection y échappèrent
belle à la main châtiante de l’Empereur. La Silésie profita du pardon qui lui fut
accordé par Ferdinand II suite à l’intervention de l’Electeur Jean-Georges, les
Lusaces, elles, se trouvaient déjà en possession de ce dernier.43
Si brutale fut-elle, l’exécution de Prague impressionna certes la société de
l’époque mais la répression qui s’en suivit eut, quant à elle, des conséquences
beaucoup plus dévastatrices sur le plan social du pays que la mise à mort de
quelques rebelles organisée par le pouvoir ayant retrouvé confiance en lui-même.
En effet, elle se concrétisa par une vague de confiscations massive des biens
nobiliaires. Nombre de gentilshommes, compromis dans la révolte durent vendre à

40
Les têtes de douze d’entre eux furent ensuite suspendues aux tours du pont Charles, un emplacement hautement
symbolique choisi avec beaucoup de stratégie car ce dernier permettait alors une seule liaison entre les deux parties
de la ville et représentait par conséquent le lieu de passage quotidien de centaines de personnes mais qui plus est, il
était un élément essentiel et obligé dans l’itinéraire de tous ceux qui voulaient accéder au château de Prague, siège
des rois de Bohême. Pour plus de détails sur les exécutions de 1621 voir Josef Petráň, Staroměstská exekuce, Prague,
1996 (19721).
41
Sur la personnalité du cardinal Dietrichstein voir la dernière biographie de Pavel Balcárek, Kardinál František
Ditrichštejn 1570-1636. Gubernátor Moravy, České Budějovice, 2007.
42
Il n’est nullement dans nos intentions d’analyser ici les motifs qui menèrent les juges à des sentences finales mais
le moment est de souligner le degré différent de sévérité des verdicts qui s’abattirent sur les rebelles de Moravie par
rapport à leurs confrères de Bohême. Toutes les peines capitales, à l’exception des émigrés considérés comme les
criminels les plus dangereux, furent transformées en prison à perpétuité pour ensuite être modifiées dans la plupart
des cas en quelques années seulement derrière les barreaux. Les détails dans Tomáš Knoz, Pobělohorské konfiskace,
p. 92-101.
43
Ibidem, p. 419, notes 342, 343.

38
vil prix ou abandonner au fisc un ou plusieurs domaines. Cette expropriation forcée
affermit l’autorité royale car Ferdinand II ne sut pas conserver ces terres mais
préféra créer sa propre clientèle en donnant ou vendant ces dernières à vil prix
également à ses partisans et à tous ceux qui avaient contribué à sa victoire. La mise
en œuvre de ce plan fut suivie par la Cour de Vienne de plus près et les
redistributions touchèrent tous les pays de la Couronne sans exception.44
A la répression politique s’ajouta rapidement la répression religieuse. Le
clergé catholique fut rétabli dans les plus hautes fonctions politiques, les
prédicateurs protestants furent expulsés, le calice interdit, l’université Charles à
Prague « normalisée » en passant sous le contrôle des Jésuites.45 Les non-
catholiques furent écartés des charges et leurs droits civiques rognés peu à peu. Il
leur était interdit (pour la noblesse) d’utiliser les Tables du Pays (il s’agissait des
registres dans lesquels on notait, entre autre, les acquisitions ou les ventes des
biens) ce qui les privait de toute transaction foncière, les bourgeois risquaient de
perdre leur statut en cas de non-conversion ; à partir de 1626 suivirent l’interdiction
de se marier, l’absence de funérailles et la vente forcée des biens pour les

44
En effet, les confiscations avaient touché non seulement la Bohême et la Moravie, mais également la Silésie,
même si de longues périodes d’occupation étrangère y limitèrent la portée des confiscations. Sur cette question,
Tomáš Václav Bílek, Dějiny konfiskací v Čechách po roce 1618 (=L’histoire des confiscations en Bohême après l’an
1618), Prague, 1882-1883, tomes I-II qui reste toujours une étude riche en informations. Cependant, il faut désormais
se reporter à l’étude de référence de Tomáš Knoz, Pobělohorské konfiskace, op. cit. Nous fournirons plus de détails
sur ce sujet dans les chapitres suivants.
45
Au sujet de la recatholicisation, l’empereur Ferdinand II partageait l’avis des Jésuites, à savoir procéder de façon la
plus rapide en mettant en œuvre les moyens les plus radicaux. Or cette vision ne trouva pas un soutien unanime
auprès des autorités ecclésiastiques du pays. S’y opposèrent par exemple l’archevêque de Prague et à partir de 1626
également le cardinal, Ernest Adalbert de Harrach ou le père capucin Valérian Magni, chargé par le pape Grégoire
XV de veiller sur le déroulement de la reconversion de la Bohême. Tous les deux, ils étaient enclins à une campagne
à caractère spirituel, au déploiement des moyens modérés et à la persuasion. Rapide ou modérée, la répression des
non-catholiques suivait un seul but: obtenir la conformité religieuse. Cependant, pour se gagner les esprits, cela s’est
avéré beaucoup plus long, plus rapide tout de même en ville que dans les campagnes. Une fois passée la commission
de réforme, il restait à tenir le terrain, ce qui supposait un clergé paroissial, encore trop peu fourni dans les années
1620. Voir Ivana Čornejová, Tovaryšstvo Ježíšovo. Jezuité v Čechách, Prague, 1995; Alessandro Catalano, Zápas o
svědomí, op. cit.; Stanislav Sousedík, Valerián Magni (1586-1661). Kapitola z kulturních dějin Čech 17. století,
Prague, 1983.

39
récalcitrants.46 En 1627, un édit interdit tous les non-catholiques en Bohême,
notamment les nobles. Deux possibilités leur étaient offertes : ou la soumission et
la conversion dans un délai de six mois qui suivirent la publication de l’édit ou le
départ en exil après que l’intéressé ait vendu ses biens à des catholiques.47 Il en
résulta le départ de plusieurs milliers de familles et une nouvelle vague de
confiscations et de brassage des biens.48 Les serfs n’avaient pas le choix, ils
devaient abjurer mais la conversion des masses traîna jusqu’à la fin du siècle.
Quant aux réformes de l’administration, une nouvelle commission réunie
alors pour étudier la Constitution débouche, en mai 1627, sur l’adoption de la
Constitution rénovée, octroyée par Ferdinand II, d’abord à la Bohême et en 1628 à
la Moravie.49 Le texte établit la succession héréditaire du trône en privant ainsi les
Etats du droit de confirmation dont ils disposaient jusque-là. Il fut stipulé en outre
que le pouvoir royal contrôlerait à nouveau une partie de la justice et de
l’administration. Les institutions tchèques – le vice-gouvernorat de Bohême, le
tribunal suprême de Moravie, l’Office suprême de Silésie – étaient dépendantes de
la chancellerie royale tchèque qui siégea déjà à partir de 1624 en permanence à
Vienne.50 Le clergé fut rétabli comme le premier des ordres au sein de la diète qui

46
Parmi des nombreux titres consacrés à la contre-réforme, voir de façon sélective Jiří Mikulec, Pobělohorská
rekatolizace v českých zemích, Prague, 1992; Jaroslav Kadlec, «Rekatolizace v Čechách», in: Zdeňka Hledíková –
Jaroslav V. Polc (réd.), Pražské arcibiskupství 1344-1994, Prague, 1994, p. 129-149; Jindřich Francek (réd.),
Rekatolizace v českých zemích. Sborník příspěvků z konference v Jičíně 1993, Pardubice, 1995; Ivana Čornejová,
«Obnova katolické církve po Bílé hoře, tradice a nové pohledy», in: Michaela Hrubá (réd.), Víra nebo vlast. Exil
v českých dějinách raného novověku, Ústí nad Labem, 2001, p. 258-267; du même auteur, «Pobělohorská
rekatolizace v českých zemích. Pokus o zasazení fenoménu do středoevropských souvislostí», in: Ivana Čornejová
(réd.), Úloha církevních řádů při pobělohorské rekatolizaci, Prague, 2003, p. 14-24.
47
La Moravie, où un édit analogique fut publié le 9 mars 1628, a connu le même sort moins d’un an plus tard. Les
détails dans Jiří Mikulec, 31.7. 1627. Rekatolizace šlechty v Čechách. Čí je země, toho je i náboženství, Prague, 2005
où se trouve également l’édition du document en question, p. 173-177.
48
Sur la question de l’exil voir les œuvres de Lenka Bobková citées plus bas.
49
Leurs textes furent publiés par Hermenegild Jireček (éd.), op. cit. ; du même auteur (éd.), Constitutiones
Margraviatus Moraviae anno 1628 reformatae, Prague-Wien-Leipzig, 1890.
50
Zdeňka Hledíková - Jan Janák – Jan Dobeš, op. cit. , p. 118-135.

40
perd la majeure partie de son pouvoir législatif, le tchèque et l’allemand furent
placés au même niveau.51
Passons maintenant sur le déroulement des diverses campagnes et opérations
militaires et examinons plutôt de plus près les séquelles que la guerre de Trente
Ans avait laissé sur le visage des pays tchèques. Les négociations à Münster où
siégeaient les puissances catholiques et à Osnabrück qui accueillait alors la Suède,
les princes protestants et le représentant de l’Empereur Ferdinand III, aboutirent le
24 octobre 1648 à mettre fin aux hostilités par la signature de la paix de
Westphalie.52 Du conflit qui venait de s’achever, la Bohême et la Moravie sortirent
considérablement affaiblies car ce dernier avait provoqué une importante saignée
humaine et économique.53 Selon les estimations, les pertes parmi la population
s’élevaient à 30%, provoquées en partie par les combats eux-mêmes, bien
évidemment, mais aussi par l’émigration forcée des non-catholiques et surtout par
diverses épidémies et famines.54 Les conséquences de cette dépopulation brutale ne
furent effacées qu’à la toute fin du siècle.55
Les retombées néfastes de la guerre frappèrent les campagnes ainsi que les
villes, mais cela avec une gravité inégale. Alors que les paysans « récupèrent »
relativement vite et le nombre de villages et hameaux réellement abandonnés car

51
Mais loin de priver le pays de toute liberté, Ferdinand II associait au-contraire par la nouvelle constitution les Etats
au gouvernement de la Bohême. La diète disposait du droit de vote de l’impôt direct ce qui lui permettait d’en
discuter le montant ou de refuser le prélèvement des taxes extraordinaires, un pouvoir non-négligeable, notamment
en période de conflit militaire. Ivana Čornejová - Jiří Kaše – Jiří Mikulec – Vít Vlnas, Velké dějiny zemí Koruny
české, VIII, p. 115.
52
Bedřich Šindelář, Vestfálský mír a česká otázka, Prague, 1968 ; Fritz Dickmann, Der Westfälische Frieden,
Münster, 1982.
53
A ce sujet plus généralement Miroslav Toegel, «České země a třicetiletá válka», FHB 8, 1985, p. 211-240.
54
La peste frappa à plusieurs reprises les deux pays, dans les années 1624-1626, 1631-1635, 1639-1640 et 1648-
1649, désorganisant le système économique et suscitant la pénurie des denrées alimentaires, terrain propice au
typhus, à la dysenterie et à la variole. A comparer à Eduard Wondrák, Historie moru v českých zemích, Prague, 1999.
55
Eduard Maur, Dějiny obyvatelstva českých zemí, p. 102-104. Sur la régénération démographique de l’après guerre
voir aussi, par exemple, Zdeněk Háza, «Městečko Andělská Hora a její obyvatelé v 17. století», ČMM 113, 1994, p.
71-82.

41
détruits ne fut pas à la fin du conflit très élevé56, en villes, la situation était plus
inquiétante.57 Cependant, malgré les déprédations incontestables dues à la guerre, il
serait parfaitement erroné de généraliser un tel constat et d’étendre la vision
apocalyptique des pays tchèques à la fin du conflit et pendant des décennies à venir,
à l’instar des littéraires et des historiens nationalistes du XIXe siècle ou des auteurs
et chercheurs communistes du XXe siècle. S’il est vrai que le territoire en question
avait souffert de la présence militaire et des hostilités, il n’est pas moins vrai qu’à
la paix retrouvée s’en suivit une reconstruction énergique dans tous les domaines.
Lié à la reconquête catholique qui fut la base de la réorientation culturelle du
pays, ce renouveau devint le plus remarquable sur le plan artistique et les années
1650 – 1750 connurent ainsi l’âge d’or de l’art baroque. Largement soutenu par les
élites, destiné aussi bien aux riches qu’aux couches populaires, le baroque est un art
sûr de lui, prêt à véhiculer de l’émotion et à séduire. La peinture et la sculpture
furent les premières disciplines où le nouveau style trouva son application la plus
rapide, dès le milieu du XVIIe siècle, suivies par l’architecture, la musique et la
littérature.58

56
Eduard Maur, Dějiny obyvatelstva českých zemí, p. 104 ; Otto Placht, Lidnatost a společenská skladba českého
státu v 16. až 18. století, p. 92. Voir aussi Jiří Koumar, «Vesnice mělnického panství po třicetileté válce», Confluens.
Sborník historických a vlastivědných prací z Mělnicka, 1, 2005, p. 51-70; Jaroslav Šulc, «Třicetiletá válka a
venkovská sociální struktura na panství Brandýs nad Labem v 16.-18. století», Confluens. Sborník historických a
vlastivědných prací z Mělnicka, 1, 2005, p. 1-35; du même auteur, «Třicetiletá válka a všední den venkovské
společnosti v Čechách (se zřetelem k situaci na komorních panstvích ve středním Polabí)», Časopis Národního
muzea, řada A, 175, 2006, no 1-2, p. 41-78.
57
Elles furent la proie des incendies, parfois répétés et des pillages, leurs faubourgs se trouvèrent rasés pour des
raisons stratégiques ou « préventives » par les soldats des deux camps, leurs dispositifs de défense furent gravement
endommagés. Voilà pourquoi leur reconstruction nécessita plus de temps et avant tout, des sommes financières plus
conséquentes. La problématique des villes pendant la guerre de Trente ans, leur destruction et leur reconstruction
furent récemment traitées par Jan Kilián (éd.), Věnná města za třicetileté války a jejich poválečná obnova. Sborník
příspěvků z konference konané v Mělníce ve dnech 4.-5. května 2004, Mělník, 2004; du même auteur, Město ve válce,
válka ve městě. Mělník 1618-1648, České Budějovice, 2008. Pour élargir, voir aussi Marek Ďurčanský, «Zkušenosti
Nymburských s vojáky za třicetileté války. Sonda do problematiky obrazu vojáka v českém prostředí», Kuděj, 1,
1999, no 1, p. 22-38.
58
Vu le sujet de notre travail, il ne nous paraît nullement utile de citer ici toute la littérature importante traitant de la
vie artistique baroque dans les pays tchèques. Nous nous limiterons seulement aux quelques ouvrages récents
proposant un bon point de départ pour les éventuels intéressés. Un regard synthétisant sur cette question fut apporté
par Ivana Čornejová - Jiří Kaše – Jiří Mikulec – Vít Vlnas, Velké dějiny zemí Koruny české, VIII, p. 373-574 et aussi
Vít Vlnas, Sláva barokní Čechie. Umění, kultura a společnost v 17. a 18. století, Prague, 2001. Le phénomène de la

42
Avec un cadre institutionnel et social modifié, les pays de la Couronne de
Bohême vécurent après l’an 1648 une période du calme relatif car hormis une
partie de la Silésie devenue scène de combats lors de la guerre du Nord polono-
suédoise dans les années cinquante59, les nouvelles luttes locales qui ravagèrent
l’Europe (y compris le territoire de la monarchie des Habsbourg) les épargnèrent,
laissant la place à la reconstruction des structures endommagées. Certes, la guerre
contre les Turcs dans les années 1663-1664 se fit sentir, mais plutôt sur le champ
fiscal60 et par le nombre de recrues enrôlés dans l’armée impériale61 que par les
affrontements directs. À part la Moravie qui connut, en 1663, à plusieurs reprises
des raids d’hordes turco-tartares avides de butin et qui semèrent le panique à l’Est
du pays62, les sérieux troubles ne réapparurent qu’à la fin des années soixante-dix
du même siècle.
En effet, la période 1679-1680 représente pour les pays tchèques une période
dramatique. Non seulement l’Europe centrale fut alors frappée de plein fouet par le
fléau de la peste63 mais la Bohême et une partie de la Moravie connurent en même

culture baroque inspira également quelques ouvrages collectifs, tels que Jaroslava Mendelová – Pavla Státníková
(réd.), Život v barokní Praze 1620-1784. Průvodce výstavou, Prague, 2001; La Bohême, un foyer du baroque
européen : le dialogue des arts dans le baroque tchèque, Lille, 2002 ; Vilém Herold – Jaroslav Pánek (réd.), Baroko
v Itálii – baroko v Čechách. Barocco in Italia – Barocco in Boemia. Setkávání osobností, idejí a uměleckých forem,
Prague, 2003; Jiří Kroupa (réd.), V zrcadle stínů. Morava v době baroka 1670-1790, Rennes – Brno, 2003; Olga
Fejtová – Václav Ledvinka – Jiří Pešek – Vít Vlnas (réd.), Barokní Praha – Barokní Čechie (1620-1740). Sborník
příspěvků, Prague, 2004; Tomáš Knoz (réd.), Morava v době baroka, Brno, 2004; Libosad. Studie o českém a
evropském barokním umění, Prague, 2008.
59
Ivana Čornejová - Jiří Kaše – Jiří Mikulec – Vít Vlnas, op.cit., p. 177-179.
60
Selon les estimations de Josef Macek, la part des pays tchèques au budget militaire de la monarchie dans les
années 1655-1679 s’élevait à 65-66 %. Josef Macek, «Země koruny české a habsburská politika v Uhrách a na
Balkáně ve 2. polovině 17. století», in: Historická úloha absolutní monarchie ve střední Evropě 17. – 18. století
(=Acta Universitatis Carolinae, Philosophica et historica, 3/1989, Studia Historica XXXVI), Prague, 1991, p. 108.
61
Pour la même période (1655-1679), les soldats des pays de la couronne de Bohême comptaient entre 1/3 et 1/2 des
effectifs de l’armée habsbourgeoise. Rudolf Urbánek, «Češi a války turecké», in: Co daly naše země Evropě a
lidstvu. Od slovanských věrozvěstů k národnímu obrození, Praha, 1940, p. 122.
62
Jiří Mikulec, Leopold I. Život a vláda barokního Habsburka, Prague-Litomyšl, 1997, p. 77.
63
Pour ce qui est la peste, elle vint du Nord et à travers la Pologne et la Silésie elle atteignit la Moravie du Nord pour
ensuite descendre à Vienne. L’empereur Léopold Ier et sa cour fuyant le danger trouvèrent refuge à Prague qui
devint pour plusieurs mois la capitale de la monarchie, redécouvrant ainsi les fastes de la présence impériale. Or la
propagation de l’épidémie étant imprévisible, le monarque fut forcé de quitter le château pragois pour finir à Linz en
Autriche où la maladie ne sévissait pas encore. Il est difficile aujourd’hui d’établir le chiffre exact du nombre de
victimes de la peste de 1679-1680 mais les estimations oscillent autour de plusieurs dizaines de milliers. Ibidem, p.

43
temps une vague massive de révoltes paysannes.64 Ce ne furent que les
interventions de soldats expérimentés n’ayant aucun mal à disperser les
attroupements à la campagne qui mirent fin à la rébellion.65 La jacquerie fut
brutalement réprimée, mais le pouvoir tenta d’apporter tout de même une solution
aux excès constatés en édictant une patente qui devait alléger la condition des
paysans.66
A peine la pacification du pays terminée, une nouvelle menace resurgit, celle
de la grande offensive ottomane contre Vienne, le cœur de la monarchie
habsbourgeoise. L’année 1683 fut en effet marquée par le siège de la capitale
danubienne qui avait tant frappé les esprits dans le monde chrétien. Ce fut grâce au
secours du roi de Pologne, Jean III Sobieski et à l’art militaire de Charles de

119-125 mais aussi František Mareš, « Veliký mor v letech 1679 a 1680 », SH, 1, 1883, p. 397-419 ; Jiří Havlík,
«Epidemie let 1679-1680», in : Karel Černý – Jiří Havlík, Jezuité a mor, Prague, 2008, p. 133-154.
64
La présence du souverain dans le pays inspira les paysans de la plupart des régions de Bohême à formuler des
pétitions adressées à l’empereur dans lesquelles ils se plaignaient de leur condition, notamment de la pénibilité de la
corvée et demandaient une amélioration. Dans un grand nombre de domaines ils refusèrent même d’exécuter la
corvée demandée avant qu’ils n’eussent obtenu les réponses à leurs requêtes. La foi idéalisée en l’autorité impériale
(royale) infiniment bonne voulant s’occuper avec justesse de ses sujets et défendre leurs intérêts mais qui ne le faisait
pas à cause des mauvais conseils de son entourage attisait encore plus ce mouvement contestataire. Les représentants
des paysans venaient à Prague pour tenter de transmettre leurs doléances aux mains propres de celui qu’ils
considéraient comme « délivreur », capable de changer leur sort. Compte tenu du nombre croissant de solliciteurs et
en raison du danger de la peste que les allers et les venues entre la capitale et les autres régions des pays tchèques
risquaient de propager, Léopold, pourtant enclin à faire des concessions, fit publier en mars 1680 une patente dans
laquelle il interdit toute pétition et bannit les rassemblements du peuple en classifiant désormais le non-respect de
cette décision de crimen laesae maiestatis. Un régiment de cuirassiers et un autre d’infanterie furent même rappelés
en renfort contre les paysans récalcitrants insurgés. La littérature concernant les révoltes de 1680 est assez
abondante. Ce sujet fut systématiquement étudié notamment par Jaroslav Čechura. Voir du même auteur,
Broumovská rebelie, Prague, 1997 où sont répertoriés les titres antérieurs consacrés à ces événements. Plus
récemment du même auteur, Selské rebelie roku 1680, Prague, 2001; du même auteur, «Charakter rebelií roku 1680
v Čechách», ČČH 99, 2001, no 3, p. 457-485; du même auteur, Černínové versus Kysibelští, Prague, 2003. Au sujet
de l’Empereur idéalisé par les paysans comme „délivreur“ de leur situation difficile voir Jiří Mikulec, «Lidový
(naivní) monarchismus v barokních Čechách a jeho zdroje», in: Olga Fejtová – Václav Ledvinka – Jiří Pešek – Vít
Vlnas (réd.), Barokní Praha – Barokní Čechie, p.363-375; Jaroslav Čechura, Selské rebelie roku 1680, p. 41.
65
S’en suivirent quelques dizaines d’exécutions exemplaires, de nombreux emprisonnements ainsi que des peines de
travaux forcés consistant en la construction des fortifications contre les Turcs en Hongrie. Přehled dějin
Československa, I/2, Prague, 1982, p. 243. Voir également Josef Válka, «Barokní absolutismus», in: Karel Malý –
Ladislav Soukup (réd.), Vývoj české ústavnosti. Sborník příspěvků, Prague, 2006, p. 45-80.
66
Rendue publique le 28 juin 1680, elle limitait en temps normal la corvée à trois jours. Cependant, au moment des
travaux saisonniers, cette dernière pouvait s’étaler sur toute la semaine. L’effet du document fut alors mitigé mais il
agit-là bien de la première disposition législative limitant les droits seigneuriaux car le texte établissait également le
procédé à suivre lors des plaintes des sujets contre leurs maîtres. Jiří Mikulec, Leopold I., p. 123.

44
Lorraine, le beau-frère de l’empereur Léopold Ier , que la ville put être sauvée.67 Si
la Bohême resta, cette fois-ci encore, épargnée par les opérations militaires, la
présence des soldats et les pillages, les autres pays tchèques ne connurent pas le
même sort. La Silésie ainsi que la Moravie assistèrent au passage de l’armée de
secours polonaise68 et certaines régions moraves dans le sud du pays souffrirent,
quant à elles, de saccages turcs.69 Cependant, la participation tchèque à la défense
de Vienne releva d’un tout autre domaine, indirect – financier et humain.70
L’histoire de la monarchie des Habsbourg du dernier tiers du XVIIe siècle est
marquée par les premiers pas du mercantilisme naissant. Ses partisans à la cour de
Vienne tels que Johann Joachim Becher, Wilhelm Schröder ou Philippe Wilhelm
Hörnigk71 prônaient le rôle déterminant de l’Etat dans la vie économique du pays.72
Les grandes familles nobiliaires telles que les Valdštejn (Wallenstein), les Gallas ou

67
La littérature au sujet du siège de Vienne est plus qu’abondante. Nous choisissons ici, à titre d’exemple, les
ouvrages de Jiří Mikulec, Leopold I., p. 129-141; Jean Bérenger, Léopold Ier, p. 339-374. Leurs auteurs livrent
également au lecteur de riches bibliographies portant sur les évènements de l’année 1683.
68
František Tvarůžek, «Marsch der polnischen Hilfsarmee unter König Johann III. Sobiesky durch Schlesien und
Mähren 1683», ZVGMS 5, 1901, p. 374-392 ; Milan Šmerda, Wyprava wiedeńska Jana Sobieskiego a kraje czeskie,
Sobótka, 1980, p. 243-252 ; Pavel Balcárek, «Rok 1683 ve světle korespondence panství Mikulov», JM 21, 1985,
tome 24, p. 75-87.
69
Pavel Balcárek, «Die Türkenkriege und die böhmischen Länder, besonders Mähren», in : Andreas Tietze (réd.),
Habsburgisch-osmanische Beziehungen. Relations Habsbourg-ottomanes, Wien 26.-30. September 1983. Colloque
sous le patronage du Comité international des études pré-ottomanes et ottomanes, Wien, 1985, p. 17-28 (ici
notamment pp. 20-25.
70
Aux impôts réguliers se joignit, dès 1682, l’impôt extraordinaire, nommé prosaïquement « turque » et les sommes
prélevées ainsi dépassaient de loin la totalité des moyens perçus dans les autres pays héréditaires. En ce qui concerne
le nombre de recrues, la situation était quasiment identique. Mais aussi dure qu’elle puisse sembler, cette
contribution apporta vite ses fruits car elle fut rachetée, une fois la menace ottomane écartée, par le calme relatif lié à
la conjoncture économique qui dura plusieurs décennies. Sur la contribution des pays de la couronne de Bohême à la
défense commune de Vienne, voir Josef Svátek, Dějiny Čech a Moravy nové doby, III. Vladaření císaře a krále
Leopolda I., livre 2, Prague 1894, notamment pp. 256-266 et également Milan Šmerda, «Bitva o Vídeň roku 1683 a
české země», Historické štúdie, 28, 1985, p. 109-117 (ici notamment pp.113-114).
71
Ivana Čornejová - Jiří Kaše – Jiří Mikulec – Vít Vlnas, op.cit., p. 235.
72
L’Etat devait soutenir la production intérieure tout en la préservant de la concurrence extérieure par un système
protectionniste, notamment douanier. Dans cette optique, les souverains favorisèrent dès la fin du XVIIe les
initiatives manufacturières en assouplissant les règles et privilèges corporatifs qui ralentissaient le développement de
certains domaines de production, en supprimant les taxes et les droits et douanes intérieures, en faisant appel pour les
toutes premières manufactures à des spécialistes étrangers qui formaient les ouvriers qualifiés du pays, en améliorant
la voirie pour stimuler le commerce. Pour étudier les questions liées à l’évolution économique des pays tchèques,
nous ne disposons malheureusement pas d’ouvrage synthétique récent. Ce sujet relevait plutôt du domaine de
l’historiographie communiste d’avant 1989 et semble, aujourd’hui, ne plus être attractif. Ainsi, pour le présent
aperçu, nous utilisons ici l’œuvre d’Arnošt Klíma, Manufakturní období v Čechách, Prague, 1955.

45
encore les Kinský (Kinsky) joignirent leurs capitaux aux compétences des
bourgeois et créèrent, dès le mileu du XVIIIe siècle, de vastes entreprises.73
Nous avons déjà vu à quel point les pays tchèques furent touchés par les
dispositions prises par le pouvoir et liées à la „reconquête catholique“ de l’après
1620. Or, loin d’être achevé, les activités de l’Etat et de l’Église dans ce processus
reprirent dès la première moitié du XVIIIe siècle.74 Très concrètement, l’action de
l’Église consistait plutôt en la séduction des masses, en s’appuyant sur la pompe
baroque et sur les effets que cette dernière povoquait dans les esprits des gens de
l’époque.
En multipliant les fêtes religieuses,75 les sujets se virent offrir des temps de
repos, puisqu’il était en principe interdit de travailler pendant ces fêtes. La
séduction s’exerçait également avec le développement du culte de saints tchèques
comme Adalbert, Procope, Ludmila sans oublier le petit-fils de cette dernière,
Venceslas dont l’autel fut rétabli à Saint-Pierre de Rome en 1630 et dont le culte

73
La traditionnelle fabrication textile basée sur le système des intermédiaires – „facteurs“ – qui fournissaient aux
fileurs et aux tisserands la matière première ou l’argent pour se la procurer et rassemblaient la production villageoise
pour la livrer aux commerçants étrangers fut au fur et à mesure remplacée par une vértiable industrie textile. Les
régions de la Bohême du Nord et d’Est ainsi que la Moravie du Nord et surtout la Silésie furent notamment touchées
par cette expansion rapide et de nouvelles branches apparurent et se développèrent avec succès, telles que les
draperies, les blanchisseries de toile, les teintureries, les ateliers d’impression (à Prague avant tout) et les
manufactures de coton. À côté du textile, les pays tchèques connurent à la fin du XVIIe et tout au long du XVIIIe
siècles l’essor d’autres secteurs manufacturiers. Les forges et les activités métallurgiques, situés avant tout en
Bohême centrale, en Bohême du Nord-Ouest et en Moravie du Nord, les papeteries localisées dans les régions
boisées au Sud-Ouest et au Nord-Ouest de la Bohême et au Nord de la Moravie en fournissent un bon exemple. Le
verre de Bohême (les verreries implantées dans le Sud, au Sud-Ouest et au Nord du pays) connut également son
heure de gloire et, avec la production du cristal des années 1670-1680, éclipsa même pendant plusieurs décennies les
fabriques de Murano en plein déclin. Ibidem, p. 153-161 ; Ivana Čornejová - Jiří Kaše – Jiří Mikulec – Vít Vlnas,
op.cit., p. 236 – 242.
74
Après une période d’acalmie au tournant du siècle précédent, pendant laquelle le nombre de protestants clandestins
avait augmenté, des pasteurs franchissaient les frontières, notamment au Nord-Est et à l’Est de la Bohême pour
poursuivre leurs prédications et des ouvrages religieux pénétraient dans le royaume en provenance de la Saxe, des
Lusaces et de la Silésie, arriva le temps d’agir. Mais cette-fois ci, les méthodes utilisées pour retrouver „les brebis
égarées“ différèrent sensiblement de celles, auxquelles les autorités étatiques et ecclésiastiques avaient eu recours
voilà un siècle. Ivana Čornejová - Jiří Kaše – Jiří Mikulec – Vít Vlnas, op.cit., p. 288-326.
75
Sur le caractère de la piété baroque Josef Válka, «Manýrismus a baroko v české kultuře 17. a 1. pol. 18. století»,
Studia Comeniana et historica VIII/19, 1978, p. 155-219; Josef Petráň (sous la réd. de), Dějiny hmotné kultury.
Kultura každodenního života od 16. do 18. století, II/2, Prague, 1997, p. 649-714; Marie-Elisabeth Ducreux,
«Několik úvah o barokní zbožnosti a o rekatolizaci Čech», FHB 22, 2006, p. 143-177.

46
s’étendit à tout l’Empire en 1670.76 Le culte marial prit aussi une extension
considérable.77 Le 16 juillet 1621, l’archevêque de Prague inaugura un nouvel autel
à la cathédrale Sait-Guy consacré à Jean Népomucène. La vénération croissante de
sa personne s’accordait avec la volonté des Jésuites d’exalter les saints nationaux et
aboutit par le processus de sa canonisation, en 1729, et par l’établissement de sa
fête, le 16 mai.78 Le nombre grandissant des patrons nationaux contribua même à la
naissance des confréries religieuses résultant ainsi d’une sensibilité changeante.79
Tout cela s’accompagnait d’une culture populaire qui transformait les thèmes
baroques à l’usage du public paysan et qui était palpable notamment lors des
pélérinages dans des lieux d’adoration extraordinaire.80 Cependant, la persuasion ne
fut qu’un des moyens possibles de la recatholicisation et la répression existait-elle

76
Jan Royt, «Lidová zbožnost v 17. a 18. století a její obraz ve výtvarném umění», in : Zdeňka Hledíková – Jaroslav
V. Polc (réd.), Pražské arcibiskupství 1344-1994. Sborník statí o jeho působení a významu v české zemi, Prague,
1994, p. 179-196 ; Pavla Obrazová – Jan Vlk, Major gloria. Svatý kníže Václav, Prague-Litomyšl, 1994.
77
Jan Royt, Zahrada mariánská. Mariánská úcta ve výtvarném umění od středověku do 20. století, Kašperské Hory,
2000. La piété mariale connut un tel succès aussi grâce à la vénération de la Vierge Marie par la famille impériale.
En effet, l’attachement des Habsbourg à ce culte facilitait sa transmission vers leurs sujets et permettait en même
temps l’identification de ces derniers à la sainte patronne de leur souverain, devenue alors la patronne de la
monarchie toute entière. Cette « Pietas Austriaca » formait donc une partie intégrale de la piété populaire. A ce sujet
voir Anna Coreth, Pietas Austriaca. Österreichische Frömmigkeit in Barock, Wien, 1982 (plus récemment publié
sous le titre Pietas Austriaca. Ursprung und Entwicklung barocker Frömmigkeit in Österreich, München, 1992);
Karl Vocelka, «Habsburská zbožnost a lidová zbožnost ( k mnohovrstevnosti vztahů mezi elitní a lidovou kulturou)»,
FHB 18, 1997, p. 225-240.
78
Le culte du nouveau saint entré dans le „Panthéon tchèque“ se déploya non seulement dans les pays de la couronne
de Bohême, mais dans l’ensemble du monde catholique. Vít Vlnas, Jan Nepomucký, česká legenda, Prague, 1993.
79
Le sujet des confréries fut traité à plusieurs reprises par Jiří Mukulec, Barokní náboženská bratrstva, Prague, 2000;
du même auteur, «Náboženská bratrstva – institucionalizovaná zbožnost i smrt», in : Martin Holý – Jiří Mikulec
(réd.), Církev a smrt. Institucionalizace smrti v raném novověku, Prague, 2007 (=FHB, Supplementum 1), p. 163-186
et également par un ouvrage collectif Tomáš Jiránek – Jiří Kubeš (réd.), Bratrstva. Světská a církevní sdružení a
jejich role v kulturních a společenských strukturách od středověku do moderní doby (=III. pardubické bienále, 29.-
30.4. 2004), Pardubice, 2005 où se trouve le texte de Jiří Mikulec, «Proměny náboženských bratrstev v Čechách
v raném novověku», Ibidem, p. 19-35. A compléter par Ludmila Štěpánová, «Mariánské bratrstvo v Broumově a
Polici nad Metují v době baroka», Královéhradecko. Historický sborník pro poučenou veřejnost, 4, 2007, p. 425-436.
80
Sur les pélérinages de manière séléctive Jan Royt, «Křesťanská pouť po barokních Čechách», Český lid 79, 1992,
p. 323-339 ; du même auteur, «Poutě a poutní místa v Čechách», in : Lenka Bobková – Michaela Neudertová (réd.),
Cesty a cestování v životě společnosti (=Acta Universitatis Purkynianae, Studia historica II), Ústí nad Labem, 1997,
p. 309-314 ; Zdeněk Kalista, Česká barokní pouť, Žďár nad Sázavou, 2001 ; Rudolf Zuber, Osudy moravské církve v
18. století II, Olomouc, 2003, p. 280-296 ou deux ouvrages collectifs Daniel Doležal – Hartmut Kühne (réd.),
Wallfahrten in der europäischen Kultur – Pilgrimage in European Culture, Frankfurt am Main, 2006 ; Jan Hrdina –
Hartmut Kühne – Thomas T. Müller (réd.), Wallfahrt und die Reformation – Pouť a reformace. Zur Veränderung
religiöser Praxis in Deutschland und Böhmen in den Umbrüchen der Frühen Neuzeit, Frankfurt am Main, 2007. Une
typologie des lieux de pélérinage dans le milieu tchèque fut présentée par Josef Petráň (sous la réd. de), Dějiny
hmotné kultury II/2, p. 630-648.

47
encore belle et bien, symbolisée ouvertement par les persécutions des possesseurs
des „livres hérétiques“81 ou de façon plus cachée par les „chasses“ aux sorcières.82
Le premier tiers du XVIIIe siècle fut marqué sur la scène internationale par
un nouveau conflit armé, la guerre de Succession d’Espagne83 tandis qu’en même
temps à l’intérieur de la monarchie, l’avenir de la dynastie se trouva hypothéqué
par l’absence de descendance. Or ni l’un, ni l’autre ne touchèrent directement les
pays tchèques. Du premier, ils subirent plus de la moitié de la charge financière84,
du second, ils n’en essuyèrent les conséquences que quelques décennies plus tard.85
A la mort de Charles VI, en 1740, la question de sa succession n’était toujours pas
véritablement résolue86 et une incertitude régnait quant à l’avenir de sa fille aînée
Marie-Thérèse.87

81
Jiří Bílý, Jezuita Antonín Koniáš : osobnost a doba, Prague, 1996.
82
Bedřich Šindelář, Hon na čarodějnice, Prague, 1986, notamment les pp. 170-218.
83
Voir par exemple Jean Bérenger, Léopold Ier, p. 407-437.
84
Le système fiscal de la monarchie Habsbourg dans la première moitié du XVIIIe siècle fut minutieusement décrit
par Josef Pekař, «České katastry 1654-1789», ČČH 19, 1913, p. 149-192.
85
Le 19 avril 1713, l’empereur Charles VI promulgua un texte connu sous le nom de « Pragmatique Sanction », dans
lequel il affirmait l’indivisibilité des pays de la monarchie et élargissait le principe de primogéniture en ligne
masculine à la ligne féminine et aux collatéraux, document qui resta en vigueur jusqu’à l’effondrement de l’ Empire
autrichien en 1918. Valentin Urfus, 19.4.1713 Pragmatická sankce: rodný list podunajské monarchie, Prague, 2002.
86
Voir la littérature de la note 18 du présent texte.
87
Pour la jeune archiduchesse, la grande épreuve commençait. Ferme quant au respect du système de succession que
son père avait tant peiné de faire valoir, elle refusa les propositions du roi de Prusse Frédéric II de lui céder la Silésie
contre une alliance militaire. Une décision pareille valut dans ses yeux la remise en question de la sanction
pragmatique et un précédent pour l’avenir. En décembre 1740, la Silésie fut alors attaquée, puis occupée par l’armée
prussienne et une coalition de la France, de la Saxe et de la Bavière soutenue par l’Espagne de Philippe V, s’engagea
quelque temps après contre Vienne. Les troupes franco-bavaroises, suivies par les forces saxonnes entreprirent en été
1741 une invasion contre la Bohême, Prague fut emportée par un assaut en novembre de la même année et l’Electeur
bavarois Charles-Albert s’y fit proclamer roi tchèque. (Il ne put cependant légitimer son élection par un sacre,
puisque la couronne de Saint-Venceslas était déposée à Vienne.) Ce dernier conforta sa position – restée toutefois
malgré tout effort éphémère – en se faisant élire Empereur à Francfort, sous le nom de Charles VII, le 24 janvier
1742. La première guerre silésienne prit fin en juin 1742 par l’accord préliminaire de Breslau confirmé par la
signature de la paix à Berlin, le 28 juillet, par lesquels Marie-Thérèse dut reconnaître officiellement la perte de la
Silésie. Ce démembrement fut ensuite scellé le 25 décembre 1745 par la paix de Dresde qui marqua la fin de la
seconde guerre silésienne (1744-1745) tout en confirmant les conditions de la paix précédente et trois années plus
tard, en octobre 1748, par la signature de la paix d’Aix-la-Chapelle qui valut, certes, à Marie-Thérèse une acceptation
définitive de la Pragmatique Sanction mais au prix du statut quo de 1742. Quelque catastrophique qu’il puisse
paraître, le sort de la monarchie à la fin des guerres de Succession d’Autriche aurait pu être bien plus désastreux. En
effet, durant les hostilités, la politique étrangère de Marie Thérèse suivit un autre fil conducteur prioritaire. Son
objectif : le maintien du royaume de Bohême, dont le dépeçage prévu par les ennemis de Vienne aurait été bien plus
tragique pour le pouvoir habsbourgeois. Néanmoins, la perte de la Silésie, après celle des Lusaces lors de la la guerre
de Trente Ans, fut lourde de conséquences pour le pays. Milan Hlavačka, Karel Albrecht, příběh druhého zimního
krále, Prague, 1997, notamment les pp. 78-128. A compléter par Aleš Skřivan, Evropská politika 1648-1914, p. 100-

48
En voici en quelques traits grossiers le contexte historique dans lequel
évoluaient les pays de la Couronne de Bohême pendant le XVIIe et les premières
décennies du XVIIIe siècle. Du point de vue de l’élite sociale, certains de ces
événements facilitaient la position des nobles (originaires du pays ou fraîchement
installés), d’autres, en revanche, la rendaient plutôt délicate. Afin de mieux cerner
les contours du problème, le temps est alors venu de nous interroger sur l’évolution
et les transformations de la société aristocratique des pays de la Couronne de
Bohême dès le début de son existence jusqu’à l’époque baroque. Ceci nous
permettra ensuite de situer plus aisément le phénomène de la migration nobiliaire
francophone.

101; Olivier Chaline, La France au XVIIIe siècle 1715-1787, Belin Sup, Paris, 1996, p. 20-21; Milan Svoboda,
«Střední Evropa – Čechy, Slezsko a Horní Lužice – ve hře velmocí v 18. století», Fontes Nissae. Prameny Nisy, 8,
2007, p. 234-237.

49
II. La société nobiliaire : Evolution et transformations

«[…]Aussi la richesse est le préciput particulier de la noblesse de Bohême,


laquelle est aujourd’hui bien mêlée, la plupart de celle-ci étant de Maisons
étrangères, qui s’y sont établies[…] »88

Cette brève caractéristique de la société nobiliaire tchèque provient de la


plume de Casimir Freschot (vers 1640-1720), bénédictin français érudit ayant
entrepris, en 1704, un voyage en Europe centrale et qui, après avoir visité Vienne
traversa sur son passage vers le Pays-Bas la Bohême pour s’arrêter également
quelques jours à Prague.89 Au-delà de la constatation de la richesse de la noblesse
de Bohême, la remarque sur les alliances entre les familles nobles et surtout sur la
domination des « Maisons étrangères » établies dans le pays attire particulièrement
notre attention et demande à être examinée de plus près. Qu’est-ce que Freschot a
bien pu observer pour en arriver à des conclusions pareillles ? Quelle image la
noblesse tchèque offrait-elle d’elle même aux XVIIe – XVIIIe siècles ?
Les origines de la noblesse dans les pays tchèques remontent aux alentours
du XIe siècle. Il existait de longue date autour du prince régnant de la dynastie des
Přemyslides un groupe de fidèles, de compagnons, qui formaient les gardes
princières (« družiny » en tchèque) et au sein desquels le prince choisissait les
commandants militaires et les administrateurs de sa propre cour ainsi que de ses

88
Casimir Freschot, Remarques historiques et critiques, faites dans un voyage d’Italie en Hollande dans l’année
1704. Contenant les mœurs, interêts & religion de la Carniole, Carinthie, Bavière, Autriche, Bohême, Saxe & des
Electorats du Rhin. Avec une relation de différens qui partagent aujourd’hui les Catholiques romains dans les Païs-
Bas, Cologne 1705, p. 132-133.
89
Milena Lenderová, «Casimir Freschot: zpráva o vídeňském dvoře. Vídeň a habsburská říše očima francouzského
benediktina» [Casimir Freschot : Rapport sur la cour de Vienne. Vienne et l’Empire des Habsbourg vus par un
bénédictin français], in : Život na dvorech barokní šlechty (1600-1750), České Budějovice, 1996 (=OH 5), p. 293-
307.

50
châteaux situés dans les provinces.90 Ce fut au XIe siècle et surtout dans la
première moitié du XIIe siècle avec l’expansion du système féodal que le rôle des
gardes se modifia et une différenciation se fit entre une noblesse d’office,
dépendant directement du prince qui lui cédait une partie des revenus de l’Etat et
une noblesse féodale formée par les administrateurs des places fortes du souverain
auxquels l’acquisition des fiefs infligeait certes des obligations plus grandes face
au suzerain, mais aussi une autonomie croissante. Cependant, ce fut seulement à la
fin du XIIe siècle que les tendances centrifuges des nobles se traduisirent par la
reconnaissance de l’hérédité du fief.91 Ce même siècle vit aussi apparaître quelques
grandes familles telles que les Buzic, les Hrabišic, les Markvartic, les Ronovec, les
Vítkovec qui donnèrent naissance à de nombreuses lignées dont nous rencontrons
les membres encore au XVIIe siècle.92
L’émancipation nobiliaire continua tout au long du siècle suivant, épaulée
par la culture chevaleresque. Loin d’être figée en tant qu’ordre, la noblesse ne
cessait de s’affirmer en tant que force indépendante dont le souverain était bien
obligé de tenir compte. Les premières tentatives sérieuses de limiter ce pouvoir
advinrent au XIVe siècle, à l’époque de Charles IV Luxembourg. Or, sa décision
d’imposer une codification du droit coutumier – c’est à dire une limitation des
droits des nobles – se solda par un échec total en se heurtant à l’opposition de la
diète générale.93

90
Václav Vaněček, Les „družiny“ (gardes) princières dans les débuts de l’Etat tchèque, Prague, 1949. Sur la
genèse de la noblesse en Moravie Martin Wihoda, «Geneze moravské šlechty», in: Acta historica et museologica
Universitatis Silesianae Opaviensis, řada C, 2/1992. Sborník k 65. narozeninám doc. dr. J. Bakaly, CSc., Opava,
1995, p. 23-41. A comparer à l’ouvrage collectif publié par les soins de Martin Nodl – Martin Wihoda (réd.),
Šlechta, moc a reprezentace ve středověku (=Colloquia mediaevalia Pragensia 9), Prague, 2007, notamment les
articles de Martin Wihoda, «Kníže a jeho věrní. Kosmas o světě předáků a urozených», Ibidem, p. 11-29; Libor Jan,
«K počátkům české šlechty. Družina, beneficium, pozemkové vlastnictví», Ibidem, p. 45-52.
91
Sur la transformation de la noblesse dûe à la possession héréditaire des biens voir Josef Žemlička, «Ke zrodu
vrcholně feudální „pozemkové“ šlechty ve státě Přemyslovců», ČMM 109, 1990, p. 17-38; du même auteur,
«„Omnes Bohemi“: Od svatováclavské čeledi ke středověké šlechtě», Mediaevalia Historica Bohemica 3, 1993, p.
111-133. A comparer à Dušan Třeštík – Miloslav Polívka, «Nástin vývoje české šlechty do konce 15.století», in: Ján
Čierny – František Hejl – Antonín Verbík (réd.), Struktura feudální společnosti na území Československa a Polska
do přelomu 15. a 16. století, Prague, 1984, p. 99-133; Vratislav Vaníček, «Šlechta a český stát za vlády Přemyslovců
(K formování ideologie české šlechty od 11. do počátku 14. století)», FHB 12, 1988, p. 65-107.
92
Václav Bůžek – Josef Hrdlička – Pavel Král – Zdeněk Vybíral, Věk urozených, p. 39.
93
Le rôle croissant de la noblesse dans la société tchèque à l’époque des rois de la dynastie des Luxembourg fut
décrit par Jiří Spěváček, Jan Lucemburský a jeho doba 1296 – 1346. K prvnímu vstupu českých zemí do svazku se

51
La crise arriva à la charnière des XIVe et XVe siècles. La noblesse qui
constituait jusque là un ensemble assez homogène sera désormais scindée entre
grande (ou haute) noblesse, appelée « seigneurs » et petite noblesse, désignée
comme « chevaliers », division qui deviendra définitive dans la deuxième moitié
du XVe siècle. La croissance des grandes propriétés seigneuriales aux dépens des
domaines plus petits fut une caractéristique de la période. Cette paupérisation (que
l’on ne peut cependant pas généraliser) poussa les représentants de la petite
noblesse à se mettre au service de leurs voisins ou à employer leurs compétences
guerrières à l’étranger. D’autres s’accrochèrent à leurs terres et se transformèrent
en hobereaux. Certains eurent la chance de trouver une charge dans
l’administration. De surcroît, la noblesse fut confrontée aux nouvelles prérogatives
économiques des villes, puis des corporations.94
Les guerres hussites dans la première moitié du XVe siècle ne firent que
confirmer le processus entamé. A leur issue, les seigneurs se retrouvèrent
triomphants et participèrent directement au gouvernement du pays. Certains
nobles, les grands et les petits confondus, profitèrent des tumultes des années de
guerre pour procéder à des confiscations (parfois massives comme ce fut le cas des
Rožmberk dans la Bohême du Sud) des biens de l’Eglise catholique, légalisées
ensuite par le pouvoir royal. Pour se protéger de l’aristocratie guerrière dont
certains membres avaient acquis des territoires importants, la grande noblesse
tendit à se constituer en groupe clos. Quant à la petite noblesse, elle avait réussi à
sortir de l’impasse économique où elle se trouvait avant le conflit ce qui
dynamisera son affirmation sur la scène politique dans les décennies à venir.95
Le poids des nobles dans la gestation des affaires de l’Etat augmenta
considérablement sous le règne de la dynastie des Jagellon, entre le dernier tiers du

západní Evropou, Prague, 1994, notamment p. 137-184. Sur la période de Charles IV voir Jiří Spěváček, Karel IV.
Život a dílo (1316 – 1378), Prague, 1980.
94
La situation fut magistralement décrite par Jiří Spěváček, Václav IV. (1361-1419). K předpokladům husitské
revoluce, Prague, 1986, surtout les p. 159-258 ; 319-366 ; 511-576.
95
František Šmahel, Husitská revoluce 1. Doba vymknutá z kloubů, Prague, 1995, p. 220-233 ; 259-288 ; du même
auteur, Husitská revoluce 4. Epilog bouřlivého věku, Prague, 1996, p. 54-95. Voir également Josef Petráň, «Skladba
pohusitské aristokracie v Čechách. Úvod do diskuse», AUC – Philosophica et historica 1, 1976, p. 9-80.

52
XVe et le premier tiers du XVIe siècle. A cette époque-là, alors que les deux ordres
nobiliaires représentaient entre un et deux pour cent de la population du pays, on
pouvait compter 47 noms de familles appartenant à la grande noblesse en Bohême
et 23 en Moravie.96 Les fonctions suprêmes de l’Etat – le grand burgrave, le maître
de la Cour et le grand chancelier - furent contrôlées par les « seigneurs ».97 Ce fut
par l’intermédiaire de l’appareil administratif que la noblesse dirigea le royaume et
qu’elle devint un interlocuteur privilégié du roi. Ce dualisme se heurta, dès 1526, à
la conception absolutiste de gouverner des Habsbourg.98
Les relations entre les derniers et leurs sujets furent traversées d’orages.99
Une première révolte éclata en 1547,100 mais l’épreuve la plus rude survint en
1618. L’insurrection des états protestants contre la Maison régnante se solda par un
échec total de leur armée lors de la bataille à la Montagne Blanche.101 La
répression en vue de châtier les rebelles qui s’abattit sur le pays et les événements
de la guerre de Trente ans marquèrent ensuite sensiblement la composition de la
noblesse dans les pays de la Couronne de Bohême et surtout influencèrent d’une
manière remarquable la structure de la propriété nobiliaire. Cependant, il serait
quelque peu imprécis de ne vouloir situer la transformation du monde nobiliaire
dans les pays tchèques qu’à partir de 1620 car les prémices du changement
apparurent bien avant cette date.

96
Josef Macek, Jagellonský věk v českých zemích II (1471-1526). Šlechta, Prague, 1994 (pour le nombre de familles
nobles voir p. 33; cf. les données proviennent de la fin du XVe siècle); du même auteur, Česká středověká šlechta,
Prague, 1997.
97
Václav Bůžek – Josef Hrdlička – Pavel Král – Zdeněk Vybíral, Věk urozených, p. 47.
98
Jaroslav Pánek, «Stavovství v předbělohorské době (1526-1620)», FHB 6, 1984, p. 163-219. Le bilan
historiographique du sujet en question fut dressé par Zdeněk Vybíral, «Stavovství a dějiny moci v českých zemích
na prahu novověku. (Nové cesty ke starému tématu)», ČČH 99, 2001, no 4, p. 725-759 ; Jaroslav Pánek, «Proměny
nazírání na český stavovský stát v historiografii 19. a počátku 20. století», Právněhistorické studie 38, 2007, p. 93-
102.
99
Sur les relations entre la noblesse tchèque et les membres de la nouvelle dynastie voir dernièrement Zdeněk
Vybíral, Politická komunikace, p. 119-192 ou Václav Bůžek, «Les cours Habsbourg et la noblesse du royaume de
Bohême entre 1526 et 1620», in : Olivier Chaline (réd.), Familles nobles, châteaux et seigneuries en Bohême, XVIe-
XIXe siècles (=Histoire, Economie et Société 26), 2007, no 3, p. 7-20.
100
L’évolution politique des pays tchèques des années 1526-1547 fut décrite par Josef Janáček, České dějiny. Doba
předbělohorská 1526-1547, op.cit. Sur la révolte de 1547 et sur les tensions qui s’en suivirent voir Jaroslav Pánek,
Stavovská opozice a její zápas s Habsburky 1547-1577. K politické krizi feudální třídy v předbělohorském českém
státě (L’opposition des états et sa lutte contre les Habsbourg. A propos de la crise politique de la classe féodale dans
l’Etat tchèque d’avant la Montagne Blanche), Prague, 1982.
101
Voir notes 36 et 37 du présent travail.

53
Selon des estimations très grossières, on pouvait compter en Bohême au
début du XVIIe siècle environ 14 000 personnes nobles, femmes et enfants
compris, dont plus de 13 000 parmi la petite noblesse.102 Cette disproportion entre
« les chevaliers » et « les seigneurs » et la volonté des derniers de s’isoler devant
les membres des autres Etats en formant un groupe social restreint et clos, s’avèra
pour certains d’entre eux comme fatale. En effet, à la fin du XVIe siècle et dans les
premières décennies du siècle suivant, les historiens remarquèrent une tendance de
dépopulation dans le milieu de la haute noblesse dûe à l’épuisement génétique lié à
la consanguinité. La politique matrimoniale préférant les unions entre les
personnes dont les liens de parenté étaient très proches commença à apporter ses
fruits empoisonnés. Ainsi, dans les années 1597-1604, nombre d’anciennes
familles s’éteignirent et disparurent à jamais. En 1597, ce fut le cas des Boskovic,
des Šelnberk et d’une branche des Lobkovic, en 1600 des Krajíř, des Lomnic et
d’une lignée des Vartenberk, une année plus tard des Ludanic, suivis par les
Cimburk, en 1603, les Hradec, en 1604, sans oublier l’extinction des Rožmberk, en
1612, pour ne citer que les lignages les plus importants.103 Toutes ces vieilles
maisons se retrouvèrent vite substituées par d’autres, moins illustres (les Slavata,
les Švamberk, les Lichtenštejn, les Trčka, les Harant) auxquelles elles assurèrent
un considérable héritage et un prestige incontestable.104 Les conséquences de ces
changements eurent un effet durable sur le caractère de la société nobiliaire
tchèque car sans pour l’instant être touchée par les événements militaires, la
noblesse assista par-là à la première vague massive de brassage des biens.

102
Václav Bůžek – Josef Hrdlička – Pavel Král – Zdeněk Vybíral, op. cit., p. 54.
103
Jaroslav Honc, «Populační vývoj šesti generací 125 českých panských rodů v letech 1502 – 1794», HD 3, 1969,
p. 20-51 (ici p. 21-22).
104
Ibidem, p. 22. A propos du tranfert du prestige des familles éteintes sur leurs héritiers et sur la volonté de ces
derniers de profiter de la gloire des lignages disparus pour conforter leur propre situation tout en se présentant
comme descendants naturels et directs voir le plus récemment, sur l’exemple des Hradec, des Rožmberk et des
Slavata Václav Bůžek – Stanislav Doležal – Josef Hrdlička – Miroslav Novotný – Rostislav Smíšek, «Jezuitská
divadelní hra Rosa Novodomensis. Zlatá a červená pětilistá růže na zlatých hroudách jako nástroje tvorby mýtu», in:
Václav Bůžek (réd.), Šlechta raného novověku pohledem českých, francouzských a španělských historiků, České
Budějovice, 2009 (=OH 13), p. 263-305.

54
La victoire des armes impériales sur les états tchèques (mais aussi moraves,
silésiens et autrichiens) insurgés, le 8 novembre 1620, lors de la bataille de la
Montagne blanche et l’assassinat du général Wallenstein, en 1634, provoquèrent
une série de confiscations et redistributions des terres.105 La première phase du
processus - et la plus importante - débuta dès 1620 et se poursuivit jusqu’en 1622,
accompagnée de multiples négociations sur les modalités concrètes de la mainmise
du souverain sur les domaines concernés, dans les années 1623-1624 et 1627.106
Après une vague intérimaire arrivée entre 1628 – 1634 et liée, quant à elle, à la
victoire des Impériaux sur l’armée coalisée menée par Christian IV de Danemark
(ce qui libéra les mains à l’empereur pour se consacrer à la recatholicisation du
pays) et à l’expulsion des troupes saxonnes de la Bohême,107 advint, en 1634-1635,
une seconde phase (ne s’étendant pas à la Moravie) due à la redistribution de la
fortune colossale de Wallenstein et de ses proches Adam Trčka et Vilém Kinský.108
Cette expropriation forcée affermit l’autorité royale car Ferdinand II ne sut pas
conserver ces terres mais préféra créer sa propre clientèle en donnant ou vendant
ces dernières à vil prix également à ses partisans et à tous ceux qui avaient
contribué à sa victoire.
Lors de la première phase, en Moravie et en Bohême, les terres et les biens
furent retirés à leurs propriétaires par une commission que dirigèrent François de
Dietrichštejn et Charles de Lichtenštejn profitant amplement eux-mêmes du
processus, ce qui les propulsa à la tête de la société nobiliaire des pays tchèques.
Les seigneurs restés fidèles à l’Empereur, tels que les Martinic, les Michna de
Vacinov, les Slavata, les Lobkovic, les Černín, les Trčka, les Valdštejn... furent

105
Sur cette question, Tomáš Václav Bílek, Dějiny konfiskací v Čechách po roce 1618 (=L’histoire des confiscations
en Bohême après l’an 1618), Prague, 1882-1883, tomes I-II qui reste toujours une étude riche en informations,
concentrée sur la Bohême. Cependant, il faut désormais se reporter à l’étude de référence de Tomáš Knoz,
Pobělohorské konfiskace. Moravský průběh, středoevropské souvislosti, obecné aspekty (=Les confiscations après la
Montagne blanche. Déroulement morave, contexte européen, aspects généraux), Brno, 2006 dont le gros porte sur la
Moravie.
106
Tomáš Knoz, Pobělohorské konfiskace, p. 389-390.
107
Tomáš Václav Bílek, Dějiny konfiskací v Čechách, p. CXLIII-CXLVII.
108
Josef Dostál, «Z historie trčkovských konfiskací», ČČH 50, 1947-1949, 165-184 ; Josef Janáček, Valdštejn a jeho
doba, Prague, 1978, p. 525-531.

55
largement récompensés. (Les membres des deux dernières familles citées
connaîtront la disgrâce dans les annés à venir. Cependant, malgré la confiscation
des biens du généralissime, les Valdštejn sauront conserver leur rang parmi les plus
grosses fortunes du pays.) Le terme de « nouvelle noblesse » souvent utilisé dans
l’historiographie tchèque pour désigner les familles dont l’ascension commence
après 1620, n’est pas pour cette raison tout à fait précis car la composition du
groupe de ces « nouveaux venus » est très hétérogène tant du point de vue de leurs
origines sociales que géographiques. Compte tenu de la situation géopolitique de
l’époque, il n’est pas étonnant de constater que le plus grand nombre fut composé
d’hommes de guerre, des généraux ou des commandants de l’armée impériale. Les
hommes politiques, les officiers royaux ainsi que les bureaucrates d’origine
bourgeoise – bref, les personnes ayant liées leurs destins au service à la cour
impériale – représentèrent, eux aussi, une partie importante. L’installation des
Marradas, Eggenberg, Buquoy, Gallas, Verdugo, Nostitz, Huerta, Aldringen,
Piccolomini, Thun, Colloredo…en Bohême et des Salm, Werdenberg, Magnis,
Forgacz, Collalto, Serényi…en Moravie date de cette époque. Certes, pour ce qui
est de la provenance géographique, les plus nombreux furent les nobles venant des
pays allemands, de la Haute et Basse-Autriche, suivis par les membres des familles
italiennes, françaises - dont la plupart de la Lorraine - espagnoles et originaires des
Pays-Bas espagnols. Mais comme nous venons de le signaler, un groupe non
négligeable des « nouveaux venus » était originaire de la Bohême, de la Moravie
ou de la Silésie.109

109
Au sujet de la « nouvelle noblesse » voir Otto Placht, Lidnatost a společenská skladba českého státu v 16. – 18.
století, Prague, 1957, p. 216-222 ; Josef Polišenský – Frederick Snider, «Změny ve složení české šlechty v 16. a 17.
století» (=Les changements de la composition de la noblesse tchèque aux XVIe et XVIIe siècles), ČsČH 20, 1972, p.
515-525; František Matějek, «Bílá hora a moravská feudální společnost» (=La Montagne blanche et la société
féodale morave), ČsČH 22, 1974, p. 81-104; Alois Míka, «K národnostním poměrům v Čechách po třicetileté válce»
(=Au sujet des nationalités en Bohême après la guerre de Trente ans), ČsČH 24, 1976, p. 535-563. Voir également,
dans un ouvrage collectif sous la direction de Josef Petráň, Proměny feudální třídy v Čechách (=Les transformations
de la classe féodale en Bohême) (=Acta Universitatis Carolinae, Philosophica et historica 1, Studia historica 14),
Prague, 1976, le texte de Petr Čornej, «Vliv pobělohorských konfiskací na skladbu feudální třídy» (=Le rôle des
confiscations après la Montagne blanche dans la composition de la classe féodale), p. 165-194 et celui d‘Oldřich
Felcman, «Majetkové poměry feudální třídy v druhé polovině 17. století» (=La possession des biens de la classe
féodale dans la deuxième moitié du XVIIe siècle), p. 195-228. S’y ajoutent Josef Válka, Česká společnost v 15.-18.
století. Bělohorská doba. Společnost a kultura „manýrismu“ (=La société tchèque aux XVe – XVIIIe siècles.

56
De telles transformations ne furent guère envisageables sans modification
aucune du système législatif du pays ni même de statut juridique de la noblesse.
Ferdinand II modifia la répartition du pouvoir à son profit, grâce aux constitutions
rénovées, celle de 1627 pour la Bohême et celle de 1628 pour la Moravie.110 Leur
contenu pourrait se résumer en huit points essentiels.
D’abord, le monarque abolit le principe de l’éligibilité du trône tchèque, la
couronne du roi de Bohême échut de façon héréditaire entre les mains des
Habsbourg. (Le passage obligé devant le collège électoral issu de la noblesse du
pays et qui se prononçait sur le sort du candidat, fut alors supprimé.) Ensuite, le
clergé, ayant perdu son pouvoir politique lors des guerres hussites au XVe siècle,
fut restitué en tant que premier Ordre du royaume. Troisièmement, la nouvelle loi
interdit l’application de la Lettre de Majesté de 1609111 et proscrit toutes les Eglises
et sectes non-catholiques, sauf les Juifs, qui demeurèrent plus ou moins tolérés.
Suivit une ordonnance stipulant que les lois et leurs amendements n’émaneraient
désormais que de l’initiative personnelle du souverain.112 Une autre partie du texte
concernait les officiers. Les membres de l’appareil administratif, tant au niveau
central que local, furent censés, à l’entrée dans leur service, prêter serment
uniquement au roi et non également aux Etats tchèques, ce qui était la coutume

L’époque de la Montagne blanche. La société et culture du maniérisme), Praha, 1983, p. 67-74; du même auteur,
Dějiny Moravy – Morava reformace, renesance a baroka (=L’histoire de la Moravie – La Moravie de la réforme, de
la renaissance et du baroque), Brno, 1996, p. 138-144; Robert John Weston Evans, Vznik habsburské monarchie
1550 – 1700 (=Création de la monarchie des Habsbourg), Prague, 2003, p. 232-247 (traduction tchèque d’après
l’édition de 1998). Plus récemment Václav Bůžek – Petr Maťa, «Wandlungen des Adels in Böhmen und Mähren in
Zeitalter des „Absolutismus“ (1620 – 1740)», in: Der europäische Adel im Ancien Régime. Von der Krise der
ständischen Monarchien bis zur Revolution (ca 1600 – 1789), Robert G. Asch (éd.), Köln-Weimar-Wien, 2001, p.
287-321. A comparer avec les deux dernières synthèses sur la noblesse des pays de la Couronne de Bohême: Václav
Bůžek – Josef Hrdlička – Pavel Král – Zdeněk Vybíral, Věk urozených, p. 160-168; Petr Maťa, Svět české
aristokracie, p. 148-156.
110
Leurs textes furent publiés par Hermenegild Jireček (éd.), Obnovené právo a Zřízení zemské dědičného království
Českého 1627. Verneuerte Landes-Ordnung des Erb-Königreichs Böhmen 1627, Prague, 1888 ; du même éditeur,
Constitutiones Margraviatus Moraviae anno 1628 reformatae, Prague-Wien-Leipzig, 1890. La Constitution
rénovée pour la Bohême a fait l’objet de deux études récentes : L. Rentzow, Die Entstehungs- und
Wirkungsgeschichte der Vernewerten Landesordnung für das Königreich Böhmen von 1627, Francfort-sur-le-Main-
Berlin-Berne-New York-Paris-Vienne, 1998 et Hans-Wolfgang Bergerhausen, «Die ‘Verneuerte Landesordnung’ in
Böhmen 1627. Ein Grunddokument des habsburgischen Absolutismus » , Historische Zeitschrift, 272/2001, p. 327–
351.
111
Voir note no 32.
112
Cette décision fut néanmoins assez vite modérée et les Diètes retrouvèrent, dès 1640, le droit de l’initiative
législative. Karel Malý – Jiří Šouša – Klára Kučerová (éd.), «Deklaratoria a Novely Obnoveného zřízení zemského»,
in: Ladislav Soukup – Karel Malý (réd.), Vývoj české ústavnosti 1618-1918, Prague, 2007, p. 793-873.

57
jusqu’à présent. En même temps, les offices passèrent des bénéfices héréditaires en
des fonctions occupées généralement pendant cinq ans. Les paragraphes conférant
à nouveau au pouvoir royal le contrôle sur une partie de la justice représentèrent,
eux aussi, des changements non négligeables.113 La mise au même niveau du
tchèque et de l’allemand dans l’administration du pays compta pour l’avant dernier
des domaines visés. Le dernier, huitième point, toucha directement le monde
nobiliaire et mérite alors d’être analysé de plus près.
Les constitutions de 1627 et 1628 permirent en effet au roi d’intervenir
personnellement dans le procès d’attribution de « l’incolat », ce qui signifiait
l’autorisation officielle de siéger à la diète, accéder aux offices et de disposer
librement de terres dans les pays en question, décision réservée auparavant à la
diète.114 Le « Ius incolatus », telle était sa dénomination latine,115 incarnait de ce
fait une institution essentielle et la base-même de l’existence des nobles, tous
rangs confondus. L’heureux acquéreur de ce droit intégra l’un des deux ordres qui
lui fut désigné (« seigneurs » ou « chevaliers ») et devint habitant à part entière
avec tout ce que cela impliquait pour son statut. Si l’obtention de l’incolat émanait
auparavant d’une concertation entre le souverain et les représentants d’ordres lors

113
Voir note 50.
114
Au sujet de l’incolat Antonín Gindely, Die Entwicklung des böhmischen Adels und der Inkolatsverhältnisse seit
dem 16. Jahrhundert, Prague, 1886; Antonín Rybička, «O přijímání do stavu rytířského na Moravě», ČMM 19,
1895, p. 67-68; Bohumil Baxa, Inkolát (a indigenát) v zemích koruny české od roku 1749 – 1848 (=L’incolat dans
les pays de la couronne de Bohême 1749-1848), Prague, 1908; Vladimír Klecanda, «Přijímání do rytířského stavu
v zemích českých a rakouských na počátku novověku» (=Attribution de la dignité de l’Etat des chevaliers dans les
pays tchèques et en Autriche au début de l’ère moderne), Časopis Archivní školy, 6, 1928, p. 1-125 (paru également
séparément sous le même titre, Prague, 1928); du même auteur, «Přijímání cizozemců na sněmu do Čech za
obyvatele. Příspěvek k dějinám inkolátu před obnoveným zřízením zemským» (=L’acceptation des étrangers comme
habitants de la Bohême lors des diètes du pays. Contribution à l’histoire de l’incolat avant la Constitution renovée),
in: Václav Vojtíšek (réd.), Sborník prací věnovaných G. Friedrichovi k šedesátým narozeninám, Prague, 1931, p.
456-467; Alois Míka, «Národnostní poměry v českých zemích před třicetiletou válkou», ČsČH 20, 1972, p. 207-233
(ici p. 221-222); Václav Elznic, «Inkolát v českém státním právu» (=L’incolat dans le droit tchèque), Listy
genealogické a heraldické společnosti v Praze, cahier 1-6, Prague, 1976-1977, p. 53-59; Karel Malý – Florian Sivák,
Dějiny státu a práva v českých zemích a na Slovensku do roku 1918 (=Histoire de l’Etat et du droit dans les pays
tchèques et en Slovaquie jusqu’en 1918), Prague, 1992, p. 118-119, 257; Marek Starý, «Ius incolatus. Několik
poznámek k českému právu obyvatelskému v době předbělohorské», Právník 145, 2006, no 12, p. 1452-1466.
115
Le substantif latin « incŏlātŭs, ūs, m. » (=résidence en pays étranger) est un dérivé du substantif « incŏla, ae,
m. » (=celui qui demeure dans un lieu ; habitant), lui-même issu du verbe « incŏlo, āre » (=habiter). Félix Gaffiot,
Dictionnaire illustré latin-français, Hachette, Paris, 1934, p. 797.

58
des diètes – le roi intercédait pour le candidat mais c’était aux diètes de trancher –
désormais, seul le monarque détenait entre ses mains toute l’ initiative.116
Ainsi, dans les années 1627 – 1656, Ferdinand II et son successeur
Ferdinand III, accordèrent aux 417 personnes nobles l’incolat pour les pays
tchèques. Parmi ces dernières, les plus nombreuses furent celles qui vinrent des
pays allemands et de la Haute et Basse-Autriche (200). S’en suivirent 107 noms
originaires de la Bohême, de la Moravie, de la Silésie et de Lusace. Arrivèrent
enfin les membres des familles italiennes (43), françaises (20) - dont la plupart de
la Lorraine - espagnoles (11), originaires des Pays-Bas espagnols (7) et autres.117
Mais afin de reconnaître définitivement l’appartenance du prétendant au
corps nobiliaire, deux conditions supplémentaires furent encore nécessaires.
D’abord, il fallut passer devant les hauts officiers du pays pour prêter serment de
fidélité et de loyauté (Erbhuldigungseid en allemand, juramentum fidelitatis en
latin) envers le roi de Bohême actuel ainsi qu’à tous ses successeurs. Ensuite,
chaque candidat dut s’engager par écrit à vouloir bien respecter le droit, les lois et
les devoirs du pays où il comptait s’installer (Revers zum Lande en allemand) et à
déposer sa déclaration auprès l’office des Tables du royaume.118 Ce n’était qu’avec
cet acte que le procès, appelé également en allemand « Habilitierung im Lande »
(=habilitation pour le pays ) atteignait sa fin.119
Une fois la procédure d’entrée terminée, la personne concernée acquérait le
droit d’utiliser les Tables du royaume ( « Desky zemské » en tchèque,
« Landtaffel » en allemand) déjà mentionnées. Car loin d’être totalement libre, la
possession des biens obéissait à certaines règles basiques que nul n’était autorisé à
transgresser. En effet, toutes les acquisitions, achats, ventes, héritages, dots mais

116
Vladimír Klecanda, «Přijímání do rytířského stavu», p. 458-463.
117
Josef Polišenský – Frederick Snider, «Změny ve složení české šlechty», p. 520-522.
118
Christian d’Elvert, «Das Incolat, die Habilitierung zum Lande, die Erbhuldigung und Intabulations-Zwang in
Mähren und Oesterr. Schlesien», NB 1882, no 3, p.17-18 ; no 4, p. 29-32 ; no 6, p. 47-48 ; no 7, p. 51-55. Le plus
récemment sur le même sujet Jiří Brňovják, «K úřednímu procesu přijetí do zemské stavovské obce v období od
vydání Obnovených zřízení zemských do poloviny 19. století a jeho písemnostem», in : Jiří Brňovják (réd.),
Nobilitace ve světle písemných pramenů, Ostrava, 2009 (=Nobilitas in historia moderna II), p. 121-140.
119
Jiří Brňovják, «K úřednímu procesu», p. 133.

59
également les actes de mariage, testaments, déclarations officielles de tout genre et
autres documents importants étaient notés dans des registres fondés auprès du
Tribunal du pays à Prague afin de les légaliser et de les vérifier ultérieurement si
besoin l’était. Etre propriétaire des terres répertoriées ainsi, donnait le droit (après
l’obtention de l’incolat) d’occuper les postes dans l’administration du pays.120 A
l’origine, les inscriptions se faisaient uniquement en tchèque, dès 1627 (1628),
l’allemand fut autorisé comme seconde langue. Telle était la situation en Bohême
mais la Moravie, elle aussi, connaissait une institution analogique.121 Quant à la
Silésie, nos connaissances demeurent pour le moment lacunaires mais il semble
que la réalité y était beaucoup plus complexe.122
Les bouleversements advenus après 1620 dans le monde des élites furent
accentués par un problème de taille, celui des titres nobiliaires. Depuis son
établissement définitif au début du XVIe siècle, la hiérarchie sociale de la noblesse
des pays tchèques montrait une incompatibilité totale non seulement avec les pays
adjacents de la Couronne de Bohême mais surtout en comparaison aux autres pays
de la monarchie des Habsbourg. Les nobles tchèques connaissaient bien sûr
certains titres utilisés couramment dans le Saint-Empire mais leur structure
différait radicalement de celui-ci. Dans ce contexte, tous les changements octroyés
dès la Montagne blanche convergèrent vers un seul but – une restructuration
complète des élites dans la monarchie. L’ancien système fut aboli pour céder sa
place à une construction sociale symétrique valable et plus ou moins respectée
dans tous les pays Habsbourg. Pour la Bohême et la Moravie, le modèle du Saint-
Empire, en vigueur également dans les pays héréditaires autrichiens, servit

120
Pavla Burdová, «Úřad desek zemských» (=Office des registres des Tables du royaume), SAP 36, 1986, p. 273 -
379 ; du même auteur, Desky zemské 1541-1869. Inventář (=Tables du royaume. Inventaire), t. I, II, Prague, 1990 ;
du même auteur, «Desky zemské. (Rozdělení po stránce obsahové a formální)» /=Tables du royaume. (Division
d’après le contenu et division formelle), SAP 43, 1993, p. 347-439.
121
Libuše Urbánková, Fond A3. Stavovské rukopisy 1348-1884. Inventář, Brno, 1990.
122
Jiří Brňovják, «K úřednímu procesu», p. 125-126 ; 133. Pour un aperçu de l’histoire du pays voir Radek Fukala,
Slezsko. Neznámá země Koruny české. Knížecí a stavovské Slezsko do roku 1740, České Budějovice, 2007, ici
notamment p. 150-211 sur l’évolution du territoire en question dès l’avènement des Habsbourg en 1526 jusqu’à
l’annexion par la Prusse en 1740.

60
d’exemple. Cependant, cette décision n’abrogea tout de même pas la division
traditionnelle de la noblesse tchèque en « seigneurs » et « chevaliers ».123
Ainsi, la haute noblesse comportait les princes (« kníže » en tchèque ;
« Fürst » en allemand) dont le titre était parfois couplé à celui des ducs
(« vévoda » ; « Herzog »). La dignité princière comptait pour la plus prestigieuse
et seules quelques familles comme les Eggenberg, Liechtenstein, Dietrichstein,
Lobkowicz, Auersperg, Schwarzenberg ou Kinsky pouvaient s’en targuer. Le degré
suivant appartenait aux comtes (« hrabě » ; « Graf »). Ce dernier était plus répandu
et le grade comtal fut avant la fin du XVIIe siècle entre autre accordé à toutes les
anciennes familles tchèques catholiques restées dans le pays après 1620 de manière
à ce qu’en 1741, les comtes forment, eux-mêmes, près de 70% de membres de la
haute noblesse.124 Le troisième rang dans la hiérarchie était réservé aux barons
(« svobodný pán » ; « Freiherr »), titre attribué automatiquement à toutes les
personnes anoblies dans les rangs de la haute noblesse et n’ayant pas atteint la
qualité des deux plus hautes catégories. Quant à la petite noblesse, elle se
retrouvait séparée entre les chevaliers (« rytíř » ; « Ritter ») et les simples nobles
(« šlechtic » ; « Edler »). Hormis les titres, la distinction se faisait également par
les formules d’appel respectives. Aux princes était réservée la formule « Altesse »
(« Jasnost » ; « Durchlaucht »), les comtes utilisaient l’expression « haut né »
(« vysoce urozený » ; « Hochgeboren »), les barons « bien né » (« blahorodý
pán » ; « Wohlgeboren ») ou « Excellence ». Pour marquer une faveur
exceptionnelle à un membre issu de la haute noblesse, le souverain pouvait aussi
ordonner par une lettre patente de s’adresser à celui-ci en employant la tournure «
Hoch– und Wohlgeboren » ce qui plaçait la personne en question immédiatement
en deuxième position dans la hiérarchie, juste derrière les princes. En ce qui

123
Jan Županič, Nová šlechta rakouského císařství, Prague, 2006, p. 48-56; Petr Maťa, Svět české aristokracie, p.
52-76.
124
Petr Maťa, Svět české aristokracie, p. 72.

61
concerne la petite noblesse, on utilisait une même figure pour les deux rangs, celle
de « seigneur » dans le sens « personne noble » (« Urozený pán » ; « Herr »).125
L’appartenance au corps nobiliaire ne représentait cependant pas un
privilège définitif et son acquisition pouvait aussi bien être annulée. Nombreuses
furent les familles qui se virent retirer ce droit, notamment à cause de leur
appauvrissement et une chute radicale de leur prestige social qui s’en suivit. Des
centaines de cas similaires furent enregistrés en particulier pendant la guerre de
Trente Ans et lors de la période de l’après conflit, surtout parmi la petite
noblesse.126 Le partage des biens entre les enfants risquait, lui aussi, d’émietter la
fortune familiale et de compromettre la position du lignage. Pour contrer ce
danger, l’institution du fidéicommis fut mise en application. Il s’agit « d’un
dispositif juridique par lequel une personne (le disposant) gratifiait une autre
personne d’un bien, pour qu’elle le remette à un tiers à l’époque fixée par le
disposant, généralement à son décès ».127 Concrètement, le fidéicommis signifiait
qu’une partie des biens ou leur totalité était mise hors des transactions
économiques et juridiques, désignée comme indivisible et confiée à un membre de
la famille qui la transmettait à un descendant choisi, souvent au fils aîné. Dans la
monarchie des Habsbourg, les fidéicommis (connus également sous le nom de «
majorat ») commençèrent à être massivement utilisés après 1620 et appliqués
d’abord par les acquéreurs des domaines confisqués, les anciennes familles
tchèques et les nouveaux venus confondus. Tout majorat était fondé par un acte
individuel – le plus couramment par un testament – mais toujours après un accord
préalable du souverain. Si vers la fin du XVIIe siècle une majorité de maisons
nobles se trouvait dotée d’un fidéicommis, cela ne put éviter un grave problème,
car ce dispositif désavantageait les branches cadettes ainsi que les femmes. Ces

125
Milan Buben, «Nástin vývoje české šlechtické titulatury», Prostor 6, no 21, 1992, p. 199-208; du même auteur,
«K vývoji české šlechtické titulatury», Historický obzor 4, 1993, no 3, p. 67-69.
126
Otto Placht, Lidnatost a společenská skladba českého státu, p. 219-220 ; 225 ; 232 ; 241-242.
127
Le nouveau Petit Robert de la langue française, Paris, 2009.

62
lignées s’étant retrouvées sans moyens, elles cherchèrent alors à gagner leur vie au
service de l’Etat, dans l’armée ou dans les rangs de l’Eglise.128
Si certains aspects généraux de l’existence et de l’évolution de la société
nobiliaire des pays de la Couronne de Bohême sont relativement bien connus,
qu’en est-il en ce qui concerne la noblesse baroque ? Car avant de nous intéresser à
la migration francophone des XVIIe – XVIIIe siècles, il conviendrait de dresser
d’abord l’état des lieux historiographique concernant la société aristocratique de la
période en question.
La chute du régime communiste a permis de nouvelles orientations de la
recherche historique dans un pays immergé pendant près de quarante-cinq ans dans
le marasme culturel et intellectuel propre aux anciennes « démocraties
populaires ». Les événements, pour ne pas dire les époques entières, occultés ou
délibérément déformés par la propagande d’Etat sont étudiés et analysés, les
paradigmes bien rodés et stéréotypés tombent, des plumes des historiens sortent les
nouvelles œuvres monographiques trouvant vite leur place sur le marché.
Cependant, il faut rester vigilant devant une telle floraison de la production
historiographique car l’évolution dans ce domaine ne se montre pas homogène.
Elle avance, pour ainsi dire, à deux vitesses. Certains sujets ont suscité, certes, un
vif intérêt des chercheurs dès le retour de la démocratie dans le pays, d’autres, en
revanche, sont devenus ou sont en train de devenir attractifs auprès des derniers
après une période d’hésitation.129

128
Jan Kapras, «Velkostatky a fideikomisy v českém státě», Právnické rozhledy 19, 1918/19, p. 32-34; 48-53; 65-
72; 118-123; Valentin Urfus, «Rodinný fideikomis v Čechách», Právněhistorické studie 9/1962, p. 193-238; Jiří
Georgiev, «České fideikomisy v posledních letech své existence. Poznámky k aspektům archivním a právním», in:
Paginae historiae. Sborník Státního ústředního archivu v Praze, 9, Prague, 2001; à comparer à Petr Maťa, Svět
české aristokracie, p. 133-135; Jan Županič, Nová šlechta rakouského císařství, p. 248-256; Aleš Valenta, Lesk a
bída barokní aristokracie, České Budějovice, 2011, p. 47-56.
129
C’est l’article récapitulatif de Svatava Raková, «Pobělohorské Temno v české historiografii 90. let: pokus o
sondu do proměn historického vědomí» (=L’époque des Ténèbres après la Montagne Blanche dans l’historiographie
tchèque des années 90 : le sondage de la mutation de la conscience historique), ČČH 99, 2001, p. 569-588 qui fait
l‘état des lieux de recherches historiques tchèques sur les XVIIe-XVIIIe siècles des années 90 du siècle dernier. Dans
un contexte plus large voir également Svatava Raková, «Světové dějiny raného novověku v české historické vědě po
roce 1989: dědictví, změny a přísliby» (=L’histoire mondiale de l’époque moderne dans l’historiographie tchèque
après 1989: l’héritage, changements et promesses), FHB 23, 2008, p. 287-315.

63
L’histoire moderne entre la guerre de Trente Ans et l’ère des réformes
éclairées de l’impératrice Marie Thérèse et surtout de celles de son fils Joseph II,
autrement dit l’histoire de l’époque baroque, représentait pour les historiens
tchèques un thème devant lequel ils passaient, excepté les historiens d’art, plus ou
moins en silence et cela non seulement au XIXe mais presque jusqu’à la fin des
années 90 du XXe siècle. Rejetée par les Lumières qui la jugeaient obscurantiste,
dominée par les superstitions et l’inculture, elle fut aussi ignorée par les libéraux
du XIXe siècle qui lui reprochaient son caractère « antidémocratique », marqué par
l’oppression du peuple par la noblesse omniprésente. Dans la deuxième moitié du
XIXe siècle, ce rejet a été renforcé par l’essor du nationalisme. Il en a résulté une
vision discontinue de l’histoire tchèque faisant de l’année 1620, celle de la défaite
à la Montagne Blanche des états de Bohême, de Moravie, de Silésie, de Haute-
Autriche révoltés contre le monarque Habsbourg, l’année charnière entre deux
ères. La coupure entre «l’avant » (synonyme de période de calme, de stabilité et
des libertés confessionnelles à l’image du règne de l’Empereur Rodolphe II) et
« l’après » 1620 (associé à l’époque des « Ténèbres », de la décadence, des
troubles et souffrances semés par la guerre et l’oppression à la fois étrangère et
catholique) dans l’historiographie du pays demeura longtemps très nette et reste
toujours partiellement perceptible.130

130
Cette construction simplifiée noire et blanche est toujours chérie par certains historiens du pays comme Jan Fiala,
Hrozné doby protireformace, Heršpice u Slavkova, 1997 (voir le refus catégorique de ce texte par Tomáš Knoz,
ČMM 117, 1998, p. 513-516); du même auteur, Temno, doba Koniášova, Benešov, 2001. La question de la fonction
de la Montagne Blanche dans le processus de la création de l’identité nationale tchèque à travers la mémoire
collective et celle du contexte historique de l’évolution du mythe de 1620 furent traitées par Josef Petráň, «Na téma
mýtu Bílá hora» (=Au sujet du mythe de la Montagne Blanche), in : Zdeňka Hledíková (ed.), Traditio et cultus.
Miscellanea historica bohemica Miloslao Vlk, archiepiscopo Pragensi, ab eius collegis amicisque ad annum
sexagesimum dedicata, Prague, 1993, p. 141-162. La traduction française de cette brillante analyse se trouve dans
Marie-Élisabeth Ducreux – Antoine Marès, Enjeux de l’histoire en Europe centrale, Paris, 2002, p. 15-50. Voir
aussi Jiří Rak, «Tři sta let jsme úpěli» (=On a gémi pendant trois cents ans), in: Bývali Čechové...České historické
mýty a stereotypy (=Les Tchèques furent …Les mythes et stéréotypes historiques tchèques), Prague, 1994, p. 127-
140 ; Vít Vlnas, «„Médea to česká s dítek vraždou.“ Mýtus Bílé hory» (=“C’est Médée tchèque avec l’assassinat de
ses enfants.“ Le Mythe de la Montagne Blanche), DaS 11/2007, p. 14 – 16; Marie Koldinská, «Bělohorský mýtus v
českém historickém povědomí 20. století» (=Le mythe de la Montagne Blanche dans la conscience historique
tchèque du XXe siècle), in: Jiří Mikulec – Miloslav Polívka (edd), Per saecula ad tempora nostra. Sborník prací
k šedesátým narozeninám profesora Jaroslava Pánka (=Recueil des textes à l’occasion du soixantième anniversaire
du professeur Jaroslav Pánek), Prague, 2007, p. 954 – 959. Il ne faut pas oublier le texte provocateur de Ivana
Čornejová, «Co by bylo, kdyby nebyla bitva na Bílé hoře» (=Qu’est qui arrivera si la bataille de la Montagne
Blanche n’avait pas eu lieu), Táborský archiv, 15, 2007, p. 155 – 171.

64
Pourtant, la question clé des conséquences de la défaite des états insurgés,
l’analyse de l’impact de la guerre de Trente Ans et de l’émigration sur la vie des
villes et de la campagne, le phénomène de la recatholicisation et la polarité entre le
déclin général supposé et l’essor culturel indiscutable comptent parmi les thèmes
de premier plan de l’histoire du XVIIe siècle dans les pays tchèques car leur
interprétation influence également toute autre perception des époques suivantes.131
On pourrait s’attendre à ce qu’après 1989 les recherches nobiliaires couvrant
le XVIIe et la première moitié du XVIIIe changent de façon radicale et à ce qu’elles
connaissent un essor rapide de l’intérêt auprès des historiens de divers domaines.
Or, cela n’a pas été si simple. D’abord, avec la liberté retrouvée, le pays a certes
connu une conjoncture formidable de la curiosité portée sur la noblesse attisée par
le retour de certaines des familles expulsées par le régime totalitaire ainsi que par
une vague de restitutions de leurs biens qui s’en suivit. Mais, il en résultait une
production littéraire destinée plutôt à rassasier les lecteurs avides d’histoires
pimentées que le public averti.132 A cela il faut ajouter une floraison de généalogies
nobiliaires qui n’ont cependant jamais vraiment connu une réelle césure133 et un
certain nombre d’ouvrages encyclopédiques lesquels, malheureusement, ne sont

131
Svatava Raková, «Pobělohorské Temno», p. 570. Une liste des stéréotypes et des préjugés de l’après 1620 dans
l’historiographie tchèque fut élaborée par Zdeněk Hojda, « „Idola” barokního bádání aneb jak se vyhnout Skylle a
neupadnout v osidla Charybdy» (=Idéal de recherches historiques baroques ou comment éviter Scylla et ne pas
tomber dans les pièges de Charybde), in : Zdeněk Hojda (éd.), Kultura baroka v Čechách a na Moravě, Práce HÚ
ČAV, Miscellanea C 6, Prague, 1992, p. 15-26. Voir également Ivana Čornejová, «Zapalte kacířské bludy. Mýtus na
téma „temno” » (=Faites brûler les mensonges hérétiques. Le mythe sur le thème des « ténèbres »), DaS 11/2008, p.
14 – 17.
132
A titre d’exemple, tel fut le cas des œuvres de Jan M. Dobrzenský z Dobrzenicz, Z Dobřenic je cesta dlouhá,
Chotěboř, 1996; Vladimír Votýpka, Příběhy české šlechty, Prague, 1995 (2 ème édition complétée Prague, 2002); du
même auteur, Návraty české šlechty, Prague, 2002; du même auteur, Paradoxy české šlechty, Prague, 2005; Boris
Dočekal, Osudy českých šlechticů, Prague, 2002; du même auteur, Příběhy českých šlechticů, Prague, 2006; Pavel
Vaculík, Komunistická perzekuce šlechty, Prague, 2004.
133
Ce genre d’études peut être représenté ici par Karel Vavřínek – Milan M. Buben, Almanach českých šlechtických
a rytířských rodů, Prague, 2004; Vladimír Pouzar – Petr Mašek – Hugo Mensdorff-Pouilly – Pavel R. Pokorný,
Almanach českých šlechtických rodů, Prague, 1995-2007 (plusieurs volumes furent publiés durant cette période);
Stanislav Kasík – Petr Mašek – Marie Mžyková, Lobkowiczové. Dějiny a genealogie rodu, České Budějovice, 2002;
Pavel Koblasa, Czerninové z Chudenic, České Budějovice, 2000; du même auteur, Buquoyové. Stručné dějiny rodu
(=Buquoy. Histoire abrégée de la famille), České Budějovice, 2002; Aleš Valenta, Dějiny rodu Kinských, České
Budějovice, 2004 (celui-ci vient de compléter une étude de Rudolf Kinský, Rod Kinských na Chlumci, Praha, 1930);
Eva Skalická, Šlechtické rody na Rakovnicku, Rakovník, 1998; Jiří Hás, Šlechtické rody na Rychnovsku (=Les
familles nobles dans la région de Rychnov), Prague, 2001.

65
pas toujours très fiables, contiennent parfois des erreurs et demeurent pour leur
plupart assez laconiques.134
Un autre domaine de recherches sur la noblesse n’a également jamais
disparu et progresse aujourd’hui à son rythme – celui de l’étude architecturale des
châteaux et des palais, cette dernière souvent liée à l’histoire de l’art.135 Cependant,
comme l’a constaté l’historienne tchèque Svatava Raková dans son texte
rétrospectif136, les années 90 du siècle dernier n’ont connu un virement
spectaculaire ni dans les travaux consacrés à l’époque baroque en général mais
encore moins sur le segment noble de la société. Compte tenu de l’évolution
politique du pays, cette situation ne paraît pas très étonnante. Il faut un certain
temps pour s’informer de ce qui se fait sur l’histoire des noblesses ailleurs en
Europe, de découvrir les nouvelles approches méthodologiques et pour s’adapter
intellectuellement à des problématiques différentes liées à ce genre d’études et bien
évidemment pour lancer de nouvelles recherches. On ne s’extrait pas rapidement ni
facilement d’un contexte idéologique défavorable, surtout lorsque cela implique de

134
Jan Halada, Lexikon české šlechty. Erby, fakta, osobnosti, sídla a zajímavosti, Prague, 1999; Petr Mašek, Modrá
krev. Minulost a přítomnost 445 šlechtických rodů v českých zemích, Prague, 1999; Jan Županič – Michal Fiala –
František Stellner, Encyklopedie knížecích rodů zemí Koruny české, Prague, 2001. Petr Mašek vient également de
publier un dictionnaire de familles nobles en Bohême, Moravie et Silésie, contenant de courtes notices des lignages
ayant vécu dans les pays tchèques depuis 1620 jusqu’à nos jours. Voir Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na
Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do současnosti, I, A-M, Prague, 2008, II, N-Z, Prague, 2010. Le caractère
encyclopédique marqua aussi les ouvrages bien garnis en matière iconographique de Pavel Juřík, Jihočeské
dominium. Rožmberkové, Eggenbergové, Schwarzenbergové a Buquoyové v jižních Čechách, Prague, 2008; du
même auteur, Moravská dominia Liechtensteinů a Dietrichsteinů, Prague, 2009; du même auteur, Dominia pánů
z Hradce, Slavatů a Czerninů, Prague, 2010. La liste pourrait être complétée par Milan Mysliveček, Velký erbovník.
Encyklopedie rodů a erbů v zemích Koruny české, I-II, Plzeň, 2005-2006.
135
La continuité de ces travaux entre le premier tiers du XXe siècle et la fin de l’époque communiste fut assurée par
l’ouvrage collectif monumental Hrady, zámky a tvrze v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, I-VII, Prague, 1981-1988.
Après la chute du régime en 1989, les titres de référence du début du siècle dernier furent réédités, tels que August
Sedláček, Hrady, zámky a tvrze Království českého, I-XV, Prague, 1993-1998; du même auteur, Místopisný slovník
historický Království českého, Prague, 1998. Cette lignée est actuellement représentée par exemple par les œuvres à
caractère encyclopédique de Pavel Vlček, Encyklopedie českých zámků, Prague, 1994 (une édition refondue et
complétée est parue comme Ilustrovaná encyklopedie českých zámků, Prague, 1999); Bohumil Samek, Umělecké
památky Moravy a Slezska, I-II, Prague, 1994-1999; Miroslav Plaček, Hrady a zámky na Moravě a ve Slezsku,
Prague, 1996. Plus récemment Mojmír Horyna, Aristokratická sídla období baroka, Prague, 2001; Zdeněk Kalista,
Cesta po českých hradech a zámcích aneb Mezi tím, co je, a tím, co není, Prague, 2003; Bohumil Samek (réd.), Sál
předků na zámku ve Vranově nad Dyjí, Brno, 2003; Tomáš Jeřábek – Jiří Kroupa, Brněnské paláce. Stavby duchovní
a světské aristokracie v raném novověku, I, Brno, 2005; Pavel Šopák, «Typologické aspekty zámecké architektury
první poloviny 18. století v takzvaných moravských enklávách ve Slezsku. (Příklad Štáblovic a Deštného)», Acta
historica et museologica Universitatis Silesianae Opaviensis, Řada C, 7, 2007, p. 233-244.
136
Svatava Raková, «Pobělohorské Temno», p. 573, 576, 577.

66
toucher au composant fondateur du mythe national.137 Les premiers rayons d’une
lumière nouvelle n’apparaissent alors que vers la fin de la décennie en question.138
Toutefois, une certaine séparation entre la Bohême et la Moravie reste toujours
perceptible et il est plus que rare que la Silésie (au moins la partie tchèque de la
région) soit prise en compte.
L’impulsion fut donnée par un colloque international portant sur la noblesse
baroque organisé par l’Université de la Bohême du Sud en 1995 lors duquel les
participants présentaient les fruits de leurs travaux sur la structure des diverses
cours nobles en Bohême et en Moravie, sur le rôle représentatif des résidences
seigneuriales, sur les collections et le mécénat artistiques, sur les activités
culturelles nobiliaires, notamment les productions musicales et théâtrales, sur la
question des bibliothèques ainsi que sur les festivités funéraires pour n’en citer que

137
A en croire Karl Ferdinand Werner tout en faisant l’abstraction du climat idéologique, la présente constatation a
une validité plus générale comme il l’avait démontré dans son texte passionnant pour la France : «Le mot ‘noblesse’
provoque un sentiment de rejet chez les uns, de nostalgie chez les autres, voire les deux à la fois chez certains. Mais
le temps n’est-il pas enfin venu de parler sereinement d’un sujet voué à l’esprit partisan, et de chercher à
comprendre l’évolution d’un phénomène qui a dominé pendant plus d’un millénaire l’histoire sociale et politique
de notre continent ? A notre époque, éprise de justice sociale, de combat contre les inégalités et le racisme sous
toutes ses formes, un ordre social fondé sur la distinction sans nuances entre les hommes qui repose sur leur
naissance, leur ‘condition’, et plus encore sur la prétention à justifier ces inégalités comme étant voulues par Dieu,
peut certes paraître obsolète et même incompréhensible. Or cette distinction a été longtemps acceptée par les
hommes : on pourrait écrire un livre passionnant sur ‘la noblesse dans l’imaginaire populaire’ , qui inclurait même
la France post-révolutionnaire. » Voir Karl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse. L’essor des élites
politiques en Europe, Fayard, Paris, 1998, p. 11.
138
A ce sujet voir les bilans historiographiques de Václav Bůžek, «Šlechta raného novověku v českém dějepisectví
devadesátých let »(Early Modern Nobility in the Czech Historiography in the 1990´s), in: Václav Bůžek – Pavel
Král (réd.), Aristokratické rezidence a dvory v raném novověku, České Budějovice, 1999 (=OH 7), p. 5-28; Václav
Bůžek, «Die Schnittpunkte eines Grundrisses. Die tschechische Historiographie im letzten Jahrzehnt des 20.
Jahrhunderts», in: Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Menschen - Handlungen - Strukturen. Historisch-
anthropologische zugangsweisen in den Geschichtswissenschaften, České Budějovice, 2001 (=OH 9), p. 71-80;
Václav Bůžek, «Der Weg zur Synthese. Die Gesellschaft der böhmischen Länder 1526-1740 in der Historiographie
des letzten Jahrzehnts», in: Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Společnost v zemích habsburské monarchie a její
obraz v pramenech (1526-1740), České Budějovice, 2006 (=OH 11), p. 5-36, ici notamment p. 9-20 et aussi Jiří
Kubeš, «Vyšší šlechta z českých zemí v letech 1650-1750. Úvod do tématu» (=La haute noblesse dans les pays
tchèques dans les années 1650-1750), in: Vyšší šlechta v českých zemích v období baroka (1650-1750). Biogramy
vybraných šlechticů a edice typických pramenů, Jiří Kubeš (éd.), Pardubice, 2007 (= FHPP 3, 2007), p. 9-33.
Certains travaux de tout début des années 90 du siècle dernier semblèrent certes avoir rompu avec ce silence qui
entourait les recherches sur la noblesse baroque mais là encore, on aperçoit un grand écart entre leurs titres
prometteurs et les thématiques étudiées ne dépassant pas l’année 1620. Tel fut le cas de l’ouvrage collectif rédigé
par Lenka Bobková (réd.), Život na šlechtickém sídle v 16.-18. století, Acta Universitatis Purkynianae, Philosophica
et Historica 1, Ústí nad Labem, 1992 dont la plupart de textes est consacrée à la période antérieure à 1620. Ce
volume contient cependant un des premiers articles méthodologiques de Zdeněk Hojda, «Rezidence české šlechty
v baroku. Několik tezí», Ibidem, p. 161-178.

67
les thèmes porteurs.139 Ce sont les recherches systématiques consacrées à
l’aristocratie des XVIe – XVIIIe siècles, à sa vie quotidienne et à l’interaction entre
les familles nobles du pays et la cour impériale des Habsbourg à Vienne qui
caractérisent l’orientation actuelle des historiens de l’Université de la Bohême du
Sud.140 Les méthodes et surtout les catégories de l’anthropologie historique telles
que les relations entre l’individu et le groupe social dans une société hiérarchisée
de l’époque moderne ou la mentalité individuelle et collective des nobles et leur
identité singulière en font également partie.141 Parmi les noms de chercheurs de
cette école, il ne faut pas oublier de citer Ivo Cerman, Rostislav Smíšek et Pavel
Marek.
Le premier concentre son regard sur l’éducation et l’instruction - y compris
les voyages qui en faisaient partie - et socialisation nobiliaires du milieu du XVIIe
au début du XIXe siècle142 mais son intérêt porte également sur l’intégration de la

139
Les communications de cette rencontre furent publiées par Václav Bůžek (éd.), Život na dvorech barokní šlechty
(1600-1750) (=La vie dans les cours de la noblesse baroque), České Budějovice, 1996 (=OH 5).
140
Les résultats de leurs travaux ainsi que d’autres historiens tchèques, moraves et également silésiens sans oublier
la participation des spécialistes étrangers sont présentés régulièrement dans les recueils intitulés « Opera historica »
(OH). Voir Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Aristokratické rezidence a dvory v raném novověku (=Résidences et
cours aristocratiques à l’époque moderne), České Budějovice, 1999 (=OH 7); Václav Bůžek – Pavel Král (réd.),
Slavnosti a zábavy na dvorech a v rezidenčních městech raného novověku (=Fêtes et festivités dans les cours et dans
les villes de l’époque moderne), České Budějovice, 2000 (=OH 8); Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Šlechta
v habsburské monarchii a císařský dvůr (1526-1740) (=La noblesse de la monarchie Habsbourg et la cour
impériale), České Budějovice, 2003 (=OH 10); Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Společnost v zemích habsburské
monarchie a její obraz v pramenech (1526-1740) (=La société de la monarchie des Habsbourg et son reflet dans les
sources historiques), České Budějovice, 2006 (=OH 11); Václav Bůžek (réd.), Šlechta raného novověku pohledem
českých, francouzských a španělských historiků, České Budějovice, 2009 (=OH 13).
141
Tel est le contenu de deux volumes d’Opera Historica. Voir Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Menschen -
Handlungen – Strukturen. Historisch-anthropologische zugangsweisen in den Geschichtswissenschaften, České
Budějovice, 2001 (=OH 9); Václav Bůžek – Jaroslav Dibelka (réd.), Člověk a sociální skupina ve společnosti
raného novověku (=L’homme et le groupe social dans une société de l’époque moderne), České Budějovice, 2007
(=OH 12). Le tandem Václav Bůžek et Pavel Král a également publié un recueil de textes d’historiens tchèques,
moraves et autrichiens sur la mentalité nobiliaire, un recueil regroupant les sujets allant du XVIe au XIXe siècle. Voir
Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Paměť urozenosti (=Mémoire de noblesse), Prague, 2007. Sur l’anthropologie
historique voir aussi une étude bibliographique de Václav Bůžek - Josef Hrdlička - Pavel Král - Zdeněk Vybíral,
« Šlechta raného novověku v historickoantropologických proudech současné evropské historiografie » (=La
noblesse du début de l’époque moderne et les méthodes de l’anthropologie historique dans l’historiographie
européenne contemporaine), ČMM 122, 2003, p.375-409.
142
Ivo Cerman, «Vzdělání a socializace kancléře Rudolfa Chotka», ČČH 101, 2003, p. 818-853; du même auteur,
«Zrození osvícenského kavalíra. (Vzdělání a cestování Jana Karla z Dietrichsteina)», ČNM-A 172, 2004, p. 157-
190; du même auteur, «Bildungsziele – Reiseziele. Die Kavalierstourim 18. Jahrhundert», in: Martin Scheutz –
Wolfgang Schmale – Dana Štefanová (réd.), Orte des Wissens. Jahrbuch der Österreichischen Gesellschaft zur
Erforschung des Achtzehnten Jahrhunderts, 18/19, Bochum, 2004, p. 49-78; du même auteur, «Cesty za osvícením.
Úloha cestování v osvícenské antropologii», in: Jiří Kubeš (réd.), Šlechtic na cestách v 16. – 18. století, Pardubice,
2007, p. 221-233; du même auteur, «Pouť do Pompejí. Marie Josefina z Windischgrätzu v Itálii 1774-1776»,
in : Václav Bůžek – Jaroslav Dibelka (réd.), Člověk a sociální skupina ve společnosti raného novověku (=L’homme

68
noblesse à la cour impériale143 et sur la question des sources historiques à caractère
personnel, notamment sur la correspondance familiale.144 Son dernier ouvrage sur
la famille Chotek représente le bilan actuel de ses travaux et de ses
connaissances.145 Rostislav Smíšek a débuté, à son tour, par les analyses de la vie
et de la cour du comte Johann Adam de Questenberg, seigneur de la première
moitié du XVIIIe siècle installé en Moravie du sud.146 Ces dernières années, il se
consacre à l’étude du service à la cour impériale et à sa perception dans le
système des valeurs des nobles de l’entourage de Léopold Ier 147
et se laisse
inspirer par l’histoire des mentalités.148 Les travaux de Pavel Marek portent sur les

et le groupe social dans une société de l’époque moderne), České Budějovice, 2007 (=OH 12), p. 113-133. Il est
également co-éditeur de l’ouvrage Ivo Cerman – Luboš Velek (réd.), Adelige Ausbildung. Die Herausforderung der
Aufklärung und die Folgen, München, 2006; récemment, des mêmes auteurs Adel und Wirtschaft. Lebensunterhalt
der Adeligen in der Moderne, München, 2009.
143
Ivo Cerman, «Pojmy ‘frakce’, ‘strana’ a ‘kabala’ v komunikativní praxi dvořanů Leopolda I.» (=Notions
« fraction », « parti » et «cabale » dans les pratiques de communication des courtisans de Léopold Ier), ČČH 100,
2002, p. 33-54 ; du même auteur, « ‘Kabal’, ‘Parthey’, ‘Faction’ am Hofe Kaiser Leopolds I.», in : Werner
Paravicini – Jan Hirschbiegel (réd.), Der Fall des Günstlings. Hofparteien in Europa vom 13. bis zum 17.
Jahrhundert, Ostfildern, 2004, p. 235-247 ; du même auteur, «Raimundo Montecuccoli a „válečná strana“ na dvoře
Leopolda I.», Historie a vojenství 51, 2002, p. 568-603; du même auteur, «Od klienta k občanovi? Kritika „kabal“ a
změna sociální imaginace tereziánských dvořanů», in: Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Šlechta v habsburské
monarchii a císařský dvůr (1526-1740), České Budějovice, 2003 (=OH 10), p. 101-120.
144
Ivo Cerman, «Empfindsame Briefe. Familienkorrespondenz der Adeligen im Ausgang des 18. Jahrhunderts», in :
Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Společnost habsburské monarchie a její obraz v pramenech (1526-1740), České
Budějovice, 2006 (=OH 11), p. 283-301.
145
Ivo Cerman, Chotkové. Příběh úřednické šlechty (=Les Chotek. L’histoire d’une noblesse de robe), Prague, 2008.
146
Rostislav Smíšek, «Hrabě Jan Adam Questenberk a proměny jeho dvora v první polovině 18. století», in: Josef
Hrdlička – Pavel Král (réd.), Celostátní studentská vědecká konference Historie 2000, České Budějovice, 2001, p.
125-156; du même auteur, «Jan Adam Questenberk mezi Vídní a Jaroměřicemi», in: Václav Bůžek – Pavel Král
(réd.), Šlechta v habsburské monarchii a císařský dvůr (1526-1740), České Budějovice, 2003 (=OH 10), p. 331-354;
du même auteur, «Jan Adam z Questenberka a hmotná kultura v zámku v Jaroměřicích nad Rokytnou. Příspěvek ke
šlechtické reprezentaci v první polovině 18. století», Západní Morava 9, 2005, p. 50-70.
147
Rostislav Smíšek, « ‘Dvorská’ kariéra očima knížete Ferdinanda ze Schwarzenberku», JSH 73, 2004, p. 94-120 ;
du même auteur, «Deník Ferdinanda ze Schwarzenberku jako pramen historického bádání. Příspěvek k poznání
mobility císařského dvora na sklonku 17. století», in: Jiří Kubeš (réd.), Šlechtic na cestách v 16. – 18. století,
Pardubice, 2007, p. 129-161; du même auteur, Císařský dvůr a dvorská kariéra Ditrichštejnů a Schwarzenberků za
vlády Leopolda I., České Budějovice, 2007 (dissertation). Cette dernière fut publiée comme XIe volume de l’édition
Monographia historica, Editio Universitatis Bohemiae Meridionalis, České Budějovice, 2009; du même auteur (éd.),
«Kniha poznámek Ferdinanda z Ditrichštejna z let 1683-1697. Kritická edice», in: Václav Bůžek (réd.), Šlechta
raného novověku pohledem českých, francouzských a španělských historiků, České Budějovice, 2009 (=OH 13), p.
307-398.
148
Rostislav Smíšek, «Důvěra nebo nenávist ? Obraz Španěla v korespondenci císaře Leopolda I. s knížetem
Ferdinandem z Dietrichsteina», ČMM 123, 2004, p. 47-76 ; du même auteur, «Služba a paměť. Dvorská kariéra
barokních Ditrichštejnů jako nadgenerační životní ideál», in: Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Paměť urozenosti,
Prague, 2007, p. 157-170; du même auteur, «Leopold I., Markéta Tereza Španělská a Ferdinand z Dietrichsteina.
Návštěva císařské rodiny v Mikulově roku 1672 jako prostředek symbolické komunikace» (=Léopold Ier, Marguerite
Thérèse d’Espagne et Ferdinand de Dietrichstein. La visite de la famille impériale à Mikulov en 1672 comme moyen
de la communication symbolique), in : Václav Bůžek – Jaroslav Dibelka (réd.), Člověk a sociální skupina ve
společnosti raného novověku, České Budějovice, 2007 (=OH 12), p. 65-111; du même auteur, «Šlechtic a sňatek ve

69
membres de la famille Lobkovic des années vingt et trente du XVIIe siècle149et leur
auteur est l’un des rares à s’intéresser à la question des relations entre l’Empereur
Ferdinand II et la noblesse catholique des pays tchèques.150 S’y ajoutent Pavel Král
s’intéressant, quant à lui, à la question de la mort à l’époque moderne151 et Josef
Hrdlička attiré actuellement par la famille Slavata possessionnée au XVIIe siècle en
Bohême du Sud, sur le domaine de Jindřichův Hradec.152
Le défi fut aussi relevé par d’autres historiens tchèques et moraves parmi
lesquels Petr Maťa occupe une place de pionnier. Déjà dans son mémoire de
maîtrise de 1997, ce dernier a dépassé comme un des premiers la césure du milieu
du XVIIe siècle en essayant d’identifier l’évolution du phénomène du prestige
nobiliaire dans un laps de temps plus large.153 La révision de ce texte et son

2. polovině 17. století. Sňatkové strategie Jana Adolfa a Ferdinanda ze Schwarzenberku», FHB 24/1, 2009, p. 167-
198.
149
Dans ses analyses, Pavel Marek utilise et exploite comme la source du premier ordre la correspondance familiale.
Voir Pavel Marek, «Dětství a dospívání Václava Eusebia z Lobkovic ve světle španělské korespondence jeho
rodičů», in : Ivo Barteček (réd.), Celostátní studentská konference Historie ´99, Olomouc, 2000, p. 61-87 ; du même
auteur, «Matka a syn. Polyxena Lobkovická z Pernštejna a Václav Eusebius z Lobkovic», in: Česko-slovenská
historická ročenka 2001, Brno, 2001, p. 195-202; du même auteur, «Poselství lásky a osamění. Manželské soužití
Zdeňka a Polyxeny z Lobkovic», HO 12, 2001, p. 114-119. L’ensemble des lettres ayant servi pour la rédaction des
textes cités ci-dessus fut édité dans une version bilingue tchèque-espagnole par Pavel Marek (éd.), Svědectví o ztrátě
starého světa. Manželská korespondence Zdeňka Vojtěcha Popela z Lobkovic a Polyxeny Lobkovické z Pernštejna,
České Budějovice, 2005. Sur la famille Lobkovic voir également Pavel Marek, «Roudničtí Lobkovicové a
pobělohorské konfiskace», Porta bohemica 3, 2005, p. 72-85 ; du même auteur, «Úloha rodové paměti v životě
prvních lobkovických knížat», in: Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Paměť urozenosti, Prague, 2007, p. 134-157.
150
Pavel Marek, «Ceremoniál jako zrcadlo hierarchického uspořádání císařského dvora Ferdinanda II.», in: Václav
Bůžek – Pavel Král (réd.), Šlechta v habsburské monarchii a císařský dvůr (1526-1740), České Budějovice, 2003
(=OH 10), p. 371-396; du même auteur, «Česká katolická šlechta a centralistická politika císaře Ferdinanda II.»
(=La noblesse catholique tchèque et la politique de centralisation de l’empereur Ferdinand II), in : Václav Bůžek –
Jaroslav Dibelka (réd.), Člověk a sociální skupina ve společnosti raného novověku, České Budějovice, 2007 (=OH
12), p. 33-64.
151
Pavel Král (éd.), Mezi životem a smrtí. Testamenty české šlechty v letech 1550-1650 (=Entre la vie et la mort.
Testaments de la noblesse tchèque dans les années 1550-1650), České Budějovice, 2002. Il s’agit en effet d’une
édition des testaments nobiliaires, un pour chaque année de la période étudiée. Cependant, le gros des travaux de cet
historien porte plutôt sur une époque antérieure à 1620.
152
De l’histoire de l’alimentation et de cuisine dans le milieu nobiliaire, Josef Hrdlička est passé à son nouveau
thème, celui de l’histoire du domaine et de la ville de Jindřichův Hradec. Voir Josef Hrdlička, Hodovní stůl a
dvorská společnost. Strava na raně novověkých aristokratických dvorech v českých zemích (1550-1650), České
Budějovice, 2000. L’édition de Josef Hrdlička (éd.), Autobiografie Jana Nikodéma Mařana Bohdaneckého
z Hodkova, České Budějovice, 2003 offre un regard passionnant dans l’intimité et dévoile la mentalité d’un membre
de la petite noblesse tchèque au service des grands seigneurs (les Slavata) à la deuxième moitié du XVIIe siècle. Du
même auteur, «Synové „velkých“ otců. Vídeňský dvůr očima Adama Pavla Slavaty», in: Václav Bůžek – Pavel Král
(réd.), Šlechta v habsburské monarchii a císařský dvůr (1526-1740), České Budějovice, 2003 (=OH 10), p. 249-273.
Comme dans le cas précédent, le gros des recherches de cet auteur ne dépasse cependant pas l’année 1620.
153
Petr Maťa, Aristokratická prestiž a aristokratická společnost. Česká šlechta 1500 – 1700, Prague, 1997 (mémoire
de maîtrise). Son abrégé fut publié par Petr Maťa, «Aristokratisches Prestige und der böhmische Adel (1500 –
1700)», FI 10, 1999, Heft 1+2, p. 43-52.

70
élargissement ont donné naissance à la première synthèse de l’histoire de la
noblesse qui allait au-delà de la guerre de Trente Ans et tenait également compte
du monde des nobles de l’époque baroque.154 Dans ses articles analytiques, Maťa
porte en outre son attention sur la question de l’appartenance nationale des nobles
tout en soulignant le fait que la catégorie « nation » telle qu’elle est considérée
actuellement prend une connotation ahistorique en parlant de la noblesse baroque,
notamment dans les pays sous la tutelle Habsbourg car celle-là ne se délimitait pas
par le territoire qu’elle habitait et encore moins par la langue qu’elle parlait.155 En
collaboration avec Václav Bůžek, il a tenté d’établir une typologie de la noblesse
baroque selon les différents modes de vie.156 Il s’intéresse également à la
correspondance personnelle entre l’empereur et quelques nobles privilégiés157, aux
festiviés sur les cours aristocratiques158, à la réflexion de la piété baroque dans les
mentalités des élites159 et est devenu coéditeur d’un ouvrage collectif Die
Habsburgermonarchie 1620-1740. Leistungen und Grenzen des
Absolutismusparadigmas.160
Les recherches systématiques de la noblesse de l’époque baroque font le
thème favori de Jiří Kubeš. Il a révélé son intérêt en travaillant déjà sur sa

154
Petr Maťa, Svět české aristokracie (1500 – 1700), Prague, 2004. Le livre a suscité les réactions mitigées, tant les
louanges que les critiques exacerbées. A ce sujet voir Ivo Cerman, ČMM 124, 2005, p. 281-296; Jiří Pešek, ČČH
103, 2005, p. 663-669.
155
Petr Maťa, «Der Adel aus den böhmischen Ländern am Kaiserhof 1620-1740. Versuch, eine falsche Frage richtig
zu lösen», in: Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Šlechta v habsburské monarchii a císařský dvůr (1526-1740), České
Budějovice, 2003 (=OH 10), p. 191-233.
156
Václav Bůžek – Petr Maťa, «Wandlungen des Adels in Böhmen und Mähren im Zeitalter des „Absolutismus“
(1620-1740)», in: Ronald G. Asch (réd.), Der europäische Adel im Ancien Régime. Von der Krise der ständischen
Monarchien bis zur Revolution (ca. 1600-1789), Köln-Weimar-Wien, 2001, p. 287-321.
157
Petr Maťa – Stefan Sienell, «Die Privatkorrespondenzen Kaiser Leopolds I.», in: Josef Pauser – Martin Scheutz –
Thomas Winkelbauer (réd.), Quellenkunde der Habsburgermonarchie (16.-18. Jahrhundert). Ein exemplarisches
Handbuch, Wien-München, 2004, p. 838-848; Petr Maťa, «Leopold I. a poslední Slavata. K osobní korespondenci
panovníků raného novověku», in: Ivan Hlaváček – Jan Hrdina – Jan Kahuda – Eva Doležalová (réd.), Facta probant
homines. Sborník příspěvků k životnímu jubileu prof. PhDr. Zdeňky Hledíkové, Prague, 1998, p. 245-257.
158
Petr Maťa, «Karneval v životě a myšlení raně novověké šlechty», in : Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Slavnosti
a zábavy na dvorech a v rezidenčních městech raného novověku, České Budějovice, 2000 (=OH 8), p. 163-189.
159
Petr Maťa, «Polyxena Lobkovická z Pernštejna na cestě do barokního nebe. K projevům karmelitánské zbožnosti
v českých zemích», in: Vlast a rodný kraj v díle historika. Sborník prací žáků a přátel věnovaný Josefu Petráňovi,
Prague, 2004, p. 387-416.
160
Voir Petr Maťa – Thomas Winkelbauer (réd.), Die Habsburgermonarchie 1620-1740. Leistungen und Grenzen
des Absolutismusparadigmas, Stuttgart, 2006 où il a publié son propre texte «Landstände und Landtage in den
böhmischen und österreichischen Ländern (1620-1740). Von der Niedergangsgeschichte zur Interaktionsanalyse»,
Ibidem, p. 345-400.

71
dissertation consacrée à la fonction représentative des résidences de l’aristocratie
des pays tchèques.161 Certains thèmes comme la stratégie d’établissement du réseau
résidentiel ou le reflet de la mémoire familiale dans la décoration des intérieurs ont
été ensuite développés dans les articles analytiques.162 Ses études portent aussi sur
les multiples questions liées aux voyages des nobles au XVIIe et à la première
moitié du XVIIIe siècle.163 Dernièrement, il fut éditeur d’un ouvrage collectif
analysant le comportement de la gentilhommerie face au système normatif imposé
par l’administration du pays164 et auteur d’une étude sur le couronnement de
l’empereur Léopold Ier.165
La situation financière de la noblesse du XVIIIe siècle et notamment la
question des banqueroutes courantes des riches propriétaires terriens de l’époque
attire le regard de Aleš Valenta.166

161
Jiří Kubeš, Reprezentační funkce sídel vyšší šlechty z českých zemí (1500-1740), České Budějovice, 2005
(dissertation).
162
Jiří Kubeš, «Sídelní strategie knížat z Lobkovic ve Vídni v raném novověku (1624-1734)», Porta Bohemica.
Sborník historických prací 3, 2005, p. 86-119 ; du même auteur, «Sídla Jana Jiřího Jáchyma hraběte Slavaty
z Chlumu a Košumberka (1634/37-1689) v proměně», Scientific Papers of the University of Pardubice, Series C,
Faculty of Humanities 9, 2003, p. 55-87; du même auteur, «Hlavní sál – sebereflexe šlechty ve výzdobě
společenských místností venkovských rezidencí (na příkladě českých zemí 17. a první poloviny 18. století)», Česko-
slovenská historická ročenka 2005, Brno, 2005, p. 31-59.
163
Jiří Kubeš, «Diplomaticko-úřední cesta generálního válečného komisaře Leopolda Antonína Josefa hraběte Šlika
z Pasounu a Holíče (1663-1723) po středoněmeckých dvorech v roce 1706», VSH 11, 2002, p. 41-84 ; du même
auteur, «Diplomatické cesty, kariéra a cestovní deníky v době okolo roku 1700 na příkladech cest Kryštofa Václava
z Nostic a Leopolda Antonína Šlika», in: Eva Frimmová – Elisabeth Klecker (réd.), Itineraria Posoniensia. Zborník
z medzinárodnej konferencie Cestopisy v novoveku, ktorá se konala v dňoch 3. – 5. novembra 2003 v Bratislave,
Bratislava, 2005, p. 134-142; du même auteur, «Fragmenty písemností z kavalírské cesty hrabat z Clary-Aldringenu
z roku 1727», in: Theatrum historiae. Sborník prací Katedry historických věd Fakulty filozofické Univerzity
Pardubice 1, 2006, p. 83-108; du même auteur, «Rudolf Josef Colloredo z Wallsee a jeho studium v Salcburku
v letech 1723-1725», in: Jiří Kubeš (réd.), Šlechtic na cestách v 16.-18. století, Pardubice, 2007, p. 163-192; du
même auteur (éd.), «Colloredové z Wallsee a jejich pokus o integraci do prostředí panovnického dvora v habsburské
monarchii. Edice instrukcí Jeronýma Colloreda o výchově jeho nejstaršího syna z let 1723-1725», Sborník prací
východočeských archivů 11, 2007, p. 37-63. Jiří Kubeš est également éditeur d’un carnet du voyage de Christophe
Wenzel de Nostiz au Pays-Bas en 1705 et d’un recueil d’études historiques sur les voyages de la noblesse à l’époque
moderne. Voir Jiří Kubeš (éd.), Kryštof Václav z Nostic, Deník z cesty do Nizozemí v roce 1705, Prague, 2004; du
même auteur, Šlechtic na cestách v 16. - 18. století, Pardubice, 2007.
164
Jiří Kubeš – Radmila Pavlíčková (réd.), Šlechtic mezi realitou a normou, Olomouc – Pardubice, 2008.
165
Jiří Kubeš, Trnitá cesta Leopolda I. za říšskou korunou (1657-1658). Volby a korunovace ve Svaté říši římské
v raném novověku, České Budějovice, 2009.
166
Voir sa dissertation Aleš Valenta, Finanční poměry české šlechty ve druhé polovině 18. století. Chlumečtí Kinští v
letech 1740-1770, Hradec Králové, 2006 et les études analytiques du même auteur, «Finanční ztráty chlumeckého
panství v důsledku slezských válek (1740-1745)», VSH 9, 2000, p. 11-39; du même auteur, «Finanční poměry
panství Litomyšl v polovině 18. století», ČNM-řada historická 172, 2003, p. 151-166; du même auteur, «K finanční
situaci české šlechty v polovině 18. století. Chlumečtí Kinští za sedmileté války», Sborník prací východočeských
archivů 9, 2004, p. 133-161; du même auteur, «K finančním poměrům vrchlabských Morzinů v 18. století», VSH 12,
2005, p. 129-140; du même auteur, «Soukromé účty jako pramen k analýze hospodaření aristokracie v raném
novověku. Pokladna Františka Václava Trauttmansdorffa v první polovině 18. století», ČNM-řada historická 176,

72
Si jusqu’à présent nous parlions des historiens tchèques, il na faut pas pour
autant oublier leurs collègues moraves et silésiens moins nombreux, certes, à
s’intéresser à la période en question mais dont les travaux sont d’une importance
première. Ainsi, la structure de la société nobiliaire à l’époque baroque en Moravie
trouve son interprète en la personne de Tomáš Knoz167 qui a également étudié dans
certains de ses articles les mentalités des nobles des XVIIe – XVIIIe siècles.168
Après avoir rédigé une série de textes analytiques169, il a récemment publié un livre
sur plusieurs vagues de confiscations des biens survenues en Moravie au cours de
la première moitié du XVIIe siècle, l’œuvre qui vaut désormais la référence en la
matière.170 La politique de l’anoblissement sous l’empereur Charles VI est chère à
Jiří Brňovják171 et la noblesse sur le siège épiscopal à Olomouc passionne Radmila
Pavlíčková.172

2007, p. 59-88; du même auteur, «Bankrot Karla Kajetána Buquoye: geneze, průběh, důsledky», JSH 76, 2007, p.
58-96; du même auteur, «Jüdische Kredite des böhmischen Adels im 17. und 18. Jahrhundert», Judaica Bohemiae
44, 2009, no 2, p. 61-93. Certains thèmes de l’histoire de la famille Kinsky ont été ensuite développés dans les études
particulières : Aleš Valenta, «Z korespondence české šlechty v 18. století. Listy Štěpána Kinského bratru Františku
Ferdinandovi z let 1719-1720», SAP 56, 2006, p. 508-546; Romana Martínková - Aleš Valenta – Veronika
Vilimovská, «Úřad nejvyššího lovčího za Leopolda Kinského (1751-1760)», VSH 14, 2007, p. 109-141. Le tout
dernier ouvrage publié par l’auteur en question et consacré à la gestion des biens par l’aristocratie baroque fut celui
d’Aleš Valenta, Lesk a bída barokní aristokracie, České Budějovice, 2011.
167
Tomáš Knoz, «Moravská barokní šlechta», in: Tomáš Knoz (réd.), Morava v době baroka, Brno, 2004, p. 47-56.
168
Tomáš Knoz, «Althannové v sále předků – mezi legendou a skutečností», in: Bohumil Samek (réd.), Sál předků
na zámku ve Vranově nad Dyjí, Brno, 2003, p. 7-24 ; du même auteur, «Todten-Gerüßt. Dobrá smrt ctnostného
šlechtice v pohřebních kázáních Dona Florentia Schillinga», Sborník prací filozofické fakulty Brněnské univerzity. C
49, 2002, Brno, 2004, p. 119-134.
169
Tomáš Knoz, «Pobělohorské konfiskace na Moravě jako komunikace na ose císař – zemský gubernátor», ČMM
113, 1994, p. 101-114 ; du même auteur, «„Hostýn je hora a les“. K průběhu pobělohorských konfiskací na
panstvích Dřevohostice a Bystřice pod Hostýnem», ČMM 118, 1999, p. 149-169; du même auteur, «Finanční
aspekty pobělohorských konfiskací», ČČH 100, 2002, p. 774-814.
170
Tomáš Knoz, Pobělohorské konfiskace. Moravský průběh, středoevropské souvislosti, obecné aspekty, Brno,
2006.
171
Jiří Brňovják, Nobilitační politika císaře Karla VI. v českých zemích 1712-1740, Ostrava, 2005 (dissertation) ; du
même auteur, «Nobilitační spisy České dvorské kanceláře z období vlády Karla VI. (1712-1740)», SAP 56, 2006, p.
69-111; du même auteur, «Šlechtické vzdělání a cestování a jeho vztah k nobilitaci», in: Jiří Kubeš (réd.), Šlechtic
na cestách v 16.-18. století, Pardubice, 2007, p. 193-205; du même auteur, «České nobilitace podnikatelů v období
vlády císaře Karla VI. (1712-1740). Nobilitace-stavovství-merkantilismus», in : Jiří Brňovják – Aleš Zářický (réd.),
Šlechtic podnikatelem-podnikatel šlechticem. Šlechta a podnikání v českých zemích v 18.-19. století, Ostrava, 2008
(= Nobilitas in historia moderna 1), p. 219-238.
172
Radmila Pavlíčková, « ‘Polská’ cesta roku 1670. Město Olomouc a biskup Karel z Liechtensteinu-Castelcorna
jako hostitelé císařského dvora», AUPO, Facultas Philosophica, Historica 29-2000, Sborník prací historických XVII,
Olomouc, 2000, p. 97-106 ; du même auteur, Sídla olomouckých biskupů. Mecenáš a stavebník Karel
z Liechtensteinu-Castelkorna 1664-1695, Olomouc, 2001; du même auteur, «Biskupský hrad Mírov v 17. století –
aristokratické sídlo mezi pevností a letní rezidencí», ČNM-řada historická 170, 2001, p. 43-63; du même auteur,
«Rezidenční síť olomouckých biskupů za Karla z Liechtensteinu-Castelkorna», Historická Olomouc 13, 2002, 145-
159; du même auteur, «Olomouc a Brno – dvě biskupské rezidence. K vlivu funkcí šlechtického sídla na

73
Il nous paraît important de mentionner ici un genre in sua generis que
représentent les biographies de quelques personnalités remarquables d’antan, nées
certes à la fin du XVIe siècle mais ayant vécu « la période charnière » de la
Montagne blanche et ayant connu l’aube de l’époque baroque telles que le général
de l’armée impériale et vainqueur de 1620 Baldasare Marradas173, son homologue
auprès des Etats insurgés tchèques Henri Mathias de Thurn174, l’Electeur palatin et
le fameux « rois d’un hiver » Frédéric V175, le secrétaire aulique défénestré en 1618
Philippe Fabricius de Rosenfeld176, « le sage » des Etats moraves Charles de
Zierotin (dit « l’Ancien »)177, les cardinaux Ernest de Harrach178 et François de
Dietrichstein179 et bien évidemment le plus célèbre des condottieres de l’époque de
la guerre de Trente Ans Albrecht de Wallenstein180. De la génération suivante, on
peut ajouter le roi tchèque et Empereur du Saint-Empire Charles VI et sa femme
Elisabeth Christine de Brunswick-Wolfenbüttel181, l’illustre combattant contre les
Turcs Eugène de Savoie182 ou le mécène et personnage contradictoire François
Antoine Sporck.183

ikonografický program výzdoby interiérů», Opuscula Historiae Artium, Sborník prací Filozofické fakulty Brněnské
univerzity F 46, 2002, p. 31-44.
173
Josef Forbelský, Španělé, Říše a Čechy v 16. a 17. století. Osudy generála Baltasara Marradase, Prague, 2006.
174
Miloš Pojar, Jindřich Matyáš Thurn. Muž činu, Prague, 1998.
175
Jaroslav Čechura, Zimní král aneb české dobrodružství Fridricha Falckého, Prague, 2004.
176
Jan Kilián, Filip Fabricius z Rosenfeldu a Hohenfallu. Život, rod a dílo defenestrovaného sekretáře, České
Budějovice, 2005.
177
Tomáš Knoz, Karel Starší ze Žerotína. Don Quijote v labyrintu světa, Prague, 2008.
178
Alessandro Catalano, Zápas o svědomí. Kardinál Arnošt Vojtěch z Harrachu (1598-1667) a protireformace
v Čechách, Prague, 2008.
179
Pavel Balcárek, Kardinál František Ditrichštejn (1570-1636). Gubernátor Moravy, České Budějovice, 2007.
180
Son personnage, ses actes et surtout sa fin voilée de mystères n’arrêtent pas d’attirer les spécialistes. Voir par
exemple Josef Kollmann, Valdštejn a evropská politika 1625-1630. Historie prvního generalátu, Prague, 1999; du
même auteur, Valdštejnův konec. Historie druhého generalátu 1631-1634, Prague, 2001 ou le guide ainsi que le
catalogue qui est à la fois l’ouvrage collectif de textes publiés à l’occasion de l’exposition sur ce général à Prague de
novembre 2007 au février 2008. Voir Eliška Fučíková – Ladislav Čepička (réd.), Albrecht z Valdštejna a jeho doba.
Praha. Senát Parlamentu České republiky. Valdštejnská jízdárna. 15.11.2007-17.2.2008. Průvodce výstavou,
Prague, 2007; ouvrage collectif, Valdštejn. Albrecht z Valdštejna. Inter arma silent musae? Prague, 2007.
181
Štěpán Vácha – Irena Veselá – Vít Vlnas – Petra Vokáčová, Karel VI. a Alžběta Kristýna. Česká korunovace
1723, Prague, 2009.
182
Karel Richter, Princ Evžen Savojský, pán bitevních polí, Třebíč, 2000 ; Vít Vlnas, Princ Evžen Savojský. Život a
sláva barokního válečníka, Prague, 2001.
183
Pavel Preiss, František Antonín Špork a barokní kultura v Čechách, Prague, 2003. Il s’agit là d’une version
refondue de Pavel Preiss, Boje s dvouhlavou saní. František Antonín Špork a barokní kultura v Čechách, Prague,
1981.

74
A cela s’ajoutent et de manière plus disparate les études sur les familles
Lobkowicz184, Gallas185, Trauttmansdorff186, Kounitz187, Eggenberg188, Vrbna189,
Dietrichstein190, Liechtenstein191 et quelques autres.192 La petite noblesse locale,
demeurée longtemps « à l’ombre » des grands seigneurs et ignorée par les
historiens, commence, quant à elle, à resurgir aussi de l’oubli.193
Différents thèmes « anciens » tels que la question de l’exil des nobles
protestants après 1620 sont revisités et réinterprétés tout en les débarrassant du
ballast idéologique d’avant 1989.194 En même temps, l’exploitation des

184
Marie Ryantová, «Lobkovické panství Vysoký Chlumec za třicetileté války a po ní», Muzejní a vlastivědná práce
– ČSPS 42/112, 2004, p. 136-144; Tomáš Foltýn, «Výchova barokních knížat: Lobkovicové, cestovní instrukce a
kavalírské cesty», Porta Bohemica. Sborník historických prací 4, 2007, p. 163-180.
185
Jaroslav Čechura, «Gallasové – barokní podnikatelé», AUC – Philosophica et Historica, 3, 1998 (publié en
2003), Studia Historica, p. 39-46.
186
Marie Marešová, «Každodenní život barokního aristokrata Františka Václava z Trauttmansdorfu na počátku 18.
století», Celostátní studentská vědecká konference Historie 2004, Brno, 2006, p. 68-88.
187
Lenka Florková, «Kavalírská cesta Dominika Ondřeje z Kounic», Vyškovský sborník. Sborník MZA v Brně a
SOA ve Vyškově, t. 4, 2004, p. 87-111.
188
Markéta Korychová, «Personální složení dvora Jana Kristiána z Eggenbergu a jeho manželky Marie Arnoštky v
Českém Krumlově mezi léty 1665-1719», JSH 69-70, 2000-2001, p. 30-51.
189
Petra Mašitová, «Rezidenční síť Jiřího Štefana, hraběte z Vrbna a Bruntálu, v Horním Slezsku», Střední Morava.
Vlastivědná revue 13, 2007, p. 15-26.
190
Bohumil Baďura, «Markýza de Mondéjar», I., JM 40, 2004, p. 81-108 ; II., JM 41, 2005, 59-82 (Béatrice de
Mondéjar, fille d’Adam de Dietrichstein, morte en 1631). Les analyses anthropologiques des dépouilles de quelques
membres de la famille de Dietrichstein, l’établissement des causes de décès, la comparaison par la superposition des
crânes avec les portraits existants et d’autres expériences passionnantes furent effectuées en collaboration étroite
avec les historiens par Eva Drozdová, Dietrichsteinové z Mikulova. Výsledky antropologického výzkumu vybraných
příslušníků rodu, Brno, 2006.
191
Roman Vondra, «Osobnosti české minulosti. Karel z Lichtenštejna (1569-1627)», HO 18, 2007, no 11-12, p. 273-
277.
192
Otakar Špecinger, «Velkovévodkyně Anna Marie Františka Toskánská (1672-1741)», Muzejní a vlastivědná
práce-ČSPS 42/112, 2004, p. 193-209 ; Michal Konečný, «Život středního moravského šlechtice kolem roku 1700»,
Celostátní studentská vědecká konference Historie 2004, Brno, 2006, p. 44-67 ; Bohumír Smutný, «Ludvík
Ferdinand Procop z Rabštejna aneb Život a kariéra komerčního úředníka na Moravě v 18. století /=L.F.P. de
Rabstein ou Vie et carrière d’un officier commercial en Moravie au XVIIIe siècle/, ČMM 118, 1999, p. 5-26 ; Radek
Fukala, «Slezský kníže Jindřich Václav Minsterbersko-Olešnický a třicetiletá válka», Acta historica et museologica
Universitatis Silesianae Opaviensis, Řada C, 7, 2007, p. 87-95 ; Ondřej Tikovský, «Jan mladší Bořek Dohalský z
Dohalic a jeho strategie obnovy rodinných sociálních a ekonomických pozic ztracených pobělohorskými
konfiskacemi», Královéhradecko. Historický sborník pro poučenou veřejnost 4, 2007, p. 437-448 ; Veronika
Boháčová, «Vztahy Sylvie Kateřiny Černínové, rozené Carettové z Millesima s jejími blízkými», Časopis
Národního muzea, Řada historická, 177, 2008, no 3-4, p. 142-161 (première partie); Časopis Národního muzea,
Řada historická, 178, 2009, no 1-2, p. 3-28 (deuxième partie).
193
Rappelons ici par exemple les travaux de Rudolf Anděl, «Lesk a bída „nové“ drobné pobělohorské šlechty.
Rodina Püchlerů na lenním statku Loučná na Frýdlantsku», Fontes Nissae. Prameny Nisy 3, 2002, p. 7-36; Radek
Bacík, «Přibík Jeníšek z Újezda, pobělohorský úředník», Časopis Národního muzea. Řada historická, 176, 2007, no
3-4, p. 161-193; Jiří Čepelák, Vlinští z Vliněvsi, Mělník, 2007; Jan Kilián, Kropáčové z Krymlova, Mělník, 2007.
194
Les destins des réfugiés des pays tchèques après 1620 en Saxe ont été étudiés notamment par Lenka Bobková,
«Česká exulantská šlechta v Pirně v roce 1629», FHB 19, 1998, p. 83-116; du même auteur, Exulanti z Prahy a
severozápadních Čech v Pirně v letech 1621-1639, Prague, 1999; du même auteur, «Pobělohorský exil v Sasku a
možnosti jeho dalšího výzkumu», in : Michaela Hrubá (réd.), Víra nebo vlast ? Exil v českých dějinách raného
novověku, Ústí nad Labem, 2001, p. 72-106. A cela s’ajoutent David Papajík, «Víra nebo kariéra ? Kryštof Karel

75
« nouvelles » sources longtemps ignorées comme les comptes de cuisine195, les
livres de formulaires administratifs196, les comptes des tuteurs des orphelins197, les
documents à la première personne, notamment les carnets intimes198 ou les
inventaires après décès et les testaments199 incite à saisir la noblesse sous une
optique novatrice. Se plaçant dans ce courant, les recherches sur la vie quotidienne
ont retrouvé, elles aussi, un nouveau souffle.200 Les analyses des bibliothèques

(1618-1641) a Jan Ferdinand (1618-1652) Švábenští ze Švábenic», Historica Olomucensia, tome 35, Sborník prací
historických , tome 23, 2009, p. 41-51 ; Tomáš Knoz, «Moravská emigrace po roce 1620», ČMM 127, 2008, no 2, p.
397-424. L’univers intellectuel des émigrés fut traité par Vladimír Urbánek, Eschatologie, vědění a politika.
Příspěvek k dějinám myšlení pobělohorského exilu, České Budějovice, 2008.
195
A titre d´exemple Kateřina Pastyříková, «Kuchyně Trčků z Lípy na zámku Opočno v roce 1635», Východočeské
listy historické 21, 2004, p. 335-340; Martin Franc, «Knihy kuchyňských účtů z let 1705-1706 z fondu Šternberk-
Manderscheid jako pramen k dějinám aristokratických dvorů. (Několik předběžných poznámek)» /=Livres de
comptes de cuisine des années 1705-1706 du fond « Šternberk-Manderscheid » comme source pour l’histoire des
cours aristocratiques. (Quelques notes préalables)/, SAP 52, 2002, p. 257-277.
196
Marek Ďurčanský, «Úřední knihy vedené v rámci podkomořského úřadu jako pramen k výzkumu šlechtických
dvorů v období třicetileté války», SAP 52, 2002, p. 243-256.
197
Gustav Hofman, «Náklady na výchovu mladého šlechtice v polovině 18. století. Pohled do sirotčích účtů Josefa
Mikuláše z Windischgrätzu z let 1747-1766» /=Frais de l’éducation d’un jeune noble au milieu du XVIIIe siècle.
Sondage dans des comptes d’orphelin de Joseph Nicolas de Windischgrätz des années 1747-1766/, ZHS, t. 5, 1999,
p. 127-145.
198
Marie Koldinská – Petr Maťa (éd.), Deník rudolfinského dvořana. Adam mladší z Valdštejna 1602-1633, Prague,
1997; Jiří Sehnal, «Deníky Jana Jáchyma ze Žerotína. Životní styl českého šlechtice v době vrcholného baroka»
/=Journaux intimes de Jean Joachim de Žerotín. Style de vie d’un noble tchèque à l’époque baroque/, ČMM 119,
2000, p. 367-389 ; Petr Kopička (éd.), Deníky roudnického hejtmana Blažeje Albína z Weisenberku z let 1611 a
1625 /=Journaux intimes de l’intendant du domaine de Roudnice Blažej Albín de Weisenburg de 1611 et de 1625/,
Prague, 2003 ; Alessandro Catalano, «Italský deník Arnošta Vojtěcha Harracha (1598-1667)», in : Vilém Herold –
Jaroslav Pánek (réd.), Baroko v Itálii – baroko v Čechách. Setkávání osobností, idejí a uměleckých forem, Prague,
2003, p. 333-353 ; Rudolf Brázdil – Rostislav Krušinský – Ladislava Řezníčková, «Zprávy o počasí z let 1655-1656
v deníku Jana Františka Bruntálského z Vrbna», ČMM 127, 2008, no 2, p. 455-467.
199
Martin Pleva, «Hmotná kultura moravské barokní šlechty ve světle pozůstalostních inventářů», Acta Musei
Moraviae, Scientiae sociales 85, 2000, p. 131-155 ; Petra Mašitová, «Sonda do každodennosti barokního kavalíra.
Pozůstalostní inventář Jiřího Štefana, hraběte z Vrbna a Bruntálu», Sborník Bruntálského muzea 2003, p. 56-75; du
même auteur, «Hmotný odkaz barokního kavalíra z Kravař. Pozůstalostní inventář Ferdinanda Burcharda,
svobodného pána z Eichendorfu», Sborník prací Fakulty filozofické Ostravské univerzity, Historie, Historica, no 11,
2004, p. 149-156 ; du même auteur, «František Albrecht Skrbenský z Hříště z pohledu pozůstalostního inventáře.
(Každodennost na zámku v Petříkovech na konci 17. století)», Sborník prací Filozofické fakulty Ostravské univerzity
15, 2008, p. 155-165 ; Andrea Holasová, «Poznámky k problematice studia inventářů raněnovověkých šlechtických
sídel jako jednoho z pramenů poznání kultury společnosti», in : Theatrum historiae. Sborník prací Katedry
historických věd Fakulty filozofické Univerzity Pardubice 2, 2007, p.109-122 (avec dans les notes le bilan des
publications à ce sujet); Kristina Swiderová, «Testamenty urozených žen doby baroka. Několik poznámek
k tématu», in : Theatrum historiae. Sborník prací Katedry historických věd Fakulty filozofické Univerzity Pardubice
5, 2009, p. 63-84. La valeur du témoignage de ce type de sources a été récemment appréciée par Jiří Pešek,
«Testamenty a pozůstalostní inventáře jako aktuální téma obecné a právní historie», Právněhistorické studie 38,
2007, p. 25-31.
200
L’œuvre de référence préparée sous la direction de Josef Petráň, Dějiny hmotné kultury, II/1. Kultura
každodenního života od 16. do 18. století, Prague, 1995 (notamment pp. 185-397 consacrées à la noblesse) a été
récemment enrichie par de nombreux travaux tels que Marie Koldinská, «Pražská a vídeňská každodennost za
třicetileté války očima nejvyššího purkrabího», in: Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Aristokratické rezidence a
dvory v raném novověku, České Budějovice, 1999 (=OH 7), p. 559-574; du même auteur, «Válka a všední den.
Odraz třicetileté války v každodenním životě české šlechty», Historie a vojenství 50, 2001, no 1, p. 10-23; Tomáš

76
permettant de pénétrer dans l’univers intellectuel de leurs possesseurs connaissent
également un grand essor.201 Le mécénat culturel et surtout la question de création
des collections nobiliaires privées ainsi que leur fonction représentative dans le
système des valeurs de leurs créateurs compte parmi les sujets phares de quelques
historiens et historiens d’art.202 Le souci de la pérennité du « bon nom » de la
famille et les différentes façons de « la commémoration familiale » devant assurer
la perpétuité symbolique du lignage trouvent, eux aussi, leurs interprètes.203

Baletka, «Dvůr pánů ze Žerotína ve Valašském Meziříčí ve druhé polovině 17. století», SAP 52, 2002, no 1, p. 215-
241.
201
Ce sont notamment les travaux de Jitka Radimská s’intéressant de près à la bibliothèque princière des Eggenberg
au château de Český Krumlov en Bohême du Sud qui ressuscitent ce genre de recherches. Voir Jitka Radimská,
Francouzské 17. století v eggenberské zámecké knihovně v Českém Krumlově, 1-2, Brno, 1999 (habilitation) et
surtout du même auteur, Knihovna šlechtičny. Francouzské knihy Marie Ernestiny z Eggenbergu na zámku v Českém
Krumlově, České Budějovice, 2007. Jitka Radimská est égalemment éditrice de plusieurs volumes d’ouvrages
collectifs « Opera Romanica » consacrés aux bibliothèques nobiliaires et à l’histoire de lecture et regroupant les
textes des spécialistes tchèques, slovaques, italiens, espagnols, français, hongrois et autres. Jitka Radimská (éd.),
K výzkumu zámeckých, měšťanských a církevních knihoven. Pour une étude des bibliothèques aristocratiques,
bourgeoises et conventuelles, České Budějovice, 2000 (=OR 1); du même auteur, K výzkumu zámeckých,
měšťanských a církevních knihoven. Čtenář a jeho knihovna. Pour une étude des bibliothèques aristocratiques,
bourgeoises et conventuelles. Le lecteur et sa bibliothèque, České Budějovice, 2003 (=OR 4); du même auteur,
K výzkumu zámeckých, měšťanských a církevních knihoven. Vita morsque et librorum historia. Pour une étude des
bibliothèques aristocratiques, bourgeoises et conventuelles, České Budějovice, 2006 (=OR 9).
202
Le chemin fut montré par Zdeněk Hojda, « Několik poznámek k budování šlechtických obrazáren v barokní
Praze », Documenta Pragensia 9, 1991, p. 257-267 et Lubomír Slavíček (réd.), Artis pictoriae amatores. Evropa
v zrcadle pražského barokního sběratelství, Prague, 1993. Récemment, de nombreuses études furent publiés à ce
sujet, telles que Lubomír Slavíček, «Dvě podoby barokního šlechtického sběratelství 17. století v Čechách – sbírky
Otty Nostice ml. (1608-1665) a Františka Antonína Berky z Dubé (1649-1706)», in: Václav Bůžek (éd.), Život na
dvorech barokní šlechty (1600-1750) (=La vie dans les cours de la noblesse baroque), České Budějovice, 1996
(=OH 5), p. 483-513; du même auteur, «Inventáře dietrichsteinské sbírky obrazů (Mikulov, Vídeň). Prameny
k dějinám sběratelství 17. – 19. století na Moravě», in: Opuscula Historiae Artium, Brno, 1999, p. 67-112; du même
auteur, «Sběratel z vášně. Kníže Karl Eusebius z Liechtensteina a výtvarné umění», DaS 24, 2002, no 4, p. 31-34; du
même auteur, «Inventáře sbírky Ferdinanda Schröffela ze Schröffenheimu. Prameny k dějinám sběratelství 17. – 19.
století na Moravě II», in : Opuscula Historiae Artium, Brno, 2001, p. 83-109 ; du même auteur, «Zpráva o sbírce
olomouckého světícího biskupa Ferdinanda Schröffela ze Schröffenheimu. Nové poznatky k dějinám sběratelství na
Moravě 2. poloviny 17. století», Historická Olomouc XIII, 2002, p. 129-144; du même auteur, «Sběratelství a
obchod s uměním v Čechách 17. a 18. století. Stav a úkoly českého bádání», in : Olga Fejtová – Václav Ledvinka –
Jiří Pešek – Vít Vlnas (réd.), Barokní Praha – Barokní Čechie (1620-1740). Sborník příspěvků z vědecké konference
o fenoménu baroka v Čechách, Prague, 2004, p. 491-538 ; du même auteur, «Sbírky a sběratelé na Moravě 17. a 18.
století», in : Tomáš Knoz (réd), Morava v době baroka, Brno, 2004, p. 91-104 ; Milan Togner, «Barokní sběratelství
v Olomouci a jeho podíl na formování domácí výtvarné kultury», Historická Olomouc X, 1995, p. 127-131 ; du
même auteur (éd.), Kroměřížská obrazárna. Katalog sbírky obrazů arcibiskupského zámku v Kroměříži, Kroměříž,
1998 ; «Hana Seifertová, Obrazárny – výraz sběratelské náruživosti aristokracie v období baroka», in : Olga Fejtová
– Václav Ledvinka – Jiří Pešek – Vít Vlnas (réd.), Barokní Praha – Barokní Čechie (1620-1740), op. cit., p. 539-
548.
203
Radmila Pavlíčková, «“Dobrá památka“, pohřební kázání a starší české dějepisectví. Německé pohřební kázání
nad kardinálem Harrachem z roku 1667», in : Theatrum historiae. Sborník prací Katedry historických věd Fakulty
filozofické Univerzity Pardubice 2, 2007, p. 137-155; du même auteur, «“Tichý pohřeb“ trevírského kurfiřta Karla
Lotrinského ve Vídni 1715-1716. Raně novověká smrt v kontextu dvorského ceremoniálu a katolické komemorace»,
ČMM 127, 2008, no 2, p. 313-333; du même auteur, «Nesmrtelná sláva vojevůdce. Pohřební kázání nad generálem
Janem Šporkem, rodová komemorace a historiografie», Historie a vojenství 58, 2009, no 1, p. 31-43 ; du même
auteur, « Jasná hvězda Šternbersko-Lažanská. Žena, muž a dítě v pohřebním kázání nad Marií Maxmiliánou Aurelií

77
Certains auteurs ont récemment essayé de retracer les empreintes des familles
nobles dans la culture baroque locale, nationale et même européenne.204 Une
démarche toute particulière et il faut dire rare, au moins pour l’instant, dans
l’historiographie tchèque fut adoptée par Eduard Maur qui étudia le monde des
serviteurs et leur interaction avec le milieu nobiliaire. Une approche originale
permettant de découvrir de multiples facettes de l’intimité des personnes nobles.205
La disparition du « rideau de fer » a fait aussi éclore un nouveau genre
d’études dont la mise en place était auparavant inimaginable, celui d’aspect
transfrontalier voir transrégional de l’existence de quelques lignées sur les
territoires spécifiques, notamment sur les terres limitrophes entre le royaume de
Bohême et les pays voisins, études qui progressent grâce à la collaboration étroite
des spécialistes autrichiens, allemands et tchèques.206 Cette constatation nous
amène enfin à la production historiographique étrangère consacrée directement ou
indirectement à la noblesse du pays.

Lažanskou z roku 1665 », Acta Universitatis Palackianae Olomucensis, Facultas Philosophica, Historica, 36, 2009,
Sborník prací historických XXIV, p. 43-66 ; Helena Pešíková, «Rodová hrobka v Hejnicích za éry Gallasů (1690-
1759)», Fontes Nissae. Prameny Nisy. Regionální historický sborník 7, 2006, p. 7-39 ; Karel Müller, «Sepulkrální
památky hraběcí rodiny Renardů na Opavsku», Acta historica et museologica Universitatis Silesianae Opaviensis,
Řada C, 7, 2007, p. 245-254 ; Martina Jeránková, «Erbovní galerie jako prostředek reprezentace raněnovověké
šlechty», Studie o rukopisech, tome 36, 2005-2006 (publié 2008), p. 141-203.
204
Hana Slavíčková, «Barokní kaple svatého Eustacha ve Mstišově (1707-2007). Otisk rodové zbožnosti,
reprezentace a lovecké vášně Františka Karla Clary-Aldringena», Porta Bohemica. Sborník historických prací 4,
2007, p. 181-200; Vít Vlnas, «Duchovní knížata z rodu Thunů a jejich stopy na poli barokního umění», in: Jiří
Mikulec – Miloslav Polívka (réd.), Per saecula ad tempora nostra. Sborník prací k šedesátým narozeninám
profesora Jaroslava Pánka, t. 1-2, Prague, 2007, p. 430-433; Pavel Panoch, «Jan Václav Michna z Vacínova a
emblematická výzdoba kostela sv. Jakuba Většího v Kratonohách», in : Theatrum historiae. Sborník prací Katedry
historických věd Fakulty filozofické Univerzity Pardubice 2, 2007, p. 157-215 et surtout un recueil de textes tout à
fait exceptionnel dédié à la famille Schwarzenberg Martin Gaži (réd.), Schwarzenbergové v české a středoevropské
kulturní historii, České Budějovice, 2008, notamment les pages 141-320.
205
Eduard Maur, «Šlechtic a jeho sluha v barokní Praze. Několik poznámek na okraj opomíjené problematiky», in:
Kateřina Jíšová (réd.), V komnatách paláců, v ulicích měst. Sborník příspěvků věnovaných Václavu Ledvinkovi
k šedesátým narozeninám, Prague, 2007, p. 259-271.
206
Nous pensons notamment à l’étude de Thomas Winkelbauer, «Lichtenštejnové jako „šlechta neznající hranice“.
Náčrt majetkového vývoje pánů a knížat Lichtenštejnských v Dolních Rakousích a na Moravě v rámci politických
dějin», in: Václav Bůžek – Andrea Komlosy – František Svátek (réd.), Kultury na hranici/Kulturen an der Grenze,
Vienne, 1995, p. 215-222; du même auteur, « Das ‘Fürstentum Liechtenstein’ in Südmähren und Mährisch Kromau
(bzw. Liechtenstein) als Residenzstadt Gundakers von Liechtenstein und seines Sohnes Ferdinand », in : Václav
Bůžek (réd.), Život na dvorech barokní šlechty (1600-1750) (=La vie dans les cours de la noblesse baroque), České
Budějovice, 1996 (=OH 5), p. 309-334 et de l’époque plus récente Andrea Dietrich – Birgit Finger – Lutz Hennig,
Adel ohne Grenzen. Die Herren von Bünau in Sachsen und Böhmen, Weesenstein, 2006 (la version tchèque est
parue comme Rytíři z Bünau v Čechách a v Sasku, Děčín, 2006); Karel Halla – Volker Dittmar (réd.), Po stopách
šlechtického rodu Notthafftů – Notthaffti v Čechách a v Bavorsku/Auf den Spuren eines Adelsgeschlechts – Die
Notthaffte in Böhmen und Bayern, Cheb/Egger, 2006. Certains des articles et ouvrages cités dans les notes
précédentes montrent également que les historiens tchèques ont réappris à s’intéresser à la Silésie et aux Lusaces.

78
En effet, les plus hautes couches de la société nobiliaire des XVIIe et XVIIIe
siècles de la monarchie des Habsbourg, cette dernière englobant alors également
les pays tchèques, étaient attirées surtout par la cour impériale de Vienne et
formaient de ce fait un univers fortement cosmopolite. Pour connaître la structure
et les mécanismes du fonctionnement de ce monde dans lequel les nobles tchèques
jouaient un rôle non-négligeable et qui laissa les empreintes plus ou moins
durables et profondes dans leur mentalité, il faut quitter les horizons locaux et
recourir donc aux textes analysant le problème à la portée monarchique. Ainsi, le
présent tableau ne saurait prétendre à être complet sans introduire les plus
significatives des œuvres des historiens autrichiens et allemands, mais aussi
français et anglais et quelques autres.207
Le renouveau de l’intérêt pour la noblesse sur le territoire de l’ancienne
monarchie à l’époque moderne date de 1990, l’année de la parution d’un recueil
collectif Adel im Wandel.208 Depuis, on assiste à une véritable floraison de travaux
aux sujets très variés : les liens entre la confession et la conversion et leur rapport

207
A présent, on dispose de quelques bilans bibliographiques nous permettant d’établir une vue d’ensemble sur l’état
de recherches actuel. Pour les détails voir Markus Reisenleitner, «Habsburgische Höfe in der Frühen Neuzeit –
Entwicklungslinien und Forschungsprobleme», in: Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Aristokratické rezidence a
dvory v raném novověku, op. cit., p. 97-114; Václav Bůžek, «Dvůr habsburských císařů v letech 1526-1740 a
historiografie na prahu 21. století», in: Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Šlechta v habsburské monarchii a císařský
dvůr (1526-1740), op. cit., p. 5-32; Karl Vocelka, «Der Kaiserhof und der Adel aus den österreichischen Ländern
(1526-1740)», in: Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Šlechta v habsburské monarchii a císařský dvůr (1526-1740),
op. cit., p. 121-132; Géza Pálffy, «Der ungarische Adel und der Kaiserhof in der frühen Neuzeit (Eine Skizze)», in:
Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Šlechta v habsburské monarchii a císařský dvůr (1526-1740), op. cit., p. 133-152;
Karl Vocelka, «Otázky výzkumu 18. století v habsburské monarchii ve světle nejnovější metodologické diskuse»,
ČMM 121, 2002, p. 433-450; Katrin Keller, «Die Gesellschaft der österreichischen Länder 1526-1740 in der
Historiographie des letzten Jahrzehnts. Theorie, Methodologie, Quellen», in: Václav Bůžek – Pavel Král (réd.),
Společnost v zemích habsburské monarchie a její obraz v pramenech (1526-1740), op. cit., p. 37-59; Géza Pálffy,
«Die Gesellschaft der ungarischen Länder 1526-1740 in der Historiographie des letzten Jahrzehnts», in: Václav
Bůžek – Pavel Král (réd.), Společnost v zemích habsburské monarchie a její obraz v pramenech (1526-1740), op.
cit., p. 61-92; Eva Kowalská, «Spoločnosť Horného Uhorska v rokoch 1526-1740 v slovenskej historiografii
posledného desaťročia. Teória, metodológia, pramene», in: Václav Bůžek – Pavel Král (réd.), Společnost v zemích
habsburské monarchie a její obraz v pramenech (1526-1740), op. cit., p. 93-102; Václav Bůžek – Katrin Keller –
Eva Kowalská – Géza Pálffy, «Společnost zemí habsburské monarchie 1526-1740 v české, maďarské, rakouské a
slovenské historické vědě posledního desetiletí», ČČH 104, 2006, p. 485-526.
208
Adel im Wandel. Politik – Kultur – Konfession 1500-1700, Vienne 1990 où l’on peut trouver notamment l’étude
de Volker Press, « Adel in den österreichisch-böhmischen Erblanden und im Reich zwischen dem 15. und 17.
Jahrhundert », in : Ibidem, p. 19-32. De la période antérieure à 1990, il ne faut cependant pas oublier de citer au
moins l’œuvre d’ Eila Hassenpflug-Elzholz, Böhmen und die böhmischen Stände, München-Wien, 1982 dans
laquelle son auteur tente d‘estimer le nombre de nobles en Bohême et de présenter la situation confessionnelle dans
le milieu nobiliaire des pays tchèques.

79
au pouvoir ont été étudiés par Thomas Winkelbauer209, les mutations de la société
de cour des Habsbourg ont trouvé le spécialiste en la personne de Karl Vocelka210,
les mécanismes de décision à la cour de Léopold Ier et le rôle de la noblesse dans ce
système furent analysés par Stefan Sienell.211 Quant à Mark Hengerer, dans ses
nombreux textes il s’intéressa à la cour impériale comme à l’endroit de
communication (réelle ou symbolique) entre le souverain et les nobles et il tâcha de
comprendre les motivations de cet échange tout en appliquant dans ses recherches
les méthodes de l’anthropologie historique.212 Les différentes stratégies de la
représentation nobiliaire ainsi qu’impériale sont chères à Andreas Pečar,213 Maria
Goloubeva,214 Rouven Pons215 ou à Jutta Schumann.216 La place des femmes à la
cour viennoise et plus généralement dans la société aristocratique du XVIIe siècle
fut décrite par Katrin Keller,217 Susanne Claudine Pils218 et Beatrix Bastl.219

209
Thomas Winkelbauer, Fürst und Fürstendiener. Gundaker von Liechtenstein, ein österreichischer Aristokrat des
konfessionellen Zeitalters, Wien-München, 1999 (habilitation) ; du même auteur, «Konfese a konverze. Šlechtické
proměny vyznání v českých a rakouských zemích od sklonku 16. do poloviny 17. století», ČČH 98, 2000, p. 476-
540; du même auteur, Ständefreiheit und Fürstenmacht. Länder und Untertanen des Hauses Habsburg im
konfessionellen Zeitalter 1522-1699, I-II, Wien, 2003.
210
Karl Vocelka, Glanz und Untergang der höfischen Welt. Repräsentation, Reform und Reaktion im
habsburgischen Vielvölkerstaat 1699-1815, Wien, 2001.
211
Stefan Sienell, Die Geheime Konferenz unter Kaiser Leopold I. Personelle Strukturen und Methoden zur
politischen Entscheidungsfindung am Wiener Hof, Frankfurt am Main, 2001 (dissertation).
212
Voir par exemple Mark Hengerer, «Adelsintegration und Bestattungen. Adelsintegration am Kaiserhof 1620 bis
1665», Mitteilungen der Residenzen-Kommission der Akademie der Wissenschaften zu Göttingen 10, 2000, p. 21-
35 ; du même auteur, Kaiserhof und Adel in der Mitte des 17. Jahrhunderts. Eine Kommunikationsgeschichte der
Macht in der Vormoderne, Konstanz, 2004. (Il s’agit là d’une dissertation soutenue à l’Université de Konstanz dans
laquelle son auteur analyse la structure des offices à la cour de Vienne, décrit leur fonctionnement et établi
également les listes des noms des nobles exerçant leurs charges au sein de ces offices). Il est également éditeur d’un
ouvrage collectif Mark Hengerer (réd), Macht und Memoria. Begräbniskultur europäischer Oberschichten in der
Frühen Neuzeit, Köln-Weimar-Wien, 2005.
213
Andreas Pečar, Die Ökonomie der Ehre. Höfischer Adel am Kaiserhof Karls VI. (1711-1740), Darmstadt, 2003 ;
du même auteur, «Zeichen aristokratischer Vortrefflichkeit. Hofzeremoniell und Selbstdarstellung des höfischen
Adels am Kaiserhof (1648-1740)», in : Marian Füssel – Thomas Weller (réd.), Ordnung und Distinktion. Praktiken
sozialer Repräsentation in der Ständischen Gesellschaft, Münster, 2005, p. 181-198.
214
Maria Goloubeva, The Glorification of Emperor Leopold I in Image, Spectacle and Text, Mainz, 2000.
215
Rouven Pons, « Wo der gekrönte Löw hat seinen Kayser-Sitz. » Herrschaftsrepräsentation am Wiener Kaiserhof
zur Zeit Leopolds I., Engelbach – Frankfurt am Main – München – New York, 2001.
216
Jutta Schumann, Die andere Sonne. Kaiserbild und Medienstrategien im Zeitalter Kaiser Leopolds I., Berlin,
2003.
217
Katrin Keller, Hofdamen. Amtsträgerinnen im Wiener Hofstaat des 17. Jahrhunderts, Wien, 2005.
218
Susanne Claudine Pils, Schreiben über Stadt. Das Wien der Johanna Theresia Harrach 1639-1716, Wien, 2002.
219
Voir Beatrix Bastl, Tugend, Liebe, Ehre. Die adelige Frau in der Frühen Neuzeit, Wien, 2000 où ont été
résumées les résultats de ses nombreuses recherches antérieures. A comparer à Beatrix Bastl – Gernot Heiss,
« Hofdamen und Höflinge zur Zeit Kaiser Leopolds I. Zur Geschichte eines vergessenen Berufsstandes », in :
Václav Bůžek (réd.), Život na dvorech barokní šlechty (1600-1750) (=La vie dans les cours de la noblesse baroque),
České Budějovice, 1996 (=OH 5), p. 187-265.

80
Certains historiens apportèrent également le regard synthétisant et comparatif sur
l’histoire de la noblesse européenne en essayant de cerner les tendances majeures
de son évolution.220 Comme il était question jusqu’alors de l’historiographie
autrichienne, voire allemande et anglaise, il nous paraît important ici de souligner
que d’autres chercheurs, notamment les Français contribuèrent, eux aussi, par leur
part à l’élargissement de nos connaissances sur la noblesse et la société de la
monarchie des Habsbourg à l’époque baroque. Jean Bérenger221 et Olivier
Chaline222 en sont les exemples.
Le bilan de l’état de recherches sur la noblesse dans les pays tchèques à
l’époque baroque que l’on vient de dresser pourrait nous amener à une conclusion
optimiste, néanmoins, une certaine prudence de jugement s’impose. Un long
chemin a certes déjà été parcouru mais malgré tout effort incontestable fait depuis
1989 et le renouveau de l’intérêt pour l’histoire des élites des XVIIe et XVIIIe

220
Tel fut le cas de l’ouvrage collectif Ronald G. Asch, Der europäische Adel im Ancien Régime. Von der Krise der
ständischen Monarchien bis zur Revolution (1600-1789), Köln – Weimar – Wien, 2001 ; du même auteur,
Europäischer Adel in der Frühen Neuzeit. Eine Einführung, Köln – Weimar – Wien, 2008. Voir aussi Hamish M.
Scott (réd.), The European Nobilities in the Seventeenth and Eighteenth Centuries, I-II, London-New York, 1995 ;
Jeroen Duindam, Vienna & Versailles. The Courts of Europe’s Major Dynastic Rivals 1550-1780, Cambridge,
2003 ; Rainer Babel – Werner Paravicini (réd.), Grand Tour. Adeliges Reisen und europäische Kultur vom 14. bis
zum 18. Jahrhundert, Ostfildern, 2005 ; Walter Demel, Der europäische Adel. Vom Mittelalter bis zur Gegenwart,
München, 2005. A comparer éventuellement à Peter Claus Hartmann, Kulturgeschichte des Heiligen Römischen
Reiches 1648 bis 1806, Wien – Köln – Graz, 2001, notamment p. 56-59.
221
Jean Bérenger se consacre à la recherche systématique de l’histoire de la monarchie des Habsbourg. Récemment,
il a publié une biographie monumentale de Léopold Ier ainsi que de nombreux textes analytiques. Voir Jean
Bérenger, Léopold Ier (1640-1705). Fondateur de la puissance autrichienne, P.U.F., Paris, 2004 ; du même auteur,
«Deník Jana Adolfa ze Schwarzenberku», in : Václav Bůžek (réd.), Šlechta raného novověku pohledem českých,
francouzských a španělských historiků, op. cit., p. 41-57; du même auteur, «Montecuccoli homme d’Etat (1609-
1680)», in: Combattre, gouverner, écrire. Etudes réunies en l’honneur de Jean Chagniot, Economica, Paris, 2003, p.
109-120; du même auteur, «Les Schwarzenberg à l’époque moderne», in: Olivier Chaline (réd.), Familles nobles,
châteaux et seigneuries en Bohême, XVIe-XIXe siècles (=Histoire, Economie et Société 26, 2007, no 3, p. 29-46) ; du
même auteur, «Les ministres alsaciens dans le gouvernement de Vienne (XVIIe – XVIIIe siècles)», in : Olivier
Chaline – Jaroslav Dumanowski – Michel Figeac (sous la dir. de), Le rayonnement français en Europe centrale du
XVIIe siècle à nos jours, Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine, Pessac, 2009, p. 39-53.
222
Olivier Chaline, «Sály předků na zámcích Království českého», in : Václav Bůžek (réd.), Šlechta raného
novověku pohledem českých, francouzských a španělských historiků, op. cit., p. 5-21; du même auteur, «Caramuel et
le siège de Prague en 1648», in : Juan Caramuel Lobkowitz : The Last Scholastic Polymath, Prague, 2008, p. 307-
315; du même auteur, «Les migrants militaires francophones au service de l’empereur (fin XVIe – moitié XIXe
siècle)», in : Olivier Chaline – Jaroslav Dumanowski – Michel Figeac (sous la dir. de), Le rayonnement français en
Europe centrale du XVIIe siècle à nos jours, op.cit., p. 55-69. Olivier Chaline est également éditeur d’un ouvrage
collectif intitulé Familles nobles, châteaux et seigneuries en Bohême, XVIe-XIXe siècles (=Histoire, Economie et
Société 26, 2007, no 3) qui avait mis à portée du public francophone des traductions des textes rétrospectifs de
quelques historiens tchèques et également son propre étude Olivier Chaline, «Les églises des Buquoy en Bohême du
Sud», Ibidem, p. 127-143 ainsi que celle, novatrice, de Thibaut Klinger, «Evaluer les seigneuries de la noblesse
austro-bohême à l’époque moderne : l’exemple des domaines de la famille Colloredo», Ibidem, p. 59- 86.

81
siècles, les travaux à ce sujet n’ont pas atteint un tel stade pour offrir une image
suffisamment colorée et multiforme, à la fois détaillée et permettant une vue
d’ensemble comme c’est le cas de la noblesse médiévale223 ou de celle du XIXe
siècle.224
Si malgré tout, la société aristocratique des pays de la Couronne de Bohême
de l’époque baroque commence peu à peu à se profiler, certains sujets demeurent
toujours entièrement ignorés. La question de l’immigration francophone pourrait
servir d’exemple : aucune étude analytique, aucun article consacré à ce
phénomène. Dans ce domaine, tout est à explorer, tout reste à découvrir. Ainsi, les
lignes suivantes ne doivent en aucun cas être considérées comme définitives. Les
caractéristiques du courant migratoire nobiliaire francophone seront données dans
le présent travail pour la première fois. Certaines parmi elles redemanderont
sûrement plus tard à être précisées, revues et corrigées. Nous allons nous aventurer
alors sur un terrain instable où tout doit être bâti. Mais ceci est en fait un défi
d’autant plus intéressant à relever.

223
Nous pensons ici à des biographies familiales telles que Tomáš Velímský, Hrabišici - páni z Rýzmburka, Prague,
2002; Jan Urban, Lichtenburkové. Vzestupy a pády jednoho panského rodu, Prague, 2003; Tomáš Baletka, Páni
z Kravař. Z Moravy až na konec světa, Prague, 2004; Simona Kotlárová, Bavorové erbu střely, České Budějovice,
2004; David Papajík, Páni ze Sovince. Dějiny rodu moravských sudích, Prague, 2005; Miroslav Plaček – Peter
Futák, Páni z Kunštátu. Rod erbu vrchních pruhů na cestě k trůnu, Prague, 2006; David Papajík, Páni z Holštejna.
Významný, ale zapomenutý panský rod, České Budějovice, 2007; Martin Šandera, Páni z Dobrušky a z Opočna.
Kolonizátoři, dvořané a válečníci, České Budějovice, 2007; Ondřej Felcman – Radek Fukala, Poděbradové. Rod
českomoravských pánů, kladských hrabat a slezských knížat, Prague, 2008; Simona Kotlárová, Páni z Rožmitálu,
České Budějovice, 2008; David Papajík, Švábenicové. Velcí kolonizátoři a jejich následovníci, Prague, 2009.
224
A titre d’exemple Zdeněk Bezecný, Příliš uzavřená společnost. Orličtí Schwarzenbergové a šlechtická společnost
v Čechách v druhé polovině 19. a na počátku 20. století, Editio Universitatis Bohemiae Meridionalis, Monographia
historica, V, České Budějovice, 2005; Jan Županič, Nová šlechta Rakouského císařství, Prague, 2006 ; Radmila
Švaříčková-Slabáková, Rodinné strategie šlechty. Mensdorffové-Pouilly v 19. století, Prague, 2007. Voir également
le bilan bibliographique retraçant l’état de recherches sur la noblesse « du long » XIXe siècle de Zdeněk Bezecný –
Milena Lenderová, «Několik poznámek k proměnám elit v Čechách», in: Milena Lenderová – Zdeněk Bezecný –
Jiří Kubeš (réd.), Proměny elit v moderrní době. Sborník k narozeninám docenta Roberta Saka, České Budějovice,
2003, p. 17-42.

82
III. Les migrations aristocratiques francophones

L’étude du phénomène de l’émigration (ou de migration de manière


générale) se heurte à une situation paradoxale. Si nous pouvons distinguer
relativement facilement des différentes formes de flux migratoires, il n’en est pas
pour autant quant aux méthodes de leur analyse. En effet, l’approche méthodique
représente un problème de taille. Les émigrés ont été traditionnellement classés en
fonction de critères sociologiques en plusieurs catégories, à savoir les migrants
pour des raisons confessionnelles, politiques ou encore économiques. Or, cette
classification, s’intéressant aux seules causes du départ, s’avère insuffisante car
elle ne reflète qu’une partie de la réalité beaucoup plus complexe.225
L’histoire sociale et économique orientée à l’étude de l’exode des
populations rurales et ayant pour but d’analyser les phénomènes d’industrialisation
et d’urbanisation, semble alors être une des voies alternatives possibles.
L’approche démographique, quant à elle, met l’accent sur l’aspect physique des
flux migratoires en étudiant les différences entre les régions de départ et celles
d’accueil. Enfin, il ne faut pas oublier une dimension politique des migrations qui
considère les déplacements des individus entre les Etats.226

225
Pour ne pas trop nous éloigner du sujet du présent travail, nous nous limiterons ici à l’historiographie française
consacrée au phénomène migratoire. Voir, à titre d’exemple Jean-Pierre Poussou, « Les mouvements migratoires en
France et à partir de la France de la fin du XVe siècle au début du XIXe siècle, approches pour une synthèse »,
Annales de démographie historique, 1970, p. 11-78 ; Jean Vidalenc, Les émigrés français. 1789-1825 , Association
des Publications de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Caen, Caen, 1963 ; Ghislain de
Diesbach, Histoire de l’émigration, 1789-1814, Perrin, Paris, 1984. Dans un horizon plus large voir Les migrations
internationales : de la fin du XVIIIe siècle à nos jours, C.N.R.S., Paris, 1980 ; Pierre-Yves Beaurepaire – Pierrick
Pourchasse (sous la direction), Les circulations internationales en Europe, années 1680 – années 1780, Presses
universitaires de Rennes, Rennes, 2010.
226
Les principaux acquis de ces recheches ont été synthétisés dans Georges Duby (sous la direction), Histoire de la
France rurale, tome II, L’âge classique des paysans, 1340-1789, Seuil, Paris, 1975 ; Georges Duby (sous la
direction), Histoire de la France urbaine, tome III, La ville des temps modernes de la Renaissance aux Révolutions,
Seuil, Paris, 1998.

83
Cependant, une partie de l’historiographie française actuelle essaie d’étudier
et d’analyser la structure des groupes des migrants ainsi que les stratégies mises en
place dans les régions d’accueil afin d’accepter ou au contraire de rejeter les
nouveaux venus. Une étude de Paul-André Rosental pourrait ici servir
d’exemple.227 A partir d’un échantillon d’émigrés français de la deuxième moitié
du XIXe siècle, son auteur démontre que l’on pourrait quitter une classification
basée sur la typologie sociologique mentionnée et mettre à la place un nouveau
classement fondé sur les rapports des migrants envers l’espace de départ et celui
d’accueil. Il propose ainsi deux nouvelles catégories reposant sur l’analyse des
liens entre les migrants et leur ancien et nouveau milieu.
Une migration « de rupture » représente, selon Rosental, le premier modèle.
Le migrant ne garde aucun lien avec son milieu du départ. L’espace « vécu », c’est
à dire l’espace dans lequel le migrant évolue, devient à la fois l’espace où il
compte de réaliser ses projets. Il se transforme alors en « espace investi ». En
revanche, un rapport inverse caractérise une migration « de maintien ». En effet, le
migrant maintient des liens avec l’espace de son départ, il poursuit, si possible, le
mode de vie similaire à celui d’avant, il nourrit les mêmes projets. Le changement
« physique » du territoire est secondaire. L’espace d’accueil représente un milieu
neutre, il devient un refuge plus ou moins temporaire (« espace – ressource »).
La présente classification pourrait également être appliquée lors de l’étude
de la migration nobiliaire.228 Or, loin de proposer un modèle parfait, elle ne résout
pas tous les problèmes, notamment celui de la définition de l’émigré.
L’hétérogénéité du groupe de migrants aristocratiques est tellement importante que
l’on ne peut pas se livrer à une étude synthétique de ce phénomène. Afin de
pouvoir analyser le comportement des émigrés aristocratiques en détail, il faudrait
disposer des données complexes, relatives aux plusieurs générations des familles

227
Paul-André Rosental, « Maintien/Rupture : Un nouveau couple pour l’analyse des migrations », Annales ESC, no
6, 1990, p. 1403-1431.
228
Ce que montra Karine Rance, « L’émigration nobiliaire française en Allemagne : Une ‘migration de maintien’
(1789-1815) », Génèses, no 30, 1998, p. 5-29.

84
concernées. Privés de telles informations – à quelques exceptions de près – la force
est alors de constater que chaque individu représente une « catégorie » en elle-
même, le cas unique. C’est dans cette lumière que nous allons essayer d’aborder la
migration nobiliaire francophone dans les pays de la Couronne de Bohême au
cours des XVIIe et XVIIIe siècles.
Comme nous venons de le préciser, la migration nobiliaire française
(francophone) dans les pays de la Couronne de Bohême dans une période délimitée
d’un côté par la bataille de la Montagne blanche en 1620, de l’autre par la mort de
l’Empereur Charles VI, l’avènement de sa fille Marie-Thérèse et l’annexion de la
Silésie par la Prusse en 1740 représente un sujet qui n’avait jamais été traité
auparavant. Par conséquent, il n’existe aucune synthèse sur cette forme de
migration dont bien des aspects restent encore négligés et tout simplement à
étudier. En même temps, en raison de la pénurie d’études analytiques consacrées à
la noblesse non-francophone de la période envisagée qui auraient pu nous fournir
des comparaisons tant souhaitées et ne disposant pas de textes synthétiques sur la
noblesse baroque des territoires en question, notre tâche se trouva dès le début
confrontée à d’importantes difficultés. Nous nous vîmes alors forcés d’apporter
une image multicolore aux facettes irrégulières de l’immigration française plutôt
que d’esquisser un tableau uniforme proposant une vue d’ensemble.229 D’une telle
étude synthétique s’avère en effet dépasser ce que l’on peut réaliser lors la durée
d’une thèse. Cependant, certaines questions d’ordre général s’imposèrent tout en
édifiant ainsi une ossature unique, complétée ensuite d’exemples concrets.
A commencer par la datation du présent sujet. Comment délimiter de façon
la plus précise le début de la migration des Français (ou des francophones), les
nobles compris, vers les pays héréditaires des Habsbourg et leurs contacts avec le
milieu des pays tchèques ? Car se limiter à l’année 1620, ce serait oublier que les
prémices de ce phénomène remontent à une période antérieure à la bataille de la
229
Cette démarche fut choisie à l’instar des travaux sur la noblesse hongroise posséssionnée dans les pays tchèques.
A comparer à Zdeněk Pokluda, «Majetek uherské šlechty v českých zemích v 15.-20. století», ČMM 98/1979, p.
296-325.

85
Montagne blanche. En effet, comme le souligna Olivier Chaline dans son étude sur
les migrants militaires francophones, dès le dernier tiers du XVIe siècle, pour ses
guerres contre le danger turc, la Monarchie des Habsbourg recrutait massivement
des soldats expérimentés sur le marché européen des mercenaires et « certains
d’entre eux se sont trouvés être des francophones ».230 Ce fut le cas notamment des
Wallons, sujets francophones de l’Empereur, qui servirent Rodolphe II en 1595
sous le commandement du comte Peter Ernest von Mannsfeld.231 Un autre
exemple, celui du comte Henri Du Val (mais aussi Duval) de Dampierre, un
Français méconnu aujourd’hui mériterait ici d’être introduit. Champenois
d’origine, né en 1580, il entra dès 1602 au service de l’Empereur Rodolphe II pour
combattre en Transylvanie. Nommé, en 1605, gouverneur de la place d’Esztergom
sur le Danube, au Nord de Bude, il entra, en 1613, au Conseil de Guerre. Engagé,
depuis 1618, dans la guerre de Bohême et en Basse-Autriche contre les Etats
insurgés, il fut subordonné à un autre francophone, le compte de Buquoy dont nous
parlerons plus tard. Il fut tué le 9 octobre 1620 devant les murs de la ville de
Presbourg lorsqu’il prit part dans les opérations contre les troupes de Gabor
(Gabriel ) Bethlen.232

230
Olivier Chaline, « Les migrants militaires francophones au service de l’Empereur (fin XVIe – moitié XIXe
siècle) », in : Le rayonnement français en Europe centrale du XVIIe siècle à nos jours, sous la direction d’Olivier
Chaline – Jaroslaw Dumanowski – Michel Figeac, Centre d’Etudes des Mondes Moderne et Contemporain, Pessac,
2009, p. 55-69, ici p. 56.
231
Ibidem, p. 56, note 4.
232
Les informations sur ce noble sont très dispersées. Sa famille existait encore en France vers 1870. Dampierre
semble avoir joué un rôle de contact à la cour impériale pour les Français en déplacement en Europe centrale. Même
si les Autrichiens n’ont pas été très enclins à le reconnaître il a, avec M. de Saint-Hilaire, capitaine de cuirassiers,
sauvé Ferdinand II en difficulté avec les états de Basse-Autriche qui voulaient lui extorquer la reconnaissance de
privilèges religieux et politiques. Il conviendrait de remercier M. Olivier Chaline pour les informations précédentes.
Sur le personnage de Dampierre, une seule biographie quelque peu obsolète existe aujourd’hui, celle de Wilhelm
Edler von Janko, « Heinrich Du Val Graf von Dampierre, Freiherr von Mandrovilla. Ein Beitrag zur Geschichte der
ersten Periode des dreissigjährigen Krieges », Österreichische militärische Zeitschrift, 4, 1876, p. 73-96. Les études
décrivant les premières années de la guerre de Trente Ans apportent, elles aussi, quelques informations, même si ces
dernières restent plutôt fragmentaires. Voir par exemple Anton Gindely, Geschichte des Dreissigjährigen Krieges,
Praha, t. I-IV, 1869-1884, passim ; du même auteur, Dějiny českého povstání léta 1618, t. I-IV, Praha, 1870-1880 ou
encore les éditions des textes des chroniques contemporaines relatant les événements (y compris militaires) des
années 1618-1620 publiées par les soins de Karel Tieftrunk (éd.), Pavel Skála ze Zhoře. Historie česká od roku 1602
do roku 1623, t. I-V, Praha, 1865-1870; Josef Polišenský (éd.), Historie o válce české 1618-1620. Výbor
z historického spisování Ondřeje z Habernfeldu a Pavla Skály ze Zhoře, Praha, 1964. A comparer à Bohumil
Baďura, « Dampierrova první zpráva o bitvě u Věstonic », JM, 43, tome 46, 2007, p. 213-221 (avec l’édition du
rapport rédigé en italien par Dampierre sur la bataille qui eut lieu le 5 août 1619 près de Věstonice en Moravie du
Sud). Pour un aperçu sur les réactions de la France face aux événements du début du conflit des années 1618-1648

86
La cour impériale siégeant dans les années 1583-1612 à Prague, attira, elle
aussi, un certain nombre d’étrangers, les francophones inclus, comme le maréchal
François de Bassompierre,233 le rochelais Jacques Esprinchard234 ou bien le lorrain
Louis des Fours de Mont et Athienville, ambassadeur à la cour de Rodolphe II. (Ce
ne fut qu’après la mort de Louis des Fours que la famille se divisa en deux
branches : lorraine et tchèque.)235 Mais pour l’instant, il s’agit de contacts
« éphémères », limités souvent à une campagne militaire ou à la durée de la
mission diplomatique. Or, nous cherchâmes les cas de nobles réellement installés
dans les pays tchèques, c’est à dire les individus ayant acheté un ou plusieurs biens
et jouissant du statut juridique qui avait permis ces acquisitions, notamment du
fameux incolat. Il faut donc vraiment attendre la période 1618-1620 pour pouvoir
parler d’une généralisation relative de ce type de migration.
Quant à la date butoir limitant nos recherches, le choix portant sur l’an 1740
demeure purement symbolique. Nous aurions bien pu nous baser sur l’année de
l’union du duc François-Etienne de Lorraine et de l’archiduchesse Marie-Thérèse
en 1736 mais l’avènement de la fille de Charles VI à la tête de la Monarchie nous
parut plus pertinent car ce fut sous le règne de Marie-Thérèse que les contacts
austro-français s’intensifièrent dans tous les domaines faisant même du français
une des langues des pays de la dynastie.236 Une autre vague de migrants surgit plus

voir Victor-Lucien Tapié, La politique étrangère de la France et le début de la guerre de Trente Ans (1616-1621),
Paris, 1934.
233
Voir De Chantérac (éd.), Journal de ma vie. Mémoires du maréchal de Bassompierre, Paris, 1870.
234
A consulter Léopold Chatenay (éd.), Vie de Jacques Esprinchard, Rochelais et Journal de ses voyages au XVIe
siècle, Paris, 1957. Voir également Eliška Fučíková (éd.), Tři francouzští kavalíři v rudolfinské Praze (=Trois
cavaliers français à Prague à l’époque de Rodolphe II), Praha, 1989.
235
L’orientation de base dans l’histoire de la famille fut donnée par Ottův slovník naučný, t. VII, Praha, 1893, article
« Des Fours » ; Jan Halada, Lexikon české šlechty. Erby, fakta, osobnosti, sídla a zajímavosti, Praha, 1999, p. 124
qui reprend, avec quelques imprécisions, les informations du dernier ; Milan Mysliveček, Velký erbovník.
Encyklopedie rodů a erbů v zemích Koruny české, I, Plzeň, 2005, article „Des Fours“ et Petr Mašek, Modrá krev.
Minulost a přítomnost 445 šlechtických rodů v Českých zemích, Praha, 1999, p. 175-176.
236
A ce sujet Ivo Cerman, « La noblesse de Bohême dans l’Europe française. L’enigme du français nobiliaire », in :
Le rayonnement français en Europe centrale du XVIIe siècle à nos jours, p. 365-385. Cependant, la position du
français à la Cour de Vienne et auprès des membres de la haute société autrichienne n’était pas toujours évidente. A
la deuxième moitié du XVIIe siècle par exemple, suite à la guerre d’Hollande, les relations entre la France et
l’Empire s’aigrirent même au point que Léopold Ier interdit l’usage du français « comme étant la langue de ses
ennemis ». Jean Bérenger, Histoire de l’Empire des Habsbourg, 1273 – 1918, Fayard, Paris, 1990, p. 396.

87
tard, celle des Français hostiles à la Révolution. Mais ce serait le sujet digne d’une
autre étude.
Pour parler de l’immigration française, le critère de la provenance
géographique joua bien évidemment un rôle essentiel. Suivant le sens strict du mot
française, seules les familles originaires des territoires appartenant à la Couronne
de France mériteraient d’être sélectionnées. Or, nous jugeâmes important de ne pas
se limiter aux seuls Français car le phénomène de migration a une dimension
beaucoup plus large dans laquelle la langue et la culture comptent davantage que
l’origine. Notre intérêt portait alors aussi sur les nobles francophones venus des
régions limitrophes du royaume, ces dernières convoitées depuis longtemps par la
France et rattachées au pays durant les décennies suivant le départ des familles en
question. Cette démarche nous permit d’élargir notre rayon d’action et d’observer
le flux migratoire sous un jour nouveau.
Parmi les zones de départ, nous vîmes alors apparaître la Bourgogne, la
Provence (toutes les deux françaises depuis la deuxième moitié du XVe siècle237),
l’Artois (devenu français en 1659 par la paix des Pyrénées238), le Hainaut français
dont la ville de Cambrai (rattachée à la couronne en 1678 par la paix de
Nimègue239), la Lorraine (intégrée en 1766 à la mort de Stanislas Leszczynski240)
pour en terminer par la Savoie (n’échue définitivement à la France que suite au
vote de ses habitants lors d’un plébiscite en 1860241). Il faut souligner que le plus
grand nombre de ces nouveaux arrivés furent les Lorrains (près d’un tiers sur 28
familles étudiées). Dans cette lumière, les Français furent minoritaires, la liste étant
dominée par les francophones.242

237
Georges Duby (sous la dir. de), Histoire de la France des origines à nos jours, Paris, Larousse, 1999, p. 348-351.
238
François Bluche, Le grand règne, Paris, Fayard, 2006, p. 337-339.
239
Ibidem, p. 505-507.
240
Olivier Chaline, La France au XVIIIe siècle. 1715-1787, Paris, Belin-Sup, 1996, p. 64.
241
Georges Duby (sous la dir. de), Histoire de la France, p. 709-710.
242
Il ne faudrait pas oublier ici les Suisses francophones tel que Pierre-François Rey (1594-1647), appelé Koenig.
Originaire de Fribourg (ville bilingue), il était le protégé du duc Rombaldo de Collalto et fut, peu de temps,
propriétaire du château de Meyritz (Mařiž) près de Slavonice en Bohême du Sud. Voir la biographie de Verena
Villiger - Jean Steinauer - Daniel Bitterli, Les chevauchées du colonel Koenig. Un aventurier dans l’Europe en
guerre 1594-1647, Fribourg, 2006. A cela il faut encore ajouter un groupe de nobles dont la région exacte de départ
ne put pas être identifiée mais qui figurent dans les diverses sources comme étant d’origine « française ». Nous

88
Le cadre chronologique et géographique définis ainsi, une autre intérrogation
surgit aussitôt – celle concernant les sources. Comment pourrait-on étudier les
familles francophones ? Autrement dit, disposerait-on de documents suffisamment
pertinents afin de récolter assez d’informations pour dresser ne serait-ce que des
notices biographiques de différents membres des lignées apparues dans les pays
tchèques ?243 Nous avons déjà présenté l’état actuel de la production
historiographique tchèque portant sur le sujet de la noblesse baroque. Quant aux
sources d’archives, le caractère inégal de conservation de ces dernières est
frappant. Cela est dû aux plusieurs facteurs.
D’abord, il convient de constater que la plupart des membres des familles
étudiées cherchaient à se pousser en avant grâce au service militaire des
Habsbourg. Simples soldats pour certains mais surtout officiers pour les autres, ils
furent amenés à se déplacer pratiquement sans cesse, suivant les mouvements de
leurs troupes. Ceux qui devinrent officiers se virent obligés d’entretenir une
correspondance régulière avec de multiples destinataires. Les documents éventuels
qu’ils produisirent restèrent alors soit gardés dans les archives des territoires
traversés ou bien cachés dans les collections privées des personnes contactées ce
qui explique leur si grande dispersion et rend quasiment impossible leur entière
exploitation.
De l’autre côté, peu de nobles transplantés dans le nouveaux milieu à la
première moitié du XVIIe siècle y restèrent plus longtemps. Dans la majorité de
cas, ils ne font que passer en s’y éteignant ou en vendant leurs terres. Seules
quelques lignées s’attachèrent à leur pays d’accueil, s’y installèrent plus ou moins

tenons également à signaler que n’ont été choisis que les lignages dont on connaît pertinemment les origines. En
effet, lors de nos recherches, nous avons pu découvrir de nombreux noms pouvant porter à confusion à cause de la
sonorité de leurs prédicats, cette dernière étant le seul indice trahissant d’éventuelles familles françaises. Or, n’étant
aucunement convaincu de l’efficacité de cette preuve, ces familles ont été écartées de notre liste. A comparer à
Václav Líva, «Národnostní poměry v Praze za třicetileté války», ČČH, 43, 1937, p. 301-322, 487-519. Pour l’auteur,
seule la sonorité des noms passait pour preuve suffisante sur l’origine des familles. Il constata que „ ...J’avais
compté 80 membres des familles nobles [étrangères] qui tenaient les maisons pragoises, dont 25 portant les noms
romans...“ . Ibidem, p. 516. Cette certitude demanderait cependant à être confirmée par d’autres sources.
243
Les notices biographiques des familles que nous avons réussies à identifier se trouvent dans le Complément du
présent travail.

89
durablement, lièrent leur destin au service des Habsbourg et prirent soin d’établir et
de préserver leurs archives familiales. Ce fut le cas des comtes de Buquoy,
originaires de l’Artois et restés liés à leurs domaines en Bohême du Sud jusqu’en
1945,244 des Ratuit de Souches venus de La Rochelle, installés en Moravie du Sud
et dont le lignage direct se poursuivit en lignée masculine jusqu’en 1736 et
indirectement, grâce à la famille Ugarte, cette dernière d’origine espagnole,
jusqu’en 1879245 ou des lorrains des Fours de Mont et Athienville établis en
Bohême du Nord et dont les archives s’arrêtent en 1945.246 De l’époque un peu
plus récente, il convient d’évoquer les Harbuval-Chamaré, eux aussi provenant de
l’Artois, possédant des biens en Bohême de l’Est et dont les papiers familiaux
couvrent la période de la fin du XVIIe siècle jusqu’en 1849.247
Les travaux portant sur la noblesse francophone dans les pays tchèques ne
peuvent qu’à se limiter alors à une étude des quelques personnalités connues,
exemplaires, plutôt que d’apporter un portrait d’un groupe social, d’ailleurs assez
hétérogène. Quelques grandes figures ou les individus relativement mieux connus,
telles que Charles Bonaventure de Longueval, comte de Buquoy (1571-1621),
général des troupes impériales menant les opérations notamment contre les rebelles
de Bohême, Nicolas des Fours, comte de Mont et Athienville ( mort en 1661), lui
aussi général des Impériaux ou bien Jean Louis Ratuit, comte de Souches (1608-
1682), général et sauveur de la ville de Brno contre les Suédois en 1645 masquent
la diversité et la complexité de l’ensemble. Mais c’est justement à travers de ces
quelques destinées particulières que l’on pourrait esquisser certaines tendances
majeures de ce phénomène migratoire.

244
Státní oblastní archiv (SOA) Třeboň, Rodinný archiv Buquoy. Des informations plus détaillées sur les archives se
trouvent dans SOA Třeboň, Průvodce po archivních fondech (=Guide de fonds), t. 4, Praha, 1959, p. 81-112 ; Adolf
Kalný, Rodinný archiv Buquoyů, (1260)1430-1942. Inventář (=Inventaire), t. I, II, Třeboň, 1992.
245
Moravský zemský archiv Brno, G 155. Rodinný archiv Ugartů. Pour les détails voir Bohumír Smutný, Rodinný
archiv Ugartů (1480) 1644-1843. Inventář, Inventáře a katalogy fondů MZA v Brně, no 28, Brno, 1996.
246
Státní oblastní archiv (SOA) Litoměřice, pobočka Děčín, Rodinný archiv Desfours-Walderodů, Hrubý Rohozec.
A comparer à Jaroslav Macek, Rodinný archiv Desfours-Walderode (1503-1942). Inventář (=Inventaire), Děčín,
1976.
247
Státní oblastní archiv (SOA) Zámrsk, Rodinný archiv Chamaré. Pour avoir un aperçu du fond, voir SOA Zámrsk,
Průvodce po archivních fondech (=Le guide des fonds), Praha, 1965, p. 340-341.

90
Dans l’état actuel de nos connaissances, il est impossible de dénombrer les
nobles ayant quitté leur pays pour s’installer sur le territoire contrôlé par les
Habsbourg. S’il n’est guère possible de donner des chiffres, il est en revanche
relativement facile d’établir une chronologie des périodes d’afflux. Les périodes
d’une certaine « ruée » alternaient avec les époques d’acalmies partielles. Ainsi,
entre 1620 (voir même 1618) et 1635 (et l’on pourrait même aller au-delà et établir
la fin de la guerre de Trente Ans en 1648 comme date butoir), nous constatâmes
une première vague massive de francophones présents sur le territoire ce qui
correspond parfaitement à l’évolution du pays qui venait d’être frappé par un raz-
de-marée de confiscations et de redistribution des biens de la noblesse locale. Le
processus s’estompa dans la deuxième moitié du XVIIe siècle et au début du siècle
suivant sans pour autant disparaître définitivement pour reprendre du souffle lors
des années quarante et cinquante du XVIIIe siècle. Cette fois-ci, la conjoncture de
présence des lignages francophones sur le sol tchèque fut liée à l’arrivée au
pouvoir dans le Saint-Empire de Marie-Thérèse et surtout de son époux François-
Etienne de Lorraine.
Comme il fut remarqué précédemment, les années 1618 – 1635 (voir 1648)
virent une phase d’intérêt massif des francophones pour les pays tchèques. Il s’agit,
sans exception, de soldats. Mais ils ne furent pas seuls à chercher l’avenir au
service militaire de Vienne. Cette même période vit s’engager un nombre
d’Italiens,248 d’Espagnols,249 d’Irlandais et d’Écossais250 ou encore des nobles

248
Il convient de mentionner ici au moins les cas des généraux Ottavio Piccolomini et Mathias Gallas. Pour les
détails voir Hermann Hallwich, « Piccolomini », Allgemeine deutsche Biographie, 26, Leipzig, 1888, p. 95-103 ; du
même auteur, « Gallas », Allgemeine deutsche Biographie, 8, Leipzig, 1878, p. 320-331 ; Rotraut Becker,
« Galasso », in : Dizionario biographico degli Italiani, 51, Roma, 1998, p. 355-359 ; Jan Kilián, « Jan Matyáš
Gallas pohledem kritické historiografie », Fontes Nissae, 3, 2002, p. 37-59 ; Anton Ressel, « Beiträge zur
Geschichte der gräflichen Familien Gallas und Clam-Gallas », Mitteilungen des Vereines für Heimatkunde des
Jeschken-Isergaues, 21, 1927, p. 95-111 ; Petr Maťa, Svět české aristokracie (1500-1700), Praha, 2004, p. 148-149;
G. Hanlon, The Twilight of a Military Tradition. Italian Aristocrats and European Conflicts, 1560-1800, London,
1998.
249
Nous pensons notamment à Baldasare de Marradas et à son compatriote Guillermo Verdugo. A comparer à
Bohdan Chudoba, Španělé na Bílé hoře, Praha, 1945; Josef Forbelský, Španělé, Říše a Čechy v 16. a 17. století.
Osudy generála Baltasara Marradase, Prague, 2006.
250
Tel fut le cas de John Gordon, Walter Butler, Walter Leslie, Walter Devereux ou encore George O’Gilvy. Voir la
thèse de E. Schmidhofer, Das irische, schottische und englische Element im kaiserlichen Heer, Wien, 1971. A
comparer à L. Schmid, « Irská emigrace do střední Evropy », SH, 32, 1985, p. 189-254 ; SH, 33, 1986, p. 247-293 ;

91
originaires des Pays-Bas espagnols251 sans parler des Allemands provenant des
terres d’Empire mais pas directement sous l’autorité de Vienne.252 L’Empereur
étant dans l’impossibilité de payer leur engagement – d’autant plus que certains
avaient engagé des sommes considérables afin de financer les régiments qui leur
furent prêtés – remboursait ses dettes en leur distribuant les biens (confisqués aux
nobles protestants ou pas) appartenant à la Chambre des comptes (Hofkammer). Ce
fut par ce moyen que ces familles arrivèrent à s’installer dans les pays tchèques.
La période de l’après la guerre de Trente Ans jusqu’à la fin des années trente
du XVIIIe siècle peut être considérée comme étant une phase transitoire. Elle vit,
certes, une rupture quantitative en matière de migration nobiliaire francophone
mais les transformations les plus significatives advinrent dans le domaine
qualitatif. En effet, le nombre de nobles exerçant les métiers militaires diminua en
faveur des lignages étant actifs dans les divers postes administratifs. Or, faute
d’archives familiales ou au moins de sources éloquentes, nos connaissances sur ces
lignées se limitent à quelques rares mentions glanées dans la littérature. Il en
résulte la transformation des migrants francophones des années 1660-1740 en une
foule dont les contours sont difficiles à cerner et dans laquelle de nombreux
destins individuels se confondent à l’anonymat presque parfait. Que dire des
Canon de Ville, d’Alfroi, de Renard ou encore de Laval de Gouet pour ne pas citer
que quelques noms choisis ?253

Robert John Weston Evans, Vznik habsburské monarchie 1550-1700, Praha, 2003, p. 238 ; Golo Mann, Wallenstein,
London, 1976, passim ; Hermann Hallwich, « Leslie », Allgemeine deutsche Biographie, 18, Leipzig, 1883, p. 437-
444 ; David Worthington, Scottish clients of the Habsburgs, 1618 to 1648, thèse de doctorat, University of
Aberdeen, 2001 ; du même auteur, Scots in Habsburg service, 1618-1648, Leiden, 2004.
251
Ce fut notamment l’exemple de Martin Hoef (de son vrai nom) mais connu plutôt sous son nom espagnol Martin
Huerta qu’il utilisa à son entrée dans l’armée commandée par Marradas. Robert John Weston Evans, Vznik
habsburské monarchie 1550-1700, p. 236-237 ; Ottův slovník naučný, t. XI, Praha, 1897, p. 840-841.
252
Rappelons ici les personnages d’Henri de Saxe-Lauenburg, Bruno de Mansfeld, Johann Aldringen ou encore les
membres de la famille Metternich, cette dernière devenue célèbre plus tard, grâce à Clemens Metternich, chancelier
d’Etat au milieu du XIXe siècle. Robert John Weston Evans, Vznik habsburské monarchie 1550-1700, p. 237 ; Ottův
slovník naučný, t. XVI, Praha, 1900, p. 783-784, article « Mansfeld »; t. XVII, Praha, 1901, p. 207-208, article
« Metternich»; t. I, Praha, 1888, p. 759-760, article « Aldringen »; Jan Županič – Michal Fiala – František Stellner,
Encyklopedie knížecích rodů zemí Koruny české, Praha, 2001, p. 219-220, article « Sachsen-Lauenburg ».
253
Voir les fiches biographiques à la fin de notre travail.

92
L’arrivée au pouvoir de Marie-Thérèse et de son époux François-Etienne de
Lorraine provoqua une autre vague massive d’installation des nobles francophones.
Rarissimes furent les soldats, comme Nicolas Cailloux de Valmond, officier d’un
régiment de hussards.254 En revanche, la majorité écrasante fut formée par les
diplomates, hommes politiques et administrateurs de tout genre, tels que les
Ficquelmont, Joyeuse de Petit Sivry, Foullon de Norbeck, Clairon d’Haussonville
ou de Bellegarde.255 Mais là encore, nos connaissances sur ces lignées demeurent
plus que maigres.
A la perte de la Silésie et afin de substituer l’importance économique de
cette région riche, la porte s’ouvrit également aux entrepreneurs et manufacturiers
expérimentés. Le phénomène migratoire francophone reçut alors de nouveaux
contours, de nouvelles dimensions. Ce fut à ce moment que nous vîmes arriver les
Harbuval-Chamaré, originaires d’Artois, aujourd’hui, à tort, presque oubliés.
Pourtant, ils comptèrent à l’époque pour être des meilleurs spécialistes en textile
dans la Monarchie. La famille s’établit en Bohême en la personne de Jean Louis
(1701-1764).256 Ce dernier fut nommé, en 1754, membre du Congrès de commerce
et du Conseil des manufactures à Prague et un an après, en 1755, directeur de
fabrication des filés et des toiles en Bohême de l’Est. Sur ses domaines, il fonda, à
côté des manufactures, des blanchisseries et une école pour les tisserands dont le
but était de préparer des futurs spécialistes du métier. Malheureusement, le
développement de l’entreprise fut gravement perturbé par la guerre de Sept ans. Le
fils de Jean Louis, Jean Antoine, essaya encore, en vain, de poursuivre la
fabrication en se lançant dans la production de tissus en coton mais, en 1766, il dut
annoncer la banqueroute et la liquidation de toutes ses activités.

254
A. Schimon – A. Král, Der Adel von Böhmen, Mähren und Schlesien, Prag, s.d., p. 29 ; Petr Mašek, Šlechtické
rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé hory do současnosti, t. I, Praha, 2008, p. 130.
255
Les fiches sur toutes ces familles mentionnées se trouvent dans le Complément du présent travail.
256
Biographisches Lexikon zur Geschichte der böhmischen Länder (H. Sturm éd.), I, München-Wien, 1979, p. 536 ;
Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, t. I, p. 323; Jiří Hás, Šlechtické rody na Rychnovsku
(=Les familles nobles dans la région de Rychnov), Praha, 2001, p. 31-32.

93
Après avoir défini l’horizon géographique du départ des migrants nobiliaires
francophones installées dans les pays tchèques et établi une chronologie de ce flux,
il reste à savoir quelles furent leurs motivations qui les conduisirent à quitter leurs
pays d’origine et à s’aventurier dans un milieu inconnu. Comme nous l’avons
constaté, hormis la période après 1740, la plupart de nouveaux venus appartenait
au monde militaire. Certains départs furent alors une modalité tout à fait normale et
à la fois honorable du service d’un noble répondant à l’appel de son souverain. Le
général Charles Bonaventure de Buquoy en fournit un illustre exemple.
Figure emblématique de la famille Buquoy, Charles-Bonaventure est né en
1571 à Arras, dans la partie catholique des Pays-Bas,257 où son père, Maximilien de
Longueval, officier des finances, obtint du roi Philippe II le titre comtal et peu
après, devint membre du Conseil de guerre. Charles-Bonaventure n’avait que dix
ans quand son père mourut, en 1581, au siège de Tournai. Il se vit alors entrer sous
la protection d’Alessandro Farnèse, duc de Parme, général au service de Philippe II
et adversaire d’Henri IV et servit sous ses ordres dès l’âge de quatorze ans. En
1597, à 26 ans, il était déjà colonel dans les troupes wallonnes. Blessé en 1600 à
Nieuport, il se distingua à Ostende, en 1604, et fut remarqué par Ambrogio
Spinola. Il devint général d’artillerie et en 1613, il reçut de Philippe III le collier de
la Toison d’or. Dès 1611, il entra en relation avec l’archiduc Mathias qui souhaitait
le prendre à son service. En 1614, il se rendit en Autriche, auprès de Mathias
devenu Empereur, et c’est à Linz qu’il fut nommé feld-maréchal. Mais il demeurait
toujours loyal envers le roi d’Espagne qui le fit grand bailli de Hainaut aux Pays-
Bas. Ce ne fut qu’après la défenestration à Prague, en répondant à l’appel de
l’Empereur, qu’en juillet 1618 Buquoy se mit en route pour rejoindre Mathias qui
le nomma, le 15 juillet, commandant en chef de l’armée impériale opérant en

257
La toute première biographie de Charles-Bonaventure de Buquoy fut probablement celle de l’auteur anonyme Vie
de Charles-Bonaventure de Longueval, comte de Buquoy, Généralissime des armées de l’empereur Ferdinand II,
Vienne, 1796. S’en suivent les études de Charles Rahlenbeek, Les Belges en Bohême ou campagne et négociations
du comte du Buquoy, Bruxelles, 1830 et d’Anton von Weyhe-Eimke, Karl Bonaventura von Longueval, Graf von
Buquoy. Retter der habsburgisch-österreichischen Monarchie. Eine Episode aus dem Dreissigjährigen Kriege,
(=Quellenstudien aus dem Schlossarchiv zu Gratzen), Wien, 1876. Une biographie moderne de Charles Bonaventure
de Buquoy est actuellement préparée par Olivier Chaline.

94
Bohême. Suite à l’offensive de Gabor Bethlen d’automne 1619, Buquoy se vit
retirer pour défendre, avec succès, la ville de Vienne menacée par l’armée alliée
tchèque et hongroise. A partir de l’été 1620, Buquoy fut obligé de faire campagne
au côté des forces de la Ligue catholique conduites par Maximilien de Bavière et
Jean T’Serclaes de Tilly, avec qui les relations furent rapidement tendues
notamment quand il fut question de livrer bataille devant Prague. Maximilien ayant
imposé le combat décisif, Buquoy, partisan de la prudence, s’appropria d’une part
de succès et apparut comme le champion de la cause impériale. Il mourut le 21
juillet 1621, devant la forteresse de Neuhäusel, en Haute-Hongrie.
Pendant des siècles, l’armée de l’Empereur s’est montrée très accueillante
envers ceux qui venaient se mettre au service des Habsbourg, soit par conviction
religieuse ou politique, soit par volonté de gravir les échelons sociaux ou
d’acquérir une formation militaire ou tout simplement cherchant à s’enrichir et
avides de butin. Nous y vîmes aussi ceux qui n’avaient plus que cette porte
d’ouverte, toutes les autres leur étant désormais fermées. Parfois, nous avons
l’affaire à des trajectoires inattendues. Jean Louis Ratuit de Souches, huguenot de
La Rochelle, quitta sa ville natale après le grand siège de 1627-1628.258 Il se
réfugia d’abord en Suède mais il s’y fit des ennemis. Il partit alors précipitamment
et n’eut d’autre choix que de rentrer au service de l’Empereur pour qui il défendit,
en 1645, la ville de Brno contre les troupes suédoises. Plus tard, il mena les
Impériaux contre les Français en 1674 au Pays-Bas. Il se reconvertit et devint un
fervant partisan du culte de la Notre-Dame de Foy.
Pratiquement à la même époque, le cas de Nicolas des Fours n’est pas moins
intéressant.259 Au début de la guerre de Trente Ans, ce dernier devint lieutenant-
colonel d’un régiment de la cavalerie. Le 9 novembre 1618, il se battit contre les

258
Sur ce personnage, voir la suite de notre travail.
259
L’orientation de base dans l’histoire de la famille fut donnée par Ottův slovník naučný, t. VII, Praha, 1893, article
« Des Fours » ; Jan Halada, Lexikon české šlechty. Erby, fakta, osobnosti, sídla a zajímavosti, Praha, 1999, p. 124
qui reprend, avec quelques imprécisions, les informations du dernier ; Milan Mysliveček, Velký erbovník.
Encyklopedie rodů a erbů v zemích Koruny české, I, Plzeň, 2005, article „Des Fours“ et Petr Mašek, op.cit., p. 175-
176.

95
troupes des Etats tchèques insurgés à Lomnice (Lomnitz) où il fut fait prisonnier.
Libéré, nous le vîmes, le 8 novembre 1620, participer à la bataille de la Montagne
blanche. En 1625, Wallenstein le promut colonel d’arquebusiers et il opéra ensuite,
dans les années 1625-1627, en Bohême et dans l’Empire. Peu après sa promotion,
Nicolas des Fours se brouilla avec son supérieur dont il contestait les capacités de
commandant. Mais malgré ce désaccord, des Fours fut nommé, en 1632, avec le
soutien de Wallenstein, général et fut subordonné à ce dernier. Loin d’être loyal
envers le grand général, pendant les préparatifs de l’élimination du commandant en
chef de l’armée impériale, il l’abandonna en entrant dans le camp de ses
adversaires. Sa trahison fut généreusement récompensée par l’Empereur : deux
mois après les assassinats à Cheb (Eger en allemand), Nicolas des Fours fut
nommé, en 1634, sous-maréchal et élevé dans les rangs de la haute noblesse avec
le titre de comte.
En revanche, certains départs furent motivés uniquement par une vision
d’une facile acquisition des biens et par rapide accès à la fortune. Le cas des
Couriers demeure caractéristique de ces soldats fortunés. Appartenant à la petite
noblesse française, François de Couriers rentra dès le début du XVIIe siècle au
service des Habsbourg.260 Il devint officier dans l’armée impériale et dut se battre
successivement pour Rodolphe II, Mathias et Ferdinand II, d’abord en Hongrie
contre des Turcs. Pendant la révolte des Etats tchèques, il s’engagea, à partir de
1618, du côté des impériaux et ce fut peu après qu’il devint lieutenant d’un
régiment d’infanterie formé par des mercenaires allemands et possédé par
Reinwald Collalto. Ses services loyaux furent récompensés à plusieurs reprises. En
1607, sous le règne de Rodolphe II, il se vit obtenir l’incolat pour le Saint Empire
romain germanique, puis, en 1628, il fut élevé dans les rangs de la haute noblesse
de l’Empire. Vers la fin de sa vie, il reçut encore, en 1632, l’incolat pour les pays

260
Hormis quelques indications, on ignore aujourd’hui en grande partie l’existence de François de Couriers. La seule
récapitulation de sa vie, très brève d’ailleurs, se trouve dans Ottův slovník naučný, V, Prague 1892, article « de
Couriers ». A comparer à Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, t. I, p. 151 qui recopie la
plupart des informations du précédent.

96
tchèques et fut élevé parmi la haute noblesse locale. François de Couriers prêtait de
l’argent à la Couronne pour financer les opérations militaires et il avançait, lui
même, des sommes importantes pour les soldes de son régiment. L’Empereur
utilisa alors des confiscations après la Montagne blanche afin de régler ses comptes
et de payer ses dettes envers son lieutenant. De Couriers s’empara ainsi d’une
propriété considérable mais très dispersée en Bohême centrale, dans les régions
septentrionales et aussi à l’Est du pays. Il devint le prototype de ces nobles,
critiqués déjà par les contemporains comme usurpateurs des biens « nationaux » ;
le leitmotif qui fut repris avec verve par l’historiographie communiste et même par
certains historiens actuels et appliqué sur toutes les lignées étrangères arrivées
après 1620.261 Or, il s’agit là d’une construction fragile ne tenant pas vraiment
débout.
Tout le monde n’entend pas s’installer dans le nouveau milieu. Fâce à la
« générosité » de la cour de Vienne, certains nobles restèrent quelque peu
embarrassés et s’ils gardèrent les biens proposés par l’Empereur, ce fut parce qu’ils
n’eurent pas d’autre choix. Les Buquoy obtinrent un vaste domaine en Bohême du
Sud confisqué aux précédents propriétaires, la famille Švamberk.262 Mais au début,
ils ne s’y intéressèrent guère. Originaires de l’Artois, le noyau des biens familiaux
se trouvait loin d’un coin obscur quelque part en Bohême du Sud. La veuve de
Charles Bonaventure, Marie de Biglia, s’en occupait, certes, mais plutôt par
nécessité que par conviction. La donne commençait à changer lorsqu’Artois passa
à la France en 1659. En effet, après plusieurs guerres et saisies, la vente des biens
d’Artois ne se produisit que vers la fin du siècle. Les Buquoy étant au service des
Habsbourg, ils servaient alors l’ennemi du Roi Soleil. De ce fait, ils ne pouvaient
plus prétendre au retour. Il y avait aussi des dettes importantes à payer. Comme la
branche restée aux Pays-Bas s’était éteinte et que, en Bohême, un fidéicommis

261
Voir le bilan bibliographique des recherches nobiliaires tchèques établi plus haut dans le présent travail.
262
Voir Milan Vierer, První Buquoyové v Čechách. (Spor o švamberské dědictví v letech 1620-1692) (=Premiers
Buquoy en Bohême. Sur le procès de l’héritage de la famille de Schwamberg), Diplomová práce PF JU Č.
Budějovice, České Budějovice, 1997 (mémoire de maîtrise dactylographié).

97
avait été constitué, la solution fut de vendre ses terres désormais exposées et
lointaines pour satisfaire les créanciers. Ce fut à ce moment que les terres en
Bohême du Sud devinrent le réfuge idéal permettant à la famille de s’établir
durablement dans sa nouvelle patrie. Le cas des Buquoy brise alors les clichés de
l’historiographie tchèque qui trop longtemps n’a vu dans les bénéficiaires des dons
de l’Empereur que des prédateurs étrangers et avides, sans imaginer un seul instant
que recevoir des seigneuries en Bohême était parfois tout sauf ce qui était désiré.
Il faut en même temps rappeler un fait non négligeable que nous avons déjà
évoqué plus haut : Ferdinand II et son successeur Ferdinand III, toujours à court
d’argent, n’avaient pas d’autre moyen de payer des officiers à qui ils devaient
beaucoup. Céder les terres ou les biens immobiliers, ce pouvait aussi être une façon
de se « fidéliser » des officiers qu’ils pouvaient souhaiter conserver à leur service.
Les deux raisons se combinent dans le cas de Buquoy que l’Empereur Mathias
cherchait déjà en 1614-1615 à attirer à son service. L’exemple des Ratuit de
Souches nous conduit à la même conclusion. Ferdinand III céda, certes, aux
demandes répétées de Jean Louis Ratuit de Souches de lui vendre le domaine
morave de Jevišovice, mais il ne s’agit aucunement de terres confiquées à la
noblesse locale. En effet, l’ensemble fut auparavant racheté par le roi aux anciens
propriétaires, les princes de Münsterberg.263 Une fois l’acquisition confirmée (en
1649), Jean Louis resta ensuite un fidèle serviteur de la cause des Habsbourg.
Le service de l’Empereur offrait de réelles possibilités de promotion et
promettait aux certains une carrière fulgurante d’un côté, mais il suscitait de la
jalousie de l’autre et cela de manière générale, non seulement dans le milieu des
migrants francophones.264 Et pour cause. L’animosité entre Jean Louis Ratuit de
Souches et son compatriote, le général Gaspard de Chavagnac, qui avait quitté la

263
Voir plus loin, partie III du présent travail.
264
Nous pensons ici notamment au cas du général Johann Sporck. Son ascension foudroyante fut cible de maintes
critiques et satires, parfois très violentes qui l’accusait même d’être fils d’un porcher. Voir Pavel Preiss, František
Antonín Špork a barokní kultura v Čechách, Praha, 2003.

98
France de la Fronde et à qui la Cour impériale offrit une seconde chance, était
connue de tous.265
La descendance tirera la leçon de ces conflits de prestige. Pour contrer les
mauvaises langues, tout moyen fut bon afin de démontrer que l’ascension sociale
vertigineuse résultait à la fois des actions vaillantes de quelques membres illustres
des lignées concernées sur le champ militaire aussi bien que des qualités
retransmises par les ancêtres. Chaque famille s’en prit à sa manière. Les Buquoy
consacrèrent une pièce de leur château à Nové Hrady pour y établir une sorte de
musée familial où furent exposés les objets censés de rappeler la carrière de
Charles Bonaventure, fondateur du prestige de la lignée. Un autre château
appartenant aux Buquoy, celui de Rosenberg, fut doté d’une collection de portraits
fictifs des ancêtres familiaux renvoyant à l’époque des premières croisades.266 Les
Ratuit de Souches firent dresser à l’église Saint-Jacques à Brno en Moravie du Sud
un monument funéraire complété par une épitaphe relatant les exploits de Jean-
Louis, l’architecte de l’ascension sociale du lignage.267 Les fins recherchées furent
évidentes : en chantant la gloire des anciens, affirmer le statut des descendants.268

265
Voir Mémoires du comte Gaspard de Chavagnac, maréchal de camps ès armées du roy, général de l’artillerie,
sergent de bataille de celles de sa Majesté catholique, lieutenant-général des troupes de l’empereur et son
ambassadeur en Pologne. Edition originale de 1699, Jean de Villeurs (éd.), Paris, 1900.
266
La galerie ne fut imaginée, certes, qu’au XIXe siècle, mais sa création correspond parfaitement aux
préoccupations des générations précédentes. Elle s’inscrit également dans la conception romantique du prestige
aristocratique apparue à la deuxième moitié du XIXe siècle. Sur ce sujet Otto Semrád, « Heraldická výzdoba na
zámku Rožmberk nad Vltavou », Listy Genealogické a heraldické společnosti v Praze, série 3, cahier 10, Praha,
1975, p. 27-31.
267
Au sujet de ce monument, voir plus tard partie III du présent travail.
268
Cette tendance fut pertinamment exprimée par G. Labrot en parlant des collections de portraits dans son étude
consacrée à la noblesse napolitaine. Cependant, ses constatations ont une validité plus large et s’appliqueraient aussi
bien sur les nobles francophones des pays tchèques. « Tout portrait préserve une génération, cristallise un fragment
de durée, et l’effigie de l’ultime porteur du titre, espérance bien vivante d’un futur, garantie de continuité, doit donc
monter la garde au palais ou au château. » Voir G. Labrot, « Hantise généalogique, jeux d’alliances, souci
esthétique. Le portrait dans les collections de l’aristocratie napolitaine, XVIe-XVIIIe siècle », Revue historique,
1990, p. 281. Pour le milieu tchèque, voir à ce sujet par exemple Martina Jeránková, « Erbovní galerie jako
prostředek reprezentace raněnovověké šlechty », Studie o rukopisech, 36, 2005-2006, publié 2008, p. 141-203 ;
Karel Müller, « Erbovní galerie těšínské šlechty na frýdeckém zámku », Acta historica Universitatis Silesianae
Opaviensis, 2008, no 1, Confinia Silesiae, p. 141-150 ; Robert Novotný, « Prapředci, zakladatelé, hrdinové. Fiktivní
postavy ve středověkých šlechtických rodokmenech », DaS, 31, 2009, no 1, p. 37-40. A comparer à Bohumil Samek
(réd.), Sál předků na zámku ve Vranově nad Dyjí, Brno, 2003; Olivier Chaline, «Sály předků na zámcích Království
českého», in : Václav Bůžek (réd.), Šlechta raného novověku pohledem českých, francouzských a španělských
historiků, op. cit., p. 5-21. Et de manière plus générale Martin Horyna, Aristokratická sídla období baroka, Praha,
2001.

99
La diversité sociale du groupe des nobles francophones étudié est
relativement importante. Ils appartenaient certes, à la couche supérieure de la
société de l’époque mais lors d’un regard plus rapproché, de nombreuses inégalités
surgissent. Il y a la moyenne noblesse, tels les Buquoy, ancienne famille en cours
d’ascension au service de la dynastie, grâce à la cour de Bruxelles. Il y a ceux qui
réussirent à gravir les échelons en passant cependant parfois par les postes de
simples soldats, au moins au début de leur présence dans l’armée de l’Empereur
comme Pierre Antoine de la Motte de Frintrop269 ou le Bourguignon Mathias
Vernier de Rougemont.270 Il y a ceux qui obtinrent la reconnaissance de leurs
grades et amorcèrent une nouvelle carrière sans avoir connu une rupture radicale
avec leur situation précédente. A son arrivée à Vienne, le colonel des dragons
suédois Jean Louis Ratuit de Souches se vit confirmé dans ses fonctions et nommé
colonel des dragons de Ferdinand III commandés par l’archiduc Léopold-
Guillaume.271 Il y a enfin la petite noblesse formant une masse difficile à saisir
d’officiers n’ayant jamais pu s’élever.
Malgré cette multitude de situations, certains indices montrent qu’il s’agit
d’un groupe pourvu des liens d’une cohésion intérieure non-négligeable. La
correspondance du comte de Buquoy, par exemple, montre bien que beaucoup de
gens lui écrivaient pour recommander des jeunes nobles (français ou wallons),
désireux de rejoindre son armée, à commencer par Anne d’Autriche.272 Buquoy-
même laissait souvent la chance aux officiers francophones en les incorporant en
tant que commandants dans son armée. Ainsi, le Savoyard Jean Lescourant de la

269
Ottův slovník naučný, t. XV, Praha, 1900, p. 594 ; Jan Halada, Lexikon české šlechty. Erby, fakta, osobnosti, sídla
a zajímavosti, Praha, 1999, p. 314 ; Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do
současnosti, t. I, Praha, 2008, p. 527.
270
Ottův slovník naučný, t. XXVI, Praha, 1907, article « Vernier de Rougemont » ; Jan Halada, Lexikon české
šlechty. Erby, fakta, osobnosti, sídla a zajímavosti, Praha, 1999, p. 610-611.
271
Voir plus loin, partie II du présent texte.
272
A comparer à SOA Třeboň, Rodinný archiv Buquoy. Vojenská kancelář Karla Bonaventury Buquoye
(=Chancellerie militaire de Charles Bonaventure de Buquoy). On y touvera par exemple les lettres de
recommandation signées par la reine de France, Anne d’Autriche.

100
Rochelle,273 Pierre Antoine de la Motte ou encore Nicolas des Fours combattirent
sous ses ordres, en novembre 1620, à la Montagne blanche à proximité de Prague.
Les liens de parenté entre les nobles francophones n’étaient pas non plus à
prendre à la légère. Albrecht Maximilien des Fours figure alors parmi les témoins
du testament de Gertrude de la Motte.274 De nombreux membres de la famille des
Fours apparaissent ensuite dans les listes des parrains et marraines lors des
baptêmes chez la Motte.275 Les Fours prêtaient aussi des sommes d’argent
importantes à leurs compatriotes276, leur confiaient les postes d’intendants des
domaines277 pour aller jusqu’à la conclusion du mariage entre les deux familles.278
Dans ce genre de relations, la conscience de la même origine géographique jouait
sûrement une position clé.

De toutes ces destinées que nous venons brièvement d’évoquer, une se


détache alors de manière remarquable – celle des Ratuit de Souches. Une exception
qui semble confirmer la règle. La famille apparut dans les pays tchèques dès le
milieu du XVIIe siècle en la personne de Jean Louis Ratuit de Souches. Sa
personnalité ainsi que ses faits furent pleins de contradictions et méritent d’être
étudiés de façon plus rapprochée. Jean Louis pourrait être considéré à la fois
comme un représentant typique d’une catégorie de nobles étrangers (les non-
francophones compris) ayant trouvé leur place au service des Habsbourg, à la fois
comme un exemple plutôt singulier, échappant aux critères habituels de son
époque. Ces deux aspects dont nous venons plus haut d’esquisser les traits,
trouveront leur place dans les lignes suivantes.
Né en France dans le milieu huguenot, il trouva son bonheur au service des
Habsbourg catholiques. Il se convertit et pour prouver la profondeur de sa foi, il

273
Josef Pilnáček, Rody starého Slezska, I-V, Brno 1991-1998, p. 752.
274
SOA Litoměřice, pobočka Děčín, Rodinný archiv Desfours-Walderode, no 819, cart. 57 (copie du testament de
Gertrude de la Motte de 1654).
275
Ibidem, no 866, cart. 68 (généalogie des la Motte de Frintrop).
276
Ibidem, no 239, cart. 9 (spécifications de dettes de Joseph de la Motte).
277
Ibidem, no 247, cart. 9 (Jean de la Motte).
278
Ibidem, no 773, cart. 50 ( mariage de Joachim des Fours et Charlotte de la Motte de Frintrop en 1727).

101
alla même jusqu’à la fondation d’un lieu de pèlerinage sur ses domaines moraves.
Soldat, il se battit successivement pour défendre la cause du protestantisme,
d’abord à La Rochelle, sa ville natale, contre les troupes de Louis XIII, ensuite
dans l’armée suédoise contre les Impériaux pour devenir général de Ferdinand III
puis de Léopold Ier en se servant de ses connaissances de la tactique adverse pour
lutter contre les Suédois et les Français, un peu plus tard. Parti d’un milieu
modeste, il finit par être reconnu comme un des plus grands chefs militaires de
l’époque et accumula une fortune considérable ce qui lui valut les éloges des uns
mais également les critiques et les réactions de jalousie exacerbées. Contrairement
à beaucoup de ses compatriotes, il laissa des traces durables dans l’histoire du pays
et sa légende continua à vivre même après sa mort : un nombre de contes, œuvres
d’art et monuments de tout genre allant jusqu’aux fêtes commémoratives en
témoignent suffisamment. Pourtant, aujourd’hui encore, une partie non négligeable
des épisodes de sa vie privée et publique reste ignorée. La postériorité retiendra
également avec gratitude l’existence d’archives familiales, jusqu’à présent
pratiquement inexploitées. Autant de raisons pour nous de redécouvrir ce noble et
de lui consacrer les pages suivantes.
Nous avons construit sa biographie comme une série de réponses autour de
trois questions essentielles correspondant chacune à une période de la carrière de
Jean Louis Ratuit de Souches. Nous nous interrogeâmes d’abord sur les mobiles
qui le menèrent à défier le sort destiné à un fils cadet, issu d’une famille de la
petite noblesse huguenote Saintongeaise. Nous abordâmes ainsi le sujet de ses
origines, de sa jeunesse ainsi que celui de ses premiers pas sur le champ militaire.
Ensuite, nous tachâmes de comprendre quels furent les éléments qui permirent la
réussite fulgurante de ce noble au service des Habsbourg. Enfin, nous voulûmes
savoir comment un noble rochelais s’était transformé en seigneur en Moravie du
Sud, un des territoires des pays de la Couronne de Bohême et si sa présence laissa
de traces éventuelles dans l’historie du pays.

102
PREMIERE PARTIE

Jean Louis Ratuit de Souches.


Défier le destin : Les années incertaines

103
I. Les origines de la famille de Souches

« […] Je ne crois pas trouver de lieu plus propre que celui-ci pour parler de
Louis Ratons [!], comte de Souches, que ses services ont élevé à une haute fortune,
et dont l’élévation est d’autant plus à estimer qu’étant étranger et sans naissance,
il s’est fait un chemin par son propre mérite au rang le plus considérable où la
guerre puisse porter un homme près de l’Empereur. Il est français, originaire de la
Rochelle, né huguenot, d’une famille d’une médiocre bourgeoisie […] »279

« La Rochelle a vu naître un grand nombre d’hommes célèbres […] Mais,


parmi tant de talents de divers genres, nous ne voyons qu’un homme de guerre
dont la réputation ait eu de l’éclat, éclat assez fugitif, du reste, puisque son nom
est à peu près oublié aujourd’hui, et que les historiens seuls sont appelés à
connaître le Rochelais Ratuit […] qui eut l’honneur de se mesurer, sans trop de
désavantage, avec le plus grand guerrier du XVIIe siècle, le prince de Condé
[…] »280

Voici deux textes qui, nous semble-t-il, résument bien ce que l’histoire a
retenu - ou au contraire oublié - de la vie de Jean Louis Ratuit de Souches, ce
Rochelais ayant connu le tumultueux XVIIe siècle. Or, on y trouve de tout et nous
voilà devant une tâche qui n’est pas des plus faciles : séparer les fabulations des
faits, compléter des vérités boiteuses et pour le reste, sortir de l’oubli ce qui avait
été déjà considéré comme disparu. En effet, l’auteur anonyme du premier extrait,
un observateur attentif ayant accès à la cour de Vienne et contemporain de

279
Alfred Francis Pribram (éd.), « Aus dem Berichte eines Französen über den Wiener Hof in den Jahren 1671 und
1672 », Mitteilungen des Instituts für Österreichische Geschichtsforschung 12, 1891, p. 270-296, ici p. 284.
280
M.E. Hivert, « Ratuit, comte de Souches, né à La Rochelle », Revue de l’Aunis, vol. 2, 15 avril 1865, p. 353-366,
ici p. 353.

104
Souches aborda, en 1671, pour la première fois la question de l’extraction de notre
héros. L’hypothèse sur l’origine roturière de celui-ci fut ainsi lâchée pour ensuite
être reprise par les uns, sans doute jaloux d’une carrière militaire vertigineuse281 ou
réfutée par les autres. Dans les lignes suivantes, nous tâcherons démontrer ce qu’il
en est vraiment.
Quant au deuxième texte, depuis sa parution en 1865, peu de choses ont
changé. Nous disposons actuellement, certes, de quelques esquisses biographiques
concernant de Souches publiées dès lors et apportant des informations partielles
mais d’aucune véritable biographie synthétisante.282 La proposer, tel est le but
modeste de ce travail.
Les Ratuit étaient originaires de l’Aunis, province longtemps incluse dans
l’Aquitaine, réunie à la Couronne en 1271 pour retourner à l’Angleterre de 1360 à
1373, date de son acquisition définitive par la France.283 Possessionnée dans l’île
de Ré, la famille vivait des revenus de ses terres occupées par les prés, les champs
et dès le dernier tiers du XIIe siècle par les vignes, de plus en plus nombreuses.284
L’importance grandissante que jouait la viticulture dans l’économie seigneuriale

281
Le XVIIe siècle avec ses nombreux conflits a vu d’autres exemples d’une ascension fulgurante. Parmi ces soldats
de fortune, nous pouvons citer les noms de Clary, Aldringen, Breda, Enkenvoirt, Lamboy, Leslie, Marradas, Morzin,
Sporck et autres. A ce sujet voir Robert John Weston Evans, The Making of the Habsburg Monarchy, p. 202-203 ;
Petr Maťa, Svět české aristokracie, p. 440-464 ; Georg Schmidt, « Voraussetzungen oder Legitimation ? Kriegdienst
und Adel im Dreiβigjährigen Krieg », in : Otto-Gerhard Oexle – Werner Paravicini (réd.), Nobilitas. Funktion und
Repräsentation des Adels in Alteuropa, Göttingen, 1997, p. 431-451.
282
Pour les informations de base, on peut recourir à Louis-Etienne Arcère, Histoire de la ville de La Rochelle et du
pays d’Aulnis, La Rochelle, 1756-1757 (réimpression Marseille, 1975), tome I, p. 390-395, tome II, p. 445-448 ;
«Ratuit, Louis, comte de Souches, baron de Jayspitz, comte du Saint-Empire, né à La Rochelle», Biographie du
département, La Charente-Inférieure, journal administratif, 2è année, no 10, 4 février 1836 ; M.E. Hivert, op. cit ;
«Ratuit», Biographie de la Charente–inférieure, Aunis et Saintonge, H. Feuilleret – L. de Richemond (éd.), Niort –
La Rochelle, 1877, tome II, p. 638-641 ; Peter Broucek, «Louis Raduit de Souches, kaiserlicher Feldmarschall»,
Jahrbuch der Heraldisch-genealogischen Gesellschaft Adler, Jahrgang 1971-1973, 3. Folge, Band 8, Wien, 1973, p.
123-136; Miloslav Trmač, Maršál Jean Louis Raduit de Souches a Znojemsko (=Le maréchal J.L.Raduit de Souches
et la région de Znojmo), Znojmo, 1992 ; du même auteur, «Jean Louis Raduit de Souches, úspěšný obhájce Brna
proti Švédům, jeho původ, potomci a dědicové na Moravě » (=J.L.Raduit de Souches, défenseur de la ville de Brno
contre les Suédois, ses origines, ses descendants et héritiers en Moravie), in: Listy Genealogické a heraldické
společnosti v Praze, 4, no 2, 1976, p. 33-44. Voir également l’étude bibliographique de Petr Klapka, «Un Rochelais
au service des Habsbourg : Jean Louis Ratuit de Souches (1608-1682). Contribution à l’étude de la noblesse
francophone dans les pays tchèques aux XVIIe et XVIIIe siècles», in : Olivier Chaline – Jaroslav Dumanowski –
Michel Figeac (sous la dir. de), Le rayonnement français en Europe centrale du XVIIe siècle à nos jours, p. 215-226.
Il faut noter ici la différence de l’écriture du nom des Ratuit de Souches qui dans les sources de provenance
française figure avec un „t“ alors que dans le milieu allemand, voir tchèque, ce dernier fut transformé en „d“.
283
Georges Duby (sous la dir.de), Histoire de la France, p. 329.
284
Pierre Tardy, «Vieilles vignes et vendanges dans l’île de Ré», Bulletin de l’Association des Amis de l’Ile de Ré
(désormais BAIR), no 61, 1977, p. 6-25, ici p. 7.

105
locale fut soutenue par de nombreux privilèges ayant pour but de stimuler ce genre
de production. Ainsi, « sires et dames de Ré avantagèrent le vigneron puisque la
coutume dite ancienne mentionnée en 1289, lui permettait de faire son vin sans
passer par le pressoir seigneurial, le premier tonneau restant entièrement sa
propriété, le devoir seigneurial ne s’appliquant qu’au reste de la récolte».285 Tout
le monde y trouvait alors son compte.
Cet attachement à la terre se traduisit d’ailleurs d’une manière plus
ostentatoire. En effet, le choix du patronyme «des Ouches», d’où un vice de
prononciation a fait le nom de «de Souches»286 ne fut pas laissé au hasard. Le
toponyme «les Ouches» originaire désignait non seulement la seigneurie mais
d’abord, à en croire Paulette Hahn, les meilleurs terrains, humides et fertiles, d’une
qualité supérieure, tout comme «les Arènes» ou «les Chirons» utilisés pour les
localités médiocres, pierreuses ou bien «les Ardillières» en parlant des endroits
argileux.287 Des conclusions semblables mais cependant quelque peu nuancées
furent constatées déjà au XVIIe siècle par un philologue et écrivain français Gilles
Ménage qui affirmait, tout en s’appuyant sur les autorités encore plus anciennes:
« […] On dit aussi tousjours De Souches, aulieu de Des-Ousches, en parlant du
Gouverneur de Moravie, qui commande à présent dans la Flandre les troupes de
l’Empereur. C’est ainsi que ce Général s’appelle en sa Seigneurie – car son nom
est Rattuit. […] Ousche est un vieux mot François, qui signifie un jardin enclos de
hayes & planté d’arbres, sous lesquels on sème des légumes, ou du chanvre. Et ce
mot François a esté fait du Latin ‘ ulca ’ qui se trouve apeuprès en cette
signification dans Grégoire de Tours […] »288
Dans notre excursion étymologique, une hypothèse tentante se propose quant
aux origines mêmes du nom Ratuit. Ne pourrait-on pas faire un rapprochement
entre ce dernier et la dénomination latine de l’île de Ré – « Ratis » (voire

285
Ainsi, dans sa thèse René James, Chartes seigneuriales et privilèges royaux de l’île de Ré, Paris, 1939, p. 39-40.
286
M.E. Hivert, op. cit., p. 355-356.
287
Paulette Hahn, «Des lieux et des hommes. Faire parler les noms», BAIR, no 88, 1997, p. 27-38, ici p. 31.
288
Gilles Ménage, Observations sur la langue françoise, IIe édition, Paris, 1675, p. 307.

106
« Radis » ) - telle qu’elle apparaît dans les sources manuscrites les plus anciennes
comme cette cosmographie traduite du grec en latin au Xe siècle énumérant les îles
de la côte occidentale de la Gaule et attribuée à l’Anonyme de Ravenne ou les
Annales de Metz de la même période ?289 Suivant cette logique, les Ratuit seraient
alors « les gens » de l’île de Ré, les Rétais, anoblis et à ce titre utilisant le prédicat
« de Souches ». Théorie plausible mais invérifiable.
La fortune familiale des Ratuit de Souches reposait donc sur la possession
des seigneuries des Ouches et également des Baires, la première située dans la
paroisse d’Ars, la deuxième dans la paroisse de la Flotte, toutes les deux dans l’île
de Ré.290 Les deux paroisses, comme d’ailleurs l’île de Ré entière, relevaient pour
les affaires juridiques du Parlement de Paris et du Présidial de La Rochelle. Celle
d’Ars, au Nord-Ouest de l’île, se trouvait sous le vocable de Saint-Etienne, celle de
la Flotte, à l’opposé, dans le Sud-Est, avait pour patronne Sainte-Catherine.291
Les activités agricoles, ne dérogeant guère à la noblesse et caractéristiques
pour la plupart de la gentilhommerie campagnarde - comme le constata, en 1698,
l’intendant Michel Bégon « […] la noblesse est presque toute dans le service de
terre ou de mer, et il est rare de trouver un gentilhomme qui n’ait servi […] »292 -
furent étroitement liées au commerce, dont la perception dans le milieu nobiliaire
fut, au contraire, plus que mitigée.293 Mais il fallait vendre au meilleur prix la
récolte annuelle et veiller à assurer ainsi la rentabilité optimale de son entreprise.
Les liens commerciaux - sans parler bien évidemment d’autres genres de contacts -
entre l’île de Ré et la terre ferme existaient depuis toujours, mais ils s’intensifièrent

289
Marcel Delafosse, Petite histoire de l’île de Ré, Rupella, La Rochelle, 1995, p. 15.
290
M.E. Hivert, op. cit., p. 356.
291
Pour les détails voir R.-P. Lesson, Fastes historiques, archéologiques, biographiques etc. du département de la
Charente-inférieure, t. I, Rochefort, 1842, p. 41-42 ; Baptiste Bernard, Monographie de la commune de la Flotte, La
Rochelle, 1914 (reédition 1985) ; Philippe Hercule, Paroisses et communes de France. Dictionnaire d’histoire
administrative et démographique, Charente-Maritime, Paris, 1985, p. 9-20, 91, 248. A consulter également les
descriptions de l’île de Ré dans la Médiathèque de La Rochelle, manuscrit no 462, Mi 40, « Mémoires sur diverses
localités de la Saintonge et de l’Aunis ». Pour les renseignements géographiques Médiathèque de La Rochelle, 2 PL
728, « Carte de l’île de Ré, de l’île d’Oléron, de l’Aunis et de la Saintonge », Georges-Louis Le Rouge, Paris, 1757.
292
Georges Musset (éd.), «Michel Bégon, Mémoire sur la généralité de La Rochelle», Archives historiques de la
Saintonge et de l’Aunis, t. II, 1875, p. 17-174, ici p. 29. Voir également Archives départementales de la Charente-
Maritime, La Rochelle (désormais A. D. La Rochelle), manuscrit 1J6, « copie du mémoire de l’intendant Bégon ».
293
Jean-Marie Constant, La noblesse française aux XVIe et XVIIe siècles, Hachette, Paris, 1994, p. 63-91.

107
dès le XIIe siècle avec la naissance d’une ville neuve dotée d’un port, La Rochelle.
L’histoire de cette dernière restera désormais très proche de celle de l’île.
Une importante partie de l’Aunis, y compris l’île de Ré, fut successivement
contrôlée par quelques grandes familles seigneuriales dont la présence se reflétait
sans doute dans les destins des gentilshommes locaux. Tout d’abord, nous
rencontrons les barons de Châtelaillon qui se trouvaient déjà aux Xe et XIe siècles
dans l’entourage des ducs d’Aquitaine et qui firent venir dans la région les moines
clunisiens. Après les Châtelaillon, l’île passa aux mains des Mauléon puis à celles
des Thouars pour échoir aux La Trémoille.294 On ignore si les terres possédées par
les Ratuit leurs avaient été données, affermées ou s’ils les avaient achetées et à
quel moment mais il en reste que, grâce à ces dernières, la famille put rentrer en
contact avec ses puissants voisins et tisser des liens de clientélisme. Ce fut
notamment le cas des La Trémoille dont nous parlerons plus loin.
Dès le deuxième tiers du XVIe siècle, la région commença à être pénétrée
par la Réforme. Un contemporain catholique, Gilles du Breuil, seigneur de Théon,
gouverneur de Talmont le nota en nous livrant ainsi un témoignage précieux :
« […] pour estre adjacents à la coste de la grand mer oceane, les habitants
d’iceluy [pays de Saintonge], pour la nécessité du commerce, ont ordinayrement,
et tant que le temps leur a permis, trafiqué et voyagé tant en Angleterre, Escosse
que ez basses Allemaignes infectées, mesme faisantz profession de longue main du
lutheranisme et aultres nouvelles sectes et heresies, et lesquelz estrangiers ont
aussy de leur part tousjours abordé en grande affluence ez isles dudict pays, par le
moyen de laquelle frequentation, les habitans d’icelles isles ont aussy esté le
premiers imbeuz et entaschez de la contagion desdictes heresies […] ».295 Texte

294
Marcel Delafosse, Petite histoire de l’île de Ré, Rupella, La Rochelle, 1995, p. 20-34. Pour pouvoir étudier
l’histoire de cette famille, nous pouvons nous reporter également au site Internet crée par Jean-Luc Tulot qui a
retranscrit et annoté plusieurs correspondances très intéressantes concernant les La Trémoille. Il s’agit de documents
conservés aux Archives nationales de France, à la Bibliothèque Nationale de France, aux Archives de la Maison
royale d’Orange-Nassau à La Haye, à la Bibliothèque de l’Université de Leyde au Pays-Bas et à la Bibliothèque
Publique et Universitaire de Genève en Suisse. A consulter http://jeanluc.tulot.pagesperso-orange.fr.
295
Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis, t. 8, 1880, p. 245. Cité également par Marc Seguin,
«Naissance et succès de la Réforme », in : Francine Ducluzeau (sous la dir. de), Histoire des protestants charentais

108
éloquent. Notons simplement qu’à Saintonge ainsi qu’à l’Aunis, ce fut le
calvinisme qui prévalut et qu’à partir des années 1559-1560, ce dernier se dota de
structures durables en se répandant sur toutes les catégories sociales, les nobles
compris.296 Les Ratuit de Souches, comme nous le verrons, ne représentaient donc
pas une exception.
Nous avons déjà évoqué les liens qui attachaient les Ratuit à leurs terres et ce
fut sans doute cette proximité, mais également le fait d’appartenir à la petite
gentilhommerie locale dont le nom ne dépassait guère les limites de leur propriété
familiale qui estompèrent peu à peu le souvenir de la « bonne naissance » à tel
point que, dès la fin du XVIIe siècle, certains auteurs n’hésitèrent pas à contester
l’extraction familiale tout en affirmant l’origine roturière du lignage en question.
Le texte anonyme de 1671 cité au début de ce chapitre fut assurément le premier et
s’en suivirent d’autres, pas moins virulents. Dans les Mémoires du comte Gaspard
de Chavagnac (1638-1695) par exemple, publiés en 1699, dans lesquels leur auteur
décrit, entre autre et de façon très critique, la vie à la cour impériale à Vienne dans
les années 1666 – 1671, dans le chapitre consacré aux ministres et aux généraux
étant au service de Léopold Ier, on apprend que parmi les hommes les plus influents
et très puissants se trouvait un certain comte de Souches : « […] Le comte de
Souches, feld-maréchal (ce qui est comme maréchal de France), était Français de
nation, de la Rochelle, et de basse extraction […]».297 Et toujours dans le même
esprit, le Grand Dictionnaire de Moréri publia en 1759 : « […] Louis Ratuit de
Souches, général des armées de l’empereur, étoit François, et selon le bruit
commun, fils d’un épicier de La Rochelle […] ».298

(Aunis, Saintonge, Augoumois), Le Croît vif, Paris, 2001, p. 17-54, ici p. 24. Ce volume apporte aussi d’autres
détails sur la propagation du protestantisme dans la région.
296
Marc Seguin, op. cit., p. 42-53. A compléter par la Thèse imprimée de Pascal Rambeaud, De La Rochelle vers
l’Aunis. L’histoire des réformés et de leurs Églises dans une province française au XVIe siècle, Paris, Honoré
Champion, 2003.
297
Mémoires du comte Gaspard de Chavagnac, maréchal de camps ès armées du roy, général de l’artillerie, sergent
de bataille de celles de sa Majesté catholique, lieutenant-général des troupes de l’empereur et son ambassadeur en
Pologne. Edition originale de 1699, Jean de Villeurs (éd.), Paris, 1900, p. 246.
298
Louis Moréri, Le Grand Dictionnaire historique, ou le mélange curieux de l’histoire sacrée et profane…Nouvelle
édition, t. IX, Paris, 1759, article « Souches », p. 511.

109
Le choix par Moréri de « l’épicier » afin de déclasser un des descendants des
Ratuit fut sans conteste aléatoire. Il aurait bien pu retenir « un cordonnier », « un
boulanger » ou « un tanneur » ; le métier ne jouant pas ici un rôle essentiel. Ce qui
comptait c’était l’effet provoqué par l’interaction entre une image associée à
l’exercice d’une profession concrète et sa projection dans le milieu nobiliaire. Dans
cette optique, il était plus qu’évident qu’une personne exerçant une activité qui
dérogeait ne pouvait en aucun cas prétendre à être noble. L’exemple venait donc
renforcer et justifier les convictions de l’auteur. Nous avons trouvé, certes, dans les
Archives départementales de la Charente-Maritime, un homophone « Desouches »,
apparaissant à plusieurs reprises comme « maître tailleur » à La Rochelle299 mais
ceci n’étant pas pour nous une preuve suffisamment tangible de la roture des Ratuit
de Souches, l’hypothèse de cette dernière fut alors écartée.
En revanche, maintes indices, sources et témoignages montrent bel et bien
l’appartenance des Ratuit de Souches à la noblesse. D’ailleurs, même si le blason
est si loin d’être un privilège de noblesse que l’on compte plus de roturiers que de
nobles sur les listes de l’armorial général d’Hozier, ce ne fut guère le cas de notre
famille qui portait « d’or au chevron ployé de gueules, accompagné de trois cœurs
du même, posés deux et un, celui en pointe surmontant un croissant d’argent. »300
Grâce à ses exploits militaires, Jean Louis Ratuit de Souches dut peu
s’inquiéter des doutes formulées sur sa noblesse par de nombreux contestataires. Il
n’en fut pas de même pour ses enfants qui, en revanche, durent multiplier les
preuves pour contrer les esprits hostiles et afin d’établir qu’ils descendaient bien
d’une famille noble solidement enracinée dans l’Aunis. Ces documents
représentent un précieux témoignage contenant des renseignements fort
intéressants.

299
A.D. La Rochelle, série Es (supplément), Es 310 ; Es 311 ; Es 317.
300
La famille fut répertoriée par Charles-René d’Hozier, Indicateur du Grand Armorial général de France, tome II,
Louis Paris (éd. ), Paris, 1866, article « des Souches ». Pour la description des armoiries familiales des Souches voir
Jean-Baptiste Rietstap, Armoirial général précédé d’un dictionnaire des termes du blason, 2e édition, t. II, 1887, p.
802, article « des Souches ».

110
Un de ces textes, recopié à la fin du XVIIe siècle, relate un acte juridique
accompli à La Rochelle, le 26 août 1686. Ce jour-là, « […] par devant Gabriel
Béraudin, écuyer, seigneur de Grandjai, conseiller du Roi et son lieutenant-
général en la sénéchaussé et siège présidial de la ville et gouvernement de la
Rochelle, sur les réquisitions de Messire Amathée Huet, Chevalier, Seigneur de
Riveau, capitaine entretenu pour le service du Roi en la marine, parurent quatorze
personnes de plus qualifiées du payx d’Aunix, des quelles les noms et les charges
sont spécifiées dans l’Acte collationé à l’origine à Vienne le 18ème septembre 1692
par Henri Castellani d’Avister, Protonotaire apostolique. Le lieutenant-général en
la sénéchaussé de la Rochelle cy-dessus nommé déclare, que ces quatorze
personnes demeurans et domiciliéz tous à Aunix ont certifié à tous qu’il
appartiendra que Messire Louis Ratuit Comte de Souches est né gentilhomme, fils
de Jean Ratuit Sieur de Barres et de Dame Marguerite de Bourdigale, et qu’ils ont
bonne et certaine connoissance, que le dit feu Ratuit, écuyer, père du dit Seigneur,
comte de Souches étoit issû de famille noble et de principales de la ville de la
Rochelle, où lui et ses prédecesseurs ont fait leur demeure et tenu rang parmi les
autres gentilhommes conformement à leur extraction noble, en temoin de quoi ils
ont signés cette déclaration et apposé le seau de leurs armes, laquelle declaration
nous avons reçu et donné acte d’icelle au dit seigneur requerant pour valoir et
servir ce que de raison. La quelle nous avons aussi signé et pour plus grande
approbation nous y avons fait apposer le seau de sa Majesté, dans cette
chancellerie présidiale de la ville de la Rochelle. »301
Parmi les signataires, nous rencontrons les noms des sieurs Millet, maréchal-
de-camp, gouverneur de la principauté de Château-Renaud et lieutenant-général au

301
Moravský zemský archiv Brno /=Archives du pays morave/(désormais MZA Brno), G 155, Rodinný archiv
Ugarte /=Archives de la famille Ugarte/(désormais RA Ugarte), cart. 30, no 555, fol. 1-2, « témoignages et preuves
de noblesse des ancêtres en France de Louis Ratuit de Souches ». Il s’agit là d’un extrait de Fragments pour servir à
l’histoire d’Allemagne. Fragmenta in historiam Germaniae. Codex manuscriptus de l’ancienne Bibliothèque
imprériale de Vienne, tome XXIII, p. 76. Le document fut également publié dans sa quasi-totalité par Pierre Bayle,
Dictionnaire historique et critique, IVe édition, t. IV, Amsterdam – Leide, 1730, p. 245.

111
gouvernement du pays d’Aunis, Arnou, intendant de la province, Gabaret, premier
chef d’escadre, de Châtellaillon, commandant pour le Roi à La Rochelle.302
Nous disposons également des « Extraits des Armes et preuves de neuf
quartiers du costé de père et de celui de mère d’ancienne noblesse de Monser Louis
Ratuit comte de Souches »303 qui vient à compléter le précédent. « Nous subsignéz
attestons et certifions avoir très certaine connoissance que les quartiers de l’autre
part de Monser Louis Ratuit de Souches sont issüs aussi bien du costé du père que
de celui de la mère d’extraction de gentilhommes et de plus anciennes familles
nobles de ce paÿs-ci et qu’ils ont jouï des droits d’honneur, privilèges et exceptions
concedés par nos Rois aux Nobles et gentilhommes de ce royaume ayant tenu rang
aussi de long temps parmi les autres gentilhommes. En temoin de quoi nous avons
signés la présente attestation pour lui valoir et servir ce que de raison. Fait à
Rochelle le 12 de Mars 1687. »304
La déclaration fut signée par dix-huit personnes dont, en premier, l’évêque
de La Rochelle, Henri de Laval, suivi par sieur de Châtellaillon, « commandant
pour le service du Roi en Aunix et la Rochelle », sieur de Béraudin, lieutenant-
général de La Rochelle305 et le sieur de Villette, chef d’escadre. Le chevalier de
Blénac, le chevalier d’Henai, le chevalier d’Arbouville, capitaine de vaisseau ou
encore sieur d’Osmont, chevalier de Malte apposèrent ensuite leurs signatures
respectives.306
C’est dans Pierre Bayle que fut publié un fragment de lettre adressée, le 29
mars 1699, par le bailli de la Vieuville à Charles Maxmilian comte de Thurn -
gendre de Jean Louis Ratuit de Souches, marié à sa fille Anne Dorothée - dans
laquelle son auteur relate qu’il a été « […] ravi d’avoir eu occasion de mander à

302
MZA Brno, G 155, RA Ugarte, cart. 30, no 555, fol. 2.
303
Ibidem.
304
Ibidem.
305
Gabriel Béraudin, seigneur de Granjai (Grandzais), lieutenant général au Présidial de La Rochelle, exerçait ses
fonctions de 1676 jusqu’en 1695, l’année de sa mort. Voir Louis-Marie Meschinet de Richemond (réd.), Inventaire
sommaire des Archives départementales antérieures à 1790, Charente-Inférieure, série B (art. 1006 à 1828),
Sénéchaussée et Présidial de La Rochelle, La Rochelle, 1903, p. 116-118.
306
Publié également en partie par Pierre Bayle, op. cit., p. 245.

112
Malte ce qu’il avoit apris étant à la Rochelle de la Maison du Comte de Souches,
dont les ancêtres, sans s’être fort élevez dans les dignitez de la guerre, ont toûjours
jouï des privileges de la noblesse, et n’ont jamais rien fait qui les en deût deroger
[…] ».307
Afin de doter de relief les quartiers de noblesse des Ratuit de Souches
mentionnés ci-dessus, il nous faut recourir à un document exceptionnel, trouvé
dans les archives tchèques. Il s’agit d’une grande feuille de parchemin, datant de
1772, résumant la généalogie des petits enfants de Jean Louis Ratuit de Souches et
remontant même à leurs bis-aïeuls paternels. Le tout, fondé sur les informations
fournies par les autorités françaises de La Rochelle, fut complété par les armoiries
de chaque famille concernée.308
Nous nous retrouvons alors devant une question à résoudre non sans
difficultés. Qu’en est-il réellement concernant la noblesse des Ratuit de Souches ?
Le plus vraisemblable est que dans le cas des Ratuit, nous avons à faire à une
famille qui possédait raisonnablement de biens mais n’était pas de premier plan,
même pas à La Rochelle. Peu à peu, elle s’est glissée dans la noblesse, à une
époque où le consensus social comptait davantage que la reconnaissance royale.
Mais rien n’était définitivement acquis et les « traces » de l’origine roturière de la
famille demeuraient encore présentes dans la mémoire de la société locale. Tout
cela expliquerait les contestations de la noblesse des Raduit de Souches.
Jean Louis Ratuit de Souches était alors fils de Jean Ratuit, écuyer, sieur de
Baar (parfois de Barres) et de Marguerite de Bourdigale, tous les deux issus de la
petite noblesse huguenote de l’Aunis. Du côté de son père, il descendait d’une
lignée bien ancrée dans le milieu local et contrairement à Louis-Etienne Arcère qui
affirmait au milieu du XVIIIe siècle que « […] comme il ne reste à la Rochelle
aucune trace de la famille de notre comte, je n’en puisse donner aucune notice

307
Ibidem, p. 245.
308
Státní oblastní archiv Litoměřice /=Archives régionales d’Etat à Litoměřice/, pobočka Děčín /=succursale Děčín/,
Rodinný archiv Desfours-Walderode /=Archives familiales Desfours-Walderode/, no 15.

113
[…] »309 nous pouvons en apporter maints détails même si la vue d’ensemble sur la
filiation des Ratuit reste toujours plutôt incomplète. L’incertitude règne par
exemple quant aux liens de parenté exacts entre les Ratuit et les chevaliers des
Barres répertoriés par Joseph Beauchet-Filleau qui parle de « Jean des Barres,
chevalier poitevin qui, lors de la déroute de l’armée anglaise à Saintes (1242), se
précipita dans cette ville avec six autres chevaliers, où ils furent faits prisonniers
par les Anglais. »310 De même pour un certain Jacques de Barre, « escuyer », sieur
de La Fribauldière, qui apparaît le 13 avril 1522, cité parmi les témoins dans un
acte de l’inventaire du château de Royan.311
Le premier membre connu du lignage dont nous avons pour le moment la
certitude de son existence fut Thibaut Ratuit, sieur de Barres, arrière-grand-père
paternel de Jean Louis, marié à Anne de Pons qui appartenait, quant à elle, au
lignage de sieurs de Pons, seigneurs de Mirambeau et Hiers, dont certains membres
comptaient parmi les fervents partisans de la Réforme.312 Ce fut probablement
grâce à son fils, Charles Ratuit des Ouches, écuyer, sieur de Barres que la famille
acquit, à la première moitié du XVIe siècle, un hôtel particulier transformé en
hôtellerie nommée « Trois marchands », située aux numéros 20 – 24 rue Chef-de-
Ville, entre les rues actuelles de l’Escalle et Admyrault de La Rochelle. Un procès-
verbal de l’époque la décrit comme un « logis couvert de tuiles et d’ardoises […]
un achenal entre un grand corps de logis et un petit, et un autre le long d’une
galerie […] les pieux de bois, sur la rue, dépassent de huit pouces tout autour de
la couverture […] une tappe au-dessous du pigeonnier […] une autre petite, de
plâtre, proche de la cloche au bout de la galerie […] ».313 Il s’agissait sans doute
d’une des « meilleurs adresses » de la ville puisque plusieurs personnalités de
l’époque y séjournèrent, à commencer par le roi déchu du Portugal, Antoine Ier

309
Louis-Etienne Arcère, op. cit., p. 390, note b).
310
Joseph Beauchet-Filleau, Dictionnaire historique et généalogique des familles de Poitou, t. I, Poitiers, 1891,
p. 309.
311
Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis, 18, 1890, p. 329.
312
Marc Seguin, op. cit., p. 27, 46.
313
Cité d’après Père B. Coutant, « Les Cahiers ». La Rochelle. Les grands hôtels particuliers, le port, le secteur
piétonnier, La Rochelle, 1979, p. 210.

114
(1531-1595), chassé de son pays par Philippe II d’Espagne en 1580 et qui y passa,
en 1583, plus d’un mois avec toute sa suite.314
Quelques années plus tard, nous retrouvons les Ratuit en possession d’un
autre ensemble immobilier, non loin du premier hôtel, aux numéros 13 – 15 – 17
de la même rue, au coin de la rue Verdière actuelle, mais cette fois-ci dans un
piètre état. Cette maison de la « Gallère », composée de « deux corps de logis, deux
cours, une glacière en la deuxième […] le tout fort fraudé […] un des piliers de
devant étant près de tomber […] allant de la rue à la Verdière »315 fut cédée, le 24
janvier 1669, par « Ratuit, haut et puissant seigneur, comte des Ouches,
gentilhomme de la Chambre de Sa Majesté Impériale, son maréchal des armées,
colonel et gouverneur des gardes de la ville de Vienne en Autriche »316 aux Pères
de l’Hôpital Saint-Barthélemy en faveur des pauvres. 317 « […] Afin qu’il en reste
une mémoire il sera appendu à la place de l’enseigne qui y pendait une autre – ‘de
la Charité’ […] » et il fut stipulé que désormais, tous les futurs propriétaires « […]
seront obligés de continuer toujours l’enseigne de ‘la Charité’ ».318
Le fait d’être propriétaires de biens en ville offrait aux Ratuit de nouvelles
dimensions de prestige social. En effet, depuis le XIVe siècle, La Rochelle était
administrée d’un côté par les « gens du roi » avec, en tête, un gouverneur, secondé
par un lieutenant, lui-même assisté d’un procureur, d’un avocat du roi ainsi que
d’un receveur, sans oublier les sergents, les notaires royaux et les divers
représentants de l’administration des finances extraordinaires, de l’autre côté, il ne
faut cependant pas omettre le rôle de plus en plus important de la commune, dont
le prestige augmenta considérablement au cours du XVe siècle et notamment à

314
J.-B.- E. Jourdan, La Rochelle historique et monumentale, La Rochelle, 1884, p. 85. L’auteur indique cependant
pour la date de séjour du roi l’année 1553 ce qui est sûrement une faute d’impression. A comparer à Louise-
Geneviève Gillot de Saintonge, Histoire de dom Antoine, roy de Portugal, Amsterdam, 1696, p. 93. Pour le contexte
historique voir par exemple Geoffrey Parker, Filip II. Španělský král z rodu Habsburků. „Nejmocnější křesťanský
vládce“, Prague, 1998, p. 135-138.
315
B. Coutant, op. cit., p. 195.
316
Ibidem.
317
Archives municipales de La Rochelle (désormais A.M. La Rochelle), Archives de l’hôtel Saint-Barthélemy –
donations, testaments, revenus, 14 - 20 H 134. Au sujet de l’hôpital Rémi Béraud, Petite encyclopédie monumentale
et historique de La Rochelle, Rupella, La Rochelle, 1981, p. 93-94.
318
A. D. La Rochelle, Actes du notaire Pierre Teuleron, 1631-1681, 3 E 1284 – 1370 bis.

115
l’arrivée de la Réforme au siècle suivant. Les membres du corps de ville élisaient
le maire et veillaient au bon fonctionnement de la commune. Leur nombre fut, dès
le XIVe siècle, arrêté à 100 et réparti de façon suivante : 24 postes occupés de
manière égale par les échevins et les conseillers surveillant l’action du maire et
pouvant éventuellement le remplacer en cas de maladie ou absence et le reste
partagé par 76 pairs de la ville.319
Pour être élu pair, il fallait « […] tenir feu et lieu en la ville, contribuer aux
charges, être né de loyal mariage, être de bonne renommée, n’être atteint
d’aucune maladie contagieuse, lèpre, être déjà juré de la commune et faire le
serment de pair […] ».320 Toutes ces conditions réunies, les Ratuit jouirent, au plus
tard à partir du milieu du XVIe siècle, du droit d’appartenir à ce collège
prestigieux. Ainsi, nous rencontrons plusieurs sieurs Ratuit cités parmi les pairs à
divers moments de l’histoire de la ville de la Rochelle.
En 1614, par exemple, concernant le père de Jean Louis, nous apprenons que
« […] le second jour d’octobre, Mr Jehan Ratuit, recepveur des consignations et
l’un des pairs de cette ville, feut enterré et ledit jour, Jehan Brossard, marchant et
bourgeois de ceste ville, feut reçeu de la maison de ville au lieu dudit Ratuit
[…] ».321 Quelques années plus tard, en 1629, un autre Jean Ratuit fut mentionné
comme « avocat au Présidial de ceste ville ».322 Les interrogations surgissent quant
au troisième Jean Ratuit qui avait été auparavant, en 1588, mis sous curatelle.323
C’est également sans doute d’un membre de la même famille qu’ Agrippa
d’Aubigné parle, sous le nom des Ouches, dans son Histoire universelle en
évoquant les vaillants officiers protestants qui combattaient au siège de Montaigu
(en 1580 ) et à Maubraguet ( en 1586).324 Dans le tumulte de la bataille de

319
Marcel Delafosse (sous la dir. de), Histoire de La Rochelle, éd. Privat, Toulouse, 1985, p. 53 – 59.
320
Ibidem, p. 56.
321
Louis-Marie Meschinet de Richemond (éd.) Diaire de Joseph Guillaudeau, sieur de Beaupréau, avocat au siège
présidial de La Rochelle, Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis, 38, 1908, p. 79.
322
A. D. La Rochelle, B 1346.
323
A. M. La Rochelle, Es 278.
324
Histoire universelle par Agrippa d’Aubigné, Alphonse de Ruble (éd.), tome VI, 1579-1585, Paris, 1892, p. 76-91,
ici p. 79 ; Ibidem, tome VII, 1585-1588, Paris, 1893, p. 22-36, ici p. 34.

116
Maubraguet, l’officier de Souches sauva d’une mort certaine le commandant
Claude de la Trémoille, duc de Thouars, fidèle serviteur de futur Henri IV alors roi
de Navarre. « […] La foule des régiments catholiques marchoit en un lieu nommé
Maubraquet, pays entrecoupé de hayes, à la faveur desquelles toute
l’arquebuserie, à veue d’ennemi, prit son advantage […] La Trimouille, arrivé le
premier à leurs trousses, fit sa charge, à suivre qui voudra, sur la troupe de
retraicte, et fut si bien receu qu’il fust porté par terre à coups de picques, son
cheval sur lui, huict hommes de marque tuez à ses pieds […] tout cela, avec
Avantigni le vieux [capitaine protestant Louis d’Avantigny, sieur de la Brévallerie
et de Montbernard (note de l’éditeur)] estropié de deux arquebusades, estendu à
dix pas de la haye ; de laquelle aussitost sortirent avec armes d’ast [piques (note
de l’éditeur)] les hommes de commandement, qui en esgorgèrent quelques-uns.
Autant en recevoit La Trimouille sans les Ouches, Laleu et quelques autres , qui
d’une utile résolution se desgagèrent et trainèrent Avantigni […] ».325
Si nous avons déjà mentionné Charles Ratuit, le grand père paternel de Jean
Louis, nous connaissons également sa grand mère paternelle, Françoise Denis, fille
de Jean Denis et de Barbe Vigier, elle même issue de la famille des seigneurs de
Feusse.326
Quant-à la mère de Jean Louis Ratuit de Souches, Marguerite de Bourdigale
(parfois aussi Bourdigalle), elle venait d’une famille originaire du village de
Bourdigale, situé dans la paroisse d’Olonne, près des Sables (Les Sables-d’Olonne
actuels). Le lignage s’illustra par René de Bourdigale, dit le capitaine de
Laudonnière,327 né vers 1520, ayant pris part à une expédition en Amérique et
laissant derrière lui des mémoires sur la Floride.328 De nombreux membres de la

325
Ibidem, tome VII, p. 34-35.
326
Marc Seguin, op. cit., p. 35.
327
Joseph Beauchet-Filleau, op. cit., p. 689, article « de Bourdigale ».
328
René de Laudonnière, L’histoire notable de la Floride située es Indes Occidentales, contenant les trois voyages
faits en icelle par certains capitaines et pilotes François, Paris, 1586 (édité à l’époque par Martin Basanier ;
nouvelle édition Paris, 1853).

117
famille exerçèrent diverses fonctions dans l’administration de la ville de la
Rochelle où ils comptèrent parmi les pairs de la commune.
Ainsi, Louis de Bourdigale, écuyer, sieur de Maropois, père de Marguerite et
grand père maternel de Jean Louis, marié à Marie de Boucault, fut, quant à lui,
procureur du roi au présidial de la Rochelle, mentionné comme tel dans les années
1614 - 1616.329 Les sièges présidiaux furent érigés par un édit de 1551 et avaient
pour fonction de soulager les parlements en jugeant en dernier ressort un certain
nombre de causes. Celui de La Rochelle dépendait directement du Parlement de
Paris - ses appellations se relevaient immédiatement à la capitale - d’où le prestige
incontestable de ses procureurs.330
En raison de la conservation fragmentaire des sources concernant les de
Bourdigale, il nous a été impossible de dresser une filiation complexe des
différents membres du « clan » rencontrés lors de nos recherches. Que dire, par
exemple, des liens de parenté d’un certain René de Bourdigale, dont nous apprîmes
qu’il s’était marié, le 14 février 1574 au temple protestant rochelais de Sait-Yon, à
Françoise de Raclet,331 et qui apparaît, en 1605, en tant que conseiller au présidial
de La Rochelle ?332 Une situation similaire persiste quant à Jean de Bourdigale,
écuyer, sieur de la Chabossière, figurant dès 1588 parmi les pairs de la
commune.333 Marié à Marie Baudet, sa femme lui donna, en 1590, un fils baptisé
Louis.334 En 1595, Jean de Bourdigale rejoignit les signataires des « Actes de
l’assemblée des eglises reformées de ce royaume tenue en la ville de Saumur soubs
l’authorité du roy le 24 feuvrier et continuée jusques au 23 de mars ensuivant

329
Louis-Marie Meschinet de Richemond (éd.), Inventaire sommaire des Archives départementales, antérieures à
1790, Charente-inférieure, série B, articles 1006-1828, La Rochelle, 1903, « Introduction », p. 119; Diaire de
Jacques Merlin ou Recueil des choses [les] plus mémorables qui se sont passées en ceste ville de La Rochelle de
1589 à 1620, Charles Dangibeaud (éd.), (=Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis, V, 1878), p. 63-384.
330
Georges Musset, Un Parlement au petit pied : le présidial de La Rochelle, La Rochelle, 1878 ; Léopold Delayant,
Du Présidial de La Rochelle, La Rochelle, 1878.
331
A.D. La Rochelle, E 9 Registre.
332
Louis-Marie Meschinet de Richemond (éd.), Inventaire sommaire des Archives départementales, série B, p. 117.
333
A.M. La Rochelle, Es 279 ; Es 281.
334
A.D. La Rochelle, E 18. Le baptême eut lieu le 19 juillet 1590 au temple Saint-Yon de La Rochelle. Parmi les
témoins figuraient « sire Jacob Bouchereau, l’un des pairs de cette ville » comme parrain et Françoise Bouchereau,
en tant que marraine, probablement la femme du précédent.

118
1595 ».335 Il devint, en 1600, lieutenant particulier et assesseur criminel au
présidial de La Rochelle336 pour finir sa vie en 1605. D’après Jacques Merlin,
pasteur et chroniqueur de La Rochelle, « […] le 2 de juillet est allé à Dieu Jean de
Bourdigalle, assesseur criminel au siège de ceste ville, d’une apoplexie, et fut son
estat perdu […] ».337
La place exacte dans le lignage reste également voilée concernant Gabriel de
Bourdigale, sieur de la Chabossière qui se fit sa renommée en tant que procureur
du roi au présidial rochelais, ayant été actif à ce poste au moins dans les années
1604 – 1624338 et qui dut, lors de l’exercice de sa fonction, faire face aux émeutes
ayant touché la ville de La Rochelle en 1614. Des troubles, reposant sur les
clivages sociaux de longue date entre les notables et les bourgeois, furent attisés
par la soif du pouvoir de ces derniers. En effet, comme nous l’avons signalé,
l’administration de la commune était entre les mains des « cents sages » du corps
de la ville. Or, dès les années soixante du XVIe siècle, la municipalité eut recours,
de temps à autre, aux « convocations extraordinaires » rassemblant tous les
bourgeois de la ville, afin d’obtenir leur avis sur une question importante. Les
bourgeois, ne jouissant cependant pas des mêmes privilèges fiscaux et
économiques, ni des mêmes prérogatives politiques que les membres du corps de
ville, cherchaient à mettre en tutelle la municipalité. Leur pression s’exerçait de
manières différentes, soit par la désignation des « procureurs syndics des
bourgeois », leurs délégués étant les interlocuteurs du corps de ville, ou bien par la
voie militaire par l’intermédiaire de la milice municipale, ce qui fut le cas de l’an
1614.339 « Le samedy 22e de marts 1614, environ sur les 9 à 10 heures du matin, M.
le maire et capitaine de cette ville fit signifier […] à Pierre Bernardeau et autres

335
Bulletin historique et littéraire de la Société de l’histoire du protestantisme français, XLVII, 1898, p. 308.
336
Louis-Marie Meschinet de Richemond (éd.), Inventaire sommaire des Archives départementales, série B, p. 117.
337
Charles Dangibeaud (éd.), Diaire de Jacques Merlin, p. 123. Sur le personnage de Jacques Merlin voir François
Julien-Labruyère (sous la dir. de), Dictionnaire biographique des Charentais et de ceux qui ont illustré les
Charentes, Le Croît vif, Paris, 2005, p. 912-913.
338
A.D. La Rochelle, B 1340 ; Louis-Marie Meschinet de Richemond (éd.), Inventaire sommaire des Archives
départementales, série B, p. 118; Charles Dangibeaud (éd.), Diaire de Jacques Merlin, p. 63-384.
339
Marcel Delafosse, Histoire de La Rochelle, p. 101-104.

119
procureurs des bourgeois […] un arrest de la court de parlement de Paris, que les
maire, eschevins et pairs avoyent obtenu contre lesdits bourgeois […] lesquelz
quelque temps auparavant avoyent, de leur autorité privée, mis et apposé des
crapaux ou cadenatz, tant à la porte de Mobec que à la Chaisne, lequel arrest
portoit que lesdits crapaux seroyent ostez, ce que ledit maire fit, au préjudice,
disoyent lesdits bourgeois […] ».340 Les esprits s’échauffèrent et « […] à une heure
après midy […] on vit tout le monde en armes et à l’instant tous les cantons saisis
et barricadez, ce que voyant ledit sieur maire […] pour adoucir et appaiser le
peuple qui estoit fort animé, feut contrainct, accompagné d’un ou deux de la
maison de Ville, d’aller par tous les cantons et quarrefours de cette dite ville
[…] » et notamment « […] au canton de Monconseil où estoit M. le procureur du
roy, sçavoir Gabriel de Bourdigalle, armé et ayant une rondache et le coutelas tout
nud au poingt et plusieurs autres, et ce fait, s’en alla ledit sieur maire en sa
maison accompagné dudit sieur procureur du roy et s’en allant dist qu’on se
retirast, ce que presque tous firent dudit canton de Monconseil […] ».341 Quelques
jours plus tard, la situation n’étant guère moins explosive, « […] M. le procureur
du roy […] pour contenter le peuple et leur faire laisser les armes, deschira luy
mesme une coppie dudit arrest en leur présence […] ».342 Il ne suffit qu’ajouter
que devant une fermeté pareille, la mairie céda et que désormais, le conseil
municipal fut doublé de représentants des bourgeois.343
Notre plongée dans l’histoire de la famille de Bourdigale pourrait se
terminer par le personnage de Jacques de Bourdigale, sieur de la Chabossière,
attesté, dans les années 1622 – 1623 comme capitaine de la tour Saint-
Nicolas,344 poste dont l’importance n’était pas des moindres, et pour cause. La

340
L’incident fut relaté dans Louis-Marie Meschinet de Richemond (éd.) Diaire de Joseph Guillaudeau, p. 57-60,
77-78. (p. 57 pour l’extrait cité).
341
Ibidem, p. 57-58.
342
Ibidem, p. 59.
343
Marcel Delafosse, Histoire de La Rochelle, p. 103.
344
A.M. La Rochelle, Ms 764 ; Louis-Marie Meschinet de Richemond (éd.), Inventaire sommaire des Archives
départementales, antérieures à 1790, série E Supplément (Archives communales), Ville de La Rochelle, Paris, 1892,
p. 11.

120
renommée de La Rochelle reposait sur son port qui devenait, au moment des
conflits militaires, un endroit hautement convoité par les assaillants. Pour assurer la
garde et la défense de la passe, deux tours furent dressées à l’entrée du port, celle
de Saint-Nicolas, dont la construction débuta en 1345 pour ne s’achever qu’en
1376, suivie de celle de la Chaîne sur l’autre rive, nommée ainsi en raison du fait
qu’elle avait pour fonction de tendre la chaîne fixée dans la tour Saint-Nicolas et
fermant l’accès au port. La tour Saint-Nicolas hébergea son premier capitaine ainsi
que les soldats préposés à sa garde en 1384, et le 13 avril 1398, il fut fait obligation
aux capitaines des tours d’habiter ces ouvrages avec leur famille. Le capitaine était
nommé tous les ans par le maire de la ville et prêtait serment aux mains de ce
dernier de ne jamais quitter la tour durant l’année où il en avait la charge, afin
d’exercer une active vigilance en cas de surprise de l’ennemi. Il était le
représentant du roi et le chef des armées de la ville. Sa fonction consistait
également à surveiller le trafic du port et à s’assurer du paiement des taxes.345 En
occupant ce poste, Jacques de Bourdigale jouissait alors de la position d’un homme
de confiance, ce qui lui valut sans doute - ainsi qu’à sa famille - un incontestable
prestige. Il est décédé le 3 octobre 1626.346
L’influence des Bourdigale se reflétait dans le réseau social des contacts que
la famille entretenait avec leurs amis et clients. Ces liens qui reposaient sur les
relations réciproquement avantageuses étaient régulièrement renouvelés, aussi bien
par les hommes que par les femmes. Dans ce sens, les mariages et les baptêmes
représentaient l’une des occasions idéales pour nouer de nouvelles « amitiés » ou
pour renforcer le tissu existant du clientélisme. Ainsi, Louis de Bourdigale assista
en tant que parrain, en janvier 1583, dans le temple Saint-Yon, au baptême d’Anne,
fille de Jehan Collin et d’Yzabeau Boulangier.347 A son tour, Jean de Bourdigale
invita en juillet 1590, au baptême de son fils Louis, sire Jacob Bouchereau, un des

345
Emile Couneau, La Rochelle disparue, E. Pijollet, La Rochelle, 1929, p. 51-77.
346
Louis-Marie Meschinet de Richemond (éd.) Diaire de Joseph Guillaudeau, p. 335.
347
A.D. La Rochelle, E 15 – Registre. Le baptême eut lieu le 23 janvier 1583 et la marraine de l’enfant fut Françoise
Le May.

121
pairs de la ville.348 Lors du baptême de Charles, fils de Charles de La Chambre et
d’Olympe Delachar en décembre 1619, Gabriel de Bourdigale devint parrain de
l’enfant.349 Côté femmes, Marie Bourdigale assista comme marraine, en avril 1610,
dans le Grand Temple de La Rochelle, au baptême de Marguerite, fille d’Isaac
Mercier et de Suzanne Bodin.350 Quant à Louise de Bourdigale, elle fut invitée, en
janvier 1611, au baptême de Jean, fils de Jean Reguyon et de Marie Gotereau.351
L’appartenance aux lignées bien enracinées dans la région, les ancêtres qui
s’illustrèrent dans l’administration de la commune et qui disposaient d’une vaste
palette de contacts sociaux et d’un prestige incontestable, sont autant d’éléments
qui permettent, nous semble-t-il, de rejeter définitivement l’hypothèse de la
« mauvaise extraction » de Jean Louis Ratuit de Souches, ce rochelais, dont
l’existence paraît aujourd’hui, à tort, quasiment oubliée.

348
Voir note 334.
349
A.D. La Rochelle, E 29. Le baptême fut célébré le 10 décembre 1619 dans le temple Saint-Yon à La Rochelle et
l’enfant eut comme marraine « demoiselle » Marguerite de La Chambre.
350
A.D. La Rochelle, E 25. L’événement eut lieu le 28 avril 1610 et ce fut Jean Chalmot, écuyer, qui fut choisi
comme parrain. Le Grand Temple, s’étant trouvé Place de Verdun actuelle, fut en 1648 transformé en cathédrale
catholique pour être ravagé par un incendie en 1687. A son sujet voir Relevés chronologiques et alphabetiques des
registres paroissiaux de la Charente-Maritime, Paroisse de La Rochelle, Protestants, Temple Saint-Yon, mariages
1573-1620, t. V, Cercle généalogique d’Aunis, La Rochelle, 1996, ouvrage dactylographié aux Archives
municipales de La Rochelle, préface, s.p.
351
A.D. La Rochelle, E 26. Le baptême du 1er janvier 1611 ; le parrain de l’enfant fut Jean Savarit.

122
II. La jeunesse

Jean Louis Ratuit de Souches est né à La Rochelle le 16 août 1608. Dans les
registres de l’ancien temple rochelais Saint-Yon, nous pouvons lire que « le jeudy
21 aoust ont estez baptisé par monsieur de la chapelle Ion, Loys, filz de Jehan
Ratouyt, l’ung des pairs de cette ville et de Marguerite de Bourdigalle. Parein
maistre Jehan Bruneau, conseiller au siège présidial de cette ville, maren Marie
Buneau veufue de feu François Manigaut-Vinant, l’ung des pairs de cette ville »352
et que « l’anfant est néz le 16 dudit mois. »353
Le choix du lieu de baptême ne fut pas laissé au hasard. Comme nous
l’avons déjà signalé, les familles Ratuit aussi bien que Bourdigale appartenaient à
la petite noblesse huguenote saintongeaise. Le culte protestant commença à La
Rochelle, d’une manière organisée, d’abord dans la clandestinité, le 17 novembre
1558, avec l’établissement d’un Consistoire composé d’un pasteur, quatre anciens,
deux diacres, un scribe et un trésorier. Bientôt, les protestants s’établirent, en 1570,
dans le Temple Saint-Yon, situé dans l’ancien réfectoire du couvent des Augustins,
rue Dupaty actuelle. Rappelons qu’un véritable cœur de la vie spirituelle ainsi que
sociale et l’endroit obligé des mariages, baptêmes et funérailles, ils y restèrent
jusqu’en juin 1603, à la consécration du Grand Temple, place de Verdun
actuelle.354
Quant à la séléction de personnes qui tinrent l’enfant sur les fonts
baptismaux, nous ignorons tout sur la marraine du jeune Louis. Au regard de son
statut social et de celui des parents, sa présence résultait sans doute de
l’appartenance de son mari au corps de la ville. En revanche, en ce qui concerne le
parrain, nous disposons de plus amples renseignements. Jean-Arnaud Bruneau de

352
A.D. La Rochelle, 5 Mi 1075/4, actes de baptême du temple Saint-Yon à La Rochelle.
353
Ibidem.
354
Relevés chronologiques et alphabetiques des registres paroissiaux de la Charente-Maritime, préface, s.p. ;
Marcel Delafosse, Histoire de La Rochelle, p. 85-101, notamment p. 92-93.

123
Rivedoux, né en 1550, Rétais d’origine, fut non seulement un des pairs de La
Rochelle et conseiller au siège présidial mais aussi capitaine général de l’île de Ré,
élu en 1589 et écrivain à son temps en laissant derrière lui un texte passionnant
relatant les récits d’aventures de mer qu’il entendit raconter, mélangés aux
événements vécus personnellement.355 Le lecteur peut y trouver les descriptions
des voyages comme celui du capitaine Richardière, revenant du Pérou, les relations
sur des naufrages ou bien une narration sur l’échouage d’une baleine sur la côte de
l’île de Ré.
Si les sources connues nous donnent les informations plus ou moins
fragmentaires sur les ancêtres familiaux, la situation s’avère encore plus
compliquée quant aux frères et sœurs de Jean Louis Ratuit de Souches. On connaît
de nom sa sœur Marguerite, mariée à Elie Savarit, lieutenant-général de la
sénéchaussée de Castillon en Guyenne, qui apparaît en 1654 dans un acte de
partage des biens familiaux. « Le 13 Mai 1654, Marguerite Ratuit, veuve de noble
homme Elie Savarit, lieutenant-général en la Sénéchaussée de Castillon en
Guienne, tant pour elle que pour M. Ratuit son frère baron de Souche, vendit à
356
Richard Creagh une maison rue de Chef-de-ville. » Il s’agissait sans doute
d’une partie de l’hôtel « Trois marchands » dont nous avons parlé plus haut.357
Concernant Elie Savarit, son union avec Marguerite Ratuit semble résulter des
liens qui rapprochaient la famille Savarit à celle des de Bourdigale d’où était issue
sa belle-mère. En effet, le 1er janvier 1611 par exemple, dans le Temple Saint-Yon,
Jean Savarit assista en tant que parrain au côté de Louise de Bourdigale, invitée

355
Jean-Arnaud Bruneau de Rivedoux, Histoire véritable de certains voyages périlleux et hasardeux sur la mer
ausquels reluit la justice de Dieu sur les uns et la miséricorde sur les autres, Niort, 1599. Le texte fut nouvellement
édité par Alain-Gilbert Guéguen (éd.), Editions de Paris, Paris, 1996.
356
Cité d’après Louis-Etienne Arcère, op. cit., p. 390. L’auteur utilisa comme source les registres du notaire
rochelais Péronneau. Ces derniers, déposés aujourd’hui aux Archives départementales de la Charente-Maritime à La
Rochelle, seuls les registres de 1644 se sont conservés juqu’à nos jours. Voir A.D. La Rochelle, 3 E 1784, « registres
du notaire Péronneau ». Nous avons également consulté les regitres du notaire Teuleron de 1654 afin de trouver des
traces éventuelles de la transaction mentionnée, mais en vain. Voir A.D. La Rochelle, 3 E 1343, « registres du
notaire Teuleron ».
357
Voir note no 313.

124
comme marraine, au baptême de Jean, fils de Jean Reguyon et de Marie
Gotereau.358 Le contact établi ainsi ne fut certainement pas à prendre à la légère.
Au début de nos recherches, nous supposâmes l’existence d’au moins un
frère qui, après le départ de Jean Louis à l’étranger a dû rester en France pour
perpétuer la lignée. L’hypothèse reposait sur l’apparition, au XVIIIe siècle, de deux
„sieurs des Ouches“. D’abord, le 4 mai 1736, nous trouvâmes mentionné un certain
« Illies des Ouches, maître d’hôtel du sieur baron de Châtelaillon, demeurant au
château du Roulet, paroisse de Châtelaillon » étant entré en procès contre
« messire Bautiron, prêtre, curé de la paroisse de Vouhé ».359 Quelques années
plus tard, en 1775, nous rencontrâmes « Pierre-Paul de Bonnegens des Ouches,
ancien capitaine d’infanterie » en procès contre J.-B. Chain, qui fut condamné à
payer au demandeur une somme considérable de 508 livres, 6 sous et 8 deniers.360
Tous ces indices ne nous semblaient cependant pas très pertinents, jusqu’à ce
que nous découvrîmes un document d’une importance inégalée. Dans les archives
tchèques, parmi les papiers de Ferdinand de Dietrichstein (1636 – 1698) - président
de la Conférence secrète de Léopold Ier, grand maître à la cour de l’Empereur,
intendant de la Moravie et neveu du fameux François de Dietrichstein, cardinal et
evêque d’Olomouc [en all. Olmütz, en Moravie] - nous pûmes étudier un manuscrit
intitulé « Lebens beschreibung des Graffen von Souche » [=description de la vie du
comte de Souches].361 Considéré comme l’homme politique le mieux informé de la
Cour des Habsbourg de la deuxième moitié du XVIIe siècle, Ferdinand de
Dietrichstein s’établit une collection particulière contenant des pièces
« intéressantes » portant sur un ensemble de personnes influentes ou devenues
autrement célèbres et sur les événements remarquables de son temps. Quant à la
description de la vie de Jean Louis Ratuit de Souches, le texte d’une main anonyme
resta inachevé mais ne demeure pas moins intéressant pour autant et nous y

358
Voir plus haut, note no 351.
359
A.D. La Rochelle, G 244.
360
A.D. La Rochelle, B 434, « Juridiction consulaire de La Rochelle » pour les années 1775-1776.
361
MZA Brno, G 140, RA Ditrichštejn, no 343, côte 182, cart. 123, fol. 2 – 7.

125
recourrons à plusieurs reprises. Ses toutes premières lignes nous apprennent que
« Monsieur le maréchal comte de Souches naquit en 1608, au mois d’Août, à La
Rochelle en France et d’une des plus anciennes familles nobles du même pays,
bien que les personnes jalouses de lui ont même voulu prétendre que Dieu l’avait
oublié dans sa naissance […] ».362 Jusqu’à lors, pas d’éléments nouveaux mais
quelques lignes plus bas, nous lisons que « […] il était le frère cadet et sous peu,
dès que son âge le lui permit , s’en alla découvrir le monde et se rendit en Suède
pour apprendre le métier de la guerre […] son frère, en revanche, resta en France
pour servir le Roi et après avoir donné diverses illustres actions, il devint colonel
et donna sa vie lors d’une attaque pendant le siège du Châtellet ».363 En voici la
preuve tangible manquante confirmant bien la division de la famille Ratuit en deux
branches, aînée, assurant la perpétuité de la lignée en France et cadette, devenue
plus célèbre, s’installant dans les pays héréditaires des Habsbourg.
Les destinées de ces lignées caractérisent bien le milieu d’officiers (au sens
« hommes de robe », pas encore militaires) ayant des terres et des prétentions à la
noblesse. Chez les Ratuit, nous ne trouvons pas des marchands, ce qui, dans une
ville comme La Rochelle, mérite d’être signalé. En revanche, si la mer ne semble
pas attirer les membres de cette famille, une aspiration au métier des armes semble
dominer la stratégie familiale. On s’engage dans l’armée pour y gagner la noblesse,
pour atteindre la confirmation de ce à quoi on prétend.

362
« Herr feldtmarschall Graff de Souches ist Anno 1608 im Monath Augusto zu Roschelle in Frankhreich
gebohren, und aus einen von den altesten geschlechten selbigen Landtes, obwill seine Neydter so gar disses was ihn
Gott in den Geburth verlieren haben vertuschen wollen [...] ». Ibidem, fol. 2, p. 1. Traduction en français Petr
Klapka.
363
« […] Er war der Jüngere Brueder und begab sich so baldt er die Jahr erreichet, die Landten zu besehen und
den Krieg in Schweden zu lehren [...] Sein Her bruedr aber, blibe in Frankhreich und den König zu dienen welchen
nach den er undterschiedliche schöne Actionen begangen und schon obristen gewest in der Belagerung Chattellet in
einen Sturmb geblieben [...] ». Ibidem, fol. 2, p. 1. Traduction française P.K. En ce qui concerne la localité nommée
„Châtellet“, il s’agit du Câtelet dans l’Aisne en Picardie. En été 1636, après un siège, cette place fut prise par les
Impériaux à cause de la capitulation hâtive de son commandant Saint-Léger ce qui ouvrit à l’ennemi la route sur
Paris qui se trouvait alors à moins de cent vingt kilomètres de là. Saint-Léger fut par la suite exécuté pour crime de
trahison. Le succès spectaculaire des Habsbourg fut en même temps facilité par la reddition quasi simultannée de
deux autres places dans la région, celle de La Capelle et celle de Corbie dont les commandants subirent le même sort
que Saint-Léger. Voir André Corvisier, Histoire militaire de la France, t. 1, Des origines à 1715, P.U.F, Paris, 1992,
p. 354-355.

126
Ayant perdu son père à l’âge de six ans,364 le jeune Jean Louis fut élevé par
sa mère qui assura également sans doute la première phase de son éducation. Mais
là encore, nous nous trouvons sur le terrain instable de spéculations car nous
ignorons complètement toutes les informations relatives à ce sujet. L’éducation des
enfants était prise très au sérieux, notamment dans le milieu réformé où il était
impératif qu’un protestant sache lire et qu’il ait ainsi un accès direct à l’Ecriture.
Selon les coutumes, elle commençait souvent par l’acquisition des connaissances
de base à la maison et les nobles s’attachaient à transmettre en même temps une
part de leur savoir, valeurs et traditons familiales à leurs enfants, directement ou
par l’intermédiare des précepteurs.365 Vers l’âge de dix ans, les enfants quittaient,
si la situation de la famille le permettait, le cocon familial pour compléter leur
éducation ailleurs. Les garçons dans l’armée, en tant que pages chez un Grand ou
dans un collège, les filles dans un couvent.366
L’édit de Nantes avait laissé aux protestants la permission d’avoir des écoles
dans les lieux où l’exercice du culte était autorisée et ceux-ci en prirent grand soin,
notamment à La Rochelle devenu vite célèbre pour son Académie qui atteignit une
réputation accrue. Soutenue amplement par Jeanne d’Albret, mère de Henri IV,
elle fut dotée d’une pléiade de professeurs tels que François Béraud, qui
entretenait, quant à lui, des contacts avec Erasme, Pierre Martini, auteur de
grammaires sémitique et hébraïque ou encore le théologien Jean-Baptiste Rotan
(Gianbatista Rotta), bibliste ayant participé à la révision de la Bible de Genève,
sous la houlette de Théodore de Bèze, et auteur de textes polémiques.367
Pour La Rochelle, ce dernier tiers du XVIe siècle et le début du siècle suivant
furent d’ailleurs marqués non seulement par un formidable essor intellectuel,
culturel et religieux mais représentent également, ou avant tout, une période

364
Voir note no 321.
365
Laurent Bourquin, La noblesse dans la France moderne (XVIe – XVIIIe siècles), Belin, Paris, 2002, p. 113-119.
366
Ibidem, p. 119-121.
367
Jean-Baptiste Rotan, Traité orthodoxe de l'Eucharistie, La Rochelle, 1596 ; du même auteur, Response à la copie
d'une lettre missive de M. Pierre Cayet, apostat, en laquelle il rend raison de sa prétendue conversion, La Rochelle,
1596.

127
d’extraordinaire prospérité matérielle. La ville qui comptait quelques vingt-cinq
mille habitants finança, en 1612, la modification de ses fortifications, « construites
à la mode hollandaise »,368 l’agrandissement de son hôtel de ville pourvu, en 1605-
1606, d’une nouvelle façade, le nouveau palais du présidial surgit peu avant 1614
et, depuis 1603, les fidèles disposèrent d’un lieu du culte fraîchement ouvert.369 Ce
fut à cette époque-là que s’intensifia l’activité des imprimeurs rochelais,
notamment de Barthélemy Berton et Pierre Haultin entre autres, permettant aussi
bien la diffusion massive des idées de la Réforme grâce à des nombreux ouvrages
théologiques et de propagande que de répandre autres genres littéraires et les textes
scientifiques.370 Une telle effervescence dût sûrement marquer le jeune Jean Louis
Ratuit de Souches mais ce fut un événement de toute autre catégorie qui laissa en
lui une trace durable, sans qu’il eût eu le temps de s’en apercevoir pour l’instant.
Fils cadet, il ne pouvait prétendre obtenir la gestion de la totalité des
domaines familiaux qu’après renonciation de son frère.371 Cependant, un autre
avenir lui fut réservé, celui d’un militaire, brillant, pour ne pas dire. Dans la
tradition familiale, la mémoire d’un des ancêtres s’étant battu et illustré lors des
guerres de religion put servir d’exemple à suivre. Mais le moment déclencheur et
décisif pour sa carrière arriva en 1627. Âgé alors de dix-neuf ans, il assista au siège
de sa ville natale par les troupes de Louis XIII, commandées par cardinal de
Richelieu.372

368
Liliane Crété, La vie quotidienne à La Rochelle au temps du grand siège 1627-1628, Hachette, Paris, 1987, p. 39.
369
Marcel Delafosse, Histoire de La Rochelle, p. 134. A comparer à Martine Acerra - Guy Martinière (éd.), Coligny,
les protestants et la mer, Paris, PUPS, 1997 ; Alan James, « Huguenot militancy and the seventeenth-century Wars
of Religion », in: Ray Mentzer - Andrew Spicer (éd.), Society and Culture in the Huguenot world, 1559-1685,
Cambridge, 2002, p. 209-223 ; Alan James, Navy and Government in Early Modern France, 1572-1661,
Woodbrige, Royal Historical Society Publication, Boydell Press, 2004; Kevin C. Robbins, City and the Ocean sea :
La Rochelle, 1530-1650 : urban society, religion and politics on the French Atlantic Frontier, Brill, 1997.
370
Francine Ducluzeau, op. cit., p. 78-79 ; 143-144.
371
Sur la position des cadets au sein des familles nobles pendant le période étudiée voir Laurent Bourquin, « La
noblesse de XVIIe siècle et ses cadets », in : La famille au XVIIe siècle en Europe (=XVIIe siècle, no 249, 2010/4), p.
645-656.
372
Pierre Mervault, Histoire du dernier siège de la Rochelle. Journal des choses les plus mémorables qui se sont
passées au dernier siège de la Rochelle, Rouen, 1648 ; Journal des assiégés de La Rochelle 1627-1628, Pierre
Villemain (éd.), Paris, 1958 ; Louis-Marie Meschinet de Richemond (éd.) Diaire de Joseph Guillaudeau; François
de Vaux de Foletier, Le siège de La Rochelle, Firmin-Didot, Paris, 1931 (important car fondé sur les documents
anglais et réunissant la littérature connue à l’époque) ; Liliane Crété, op. cit. ; Marcel Delafosse, Histoire de La
Rochelle, p. 148-154. A comparer à Jean de Gaufreteau, La Digue ou le siège et la prise de la Rochelle, Bordeaux,

128
Si l’Edit de Nantes ramena la paix dans le royaume de France, il eut aussi
comme effet de créer un État dans l’État. La menace vis-à-vis du pouvoir royal
était bien réelle, et Richelieu entendait bien la réduire à néant. Grâce à l’édit
d’Henri IV, La Rochelle devint, comme nous l’avons constaté, un haut lieu de la
religion réformée en France. Ce port, dernière place de sûreté des Huguenots,
recevait de mer l’aide des Anglais, prompts à intervenir lorsqu’il s’agissait de
mettre en péril le pouvoir de leur grand rival. La principale crainte de Richelieu
était que cette place forte devînt une sorte de bastion d’où les protestants, aidés
financièrement par l’Angleterre, pourraient s’emparer de l’ensemble du territoire.
Sa décision fut donc prise : il fallait prendre sans tarder La Rochelle. Il
conviendrait d’ajouter ici que lors des guerres du siècle précédent, l’armée royale
avait vainement assiégé La Rochelle (1572 – 1573). La décision de Richelieu était
alors assez ambitieuse. Il ne pouvait en aucun cas échouer.
À la ville, l'insatisfaction régnait depuis que le roi refusa de détruire comme
il l'avait promis, le Fort-Louis qui faisait peser une menace permanente sur la ville
et ses accès maritimes et terrestres. Les représentants de la ville demandèrent à leur
protecteur anglais, Charles Ier, d'imposer au roi de France, si nécessaire par la
force, qu'il tienne ses promesses. De plus, Soubise, l'un des chefs protestant
prétendait que dès que la flotte anglaise apparaîtrait au large de La Rochelle, tous
les huguenots de France se soulèveraient.
À Paris, Richelieu redoutait de voir les Anglais conquérir les îles de Ré et
d'Oléron et les organiser comme de futures bases d'opérations vers La Rochelle et
contre le royaume des Bourbons. Il fit renforcer les défenses à partir de février
1627 et envoya de l'artillerie, 2 000 fantassins et 200 cavaliers, sous le
commandement du maréchal de camp Jean de Saint-Bonnet de Toiras. La défense
de l'île de Ré, située à 3 kilomètres de la côte, en face de La Rochelle, s'organisa
autour des deux forts existants de Saint-Martin et de la Prée. Ce fut en définitive la

1629. Dans l’historiographie anglaise voir par exemple David Parker, La Rochelle and the French Monarchy.
Conflict and Order in Seventeenth-Century France, London, 1980.

129
flotte anglaise qui dénoua la première la situation. Le 27 juin 1627, George
Villiers, duc de Buckingham, dont Charles Ier avait fait un grand amiral et un
général, appareilla de Portsmouth à la tête d'une flotte qui comptait près de 100
navires avec, dans leurs flancs, plusieurs régiments d'infanterie et de cavalerie. Il
avait l'intention de faire respecter par le roi de France la promesse faite aux
Rochelais. Après trois semaines de navigation, déroutée à cause de la poursuite des
vaisseaux de guerre de Dunkerque et retardée par des mauvaises conditions
météorologiques, la flotte anglaise apparut devant l'île de Ré. À La Rochelle, la
population demeurait dans l'expectative et hésitait à franchir le pas de la révolte.
Mis au courant de la situation explosive, Richelieu réagit immédiatement et débuta,
le 10 septembre 1627, le siège de la ville. L’armée royale déploya, quant à elle, ses
20 000 hommes autour de la ville, coupant toutes les voies de communication
terrestres. Le commerce fut alors bloqué et le ravitaillement ne pouvait plus venir
que de la mer.
Laissons maintenant de côté les détails sur le déroulement des autres
opérations dans la région – rappelons simplement que Buckingham, après s’être
installé dans l’île de Ré, le 22 juillet 1627, en fut chassé par Henri de Schomberg et
Toiras, puis battu en mer le 17 novembre pour finir par rentrer sans gloire en
Angleterre – et concentrons nous sur les événements touchant la ville de La
Rochelle-même autour de laquelle, une ligne de circonvallation longue de 12
kilomètres, armée de 11 forts et 18 redoutes, fut mise au point par un ingénieur
italien Pompeo Targone. Pour empêcher le ravitaillement par mer, Richelieu
entreprit, à la fin du mois de novembre, la construction par 4000 ouvriers d’une
digue longue de 1 500 mètres et haute de vingt mètres. Les fondations reposaient
sur des navires coulés et remblayés et des canons pointés vers le large furent
disposés en renfort. Toutefois, la réalité voulut que les travaux s’éternisèrent durant
des mois et qu’à la fin d’août 1628, la digue, en partie détruite par une tempête à la
fin de juillet, n’était toujours pas réparée. L’œuvre d’un architecte du roi Metezeau,

130
et d’un entrepreneur parisien de maçonnerie Thiriot, la construction de la digue
sera immortalisée en 1881 par le tableau d'Henri-Paul Motte.373
Dans la ville isolée, les vivres commencèrent à s’épuiser peu à peu mais la
résistance ne faiblit pas aussi vite que l'espérait le cardinal. Au début du siège, on
demanda à toute la population de participer à l’effort de guerre. Ceux qui tentaient
de se soustraire à leurs obligations étaient poursuivis en justice. L’ordre fut donné
de raser toutes maisons se trouvant dans les faubourgs, on mit, la nuit, des
sentinelles aux clochers de la ville pour prévenir la propagation de feu aux endroits
touchés par les bombes incendières et afin d’empêcher toute action de diversion
idéologique éventuelle, tous les prêtres furent par mesure de prévention expulsés
de la ville. Pour renforcer le moral, une messe évangélique fut dite
quotidiennement au Temple Saint-Yon.
Cependant, avec le temps, la situation devint critique, d’autant plus que les
navires anglais venus en soutien furent contraints de rebrousser chemin. Face à la
pénurie, la municipalité tenta d’abord de fixer les prix des denrées les plus
courantes sous peine de sanctions dures réservées aux ceux qui ne les
respecteraient pas. Par la même décision du corps de la ville, les habitants furent
également contraints de vendre aux prix indiqués les excédents évidents de leurs
provisions. Avec la rareté de la nourriture apparurent les premières maladies.
D’après Pierre Mervault, âgé lors du siège de vingt ans et dont le père était maître
de l’artillerie rochelaise, une « […] certaine maladie extraordinaire nommée
scrobs, autrement le mal de la terre […] » frappa les assiégés, à commencer par les
petits enfants qui avaient « […] les yeux noirs et meurtris, deux doigts autour, les
bras et les jambes inutiles, celles-cy enflées et ulcérées, la bouche au dedans toute
gâtée, enflée et pareillement ulcérée jusqu’à pourir toutes les gencives […] ».374
Devant l’impossibilité d’assurer les habitants de quoi subsister, une résolution
lourde de conséquences fut alors prise, de faire sortir de la ville les « bouches

373
L’œuvre est actuellement déposée au Musée d’Orbigny Bernon à La Rochelle.
374
Pierre Mervault, op. cit., p. 219.

131
inutiles ». Furent ainsi expulsés femmes, enfants et vieillards. Tenus à distance par
les troupes royales qui n’hésitèrent pas à faire feu sur eux, certains errèrent pendant
des jours sans ressources et décèdèrent de privation, d’autres, en revanche,
réussirent à quitter la ville au bord des navires de tout genre et joignirent, pour la
plupart, les côtes anglaises.
Les Rochelais ne se contentaient pas d’une résistance passive. Ils attaquaient
sans relâche les royaux, sur terre comme sur mer et cela malgré l’infériorité de
leurs forces. Presque chaque jour, on faisait la « petite guerre » : des escarmouches
et des harcèlement permettaient tantôt de ramener du bétail, prise plus que
précieuse, tantôt de surprendre les royaux, d’en tuer quelques-uns et parfois même
de se saisir de courriers royaux, ce qui permettait d’apprendre les nouvelles et de
connaître les intentions du roi et de son ministre.
Une deuxième puis troisième expéditions anglaises échouèrent, malgré des
tirs nourris. Dès le mois de mai, les Rochelais furent contraints de manger
chevaux, chiens, chats… A la fin de juillet « On n’oyait que voix d’aumône, dont
les cris étoient fort affaiblis, les visages tous terreux et allangouris […] ».375 Au
mois d’août, les plus démunis commencèrent à se nourrir de cuir et de peaux de
toutes sortes. « On les épilait soigneusement, on les faisait tremper vingt-quatre
heures dans l’eau, puis bouillir, on les ‘fricassait’ ensuite à la poêle avec un peu
de suif et d’eau […] ».376 « Une cinquantaine de personnes de tous sexes et âges
mouraient chaque jour de faim et de langueur. »377
Au début du mois d'octobre, une flotte anglaise de plus de cent navires
bombarda les positions françaises. « L’on n’entendait que tonnerre, et l’on ne
voyait qu’éclairs au milieu d’une fumée noire et épaisse qui couvrait toute la mer.
C’était aussi un beau spectacle de voir les caraques, des vaisseaux monstrueux qui
ressemblaient à de grandes maisons flottantes sur l’eau, et qui, s’avançant les unes
après les autres en très bel ordre vers notre digue, y faisaient tout d’un coup, en
375
Ibidem, p. 360.
376
Liliane Crété, op. cit., p. 249.
377
Pierre Mervault, op. cit., p. 469.

132
présentant le flanc, une décharge de cinquante ou soixante volées de canon à la
fois […] » écrivit au sujet des opérations un témoin oculaire, un officier dans
l’armée française, Bénédict-Louis de Pontis.378 Mais aucune troupe ne débarqua
pour secourir les assiégés. Dans la ville, plus de 13 000 d'entre eux moururent déjà
de faim et d'épuisement. Il y eut, dit-on, des cas de l’anthropophagie.
Le 28 octobre 1628 mit fin à l’agonie des rochelais. Après plus d’un an de
siège, la ville natale de Jean Louis Ratuit de Souches capitula sans condition et
ouvrit ses portes aux soldats du cardinal de Richelieu. Sur les 28 000 habitants, il
ne restait que 5 500 survivants auxquels Louis XIII, qui se rendit en personne, le
1er novembre, dans la ville, accorda son pardon. « Nous entrâmes donc dans la
Rochelle […] nous nous rendîmes maître des portes et plaçâmes en divers lieux
des corps de garde. Nous trouvâmes cette ville en un état qui faisoit horreur et
compassion à tous ceux qui y entrerent. Les rues et les maisons étoient infectées de
corps morts qui y étoient en grand nombre, sans être ensevelis ni enterrez. Car sur
la fin de ce siège, les Rochelois ressemblans plutôt à des squelettes qu’ à des
hommes vivants, étoient devenus si languissants et si faibles, qu’ils n’avoient pas
le courage de creuser des fosses, ni d’emporter les corps morts hors des maisons.
Le plus grand présent qu’on pouvoit faire à ceux qui restoient, étoit de leur donner
du pain, qu’ils préferoient à toutes choses, comme étant le remede infaillible qui
pouvoit les empêcher de mourir ; quoique ce remede même devenoit à quelques-
uns mortel, par la grande avidité avec laquelle ils le mangeoient et s’étouffoient en
même temps. »379

378
Bénédict-Louis de Pontis (1580-1670), peu connu aujourd’hui, était issu d’une vieille famille noble. D’après ses
propres mots, toute sa passion avait été de se battre, de commander et de servir son roi, dont il fut un dévoué
serviteur. « L’unique plaisir que j’avais, était à commander dans les armées et à me battre contre les ennemis de
l’Etat » s’exprima-t-il. Dans les années 1657-1658, il avait dicté à Pierre-Thomas du Fossé ses souvenirs des
campagnes auxquelles il avait pris part. Une première version de ses Mémoires fut publiée en 1676, suscitant de
l’enthousiasme des premiers lecteurs, notamment Madame de Sévigné. Mais son réalisme cru, l’expression de ses
colères et de ses indignations furent que son récit fut en partie occulté et censuré au nom des convenances. Voir
Andrée Villard (éd.), Louis de Pontis, Mémoires (1676), Honoré Champion, Paris, 2000 (édition critique avec la
totalité des modifications de 1678). Un aperçu dans Joël Cornette, L’affirmation de l’Etat absolu 1492-1652,
Hachette, Paris, 2008, p. 218-223 d’où provient le passage cité, p. 220.
379
Mémoires du Sieur de Pontis, qui a servi dans les Armées cinquante-six ans, sous les Rois Henry IV, Louis XIII et
Louis XIV, t. I, Paris, 1715, p. 468-469.

133
La défaite entraîna la destruction des fortifications, le désarmement des
habitants, la suppression des privilèges de la ville et l’interdiction des assemblées
protestantes, sauf autorisation expresse du roi. Suivie quelques mois après par la
reddition de Privas, la chute de La Rochelle marqua la fin du parti protestant. La
paix de grâce d’Alès accordée par le roi le 28 juin 1629 confirma les dispositions
juridiques et religieuses de l’édit de Nantes, mais elle interdit à l’avenir les
assemblées politiques et supprima les places de sûreté.
Tous ces évènements ont dû marquer le jeune Jean Louis qui a sûrement dû
participer à la défense de la ville et a pu ainsi admirer l’énergie, la tactique et le
comportement héroïque de ses maires, à savoir Jean Godefroy, remplacé le 30 avril
1628, en plein milieu de combats - le mandat d’un maire étant limité à un an - par
Jean Guiton, sieur de Repose-Pucelle.380 Ce dernier, avant de se retrouver à la tête
de la commune, montra déjà son zèle et ses capacités organisationnelles en
septembre 1625 en tant que commandant de la flotte rochelaise. Aux moments les
plus difficiles de l’histoire de La Rochelle, il dût faire face à la pénurie, veiller à
l’ordre, organiser les actions militaires et négocier enfin avec l’ennemi ce qui lui
valut des réactions d’une profonde reconnaissance du côté de ses coreligionnaires
bien évidemment mais aussi de la part des adversaires, tels que Louis de Pontis.
« Le Roy ayant fait son entré dans la Rochelle, Monsieur le Duc d’Angoulesme
voulut aller voir ce fameux Guiton, qui avoit tenu si longtemps au plus grand
Prince de l’Europe. Quelques officiers du nombre desquels j’étois l’y
accompagnèrent. Il étoit petit de corps mais grand d’esprit et de cœur. Et je puis
dire que je fus ravi de voir dans cet homme toutes les marques d’un grand
courage. »381
Les mesures prises lors du siège de La Rochelle représentent probablement
des leçons dont Jean Louis Ratuit de Souches se servira plus tard, confronté à des
situations quasiment identiques, notamment en 1645, en défendant la ville morave
380
P.S. Callot, Jean Guiton, La Rochelle, 1848 ; P. Blanchon, Jean Guiton et le siège de La Rochelle, La Rochelle,
1911.
381
Mémoires du Sieur de Pontis, op. cit., p. 472.

134
de Brünn (Brno) contre l’armée suédoise. En effet, on pourrait éventuellement
s’interroger sur les conclusions que de Souches a pu tirer de son expérience de
1628. En même temps, la réponse serait pratiquement impossible car aucune
source contemporaine ne le laisse entrevoir.

135
III. L’exil suédois

En 1628, Jean Louis Ratuit de Souches se vit alors quitter sa région natale.
Comme nous l’avons souligné, réservées à son frère aîné, l’éventualité de se voir
confier l’administration des terres familiales fut réduite. Jean Louis partit donc de
la France et arriva en Suède. Les mobiles d’une telle décision mériteraient d’être
éclairés. Or le problème est que nous n’avons aucun document direct nous
permettant d’avancer quoi que ce soit de ferme sur les raisons de son départ. On ne
peut que formuler des hypothèses.
D’abord, de Souches semble trop jeune pour apparaître particulièrement
compromis dans une résistance qui fut celle de toute une cité. Etait-ce le refus de la
victoire royale ? Conviction de ne plus avoir d’avenir à La Rochelle ? Situation de
cadet sans patrimoine ? Ou tout simplement la volonté de changer d’air ? Seul lui-
même connaissait la réponse.
Ensuite, il n’était pas obligé d’aller en Suède : l’Angleterre ou encore les
Provinces-Unies pouvaient être une destination aussi bien évidente. Un protestant
qui voudrait combattre pour sa foi y trouverait à s’employer. Ceci dit, de nombreux
réformés de l’Europe entière cherchaient souvent à cette époque le refuge
notamment en Suède.
Le XVIIe siècle fut pour la Suède une période d’essort inégalé qui trouva la
répercussion notamment sur la scène internationale.382 Déjà, dès le début de la
deuxième moitié du XVIe siècle, le pays renoua avec sa politique de l’expansion
territoriale, commencée au XIVe siècle et il en résulta, quelques décennies plus
tard, l’établissement de l’Empire suédois au bord de la Baltique. Si dans son élan,
le pays fut encore au début du XVIIe siècle menacé par un ennemi de longue date,

382
Voir surtout les travaux de Michael Roberts, Sweden as a Great Power 1611-1697 : Government, Society,
Foreign Policy, London, 1968 (édition des documents concernant la période en question); du même auteur,
Sweden’s Age of Greatness 1632-1718, London, 1973 ; du même auteur, The Swedish Imperial Experience 1560-
1718, Cambridge, 1979. A comparer à Fabian Persson, Servants of fortune. The swedish court between 1598 and
1721, Lund, 1999 ; A.S. Kan, Dějiny skandinávských zemí, Prague, 1983, p. 75-87, 91-108.

136
le Danemark, qui, contrairement aux Suédois dont le but était d’établir et de
contrôler le péage du Sund, souhaitait de maintenir son prépondérance en Baltique,
le conflit entre les deux, dans les années 1611-1613, se termina pour la Suède par
le payement des dommages aux Danois, certes, mais elle put dorénavant jouir de
nobreux avantages concernant le trafic maritime. Après avoir signé, en 1614,
l’armistice avec la Pologne et s’être libéré les mains, trois ans plus tard, en 1617, à
l’Est face à la Russie, plus rien ne semblait arrêter l’ascension du pays et son
entrée dans le monde des grandes puissances.
Quant-à la puissance économique, la richesse de la Suède reposait sur
l’exploitation des mines de fer et de cuivre et la sur la fabrication de goudron qui
représentaient, au XVIIe siècle, 80 - 90 % de l’exportation suédoise, sans oublier
l’exploitation des forêts d’où provenait le bois pour les constructions des mâts. La
métallurgie du pays connut à cette époque des améliorations considérables et les
bénéfices de la vente des métaux à l’étranger couvraient en grande partie les
dépenses militaires de l’Etat. La Suède devint un important fournisseur européen
de canons et tout l’équipement de l’armée suédoise, armes blanches ainsi qu’armes
à feu, fut entièrement assuré par la production locale.
Le royaume de Suède disposait également, depuis le XVIe siècle, d’un atout
de taille - les sujets du roi étaient unis dans une même fidélité à l’Eglise nationale,
réorganisée sur les bases de la Confession d’Augsbourg de 1530. Très structurés et
très anti-papistes, les luthériens suédois étaient attachés à la dynastie des Vasa qui
avait réalisé l’indépendance nationale en 1520 ; ce fut Gustave Ier Vasa qui avait
intoduit la nouvelle religion. Il sut en même temps s’assurer du soutien de la
noblesse en sécularisant les biens du clergé et regagna confiance des partisans du
fort pouvoir royal en rendant la couronne héréditaire.
Avec l’arrivée au pouvoir de Gustave II Adolphe, roi de 1611 à 1632, petit-
fils de Gustave Vasa,383 la Suède se dota d’une marine moderne et surtout d’une
armée redoutable qui rendit célèbre son pays dans l’Europe entière en tant que
383
Nils Ahnlund, Gustav Adolf, král švédský, Prague, 1939.

137
bastion de la cause protestante. Le cas de Tchèque Comenius (Jan Amos
Komenský) qui plaida, mais il faut dire qu’en vain, à plusieurs reprises auprès des
autorités suédoises en faveur des protestants tchèques, pourrait servir de
l’exemple.384 L’ascension de la Suède sur la scène politique de l’époque ne laissa
pas indifférente la France qui, en effet, par les soins du cardinal Richelieu, inclut la
Suède dans un système d’alliance de revers destiné à retenir l’Empereur au cas où
celui-ce devenait trop menaçant sur le Rhin. La Maison d’Autriche était alors
l’ennemi commun des deux pays qui s’unirent malgré les divergences religieuses.
Louis XIII s’engagea en outre de verser des subsides réguliers pouvant aider le
gouvernement de Stockholm à résoudre ses problèmes financiers.385
Jean Louis Ratuit de Souches s’y présenta en calviniste fuyant la colère du
cardinal de Richelieu et désireux de servir une nouvelle patrie.386 Dès ses premiers
pas à la cour de Suède, il fut remarqué et protégé par un Français, le comte Jacob
de la Gardie. Ce dernier, libre baron du royaume, sénateur et grand connétable de
Suède, était issu d’une famille sortie du village de Gardie, près de Carcassonne.387
La lignée s’illustra déjà par Pontus de la Gardie, d’abord mercenaire pour le
compte du Danemark et qui fit par la suite carrière au service de la Suède. Devenu
général en chef des armées suédoises, il transplanta en Suède une branche de la
maison qu’il éleva au premier rang de la noblesse du pays. Il périt naufragé dans la
Narwa, le 5 novembre 1588. De son épouse Sophie Gyllenhielm, une fille naturelle
384
Jan Kumpera, Jan Amos Komenský. Poutník na rozhraní věků, Ostrava, 1992, notamment p. 103-110 ; Josef
Polišenský, Komenský. Muž labyrintů a naděje, Prague, 1996, p. 86-95 ; Bedřich Šindelář, Vestfálský mír a česká
otázka, Prague, 1968.
385
Lucien Bély – Jean Bérenger – André Corvisier, op. cit., p. 116-117.
386
La Suède attira d’autres coreligionnaires de Jean Louis Ratuit de Souches tels que le dieppois Abraham
Duquesne. Son père, Abraham Ier, semble avoir été pilote dans la marine suédoise, entre 1627 et 1632. Depuis 1626,
il était capitaine de vaisseau du roi de France. En 1634, Richelieu l’envoie chercher des canons et des agrès pour la
marine royale, mais il est capturé par les Dunkerquois et meurt de ses blessures en août 1635. Abraham II, le fils,
entre dans la flotte royale comme capitaine en 1636. En 1644, son protecteur le cardinal de Sourdis en disgrâce, il
passe au service de la Suède aux prises avec les Danois. Il obtient même le titre d’amiral major de Suède. Le frère
d’Abraham, Jacob, passé lui aussi au service de la Suède, fut fait par la reine Christine capitaine de vaisseau.
Abraham revient au service du roi de France en 1647, tout en ayant, dans l’intervalle, marié son frère à Suzanne
Guiton, fille de l’ancien maire de La Rochelle. Voir Michel Vergé-Franceschi, Abraham Duquesne : huguenot et
marin du Roi-Soleil, Paris, Éd. France-Empire, 1992, p. 75-80, 117-127. Je remercie M. Olivier Chaline de m’avoir
aimablement communiqué ces informations.
387
«Notes historiques et généalogiques sur Pontus de La Gardie et sur sa famille suivies d’une correspondance
inédite des La Gardie de Suède avec ceux de Languedoc, aux XVIe et XVIIe siècle », Mémoires de la Société des
Arts et des Sciences de Carcassonne, t. II, 1856, p. 181-242.

138
du roi Jean III de Suède, il eut trois enfants, dont Jacob que nous venons d’évoquer
qui assura la descendance masculine de son père. Dans la troisième génération,
Magnus Gabriel de la Gardie, fils de Jacob, homme d’Etat, premier sénateur du
royaume, grand chancelier de Suède sous Charles X Gustave et qui épousera plus
tard une des sœurs de ce dernier, fut le favori de la reine Christine, sa cadette de
quatre ans, qui n’hésita pas à le nommer, en 1646, ambassadeur extraordinaire à
Paris. Il semblerait d’ailleurs, que le penchant de la reine dans son adolescence
pour Magnus n’était pas seulement animé par une simple amitié.388 La famille de la
Gardie comptait également parmi les plus importants mécènes de la Suède.
Depuis 1630, la Suède était de nouveau en guerre, cette fois-ci contre
l’Empereur.389 La signature de la paix de Lübeck, le 22 janvier 1629, entre le
Danemark, son ennemi « traditionnel », et l’Empire, préoccupa beaucoup Gustave
Adolphe et ses ministres. Inquiète par la présence renforcée des Impériaux
commandés par Wallenstein au Mecklembourg et en Poméranie – ce dernier
prétendant d’établir, au nom de l’Empereur, sa domination sur la Baltique – la
Diète (Riksdag) soutint unanimement un nouveau plan belliqueux du roi. A
l’automne 1629, en paix avec la Pologne (une trêve polono-suédoise d’Altmark,
signée pour six ans à la médiation française), en possession d’une nouvelle source
de richesse (à Altmark, la Suède obtint la promesse de recevoir pendant la durée de
la trêve le produit de toutes les taxes qui frappaient les navires fréquentant les ports
polonais et prusses) et fort de l’appui promis par la France (offert par Richelieu,
négocié par Hercule de Charnacé, le traité portant sur l’alliance franco-suédoise fut
signé en janvier 1631 à Bärwalde, marquant une coopération qui durera 50 ans et
engageant la Suède à entretenir en Allemagne une armée de 16.000 hommes

388
Peter Englund, Stříbrná maska. Pohled na život královny Kristiny, Prague, 2008, p. 44; Veronica Buckleyová,
Královna Kristýna. Pohnuté osudy švédské panovnice, Prague, 2006, notamment p. 82-89. A comparer à Jean-Pierre
Guillaume Catteau-Calleville, Histoire de Christine reine de Suède avec un précis historique sur la Suède, depuis
les anciens temps jusqu’à la mort de Gustave-Adolphe, Paris, 1815 ; Jacques Castelnau, La reine Christine (1626-
1689), Paris, 1981 ; Ivan Gobry, La reine Christine, Paris, 2001.
389
Geoffrey Parker, La guerre de Trente ans, Paris, 1987, p. 197-259.

139
moyennant le versement annuel de 400.000 rixdales), Gustave Adolphe était prêt à
intervenir en Allemagne.
En juillet 1630, dans l’estuaire de l’Oder, près de Peenemünde, la flotte
suédoise débarqua une armée de quelques 13.000 hommes. Après les réticences du
début, certains princes luthériens allemands se joignirent à Gustave Adolphe qui
ensuite, durant la campagne de 1631, traversa le Brandebourg et renforça ses
positions sur un vaste territoire s’étendant de l’Oder jusqu’à l’Elbe. Ses effectifs
s’élevèrent déjà à 30 000 hommes. Sur son avancée, il ne put cependant pas
empêcher la destruction totale de la ville de Magdebourg, connue comme une des
capitales du protestantisme, envahie et prise par les Impériaux le 30 mai 1631. La
ville entière fut mise à sac ce qui laissa, après un incendie qui éclata peu après
l’assaut, près de 20 000 victimes. La roue de la Fortune étant chancelante, le 17
septembre, les troupes de l’Empereur et des princes catholiques de l’Empire,
commandées par Tilly, essuyèrent à leur tour une défaite écrasante à Breitenfeld,
près de Leipzig. Près de 7 600 hommes furent tués, 9 000 autres faits prisonniers,
d’autres encore tombèrent pendant la retraire des Impériaux. L’armée catholique
avait perdu les deux tiers de ses effectifs. La bataille fut la première grande victoire
remportée en rase campagne par les protestants depuis le début de la guerre. Le
premier but de Gustave Adolphe, à savoir assurer la sécurité de la Suède dans la
Baltique en chassant les Impériaux de ses côtes méridionales, fut alors atteint. Mais
le roi n’exploita pas vraiment ce grand succès et préféra mener ses soldats vers le
sud-ouest, sur le territoire de l’Electeur de Mayence pour y trouver des
cantonnements d’hiver, tout en laisssant du temps précieux aux forces catholiques
pour se reformer. Au printemps 1632, alors qu’une partie de l’armée catholique,
sous la conduite du comte Pappenheim, harcelait au nord-ouest les lignes de
communications suédoises, le corps principal avec Tilly recrutait pour la prochaine
campagne et s’apprêtait à assurer la protection de la Bavière. Gustave Adolphe fut
contraint de marcher vers le sud afin de tenter de se débarrasser du danger
bavarois. Après avoir forcé le passage à Rain, où Tilly fut mortellement blessé, les

140
Suédois, soutenus par l’Electeur palatin Frédéric V, firent une entrée triomphale à
Munich, le 17 mai. Pour contrer la situation catastrophique et afin d’éviter le pire,
l’Empereur Ferdinand II fit appel au service de Wallenstein qui, après avoir recruté
pendant trois mois, reçut, en avril 1632, l’autorité suprême sur l’armée
catholique.390
Pour la nouvelle campagne, Wallenstein s’en tint à une stratégie d’extrême
prudence. En juillet, il se retrancha dans un camp fortifié d’Alte Veste, près de la
ville de Nüremberg, que les Suédois assiégeaient. Les soldats de Gustave Adolphe
attaquèrent plusieurs fois l’Alte Veste, sans succès, avec de fortes pertes et
continuèrent sumultanément le siège de Nüremberg jusqu’en octobre où ils durent
y renoncer et se retirèrent vers le nord-ouest. Wallenstein se déplaca au sud-est et
envahit le territoire de l’Electeur de Saxe Jean-Georges Ier, l’allié du roi de Suède,
et prit Leipzig, le 1er novembre pour ensuite ordonner à ses troupes de prendre leurs
quartiers d’hiver, le 14 novembre. Ce fut le lendemain, qu’il apprit que Gustave
Adolphe marchait sur son quartier général de Lützen. Les deux armées, l’impériale
rappelée à la hâte, et la suédoise, fortes d’à peu près du nombre égal d’effectifs,
s’affrontèrent le 17 novembre 1632. Comme les forces se trouvèrent équilibrées, le
combat fut long, les pertes sévères et ni l’un ni l’autre côté ne connut le résultat
décisif. La bataille de Lützen fut cependant plus tragique pour les Suédois qui y
perdirent leur roi, frappé de balles au bras, au dos et à la tête.
A la disparition de Gustave Adolphe, son héritière universelle, la reine
Christine, sa fille,391 n’ayant que six ans, la direction de la politique étrangère
suédoise revint au plus proche collaborateur du défunt roi, Axel Oxenstierna.392 A
l’âge de cinquante ans, cet homme jouissait en Europe d’un prestige incontestable.
Chancelier de Suède et chef du gouvernement de régence, il avait sous sa
responsabilité l’entretien et des opérations d’une armée de près de 100 000

390
Josef Kollmann, Valdštejnův konec. Historie druhého generalátu 1631-1634, Prague, 2001, notamment p. 18-93.
391
Voir la note no 388.
392
La toute dernière biographie de ce grand personnage de la politique suédoise et européenne du XVIIe siècle
provient de la plume de Jörg-Peter Findeisen, Axel Oxenstierna. Architekt der schwedischen Großmacht-Ära und
Sieger des Dreißigjährigen Krieges, Gernsbach, 2007.

141
hommes ainsi que la machinerie administrative mise en place par les Suédois sur
les territoires allemands occupés. Dorénavant, les priorités de la politique
extérieure suédoise changèrent. Il fallait avant tout assurer la présence permanente
de la Suède en Poméranie et en Prusse, de manière à interdire l’accès de la
Baltique à la Pologne ainsi qu’à l’Empereur. Oxenstierna proposa alors de
dissoudre la principale armée de campagne et entreprit, au début de 1633, de
replier sur la Poméranie la plupart des unités proprement suédoises qui se
trouvaient en Allemagne centrale.393 Se prémunir contre toute attaque éventuelle de
la part de la Pologne devint un objectif primordial. « La guerre polonaise est notre
guerre ; gagnée ou perdue, c’est nous qui y gagnons ou y perdons. Cette guerre
allemande, je ne sais ce que c’est, sinon que nous répandons ici notre sang pour
préserver notre réputation et n’avons rien à en attendre que l’ingratitude […] ».394
Mais tel fut le projet, la réalité de la guerre avec, en coulisses, des négociations
diplomatiques et tractations de tout genre n’en tint pas compte.
Le jeune Jean Louis Ratuit de Souches participa sans doute au moins à
quelques-uns des événements des années 1630-1633 qui lui servirent de l’école
militaire grandeur nature.395 Etranger, sans expérience au combat, il dut
probablement servir aux postes les plus bas de la hiérarchie militaire. Selon toute
vraisemblance, il apparut ensuite parmi les combattants lors de la bataille de
Nördlingen, les 5 et 6 septembre 1634.396 Lors de l’affrontement qui opposa
l’armée alliée de l’Empereur Ferdinand et de son cousin le Cardinal-Infant – autre
Ferdinand, fils du roi d’Espagne Philippe III – d’un côté et les troupes coalisées de
la Suède de Gustave Horn et celles de Bernard de Saxe-Weimar de l’autre, les
Suédois essuyèrent une défaite catastrophique, Gustave Horn fit prisonnier et les
restes de l’armée vaincue battirent en retraite vers l’Alsace. La Suède prit ensuite

393
Geoffrey Parker, op. cit., p. 213.
394
Ibidem, p. 242.
395
Sur cette période, voir une source qui semble être bien informée, mais ne parle évidemment pas de de Souches:
Pierre Albert, Le soldat suédois, s.l., 1633.
396
Radek Fukala, Sen o odplatě, p. 319 ; Miloslav Trmač, Maršál Jean Louis Raduit de Souches a Znojemsko, p. 7;
Pavel Balcárek, Brno versus Olomouc. Pod Špilberkem proti Švédům, Brno, 1993, p. 48.

142
la décision de retirer ses garnisons de toutes les positions qu’elles occupaient au
sud du Main.397
Ce ne fut qu’en 1635, à l’aide de la puissante protection de Jacob de la
Gardie, que Ratuit de Souches devint officier (Kapitän) dans un régiment suédois
recruté en Poméranie.398 Avec sa compagnie, il prit part, en 1636, sous le
commandement du colonel Stytte, à la défense de la ville de Stargard (au nord-
ouest de la Pologne actuelle) contre les Impériaux. Une fois la ville prise par
l’ennemi, de Souches accusa le lieutenant-colonel Bethon de la mauvaise conduite
lors du combat en reportant sur ce dernier toute la faute de la défaite. Les
conséquences ne se firent pas attendre. Son supérieur le saisit en justice et de
Souches risquait de passer devant un tribunal de la cour martiale.399
Outre une rivalité possible et le vouloir de se faire remarquer à tout prix en
espérant une promotion éventuelle, cette épisode révéla bien un des traits
psychologiques de la personnalité de Jean Louis – son caractère sanguin, coléreux,
facilement inflammable – qu’il montra à plusieurs reprises et qui attira de
nombreux critiques et lui créa nombre d’ennemis, sans parler des retombées
néfastes sur sa carrière. « C’est un homme naturellement chagrin, haïssant tout ce
qui est au-dessus de lui, méprisant ses égaux, maltraitant ses inférieurs, persuadé
que lui seul a des mérites, malfaisant, peu sûr et peu secret, peu capable de faire
des amis et moins encore de les conserver […] » relate à son propos un visiteur
français à la cour de Vienne en 1671.400
Sa carrière dans l’armée alors compromise et afin d’échapper sans doute aux
poursuites judiciaires, Jean Louis cherchait un nouveau refuge. Le choix porta sur

397
František Hrubý, «K historii bitvy u Nördlingenu roku 1634 », ČČH, 42, 1936, p. 99-106. Une relation détaillée
de la bataille se trouve dans Documenta bohemica bellum tricennale illustrantia. Quellen zur Geschichte des
Dreissigjährigen Krieges aus tschechoslowakischen Archiven und Bibliotheken, t. V, Der Schwedische Krieg und
Wallensteins Ende. Quellen zur Geschichte der Kriegsereignisse der Jahre 1630-1634, Prague, 1977, p. 312, doc. no
980.
398
Pierre Bayle, Dictionnaire historique et critique, p. 245 ; M.E. Hivert, op. cit. , p. 356.
399
Hermann Klaje, Der Einfall des Kaiserliche General-Wachtmeisters Joachim Ernst von Krockow in
Hinterpommern vom Jahre 1643, Greifswald, 1901, p. 31.
400
Rédigé par un de ses compatriotes, le présent texte ne peut pas être considéré comme dépourvu de préjugés,
cependant, il garde un noyau véridique. Cité d’après Alfred Francis Pribram, op. cit., p. 284.

143
son pays natal, où il revint pour passer les années 1636 - 1639. La France, l’alliée
de la Suède (le pacte entre les deux fut renouvelé à Wismar, en mars 1636),
paraissait comme une option logique – les liens sociaux et familiaux faciliteraient
le retour de Souches, sans parler du milieu culturel et linguistique. De surcroît,
suite à l’arrestation, le 26 mars 1635, de son allié l’Electeur de Trêves par un
détachement de soldats espagnols, Louis XIII déclara, en mai de la même année, la
guerre à l’Espagne. D’après le Conseil d’Etat « […] le roi ne [pouvait] se
dispenser de prendre les armes pour venger l’affront qu’il [venait] de recevoir par
l’emprisonnement d’un prince qui était mis sous sa protection […] ».401 Le pays,
dont les dépenses militaires augmentèrent considérablement dès le milieu des
années trente,402 avait donc en même temps besoin de renforcer les effectifs en
hommes de son armée. Une chance semblait sourire à de Souches d’autant plus que
par le traité de Wismar, le cardinal de Richelieu s’efforçait d’attirer au service de la
France des officiers issus de l’armée suédoise. En effet, comme en témoigna
François de Paule de Clermont, marquis de Montglat qui participa comme général
en second à la plupart des campagnes des années 1635 – 1659, la France manquait
alors d’officiers expérimentés et de troupes aguerries. Il affirme qu’en 1636 « […]
les Français n’avoient pas alors l’expérience qu’ils ont eue depuis. D’abord qu’un
homme avoit porté les armes en Hollande, on l’écoutoit comme un oracle ; et tel
passoit pour grand capitaine, qui depuis n’eût pas été jugé digne de commander
une compagnie : tant la longue paix avoit rouillé les armes des Français, et leur
avoit fait oublier le métier de la guerre […]. »403

401
D’après Auguste Leman, Urbain VIII et la rivalité de la France et de la maison d’Autriche de 1631 à 1635, Lille,
Paris, 1920, p. 492. Cité également par Geoffrey Parker, op. cit., p. 227.
402
Geoffrey Parker, op. cit., p. 234.
403
Mémoires de François de Paule de Clermont, marquis de Montglat, mestre de camp du régiment de Navarre,
Grand maître de la garde-robe du roi , et chevalier de ses ordres, contenant l’histoire de la guerre entre la France
et la maison d’Autriche durant l’administration du cardinal de Richelieu et du cardinal Mazarin, sous les règnes de
Louis XIII et de Louis XIV, depuis la déclaration de la guerre en 1635, jusques à la paix des Pyrénées, Claude-
Bernard Petitot – Louis Jean Monmerqué (éd.), Collection des mémoires relatifs à l’histoire de France depuis
l’avènement de Henri IV jusqu’à la paix de Paris conclue en 1763, t. 49, Foucault, Paris, 1825, p. 120. Bien que
quelque peu surprenant, le jugement porte sur le fait que les campagnes précédentes de l’armée française furent
brèves et sans succès éclatant. Il fallut attendre donc la bataille de Rocroi en 1643 contre les Espagnols pour célébrer
la première grande victoire des Français en bataille rangée. A ce sujet Geoffrey Parker, op. cit., p. 233 ; David

144
Les circonstances paraissaient agir en faveur de Jean Louis, il restait alors à
convaincre le roi de l’incorporer dans l’armée du pays. Huguenot, poursuivi par la
justice militaire, sa position était quelque peu compliquée. Certes, les années
passées au service de la Suède pourraient éventuellement compter pour les services
de renseignement français.404 Mais sa connaissance du milieu militaire suédois
passait-elle pour un atout suffisamment important pour que le haut commandement
français s’intéresse à lui ? Il en reste néanmoins que nous le vîmes s’adresser, en
automne 1637, au chancelier Oxenstierna en lui demandant une recommandation
qu’il pourrait ensuite présenter en France afin de se préparer le terrain à une
audience éventuelle auprès de Louis XIII. Axel Oxenstierna et les membres du
Conseil de régence Gabriel Oxenstierna, frère cadet du chancelier, Bengtsson
Oxenstierna, son cousin, Matthias Soop, Jacob de la Gardie et Clas Fleming ne
demeurèrent pas sourds aux sollicitations de Souches et signèrent au nom de la
reine Christine une lettre destinée au roi de France.405
La missive en latin, datée le 2 novembre 1637 à Stockholm, résume les
exploits de Jean Louis Ratuit de Souches et laisse entrevoir que son nom n’était
pas inconnu dans l’armée suédoise et qu’il sut, en peu de temps passé au service de
la maison des Vasa, se faire sa renommée. « […] Notre sincèrement bien aimé,
noble et fidèle Louis des Ouches, alors qu’il avait quitté sa patrie depuis déjà
longtemps, est parti pour la France en occupant le poste d’officier […] Lui, qui
depuis des années a eu des mérites sous nos drapeaux et a fait office de bon soldat,
dans lesquels desseins louables il a décidé de continuer chez lui en défendant avec
courage la cause commune ; nous, ne pouvant pas faillir au sentiment pour nos

Parrott, Richelieu’s Army. War, Government and Society in France, 1624-1642, Cambridge University Press,
Cambridge, 2001, notamment p. 110-164.
404
Sur les méthodes de recueillement des informations sensibles au XVIIe siècle voir, de manière synthétisante
Lucien Bély, Espions et ambassadeurs au temps de Louis XIV, Fayard, Paris, 1990. Un cas concret fut par exemple
analysé par Jean-Michel Thiriet, « Le renseignement aux XVIIe et XVIIIe siècles : le cas de Vienne et des Etats
italiens », in : La révolution militaire en Europe (XVe – XVIIIe siècles), Jean Bérenger (sous la dir. de), Paris, 1998,
p. 103-114.
405
Urkunden, Briefe und Actenstücke zur Geschichte der Belagerung der Stadt Brünn durch die Schweden in den
Jahre 1643 und 1645, Bertold Bretholz (éd.), Brno, 1895, « Anhang, Einige auf Ludwig de Souches bezügliche
Urkunden », p. 137-138.

145
illustres nations ni à l’obligeance que nous devons à nos serviteurs, comment ne
pas recommander à votre sérénissime Altesse celui qui avait rendu d’excellents
services et ne pas demander fraternellement pour le même de lui vouloir bien
accorder la faveur de son roi, cela non seulement pour lui-même […] mais aussi
pour les autres qui, placés sous votre entière clémence, pourraient acquérir à
votre sérénissime Altesse et à votre honneur qui vous entoure, une grande
contribution. Que votre sérénissime Altesse soit au côté de celui qui avait
entièrement satisfait notre confiance, le dit Louis des Ouches, que votre âme
éprouve toujours la gratitude dévouée et l’honore […].»406
La lettre nous confirme également l’existence d’un frère de Jean Louis
Ratuit de Souches qui, comme nous l’avons signalé plus haut, après le départ en
exil de Jean Louis, resta en France et poursuivit une carrière militaire. Blessé
mortellement lors du siège du Câtelet à la frontière nord du pays, il mourut en été
1636.407 Cette perte marqua profondément Jean Louis qui « […] ayant alors
appris, il y a déjà quelque temps, que son frère qui était au service de votre
sérénissime Altesse, s’illustrant de son vivant en tant qu’officier de cavalerie, fut
vaillamment mort […] »408 s’en servit de prétexte pour demander de quitter le
service suédois. Il réussit à persuader le chancelier Oxenstierna en sollicitant son
aide comme quelqu’un « […] sur qui sans doute la mort de son frère, advenue à la
frontière de son pays natal, pèse particulièrement […]. »409
Pour obtenir l’audience auprès de Louis XIII, il fallait néanmoins s’armer de
patience. Un an et demi s’écoulèrent entre la demande, renforcée par la

406
« […] Proficiscitur in Gallias tribuni locumtenens, nobilis nobis sincere fidelis dilectus Ludovicus des Ouches,
tum quod a patria iam aliquandiu abfuit […] Qui cum aliquot iam annis sub signis nostris meruerit et officium
fecerit boni militis, in quo laudabili proposito et porro perseverare apud se constituit, communi caussae pro viribus
inserviendo, nos pro adfectu, quo inclitam nationem, et gratia, qua ministrum prosequimur, committere non
potuimus, quin serenitati vestrae eum merentem optima de nota commendaremus, ab eadem fraterne requirentes,
dignetur eundem regio suo favore, non modo in iis […] sed et in aliis, quibus ad eam gratiam, qua eum
complectimur, magnum augmentum ex innata serenitati vestrae in subditos suos universos clementia accedere
poterit. In quo cum id tributura sit serenitas vestra, quo fiduciae nostrae, satisfiat, praefatus Ludovicus des Ouches
tantam gratiam devoto semper animo agnoscet ac venerabitur. […] » Ibidem, p. 137. Traduction P. Klapka.
407
Voir note no 363.
408
« […] tum quod fratrem non ita pridem in servitio serenitatis vestrae fortiter occumbentem eque vivis sublatum
esse intellexit […]. » Bertold Bretholz (éd.),Urkunden, Briefe und Actenstücke…, p. 137.
409
« […] quae procul dubio ex mortali fratris casu ipsi incumbunt, in patria conficiunda […] ». Ibidem, p. 137.

146
recommandation suédoise et la réponse favorable de la cour royale. Le 5 février
1639, de Souches informa de Paris le chancelier Oxenstierna : « Monseigneur, Je
n’ai voulu escrire à son Excellence, suivant la permission qu’elle m’en a donné en
partant, devant avoir veu le Roy ; j’ai eu cet honneur dimanche dernier au quel
j’ai rendu la lettre de faveur que sa Majesté la Reine m’a voulu honorer […] ».410
Et comme nous l’avons signalé, l’entourage du roi profita de l’occasion en
essayant d’obtenir les informations de caractère sensible sur son allié et sur sa
situation militaire : « […] il [le roi] s’acquit de moy de plusieurs particularités tant
de la Suède que de l’Allemagne […] ».411 Si l’audience se passa bien et Jean Louis
se vit faire des propositions concrètes, il est alors d’autant plus surprenant qu’il ne
les accepta pas immédiatement mais demanda d’abord l’avis et le consentement du
chancelier, comme si l’offre française n’avait pas atteint ses espérances : « […] j’ai
référé le tout à Monsieur Grossius,412 je croy qu’il escrit à vostre Excellence ce
que l’on me fait espérer en ceste cour que je ne veux accepter sans vostre
permition et le consantement de la Couronne, laquelle j’ai l’honneur de servir,
désirant luy avoir l’obligation entière de ma fortune ; cy c’est que vostre
Excellence le trouve bon, je la supplie très humblement qu’elle prenne la peine
d’en faire escrire à Mr Salvius413 pour en parler à Mr Davaux414, lequel je sais
désirer ceste affaire qui ne manquera d’en escrire à Mr de Chavigny415 qui est

410
Ibidem, p. 138.
411
Ibidem, p. 138.
412
Hugo Grotius (1583-1645), juriste et historien néerlandais, était à l’époque résident de Suède à Paris. Veronica
Buckleyová, op. cit., p. 80-81.
413
Johan Adler Salvius (1590 – 1652), homme politique et diplomate suédois, proche collaborateur de Gustave-
Adolphe, sénateur du royaume, à l’avénement de la reine Christine, il devint son confident et chancelier de sa cour.
Il mena une seconde délégation suédoise lors des négociations à Westphalie. Johann Arckenholtz, Mémoires
concernant Christine, reine de Suède, t. I-II, Amsterdam, 1751, notamment p. 94-138 ; 319-345 ; Michael Roberts,
Sweden as a Great Power, p. 150-151.
414
Claude de Mesmes, comte d’Avaux (1595 – 1650), diplomate français, chargé, à partir de 1627, de plusieurs
missions, notamment de celle de l’ambassadeur extraordinaire en Allemagne dans les années 1637 – 1642 et de
plénipotentiaire au congrès de paix de Westphalie, il conclut également pour la France deux traités avec la Suède
(traités de Hambourg de 1638 et de 1641). Il devint Surintendant des finances l’année de sa mort. Geoffrey Parker,
op. cit., p. 270-271 ; Jean-Claude Waquet (éd.), François de Callières, L’art de négocier en France sous Louis XIV,
Rue d’Ulm, presses de l’Ecole normale supérieure, Paris, 2005, p. 220.
415
Sans doute Léon Bouthillier, comte de Chavigny (1608 – 1652), dans les années 1632 – 1643 secrétaire d’Etat
aux affaires étrangères, plus tard plénipotentiaire aux négociations à Münster. Yves Le Guillou, Les Bouthillier, de
l’avocat au surintendant (ca 1540 – 1652). Histoire d’une ascension sociale et formation d’une fortune, Thèse pour

147
celuy qui expédie les affaires estrangères ; j’espère estant en ceste charge d’avoir
d’autant plus de moiens de faire parestre l’affection que j’ai au service de la
Couronne de laquelle je serai à jamais comme de vostre Excellence très humble,
très obéissant et très affectionné serviteur […] ».416 Sans attendre - au moins à ce
qu’il nous semble - vraiment la réponse, de Souches regagna assez vite la Suède.
Le printemps venait de commencer et avec lui une nouvelle campagne, plus réelle
encore que les promesses de la cour française, aussi séduisantes que fussent-elles.
De retour en Suède, de Souches fut promut, le 10 août 1639, colonel et
obtint le commandement d’un régiment de dragons. Sa première préoccupation fut
de compléter les effectifs en recrutant des hommes en Poméranie aux frais de la
reine Christine.417 Le fait de devenir colonel lui ouvrit également la porte de
l’ascension sociale liée à une certaine indépendance économique : il n’était plus un
simple officier mais dorénavant, il pouvait compter sur la possession de son unité,
dans la mesure où les colonels percevaient de l’argent pour l’entretien de leurs
régiments et contrôlaient ensuite la gestion des sommes allouées, sans pour autant
rappeler, bien évidemment, que le recrutement était pour certains une source
d’abus et de profits.418 Peu après sa promotion, Jean Louis se vit encore confier le
commandement d’un autre régiment, cette fois-ci d’infanterie. Avec ses hommes, il
fut attaché au corps de la seconde armée suédoise opérant en Silésie ce qui lui
permit de rentrer en contact et mieux connaître le futur commandant en chef, le
général Charles Gustave Wrangel mais aussi d’autres membres de l’état majeur
suédois, tels que les généraux Adam Pfuel, Torsten Stålhandske (Stalhans) ou
encore Lennart Torstensson, le bras droit de Johan Baner.
En janvier 1639, les Suédois entamèrent une nouvelle campagne. Le gros de
leur armée sous le commandement de Baner traversa l’Elbe, atteignit la rive

le diplôme d’archiviste paléographe, Ecole nationale de Chartes, 1997. Thierry Sarmant – Mathieu Stoll, Régner et
gouverner. Louis XIV et ses ministres, Perrin, Paris, 2010, p. 52-57.
416
Bertold Bretholz (éd.),Urkunden, Briefe und Actenstücke…, p. 138.
417
Miloslav Trmač, Maršál Jean Louis Raduit de Souches a Znojemsko, p. 8.
418
De telles situations analogiques sont bien connues dans l’armée impériale. Voir Jean Nouzille, « Les impériaux
aux XVIIe et XVIIIe siècles », in : La révolution militaire en Europe, p. 65 – 102, ici p. 74-76.

148
gauche du fleuve et se mit à marcher à travers la Basse-Saxe direction sud, en
passant par la région de Lünebourg, puis par celle de Brunswick, pour ensuite
joindre la Saxe où Baner battit en avril les Saxons à Chemnitz. Peu de temps après,
en mai, les Suédois prirent la ville de Pirna où vivait une importante communauté
protestante tchèque. De là, secondé par Torstensson qui couvrait par ses
manœuvres en Lusace et en Silésie en assiégeant Bautzen, Görlitz et Zittau, son
flanc droit, et par les actions simultanées de trois autres corps de l’armée suédoise
opérant en Bohême du nord-ouest, Baner envisageait la prise de Prague.419 N’ayant
pas réussi à prendre la ville, il se retira au nord à Stará Boleslav où il établit son
quartier général.420 Les suédois pillèrent la plupart des régions de Bohême mais
leur progression s’enlisa, la capitale resta épargnée et après avoir essuyé de vives
critiques de Stockholm, Baner fut au début de printemps 1640 chassé de Bohême.
A en croire ses propres mots, Jean Louis Ratuit de Souches se trouvait loin
de tous ces événements houleux. Désireux de prendre directement part avec ses
hommes aux opérations dont il avait certainement une bonne connaissance, il reçut
au contraire l’ordre de demeurer en Silésie, d’assurer l’approvisionnement des ses
unités et de protéger les arrières de l’armée de Baner. Dans une situation qui lui
deplaisait fortement, il se mit à critiquer, encore une fois, la situation dans l’armée
suédoise et à décrire les désagréables circonstances ne lui permettant pas
d’accomplir ce qu’il voudrait. « Monsieur – écrivit-il dans une lettre envoyée le 8
mars 1640 de Herrenstadt en Allemange au chancelier Oxenstierna – tout le temps
que je suis de retour en Allemange s’est passé sans que j’aie rendu aucun service
faute de moyens […]. »421 Et il poursuivit, dans un ton amer : « […] les raisons de
Messieurs Lelieuk et Lelistrom ont fait tant auprès de Monseigneur le maréchal
Baner que je n’ai pas reçu tout le bien que peut être son Excellence s’éstoit
promise que je devois avoir de deçà. Je me suis conssummé sans rien faire, à

419
Radek Fukala, Sen o odplatě, p. 272-289.
420
František Zuman, Švédský tábor v Brandýse nad Labem a v Staré Boleslavi. Průvodce po bojištích a vojenských
památnostech Československé republiky, cahier 6, Prague, 1934.
421
Bertold Bretholz (éd.),Urkunden, Briefe und Actenstücke…, p. 139-140.

149
présent, je suis en espérance de recevoir quelque argent d’une petite ville qui m’a
esté assignée par Monsieur le général-major Stolhans [Stalhandske] suivant un
ordre que j’ai aporté, il y a six mois de Monsieur le maréchal au Sieur Lelistrom.
J’ai eu tout le temps la patience attendant ceste assignation, encore ce lieu qui
m’est assigné est situé entre les guarnisons ennemies qui fait, que je ne le peux
maintenir, aussi en ai j’esté chassé deux fois, la première, l’ennemi me ruina
quarante sommes [ !] que j’avois fait de mon mesnagement n’ayant encore reçu un
sou pour cela. »422 Ensuite, il exposa au chancelier ses projets : « A présent, je
tiens auprès de moy icy (où je me suis retiré) quelques gentilshommes et des
bourgeois de Vinssik (c’est le nom du lieu qui m’est assigné) lesquels me font
espèrer quelque argents payable en Pologne ; aussitost que je l’auray reçeu, je
m’en iray auprès de Monsieur le Général-Major Lelieuk afin d’avoir en
Pommeranie ou bien en Mark des places montrées pour lever encore trois
compagnies. C’est, Monseigneur, ce que je n’ai pu obtenir pour les deux
compagnies que je devois lever, de l’argent que Sa Majesté m’a donné à prendre à
Hambourg (lequel j’ai reçeu). »423 Toutes ces plaintes lui permirent enfin, de
durcir ses propos : « L’aupiniâtreté acariatre du commissaire Kempendorf est
cause que cet argent est mal employé et la Couronne mal servie ; à mon arrivée de
Suède, je delivray des patentes et argent pour faire promptement lesdites deux
compagnies, mais faute de quartier, un capitaine m’a rendu argent et patente,
l’autre a assemblé cinquante ou soixante hommes, lesquels ont este mis tout
aussytost à Ham, d’où la moitié se sont faits. Je supplie très humblement vostre
Excellence, qu’il luy plaise faire un commandement absolu au dit Kempendorf à ce
qu’il ne fasse plus de résistance, toutes les raisons de Monseigneur le Cambrier
n’ont rien servy pour ramener cet esprit mutin ; comme aussy, Monseigneur,
d’ordonner à Monsieur le Général Lelieuk puisqu’il a retenu les compagnies qu’il

422
Ibidem, p. 139.
423
Ibidem, p. 139.

150
avoit plu à Sa Majesté me donner, qu’il apporte son authorité à ce que les moyens
me soient donnés pour faire celles que je dois lever en leur place […] »424
Les critiques exacerbées auraient pu se limiter à une correspondance
personnelle entre de Souches et Oxestierna, or les personnes concernées apprirent
leur existence, notamment le supérieur de Jean Louis, le général Stalhandske. Ce
dernier ordonna d’ouvrir un procès contre son subordonné pour avoir failli au
respect de sa hiérarchie et de Souches risquait de passer de nouveau devant la cour
martiale. D’après certains auteurs, Jean Louis dut même sa battre en duel avec son
général.425 « […] Pour un motif resté ignoré, Ratuit se prit de querelle avec un de
ses supérieurs, le général Stalhans. Ne pouvant, à cause de la différence des
grades se battre en duel, de Souches n’hésite pas à donner sa démission, se bat
avec Stalhans, et quitte sur le champ la Suède […] ».426 Même si cela nous parait
quelque peu exagéré mais pas totalement impossible, il en reste que de Souches se
vit, en été 1642, de nouveau obligé de quitter, cette fois-ci définitivement, le
service suédois et tenter sa chance ailleurs.

424
Ibidem, p. 140.
425
Cette hypothèse fut pour la première fois publiée par Pierre Bayle, op.cit., p. 245. Reprise ensuite par certains
auteurs, elle fut parfois complétée par des éléments anachroniques : « Insulté dans un démêlé par son chef, le
général Stalhans, il voulut en avoir raison […] le comte de Souches sentit comme Murat ; il renonça à son grade,
rendit ses commissions, se battit et quitta la Suède […] », La Charente-Inférieure, journal administratif, no 10, 4
février 1836.
426
M.-E. Hivert, op. cit., p. 357.

151
DEUXIEME PARTIE

Réussir au service des Habsbourg : La consécration

152
I. Les campagnes de 1645 – 1648

1. Rapport de Piccolomini

Depuis le début des années 40 du XVIIe siècle, l’armée impériale traversait


une crise profonde, elle manquait sensiblement d’habiles commandants et officiers
capables de faire face à l’ennemi aussi bien que d’argent. En effet, dès l’hiver
1639-1640, Ferdinand III, conscient de cette faiblesse et confronté au danger des
troupes suédoises de Baner stationnées en Bohême, il ôta à Jean Mathias, comte de
Gallas le haut commandement de ses unités (Gallas fut rappelé à la tête des
Impériaux en 1643 et résigna définitivement en 1644) pour le remplacer par son
frère puîné, l’archiduc Léopold-Guillaume, évêque de Passau et de Strasbourg,
archevêque de Magdebourg, secondé par le général Ottavio Piccolomini
(Piccolomini, en desaccord avec Gallas, préféra quitter le haut commandement en
1643 et passa au service de l’Espagne). Sous cette nouvelle autorité, les Impériaux
réussirent à chasser Baner de Bohême. Celui-ci, malade, mourut en 1641 et fut
aussitôt remplacé par Lennart Torstensson, un des meilleurs généraux suédois qui
reçut pour mission de gagner la guerre une fois pour toutes. Au printemps 1642, il
envahit la Saxe, infligea une défaite à l’Electeur à Schweidnitz, traversa la Silésie,
envahit la Moravie où il prit en juin la ville d’Olomouc, capitale de la province, et
menaça même un moment Vienne avant de ramener son armée principale en Saxe
et d’assiéger Leipzig. Le 2 novembre, l’archiduc Léopold-Guillaume offrit la
bataille aux Suédois à Breitenfeld, près de Leipzig. Torstensson y remporta une
victoire éclatante, les Impériaux perdirent 5000 hommes au combat, un grand
nombre se firent faire prisonniers, les Suédois s’emparèrent de 46 canons de
campagne, du trésor et de la chancellerie de l’archiduc et de tout le convoi

153
d’approvisionnement. Leipzig tomba un mois plus tard, paya une importante
indemnité et resta aux mains des Suédois jusqu’en 1650.427
Ce fut face à cette succession de catastrophes et après le débâcle de Gallas
en Hollstein, en 1644, qu’Ottavio Piccolomini, originaire de Sienne, officier,
général et à partir de 1649 général en chef de l’armée de Ferdinand III,428 dressa un
rapport sur l’état de l’armée impériale en essayant d’alerter les plus hautes
autorités de l’Etat et en espérant, sans doute, d’en tirer le profit personnel en
réintégrant le poste du haut commandant des Impériaux.429 Il analysa alors
minutieusement les possibilités et les perspectives militaires de la lutte contre
Torstensson et ses alliés. Ainsi, dans son rapport, il souligna les positions
avantageuses de l’adversaire et critiqua directement l’échec de Gallas sur les
territoires allemands du nord. Il conseillait de ne pas sous-estimer l’ennemi et sa
façon de conduire l’armée suédoise en sachant pertinemment que celui-ci jouissait
d’une réputation de fin stratège et tacticien. Selon Piccolomini, Torstensson
disposait de 8000 cavaliers et d’à peu près 4000 fantassins. A ceux-là, il faudrait
ajouter quelques 4000 hommes du général Wrangel stationnés dans la région de
Holstein ainsi que les troupes de Königsmarck fortes de 3000 hommes. Les villes
telles que Leipzig, Erfurt, Minden et Nienbourg en Allemangne, Olomouc en
Moravie et Glogow en Silésie avaient, elles aussi, l’effet stratégique non seulement
comme les lieux d’appui mais aussi comme les endroits où se concentraient de
nouvelles recrues. De point de vue politico-stratégique, Piccolomini souligna
l’importance de l’occupation suédoise de la Poméranie, du Mecklembourg ainsi
que de l’évêché d’Halberstadt en passant par l’alliance entre la Suède et la Hesse
qui pouvait offrir, au moment d’un recrutement, environ 6000 mercenaires, sans

427
Radek Fukala, Sen o odplatě, p. 290-304.
428
Sur sa personnalité et sa carrière voir par exemple Josef Janáček, Valdštejn a jeho doba, Prague, 1978, p. 477-
481; Ottův slovník naučný, t. XIX, Prague, 1902, p. 707-708 ; Jan Županič – Milan Fiala – František Stellner,
Encyklopedie knížecích rodů zemí Koruny české, p. 206-213.
429
Discorso sopra lo stato delle cose di Alemagna, Státní oblastní archiv (SOA) Zámrsk, RA Piccolominiové, no
23449. Voir également Documenta bohemica bellum tricennale illustrantia, tome VII, Der Kampf um den besten
Frieden. Quellen zur Geschichte des Dreissigjährigen Krieges zur Zeit der Friedensverhandlungen von Westfalen
und der Ratifizierung des Friedens 1643-1649, Prague, 1981, p. 161, doc. 473. Une grande partie du texte, rédigé en
1644, fut résumée dans Radek Fukala, Sen o odplatě, p. 306-310.

154
oublier le contrôle des territoires en Westphalie et les duchés de Clèves et de
Juliers. Le haut commandement suédois avait la possibilité de calculer avec
l’armée de la Saxe-Weimar et avec les Français, opérant sur le Rhin. Les succès
éventuels des forces suédoises pourraient être soutenus par le prince de
Transylvanie, Georges Ier Rakoczi.
Quant-à la situation de l’armée impériale et des alliés des Habsbourg,
Piccolomini fut inquiet. Il considéra d’abord la défaite de Gallas en Holstein en
démontrant son incapacité totale de commander une armée. De ses 5000 cavaliers
et 4000 fantassins du début de la campagne, resta à sa fin quelques 1000 cavaliers
et 1400 fantassins. Ces débris de l’armée impériale se retirèrent vers Magdebourg
pour se sauver enfin en fuyant vers la Saxe et la Bohême. Gallas même, seul et
malade, se retrouva à Magdebourg, assiégé par les Suédois. Après maintes
réflexions, Piccolomini proposa les noms de deux hommes capables de faire face à
l’ennemi – Melchior Hatzfeld et Johann Götz. Ce dernier, après avoir laissé pour
des raisons stratégiques quelques 3000 hommes en Hongrie, pouvait avec le reste
de ses unités, environ 5000 soldats, venir en rescousse. D’autres renforts pourraient
venir de la Couronne de Bohême en retirant les garnisons des lieux peu
stratégiques. Piccolomini comptait également avec l’aide de Maximilien de
Bavière, capable, d’après lui, de fournir à l’Empereur un contingent fort de 15 000
hommes et calculait aussi avec quelques régiments de l’armée de l’Electeur de
Saxe Jean-Georges. En Westpahlie, le maréchal Gottfried Huyn, comte Geleen
disposait d’environ 4000 soldats mais il en avait besoin pour sa défense. La
situation s’avérait identique en Lorraine où le duc disposait de 4000 hommes mais
l’ennemi français n’était pas très loin. Au nord, les troupes danoises étaient certes
relativement fortes – les 8000 hommes – mais l’armée de Christian IV n’était pas
dotée, selon Piccolomini, d’un commandement suffisamment compétent. C’est
pourquoi sur ce front, là aussi, on pouvait s’attendre à la domination suédoise.
Pour en tirer les conclusions de ses propos, Piccolomini remarqua un déclin
incontestable de l’autorité de l’Empereur. La démoralisation au sein de l’armée

155
impériale atteignit, selon lui, son paroxysme et c’est la raison pour laquelle, il
lance appel à la nécessité des réformes. La situation critique devrait alarmer la
Cour de Vienne et de la pousser à réagir aussitôt. L’ennemi est prêt à mobiliser
sans attendre toutes ses forces et en finir avec le pouvoir des Habsbourg. La
défense commune du camp habsbourgo-catholique n’existe quasiment pas car les
alliés de l’Empereur ne pensent qu’à eux. Avec les échecs de l’armée impériale en
Allemagne, un fossé de plus en plus profond se creuse entre les alliés et un nombre
parmi eux penche plutôt pour une paix séparée ou pour la neutralité. Il n’est pas
étonnant alors que l’adversaire devienne de plus en plus menaçant et multiplie ses
succès. La Bavière défend ses intérêts, les Electeurs de Cologne et de Mayence
font pareil, la Saxe et le Danemark restent, certes, fidèles, mais Vienne est dans
l’impossibilité de venir en rescousse au roi danois faute de quoi, Christian IV se
verrait bientôt, poussé par les circonstances défavorables, obligé de signer la paix
séparée avec la Suède. Si cela continue, l’Empereur serait obligé à se résigner
devant les revendications turques car la diplomatie française, moyennant de
sommes importantes, rend redevable Constantinople. Ferdinand III devrait avant
tout s’occuper de ses pays héréditaires, s’assurer de l’attachement et de bonnes
conditions de ses soldats en leur versant régulièrement leur solde et en améliorant
l’approvisionnement. Seuls le recrutement massif et l’organisation énergique de la
défense des pays héréditaires pourrait encore sauver les Habsbourg de
l’anéantissement.
Le constat fut sans doute accablant. Dans cette pénurie, l’augmentation des
effectifs devint en effet une préoccupation vitale pour Ferdinand III et les
Habsbourg cherchaient partout les hommes capables de défendre leur cause – les
soldats ordinaires mais également les commandants de tout niveau.430 Il est alors

430
Sur les différents problèmes d’organisation, de crédit, d’administration et du recrutement que l’armée impériale
rencontrait au XVIIe siècle, voir Fritz Redlich, The German military Enterpriser and his work force, 2 vol.,
(=Beihefte des Vierteljahrschrift für Sozial und Wirtschaftsgeschichte, no 47-48), Wiebaden, 1964-1965, passim.
Dans cet ouvrage, F. Redlich analysa également la place de la guerre dans la civilisation et son rôle dans le
développement des sociétés modernes dans une période assez large, commençant en 1450 et allant jusqu’au milieu
du XVIIIe siècle. Cependant, le gros de son travail repose sur l’étude des années 1618-1650, de l’époque de la guerre

156
temps de revenir à Jean Louis Ratuit de Souches et de nous demander quels furent
ses pas depuis les altercations avec ses supérieurs suédois.
Encourant une peine sévère, de Souches quitta donc son régiment ainsi que
le service suédois et partit d’abord en Pologne. De là, son chemin le conduisit
ensuite à Vienne où il fut présenté à l’archiduc Léopold-Guillaume, alors
commandant en chef de l’armée impériale. Compte tenu des circonstances de
l’époque et ayant pris connaissance de l’expérience de Jean Louis, l’archiduc lui
proposa un poste au sein de son armée en le nommant, le 1 octobre 1642, colonel
d’un régiment de dragons et l’envoya immédiatement en Silésie où de Souches dut
se battre contre ses anciens protecteurs et frères d’armes.431 Au moment de dures
épreuves où se jouait le sort de la Monarchie, la question confessionnelle importait
peu pour Ferdinand III et son état major. Ainsi, un calviniste put bâtir sa carrière en
devenant officier dans une armée d’un souverain catholique.
Mais il y a eu également un autre éléments dont il faut tenir compte. Dans la
Monarchie multinationale et multiculturelle des Habsbourg, l’armée était un
monde à part, obéissant directement au souverain.432 Celui-ci pouvait alors
nommer colonel ou général qui bon lui semblait, sans en référer à qui que ce fût. Il
recrutait volontiers ses officiers parmi des étrangers, qui n’avaient pas d’attache
avec les noblesses des territoires contrôlés par la dynastie et qui par conséquent
appartenaient à sa clientèle.433 Ce fut le cas de Jean Louis Ratuit de Souches mais
aussi par exemple celui du général Raimondo Montecuccoli, Italien d’origine dont
nous parlerons plus tard. Si le corps des officiers représentait un groupe très
hétérogène quant à la provenance géographique de ses membres, l’origine des
troupes fut encore plus diverse, les levées faites non seulement dans les pays

de Trente Ans. Il s’intéressa aussi à la possibilité qui s’ouvrait aux nombreux colonels et commandants de bâtir leur
carrière au service de l’Empereur ainsi qu’à leur ascension sociale éventuelle.
431
MZA Brno, G 140, RA Ditrichštejn, no 343, côte 182, cart. 123, fol. 2. A comparer à Peter Broucek, « Biographie
des Louis Raduit de Souches », in : Jan Skutil (réd.), Morava a Brno na sklonku třicetileté války, Prague – Brno,
1995, p. 62-69, ici p. 63.
432
Voir Jiří Pernes, Pod císařským praporem. Historie habsburské armády 1526-1918, Praha, 2003, passim ; Jean
Bérenger, Léopold Ier, p. 305-338.
433
A comparer à T.M. Barker, Army, Aristocracy and Monarchy. Essays on War, Society and Government in
Austria, 1618- 1780, New York, 1982, passim.

157
héréditaires, mais également sur les territoires de l’Empire. Cette diversité
engendrait une multitude de problèmes, notamment de compréhension lors de
l’exécution des ordres. D’ailleurs, dans ses Mémoires, le général Montecuccoli se
plaignit du cosmopolitisme des troupes de l’Empereur : « Une armée composée
d’Allemands, de Hongrois, d’Italiens et de Suédois, de troupes propres et
auxiliaires, dont chaque partie est divisée en plusieurs membres avec des
privilèges, des desseins et des ordres différents, ne peut être que fort lente, soit
pour délibérer, soit pour exécuter […] ».434 C’est dans ces conditions que nous
verrons évoluer la carrière de Jean Louis Ratuit de Souches.
Nous ignorons si, à son nouveau poste, de Souches prit part à la bataille de
Breitenfeld, le 2 novembre de la même année. En revanche, nous avons plus de
certitude quant-à ses actions l’an suivant. En 1643, le colonel de Souches participa
à la campagne des Impériaux en Poméranie. Son régiment fut rattaché au corps
expéditionnaire commandé par le maréchal de camp (Generalwachtmeister)
Joachim Ernst von Krockow dont le but était d’empêcher la percée des Suédois
vers la Bohême et en Autriche.435 Le plan paraissait simple : une intrusion rapide
des Impériaux en Poméranie devait couper les liens qui attachaient la région à la
principale armée suédoise et tenter de d’éloigner cette dernière plus vers le nord.
Parallèlement, Krockow comptait sur l’insurrection de la Poméranie contre la
domination de la Suède et avec le soutien du Grand Electeur de Brandebourg,
Frédéric-Guillaume de Hohenzollern qui s’allierait à l’Empereur.436
Krockow, originaire de la Poméranie et l’instigateur de la diversion, connut
un parcours similaire à celui de Souches. Ayant débuté au service de la Suède, il se

434
Jean Mazier (éd.), Mémoires de Montecucculi, généralissime des troupes de l’Empereur, ou Principes de l’art
militaire en général, divisez en trois livres, traduits de l’italien en françois par Jacques Adam, Paris, 1712. Cité
d’après Jean Nouzille, « Les Impériaux aux XVIIe et XVIIIe siècles », in : Révolution militaire en Europe (XVe –
XVIIIe siècles). Actes du colloque organisé le 4 avril 1997 à Saint-Cyr Coëtquidan, Jean Bérenger (dir.), Economica
et Institut de Stratégie comparée, Paris, 1998, p. 77. Une édition moderne des œuvres de Montecuccoli est en cours
en Italie par les soins de Raimondo Luraghi. Voir aussi Thomas M. Barker, The Military Intellectual and Battle:
Raimondo Montecuccoli and the Thirty Years War, New York, 1975.
435
MZA Brno, G 140, RA Ditrichštejn, no 343, côte 182, cart. 123, fol. 2.
436
Hermann Klaje, Der Einfall des Kaiserliche General-Wachtmeisters Joachim Ernst von Krockow in
Hinterpommern vom Jahre 1643, Greifswald, 1901, passim; Peter Englund, Nepokojná léta. Historie třicetileté
války, Prague, 2000, p. 264-290.

158
battit sous le général Baner, le 4 octobre 1636 à Wittstock où il fut blessé. Au
début de la nouvelle campagne 1641/1642, nous le vîmes déjà au service
l’Empereur en recrutant les hommes en Prussie.437
De Souches se retrouva alors au côté des autres commandants tels que
Heinrich von Cristow, Peter Warlofski, Hans von Vorhauer, Mathias von Penzenau
ou bien Marcus von der Lüttke.438 Au début, les choses se passèrent très bien.
L’armée, forte de sept régiments de la cavalerie, cinq régiments de dragons, trois
cent mousquetaires et neuf canons de campagne439 atteignit l’Oder et le 13 août,
elle apparut devant la ville de Küstrin. N’ayant pas réussi à traverser le fleuve et
sous la menace de l’approche du général suédois Königsmarck que Krockow
connaissait personnellement, les soldats se mirent à traverser la Pologne pour
essayer d’atteindre la côte poméranienne de la Baltique. Mais l’expédition tourna
vite en débâcle.
Au début de septembre, les Impériaux arrivèrent devant Białogard (Belgard)
où leur progression s’enlisa soudainement. Ils s’enfermèrent dans un campement
dressé à proximité de la ville, protégé à l’est par les remparts de la ville et entouré
d’un système de fossés, de bastions et des glacis. Bien que les Suédois eussent
commencé le siège, le temps et surtout les conditions climatiques jouèrent en
faveur des Impériaux. A la venue de novembre, la saison bien avancée,
Königsmarck leva le campement et quitta la ville pour aller chercher les quartiers
d’hiver plus commodes en laissant Krockow à son destin. Celui-ci se mit à battre
en retraite qui se transforma rapidement à une débandade à cause de quelques
unités suédoises allertées sur le mouvement de l’adversaire et chargées de le
poursuivre. De 4000 soldats de Krockow ne rentrèrent que 1200.
Au retour, Krockow, ses colonels et ses commandants s’accusèrent
mutuellement de la défaite et l’affaire prit de telles dimensions qu’un tribunal fut

437
Hermann Klaje, Der Einfall, p. 28.
438
Ibidem, p. 30-32.
439
Peter Englund, Nepokojná léta, p. 271.

159
crée à Prague pour désigner les coupables.440 Les sentences tombèrent en mai
1644. Tous les intéressés furent finalement acquittés, restèrent dans l’armée mais
perdirent leurs régiments. De Souches se vit alors, en juin 1644, chargé de recruter
les hommes pour son nouveau régiment de dragons.
L’année 1644 marqua le nouveau départ dans la carrière de Jean Louis.
Depuis deux ans déjà, les Suédois détenaient la ville et forteresse d’Olomouc en
Moravie septentrionale.441 En effet, le 15 juin 1642, au bout de quatre jours de
siège, le commandant de place, le colonel Antoine Miniati capitula afin d’éviter le
bain de sang et une destruction de la ville par un ennemi plus fort et les troupes de
Torstensson entrèrent en ville.442 Selon les conditions de la rédition, Miniati avec
ses soldats fut ensuite autorisé à quitter le lieu. Accusé aussitôt d’avoir collaboré
avec l’ennemi, Antoine Miniati fut jugé devant un tribunal militaire443 et d’après
certains auteurs, sans qu’ils aient pour autant apporté de preuves tangibles, il fut
exécuté, le 24 juillet 1644, pour la haute trahison.444 Les Suédois découvrirent une
ville bien approvisionnée en vivres et surtout en matériel militaire. Deux jours plus
tard, après une visite détaillée et une inspection attentive du système de sa défense
jugé quelque peu vétuste et partiellement délabré, Torstensson quitta Olomouc en y
laissant le colonel Jörg Paikul en tant que commandant de la garnison suédoise.
Sans le savoir encore, les soldats ennemis devaient occuper la place les huit
longues années, jusqu’en 1650.445 L’emplacement stratégique d’Olomouc à

440
Hermann Klaje, Der Einfall, p. 108-110 ; 152-166. Après son acquitement, Krockow se retrouva chargé d’une
nouvelle mission en Moravie qui se solda, encore une fois, par un débâcle. Joachim Ernst von Krockow fut alors
démis de ses fonctions et congédié. Il partit donc en Pologne où il mourut suite à des fortes fièvres en 1646 en
attendant une confirmation d’une nouvelle campagne, cette fois-ci contre les Turcs. Voir Ibidem, p. 110.
441
František Matějek, Morava za třicetileté války, Práce Historického ústavu České akademie věd, Monographia
A-6, Prague, 1992, p. 243-303; du même auteur, «Švédové na Olomoucku za třicetileté války », VVM, 38, 1986, p.
41-53, 168-179, 276-289 ; du même auteur, « Švédové na Moravě za třicetileté války », Časopis Moravského muzea
– vědy společenské, 73, 1988, p. 127-161, ici p. 128-133, 138-140; Beda Dudik, Schweden in Böhmen und Mähren
1640-1650, Wien, 1879, p. 57-111.
442
Johann Kux, Geschichte der königlichen Hauptstadt Olmütz bis zum Umsturz 1918, Olomouc, 1937, p. 191.
443
František Matějek, «Vydání Olomouce Švédům a obhajoba jejího obránce », VVM, 44, 1992, p. 320-329.
444
Voir par exemple Radek Fukala, Sen o odplatě, p. 296. Thèse réfutée par František Matějek, «Vydání Olomouce
Švédům a obhajoba jejího obránce », p. 323. Faute de certitude, certains préférèrent plutôt de passer sous silence la
suite des destins de Miniati. A comparer à Pavel Balcárek, Brno versus Olomouc. Pod Špilberkem proti Švédům, p.
52.
445
Miroslav Koudela – Zdeněk Kašpar, Švédové v Olomouci (1642-1650), Olomouc, 1995 (2ème édition). Les
événements relatifs à l’occupation de la ville furent consignés par les auteurs de quelques chroniques

160
l’intérieur des pays Habsbourg faisait de la ville un point d’appui de haute
importance d’où les Suédois pouvaient piller les alentours et menacer d’autres
places moraves. Le haut commandement de Vienne fut naturellement inquiet et
tenta de détourner la situation en sa faveur.
En septembre 1644, quelques régiments de l’armée impériale commandés
par Ladislav Burian de Wallenstein (Valdstein) arrivèrent devant les remparts de la
place et commencèrent le siège, Valdstein ayant pour ordre de récupérer la ville à
tout prix. La campagne se prolongea jusqu’au début mars 1645 sans pour autant
connaître un succès des Impériaux. Mais ce fut devant Olomouc que se joua une
histoire fort intéressante de la carrière militaire de Jean Louis Ratuit de Souches.446
Le 20 septembre au matin commença une attaque qui se voulait décisive. A
l’intérieur de la ville, les assiégeants avaient leur homme - un agent - bernardin
Père Michel,447 chargé de permettre aux Impériaux de rentrer secrètement en ville

contemporaines, à savoir Friedrich Flade, Tagebuch des feindlichen Einfalls der Schweden in das Markgrafthum
Mähren während ihres Aufenthaltes in der Stadt Olmütz 1642-1650, [Beda Dudik (éd.)], Wien, 1884 ; Paulinus
Zaczkovic, «Chronik des Minoriten-Quardians über die Schwedenherrschaft in Olmütz 1642-1650», [Beda Dudik
(éd.)], in : Archiv für österreichische Geschichte, tome 26, Wien, 1881, p. 450-612 ; «Ex Diario Reverendimi Patris
Schönberger, Rectoris Collegii Societatis Iesu Olomucii», Beda Dudik (éd.), Ibidem, p. 612-624. Le texte latin de
Paulinus Zaczkovic fut édité en tchèque par L. Šafránková, Český překlad latinské kroniky Pavla Zaczkovice o
švédském panování v Olomouci v letech 1642-1650, mémoire de maîtrise, Faculté de philosophie d’Olomouc,
Olomouc, 1999. A comparer à Marie Sobotková, «Dva narativní texty polské provenience o švédské okupaci
Olomouce v letech 1642-1650», Česká literatura, 49, 2001, no 6, p. 594-610. Voir également Josef Prucek (éd.),
«Olomoucká souhrnná kronika z let 1432-1656, sestavená Bedou Dudikem», in : Okresní archiv v Olomouci 1983,
Olomouc, 1984, p. 172-179. A comparer à Josef Loserth, « Zur Geschichte der Stadt Olmütz in der Zeit der
schwedischen Okkupation », ZVGMS, 2, 1898, p. 1-46 (avec une édition des documents de l’époque) ; Jiří Fiala,
« Poznámky k topografii Olomouce během švédské okupace města v letech 1642-1650 », Acta Universitatis
Palackianae Olomucensis, Facultas Philosophica, Moravica 3, 2005, p. 65-74 ; Pavla Slavíčková, « Nové materiály
švédské provenience k dějinám města Olomouce », Acta Universitatis Palackianae Olomucensis, Facultas
Philosophica, Historica 33, 2007, p. 129-136.
446
« Olomoucká souhrnná kronika z let 1432-1656, sestavená Bedou Dudikem », p. 176; Václav Nešpor, Dějiny
města Olomouce, Olomouc, 1934, p. 38-39.
447
Là encore, l’incertitude règne. Certains verraient bien comme cet agent bernardin Père Michel. Voir, par exemple
Václav Nešpor, Dějiny města Olomouce, p. 38. Les bernardins, sans aucune précision, étaient les cisterciens, appelés
ainsi d’après Bernard de Clairvaux. Or, d’après d’autres sources, Père Michel appartenait à l’ordre des franciscains-
bernardins. Voir Pavel Balcárek, Brno versus Olomouc. Pod Špilberkem proti Švédům, p. 52. Il s’agit-là des
franciscains observants, appelés bernardins en l’honneur de Saint-Bernardin de Sienne, l’un des orateurs
franciscains. Nous penchons plutôt pour cette variante car cet ordre était bien implanté en Moravie où sa présence
remonte au milieu du XIIIe siècle lorsque ces membres implantèrent leurs monastères dans les grandes villes du
pays, à savoir à Brno et à Olomouc. Les cisterciens, quant à eux, recherchaient en revanche de préférence les
localités isolées. Au sujet des franciscains-observants en Moravie voir Vladislav Dokoupil, Soupis rukopisů
z knihovny minoritů v Brně, františkánů v Moravské Třebové a premonstrátů v Nové Říši, Brno, 1959 (=Catalogus
codicum manu scriptorum, qui in bibliothecis fratrum minorum Brunensis, fratrum ordinis sancti francisci
Moravotriboviensium, fratrum ordinis praemonstratensis Neoraischensium asservabantur), Introduction.
Cependant, pour que la confusion soit totale, nous retrouvâmes également, en tant que confident des Impériaux, un
certain Peter Pumer, moine bernardin. Voir Josef Prucek (éd.), « Olomoucká souhrnná kronika z let 1432-1656,

161
pour ouvrir une des portes au reste de leurs troupes. Mis au courant sur la direction
de l’assaut imminent, le Père Michel tenta d’intoxiquer les Suédois en leur
fournissant les renseignements « secrets » sur l’endroit visé par l’adversaire pour
franchir les remparts, situé à l’opposé du secteur choisi. Le commandant de la
garnison retira ses hommes vers le lieu indiqué ce qui permit à une unité
d’Impériaux de pénétrer inaperçu dans la citadelle. Ce fut de Souches qui mena
l’opération. Depuis le fossé, par les couloirs souterrains et par les conduits de
canalisation, ses hommes parvinrent à joindre le siège du doyen du chapitre et s’y
cachèrent pour attendre l’attaque extérieure afin d’ouvrir la porte à leurs
compagnons. Une fois l’assaut lancé, de Souches et ses soldats sortirent de l’abri
mais se firent piéger car l’attaque dont ils entendaient le bruit se solda par un échec
total. Ses hommes furent entourés par les Suédois, beaucoup d’entre eux périrent et
de Souches-même, selon certains témoignages, sauva sa vie en sautant des
remparts dans le fossé.448 Même si l’action échoua, elle redonna de la renommée à
Jean Louis qui, dorénavant, pourrait jouir de la confiance de la part de la Cour de
Vienne et des membres du haut commandement impérial. « […] il se comporta de
telle manière que (en jugeant d’après les formulations contenues dans une lettre de
remerciement que l’Empereur lui avait envoyée) la prise de la ville d’Olomouc fut
infaillible, tant les autres ainsi que les siens et lui-même s’y appliquèrent. »449

sestavená Bedou Dudikem », p. 176. Cela nous mène à une spéculation pure, comme si, en dehors de noms concrets
et leur appartenance à une telle congrégation, seul message à retenir, serait celui de la participation active des
hommes de l’Eglise à la défense de la ville. Dans l’atmosphère de la deuxième moitié du XVIIe siècle avec la
reconquête catholique, il s’agirait bien d’un procédé logique de propagande. Au sujet de la participation des ordres
religieux à la reconquête catholique des pays tchèques, voir, sous les multiples aspects, par exemple Ivana
Čornejová (réd.), Úloha církevních řádů při pobělohorské rekatolizaci. Sborník příspěvků z pracovního semináře
konaného ve Vranově u Brna ve dnech 4.-5.6. 2003, Prague, 2003.
448
Miloslav Trmač, Maršál Jean Louis Raduit de Souches a Znojemsko, p. 10.
449
« […] er sich dergestalt verhalten, das (wie die formalia des an Ihr abgangenen Kay. Danktbrieffes lauthen) die
eroberung der Stadt Ollmütz unfehlbar erfolgt wäre, wan andere auch das ihrige wie er practirt hatten.» MZA
Brno, G 140, RA Ditrichštejn, no 343, côte 182, cart. 123, fol. 3.

162
2. 1645 – L’année charnière

Après le désastre de Gallas en automne 1644, les pays de la Couronne de


Bohême se retrouvèrent directement menacés par Torstensson. Pour assurer la
défense, l’Empereur fit appel en renfort aux troupes du colonel Johann Götz, dont
les unités furent chargées de contrôler la Moravie et confia le haut commandement
de son armée stationnée en Bohême au général Melchior Hatzfeld qui jusque-là
opérait en Bavière. Ce n’était pas un changement de général qui allait arrêter les
Suédois. Au début de l’année 1645, après s’être débarrassé du danger danois en
signant l’armistice avec Christian IV, Oxenstierna et son état-major résolurent de
monter une campagne qui devait d’un coup mettre l’adversaire hors d’état de
résister plus longtemps. Le meilleur moyen parut être de concentrer toutes les
forces pour envahir la Bohême et, en coopération avec les Transylvains de Georges
Rakoczi qui, fort des encouragements du Sultan ottoman Ibrahim Ier et des subsides
français, s’engagea à attaquer la Hongrie habsbourgeoise, blesser l’Empereur en
plein cœur. En même temps, l’armée française du Rhin attaquerait la Bavière, de
sorte que Ferdinand III ne pourrait recevoir aucun secours de ce côté. Sans attendre
le printemps, la principale armée suédoise avait marché de la Saxe sur la Bohême.
Le corps de bataille de Torstensson ne comptait que 15 000 hommes, les Impériaux
furent en mesure d’en aligner à peu près autant, quelques 17 000 hommes. Mais,
avec soixante pièces de campagne contre vingt-six, l’artillerie suédoise disposait
d’une supériorité écrasante. Un autre handicap des Impériaux fut une mauvaise
coordination entre les unités et la question des compétences des commandants car,
en effet, l’armée de l’Empereur fut composée non seulement de soldats des pays
héréditaires commandés par Hatzfeld, mais également d’un contingent envoyé par
Maximilien de Bavière ainsi que de celui de Jean Georges de Saxe.450 Afin de

450
Radek Fukala, Třicetiletá válka. Konflikt, který změnil Evropu, Slezská univerzita v Opavě, Filozoficko-
přírodovědecká fakulta, Ústav historie a muzeologie, Opava, 2001, p. 105-106; Geoffrey Parker, op. cit., p. 265-
266 ; Josef Polišenský, Třicetiletá válka a evropské krize XVII. století, Prague, 1970, p. 225-232.

163
montrer à quel point il tenait à la défense de la Bohême, Ferdinand III et Léopold
Guillaume quittèrent leur résidence à Linz et arrivèrent, le 24 janvier à Prague.451
Le 25 janvier, les Suédois passèrent les frontières entre la Saxe et le royaume
de Bohême et le 8 février, Torstensson et son subalterne Charles Gustave Wrangel,
mirent leur quartier général à Kadaň en Bohême de l’Ouest. De là, les Suédois
pillèrent l’Ouest et Nord-Ouest du pays et prirent les villes de Žatec, Louny,
Chomutov et Slaný. Ils marchèrent ensuite vers le Sud, en direction de Pilsen et
Klatovy.452 Après quelques engagements préliminaires, comme celui à
Horažďovice, Torstensson, ayant remonté vers le Nord-Est, réussit à traverser la
rivière Vltava (Moldau) en vue de continuer sa marche en Moravie où il comptait
joindre l’armée de son allié Georges Rakoczi.453 Hatzfeld comprit son dessein et
décidé de l’arrêter à tout prix, les deux armées se livrèrent une bataille rangée, le 6
mars 1645 à Jankov (Jankau), entre les villes de Tábor et de Benešov en Bohême
centrale.454
Inutile de décrire ici les détails de l’affrontement, rappelons seulement que
l’issue fut nette et décisive. Les Impériaux perdirent leurs canons, la moitié de
leurs effectifs, leurs chancellerie de campagne, la plupart des commandants furent
soit tués lors du combat, comme Johann Götz ou furent faits prisonniers à l’instar
de Hatzfeld ou des généraux Brouay et Mercy pour ne pas en donner que quelques-

451
Antonín Rezek, Děje Čech a Moravy za Ferdinanda III. až do konce třicetileté války (1637-1648), Prague, 1890,
p. 398-399.
452
Paul Gantzer, Torstensons Einfall und Feldzug in Böhmen 1645 bis zur Schlacht bei Jankau, Prague, 1905,
notamment p. 22-40 ; Antonín Rezek, Děje Čech a Moravy za Ferdinanda III. až do konce třicetileté války (1637-
1648), p. 399-404.
453
František Kurfürst, Válečné dějiny československé, Prague, 1937, p. 253.
454
Parmi un grand nombre de titres consacrés aux événements liés à la bataille et à l’affrontement-même, nous ne
choisissons que quelques-uns. L’intéressé éventuel y trouvra une bibliographie plus abondante. Miroslav Toegel,
« Bitva u Jankova – rozklad císařské armády a politiky », FHB, 2, 1980, p. 283-309 ; Václav Šustr, Bitva u Jankova
1645, Votice, 1994 et plus récemment encore le numéro spécial K 350. výročí bitvy u Jankova 1645-1995
(= Sborník vlastivědných prací z Podblanicka 35), 1995 où se trouvent les textes fort intéressants de Jiří Fidler,
«Bitva u Jankova – záměry a realizace», p. 37-59; Zdeněk Hojda, «Jankovská bitva ve švédském a evropském
dějepisectví», p. 65-71; Petr Havel, «Bitva u Jankova v obecném historickém povědomí», p. 73-75; Ivo Barteček –
František Matějek, «Švédská přítomnost na Moravě po bitvě u Jankova», p. 113-118; Vojtech Dangl, «K otázce
zapojenia Juraja I. Rákociho do tridsaťročnej vojny», p. 119-125; Peter Broucek, «Der Feldzug des schwedischen
Herres und seiner Verbündeten nach Niederösterreich im Jahre 1645», p. 155-174. Pour situer géographiquement le
village de Jankau, voir dans les annexes, la carte sur le déroulement des opérations militaires en Europe centrale des
années 1640 et également K 350. výročí bitvy u Jankova 1645-1995, p. 38, carte des opérations militaires en
Bohême en 1645.

164
uns. « Nostre armée est entierment ruinée. Gotz tué et Hatzfeld pris, Jean de
Werth455 est perdu tellement, qu’on ne scait où il est, l’Empereur s’est sauvé de
Prague et est allé vers rivière d’Ems.[ !] De l’ennemi sont aussi demeurés
beaucoup d’officiers, entre lesquels sont le général Mortagne456 et Golts.457 Nostre
armée avoit déjà la victoire et tout leur canon en mains mais nostre cavallerie
s’ayant amusée auprès le bagaige de l’ennemi, n’a pas poursuivi les Suédois, que
se sont ralliés et retournés, et ayant defaict tout nostre infanteria ont obtenu une
victoire sanglante, où sont demeurés plus de dix mille personnes sur place, tant des
nostres que de l’ennemi. Ceste bataille s’est donné près de Tabor et a duré depuis
les 7 heures du matin jusques à 9 heures de nuit le 6ème de mars. Vien scritto che
l’Archiduca Leopoldo se sia salvato accompagnato de due companie de
foraggieri. »458
Au lendemain du désastre, Ferdinand III quitta Prague, s’en alla par Pilsen,
Ratisbonne et Passau à Linz où il rejoignit l’Impératrice pour ensuite continuer
ensemble à Vienne et se réfugier enfin à Graz.459 Les Suédois, en revanche,
continuèrent à poursuivre leur plan stratégique en passant par Jihlava (Iglau) et
Znojmo (Znaïm) en Moravie du Sud. Dès la fin du mois (le 31 mars), Torstensson
prenait Krems et Stein, sur le Danube, et en longeant la rive gauche du fleuve, il
s’empara de Waidhofen puis de Korneuburg à proximité de Vienne et se préparait
à assiéger la ville.460 Mais n’étant pas assez fort numériquement pour y parvenir, il
préféra de ne pas entreprendre le siège immédiatement et d’attendre les renforts

455
Jean de Werth, commandant du contingent bavarois envoyé à l’Empereur par l’Electeur Maximilien de Bavière.
456
Caspar Cornelius Mortaigne, général des Suédois, ne fut cependant que blessé. Il prit part ensuite au siège de la
ville de Brno. Comme nous verrons plus tard, il sera capturé par les Impériaux en 1646 et ne retrrouvrait la liberté
qu’en 1647, échangé contre les prisonniers pris par les Suédois.
457
Johann Arndt von Goldstein.
458
Relation anonyme de la bataille, datant du 9 mars 1645, rédigée par un des impériaux. Documenta bohemica
bellum tricennale illustrantia, tome VII, p. 178, doc. 521. Traduction de la dernière phrase : « On vient de m’écrire
que l’archiduc Léopold s’est sauvé accompagné de deux compagnies de fourrageurs. »
459
Antonín Rezek, Děje Čech a Moravy za Ferdinanda III. až do konce třicetileté války (1637-1648), p. 406; Peter
Broucek, Der Schwedenfeldzug nach Niederösterreich 1645/46 (=Militärhistorische Schriftenreihe, tome VII),
Wien, 1981 (deuxième édition), p. 11. A comparer à Documenta bohemica bellum tricennale illustrantia, tome VII,
document no 531. Voir également Ibidem, la réaction de l’archiduchesse Claudia face au désastre des impériaux dans
une lettre adressée à Ottavio Piccolomini, document no 542.
460
Peter Broucek, Der Schwedenfeldzug nach Niederösterreich 1645/46, passim; du même auteur, «Der Feldzug des
schwedischen Herres und seiner Verbündeten nach Niederösterreich im Jahre 1645», p. 161-165.

165
des unités de Georges Rakoczi. Ce dernier, pris dans un tourbillon diplomatique
des puissances européennes, était convoité simultanément par les Français,
l’Empire ottoman, les Habsbourg et les Suédois et sa progression pour joindre
Torstensson était lente.461 Le général suédois ne pouvait pas se permettre de
demeurer longtemps devant Vienne en attendant son allié sans se soucier d’assurer
ses arrières. Ce fut donc contre les points d’appui des Impériaux situés au nord de
Vienne, en Moravie, qu’il détourna son attention et notamment contre l’un d’entre
eux – la ville de Brno (Brün). L’importance de ce lieu reposait sur le fait qu’il
s’agissait du dernier bastion du pouvoir impérial dans la région et que sa prise
ouvrirait définitivement la voie sur Vienne. Alerté par le danger imminent,
l’état major de Ferdinand III opta pour un plan très risqué et selon certains, voué
d’avance à l’échec : Brno dut être défendu à tout prix. Son exécution fut confiée à
Jean Louis Ratuit de Souches dont la réussite marqua un départ d’une carrière
fulgurante.462

461
Lucien Bély, Les relations internationales en Europe (XVIIe – XVIIIe siècles), P.U.F., Paris, 1992, p. 147-148 ;
Vojtech Dangl, «K otázce zapojenia Juraja I. Rákociho do tridsaťročnej vojny», in: K 350. výročí bitvy u Jankova
1645-1995, Sborník vlastivědných prací z Podblanicka, 35, 1995, p. 119-125.
462
La littérature sur la défense de la ville de Brno contre l’armée suédoise est plus qu‘abondante. Cependant, la
plupart de titres s’appuie sur trois textes de référence : Archiv města Brna (dorénavant AM Brno), A 1/3, Archiv
města Brna – Sbírka rukopisů a úředních knih, manuscrit no 7279 Diarium Brunense (recueil jour par jour des
événements lors du siège); Ibidem, manuscrit no 7286 Schwedische Belagerung (description détaillée des combats
complétant le précédent) ; Relatione Dell’ assedio di Bruna e della fortezza di Spilberg, Attaccata Da Torstenson
Generale dell’ armi di Suezia del 1645 e difesa Da Ludovico Raduigo di Souches, gouernatore di Bruna , Vienna,
1672. (Il s’agit là d‘un texte anonyme dédié à Jean Louis Ratuit de Souches, revu et complété par ce dernier.) A
comparer avec Christian d’Elvert, Die Schweden vor Brünn. Ein Abschnitt des dreissigjährigen Krieges, Brünn,
1845; Polykarp Koller, Die Belagerung von Brünn durch die Schweden im Jahre 1645. Das denkwürdigste Jahr aus
Brünns Vorzeit. Ein historischer Versuch, Brünn, 1845; Beda Dudík, Schweden in Böhmen und Mähren 1640-1650,
Wien, 1879. De nombreux titres furent publiés à l’occasion du 250e anniversaire du siège. Ce fut le cas de l’édition
Urkunden, Briefe und Actenstücke zur Geschichte der Belagerung der Stadt Brünn durch die Schweden in den
Jahren 1643 und 1645, Bertold Bretholz (éd.), Brünn, 1895 (notamment p. 125 – 143, «Einige auf Ludwig de
Souches bezügliche Urkunden»); du même auteur, Der Vertheidigungskampf der Stadt Brünn gegen die Schweden
1645, Brünn, 1895. Voir également František Šujan, Švédové u Brna roku 1645 (=Les Suédois près de Brno en
1645), Brno, 1898; du même auteur, Dějepis Brna (=Histoire de Brno), Brno, 1928, p. 276-286 ; Jaroslav Dřímal,
Dějiny města Brna (=Histoire de la ville de Brno), Brno, 1969, tome I, p. 155-157; Jiří Adámek, «Odraz švédského
obležení v archiváliích města Brna» (=Le reflet du siège suédois dans les documents d’archives de la ville de Brno),
in: Brno mezi městy střední Evropy, Brno, 1983, p. 204-208 ; František Matějek, «Švédové na Moravě za třicetileté
války» (=Les Suédois en Moravie au temps de la guerre de Trente ans), Časopis Moravského muzea 73, 1988, p.
127-161, 75, 1990, p. 141-172 ; du même auteur, Morava za třicetileté války (=Moravie au temps de la guerre de
trente ans), Práce Historického ústavu ČAV, Opera Instituti Historici Pragae, Monographia A-6, Prague, 1992, p.
319-330; Pavel Balcárek, Brno versus Olomouc. Pod Špilberkem proti Švédům (=Brno contre Olomouc. Sous
Spilberk contre les Suédois), Brno, 1993 ; Olga Erhartová, Když Brno dobývali Švédové (=Quand les Suédois
siégeaient à Brno), Bibliograficko-informační text, Brno, 1995, p. 23-40 ; Morava a Brno na sklonku třicetileté
války (= La Moravie et Brno à la fin de la guerre de trente ans), Jan Skutil (dir.), Prague-Brno, 1995; Josef Válka,

166
Avec ses huit mille habitants avant la guerre de Trente Ans, Brno était la
troisième plus grande ville de Moravie, après Olomouc et Jihlava.463 Elle profitait
de sa position sur un axe de commerce entre l’Autriche d’un côté et la Moravie, la
Silésie et la Pologne de l’autre et abritait plus de trente corporations de métiers
différents. Son économie était renforcée par quatre foires au cours de l’année et
une liaison postale régulière. La ville s’enorgueillissait de son collège jésuite très
actif qui attirait des étudiants de la Moravie entière notamment grâce aux cours de
musique, réputés à tel point qu’en 1601, les Jésuites ouvrirent même un séminaire
spécial pour la formation des futurs musiciens qui jouaient ensuite dans les églises
et lors de spectacles donnés par l’établissement.464 L’importance de la ville s’accrût
considérablement après la transmission des registres des Tables du pays
d’Olomouc à Brno et après le transfer du premier organe politique du pays – le
Tribunal royal en 1641. L’occupation d’Olomouc par les Suédois en 1642 ne fit
que de renforcer cette tendance, et ce fut à ce moment-là que Brno remplaça
Olomouc et fut reconnue définitivement comme la « capitale » de la Moravie.465
La ville jouissait d’une position géographique idéale. Située à proximité du
confluent de rivière Svratka la contournant par l’Ouest et de Svitava passant par
l’Est et appuyée au Nord contre les collines de Drahanské (Drahanská vrchovina),
Brno offrait au passant une image majestueuse d’une ville fière et prospère. Elle
abritait dans ses remparts de nombreuses églises et couvents. Au Sud, posée sur
une colline, adossée à l’enceinte municipale, la cathédrale gothique Saint-Pierre et
Paul dominait la localité. Au Nord-Est, longeant également les fortifications,
s’étendait le collège jésuite. Tout au Nord, en saillie, séparé de la ville par un fossé,
disposant de son propre système de défense constitué de bastions et d’un double
fossé et relié au celui de la ville, se trouvait le couvent des augustins avec son

Dějiny Moravy – Morava reformace, renesance a baroka (=Histoire de la Moravie – Moravie de la Réforme, de la
renaissance et du baroque), Brno, 1995, p. 107-114.
463
Sur l’évolution de la ville de Brno voir Karel Kuča, Brno – vývoj města, předměstí a připojených vesnic, Praha-
Brno, 2000, passim.
464
Olga Erhartová, Když Brno dobývali Švédové, p. 13-17.
465
František Šujan, Dějepis Brna, p. 215 ; Pavel Balcárek, Brno versus Olomouc. Pod Špilberkem proti Švédům, p.
27-36 ; Jaroslav Dřímal, Dějiny města Brna, p. 155.

167
église consacrée à Saint-Thomas.466 Quatre tours, renforcées de bastions
permettaient l’accès à l’intérieur de la ville - une au Nord, une à l’Ouest et deux à
l’Est. Enfin, une double enceinte où s’alternaient les tourelles de taille et de forme
différente complétaient le dispositif de défense.467 Mais l’élément clé qui faisait de
Brno un lieu hautement stratégique était la forteresse de Špilberk (Spielberg) qui se
dressait sur une coline au Nord-Ouest de la ville.
Construit par le Margrave morave Premysl, futur roi tchèque Premysl Otakar
II, au deuxième tiers du XIIIe siècle en style gothique primitif, le château reçut son
nom d’après la colline sur laquelle il fut dressé. Résidence des Margraves dès le
XIVe siècle, bastion des catholiques lors des guerres hussites un siècle plus tard,
siège du Gouverneur de pays à partir de la fin du XVe siècle, Špilberk devint, en
1547, suite à l’écrasement de la révolte contre le pouvoir habsbourg, propriété de
l’Empereur Ferdinand Ier. Ce dernier vendit les bâtiments, en 1560, aux Etats
moraves qui, à leur tour, les avaient cédé à la municipalité de Brno. Face au danger
turc de la fin du XVIe siècle, le château fut modernisé et réparé. Lors de
l’insurréction des Etats contre les Habsbourg, la garnison de la place, entretenue
par la ville, passa, en 1619, au côté des révoltés, commandée par colonel Georges
Ebenberger. En janvier 1621, après la prise de Brno par les troupes impériales, le
cardinal de Dietrichstein confisqua Špilberk au profit de Ferdinand II qui y fit
ensuite emprisonner quelques-uns des représentants de la rébellion en marquant
ainsi les prémices d’une longue tradition d’utiliser une partie de la forteresse en
tant que prison, fonction que Špilberk remplirait jusqu’au début du XXe siècle et de
nouveau pendant la Seconde guerre mondiale. L’importance de la place fut
démontrée lors du siège de Brno en 1645. Remaniée dans les années 1625 – 1639
en une citadelle baroque, forte de ses fossés, dotée de ses nouveaux bastions et de
ses doubles enceintes conçues pour résister au bombardement de l’artillerie, la

466
Clemens Janetschek, «Das Augustinerstift St. Thomas in Brünn während des dreissigjährigen Krieges», ZVGMS,
1, 1897, Heft 3, p. 1-23.
467
Cecilie Hálová-Jahodová, Brno. Stavební a umělecký vývoj města, Prague, 1947. Sur le système de défense de la
ville voir Vladimír Kupka – Vladimír Čtverák – Tomáš Durdík – Michal Lutovský – Eduard Stehlík, Pevnosti a
opevnění v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, Prague, 2002, p. 172-183.

168
forteresse sut tenir bon face à l’ennemi et à ses multiples tentatives d’assaut et
permit littérairement de sauver le sort de la maison des Habsbourg.468
Au printemps 1645, après la prise de Mikulov (le 17 avril) où les Suédois
s’emparèrent, en plus d’un grand nombre de canons et de munitions, de
l’impressionnante bibliothèque du cardinal de Dietrichstein dont les livres furent
emballés dans 50 tonneaux poissés, envoyés en Suède et représentent encore
aujourd’hui des bijoux des fonds des bibliothèques locales et mondiales,469 il était
primordial de prendre la ville de Brno avec Špilberk qui formait, comme nous
l’avons signalé, le dernier obstacle avant Vienne. La défense de la ville faisait alors
partie du sauvetage de la capitale et incarnait le salut de la monarchie entière.
Pourtant, ce ne fut pas pour la première fois que Brno se trouvait menacée. En
effet, en passant par la Bohême en été 1643, le corps principal de l’armée suédoise
retourna en Moravie et libéra Olomouc de son blocus, la ville étant assiégée par les
Impériaux. Au début du mois de septembre 1643, les Suédois tentèrent ensuite de
prendre Brno. Cette fois-ci, ce ne fut qu’un court épisode car, après quelques jours
de siège pendant lesquels ils avaient pillé les faubourgs, ils furent obligés de partir
précipitamment pour défendre les intérêts suédois au nord contre les Danois.470
Contrairement à cette éphémère expérience avec l’ennemi, la situation de
1645 fut autrement plus dramatique. Comme nous l’avons constaté, maîtres de
quelques places stratégiques en Moravie du Sud, les Suédois contrôlaient en même
temps une partie de la Basse-Autriche. Si la ville de Brno tombait, la monarchie
serait doublement touchée. Les forces suédoises pourraient se tourner ainsi non

468
Leopold Nopp, Špilberk. Jeho dějiny a památnosti, Prague, 1926; František Čermák, Špilberk. Průvodce po
Národní kulturní památce, Brno, 1980; Jiří Vaněk, Kasematy na Špilberku, barokní pevnostní stavba a vězení.
Expozice Muzea města Brna. Průvodce expozicí, Brno, 1992; František Šujan, Dějepis Brna, p. 61-66.
469
František Matějek, Morava za třicetileté války, p. 318-319 ; Pavel Balcárek, Kardinál František Ditrichštejn
1570-1636. Gubernátor Moravy, p. 119; Stanislav Petr, « Rodové knihovny Ditrichštejnů v Mikulově, jejich osudy a
nálezy ditrichštejnských rukopisů v Národní knihovně v Praze », in: Emil Kordiovský – Miroslav Svoboda (réd.),
Kardinál František z Ditrichštejna a jeho doba: XXIX. mikulovské sympozium, 11.-12. října 2006, Mikulov-Brno,
2006, p. 239-258.
470
František Šujan, Dějepis Brna, p. 216-217 ; Bertold Bretholz (éd.),Urkunden, Briefe und Actenstücke, p. 8-31,
notament document no VII, p. 8-11 «Bericht über die Belagerung Brünns durch die Schweden vom 1.– 9. September
1643 ».

169
seulement contre Vienne mais aussi contre Presbourg, capitale du royaume de
Hongrie.
La nouvelle de la défaite des Impériaux près de Jankov se propagea très vite
et partout elle sema l’inquiétude et la panique, y compris à Brno. La noblesse, le
clergé et les hauts officiers quittèrent la ville et cherchèrent leur salut dans la fuite
pour Vienne. Parmi eux, nous trouvons le commandant de la garnison de la ville,
colonel Schönkirch, occupant ce poste depuis 1643. Brno fut privée ainsi de son
chef militaire, seuls le chancelier au Tribunal royal Jean Mencl de Kolsdorf et le
gouverneur de la région de Brno Sigismond Ferdinand Sak de Bohuňovice, ce
dernier chargé par le gouverneur de la Moravie Christophe Paul de Liechtenstein-
Castelcorn471 d’assurer provisoirement le commandement, restèrent sur place.472
Pour envisager la défense, il fallut d’abord trouver une personne capable de
combler le vide et de remplacer les autorités manquantes. Le choix fut porté sur
Jean Louis Ratuit de Souches, même si cette décision ne fut pas unanimement
saluée par tous.473
En effet, la méfiance de la municipalité envers le nouveau commandant,
calviniste, fut significative pour l’époque. Il ne faut pas oublier que la contre-
réforme de Brno avait été achevée déjà au début du XVIIe siècle, au prix d’actions
forcées et de l’émigration des protestants, certes, et la ville était entièrement
catholique.474 Les Suédois évangéliques incarnaient alors, en tenant compte du
comportement de leurs soldats envers la population du pays, le pire. La religion du
commandant de Souches, huguenot, faisait de lui, dans une ville catholique, un
danger potentiel. Mais la logique de la guerre exclut tout autre raisonnement. Pour
dissiper les craintes des habitants de la ville, embarrassés par une telle décision,
l’Empereur leur adressa, le 22 mars 1645, une lettre dans laquelle il soulignait que

471
Il s’agit de la branche styrienne de la famille, nouvellement établie dans les pays de la Couronne de Bohême par
l’acquisition du domaine de Pernstein en Bohême de l’Est.
472
František Matějek, Morava za třicetileté války, p. 319-320.
473
Sur la décision de nommer de Souches à tête de la défense de Brno voir Bertold Bretholz (éd.),Urkunden, Briefe
und Actenstücke, p. 33-34, document no XXII.
474
Ladislav Hosák, Historický místopis země Moravskoslezské, 2e édition, Prague, 2004, p. 190-191; Jaroslav
Dřímal, Dějiny města Brna, p. 154.

170
de Souches avait été choisi grâce à son audace prouvée lors du siège d’Olomouc,
en 1644, occupée par les Suédois.475 L’Empereur Ferdinand avait également sans
doute compris que le passé tumultueux de Souches était la meilleure garantie
possible d’une efficace défense de Brno. Se rendre était pour Jean Louis
vraisemblablement la certitude d’être exécuté par ses anciens employeurs. En
revanche, tenir bon était sans conteste le chemin conduisant à une récompense et à
une élévation, à la gloire aussi.
Au début de sa nouvelle mission, Jean Louis Ratuit de Souches n’avait que
37 ans, mais il surprit tout le monde par le zèle avec lequel il se mit au travail.476
Depuis son arrivée à Brno, le 15 mars 1645, il ne cessait pas de procurer à l’arsenal
municipal des armes et des munitions ainsi qu’un dépôt central d’aliments et du
fourrage pour le bétail. Il faut dire que l’Impératrice Marie-Anne d’Espagne en
personne lui adressa, le jour-même de son arrivée, une lettre en le suppliant de
défendre la ville avec le plus grand soin possible.477 En réponse, il écrivit quelques
lignes à l’archiduc Léopold Guillaume afin de le rassurer de bien vouloir tenir
Brno contre l’ennemi le plus longtemps possible.478
En six semaines, de Souches transforma la ville de sorte qu’elle fut capable
de faire face à un ennemi très puissant. L’installation d’une tranchée couverte,
strada cooperta, qui assurait la communication entre la ville et la forteresse de
Špilberk au-dessus de la ville, témoigna de son ingéniosité. Il s’agit en fait d’un
corridor creusé à la profondeur d’un homme, avec les parois renforcées par les
planches de bois et fermé d’un plafond en poutres recouvertes d’une couche

475
Polykarp Koller, op. cit., p. 100-102, documents no II et III. Mais également Bertold Bretholz (éd.),Urkunden,
Briefe und Actenstücke, p. 47-48, document no XXXV.
476
Si nous ne le spécifions pas, pour rédiger les passages concernant le déroulement des opérations devant Brno,
nous nous servîmes de trois sources de référence, à savoir AM Brno, A 1/3, Archiv města Brna – Sbírka rukopisů a
úředních knih, manuscrit no 7279 Diarium Brunense; Ibidem, manuscrit no 7286 Schwedische Belagerung sans
oublier Relatione Dell’ assedio di Bruna e della fortezza di Spilberg, Attaccata Da Torstenson Generale dell’ armi
di Suezia del 1645 e difesa Da Ludovico Raduigo di Souches, gouernatore di Bruna , Vienna, 1672. Nous
comparâmes leurs textes à une relation anonyme d’un moine franciscain Relatio obsidionis Brunnensis anno 1645,
rapportant du jour au jour les événements du siège. Son texte fut publié par Bertold Bretholz (éd.), Ein neuer Bericht
über die Belagerung der Stadt Brünn durch die Schweden in Jahre 1645, Brünn, 1899.
477
AM Brno, V 3, Sbírka rukopisů Mitrovského knihovny, côte A 1.18.2, lettre du 15 mars 1645.
478
Ibidem, lettre du 21 mars 1645.

171
épaisse de terre et de mottes pour éviter les incendies éventuels. Entre le niveau de
terrain et le plafond, une rangée continue de meurtrières donnant sur les deux côtés
du couloir permettait une défense active de l’ouvrage. Les gravures de l’époque
nous montrent assez bien l’aspect de ce dispositif.479
Le nouveau commandant réussit également à réparer les remparts, il ajouta
quelques bastions pour les canons et creusa de nouveaux fossés autour de la ville.
Par ailleurs, il ordonna de détruire tous les hauts bâtiments autour de la ville dans
un périmètre de six cents pas et de niveler le terrain afin d’éliminer tout ce qui
pourrait servir d’abri à l’ennemi. Cette décision fut cependant quelque peu délicate.
Le 21 mars, de Souches demanda à la municipalité l’autorisation de raser le
couvent des capucins et celui des franciscains en sollicitant en même temps des
chariots et de la main-d’œuvre pour les travaux envisagés.480 Il en informa
Ferdinand III à qui il s’adressa pour connaître son avis.481 La réponse de
l’Empereur fut courte et pragmatique. Dans le souci d’assurer au mieux une
résistance efficace, de Souches obtint la main libre. Il put désormais entreprendre
tout ce qu’il jugerait nécessaire, le « ratio militaris » comptant d’abord.482 Pour
renforcer la fortification de la ville, il mobilisa, hormis les ouvriers spécialisés et
salariés, des étudiants, des clercs et de nombreux paysans venant des alentours de
Brno qui y travaillaient bénévolement. Dans la ville même, il fit enlever toutes les
toitures en bardeaux pour limiter les risques d’incendie, nettoyer les puits et murer
deux portes. Pour assurer l’approvisionnement des habitants, il construisit un
moulin mû par le bétail. Quelques nouveaux broyeurs furent installés pour
fabriquer de la poudre.
Ferdinand III ainsi que l’archiduc Léopold-Guillaume furent régulièrement
tenus au courant de l’avancement des travaux et des démarches jugées utiles483 et
de Souches, soucieux de vouloir montrer à tout prix que le choix de sa personne

479
Voir annexe.
480
AM Brno, V 3, Sbírka rukopisů Mitrovského knihovny, côte A 1.18.2, lettre du 21 mars 1645.
481
Ibidem, lettre du 28 mars 1645.
482
Ibidem, lettre du 3 avril 1645.
483
Ibidem, lettre du 15 avril 1645.

172
pour assurer la défense fut bien mérité, ne cessait pas d’envoyer les lettres aux
diverses autorités en les rassurant que ni lui ni aucun de ses hommes qui se
trouvèrent sous son commandement ne capitulerait pas et ne permettrait pas que
l’ennemi prenne la ville per accordo, c’est à dire suite à un accord préalable, à
l’instar de la ville d’Olomouc, ce qui était contraire à sa perception de la fierté
militaire.484 Un problème inattendu surgit au début du mois de mai. En effet, le 1er
mai, à quelques heures seulement de l’attaque imminente, les défenseurs de la
place demandèrent l’augmentation de leur solde et les maçons travaillant sur le
renforçement des remparts declarèrent une hausse de leurs salaires. Un compromis
fut établi, les soldats obtinrent l’avancement correspondant à la somme de deux
mois de service, quant-aux maçons, ils se contentèrent d’une promesse d’être payés
à la fin des opérations militaires.485
La garnison de Brno était formée de 1476 hommes dont seulement 426
soldats de l’armée impériale. Les civils qui furent disposés dans des endroits
stratégiques (tranchées, portes, bastions et service des canons), représentaient le
reste. Une légion d’étudiants, composée de 66 garçons, fut placée à proximité du
couvent Saint-Thomas et du collège jésuite.486 Cette poignée de défenseurs hardis
se trouvait face à l’armée suédoise qui comptait environ vingt-huit mille soldats.
La défense de la ville ne serait pas efficace sans le soutien de la forteresse de
Špilberk. Son commandant, en 1645, était le colonel Georges Ogilvi, un autre
calviniste, d’origine écossaise. De Souches joua le rôle de conseiller et la
collaboration entre ces deux hommes au moment du danger fut efficace et
exemplaire.
Le 4 mai 1645, l’armée du général Torstensson487 lors de son retour de
Vienne arriva devant les portes de la ville. Les soldats se disposèrent autour

484
Ibidem, lettres du 25 mars 1645, du 20 avril 1645.
485
Ibidem, lettre du 1er mai 1645.
486
Polykarp Koller, op. cit., p. 132-135, document no XIV, Verzeichnis des Studentencorps ; Antonín Rybička,
«Studentská legie v Brně roku 1645 », Lumír, 11, 1861, p. 231.
487
Sur cette grande personnalité militaire suédoise voir Arnošta Vieweghová, « Biografie a genealogie Lennarta
Torstensona », Genealogické a heraldické listy, 25, 2005 (publié 2006), p. 117-127.

173
formant ainsi un cercle et Torstensson envoya, selon la coutume, un clairon vers
les défenseurs avec un appel à la reddition qui fut lestement refusée. Le général
ordonna alors le commencement des travaux qui permettraient le siège et ensuite la
prise de la ville en promettant à ses soldats que, dans trois jours, ils franchiraient
les remparts et que dans une semaine, ils s’empareraient de la forteresse de
Špilberk.
La tactique pour prendre une grande ville comme celle de Brno, était
composée de trois phases majeures qui, selon les conditions, se suivaient ou étaient
simultanées. La première consistait en une préparation d’artillerie massive. Les
commandants des batteries ciblaient leurs tirs sur des endroits considérés comme
faibles ou qui pourraient soit affaiblir les défenseurs soit s’avérer menaçant
pendant le rapprochement vers la ville. Il s’agissait souvent des sections des
remparts, plus fragiles que les autres qui promettaient, au moment de la percée,
l’invasion en ville et sa prise. Les maîtres de tir s’intéressaient aussi aux poudrières
qui, étant un peu isolées du reste de la ville, ne pouvaient pas trop menacer les
zones habitées mais qui pourraient, au moment de leurs explosions, priver les
défenseurs de leur, si chère, poudre. Parmi les endroits sensibles, il fallait
considérer également les bastions et les tours de toutes sortes car, les premiers
abritaient les batteries ennemies et les secondes pouvaient servir à indiquer le sens
du tir vers les troupes qui s’apprêtaient à prendre la ville. Toutefois, en prenant en
compte la cadence des tirs et leurs précision, des tels bombardements avaient plutôt
des effets démoralisants sur les hommes assiégés que les effets dévastateurs.488
La deuxième phase du siège d’une ville était fondée sur le creusement des
fossés, des contre-fossés, des galeries de rapprochement et des sapes. Les fossés et
les contre-fossés servaient aux soldats à se rendre plus près de la ville tout en étant
à l’abri des obus et des balles. Les galeries de rapprochement permettaient de se

488
Ces phases furent maintes fois décrites par de nombreux auteurs, militaires ou théoriciens. Rappelons ici, au
moins, le contemporain de Jean Louis Ratuit de Souches, l’Italien Raimondo Montecuccoli. Nous parlerons de lui
plus tard, mais évoquons ici son texte Tavole Militari, in : Le opere di Raimondo Montecuccoli, Raimondo Luraghi
(éd.), vol. II, Roma, 1988, notamment p. 190-195.

174
rapprocher jusqu’aux pieds des remparts pour pouvoir y poser des mines ou
creuser des trous. Elle ressemblaient aux fossés mais étaient couvertes de planches
en bois avec des mottes ou de la terre. Ce plafond protégeait contre des balles et
surtout contre le feu. Les sapes avaient pour but de fragiliser les fondations des
remparts et d’autres éléments de fortification et de pénétrer éventuellement en ville
via des galeries souterraines. Tous ces travaux nécessitaient une main d’œuvre
assez puissante et un certain nombre de spécialistes, comme des charpentiers, par
exemple. Certains soldats participaient à ce genre d’activités, mais dans la majorité
des cas, chaque armée disposait de ses propres troupes de terrassiers et sapeurs.
Parfois, les commandants faisaient appel à des spécialistes locaux comme le fit
Wallenstein en embauchant des groupes de mineurs de la région de Kutná Hora en
Bohême centrale pour creuser des galeries. Il était bien évidemment dans l’intérêt
des assiégeants que ce genre de travaux reste caché à l’oeil attentif des défenseurs.
Seul le bruit éventuel des outils ennemis pouvait compromettre la réussite de
l’entreprise. Or, au fil du temps, une technique bien particulière fut mise au point
afin de dépister l’activité de l’adversaire. En effet, cette méthode, toute simple,
s’avéra assez efficace. Dans une galerie existante, il suffisait de placer un tambour
ou un récipient suffisamment grand doté d’une membrane sur laquelle furent
placées des graines de pois. A l’approche des mineurs ennemis, la membrane se
mettait à vibrer et les graines posées dessus commencèrent à se déplacer, trahissant
le mouvement souterrain. La membrane et les petits pois pouvaient être remplacés
par un grand sceau rempli d’eau, les vibrations pouvant se lire sur sa surface.489
La troisième phase, mais pas nécessairement la dernière chronologiquement,
reposait sur le blocus total de la ville du « reste du monde ». Il fallait absolument
isoler les défenseurs de toute aide qu’il s’agisse de renforts ou de convois
d’approvisionnement mais aussi, parfois surtout, de renseignements.
Côté assiégés, aucune place n’étant imprenable, l’essentiel en matière de
défense fut de gagner du temps, comme l’avait souligné Jean l’Hoste en 1629 et
489
Raimondo Montecuccoli, Tavole Militari, in : Raimondo Luraghi (éd.), op. cit., vol. II, p. 192.

175
beaucoup d’autres après lui : « L’expérience nous fait veoir qu’il n’y a place si
bien fortifiée que la force et la longueur d’un siège ne puisse emporter, et combien
qu’aucun se fussent ventez de pouvoir rendre des places imprenables, telles
venteries ne sont que des paradoxes que l’entendement humain ne seroit attribuer
à aucun subject autre qu’à l’impossibilité mesme […] ».490
Dès le début du siège de Brno, le général Torstensson utilisa tous les moyens
pour prendre la ville le plus vite possible. La vision de la prise ou au moins du
siège de Vienne était si attirante ! Le 6 mai, les Suédois commencèrent à construire
des redoutes pour y placer leur artillerie et à creuser les galeries de
rapprochement.491 Ils bombardèrent aussi la forteresse de Špilberk, notamment son
nouveau bastion. Le même jour et afin de préserver la vigilance des défenseurs, de
Souches décida de limiter la distribution du vin dans la ville à seulement deux
auberges ; pour alléger l’atmosphère pesante du siège, il fut également ordonné de
jouer du tambour et de la trompette sur les remparts. Le lendemain, le 7 mai, les
soldats de Souches détruisirent une des redoutes construites la nuit précédente.
Petit à petit, les habitants de la ville s’habituèrent au siège qui, à ses débuts, n’était
pas encore trop rude, car il y avait apparemment même des femmes qui allaient
chercher des légumes dans des jardins des faubourgs sans être dérangées par les
Suédois. Mais la machine de la guerre tournait à plein. Le maître poudrier Peter
Hauk était occupé jour et nuit par la fabrication de la poudre en y mettant même
tous ses biens personnels.
Le premier moment critique pour les assiégés arriva le 17 mai. La ville
commençait à être menacée de faim. De Souches ordonna d’établir la liste des
habitants n’ayant pas de quoi vivre (ils étaient cinquante-sept au total) et il les
affecta au service de la surveillance de la ville. Dorénavant, ils furent considérés
comme des personnes travaillant pour une solde et recevaient une miche de pain

490
Cité d’après Michèle Virol, Vauban. De la gloire du Roi au service de l’Etat, Champ Vallon, Seyssel, 2003, p.
62.
491
Václav Hanák – Irena Loskotová, «Švédský zákop před Brnem», Forum Brunense 1995-1996, Sborník prací
Muzea města Brna, Brno, 1996, p. 143-152.

176
rond pour quatre jours. Pour limiter aussi le marché noir de la viande, le
commandant fit faire un inventaire de tout le bétail en ville et interdit l’abattage
des animaux sans accord préalable du conseil municipal. En même temps, les
Suédois intensifiaient leurs bombardements et le 20 mai, ils réussirent à mettre le
feu dans une fosse, à faire sauter deux murs du grand bastion de Špilberk et à
pénétrer dans la forteresse mais furent arrêtés par les défenseurs.
Cependant, la pénurie gagna aussi le campement de Torstensson qui envoya,
le 23 mai, une lettre à la reine Christine de Suède pour l’informer de la situation
devant la ville. Dans ses lignes, il décrivit le manque de pain et de blé, ajoutant :
«Mais quelle pénurie de munitions commence ! Le fourrage pour les chevaux doit
être importé d’endroits éloignés de huit à dix lieues. Je suis déjà bien avancé et je
serai encore plus loin, si je ne manquais pas d’infanterie. Je ne laisserai pas
tomber le siège de Brno car sans lui, je ne pourrais pas résister en Moravie. »492
Pour confirmer ce qu’il venait d’écrire, il ordonna pour le 25 mai une nouvelle
attaque, cette fois-ci contre la communication couverte entre la ville et la
forteresse. Le bombardement causa beaucoup de dégâts mais l’attaque qui le suivit
ne fut pas réussie. Torstensson envoya alors, pour la deuxième fois depuis le début
du siège, un clairon vers les défenseurs avec un appel à la reddition qui fut, pour la
deuxième fois aussi, lestement refusée. Les décisions fermes régnaient des deux
côtés. Les Suédois faits prisonniers avouaient que Torstensson avait juré de
consacrer toute son infanterie plutôt que de lâcher le siège de Brno.
Les opérations militaires avaient parfois un goût de grotesque. Le 24 mai,
par exemple, deux bombes tombèrent dans l’église Saint-Thomas dont une fut
éteinte par les défenseurs et tirée aussitôt sur le campement des Suédois. Deux
jours plus tard, le 26 mai, les défenseurs organisèrent une contre-attaque. Les
Suédois étaient en train de manger, il était midi. La surprise fut totale à tel point
que les soldats de Souches s’emparèrent d’un grand butin y compris le repas de
l’adversaire sans se faire attaquer par l’ennemi. Quatre jours après, même scénario.
492
Ainsi, sans détailler ses sources Olga Erhartová, Když Brno dobývali Švédové, Brno, 1995, p. 26.

177
Une trentaine de cavaliers effectuèrent une brusque sortie en direction des champs
servant de pâturages aux Suédois. Ils retournèrent avec quinze bœufs et six
chevaux, mais, cette fois-ci sous une canonnade intense sans pour autant d’essuyer
de pertes.
Le 1er juin 1645, les troupes suédoises furent renforcées par l’arrivée de deux
mille cavaliers du prince transylvanien Georges Rakoczi sous le commandement
de Gabriel Bakosz qui furent ensuite utilisés pour attaquer de nouveau le forteresse
de Špilberk. Ce fut sous l’intensité croissante des combats que l’archiduc Léopld-
Guillaume, inquiet pour le sort de la ville dont dépendait celui de la capitale
autrichienne, commença littérairement à bombarder de Souches de demandes de
détails sur le déroulement des opérations. Dans une lettre datée le 3 juin 1645 et
envoyée de Vienne, il insista sur le fait qu’il voudrait bien être informé plus
souvent et de façon régulière sur la défense. Il encouragea de Souches et lui
transmit l’ordre de l’Empereur de continuer sa lutte jusqu’à la dernière goutte du
sang (« bis auf den letzten Blutstrophen ») tout en refusant d’entendre parler de le
capitulation (« und von keinem accordo nichts anhären »).493
Les reproches de l’archiduc à l’adresse de Souches concernant la carence
dans sa correspondance ne furent pas fondées sur les arguments objectifs car un
jour auparavant, de Souches-même s’adressa à Léopold-Guillaume en mentionnant
deux de ses lettres envoyées à Vienne et restées sans réponse. Il résuma la situation
actuelle : l’ennemi tente de détruire la communication entre la ville et Špilberk, les
mineurs suédois creusent les galeries sous Špilberk et près de l’église Saint-
Thomas, les défenseurs tâchent d’éliminer les mines posées en les faisant sauter. Il
ajouta qu’il serait temps d’envoyer les renforts, le motif qui désormais apparaîtra
dans presque chaque message en provenance de la métropole morave.494 Le 4 juin,
un petit espoir commença à luire pour les assiégés. Ce jour-là, un mois après le
commencement du siège, de Souches obtint une lettre de l’archiduc Léopold

493
AM Brno, V 3, Sbírka rukopisů Mitrovského knihovny, côte A 1.18.2, lettre du 3 juin 1645.
494
Ibidem, lettre du 2 juin 1645.

178
Guillaume où le frère de l’Empereur promettait que les renforts impériaux ne
devraient pas se faire attendre.495
Du côté suédois, fin mai, le général Torstensson avait été atteint d’une crise
de podagre et ne pouvant plus pour le moment diriger les opérations, il chargea son
subalterne, le général Mortaigne, de diriger le siège. On arrive, à ce moment-là, à
une situation paradoxale. Des deux côtés, il y avait des généraux français qui se
battaient l’un contre l’autre pour une ville en Moravie.
Le 7 juin, les relations de la Moravie devinrent alarmantes. De Souches
informa que désormais, l’ennemi s’approchait de plus en plus de le ville, qu’il
réussit à atteindre le fossé tout près d’une des portes de la ville et qu’il s’apprêtait à
la détruire en utilisant son artillerie. Pour empêcher les Suédois de pénétrer dans la
ville, de Souches laissa murer la porte en question mais il souligna qu’il s’agissait
d’un dispositif provisoire et dans le cas où l’ennemi réussira à prendre la ville
d’assaut, Brno ne pourrait pas échapper au bain de sang.496 Le rapport du
lendemain relate que les assiégeants travaillèrent dur toute la nuit précédente et
arrivèrent à démanteler le mur renforçant une autre porte de la ville. Le danger fut
cependant écarté en la colmatant de nouveau.497
Pour rompre la résistance, les Suédois se servirent également de la pression
psychologique. D’après la lettre de Jean-Louis du 12 juin, ils organisèrent un
bombardement massif pendant 24 heures sans pour autant provoquer les dégâts
matériels importants. De Souches en profita pour continuer à creuser les galeries de
manière à ce qu’il soit actuellement à « vingt toises » de lignes ennemies. Pour
terminer, conscient de la gravité de la situation, il ajouta néanmoins d’être décidé
de continuer jusqu’à sa fin « Inzwischen, werde Ich continuiren bis an mein End
[…] ».498

495
Ibidem, lettre du 4 juin 1645.
496
Ibidem, lettre du 7 juin 1645.
497
Ibidem, lettre du 8 juin 1645.
498
Ibidem, lettre du 12 juin 1645.

179
Les encouragements adressés aux défenseurs pleuvaient de partout, comme
ces quelques lignes en français du comte Gallas destinées à de Souches :
« Monsieur, j’ai réçu la votre du 1er du courant [juin] me réjouissant fort que Dieu
vous a donné la grâce de rendre de si bons services à Sa Majesté […] continuez
seulement ce faire et on tiendra ce qui vous a esté promis […] »499 ou bien cette
dépêche, également en français, du gouverneur de la Moravie, comte Christophe
Paul de Liechtenstein-Castelcorn : « Monsieur, vos deux messagers ont bien rendu
vos lettres à Sa Majesté et aussi à son Altesse [archiduc Léopold-Guillaume] qui se
sont informés de l’estat de la ville assiégée ; Sa Majesté est fort contente de vostre
constance et desvotion qui vous font mériter de grâces signalez comme aussi [à]
tous ceux qui à vostre Exemple se mettent à leur devoir. Nos affaires prendront
bien tost un meilleur l’issage et vous saurez que sa Majesté le duc de Bavière a
gagné la bataille contre le François où toute l’armée françoise sommes combattus
fort [et] mise en route, Infanterie toute perdue avec le bagage et l’artillerie, fort
quelles troupes de cavalerie [se] sont eschapés et faitz prisonniers […]500 j’espère
de vous voir à la fin de ce mois, pendant, je vous souhaite de bon succès […]. »501
Les défenseurs étaient aidés parfois aussi par les caprices de la nature. Le 14
juin, un violent orage éclata au-dessus de Brno. Les fosses autour de la ville furent
en quelques minutes gorgées d’eau et un grand nombre de soldats ennemis se noya
dedans. De Souches profita de ce moment de chaos pour lancer une attaque réussie
contre les positions suédoises. Un adjudant suédois, fait prisonnier lors de ce raid,
raconta que la tempête emporta environ quatre cents hommes seulement du
régiment de Mortaigne. Suite à cet évènement, Torstensson s’exprima ainsi devant
un commissaire royal suédois : « Si j’avais suffisamment d’infanterie, j’en finirais

499
AM Brno, V 3, Sbírka rukopisů Mitrovského knihovny, côte A 1.12, lettre du 6 juin 1645. On ne peut cependant
que de regretter que l’auteur ne fut pas plus éloquent, notamment en ce qui concerne des « promesses » faites par
Vienne à l’adresse de Souches. S’agit–il d’une promotion éventuelle, de récompenses matérielles ou tout
simplement de l’envoie des renforts ? Il ne nous en restent que des spéculations.
500
Bataille de Mergentheim, en Souabe, le 15 mai 1645, où les Bavarois battirent l’armée française. Geoffrey
Parker, op. cit., p. 266.
501
AM Brno, V 3, Sbírka rukopisů Mitrovského knihovny, côte A 1.12, lettre du 9 juin 1645.

180
vite avec la ville de Brno. Mais faute d’ effectifs, je suis obligé ainsi de perdre
autant de temps. »502
Trois jours après ce désastre, les assiégés préparèrent aux Suédois une autre
surprise. L’attaque du 17 juin fut ciblée contre les couloirs de rapprochement de
l’ennemi et de Souches utilisa même des civils pour la réussir, notamment les
étudiants du collège jésuite. Les poutres et des constructions en bois soutenant les
plafonds des couloirs furent incendiés et lors de leur effondrement, ils ensevelirent
de nombreux sapeurs suédois. Les travaux de réparation nécessitèrent quatre
longues semaines et les Suédois durent affronter une nouvelle difficulté – le
manque de bois. La région de la Moravie du Sud n’étant pas riche en forêts, les
poutres pour reconstruire les charpentes des couloirs auraient pu normalement être
récupérées dans les vieilles maisons des alentours. Or, tous les bâtiments autour de
la ville avaient été rasés, ce qui obligeait les Suédois à s’éloigner pour récupérer le
précieux matériel ailleurs.
Les attaques et les contre-attaques se succédèrent selon une logique
mécanique infaillible. Après presque deux mois depuis le début de son siège, Brno
vit enfin, le 26 juin 1645, arriver les renforts tellement attendus. Il s’agissait de
l’unité de quatre cents cavaliers envoyés sous l’ordre de l’archiduc Léopold-
Guillaume par le maréchal Colloredo.503 L’action fut bien évidemment préparée
dans le secret absolu nécessitant de rompre pour un certain laps de temps tout le
contact avec la ville, ce que Léopold-Guillaume tenta d’expliquer à de Souches en
s’excusant de ne pas avoir répondu aux lettres de ce dernier par crainte que celles-
ci soient interceptées par l’ennemi.504 La réussite reposait sur les préparatifs
minutieux, organisés par le comte Gallas qui, malgré le danger de laisser dévoiler
les desseins de l’Empereur, envoya tout de même un messager à Brno avec la
nouvelle tant attendue.505 Parallèlement, il nota, le 13 juin, que les soldats choisis

502
Cité, sans donner de sources, par Olga Erhartová, Když Brno dobývali Švédové, Brno, 1995, p. 26.
503
Documenta bohemica bellum tricennale illustrantia, tome VII, document no 612.
504
AM Brno, V 3, Sbírka rukopisů Mitrovského knihovny, côte A 1.18.2, lettre du 26 juin 1645.
505
Ibidem, lettre du 13 juin 1645.

181
pour renforcer la défense de Brno, auraient pour mission également de livrer une
grande quantité de poudre, qui sera acheminée en plusieurs sacs de cuir. Les
hommes, réunis à Pardubice, une ville en Bohême de l’Est, étaient censés de
prendre toutes les précautions possibles, à savoir même de marcher uniquement le
nuit et de se cacher dans la journée.506 Seules ces conditions pourraient garantir le
succès de l’entreprise.
Une fois arrivés devant Brno, les soldats sous le commandement du
lieutenant-colonel, comte de Vrbna, se jetèrent en galopant, des sabres nus dans les
mains, sur les Suédois et ils réussirent à franchir la défense suédoise et à pénétrer
en ville, en tuant quelques soldats de l’adversaire.507 Les Suédois furent si surpris
par un tel événement et par la vitesse avec laquelle tout s’était produit qu’ils
commencèrent, en croyant qu’il s’agissait d’une armée entière qui venait d’arriver,
à envoyer des valises avec des objets de valeur à Olomouc. Deux jours après
l’événement, de Souches tint d’en informer et en remercier son architecte, le comte
Gallas. Il résuma qu’avec les soldats, il obtint trente quatre sacs de poudre, pesant
chacun vingt-cinq livres, ce qui représentait une quantité bienvenue et augmenta
surtout le moral dans la ville.508 Suivant les ordres de Gallas, le comte de Vrbna
resta en ville afin de renforcer les rangs de ses défenseurs. Il n’oublia pas à son
tour d’informer son supérieur sur la réussite de son action et ajouta qu’il tiendrait
bon avec le plus grand zèle.509
Les journées suivantes, jusqu’au 17 juillet, furent relativement calmes, mis à
part quelques tirs suédois contre Špilberk et des ripostes des assiégés.510 Le calme
cependant était apparent. En effet, dès le 1er juillet, les Suédois visèrent de nouveau
et de manière acharnée les fortifications de Špilberk et notamment la fameuse

506
Ibidem, note du 13 juin 1645.
507
Václav Hanák, «Smrt plukovníka Kallenberga», Forum Brunense 1995-1996, Sborník prací Muzea města Brna,
Brno, 1996, p. 159-166.
508
AM Brno, V 3, Sbírka rukopisů Mitrovského knihovny, côte A 1.18.2, lettre du 28 juin 1645.
509
Documenta bohemica bellum tricennale illustrantia, tome VII, document no 613, lettre de Vrbna à Gallas du 28
juin 1645.
510
Vladimír Ustohal – Karel Stránský, «Švédské bronzové střely na Špilberk», Forum Brunense 1995-1996, Sborník
prací Muzea města Brna, Brno, 1996, p. 153-158.

182
« strada cooperta » reliant la citadelle et la ville. Ils creusaient les galeries pour y
placer les mines et mobilisèrent toutes les forces disponibles pour y parvenir. A en
croire les prisonniers suédois, même les quelques hommes de Georges Rakoczi
déjà présents sur place y participaient et l’ennemi amena les spécialistes
redoutables pour ce genre d’opérations – les mineurs hongrois.511
Le lundi 17 juillet, le général Mortaigne envoya un tambour avec un
message pour le commandant de la ville lui demandant un rendez-vous. De
Souches désigna son remplaçant, le comte de Vrbna qui se retrouva en tête à tête
avec le général français. Ce dernier tenta de persuader les défenseurs de cesser le
feu et de se rendre. Il flatta d’abord les assiégés pour leur acharnement, puis, en
voyant la fermeté de Vrbna, il dit en guise de menace que dans quelques jours, les
Suédois recevraient des renforts sous forme d’unités de Rákóczi.512 Le comte de
Vrbna resta cependant inflexible. Les faits des jours qui allaient suivre
confirmèrent les mots de Mortaigne.
Deux jours après cette rencontre, le 19 juillet, l’armée du fils de Georges
Rákóczi, Sigmund, arriva devant les portes de Brno. Ses troupes comptaient dix
mille hommes de cavalerie et d’infanterie et un impressionnant dispositif
d’artillerie, composé de douze canons lourds et de quelques canons de gros calibre
pour détruire les remparts. Le soir du même jour, ils tentèrent ensemble avec les
Suédois, de prendre, en vain, le bastion de Špilberk. Pour en savoir plus sur les
ordres, le nombre, le dispositif technique ainsi que sur le corps du commandement
de la nouvelle armée, de Souches ordonna à Vrbna de tenter de capturer quelqu’un
du camp ennemi pour le faire parler. Cette mission réussie, les défenseurs surent
dorénavant à qui ils devaient faire face.
Dans les jours suivants, Rákóczi fit travailler son artillerie. Les incendies
éclatèrent sur plusieurs endroits, la mairie et le couvent des jésuites furent en partie
démolis, de nombreuses cheminées et toits furent abîmés. Le 23 juillet, de Souches
511
AM Brno, V 3, Sbírka rukopisů Mitrovského knihovny, côte A 1.18.2, lettres du 1er, 4, 6, 8, 11, 14 juillet 1645.
512
Pour le contexte voir Laszlo Makkai, Histoire de la Transylvanie, Paris, 1947 ; Béla Köpeczi (sous la dir.),
Histoire de la Transylvanie, Honoré Champion, Paris, 1992.

183
informa Léopold-Guillaume que l’ennemi réussit à mettre une mine à proximité de
la « strada cooperta » et à la faire exploser en provoquant des dégâts
considérables.513 Le commandant de la ville absorbé déjà par de maints problèmes
liés aux actions militaires, un autre vint s’y joindre. Désormais, il fallait assurer
une quantité suffisante de bois de construction et des planches afin de rendre
praticable cette communication vitale.514 Il relata également que les Suédois
amenèrent depuis la ville d’Olomouc un canon spécial du gros calibre appelé
poétiquement « le Chat » (« Katze ») pour tenter définitivement de percer une
brèche dans les fortifications de la ville.
Une histoire quelque peu amusante se produisit le 26 juillet au cours des
rudes combats. Les défenseurs prirent deux femmes suédoises qui cueillaient de
l’herbe à proximité des remparts de la ville. Après avoir été interrogées sur ce
qu’elles savaient, l’une des deux se décida à rester en ville alors que l’autre fut
renvoyée vers les siens. A son départ, elle reçut une miche de pain blanc pour que
le général Mortaigne puisse voir dans quelle abondance les défenseurs vivaient et
qu’ils avaient de quoi manger.
Après le bombardement intensif, Mortaigne envoya de nouveau, le 28 juillet,
des propositions de capitulation mais toujours avec le même résultat. Pour montrer
sa persévérance, de Souches organisa même, le 30 juillet, une nouvelle contre-
attaque, cette fois-ci contre les fosses suédoises situées devant une des portes de la
ville en utilisant des tonneaux remplis de résine brûlante. Cette action aurait pu être
fatale pour le commandant de Brno qui y participa personnellement. Une balle
traversa le col de son manteau et brûla son chapeau et ses cheveux. Son valet qui
l’accompagnait fut tué sur place.
Au début du mois d’août, les Suédois changèrent de tactique. Ils n’avaient
toujours pas pris la forteresse de Špilberk qui était la clef pour la prise de Brno. Le

513
AM Brno, V 3, Sbírka rukopisů Mitrovského knihovny, côte A 1.18.2, lettre du 23 juillet 1645.
514
Il tenta, trois jours après la destruction, de trouver par tous les moyens la quantité de bois suffisante afin de
parvenir de réparer les dégâts. Il allerta les autorités du pays ainsi que celles de Vienne en espérant l’aide. Ibidem,
lettre du 26 juillet 1645.

184
bastion qui protégeait la forteresse, même à moitié détruit, servait toujours bien
aux défenseurs. Mortaigne décida alors de construire une tour capable d’abriter des
canons qui devait permettre de tirer avec plus de précision sur ce dernier. Les
défenseurs comprirent vite le danger potentiel de la tour et en une heure de tir
précis, elle n’existait plus. Au même moment, craignant l’arrivée de nouveaux
renforts des Impériaux, les Suédois commencèrent à consolider et à compléter le
système de défense de leurs positions.
Sans perdre un seul homme, une unité de deux cent cinquante dragons
envoyée par le général Gallas pour renforcer la garnison de Souches réussit, le 6
août, à entrer en ville. Ils apportèrent avec eux trois cent cinquante livres de soufre
pour fabriquer de la poudre. Une livraison précieuse car depuis trois semaines, les
défenseurs ne pouvaient plus se servir de leurs canons et n’utilisaient que des
grenades à la main, des guisarmes et des hallebardes pour se battre avec les soldats
suédois.515 Seulement à la forteresse de Špilberk, l’artillerie donnait encore des
signes de vie. Brno était aussi privée de la viande et de Souches se retrouva face à
une décision impopulaire. Il fallut ordonner d’abattre des chevaux. Or, la viande de
cheval était considérée comme étant impure et les bouchers municipaux refusaient
de faire ce genre de travail, tout en suivant les réglementations de leur corporation.
Pour assurer l’abattage, il fallut faire appel aux bouchers militaires du régiment de
colonel Walisch. Une fois leur tâche finie, ces derniers reçurent des certificats
délivrés par la municipalité pour ne pas nuire à leur honneur professionnel.
Les interventions diplomatiques du légat de l’Empereur Ferdinand III auprès
des Ottomans, le comte de Černín, eurent pour conséquence l’ordre d’arrêter les
hostilités envers l’Empereur et une promesse de la révocation de l’armée de
Georges Rákóczi de la Moravie. Pour profiter pour la dernière fois de la présence
des renforts que représentaient les unités du fils de ce dernier, Sigmund, aux côtés
de son armée, Torstensson ordonna le commencement des préparatifs pour une
515
A comparer à une relation que de Souches envoya à Ferdinand III dans laquelle il loua l’héroïsme des défenseurs
– des membres de la municipalité ainsi que des autres habitants. Documenta bohemica bellum tricennale illustrantia,
tome VII, document no 637, lettre du 4 août 1645.

185
attaque générale. Il encercla la ville par une ceinture de canons et les sapeurs
suédois s’approchèrent de tous les côtés vers la fosse de la ville. De Souches, lui
aussi, se préparait à une attaque décisive. Les rues des quartiers qui risquaient
d’être envahis les premiers, furent parsemées de barricades et de palissades, les
fenêtres de l’église St. Pierre furent dotées d’un échafaudage pour que les tireurs
puissent mieux viser les attaquants et certains postes d’artillerie furent renforcés
par la construction des redoutes en poutres massives.
La date de l’attaque fut fixée au 15 août 1645. Certains historiens
soutiennent la thèse que la date fut choisie exprès parce qu’il s’agissait du jour de
l’Assomption de la Vierge Marie qui était considérée, grâce à l’influence jésuite,
comme la patronne de le ville et que les Suédois, bien conscients de ce respect,
voulaient contester les pouvoirs protecteurs de la sainte, en livrant une bataille
victorieuse.516 C’est une version bien tentante mais peu probable. Torstensson était
pressé par le temps, ses hommes étaient épuisés et l’approvisionnement de son
armée se faisait attendre. Son allié, le général Sigmund Rákóczi, risquait à tout
moment d’interrompre les actions militaires de ses troupes. Pour ne pas perdre la
confiance de ses soldats, le général suédois devait réagir le plus vite possible. Si la
date de l’attaque avait été choisie exprès à cause de la fête religieuse, cela n’aurait
pas pu arranger les Suédois, au contraire. Il n’est pas difficile de s’imaginer qu’une
attaque le jour même de la fête de la protectrice de la ville pourrait souder encore
plus les défenseurs dans leur résistance ardente. Cela aurait été mal jouer. Dans
cette optique-là, l’offensive du 15 août était plutôt imposée à Torstensson par les
circonstances défavorables qui le pressaient de réagir.
Pour les hommes de Souches, le choix de la date les favorisait, si ce n’est
que moralement. Se battre au moment de la fête de la Vierge Marie qui était
considérée comme tenant sa main sur la ville et veillant sur le bonheur de ses
habitants, donnait à leur défense une dimension spirituelle. Ils se battaient pour
défendre leur foi. Ces sentiments furent identifiés et approfondis avant et surtout
516
Christian d’Elvert, Die Schweden vor Brünn, p. 62.

186
pendant les combats par le recteur du collège jésuite de Brno, l’abbé Martin Středa
(Stredonius).517 Il renforçait les gens moralement et sa personnalité charismatique
laissa des empreintes dans les souvenirs de beaucoup de défenseurs. Jean Ratuit de
Souches devint l’ami de Středa et gardait même son portrait sur l’autel principal
dans sa chapelle au château de Jevišovice. Presque trente ans après les événements
de Brno, en 1671, dans une lettre adressée au nouveau recteur du collège, Martin
Zeidler, de Souches montra encore un grand respect pour Stredonius: « Quand j’ai
été, en 1645, appelé pour défendre Brno contre les Suédois, j’ai eu l’occasion de
faire connaissance avec un homme respectable, Martin Středa […] Il paraît, que le
courage pendant la défense était nourri par les prières sincères et jeûnes
incessants de l’abbé Středa par lesquels il attirait la force des cieux pour assurer
la sécurité des assiégés […] Chaque fois quand j’eus, pendant ce combat, un
petit moment pour me libérer des devoirs pesants, j’en profitais pour rendre visite
à l’abbé Středa et pour lui parler ; toujours, je partais réconforté et serein […].
»518
Les opérations du 15 août 1645 commencèrent déjà à cinq heures du matin
par un bombardement suédois intense qui ne cessa qu’à midi. A cause des fortes
pluies, les canons se turent deux fois pour des courts moments de silence pesant.

517
La personnalité de Martin Středa (Stredonius) attira de nombreux historiens et la littérature à son sujet est plus
qu’abondante. A titre d’exemple, nous choisissons ici quelques titres où l’intéressé éventuel pourrait trouver de
multiples références bibliographiques. Jan Tenora, Život sluhy Božího P. Martina Středy z Tovaryšstva Ježíšova,
Brno, 1898 ; Joseph Loserth, «Prophezeiungen des Jesuitenpaters Martin Stredonius aus Brünn über Ereignisse in
der Regierungszeit Kaiser Leopolds I», ZDVGMS, 19, 1915, Heft 1, p. 113-114 ; Karel Otýpka, P. Martin Středa.
Jeden z obhájců Brna roku 1645, Brno, 1945 ; Milan Kopecký, «Umění života a smrti P. Martina Středy», Proglas,
8/1993, p. 30-35 ; Josef Koláček, Martin Středa, Český Těšín, 1992; Anna Fechtnerová, Rectores collegiorum
societatis Iesu in Bohemia, Moravia ac Silesia usque ad annum MDCCLXXIII iacentum, Rektoři kolejí Tovaryšstva
Ježíšova v Čechách, na Moravě a ve Slezsku do roku 1773 (=Národní knihovna, Miscellanea monographia 4), tome
II, Prague, 1993, p. 351-353. Beaucoup d’informations utiles se trouvent également dans un ouvrage collectif de Jan
Skutil (réd.), Morava a Brno na sklonku třicetileté války, Prague-Brno, 1995, notamment les textes de Milan
Kopecký, «Život a dílo Martina Středy», Ibidem, p. 139-152; Josef Hejnic, «Stredonius poeta», Ibidem, p. 153-158;
Anna Fechtnerová, «Přehled boigrafických a bibliografických dat o životě a činnosti Martina Středy», Ibidem, p.
159-162; Jan Royt, «Příspěvek k ikonografii Martina Středy», Ibidem, p. 178-181; Martin Svatoš, «Jezuitská elogia
jako historický pramen a elogia P. Martina Středy», Ibidem, p. 207-220; Josef Koláček, «200 let jezuitů v Brně»,
Ibidem, p. 252-277; Anna Fechtnerová, «Rektoři jezuitské koleje v Brně», Ibidem, p. 278-282. Les informations de
l’ordre général se trouvent aussi dans Ivana Čornejová, Tovaryšstvo Ježíšovo. Jezuité v Čechách, Prague, 1995;
Ottův slovník naučný, tome 24, Prague, 1906, article « Středovský ».
518
L’intégralité de la lettre, rédigée en latin, fut citée par Josef Koláček, op. cit., p. 139-140.

187
La ville fut touchée par huit cents projectiles.519 Les dégâts furent considérables
surtout au sud-ouest où les tirs ouvrirent une grande trouée dans les remparts, les
boules tombèrent dans l’église St. Pierre, quelques maisons des chanoines
s’effondrèrent et le couvent des jésuites perdit une tour. Vers trois heures de
l’après-midi, Torstensson envoya, toujours sous une forte canonnade, un tambour
pour proposer aux défenseurs une reddition. Celui-ci fut chassé de la proximité des
remparts par des coups de mousquets.
Le général suédois n’hésita pas un instant et ordonna alors une attaque
générale sur toute la ville, à six endroits simultanément. Les combats les plus rudes
furent livrés pour accéder dans le quartier autour de l’église de St. Pierre. L’attaque
y fut menée en trois vagues. Jean Louis Ratuit de Souches en personne et son
subalterne Vrbna dirigèrent la défense à la tête d’environ deux cent soixante
hommes. L’abbé Martin Středa coordonna les opérations à proximité du collège
jésuite. La situation fut critique aussi au nord, dans le quartier de l’église de St.
Thomas. Ici, les apprentis des différentes corporations vinrent en secours aux
soldats de Souches sous commandement du lieutenant Sevison, contre lesquels
Torstensson envoya un régiment de son général Mortaigne soutenu par un régiment
d’élite, nommé « Altblau ».520 Malgré le feu intense, les Suédois réussirent à
franchir la fosse et arrivèrent au pied des remparts, placèrent les échelles et
commencèrent à monter le mur de fortification. Au dernier moment, les défenseurs
furent soutenus par une cinquantaine de dragons qui arrivèrent à leur secours. Les
actions contre la forteresse de Špilberk et contre la « strada cooperta » ratèrent
également leurs buts. Grâce à une défense héroïque, le destin de la ville de Brno fut
sauvé.
Il faut dire que tous les défenseurs savaient que dans le cas inverse, les
Suédois n’auraient rien épargné, ni personne, réalité encore plus évidente pour de
Souches lui-même. Colonel au service de Gustave Adolphe, puis de la reine
519
D’après le rapport de Souches, il s’agit même de mille projectiles. AM Brno, V 3, Sbírka rukopisů Mitrovského
knihovny, côte A 1.18.2, lettre du 16 août 1645.
520
Bertold Bretholz (éd.), Der Vertheidigungskampf der Stadt Brünn, p. 73.

188
Christine et poursuivit par la cour martiale suédoise, il menait à Brno un combat de
sa survie dans tous les sens du mot. D’ailleurs, un détail non négligeable mais
jusqu’alors resté ignoré par les historiens devrait attirer notre attention. Parmi les
généraux et commandants envoyés par la Couronne de Suède devant Brno, nous
trouvâmes les généraux Stalhandske et Wrangel.521 De quoi inquiéter davantage le
commandant de la ville !
Et si nous comprenons bien les mobiles du comportement héroïque de
Souches, il n’est pas plus difficile de saisir ceux des autres défenseurs. En cas de
chute de Brno, le sac qui aurait suivi eût été sans doute digne de celui de
Magdebourg de 1631. Le sort de Prague, assiégée et en partie pillée par les Suédois
en 1648, confirme suffisamment nos propos.522
Le lendemain, le 16 août, Torstensson demanda une trêve pour pouvoir
récupérer les morts et les blessés.523 Sur l’ordre de Souches, tous les commandants
suédois morts au cours des combats près de l’église St. Thomas, furent lavés,
enveloppés dans des linceuls blancs et mis dans des cercueils noirs avec une croix
blanche. Le 18 août, les troupes de Sigmund Rákóczi quittèrent définitivement
leurs campements524 et quelques jours plus tard, le père de ce dernier, Georges,
signa la paix avec l’empereur. Ferdinand III, tout en remerciant de Souches pour sa
« fidélité et constance », l’en informa personnellement, le 25 août 1645.525 A la
demande de Mortaigne, un banquet pour les officiers lors duquel furent échangés
les prisonniers fut organisé le 20 août.

521
Bertold Bretholz (éd.),Urkunden, Briefe und Actenstücke…, p. 90, document no LXXXII.
522
Sur le siège de Prague voir plus loin.
523
Dans une lettre envoyée le 18 août 1645 à Léopold Guillaume, de Souches exprime son soulagement de voir les
combats se terminer et se confie que le 16 est son numéro préféré. AM Brno, V 3, Sbírka rukopisů Mitrovského
knihovny, côte A 1.18.2, lettre du 18 août 1645.
524
Suite à la défaite et fâce au départ des soldats de Rakoczi, un officier suédois exprima, dans une lettre à son frère,
son désarroi par rapport à la situation. Voir Clemens Janetschek, «Ein Brief aus dem schwedischen Feldlager vor
Brünn (1645)», NB, 39, no 2, 1893, p. 16-17.
525
AM Brno, V 3, Sbírka rukopisů Mitrovského knihovny, côte A 1.18.2, lettre du 25 août 1645.

189
Les Suédois levèrent définitivement le siège de Brno le 23 août 1645526 et
quittèrent ses alentours, en n’oubliant pas d’incendier les villages de Zábrdovice,
Maloměřice, Židenice, Juliánov et autres, dans un périmètre de deux à trois lieues.
Après leur départ, le paysage offrait une véritable image d’apocalypse.527
Cependant, il convient de constater que les Impériaux dont les garnisons se
trouvaient éparpillées dans des diverses localités en Moravie afin d’empêcher les
raids suédois dans le pays, ne se comportaient guère mieux. De maintes plaintes de
leur conduite furent consignées par les chroniqueurs locaux.528
Le siège de Brno dura plus de cent jours (du 3 mai au 23 août 1645). Malgré
l’effort acharné des Suédois pour prendre la ville, les pertes du côté des défenseurs
étaient relativement faibles – deux cent cinquante morts et cent cinquante blessés.
L’ennemi perdit huit mille soldats dont une partie suite à des maladies
épidémiques, surtout à la peste. La réussite fut éclatante et l’exploit de Souches fut
bien évidemment salué de tous les côtés. Même un des plus célèbres généraux de
l’époque et le rival de Jean Louis, le comte Raimondo Montecuccoli, dont nous
parlerons plus tard, trouva les mots de reconnaissance envers le défenseur de Brno

526
Polykarp Koller, op. cit. , p. 102-104, document no IV, résumé du siège de Brno rédigé par de Souches le 23 août
1645. Voir également Wilhelm Schram, «Das Tagebuch der Belagerung der Stadt Brünn durch die Schweden», in :
Ein Buch für jeden Brünner. Quellenmäßige Beiträge zur Geschichte unserer Stadt, II, 1902, p. 19-44.
527
Rien qu’au domaine de Židlochovice, à proximité de Brno, que les Suédois « visitèrent » deux fois, au début et à
la fin du siège, les dégâts furent désastreux. La première « visite » coûta 136 cerfs, 120 vaches, 3727 moutons, sans
compter destruction d’une ferme seigneuriale et de deux moulins. Au total, 47 850 florins de dégâts. Lors de la
deuxième « visite », les Suédois s’emparèrent de 1902 sceaux de froment, 1232 sceaux de blé, 4050 sceaux
d’avoine, 27 chevaux, 50 bœufs, 331 vaches et 987 unités de volaille. Le chapître de Brno chiffrait les dégâts à 21
892 florins, ayant perdu 3 moulins, 133 porcs, 100 chevaux, 183 vaches. Et nous pourrions continuer ainsi.
D’ailleurs, les Suédois-mêmes se vantaient d’avoir détruit 63 châteaux et manoirs, 22 villes et 333 villages.
František Matějek, «Škody způsobené na Moravě řáděním vojáků za třicetileté války», ČMM, 113, 1994, p. 83-94;
Wilhelm Schram, «Specifikation des Schadens, welcher der Stadt Brünn durch die schwedische Belagerung
geschehen», in : Ein Buch für jeden Brünner. Quellenmäßige Beiträge zur Geschichte unserer Stadt, IV, 1904, p.
19-20 ; Jan Tenora, «Seznam škod kapituly brněnské po dvojím obležení Brna od Švédů», Časopis pro dějiny
venkova, 13, 1926, p. 32-42 ; František Šujan, «Jak bylo kolem Brna po Švédech roku 1645», Hlídka, 35, 1930, p.
216-218, 314-317 ; Karel Matoušek, Dějiny požárů Velkého Brna, Brněnského okresu a Velké Olomouce, Brno,
1933; František Slavík, « Která města moravská utrpěla třicítiletou válkou nejvíce a která nejméně », ČMM, 16,
1892, p. 153-156. Pour pouvoir comparer les dégâts dans le contexte plus large, celui du pays, voir František
Melichar, « Osudy Unhoště ve třicetileté válce », SH, 2, 1884, p. 202-210 ; František Matějek, « Osídlení Moravy a
třicetiletá válka. Příspěvek k vývoji rozvrstvení poddaného lidu », SH, 24, 1976, p. 53-101. A comparer à Josef
Polišenský (éd.), Kniha o bolesti a smutku. Výbor z moravských kronik XVII. století, Praha, 1948; František Dostál
(éd.), Valašské Meziříčí v pamětech třicetileté války, Praha, 1962; Zdeňka Tichá (éd.), Kroniky válečných dob,
Praha, 1975, notamment chapitre « Paměti Prostějovské », ici p. 4.
528
A ce sujet voir par exemple Vlasta Fialová (éd.), Kronika holešovská. 1615-1645, Holešov, 1940, notamment p.
85-88.

190
et utilisa l’exemple de la résistance lors du siège de la ville pour illustrer sa vision
de la conduite-modèle lors des événements similaires.529
Après le danger, arrivèrent les récompenses. La municipalité de Brno donna
une grande fête pour célébrer la victoire accompagnée par des messes pour
remercier la Vierge Marie de sa protection contre les envahisseurs. En signe de
gratitude envers leur sauveur, les membres du corps de la ville commandèrent chez
l’orfèvre-joaillier local Georg Stromans, pour une somme importante de 236
florins, une chaîne en or massif et une coupe en or gravée qui furent offerts au
commandant de Souches.530 L’Empereur améliora le blason municipal, libéra les
habitants de toutes les contributions, péages et douanes pour un délai de cinq ans,
supprima le devoir de loger les soldats impériaux pour les membres de la
municipalité et anoblit ces derniers.531 Les étudiants, apprentis et des gens de
service reçurent le droit municipal – ils pourraient dorénavant acheter des terrains
ou des maisons en ville et exercer des métiers. De Souches intervenait
personnellement auprès du comte Gallas afin de demander des faveurs
exceptionnelles de Ferdinand III pour certaines personnes ayant montré la plus
grande ferveur lors des combats.532
Les commandants qui dirigeaient la défense furent aussi généreusement
récompensés. L’archiduc Léopold Guillaume nomma Jean Louis Ratuit de
Souches, le 27 octobre 1645, général major533 et le 2 mai 1646, il obtint le titre de

529
Raimondo Montecuccoli, Tavole Militari, in : Raimondo Luraghi (éd.), op. cit., vol. II, p. 191.
530
Le travail sur la commande dura un an et ne fut terminé qu’en 1646. Dans le livre des comptes municipaux, nous
pouvons lire : « Am 3. Juli 1646 dem Herrn Georg Stromans vor die guldene Ketten und ein ganz vergulden Becher
so dem Herrn General-Wachtmeister de Souches verehrt worden, zalt 236 Fl. » Edité par Wilhelm Schram, «Neue
urkundliche Beiträge zur Geschichte der Stadt Brünn», ZVGMS, 1, 1897, Heft 3, p. 59-101, ici p. 82.
531
Polykarp Koller, op. cit., p. 116-129, document no XII; Jiří Hanáček, « Obléhání města Brna Švédy roku 1645 a
nobilitace s tím spojené », in: Heraldická ročenka, 1986, p. 3-42; Antonín Rybička, « Město Brno a rada tamní roku
1645 » , Lumír, 12, 1862, p. 690-692.
532
Documenta bohemica bellum tricennale illustrantia, tome VII, document no 674, lettre de de Souches à Gallas du
23 septembre 1645.
533
Dans une lettre du 27 octobre 1645, l’archiduc Léopold Guillaume confirma à de Souches la promotion impériale
datant du même jour et le grade de « Feldwachtmeister ». AM Brno, V 3, Sbírka rukopisů Mitrovského knihovny,
côte A 1.18.2, lettre du 27 octobre 1645.

191
comte.534 Une « prime » de trente mille florins lui fut accordée.535 Le commandant
de Špilberk, Georges Ogilvi, fut promu colonel, reçut l’incolat pour les pays
tchèques et fut également élevé au titre de comte.
La défense réussie montra l’importance stratégique de la ville de Brno qui
fut, dans les décennies suivantes, transformée en une véritable forteresse morave
capable de faire face à toutes les attaques. Mais au XIXe siècle, ses remparts
résistants devinrent un obstacle à son développement économique et surtout
urbanistique et furent au fur à mesure détruits.

534
Le diplôme lui accordant le titre ainsi que le droit d’utiliser le prédicat « Wohlgeboren » (bien né) est conservé à
MZA Brno, G 155, RA Ugarte, cart. 30, no 556. Son texte fut publié par Bertold Bretholz (éd.), Der
Vertheidigungskampf der Stadt Brünn, p. 82.
535
D’autres recompenses dont nous parlerons plus tard, arrivèrent après la signature de la paix de Westphalie. Le 29
mars 1649, il reçut de Ferdinand III l’incolat pour les pays tchèques, fut promu feld-maréchal, la ville de Brno lui
céda un palais à Dolní trh (Basse-place) et il devint propriétaire du domaine de Jevišovice en Moravie du Sud.

192
3. Délivrer la Moravie et la Bohême

En 1645, il restait encore trois longues années pour que le conflit, appelé la
guerre de Trente Ans soit définitivement terminé et Jean Louis Ratuit de Souches
eut alors d’autres occasions de multiplier ses exploits militaires. En effet, peu après
la défense héroïque de Brno, Ferdinand III le chargea d’une nouvelle mission. Il
dut, en concertation avec les autres unités impériales, battre les Suédois, d’abord en
Moravie, puis en Bohême et libérer les pays de la Couronne de Bohême. Plus tard,
les traités de Westphalie signés, il fut nommé commissaire impérial chargé de
veiller sur le retrait des soldats suédois du territoire des pays héréditaires. Sans le
savoir encore, sa mission ne s’acheva qu’en 1650.536
Fraîchement promu général, de Souches se vit, déjà dès septembre 1645,
confier la supervision des travaux visant à réparer les dégâts causés par les Suédois
à Špilberk lors du siège de Brno.537 Le 9 décembre 1645, l’archiduc Léopold-
Guillaume informa le conseiller au Tribunal royal de Moravie, le comte Jean
Rottal, qu’il avait confié à de Souches le soin de réparer le système de fortification
de la ville.538 La forteresse occupait la position clé dans les plans militaires de
l’état-major impérial. Cependant, les dommages furent considérables et les travaux
n’avançaient que très doucement - ce ne fut que face au danger turc et aux raids des
hordes turco-tartares en Moravie en 1663, que le chantier fut achevé et la garnison
de Špilberk renforcée.539 Parallèlement à cette tâche, Léopold-Guillaume nomma
de Souches, en octobre 1645, commandant de la Moravie.540 Cette nouvelle
fonction absorba entièrement Jean Louis pour les mois, voir années, à venir.

536
Biographie manuscrite du maréchal Louis Raduit de Souches, MZA Brno, G 140, RA Dietrichštejnů, no 343, cote
182, carton 123, folio 3-4.
537
AM Brno, V 3, Sbírka rukopisů Mitrovského knihovny, côte A 1.18.2, lettres du 4, 6, 10, 13 septembre 1645.
538
Ibidem, lettre du 9 décembre 1645.
539
Ce fut le colonel comte Charles Hofkirchen, beau-frère de Jean Louis Ratuit de Souches, qui devint, en 1663, le
nouveau commandant de la forteresse. František Čermák, Špilberk, p. 6.
540
AM Brno, V 3, Sbírka rukopisů Mitrovského knihovny, côte A 1.18.2, lettre de remerciement de Souches à
Léopold Guillaume du 13 octobre 1645.

193
Après la défaite, l’armée principale suédoise quitta, certes, la Moravie, en se
repliant sur le territoire allemand au Nord, mais tout en laissant les garnisons dans
les villes d’Olomouc, Uničov, Fulnek, Sovinec et Jihlava. Les Suédois contrôlaient
également de maintes localités en Autriche541 ainsi qu’en Silésie. La gravité de la
situation, notamment en Moravie, apparaît dans les dépêches des intendants de
divers domaines et châteaux et des municipalités des villes touchées. Ainsi, Josef
Podstatsky, l’intendant du château de Helfenštejn, se plaignit au comte Rottal que
le général suédois Königsmarck occupait la région entière, forçait les sujets à payer
les contributions et pillait les villages. La municipalité de Valašské Meziříčí, à
l’Est du pays, informa Rottal d’avoir subi le comportement brutal des Suédois et
que les habitants préférèrent de se réfugier dans les montagnes plutôt que de rester
en ville.542
Grâce à la correspondance de Jean Louis Ratuit de Souches avec Seyfried
Christoph Breuner, chambellan à la cour de Ferdinand III, conservée aux archives
viennoises543 et aux relations du colonel suédois Samuel Oesterling, envoyées de la
garnison de Jihlava à son général Charles Gustave Wrangel,544 nous pouvons
reconstruire les opérations auxquelles de Souches prit part, en combattant les
Suédois et en assurant leur retrait, dans les années 1646-1650.545
Dès le début décembre 1645, l’archiduc Léopold Guillaume déplaçait ses
troupes depuis la Bohême du Sud vers la ville de Jindřichův Hradec, aux confins
entre la Bohême et la Moravie. Son but fut de concentrer ses soldats afin de
pouvouir attaquer la garnison suédoise installée à Jihlava. Ses hommes passèrent
l’hiver dans la ville-même de Jindřichův Hradec et dans ses alentours et au début

541
Peter Broucek, Der Schwedenfeldzug nach Niederösterreich 1645/46 (=Militärhistorische Schriftenreihe, Heft
7), Wien, 1981 (2e édition).
542
František Matějek, Morava za třicetileté války, p. 331.
543
Österreichisches Staatsarchiv (désormais ÖStA), Haus-, Hof- und Staatsarchiv (désormais HHSA), Schlossarchiv
Grafenegg – Akten, 93-1(lettres des années 1646-1651).
544
Jan Fried (éd), «Válečné relace švédského plukovníka Samuela Oesterlinga, posílané z Jihlavy generálu Gustavu
Wrangelovi (1645-1647)», in: XIII výroční zpráva československého reformovaného gymnasia v Jihlavě 1931-1932,
Jihlava, 1932 (les lettres provenant des Archives royales de Stockholm).
545
De manière générale František Matějek, «Vojenskopolitické akce na Moravě na sklonku třicetileté války», in: Jan
Skutil (réd.), op. cit., p. 14-22, ici p. 21-22; Beda Dudik, Schweden in Böhmen und Mähren 1640-1650, Wien, 1879.

194
de la nouvelle année 1646, ils entamèrent les opérations. Les régiments des
Impériaux assiégèrent plusieurs villes et places tenues par les Suédois et la tactique
se limita pour le moment à leur blocus.
Parallèlement à ces opérations, d’autres troupes des Impériaux se tenaient
prêtes à combattre les Suédois en Bohême de l’Ouest, à Eger (Cheb en tchèque).
En attendant l’ennemi qui approchait la rive opposée de la rivière Ohře, une unité
de reconnaissance réussit à effectuer un exploit de taille. Comme relata Jean
Adolphe de Schwarzenberg à Ottavio Piccolomini, les Impériaux capturèrent le
général suédois Cornelius de Mortaigne lorsqu’il partait pour Leipzig afin de
concerter avec le commandant en chef des Suédois Lennart Torstenson ses futures
actions.546 Quelques jours plus tard, le général de La Crona informa Piccolomini
que les unités de l’Empereur se trouvaient près de la ville de Klatovy, non loin de
Pilsen et confirma l’information de Schwarzenberg. Ils capturèrent en effet, le
général de Mortaigne et trouvères auprès de lui de nombreuses lettres destinées à
Torstenson. Le général fut transporté à Cheb et il y demeurait jusqu’à ce que l’on
déchiffre ces missives.547 Il resta prisonnier jusqu’en février 1647 où, les
négociations de Westphalie entamées, il fut échangé, en même temps que son
confrère général Douglas, contre les généraux des Impériaux, capturés par les
Suédois.548
A partir de la fin mai - début juin 1646, les Impériaux s’activèrent. Le 11
juin, le général de Souches, opérant en Autriche, se mit en route avec quelques
centaines d’hommes, accompagnées de nombreux chariots chargés de munition en
passant devant Staats et Falkenstein pour joindre Korneuburk. En même temps, un
autre régiment des Impériaux, commandé par le comte Conti, commença le siège

546
Documenta bohemica bellum tricennale illustrantia, tome VII, document no 758, lettre de Jean Adolphe de
Schwarzenberg à Ottavio Piccolomini du 27 janvier 1646.
547
« …bis zur Aufklärung dieser Korrespondenz… ». Documenta bohemica bellum tricennale illustrantia, tome VII,
document no 776, lettre du général de La Crona à Ottavio Piccolomini du 11 février 1646.
548
Cette échange eut lieu le 15 février 1647. Documenta bohemica bellum tricennale illustrantia, tome VII,
document no 1006.

195
du château de Lipnice en Bohême de l’Est et, au bout de cinq semaines d’effort, il
réussit à le prendre.
Korneuburk, assiégé depuis mi-juin par de Souches, capitula le 25 juillet
1646. La garnison fut autorisée à quitter la ville et accompagnés sous la haute
surveillance par les Impériaux, les soldats furent obligés à se diriger vers la ville
de Głogow en Silésie. Le 30 juillet, de Souches quitta Korneuburk et marcha en
direction de Mistelbach ce qui inquiéta fort le commandant suédois Oesterling.
« […] Au cas où les impériaux viendraient jusqu’au là, je montrerai, avec ceux
que j’ai autour de moi et avec l’aide de Dieu, mon zèle que seulement mon Dieu et
mes généraux pourraient juger […] ».549
Le 3 août, les hommes de Souches arrivèrent devant Rabensburg et après
avoir tenté en vain une attaque directe contre la ville, ils se disposèrent autour pour
commençer le siège. Parallèlement, les troupes impériales en Moravie
s’approchèrent de Jihlava et se préparèrent à une offensive éventuelle en se dotant
d’entrepôts de vivres et de la munition à peu près partout dans la région. A la fin
du même mois, Rabensburg capitula et tomba entre les mains des Impériaux qui
prirent ensuite le château de Falkenstein et attaquèrent la ville de Staats. Les
déplacements des troupes et leur importante concentration dans le pays eurent pour
conséquence l’épuisement des sources d’approvisionnement. « A cause de la
présence de l’ennemi qui passe quotidiennement pour vider la région de vivres, je
n’obtiendrai très peu pour ma réserve […] » se plaignit le commandant Oesterling
le 26 août 1646.550
La poussée des Impériaux semblait irrésistible. Au début de septembre, de
Souches, soutenu par le général Puchheim, prit Staats et les garnisons de Brtnice,
Třebíč, Havlíčkův Brod, Telč et Počátky continuaient à menacer et à isoler Jihlava.
Désespéré devant une telle évolution, Oesterling s’adressa à Wrangel pour lui faire
part de ses inquiétudes. « […] Le maintien de la garnison devient très difficile,

549
Jan Fried (éd), op. cit., p. 6, lettre no 12.
550
Ibidem, p. 6, lettre no 14.

196
notamment à cause de la pénurie dans la région de Jihlava et fâce à la proximité
de l’ennemi. L’avenir ne peut être assuré qu’avec de grandes difficultés faute de
moyens. A l’approche de l’hiver, il faut craindre pour les soldats qui sont dans un
mauvais état et dont les vétêments risquent d’être insuffisants. Il faut alors
s’inquiéter pour leur santé. Si la peste apparaît, Dieu nous en préserve, ce sera la
fin. […] Je prie Votre Excellence de bien vouloir m’aider et d’envoyer les renforts
et surtout de l’argent et des vivres. […] Le lieutenant Donau bloque tous les jours
les routes devant la ville […] Nous ne détenons ici qu’ Olomouc et Uničov
[…]. »551
A la fin de septembre, Ferdinand III ordonna à de Souches de détacher de ses
régiments de réserve stationnés à Brno et à Uherské Hradiště un certain nombre
d’hommes qui furent ensuite envoyés en Bohême de l’Est, à Pardubice, pour y
relever ceux du général de La Crona. Ces derniers se retrouvèrent, quant à eux,
envoyés en Moravie du Sud où ils devraient attendre l’arrivée des troupes de
Montecuccoli.552
La position déjà précaire de Jihlava fut aggravée avec l’arrivée, le 12 octobre
1646, du général Montecuccoli avec douze régiments de cavalerie et deux de
dragons qui, pendant dix jours confisquèrent tout ce qui restait encore de vivres
dans la région avant de repartir pour la Silésie. Par conséquent, « […] les infections
n’ont pas encore quitté la ville définitivement et de nombreux soldats,
malheureusement, en périrent. Cela changera, avec l’aide de Dieu, à l’arrivée du
gel […] ».553
Le 28 janvier 1647, de Souches avec la cavalerie du commandant Schneider
et fort d’unités de Havlíčkův Brod et de Polná, accompagné même de 200 paysans
avec quelques vaches, s’installa à proximité de Jihlava, à la portée d’un canon.
Après avoir inspecté le terrain, il ordonna de couper la conduite de l’eau qui

551
Ibidem, p. 7, lettre no 16.
552
Documenta bohemica bellum tricennale illustrantia, tome VII, document no 890, lettre de Ferdinand III à
Rodolphe Colloredo du 21 septembre 1646.
553
Jan Fried (éd), op. cit., p. 8, lettre no 18.

197
alimentait la ville. Quelques jours après, il repartit auprès de ses régiments à la
frontière autrichienne en laissant le commandant Schneider poursuivre le blocus.
Or Jihlava disposait de nombreux puits et « [...] la garnison ne suffrira pas pour
autant [...]».554
Dès avril 1647, de Souches fut de nouveau devant les portes de Jihlava pour
diriger personnellement les opérations555 tout en s’occupant des mouvements de
ses hommes en Autriche. L’étau autour de la ville commença à se serrer à partir de
mai 1647. Le 20 mai, deux cents fantassins et quatre cents cavaliers de comte
Manini arrivèrent devant les remparts, suivis par les soldats de Puchheim mais
n’entreprirent pas tout de suite une attaque décisive. Selon quelques prisoniers que
les assiégés réussirent à capturer, les Impériaux «[...] attendaient l’armée
principale avec l’artillerie [...]».556 Les régiments de Souches, commandés depuis
Jihlava et demeurant jusqu’au là en Autriche, reçurent l’ordre de marcher vers
Znojmo qu‘ils parvinrent à atteindre à la fin de mai. Au milieu d’août, ils opéraient
déjà à l’intérieur du pays en manaçant les villes de Moravské Hranice et Fulnek.
A partir de 22 août, la plupart de forces impériales présentes en Moravie
s’efforcèrent de prendre Jihlava. Le 28, les généraux Puchheim et de Souches
furent prêts à commençer le siège. Ils se disposèrent autour de la ville, coupèrent
toutes les voies d’accès et installèrent les postes de tirs de canons. Lors des contre-
attaques, les Suédois réussirent à tuer un certain nombre de soldats ennemis et à
faire quelques précieux prisonniers qui dévoilèrent les plans des Impériaux. Ces
derniers furent résolus d’en terminer avec la ville de Jihlava et étaient en attente
des renforts venant de toutes les garnisons de la Moravie et de l’Autriche. Ils
attendirent également les pièces d’artillerie en provenance de Vienne et de Brno.
Mais leur arrivée se faisait toujours attendre et de Souches fut alors obligé
d’intervenir en personne à Brno afin d’accélérer leur envoi. Il mobilisait partout les

554
Ibidem, p. 8, lettre no 20.
555
ÖStA, HHSA, Schlossarchiv Grafenegg – Akten, 93-1, lettres no 34, Jihlava, 16 avril 1647 ; no 35, Jihlava, 13
avril 1647 ; no 37, Jihlava, 18 avril 1647.
556
Jan Fried (éd), op. cit., p. 10, lettre no 28.

198
effectifs restants et engagea même un nombre de mineurs pour entamer le
creusement des galeries de rapprochement.557
Enfin, le 2 octobre, de Souches réapparut devant la ville avec un précieux
renfort de 200 mousquetaires et plusieurs canons dont la totalité s’éleva alors à 16.
Les Impériaux, forts de 2000 fantassins et de trois régiments de cavalerie,
entreprirent en plein les préparatifs d’une attaque générale. Pour Jean Louis, la
situation fut familière, car les travaux et tactique furent identiques comme lors du
siège de Brno, il y eut deux ans. Cependant, un sentiment de satisfaction
personnelle pouvait peut-être l’animer, car, une fois encore, il se trouva devant
l’occasion de montrer son génie militaire face à ses anciens compagnons d’armes.
Mais les événements prirent un tournant plus rapide. Le commandant
Samuel Oesterling fut mortellement blessé par un tir d’un mousquet, le 1er
décembre 1647. Avec lui, les défenseurs perdirent l’âme qui attisait la résistance.
Exténués, sans perspectives réelles de mener le combat jusqu’à la victoire, les
Suédois capitulèrent le 7 décembre 1647. Les survivants – une centaine de
cavaliers et deux cents fantassins – quittèrent la ville et sous une escorte impériale,
ils furent accompagnés en dehors du pays, en Silésie.
Le siège se termina par un succès incontestable, mais le temps ne fut pas
pour fêter.558 L’ennemi était toujours présent en Moravie et de Souches fut obligé,
après la prise de Jihlava, de le poursuivre ailleurs. Ainsi, il s’installa à Brno d’où il
dirigeait la suite des opérations.559 Du février en août 1648, à en croire ses lettres
adressées au comte Breuner, il ne sortit quasiment pas du pays, en supervisant en
tant que commandant de la Moravie, une multitude de sujets. Jean Rottal,

557
Ibidem, p. 13, lettre no 40.
558
Sur les opérations militaires des derniers temps de la guerre voir Ernst Höfer, Das Ende des Dreissigjährigen
Krieges, Cologne-Weimar-Vienne, 1998; Václav Matoušek, Třebel. Obraz krajiny s bitvou, Praha, 2006 (sur la
campagne de 1647 en Bohême de l’Ouest).
559
Ce fut en ce moment que de Souches commanda la fabrication d’un grand nombre de boulets de canon afin
d’assurer l’approvisionnement par munition des troupes dont il avait la responsabilité en tant que commandant de la
Moravie. Ces lettres à Nicolas Fleischinger von Auerspach, l’intendant du domaine de Pernštejn en Bohême de
l’Est, domaine appartenant à la famille Liechtenstein, où se trouvaient des nombreuses forges, sont entreposées à
MZA Brno, G 263, RA Podstatských-Lichtenštejnů, no 89 (anciennement no 48), carton 6. A ce sujet voir également
Libor Jan, Obléhání hradu Pernštejna v roce 1645, Brno, 1995, notamment p. 22.

199
gouverneur de la Moravie, constata que grâce à de Souches, tout était prêt pour les
combats.560 Il s’informait sur les mouvements de l’ennemi en Silésie,561 s’occupait
de trouver de l’argent pour le recrutement de nouveaux régiments562 ou encore
gérait à distance un de ses régiments composé de soldats Croates.563 Il suivait
également de près l’avancement de travaux sur les fortifications de Korneuburk.564
« [...] il serait bon de donner quelques gens dans Corneuburg et bien d’autres dans
la guarnison de Crembs [...]» confia-t-il en français dans une petite remarque
ajoutée sur le bord d’une de ses lettres.565
Pendant ce temps, en Bohême, les Suédois sous commandement du général
Jean Christophe Königsmarck assiégeaient, depuis 25 juillet 1648, la capitale du
pays, Prague.566 Au commencement du siège qui dura jusqu’au début du mois de
novembre, les défenseurs tenaient bon face à l’ennemi déterminé. Mais en octobre,
la situation devint critique et l’état-major impérial cherchait à tout prix à éviter le
pire. Une des éventualités qui se proposaient alors fut de faire appel au service du
commandant de la Moravie, Jean Louis Ratuit de Souches. Cela impliquerait que
de Souches quitterait son poste et qu’il faudrait trouver un remplaçant, le pari
n’étant pas gagné d’avance. « Monsieur le comte de Selish [?] me mende par sa
dernière que je me fuyarde pour Prague » écrivit-il au comte Breuner de Jihlava, le
12 octobre 1648.567 Les autorités, hésitant et conscientes de difficultés que de telles
décisions pourraient provoquer, finirent bien par le rappeler, certes, en Bohême,
mais il fut déjà trop tard. Il dut arriver seulement quelques jours avant la fin du
siège, ou peut-être même à la capitulation suédoise. Une chose est certaine, c’est
qu’il ne prit jamais part aux combats à Prague. En revanche, avec les unités des

560
Documenta bohemica bellum tricennale illustrantia, tome VII, document no 1105.
561
ÖStA, HHSA, Schlossarchiv Grafenegg – Akten, 93-1, lettre no 26, Brno, 13 juillet 1648.
562
Ibidem, lettre no 23, Brno, 26 juillet 1648.
563
Ibidem, lettre no 21, Brno, 23 août 1648.
564
Ibidem, lettre no 25, Brno, 17 juillet 1648.
565
Ibidem, lettre no 20, Brno, 29 août 1648.
566
Au sujet du siège de Prague voir par exemple Václav Líva, Obležení Prahy roku 1648, Rozpravy Kruhu pro
studium československých dějin vojenských při Vědeckém ústavu vojenském, tome VI, Prague, 1936; du même
auteur, Bouře nad Prahou aneb Švédové před Prahou a v Praze roku 1648, Prague, 1948; Zdeněk Hojda, «Boj o
Prahu a závěr třicetileté války v Čechách», DaS 20, no 5, 1998, p. 11-18.
567
ÖStA, HHSA, Schlossarchiv Grafenegg – Akten, 93-1, lettre no 14, Jihlava, 12 octobre 1648.

200
Impériaux venues de la Moravie et de la Silésie, il contrôlait la rive droite de la
Vltava (Moldau en allemand) ce qui empêcha les Suédois de traverser le fleuve et
de s’emparer de la capitale du royaume de Bohême toute entière.568 Après avoir
ensuite assuré des logements d’hiver pour les troupes impériales dans la région de
la ville de Blatná en Bohême du Sud, de Souches exprima à son confident Breuner
le désir de retourner à la maison. « [...] J’espère bientôt estre en Moravie […] » se
confia-t-il.569
Les affaires évoluèrent radicalement également sur la scène internationale.
Après de longues tractations diplomatiques, comme plus rien ne faisait obstacle à
la paix, les 128 clauses des traités qui mettaient officiellement fin à la guerre en
confirmant les accords conclus auparavant furent paraphées à Münster le 24
octobre 1648.570 Il s’agissait désormais d’appliquer les nombreuses dispositions
incluses dans les textes. Parallèlement, de maints problèmes locaux restèrent
toujours, eux aussi, à résoudre. Parmi ces derniers, la question de retrait des
troupes suédoises stationnées en Moravie attendait à être close. Mais les Suédois,
qui occupaient la plus grande partie de l’Allemagne ainsi qu’une partie des pays
héréditaires des Habsbourg et venaient de recevoir un premier acompte sur leurs
cinq millions de thalers d’indemnité qui leur furent attribués par les traités de
Westphalie, paraissaient se soucier assez peu de la démobilisation.571 Ils devaient
pourtant continuer à solder leurs troupes et comme le maintien de leurs garnisons
reposait sur les épaules des territoires contrôlés, le versement se faisait attendre.
Au point qu’à l’automne 1649, les généraux suédois menacèrent de reprendre les
hostilités si l’on ne parvenait pas à se mettre d’accord sur le plan d’évacuation
raisonnable. Les exigences des occupants n’étaient cependant pas des moindres.
Seuls les pays de la Couronne de Bohême devaient par exemple verser 42 000

568
Bohumír Němčík, Švédové před Brnem 1645, Brno, 1995, p. 70.
569
ÖStA, HHSA, Schlossarchiv Grafenegg – Akten, 93-1, lettre no 12, Blatná, 1er décembre 1648.
570
Fritz Dickmann, Der westfälische Frieden, Münster, 1961; Lucien Bély (sous la dir.), L’Europe des traités de
Westphalie, P.U.F., Paris, 2000.
571
Geoffrey Parker, op. cit., p. 280-282.

201
florins mensuels, à savoir 19 000 par le royaume de Bohême, 7 000 par la Moravie
et 16 000 assurés par la Silésie.572
Dans de telles conditions, la préoccupation essentielle des Impériaux, et en
l’occurrence de Jean Louis Ratuit de Souches en Moravie en tant que commandant
du pays, fut de limiter les dégâts éventuels que l’ennemi pourrait encore provoquer
par la présence des ses hommes dans les cinq garnisons qu’il sut maintenir, celles
d’Olomouc, Uničov, Sovinec, Šternberk et Fulnek. La tâche lourde de
responsabilité que de Souches assura avec un grand zèle. Il s’entoura d’hommes de
confiance qui l’informaient régulièrement sur les mouvements ennemis en se
tenant prêt à réagir si la situation l’exigeait et se chargeait de l’approvisionnement
des troupes impériales.573 Grâce à l’effort déployé, il jouissait non seulement de
l’entière confiance de Vienne mais sa réputation atteignit un tel degré qu’elle
suscita une grande curiosité chez les généraux suédois qui songeaient, eux-mêmes,
à pouvoir se mesurer avec lui dans un combat. « [...] Je viens d´avoir nouvelles de
Teplitz [en Bohême de l’Ouest] que major Forgel n´a voullu attendre que moy
mesme le laisse faire sortir de la, on me mende qu´il a pris son chemin vers Tabor
[en Bohême du Sud][...].»574
Le départ définitif des Suédois fut négocié à Nüremberg, seulement en juin
1650. Le 26 juin, la délégation suédoise avec le prince Charles-Gustave et celle de
l’Empereur conduite par Ernst von Traun signèrent le texte qui fixait le calendrier
du retrait des forces étrangères encore présentes dans l’Empire.575 La date pour la
Moravie fut fixée à 6 juillet 1650 mais l’opération ne devint effective que deux
jours plus tard, le 8 juillet à cause du rassemblement préalable de toutes les
garnisons ennemies à Olomouc576 d’où tous les soldats partirent ensemble,

572
František Matějek, «Vojenskopolitické akce na Moravě na sklonku třicetileté války», in: Jan Skutil (réd.),
op. cit., p. 22.
573
ÖStA, HHSA, Schlossarchiv Grafenegg – Akten, 93-1, lettres no 3, Brno, 2 septembre 1650 ; no 4, Jevišovice, 29
juin 1650 ; no 5, Jevišovice, 22 juin 1650 ; no 9, Brno, 15 janvier 1649 ; no 10, Znojmo, 2 janvier 1649.
574
Ibidem, lettre no 11, Znojmo, 15 décembre 1648.
575
Geoffrey Parker, op. cit., p. 282.
576
Sur l’histoire de la ville d’Olomouc après l’occupation suédoise voir Martin Elbel – Milan Togner (réd.), Konec
švédské okupace a poválečná obnova ve 2. polovině 17. století, Olomouc, 2002 (=Historická Olomouc 13).

202
accompagnés par le comte de Rottal et le général Puchheim.577 Le pays se
débarassa ainsi de l’occupant présent dans certaines régions depuis 1642. D’après
une résolution impériale datant du 13 juillet, l’événement dut être célébré le 27
juillet par des messes solennelles de Te Deum laudamus dans toutes les villes
moraves auxquelles tous les habitants furent invités à y participer. Les
commandants militaires furent priés d’assurer également la présence des soldats.
Les préparatifs de la fête furent confiés à Jean Louis Ratuit de Souches.578

577
Voir les quittances attestant les sommes liées au départ des troupes suédoises ZA Opava, Zemský výběrčí úřad
knížectví opavského. Vojenské výdaje země, C-72, carton 23.
578
František Matějek, Morava za třicetileté války, p. 388.

203
II. La campagne en Pologne (1658 – 1660)

Les traités de Münster et d’Osnabrück apportèrent des changements radicaux


dans la disposition des forces en Europe centrale et occidentale. Les Habsbourg
furent affaiblis et ce furent la France et la Suède qui profitèrent de la nouvelle
situation. La guerre de Trente Ans avait permis notamment à cette dernière de
s’imposer comme une puissance militaire de premier plan et comme un arbitre
international en Europe. L’équilibre très fragile de forces fut d’ailleurs vite
déstabilisé par un nouveau conflit à l’Est de l’Europe. En 1654, la Russie profita de
l’occasion et attaqua la Pologne, épuisée par une guerre interminable contre les
Cosaques de Bogdan Chmielnicki.579 Par le traité de Péréjaslav (ville à proximité
de Kiev) de la même année, Chmielnicki et l’armée cosaque acceptèrent l’autorité
du tsar Alexis Ier qui obtint ainsi l’Ukraine, détachée alors de l’Etat polonais. Les
troupes russes, encouragées par ce succès, avancèrent aussi vers Smolensk et
prirent la ville. Or, par cette opération, la Russie ébranlait toute la région, menaçant
non seulement la Pologne mais également les provinces baltes de la Suède.
Charles-Gustave, neveu de Gustave-Adolphe, devenu, après l’abdication de
la reine Christine en 1654, roi, sous le nom de Charles X, se lança, en 1655, dans
une campagne contre la Pologne.580 Il voulut redessiner l’Europe orientale, arrêter
l’avance russe après la prise de Smolensk et désirait s’emparer d’une partie de la
Prusse avec Dantzig. Son avance fut spectaculaire, depuis la Poméranie jusqu’à
Varsovie, puis à Cracovie. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que dans l’histoire de
Pologne, le conflit des années 1655-1660 fut traditionnellement appelé « déluge »

579
Sur la situation en Europe centrale et orientale à la deuxième moitié du XVIIe siècle voir par exemple Libor
Svoboda, «Ruský posel Grigorij Bogdanov a jeho cesta do Vídně na jaře roku 1656», Acta historica et museologica
Universitatis silesianae opaviensis, 7, 2007, p. 135-151, ici notamment p. 136-137 avec une bibliographie
abondante, comportant surtout les œuvres d’historiens russes et polonais. A comparer à Jiří Procházka, « Dějiny tzv.
První severní války », in : Universitas Ostraviensis, Acta Facultatis Philosophicae, Historica, 4, 1996, p. 35-50 ;
Václav Melichar, Dějiny Polska, Praha, 1975 ; Peter Englund, Nepřemožitelný. Historie první severní války, Praha,
2004.
580
Michael Roberts, Sweden as a Great Power 1611-1697, p. 163-169.

204
( potop en polonais).581 Une autre armée suédoise passa de Riga vers le sud, sous le
commandement de La Gardie. Le roi de Pologne Jean-Casimir, la reine Marie-
Louise de Gonzague ainsi qu’une grande partie de la cour polonaise avaient pris la
fuite et se mirent sous la protection impériale. Ils se réfugières à Glogau (Głogów),
ville appartenant à la famille Oppersdorf. Charles X trouva un allié furtif en la
personne de Frédéric-Guillaume, l’Electeur de Brandebourg. En 1657, le prince de
Transylvanie, Georges II Rakoczi, élu en 1655, intervint, lui aussi, en Pologne au
côtés de la Suède.
Devant cette menace, l’empereur Ferdinand III décida d’aider Jean-Casimir
et de favoriser le rapprochement entre la Pologne et le Brandebourg. Lorsque
l’empereur mourut en 1657, son fils Léopold continua cette politique. Pendant ce
temps, le Danemark, inquiet de l’union entre Rakoczi et Charles X, déclara, en mai
1657, la guerre à la Suède.582 Une coalition entre l’empereur, la Pologne et le
Brandebourg se dessinait contre Charles X et en 1658, une armée des coalisés se
mit en marche contre les Suédois. Elle était composée d’Impériaux avec la
cavalerie du général Montecuccoli, de Polonais, de Tatares et de soldats de
l’Electeur de Brandebourg.583
Jean Louis Ratuit de Souches ne resta pas à l’écart de tous ces événements.
Fort de ses expériences suédoises du début de sa carrière militaire, il fut envoyé
581
Robert I. Frost, After the Deluge. Poland-Lithuania and the Second Northern War 1655-1660, Cambridge
University Press, 1993 (présentation générale de la Pologne-Lituanie au milieu du XVIIe siècle, p. 1-25 ; sur le
« Déluge » proprement dit, p. 26-52 et p. XXIV carte de l’invasion ; du même auteur, The Northern Wars. War,
State and Society in Northeastern Europe, 1558-1721, Harlow, Longman, 2000, p. 156-191 (surtout 182-183);
Mariusz Markiewicz, Historia Polski, 1492-1795, Cracovie, 2004, p. 519-538. Voir aussi une étude d’Anton
Neuber, «Der schwedisch-polnische Krieg und die österreichische Politik (1655-1660)», Prager Studien aus dem
Gebiete der Gechischtswissenschaft, XVII, Prague, 1915; Jean Bérenger, Histoire de l’Empire des Habsbourg, 1273
– 1918, Fayard, Paris, 1990, chapitre XXIV; Michel Kerautret, Histoire de la Prusse, Seuil, Paris, 2005, p. 81-86
(sur la guerre du Nord); A. Gieysztor (réd.), Historia Polski, Varsovie, 1971; D. Beauvois, Pologne: histoire,
société, culture, La Martinière, Paris, 2004; S.P. Oakley, War and Peace in the Baltic (1560 – 1772), London, 1992.
582
Sur la réaction du Sénat suédois face à la guerre contre le Danemark voir Michael Roberts, Sweden as a Great
Power 1611-1697, p. 169-172.
583
Lucien Bély, Les relations internationales en Europe, p. 179-187 ; Robert I. Frost, After the Deluge, p. 78-89,
106-112, 118-121 et 155-161 (sur les rapports - méfiants, voire mauvais – de la Pologne avec la monarchie
autrichienne). Voir aussi Alfred Francis Pribram (éd.), «Die Berichte des kaiserlichen Gesandten Franz von Lisola
aus den Jahren 1655-1660», Archiv für österreichische Geschichte, t. LXX, Vienne, 1887; du même auteur (éd.),
Franz Paul Freiherr von Lisola, 1613-1674, und die Politik seiner Zeit, Leipzig, 1894. La Suède, elle, trouva l’appui
dans la politique étrangère de la France. Voir A. Geffroy (éd.), Recueil des instructions données aux ambassadeurs
et ministres de France depuis les traités de Westphalie jusqu’ à la révolution française, t. II, Suède, Paris, 1885,
notamment p. XLIII-L.

205
pour faire face à l’ennemi, sous l’autorité de Raimondo Montecuccoli, le
commandant en chef de l’armée impériale. Malheureusement, nous ne disposons
que de peu de sources permettant de dévoiler ses actions lors de cette campagne
polonaise. « En 1659, le comte de Souches conduisit devant la ville de Thorn
[Toruń] occupée par les Suédois et assiégée par les Polonois, un corps de troupes
auxiliaires de l’empereur » écrivit Louis-Etienne Arcère en 1756.584 Une mention
plus que mince que nous tâcherons, malgré une certaine pénurie d’informations
évoquée, d’approfondir quelque peu au cours des lignes suivantes.
La guerre du Nord, comme le nouveau conflit fut baptisé, ne laissa pas
indifférente la population des pays tchèques. Bien au contraire. L’inquiétude fut
tout aussi grande que les territoires touchés se trouvèrent relativement près des
frontières nord de la Bohême et de la Moravie. Le désir d’en savoir plus sur les
affrontements des années 1655-1656 est par exemple bien palpable derrière les
lettres qu’Adam Pavel Slavata, depuis son château de Jindřichův Hradec,
demandait de recevoir de la part de son neveu Jean Georges Joachim Slavata, parti
pour ses études à Rome. Ce dernier, profitant des informations fraîches destinées à
la cour papale, relatait les opérations suédoises sur le bord de la Baltique ainsi que
sur l’implication des autres puissances dans le conflit.585
Confronté à la progression des Suédois et craignant une invasion des pays
héréditaires par la Silésie, l’empereur Léopold Ier convoqua, le 25 avril 1657, une
réunion de crise. Trois jours plus tard, les plus aguerris des généraux, les comtes
Hatzfeld, Montecuccoli et de Souches reçurent leurs ordres. Une armée, forte de
22 000 hommes fut prête à être envoyée pour faire face à Charles X. L’armée
auxiliaire fut confiée au comte Hatzfeld, l’infanterie se retrouva dirigée par Jean
Louis Ratuit de Souches, la cavalerie fut commandée par Montecuccoli, secondé

584
Louis-Etienne Arcère, op. cit., p. 391.
585
SOA Třeboň, pracoviště Jindřichův Hradec, RA Slavatů, carton 25, lettres du 19 juin, 10 juillet, début septembre,
et du 18 septembre 1655 et du 15 janvier 1656.

206
par le général Johann von Sporck et l’artillerie fut sous les ordres du colonel
Friedrich Weidlinger.586
Après les consultations, en mai, entre le roi de Pologne Jean-Casimir et le
général Hatzfeld sur les modalités du déploiement des troupes impériales, les
soldats furent envoyés à Dankau, où se déplaça entre-temps la cour polonaise.
L’infanterie, composée des régiments provenant de la Silésie, de la Basse-
Autriche, de la Bohême et de la Moravie, comptait environ 13 000 hommes.
Quant-à la cavalerie, elle se divisait en sept régiments, celui de Montecuccoli,
Garnier, Piccolomini, Gonzaga, Götz, Sporck et Heister. Des 22 000 hommes du
départ, seuls 18 000 franchirent en juin la frontière polonaise, le reste assurant les
arrières aux confins du pays.
Cependant, les Suédois, affaiblis par la volte-face de leur allié, l’Electeur de
Brandebourg Frédéric-Guillaume, quittèrent la Pologne pour se replier dans le
Schleswig-Holstein, à proximité des frontières du Danemark, tout en laissant des
fortes garnisons dans les villes stratégiques, à l’instar de Varsovie. L’empereur
profita de la nouvelle situation et ordonna à ses troupes d’assiéger Cracovie qui
capitula le 30 août 1657.587 De Souches prit activement part aux opérations. « […]
Après ce que les Suédois aient envahi le royaume de Pologne, Son Excellence [de
Souches], au côté du général comte Hatzfeld, arriva vite avec une partie de
l’armée impériale devant ladite ville et résidence royale de Cracowie et y mit le
siège. Il commanda également l’artillerie et entreprit un nombre d’attaques avec
beaucoup de rigueur et à l’aide de boulets de fer de sorte que les assiégés sous le
commandement de général suédois Wirtz capitulèrent en espace de quelques
semaines. Son Excellence [de Souches] fut ensuite désigné de préparer et de
parapher les accords sur le retrait de l’ennemi […]. »588 Ensuite, les Impériaux

586
Eckardt Opitz, Österreich und Brandenburg im Schwedisch-Polnischen Krieg 1655-1660. Vorbereitung und
Durchführung der Feldzüge nach Dänemark und Pommern (=Militärgeschichtliche Studien, 10), Boppard am
Rhein, 1969, p. 13.
587
Eckardt Opitz, op. cit., p. 16.
588
Biographie manuscrite du maréchal Louis Raduit de Souches, MZA Brno, G 140, RA Dietrichštejnů, no 343, cote
182, carton 123, folio 4-5.

207
marchèrent sur Tarnowitz avant de se retirer, dès le début novembre, dans leurs
quartiers d’hiver.
La campagne de 1658 s’annonça être plus difficile, le gros des opérations se
déroulant sur un vaste territoire de la Pologne du Nord, du Schleswig-Holstein et
de la péninsule de Jütland.589 Au début de février, de Souches, toujours en tête de
l’infanterie, passa en revue ses hommes avant de les envoyer contre l’ennemi.590
L’état des régiments qui lui furent confiés n’était cependant pas très réjouissant.
Comme le constata le commissaire militaire Christoph Öfferl, des huit régiments,
1 300 hommes furent tués dès le début des opérations, notamment devant
Cracovie, un nombre de soldats étaient malades (environ 1 200), 800 furent portés
disparus et 250 désertèrent.591
La situation fut encore plus catastrophique quant à l’artillerie qui manquait
terriblement de chevaux ainsi que du personnel pour assurer le déplacement et
l’entretien des pièces. Le 17 février, de Souches se plaignit à Montecuccoli de
l’état actuel de ses troupes : « L’artillerie se trouve actuellement dans leurs
quartiers d’hiver, dispersés et très éloignés les uns des autres, comme vous pouvez
le constater, depuis les frontières de la Silésie jusqu’aux six lieues de la ville de
Torun [ …] Les chevaux de l’artillerie qui furent auparavant de bonne constitution
et bien nourris ne sont maintenant que la peau et os, ne pouvant plus tirer les
pièces, et il est impossible, dans le cas du danger, d’en trouver d’autres. Le
personnel du service est en partie mort, en partie malade […]. »592
Face à la réalité, le général Montecuccoli intervint personnellement auprès
des autorités polonaises telles la reine Marie-Louise de Gonzague et notamment
auprès du roi Jean-Casimir. Ce dernier qui jouissait d’un grand prestige dans les

589
Robert I. Frost, After the Deluge, le chapitre 6, p. 106-130 (sur les événements de janvier-juillet 1658).
590
Ibidem, p. 155-161 (sur les missions de de Souches).
591
Eckardt Opitz, op. cit., p. 76.
592
« Die Artillerie liegt im Quartier sehr weit voneinander zerteilt, wie sie vorgeben, von den schlesischen Grenzen
bis auf sechs Meilen vor Thorn. Die Artillerie pferde, so bei gutem Leib und wohl ausgefüttert, stehen ganz bloß,
von der Artillerie unbedecket, daneben von den Stücken so weit abgelegen, daß sie im Fall der Not solche nicht eilig
erlangen können ; die Knechte teils gestorben, teils – und deren nicht wenige – krank. » Kriegsarchiv Wien
(désormais Kr. A. Wien), Alte Feldakten 1658-1660, 129/2/17a. Cité d’après Eckardt Opitz, op. cit., p. 78.

208
yeux des troupes impériales, promit de déployer toutes ses forces afin d’améliorer
le sort des soldats alliés, surtout quant à la question d’approvisionnement en vivres.
Or, ses promesses ne restèrent qu’une simple formule diplomatique, les soldats
étant obligés de passer l’hiver les ceintures serrées.593
Aux difficultés des Impériaux d’ordre matériel s’ajoutait la position hostile
d’une partie de la société nobiliaire polonaise envers la présence de ces soldats sur
le territoire du royaume. Des tensions se faisaient sentir, des incidents
diplomatiques éclatèrent de temps à autre. Tel fut le cas de Souches qui avait non
seulement du mal à accepter le haut-commandement de Montecuccoli.594 Ce
dernier fut depuis novembre 1657 occupé par une mission diplomatique à Berlin
auprès de l’Electeur Frédéric-Guillaume de Brandebourg. En effet, suite à la
signature de la paix séparée entre Berlin et la Pologne, Montecuccoli fur chargé de
négocier la forme d’une future collaboration militaire entre les deux pays. Pendant
son absence, il confia le haut commandement à son subordonné, le général de
Souches.595 Celui-ci fut obligé, du haut de sa fonction, entretenir le contact étroit
avec les membres du gouvernement polonais, surtout avec la reine Marie-Louise
dont l’aversion pour la Maison Habsbourg fut connue de tous. Le caractère
impulsif de Souches n’arrangeait pas non plus les choses. Lorsque pendant une
séance du Conseil d’Etat, le trésorier du Royaume Liskourski déclara pour
provoquer en présence de la Reine « qu’il faudrait chasser tous les Allemands en
dehors du pays car ils ne recherchent qu’ à l’ opprimer et au lieu de forcer le pays
entier de leur donner du foin, ils devraient les taper avec un sabre »,596 de Souches
avait failli terminer par un corps-à-corps avec le Polonais. Ce ne fut qu’à

593
Georg Schreiber, Raimondo Montecuccoli. Feldherr, Schriftsteller und Kavalier. Ein Lebensbild aus dem Barock,
Graz-Wien-Köln, 2000, p. 140.
594
Robert I. Frost, After the Deluge, p. 125-132 (sur les actions de Montecuccoli lors de la guerre du Nord).
595
Eckardt Opitz, op. cit., p. 75 ; Georg Schreiber, Raimondo Montecuccoli, p. 140-141.
596
« …man müste die Teutschen aus dem Lande jagen, denn sie suchten dasselbe zu unterdrücken ; ehe er ihnen ein
Bund Stroh gäbe, wolte er ihnen den Säbel hinter die Ohren legen… ». Artur Levinson (éd.), « Die
Nuntiaturberichte des Petrus Vidoni über den ersten Nordischen Krieg, aus den Jahren 1655-1658 », Archiv für
österreichische Geschichte, t. XCV, 1906, p. 1-114, ici p. 107.

209
l’arbitrage du Nonce Petrus Vidoni résidant à la Cour polonaise que l’affaire fut
enfin réglée.597 Cependant, la guerre contre la Suède battait son plein.
Le 21 avril 1658, de Souches reçut l’ordre de Montecuccoli de commencer
avec tous ses hommes les opérations en Prusse. Et comme « […] il fut toujours
attentif à la bonne conservation de ses hommes », il fut prié de « […] se conduire
avec autant de grande vaillance afin de maintenir la bonne réputation des armes
de l’Empereur et tâcher éventuellement de l’agrandir encore […]. »598 Dès le
début de mai, une armée coalisée forte de 10 000 hommes fut prête à se mettre en
marche. Aux côtés des généraux Sapieha et Grudzinski, de Souches commandait
alors un contingent de 3 000 dragons et de 2 000 fantassins. Les préparatifs de la
campagne marquèrent de nombreux observateurs, tel que l’ambassadeur de Venise
auprès de la cour viennoise Battista Nani qui ne manqua pas de noter les noms des
commandants ainsi que les effectifs mis à la disposition. « […] la force de
l’Empereur consiste à présent dans son armée commandée par Montecuccoli et
assemblée contre les Suédois ; cette armée atteint quelques 10 mille
soldats…Quatre ou cinq mille, si nous pouvons calculer, sont en Pologne sous le
commandement du général de Souches […]. »599
Seule la cible ne fut pas encore précisée car l’état-major hésitait entre le
siège de la ville de Torun et celui de Marienburg. Le 22 juin, le dilemme fut
résolu : Montecuccoli ordonna à de Souches d’entreprendre le siège de la
première.600 « […] Le roi polonais Jean-Casimir avait résolu, avec l’aide des
armes impériales, de commencer le siège de la ville de Torun en Prusse prise par
les Suédois, pour laquelle opération notre Monsieur le général [de Souches] avec
un corps de l’armée impériale fut détaché et reçut le commandement; lequel

597
Matthäus Merian, Theatri Europaei, t. VIII, 1657-1661, Frankfurt, 1693, p. 666.
598
Kr. A. Wien, Alte Feldakten 1658-1660, 129/4/38. Cité par Eckardt Opitz, op. cit., p. 91.
599
« …le Forze dell’Imperatore consistono al presente nell’Armata del Montecucoli, ch’è contro i Suedesi, e non
eccedde li m/10 Soldati. Quattro in cinque mille si possono calcular in Polonia…e sotto il general Suse… ». Joseph
Fiedler (éd.), Die Relationen der Botschafter Venedigs über Deutschland und Österreich in 17. Jahrhundert, t. II,
(1658-1699), Wien, 1867 (= Fontes rerum austriacarum II/27), p. 15. Traduction Petr Klapka.
600
Kr. A. Wien, Alte Feldakten 1658-1660, 129/6/54. D’après Eckardt Opitz, op. cit., p. 103. Pour les détails sur le
siège voir Tadeusz Nowak, Oblezenie Torunia w roku 1658, Torun, 1936, passim.

210
général avec peu de régiments débuta le siège. L’ennemi fut bien fortifié et à cause
de l’arrivée lente de l’armée polonaise, le siège ne fut pas aussi rapide que
Monsieur le général aurait souhaité, mais finalement, il le mena jusqu’à la fin
désirée et l’ennemi accepta les conditions de la reddition; une des plus importantes
places fut ainsi rendue à son roi légitime [...].»601
Le 2 juillet, de Souches arriva devant la ville en tête de six régiments, dont le
total des effectifs s’élevait à 1400 hommes de l’infanterie, 1500 hommes de
cavalerie et 1250 dragons.602 Face à lui, le défenseur de la ville, le général suédois
Berthold Hardwig von Bülow disposait de 670 cavaliers, 123 dragons et 1600
fantassins.603 Le siège s’éternisait et ne se termina que le 20 décembre 1658 où von
Bülow signa les conditions de la capitulation, quitta la ville et en passant par
Marienburg et Elbing, il rejoignit la Suède.604
La situation dans le nord européen était tributaire des événements à l’ouest :
la formation de la Ligue du Rhin par les soins de Mazarin garantissait l’ordre
politique issu des traités de 1648 et interdisait toute intervention dans l’Empire.
Dans cette perspective, les alliés n’osèrent attaquer Brême, garantie par la Ligue, et
se lancèrent, en 1659, contre la Poméranie.605 Pour parvenir à réaliser ce plan
audacieux, le gouvernement de Vienne rassembla en Bohême et en Silésie une
armée de 13 000 hommes et confia son commandement à Jean Louis Ratuit de
Souches, rappelé à son nouveau poste depuis la Prusse.606 A ses côtés, nous
retrouvâmes les troupes de cavalerie encadrées par les généraux Salis, Holstein et
Schneidau ainsi que deux unités de cavaliers croates menés par les commandants

601
Biographie manuscrite du maréchal Louis Raduit de Souches, MZA Brno, G 140, RA Dietrichštejnů, no 343, cote
182, carton 123, folio 5.
602
Eckardt Opitz, op. cit., p. 104.
603
Georg Tessin, Die deutschen Regimenter der Krone Schweden, t. I, Unter Karl X. Gustav (1654-1660)
(=Veröffentlichungen der historischen Kommisson für Pommern, Reihe V, Heft 13), Köln – Graz, 1965, p. 71.
604
Tadeusz Nowak, Oblezenie Torunia w roku 1658, p. 173-214.
605
Lucien Bély, Les relations internationales en Europe, p. 186 ; Eckardt Opitz, op. cit., p. 208-293 ; Robert I.
Frost, After the Deluge, le chapitre 8, p. 152-167 (sur les événements des années 1658-1660).
606
Hermann Klaje, Der Feldzug der Kaiserlichen unter Souches nach Pommern im Jahre 1659, Gotha, 1906, ici p.
22 pour la présente note ; Gerard Labuda, Historia Pomorza, t. II, do roku 1815, 3, Pomorze Zachodnie w latach
1648-1815, Poznań, 2003, p. 251-253 (sur les opérations de Souches en Poméranie) ; H. Branig, Geschichte
Pommerns, I-II, Köln, 1997.

211
Lubetitsch et Koschenitz. Quant à l’infanterie, elles fut composée d’hommes sous
autorité des commandants Starhemberg, Liechtenstein, Collalto, Stellmacher,
Sparr, Schlebusch, Fürstenberg ou encore Walis.607
Les préparatifs de la campagne furent minutieux. Le 21 août, le comte Sparr
fut envoyé par de Souches à Berlin pour assurer l’approvisionnement de la
munition pour les pièces de l’artillerie lourde et afin de se procurer des bateaux
nécessaires à la construction d’un pont flottant indispensable pour franchir, suivant
les plans, le fleuve Oder près de Greifenhagen et atteindre sa rive gauche .608
Cependant, alors que le corps principal de l’armée impériale soutenu par l’armée
alliée polonaise entamèrent leurs marche vers la Poméranie, de Souches-même
demeurait, quant à lui, immobile, absorbé par le siège de la ville de Stettin.609 Les
Polonais réussirent à atteindre la ville de Tribsees, près de Rostock mais se
retirèrent aussitôt, abandonnant ainsi les troupes autrichiennes dans leur
progression. N’assistant pas directement à l’avancement de son armée, le
commandant en chef des Impériaux était tout de même parfaitement au courant sur
l’évolution de la situation. Une correspondance détaillée avec le comte de Donín
(Dohna)610 lui permettait de suivre les nouvelles du nord-ouest.611 Ce fut par ce
biais qu’il apprit, entre autre, l’initiative des Hollandais qui, rassurés par les
désordres politiques en Angleterre, débarquèrent des Danois, des Polonais et des
Prussiens pour battre le roi suédois.612
A la signature de la paix des Pyrénées le 7 novembre 1659, les troupes de
l’Empereur abandonnèrent le siège de Stettin. La paix se profilait néanmoins peu à
peu et des négociateurs se réunirent au monastère d’Oliva, près de Dantzig, du

607
Kr. A. Wien, Alte Feldakten 1658-1660, 133/5/14c. Cité par Eckardt Opitz, op. cit., p. 218-219.
608
Eckardt Opitz, op. cit., p. 248. D’une manière générale, sur les techniques de passage des cours d’eau, voir par
exemple J.-L. Riccioli, «Le problème du passage des cours d’eau au XVIIIe siècle», in : Jean Bérenger (sous la dir.
de), La révolution militaire en Europe, p. 115-138.
609
Hermann Klaje, Der Feldzug der Kaiserlichen unter Souches nach Pommern im Jahre 1659, p. 98-119.
610
Il nous est imposible aujourd’hui d’identifier l’informateur de Souches. La famille de Donin (Dohna) est attestée
en Bohême déjà au XIIIe siècle. Elle se divisa ensuite en plusieurs lignées – bohême, morave, silésienne et prusse,
dont on ne connaît que certains membres. Pour les détails voir Ottův slovník naučný, VII, Prague, 1893, article
« Donin ».
611
MZA Brno, G 155, RA Ugartů, no 603, carton 32, lettres de 1659, 14 pièces.
612
Ibidem, lettre de La Haye, 14 novembre (?) 1659.

212
décembre 1659 au janvier 1660. Lors des négociations, de Souches se vit confier
par Léopold Ier une tâche délicate. Il dût assurer l’échange des officiers suédois,
faits prisonniers, contre les prisonniers impériaux.613
Le débâcle devant Stettin refroidit de manière définitive les relations entre le
Feld-marschall Montecuccoli et le Feldzeugmeister (général de l’artillerie) de
Souches. En effet, les deux hommes, jaloux l’un de l’autre, surveillaient
scrupuleusement la hiérarchie militaire. Leurs parcours furent, au moins pour le
début de leurs carrières, assez semblables, d’où la méfiance envers l’autrui et une
rivalité réciproque. Raimondo Montecuccoli, Italien d’origine, fut alors étranger,
tout comme Jean Louis Ratuit de Souches. Né en 1609, un an seulement après la
naissance de Souches, ils avaient également le même âge. Mais Montecuccoli
connut une progression professionnelle incomparable à celle de Souches. Elle
culmina en 1668 lorsqu’il fut décoré chevalier de la Toison d’or et nommé
Président du Conseil de la guerre de Léopold Ier.614 Lors de la campagne des années
1658 – 1659, Montecuccoli fut d’abord le supérieur de Souches en Prusse. Or, ce
dernier devint, après l’ouverture d’un nouveau front en Poméranie, son propre
chef. Les choses se compliquèrent avec l’enlisement des autrichiens devant Stettin
ce qui irrita Montecuccoli et il le fit savoir à de Souches. Du point de vue
strictement militaire, le poste de Montecuccoli fut plus élevé que le grade de
Souches et l’Italien se sentit alors obligé d’intervenir personnellement là, où son
subalterne échoua. Mais son arrivée et sa présence devant Stettin ne fit qu’aggraver
la situation.
En février 1660, de Souches partit pour Vienne afin de rendre compte à
l’archiduc Léopold-Guilaume de sa prestation devant Stettin et de présenter ses
plaintes envers Montecuccoli. Mais la démarche se solda par un terrible échec.
L’archiduc lui refusa d’accorder une audience, lui fit transmettre un message de ne

613
Une liste contenant les noms des personnes concernées se trouve toujours parmi les papiers du maréchal
conservés dans les archives familiales. MZA Brno, G 155, RA Ugartů, no 601, carton 32.
614
Pour avoir plus de détails sur la vie de Raimondo Montecuccoli, voir sa dernière biographie moderne de Georg
Schreiber, Raimondo Montecuccoli. Feldherr, Schriftsteller und Kavalier. Ein Lebensbild aus dem Barock, Graz-
Wien-Köln, 2000.

213
pas vouloir entendre parler de tels désaccords et lui ordonna de regagner le poste
auprès du Feld-marschall. A son refus et afin d’éviter de futurs conflits, de Souches
fut démis de son poste en Poméranie et Léopold-Guillaume l’envoya avec ses
troupes en Hongrie où se dessinait un autre conflit, contre les Turcs.615
Une fois la campagne en Pologne terminée, aux côtés des pertes humaines et
destructions matérielles, elle laissa derrière elle des dettes liées aux passages et à
l’hébergement des troupes, rappelant ainsi les opérations menées par les Impériaux
et assurées en partie par les hommes commandés par Jean Louis Ratuit de Souches.
En effet, une correspondance abondante entre les autorités du duché de Glogau en
Silésie demandant à la municipalité d’Opava en Moravie du Nord le
dédommagement des dégâts causés par les militaires fleurissait encore dans les
années 1661 - 1666 pour enfin se terminer par un accord amiable.616

615
Ibidem, p. 145.
616
SOkA Opava, Archiv města Opava. Spisy. Kontribuce, cote LXXIV/31/XXIII5/235, no 1641, carton 222.

214
III. Face au danger turc (1660 – 1664)

1. La reprise inattendue de la lutte avec les Ottomans

La nouvelle guerre austro-turque des années 1660 – 1664 fut une


conséquence directe de la guerre du Nord (1655 – 1660) dont nous venons de
parler. En effet, les désordres en Pologne attirèrent d’autres puissances qui
essayèrent d’en tirer profit, notamment les Suédois, les Russes mais aussi les
Transylvains dont le prince Georges II Rakoczi, songeant se faire élire roi de
Pologne. Or, comme la principauté de Transylvanie se trouvait alors sous la tutelle
de l’Empire ottoman, le prince Rakoczi ne devait pas mener des campagnes
militaires sans autorisation préalable de son suzerain, la Sublime Porte. Cette
dernière connut au début de la seconde moitié du XVIIe siècle des transformations
radicales. En 1656, la Validé Sultane, la sultane mère, qui régentait le
gouvernement au nom de son petit-fils, le jeune sultan Mehmed IV, confia le
pouvoir, c’est-à-dire la charge de Grand Vizir, à Mehmed Köprülü. Ce dernier,
mort en 1661, fonda une lignée de vizirs qui redonna un nouveau lustre à l’Empire
ottoman et surtout, il reprit la politique active en Europe centrale. En 1658, il mena
une expédition contre Rakoczi qui voulut se débarrasser de la tutelle ottomane et
en 1659, la Hongrie royale fut déjà sérieusement menacée, parce que la
Transylvanie constituait un bastion protecteur ayant une armée et des forteresses
contre les offensives ottomanes. L’armée turque envahit la Transylvanie en pillant
les villes et en massacrant un grand nombre d’habitants.617
La Cour de Vienne, qui ne se rendait pas compte du changement de
gouvernement à Constantinople, crut le moment venu de remettre la main sur la
Transylvanie en y installant un prince catholique docile et favorable aux intérêts de

617
Lucien Bély – Jean Bérenger – André Corvisier, op. cit., p. 187-194 ; Jean Bérenger, La Hongrie des Habsbourg,
t. I, De 1526 à 1790, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2010, p. 126-129 ; Robert Mantran (sous la dir. de),
Historie de l’Empire ottoman, Fayard, Paris, 1989, p. 228-241 ; Lucien Bély, op. cit., p. 218-219. Une synthèse la
plus détaillée sur l’histoire de l’Empire Ottoman reste toujours celle de N. Iorga, Geschichte des Osmanischen
Reiches, 5 tomes, Gotha, 1908-1915 (réédition Frankfurt am Main, 1990).

215
la Maison d’Autriche, Jean Kemény. Les Turcs réagirent, ils envahirent la
Transylvanie et firent élire un nouveau prince, François Rhedey. Il y eut désormais
deux princes rivaux, le vassal des Turcs et le vassal de l’Empereur. Au même
moment, le prince Rakoczi sollicita l’appui des Hongrois et de la Cour de Vienne.
A partir de 1660, les hostilités furent alors ouvertes entre Jean Kemény et la Porte.
L’Empereur voulut aider Kemény, d’autant plus que les Turcs mettaient le siège
devant Nagyvarád, importante forteresse qui assurait la sécurité de la
Transylvanie.618 Après avoir convoqué les principaux notables hongrois à Graz,
Léopold Ier décida d’envoyer le général Jean Louis Ratuit de Souches – devenu
spécialiste en la matière du siège – en tête d’une petite armée pour débloquer la
garnison hongroise de la place en question.619
Laissons maintenant pour un petit instant la parole à l’auteur de l’Histoire
des trois derniers Empereurs des Turcs qui relate les événements houleux des
années 1660-1661. « […] Ali-Bacha qui arrivoit alors sur la frontière, n’estoit pas
d’humeur de s’en retourner les mains vides et sans rien faire d’avantageux pour
son Maistre, qui devoit par la prise de quelque place, se dédommager des frais de
cette marche […] Varadin [Várad = Nagyvarád] estant située au pied de quelques
montagnes, par où l’on entre en Transylvanie et ainsi estant une clef de cette
Province, les Turcs faisoient un coup d’estat, s’ils pouvoient s’en rendre maistres.
Sur ces considérations, Ali-Bacha fit sommer la place. Les habitants étonnez à
l’approche de cet ennemi formidable, envoyèrent un courrier à Vienne, prier
instamment l’Empereur de les secourir. Ils lui firent remontrer, que par les traitez,
les Turcs ne devoient bâtir aucun nouveau fort sur la frontière ; qu’en faire
construire un nouveau, ou en usurper un déjà bâti, estoit violer également la paix ;
que la perte de leur ville seroit de la dernière conséquence pour la Hongrie, aussi
bien que pour la Transylvanie, puisque c’éstoit le seul passage qu’il y eust entre

618
La ville de Nagyvarád fut prise le 27 août 1660 par les Turcs et intégra l’Empire ottoman. Elle devint le chef-lieu
de la province de Várad jusqu’en 1692 où elle fut reprise par les Habsbourg.
619
Jean Bérenger, Les Gravamina : Remontrances des Diètes de Hongrie de 1655 à 1681. Recherches sur les
fondements du droit d’état au XVIIe siècle, P.U.F., Paris, 1973, p. 74, 224.

216
l’Allemagne et ces deux Provinces ; qu’enfin il estoit question de s’opposer aux
progrez de l’ennemi irréconciliable des Chrétiens. Le Conseil de l’Empereur entra
dans les intérests de ce peuple et résolut, que le Général de Souches mettroit ses
troupes en estat de marcher où il faudroit. Car l’on supposoit que les troupes
Allemandes et les forces de Hongrie jointes ensemble feroient une armée d’environ
vingt-cinq mille hommes. Mais comme les instructions du Général lui défendoient
d’engager son monde en des rencontres, dont le succès fut douteux, il assembla un
Conseil de guerre, où il appela les principaux du pays. Il mit en question si l’on
pouvoit entreprendre de secourir Varadin, sans trop exposer les troupes de
l’Empereur, et si le succès d’une pareille entreprise n’estoit pas douteux. Pour
répondre à cette question, on fit une liste exacte de toutes les forces impériales. On
les trouva de beaucoup plus faibles, que la Cour de Vienne ne le croyoit. Car
depuis que quelques places […] avoient reçu garnison Allemande, les troupes de
l’Empereur se trouvoient réduites à quatre mille hommes effectifs et pas
davantage. D’ailleurs les Hongrois, que l’on avoit mis à deux mille hommes, ne
passoient pas six cents. Des Haïduques mis à six mille, il n’en parut pas un seul ;
chacun d’eux s’estant retiré chez soi et de cette sorte tout leur corps estant
dispersé. A l’égard des forces auxiliaires de l’Empire, il n’y avoit rien de plus
incertain. Du moins leur marche estoit si lente, qu’on ne les devoit attendre de très
longtemps. De là, on peut recueillir, qu’à la vérité, toute l’Allemagne bien unie
mettroit sur pied des armées nombreuses et ne craindroit point la puissance des
Ottomans ; mais qu’il est fort difficile de lever ces armées. Pour unir un si grand
corps, il faut convoquer des Diètes. Dans ces Diètes, les délibérations demandent
un temps presque infini et l’on ne conclut qu’avec des longueurs effroyables.
D’ailleurs, les factions, la mésintelligence, la jalousie et des intérests particuliers
ruinent toutes les mesures, que l’on pourroit prendre et souvent le temps d’agir est
passé, avant que l’on soit d’accord de ce qu’il faut faire. »620

620
Histoire des trois derniers Empereurs des Turcs. Depuis 1623 jusqu’à 1677, t. II, 1640-1662, Paris, 1682, p. 303-
307.

217
Si nous avons quelque peu insisté sur la longueur du précédent extrait, c’est
qu’il nous paraît de charactériser de façon pertinente la situation militaire de la
monarchie des Habsbourg à la deuxième moitié du XVIIe siècle. En effet,
l’Empereur (les membres de la dynastie Habsbourg en l’occurrence) devint après
les traités de Westphalie moins que jamais le maître de l’Allemagne même s’il n’y
avait pas de coupure radicale entre l’Empire et la « monarchie autrichienne ».621
Les Habsbourg de Vienne restaient souverains des Pays héréditaires de langue
allemande ainsi que des Pays de la Couronne de Bohême. Par là, ils disposaient
d’une armée permanente dont les effectifs furent fixés à neuf régiments
d’infanterie et dix de cavalerie. Pour recruter ces hommes, trois possibilités leur
étaient offertes : l’appel à la noblesse ( qui tombait petit à petit en désuétude), la
levée de la milice provinciale et la constitution de troupes mercenaires.622 A cela il
faut ajouter la Hongrie royale qui assurait la défense des confins militaires,
cependant avec l’aide financière des Pays héréditaires, mais qui demeurait pour le
reste plutôt une charge qu’un secours de l’Empereur.623
La constitution du Saint-Empire assurait à l’Empereur une place non
négligeable, mais les princes d’Empire, s’ils étaient formellement ses vassaux, se
comportaient, dans les faits, comme des princes souverains, même si ne leur était
officiellement reconnue que la « supériorité territoriale ». Passons maintenant les
questions diplomatiques et politiques et examinons brièvement le problème
militaire. L’Empire disposait d’une armée fédérale, l’armée des Cercles, mais qui
ne pouvait être mobilisée qu’après une décision de la Diète d’Empire, qui siégeait
à Ratisbonne. Cettte assemblée ouverte solennellement le 20 janvier 1663, appelée
Diète perpétuelle ( der immerwährende Reichstag ), fut un congrès de diplomates,
une machine lente, qui ne s’engageait qu’après interminables consultations et
marchandages. L’Empereur était obligé de traiter directement avec les princes les

621
Lucien Bély, Les relations internationales en Europe, p. 160-164.
622
Jean Nouzille, « Les Impériaux aux XVIIe et XVIIIe siècles », in : Jean Bérenger (sous la dir. de), La révolution
militaire en Europe, p. 73-74.
623
Jean Bérenger, La Hongrie des Habsbourg, p. 35-44.

218
plus puissants, tels les Electeurs de Saxe, de Bavière et de Brandebourg qui
disposaient, eux aussi, de leur propre armée dont ils pouvaient mettre tout ou partie
à la disposition de l’Empereur.624 On comprend mieux dès lors les critiques
exprimées dans le texte cité plus haut de la lenteur de la prise des décisions et des
difficultés de proposer une action ferme face au danger turc. Et c’est dans cette
situation qu’il est encore moins étonnant de voir les troupes ottomanes efectuer une
percée rapide sur le territoire Habsbourg et d’avançer sans être vraiment
inquiétées, du moins dès le début de leur campagne jusqu’en 1664. Fermons
maintenant notre parenthèse et revenons au déroulement des opérations.
Jean Louis Ratuit de Souches se retrouva alors en juillet 1660 en marche à
travers la Haute-Hongrie (Slovaquie actuelle) vers Nagyvarád aux confins Sud-Est
de la monarchie des Habsbourg. « […] pour freiner les incursions ennemies,
l’Empereur a ordonné à de Souches de partir avec son corps expéditionnaire en
direction de la Hongrie-Supérieure […] » relata depuis Vienne l’ambassadeur
vénitien Alois Molin.625 En même temps, il ne put pas s’empêcher d’ajouter un
commentaire sur l’état de la principale armée impériale stationnée en (Basse)
Hongrie. D’après lui, « […] l’armée dont l’Empereur dispose en ce moment en
Hongrie n’est peut-être pas la plus nombreuse, mais sûrement la plus forte et la
plus puissante […] » même si, comme il souligne « […] l’Empereur n’abonde pas
en généraux compétents…le Prince Gonzaga est très vieux, le maréchal Andrian
Enkevort est atteint de la goutte et demeure complétement immobile […]. »626
La campagne en Haute-Hongrie commencée, sur l’ordre venu de Vienne, de
Souches fut obligé de se retirer pour éviter à tout prix un conflit que l’arrivée de
ses hommes était susceptible de provoquer, moyennant quoi, la place fut prise, le

624
Au sujet de la Diète permanente par exemple Bertrand Auerbach, La France et le Saint-Empire Romain
germanique depuis la Paix de Westphalie jusqu’à la révolution française, Champion, Paris, 1912, notamment pp.
91-102 (pour les années 1660 et la réaction face au péril Turc).
625
« …por freno all’incursioni il [Empereur] far sortire l’espeditione del Susa nell’Ungheria Superiore con un
corpo d’Armata… ». Joseph Fiedler (éd.), Die Relationen der Botschafter Venedigs über Deutschland und
Österreich in 17. Jahrhundert, t. II, p. 71.
626
« …l’Armata, che di presente tiene l’Imperator nell’Ungheria, se non è la più numerosa, è certo la più forte, e
potente…de capi da guerra non abbonda l’Imperatore…il Principe Gonzaga è vecchio soldato…il Marescial
Echenfurt reso dalla podagra tottalmente immobile… ». Ibidem, p. 93-94.

219
27 août 1660 par l’ennemi.627 Dans les années 1660 – 1664, de Souches commanda
ensuite ses troupes, de manière plus ou moins continue, dans des différents coins
de la Haute-Hongrie.628 « L’année 1660, les Turcs rentrèrent en guerre contre le
prince Rakoczi […] mais ledit prince mourut bientôt ; Monsieur le général [de
Souches] avec son armée fut envoyé en Haute-Hongrie afin d’assurer la reprise et
la sécurité des places telles que Tokaj, Kálló et Szatmár […] ».629
Il ne prit pas cette mission à la légère et essaya de mettre toutes les chances
de son côté. Ainsi, il pensa même à l’organisation et à la discipline de ses hommes,
sachant pertinemment que c’était-là la clé de la réussite face à l’ennemi redoutable.
Cette perspective en vue, il alla jusqu’à la rédaction, le 22 juin 1660, d’un nouveau
règlement établissant les bases solides de la vie quotidienne dans les campements
militaires. Les dix points de ce texte traitèrent les questions du respect de la
hiérarchie, du soin des armes, de l’approvisionnement, de l’hygiène ou bien même
de la présence des prostituées sans pour autant, à notre regret, de rentrer dans les
détails.630

627
Vojtech Kopčan, Turecké nebezpečenstvo a Slovensko, Bratislava, 1986, p. 130.
628
Les rapports des opérations adressés aux différents destinataires se trouvent à MZA Brno, G 155, RA Ugartů, no
604-673, carton 32 ; no 674-690, carton 33 ; Ibidem, G 140, RA Dietrichštejnů, carton 206, no 604 ; no 664 ;
Biographie manuscrite du maréchal Louis Raduit de Souches, MZA Brno, G 140, RA Dietrichštejnů, no 343, cote
182, carton 123, folio 6-12. Voir également Peter Broucek, «Biographie des Louis Raduit de Souches», in : Morava
a Brno na sklonku třicetileté války, p. 62 – 69, ici p. 66. De manière synthétique Richard Pražák (sous la réd. de),
Dějiny Maďarska, Brno, 1993, p. 96-97; László Kontler, Dějiny Maďarska, Prague, 2002, p. 157-160; Dějiny
Slovenska (ouvrage collectif), t. II, 1526-1848, Bratislava, 1987, p. 165-174; Elena Mannová (réd.), Krátke dejiny
Slovenska, Bratislava, 2003, chapitre IV ; Ivana Čornejová - Jiří Kaše – Jiří Mikulec – Vít Vlnas, op. cit., p. 201-
206. Une étude historiographique de la question fut présentée par Milan Šmerda, «České země, Uhry a Osmané
v letech 1618-1671», ČMM, 110, 1991, p. 37-56, ici notamment p. 37-42. Le sujet de la guerre contre les Turcs au
cours des années 60 du XVIIe siècle reprèsente un thème qui n’attire pas en général un grand intérêt des historiens, à
l’exception, bien évidemment des historiens slovaques. Ainsi, parmi des ouvrages publiés en Slovaquie, nous
pouvons citer quelques titres remarquables, tels que Jozef Blaškovič, «K dejinám tureckej okupácie na Slovensku»,
Historické štúdie, VIII, 1962, p. 95-116; du même auteur, « Some notes on the history of the Turkish occupation of
Slovakia », Orientalia Pragensia, 1, 1960 (= AUC, Philosophica, 1), p. 41 – 57; Pavol Horváth – Vojtech Kopčan,
Turci na Slovensku, Bratislava, 1971, p. 148-162; Pavol Horváth (éd.), Rabovali Turci...Výber z kroník a listov zo
16. a 17. storočia, Bratislava, 1972, p. 62-149; Vojtech Kopčan, «Osmanské naračné pramene k dejinám
Slovenska», Historický časopis, 13, 1965, p. 113-121; du même auteur, Turecké nebezpečenstvo a Slovensko,
Bratislava, 1986, p. 129-151; Vojtech Kopčan – Klára Krajčovičová, Slovensko v tieni polmesiaca, Martin, 1983, p.
85-96. A comparer avec les rapports du Commissaire militaire morave Johann (Jean ) Rottal adressés au Conseil de
guerre (Hofkriegsrat) à Vienne déposés à MZA Brno, G 361, RA Vrbnů, no 34, cote I/4/5-1, carton 5.
629
Biographie manuscrite du maréchal Louis Raduit de Souches, MZA Brno, G 140, RA Dietrichštejnů, no 343, cote
182, carton 123, folio 6.
630
MZA Brno, G 155, RA Ugartů, carton 32, no 604, 2 folios.

220
Pour comprendre ce qu’étaient ces textes normatifs, il nous faut avancer un
peu dans le temps pour en retrouver un, un peu plus durable. Car même si de tels
règlements furent assez courants, ils changeaient en fonction de l’évolution d’une
armée et de la mentalité de ses membres. Il fallut donc attendre jusqu’en 1682 où
l’Empereur Léopold Ier en personne promulgua, en accord avec la Diète de
Ratisbonne, un nouveau règlement militaire ( Artikelbrief ) qui devint la base de la
discipline générale des troupes impériales. Comprenant 96 articles, ces derniers
seront valables dans l’Empire et dans les pays héréditaires jusqu’au 1768.631 Pour
se faire une idée sur l’éventail de problèmes de discipline dans l’armée impériale,
en voici quelques articles. Désormais, le vol, les violences de tout genre, l’incendie
devraient être sévèrement réprimés, les relations avec les populations civiles des
pays traversés ou occupés devraient être améliorées. L’attitude des militaires à
l’égard de la religion fut également bien précisée. Le blasphème, par exemple, ou
la magie seraient punis de mort. Les églises, les cloîtres, les ermitages, les hôpitaux
et les écoles devraient être épargnés sous peine de mort. Le meurtre serait puni de
pendaison et le duel fut interdit. Le vol avec meurtre serait puni par l’écartèlement.
Trois vols consécutifs entraîneraient la pendaison. Le fait de dérober de l’argent
aux ecclésiastiques, aux femmes enceintes, aux jeunes filles, aux meuniers, aux
aubergistes, aux forgerons et aux bergers serait sanctionné par la peine de mort.
Les incendiaires devraient être brûlés vifs. Dans les quartiers d’hiver, les soldats
devraient se conduire honnêtement avec ses hôtes. Le libertinage fut interdit et
celui qui briserait un mariage par sa faute devrait être puni par la pendaison. Les
maîtresses, les concubines et les prostituées ne devraient pas être tolérées ni pour
un officier, ni pour un simple soldat. Enfin, nul ne devrait quitter sans autorisation
son unité sous peine de mort. Autant de sujets à régler afin d’inculquer une
discipline ferme aux troupes et d’en forger une armée « digne » de l’Empereur et
capable de faire efficacement face à l’ennemi, notamment à l’ennemi

631
Eugen von Frauenholz, Das Heerwesen in der Zeit des Absolutismus, t. IV, Munich, 1940, annexe III, p. 399. Le
texte fut en partie interprété par Jean Nouzille, « Les Impériaux aux XVIIe et XVIIIe siècles », p. 79.

221
« héréditaire » de la Chrétienté, les Turcs.632 Et nous pouvons facilement supposer
que la situation en 1682 n’était guère différente de celle des années 1660.
Dès l’été 1663, l’avancée turque semblait irrésistible. Le 6 août, le
commandant de la forteresse de Neuhäusl (Ersékujvar, Nové Zámky en Slovaquie
actuelle) Adam Forgacz fut battu par les Turcs à Parkan (Štúrovo).633 La place-
même de Neuhäusl capitula à son tour le 25 septembre. Au mois d’octobre, ce fut
le tour de Nyitra (Nitra, capitulation le 13 octobre), suivie par Léva (Levice,
capitulation le 2 novembre) pour en finir le 5 novembre par la capitulation de
Novograd (Novohrad).634
Ce fut notamment la chute de Neuhäusl qui affaiblit sensiblement le système
de défense « anti-ottoman » de la Monarchie. En effet, la place couvrait Presbourg
ce qui rendtit Vienne très vulnérable. Comprise depuis 1556 comme un des
éléments stratégiques dans la conception de la protection de la capitale, la
forteresse de Neuhäusl fut construite dans les années 1573 – 1580 pour être élargie
et modernisée dans le siècle suivant. Il s’agissait en réalité de l’ensemble de deux
citadelles (une, plus ancienne, datant de la première moitié du XVIe siècle, l’autre,
nouvellement construite) disposées sur les rives de Nitra, un des confluents de
Danube. L’enceinte de dix mètres de haut et de dix-huit mètres de large dotée de
six bastions et entourée de douves de trente cinq mètres de large et de cinque
mètres de profondeur, faisait de la localité un composant clé du dispositif conçu
pour arrêter l’expansion ottomane vers l’Ouest. La proximité de Danube navigable

632
Sur les rapports entre l’Empire Ottoman et la monarchie des Habsbourg voir le plus récemment un ouvrage
collectif de Marlene Kurz – Martin Scheutz – Karl Vocelka – Thomas Winkelbauer, Das Osmanische Reich und die
Habsburgermonarchie. Akten des internationales Kongresses zum 150-jährigen Bestehen des Instituts für
Österreichische Geschichtsforschung Wien, 22.-25. september 2004, Wien – München, 2005. A comparer à Josef
Polišenský, « Turecká otázka v evropské politice v 16. – 17. století », in : Osmanská moc ve střední a jihovýchodní
Evropě v 16. – 17. století, II, Praha, 1977, p. 266-286 ; Kenneth M. Setton, Venice, Austria and the Turks in the
Seventeenth Century, Philadelphia, 1991, notamment p. 389-425.
633
Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), Privatbriefe Kaiser Leopold I. an den Graffen
F.E. Pötting, 1662-1673, tome I, November 1662 bis Dezember 1668, (=Fontes Rerum Austriacarum, tome LVI),
Wien, 1903, p. 21, lettre no 12, Vienne, 22 août 1663.
634
Vojtech Kopčan – Klára Krajčovičová, op. cit., p. 180.

222
permettant d’atteindre le cœur de la Monarchie des Habsbourg augmentait encore
l’importance de ce lieu.635
Après cette vague de succès, les Turcs continuèrent à poursuivre leur
poussée vers l’Ouest et s’étant débarrassé des garnisons impériales stationnées
dans les places mentionnées, plus rien ne les empêchait d’avancer encore plus sur
le territoire Habsbourg. Ainsi, ils se retrouvèrent dans les années 1663-1664 à
plusieurs reprises en Moravie en pillant et dévastant les environs des villes de
Mikulov et de Brno, en remontant au Nord jusqu’à la ville d’Olomouc. De leurs
raids, ils amenèrent du butin considérable mais aussi des centaines de prisonniers
moraves utilisés ensuite comme la main-d’œuvre lors des réparations des places
détruites par les Impériaux.636 De temps en temps, les habitants du pays réussirent à
capturer les « espions » turcs. En les soumettant à la torture, les autorités tâchaient
d’en savoir plus sur les desseins de l’armée ennemie.637
Face à la présence des Turcs en Moravie, l’Empereur nomma de Souches, le
25 mai 1663, de nouveau commandant de la Moravie.638 Malgré sa bonne volonté,
il ne réussit pas à arrêter les incursions ennemies même s’il ne s’agissait que de
quelques petites unités dispersées. Il faut cependant ajouter en sa faveur qu’il ne
disposait que de forces limitées, le gros de l’armée impériale se trouvant sur la rive
droite de Danube, occupé par la défense des accès à Vienne. Certains
dysfonctionnements furent également expliqués par son âge. Il atteignit 55 ans et
selon les témoignages de l’époque, il commença à être intolérant, irascible,
chroniquement ambitieux et impulsif.639 Peut-être voulait-il attirer l’attention des
autorités militaires centrales sur sa personne et montrer à quel point ses capacités
du commandement avaient été ignorées par ces dernières en lui confiant des postes
secondaires au lieu de l’envoyer au cœur des événements, c’est à dire en Hongrie.

635
Vojtech Kopčan – Klára Krajčovičová, op. cit., p. 155-160 (avec une bibliographie abondante).
636
Jiří Procházka, «Válka s Turky 1663-1664 a osmanští „špehaři“ na Moravě», Jižní Morava, 32, tome 35, 1996, p.
95-102.
637
Bohumil Fišer (éd.), Paměti hradišťské, Valašské Meziříčí, 1920, p. 55, 71-78.
638
Pavel Balcárek, Brno versus Olomouc, p. 89.
639
Ibidem, p. 87.

223
En attendant les jours meilleurs tant espérés, il se chargea de la
modernisation des fortifications de quelques villes moraves, notamment de Brno et
Olomouc. Comme nous l’avons déjà signalé, le système de défense de la ville de
Brno se trouva, après le siège suédois de 1645, dans un état critique et il fallut
plusieurs années pour y remédier. Quant à la ville d’Olomouc, la situation fut
similaire et de Souches dont la tâche du commandant du pays l’obligeait, entre
autre, à veiller sur l’état des places dans la région, suivait de près l’avancement des
travaux. « […] J’ai bien reçu la lettre de Votre Majesté du premier de ce mois - à
mon arrivée de Mikulov [en Moravie du Sud] et vu son contenu décrivant
l’avancement de travaux de fortification, j’ai accepté avec plaisir d’avoir appris
que le cours d’eau devant la porte de la ville ainsi que l’angle de bastion
précédant ladite porte furent mis dans un bon état […] Je partage votre opinion
sur le choix de l’endroit pour commencer les travaux […] » écrivit-il, le 6 juillet
1663 de Brno au commandant de la citadelle d’Olomouc Mathias Rentz.640
Quelques semaines plus tard, dans une autre lettre adressée au même
Mathias Rentz et rédigée au moment du siège turc devant Neuhaüsl, il précise ses
exigences par rapport aux travaux entrepris et relate que par l’intermédiaire des
espions turcs arrêtés par les Impériaux, il essaya d’en savoir plus sur les desseins
de la principale armée ottomane. « […] J’ai bien reçu la lettre du 20 de ce mois
dans laquelle vous informiez sur les étangs autour de la ville. Maintenant […] je
veux que ces étangs qui furent à moitié vidés soient de nouveau fermés ; nous
avons d’ailleurs choisi les étangs que nous devons, en cas de nécessité, ouvrir et
laisser toute l’eau de couler. Monsieur le commandant Kleindienst est venu ici [à
Brno] avec sa cavalerie et me dit que depuis l’arsenal impérial, une quantité de

640
Edité par Jiří Procházka, «Brno a Olomouc po třicetileté válce», Olomoucký archivní sborník, 2, 2004, p. 114-
120, ici p. 117-118.

224
munition fut distribuée pour la ville d’Olomouc. Cela ne fut pas fait en vain. […]
Auparavant, j’ai réussi d’obtenir les aveux des espions turcs […]. »641
L’inquiétude par la situation catastrophique en Moravie gagna également,
bien évidemment, la Cour viennoise. Ce fut dans la correspondance avec le comte
François Eusebius de Pötting, résident autrichien en Espagne,642 que l’Empereur
Léopold Ier la laissa ressentir. « […] Notre affaire en Hongrie ne va pas bien ce qui
me trouble de plus en plus et me laisse tout confus […]. »643 Et il ajouta, quelques
jours plus tard « […] Auparavant, je vous ai fait comprendre comment se portait
notre res turcicae ; En Moravie, les Turcs provoquèrent de gros dégâts ;
néanmoins, j’espère que tout ira mieux […]. »644
Il fallait réagir vite afin de préserver l’Autriche de l’invasion qui semblait
inévitable par les forces ottomanes. Or, du point de vue militaire, le gouvernement
de Vienne ne fut pas prêt à la guerre. Les troupes impériales comptaient au début
de l’année 1663 environ 28 000 hommes, dont la plupart furent employés dans les
forteresses de la frontière militaire (Militärgrenze)645 ou dans les pays héréditaires.
Les troupes mobilisables contre les Turcs furent réduites à environ 6 000 hommes.
A cela s’ajoutèrent encore les troupes hongroises nouvellement levées dont la
valeur militaire restait inférieure à celle de l’armée ottomane. Avec des effectifs de
80 000 à 100 000 hommes, l’armée turque affichait une supériorité numérique
écrasante.
Le comte Raimondo Montecuccoli, nommé à la tête des Impériaux, décrivit
la situation militaire de 1663 sous les couleurs les plus sombres. « Les choses

641
Ibidem, p. 118-119, lettre de Brno à Olomouc, du 22 septembre 1663. Ces lettres ainsi que d’autres concernant
les travaux sur la forteresse d’Olomouc se trouvent à SOkA Olomouc, Archiv města Olomouce. Zlomky registratur,
cote 9/III, no 327, carton 11 ; Ibidem, cote 11b/V, no 432, carton 15 ; Ibidem, no 4377, carton 160.
642
Sur cette personnalitée de la cour de Léopold Ier voir Miguel Nieto Nuño (éd.), Diario del conde de Pötting,
embajador del Sacro Imperio en Madrid (1664-1674), I-II, Madrid, 1990.
643
Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., p. 22, lettre no 13, Vienne, 5 septembre
1663.
644
Ibidem, p. 23, lettre no 14, Vienne, 19 septembre 1663.
645
J. Amstadt, Die k. k. Militärgrenze 1522 – 1881, tomes I-II, Würtzburg, 1969 ; Gunther E. Rothenberg, Die
österreichische Militärgrenze in Kroatien. 1522 bis 1881, Wien – München, 1970 ; Jean Nouzille, « Les confins
militaires autrichiens aux XVIIe et XVIIIe siècles », in : Le soldat, la stratégie, la mort. Mélanges Corvisier, Jean
Bérenger (éd.), Economica, Paris, 1989, p. 199-206 ; Jean Nouzille, Histoire de frontières, Paris, 1991.

225
étoient en cet état, quand on eut avis sur la fin d’avril que les Turcs se mettoient en
campagne avec 100 000 hommes, commandés par le Grand Vizir. Tout le monde
étoit d’acord sur ce nombre, Monsieur Reiniger Résident de l’Empereur à la
Porte, le mandoit, les prisonniers, les espions, les correspondants, les transfugés,
tous disoient la même chose : l’armée de l’Empereur au contraire étoit toute
dispersée, il y en avoit quelques Régiments en Transylvanie, d’autres dans la
Haute-Hongrie, quelques-uns en garnison dans la Basse, et d’autres en Stirie.
Ainsi le Corps qui devoit se mettre en campagne pour s’opposer au Turc, n’étoit
pas de 6 000 hommes, Infanterie et Cavalerie , et ce nombre demeura à peu près
dans ces termes pendant toute la campagne, parce que s’il venoit des recrües, ou
des secours de l’Empire, à peine suffisoient-ils pour remplacer les morts et les
malades, ou pour garnir les Places les plus exposées. »646
Si l’état de l’armée impériale suscitait l’inquiétude, celui de certaines places
offrait, lui aussi, une triste image, notamment quant à la chaîne de places le long de
la frontière austro-turque. Ces forteresses manquaient de canons, de mortiers, de
poudre et de munitions et se trouvaient souvent en mauvais état. Cela pour une
simple raison : le manque d’argent. La situation devint inquiétante à tel point qu’en
1660 déjà, elle suscita les doléances de la Diète hongroise. A Szécsen par exemple,
en Haute-Hongrie, l’enceinte fut en ruine et avait besoin de réparations. La
forteresse de Neuhäusl (Nové Zámky) dans la même région demeurait, quant à
elle, inachevée.647
Quelques années plus tard, une lettre inédite envoyée de Neuhäusl par baron
de Soye, colonel d’un régiment d’infanterie, à Ferdinand Harrach, témoigne plus
que suffisamment de l’état piteux de certaines citadelles. « […] Au reste, mon
devoir m’oblige de représenter à V. EX. le misérable estat dans le quel j’ay trouvé
ces villes Montagnes après avoir pris le commendement d’icelles et ayant les visité

646
Mémoires de Montecuculi, généralissime des Armées, et Grand-Maître de l’Artillerie de l’Empereur avec les
Commentaires de Monsieur le Comte Turpin de Crissé, Maréchal des Camps et Armées du Roi, Inspecteur Général
de Cavalerie et de Dragons, des Académies Royales des Sciences et Belles lettres de Berlin et de Nancy, Leipzig,
1770, p. 412-413.
647
Jean Bérenger, Léopold Ier, p. 310.

226
toutes, aussi bien les places frontières aux environs, je scauray pas expliquer
combien ils sont en desordre, et outre que les fortifications, à cause de n’avoir
jamais eu aucune reparation de ce que le temps a détruit, sont par terre, et la plus
part de l’artiglerie hors d’estat de servir, il y a dans aucune place la moindre
provision, de poudre, mesche, plombe, ni bales de canons, entre autres, dans la
ville de Carpen [Korpona], frontière contre les Turcs, il n’y a pas autant de
rempar[t] ni banquet sur les murailles pour mettre des hommes en cas de nécessité
et par bonheur j’ay trouvé un seul canon en estat, pour faire allarme au pays,
quand on a nouvelles des ennemys, comme il arrive presque touts les jours,
particulierement à présent que je suis obligé d’estre aux armes touts les moments
pour le bruit qui courre, et qui me vient confirmé de touts costés que depuis peux
les Turcs font joindre leurs guarnisons d’Erlau [?], Setschin [Szécsény] et
d’autres places avec dessein, comme l’on dit de faire quelque ravage icy dans le
Bergstett et puisque entre autres une petite ville nommé Heiligenkreuz [Szent
Kereszt] appartient à l’esarsque [ ?] d’Hongrie est actuellement menacé et en
crainte d’estre surprise, j’avois mis ces jours passés cent mosquetaires pour sa
défense mais à faute de munition, n’ayant pas eu autant pour se défendre une seule
nuit, j’estois obligé de les retirer, pour ne pas les hasarder au mesme temps, de
quoy V.EX. pourrat juger la garnison de guerre qu’il y a dans des lieux des quels
la conservation est de si haute importance pour l’intereste de sa Majesté […] ». 648
Afin de faire efficacement face à la poussée de l’armée ottomane, la Cour de
Vienne se vit alors obligée de mobiliser tous les moyens disponibles.
Pour la nouvelle campagne de 1664, les Habsbourg s’efforcèrent de réunir
une armée considérable : 21 régiments d’infanterie comprenant 36 000 fantassins
et 19 régiments de cavalerie avec 15 000 hommes résultèrent des augmentations
qui mirent à la disposition de l’armée impériale quelques 51 000 soldats. A cela

648
ÖStA, Allgemeines Verwaltungsarchiv (désormais AVA), Familienarchive (désormais FA), Harrach,
Familienarchiv, Familie in specie, 301.47, lettre du 13 janvier 1680. A comparer à M. Matunák, Život a boje na
Slovensko-tureckom pohraničí, Bratislava, 1983; L. Bencredy, «Životné pomery vojakov pohraničných pevností
v 17. storočí», Historické štúdie, 10, 1965, p. 94-106.

227
s’ajoutèrent les troupes hongroises, levées par les grands seigneurs mais
entretenues en partie aux frais du roi de Hongrie, c’est à dire de l’Empereur
Léopold Ier. Les princes de l’Empire, eux-aussi, envoyèrent leurs troupes comptant
environ 15 000 hommes. Les Electeurs de Brandebourg, de Bavière et de Saxe
participèrent à leur tour, avec quelque 4 000 soldats. La Ligue du Rhin, quant à
elle, proposa un corps d’armée fort de 7 000 recrues sous le commandement du
comte de Hohenlohe. Et il ne faut pas oublier le corps expéditionnaire de Louis
XIV de 6 000 hommes menés par le comte de Coligny.649 Au total, l’armée
chrétienne représenta environ 90 000 hommes ce qui fut, à l’échelle des armées de
l’époque, qui dépassaient rarement les 20 000 soldats, une force extraordinaire.650
La réunion d’une si grande armée présenta cependant des problèmes
considérables d’organisation, ne serait-ce que pour assurer les déplacements, le
ravitaillement et l’équipement. Commander une telle armée composée de
différentes nationalités présentait également de nombreuses difficultés. Il fallut
tout d’abord résoudre la question de la communication. Parmi les soldats se
trouvèrent les Tchèques, Allemands, Wallons, Italiens. Jean Louis Ratuit de
Souches fut Français, le commandant en chef de l’armée impériale, Montecuccoli,
descendait d’une famille italienne…
Malgré les difficultés évoquées, les Impériaux réussirent à faire face à
l’ennemi redoutable. Il est inutile de décrire ici toutes les opérations de l’armée
principale commandée par Montecuccoli, d’autres le firent avant nous.651 Nous
allons nous consacrer plutôt aux exploits de Jean Louis Ratuit de Souches qui
commandait parallèlement un corps de l’armée auxiliaire en Haute-Hongrie.
A la fin de mars 1664, de Souches, fort de 8 500 hommes de renforts, arriva
devant la ville de Bojnice et entreprit ensuite une marche le long de la rivière Nitra.

649
Ces troupes n’agissent pas sous le pavillon du roi, mais au titre de la Ligue du Rhin car Louis XIV reste
officiellement l’allié du sultan. Sur les relations entre la France et l’Empereur voir de manière générale Klaus
Malettke, Les relations entre la France et le Saint-Empire au XVIIe siècle, Honoré Champion, Paris, 2002.
650
Jean Nouzille, «Les Impériaux aux XVIIe et XVIIIe siècles», in : Jean Bérenger (sous la dir. de), La révolution
militaire en Europe, p. 65-102, ici p. 71-77 avec la littérature correspondante.
651
Georg Schreiber, op. cit., p. 167-188.

228
L’armée hongroise sous le commandement des lieutenants Koháry et Beresényi
passa devant la ville du même nom (Nitra) et se mit à bloquer les accès vers
Neuhäusl. Le 17 avril, de Souches avec 16 000 hommes commença le siège de
Nitra qui capitula le 3 mai. « […]Désormais, mes armées avaient attaqué
simultanément les places de Kanizsa et Nitra. En ce qui concerne la dernière, je
suis de bon espoir car de Souches se trouve devant. L’autre sera en revanche une
très dure noix à casser […] Que Dieu nous donne sa bénédiction. Si Deus pro
nobis, quis contra nos ? P.S. : A ce moment vient d’arriver le messager de de
Souches m’informant que Nitra fut prise, avec la Grâce de Dieu, le 3è de ce mois
par les nôtres ; il faut alors espérer que cela fera un bon effet pour la suite »652
écrivit Léopold Ier à son confident, comte Pötting à ce sujet. Lors des opérations
devant Nitra, de Souches tomba grièvement malade et fut soigné et guéri par le
médecin de l’Empereur, dénommé Billot.653
Six jours plus tard, les Impériaux se trouvèrent devant Levice (Léva,
Leuwenz) mais cette fois-ci, l’armée auxiliaire turque, forte de 15 000 hommes,
partie à leur encontre, les fit renoncer à leur plan. Ce fut à ce moment-là que de
Souches demanda alors de l’aide à Vienne qui lui promit d’envoyer le général
Heister. Jusqu’au milieu du mois mai, en attendant les nouveaux contingents, de
Souches affrontait les Turcs dans la vallée de Hron. D’après l’Empereur,
l’affaire turque représentait toujours « […] vraiment une très grosse et dure noix à
casser ».654 Pour attendre les renforts annoncés, les Impériaux se retirèrent à Szent
Kereszt an der Gran (Svätý Kríž nad Váhom) où ils livrèrent, le 16 mai, une
bataille victorieuse. « J’espère néanmoins qu’avec l’aide de Dieu nous allons
pouvoir encore une fois montrer nos dents […] Le comte de Souches eut une
heureuse rencontre avec ennemi, durant laquelle il fit face aux 12 000 Turcs et
Tatares alors qu’il disposait seulement de quelques 3 000 hommes ; contraint à se

652
Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., p. 53, lettre no 33, Regensburg, 7 mai
1664.
653
Ferenc Tóth, Saint-Gotthard 1664 : une bataille européenne, Panazol, 2007, p. 115.
654
Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., p. 56, lettre no 35, Linz, 30 mai 1664.

229
battre, il quitta le champs après quelques heures de combat en laissant derrière lui
environ 1 000 Turcs morts […] » écrivit à cette occasion Léopold Ier au comte
Pötting.655
Le 9 juin 1664, de Souches réapparut devant Levice qui capitula le 14 du
même mois. « […] Levice vient d’être délivrée par de Souches et comme l’affaire
était très chaude, je ne pris aucun plaisir de vous écrire avant de connaître le
résultat ».656 Suite à l’ordre de Vienne qui craignait l’avancement des Turcs contre
l’Autriche, de Souches partit à Hlohovec afin de défendre la ligne déssinée par la
rivière de Váh, plus à l’Ouest. Selon les plans stratégiques du Président du Conseil
de guerre Wenzel Eusebius de Lobkowicz, de Souches devait même détacher une
partie de ses troupes pour les envoyer en Moravie afin d’assurer la défense du
pays.657 Lors de sa marche, il apprit les nouvelles sur la concentration de l’ennemi
(de 15 000 à 20 000 hommes) près de Parkan (Štúrovo). Sans trop attendre, il fit
demi-tour et traversa la Hron pour s’imposer face à l’ennemi.658
La victoire la plus brillante l’attendit le 19 juillet 1664, de nouveau près de
Lewenz (Levice). Ce jour-là, de Souches battit l’armée de Sara Hussein qui perdit
6 000 hommes, les bagages, 100 drapeaux et de nombreux canons.659 « Monsieur,
je n’ai pas le loisir d’escrire à Votre Excellence toutes les particullarités de la
bataille que nous avons euë avec les Turcs dont par la grâce de Dieu les hommes
de Sa Majesté ont optenu une victoire complaite ; nous les [les = les Turcs] avons
tellement mis en desespoir après plus de deux heures que l’action a duré qu’ils
n’ont pas eu le temps de faire résistence dans le principal camp […] où ils ont esté
trouvé bagage ; et dans la poursuite de deux lieux entières ce qui les plus prompts

655
Ibidem.
656
Ibidem, p. 59, lettre no 37, Mautern, 24 juin 1664.
657
Voir une lettre adressée par Wenzel Eusebius de Lobkowicz, le 2 juillet 1664, à Ferdinand de Dietrichstein où
Lobkowicz conseilla d’entretenir une correspondance régulière ( « fleissig correspondiren ») avec le général Jean
Louis Ratuit de Souches. MZA Brno, G 140, RA Dietrichstein, no1926/66, carton 470, folios 55-56.
658
La description des opérations de Souches menées en Haute-Hongrie fut établie d’après Vojtech Kopčan – Klára
Krajčovičová, op. cit., p. 94-96; Vojtech Kopčan, «Der osmanische Krieg gegen die Habsburger (im Hinblick auf
die Slowakei)», in: Asian and African Studies, 2, 1993, p. 169-189; Georg Wagner, Das Türkenjahr 1664: Eine
europäische Bewährung, Eisenstadt, 1964, passim.
659
Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., p. 60-63, lettre no 39, Vienne, 23 juillet
1664.

230
à prendre la fuitte avoient envoyé devant de bagage est resté entre nos mains et
esté tués tant en la fuitte que pendant le combat […] je vous espère [!] Monsieur
que de 25 mille hommes qu’ils estoient ils en reste bien peu en estat de faire
[combat] sur de longtemps ce qui obligera le Grand vizir de partager les forçes ;
Ainsi je scai que Sa Majesté [l’Empereur] se resoudera aussi de m’en envoyer
davantage et que Sa Majesté devera faire plus d’effort pour la subsistence de ce
corps que cela n’a fait jusques ici […] ».660 Ce fut avec ces mots que de Souches
en personne décrivit le déroulement de la bataille afin d’en tenir informé le comte
Ferdinand de Dietrichstein.
Un témoignage précieux nous est parvenu grâce à une lettre que le médecin
Billot soignant de Souches devant Nitra envoya à un de ses amis. Témoignage
d’autant plus intéressant qu’il s’agit d’un texte rédigé par un civil dont le rapport
aux affaires militaires ne fut sûrement pas pareil que chez les soldats : « Le
Général, qui avoit harangué ses officiers et ses soldats à se maintenir
courageusement, soustint le premier choq sans branler, l’ennemy furieux
recommença à les attaquer ; les soldats cachez avancèrent, l’aile droitte
commandée par M. Heister essuya la décharge des janissaires ; il les rompit après
cette descharge, l’aile gauche prit les Tartares, Moldaves, et Turcs, en flanc, et le
reste du corps d’armée s’avançant, poussa si heureusement ces barbares, qu’il en
est demeuré six à sept mille sur la place. Trois Bassas commandoient cette
canaille, un est demeuré entre les morts, l’autre fort blessé, et le troisième avec le
reste des fuyards , court encore, ayant laissé vingt pièces de canon, un nombre de
chariots innombrables, chargez de toutes sortes de provisions, tous meubles des
plus précieux ; huit à dix mille bœufs, plus de cent estandards, des chameaux en
grand nombre, beaucoup de beaux et bons chevaux, des armes de toutes sortes, et
des plus belles. Nous apprendrons en bref, la suite de cette victoire, ce Généreux
chef n’en demeura pas là, d’autant qu’il a gaigné avec peu de perte, ne contant
660
Le rapport sur la bataille („Schlachtbericht“), rédigé le 20 juillet 1664 en allemand avec les commentaires en
français par de Souches-même et adressé à Ferdinand de Dietrichstein. MZA Brno, G 140, RA Dietrichštejnů, carton
206, no 604.

231
pas plus de cente des siens demeurez sur la place, avec quelques blessez. Il n’y a
qu’une personne de considération de tué, qui commandoit seulement trois cens
hongrois qui estoient restez entre les Allemands, les autres s’estant retirez peu de
jours auparavant ce combat, comme ils font souvent, c’estoit un homme bien-fait
que j’ay veu au camp et se nommoit M. Cohari [István Koháry]. A mon arrivée tout
le monde m’a félicité de cette heureuse cure et promptement l’on m’attribue
l’honneur de cette victoire. »661
La nouvelle de la victoire se répandit très vite et fit sensation partout où elle
fut diffusée. Ainsi, en Angleterre, le Secrétaire à l’Amirauté Samuel Pepys, nota
dans son diaire : « Le premier août 1664. Suis allé au ‘coffee-house’ où tout le
monde n’en avait que pour la victoire que le général de Souches, Français, soldat
de Fortune, commandant une partie de l’armée allemande, avait obtenu contre les
Turcs en tuant 4 000 hommes et s’emparant d’un butin extraordinaire. »662
Pour exploiter cette victoire, de Souches embarqua 10 500 hommes sur 4
galères et 40 galiotes pour descendre le fleuve de Hron (Garam) et attaquer Parkan,
en face d’Esztergóm.663 Il réussit à détruire un pont de pontons sur le Danube près
de Parkan et empêcha ainsi les Turcs de passer le fleuve. « […] Le 2 de ce mois
[août], de Souches délivra Parkan et détruisit le pont au confluent de Garam et
Danube ce qui n’est pas des moindres choses […] » écrivit Léopold Ier au comte de
Pötting.664
Simultanément aux opérations en Haute-Hongrie, l’armée impériale
commandée par Montecuccoli, anéantit le 1er août l’armée turque à Saint-
Gotthard.665 Il n’est pas de notre intention de donner ici une description détaillée de

661
Cité d’après Ferenc Tóth, op. cit., p. 115-116.
662
« August 1st. [1664] To the Coffee-house, and there all the house full of the victory Generall Soushe, who is a
Frenchman, a soldier of fortune, commanding part of the German army, hath had against the Turke ; killing 4000
men, and taking most extraordinary spoil. » Diary and Correspondence of Samuel Pepys, Secretary to the
Admiralty in the reigns of Charles II and James II, Richard Braybrooke (éd.), London, 1854 (5è édition), vol. II, p.
154. Traduction P. Klapka.
663
Jean Bérenger, La Hongrie des Habsbourg, p. 131.
664
Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., p. 63-65, lettre no 40, Vienne, 6 août
1664.
665
La toute dernière monographie consacrée à la bataille et aux événements la précédant fut publiée par Ferenc
Tóth, op. cit. Elle contient également une bibliographie précieuse mise à jour.

232
la bataille car cela ne concerne pas le sujet de notre travail. Rappelons seulement
quelques traits essentiels. L’armée chrétienne attaqua à 9 heures du matin et la
bataille fit rage jusqu’à 16 heures. Au début des combats, on se demandait si les
Alliés tiendraient le choc, car dans la première furie de l’ennemi, 1 000 hommes
furent massacrés et quelques officiers prirent la fuite. Montecuccoli cependant
demeura impassible. Les Turcs subirent de très grosses pertes et selon les
évaluations scientifiques les plus récentes et probablement les plus précises, ils
perdirent 7 000 ou 8 000 hommes ce qui représentait environ 10 % de leurs
effectifs actifs. Quant aux troupes coalisées, leurs pertes s’élevèrent à 5 000 ou 6
000 hommes. Mais pour les Turcs, les hommes disparus comptèrent doublement
puisqu’il s’agit pour la plupart de l’élite de l’armée ottomane, les meilleures
troupes de janissaires et de spahis dont la disparition décapita littérairement
l’armée du Grand vizir.666
Malgré le succès incontestable des armes chrétiennes, la menace turque était
toujours sensible et le gouvernement de Vienne en était bien conscient. Dans cette
situation, les Turcs surent transformer un échec militaire en un succès
diplomatique éclatant. Léopold Ier s’empressa de signer une trêve de 20 ans avec le
Grand vizir, à Vasvar le 10 août 1664, et la bataille de Saint-Gotthard, indiscutable
victoire de l’armée chrétienne, se solda par une défaite diplomatique. En effet, la
paix prévoyait la cession par l’Empereur des places conquises par les Ottomans
depuis 1660, dont les positions hautement stratégiques de Nagyvárad et
Ersékújvár, et Léopold Ier reconnut le protectorat de la Sublime Porte sur la
Transylvanie, ce qui suscita un vif mécontentement parmi les magnats du double
royaume de Hongrie et Croatie .667

666
Ibidem, p. 107. Au sujet des janissaires par exemple Gerhard Schweizer, Die Janitscharen. Geheime Macht des
Türkenreiches, Salzburg, 1984 (2e édition).
667
Ferenc Tóth, op. cit., p. 117-120.

233
2. Les faveurs impériales et promotions militaires

Comme nous l’avons signalé, une part du triomphe de l’armée chrétienne en


Hongrie contre les Turcs doit être attribuée à de Souches. Ses opérations en Haute-
Hongrie obligèrent l’ennemi à diviser ses forces ce qui diminua les effectifs à
Saint-Gotthard au grand soulagement des coalisée. Ainsi, l’Empereur, conscient de
bons et loyaux services de son général, fut très généreux envers ce dernier. Mais
revenons un peu en arrière afin de dresser une rétrospective des exploits de
Souches et de compléter son curriculum vitae.
Le succès devant Brno propulsa Jean Louis Ratuit de Souches parmi les
chefs militaires affirmés et lui assura une renommée incontestable. Rapidement, il
fut promu feld-maréchal, en 1648. Son élévation dans les rangs de la haute
noblesse survenue en mai 1646 et qui lui donna le droit d’utiliser le titre du comte,
fut confirmée le 15 juillet 1649 par un diplôme impérial l’autorisant de se servir du
prédicat « wohlgeboren » (bien né) pour sa personne mais également pour tous ses
descendants.668 Et comme si cela ne suffisait pas, la même disposition fut de
nouveau confirmée par le chancelier Guillaume Slavata une année plus tard, le 22
mars 1650.669
L’établissement d’un noble sur le territoire des pays tchèques fut impossible
sans avoir obtenu l’autorisation préalable officielle de la part du souverain – le
fameux « incolat » (iustus incolatus).670 De Souches comprit vite l’enjeu que cet
accord représentait pour l’avancement de sa carrière et n’arrêtait pas de solliciter
les autorités de Vienne pour s’en procurer.671 Le 12 février 1649 arriva une bonne
nouvelle du comte Georg Martiniz qui écrivit à de Souches que la chancellerie de

668
OStA, Finanz- und Hofkammerarchiv (désormais FHKA), Sonderbestände, Sammlungen und Selekte,
Familienakten, S – 124.
669
MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 30, no 560, diplôme du 22 mars 1650.
670
Sur l’évolution de l’incolat en Moravie voir František Kameníček (éd.), Zemské sněmy a sjezdy moravské. Jejich
složení, obor působnosti a význam od nastoupení na trůn krále Ferdinanda I. až po vydání Obnoveného zřízení
zemského (1526 – 1628), I-III, Brno, 1900 – 1905, ici notamment t. III, p. 526-566.
671
MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 30, no 557, brouillon de la demande d’incolat de 1649. Mais également
MZA Brno, A 12, Akta šlechtická, II 3/3, 1649-1651, demandes de Jean Louis Ratuit de Souches à l’Empereur
Ferdinand III concernant l’incolat.

234
Bohême à Vienne commençait à étudier sa demande et que l’incolat lui serait
bientôt accordé sous condition de se convertir, dans un délai de trois ans, au
catholicisme.672 Le grand jour arriva, enfin, le 29 mars 1649. Jean Louis Ratuit de
Souches obtint l’incolat pour les pays tchèques ce qui l’autorisait à posséder des
biens dans les pays en question et à prétendre accéder aux divers offices s’il le
souhaiterait. Afin de le rendre officiel, l’acte fut retranscrit dans les registres des
Tables moraves673 et l’heureux acquéreur put en informer son confident, le comte
Christopher Breuner : « […] Aujourd’hui, c’est une journée d’exception car je
viens de recevoir l’incolat pour la Moravie […] ».674
La question de la reconversion de Souches vers le catholicisme, ouverte avec
l’attribution de l’incolat, ne fut jamais éclairée de façon satisfaisante. En effet,
nous ne disposons d’aucun document qui prouverait le changement de sa
confession. Certains historiens prétendirent que ce fut déjà en 1650 à l’occasion
des préparatifs de la célébration du départ des Suédois de la Moravie,675 d’autres
avancèrent l’année 1652 suivant la clause du diplôme d’incolat.676 Mais l’état
actuel des choses veut que les preuves tangibles ou manquent ou restent encore
oubliées dans les coins inexplorés des archives.677
Une nouvelle faveur attendit Jean Louis le 5 mars 1663 où il obtint le titre du
comte d’Empire. Le diplôme publié par Léopold Ier justifia cette décision
ainsi : « Nous Léopold par la grâce de Dieu, empereur des Romains etc. faisons
savoir qu’ayant pris en considération le zèle et dévouement qu’a témoigné envers
nous, notre empire et notre auguste maison d’Autriche, Louis Ratuit de Souches,
baron et seigneur de Jayspitz, conseiller actuel du conseil de guerre, chambellan
général d’artillerie, colonel d’infanterie et commandant de notre marquisat de

672
MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 30, no 559.
673
MZA Brno, A 3, Stavovské rukopisy, côte 56, « Matrika šlechtická 1628-1868 », Kvatern majestátu, A, fol. 77.
674
OStA, HHSA, Schlossarchiv Grafenegg, Akten 93-1, lettre de Bratislava (Presburg), 12 avril 1649.
675
Josef Válka, Dějiny Moravy, p. 114.
676
Henry Frederick Schwarz, The Imperial Privy Council in the seventeenth Century, Cambridge, 1943, p. 351 ;
Jean Bérenger, Les Gravamina, p. 73. Certains historiens eurent recours à des datations évasives, telles que « […]de
Souches se réconverti dans les trois ans suivant l’attribution de l’incolat […] ». Pavel Balcárek, Pod Špilberkem
proti Švédům, p. 84.
677
Miloslav Trmač, Maršál Jean Louis Raduit de Souches a Znojemsko, p. 13-15.

235
Moravie, ainsi que les services importants qu’il a rendus à notre très honoré
seigneur et père le feu empereur Ferdinand III du nom, à nous même, au saint
empire romain, à nos autres royaumes et états contre nos ennemis et sujets
rebelles, soit en différentes batailles et combats, dévouant à nos intérêts, ses biens
et sa vie même, soit en diverses attaques et défenses de villes, ayant signalé son
courage à la défense de Brinn, à la reprise de plusieurs villes que l’ennemi nous
avoit enlevées, ayant mis hors d’insulte divers postes de la plus grande
importance, fait lever aux Suédois le siège de Prague [!] , puis les ayant chassé de
Cracovie dont ils s’étoient emparés ; s’étant rendu maître de Thorn [Torun] en
Prusse, ainsi que des villes et forteresses de Wieldenbourg, Dahm, Greiffenhagen,
de ville et isle de Wolin avec toutes ses dépendances ; ayant commandé, conservé
et conduit nos armées avec autant de prudence que de capacité jusqu’à la
conclusion de la paix ; de plus s’étant opposé en qualité de général de nos troupes
aux progrès des infidèles qui menaçoient la Haute Hongrie, fortifié et muni les
places fortes de ce pays, et fait des conquêtes sur les ennemis du nom chrétien,
enfin s’étant distingué en toutes les occasions par sa valeur et par une expérience
consommée. A ces causes pour reconnoître de si grands services et les payer par
une sorte d’équivalent, après une mure délibération et de notre certaine science,
nous élevons Louis Ratuit, baron de Souches, lui et ses héritiers légitimes en ligne
descendante mâles et femelles à la qualité et rang de nos comtes et comtesses du
saint empire romain, comme s’ils étoient nés tels d’origine et de quatre ayeux ;
ordonnons que ledit Louis Ratuit et ses héritiers jouissent du rang, honneurs et
prérogatives de comtes et comtesses de l’empire […] Donné en notre ville de
Vienne le 5 mars 1663. »678 Inutile d’en ajouter plus.
L’année suivante, après la signature de la paix de Vasvar, de Souches fut
nommé le 17 octobre 1664 colonel de la forteresse de Komárom (Komárno en
Slovaquie actuelle) et commandant de la région contrôlée par cette place. Il eut

678
Cité d’après Louis-Etienne Arcère, Histoire de la ville de La Rochelle, p. 445-447. Original du diplôme déposé à
MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 30, no 561 ; no 571.

236
également la charge des villes minières de la Haute-Hongrie. De cette époque, un
témoignage précieux nous est parvenu, relatant un événement de la fin du
printemps 1665. A la fin du mois de mai de l’année en question, Léopold Ier envoya
son plénipotentiaire, le comte Gaultier de Leslie sur le territoire ottoman où ce
dernier devait rencontrer un ambassadeur turc. Le but de cette entrevue fut
d’établir les relations entre l’Empereur et le Sultan. Le comte Leslie traversait les
régions où commandait le général de Souches et à l’occasion du passage d’une
personnalité si importante, lors d’une des escales du diplomate impérial, Jean
Louis Ratuit de Souches organisa un accueil brillant. « […] L’ambassade arriva
sur les cinq heures du 29 mai 1665, au son des trompettes, à Comore, la dernière
forteresse de la chrétienté du côté de l’Orient. Le comte de Souches, général de ces
quartiers, s’approcha en diligence, et donna à l’ambassadeur toutes les marques
d’une civilité exquise. Il le conduisit au château, par les chemins bordés d’un
grand nombre de soldats, et lui en ayant fait voir toutes les défenses, le régala
magnifiquement, et le divertit autant qu’on le pouvait souhaiter, par la rareté des
services, des feux de joie, la mousqueterie, et surtout des feux d’artifice, qui
parurent pendant la nuit, avec une industrie merveilleuse, peignant souvent les
noms de Léopold et de Marguerite, infante d’Espagne, avec une gentillesse qui
tirait l’admiration des spectateurs…Le 30 mai était le terme fixé pour l’entrevue
des deux ambassadeurs. C’était une belle et vaste campagne…L’ambassadeur
parut en ce lieu, et le comte Leslie se mit en marche pour le rencontrer. Les
députés pour les conduire, étaient du côté de Sa Majesté, le comte de Souches et
M. Feichtinguer, commissaire impérial, et de la part du Grand-Seigneur, le bacha
d’Albaregalis et le bey de la ville de Graan. On voyait 500 hommes d’un côté, et
500 hommes de l’autre, armés de toutes pièces […]. »679
Le texte que nous venons de citer n’est pas une simple relation sur une
rencontre entre deux diplomates quelque part aux confins éloignés de la Monarchie

679
Histoire de l’état présent de l’Empire ottoman, Amsterdam, 1671. Cité également par M.E.Hivert, « Ratuit,
comte de Souches, né à La Rochelle », Revue de l’Aunis, 2è volume, 15 avril 1865, p. 361-362.

237
des Habsbourg. Il pourrait également être exploité pour les études sur le
déroulement des festivités au XVIIe siècle. En effet, la description assez détaillée et
précieuse des feux d’artifice donnés à la forteresse de Komárno passe dans cette
lumière pour une information de taille.680
Dans la fonction du commandant de Komárno, Jean Louis Ratuit de Souches
entreprit la construction d’une nouvelle citadelle appelée Leopoldov, en l’honneur
de l’Empereur, qui devait compenser la perte de celle d’Ersékujvar prise par les
Turcs. Les travaux se poursuivirent dans les années 1665 – 1669 d’après le modèle
des forteresses italiennes les plus modernes. Jean Louis Ratuit de Souches
supervisait l’avancement du chantier alors que la construction-même fut confiée à
Johann Arigsperger, puis à Johann Ungern. La citadelle en forme d’une étoile avec
son système défensif s’étalait sur 56 hectares, dotée de massifs bastions, murs et
d’un fossé rempli d’eau.681 Nous abordons ici un autre aspect de compétences
militaires de Jean Louis Ratuit de Souches, celui d’un spécialiste de fortification.
Lors de nombreux sièges auxquels il assista en tant que défenseur (La
Rochelle, Brno…) ou assaillant (Jihlava, Torun, Nitra…), de Souches atteignit une
maîtrise de l’architecture militaire de l’époque et devint son fin connaisseur. Il
montra ses capacités à multiples occasions et son talent n’échappa pas au haut-
commandement de l’armée impériale. Nous avons déjà mentionné son intérêt qu’il
porta aux travaux de la restauration et de la modernisation des systèmes de défense
des villes de Brno et d’Olomouc. Mais malgré son intérêt prononcé pour les
fortifications, de Souches ne s’affirma jamais en tant que théoricien de
l’architecture et resta un pragmatique observateur. Il se fia avant tout à ses
expériences personnelles tout en s’adaptant aux conditions locales plutôt que de

680
Au sujet des festivités baroques et notamment sur le rôle des feux d’artifice lors des fêtes de l’époque voir
Eberhard Fähler, Feuerwercke des Barock. Studien zum öffentlichen Fest und seiner literarischen Deutung vom 16.
bis 18. Jahrhundert, Stuttgart, 1974 ; Beatrix Bastl, « Feuerwerk und Schlittenfahrt. Ordnungen zwischen Ritual und
Zeremoniell », Wiener Geschichtsblätter 51, 1996, p. 197-229.
681
En 1854, Leopoldov fut transformé en une prison, tristement réputée notamment pendant le deuxième moitié du
XXe siècle, à la période communiste. Voir ABC kulturních památek Československa, Prague, 1985, p. 264.

238
proposer un système sophistiqué déconnecté de la réalité. Le cas d’Olomouc, le
plus connu, pourrait servir d’exemple.
Depuis le départ des Suédois en 1650, la ville d’Olomouc et surtout ses
fortifications étaient dans un triste état. De Souches comprit vite l’importance
stratégique de la place dans la région et présenta, en 1658, le premier projet de la
défense de la ville reposant sur une imposante enceinte des bastions. Les travaux
furent conduits par le colonel Locatelli. La conception reposait sur l’utilisation des
ouvrages défensifs existants érigés par les Suédois et sur leur renforcement. Rien
de révolutionnaire. Il prévoyait 10 nouveaux bastions, les doubles et par endroit
même les triples murs, les contrescarpes. Les travaux ne furent achevés qu’en
1676.682 Hormis la Moravie, de Souches fut également, ou peut-être avant tout,
actif en Haute-Hongrie où il modifia de nombreuses places telles que Komárno,
Nitra, Levice ou encore Košice.683
A la fin d’août 1665, l’Empereur Léopold réfléchissait sur la nomination de
nouveaux membres de son Conseil privé (Geheimer Rat). Le choix ne fut pas facile
car ce poste suscitait de nombreuses convoitises de la part d’une grande partie de la
noblesse gravitant autour de la Cour. Le Conseil privé fut institué par l’ordonnance
du 1er janvier 1527 de Ferdinand Ier. C’était une autorité politique suprême de la
Monarchie et il équivalait du conseil des ministres moderne. Le titre était tellement
envié que l’Empereur ne cessait de l’accorder et le nombre des conseillers
(conseillers d’Etat) avait considérablement augmenté, au point qu’à la mort de
Léopold, l’on comptait 240 membres du Conseil. Cependant, la fonction n’était
plus (à l’époque de Léopold Ier) qu’une distinction honorifique car parmi les

682
Le plan des fortifications d’Olomouc signé par de Souches se trouve à Kriegsarchiv Wien, GPA Inland C IV, α,
Olmütz, no 19. A comparer à Jiří Procházka, «Brno a Olomouc po třicetileté válce», p. 115-116 ; Vladimír Kupka,
«Plány a mapy fortifikací ze 16. až 19. století, ležících na území dnešní České republiky, uložené ve Válečném
archivu ve Vídni (Kriegsarchiv in Wien)», SAP, 48, no 1, 1998, p. 189-324, ici p. 268. De manière générale sur les
travaux de fortification de Souches voir Vladimír Kupka, Stavitelé, obránci a dobyvatelé pevností, Prague, 2005, p.
292-297.
683
Miroslav Plaček – Martin Bóna, Encyklopedie slovenských hradů, Prague, 2007, articles correspondants.

239
conseillers, seuls 32 étaient les conseillers privés effectifs (wirkliche Geheime
Räthe) régulièrement rétribués.684
De la longue liste de prétendants, Léopold choisit enfin trois candidats : le
comte Humprecht Jan Czernin, Konrad Balthasar de Starhemberg et le feld-
maréchal, comte Jean Louis Ratuit de Souches.685 Czernin fut sélectionné suite à
ses loyaux services de longue date. Dès son jeune temps, il fut actif à la cour de
Vienne et passa également trois années en mission diplomatique auprès de la
République de Venise.686 Quant au comte de Starhemberg, gouverneur en Basse-
Autriche, Léopold argumenta par les services de ses ancêtres qui furent tous
membres du Conseil privé. Mais en dehors de cela, le monarque sortit une raison
de taille : comme Starhemberg se trouvait à la tête de l’appareil administratif de la
Basse-Autriche, sans le titre du conseiller, il ne pourrait pas jouir de l’autorité
suffisante.687
La décision en faveur de Souches fut motivée par les exploits de ce
dernier688 mais suscita en même temps une vague de résistance acharnée car dans
ce milieu exclusif, le feld-maréchal comptait un nombre d’ennemis, parmi lesquels
Gundaker de Dietrichstein, Jean Maxmilian de Lamberk et Raimondo
Montecuccoli.689 Afin de contester la nomination de Souches, ces hommes
argumentèrent par le fait que le nombre de conseillers fut suffisamment élevé et

684
Jean Bérenger, Léopold Ier, p. 152-153.
685
Henry Frederick Schwarz, op. cit., p. 348-351. Après être nommé conseiller privé, Jean Louis Ratuit de Souches
garda ce titre jusqu’à la fin de ses jours, en 1682.
686
Une correspondance abondante de cette mission entre Léopold et le comte de Czernin fut éditée par Zdeněk
Kalista (éd.), Korespondence císaře Leopolda I. s Humprechtem Janem Černínem z Chudenic, t. I, (duben 1660 –
září 1663), Praha, 1936. A comparer à Zdeněk Kalista, « Humprecht Jan Černín jako mecenáš a podporovatel
výtvarného umění v době své benátské ambasády », PA, 36, 1929, p. 53-78.
687
« …nit gennueg Autorität zue Administrierung der Justiz haben würde… ». Alfred Francis Pribram – Moriz
Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., p. 156, lettre no 75, Vienne, 2 septembre 1665.
688
« […] also habe ich heut drei [prétendants] resolvirt : 1. den Graf von Czernin […] 2. den allhiesigen
Statthaltern Grafen Konrad von Starhemberg […] 3. den Grafen und Feldmarschallen de Souches. […] Nun dieser
Cavalier hat mein Herrn Vater so viel Dienst geleist, Brünn defendirt, in diesem jüngsten Krieg Neutra und Levenz
wieder recuperirt, den Türken eine gute Schlapfen versetzt und durch dies denn auch Anlass ad operandum gemacht
[…] ». Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., p. 156, lettre no 75, Vienne, 2
septembre 1665.
689
Ivo Cerman, «Raimondo Montecuccoli», p. 585-586 ; Jean Bérenger, « Montecuccoli homme d’Etat (1609-
1680) », in : Combattre, gouverner, écrire. Etudes réunies en l’honneur de Jean Chagniot, Economica, Paris, 2003,
p. 109-120 ; Rostislav Smíšek, Císařský dvůr a dvorská kariéra Ditrichštejnů a Schwarzenberků za vlády Leopolda
I., p. 254-255 avec la bibliographie à ce sujet.

240
qu’il serait donc inutile d’en augmenter les rangs. En outre, si la carrière militaire
de Jean Louis n’était pas susceptible d’être mise en question, ses origines, elles,
donnaient un prétexte idéal pour ses adversaires qui se demandèrent en effet,
comment un Français pourrait occuper un poste de si grande importance sachant
que la France était un ennemi tenace de la Maison d’Autriche. Mais Léopold resta
sourd à ces critiques et défendit son maréchal en soulignant que parmi les
conseillers, il y avait également d’autres étrangers. Pour donner du poids à ses
mots, il ajouta en même temps que de Souches ne possédait aucune terre dans son
pays natal et que toute sa fortune, dont la valeur s’élevait à plus de 200 000 florins,
reposait sur la possession des biens dans les pays des Habsbourg. Il termina par
constater que le maréchal avait des enfants et qu’il ne ferait certainement rien de
suspect qui pourrait nuire à leur avancement.690
Ce fut notamment cette confiance absolue de Léopold Ier envers son
maréchal qui permit l’ascension sociale fulgurante de Jean Louis Ratuit de Souches
et qui lui valut de trouver une position solide à la Cour de Vienne. La situation
privilégiée de Souches fut également remarquée par les ambassadeurs vénitiens
auprès de la Cour impériale, tels que Alois Molin, en 1661691 ou Zuanne Morosini
en 1674.692 Mais un témoignage le plus éloquent nous parvint grâce à l’anonyme
français de 1671 dont nous avons déjà rappelé l’existence. « [De Souches] s’étant
jeté fort avant dans les services des Suédois, où plusieurs jeunes français allaient
pour lors apprendre le métier de la guerre, il s’avança avec le temps jusqu’au
poste de lieutenant-colonel. Mais, s’étant brouillé avec le général Torstenson [!],

690
« Möchte man sagen, es werden gar zu viel geheime Räth promovirt, nun so ist es nit ohne. […] Zweitenst, posset
in specie obiici, Souches wär Franzos, hoc esse inauditum (est etiam inauditum, ut alii aliarum exterarum nationum
sint intimi consiliarii), sed de hoc sileo, melde aber nur dies, dass der Souches schon so viel Jahr allhier dient,
niemal die geringste falta begangen, aber wohl veil guete Dienste geleist hat. Hat auch in Gallia kein Spanne Erd,
in meinen Erblanden aber über 200 000 Gulden, darzue hat er Kinder, und also kann man ja nit ihm suspiciren. Ich
schreibe dies so ausführlich, damit (si esset necesse) Ihr praeoccupiren könnet, dann ich besorge, es werden meine
eigue Leut viel sachen hievon spargiren, et forsan ipse Lamberg, de quo vere non meretur Souches ; basta, also
gehet es zue. » Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., p. 156-157, lettre no 75,
Vienne, 2 septembre 1665.
691
« […] Il Susa, Francese, et odiato dalla Natione sostenuto più dall’auttorità dell’Arciduca Leopoldo […] ».
Joseph Fiedler (éd.), Die Relationen der Botschafter Venedigs über Deutschland und Österreich in 17. Jahrhundert,
tome II, p. 94.
692
Ibidem, p. 153.

241
sous lequel il servait, il quitta ce parti pour entrer dans celui de l’Empereur, où il
eût peu de temps après occasion de se venger du général Torstenson, en défendant
la ville de Brünn avec tant de vigueur qu’il lui en fit lever le siège. Il a depuis
continué à servir avec réputation, s’est fait catholique, s’est vu plusieurs fois en
chef commander une armée de l’Empereur et a battu les Turcs deux fois. Il s’est
particulièrement attaché à l’infanterie, où il est estimé le premier homme
d’Allemagne pour l’attaque et pour la défense des places ; vigilant et brave,
homme d’entreprise et résolu à la guerre et capable d’un grand commandement. Il
est du conseil de guerre […] ».693
L’infanterie citée dans le texte, fut en effet un élément auquel de Souches
tenait tout particulièrement. A l’époque où les régiments portaient les noms de
leurs créateurs ou des leurs propriétaires, désigner ainsi une unité de combat fut
une question de prestige.694 Déjà en 1642, Jean Louis Ratuit de Souches devint
propriétaire du régiment d’infanterie no 50 fraîchement créé ce qui contribuera plus
tard à sa renommée militaire et souligna son ascension sociale. Le régiment passa,
en 1676, entre les mains de son fils Charles Louis et après la disparition de ce
dernier, en 1691, entre celles du comte Leopold von Herberstein pour se perpétuer
jusqu’en 1809, l’année de sa dissolution.695
L’appartenance du feldmaréchal de Souches au Conseil de la Guerre
(Hofkriegsrat) mériterait, elle aussi, notre attention. Cet organe dont la création
remonte au 17 novembre 1556 et qui devint l’embryon du futur ministère de la
Guerre, fut à la fois le cabinet militaire du souverain, son état-major et le
secrétariat de son haut commandement. L’Empereur Mathias par son instruction du
14 novembre 1615 fit accroître la sphère de l’activité du Conseil dont la mission
principale fut dorénavant l’organisation de la défense des confins militaires
orientaux et méridionaux pour faire face à la menace turque. Le Conseil de la

693
Alfred Francis Pribram (éd.), «Aus dem Berichte eines Französen über den Wiener Hof in den Jahren 1671 und
1672», p. 284.
694
Jean Nouzille, op. cit., p. 86-91.
695
Militär-schematismus des Österreichischen Kaiserthumes, Wien, 1854, p. 908.

242
Guerre dont le fonctionnement et le champs d’action connurent maintes d’autres
modifications, devint sous Léopold Ier un des organismes clés de la Monarchie des
Habsbourg.696 Présidé par Montecuccoli depuis 1668,697 le Conseil comptait
notamment cinq militaires du rang le plus élevé qui furent tenus à assister à toutes
les sessions du Conseil. Il fut divisé en quatre sections, celle de l’armement traitant
les problèmes liés à l’armement, à l’artillerie, à la munition et aux arsenaux, celle
du ravitaillement devant assurer l’approvisionnement en vivres, celle du
recrutement et la section des fortifications et constructions s’occupant entre autre
de l’édification et de l’entretien des forteresses.698 Un terrain idéal pour de Souches
pour faire valoir et déployer toutes ses capacités du commandant militaire.
En 1667, Jean Louis Ratuit de Souches « […] a été gouverneur de Comorre
en Croatie699 vacant par la mort du prince de Bade. On a prétendu qu’on ne lui
avait donné ce poste que pour l’éloigner de Vienne, où il était incommode à la
cour. »700 Afin de pouvoir assurer correctement cette nouvelle mission, l’Empereur
Léopold autorisa son général de procéder au recrutement de nouveaux régiments et
dans un diplôme, il lui désigna les régions de Nüremberg, Augsburg, Ulm,
Regensburg et Passau pour territoires où il put aller chercher ses nouvelles
recrues.701
Si les effectifs de ses unités augmentaient, l’entretien de ces troupes
engloutissait, lui aussi, des sommes considérables. En 1667, pour maintenir
opérationnelle son armée déployée en Hongrie, de Souches demandait une
contribution mensuelle dont le montant s’élevait à 200 000 florins. Une somme
extraordinaire et sans doute quelque peu éxagérée comparée aux demandes

696
Oskar Regele, « Der österreichische Hofkriegsrat 1556-1848 », Mitteilungen des österreichischen Staatsarchivs,
1, Wien, 1949; Rainer Egger, « Hofkriegsrat und Kriegsministerium als zentrale Verwaltungsbehärden der
Militärgrenze. Festschrift Kurt Peball zum 65. Geburtstag », Mitteilungen des Österreichischen Staatsarchivs, Band
43, 1993, p. 74-93.
697
Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., p. 401-405, lettre no 197, Vienne, 15 août
1668.
698
Jean Nouzille, op. cit., p. 67-71 avec la bibliographie.
699
Il s’agit probablement de Komorn mais en Haute-Hongrie !
700
Alfred Francis Pribram (éd.), «Aus dem Berichte», p. 284.
701
OStA, HHSA, Reichshofrat, Gratialia et Feudalia, Patentes und Steckbriefe, 4-91.

243
présentées par d’autres généraux impériaux. Le grand rival de Souches, le général
Montecuccoli par exemple, chiffrait à la même époque les besoins annuels de ses
unités à quelques 500 000 florins.702 Nous n’allons pas nous consacrer ici à une
étude du financement de l’armée de Léopold Ier qui serait inséparable de celle des
finances de la monarchie des Habsbourg mais le moment est de constater que le
budget d’Etat était absorbé à 80% par les dépenses militaires.703
A la mort du comte Ernest von Traun, au début de décembre 1668,
l’Empereur se retrouva devant une décision compliquée. Il fallut en effet chercher
et nommer les personnes compétentes pour occuper les postes de l’Intendant de
l’Office de l’armement du pays (Landzeugmeisteramt), dépendant du
Commissariat général à la Guerre (Generalkriegscommissariat), et du Commandant
de la garnison de la ville de Vienne (Stadtobrist) devenus alors vacants. Le 5
décembre, Léopold Ier trancha en faveur de deux généraux rivaux : la direction de
l’Office de l’armement fut confiée à Raimondo Montecuccoli, le poste du
commandant de Vienne à Jean Louis Ratuit de Souches. Conscient que l’opinion
d’une partie de la Cour pourrait être hostile à la nomination de ce dernier,
l’Empereur tenta de justifier de tel choix. Certes, de Souches était Français et
Léopold se fit auparavant entendre qu’il fallait se méfier d’eux mais compte tenu
de services loyaux de son général, une exception pourrait être envisageable.704 La
préoccupation principale de Jean Louis dans cette fonction fut de superviser la
modernisation des fortifications de la capitale. Il s’y prit avec autant de zèle que
lors des travaux précédant le siège de Brno en 1645.

702
Robert Waissenberger (sous la dir. de), Die Türken vor Wien, Wien, 1982 (=Sonderausstellung des Historischen
Museums der Stadt Wien, t. 82), p. 87.
703
Jean Bérenger, Léopold Ier, p. 305.
704
« Und nachdem ich neulich Euch geschrieben habe, dass der von Traun gestorben seie, als habe ich das Land-
und Hauszeugmeisteramt auch dem Grafen Montecuccoli verliehe, zum Stadtobristen den General Susa declarirt.
Nun zweifle ich auch nit, man werde diese letztere Ersetzung darinnen gar odios vorbringen, weilen er Susa ein
geborner Franzos ist. Ich aber halt den vor kein Franzosen, so mir und mein Haus so viel Jahr treulich gedient, in
Feld etliche Ort erobert, in Ungarn ein Schlacht gwonnen, Brünn so ritterlich defendirt hat, welchen ich auch schon
Comorn anvertraut und in geheimen Rath admittirt habe. Wollet also auch diesen Rumor guet expliciren helfen, und
ist gwiss, dass er ein meritirter Diener ist […] ». Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op.
cit., p. 427-430, lettre no 207, Vienne, 6 décembre 1668.

244
« Le comte de Souches, quelque temps après, fut rappelé et envoyé en
Hongrie, où les mécontens continuoient à donner à l’empereur Léopold de
l’inquiétude et de l’embarras […] ».705 Ce fut avec ces mots que Louis Etienne
Arcère décrivit une autre épisode de la carrière du général de Souches. Dans les
années 1664 – 1681, la Hongrie fut en effet sécouée par une révolte contre le
gouvernement autrichien appelée également « conjuration des Magnats ».706 La
paix de Vasvár de 1664 cristallisa les oppositions entre les Magnats hongrois
(haute noblesse) et la Maison d’Autriche. Elle déclencha une crise grave qui fut
apaisée par un premier compromis en 1681, à l’occasion de la Diète de Sopron,
mais la crise ne fut vraiment résolue qu’après la mort de Léopold Ier, par la paix de
Szatmar en 1711. Une phase aiguë du conflit se situa dans les années 1670. Il ne
nous appartient pas de décrire ici en détails les événements de ces années-là, le
sujet de notre travail se trouvant ailleurs. D’autres le firent à notre place.
Rappelons seulement en quelques traits grossiers les faits majeurs afin de mieux
situer l’action de Souches.
Le parti catholique qui soutenait la politique des Habsbourg depuis le début
du siècle, changea, après Vasvár, brutalement de camp pour rejoindre la noblesse
protestante. Le Palatin François Wesselényi, le Primat Georges Lippay, suivis par
François Nádasdy, Pierre Zrinyi et François Frangepani et soutenus par François Ier
Rákóczi condamnèrent sans appel la paix de 1664 lorsque les représentants de la
nation furent convoqués à Vienne. Ils n’admirent pas les clauses de la paix et
condamnèrent l’union personnelle avec les Habsbourg. Ils chérirent même pendant
un certain moment un rêve d’une monarchie nationale. Deux tendances différentes
apparurent dans le programme des révoltés. L’une, protestante, fut favorable à la
suppression de la monarchie en s’appuyant sur les Turcs, l’autre, catholique,

705
Louis Etienne Arcère, op. cit. , p. 393.
706
Sur le sujet de révolte par exemple Jean Bérenger, Léopold Ier, p. 273-304 ; du même auteur, La Hongrie des
Habsbourg, p. 133-146. Voir aussi István Hiller, « Politische Alternative in Ungarn am Ende des Dreissigjährigen
Krieges », in : Jan Skutil (réd.), Morava a Brno na sklonku třicetileté války, p. 76 – 83 ; Bedřich Swieteczky,
Kurucké války na Slovensku, Praha, 1928 (=Spisy Vojenského archivu Republiky československé, VIII), passim.

245
acceptait un roi étranger pour obtenir des appuis extérieurs. Dans tous les cas, le
principe de la déchéance des Habsbourg fut communément admis. Les conjurés
mirent également au courant le prince de Transylvanie Michel Apaffy et
cherchèrent le soutien, en vain, en France et en Pologne. Pierre Zrinyi reprit les
négociations avec la Sublime Porte et proposa même au Grand Vizir de rendre
tributaires les provinces de son gouvernement, la Croatie, la Slavonie et la
Dalmatie.
Face à ce danger, les Habsbourg n’eurent qu’une seule solution. Il fallait se
montrer résolu et ferme. En effet, depuis 1665, depuis la mort de Johann Ferdinand
Portia, premier ministre de Léopold Ier, la politique extérieure de la Monarchie était
plus ou moins dirigée par Wenzel (ou Václav et tchèque) Eusebius de Lobkowicz
pour qui l’intégration religieuse, politique mais également économique représentait
une condition sine qua non de la stabilité du pouvoir central, son but étant
d’assurer une lutte efficace contre les Turcs.707 Mais afin de pouvoir mener ses
efforts jusqu’au bout, il était vital de régler le problème hongrois une fois pour
toute. La Cour de Vienne se montra alors assez flexible et trouva promptement une
réaction jugée adéquate à la menace apparue. Six mille soldats cantonnés en Styrie
furent envoyés afin de reprendre le contrôle de la situation et sous le
commandement du comte Kayserstein, ils occupèrent la Croatie. Zrinyi et
Frangepani furent arrêtés et emmenés à Vienne, puis la trahison de François
Nadasdy fut à son tour découverte et la Hongrie fut occupée par les Impériaux. La
conjuration des Magnats aboutit, dans un premier temps, à un échec. En mars
1671, les meneurs furent jugés et condamnés et un tribunal extraordinaire se réunit
pour un procès contre 230 nobles insurgés.

707
Sur cette personnalité de la cour de Vienne de l’époque de Léopold Ier voir T.M. Barker, « Václav Eusebius z
Lobkovic (1609-1677) », Austrian History Yearbook, 14, 1978, p. 31-50 ; Adam Wolf, Fürst Wenzel Lobkowitz,
erster Geheimer Rath Kaiser Leopolds I. 1609-1677, Wien, 2010 (réédition de l’œuvre de 1869). A comparer à
Rostislav Smíšek, Císařský dvůr a dvorská kariéra Ditrichštejnů a Schwarzenberků za vlády Leopolda I., České
Budějovice, 2009 (=Monographia historica, Editio Universitatis Bohemiae Meridionalis, XI), p. 285-291.

246
C’est dans ce contexte qu’il faut situer l’action de Jean Louis Ratuit de
Souches. Demeurant depuis 1670 en Haute-Hongrie,708 il fut nommé, en 1671,
commandant de la frontière avec l’empire Ottoman (Militärgrenze) dans la région
de Petrinja, entre les capitaineries générales de Slavonie et de Croatie.709 Mise en
place à partir du début du XVIe siècle, la frontière militaire pour la défense contre
les Turcs a été allongée au cours du XVIIIe siècle depuis la côte dalmate jusqu’au
nord-est de la Transylvanie. Ce territoire ne se trouvait pas sous l’autorité des
administrations régionales (croates, hongroises ou transylvaines), mais était un
domaine impérial qui était dirigé directement par Vienne, par le Conseil de guerre
(Hofkriegsrat). La population locale se composait d’hommes libres échappant au
régime seigneurial, mais avait le devoir de livrer un certain nombre de soldats. Ces
militaires représentaient, aux côtés des troupes de l’Empereur, une création assez
originale. Il s’agit de soldats paysans souvent originaires de régions contrôlées par
l’administration ottomane et qui donnaient des combattants d’un type particulier, à
savoir des cavaliers légers (« Cravattes », « hussards ») ou fantassins
(« haïdouques »), réputés pour leur acharnement lors des opérations. Ils
combattaient en permanence, moyennant l’exemption définitive de la corvée, des
redevances féodales et de l’impôt d’Etat. Ils échappaient à la juridiction
seigneuriale, placés, comme nous l’avons indiqué, sous l’autorité du Conseil de
guerre. De ce fait, ils furent subordonnés aux capitaines généraux des différentes
parties de la frontière. Jean Louis Ratuit de Souches devint en 1671 un des
commandants de tout ce peuple varié qui avait parfois du mal à accepter la

708
C’est grâce à une lettre datée le 17 mai, que nous pouvons mieux localiser Jean Louis Ratuit de Souches. En
effet, ce jour-là, à la forteresse de Leopoldov, il signa une attestation pour un de ses soldats, Martin Přeměnil,
originaire de la ville morave de Kroměříž en le libérant de son armée, après 37 mois de service militaire et en lui
accordant libre passage pour pouvoir gagner sa ville natale. Voir ZA Opava, Arcibiskupství Olomouc. Papírové
listiny, listy a akta, F-Kroměříž, cote FIIIb30/6, no 4316.
709
Bohumír Smutný, Rodinný archiv Ugartů (1480) 1644-1843. Inventář, Inventáře a katalogy fondů MZA v Brně,
no 28, Brno, 1996, p. 1-19, ici p. 10. A comparer au rapport de l’ambassadeur vénitien Marino Giorgi de 1671 où son
auteur parle de Souches comme d’un gouverneur de la généralité de Varasdin (« il generalato di Varasdino »).
Joseph Fiedler (éd.), Die Relationen der Botschafter Venedigs über Deutschland und Österreich in 17. Jahrhundert,
t. II, p. 133.

247
discipline imposée.710 Mais au regard du caractère sanguin du général, ce fut peut
être ce type de soldats qui lui convenait le plus.
Après les propositions de Zrinyi faites aux Turcs, de Souches prit part à la
répression de la révolte de la noblesse hongroise dans la région soumise à son
contrôle. A l’arrestation du magnat hongrois, le général prit part à la cour de justice
exceptionnelle qui condamna les révoltés. « La cour de justice se composait du
prince Dietrichstein, des comtes Schwarzenberg, Lamberg, Martinitz, de Nostitz,
Guillaume et Balthasar Stahrenberg, Wolf Auersperg, de Souches, Albert
Sinzendorf, Frédéric Trautmansdorf, Guillaume Königsegg, Montecuccoli et du
baron Hocher de Hohengran. »711
Ce ne fut ensuite qu’en 1674 que Jean Louis Ratuit de Souches apparut pour
la dernière fois en tête d’une armée, cette fois-ci obligé de mener les opérations
contre son pays natal.

710
Harald Heppner, « Les transferts des cultures et techniques aux provinces orientales de la monarchie autrichienne
au XVIIIe siècle : le rôle du militaire », in : Acta historica et museologica Universitatis Silesianae Opaviensis, 7,
2007, p. 183-188 ; Carl Bernhard von Hietzinger, Statistik der Militärgrenze des Österreichischen Kaiserthums, t. I,
Wien, 1817; C. Göllner, Die Siebenbürgische Militärgrenze. Ein Beitrag zur Sozial- und Wirtschaftsgeschichte
1762-1851, München, 1974 ; K. Kaser, Freier Bauer und Soldat. Die Militarisierung der agrarischen Gesellschaft
an der kroatisch-slawonischen Militärgrenze (1535-1881), 2e édition, Wien-Köln-Weimar, 1997 ; Jean Bérenger, La
Hongrie des Habsbourg, p. 49-52.
711
Jean de Villeurs (éd.), Mémoires du comte Gaspard de Chavagnac, p. 258.

248
IV. Contre la France (1673 – 1674)

1. L’ultime campagne de la carrière

En 1672, au bout de quatre ans de préparatifs, la France s’engagea dans une


guerre contre les Provinces-Unies qui fut la première grande guerre menée par
Louis XIV depuis le début de son gouvernement personnel. Conçue comme une
opération limitée, la guerre dégénéra en conflit européen et se révéla beaucoup plus
dure que le roi ne l’avait imaginé au départ.712
A l’origine, les buts de guerre furent simples et la préparation de l’agression
contre les Provinces-Unies remarquable. En vertu du traité secret Grémonville,
signé à Vienne le 19 janvier 1668, entre la France et l’Autriche, l’Empereur se
résigna à un partage de l’héritage espagnol. Il était clair que le jour où Léopold Ier
et Louis XIV se partageraient ce dernier, les Provinces-Unies s’opposeraient à
l’annexion des Pays-Bas méridionaux par la France, plan tellement cher à la Cour
de Versailles. Les questions économiques jouaient également leur rôle non-
négligeable car la puissance commerciale hollandaise était considérée comme un
sérieux obstacle à la politique mercantiliste française. Avec la Triple Alliance
conclue en 1668 entre l’Angleterre, la Hollande et la Suède, le gouvernement
néerlandais avait révélé son hostilité à l’égard de toute expansion française aux
Pays-Bas. Louis XIV et son ministre d’Etat Hugues de Lionne conçurent donc une
opération d’intimidation, approuvée par Colbert et mise au point militairement par
Michel Le Tellier et le maréchal Vauban.

712
Au sujet de la guerre de Hollande (1672 – 1678) voir par exemple Lucien Bély – Jean Bérenger – André
Corvisier, op. cit., p. 343-353 ; Lucien Bély, op. cit., p. 250-263. Voir aussi Paul Sonnino, Louis XIV and the origins
of the Dutch War, Cambridge, 2002 (2ème édition), passim ; André Corvisier, Histoire militaire de la France, t. I,
Des origines à 1715, P.U.F., Paris, 1992, p. 415-421 ; John Albert Lynn, Giant of the Grand Siècle. The French
Army, 1610-1715, Cambridge University Press, 1997; du même auteur, The French Wars, 1667-1714. The Sun King
at War, Oxford, 2002. Plus récement encore George Satterfield, Princes, posts and partisans : the army of Louis XIV
and partisan warfare in the Netherlands, 1673-1678, Leiden, 2003 ; Charles-Edouard Levillain, Vaincre Louis XIV :
Angleterre, Hollande, France, histoire d’une relation triangulaire, 1665-1688, Seyssel, Champ Vallon, 2010 ; John
Albert Lynn, Les guerres de Louis XIV, 1667-1714, trad. fr., Paris, Perrin, 2010 (original 1999), p. 125-169.

249
Mais malgré une remarquable préparation diplomatique grâce à laquelle la
France réussit à obtenir la neutralité de l’Angleterre et de la Suède comme de celle
du Brandebourg, de Münster, de Cologne, de la Bavière et de l’Electeur Palatin,
Louis XIV, après l’échec de l’invasion de 1672, se retrouva bientôt isolé face aux
Hollandais, à la monarchie d’Espagne, à celle d’Autriche et aux princes
d’Empire.713 L’alliance anglaise devint précaire car la guerre fut vite impopulaire
dans l’opinion et Charles II ne tint pas à risquer son trône pour la cause française.
Quant au soutien suédois, il fut plutôt limité.
Les opérations militaires de 1672 ont fait l’objet de maintes études
minutieuses714 ce qui nous permet ici de n’en donner que quelques traits généraux
afin de pouvoir passer aux événements des années suivantes. Même affaiblie par la
perte de ses alliés, l’armée française réussit à marquer des actions triomphales.
L’armée principale confiée à Condé et des troupes de couverture commandées par
Turenne s’engagèrent sur le territoire de l’Electeur de Cologne, puis, au mois de
juin 1672, traversèrent le Rhin, Turenne s’empara ensuite d’Arnheim, prit
Nimègue, au début de juillet, tandis que le roi occupait Utrecht.715 Mais la marche
victorieuse prévue sur Amsterdam n’eut pas lieu car les Hollandais ouvrirent des
digues et inondèrent une partie du pays.
Les Hollandais réussirent en même temps à gagner des appuis : au côté du
monarque espagnol s’alignèrent l’Empereur et l’Electeur de Brandebourg.
Pourtant, la position de Léopold Ier était quelque peu délicate. En effet, lors des
préparatifs français de la nouvelle campagne militaire, l’Empereur rechignait à
s’engager, tout en poussant le Brandebourg à aider les Hollandais. Les mobiles de
sa tergiversation étaient simples. Il avait en fait conclu, le 19 janvier 1668, avec la
France un traité de partage des terres espagnoles, à un moment où on pensait la

713
Sur les relations entre la France et l’Empereur à cette époque voir M. Braubach, Wilhelm von Fürstenberg (1629-
1704) und die franzözische Politik im Zeit der Ludwigs XIV, Bonn, 1972 (=BHF, 36).
714
Voir plus haut.
715
Jean Bérenger, Turenne, Fayard, Paris, 1998, p. 393-394 ; Lucien Bély, op. cit., p. 251-252 ; André Corvisier, op.
cit., p. 419.

250
mort de Charles II d’Espagne imminente.716 Par ce traité, l’Empereur qui se
prétendait unique héritier des Habsbourg d’Espagne en cas de décès de Charles II,
reconnaissait les droits de sa cousine et belle-sœur Marie-Thérèse, épouse de
Louis XIV. C’était un compromis utile pour les deux parties, puisque Léopold
n’avait manifestement pas les forces suffisantes pour s’emparer militairement de
tout l’héritage espagnol. Si, comme on pouvait le supposer, Charles II ne vivait pas
longtemps, la France entrerait en possession des Pays-Bas espagnols. Mais
l’arrangement devait rester secret. Ce rapprochement fut suivi en novembre 1671
par un autre traité qui garantissait la neutralité de Léopold Ier en cas de guerre
franco-hollandaise. Or, dès l’été 1672, la donne commençait à changer. A Vienne,
le prince Wenzel Eusebius de Lobkowicz, ministre de l’Empereur, favorable à la
France,717 était évincé par le chancelier Johann Paul Hocher et le général
Raimondo Montecuccoli. Le parti de la guerre dominait désormais le Conseil de
Léopold Ier. Fin août 1673, Madrid et Vienne conclurent une alliance formelle et
signèrent ensuite des alliances séparées avec les Provinces-Unies. Le traité entre
Espagnols et Hollandais stipulait que la France serait réduite à ses frontières de
1659.718
Les troupes brandebourgeoises envahirent les territoires de Münster et de
Cologne et opérèrent leur jonction avec les Impériaux commandés par
Montecuccoli.719 En effet, l’armée de ce dernier, forte de quelque 33 000 hommes,
auparavant rassemblée en Bohême, partit le 29 août 1672 de la ville d’Eger à la
frontière Ouest du pays en direction du Main.720 Près de Halberstadt, Montecuccoli

716
Jean Bérenger, « Une tentative de rapprochement entre la France et la Maison d’Autriche: le traité de partage
secret de la Succession d’Espagne du 19 janvier 1668 », Revue d’histoire diplomatique, 1965, p. 291-314 ; Paul
Romain, « Le travail des hommes de la paix au XVIIe siècle : le cas des relations entre Louis XIV et Léopold Ier de
1668 à 1673 », Histoire, Economie et Société, 2e trimestre, 1986.
717
Thomas M. Barker « Václav Eusebius z Lobkovic (1609-1677) », AHY, 14, 1978, p.31-50.
718
John Albert Lynn, Les guerres de Louis XIV, p. 123, 133 ; Lucien Bély, op. cit., p. 249, 252 ; Jean Bérenger,
Turenne, p. 347-348, 361-367, 397.
719
L’armée impériale se rassemblait dans les alentours de la ville de Cheb (Eger en allemand) en Bohême de
l’Ouest. Montecuccoli partit alors vers le 24 août pour la Bohême afin de prendre le commandement de ces troupes.
Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., tome II, p. 260, lettre no 319, Vienne, 24
août 1672.
720
Georg Schreiber, op. cit., p. 233-250.

251
rejoignit les troupes de Frédéric-Guillaume de Hohenzollern721 et comme il écrivit
dans un rapport envoyé à l’Empereur, l’armée se trouvait bien approvisionnée, les
hommes prêts et dans un état « resplendissant » ( « in floridissimo statu »).722
Cependant, Léopold Ier sachant bien ce que de tel constat impliquait, ne put
pas s’empêcher de partager avec le comte Pötting son regard désabusé. D’après le
monarque, dans la guerre en Hollande « […] tout dépend de l’argent sans quoi,
rien ne peut être obtenu »723 et il n’oublia pas d’ajouter qu’il avait de plus en plus
du mal d’en trouver des sommes suffisantes.
Dès le mois d’octobre 1672, Montecuccoli se dirigeait vers le Rhin qu’il
atteignit le 16 novembre.724 De là, la saison étant déjà bien avancée et les
conditions climatiques de plus en plus rudes, il prit la route vers la Westphalie pour
y trouver les quartiers d’hiver.725
La décision de prendre part dans le conflit au côté du Pays-Bas mit
l’Empereur dans une situation délicate. Conscient à la fois du danger que
représentait la politique expansionniste de Louis XIV, Léopold Ier manquait
terriblement de personnes de confiance à qui il pourrait confier le commandement
de ses hommes. Si son choix porta sur Montecuccoli, ce fut cette fois plus par
l’extrême urgence que par les compétences militaires du général. En effet, comme
il écrivit au comte Pötting, Montecuccoli fut nommé commandant, mais seulement
de façon formelle car puisqu’il était déjà assez vieux, il ne dirigerait effectivement
qu’une partie de l’armée, alors que l’autre serait confiée à Jean Louis Ratuit de
Souches. Cependant, il n’oublia pas de souligner que même la nomination de
Souches posait des problèmes car les deux hommes ne s’entendaient pas mais qu’il

721
Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., tome II, p. 263, lettre no 321, Ebersdorf, 7
septembre 1672.
722
Ibidem.
723
« …liegt jezo alles an Geld, sine quo nihil, und kann ich allein dies peso nit übertragen… ». Alfred Francis
Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., tome II, p. 266, lettre no 322, Ebersdorf, 21 septembre
1672.
724
Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., tome II, p. 275, lettre no 325, Vienne, 2
novembre 1672 ; Ibidem, p. 279, lettre no 326, Vienne, 16 novembre 1672.
725
« …Montecuccoli gehet gegen Westfalen, weilen schon Zeit zum Winterquartier ist… » Alfred Francis Pribram –
Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., tome II, p. 287, lettre no 329, Vienne, 28 décembre 1672.

252
faudrait tout de même de trouver un consensus. En la faveur de Souches parlait
aussi le soutien résolu de l’Impératrice Marguerite Marie Thérèse d’Espagne. 726
Si les relations entre les deux généraux furent en permanence tendues et
souvent explosives, cela ne peut pas être attribué uniquement à leur âge avancé.
(En 1673, Raimondo Montecuccoli avait 64 ans, Jean Louis Ratuit de Souches un
an de plus.) En effet, avec l’âge, les deux hommes furent atteints, chacun à leur
tour, des maladies qui réduisaient leur énergie, diminuaient leur patience envers
leur entourage et entravaient simultanément les relations entre eux-mêmes.727 Il en
résultait d’importantes difficultés pour le haut-commandement de l’armée
impériale ce qui mettait en danger toute la campagne militaire contre la France,
non seulement du côté des troupes de Léopold Ier mais qui plus est, du côté même
des Alliés.
Malheureusement, nous savons peu de choses sur l’état de santé du général
de Souches – des troubles psychiques aiguës lors de ses dernières années et une
perte progressive de vue.728 En revanche, nos informations concernant le général
Montecuccoli sont nettement plus détaillées. Déjà en 1668, l’année où il fut décoré
chevalier de la Toison d’Or et devint Président du Conseil de guerre, Montecuccoli
fut atteint d’une rupture d’anévrisme.729 Il n’a pas du récupérer assez de forces car
au début de la nouvelle année de campagne contre la France en 1673, il se sentait
726
« So muss ich auch erindern, dass mitweilen die Armada, so ins Reich solle, der Montecuccoli selbst
commandiren solle, er aber schon ziemlich alt ist und einen verlangt, so in omnem casum anstatt seiner
commandiren solle, ich aber kein General habe, so in capite ein solches Werk führen kunnte, als (den de Souches),
mit welchem es aber auch ein klein Absatz hat, als ist eingefallen und verlangte der Montecuccoli selbst den Duque
de Bourneville, so in Niederland dienen thuet und vor diesem auch uns in Deutschland gedient hat ; damals hiesse
er Conde de Henin. Weilen er aber ohne wirkliche Consens und Ordre nit würde (bei mir) dienen können, weilen er
allda ein wirklicher Bedienter ist, also wollet Ihr in omnem casum der Königin und selbigen ministris hievon parte
geben, auch um solche Ordre und Consens anhalten […]. » Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von
Pragenau (éd .), op. cit., tome II, p. 250-254, lettre no 317, Vienne, 27 juillet 1672.
727
De nombreux nobles laissèrent leurs témoignages sur la perception des maladies qui les tourmentaient. A
consulter par exemple František Dvorský (éd.), Zuzana Černínová z Harasova. Dopisy české šlechtičny z polovice
17. století, Praha, 1886; du même auteur (éd.), Mateř a dcera paní Zuzany Černínové z Harasova. Listy Alžběty
Homutovny z Cimburka a Elišky Myslíkovny z Chudenic, Praha, 1890 ; du même auteur, Dopisy Karla staršího ze
Žerotína 1591-1610, Praha, 1904 (=Archiv český, 27) ; Zdeněk Kalista (éd.), Korespondence Zuzany Černínové z
Harasova s jejím synem Humprechtem Janem Černínem z Chudenic, Praha, 1941 ; Josef Hrdlička (éd.),
Autobiografie Jana Nikodéma Mařana Bohdaneckého z Hodkova, České Budějovice, 2003 (=Monographia
historica, 3) ; Marie Koldinská – Petr Maťa (éd.), Deník rudolfinského dvořana. Adam mladší z Valdštejna 1602-
1633, Praha, 1997.
728
Sur l’état de santé de Jean Louis Ratuit de Souches voir plus bas.
729
Georg Schreiber, op. cit., p. 300.

253
fatigué et ne se portait pas bien au point qu’il demanda à l’Empereur l’autorisation
de quitter l’armée pour un moment afin de se rétablir. En considérant les mérites de
son général, Léopold Ier se sentit obligé de lui accorder la faveur demandée tout en
constatant cependant, qu’il n’aura personne désormais à la tête de ses troupes.730
De temps à autre, Montecuccoli revenait à l’armée mais ce fut une autre maladie –
la goutte – qui cette fois-ci l’empêcha d’exercer correctement son métier. A cause
de la douleur, il refusa même d’exécuter l’ordre de l’attaque.731 En avril 1673, il
fut de nouveau à Vienne, très malade, la goutte ne lui permettant même pas de se
lever du lit.732 De telles complications n’arrangèrent évidemment guère la situation
des Impériaux.
Nous approchons ici un sujet qui fut délicatement abordé par certains
observateurs, celui de la vieillesse, telle qu’elle était vécue et perçue à la Cour de
Vienne. Devant l’absence de recherches sur ce thème dans la conscience collective
du milieu nobiliaire, nous ignorons à partir de quel moment la société de l’époque
considérait un individu comme étant vieux.733 Un témoignage précieux nous est
cependant parvenu grâce à Wenzel (Václav) Norbert Octavian Kinsky qui se
confia, à l’âge de 55 ans, d’être « déjà vieux ».734 Ferdinand Bonaventure de
Harrach présentait, en 1670, Jean Louis Ratuit de Souches et Kaspar Zdenko
Kaplier (Kaplíř) de Sulevice comme étant dans « un âge très élevé ».735 Le premier
avait 62, l’autre 59 ans. En 1672, à l’arrivée de ses 63 ans, Montecuccoli écrivit à
730
« …dann Montecuccoli alte weil übel auf ist…also, hatten wir kein Generalen in Capite bei der Armada… ».
Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., tome II, p. 295, lettre no 331, Vienne, 25
janvier 1673.
731
Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., tome II, p. 301, lettre no 333, Vienne, 22
février 1673.
732
« …Des Montecuccoli Zuestand hat ihme nit allein nit zuegelassen wieder zue der Armada zue gehen, sondern
habe ihm erlauben müssen, gar heimzuekommen, und ist er vorgestert zue Wien angelangt, kann aber kein Tritt aus
dem Bett und besorge ich, es setze bei ihm principium hydropis an, so wohl nit guet ist, dann wohl zue fürchten er
nit lang mehr dauern werde… ». Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., tome II, p.
310, lettre no 338, Vienne, 6 avril 1673.
733
Čeněk Zíbrt, « Tobiáše Mouřenína Věk člověka r. 1604 », ČL, 13, 1904, p. 337-354, 390-405, 454-461.
734
« …das er alth were… ». Cité d’après Rostislav Smíšek, Císařský dvůr a dvorská kariéra Ditrichštejnů a
Schwarzenberků za vlády Leopolda I., p. 556. Sur Wenzel Norbert Octavian Kinsky voir Ottův slovník naučný, t.
XIV, Praha, 1899, p. 242; Ivan Brož, Velké postavy rodu Kinských, Praha, 1997, p. 45-46.
735
« …schon alle beedte auch sehr hoches alters sein… ». Lettre de Ferdinand Bonaventure de Harrach à Ferdinand
de Dietrichstein. MZA Brno, G 140, RA Dietrichstein, no 29, carton 12, folios 211-213, lettre du 25 avril 1670. Cité
d’après Rostislav Smíšek, Císařský dvůr a dvorská kariéra Ditrichštejnů a Schwarzenberků za vlády Leopolda I., p.
557.

254
Léopold Ier de « bien ressentir le fardeau des années passées ainsi que les suites de
ses maladies ».736 Et lorsqu’en 1683 décéda Jean Adolphe de Schwarzenberg, à
l’âge de 68 ans, le nonce Francesco Buonvisi consigna dans son rapport qu’il
venait de disparaître « l’un des plus vieux ministres ».737
C’est dans ce cadre que l’on comprend mieux la réaction d’un observateur
français, décrivant, en 1671, la Cour de Vienne.738 « […] le prince Wenceslaw de
Lobkowitz tient la première place par la charge de grand-maître d’hôtel, qui lui
donne la préséance sur les autres ministres…C’est un homme âgé de 64 ans,
grand, gros et courbé […]. » Arrive ensuite « […] Maximilian comte de Lamberg,
grand-chambellan de l’Empereur … un petit homme, maigre, âgé de plus de 60
ans […]. » Quant au Jean Adolphe de Schwarzenberg « […] conseiller intime de
l’Empereur, il est âgé de 60 ans [ !]. »739 Le baron Jean Paul de Hocher était « […]
chancelier, c’est-à-dire proprement secrétaire de la cour…âgé d’environ 50
ans[ !]. »740 Et l’on pourrait terminer par Georges Louis comte de Sinzendorff
« […] qui est Président du Conseil des finances…âgé de 60 ans[ !]. »741
Même si le texte que nous venons de citer est quelque peu schématique –
tous ou presque tous les dignitaires mentionnés avaient selon son auteur 60 ans,
l’âge marquant une limite de la vieillesse – il nous permet de comprendre la
réaction de Léopold Ier au début de son engagement dans le conflit contre la
France. Conscient de la situation et de la nécessité de faire face à ce vieillissement
par un échange éventuel des générations – et cela non seulement dans
l’administration centrale mais surtout dans son armée – faute de pouvoir trouver

736
« …die Last eines vorgerückten Alters und die Folgen der Krankheiten an meinem Körper schmerzlich
verspüre… ». Lettre de Raimond de Montecuccoli à Léopold Ier. Alois Veltzé (éd.), Ausgewaehlte Schriften des
Raimund Fürsten Montecuccoli, t. IV, Wien, 1900, p. 339, lettre du 17 juillet 1672.
737
« …uno de più vecchi ministri… ». D’après Rostislav Smíšek, Císařský dvůr a dvorská kariéra Ditrichštejnů a
Schwarzenberků za vlády Leopolda I., p. 556.
738
Alfred Francis Pribram (éd.), « Aus dem Berichte eines Französen über den Wiener Hof in den Jahren 1671 und
1672 », 278-285.
739
Johann Adolphe de Schwarzenberg est né en 1615. En 1671, il n’avait alors que 56 ans.
740
Né en 1616, Jean Paul Hocher avait 55 ans.
741
Georges Louis de Sinzendorf est né en 1616. Il avait alors le même âge de Hocher : 55 ans.

255
mieux pour l’instant, il fallait qu’il se contente avec ce qu’il avait à portée de la
main. Perspective pas vraiment réjouissante.
Selon les plans stratégiques de Vienne, l’armée impériale sous le
commandement de Montecuccoli dut venir à la rescousse de Guillaume d’Orange
mais les différends entre Orange et Montecuccoli entravèrent la réussite de la
campagne. L’Empereur décida alors, en 1673, de confier le commandement de ses
troupes à Jean Louis Ratuit de Souches qui entreprit ensuite, jusqu’à l’été 1674,
des opérations sur un vaste territoire s’étendant de l’Alsace en passant par la
Rhénanie, le Pays-Bas espagnol jusqu’à la Hollande.742
Or, de Souches fut, à cause de son franc-parler, son caractère opiniâtre et de
son incapacité totale de se soumettre aux ordres des autres dès le début de sa
mission confronté aux hostilités de la plupart des généraux, impériaux et espagnols
ainsi qu’aux vives critiques du côté de Montecuccoli et Guillaume d’Orange.743
« L’Armée [française] s’assembla aux environs de Charleroi, sous les
ordres du Prince de Condé et celle des Alliés, qui marchoit sous ceux du Prince
d’Orange, fut fortifiée d’une partie considérable des troupes de l’Empereur,
commandées par le Général Souche, qui s’étoit acquis de l’estime à la tête des
mêmes troupes contre les Turcs. Ce Général d’un âge fort avancé passoit pour le
meilleur homme de guerre qu’il y eût dans l’Armée du Prince d’Orange, dont les
malheurs dans la guerre lui sont venus en parti de n’avoir jamais eu dans ce
métier d’assez bons maîtres […] » relata maréchal Villars dans ses Mémoires.744
Parallèlement, dès le printemps 1673, Montecuccoli était occupé sur le Rhin
où il faisait face aux troupes de Turenne.745 Or, atteint de nouveau d’une crise de

742
Siegfried Isaacsohn, Der deutsch-französische Krieg im Jahre 1674 und das Verhältnis des Wiener Hofes zu
demselben, Berlin, 1871, passim ; Jean Bérenger, Turenne, p. 397-410 ; du même auteur, « L’Alsace, enjeu de la
diplomatie européenne au XVIIe siècle », Bulletin de la Société d’histoire moderne, 4, 1987, p. 1-7.
743
Henry Frederick Schwarz, op.cit., p. 349.
744
Mémoires du duc de Villars, Pair de France, Maréchal-général des armées de sa Majesté très chrétienne, t. I, La
Haye, 1735, p. 30-31. A comparer aux mémoires du marquis de La Fare Mémoires et réflexions du marquis de La
Fare sur les principaux événements du règne de Louis XIV et sur le caractère de ceux qui y ont eu la principale
part, Emile Raunié (éd.), Paris, 1884, p. 121-122.
745
Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., tome II, p. 359, lettre no 353, Vienne, 21
septembre 1673 ; Ibidem, p. 369, lettre no 355, Graz, 19 octobre 1673 ; Ibidem, p. 372, lettre no 356, Graz, 2
novembre 1673 ; Ibidem, p. 375, lettre no 357, Vienne, 16 novembre 1673.

256
goutte, il se vit d’abandonner encore une fois ses hommes en désignant son
subalterne, le général Alexandre duc de Bournonville en tant que son remplaçant.
Ce choix ne fut cependant pas salué unanimement et l’Empereur se montra critique
en écrivant au comte de Pötting que Bournonville était d’après lui complètement
incapable de commander les Impériaux. Mais, faute de pouvoir en trouver mieux,
Léopold résigna devant une telle décision. Ses mots « Dieu, donne-nous une
meilleure solution » expriment bien le degré de son désespoir.746 La campagne de
1673 se termina au milieu de décembre et les Impériaux repartirent ensuite dans
leurs quartiers d’hiver.747
L’année suivante ne fut pas moins houleuse pour autant. Le 11 août 1674 fut
livrée près de Seneffe, village du Brabant, entre Marimont et Nivelle, une de plus
sanglantes batailles du XVIIe siècle.748 « [Ce fut] cette mémorable journée où les
lauriers du grand Condé ne furent pas moins trempés dans le sang des François
que dans celui des ennemis. Le prince d’Orange étoit à la tête des Hollandois,
Monterey, gouverneur des Pays-Bas commandoit les Espagnols et le comte de
Souches les troupes de l’empereur. La mésintelligence regnoit parmi ces généraux.
Le prince prenoit un air d’autorité dont les autres s’offensoient. De Souches en
qualité de général de l’empereur ne vouloit pas lui céder le commandement
général […]. »749
Si certains auteurs de l’époque mais également des historiens contemporains
insistèrent sur les effectifs déployés près de Seneffe – 60 000 hommes pour les
Impériaux et 50 000 du côté des Français – chiffres pour d’autres imprécis et

746
« …Allein ist der Montecuccoli wieder krank worden und wieder zurück von der Armada gangen. Nun sorge ich,
unter dem Borneville [Bournonville] möchte es nit so wohl abgeben und viel Disputen haben. Deus det meliora… ».
Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., tome II, p. 377, lettre no 358, Vienne, 30
novembre 1673.
747
Alfred Francis Pribram – Moriz Landwehr von Pragenau (éd .), op. cit., tome II, p. 380, lettre no 359, Vienne, 14
décembre 1673.
748
MZA Brno, G 140, RA Dietrichštejnů, no 29, cote 15, carton 12, correspondance de Ferdinand Bonaventure,
comte Harrach, ambassadeur à Madrid, avec le duc Ferdinand de Dietrichstein qui contient les informations sur la
conduite de Souches lors des combats contre Condé; Ibidem, no 13, cote 2, cartons 3-4, le rapport de Jean Louis
Ratuit de Souches adressé à Ferdinand de Dietrichstein sur la bataille victorieuse contre les Français à Seneffe
(Mariemont). La description détaillée de la bataille fut donnée par exemple par de Quincy, Histoire militaire du
règne de Louis le Grand, Roy de France, t. I, Paris, 1726, p. 381-386.
749
Louis Etienne Arcère, Histoire de la ville de La Rochelle, p. 391-392.

257
quelque peu exagérés,750 nous disposons d’informations plus fiables concernant les
membres du haut commandement. Côté français, nous l’avons vu, l’armée fut
confiée à Louis II de Bourbon, Prince de Condé,751 secondé par le maréchal
Turenne,752 les actions de ce dernier étant supervisées par Louvois.753 Les troupes
de l’adversaire furent composées des unités envoyées par l’Empereur Léopold Ier et
commandées par le général de Souches, de celles d’Espagne, encadrées par le
comte Zuniga de Monterey, gouverneur des Pays-Bas espagnols, secondé, quant à
lui, par les marquis de Louvigni et d’Assentar, le tout commandé par Guillaume
d’Orange, stathouder de Hollande, alors âgé seulement de vingt-trois ans.754
Comme il fut constaté plus haut, des tensions et des rivalités entre les
généraux dans le camp des « Impériaux » entravaient, dès le début des opérations,
une coordination efficace entre les divers corps de l’armée alliée et par conséquent,
mettaient en danger la réussite de la campagne toute entière. « Après la bataille de
Seneff, la mésintelligence qui étoit dès le commencement de la campagne entre les
Chefs des Alliés augmenta. Le Prince d’Orange voïant que les Comtes de Souche
et de Monteri [Monterey] étoient plutôt portés à mettre leurs troupes en garnison
qu’à tenter une nouvelle action, fit entendre qu’il marcheroit avec les troupes
d’Hollande devant Grave […] ce qui obligea les Généraux des Confédérés
d’acquiescer à ce qu’il souhaitoit […] » écrivit à ce sujet le marquis de Quincy.755

750
De tels effectifs furent donnés par exemple par de La Fare, Mémoires et réflexions du marquis de La Fare, p.
122. Voir également John Albert Lynn, Les guerres de Louis XIV, p. 136 (d’après lui, les Alliés – Hollandais,
Impériaux et Espagnols – totalisaient 65 000 hommes. Les Français pouvaient compter sur 45 000 hommes). Pour
d’autres, le nombre de soldats ayant pris part à la campagne de 1674 et à la bataille de Seneffe fut moins élevé. Voir
François Bluche (sous la dir.), Dictionnaire du Grand Siècle, Fayard, Paris, 1990, p. 1438 (il chiffre à 50 000
hommes les forces des Alliés et à 40 000 homme celles des Français) ; Jean Bérenger, Turenne, p. 401 (30 000
hommes pour les Impériaux sans les Alliés). Au sujet des effectifs des armées de l’époque voir Jean Nouzille, « Les
Impériaux », p. 71-73.
751
Sur cette personnalité par exemple Henri Malo, Le Grand Condé, Tallandier, Paris, 1980 ; B. Pujo, Le Grand
Condé, Albin Michel, Paris, 1995.
752
Jean Bérenger, Turenne, passim.
753
André Corvisier, Louvois, Paris, 1983.
754
de La Fare, Mémoires et réflexions du marquis de La Fare, p. 122. Voir également de Quincy, op. cit., p. 381 qui
écrivit: «[…] les Impériaux avoient l’avant-garde commandée par le Marquis de Souche. Les Hollandois avoient le
corps de bataille sous le Prince d’Orange qui commandoit toute l’armée en chef, les Espagnols faisoient l’arrière-
garde au commandement du Comte de Monterei. Le Prince de Vaudemont faisoit l’arrière-garde de tout […]».
755
De Quincy, op. cit., p. 386.

258
Or, d’importantes difficultés existaient également du côté des Français. Dès
1672, les « malentendus » entre Turenne et Louvois se transformèrent en une
brouille définitive, car Louvois donnait les ordres contradictoires à la situation sur
le terrain. Turenne qui « oublia » d’écrire et déclara finalement impraticable le plan
de la Cour concernant les opérations de 1672-1673, supportait mal de n’être pas le
maître de son armée comme il l’avait été pendant la guerre de Trente Ans. Condé,
quant à lui, acceptait les directives de Louvois ce qui rendait, à l’instar des
Impériaux, le commandement des troupes de Louis XIV quelque peu compliqué.756
Face à ce constat, nous comprenons mieux pourquoi il était difficile pour les
parties adverses d’atteindre une victoire écrasante sur l’ennemi.
« Un historien exact se gardera bien de dire que le comte de Souches fut
defait à la bataille de Senef par le Prince de Condé l’an 1674. Car, à proprement
parler, cette bataille ne fut ni gagnée ni perdue par aucun des deux Partis. Les
Alliez aussi bien que les François s’attribuèrent l’honneur du triomphe et firent
chanter le Te Deum et allumer des feux de joie : les uns et les autres firent cela par
politique, très-bien convaincus en leur ame qu’il n’y avoit point là de quoi se
féliciter. Le commencement de cette sanglante journée fut avantageux aux
François et la fin avantageuse à leurs ennemis. »757
Le résultat indécis de la bataille de Seneffe fut aussitôt transformé par la
propagande des deux camps belliqueux en une victoire éblouissante de chacun
parmi eux. Ainsi, du côté des Français, un témoin oculaire, le marquis Charles-
Auguste de La Fare, alors sous-lieutenant d’une compagnie des gendarmes, en
livra un témoignage saisissant. « On blâma à la cour M. le Prince [de Condé]
d’avoir trop hasardé sur la fin de cette journée…Ce qu’il y a de vrai et que les
ennemis ne peuvent nier, c’est qu’il [Condé] les mena toujours battant depuis
Senef jusqu’au village de Fey, pendant une lieue et demie ; qu’il prit leur bagage,
leur tua 8 000 hommes, et leur en prit 5 000 avant que d’être arrivé à ce village ;

756
Jean Bérenger, Turenne, p. 395-396.
757
Pierre Bayle, op. cit. , p. 246.

259
qu’ensuite il ne perdit pas plus qu’eux, et que cette journée déconcerta tellement
les projets de cette armée qui était de 60 000 hommes, qu’ils ne purent, sur la fin
de la campagne, songer qu’au siège d’Oudenarde, qu’il leur fit lever : si bien
qu’on peut mettre cette campagne au nombre des plus heureuses pour la France,
et des plus glorieuses pour ce grand homme. La perte ne laissa pas d’être grande
de notre côté ; il y eut 1 000 officiers de tués, et plus de 6 000 soldats. Quant à
celle des ennemis, elle fut beaucoup plus considérable. »758
L’interprétation du résultat de la bataille du point de vue des Impériaux nous
est parvenue grâce aux Mémoires du comte Gaspard de Chavagnac. « Ainsi [par la
victoire des Impériaux] finit le combat de Seneffe ; les Hollandois y perdirent leurs
bagages, 6 000 hommes et quantité de drapeaux. Les Impériaux en furent quittes
pour 600 hommes […]. »759 Nous pouvons approfondir ces propos par un
témoignage exclusif, celui de Jean Louis Ratuit de Souches en personne. Dans une
lettre adressée à Ferdinand Bonaventure Harrach, ambassadeur de l’Empereur à la
cour de Madrid,760 le 29 août 1674, de Souches relata le déroulement des
opérations militaires et dressa un bilan des dégâts matériels et humains causés à
l’ennemi lors de l’affrontement . « Voici ce que fut perdu du côté français le 11
août, près de Mariemont : le duc de Normandie [?], le Prince de Soubise, les
marquis de Senlis, de Guiré, de Moussy et de Rohan, lieutenant de l’infanterie
ainsi que le lieutenant Crossel – morts ; le duc d’Enghien, les marquis Cavalette,
lieutenant de la cavalerie, Lathur, de Villeroy, de Deraigne, de Livourne –
blessés ; la Feuillade, Königsmark, Montal et Rochefort – gravement blessés. Les
régiments de Navarre et de Königsmark furent détruits, parmi les étendards,
l’ennemi perdit l’étendard blanc de la Maison du Roi, l’étendard d’un régiment de

758
Mémoires et réflexions du marquis de La Fare , p. 130-131.
759
Mémoires du comte Gaspard de Chavagnac, Jean de Villeurs (éd.), p. 339.
760
Pour plus de détails sur cette personnalité voir Raimund Magis, Pracht, Ehre, Hitze, Staub. Ferdinand
Bonaventura Graf Harrach, Wien, 1996. A comparer à Zdislava Röhsner, « Die Reise des Ferdinand Bonaventura
von Harrach nach Madrid 1665 », Mitteilungen des Österreichischen Staatsarchiv, 53, 2009.

260
tireurs, l’étendard jaune d’un régiment de Königsmark, deux drapeaux d’un
régiment picard…les Français perdirent 10 000 hommes… ». 761
Le déroulement de la bataille marqua d’une manière décisive la carrière
professionnelle de Souches. En effet, son action menée lors du combat fut à la fois
louée par les uns et violemment critiquée par les autres. Et paradoxalement, les
attaques les plus virulentes vinrent de son propre camp alors que les analyses
ennemies furent plutôt reconnaissantes à son égard. Le Mercure Hollandois de
1674 reporta par exemple que « M. le Comte de Souches, qui avoit pris le devant
avec les Impériaux, et qui étoit éloigné de quelques heures du reste de l’Armée,
ayant apris la nouvelle de ce qui se passoit [l’attaque de l’armée du Prince
d’Orange par les troupes françaises] se retourna en diligence, et arriva à une heure
après-midy auprès de ce Corps de bataille, si bien que Son Altesse [Prince
d’Orange] mit les Impériaux et les Espagnols en un poste avantageux à main
gauche et donna l’aile droite aux siens, et ce fut alors que la bataille recommença
plus fort que jamais…M. le Prince de Condé tâcha premierement de faire tourner
ses gens à main gauche, mais M. de Fariaux, un homme d’une valeur éprouvée et
général major de l’Armée Hollandoise, y fut envoyé avec quelques escadrons
d’Infanterie , lequel étant soûtenu de M. le Comte de Cahavagnac, qui commandoit
un bataillon de cavalerie impériale auprès de là, resista aux François avec tant de
force, qu’ils furent contraints de se retirer, de sorte que le dit Sieur comte y fit
planter quatre pièces de canon, et apporta un grand dommage aux dits François
par ce moyen. Cette aile gauche, qui étoit pour la plus part composée d’ Impériaux
et de Suisses, montra tant de preuves de valeur, qu’il y demeura plus de la moitié
des dits Suisses, suivant le rapport des prisonniers. M. le comte de Souches leurs
général se jetta par tout dans le plus épais des ennemis et donna des preuves d’une
valeur extraordinaire, ainsi qu’il avoit déjà faut en plusieurs autres occasions. M.
le Prince de Lorraine n’en fit pas moins et fut vu plusieurs fois combattant dans les

761
OStA, AVA, Familienarchive, Harrach, Familienarchiv, Familie in specie, 301.47, lettre du 29 août 1674,
envoyée depuis le campement « à une heure de Mons ».

261
premiers rangs ; mais ce ne fut pas sans y repandre de son sang, puis qu’il reçut
une telle playe à la tête, qu’il fut obligé de sortir du combat. M. le Prince Pio,
lequel étoit près du village de Senef avec son escadron, étant accompagné de M. le
marquis de Grana et M. le comte de Starnberg, où il témoigna une bravoure des
plus signalées, y fut aussi blessé à la cuisse d’un coup de mousquet. M. le marquis
de Grana et les fils de M. le comte de Souches combattirent si vaillamment à la tête
de leurs escadrons, que les Suisses ne purent gagner un seul pouce de terre sur
eux, de sorte qu’ils contribuèrent beaucoup par ce moyen à l’heureuse issuë de ce
combat. »762
Le Prince d’Orange, quant à lui, confirma les événements contenus dans le
rapport précédent. «L’ennemi tacha au commencement de faire un petit circuit à
main gauche, mais on detacha quelques bataillons pour aller à sa rencontre ; et
M. de Chavagnac, lequel étoit là avec un gros de la cavalerie impériale, le
repoussa avec toute la vigueur qu’on se peut imaginer, et retint le poste, où il fit
venir en même temps quatre pièces de canon, qui apporterent un grand dommage
à l’ennemi…Entre les troupes impériales M. le comte de Souches a donné des
preuves du courage et de la valeur qu’il a fait paroître en tant d’autres accasions.
M. le Prince de Lorraine ne s’étoit pas moins signalé, mais fut enfin mis hors de
combat par une blessure qu’il reçut à la tête, et M. le Prince Pio tout de même par
une qu’il reçut à la cuisse. La vigoureuse resistance qui a été faite par M. le
marquis de Grana, lequel étoit auprès du village avec son bataillon, n’a pas peu
contribué à l’heureux succès de la bataille, aussi bien que la bravoure des
bataillons du régiment de Souches commandés par les fils du dit sieur comte. »763
Pour la bonne compréhension des précédents textes, certains
éclaircissements s’imposent. Tout d’abord sur le déroulement-même de la bataille
de Seneffe.764 Pendant que Louis XIV faisait la conquête de la Franche-Comté et

762
Cité d’après Pierre Bayle, op. cit., p. 246.
763
Ibidem, p. 246.
764
Les lignes suivantes ont été rédigées d’après le croquis du déroulement de la bataille de Seneffe établi par
François Bluche, Dictionnaire du Grand Siècle, p. 1438-1439.

262
que Turenne contenait les Impériaux en Alsace, Condé fut en effet chargé d’arrêter
les Hollandais et les Espagnols, renforcés par les Impériaux, aux Pays-Bas. En
raison de son infériorité numérique, Condé se retrancha à un camp à proximité de
Seneffe. L’armée ennemie renonça à l’y attaquer, mais voyant celle-ci défiler
devant lui sur trois colonnes, le prince résolut d’attaquer l’arrière-garde de
l’adversaire. L’infanterie s’empara du village de Seneffe et Condé culbuta la
cavalerie espagnole renforcée par des bataillons hollandais. Après une forte
résistance, l’ennemi plia et se retira. Condé ordonna ensuite de charger contre les
Impériaux. La lutte fut acharnée et l’infanterie allemande presque entièrement
détruite. La cavalerie espagnole et hollandaise, qui s’était reformée, fut une
nouvelle fois mise en désordre. Le reste de l’armée des Alliés se réfugia dans le
village du Fay, à l’Ouest de Seneffe. Sans attendre l’arrivée de toutes ses troupes,
Condé donna un nouvel ordre d’attaquer. La tombée de la nuit n’arrêta pas la
bataille qui se poursuivit au clair de lune et le combat ne cessa que vers 23 heures.
A une heure du matin, un coup de feu tiré par mégarde provoqua une panique
générale. Les deux armées se replièrent. Les Alliés perdirent 8 000 hommes et
3 000 prisonniers, les pertes des Français s’élevaient à 3 000 morts et 4 000
blessés.765
La présence des fils de Jean Louis Ratuit de Souches lors de la bataille de
Seneffe demanderait, elle aussi, quelques explications. Les problèmes liés à la
descendance du général seront traités plus loin mais il faudrait ici néanmoins
signaler certains éléments clés. Jean Louis Ratuit de Souches eut deux fils qui
atteignirent l’âge adulte. De son premier mariage naquit d’abord Jean Louis, puis
Charles Louis. Si la participation du dernier aux combats devant Seneffe fut

765
A en croire John Albert Lynn «les pertes françaises s’élevèrent à au moins 10 000 tués, blessés et prisonniers,
tandis que les Alliés perdaient 15 000 hommes, sans compter des milliers de blessés ». John Albert Lynn, Les
guerres de Louis XIV, p. 136-137. Voir également de Quincy, op. cit., p. 384-385 : « Jamais bataille ne fut plus
sanglante ; les Hollandois eurent cinq à six mille hommes tués ou blessés, les Espagnols trois mille et les Allemands
six cent. On leur fit six mille prisonniers, la plus grande partie Espagnols. Ils perdirent [les Alliés] une grande
partie de leurs équipages, cent sept drapeaux ou étendarts, trois pièces de canon et un mortier, deux mille chariots,
trois cent mille écus destinés au païement de leurs troupes et soixante pontons. Les François de leur côté y eurent
cinq à six mille morts ou blessés et mille officiers […] ».

263
attestée également par d’autres témoins, les preuves confirmant la présence de son
fils aîné se font plus rares et il n’existe aucun autre témoignage le concernant, à
part les textes déjà cités.766
Enfin, pour bien mesurer les conséquences d’un tel affrontement, il faudrait
replacer Seneffe dans l’échec du projet d’invasion de la France par les Alliés. Le
résultat de la bataille prévint toute menace alliée contre le territoire français pour
longtemps. Cependant, l’effet immédiat de la bataille sembla peu concluant :
Guillaume d’Orange retira les garnisons de nombreuses villes, les incorpora à son
armée de terre qu’il reconstruisit rapidement. Après Seneffe, Condé et Guillaume
d’Orange firent assaut l’un contre l’autre, mais sans véritable combat. En
septembre, le second assiégea Oudenaarde, mais lorsque Condé marcha sur lui, les
Alliés se retirèrent. Parallèlement, Turenne qui commandait une partie de l’armée
de Louis XIV, conduisit une brillante campagne le long du Rhin, de l’été 1674 à
l’hiver suivant.
En effet, vers la fin d’août 1674, les Impériaux, sous les ordres de
Bournonville, firent peser la menace d’une descente en Alsace ou Lorraine.
Turenne concentra ses forces entre Landau et Wissembourg, bloquant l’armée
impériale et la forçant à subsister dans un Palatinat dévasté. En moins d’un mois,
les Impériaux lâchèrent prise et revinrent sur la rive droite du Rhin fin septembre.
Une nouvelle tentative ennemie du côté de l’Alsace arriva cette fois à l’hiver 1674-
1675. Elle se termina par un nouvel échec, face à Turenne. Ce dernier attendait
désormais que l’adversaire prît ses quartiers d’hiver avant d’effectuer sa manœuvre
pour libérer l’Alsace de l’occupation étrangère. Début décembre, après les
premières chutes de neige, Turenne était prêt pour entamer sa brève mais célèbre
campagne d’hiver. En traversant les Vosges vers la Lorraine, il fit sa jonction avec
les renforts venant de l’armée de Condé. Chez les Impériaux, la confusion régnait.

766
Voir la généalogie de Souches dans les annexes.

264
Turenne surprit et culbuta la cavalerie ennemie près de Mulhouse (le 29
décembre), prit ensuite Turckheim et poussa les Impériaux à évacuer l’Alsace.767
Nous avons déjà vu l’estime de la part du maréchal de Villars, mais les mots
de la reconnaissance des actions de Souches à Seneffe furent prononcés également
par d’autres personnalités du camp adverse, telle le marquis de La Fare. « L’armée
d’Espagne auroit été ce jour-là entièrement défaite, si le comte de Souches, par
une contre-marche qu’il fit faire à l’armée de l’empereur, à qui il fit occuper des
hauteurs qui étoient sur notre gauche, n’avoit donné de l’inquiétude à M. le Prince
[de Condé] qui appréhendoit d’être pris en flanc pendant qu’il tomberoit sur
l’armée d’Espagne. »768
Une description d’un ton quasiment identique fut donnée par La Hode dans
son Histoire du règne de Louis XIV. « Le Prince de Condé auroit bien voulu suivre
l’armée des alliés, qui se retiroit dans un très grand désordre ; mais le comte de
Souches qui commandoit les troupes impériales, l’en empêcha avec beaucoup de
capacité. Ce général fit une contre-marche, et se servant de la situation du terrein,
fit faire le crochet à sa cavalerie, et se mit en bataille sur une hauteur qui se
trouvoit derrière l’armée françoise dont elle n’étoit séparée que par un petit
ruisseau qui couloit entre les deux hauteurs. Ce ne fut que ce mouvement savant et
judicieux qui épargna aux alliés la honte d’une défaite…On se fait un plaisir de
rapporter ce fait si glorieux au comte de Souches […]. »769
En revanche, les critiques virulentes de la conduite de Souches lors de la
bataille provinrent de son propre camp, notamment du comte Gaspard de
Chavagnac qui n’épargnera aucun détail afin de ternir l’image de son supérieur et
n’hésita même pas d’accuser ce dernier de l’incompétence et de la trahison en
insistant sur le fait d’avoir pris des décisions indépendamment, sans consultation

767
C’est alors en 1675 que disparaissent les deux grands généraux de la première partie du règne de Louis XIV :
Condé (qui se retire en septembre 1675) et Turenne (qui est tué le 27 juillet). Côté Impériaux, le général
Montecuccoli se retira à son tour également en 1675. Voir John Albert Lynn, Les guerres de Louis XIV, p. 137-151 ;
Jean Bérenger, Turenne, p. 401-413.
768
Mémoires et réflexions du marquis de La Fare, p. 132-133.
769
La Hode, Histoire du règne de Louis XIV, Francfort, 1741. Cité d’après Louis Etienne Arcère, Histoire de la ville
de La Rochelle, p. 395.

265
préalable avec le commandant en chef des Impériaux, le Prince d’Orange.
« Souches qui avoit reçu ordre de l’Empereur de ne point passer la Meuse sous
quelque pretexte que ce fût, d’agir seulement entre Meuse et Moselle, et de donner
quatre mille chevaux avec un général si les alliés en avoient grand besoin,
m’ordonna de demeurer au camp, tandis qu’il alla dîner avec toute la généralité
dans le camp des troupes espagnoles…Souches décampa pour aller assièger le
Mont-Olimpe ; mais comme le Prince d’Orange demandoit les quatre mille
chevaux que lui avoit promis l’Empereur, on me detacha pour les commander…Je
ne scay quelle jalousie il lui prit sur mon compte ; mais il voulut y venir lui-même
avec toute son armée. Tout le monde, qui scavoit que les ordres étoient precis,
ignoroit ce qu’il vouloit : mais il ne fut pas long-temps indeterminé ; car il fit
passer l’armée au travers de Namur. Monterey et le Prince d’Orange vinrent le
joindre, et demandèrent quel bon ange lui avoit inspiré de passer la Meuse, il
répondit qu’il avoit passé la Moselle et non la Meuse. Je ne pus m’empêcher de
rire et lui dire qu’il me faisoit pitié et que la Moselle étoit à plus de 15 lieües de
lui. Il me dit que je n’étois pas assez habile pour lui apprendre le pays ni la carte,
et se mit beaucoup en colère contre moy. Caplieres, notre commissaire général et
l’homme de l’Empereur, survint et lui demanda ce qu’il avoit ; c’est (lui répondit-
il) Monsieur, qui me veut faire passer pour un enfant ; mais j’en feray mes plaintes
à Sa Majesté Impériale. Je dis le sujet à Caplieres, qui lui dit que j’avois raison ;
sur quoy il se fâcha de nouveau et demanda à ses guides quelle rivière nous avions
passé : ceux-cy luy dirent que c’étoit la Meuse, ce qui luy fit changer de visage et
crier, je sui perdu […].»770
Cette image critique fut sans doute motivée par d’autres éléments qu’un
simple regard pragmatique d’un combattant souhaitant la victoire sur l’adversaire.
On ressent une animosité profonde entre de Chavagnac et de Souches, fondée sur
la jalousie du premier envers le second et sur une rivalité professionnelle entre un
« simple » commandant et son général. Le contact mutuel fut parsemé de
770
Mémoires du comte Gaspard de Chavagnac, Jean de Villeurs (éd.), p. 327-328.

266
provocations de tout genre. Au début de l’année 1674, par exemple, de Chavagnac
fut prié à plusieurs reprises de se présenter devant le nouveau général de l’armée
impériale. Or, la demande resta à chaque fois sans suite, de Chavagnac
argumentant pas son mauvais état de santé, par la goutte qui le tourmentait et qui
l’obligeait à rester au lit.771 Ou bien, au début de l’été de la même année, lorsque
« […] ce général [de Souches] mena l’armée dans le pays du Liège, où il rançonna
cruellement tous les châteaux que tous les gentilshommes s’en plaignoient, j’en
avertis le fils [Charles Louis] qui le redit à son père, qui m’en sut mauvais gré
[…]. »772 Les deux hommes étant Français n’arrangeait sûrement pas non plus les
choses.773
L’animosité de Chavagnac contre de Souches pourrait être en partie
expliquée par son admiration sans bornes envers le général Montecuccoli. En effet,
ce furent deux mondes – noir et blanc. « […] ce fameux capitaine était vice-
président du conseil de guerre, lieutenant général, homme très habile en toute
sorte de sciences et, quoique je n’aie pas eu à me louer de lui dans les différends
que j’eus avec Caprara,774 son ami et son parent, je ne puis néanmoins
m’empêcher de lui rendre justice et d’avouer qu’il était né pour les grandes
choses. Civil, obligeant, et malgré les bruits qui courraient sur sa bravoure, je
pourrais répondre que, pendant le temps que j’ai servi avec lui, je lui ai toujours
reconnu une fermeté dans le péril, qui lui faisait donner ses ordres avec beaucoup
de netteté. De tous les généraux sous lesquels j’ai servi, je n’en ai pas connu de
plus propre que feu M. le Prince.775 Pour la conduite et l’événement d’une
campagne, Turenne n’avait pas son égal ; mais, selon moi, les marches de
Montecuccoli l’emportaient sur les deux autres…Il ne voulut pas servir après la

771
Ibidem, p. 326.
772
Ibidem, p. 327.
773
Plus tard, Gaspard de Chavagnac sollicita son pardon auprès de Louis XIV et réussit à rentrer en France en 1681.
Jean Bérenger, Histoire de l’Empire des Habsbourg, p. 437.
774
Aeneas Sylvius comte de Caprara, né à Bologne en 1631, fut neveu du feld-maréchal Piccolomini.
775
Le Grand Condé, mort à Fontainebleau, le 11 décembre 1686.

267
mort de M. de Turenne,776 alléguant pour sa raison qu’ un homme qui avait eu
l’honneur de combattre contre Fazil Ahmed [Mehmed] Köprülü,777 contre M. le
Prince et M. de Turenne, ne devait pas compromettre sa gloire contre des gens qui
ne faisaient que commencer de commander des armées. »778
De manière générale, de tels rapports tendus ne furent cependant pas rares
dans l’armée impériale. Ainsi, le témoignage de Chavagnac nous éclaire également
indirectement une autre relation houleuse, celle entre le comte de Montecuccoli et
son rival de toujours, le comte de Souches.779 Comme nous l’avons signalé plus
haut et malheureusement pour de Souches, une partie des dignitaires de la Cour de
Vienne était très méfiante envers les Français et une moindre faute ou hésitation
risquait d’être mal interprétée. « Il étoit François [de Souches] et c’étoit un péché
originel qu’on n’effaçoit pas facilement dans cette cour-là […] ».780 Dans
cette atmosphère, une attaque contre le général n’était qu’une question du temps.
L’occasion se présenta justement à la bataille de Seneffe.
D’après le comte de Chavagnac, le comportement de Jean Louis Ratuit de
Souches devint suspect avant même la bataille de Seneffe. Selon ses propos, le
général préparait « […] un complot et il vouloit se débarrasser du Prince Pio,
général de l’Empereur Léopold, du marquis de Grana, gouverneur des Pays-Bas
espagnols, du comte Jean Sporck, général de cavalerie et de Montecuccoli et il en
savoit bien les moyens […]. »781 Afin de trouver d’éventuels complices, de
Souches dut en tenir informé de Chavagnac qui ne partagea pas les mêmes idées et
lui répondit « […] que son projet allait contre le service du maître, puisqu’il ne
saurait trouver un plus brave homme, plus habile et qui entendit mieux l’infanterie
que le Prince Pio ; à l’égard de Grana, je lui dis qu’il étoit si fort attaché à
l’Empereur qu’il seroit difficile de trouver lieu de l’accuser ; quant à

776
Mort en 1675 lors de la campagne contre les impériaux de Montecuccoli sur le Rhin. Jean Bérenger, Turenne, p.
412-417.
777
Grand Vizir du sultan Mehmed IV vaincu à Saint-Gotthard en 1664.
778
Jean de Villeurs (éd.), Mémoires du comte Gaspard de Chavagnac, p. 242-243.
779
Voir plus haut.
780
Pierre Bayle, op. cit., p. 247.
781
Mémoires du comte Gaspard de Chavagnac, p. 326.

268
Montecuccoli, sa position étoit très forte à la Cour […] Mon raisonnement lui fut
si désagréable qu’il sortit brusquement de la chambre et […] il conçut une
aversion si grande contre moi qu’il me la témoigna le reste de la
campagne […]. »782
Au début de juillet, une nouvelle trahison dut être conçue par de Souches.
Cette fois-ci, il traitait, selon de Chavagnac, avec le Prince d’Orange contre les
Espagnols.783 A cela il fallut ajouter les désaccords avec le général Sporck « qui le
haïssait si fort que, si celui-ci [de Souches] eût été en paradis, l’autre n’y auroit
pas voulu aller […]. »784
A l’issue de la bataille de Seneffe, de Chavagnac relate une nouvelle
altercation avec de Souches. « Il me demanda, comment les choses s’étoient
passées de mon côté. Je lui ai répondu – il n’est pas nécessaire que vous le sachiez
[…] mais votre fils, qui est un très brave homme et qui y a bien fait son devoir,
pourra vous l’apprendre, puisqu’il en a été témoin. Je ferai une relation que
j’enverrai à Montecuccoli pour qu’il le fasse voir à Sa Majesté où je lui marquerai
que vous m’avez oublié avec 6 000 hommes […] Son fils, pour qui j’avois autant
d’estime que de mépris pour son père, me vint prier que je ne misse pas ce dernier
article dans ma relation […]. »785 La rupture entre les deux hommes et de manière
plus large entre de Souches et la plupart des membres de l’état-major de l’armée
impériale fut consommée.
En automne 1674, de Souches opérait encore dans les environs de Gand
(septembre) et organisa le siège d’Oudenaarde.786 Là aussi, l’image de son action
donnée par les contemporains reste quelque peu mitigée. D’un côté, nous voyons
ses critiques « traditionnels » avec, en leur tête, comte de Chavagnac, de l’autre
côté des professionnels reconnaissant l’état des faits, tels que maréchal du Villars

782
Ibidem, p. 327.
783
Ibidem, p. 328.
784
Ibidem, p. 332.
785
Ibidem, p. 340.
786
OStA, AVA, Familienarchive, Harrach, Familienarchiv, Familie in specie, 301.47, lettre à Ferdinand Harrach du
24 octobre 1674. A comparer à Henri Martin, Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1789, t.
XIII, Paris, 1858, p. 441-445.

269
qui constata qu’après la bataille de Seneffe « […] les deux Armées furent près de
quinze jours sans faire de mouvement ; après quoi celle des Alliés alla investir
Oudenarde et celle du Roi marcha pour faire lever le siège. Le Prince de Condé
s’approcha de l’ennemi à la portée du canon et voyant qu’il n’occupoit pas une
hauteur très importante, il s’en saisit. Le jour d’après, l’Armée ennemie leva ses
quartiers et le Général Souche ayant placé avantageusement celle de l’Empereur,
le Prince de Condé qui avoit fait lever un siège ne voulut pas engager une action
[…] ».787
D’après le marquis de La Fare « […] la campagne finit en Flandre par cette
action [siège d’Oudenaarde], où les ennemis [les Impériaux], après s’être vus cette
année-là forts de 70 000 hommes, se retirèrent en quartier d’ hiver sans avoir rien
fait. La plus grande partie de notre armée [ les Français] s’y retira aussi ; mais la
gendarmerie dont j’ étois, et quelques brigades de cavalerie et d’ infanterie
reçurent ordre de marcher en Allemagne sous le commandement du comte de
Saulx, pour fortifier l’ armée de M. de Turenne, qui venoit de donner aux
Allemands la bataille de Zinsheim, et les avoit fait retirer dans Strasbourg, mais
dont l’armée étoit si faible, et la cavalerie, qui ne mangeoit que des feuilles, en si
mauvais état, que c’étoit un miracle qu’il pût tenir tête à l’armée des ennemis, qui,
après la jonction de l’électeur de Brandebourg qui la commandoit, se trouvoit de
près de 50 000 hommes ».788
Le siège d’Oudenaarde et les actions en Flandre n’arrangèrent guère
l’atmosphère tendue dans l’état-major des Alliés. Bien au contraire. «Comme il
arrive presque toujours que dans les armées composées de différentes nations et
commandées par différents Chefs, la jalousie ou la diversité des intérêts causent
des divisions, le Prince d’Orange et le Comte de Souches se plaignirent l’un de
l’autre et se reprochèrent les fautes de cette campagne ; en sorte que ces trois

787
Mémoires du duc de Villars, Pair de France, op. cit. p. 38-39.
788
Mémoires et réflexions du marquis de La Fare, p. 133.

270
armées se séparèrent après la levée du siège d’Oudenaarde avec un
mécontentement réciproque […] ».789
Même si toutes les opérations menées par de Souches ne se limitèrent alors
pas à une succession d’échecs comme le voulurent ses adversaires au sein de
l’armée impériale, le vide se fit peu à peu autour du général.

789
De Quincy, op. cit., p. 387.

271
2. La disgrâce et le départ de l’armée

Après la bataille de Seneffe, de Souches fut accusé d’avoir refusé d’exposer


les Impériaux aux combats et provoqué ainsi leur défaite. Guillaume d’Orange
réunit les généraux de l’armée impériale « […] pour savoir ce que nous avions
résolu sur de Souches ; il nous dit qu’il étoit persuadé que personne ne douteroit
qu’il ne fût un traître et que, pour lu, son sentiment seroit qu’on le mît aux arrêts
jusqu’à ce que l’Empereur, à qui il vouloit envoyer un courrier, en fit telle justice
qu’il trouveroit à propos […] Sporck prit la parole et opina qu’il falloit
l’arrêter. »790 A la fin de la réunion, il fut décidé d’écrire une lettre signée de tous
les généraux qui relaterait « […] de toute la mauvaise conduite que de Souches
avoit tenue et qui ne pouvoit être que très pernicieuse à la cause commune, si elle
continuoit […]. »791 Le Prince d’Orange se chargea de l’envoyer à Léopold Ier à
Vienne.
En octobre 1674, revint le courrier de Vienne avec la réponse de l’Empereur
qui « […] rapporta des ordres à Sporck de commander l’armée à la place de de
Souches, avec défense à nous autres de lui [de Souches] obéir en quoi que ce fût
[…] » et qui ordonna à de Souches « […] de venir à la cour pour y rendre compte
de sa conduite et des infâmes actions qu’il avoit faites pendant la campagne
[…]. »792 Le comte de Chavagnac, sans doute satisfait de la décision de Vienne, ne
put pas s’empêcher de marquer un point symbolique à l’affaire en notant :
« Quoique nous le haïssions tous, son malheur nous fit compassion, et, pour en
dire mon sentiment, je ne crois pas qu’il fût traître, mais plein de malice, ignorant
et le plus grand voleur qui fût sous le ciel. »793 Léopold Ier destitua Jean Louis

790
Mémoires du comte Gaspard de Chavagnac, p. 348.
791
Ibidem, p. 349.
792
Ibidem, p. 350.
793
Ibidem. p. 350.

272
Ratuit de Souches de son poste du commandant et créa même, en décembre 1674,
une commission chargée d’enquête sur sa tenue lors de la bataille.794
A la lumière de nombreuses accusations, le comportement de Jean Louis
semble fortement étrange et nous incite à ce que l’on s’y intéresse d’un peu plus
près. Il semblerait en effet, que ses capacités de commandement furent gravement
atteintes par des sérieux problèmes de santé conjugués à des troubles mentaux qui
culminèrent notamment lors de la bataille de Seneffe. Ses contemporains le
décrivirent comme quelqu’un qui avait du mal à se soumettre et impulsif à
outrance. Ses difficultés de supporter la subordination et les excès envers ses
propres subalternes qui le craignaient et ne voulaient pas exercer leurs charges sous
son commandement795 indiqueraient les prémices d’une sorte de maladie psychique
qui dut se déclarer de pleine force lors des dernières années de sa vie.796 Pendant la
campagne contre la France, il souffrait des crises d’épilepsie tellement fortes qu’il
faillit de s’évanouir à plusieurs reprises.797 Lors de la bataille de Seneffe, il fut
atteint de coliques et fut obligé de ‘disparaître’ régulièrement afin de reprendre les
forces pendant que ses officiers subalternes le cherchèrent partout.798 Autant
d’éléments qui jouèrent en sa défaveur et se reflétèrent dans les charges contre lui
présentées à la Cour de Vienne par ses critiques.
Face à la commission d’enquête, Jean Louis Ratuit de Souches clama bien
évidemment son innocence et afin d’obtenir sa réhabilitation, il chercha de l’appui
auprès des autorités gravitant autour de la Cour d’Espagne, notamment auprès de
l’ambassadeur impérial à Madrid, le comte Harrach. Il le tenait régulièrement
informé sur l’évolution de son affaire et ne cessait de lui demander du soutien, en

794
Pavel Balcárek, Pod Špilberkem proti Švédům, p. 91.
795
Ibidem, p. 90.
796
Henry Frederick Schwarz, op. cit., p. 349.
797
Pavel Balcárek, Pod Špilberkem proti Švédům, p. 90.
798
Mémoires du comte Gaspard de Chavagnac, p. 344.

273
lui rappelant son « expérience, valeur et fidélité qui furent connus à tous les
ministres et appréciés par la cour entière […]. »799
Dans une de ses nombreuses lettres au sujet de son procès, conservées
aujourd’hui dans les archives viennoises, il décrivit les détails de sa cause.
« Monsieur, par celle qu´il a plu à Votre Excellence me faire l´honneur de
m´écrire le 5e du mois passé [la lettre n’est pas datée], elle m’assure par des termes
si obligens de la continuation de sa protection en la Cour de Madrid que ie ne
scay pas comme quoy ie pourray jamais rencontrer des occasions qui luy fassent
voir ma reconnaissance et à quel point je me sens redevable à la bonté qu‘elle a de
prendre à coeur par le seul motif de sa pure générosité la déffence d’un pauvre
malheureux qui jusqu’à présent n’a pas eu le bonheur de luy rendre le moindre
service, mais qui est injustement persécuté comme Votre Excellence aura veu par
les actes traduits en espagnol, qu’elle m’avise avoir receu. [...] ie souffre par
l’ennuie de quelques uns et par l’ignorance ou malice des autres qui ont taché de
couvrir leurs deffauts par des impostures si ridicules que ie ne scaurois assez
m’estonner qu’ils se soient trouvés un Ambassadeur d’Espagne pour conniver avec
eux afin de me perdre. Croiriés Vous, Monsieur, qu’il continue encore à présent à
retarder à mon égard la justice de sa Majesté qui par la grace de Dieu est très
persuadée et bien informée de l’intégrité de mes actions. Elle l’auroit esté sans
doute davantage si les resolutions que j’avais fait prendre l’été passé à Mrs les
Comte de Monterey et Prince d’Orange n’eussent pas esté eludées. Toute la
France en a esté dans la crainte voyant bien que mes demarches ne tendoient qu’à
luy porter la guerre dans le sein. Il y a beaucoup d’apparence que Nous aurions
pris des postes sur la frontière qui nous auroient donné les quartiers d’hyver et
que la ville et citadelle de Liège seroient présentement entre nos mains si notre
cour n’avait esté si longue à se résoudre, elle m’a rappellé de l’armée lors que
j’attendois ses ordres pour executer cette entreprise. [...] Votre Excellence peut
799
«[...] grosse experienz, valor und Treu die bei allen hies(t)ig ministeren und ganzen Hoff in sehr grossen estime
sind [...]». OStA, AVA, Familienarchive, Harrach, Familienarchiv, Familie in specie, 301.47, lettre à Ferdinand
Harrach, 1674, sans date ni lieu.

274
bien juger delà que l’ennuie s’est opposée à l’accroissement de ma reputation et
que pour couvrir son jeu elle a suscité les plaintes qui doivent avoir esté faites
contre moy, voulant persuader un chacun que j’avois entre les mains toute
l’administration de la campagne, pleut à rien que cela eust esté et que les Alliés
eussent suivi mes bons conseils les ennemis ne se trouveroient pas en estat comme
ils font d’agir de l’autre costé du Rhin et n’auroient pas les avantages qu’ils ont en
suite remporté sur la Meuse qui sera presque toute à eux s’ils se rendent maistres
de Charlemont et de Namur dont l’on aprehende l’attaque par le Prince de Condé
[...] P.S. Je prie Votre Excellence de vouloir faire resouvenir Mr le marquis de
Chastel Bodigne de moy. J’ai tant receu de grace de sa protection cependant qu’il
estoit un ambassadeur au près de l’Empereur Ferdinand et que j’espère qu’il aura
encore quelque peu de bonté pour moy et qu’il daignera bien se faire lire les
autres qui sont en espagnol et entandre de la bouche de Votre Excellence ce que ie
luy confie par ma plume, ie ne doute null que soit insolite ne le fera rien conservoir
de sinistre d’une personne qui a esté toute à elle et qui a les mesmes santimans
pour Votre Excellence ce que luy eut autrefois [...]. »800
Et le 13 janvier 1675, de Souches continua dans le même ton : « Monsieur,
je prie votre Ex. de prendre qu’outre les obligations que ie vous ai déjà donnés
bien vouloir prendre ma protection à la cour de Madrid aussi tost que les
imposteurs i ont fait parvenir leurs infames rellations contre ma conduite pendant
la dernière campagne…ie la supplie à présent de me continuer encore ayant cru
toutes les preuves iustificatives de ma bonne conduite qui ont, j’en fait voir tout le
contraire […] » et qualifia l’affaire comme « la calumnia contra mi ». 801
Avec le temps et devant la ténacité de ses adversaires, le procès s’enlisa et
de Souches commença à désespérer de pouvoir obtenir un jour une sentence
favorable à son égard. « Monsieur, j’ay receu hier celle qu’il a plu à Votre
Excellence de m’ecrire le 14 du mois passé [août], avec le P.S. dont elle a daigné
800
OStA, AVA, Familienarchive, Harrach, Familienarchiv, Familie in specie, 301.47, lettre à Ferdinand Harrach,
1674, sans date ni lieu.
801
Ibidem, Vienne, lettre du 13 janvier 1675.

275
m’honorer de sa propre main, l’un et l’autre me temoignent si obligeamment les
bons effets de la protection que Votre Excellence m’a accordée que ie ne scay
comment ie pourray jamais correspondre à toutes les graces qu’elle me fait
journellement par le soing non pareil qu’elle prend de persuader à la cour de
Madrid l’injustice qu’elle me fait de croire trop legerement à des impostures qu’on
a contronncés pour mettre à couvert ceux qui ont esté les principaux autheurs des
manquements de la dernière campagne pour n’avoir pas voulu suivre mes conseils
et pour avoir éludé l’execution des resolutions que j’avois fait prendre comme
Votre Excellence aura peu voir dans la relation que ie luy ay fait tenir. Ayant
depuis fait toutes les instances possibles afin qu’on me communicasse les plaintes
qu’on avait données contre ma conduite et que les autheurs me fussent connus, ie
n’ay, je n’ay [répété tel quel dans le texte] rien pû obtenir qu’un extrait qui sera
envoyé de Vienne à Votre Excellence avec ma justification que ie fais traduire en
espagnol afin qu’elle s’en puisse servir pour d’autant mieux convaincre mes
adversaires auprès de la reine et des ministres. J’ay repondu aux plaintes le plus
modestement qu’il m’a esté possible quoy que j’aye bien eu de la peine à retenir la
bile qui s’est esmené lisant les infames points que ce coquin et poltron de Fleister
m’a produit. Il n’y avait que luy qui fust seul capable de mettre des impostures si
grossières sur le papier et qui passent près de sa Majesté comme à tous les gens
d’honneur pour une hardiesse non pardonnable. Aussi sa Majesté après avoir deux
fois leu ma justification avec Mr le chancellier, elle m’a fait asseurer que ie serois
bien tost consolé et Mr le chancellier luy en a dit tout autant. Mais comme ie voy
par le P.S. de Votre Excellence que l’empereur s’est reservé de luy en ecrire plus
expressement, je croy que sa Majesté ne mettra pas en execution ce qu’elle doit
avoir resolu en ma faveur avant qu’elle ne scache par Votre Excellence les
sentiments de la reine sur cela. Et il n’est pas à douter qu’el marquis de los
Balbasses [Balbaces] ne l’entretienne dans des scrupules en faveur du comte de
Monterey, par la passion qu’il a depuis quelques années contre moy et qui vient de
ce que ie n’ay pu luy accorder une compagnie de mon regiment pour un jeune

276
Doria qui vaquoit par la perte de mon lieutenant colonel Delon et que ie n’ay pû
refuser à son frère qui avoit esté 8 ans lieutenant de la même compagnie. Il en vint
memes a des paroles menacantes aussi n’a-t-il pas manqué de se servir de
l’occasion aussi tost qu’elle s’est presentée pour me faire ressentir les effets de sa
mauvaise volonté par l’authorité qu’il a gagnée en nostre cour. Il a même eu
recours au ministère de quelque moine pour faire prendre sous main à nostre
maistre de sinistres impressions de ma personne. J’ecry cecy à Votre Excellence
afin qu’elle soit advertie du sujet de la passion que le marquis a depuis quelques
années contre moy. Laquelle ne finira jamais à moins qu’il ne degenère de
l’humeur du pays où il a pris naissance. J’espere que Votre Excellence aura la
bonté de m’excuser si ie l’entretiens par une si longue lettre, c’est la consolation
ordinaire des malheureux de parler prolixement aux personnes à qui ils se confient
[…].802
A la fin de l’année 1675, une lueur de l’espoir commença tout de même à
apparaître. « Monsieur, je ne doute pas que Votre Excellence n’ait receu les actes
de ma justification sur des points qu’Haister en l’absence de Mr de Montecuccoli a
tiré des pretendues plaintes que les alliés doivent avoir envoyées à la cour pendant
que i’estois encore en campagne. Je n’ay jamais pû obtenir les propres originaux
quoy que i aye incesamment insisté la dessus: l’on a même fort longtemps retenu
les dits points qui ne seroient pas venus en evidence n’estoit les grandes instances
que i’en ay faites Dieu soit loué, Monsieur, qu’ils ont servis à justifier ma conduite
et à decouvrir l’énormité de mes émulateurs, ou pour mieux dire impudents
difamateurs. C’est ce que Votre Excellence qui est si eclairée en toutes choses
reconnaitra dès qu’elle aura daigné jetter les yeux sur un interrogatoire si
malicieux, ignorant et ridicule. D’où il est aisé à juger que si Haister qui en est le
seul autheur comme ie croy, avoit eu en main de la matière pour me perdre selon
le desir des personnes qui l’ont appuyé en quel estat ils m’auroient reduits. Ceux
là, Monsieur, se trouvent maintenant bien camus lesquels ne se pouvant imaginer
802
Ibidem, Znojmo, lettre du 22 septembre 1675.

277
que depuis tant d’années que i’ay l’honneur d’estre au service de l’auguste
maison, toutes mes actions se trouveroient sans aucune tâche, voyent avec grande
mortification qu’ils paroissent déjà ce qu’ils sont et passeront pour tels à la veüe
de toute l’Europe. J’ay esté informé, Monsieur, comme quoy Votre Excellence a
pris un incroyable soin d’informer la Reine et tous les ministres mieux qu’ils
n’avoient esté d’abord et qu’elle avoit si bien reussy que la chose estoit dans un
bon train. Cette lettre cy, Monsieur, que ie fay insensiblement plus longue que ie
ne m’estois proposé est particulierement pour rendre très humbles graces à Votre
Excellence de tant de services essentiels qu’il luy plait me rendre et que moy ny les
miens n’oublieront jamais. […] ie suis incessamment dans l’attente d’en recevoir
de favorables, s’il est ainsi que ie l’espere selon l’advis d’un mien amy qui doit
avoir veu deux lettres ecrites de Madrid. »803
L’affaire prit fin en été 1676. Le 11 juin, l’Empereur Léopold accorda à de
Souches une audience804 durant laquelle le procès fut définitivement déclaré clos et
les arrêts de la commission de l’enquête furent rendus publics. Les sentences furent
relativement indulgentes, sans doute à cause de nombreux services rendus par de
Souches à la couronne auparavant. Dans tous les cas, Jean Louis Ratuit de Souches
ne fut pas condamné pour finir sa vie par la main d’un bourreau ou emprisonné à
perpétuité. Il fut démis de ses fonctions dans l’armée ainsi qu’à la Cour de Vienne
(sauf de sa position symbolique du conseiller secret qu’il garderait jusqu’à sa mort
en 1682) et obligé de demeurer dorénavant sur ses terres moraves.805
Le grand chapitre de sa vie, celui d’un général dont le pouvoir impérial ne
pouvait pas se passer, fut alors terminé. On serait tenté d’affirmer que le reste de
ses jours fut rempli de soucis de tout autre genre : qu’il s’occupait de ses
résidences, gérait ses domaines moraves et consacrait plus de temps à sa famille.
Or, la réalité fut considérablement différente. Ses troubles psychiques se
déclarèrent sous une forme plus prononcée et il arrivait à peine à signer ses
803
Ibidem, Jevišovice, lettre du 10 décembre 1675.
804
Ibidem, Vienne, lettre du 11 juin 1676.
805
Sur sa disgrâce, voir MZA Brno, G 140, RA Dietrichštejnů, no 93, cote 54, carton 28.

278
lettres.806 Jean Louis Ratuit de Souches mourut aveugle, insensé et épuisé d’une
maladie,807 le 12 août 1682, dans son château morave de Jevišovice.

806
OStA, AVA, Familienarchive, Harrach, Familienarchiv, Familie in specie, 301.47, Jevišovice, lettre du 20
décembre 1679 ; Ibidem, Jevišovice, lettre du 7 janvier 1680. Ces lettres furent dictées par de Souches qui aposa
seulement sa signature, d’ailleurs difficilement déchiffrable, tellement sa main tremblait.
807
Pavel Balcárek, Pod Špilberkem proti Švédům, p. 91.

279
TROISIEME PARTIE

Devenir seigneur en Moravie

280
I. L’intégration à la société morave

1. Margraviat de Moravie au XVIIe siècle – aperçu de l´organisation politique


et de la structure sociale

Le Margraviat de Moravie demeurait à l’époque que nous étudions, c’est à


dire durant le XVIIe et XVIIIe siècles, partie intégrante des pays de la Couronne de
Bohême.808 Ces derniers étaient représentés par le chancelier de Bohême siégeant
depuis 1624 en permanence à Vienne. Les diverses décisions prises par l’Empereur
et par ses conseillers étaient communiquées par l’intermédiaire de la chancellerie
aux autorités locales des pays tchèques. Dans ce sens, le chancelier de Bohême fut
alors en même temps le premier officier de Moravie.
Si au niveau central l’administration morave dépendait du royaume de
Bohême, il n’en était pas pour autant quant au niveau local. Dans les premières
décennies du XVIIe siècle, la Moravie était administrée par trois hauts officiers. Il
s’agit du gouverneur, du premier chambellan (dont dépendait le ressort des
finances) et du premier juge.809
Quant au gouverneur (hejtman en tchèque), capitaine du pays comme en
Silésie, il jouissait d’une position privilégiée par rapport à ses deux autres
collégues. En effet, l’institution de hejtman fut de longue date et remontait à la fin
du XIIIe siècle. Le gouverneur représentait l’autorité centrale et remplaçait le
margrave (ou le roi de Bohême qui devenait automatiquement maître du pays
lorsque le siège du margrave devenait vacant). Compte tenu de la distance qui
séparait la Moravie de Prague, capitale de Bohême, le champ de compétences de

808
Pour les périodes antérieures mais également pour la période étudiée voir l’Introduction du présent texte ainsi que
les synthèses de l’histoire des pays tchèques citées plus haut. Sinon, à compléter par Rudolf Dvořák, Dějiny
Markrabství moravského, Praha, 2000, p. 252-310 ; Pavel Balcárek, Státoprávní dějiny Moravy, Brno, 1990,
passim ; František Čapka, Morava. Stručná historie států, Praha, 2003.
809
Sur l’administration de la Moravie durant les XVIIe et XVIIIe siècles voir une étude synthétique de Slavomír
Brodesser, « Správa na Moravě v době absolutismu », in : Tomáš Knoz (réd.), Morava v době baroka, Brno, 2004,
p. 33-46. Les Moraves étaient très jaloux de leur autonomie par rapport à Prague. Voir à ce sujet le travail de
Joachim Bahlcke, Regionalismus und Staatsintegration im Widerstreit. Die Länder der böhmischen Krone im ersten
Jahrhundert der Habsburgerherrschaft (1526-1619), Munich, Oldenbourg, 1994. L’ouvrage analyse, certes, la
période antérieure mais demeure très utile néanmoins.

281
hejtman morave était plus large que celui de son homologue de Bohême: il
présidait les Diètes du pays ainsi que la Cour de justice, de son ressort relevaient
entre autre les appels remontant des villes royales.810
Après 1620, le poste du gouverneur en Moravie fut occupé par l’évêque
d’Olomouc, le cardinal François de Dietrichstein.811 Ce dernier réforma le
fonctionnement de l’office en question. Dorénavant, le hejtman ne devait plus agir
seul mais apparaître à la tête d’un collège plus large composé également d’un
chancelier, de deux assesseurs, de deux secrétaires et d’un nombre non précisé du
personnel des bureaux. Cette institution qui devint Tribunal royal morave, vit le
jour à la mort de Dietrichstein, en 1636. Le Tribunal dont l’agenda fut très variée,
allant des dossiers politiques, militaires, juridiques jusqu’aux affaires concernant la
contribution, siégeait à Olomouc mais dès 1642, il fut transféré, à l’instar de la
Cour de justice et des Tables du pays, à Brno qui devint la capitale du
margraviat.812
Si nous avons insisté un peu plus sur le système administratif du pays c’est
parce que il fut réservé au monde nobiliaire, les deux catégories – à savoir les
seigneurs et les chevaliers – confondues, les seigneurs se partageant cependant les
quelques postes-clé. Cela nous amène directement au sujet de notre travail car
avant de nous intéresser de près à la société aristocratique morave et aux
différentes façons permettant son intégration, un aperçu de sa hiérarchie accentuée
par l’exercice de certains offices s’impose.
En 1640, accusé d’abus du pouvoir, le comte Julius de Salm fut contraint par
la Chancellerie de Bohême de quitter la charge du gouverneur du Margraviat de
Moravie. Aussitôt, il fut remplacé par trois hommes qui, le temps de trouver le

810
Jiří Louda, Moravští zemští hejtmani, Praha, s.d., passim; Jan Janák – Zdeňka Hledíková – Jan Dobeš, Dějiny
správy v českých zemích od počátků státu po současnost, Praha, 2005, p. 126-128. A compléter par Jiří David,
« Moravské stavovství a zemské sněmy ve druhé polovině 17. století », FHB, 24, no 1, 2009, p. 111-163.
811
Pavel Balcárek, Kardinál František Ditrichštejn (1570-1636). Gubernátor Moravy, České Budějovice, 2007,
passim.
812
Rudof Hert « Ke sporu Olomouce o primát », in : Vlastivěda pro střední a severní Moravu, Olomouc, 1938,
p. 71-82; Pavel Balcárek, « Příspěvek k problematice povýšení Brna na hlavní město Moravy », in : Brno mezi městy
střední Evropy, Brno, 1983, p. 154-157.

282
nouveau candidat, dirigaient le pays ensemble. Il s’agit du premier chambellan
Christophe Paul comte de Liechtenstein-Castelcorn, du premier juge Jean comte de
Rottal et du chancelier François comte de Magnis.813 Ce trio qui rassemblait alors
au milieu du XVIIe siècle les hommes les plus puissants du pays, mériterait ici
notre attention.814
Christophe Paul de Liechtenstein-Castelcorn appartenait à une branche
styrienne d’une famille bien enracinée dans le milieu morave depuis la fin du XVIe
siècle. La fortune familiale fut bâtie par Charles de Liechtenstein (1569-1627) qui
profita pleinement des confiscations de l’après 1620 et s’empara de vastes
domaines en Moravie du Nord, en Silésie ainsi qu’en Bohême de l’Est. Le frère de
Charles, Gundakar, s’acquit des terres en Moravie du Sud. Quant au Christophe
Paul, il arriva en Moravie grâce au mariage avec la fille de Julius Salm. Sa femme
lui apporta en dot le château et domaine de Pernstein en Bohême de l’Est. Plus
tard, il racheta encore d’autres biens situés cette fois en Moravie et ce fut
notamment la possession de ces terres moraves qui lui ouvrit l’accès aux plus
importants postes dans l’administration du pays. Dans les années 1642 – 1648, il
devint à son tour le gouverneur du margraviat.815
Le cas du comte de Jean Rottal ne fut pas moins intéressant. Il était
originaire de Styrie où ses ancêtres occupaient la charge de chambellan héréditaire
d’argent (Erbskberkämmerer). Jean comptait pour une des personnes des plus
influentes en Moravie. Il devint successivement l’intendant de la région de
Hradiště en Moravie du Sud, premier juge (1637), premier chambellan (1642) et

813
Josef Válka, Dějiny Moravy II – Morava reformace, renesance a baroka, Vlastivěda moravská – Země a lid,
Nová řada, t. VI, Brno, 1996, p. 108.
814
Sur la structure personnelle des plus hauts offices dans l’administration du Margraviat de Moravie voir Antonín
Boček, Přehled knížat a Markrabat i jiných nejvyšších důstojníků zemských v Markrabství moravském, Brno, 1850.
815
Roman Vondra, «Osobnosti české minulosti. Karel z Lichtenštejna (1569-1627)», HO 18, 2007, no 11-12, p. 273-
277; Thomas Winkelbauer, «Lichtenštejnové jako „šlechta neznající hranice“. Náčrt majetkového vývoje pánů a
knížat Lichtenštejnských v Dolních Rakousích a na Moravě v rámci politických dějin», in: Václav Bůžek – Andrea
Komlosy – František Svátek (réd.), Kultury na hranici/Kulturen an der Grenze, Vienne, 1995, p. 215-222; du même
auteur, « Das ‘Fürstentum Liechtenstein’ in Südmähren und Mährisch Kromau (bzw. Liechtenstein) als
Residenzstadt Gundakers von Liechtenstein und seines Sohnes Ferdinand », in : Václav Bůžek (réd.), Život na
dvorech barokní šlechty (1600-1750) (=La vie dans les cours de la noblesse baroque), České Budějovice, 1996
(=OH 5), p. 309-334; du même auteur, Fürst und Fürstendiener. Gundaker von Liechtenstein, ein österreichischer
Aristokrat des konfessionellen Zeitalters, Wien-München, 1999 (habilitation).

283
commissaire militaire général (1647). A la mort de Liechtenstein en 1648, il
remplaça ce dernier dans sa fonction du gouverneur. En 1650, ce fut Jean de Rottal
qui reçut symboliquement, lors du départ des soldats suédois le 8 juillet 1650, les
clés des portes de la ville d’Olomouc. Ses domaines formaient un vaste complexe
en Moravie du Sud-Est.816
Le dernier membre de la triade, François comte de Magnis, fut à l’origine
soldat ayant fait fortune au service de l’Empereur. Il prit part à la bataille de la
Montagne blanche en 1620. En guise de reconnaissance, Ferdinand II l’avait élevé
en 1623 dans les rangs des comtes de l’Empire. Il s’empara d’un riche domaine de
Strážnice en Moravie du Sud appartenant jadis à la famille de Žerotín (Zierotin). Il
devint second chambellan du pays (1638) et en 1649, il succéda au comte de Rottal
dans la fonction du premier juge. L’occasion se prête ici de présenter également
son frère Valerian Magni, capucin, nommé en 1622 Missionnaire général et chargé
de veiller sur la recatholicisation de la Bohême.817
A la deuxième moitié du XVIIe siècle, la charge du gouverneur attira
d’autres hommes, pas moins puissants que les précédents. Nous vîmes ainsi se
succéder le comte Gabriel Serényi (ayant remplacé en 1655 Rottal), issu d’une
lignée des Magnats hongrois et possessionné en Moravie de l’Est et à partir de
1664, Ferdinand de Dietrichstein. Arrivèrent ensuite Georges Etienne comte de
Vrbna (1666-1667) et François Charles Libsteinsky de Kolowrat, appartenant à une
ancienne famille de Bohême mais possédant également des biens en Moravie du
Sud ce qui lui ouvrit la porte à l’office du gouverneur. Il exerçait sa fonction
jusqu’en 1700.818
Ces quelques noms représentaient le sommet de la société nobiliaire morave
des XVIIe – XVIIIe siècles. Mais cette dernière ne se limitait évidemment pas à ce

816
Pavel Balcárek, Moravský zemský archiv. Rodinný archiv Vrbnů 1482-1957. Inventář, Brno, 1981, p. 1-9.
817
Pavel Balcárek, « František Magnis a Morava na sklonku třicetileté války », Studie Muzea Kroměřížska, 1982,
p. 4-28 ; Josef Válka, Dějiny Moravy II – Morava reformace, renesance a baroka, p. 113-114.
818
Jiří Louda, Moravští zemští hejtmani, p. 36-38.

284
cercle restreint. Il est alors temps de compléter notre aperçu du monde des nobles
du Margraviat de Moravie afin d’en donner une image plus vive, multicolore.819
La noblesse en Moravie jouissait d’une position-clé dans la société
structurée des Etats et cela bien avant l’année 1620. Le clergé et les villes royales
étant relativement faibles, ce furent les nobles qui formaient le premier corps
politique du pays et l’interlocuteur privilégié de la Cour viennoise. Si jusqu’à la fin
du XVIe siècle, la noblesse morave considérait le service pour le bien du pays
comme un des plus grands honneurs, dès la première moitié du siècle suivant, les
priorités commencèrent à changer. Les charges à la Cour des Habsbourg devinrent
plus attractives que les postes dans l’administration locale même si, comme nous
venons de le constater, les détenteurs de ces derniers profitaient du prestige
incontestable.820
La relative proximité géographique entre certaines régions moraves,
notamment la Moravie du Sud, et Vienne, faisait du Margraviat un territoire
convoité par ces nobles, qui furent actifs à la Cour impériale. Dès la fin de la
guerre de Trente Ans, ces hommes transformèrent leurs résidences situées « à la
campagne » en bases économiques et sociales de leurs palais viennois.
L’historien tchèque František Matějek établit une liste d’une dizaine des plus
riches familles qui étaient en 1640 en possesison des biens en Moravie. Nous y
trouvons, aux côtés des noms déjà introduits (Liechtenstein, Dietrichstein, Salm et
Magnis) ceux des Kounitz, Lobkowitz, Slavata, Zierotin (Žerotín), Zampach
(Žampach), Verdenberg, Náchod, Forgacz et Wallenstein.821 Au milieu du XVIIe

819
Si nous ne le préciserons pas, les lignes suivantes reposeront sur les études de František Hrubý, « Moravská
šlechta roku 1619, její jmění a náboženské vyznání », ČMM, 46, 1922, p. 107 – 169; Václav Bůžek (réd.), Věk
urozených. Šlechta v českých zemích na prahu novověku, Praha-Litomyšl, 2002; Petr Maťa, Svět české aristokracie
(1500-1700), Praha, 2004 ; František Matějek, « Bílá hora a moravská feudální společnost », ČČH, 22, 1974, p. 81-
104 ; Josef Polišenský – František Snider, « Změny ve složení české šlechty v 16. a 17. století », ČČH, 20, 1972, p.
515-526 ; Volker Press, « Adel in den österreichisch-böhmischen Erblanden und im Reich zwischen dem 15. und
17. Jahrhundert », in : Adel im Wandel. Politik – Kultur – Konfession 1500-1700, Vienne, 1990, p. 19-32 ; Josef
Válka, Dějiny Moravy II – Morava reformace, renesance a baroka, notamment p. 138-144 ; Tomáš Knoz,
« Moravská barokní šlechta », in : Tomáš Knoz (réd.), Morava v době baroka, Brno, 2004, p. 47-56.
820
A ce sujet voir Jiří Jurok, «Šlechtické zemské úřady a rodová majetková moc v předbělohorských Čechách a na
Moravě (1526-1620)», ČMM, 110, 1991, p. 239-252.
821
František Matějek, « Bílá hora a moravská feudální společnost », p. 100.

285
siècle, nous pouvons constater certains changements. En effet, les Lobkowitz
vendirent leurs biens moraves, les Verdenberg perdirent leur position privilégiée,
la famille de Náchod s’éteignit. En revanche, les nouveaux lignages apparurent ou
tout simplement renforcèrent leurs positions. Ce fut le cas des Serényi et Rottal
déjà cités, des Althann, des Questenberg, des Souches ou des Collalto.
Le XVIIe siècle vit des changements profonds affectant non seulement les
propriétaires de nombreux domaines mais aussi la stratification-même de la société
nobiliaire morave.822 Deux familles se détachèrent du reste, celle des Liechtenstein
et celle des Dietrichstein (suivies à la deuxième moitié du XVIIe siècle par une
troisième, celle de Kaunitz).823 Nous avons déjà signalé leur fortune considérable
mais leur prestige sociale reposait aussi, ou peut-être avant tout, sur l’appartenance
à l’élite aristocratique de la monarchie. En effet, les deux lignages (les Kaunitz un
peu plus tard) portaient la dignité des ducs, une denrée rare dans les pays des
Habsbourg. Conscientes de cette position d’exception, ces familles tâchaient de se
distinguer des autres nobles du pays. Leurs membres financaient des
modernisations couteuses de leurs résidences suivant un modèle culturel universel,
celui qui puisait dans le baroque italien transformé par le prisme du goût de la Cour
viennoise. A l’instar de l’Empereur, ils s’entouraient de leurs propres cours qui
devenaient à leurs tours non seulement des centres administratifs et économiques
des vastes domaines mais aussi des foyers de la vie sociale et culturelle de la
région. Les Liechtenstein furent actifs ainsi à Valtice et à Lednice en Moravie du
Sud,824 les Dietrichstein, quant à eux, faisaient de même à Mikulov, également en

822
A ce sujet voir l’ouvrage de Tomáš Knoz, Pobělohorské konfiskace, passim.
823
L’intégration réussie dans la monarchie habsbourgeoise de cette famille terrienne morave et l’ascension sociale
fulgurante des Kaunitz fut étudiée par Grete Klingenstein, Der Aufstieg des Hauses Kaunitz, Göttingen, 1975. A
comparer à Josef Válka, Dějiny Moravy II – Morava reformace, renesance a baroka, p. 143-144 ; František Hrubý
(éd.), Lev Vilém z Kounic, barokní kavalír. Jeho deník z cesty do Itálie a Španělska a osudy Kounické rodiny v letech
1550-1650, Brno, 1987. Sur les Dietrichstein, voir Rostislav Smíšek, Císařský dvůr a dvorská kariéra Ditrichštejnů
a Schwarzenberků za vlády Leopolda I., Monographia historica 11, České Budějovice, 2009.
824
Sur les Liechtenstein voir la bibliographie plus haut.

286
Moravie du Sud825 (les Kaunitz, eux, feront de même à leur château à Slavkov
/Austerlitz/ dès le début du XVIIIe siècle).
Ces résidences devenaient aussi des lieux propices à la grande politique. A
l’époque de Ferdinand de Dietrichstein par exemple, le château de Mikulov devint
l’endroit où les députations étrangères se passaient la porte et d’où partait une
correspondance diplomatique riche jusqu’à Stockholm, Madrid ou encore Paris.826
De temps en temps, ce fut même le couple impérial accompagné de sa suite qui y
fut logé pendant quelques jours. Dans ce cas, les propriétaires préparaient pour
leurs précieux hôtes les programmes bien chargés de festivités remplies de messes,
bals, feux d’artifice, sorties à cheval et de parties de chasse. Ce genre de visites fut
une occasion idéale pour inviter les nobles du pays afin qu’ils puissent profiter de
la présence du monarque. Ce fut également le moment pour les propriétaires des
lieux d’affirmer leur propre position sociale prestigieuse. Enfin, le fait de pouvoir
assister à ce genre de festivités, témoignait du degré de l’intégration de l’invité
dans la société nobiliaire de la région.
De telle visite eut par exemple lieu en 1672 à Mikulov, la résidence de
Ferdinand de Dietrichstein, où Léopold Ier et sa femme Marguerite Thérèse
d’Espagne séjournèrent du 15 au 18 juillet 1672.827 Un détail de ce séjour demeure
capital pour le sujet de notre travail. Le dimanche 17 juillet au matin, le couple
impérial participa à une messe à l’église Saint-Venceslas à Mikulov. Ensuite, à
midi, dans la plus grande salle du château, un banquet fut donné. Comme le
consigna Ferdinand de Dietrichstein dans son carnet intime, parmi les quarante-
trois convives figura également Jean Louis Ratuit de Souches.828 Ce dernier arriva

825
Sur les Dietrichstein, voir plus récemment Rostislav Smíšek, Císařský dvůr a dvorská kariéra Ditrichštejnů a
Schwarzenberků za vlády Leopolda I. (=Monographia historica 11), České Budějovice, 2009.
826
Rostislav Smíšek, Císařský dvůr a dvorská kariéra Ditrichštejnů a Schwarzenberků za vlády Leopolda I., p. 257-
291.
827
A ce sujet Rostislav Smíšek, « Leopold I., Markéta Tereza Španělská a Ferdinand z Dietrichsteina. Návštěva
císařské rodiny v Mikulově roku 1672 jako prostředek symbolické komunikace », in : Václav Bůžek – Jaroslav
Dibelka (réd.), Člověk a sociální skupina ve společnosti raného novověku, Editio universitatis Bohemiae
meridionalis (= Opera Historica 12), České Budějovice, 2007, p. 65-111.
828
Le carnet se trouve à MZA Brno, G 140, RA Dietrichstein, no 79, carton 23. A comparer à Rostislav Smíšek,
« Leopold I., Markéta Tereza Španělská a Ferdinand z Dietrichsteina », p. 85-86.

287
déjà à la veille et resta aux côtés de l’Empereur toute la journée jusqu’au soir où un
feu d’artifice de quarante-cinq minutes fut donné.829 De Souches ne vint pas seul, il
se retrouva aux côtés des plus importantes personnalités de la Cour viennoise.
Nous y vîmes le grand chambellan de la Cour Jean Maxmilian de Lamberg, le
premier maréchal de Cour Ferdinand Bonaventure de Harrach et le premier écuyer
Gundakar de Dietrichstein avec leurs femmes.830 S’en suivirent le commandant de
la garde du corps de l’Empereur François Auguste de Wallenstein, le vice-
président du Conseil de guerre Ernest d’Abensperg et Traun, le gouverneur de la
Haute-Autriche David Ungnad de Weissenwolf, le vice-président de la Chambre de
comptes Johann (Jean) Quintin Jörger de Tollet, le chambellan de l’Empereur et
fils de la Première intendante de l’Impératrice José de Cardona y Eril ainsi que les
comtes Christophe d’Althann, Julius Breuner, Georges Christophe Pruskovský de
Pruskov et Jean Georges Joachim Slavata.831
Il s’agit là d’un témoignage du premier ordre sur l’intégration sociale du
comte de Souches.832 Il était apprécié par le monarque, car Léopold Ier restait
impréssionné par les exploits de son général qui s’était déjà distingué au service de
son père, l’Empereur Ferdinand III. Nous avons mentionné auparavant le soutien
dont de Souches disposait lors de sa candidature au Conseil privé en 1665. Le fait
d’être invité de passer un moment festif à proximité du souverain renforçait encore
une fois les liens entre les deux hommes. En même temps, dans les yeux des nobles
du pays, le comte de Souches passait pour une personnalité bien en cours à Vienne
ce qui facilitait son intégration à la société nobiliaire locale.

829
Rostislav Smíšek, « Leopold I., Markéta Tereza Španělská a Ferdinand z Dietrichsteina », p. 88.
830
Sur l’hiérarchie des officiers à la cour de Vienne voir Ferdinand Menčík, « Beiträge zur Geschichte der
kaiserlichen Hofämter », Archiv für österreichische Geschichte, 87, 1899, p. 447-563 ; Thomas Fellner – Heinrich
Kretschmayr, Die Österreichische Zentralverwaltung. 1. Abteilung. Von Maximilian I. bis zur Vereinigung der
österreichischen und böhmischen Hofkanzlei (1749), I/1, Wien, 1907 (=Veröffentlichungen der Kommission für
neuere Geschichte Österreichs 5), ici surtout p. 275-280. Plus récemment Mark Hengerer, Kaiserhof und Adel in
der Mitte des 17. Jahrhunderts. Eine Kommunikationsgeschichte der Macht in der Vormoderne, dissertation,
Universität Konstanz, Konstanz, 2004.
831
MZA Brno, G 140, RA Dietrichstein, no 79, carton 23. Cité d’après Rostislav Smíšek, « Leopold I., Markéta
Tereza Španělská a Ferdinand z Dietrichsteina », p. 79-80.
832
Sur la place de Souches au sein de la société de la Cour de Vienne voir Mark Hengerer, Kaiserhof und Adel, p.
508, 535.

288
Le comportement des Liechtenstein et des Dietrichstein, leur fortune, leurs
activités politiques et surtout culturelles accentuaient le fossé qui les séparait des
autres lignages placés plus bas dans la hiérarchie sociale. De l’autre côté, leur
mode de vie fonctionnait comme un stimulant pour certains. En effet, de
nombreuses familles tâchaient d’imiter le faste des résidences ducales. Ainsi, en
Moravie du Sud, ce fut le cas des Althann aux châteaux de Vranov nad Dyjí,
Jaroslavice et Hrušovany nad Jevišovkou.833 Par sa cour et sa résidence à
Strážnice, François de Magnis copiait ouvertement Gundakar de Liechtenstein de
Moravský Krumlov.834 Les mêmes aspirations ambitieuses animaient l’esprit des
Collalto à Brtnice en Moravie du Sud,835 des Questenberg à Jaroměřice nad
Rokytnou dans la même région836 ou des Souches à Jevišovice également en
Moravie du Sud. A l’Est du pays, les Rottal à Holešov et les Serényi à Milotice et
Luhačovice réagissaient de la même manière. Et nous pourrions arrêter notre tour
en Moravie du Nord à Velké Losiny et à Loučná nad Desnou des Zierotin ou à
Bludov des Liechtenstein-Castelcorn837 pour en arriver à la même constatation.
Nous n’avons pas encore parlé de la petite noblesse qui n’est pas à négliger
car durant le XVIIe siècle, ses membres trouvèrent massivement leur place dans
divers postes de l’administration du pays. Ce fut en grande partie grâce à eux que
l’appareil bureaucratique conçu par les autorités centrales put être mis en place.
Dans ce groupe, l’on peut y trouver souvent des noms connus dèjà avant 1620, tels
que les familles de Petřvald, Jakartovský de Sudice, d’Oppersdorf, d’Ullersdorf,
Ledenický de Ledenice et autres. A partir du milieu du XVIIe siècle, une partie non
négligeable de ces officiers fut également formée par les personnes d’origine

833
Bohumil Samek (réd.), Sál předků na zámku ve Vranově nad Dyjí, Brno, 2003; Olivier Chaline, «Sály předků na
zámcích Království českého», in : Václav Bůžek (réd.), Šlechta raného novověku pohledem českých, francouzských
a španělských historiků, p. 5-21.
834
Voir note no 813 du présent travail.
835
Sur l’histoire de la famille Collalto Pavel Balcárek, « Dobyvatel Mantovy », Studie Muzea Kroměřížska, 1990, p.
76-92 ; Pier Angelo Passolunghi, Le conte di Collalto e di San Salvatore. Gli statuti del 1581-1583 e altre norme
inedite, Susegana, 2002.
836
Voir note no 146 du présent travail.
837
Radmila Pavlíčková, Sídla olomouckých biskupů. Mecenáš a stavebník Karel z Liechtensteinu-Castelkorna 1664-
1695, Olomouc, 2001.

289
bourgeoise et fraîchement anoblies. Beaucoup parmi eux furent étrangers ayant
obtenu « l’incolat » et acquis leurs biens dans le pays comme l’attribut de leur
ascension sociale. Il convient de citer ici à titre d’exemple les Kaltschmidt
d’Eisenberg, Napor de Borkovany ou bien Boblig d’Edelstadt. Contrairement à
l’époque précédente où l’exercice d’un office résultait du statut social de
l’individu, nous assistons désormais à une tendance inverse, c’est à dire que le
statut social arrive avec ou après l’exercice d’un office, l’individu souvent étant
choisi selon ses compétences professionnelles. De telle évolution fut perceptible
chez la petite mais aussi chez la haute noblesse.838
Le XVIIIe siècle vit d’autres modifications du monde nobiliaire morave mais
leur description ici dépasserait largement le cadre de notre travail. Après tout ce
que nous venons de constater au sujet de la noblesse locale du siècle précédent,
nous nous concentrerons plutôt à dresser le bilan sur les possibilitées de
l’intégration qui s’ouvraient devant les nobles s’étant retrouvés dans leur nouveau
milieu.
Comme nous l’avons en partie démontré, quatre possibilités s’ouvraient
devant un noble désirant d’être accepté par son nouveau entourage, à commencer
par la possession des biens dans le pays en question. En effet, si l’on prétendait de
devenir membre à part entière d’une « communauté », il fallait s’installer sur le
territoire que cette dernière « contrôlait ». Le fait de devenir propriétaire impliquait
de se plier aux règlements et aux coutumes éxigés par la commune.839
Arrivait ensuite une deuxième éventualité, reposant, quant à elle, sur le
renforcement des liens patrimoniaux. Cette démarche fut souvent liée à la
précédente. Les nobles, bien souvent représentant des lignées cadettes et venant de
« l’extérieur », trouvaient leurs partenaires à l’intérieur du pays. Grâce aux dots
apportés par leurs femmes, ils devenaient automatiquement propriétaires de terres

838
Tomáš Knoz, « Moravská barokní šlechta », p. 53.
839
Nous abordons ici le thème de la communication symbolique nobiliaire abordée dernièrement par Václav Bůžek
(réd.), Společnost českých zemí v raném novověku. Struktury, identity, konflikty, Praha, 2010, notamment p. 80-93 ;
224-257.

290
moraves ce qui accélérait le processus de leur intégration. Dans le cas où il n’était
pas question de dot car le fondateur de la lignée était déjà en possession des terres,
un parti bien choisi n’était tout de même pas à négliger.
L’exercice de différents offices ouvrait également la voie à l’acceptation
d’un noble par la société du pays. Il s’agit d’abord de divers postes dans
l’administration du pays-même. Ce fut la meilleure façon de manifester son
attachement à la défense des valeurs communes. Plus tard, avec le rôle de plus en
plus grandissant de la Cour de Vienne, nombreux membres des familles nobles
« moraves », c’est à dire installées dans le Margraviat de Moravie, devinrent actifs
au service de l’Empereur. Certains trouvèrent leur place dans les fonctions
auliques, d’autres, en revanche, restèrent « fidèles » au pays. Ils furent nommés par
le monarque, certes, mais s’occupèrent toujours de diverses positions dans le
système administratif du Margraviat.840 Dans tous les deux cas, le prestige qui
émanait des leurs positions conjugué avec la possession des biens moraves,
comptait, lui aussi, parmi les facteurs d’assimilation.
Enfin, de multiples activités culturelles furent également un éléments non
négligeable de l’intégration sociale. Dans cette optique, la modernisation des
résidences et l’organisation des cours selon un modèle communément admis aussi
bien que le mécénat de tout genre, comptaient parmi les points forts.
Si ces quatre options favorisaient sans aucun doute l’assimilation des lignées
«étrangères» par la société nobiliaire morave, il existait cependant une condition
sine qua non, celle de l’attribution de l’incolat. Comme nous l’avons déjà constaté
plus haut, cette institution juridique était essentielle et représentait la base-même
de l’existence des nobles. Sans l’incolat, il fut impossible de posséder des biens
dans le pays, de participer à la Diète ni d’accéder aux charges sans parler de songer
de trouver un partenaire convenable. Dans ce sens, la Moravie connut une
évolution analogique à celle de la Bohême.
840
La perception du service à la Cour viennoise par les nobles des pays tchèques fut analysée par exemple par
Václav Bůžek (réd.), Společnost českých zemí v raném novověku. Struktury, identity, konflikty, p. 204-212; Rostislav
Smíšek, Císařský dvůr a dvorská kariéra Ditrichštejnů a Schwarzenberků za vlády Leopolda I., passim.

291
En effet, le droit de l’attribution de l’incolat réservé auparavant à la Diète du
pays, devint, depuis la publication de la nouvelle constitution en 1628, le privilège
de l’Empereur.841 Désormais, le prétendant à l’incolat fut amené de déposer sa
demande auprès du monarque par l’intermédiaire de la Chancellerie de Bohême
dont le siège se trouvait à Vienne. Si la réponse était favorable, la Chancellerie en
informait le Tribunal morave installé depuis 1642 à Brno.842 Le Président du
Tribunal s’adressait ensuite à l’heureux acquéreur en lui communiquant la décision
de l’Empereur et ordonnait en même temps d’inscrire la délibération impériale
dans les registres des Tables du Margraviat de Moravie déposées également à
Brno.843 Ce n’était qu’avec cet acte que l’attribution de l’incolat devenait effective
et la porte à l’intégration sociale s’ouvrait.
Depuis août 1624, l’accès à l’incolat fut interdit aux non-catholiques.844
Après 1628, l’Empereur garda la condition confessionnelle, cependant, il profitait
de son pouvoir en accord avec ses intérêts politiques. Ainsi, de rares exceptions
contraires à la loi de 1624 apparurent. En 1628 par exemple, l’incolat fut accordé à
un bureaucrate chevronné Etienne Schmidt de Freihofen.845 Mais on comptait sans
doute dès le début sur sa conversion ultérieure.
Dans ce contexte, le comportement de Jean Louis Ratuit de Souches suivait
les principes établis. Français d’origine, issu du milieu calviniste, sa position à son
arrivée dans les pays des Habsbourg n’était pas vraiment facile et il avait tout
intérêt à respecter les coutumes locales s’il voulait se faire reconnaître par la
noblesse du pays. Et pour cause, nous avons déjà rappelé ses difficultés à la Cour

841
Au sujet du processus de l’attribution de l’incolat en Moravie voir Antonín Rybička, «O přijímání do stavu
rytířského na Moravě», ČMM 19, 1895, p. 67-68; Bohumil Baxa, Inkolát (a indigenát) v zemích koruny české od
roku 1749 – 1848, Prague, 1908; Vladimír Klecanda, «Přijímání do rytířského stavu v zemích českých a rakouských
na počátku novověku», Časopis Archivní školy, 6, 1928, p. 1-125; Alois Míka, «Národnostní poměry v českých
zemích před třicetiletou válkou», ČsČH 20, 1972, p. 207-233 (ici p. 221-222); Václav Elznic, «Inkolát v českém
státním právu», Listy genealogické a heraldické společnosti v Praze, cahier 1-6, Prague, 1976-1977, p. 53-59; Karel
Malý – Florian Sivák, Dějiny státu a práva v českých zemích a na Slovensku do roku 1918, Prague, 1992, p. 118-
119, 257.
842
Voir la note no 465.
843
Libuše Urbánková, Fond A3. Stavovské rukopisy 1348-1884, passim.
844
MZA Brno, G 140, RA Dietrichstein, no 436, carton 145, folios 74-82. Cité d’après Tomáš Knoz, Pobělohorské
konfiskace, p. 255.
845
Tomáš Knoz, Pobělohorské konfiskace, p. 255.

292
viennoise où certaines personnes de l’entourage de l’Empereur faisaient tout pour
le discréditer dans les yeux du souverain. En revanche, en Moravie, sa position
reposait sur les bases plutôt solides.
Tout d’abord, il jouissait des mérites du défenseur de la ville de Brno en
1645. Plus tard, ses capacités professionnelles lui valurent de nombreuses
nominations à des postes de responsabilité militaire, toujours en lien avec la
défense de la Moravie, d’abord contre les Suédois, puis contre les Turcs.846 Le
contact régulier avec les autorités du Margraviat contribua également à augmenter
son prestige social.
L’acquisition, en 1649, du domaine de Jevišovice en Moravie du Sud fut un
autre pas vers l’intégration sociale de Jean Louis Ratuit de Souches. Comme il fut
constaté plus haut, le fait de devenir propriétaire d’un bien morave, rapprochait
Jean Louis à la « communauté » nobiliaire locale. Or, il ne se contenta pas d’une
simple possession de son domaine mais il en surveillait de près son fonctionnement
économique. Nous en reviendrons dans le chapitre suivant. La production
manufacturière et le commerce qui en découlait reliaient ses terres avec celles de
ses voisins. Le contact établi ainsi vallait de l’or dans les deux sens du mot. Quant
au château des Souches à Jevišovice, modernisé selon la mode baroque à l’instar
de la plupart des résidences seigneuriales moraves, il devint un éléments par
excellence permettant le rapprochement social de son propriétaire.
Nous avons déjà évoqué la politique patrimoniale des lignées fraîchement
installées en Moravie. Le cas de Jean Louis Ratuit de Souches ne fut pas
l’exception. Il fut marié deux fois et toutes ses deux femmes étaient issues des
familles bien enracinées dans les pays Habsbourg. Un atout de taille pour leur
mari.
Enfin, il ne faut pas négliger la question du mécénat. Le soutien matériel de
différentes fondations religieuses, faisait partie intégrante de l’administration des
domaines et contribuait à la diffusion de la bonne renommée de la famille.
846
Voir plus haut.

293
L’élément d’autant plus important que le XVIIe et XVIIIe siècles furent une
période d’une piété intense, liée à la recatholicisation des pays héréditaires des
Habsbourg. Sur son domaine de Jevišovice, dans le village de Hluboké Mašůvky
près de Znojmo en Moravie du Sud, Jean Louis Ratuit de Souches érigea une
chapelle consacrée à la Vierge de Foy dont le culte – d’origine belge – venait tout
juste de pénétrer dans les pays de la Couronne de Bohême. Le lieu devint vite très
populaire et attirait régulièrement des pèlerins au point que dès la première moitié
du XVIIIe siècle, il figurait parmi les sanctuaires les plus fréquentés du pays. La
renommée de son fondateur n’eut pas besoin d’autres commentaires.
Voici un bref aperçu des aspects témoignant de l’intégration de la famille de
Souches dans la société nobiliaire morave. Cependant, vu l’importance de ce
processus, certains de ces éléments mériteraient d’être étudiés de plus près ce qui
sera le sujet des pages suivantes.

294
2. Le domaine de Jevišovice et son seigneur

Pour étudier l’intégration d’un seigneur dans la société du pays où il


possédait ses biens, le mieux est d’examiner les multiples formes de la gestion de
son domaine. A ce sujet, l’historiographie tchèque privilégiait longtemps les
recherches portant sur le fonctionnement économique des seigneuries847 aussi bien
que celles concentrées sur la situation des sujets vivant et travaillant sur ces
terres.848 Elles aboutirent aux travaux analysant les problèmes du financement de
nombreuses activités seigneuriales ainsi qu’aux études s’intéressant à la question
du crédit.849 Ces dernières années, plusieurs ouvrages ont été également publiés sur
le thème des seigneuries des XVIIe et XVIIIe siècles dans une perspective qui est
celle de la „discipline sociale“ bien plus que celle de l’histoire économique.850
Comme nous l’avons déjà signalé, Jean Louis Ratuit de Souches s’établit
alors en seigneur en Moravie du Sud où il possédait le domaine de Jayspitz
(Jevišovice), acheté à Ferdinand III en 1649 pour la somme importante de 92 200
847
Voir note 884.
848
Voir František Matějek, Feudální velkostatek a poddaný, Praha, 1959; Alois Míka, Poddaný lid v Čechách
v první polovině 16. století, Praha, 1960; Josef Petráň, Poddaný lid v Čechách před třicetiletou válkou, Praha, 1964;
Eduard Maur, Vrchnosti a poddaní za třicetileté války, FHB, 8, 1985, p. 241-264.
849
Václav Ledvinka, Úvěr a zadlužení feudálního velkostatku v předbělohorských Čechách. (Finanční hospodaření
pánů z Hradce 1560-1596), Praha, 1985; Václav Bůžek, Úvěrové podnikání nižší šlechty v předbělohorských
Čechách, Praha, 1989; Jaroslav Čechura, «Dominium Smiřických – protokapitalistický podnikatelský velkostatek
předbělohorských Čech», ČČH, 90, 1992, p. 507-536; Aleš Stejskal, «Nedoplatek a zpětná dotace – sociálně
ekonomické kategorie rožmberských velkostatků (1550-1611)», ČNM – řada historická, 164, 1995, p. 6-39; Tomáš
Knoz, Državy Karla staršího ze Žerotína po Bílé hoře. Osoby, příběhy, struktury, Brno, 2001; Petr Vorel,
«Landesfinanzen und Währung in Böhmen: Finanz- und Münzpolitik im Spannungsfeld von Ständen und Königtum
während der Regierung Ferdinands I. und Maximilians II.», in: Friedrich Edelmayer – Maximilian Lanzinner –
Peter Rauscher (réd.), Finanzen und Herrschaft. Materielle Grundlagen fürstlicher Politik in den habsburgischen
Ländern und im Heiligen Römischen Reich im 16. Jahrhundert, Wien – München, 2003, p. 186-214. Pour la
période ultérieure, nous pouvons nous reporter désormais à l’ouvrage d´Aleš Valenta, Lesk a bída barokní
aristokracie, České Budějovice, 2011.
850
Voir Pavel Himl, Die ‘armben Leüte’ und die Macht. Die Untertanen der südböhmischen Herrschaft Český
Krumlov/Krumau im Spannungsfeld zwischen Gemeinde, Obrigkeit und Kirche (1680-1781), Stuttgart, 2003 ; du
même auteur, «Richter, die nicht richten (und umgekehrt). Über die unscheinbaren Schnittstellen der Macht im
frühneuzeitlichen Böhmen», in : S. Brakensiek – H. Wunder (réd.), Ergebene Diener ihrer Herren ?
Herrschaftsvermittlung im alten Europa, Köln-Weimar-Wien, 2005, p. 261-277. Voir aussi Markus Cerman -
Hermann Zeitlhofer (réd.), Soziale Strukturen in Böhmen. Ein regionaler Vergleich von Wirtschaft und Gesellschaft
in Gutsherrschaften, 16. – 19. Jahrhundert, Wien-München, 2002; Markus Cerman - Robert Luft (réd.), Untertanen,
Herrschaft und Staat in Böhmen und im „Alten Reich“, München, 2004; Eduard Maur, « Der Staat und die lokalen
Grundobrigkeiten. Das Beispiel Böhmen und Mähren», in: Petr Mat’a - Thomas Winkelbauer (réd.), Die
Habsburgermonarchie 1620 bis 1740. Leistungen und Grenzen des Absolutismusparadigmas (=Forschungen zur
Geschichte und Kultur des östlichen Mitteleuropa, 24), Stuttgart, 2006, p. 443-453.

295
florins. L’acquisition fut confirmée le 26 juin 1649 par l’enregistrement de la
transaction dans les registres des Tables du pays.851 Le choix de Jevišovice ne fut
pas laissé au hasard. Bien avant son achat, de Souches n’arrêtait pas de solliciter
son acquisition auprès des autorités de Vienne y compris l’Empereur, pour le prix
de ses frais avancés lors des opérations militaires.852
La localité de Jevišovice est habitée depuis la préhistoire. La rivière
Jevišovka qui donna plus tard le nom à la première bourgade médiévale façonna
dans la région quelques éperons rocheux qui, grâce à leur position idéale, attirèrent
les habitants dès la période néolithique. Un grand nombre d’outillage en silex
témoigne de cette présence.853 La première mention écrite de Jevišovice date de
1289, liée à l’apparition de Boček de Kunštát en tant que propriétaire du village
naissant et l’architecte du premier château fort gothique dressé sur un rocher au
dessus de la rivière. La famille de Kunštát resta attachée à Jevišovice pendant plus
que trois siècles. Avec elle, le domaine connu les troubles des guerres hussites du
XIVe siècle mais également un essor économique formidable de la fin du XVe –
début XVIe siècle, dû notamment aux liens de parenté entre les Kunštát et le rois
tchèque Georges de Poděbrady.854 En 1600, le domaine fut cédé à Charles de
Münsterberg-Olesnicz, duc de Silésie. Avec son fils Charles Frédéric, la lignée
s’éteignit en 1647 et ses héritiers échangèrent le domaine avec l’Empereur

851
MZA Brno, A 3, Stavovské rukopisy, cote 360, Kvaterny statků kraje znojemského, folio 18-20. La copie du
même acte se trouve également à MZA Brno, F 54, Velkostatek Jevišovice, carton 69, no 703. Pour les détails sur les
registres des Tables moraves voir Libuše Urbánková, A3, Stavovské rukopisy 1348-1884. Inventář, Brno, 1990;
František Hrubý, Moravské zemské desky 1348-1642, Brno, 1872; Průvodce po Státním archivu v Brně, Brno, 1954,
p. 168-176.
852
MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 30, no 558, demande du 27 mars 1649. Mais aussi MZA Brno, A 12, Akta
šlechtická, II 3/3, 1649-1651, demandes de Jean Louis Ratuit de Souches à Ferdinand III pour obtenir le domaine de
Jevišovice.
853
Anna Medunová-Benešová, Jevišovická kultura na Jihozápadní Moravě. Výšinná sídliště Grešlové Mýto,
Vysočany a Jevišovice, (=Studie Archeologického ústavu ČSAV v Brně, V, 1976, tome 3), Prague, 1977 ; Anna
Medunová-Benešová – Petr Vitula, Siedlung der Jevišovice-Kultur in Brno-Starý Lískovec (Bezirk Brno-město),
Brno, Archeologický ústav AV ČR, 1994 (=Fontes Archaeologiae Moraviae, tomus 22).
854
Sur la famille de Kunštát voir Miroslav Plaček, «Páni z Kunštátu a Jevišovic. Pokus o stručnou genealogii», JM,
31, 1995, tome 34, p. 7-14; plus récemment Miroslav Plaček - Peter Futák, Páni z Kunštátu. Rod erbu vrchních
pruhů na cestě k trůnu, Prague, 2006, notamment p. 103-199.

296
Ferdinand III contre celui d’Olesnicz en Silésie.855 Enfin, le 7 juin 1649, Jevišovice
furent rachetés par Jean Louis Ratuit de Souches.856
Au moment de son acquisition et comparé au premier cadastre de 1628, le
domaine comportait le château et la ville du même nom, 9 villages (Střelice,
Černín, Vevčice, Rudlice, Bojanovice, Mašůvky, Pavlice, Němčičky et Únavov), 5
hameaux, une brasserie, 5 moulins, 3 presbytères, une grande bâtisse au pied du
château servant du dépôt de beurre (« das Kremhaus unter dem Schlosse »), 12
étangs.857 On y comptait 325 sujets, chiffre aléatoire, sachant que nous nous
trouvons en pleine période de guerre et que le domaine, comme tout le pays
d’ailleurs, avait subi de dégâts considérables.858 De surcroît, certaines catégories
sociales, telles que les enfants, les personnes âgées ou les employés non-qualifiés
travaillant dans les fermes, n’étant pas productifs et par conséquent ne payant pas
d’impôts, échappèrent au recensement.859 La superficie des terres acquises pourrait
être estimée à d’environ 7720 hectares actuels.860 Il s’agissait en somme d’une
propriété de taille moyenne, certes, mais suffisamment importante pour mettre en
valeur le statut social de son acheteur.
Pour se faire une image de l’importance du domaine acquis, un regard
comparatif avec la situation de quelques d’autres lignées s’impose. Or, en

855
Slavomír Brodesser, «Nad historickým obrazem Jevišovic. K 700. výročí první písemné zprávy», VVM, 41, 1989,
p. 180-186 ; Ladislav Audy, Jevišovice a okolí. Geografický a historický přehled pro návštěvníky Jevišovic, Znojmo,
1965, notamment p. 3-33 ; Bohumír Smutný, Velkostatek Jevišovice 1582-1944. Inventář, Brno, 1994, p. 1-12.
856
Le domaine dispose de ses propres archives entreposées à MZA Brno, F 54, Velkostatek Jevišovice. On peut y
trouver , par exemple, des registres des sujets, des livres des différentes corporations du domaine, des cadastres, des
descriptions des limites du domaine, des actes de la comptabilité et de beaucoup d’autres, tous d’une importance
primordiale pour les recherches démographiques, les recherches sur la situation économique et sur le climat social
du domaine. A comparer avec Bohumír Smutný, Velkostatek Jevišovice 1582-1944, passim.
857
MZA Brno, F 54, Velkostatek Jevišovice, no 1, livre 1, Urbář panství Jevišovice, 1628, 148 fol., microfilmé
comme no 6196. Voir également Ladislav Hosák, Historický místopis země Moravskoslezské (=Géographie
historique de la Moravie et de la Silésie), Prague, 2004, p. 100-103, article „Jevišovice“.
858
De manière générale pour la Moravie František Matějek, «Škody způsobené na Moravě řáděním vojáků za
třicetileté války», passim. En ce qui concerne le domaine de Jevišovice, voir Bohumír Smutný, Velkostatek
Jevišovice 1582-1944, p. 8.
859
Sur les pratiques du recensement dans les plus anciens cadastres tchèques voir Josef Pekař, «České katastry»,
passim. Pour la Moravie voir également Jaroslav Novotný, «Moravský berní systém v 18. století», ČMM, 59, 1935,
p. 67-141.
860
Ce chiffre provient de l’estimation dont nous disposons pour la fin du XVIIIe siècle et qui chiffrait la superficie
du domaine de Jevišovice à 13 508 jitro. En effet, l’ancienne mesure nommée « jitro », valable dans les pays de la
Couronne de Bohême ainsi qu’ en Autriche à partir de 1764, vallait 57,5 ares. Bohumír Smutný, Velkostatek
Jevišovice 1582-1944, p. 9.

297
s’intéressant à la question de plus près, d’impressionnants écarts apparaissent. La
famille Colloredo par exemple, originaire de l’Italie du Nord, disposait en 1651, en
sa seigneurie d’Opočno en Bohême de l’Est, de quelques 9 460 sujets.861 Chiffre
sans doute imposant comparé à la situation de leurs compatriotes, la famille
Morzin qui sur son domaine de Vrchlabí dans la même région, ne pouvait compter
à la même époque que quelques 300 sujets, estimation que l’historien tchèque Aleš
Valenta qualifia malgré tout comme étant nettement au-dessus de la moyenne des
autres domaines du pays.862
Les données provenant de la Bohême pourraient servir, certes, d’exemple.
Cependant, il ne faut pas oublier que la situation en Moravie était différente de
celle de son voisin. La noblesse morave fut moins marquée par les confiscations
des biens que les familles en Bohême. Elle ne connut pas non plus une vague
d’expropriations survenue en Bohême en 1634 après l’assassinat du général
Wallenstein et même la réaction de l’Empereur après l’écrasement de la révolte des
Etats en 1620 fut moins violente. De nombreux biens changèrent, certes, leurs
propriétaires, mais le phénomène eut moins d’ampleur qu’en Bohême où
l’instabilité des fortunes fut plus importante ce qui explique les écarts constatés
plus haut.863 Il nous faut alors tenir compte plutôt de la réalité morave afin de
pouvoir comparer la position des Souches.
La société nobiliaire morave fut dominée par deux fortunes colossales, celles
des familles Liechtenstein et Dietrichstein. La triade de frères Charles, Maxmilian
et Gundakar de Liechtenstein, à elle-seule, acquit lors des confiscations, en dehors
de leurs anciennes propriétés, quelques 9 000 sujets. François de Dietrichstein,
quant à lui, s’empara de terres avec environ 3 200 sujets. Mais il s’agit de rares

861
Thibaut Klinger, « Evaluer les seigneuries de la noblesse austro-bohême à l’époque moderne : l’exemple des
domaines de la famille Colloredo », in : Olivier Chaline (réd.) Familles nobles, châteaux et seigneuries en Bohême,
XVIe-XIXe siècles, Histoire, Economie et Société, 26, 2007, no 3, p. 59 – 86, ici p. 65.
862
Aleš Valenta, « K finančním poměrům vrchlabských Morzinů v 18. století », Východočeský sborník historický,
12, 2005, p. 129-140, ici p. 131.
863
Une étude de référence sur les confiscations des biens nobiliaires en Moravie fut publiée par Tomáš Knoz,
Pobělohorské konfiskace. Moravský průběh, středoevropské souvislosti, obecné aspekty, Brno, 2004, notamment p.
75-321.

298
exceptions. Les autres acquéreurs eurent des gains plus modestes. Il conviendrait
peut-être encore de mentionner les Althann et les Lobkowiz avec à peu près 700
nouveaux sujets. Mais pour la majorité des nobles, les confiscations (ou plutôt les
acquisitions) furent moins profitables. Ils devinrent maîtres d’environ 500 sujets
chacun, parfois encore moins. Parmi eux, on remarque des nouveaux venus pour
lesquels ces acquisitions représentèrent les seuls et uniques biens. Et c’est avec ce
groupe, qu’une comparaison serait possible. Ainsi, les généraux Hannibal de
Schaumburg et Rombaldo Collalto obtinrent les domaines avec un peu plus de 500
sujets, Seifried Christophe Breuner put dorénavant disposer de 500 sujets, Etienne
Schmidt de Freihofen s’acquit de 400 sujets et l’on pourrait terminer par Nicolas
Cerboni avec à peine 350 sujets.864 Dans ce contexte, le domaine de Jevišovice de
Jean Louis Ratuit de Souches avec quelques 400 sujets apparaît effectivement
comme moyen mais digne du statut social de son propriétaire.
En ce qui concerne la ville-même de Jevišovice, la guerre de Trente Ans y fit
des ravages. Plus que la moitié des maisons fut abandonnée, détruite, voire
entièrement rasée de sorte qu’en 1671, seules quarante-quatre étaient habitées. Il
est difficile, là encore, d’estimer le nombre d’habitants, faute de sources fiables.
Mais une chose est cependant sûre : de point de vue des nationalités, en
considérant les noms de familles, les Tchèques (dans le sens des personnes parlant
le tchèque) formèrent la majorité – environ 2/3, le reste étant des Allemands (dont
la langue maternelle fut l’allemand).865
Les sujets du domaine payaient deux fois par an leurs contributions : au
printemps, à la Saint-Georges (le 24 avril) et en automne, le jour de Saint-
Venceslas (le 28 septembre). Mais les sources de revenus seigneuriales ne se
limitaient pas à cela. La volaille, les œufs et le fromage représentaient une autre
sorte de taxe, présentée cette fois-ci directement en vivres. En outre, le seigneur
percevait de l’argent provenant du droit de passage de différents produits par le
864
Ibidem, tableau p. 794.
865
Slavomír Brodesser, «Příspěvek k hospodářskému a sociálnímu vývoji Jevišovic v 17. – 19. století», Časopis
Moravského muzea, 67, 1982, p. 157-167.

299
domaine, tout boucher devait présenter annuellement vingt-cinq livres de graisse
pour les bougies, à Noël, chaque fermier fut obligé de ramener trois chariots de
bois de chauffage des forêts domaniales, lors des moissons, deux jours furent
réservés au travail pour le seigneur. Les payements et obligations spécifiques
furent destinés aux meuniers, censés d’élever parfois plusieurs cochons pour la
table seigneuriale et de s’occuper des chiens du maître du domaine. La Moravie du
Sud fut traditionnellement réputée par sa viticulture et il allait de soi que dans
chaque village du domaine de Jevišovice on cultivait de la vigne. La dîme
seigneuriale perçue sur la production de vin rapportait des sommes considérables,
d’autant plus qu’il fut interdit dans les auberges de vendre autre vin que celui issu
des vignes du seigneur du domaine. La brasserie de Jevišovice, quant à elle,
rapportait annuellement 4164 florins de recettes et le monopole de la
consommation de la bière seigneuriale fut instauré. Au total, les revenus annuels
du domaine de Jevišovice pourraient être estimés à quelque 15 000 ou peut-être
même 17 000 florins.866
L’acquisition du domaine de Jevišovice ne fut pas la seule transaction de
Jean Louis Ratuit de Souches. En effet, au fil du temps, soucieux d’agrandir ses
terres, il réussit à acheter, d’abord en 1665, le domaine et le château de Hostim,867
puis, en 1679, le village et le château de Plaveč868 pour finir par l’achat du village
et du lieu fortifié de Boskovštejn, en 1680.869
C’est sur ces biens que fut fondée la fortune familiale dont les descendants
de Souches restèrent en possession pendant plusieurs générations. Le domaine de
Jevišovice appartenait à la lignée directe jusqu’en 1774, où il passa en héritage à la
famille Ugarte, d’origine basque, qui le posséda, à son tour, jusqu’en 1897.870

866
Le présent aperçu des différentes taxes et revenus du domaine de Jevišovice fut établi d’après le cadastre de
1628. Voir MZA Brno, F 54, Velkostatek Jevišovice, no 1, livre 1, Urbář panství Jevišovice, 1628.
867
MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 69, no 703 ; Ladislav Hosák, op. cit., p. 159.
868
MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 30, no 576 ; Ladislav Hosák, op. cit., p. 102-103.
869
MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 69, no 703 ; Ladislav Hosák, op. cit., p. 160.
870
Miloslav Trmač, «Španělský a belgický původ Ugartů» (=L’origine espagnole et belge des Ugarte),
Genealogické a heraldické informace, Praha, 1985, p. 349 – 353.

300
Hostim et Boskovštejn furent vendus en 1721. Quant à Plaveč, il fut cédé en 1745
aux créanciers.871
Le soin qu’apportait Jean Louis Ratuit de Souches à la gestion de son
domaine montre bien à quel point il fut attaché à ses terres, dans un pays qui devint
son pays adoptif. L’installation est alors complète, sans esprit de retour. Par là, il se
distingue d’une partie des nobles étrangers qui ont reçu des terres après 1620, pour
qui la possession des biens dans les pays de la Couronne de Bohême n’était qu’un
épisode et qui ne voyaient en eux qu’un bien négociable dès que ce serait possible.
Nous avons déjà évoqué le cas de François de Couriers qui pourrait servir
d’exemple de cette catégorie de nobles. Propriétaire des biens dispersés en Bohême
centrale, dans les régions septentrionales et aussi à l’Est du pays, sa fortune n’eut
que la durée limitée et se dissipa à la disparition de son fondateur. Des nombreuses
autres familles se comportaient de la même manière et connurent le destin
similaire. On pourrait rappeler ici quelques lignées francophones, telles que les
Alfroi qui vécurent à la fin du XVIIe siècle à Brno en Moravie du Sud, le colonel
de l’armée impériale Jacques de Bois qui acheta en 1624 des terres en Moravie
centrale pour disparaître du pays aussitôt après, les Montrochier possédant à partir
de 1643 des terres en Bohême du Sud ainsi qu’en Moravie du Sud et qui s’en
débarassèrent vers la fin du XVIIe siècle ou bien les Suys qui profitèrent des
confiscations par Ferdinand II des biens des Etats tchèques insurgés et
s’emparèrent des biens en Bohême centrale pour tous les vendre en 1691.872 Mais
nous pouvons également nous tenir à d’autres lignages étrangers. Ainsi, les Italiens
Piccolomini après avoir profité en 1634 des confiscations des biens de la noblesse
tchèque, quittèrent leurs terres en Bohême de l’Est à la deuxième moitié du XVIIe
siècle,873 l’Espagnol Marradas ne profita que quelques années de son domaine de
Hluboká en Bohême du Sud acquis en 1620,874 son compatriote Verdugo ayant

871
Ladislav Hosák, op. cit., p. 102, 159.
872
Voir les fiches biographiques jointes.
873
Voir note 248.
874
Voir note 249.

301
acheté à la même date des terres en Bohême de l’Ouest, connut le sort analogiue875
et quant aux Irlandais O’Gilvy, ils vendirent, à la deuxième moitié du XVIIe siècle,
leurs biens moraves possédés depuis 1645.876 Contrairement aux familles citées, les
Souches ont su gérer durablement les terres acquises et assurer par là la continuité
du lignage.
En effet, dès l’acquisition de Jevišovice, Jean Louis voulut préserver avant
tout la continuité de la présence seigneuriale en matière économique et juridique.
Le 7 février 1654, cinq ans après l’achat, il publia un diplôme confirmant tous les
droits et obligations, accordés à la ville par son précédent propriétaire, le Prince
Charles Frédéric de Münsterberg.877 Il s’agit, entre autre, du droit d’appliquer la loi
du pays lors des procès jugés devant le tribunal seigneurial et concernant les
habitants de la ville, du privilège des habitants d’établir leurs testaments et de
léguer librement leurs biens aux personnes choisies sans passer par le maître du
domaine, de la réglementation du commerce avec du sel, de l’obligation aux
aubergistes de vendre uniquement du vin seigneurial ou encore de la confirmation
de la durée minimum de la corvée (robota en tchèque).878
Le fait de confirmer les réglementations anciennes avait une double portée.
Le côté pragmatique de l’acte était lié au souci de ne pas perturber l’ordre des
choses établi par les anciens propriétaires et de ne pas bouleverser le bon
fonctionnement du domaine. L’aspect symbolique reposait sur la volonté de nouer
les liens avec les lignées précédentes et de gagner de la confiance auprès les sujets,
susceptibles d’être méfiants à l’égard des nouveaux venus. Le même rituel se
répétait alors à chaque changement de seigneur. Il en fut ainsi le 11 février 1683, à
l’arrivée de Charles Louis, fils de Jean Louis Ratuit de Souches, le 3 avril 1704,

875
Ibidem.
876
Voir note 250.
877
Státní okresní archiv Znojmo (désormais SOkA Znojmo), Archiv městečka Jevišovice, JEV/I, diplôme no 3. Voir
également SOkA Znojmo, Archiv městečka Jevišovice 1591-1945 (1951). Inventář, Znojmo, 1967-1968. A comparer
à MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 36, no 761, copies des privilèges accordés à la ville de Jevišovice par ses
divers propriétaires.
878
SOkA Znojmo, Archiv městečka Jevišovice, JEV/I, diplôme no 3.

302
lors de l’acquisition de l’héritage par Charles Joseph, petit-fils du dernier, ou
encore en 1774, où le domaine passa à la famille Ugarte.879
Nous avons déjà souligné l’intérêt que de Souches portait à l’agrandissement
de son domaine. Dans cet effort, rien ne fut négligé et même les « petites affaires »
furent traitées avec beaucoup d’application et de sérieux. Il s’agit notamment de la
ville royale de Znojmo (Znaim) dont les biens s’étendaient aux limites sud du
domaine de Jevišovice, qui fut pour lui un partenaire respecté. Les registres
municipaux contiennent de nombreuses traces de ces négociations concernant
quelques parcelles de forêt municipale rachetées par le général par-ci, quelques
champs par-là.880 Le 13 décembre 1680, la municipalité décida de vendre « à Louis
Ratwig, comte de Souches, seigneur héréditaire de Jevišovice, Hostim et Plaveč,
le sujet de la ville, Paul Wolim, avec sa maison et ses champs situés à Únavov,
pour la somme de 300 florins […]. »881 La transaction fut approuvée par les
membres du corps de la ville d’un côté, de l’autre par certains nobles locaux
voisins, sans doute clients de Souches. Parmi eux, Ferdinand Ernest de Blier,
seigneur du domaine voisin de Žerotice, probablement d’origine française, à en
juger d’après son sceau portant une lys, apposé sur l’acte.882
Le profil économique du domaine restait plutôt agricole même si d’autres
branches d’activités firent leur apparition dès le milieu du XVIIe siècle, telles
qu’une scierie, une briqueterie, des fours à chaux.883 Il conviendrait de souligner ici
qu’un « bon » domaine devait produire l’essentiel de ce dont il avait besoin, tout en
pouvant vendre au dehors.884 Ainsi, deux tiers de la superficie du domaine de
Jevišovice étaient occupés par les champs, le reste fut couvert de forêt.

879
Ibidem, diplômes no 4, 5, 6.
880
SOkA Znojmo, Archiv města Znojma, Nejstarší knihy a vzácné rukopisy, no 55, livre 55, cote 104/2, « Radní
protokol od 8.1.1647 do 26.9.1651, fol. 122 (16 août 1650), fol. 138 (13 décembre 1650), fol. 141 (16 décembre
1650), fol. 145 (3 janvier 1651), fol. 146 (13 janvier 1651), fol. 158 (7 mars 1651).
881
SOkA Znojmo, Archiv města Znojma, Městská správa, Listiny, no 382, l’acte no 281.
882
Ibidem. Ferdinand Ernest de Blier fut petit-fils du colonel Henri de Blier. Ce dernier, établi au début des années
1650 à Žerotice, dans le région de Znojmo, fut élevé en 1657 dans les rangs de la haute noblesse et reçut l’incolat
pour la Moravie. Voir Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, tome I, p. 87.
883
Slavomír Brodesser, «Nad historickým obrazem Jevišovic», p. 183.
884
Le thème du fonctionnement économique des domaines est un sujet qui fut étudié par certains historiens tchèques
déjà dans les années 1920-1940. Ces derniers montrèrent le chemin et furent suivis par d´autres spécialistes,

303
La présence des minerais ferrugineux, des réserves suffisantes du bois dans
les forêts domaniales et la force du courant de la rivière Jevišovka qui n’attendait
qu’à être exploitée, virent naître la production métallurgique.885 Introduite sur le
domaine par Jean Louis Ratuit de Souches à partir de 1665, cette dernière atteignit
son apogée vers la fin du XVIIe siècle pour ensuite décliner et disparaître enfin au
cours du premier quart du XVIIIe siècle à cause de l’épuisement des gisements et
du manque de bois.
A l’époque de son plus grand essor, à la deuxième moitié du XVIIe siècle, la
production de fer représentait pour l’administration seigneuriale une source de
revenus considérable. Le comte de Souches semble avoir compris l’enjeu qui se
cachait derrière les commandes éventuelles d’approvisionnement par munition et
par armes de l’armée impériale car il fit déjà une expérience similaire lors de la
défense de la Moravie contre les Suédois. Sa décision fut alors déterminée.
Pour la production de fer, de Souches choisit les villages de Rudlice et de
Vevčice, où il ordonna de transformer les anciens moulins inexploités. Au total,
trois ateliers avec les marteaux géants mus par les roues à eau furent aménagés
ainsi qu’un haut fourneau. L’activité fut gérée par « l’Office des mines »
(Bergamt), contrôlé par l’intendant du domaine et apportait des sommes
importantes. En 1683 par exemple, un an après la mort de Jean Louis Ratuit de
Souches, les revenus atteignirent 4 779 florins, sachant que le domaine entier
fournissait quelques 15 200 florins. L’année suivante, la production se chiffrait à
5 371 florins ce qui, comparé au total annuel du domaine de 19 000 florins,
représentait 28 %. En 1685, le fer apporta 6 969 florins, soit 29 % de revenus
annuels.886

notamment pendant l´époque communiste. Avec la chute du régime, l´historiographie du pays semble tourner le dos
à ce phénomène. Voir par exemple František Hrubý, «Z hospodářských převratů českých v století XV. A XVI.»,
ČČH, 30, 1924, p. 205-236, 433-469; Josef Pekař, Kniha o Kosti, t. II, Praha, 1935; Kamil Krofta, Dějiny selského
stavu, Praha, 1949; Josef Válka, Hospodářská politika feudálního velkostatku, Praha, 1962.
885
Bohumír Smutný, «Železářská výroba na jevišovickém panství v poslední třetině 17. století», JM, 33, 1997, tome
36, p. 47-57; du même auteur, «Jevišovické železářství a mikulovský podnikatel a obchodník Salomon Deutsch
v letech 1717 až 1723», JM, 36, 2000, tome 39, p. 103-123.
886
Bohumír Smutný, «Železářská výroba na jevišovickém panství v poslední třetině 17. století», p. 48-49.

304
Les inventaires après décès de Jean Louis Ratuit de Souches de 1682 et celui
établi à la mort de son fils Charles Louis en 1691, nous donnent un aperçu assez
détaillé sur la diversité de la production métallurgique. En effet, on peut y trouver
une quantité de barres métalliques, de plaques en fonte et de « pains » de fer. Les
inventaires répertorient également 475 pièces de grandes et de petites bombes qui
valaient au total 3 076 florins. Proportionnellement, les munitions destinées aux
arsenaux de l’armée impériale représentaient alors la plus grande partie de réserves
constatées, sans doute parce que la demande fut constante, le débouché sûr et les
prix à la vente intéressants.887
Quant aux personnes employées dans les ateliers et chargées du haut
fourneau, les sources demeurent muettes. Cependant, selon quelques indices
indirects, notamment des noms de famille de la plupart du personnel, il semblerait
que de Souches fit appel aux spécialistes provenant de la Haute-Autriche, de la
Styrie et des pays alpins autrichiens où la tradition de la production de fer fut de
longue durée.888
Hormis la production métallurgique, le domaine de Jevišovice connut une
autre sorte d’activité manufacturière, celle de l’élevage lainier de moutons. Ces
derniers apparurent sur le domaine en grande quantité dès la fin de la guerre de
Trente Ans où leurs troupeaux comptèrent plusieurs milliers de têtes et la tradition
se perpétua jusqu’au XIXe siècle.889 Toujours d’après l’inventaire après décès de
1682, les cinq fermes seigneuriales de Nárovný, Horní Němčice, Plaveč, Únavov et
Zvěrkovice s’occupaient respectivement de 426, 481, 586, 740 et 333 moutons,
soit, au total de 2566 bêtes.890 En 1691, ce fut déjà 6 fermes avec 2824 animaux.891
La laine du domaine fut un article fort intéressant qui attirait les racheteurs,
pour la plupart les Juifs, non seulement du pays, notamment de la Moravie de

887
MZA Brno, C2 Tribunál – pozůstalosti, cote S 19p, fol. 28-35; Ibidem, cote S 34p, fol. 61.
888
Bohumír Smutný, «Železářská výroba na jevišovickém panství v poslední třetině 17. století», p. 50.
889
Bohumír Smutný, «Prodej vlny z jevišovického panství v 18. století. Sonda do surovinové základny moravského
vlnařství», JM, 32, 1996, tome 35, p. 125-145.
890
MZA Brno, C2 Tribunál – pozůstalosti, cote S 19p.
891
MZA Brno, C2 Tribunál – pozůstalosti, cote S 34p.

305
l’Ouest, la région avec une forte concentration des tisserands, mais aussi de
l’étranger. Les contrats entre l’intendant du domaine agissant d’après les
instructions du seigneur, et les commerçants, assuraient à ces derniers l’exclusivité
du rachat de toute la production lainière annuelle d’une localité précise. Faute de
données précises et systématiques pour évaluer les revenus de cette production,
nous ne pouvons donner ici que quelques exemples. Ainsi, en 1683, cette somme
représentait 7 % des revenus annuels du domaine, à la seconde moitié du XVIIIe
siècle, cela variait entre 5 et 11%.892
Les soins qu’apportait Jean Louis Ratuit de Souches à son domaine ne furent
pas seulement de nature économique. En effet, sous ses ordres naquit, en 1660,
dans une des maisons abandonnées pendant la guerre de Trente Ans, une première
école sur le domaine. Six ans plus tard, en 1666, il autorisa les représentants de la
ville de Jevišovice de disposer de leur propre mairie.893 L’administration du
domaine reposait sur les épaules du seigneur représenté par l’intendant, ce dernier
secondé par de nombreux officiers. Le poste de l’intendant fut occupé en 1662 par
André Štětka894 qui fut remplacé, depuis 1671, par Tobias Proksch.895
Malheureusement, les sources qui permettraient de reconstruire l’organisation
administrative du domaine et de la compléter avec des noms concrets sont plus que
lacunaires, ce qui ne nous a pas permis de pousser plus loin ce genre de recherches.
En revanche, quant au centre administratif du domaine, le château de
Jevišovice, les données s’avèrent plus riches et permettent alors de donner une
image plus complète de la résidence seigneuriale et de dévoiler quelques facettes
de la vie privée de Jean Louis Ratuit de Souches, son propriétaire depuis 1649.

892
Bohumír Smutný, «Prodej vlny z jevišovického panství v 18. století», p. 137, 139.
893
Slavomír Brodesser, «Nad historickým obrazem Jevišovic», p. 183.
894
MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 30, no 572.
895
Bohumír Smutný, «Železářská výroba na jevišovickém panství v poslední třetině 17. století», p. 48.

306
3. La résidence seigneuriale

Le véritable cœur administratif du domaine et la principale résidence


seigneuriale, le château de Jevišovice (Jayspitz) demeure jusqu’à nos jours une des
traces grâce auxquelles perdure dans la mémoire collective de la région de la
Moravie du Sud l’existence de Jean Louis Ratuit de Souches.896
A la place du premier château-fort gothique détruit en 1421 sous l’ordre du
duc Albrecht d’Autriche à l’époque des guerres hussites, la famille de Kunštát fit
construire dans les années 1423 – 1426 un nouveau complexe comportant un palais
à deux étages, entouré d’un double fossé creusé dans le rocher et accessible par un
pont soutenu par trois arcs en plein cintre. Un peu plus tard, un autre bâtiment fut
érigé à l’opposé du palais existant et les deux constructions furent reliées par un
large mur en pierres.897
Les fondations gothiques servirent de base pour une modernisation
renaissance à la fin du XVIe siècle. Le château fut transformé en une résidence
seigneuriale composée de quatre ailes avec une cour d’honneur au milieu décorée
par les arcades. L’entrée fut dotée d’une tour carrée créant ainsi un passage
monumental donnant directement sur la cour intérieure et les façades furent ornées
de graffitis et de faux bossages imitant une construction en pierres apparentes.
Dès l’achat du château, en 1649, le général de Souches ordonna une
nouvelle vague de travaux, inspirés par les premières lueurs baroques et confiés à

896
On peut s’appuyer sur František Václav Peřinka, Znojemský okres (=La région de Znojmo), Vlastivěda moravská,
II, Brno, 1904, article « Jevišovice », p. 246-277 ; Hrady, zámky a tvrze v Čechách, na Moravě a ve Slezsku
(=Châteaux forts, châteaux et lieux fortifiés en Bohême, en Moravie et en Silésie), Prague, 1981, tome I, article
« Jevišovice », p. 119. L’histoire de la ville et de ses alentours dans Ladislav Audy, Jevišovice a okolí. Geografický
a historický přehled pro návštěvníky Jevišovic (=Jevišovice et ses alentours. Guide géographique et historique pour
les visiteurs de Jevišovice), Znojmo, 1965 ; Slavomír Brodesser – Tomáš Krejčík, «Erb Ludvíka Raduita de Souches
ve starém zámku v Jevišovicích» (=Le blason de Louis Ratuit de Souches au château de Jevišovice), Vlastivědný
věstník moravský, 41, 1989, p. 352-354 ; Karel Kuča, Města a městečka v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, tome II,
Prague, 1997, article « Jevišovice » ; Bohumil Samek, Umělecké památky Moravy a Slezska (=Les monuments en
Moravie et en Silésie), Prague, 1999, tome II, article « Jevišovice » ; Miroslav Plaček, Ilustrovaná encyklopedie
moravských hradů, hrádků a tvrzí (=Encyclopédie illustrée des châteaux forts, hameaux et lieux fortifiés moraves),
Prague, 2001, article « Jevišovice ».
897
Miroslav Plaček, «Jevišovické hrady do konce 15. století», VVM, 47, 1995, no 2, p. 156-166; Ladislav Hosák,
«Listinné prameny k dějinám panství, hradů a zámků v Jevišovicích», Vlastivědný sborník Moravskobudějovicka,
2008, no 2, p. 115-120.

307
l’architecte italien Ronio, qui se poursuivirent jusqu’en 1668. Les
petites modifications arrivèrent ensuite dans les années 1680 comme l’indique une
inscription au dessus du portail de l’entrée datant de 1686, mais le château dans sa
plus grande partie conserva son aspect qui lui fut donné par Jean Louis Ratuit de
Souches. Sur sa plus ancienne représentation connue, dessinée dans l’en-tête d’un
privilège accordé au domaine en 1704 par Charles Joseph, petit-fils de Jean Louis,
nous distinguons trois parties différentes de la demeure seigneuriale.898 A l’entrée,
un fossé protégé par les remparts dotés de petits bastions trahit encore l’aspect
militaire du lieu, hérité de l’époque précédente. Un peu plus loin, le premier
groupement de bâtiments, le « château bas », servait de logement au personnel de
l’administration du domaine et abritait leurs bureaux. Séparé par un autre fossé, le
« château haut » s’ouvrait par un portail monumental par lequel on accédait au
cœur de la demeure. Cette dernière, composée du corps de logis seigneurial, des
parties « techniques », telles les cuisines, les caves ou les écuries et des logements
des serviteurs personnels se renfermait par la construction majestueuse de la
chapelle du château. L’ensemble fut doté de trois tours coiffées chacune d’un toit
en forme d’une petite coupole.
Le propriétaire du domaine, Jean Louis Ratuit de Souches, même pris
souvent par des multiples obligations découlant de ses fonctions à la Cour et dans
l’armée impériale, veillait personnellement à l’avancement des travaux. Il fut en
contact régulier avec l’intendant de son domaine, André Štětka, qui le tenait
informé sur le déroulement du chantier. L’échange entre deux hommes devint le
plus dense en 1662, lors de l’achèvement de la tour au dessus de l’entrée.899
Parmi les travaux effectués au château de Jevišovice par de Souches, il faut
particulièrement souligner l’aménagement d’une nouvelle chapelle privée.
L’espace de prières personnelles ou en présence des membres de la famille ou des

898
SOkA Znojmo, Archiv městečka Jevišovice, JEV/I, diplôme no 5, privilège du 3 avril 1704.
899
MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 30, no 572, no 573. Voir également MZA Brno, F 54,Velkostatek
Jevišovice, carton 134, no 766, les contrats signés avec les artisans du domaine concernant la reconstruction et les
réparations du château (1652-1685).

308
amis existait à Jevišovice bien avant l’acquisition du domaine par le général.
Placée sous le vocable de la Sainte-Catherine, la chapelle fut construite déjà à
l’époque des Kunštát mais on ignore son aspect ainsi que son aménagement
intérieur. Pendant la guerre de Trente Ans, elle fut gravement endommagée et à
l’arrivée de nouveaux seigneurs, en 1649, les travaux de sa restauration furent
entrepris. A leur fin en 1660, consacrée ensuite à Saint-Louis, le patron personnel
de Jean Louis Raduit de Souches, une attribution rarissime dans un pays gouverné
par les Habsbourg et influencé plutôt par le culte marial et népomucène, la chapelle
fut dotée de cinq tableaux.
Le maître-autel portait le tableau de Saint-Louis que l’on peut-y admirer
encore de nos jours. Saint-Louis est représenté assis sur un cheval blanc en tant que
commandant en chef des chevaliers français. Tenant dans sa main droite un bâton,
symbole de sa fonction militaire, vêtu d’une cotte ornée de lys et portant une
armure, il est en train de poursuivre les anges, signes de la victoire. Dans la partie
supérieure du même autel, une toile plus petite de Saint-Antoine de Padoue fut
également placée. Les quatre autels latéraux portèrent les peintures de
l’Annonciation de la Vierge Marie, de Saint-Jean Népomucène, de Sainte-Anne et
de Saint-Félixe. Dans le chœur, situé à l’opposé du maître-autel, une place pour
installer un orgue fut trouvée.900 En 1672, de Souches obtint l’autorisation de faire
dire quotidiennement une messe dans sa nouvelle chapelle, sauf lors des grandes
fêtes qui devaient être célébrées à l’église paroissiale.901
L’aménagement d’une chapelle privée à Jevišovice fut une expression
parfaite de la piété baroque dans le milieu nobiliaire. Ce genre de constructions
apparut en effet dans les résidences seigneuriales à partir de la deuxième moitié du
XVIIe siècle et connut son apogée au milieu du siècle suivant. Une autre famille
francophone installée en Moravie, celle des Lescourant de la Rochelle, pourrait à
ce sujet servir d’exemple. D’origine lorraine, les exploits militaires de Jean

900
Ladislav Audy, «Z historie Jevišovic. Přílohy Jevišovických novin», 1962, no 6, texte dactylographié, s.p.
901
František Václav Peřinka, op. cit., p. 252.

309
Lescourant de la Rochelle facilitèrent l’ascension de la lignée. Officier dans
l’armée impériale, Jean Lescourant prit part à la bataille de la Montagne blanche,
en 1620. Promu, en 1655, lieutenant-colonel, il avait sous son commandement une
partie de la garnison impériale disloquée dans la forteresse morave d’Olomouc. La
même année, la famille se vit acquérir le domaine de Štáblovice, dans la région
d’Opava en Moravie du Nord. Ce fut peu après cette acquisition que Jean
Lescourant ordonna l’érection d’une chapelle à l’intérieur de sa résidence. Quant à
sa décoration, les murs furent ornés de nombreuses toiles, notamment celles de
Saints Pierre et Marie-Madeleine et de quelques membres de la famille.902
Le général de Souches suivait de près la réfection de sa chapelle et n’hésitait
pas à intervenir personnellement si la situation l’exigeait. Ainsi, en janvier 1651, il
écrivit à Christophe Breuner qui devint son confident,903 pour l’informer sur les
travaux entrepris et pour demander une aide. Après la bataille de la Montagne
Blanche en 1620, Breuner profita de la situation et devint propriétaire de plusieurs
domaines en Moravie du Sud dont celui de Hrušovany ce qui fit de lui le futur
voisin de Souches. Il s’empara également de quelques domaines en Bohême du
Sud, notamment de Lomnice.904 Ce fut là, à Lomnice, que de Souches commanda
un manuel illuminé pour dire les messes dans sa chapelle de Jevišovice. Or, après
avoir avancé la moitié du prix, il ne reçut toujours pas de réponse et demanda alors
à Breuner de s’informer de ce qu’il en était.905 Sa demande fut exaucée et à peine
dix jours plus tard, de Souches put remercier Breuner en lui signalant une bonne
réception du manuel en question.906
Nous avons déjà constaté à plusieurs reprises les difficultés rencontrées lors
des recherches des documents qui prouveraient définitivement la conversion de

902
Pavel Šopák, « Typologické aspekty zámecké architektury první poloviny 18. století v tzv. moravských
enklávách ve Slezsku. Příklad Štáblovic a Deštného », in : Acta historica et museologica Universitatis Silesianae
Opaviensis, 7, 2007, p. 233-244, ici p. 243.
903
Seifried Christoph Breuner fut chevalier de la Toison d’or et dans les années 1619-1651, membre du Conseil
privé. Josef Maurer, «Seifried Christoph Graf Breuner. Ein österreichischer Staatsmann aus der ersten Hälfte des 17.
Jahrhunderts», in : Österreichisches Jahrbuch, 14, 1890, p. 56-73 ; Henry Frederick Schwarz, op. cit., p. 210.
904
Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, I, p. 111-112.
905
ÖStA, HHSA, Schlossarchiv Grafenegg – Akten, 93-1, lettre no 1, Brno, 26 janvier 1651.
906
Ibidem, lettre no 2, Jevišovice, 4 février 1651.

310
Jean Louis Ratuit de Souches au catholicisme. Faute d’indications directes, il ne
nous reste qu’à nous contenter d’indices implicites. Dans ce sens, les soins
apportés par ce dernier à l’aménagement de la chapelle du château nous semblent
plutôt probants. Cependant, faute de sources, nous nous gardons d’avancer une
date précise de son abjuration.
Pour pouvoir étudier l’histoire du château de Jevišovice, nous disposons
d’une source de qualité exceptionnelle : l’inventaire après-décès de 1682 déjà
mentionné.907 De manière générale, les inventaires mériteraient l’attention des
historiens pour leur importance dans les analyses du milieu culturel de la noblesse.
En effet, ils témoignent du pouvoir, de l’orientation culturelle et de la richesse des
familles nobles ainsi que des changements socioculturels que la noblesse subit au
cours des siècles. C’est à l’aide des inventaires que l’on peut découvrir la structure
des demeures seigneuriales et comprendre la culture et la vie quotidiennes.908
Nous pouvons ainsi pénétrer dans l’intimité des pièces du château de
Jevišovice à l’époque de Jean Louis Ratuit de Souches. La commission qui
établissait l’inventaire du château, commença son travail dans le « vestiaire »
(« Guarda-roba »). Dans un coffre de fer furent rangés une paire de gants en soie
noire et une autre en soie bleue, une chevalière en or avec les armoiries du général
de Souches, un grand nombre de pièces en or et quelques obligations. Parmi
d’autres meubles de la pièce se trouvèrent un secrétaire noir où furent découverts
quelques livres en français, un petit bureau de la même couleur, une petite table
couverte d’un tapis, un coffre en bois polychrome, plusieurs petites boîtes en
argent contenant des pièces en or et en argent, un autre coffre peint en vert et blanc
où furent déposés un pendentif en or serti de diamants, un collier serti de 60
diamants, deux bracelets en perles, deux bagues serties de diamants, deux colliers
sertis d’émeraudes et de diamants, plusieurs pièces cassées de divers colliers en or,

907
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 19p.
908
Le plus récemment, au sujet des inventaires nobiliaires dans le milieu tchèque et autrichien Andrea Holasová,
«Poznámky k problematice studia inventářů raněnovověkých šlechtických sídel jako jednoho z pramenů poznání
kultury společnosti», in: Theatrum historiae, Sborník prací Katedry historických věd Fakulty filozofické Univerzity
Pardubice, 2, 2007, p. 109-122 (avec la bibliographie abondante mise à jour).

311
une paire de boucles d’oreilles en perles, un collier « de perles orientales », un
pendentif en forme de cœur serti de rubis et de diamants, une bague sertie de rubis
et de petits diamants, « deux montres françaises de poche ». En somme, une
fortune considérable.
La pièce voisine abritait les archives du domaine. On y trouva les documents
remontant au XIVe siècle, mais le gros fut naturellement composé de papiers
concernant la gestion du domaine par Jean Louis ainsi que sa vie privée.909 Ainsi
furent répertoriés les contrats de mariage, les diplômes accordant de divers
privilèges à la ville de Jevišovice, description du domaine et de ses limites,
correspondance avec divers destinataires, nomination de Jean Louis sur le poste du
commandant de la garnison de Vienne, son testament ou encore une copie de la
demande de l’incolat adressée à l’Empereur Ferdinand III. Certains documents
disparurent au fil du temps, d’autres, en revanche, furent transférés aux Archives
moraves à Brno.910
Dans la chambre destinée à conserver les objets en argent, notamment la
vaisselle (« Silberkammer »), la commission comptabilisa 92 livres de ce métal
précieux.
La château disposait également d’un arsenal où furent déposées à la fois les
armes provenant du butin des différentes batailles et affrontements que de Souches
livra au cours de sa carrière à l’armée impériale, mais aussi celles rassemblées par
une simple curiosité et reflétant plutôt une mode de l’époque. La première
catégorie pourrait être représentée par un ensemble de 63 mousquets, 8 pièces
d’artillerie ou 33 hallebardes. Rien d’exceptionnel. La deuxième catégorie, en
revanche, est très intéressante et mériterait que l’on s’y attarde un petit moment.
La fonction de représentation d’un château allait, depuis la deuxième moitié
du XVIe siècle, de pair avec l’établissement des arsenaux privés. La guerre de

909
A comparer à MZA Brno, G 155 , RA Ugarte, carton 30, no 554, liste des documents provenant des anciennes
archives du château de Jevišovice laissés par Jean Louis Ratuit de Souches. A ce sujet également Václav Černý,
«Archiv jevišovického velkostatku. Několik panských archivů na Horácku a v Podyjí», Od Horácka k Podyjí, 8,
1931, p. 163-180, ici p. 176; František Václav Peřinka, op. cit., p. 252.
910
Bohumír Smutný, Rodinný archiv Ugartů (1480) 1644-1843. G 155. Inventář, Brno, 1995.

312
Trente Ans marqua une rupture dans cette tendance et ce ne fut qu’à la fin de cette
dernière, que la noblesse songea au renouvellement de ce type de collections. Mais
désormais eut lieu une remarquable transformation. Les arsenaux cessèrent d’être
un stock d’armes utilisables au moment d’un conflit éventuel, et devinrent des
ensembles modernes et luxueux, concentrés d’abord autour des armes destinées
plus à la chasse qu’à la défense du château ou du domaine. Une place importante
appartenait dans ces collections aux pièces rares ainsi qu’aux nombreuses
curiosités. 911
Cette évolution découlait du contexte de l’époque. Lors des opérations
militaires des années 1618 – 1648, de nombreuses résidences seigeneuriales furent
ravagées ce qui a définitivement remis en cause leur fonction dans la protection de
la campagne environnante.912 Les arsenaux privés s’avèrent inefficaces face à la
tendance de confier les soins d’armer les troupes aux quelques entrepreneurs de
guerre contrôlés par le pouvoir central.913 Désormais, la conception-même du rôle
d’un seigneur dans la défense du pays puisant ses origines dans le système
médiéval fut évolue. L’arrivée de la nouvelle mode baroque accentua la position
des résidences seigneuriales en tant que lieux de représentation de leurs
propriétaires.914 Basé, entre autre, sur la création des collections de tout genre, le

911
Sur l’évolution des arsenaux nobiliaires dans les pays tchèques mais aussi dans l’espace germanophone voir
Vítězslav Prchal, «Obraz křesťanského rytíře? Turcika ve šlechtických zbrojnicích raného novověku», in: Theatrum
historiae, 2, p. 123-136, ici notamment p. 131 (avec la bibliographie récente).
912
En 1680 encore, un auteur et historien jésuite tchèque Bohuslav Balbin écrivit dans son œuvre Miscellanea
historica regni Bohemiae au sujet de la destruction des pays de la Couronne de Bohême : «On voit souvent à un
endroit isolé un portail, une colonne, des ruines d’une bâtisse jadis imposante ce qui est tout ce qui reste d’un
château qui s’élévait ici auparavant ; ailleurs, une tour se dresse solitaire comme un seul vestige d’un village ou
d’un hameau, engloutis par les flammes […] ». Bohuslav Balbin, Miscellanea historica regni Bohemiae, t. III,
Prague, 1680, p. 7. Il s’agit là d’un texte quelque peu éxagéré mais contenant cependant sans doute un noyau
véridique. Au sujet de la destruction des pays tchèques à la fin de la guerre de Trente Ans voir par exemple Ivana
Čornejová - Jiří Kaše – Jiří Mikulec – Vít Vlnas, Velké dějiny zemí Koruny české, VIII, p. 158-166. Voir également
la note no 517.
913
Fritz Redlich, The German military Enterpriser and his work force, passim ; Jiří Pernes, Pod císařským
praporem, notamment p. 27-34.
914
A ce sujet notamment Jiří Kubeš, Reprezentační funkce sídel vyšší šlechty z českých zemí (1500-1740), passim;
du même auteur, «Sídla Jana Jiřího Jáchyma hraběte Slavaty z Chlumu a Košumberka (1634/37-1689) v proměně»,
Scientific Papers of the University of Pardubice, Series C, Faculty of Humanities 9, 2003, p. 55-87; du même auteur,
«Hlavní sál – sebereflexe šlechty ve výzdobě společenských místností venkovských rezidencí (na příkladě českých
zemí 17. a první poloviny 18. století)», Česko-slovenská historická ročenka 2005, Brno, 2005, p. 31-59; Tomáš
Knoz, «Althannové v sále předků – mezi legendou a skutečností», in: Bohumil Samek (réd.), Sál předků na zámku
ve Vranově nad Dyjí, Brno, 2003, p. 7-24 ; Olivier Chaline, «Sály předků na zámcích Království českého», in :

313
prestige nobiliaire reposera maintenant sur des nouveaux critères qualitatifs et
quantitatifs.915
C’est dans cette lumière qu’il faut comprendre la collection rassemblée au
château de Jevišovice par Jean Louis Ratuit de Souches. Quant aux armes, il y fut
exposé deux fusils « moscovites » (« moscowitterische gezogene Röhr »), dorés et
incrustés d’argent, un fusil appelé « fusil de Těšín » (« Teschinken ») d’après sa
provenance silésienne et incrusté de nacre, un mousquet français équipé de deux
canons ou encore un autre fusil doté des armoiries des Souches. Les armes
blanches furent représentées par exemple par les fleurets espagnols incrustés d’or
et d’argent.916
La présence turque en Europe suscita l’intérêt de la noblesse pour les armes
provenant du Sud-Est. Ces dernières apportaient du « piment » aux collections
privées, du caractère exotique.917 Ainsi, le général de Souches exposait dans ses
collections un fusil d’un janissaire turc incrusté d’argent ou bien deux épées

Václav Bůžek (réd.), Šlechta raného novověku pohledem českých, francouzských a španělských historiků, op. cit., p.
5-21.
915
Sur le phénomène des collections ( nobiliaires mais aussi ecclésiastiques et bourgeoises) voir à titre d’exemple
Zdeněk Hojda, « Několik poznámek k budování šlechtických obrazáren v barokní Praze », Documenta Pragensia 9,
1991, p. 257-267 ; Lubomír Slavíček (réd.), Artis pictoriae amatores. Evropa v zrcadle pražského barokního
sběratelství, Prague, 1993. Récemment, de nombreuses études furent publiés à ce sujet, telles que Lubomír Slavíček,
«Dvě podoby barokního šlechtického sběratelství 17. století v Čechách – sbírky Otty Nostice ml. (1608-1665) a
Františka Antonína Berky z Dubé (1649-1706)», in: Václav Bůžek (éd.), Život na dvorech barokní šlechty (1600-
1750) (=La vie dans les cours de la noblesse baroque), České Budějovice, 1996 (=OH 5), p. 483-513; du même
auteur, «Sběratelství a obchod s uměním v Čechách 17. a 18. století. Stav a úkoly českého bádání», in : Olga Fejtová
– Václav Ledvinka – Jiří Pešek – Vít Vlnas (réd.), Barokní Praha – Barokní Čechie (1620-1740). Sborník příspěvků
z vědecké konference o fenoménu baroka v Čechách, Prague, 2004, p. 491-538 ; du même auteur, «Sbírky a
sběratelé na Moravě 17. a 18. století», in : Tomáš Knoz (réd), Morava v době baroka, Brno, 2004, p. 91-104 ; Milan
Togner, «Barokní sběratelství v Olomouci a jeho podíl na formování domácí výtvarné kultury», Historická Olomouc
X, 1995, p. 127-131 ; du même auteur (éd.), Kroměřížská obrazárna. Katalog sbírky obrazů arcibiskupského zámku
v Kroměříži, Kroměříž, 1998 ; «Hana Seifertová, Obrazárny – výraz sběratelské náruživosti aristokracie v období
baroka», in : Olga Fejtová – Václav Ledvinka – Jiří Pešek – Vít Vlnas (réd.), Barokní Praha – Barokní Čechie
(1620-1740), op. cit., p. 539-548. Voir aussi la note no 196.
916
Sur les armes de manière générale, voir par exemple I. Lebedinsky, Les armes traditionnelles de l’Europe
centrale, La-Tour-du-Pin, 1996 ; Armes et cultures de guerre en Europe centrale XVe siècle – XIXe siècle, Cahiers
d’études et de recherches du musée de l’Armée, n°6, 2005-2006.
917
Vítězslav Prchal, op. cit., passim. A comparer à E. Petrasch, « Die Geschichte der Türkischen Trophäen-
sammlung des Markgrafen Ludwig Wilhelm von Baden », Zeitschrift für die Geschichte des Oberrheins, 61, 1952,
p. 566-691 ; Z. Abrahamowicz, « Europas erbeute Türkenschätze », in : Die Türken vor Wien. Europa und die
Entscheidung an der Donau 1683, Wien, 1983, p. 172-180 ; J. Ruby, « Exotica from Islam », in : O. Impey – A.
MacGregor, The Origin of Museums. The Cabinet of Curiosities in Sixteenth- and Seventeenth- Century Europa,
Oxford, 1985, p. 251-258.

314
turques.918 A son château de Javor en Silésie, Otto le Jeune de Nostiz possédait
dans le cadre de sa bibliothèque une collection de « curiosités turques ». Il s’agit de
divers objets acquis lors de la campagne militaire des années 1663 – 1664,
notamment pendant les batailles de Niytra et de Neuhäusel en Haute-Hongrie ainsi
que pendant celle de Saint-Gotthard. Au côté de nombreuses armes, on pouvait y
trouver un Coran, quelques lettres turques provenant de Leuwenz (Haute-Hongrie)
ou encore un chemisier en lin appartenant à la garde-robe d’une princesse tartare
( « ein Stückl Leinwandt von Hembde der Tartarischen Fürstin »).919 Ce fut en
quelque sorte un avant-goût d’une vague d’engouement pour les objets turcs qui
apparut dans le milieu nobiliaire de l’Europe centrale après la défaite de « l’ennemi
héréditaire de la cause chrétienne » devant Vienne en 1683.
En effet, à partir de cette date là, on assiste même à la création d’un marché
avec des objets turcs, acquis en tant que butin ou tout simplement copiés. En 1688,
dans le palais viennois des Ratuit de Souches, on trouva sept épées turques
incrustées et décorées avec des croix en argent (« mit silbern Creützen und
beschlägt ») ou bien deux pistolets turcs dont les poignées en bois étaient dotées
d’incrustations en os ( « mit helffen bainnen schafft »).920 La famille Collalto
exposait en 1697 dans son château de Brtnice deux épées turques, une selle pour un
chameau, un tambour et un étendard turc.921 Dans la résidence des Lobkowicz à
Roudnice en Bohême centrale, on pouvait admirer en 1691 trois mousquets et un
arc turc.922 A Petříkov en Silésie, la famille Skrbenský de Hříště disposait d’un
pistolet turc avec son étui et de deux sabres.923 L’évêque d’Olomouc Charles de
Liechtenstein-Castelkorn se procura en 1684 pour son château de Mírov d’une
collection impréssionnante d’armes à feu et d’armes blanches turques incrustées,

918
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 19p.
919
Lubomír Slavíček, « Dvě podoby barokního šlechtického sběratelství v 17. století v Čechách – sbírky Otty
Nostice mladšího (1608-1665) a Františka Antonína Berky z Dubé (1649-1706) », in : Václav Bůžek (réd.), Život na
dvorech barokní šlechty (1600-1750), České Budějovice, 1996 (=OH 5), p. 483-513, ici notamment p. 497.
920
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 34.
921
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, C 13. D’après Vítězslav Prchal, op. cit., p. 133.
922
Vítězslav Prchal, op. cit., p. 134.
923
Petra Mašitová, « František Albrecht Skrbenský z Hříště z pohledu pozůstalostního inventáře », p. 162.

315
dorées, ciselées, serties de pierres précieuses mais également d’un étendard turc,
des tambours, des selles et même de quelques tentes militaires.924
Le château de Jevišovice fut équipé de sorte à assurer le plus grand confort
de son propriétaire et de sa famille. On y trouva un nombre d’objets en étain, tels
que des lavabos, des candélabres, des pots de chambre, des salières ou de la
vaisselle, bien entendu. Les plats étaient également servis sur de la vaisselle en
majolique, et sur de la faïence en provenance de la Moravie du Sud, des ateliers
des communautés anabaptistes. Des serviettes en lin ainsi que des draps de la
même matière furent des objets de l’utilisation quotidienne, des couvre-lits bleus
décoraient les chambres à coucher, les rideaux en damas vert protégeaient contre le
froid provenant des fenêtres, le sol fut couvert par les tapis « turcs » (« türkischen
teppich »).
Dans la chambre à coucher de Jean Louis Ratuit de Souches furent
découvertes deux boîtes contenant les reliques des saints non spécifiés, un livre de
prières, une image de Jésus, de la Sainte-Marie et de Saint-Joseph placée dans un
cadre noir et protégée par une plaque de verre et le livre de l’Evangile de Saint-
Jean. Encore une fois, les indices incontestables de sa conversion. Au côté du lit fut
placé un paravent (« alte spänische Wandt »), les rideaux verts avec des motifs
imprimés jaunes cachaient les fenêtres.
Le bureau de Jean Louis (« Schreibzimmer ») fut équipé de trois tables, de
deux fauteuils en cuir rouge, de quatre chaises avec les dossiers brodés, d’un lit, les
rideaux verts et jaunes avec des motifs de la vigne décoraient les fenêtres. Sur les
murs, plusieurs tableaux furent accrochés, parmi lesquels dominait un portrait d’un
autre général de l’armée impériale, celui d’Albrecht de Wallenstein. Le reste de
toiles représentait deux paysages campagnards, une nature morte avec des légumes

924
Radmila Pavlíčková, « Biskupský hrad Mírov v 17. století – aristokratické sídlo mezi pevností a letní rezidencí »,
ČNM, 170, 2001, Řada historická, no 3-4, p. 43-63 ; du même auteur, Sídla olomouckých biskupů. Mecenáš a
stavebník Karel z Liechtensteinu-Castelkorna, 1664-1695, Olomouc, 2001, p. 103-118. A comparer à Vítězslav
Prchal, op. cit., p. 132-133.

316
(« gemüs Bildt ») ou encore deux portraits d’un homme et d’une femme inconnus
(« alte Conterfecte ein Mann und ein Weib bildt »).
Dans le couloir conduisant à l’antichambre des pièces d’apparat du général,
de nombreux tableaux furent exposés, tels que deux cadres avec des images
brodées (« Spull bildt »), une scène avec des chiens de chasse, un portrait d’un
enfant, un autre portrait d’un lieutenant français (« Bildt eines französisches
Obristens »). Il y fut exposée également une galerie des portraits des personnalités
militaires de l’époque dont certaines servaient sans doute sous les ordres de de
Souches. On y trouva un portrait du comte Hoffkirchen (« das Herrn Graffen
Hofkirchens Conterfect »)925 mais aussi ceux des capitaines (Haubtman) « Zimer,
Füstel, Fleischman, Rodemacher, Dacher, Engelhart ».
L’antichambre fut équipée d’une grande table en bois noir et de douze sièges
rembourrés tapissés en vert. La décoration fut conçue de manière choisie afin de
rappeler aux visiteurs le passé et les exploits du propriétaire de la demeure. Ainsi,
on put y admirer une toile représentant le siège de Brno de 1645, une gravure
montrant le siège de La Rochelle de 1628 (« Obsidio Rupellae ») ou encore les
Tables géographiques de la France (« Tabile en géographique des gaulener »).
La première pièce d’apparat fut pensée comme une sorte de musée familial
où se trouvèrent au côté des portraits du général (l’un debout à pied, l’autre à
cheval) et de celui de sa femme926 quelques souvenirs illustrant sa carrière au
service de l’Empereur, entre autres une gravure de la bataille de Levice (Lewenz,
en 1664) et celle du siège de Štúrovo (Parkan) entrepris en même année.
Dans la salle d’audience, une grande table ronde dominait la pièce, placée au
milieu de la pièce. Quarante-et-un sièges rembourrés tapissés avec un tissu en lin,
dont vingt-trois neufs et dix-huit anciens, furent à la disposition des invités. Les
portraits de Léopold Ier et de l’Impératrice Marguerite Marie d’Espagne (« der

925
Sans doute le colonel comte Charles Hoffkirchen, beau-frère de Jean Louis Ratuit de Souches, qui devint, en
1663, le nouveau commandant de la forteresse de Špilberk à Brno. Voir plus haut.
926
Jean Louis Ratuit de Souches étant marié deux fois, nous ignorons malheureusement, de laquelle de ses deux
femmes il s’agit. Pour la généalogie des Souches voir plus tard.

317
spanischen Kaiserin Conterfect »)927 décoraient les murs afin de témoigner la
gratitude envers ceux qui furent à l’origine de la carrière et de la fortune du
propriétaire des lieux. Une toile représentant Susanne et deux vieillards (« Susana
Bildt mit zwei Alten »), une autre Loth avec ses deux filles ainsi qu’une carte du
domaine de Jevišovice complétaient le tout. La salle fut chauffée et décorée à la
fois par une grande cheminée (« Camin »).
La commission chargée d’établir l’inventaire tint également compte d’un
grand nombre de gravures imprimées sur le papier, exposées dans la pièce en
question et portant sur les sujets divers, tels que cinq plans de différentes
forteresses, « Table du siège de Danvilers devant la ville Fribourg », un portrait de
Louis XIV devant le Rhin (« der König aus Frankreich mit dem Rhein Strom »),
les plans des batailles d’Ypres (1648), Tournais (1581), Rocroi (1645), les plans
des villes de Perpignan, Thionville ou de la forteresse de « Castel » en Picardie
(Câtelet).928
Quant à la chambre de la femme du général («in Ihro Excellenz der Frauen
Generalin Zimmer»), appartenant probablement à sa deuxième épouse Anne
Salomène,929 comtesse d’Aspermont-Reckheim, elle fut moins bien équipée. On y
trouva deux petites tables placées à côté de la fenêtre, trois paravents hollandais,
deux portraits de femmes inconnues, un secrétaire équipé de six tiroirs, deux vieux
coffres en bois, trois candélabres, dont deux blancs et un jaune. L’appartement de
la comtesse de Souches comportait ensuite une autre pièce aménagée avec un lit à
la polonaise, deux tables, plusieurs chaises et de nombreux portraits sur les murs
dont notamment celui de l’archiduc Léopold Guillaume.
Le fils de Jean Louis Ratuit de Souches, Charles Louis, disposait, lui aussi,
de sa propre chambre, où se trouvèrent un lit à la polonaise, quatre sièges

927
Marguerite Marie Thérèse d’Espagne, première épouse de Léopold Ier , décédée le 12 mars 1673. Jiří Mikulec,
Leopold I., p. 186.
928
Voir plus haut.
929
La désignation de la pièce tenait compte de son utilisation au moment de l’établissement de l’inventaire. La
première épouse de Jean Louis Ratuit de Souches étant décédée en 1663, il ne pouvait s’agir que d’Anne Salomène.
Voir la généalogie des Souches dans les annexes.

318
rembourrés et tapissés d’un tissu en lin, une table et une toile représentant la
Sainte-Catherine.
Pour que l’image des intérieurs du château de Jevišovice proposée par
l’inventaire étudié soit complète, rappelons ici, de manière assez disparate et à
l’instar du document mentionné, l’existence d’une pharmacie (« Apotheke »), des
chambres des laquais, d’une pièce habitée par le burgrave, d’un grand nombre de
pièces désignées en tant que débarras ou dépôts («Cammern») ou encore des
cuisines, placées au rez-de-chaussée.
Si l’inventaire mentionne une « pharmacie », il ne donne malheureusement
pas le détail de son équipement. En revanche, nous disposons d’une description
d’un autre château, celui de Petříkov, jadis en Silésie, aujourd’hui en Pologne,
appartenant à François Albrecht Skrbenský z Hříště et doté de la même pièce.
L’inventaire du château silésien datant de 1685, de la période presque identique
que le document de Jevišovice, le rapprochement s’impose. La pharmacie de
Petříkov fut équipée d’une série de concasseurs, d’un nombre de récipients en
cuivre, de bocaux, de pots et de flacons. On y trouva également plusieurs sortes
d’huiles, de vinaigres, d’alcools, de crèmes, de légumes et fruits secs, de plantes
séchées, de pains d’épices et « d’autres choses confites dans du miel».930 La pièce
ressemblait alors plutôt à une sorte d’épicerie qu’à une véritable pharmacie, telles
que nous les connaissons de l’époque baroque, notamment dans le milieu urbain.931
L’hypothèse d’une certaine diffusion des pharmacies dans les résidences
seigneuriales pourrait être fondée sur la présence d’une pièce similaire dans un
autre château, celui des princes d’Eggenberg à Český Krumlov en Bohême du Sud.
Là encore, Jean Christian d’Eggenberg disposait de sa propre « apotheke »,
aménagée en 1667, un an après son mariage avec Marie Ernestine de

930
Petra Mašitová, « František Albrecht Skrbenský z Hříště z pohledu pozůstalostního inventáře. Každodennost na
zámku v Petříkovech na konci 17. století », in : Acta Facultatis Philosophicae Universitatis Ostraviensis, Historia,
15, 2008, p. 155-166, ici p. 158. Pour se faire une image sur ce que l’on pouvait trouver dans des pharmacies de
l’époque voir Věra Čulíková, « Ovoce, koření a léčiva z raně novověké jímky hradčanského špitálu », Archeologické
rozhledy, 60, 2008, no 2, p. 229-260.
931
Josef Petráň (réd.), Dějiny hmotné kultury. II-2. Kultura každodenního života od 16. do 18. století, Praha, 1997,
p. 580-581.

319
Schwarzenberg qui devint une des plus riches dames nobles des pays héréditaires
Habsbourg.932
Rien ne reflète mieux l’horizon intellectuel des couches supérieures de la
société de l’époque que leurs collections privées de livres.933 En effet, les
bibliothèques nobiliaires des XVIIe et XVIIIe siècles représentèrent, et cela non
seulement en Moravie, un des éléments majeurs de la culture baroque. Il s’agit
souvent des ensembles très vastes, comportant les œuvres de plusieurs domaines et
témoignant ainsi de l’orientation religieuse, mais aussi des intérêts culturels,
économiques et politiques de leurs propriétaires. Un nombre d’inventaires après
décès en témoignent.934 Si certaines de ces listes demeurent assez vagues et ne
permettent pas de reconstituer ne serait-ce qu’une partie des collections concrètes,
d’autres, en revanche, apportent une quantité d’informations précises très
appréciables dévoilant l’univers intime de leurs possesseurs. Ainsi, nous pouvons
avoir à faire à des ensembles ne comptant que quelques centaines de volumes mais
également à des impressionnantes bibliothèques à l’instar de celle des Questenberg
au château de Jaroměřice en Moravie du Sud contenant quelque 4500 œuvres en
6357 volumes, de celle des Nostiz au château de Javor en Silésie (5000 livres) ou
encore de celle de l’évêque d’Olomouc Charles de Liechtenstein-Castelcorn,

932
Markéta Korychová, « Dvůr posledního Eggenberka v Českém Krumlově. Každodenní život českokrumlovské
zámecké rezidence v letech 1665-1667 », in : Václav Bůžek (réd.), Život na dvorech barokní šlechty (1600-1750),
České Budějovice, 1996 (=OH 5), p. 423-441, ici p. 427.
933
Pendant la dernière décennie, une littérature relativement riche fut publiée à ce sujet. Le nouvel intérêt pour les
études des bibliothèques nobiliaires fut relancé notamment grâce aux travaux de Jitka Radimská. Voir note no 201.
Pour avoir un aperçu de l’évolution des bibliothèques de la noblesse baroque des XVIIe et XVIIIe siècles, on peut
consulter également une étude synthétique de Jiří Cejpek – Ivan Hlaváček – Pravoslav Kneidl, Dějiny knihoven a
knihovnictví v českých zemích a vybrané kapitoly z obecných dějin, Prague, 1996, p. 113-127. A comparer à Petr
Mašek – Helga Turková, Zámecké, hradní a palácové knihovny v Čechách, na Moravě a ve Slezsku. K výstavě 50 let
oddělení zámeckých knihoven Knihovny Národního muzea 1954-2004, Prague, 2004.
934
Pour la Moravie, au sujet des inventaires des bibliothèques comme d’une source historique voir déjà Zdeněk
Kalista, «Tři staré šlechtické libráře», ČSPS, 34, 1928, p. 145-161 ; František Hrubý, «Knihovny na zámcích
moravských ve století 16. a 17.», Bibliofil, 9, 1932, p. 107, 110-116, 141-147 mais aussi Bohumír Lifka, «Knihovny
v Miloticích», in: Antonín Bartušek (réd.), Milotice, státní zámek a okolí, Prague, 1954, p. 11-12; du même auteur,
Knihovny státních hradů a zámků, Prague, 1954. Plus récemment Martin Pleva, «Hmotná kultura moravské barokní
šlechty», passim; du même auteur, «Knihovny několika moravských barokních šlechticů na základě jejich
pozůstalostních inventářů», OR 1, p. 145-160 ; du même auteur, «Knižní kultura moravského šlechtického rodu
Petřvaldských z Petřvaldu v 17. a 18. století. Co přinesl archivní výzkum», OR 4, p. 255-280. Pour le milieu
autrichien Otto Brunner, «Österreichische Adelsbibliotheken des 15. bis 18. Jahrhunderts als Geistesgeschichtliche
Quelle», in : Otto Brunner (réd.), Neue Wege der Verfassungs- und Sozialgeschichte, Göttingen, 1968, p. 28-293.

320
composée de 8000 ouvrages.935 On est loin, certes, des collections extraordinaires
créées au XVIIIe siècle par les Schwarzenberg (englobant également la
bibliothèque des Eggenberg et comptant quelques 30 000 volumes), les Lobkowiz
(70 000 volumes), les Fürstenberg (30 000 volumes), les Thun-Hohenstein (25 000
volumes), les Martiniz (25 000 volumes), les Nostiz (15 000 volumes) ou encore
par les Dietrichstein (14 000 volumes) mais il s’agit là plutôt des exceptions.936
Si des nombreuses bibliothèques nobiliaires disparurent lors des événements
de la guerre de Trente Ans (suite aux pillages, aux incendies ou à la dispersion des
biens des nobles partis en exil), la deuxième moitié du XVIIe siècle vit la création
des nouvelles collections, parfois très variées. En effet, ces dernières reflétaient le
caractère multinational de la société nobiliaire des pays Habsbourg. La variété de
langues mais également le nombre de volumes possédés (réellement lus ou tout
simplement exposés) faisaient partie intégrante de la représentation familiale. Si les
membres des anciennes familles « tchèques » telles que les Sternberg (Šternberk),
Lobkowiz (Lobkovic), Kolowrat (Kolovrat), Kinsky (Kinský), Czernin (Černín) ou
Wallenstein (Valdštejn) s’intéressaient, au côté des titres dans les langues
étrangères, aussi à la production tchèque, les représentants de la « nouvelle »
noblesse constituaient leurs bibliothèques autour des collections dans leurs langues
maternelles, le tchèque leur restant éloigné.937 Ainsi, nous vîmes apparaître des
ensembles des livres écrits bien évidemment en allemand mais aussi en italien,
espagnol, français ou en anglais. La bibliothèque au château de Český Krumlov en
Bohême du Sud au temps de Marie-Ernestine d’Eggenberg, née Schwarzenberg qui
était très proche de la culture française pourrait servir d’exemple. D’après son
inventaire établi dans les années 1719-1721 pour Adam François de
Schwarzenberg, neveu de Marie-Ernestine et héritier universel des biens des

935
Martin Pleva, «Knihovny několika moravských barokních šlechticů na základě jejich pozůstalostních inventářů»,
passim.
936
Jitka Radimská, Knihovna šlechtičny. Francouzské knihy Marie Ernestiny z Eggenbergu na zámku v Českém
Krumlově, p. 6 avec la bibliographie correspondante.
937
Ivana Čornejová - Jiří Kaše – Jiří Mikulec – Vít Vlnas, Velké dějiny zemí Koruny české, VIII, p. 552-557, ici
notamment p. 553.

321
Eggenberg en Bohême, elle contenait quelques 2 300 titres (certains comptant
plusieurs volumes) classés en 5 groupes linguistiques : A – les livres en allemand
(632 titres), B – livres en français (788 titres), C – livres en italien (557 titres), D –
livres en latin (141 titres), E – livres en espagnol (124 titres) sans oublier le groupe
F avec ses 54 titres consacrés à la géographie et rédigés pour la plupart en
allemand.938
Dans ce contexte, la bibliothèque de la famille de Souches apparaît comme
une des plus grandes bibliothèques moraves du XVIIe siècle.939 Elle fut composée
de plus de 3000 titres en cinq langues.940 Son inventaire fut établi à la mort de
Charles Louis Ratuit de Souches, en 1691, mais le gros de cette collection fut sans
doute rassemblé du vivant de son père, Jean Louis. Les livres furent rangés dans
des caisses désignées par les lettres capitales et divisés selon les langues en cinq
compartiments. Les œuvres en français, les plus nombreuses, occupaient les
divisions A – F (1246 titres), les livres italiens les divisions G – K (1125 titres), les
ouvrages en latin les divisions L – N (532 titres), partagées avec les livres en
allemand (98 titres) pour en terminer par la lettre O, destinée aux textes en
espagnol (121 titres). D’après Tomáš Knoz, cet ensemble fut créé par Jean Louis
Ratuit de Souches par l’acquisition, en 1664, de la bibliothèque appartenant à son
compatriote, l’interprète à la cour impériale, Michael (Michel) d’Asquier. La
collection fut ensuite enrichie par les achats effectués par le général lui-même et
par son fils Charles Louis.941

938
Jitka Radimská, Knihovna šlechtičny. Francouzské knihy Marie Ernestiny z Eggenbergu na zámku v Českém
Krumlově, p. 19.
939
Voir son inventaire à MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 34p, l’inventaire de 1691.
940
D’après l’inventaire, nous avons compté 3122 titres, sans tenir compte du nombre de volumes. Curieusement,
d’autres historiens ayant étudié le même document, arrivèrent à des chiffres différents. Ainsi Bohumír Smutný,
«Rodinný archiv Raduitů de Souches a písemnosti maršála Ludvíka Raduita de Souches v Moravském zemském
archivu v Brně», in: Jan Skutil (réd.), Morava a Brno na sklonku třicetileté války, p. 45-48, ici p. 47, où il parle de
plus de 3300 titres. Quant à l’article de Tomáš Knoz, «Ludvík Raduit a Karel Ludvík Raduit de Souches a jejich
jevišovická knihovna. Úvod do problematiky», in: Ad musealem laborem. PhDr. Slavomíru Brodesserovi
k šedesátým pátým narozeninám, Brno, 2005, p. 57-72, ici p. 62, son auteur recense 4380 titres. Pour arriver à une
telle différence, ce dernier dut compter sans doute le nombre de volumes et non de titres.
941
Michael d’Asquier (1594 – 1664) se spécialisait à la traduction dans les langues orientales. Tomáš Knoz,
«Ludvík Raduit a Karel Ludvík Raduit de Souches a jejich jevišovická knihovna», p. 62, 65.

322
La totalité de livres possédés par de Souches fut alors écrite dans les langues
étrangères. On chercherait en vain des titres en tchèque ce qui prouve que la langue
de son pays adoptif posait à Jean Louis d’importantes difficultés. Un handicap
cependant limité, le tchèque étant l’autre langue officielle du pays, après
l’allemand. Mais cette remarque nous conduit à une conclusion intéressante.
L’absence des livres en tchèque dans la bibliothèque du château de Jevišovice et
une faible quantité de titres en allemands (98 au total) d’un côté et la
prépondérance de la littérature en français montrent bien une lente capacité
d’adaptation de Jean Louis à son nouveau milieu linguistique. Malgré son
entourage et en dépit de ses fonctions à la Cour de Vienne, sa langue maternelle
resta pour lui dominante. D’ailleurs, toute sa correspondance en allemand fut
rédigée par une autre main, Jean Louis apposa seulement sa signature,
accompagnée parfois par quelques remarques en français en marge comme pour
vouloir rectifier certains détails.
Toutes les parties linguistiques de la bibliothèque de Jevišovice confondues
révèlent certains traits communs. On y trouva par exemple les traductions des
œuvres de référence, telles que les philosophes et écrivains classiques, les
traductions de la Bible et d’autres textes religieux ou encore les ouvrages traitant
l’histoire et la géographie des divers pays. Ensuite, chaque groupe comportait des
domaines spécifiques, propres à chaque région linguistique.
Quant aux livres en français, leur composition fut très variée. L’inventaire
nota un grand nombre de textes historiques concernant la France, depuis Grégoire
de Tours, en passant par les ouvrages traitant l’histoire d’Henri IV, les textes
consacrés aux événements du XVIIe siècle ou les biographies des personnalités,
telles que Saint-Louis, Jeanne d’Arc, Louis XIV, cardinaux de Richelieu et
Mazarin, Philippe du Plessis-Mornay (donc un huguenot) ou bien les apologies du
Prince de Condé et de Nicolas de Fouquet. L’histoire de France fut également
représentée par les études portant sur les régions, telles que la Bourgogne, la
Navarre, le Béarn, la Savoie. On remarque le texte philosophico-politique de Jean

323
Bodin (Six livres de la République), les histoires et catalogues des ministres d’Etat,
les histoires des diverses institutions comme l’Académie ou le Parlement. La
diversité fut soulignée par des titres de la littérature spécialisée, « technique », tels
que Opera mathematica,942 Nouvelle invention de lever l’eau plus haut que sa
source,943 Histoire de plantes,944 La fidèle ouverture de l’art de serrurier,945 Le
théâtre d’Agriculture,946 Histoire des pierres,947 L’architecture française.948 On y
trouva aussi des titres quelque peu curieux, à l’instar de De la démonomanie des
sorciers949 ou des Nouvelles pensées sur les causes du desbordement du Nil.950 Les
œuvres littéraires furent représentées par exemple par François Rabelais, Pierre
Corneille951 ou Paul Scarron et par les essais de Michel de Montaigne ou René
Descartes. Les traductions des auteurs classiques comme Hérodote, Polybe,
Thucydide, Xenofon, Ovide, Virgile furent également très nombreuses. Parmi les
textes religieux, il faut au moins mentionner De civitate Dei de Saint-Augustin.952
Les descriptions de Chypre, Malte, Palestine ou Madagascar élargissaient les
horizons géographiques du propriétaire de la collection.
Jean Louis Ratuit de Souches fut avant tout soldat. Dans cette optique, il
n’est pas étonnant de trouver dans sa bibliothèque les titres se rapportant à l’art
militaire, notamment à la fortification et à l’artillerie. Malheureusement pour nous,
les auteurs de l’inventaire restèrent très souvent allusifs en ne donnant que les titres
abrégés de la plupart des ouvrages ou parfois même des titres qui évoquaient

942
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 34p, l’inventaire de la bibliothèque du château de Jevišovice 1691,
« caisse A », no 2.
943
Ibidem, no 6.
944
Ibidem, no 23.
945
Ibidem, no 39.
946
Ibidem, no 96.
947
Ibidem, no 122.
948
Ibidem, no 131.
949
Ibidem, no 79.
950
Ibidem, no 110.
951
Sur la réception de l’œuvre de Corneille dans les pays tchèques voir Jitka Radimská, «České překlady Pierra
Corneille», in: Petr Kyloušek (réd.), Otokar Novák. Tradice a přítomnost, Masarykova Univerzita, Brno, 2006, p.
25-46; du même auteur, Corneille na české scéně. Zapomenuté výročí: 1606-2006, Acta philologica Universitatis
Bohemiae Meridionalis, Series monographica, I, České Budějovice, 2007.
952
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 34p, l’inventaire de la bibliothèque du château de Jevišovice 1691,
« caisse A », no 51.

324
vaguement le contenu des livres. Les auteurs apparaissent rarement. Il n’est donc
pas étonnant que l’identification des oeuvres mentionnées aux ouvrages concrets
reste, exceptions à part, pratiquement impossible.
Les textes consacrés à l’architecture militaire furent alors représentés par les
titres tels que Fortifications et fortifices [!] de Jacques Perrett,953 Les fortifications
d’Antoine de Ville,954 La fortification démontrée et réduite en art,955 Les
fortifications de comte de Pagan,956 L’Architecture militaire, L’art de fortifier957 ou
encore Le guide de fortification.958 A cela il faut ajouter des « manuels » tels que
L’arithmétique de Jean Trenchent,959 le Livre de perspective960 ou bien De l’usage
de la géométrie traitant les problèmes spécifiques liés à l’architecture. Les théories
et les conseils pratiques relevant du domaine militaire furent exposés dans L’art
militaire pour l’infanterie, Règles militaires touchant la cavalerie, Traité des
chevaux, Le parfait maréchal,961 La pratique du cavalier,962 Les éléments de
l’artillerie et de manière plus générale dans Pratique de la guerre, Théorie et
pratique de la guerre, Traité de la guerre et L’observation militaire.963 Pour
parfaire le fonctionnement de l’artillerie, de Souches pouvait aller chercher les
conseils dans L’art du feu ou consulter Les éléments de chimie (contenant sans
doute les informations sur la fabrication de la poudre). Des renseignements sans
doute utiles se trouvaient dans les œuvres comme Les 12 livres de Robert Valturin
touchant la discipline militaire,964 Le vrai usage des duels ou Usage du compas.965

953
Sans doute Jacques Perret, Des fortifications et artifices, architecture et perspective, Paris, 1601 ou une autre
édition du même ouvrage.
954
Antoine de Ville, Les fortifications contenant la manière de fortifier toute sorte de places…, Paris, 1666.
955
Errard (Gerhardt) de Bar-le-Duc, La fortification démontrée et réduite en art, Paris, 1594.
956
Blaise François de Pagan, Les fortifications, Bruxelles, 1668.
957
Sans doute François Milliet Dechales, L’art de fortifier, de défendre et d’attaquer les places suivant les méthodes
françoises, hollandoises, italiennes et espagnoles…, Paris, 1677.
958
Claude Flamand, Le guide des fortifications et conduite militaire, Montbéliard, 1597.
959
Jean Tranchant (ou Trenchant), L’arithmétique départie en trois livres, Paris, 1617.
960
Sans doute Jean Cousin, Livre de perspective, Paris, 1560.
961
De Solleysel, Le parfait mareschal qui enseigne à connaistre la beauté, la santé et les défauts des chevaux, les
signes et les causes des maladies…, Amsterdam, 1723 (nouvelle édition d’après celle du XVIIe siècle).
962
René de Menou, seigneur de Charnizay, La pratique du cavalier par où il est enseigné la vraye méthode qu’il
doit tenir pour mettre son cheval à la raison…, Paris, 1614.
963
Probablement Francesco Ferretti – Charles du Caurel, Deux livres de l’observation militaire et conduite de la
guerre…, s.l., 1587.
964
Robert Valturin, Les douze livres touchant la discipline militaire, Paris, 1555.

325
La charge du général dans l’armée impériale imposait certainement une
connaissance plus ou moins approfondie non seulement de l’histoire militaire des
pays Habsbourg mais également celle des autres pays européens. Les ouvrages
mentionnés dans l’inventaire comme Le soldat françois966 et Les soldats suédois967
en apportent la preuve. Nous pourrons terminer notre brève analyse par introduire
ici, à titre d’exemple, les commentaires sur les célèbres campagnes d’antan rédigés
par Henri de Rohan968, le sieur de Pontis969 ou par François de Bassompierre970
sans oublier un ouvrage cartographique désigné dans l’inventaire comme Trois
tomes de mappes et de cartes de toutes sortes de provinces et pays.
La partie italienne de la bibliothèque de Jevišovice comportait avant tout les
traductions des auteurs latins classiques. Nous pouvons noter ici, entre autres,
Ciceron, Pline ou Les commentaires de la guerre des Gaules de César. Parmi la
littérature moderne, il faut souligner la présence des œuvres de Dante Alighieri,
Francesco Petrarca, Giovanni Bocaccio, Pietro Aretino ou Torquato Tasso.
L’ensemble fut élargi par les pièces de théâtre telles que le fameux Orlando furioso
de Ludovico Ariosto (Arioste).971 L’histoire de l’Italie en général ainsi que celle
des villes illustres comme Florence, Venise, Milan, Naples, Vérone, Rome ou
Bologne représentaient, quant à elles, une série importante. Les œuvres
synthétiques traitant l’évolution de l’art et de l’architecture, comme celle de Césare
Ripa Iconologia 972 ou celle de Leone Battista Alberti Libri de l’architettura 973

965
D. Henrion, Usage du compas de proportion, Paris, 1624.
966
Le soldat françois, Paris, 1624.
967
Le soldat suédois ou Histoire de ce qui s’est passé en Allemagne depuis l’entrée du Roy de Suède en l’année
1630 jusques après sa mort, s.l., 1633.
968
Henri de Rohan, Le parfait capitaine. Autrement l’abrégé des guerres des Commentaires de César, Paris, 1642.
969
Bénédict-Louis de Pontis, Mémoires, Paris, 1676.
970
François de Bassompierre, Mémoires, Paris, 1604.
971
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 34p, l’inventaire de la bibliothèque du château de Jevišovice 1691,
« caisse G ». La pièce connut un succès extraordinaire et fut plus tard transcrite par Vivaldi en opéra qui eut sa
première en 1727 à Venise. A ce sujet Alexandre Cioranescu, L’Arioste en France. Des origines à la fin du XVIIIe
siècle, Paris, Editions des Presses Modernes, 1939 ; Roger Baillet, Le monde poétique de l’Arioste. Essai
d’interprétation du Roland furieux, Paris, L’Hermès, 1977 ; Marcel Schneider, Le labyrinthe de l’Arioste, Paris,
Grasset, 2003 ; Aline Laradji, La légende de Roland. De la genèse française à l’épuisement de la figure du héros en
Italie, Paris, l’Harmattan, 2008.
972
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 34p, l’inventaire de la bibliothèque du château de Jevišovice 1691,
« caisse G ».
973
A comparer avec l’édition moderne Leone Battista Alberti, Deset knih o stavitelství, Prague, 1956.

326
furent également présentes. Le tout fut complété par l’histoire du concile de
Trente, les traités sur l’arithmétique, la géographie, très populaire l’astrologie,
l’agriculture, les jardins, les monuments antiques, l’art de préparer des feux
d’artifices, la médecine. On y trouverait une description des voyages de
Mandeville, au côté d’une biographie du pape Pie V et d’un recueil des proverbes
italiens.
Les œuvres de la plupart des auteurs classiques firent partie de la section
latine. Le latin étant toujours une langue universelle des savants et des érudits, il ne
faut pas s’étonner de la présence de nombreux ouvrages philosophiques, politiques,
géographiques et scientifiques dans les collections de Jevišovice. Le premier
groupe pourrait être représenté au moins par les livres d’Erasme de Rotterdam, le
deuxième par Thomas More ou Thomas Campanella, le suivant par les synthèses
géographiques des pays européens, le dernier par le médecin milanais Hieronymus
Cardan ou par la grammaire arabe. Dans le même ensemble, nous trouvâmes
également le Codex Iustinianus, le fameux Code de l’empereur byzantin
Justinian,974 mais aussi deux titres à caractère « bohémophile », à savoir Historia
regni Bohemiae975 et l’œuvre de Comenius (Jan Amos Komenský) Janua
Linguarum,976 la célèbre Porte des langues.
Afin de rester dans le domaine des langues romanes, signalons ici
brièvement encore les livres écrits en espagnol. Pas très nombreux, ces titres, à
cause de l’engagement de l’Espagne dans la découverte du Nouveau Monde et
dans la colonisation des Amériques, portèrent sur des récits de voyages et des titres
consacrés à la géographie et à l’histoire des territoires conquis, notamment du
Pérou et du Mexique, mais aussi de l’Asie et de l’Afrique du Nord.977

974
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 34p, l’inventaire de la bibliothèque du château de Jevišovice 1691,
« caisse M ».
975
Ibidem.
976
Ibidem.
977
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 34p, l’inventaire de la bibliothèque du château de Jevišovice 1691,
« caisse O ».

327
Nous avons déjà constaté une faible présence des livres en allemand dans les
collections de Jean Louis Ratuit de Souches. Il est donc difficile de cerner une
structure interne de cette division. Cependant, un trait particulier caractérise ce
groupe, celui d’un grand nombre d’ouvrages dédiés à l’architecture militaire,
surtout à la construction des forteresses, aux questions liées au droit militaire ainsi
qu’à la tactique des différentes armées à l’époque de la guerre de Trente Ans.
Proportionnellement aux autres parties de la bibliothèque de Jevišovice, la
collection allemande est de loin la plus riche en ce genre de littérature. Mais là
encore, l’identification de la plupart de titres demeure quasiment impossible. En
effet, de nombreux ouvrages furent désignés dans l’inventaire de manière très
vague comme « Pau Kunst » ou encore « Architektur von Vöstungen » ne dévoilant
aucune information plus précise ce qui laisse le terrain aux différentes
spéculations.978
Un autre point à signaler par rapport à la partie allemande de la bibliothèque
de Souches est celui concernant des textes religieux. Contrairement aux précédents
ensembles contenant, hormis des rares exceptions, uniquement des auteurs
catholiques, la section allemande fut dominée par les théologiens protestants,
notamment Martin Luther.979
Même très détaillé, l’inventaire de la bibliothèque du château de Jevišovice
ne nous livre cependant pas toutes les informations dont nous souhaiterions
disposer. Notamment, en ce qui concerne le rapport personnel entre le propriétaire
et sa collection des livres. Autrement dit, Jean Louis Ratuit de Souches lisait-il
vraiment les œuvres exposées dans les rayons ? Quel rôle sa bibliothèque jouait-
elle dans sa vie privée et publique ? Que retenait-il de sa lecture ? Autant de

978
Les deux titres mentionnés pourraient ainsi par exemple désigner les œuvres de Georges Fournier, Hand Büchlein
der jetzt üblichen Kriegs-Bau-Kunst, aus der besten und jetzigen Zeit berümtesten Frantzösischen, Holländischen
und anderen Festungen…vor Augen gestellet…, Mainz, 1680 ; Matthias Dögen, Heutiges Tages übliche Kriegs Bau-
kunst…, Amsterdam, 1648 ou bien déjà mentionné Antoine de Ville, Die Festungs-Bau-Kunst oder der vollkommene
Ingeneur…, Amsterdam, 1648.
979
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 34p, l’inventaire de la bibliothèque du château de Jevišovice 1691,
« caisse N ».

328
questions qui resteront malheureusement, faute de documents complémentaires,
sans réponse.
Aujourd’hui, aucune trace ne persiste de l’ancienne bibliothèque des comtes
de Souches dans leur château de Jevišovice. Les livres furent dispersés, perdus ou
vendus. Nul ne sait plus exactement. Les propriétaires du domaine se succédèrent
et au XIXe siècle, une autre collection de livres fut établie au château par les
nouveaux acquéreurs, contenant quelques anciens titres du XVIIe siècle.980 S’agit-il
des œuvres appartenant jadis à la famille de Souches ? Les futures recherches
éventuelles le montreront peut-être.
La collection de livres fondée par Jean Louis Ratuit de Souches répondait
parfaitement aux exigences du nouveau courant culturel qui toucha les pays de la
Couronne de Bohême de plein fouet au XVIIe siècle : le baroque. La variété
linguistique de titres reflétait la tendance majeure de l’époque, celle de la création
de vastes ensembles de livres réservés plutôt à la représentation qu’à l’usage
personnelle de leurs propriétaires. En revanche, la présence d’un grand nombre
d’ouvrages écrits en français qui renvoyaient à la provenance géographique du
fondateur de la bibliothèque, représentait l’originalité de cette collection. Elle
formait alors un îlot de la culture française dans un pays partagé entre deux langues
officielles – l’allemand et le tchèque. Une partie de l’ensemble servait sans doute
de bibliothèque « professionnelle » du général de Souches ce qui nous permet de
pénétrer dans l’univers de son créateur.
Si nous connaissons bien la structure de la collection de livres qui se trouvait
au château de Jevišovice, il nous est moins aisé de situer cette dernière dans le
contexte du pays. En effet, l’état actuel de recherches ne nous permet
malheureusement pas une comparaison pertinente de la collection des Souches

980
Le destin de la bibliothèque du château de Jevišovice pendant le XIXe siècle et jusqu’au milieu du XXe siècle fut
traité par Luboš Antonín, «Tři menší zámecké knihovny jižní Moravy», Miscellanea, 17, 2001-2002, Oddělení
rukopisů a starých tisků, Národní knihovna, Prague, 2003, p. 146-155.

329
avec d’autres bibliothèques moraves de l’époque. Cela appartiendra sans doute aux
éventuels travaux ultérieurs.981
Le château de Jevišovice fut non seulement la résidence seigneuriale mais
aussi le centre administratif du domaine. Le seigneur, représenté souvent par son
Intendant, exerçait le contrôle économique ainsi que juridique de ses sujets et
même si les affaires criminelles relevaient pour la plupart de la juridiction
municipale, les condamnés avaient droit de faire appel à leur maître ce qui lui
permettait de garder et de renforcer sa position suprême dans l’organisme
domanial.982 Et, à en croire les registres des affaires traitées, les membres du
tribunal municipal de Jevišovice ne chômaient sûrement pas.983
En effet, de nombreuses affaires concernant les sujets du domaine furent
jugées devant les autorités locales.984 Les procès verbaux respectifs furent
minutieusement notés proposant ainsi une image aux couleurs crues de la vie sur le
domaine au XVIIe siècle, une face cachée de la société rurale locale. Ainsi, les
actes de l’époque parlent des meurtres, de l’infanticide, de l’adultère, des vols, des
tirs sur l’autrui, des blessures de tout genre, des accouchements secrets ou bien de
la vente illégale de l’orge pour ne citer que des crimes les plus courants.985 On y
trouve également les cas de sorcellerie.986

981
Tomáš Knoz, «Ludvík Raduit a Karel Ludvík Raduit de Souches a jejich jevišovická knihovna», p. 63.
982
L’aspect judiciaire de la seigneurie est aujourd’hui à la mode. A ce sujet voir, pour les terres des Schwarzenberg
en Bohême du Sud, Pavel Himl, « Myšlení venkovských poddaných v raně novověkých jižních Čechách pohledem
trestně právních pramenů », OH, 4, 1995, p. 155-194; du même auteur, Die ‘armben Leüte’ und die Macht. Die
Untertanen der südböhmischen Herrschaft Český Krumlov / Krumau im Spannungsfeld zwischen Gemeindre,
Obrigkeit und Kirche (1680-1781), Stuttgart, 2003; Pavel Matlas, Shovívavá vrchnost a neukáznění poddaní ?
Hranice trestní disciplinace poddaného obyvatelstva na panstvíHluboká nad Vltavou v 17.-18. století, Praha, 2011.
Voir aussi, de manière plus générale, Daniela Tinková, Hřích, zločin, šílenství v čase odkouzlování světa, Praha,
2004.
983
SOkA Znojmo, Archiv městečka Jevišovice, JEV/I, no 80, carton 3, Spisy jevišovického městského soudu (1669-
1754).
984
Voir Bohumír Smutný, « Výtržnost na jevišovickém panství roku 1778 », JM, 29, tome 32, 1993, p. 318-320 ; du
même auteur, « Za lásku na Špilberk aneb Příběh poručíka Blumencrona a jevišovické vdovy z doby tereziánské »,
JM, 37, tome 40, 2001, p. 287-294. Dans ces deux textes, Bohumír Smutný relate, certes, les affaires jugées devant
le tribunal domanial de Jevišovice au XVIIIe siècle, mais qui ne demeurent pas moins intéressantes pour autant.
985
SOkA Znojmo, Archiv městečka Jevišovice, JEV/I, no 80, carton 3, Spisy jevišovického městského soudu (1669-
1754).
986
MZA Brno, F 54, Velkostatek Jevišovice, no 1261, carton 204, procès contre Tomáš Chvátal du village de
Vevčice accusé de sorcellerie.

330
Dans tout cela, une affaire de 1680 attira particulièrement notre attention car
elle dépassait de loin les causes traitées et qui plus est, touchait personnellement le
propriétaire du domaine. Cette année-là, un projet d’un complot contre Jean Louis
Ratuit de Souches vit jour !987 Afin de mieux comprendre ce qui se passa, il nous
faut remonter le temps et revenir en arrière, dans les années 1663 – 1664, aux
événements de la campagne du général en Haute-Hongrie contre les Turcs.
Lors des opérations en Haute-Hongrie, le général de Souches fit
connaissance avec un prisonnier turc et fit de lui son valet personnel en lui confiant
le soin de son cheval. L’homme demeurait alors toujours à proximité de son maître
qui, probablement content de ses services, le fit faire baptiser et lui choisit son
nouveau nom chrétien, François. François, où plutôt Franz selon les sources en
allemand, apprit le tchèque et l’allemand et à la signature de la paix en 1664 à
Vasvár, il revint avec de Souches en Moravie, sur le domaine de Jevišovice. Il fut
autorisé à s’installer au village de Pavlovice où on lui céda une maison abandonnée
pendant la guerre de Trente Ans et lui trouva même une épouse avec laquelle il eut
plusieurs enfants. Or, habitué à la vie d’un soldat, Franz eut du mal à s’adapter à
l’existence paisible d’un paysan et cherchait les moyens de retrouver la liberté
palpitante qu’il avait connue lors de son service militaire. L’occasion se présenta
en 1678, liée aux événements en Hongrie.
En 1673, la Hongrie fut secouée par l’opposition de certains magnats contre
le pouvoir de Vienne.988 Ces derniers que l’on appela en France les Malcontents,
trouvèrent, depuis 1676, un chef charismatique, le jeune Emeric Thököly, un
Magnat (membre de la haute noblesse) luthérien de Haute-Hongrie, qui va
dorénavant occuper le devant de la scène.989 Les Habsbourg, paralysés par la
guerre de Hollande, ne purent pas agir efficacement en Hongrie où les Malcontents

987
L’affaire fut relatée par František Václav Peřinka, «Roku 1680 lapají jevišovického pána», Od Horácka k Podyjí,
10, 1932-1933, p. 68-72.
988
Jean Bérenger, La Hongrie des Habsbourg, t. I, p. 141 ; du même auteur, «Le royaume de France et les
Malcontents de Hongrie. Contribution à l’étude des relations entre Louis XIV et Imre Thököly», Revue d’histoire
diplomatique, 1973, no 3, p. 1-43.
989
Lucien Bély, op. cit., p. 268-269.

331
s’enhardirent et menèrent la vie dure aux Impériaux, qui ne contrôlaient plus que
les petites villes. Comme l’Empereur était en guerre avec la France, les insurgés
prirent contact avec le marquis de Béthune, ambassadeur de France à Varsovie et
avec l’agent diplomatique français en Transylvanie Akakia. Ces contacts
aboutirent en 1676 à une alliance des Malcontents avec Louis XIV.990
L’effervescence en Hongrie attira Franz qui quitta sa femme, sa famille et sa
maison et partit de la Moravie là où il crut trouver son bonheur. Pendant un certain
moment, il errait en Autriche et en Haute-Hongrie en se faisant embaucher de
temps à autre pour travailler dans les vignes et lors des récoltes pour enfin arriver,
en 1680, dans le campement de Thököly. Il entra en contact avec le chef des
insurgés qui fut séduit par son passé. En effet, Thököly disposait d’un nombre
d’agents secrets qui opéraient sur le territoire des pays Habsbourg et un homme
connaissant bien la Moravie et parlant les deux langues utilisées dans le pays, avait
toutes les qualités pour accomplir une mission pareille. Ce fut à ce moment que le
plan de se débarrasser de Jean Louis Ratuit de Souches fut concocté. L’action
semblait facilitée par le fait que Franz connaissait bien le général, ayant été jadis
son serviteur personnel.
Franz, accompagné de dix-neuf autres hommes à qui une somme de cent
florins pour chacun fut promise si la mission se soldait par un succès, fut alors
envoyé en Moravie. A la frontière du pays, ils se séparèrent et le lieu de rendez-
vous fut fixé à Pavlovice où Franz arriva en premier. Attendre ses complices lui
semblait long et il partit alors à Jevišovice voir ses amis et boire avec eux un verre
pour fêter son retour. Or, le milieu familier et des visages connus conjugués à la
consommation de l’alcool firent que Franz se mit à parler et dévoila tout le plan
secret. Il se vanta de sa mission en avouant qu’il fut chargé de capturer le maître du
domaine et de le transporter en Hongrie à Thököly, d’où le général ne pourrait plus
revenir vivant. A ces mots, ses interlocuteurs prévinrent l’Intendant et les

990
Ibidem. Mais également Jean Bérenger, « Louis XIV, l’Empereur et l’Europe de l’Est », Revue XVIIe siècle, 1979,
Louis XIV el l’Europe, p. 173-194.

332
gendarmes du château qui emmenèrent Franz en prison. Sous la menace de le
soumettre à la torture, Franz confirma ses dires après avoir tenté en vain d’attribuer
ces mots à l’état d’ébriété.
Malheureusement, l’histoire s’arrête là. L’interrogatoire, d’où proviennent
tous nos renseignements, eut lieu du 23 au 25 juillet 1680, le procès-verbal fut
ensuite envoyé à Znojmo et de là à Olomouc. Aussitôt, le nom de Franz disparut
des sources et nous ne savons même pas quelle peine éventuelle il encourut et s’il
fut condamné.

333
4. Le patrimoine immobilier

Nous avons déjà signalé l’étendue du domaine de Jevišovice et des


nombreuses acquisitions visant d’en faire un ensemble compact ainsi que
l’évolution architecturale du château de Jevišovice lui-même. Cependant, afin de
donner l’image complète des biens immobiliers possédés par des Souches, il nous
semble utile ici de donner quelques détails sur les autres demeures et palais
appartenant à cette famille comtale.
A Jevišovice, en face de la résidence principale, Jean Louis Ratuit de
Souches fit construire à la fin des années 70 ou au plus tard au début des années 80
du XVIIe siècle, un petit pavillon de style baroque en bois. De ce château de
chasse, entouré jadis de jardins et de bosquets, rien ne persiste aujourd’hui. Il fut
transformé, en 1879, par les nouveaux propriétaires, la famille Locatelli, en un
château romantique et devint leur résidence familiale. Doté d’un vaste parc anglais,
parsemé de statues de l’inspiration mythologique de Lorenzo Mattielli du milieu du
XVIIIe siècle qui y furent transportées depuis l’abbaye de Louka près de Znojmo
en Moravie du Sud, il abrite aujourd’hui une maison de retraite.991
En 1665, le général de Souches acheta de Ferdinand Guillaume comte
Slavata de Chlum le petit domaine de Hostim, comportant un bourg et le château
du même nom. La localité, mentionnée pour la première fois en 1325, fut dotée
d’un lieu fortifié attesté dans les sources écrites dès 1364. La résidence
seigneuriale connut plusieurs vagues de modifications. D’abord gothique, la
demeure fut transformée au début du XVIIe en un manoir de style renaissance pour
être agrandie ensuite, au début du siècle suivant, sous les ordres de son nouveau
propriétaire, le comte Constantin Joseph de Gatterburg, en un petit château selon la

991
Edita Coufalová, «Jevišovice – městečko se dvěma zámky», Ročenka Státního okresního archivu ve Znojmě,
Znojmo, 2004, p. 52-57; Jiří Kuthan, Aristokratická sídla v období romantismu a historismu, Prague, 2001, p. 227;
Hrady, zámky a tvrze v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, t. I, Jižní Morava, Prague, 1981, p. 119; Bohumil Samek,
Umělecké památky Moravy a Slezska, t. II, Prague, 1999, article «Jevišovice – nový zámek».

334
mode baroque. Aujourd’hui, le château est composé de quatre ailes à un étage
coiffées d’un toit à la Mansard qui délimitent une cour d’honneur au milieu dotée
d’un puit.992
Après sa disgrâce à la Cour de Vienne en 1674, Jean Louis Ratuit de
Souches se retira sur ses terres moraves où il consacra toutes ses forces à
l’agrandissement de son domaine. Ce fut dans cet effort qu’il acquit, en 1679 des
héritiers de Tobias Allman d’Almstein,993 le village et le château de Plaveč. Le
village, situé sur une ancienne route reliant les villes de Znojmo et de Jihlava, fut
connu déjà au XIIIe siècle. Une rotonde romane cachée aujourd’hui entre les arbres
du parc du château témoigne de cette époque. L’ancien château-fort gothique fut
modernisé à la fin du XVIe siècle par la famille Hodický de Hodice en un château
renaissance composé de quatre ailes dotées d’arcades autour d’une cour intérieure.
A l’achat par Jean Louis Ratuit de Souches, Plaveč, équipé depuis 1636 d’une
chapelle sous le vocable du Saint-François-Xavier, fut ajouté à son domaine de
Jevišovice. Les descendants de Jean Louis transformèrent le château, en 1742, en
une résidence en style baroque. Les derniers travaux datèrent de 1832 où la
demeure appartenait à la famille Widmann. Entourée d’un vaste parc anglais,
l’ancienne résidence seigneuriale abrite aujourd’hui une maison de retraite.994
Le dernier achat effectué par Jean Louis Ratuit de Souches fut celui du
village de Boskovštejn avec un lieu fortifié du même nom. Mentionnée pour la
première fois par les sources écrites en 1586, l’ancienne résidence seigneuriale
renaissance ne porte plus aujourd’hui, hormis les quatre coins fortifiés avec les
tourelles au rez-de-chaussée, de traces de ses fonctions militaires. En 1615, on
parlait déjà du « château » de Boskovštejn car l’édifice fut totalement dépourvu de

992
Miroslav Plaček, «Tvrz v Hostimi a její držitelé do počátku 17. století», Jižní Morava, 33, tome 36, 1997, p. 37-
45; du même auteur, Ilustrovaná encyklopedie moravských hradů, hrádků a tvrzí, Prague, 2001, article «Hostim » ;
Bohumil Samek, Umělecké památky Moravy a Slezska, t. I, Prague, 1994, article «Hostim ».
993
Sur l’acquisition du domaine par les Allman voir MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 30, no 576, le contrat de
1639 portant sur Plaveč entre Karl Wenzel comte de Hodice et Jeanne Allman.
994
František Václav Peřinka, Vlastivěda moravská, t. II, Znojemský okres, Brno, 1904, p. 418-429; Hrady, zámky a
tvrze v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, t. I, p. 193; Miroslav Plaček, Ilustrovaná encyklopedie moravských hradů,
hrádků a tvrzí, article «Plaveč ».

335
ses éléments de défense. En 1680, lors de sa vente par Zdeněk Bohuslav Dubský
de Třebomyslice et à l’achat par Jean Louis Ratuit de Souches, le bâtiment était
toujours considéré comme digne d’un habitat seigneurial. Mais au rattachement au
domaine de Jevišovice, son déclin devint inévitable. Boskovštejn cessa de jouer
son rôle résidentiel et fut définitivement transformé, probablement à la fin du
XVIIe ou au début du XVIIIe siècle, en une dépendance agricole.995
Hormis toutes ces résidences « à la campagne », Jean Louis Ratuit de
Souches disposait également de plusieurs palais particuliers situés à Brno mais
aussi à Znojmo et à la capitale de la monarchie des Habsbourgs, à Vienne.
Comme nous l’avons déjà signalé, la défense réussie de la ville de Brno par
de Souches contre les Suédois de Torstensson en 1645, valut à Jean Louis de
nombreuses faveurs, tant de la part de l’Empereur que du côté de la municipalité
reconnaissante. Ce fut en 1646 que le corps de la ville confirma l’acquisition par le
général d’une maison dite « maison des seigneurs de Lipá », située sur la principale
place de la ville.996 Le fait de posséder une résidence dans la « capitale » morave
témoignait du prestige dont jouissait son propriétaire et soulignait en même temps
sa position dans la société hiérarchisée de l’époque. Après le transfert des
institutions d’administration centrale du pays depuis Olomouc à Brno, notamment
du Tribunal royal et des Tables moraves, posséder une maison ou un palais dans la
ville valait un capital symbolique non négligeable ce qui poussa les membres des
lignages les plus prestigieux à chercher de s’y installer.997
Le rapport des nobles envers la métropole morave a connu au cours des
XVIIe et XVIIIe siècles, deux tendances majeures. D’un côté, nous voyons la
noblesse orientée avant tout à la Cour viennoise. Les noms des Dietrichstein,

995
Gregor Wolny, Die Markgrafschaft Mähren, t. III, Znaimer Kreis, Brünn, 1837, p. 227-235 ; Hrady, zámky a
tvrze v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, t. I, p. 45 ; Miroslav Plaček, Ilustrovaná encyklopedie moravských hradů,
hrádků a tvrzí, article «Boskovštejn »; Bohumil Samek, Umělecké památky Moravy a Slezska, t. I, article
«Boskovštejn ».
996
Actuellement no 17, place de Liberté (=Náměstí svobody en tchèque).
997
A ce sujet Michal Konečný, «Městské domy moravské barokní šlechty a jejich interiéry», Brno v minulosti a
dnes. Sborník příspěvků k dějinám a výstavbě Brna, 19, 2006, p. 101-117; Tomáš Jeřábek – Jiří Kroupa (réd.),
Brněnské paláce. Stavby duchovní a světské aristokracie v raném novověku, t. I, Brno, 2005, passim.

336
Liechtenstein, Althann, Collalto ou bien de la branche cadette des Serényi
pourraient servir d’exemple.998 Les membres de ces lignées cherchaient la carrière
au service des Habsbourg. Par là, lorsqu’ils possédaient des palais, ce fut avant tout
dans la capitale de la monarchie. Ils tâchaient ensuite d’appliquer les normes
découvertes à Vienne sur leurs résidences « à la campagne » - la Moravie
comprise - ainsi que dans leurs palais à Brno. Mais dans la plus grande partie de
l’année, ces résidences demeuraient vides, en attendant leurs occupants
occasionnels.
De l’autre côté, il ne faut pas oublier la petite noblesse locale et les nobles
ayant lié leur carrière au service de l’administration du pays. Ces familles passaient
en revanche la plupart de leur temps à Brno dans leurs demeures seigneuriales.
Mais le principe fut identique comme chez le groupe précédent : ils passaient de
moins en moins de temps sur leurs domaines hors la ville. Cette tendance de
« l’urbanisation » nobiliaire999 fut cependant en Moravie accélérée par des
phénomènes spécifiques.
En effet, un facteur de taille pesa sur le comportement de nombreuses
familles, celui de l’instabilité politique. Les années incertaines de la guerre de
Trente Ans virent une première vague de déplacement, pour ceux qui pouvaient se
le permettre, de la campagne vers la ville.1000 Arriva ensuite la période des guerres
contre les Turcs pendant lesquelles la Moravie eut souvent un rôle d’une zone
vulnérable, touchée souvent par des opérations entre les Ottomans et les
Habsbourg. Son territoire fut exposé à plusieurs reprises à des raids ennemis et la

998
Sur les palais particuliers de Brno, hormis la litttérature citée à la note précedente, voir par exemple Cecílie
Hálová-Jahodová, op. cit., notamment p. 134-138; Hans Welzl, « Brünn im 17. Jahrhundert », in : Zeitschrift des
Mährischen Landesmuseums, 3, 1903, p. 1-17 ; Ivo Krsek – Zdeněk Kudělka – Miloš Stehlík – Josef Válka, Umění
Baroka na Moravě a ve Slezsku, Praha, 1996. Sur quelques palais particuliers concrets Christian d’Elvert, « Das
gräftlich Czobor’sche, nacher freyherrlich Dobbelsteinische Haus und Gemälde-Sammlung in Brünn », in : NB, 36,
1890, p. 38-39 ; Thomas Winkelbauer, Fürst und Fürstendiener, p. 415 ; Vladimír Voldán, « Liechtenštejnové-
Kastelkorni a jejich brněnské domy », Brno v minulosti a dnes, 7, 1965, p. 93-102.
999
Sur le phénomène de l’urbanisation de la noblesse des pays tchèques voir par exemple Petr Maťa, « Soumrak
venkovských rezidencí. Urbanizace české aristokracie mezi stavovstvím a absolutismem », in : Václav Bůžek –
Pavel Král (réd.), Aristokratické rezidence a dvory v raném novověku, České Budějovice, 1999 (=OH, 7), p. 139-
162.
1000
A comparer à Marie Koldinská, « Válka a všední den. Odraz třicetileté války v každodenním životě české
šlechty », Historie a vojenství, 50, 2001, no 1, p. 10-23, ici notamment p. 14-17.

337
ville de Brno passait pour un endroit plus sûr que ses alentours vulnérables.1001 Le
transfert des institutions-clé moraves d’Olomouc à Brno évoqué plus haut
augmenta à son tour le prestige de la ville.
Au cours du XVIIe siècle, Brno vit apparaître, entre autre, la résidence du
gouverneur morave Gabriel Serényi, rue Radniční, à proximité de l’Hôtel de ville.
Un peu plus loin, en plein centre-ville, rue Janská, Christophe Philippe de
Liechtenstein-Castelcorn et Friedrich Léopold d’Oppersdorf (l’intendant de la
région de Brno) avaient bâti leurs palais. Quant aux Christian de Roggendorf et
Ferdinand de Verdenberg, ils possédaient, eux aussi, un bien immobilier à Brno -
le premier, sur la place Kapucínské, dans la partie Sud de la ville, l’autre, rue
Starobrněnská, non loin du palais Dietrichstein. Mais l’adresse la plus prestigieuse
fut celle de la place « náměstí Svobody ». En effet, la localité en question, appelée
également « place ou marché inférieur » fut bordée de nombreuses maisons des
riches bourgeois ainsi que des nobles. Parmi elles, celle de Dominique André de
Kounitz considérée comme étant le plus luxueux des palais de la ville de la
deuxième moitié du XVIIe siècle. Il abritait, entre autre, une impressionnante
collection de tableaux, une des plus importantes en Moravie. Les toiles se
trouvaient dans presque chaque pièce de cette somptueuse résidence.1002
La maison des Souches se trouvait alors à un des emplacements les plus
prestigieux de la ville.1003 D’origine gothique, la demeure apparaît dans les sources
d’archives pour la première fois en 1343, désignée d’après son enseigne comme la
« Maison de Bœuf rouge ». Son propriétaire, un certain Thomas Anshelm, fut
membre du corps de la ville et représentait Brno lors des événements importants,

1001
Michal Konečný, op. cit., p. 102.
1002
Au sujet de cette collection Cecílie Hálová-Jahodová, « Gelerie moravských Kouniců. Z dějin uměleckých
zájmů jejich budovatelů », ČMM, 63-64, 1939-1940, p. 83-108, 315-373. A comparer à Michal Konečný, op. cit., p.
109-110.
1003
«Das Haus Raduit de Souches in Brünn», Mährisch-schlesischen Korrespondent, le 22 août 1895 ; František
Zapletal (réd.), Družstevní dům v Brně. Bývalý palác pánů z Lipé, Brno, 1939, notamment p. 11-47.

338
tels que la présentation solennelle de la ville à l’arrivée du nouveau roi Charles de
Luxembourg à Prague en 1347.1004
Pendant les XIVe et XVe siècles jusqu’au milieu du XVIe siècle, la maison
« de Bœuf rouge » passait d’une main à l’autre et vit alors se succéder un grand
nombre de propriétaires dont certains n’y habitèrent que quelques années. En 1564,
elle fut rachetée par Čeněk de Lipá, l’un des membres les plus influents de la
noblesse des pays tchèques de l’époque avant l’an 1620 et resta en possession de sa
famille jusqu’en 1587. Ce fut une première période de sa grande « gloire » car elle
accueillait souvent les hôtes les plus prestigieux.1005
Lors des années tumultueuses de la guerre de Trente Ans, la maison passa
tour à tour, à la famille Ulersdorf, Rožmitál de Blatná, Valdstein et de Pilsenburg.
Ce fut enfin Ferdinand Nicolas Greifenfels chevalier de Pilsenburg qui vendit
l’ancienne maison de « Bœuf rouge », en 1646, pour une somme de 6000 florins à
Jean Louis Ratuit de Souches.1006 La famille de ce dernier ne s’en débarrassa qu’en
1744 en la vendant aux barons de Blümegen.
L’ancienne construction gothique fut radicalement modifiée en 1587, selon
les plans de l’architecte italien Antonio Gabri. Celui-ci conçut un bâtiment à trois
étages (actuellement, la maison contient un quatrième étage ajouté au XIXe siècle)
autour d’une cour centrale dotée d’arcades. Les façades furent décorées de reliefs
en pierre et en terre cuite provenant de l’atelier d’un autre Italien Georges Gialdi,
les voûtes et plafonds intérieurs complétés par un décor fin en stucs et l’entrée
accentuée par un portail monumental. L’enseigne gothique du « Bœuf rouge »
disparut.1007 Ce fut dans cet aspect que Jean Louis Ratuit de Souches acquit sa
nouvelle résidence.
Hormis Brno, d’autres villes furent également concernées par les achats
immobiliers du général. Mais à cet égard, les informations disponibles restent très

1004
Jaroslav Dřímal, «Dům pánů z Lipé a sochař Jiří Gialdi», in: František Zapletal (réd.), op. cit., p. 12.
1005
Ibidem, p. 13.
1006
Ibidem, p. 14.
1007
Ibidem, p. 21-22.

339
limitées. Quant-à la ville royale de Znojmo, voisine du domaine de Jevišovice,
Jean Louis Ratuit de Souches y possédait, probablement depuis 1663 selon certains
indices, une maison, sur la place « Horní » (Supérieure) actuelle, au numéro 9.
Mais les sources et textes que nous pûmes étudier restent plutôt évasifs.1008
Afin de faire valoir son ascension sociale, la famille de Souches possédait
aussi une résidence à Vienne.1009 Le palais viennois fut acheté le 5 juillet 1654 à
Jean Konrad de Richthausen de Chaos, membre du Conseil des finances et
alchimiste reconnu.1010 Ce dernier l’avait auparavant acquise des enfants de
Gundaker de Liechtenstein.1011 Il se trouvait à l’emplacement de l’actuel palais
Breuner (Neupauer-Breuner, construit en 1716 probablement selon les plans de
Jean Bernhard Fischer d’Erlach) à Singerstrasse no 16, en plein centre-ville,
derrière la cathédrale Saint-Etienne. La transaction eut lieu bien avant que Jean
Louis ne soit chargé de ses fonctions à la Cour (Conseil privé en 1665) et du
commandement de la garnison de la ville (en 1668). L’incertitude règne quant à
l’aspect architectural de l’édifice. En effet, certains auteurs parlent de deux
maisons voisines,1012 d’autres, en revanche, mentionnent même trois bâtiments liés
probablement entre-eux.1013 Il nous est donc difficile d’en juger. Il s’agit très
probablement de trois parcelles unies d’une façade commune. Cette hypothèse
nous paraît la plus plausible car lorsque le dernier propriétaire de la famille de
Souches, Charles Joseph, vendit la bâtisse en 1706 afin d’amortir en partie ses
dettes et avant que celle-ci ne soit rasée pour céder sa place à la construction

1008
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 19p; Jan Bartoš – Miloslav Trmač, Mariánské poutní místo Hluboké
Mašůvky u Znojma, Brno, 1991, p. 21; Miloslav Trmač, Maršál Jean Louis Raduit de Souches a Znojemsko, p. 15. A
comparer à Lubomír Havlík, Dějiny královského města Znojma a Znojemského kraje od nejstarších dob do
sedmdesátých let 19. století, Brno, 1999.
1009
Sur la fonction représentative des résidences aristocratiques viennoises et sur le prestige qui découlait de leur
possession voir par exemple Jiří Kubeš, «Sídelní strategie knížat z Lobkovic ve Vídni v raném novověku (1624-
1734)», Porta Bohemica. Sborník historických prací 3, 2005, p. 86-119.
1010
Jan Bartoš – Miloslav Trmač, op. cit., p. 21.
1011
Thomas Winkelbauer, Fürst und Fürstendiener. Gundaker von Liechtenstein, ein österreichischer Aristokrat des
konfessionellen Zeitalters, p. 415.
1012
Miloslav Trmač, Maršál Jean Louis Raduit de Souches a Znojemsko, p. 15.
1013
Bohumír Smutný, Rodinný archiv Ugartů, p. 8; Thomas Winkelbauer, Fürst und Fürstendiener, p. 415.

340
actuelle, l’ensemble figurait dans les documents en tant que le terrain à bâtir de
trois maisons.1014
Le palais comportait un nombre de pièces aménagées suivant la mode de
l’époque afin d’assurer le confort suffisant et la représentation souhaitée. Les
salons de l’appartement d’apparat, antichambres, chambres à coucher, bureau du
général mais aussi une cuisine et les pièces pour loger les domestiques furent
équipés de la manière pratiquement identique que les intérieurs du château de
Jevišovice.1015 On y trouva même, à l’instar de sa résidence morave, un arsenal
abritant une petite collection d’armes turques, très recherchées à l’époque, telles
que sept épées turques incrustées de petites croix en argent ou encore une paire de
pistolets de la même provenance dont les poignées en bois furent incrustées de
l’os.1016

1014
Les informations tirées du site Internet recensant les monuments historiques de Vienne. Voir http//:www.planet-
vienna.com.
1015
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 34p.
1016
Ibidem. A comparer à Vítězslav Prchal, op. cit., p. 131-132.

341
5. Mécénat pieux

Jean Louis Ratuit de Souches laissa à la postériorité plusieurs traces de sa


présence dans la région de la Moravie du Sud. Les unes sont nettement matérielles,
comme les châteaux et autres résidences seigneuriales, les autres plutôt de nature
spirituelle. Tel est le cas lié au village de Hluboké Mašůvky, au Sud de Jevišovice,
à proximité de la ville de Znojmo.
La localité attira les gens par ses conditions naturelles avantageuses déjà à la
préhistoire. La présence humaine y est attestée dès la période énéolithique par les
sépultures parsemant la région1017 ce qui depuis le Moyen-Âge prêta à cette
dernière dans les yeux de ses habitants, une atmosphère pleine de mystères. Celle-
ci donna naissance à de nombreuses légendes concernant notamment une source
d’eau qui jaillissait de la terre non loin du village.1018 De l’époque d’avant la guerre
de Trente Ans date l’histoire du miraculeux guérison de Johann (où Joseph ?)
Krukensteinhauser qui gravement malade passa quatre semaines à Hluboké
Mašůvky avant de tester, suivant le conseil des habitants du coin, l’eau de la source
locale, grâce à laquelle il retrouva une pleine santé.1019
Le grand essor de Hluboké Mašůvky fut étroitement lié à la personne de
Jean Louis Ratuit de Souches. En 1674, au retour de sa dernière campagne
militaire, le général s’intéressa à cette vieille tradition et la source l’attira à tel
point qu’il fit procéder, en 1676, à son examen. Le protocole de celui-ci, établi en
août 1676, comporte 23 pages et contient également des témoignages des

1017
Alena Humpolová, «Žárové pohřby v kultuře s moravskou malovanou keramikou», Pravěk, 2, 1992 (publié
1994), p. 61-75; Miluše Vildomcová – Vědomil Vildomec, Výrobky člověka doby kamenné. Střelice u Jevišovic,
Hluboké Mašůvky, Boskovštejn, Boskovštejn, 2000; Andrea Matějíčková, «Osídlení kultury zvoncovitých pohárů
z Hlubokých Mašůvek», Pravěk, 14, 2004 (publié 2006), p. 51-60; Marta Dočkalová, «Eneolitické kostry v hrobech
kultury zvoncovitých pohárů z Hlubokých Mašůvek», Ibidem, p. 61-66.
1018
L’existence de la source prétendue miraculeuse fut relatée pour la première fois par Franz Joseph Schwoy,
Topographie vom Markgrafthum Mähren. III. Presauer-Znaymer, Iglauer Kreis, Wien, 1794, p. 352-353. A
comparer à Zdeněk Adámek – Eliška Pechová, Po stopách historie, života a pověstí Hlubokých Mašůvek 1220 -
1995, Znojmo, 1995.
1019
Jan Bartoš – Miloslav Trmač, op. cit., p. 19.

342
guérisons.1020 Parallèlement à cette démarche, Jean Louis entreprit une abondante
correspondance avec les autorités ecclésiastiques en vue d’obtenir l’autorisation de
dresser une chapelle à proximité de la source en question. Il s’adressa d’abord au
chanoine de Znojmo, puis, le 16 juin 1676, à l’abbé du monastère prémontré de
Louka dont dépendait la gestion des affaires religieuses de la paroisse de Hluboké
Mašůvky. Il l’informa sur les cas prouvés des vertus miraculeuses de l’eau locale,
le tint au courant des démarches déjà effectuées et afin de donner du poids à ses
mots, il ajouta que le chanoine de Znojmo est déjà venu pour vérifier l’état réel des
choses.1021
Tous ces efforts apportèrent enfin leurs fruits. Le 6 mai 1680, il obtint de la
part de l’évêque d’Olomouc Charles comte de Liechtenstein-Castelcorn, l’accord
d’entreprendre la construction d’une petite église. Les dimensions de l’édifice
(modernisé plusieurs fois et radicalement agrandi à la première moitié du XXe
siècle) furent vraiment très limitées : vingt pas en longueur, dix pas en largeur, le
tout fermé par un chœur octogonal et doté d’une tour. A l’entrée, les blasons de
Jean Louis et de sa deuxième femme Anne Salomé d’Aspermont-Reckheim furent
placés et sur le parvis, on planta six tilleuls.1022 En même temps que l’église, une
maison servant de thermes, une autre, plus grande, pour accueillir les malades et
les pèlerins ainsi qu’un habitat pour un ermite chargé de l’entretien de l’église et
des alentours de la source, virent le jour.1023
Le lieu devint très populaire et attira bientôt les pèlerins venant de tous les
coins du pays.1024 Cependant, la ville de Hluboké Mašůvky dut sa célébrité non

1020
L’existence de ce document fut citée, sans pour autant donner de références, par Jan Bartoš – Miloslav Trmač,
op. cit., p. 5. La même chose, sans donner de détails, chez Miloslav Trmač, «Zaniklé jihomoravské lázně», Jižní
Morava, 26, 1990, tome 29, p. 269-273, ici p. 270.
1021
MZA Brno, E 57, Premonstráti Louka, Q 12, no 1273.
1022
Jan Bartoš – Miloslav Trmač, op. cit., p. 5.
1023
František Václav Peřinka, Vlastivěda moravská, II, p. 363-370 ; Zdeněk Adámek – Miloslav Trmač, Z dějin
domů v Hlubokých Mašůvkách, Hluboké Mašůvky, 1993 ; Zdeněk Adámek – Pechová Eliška, Hluboké Mašůvky.
Cestami věků od minulosti k dnešku, Hluboké Mašůvky, 2001 ; Miloslav Trmač, «Zaniklé jihomoravské lázně»,
passim.
1024
La littérature concernant le sanctuaire de Hluboké Mašůvky est relativement riche et nous en choisissons ici
seulement quelques titres de référence. Voir alors Karel Eichler, Poutní místa a milostivé obrazy na Moravě a
v rakouském Slezsku, I/2, Brno, 1887, p. 261-275; Zdeněk Bauer, Poutní místo Hluboké Mašůvky. Historický vývoj a
popis (=Le lieu de pèlerinage de Hluboké Mašůvky. Histoire et description), Hluboké Mašůvky, 1940; Jan Bartoš –

343
seulement à la source mais aussi, ou peut-être tout d’abord, à une toute autre chose.
Jean Louis Ratuit de Souches dota la chapelle locale d’une statuette de la Vierge
Marie de Foy, rapportée par lui-même de la Belgique.
Afin de mieux saisir le comportement de Jean Louis Ratuit de Souches et les
décisions qu’il avait prises concernant le village de Hluboké Mašůvky, il
conviendrait ici de dresser en quelques traits grossiers l’image du climat religieux
des pays tchèques au XVIIe siècle. La reconquête catholique du pays commença
déjà dans les années 1620, après l’écrasement par l’Empereur de la révolte des
Etats insurgés. Mais les résultats furent plutôt mitigés. On assista souvent à des
conversions formelles et les retours au protestantisme furent la monnaie courante.
Il fallut donc attendre la signature de la paix de 1648 afin de doter le catholicisme
de bases institutionnelles nouvelles. En effet, les clauses de la paix de Westphalie
confirmèrent au niveau international ce que les Habsbourg tâchaient d’instaurer
dans les pays héréditaires depuis 1620, à savoir l’existence d’une religion
unique.1025
Pour mieux organiser la reconquête du pays, l’Eglise catholique divisa le
teritoire de la Bohême en trois diocèses – ceux de Prague, de Hradec Králové (à
l’Est) et de Litoměřice (au Nord) – placés sous la juridiction d’un évêque.
L’archevêque de Prague représentait, quant à lui, la plus haute autorité
ecclésiastique du pays. Deux hommes actifs dans cette fonction influencèrent de

Miloslav Trmač, op. cit.; Jiří Černý, Poutní místa jihozápadní Moravy, milostné obrazy, sochy a místa zvláštní
zbožnosti (=Les lieux de pèlerinage de la Moravie du sud-ouest), Pelhřimov, 2005, p. 101-107 ; Marie Chalupská,
«Putování do Hlubokých Mašůvek», Naším krajem, 2003, no 10, p. 41-43 ; Helena Koutecká (réd.), Stručný místopis
mariánské úcty v Čechách a na Moravě, Prague, 2005 (2e édition), p. 47 ; Irena Dibelková, Poutní místa na Moravě
a ve Slezsku, Prague, 2005, p. 20-21.
1025
Théoriquement, la loi supposait que la Bohême ainsi que la Moravie étaient, après plusieurs vagues de
confications des biens, d’émigration et de reconversion forcée, les territoires où il n’y avait plus « d’hérétiques ».
Or, les autorités, connaissant bien la situation, n’étaient pas de même avis. Il y avait toujours des « poches de
résistance ». Il s’avèra nécessaire d’évaluer d’abord le nombre plus ou moins exacte de ces récalcitrans et de prendre
ensuite de nouvelles mesures afin d’assurer leur conversion. Ainsi vit le jour, en 1651, le document intitulé « Soupis
poddaných podle víry » (recensement des sujets d’après la foi). Ce document fut publié sous plusieurs volumes dans
une édition critique. Voir Soupis poddaných podle víry (édition) , Praha, 1994-2008. Un autre document intitulé
Status animarum (l’état des âmes) apparut presque simultanément. A son sujet Eliška Čáňová, « Status animarum
pražské diecéze z roku 1651 », SAP, 29, 1979, p. 20-55. Le constat dressé à partir de ces listes – établies cepedant
uniquement pour la Bohême – ne fut pas très heureux. Une grande partie des habitants du pays préférait encore au
milieu du XVIIe siècle les confessions non-catholiques, notamment dans les régions frontalières. En revanche, le
catholicisme était déjà bien enraciné en Bohême du Sud et de l’Ouest.

344
façon marquée le climat religieux en Bohême – Arnošt Vojtěch (Ernest Adalbert)
de Harrach1026 et Jan Bedřich (Johann Friedrich) de Wallenstein.1027 Le cardinal
Harrach pouvait compter sur le soutien d’un cistercien espagnol, Jan Caramuel de
Lobkowicz, partisan d’une reconquête catholique sans compromis.1028
Quant à la Moravie, les relations entre les catholiques et les protestants y
furent moins tendues qu’en Bohême. Jusqu’en 1636, l’Eglise catholique morave
fut dirigée par l’évêque d’Olomouc François de Ditrichstein.1029 Au cours du XVIIe
siècle, le poste vit ensuite arriver, entre autres, Léopold-Guillaume, frère cadet de
l’Empereur Ferdinand III ou encore Charles II de Liechtenstein-Castelcorn.
François de Dietrichstein propageait une politique de la reconquête efficace sans
pour autant avoir recours à des méthodes radicales. Il chercha parfois même du
soutien auprès de l’Empereur lorsqu’il s’agit d’empêcher la confiscation des biens
de quelques nobles protestants. En revanche, il se montrait sans pitié quant aux
nobreuses sectes moraves, telle que les anabaptistes qui furent contraints de quitter
le pays et qui s’installèrent ensuite en Haute-Hongrie.1030
A partir des années 1680, la foi catholique fut définitivement rétablie, tant en
Bohême qu’en Moravie. Plusieurs facteurs favorisèrent ce processus. D’abord, il
conviendrait de souligner l’activité renouvelée des ordres religieux. Des anciennes
congrégations retrouvèrent leurs positions perdues. En Moravie, ce furent les
bénédictins à Rajhrad et à Třebíč,1031 les Prémontrés (installés dans les pays
tchèques dès le XIIe siècle) à Hradisko près d’Olomouc ou à Louka près de

1026
Sur cette personnalité voir Alessandro Catalano, Zápas o svědomí. Kardinál Arnošt Vojtěch z Harrachu (1598-
1667) a protireformace v Čechách, Prague, 2008.
1027
Ivana Čornejová - Jiří Kaše – Jiří Mikulec – Vít Vlnas, Velké dějiny zemí Koruny české, VIII, 1618-1683, p. 293.
1028
Alessandro Catalano, « Juan Caramuel y Lobkowicz (1606-1682) e la riconquista delle conscienze in Boemia »,
Römische Historische Mitteilungen, 44, 2002, p. 339-392.
1029
On peut de référer à sa dernière biographie de Pavel Balcárek, Kardinál František Ditrichštejn (1570-1636).
Gubernátor Moravy, České Budějovice, 2007. A comparer à Joachim Bahlcke, « Kontinuität und Wandel im
politischen Selbstverständnis der katholischen Geistlichkeit Mährens (1580 – 1640) », in : Jan Skutil (réd.),
Morava a Brno na sklonku třicetileté války, p. 84-98.
1030
Sur les anabaptistes, hormis la littérature citée plus haut dans l’Introduction du présent travail, on peut se référer
à František Hrubý, Die Widertäufer in Mähren, Sonderdruck aus dem Archiv für Reformationsgeschichte, Leipzig,
1935 ; Thomas Winkelbauer, Ständefreiheit und Fürstenmacht, t. II, p. 173-176.
1031
Dušan Foltýn, Encyklopedie moravských klášterů, Praha, 2005, articles correspondants.

345
Znojmo1032 et aussi les franciscains à Dačice et à Moravská Třebová.1033 Beaucoup
de travail attendait également les cisterciens à Velehrad1034 et les dominicains
installés, quant à eux, dans certaines villes moraves telles que Brno, Znojmo,
1035
Uherský Brod et autres. Les plus nombreux furent cependant les jésuites.
Fondateurs d’un réseau de collèges, ils laissèrent des empreintes durables dans la
société (non seulement morave). En Moravie, ils furent actifs, entre autres lieux, à
Olomouc, à Brno ou bien à Uherské Hradiště.1036
En même temps, le pays vit arriver quelques nouveaux ordres, en premier
lieu les capucins. Installés à Brno et à Olomouc, ils jouissaient d’une réputation
importante.1037 L’enseignement dans les localités où n’étaient pas implantés les
jésuites fut assuré par l’ordre des piaristes qui furent introduits, en 1629, par
François de Dietrichstein à Mikulov.1038
Dans cette liste, il ne faut pas oublier de mentionner les ordres féminins qui
participèrent peut-être moins activement à la reconquête catholique mais qui
jouèrent un rôle non-négligéable dans la vie sociale et culturelle des pays tchèques,
notamment dans l’éducation des filles. En premier lieu ce furent les ursulines dont
les couvents se trouvaient par exemple à Brno et à Olomouc.1039
Deuxième élément qu’il faut prendre en considération lorsque l’on établit la
liste de facteurs ayant contribué au rétablissement du catholicisme dans les pays
tchèques et, dans notre cas, en Moravie, ce fut l’ensemble des pratiques religieuses
communément désigné en tant que la « piété baroque ». Cette dernière mettait

1032
Dominik K. Čermák, Premonstráti v Čechách a na Moravě, Praha, 1877.
1033
Martin Elbel, Františkánský řád v českých zemích v 17. a 18. století, Olomouc, 2001.
1034
Miloslav Pojsl, Cisterciáci na Moravě. Sborník k 800.výročí příchodu cisterciáků na Moravu a počátek
Velehradu, Olomouc, 2006.
1035
Dušan Foltýn, Encyklopedie moravských klášterů, articles correspondants.
1036
Parmi la littérature abondante au sujet des jésuites dans les pays tchèques, voir par exemple Ivana Čornejová,
Tovaryšstvo Ježíšovo. Jezuité v Čechách, Praha, 2002.
1037
Luděk Jirásko, Církevní řády a kongregace v českých zemích, Praha, 1991, article correspondant.
1038
Václav Bartůšek, « Historiografie piaristického řádu v českých zemích – vývoj, proměny a cíle », in : Ivana
Čornejová (réd.), Úloha církevních řádů při pobělohorské rekatolizaci, Praha, 2003, p. 292-308 (avec une
bibliographie abondante). D’autres congrégations ont également suscité l’intérêt des historiens. A comparer à Pavel
Balcárek, « Kongregace pro šíření víry v době třicetileté války (její působnost, organizace, chod kanceláře a
archiv », in : Sborník prací Filozofické fakulty brněnské univerzity, řada C, 51, no 50, 2003 (publié 2004), p. 131-
141.
1039
Dušan Foltýn, Encyklopedie moravských klášterů, articles correspondants.

346
l’accent à la fois sur la sensibilité individuelle et sur l’aspect festif, théâtral, des
cérémonies. Elle supprimait les barrières entre la religion et la société et fut
présente dans toutes les sphères de la vie des individus. L’analyse des différentes
formes de la piété baroque mériterait une étude à part. Or, le sujet de notre travail
étant ailleurs, nous allons nous contenter d’introduire ici seulement certains traits
caractéristiques.
Le culte des Saints fut l’un des composants de base de la piété baroque,1040
les pays tchèques étant notamment influencés par celui de la Vierge-Marie.1041 La
piété mariale fut très populaire non seulement par ses dimensions humaines qui
mettaient en avant la relation entre la mère et son fils. L’invocation à la Vierge
était très ancienne et n’a pas été entièrement déracinée par les réformes
protestantes. En même temps, la propagation de son culte fut aussi en partie
facilitée par le fait qu’il s’agissait de la patronne de la dynastie régnante, les
Habsbourg.1042
En effet, cette « pietas Mariana »1043 connaissait sous le règne de Léopold Ier
l’époque de son apogée. Dans le panthéon des Saints vénérés par la famille
impériale, la Vierge occupait le sommet de la pyramide, considérée comme la
sainte-patronne de la famille et par conséquent, de la monarchie entière. « Sic per
Mariam Austriaci regnant, imperant, vincunt, pacem stabiliunt » raisonnait en
1680 Johann Ludwig Schönleben dans son texte apologétique.1044 Dans la doctrine
des Habsbourg, l’idée sur l’intervention éventuelle de la Vierge au profit de ses
protégés jouait le rôle essentielle. Lors des batailles, ce fut toujours la « Magna

1040
Au sujet du culte des Saints voir plus haut dans le présent travail.
1041
Jan Royt, Zahrada mariánská. Mariánská úcta ve výtvarném umění od středověku do 20. století, Kašperské
Hory, 2000; Ivana Čornejová - Jiří Kaše – Jiří Mikulec – Vít Vlnas, Velké dějiny zemí Koruny české, VIII, 1618-
1683, p. 466-482, 529-541.
1042
Sur le rôle de la Vierge dans l’établissement du « patriotisme baroque » lié à la dynastie Habsbourg voir Ivana
Čornejová - Jiří Kaše – Jiří Mikulec – Vít Vlnas, Velké dějiny zemí Koruny české, VIII, 1618-1683, p. 317-323 avec
la bibliographie correspondante.
1043
Anna Coreth, Pietas Austriaca, p. 45-72 ; Karl Vocelka, « Habsburská zbožnost », p. 231-236 ; Rouven Pons,
« Wo der gekrönte Löw hat seinen Kayser-Sitz », p. 377-380.
1044
Johann Ludwig Schönleben, Dissertatio polemica de prima origine augustissimi Domus Habsburgico-
Austriacae, t. II, Laibach, 1680, p. 172. Cité d’après Anna Coreth, Pietas Austriaca, p. 62.

347
Mater Austriae » qui se « battait » au côté des Impériaux.1045 Léopold Ier renforça
encore un peu plus les liens avec la Thaumaturge lorsqu’il s’arrêta en rentrant de
son couronnement à Francfort en 1658 au monastère d’Altötting afin de remercier
la Vierge pour son élection. A l’instar de son père, Empereur Ferdinand III, il y
entra officiellement sous la protection de la Vierge et avec lui la monarchie
entière.1046 Cet acte symbolique, Léopold le répéta encore un fois en 1676.1047
Hormis la Vierge, le ciel tchèque (morave) fut « peuplé » de nombreux
autres patrons, parmi lesquels nous vîmes Saint-Venceslas, premier duc et
fondateur de l’Etat tchèque, Sainte-Ludmila, sa grand-mère, Saint-Adalbert,
deuxième évêque de Prague, Saint-Prokop, fondateur du monastère bénédictin à
Sázava, Saint-Guy et Saint-Sigismund. S’en suivirent Saints Cyril et Méthode,
missionnaires moraves du IXe siècle, Saint-Norbert, fondateur de l’ordre des
prémontré et Saint-Joseph. Certains Saints n’étaient pas les patrons des pays
tchèques mais leur culte fut cependant très répandu. Il s’agit par exemple de Saint-
Roch, protecteur contre la peste, Saint-Sébastien, Sainte-Marie-Madeleine, Sainte-
Barbe, patronne des mineurs et des mourants, Sainte-Anne, protectrice de la
famille et de quelques autres. Grâce aux différentes congrégations actives en
Bohême et en Moravie, la liste des cultes s’élargit par les patrons de ces ordres.
Ainsi, il ne faut pas oublier Saint-Ignaz de Loyola et Saint-François-Xavier des
jésuites, Saint-François d’Assise des franciscains, Saint-Augustin ou Saint-
Dominique.1048 La place toute particulière appartenait cependant au culte de Saint-
Jean Népomucène.1049

1045
Franz Matsche, Die Kunst im Dienst der Staatsidee Kaiser Karl VI. Ikonographie, Ikonologie und Programmatik
des « Kaiserstils », I-II, Berlin-New York, 1981 (=Beiträge zur Kunstgeschichte 16/1-2), ici t. I, p. 163 ; Karl
Vocelka, « Habsburská zbožnost », p. 231.
1046
Anna Coreth, Pietas Austriaca, p. 55-56 ; Karl Vocelka, « Habsburská zbožnost », p. 236.
1047
« Ich will die allerheiligste jungfrau Maria im kriege zu meiner befehlshaberin und bey friedenstractaten zur
gevollmachtigten machen » (= « Je laisserai la très sainte Marie commander à mes côtés lors des combats et me
guider lors des négiciations de paix »). Cité d’après Johann Ludwig Schönleben, Dissertatio polemica, t. II, p. 172.
1048
Ivana Čornejová - Jiří Kaše – Jiří Mikulec – Vít Vlnas, Velké dějiny zemí Koruny české, VIII, 1618-1683, p. 303-
305.
1049
Sur le culte de Saint-Jean Népomucène voir plus haut, note no 78.

348
La piété baroque mélangeait les sphères privées et publiques. Dans cette
tendance, le culte des Saints trouva son démonstration extérieure en plusieurs
sortes d’activités destinées à « être vues ». Ainsi, les visites des églises,
participation à des festivités lors des fêtes des Saints, activités liées aux
fonctionnement de nombreuses confréries laïques consacrées à un patron concret
ou bien des pèlerinages à des lieux de culte éloignés faisaient partie intégrante de
la vie d’un catholique à l’époque baroque. Pour le sujet de notre travail, ce seront
les pèlerinages qui nous intéresseront d’avantage.
Les croyants venaient afin de rendre hommage à leur patron préféré, de le
remercier pour sa protection et de demander sa bienveillance dans l’avenir. Les
sanctuaires attiraient les pèlerins par leur architecture, par la splendeur de leur
intérieur et surtout par l’image du saint patron exposée sur l’autel.1050 Les
pèlerinages furent également des moments importants de sociabilité pour les
participants et des occasions bienvenues pour les mécènes de ces lieux de rappeler
leur présence dans la région concernée. En effet, hormis les ordres religieux à qui
appartenait la plupart de ces sanctuaires, la noblesse, quant à elle, ne restait pas non
plus inactive. Les familles telles que les Dietrichstein à Mikulov en Moravie du
Sud, Questenberg à Jaroměřice nad Rokytnou dans la même région, Liechtenstein
à Vranov près de Brno également en Moravie du Sud, Rottal à Hostýn en Moravie
centrale ou encore de Souches à Hluboké Mašůvky pour ne rester qu’en Moravie,
pourraient servir d’exemple.1051 Le fait de devenir mécène, d’avoir construit les

1050
Sur les pélérinages voir de manière séléctive Jan Royt, «Křesťanská pouť po barokních Čechách», Český lid 79,
1992, p. 323-339 ; du même auteur, «Poutě a poutní místa v Čechách», in : Lenka Bobková – Michaela Neudertová
(réd.), Cesty a cestování v životě společnosti (=Acta Universitatis Purkynianae, Studia historica II), Ústí nad Labem,
1997, p. 309-314 ; Zdeněk Kalista, Česká barokní pouť, Žďár nad Sázavou, 2001 ; Rudolf Zuber, Osudy moravské
církve v 18. století II, Olomouc, 2003, p. 280-296 ou deux ouvrages collectifs Daniel Doležal – Hartmut Kühne
(réd.), Wallfahrten in der europäischen Kultur – Pilgrimage in European Culture, Frankfurt am Main, 2006 ; Jan
Hrdina – Hartmut Kühne – Thomas T. Müller (réd.), Wallfahrt und die Reformation – Pouť a reformace. Zur
Veränderung religiöser Praxis in Deutschland und Böhmen in den Umbrüchen der Frühen Neuzeit, Frankfurt am
Main, 2007. Une typologie des lieux de pélérinage dans le milieu tchèque fut présentée par Josef Petráň (sous la réd.
de), Dějiny hmotné kultury II/2, p. 630-648.
1051
Ivana Čornejová - Jiří Kaše – Jiří Mikulec – Vít Vlnas, Velké dějiny zemí Koruny české, VIII, 1618-1683, p. 304;
Jan Bukovský, Loretánský stavební typ v Čechách a na Moravě, Brno, 1966 (=Sborník Vysokého učení technického,
no 2-3); du même auteur, Loretánská kaple v Čechách a na Moravě, Praha, 2000. Sur le mécénat religieux des
nobles des pays tchèques voir, de manière générale, Petr Maťa, Svět české aristokracie, p. 261-267.

349
sanctuaires en question ou d’en financer le fonctionnement, contribuait, dans
l’atmosphère d’une effervescence religieuse généralisée, à la transmission de la
bonne renommée des familles concernées. Les sujets furent d’avantage confrontés
à cette « présence » seigneuriale leur rappelant qui étaient leurs maîtres et
comment ces derniers se souciaent du salut de leurs âmes. A travers le culte
concret, ils s’identifiaient à la foi de leurs seigneurs. Les autorités du pays, quant à
elles, ne pouvaient qu’à être satisfaites devant de tels comportement ce qui
augmentait encore un peu plus le pretige des lignées et confirmait leur position et
reconnaissance sociales.
Ce fut sans doute pour ces raisons et dans le contexte que nous venons
d’évoquer que Jean Louis Ratuit de Souches prit décision de s’investir
personnellement dans la vie pieuse sur son domaine. Dans son choix du culte de
Notre-Dame de Foy, il réussit à allier en fait plusieurs éléments de taille. D’abord,
il profita de l’engouement pour le culte marial qui se répandait, comme nous
l’avons constaté, dans les pays tchèques du XVIIe siècle. Ensuite, la consécration à
la Vierge du sanctuaire de Hluboké Mašůvky fut sans doute motivée par la « pietas
Mariana » telle qu’elle était propagée par la Cour de Vienne. Par là, Jean Louis
exprimait son appartenance à l’appareil administratif du pays et surtout sa gratitude
et sa loyauté envers la dynastie qui permit son ascension sociale. Enfin, la
provenance géographique du culte fait penser aux racines de la famille de Souches
qui, à l’instar de Notre-Dame de Foy, venait d’un espace francophone.
Après cette constatation, il conviendrait ici de rappeler les origines du culte
en question. Selon une histoire légendaire, tout débuta en 1609. Un armateur belge
commanda d’abattre un grand et vieux chêne afin d’en faire une barque. Le
charpentier exécutant le travail demandé, se rendit compte, après avoir coupé le
tronc, de la mauvaise qualité du bois qui ne se prêtait pas à la construction d’un
bateau. L’armateur voulant alors profiter autrement du tronc abattu, voulut faire
couper l’arbre en bûches. Ce fut à ce moment qu’une statuette en terre blanche de
la Vierge avec l’Enfant Jésus fut découverte. Elle fut aussitôt placée dans une

350
chapelle et à partir du bois du chêne coupé, les sculpteurs se mirent à fabriquer ses
nombreuses copies.1052
Une légende explique ensuite comment la statuette d’une vingtaine de
centimètres trouva son chemin jusqu’à la Moravie du Sud.1053 Selon cette histoire,
Jean Louis Ratuit de Souches dut l’acquérir en tant que jeune officier dans l’armée
protestante lors d’un raid contre une abbaye de femmes en Belgique. (La légende
ne détaille pas l’endroit.) Afin d’épargner sa vie ainsi que celles des autres sœurs,
l’abbesse en personne proposa à Jean Louis la statuette, le seul objet de valeur resté
encore sur place, en échange du départ des soldats, n’oubliant pas de souligner ses
vertus protectrices et en rappelant qu’il fallait qu’il la garde toujours avec lui. La
statuette fut censée de protéger son propriétaire dans toutes les batailles et
affrontements. De Souches obéit aux conseils de l’abbesse et sortit indemne de
toutes les opérations qu’il mena.
La réalité fut cependant toute autre. Jean Louis ramena en effet la statuette
de la Belgique mais en tant que général et à la fin de sa carrière militaire. Lors de
la campagne contre la France en 1674, il passa avec son armée dans la région de
Dinant où le culte de la Vierge Marie de Foi (Foy) vit jour. Ce fut là qu’il se
procura d’une copie de la Vierge qu’il ramena ensuite en Moravie. Réputée pour
les miracles qui lui furent attribués déjà dans son pays d’origine, la thaumaturge
trouva vite ses adorateurs et son culte se répandit sur le vaste territoire des pays de
la Couronne de Bohême.1054
Le cas de Hluboké Mašůvky rappelle une situation analogue à la Bohême du
Sud où fut également érigée une chapelle consacrée à la même patronne,
témoignage laissé à la postériorité par une autre famille francophone – les
Buquoy.1055 En effet, leur fondation de l’église à Lomec près de Vodňany est liée à

1052
Jan Bartoš – Miloslav Trmač, op. cit., p. 15-19.
1053
Karel Eichler, op. cit., passim.
1054
Jan Royt, Obraz a kult v Čechách 17. a 18. století, Prague, 1999, p. 183-280.
1055
A ce sujet, ouvrage collectif 300 let poutního kostela Jména Panny Marie na Lomci. Sborník příspěvků
z odborného semináře, konaného dne 14. září 2004 v Městské galerii ve Vodňanech u příležitosti kulatého výročí
vysvěcení chrámu (=300 ans de l’église de la Vierge Marie à Lomec), Pavla Stuchlá (éd.), Vodňany, 2005; Olivier

351
un vœu à la Vierge. Selon une tradition qui n’est attestée que dès le début du XIXe
siècle, il aurait été fait lors d’une tempête par Charles-Philippe de Buquoy se
rendant à Madrid en 1685. La Vierge exauça ses prières, Charles-Philippe put
rejoindre la terre ferme et en guise de remerciement, il conçut la construction du
sanctuaire. Ce dernier ne fut cependant réalisé que par son fils Philippe-Emmanuel.
Toujours est-il que l’on y trouve une copie d’une statuette de Notre-Dame de Foy,
près de Dinant, un sanctuaire familier aux Buquoy qui possédaient le château de
Farciennes près de Mons.
Il convient de signaler également, que nous retrouvons le même culte à
Prague à l’église Saint-Nicolas à Malá Strana (quartier résidentiel au pieds du
château royal), à Klatovy en Bohême de l’Ouest, à Chomutov en Bohême du Nord-
Ouest, à Vojslavice en Bohême centrale et à Hradec Králové en Bohême de
l’Est.1056 Mais la statuette de Hluboké Mašůvky représente le seul exemplaire
morave connu de nos jours.
Le mécénat pieux de Jean Louis Ratuit de Souches nous conduit à une
question déjà ouverte à plusieurs reprises, celle de sa conversion personnelle. Elevé
dans un milieu calviniste, il se retrouva au service militaire des Habsbourg
catholiques. Ses origines ainsi que sa religion furent, nous l’avons vu, critiquées
par ses adversaires à la Cour viennoise. Mais servir dans l’armée de l’Empereur
tout en gardant sa foi, différente de celle du monarque, ou ayant servi auparavant
les adversaires de Vienne, ne fut pas encore un problème majeur. Les exemples
d’Henri Schlick (Šlik) de Passaun, commandant en 1620 à la bataille de la
Montagne blanche l’armée des Etats insurgés, de Wolfgang de Mansfeld, issu
d’une famille traditionnellement dans l’opposition contre les Habsbourg ou bien de

Chaline, «Les églises des Buquoy en Bohême du Sud», in: Familles nobles, châteaux et seigneuries en Bohême,
XVIe – XIXe siècles, Olivier Chaline (éd.), (=Histoire, économie et société, no 3, 2007), p. 127-143.
1056
Václav Ryneš, « Z dějin úcty Panny Marie Foyenské v Čechách », Zprávy provincie Tovaryšstva Ježíšova
v Praze, Prague, 1948, p. 4-14. A comparer à Markéta Holubová, «Soupis tištěných sbírek zázraků jezuitských
poutních míst», Miscellanea. Oddělení rukopisů a starých tisků, 17, 2001-2002, Prague, Národní knihovna, 2003, p.
116-132, ici notamment p. 127-128.

352
Maxmilian de Wallenstein, neveu du généralissime, sont bien connus.1057 Même le
grand Albrecht de Wallenstein fut au début de sa carrière actif dans l’armée des
Etats moraves qui s’opposaient aux Habsbourg.1058 En revanche, au moment où
Jean Louis se décida de s’installer en Moravie, où la reconquête catholique battait
son plein, les complications apparurent.
A son accord sur l’acquisition du domaine de Jevišovice, la Cour viennoise
ajouta, en 1649, une condition sine qua non, de se reconvertir dans les trois ans
suivant l’achat, au catholicisme.1059 Actuellement, nous ne disposons d’aucun
document prouvant que cette condition avait été réellement remplie. De maintes
indices montrent, certes, que le catholicisme trouva le chemin vers l’âme de Jean
Louis mais pas de trace officielle. La construction de la chapelle du château de
Jevišovice et l’effort déployé pour son embellissement, l’existence, dans sa
chambre à coucher, de plusieurs toiles avec les portraits des Saints, l’intérêt porté
au sanctuaire à Hluboké Mašůvky ou encore ses obsèques à Saint-Jacques à Brno,
parlent bien pour sa conversion. Mais l’acte même ne fut pas, selon toutes
vraisemblances, consigné.
Un document que nous avons trouvé lors de nos recherches semble bel et
bien de confirmer nos suppositions. Il s’agit d’une lettre en latin que de Souches
envoya le 12 avril 1671 de Vienne et qui fut adressée au père jésuite Mathias
Zeidler, dirigeant à ce moment le collège de cet ordre à Brno. Pour comprendre le
contexte de sa rédaction, il nous faut revenir en arrière, dans les années 1640. Lors
1057
A ce sujet voir Tomáš Knoz, Pobělohorské konfiskace, p. 530-532, 741-742. Sur la personnalité d‘Henri Schlick
à comparer à Franz Christoph Khevenhüller, Conterfet Cupferstich, t. II, Leipzig, 1721, p. 110-117; Jan P. Kučera,
8.11.1620. Bílá hora. O potracení starobylé slávy české, Praha, 2003, p. 161. De manière plus générale, les
conversions des nobles ayant ensuite bâti leurs carrières au service de l’Empereur, furent étudiées par Thomas
Winkelbauer, Fürst und Fürstendiener. Gundaker von Liechtenstein, ein österreichischer Aristokrat des
konfessionellen Zeitalters, Wien-München, 1999, notamment p. 85-145. Winkelbauer étudia les cas de nombreux
nobles actifs à la cour viennoise dès la fin du XVIe siècle et établit une longue liste de destins, tout aussi intéressants
les uns que les autres. Il s’agit des frères Charles, Maximilien et Gundaker de Liechtenstein, de François Christophe
Khevenhüller, Jean Ulrich d’Eggenberg, Jean Kavka de Říčany, Adam d’Herberstorff, Albrecht de Wallenstein,
David Ungnad de Weissenwolf, Kaspar de Starhemberg, Rudolf de Teuffenbach, Wilhelm Slavata, Jean Christophe
de Puchheim, Hans Ludwig de Kuefstein, Jean Quintin, Adam Wenzel de Teschen, Michael Adolphe d’Althan,
Ernest de Kollonitsch, Henri Guillaume de Starhemberg ou encore Auguste Septimius Jörger de Tollet.
1058
Josef Kollmann, Valdštejn a evropská politika 1625-1630. Historie prvního generalátu (=Wallenstein et la
politique européenne 1625-1630. Histoire du Ier généralat), Prague, 1999.
1059
MZA Brno, A 3, Stavovské rukopisy, cote 360, Kvaterny statků kraje znojemského, folio 18-20. A comparer à
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 19p.

353
du siège suédois de la métropole morave en 1645, deux hommes menaient la
résistance : le commandant de la garnison Jean Louis Ratuit de Souches et le
recteur du collège jésuite, père Martin Středa (de son nom latin Stredonius), mort
peu après les événements, en 1649. Pour avoir sauvé la ville, ce dernier devint
aussitôt l’objet d’un véritable culte. Pendant les combats, de Souches et Stredonius
firent une plus ample connaissance et lorsque, dans les années 1660-1670, la
popularité de Stredonius atteint son apogée, de Souches fut prié de témoigner sur le
comportement héroïque du recteur face aux ennemis.
Comme on lui avait demandé, Jean Louis décrivit d’abord les opérations de
1645. Dans la deuxième partie de sa missive, il ne put pas s’empêcher de dévoiler
son admiration envers Stredonius. Mais il livra en même temps un témoignage
précieux sur sa propre orientation religieuse. « […] Et il [Stredonius] témoignait à
chaque moment non seulement de la charité et du respect envers ma personne
mais il abordait avec beaucoup de dextérité et de délicatesse toutes les illusions de
ma confession calviniste dans laquelle je fus éduqué. Il fut le premier à me faire
douter de mes idées émanant de cette confession que je défendais. C’est pourquoi
j’attribue à cet homme les premiers mobiles de ma conversion. D’autres
appartiennent au père Georges Pelling qui était dans mon armée et qui j’aurais
voulu garder s’il n’était pas mort lors d’une marche de mon armée à Klatovy. 1060
Et lorsque je me suis décidé d’effectuer ma première confession selon le rite
catholique auprès du père Stredonius et de lui demander de m’accorder – comme
ce fut un homme d’une réputation d’un Saint – la bénédiction pour ma vie future,
je fus bien obligé de choisir pour cet acte le père Charles de Grobendanque car le
père Stredonius fut appelé à Prague, et bien occupé par l’administration de la
province, il ne pouvait pas demeurer auprès de moi. C’est ce que je voulus
communiquer à Votre Excellence au sujet du père Stredonius. Et comme il menait
une vie exemplaire, personne ne peut douter qu’il soit décoré au ciel d’une
couronne des Saints. En ce qui me concerne, je n’ai pas besoin de réfléchir
1060
Ville en Bohême de l’Ouest, près de Pilsen.

354
longtemps pour le prier, ainsi que les autres Saints, de bien vouloir oeuvrer pour
moi à ce que j’obtienne la miséricorde de Dieu. Je ne manquerai pas de garder
dans ma mémoire le souvenir de son visage [ …] ni moi, ni mes descendants
[…] ».1061
Au vue de ce document, nous pouvons définitivement fermer la parenthèse
concernant la conversion de Jean Louis Ratuit de Souches. Si, comme il écrit, il fut
décidé de passer à la première confession et demander une bénédiction de la part
de Martin Středa, il dut probablement abjurer au début des années 1650. Stredonius
est mort en 1649, l’année de l’acquisition par de Souches du domaine de
Jevišovice, et Jean Louis paraissait, selon ses propres mots, prêt déjà avant. Et
comme la clause ajoutée au contrat d’achat stipulait un délai de trois ans pour que
la transaction devienne officiellement reconnue par les autorités du pays, cette
hypothèse semble plus que probable. En tous les cas, les soins qu’il avait pris pour
s’occuper du culte de Notre-Dame de Foy à Hluboké Mašůvky trahissent
suffisamment cette transformation.
Après la mort du fondateur du sanctuaire, la tradition des pèlerinages à
Hluboké Mašůvky se perpétua tout au long des XVIIIe, XIXe et la première moitié
du XXe siècles et les exemples des guérisons miraculeux se multiplièrent.1062 La
période communiste de la deuxième moitié du XXe siècle rompit malheureusement
les liens avec le passé et il fallut attendre la chute du régime pour pouvoir renouer
le fil cassé. Aujourd’hui, le renouveau semble être bien lancé et Hluboké Mašůvky
retrouvèrent une partie de leur renommée d’antan.1063
Ce fut grâce à cet acte du mécénat et aidé par la piété mariale de l’époque
que le maréchal de Souches laissa des empreintes durables dans l’histoire morave.

1061
Václav Schwertfer, Vita reverendi Patris Martini Stredonii, Praha , 1673, p. 190-192. Cité et traduit d’après
Karel Otýpka, P. Martin Středa. Jeden z obránců Brna roku 1645, Brno, 1945, p. 13-14. A comparer à Hana
Karasová, « Náboženská situace v našich zemích v době P. Martina Středy », in : Jan Skutil (réd.), Morava a Brno
na sklonku třicetileté války, p. 131 – 138.
1062
Jan Bartoš – Miloslav Trmač, op. cit., p. 6-7.
1063
Marie Chalupská, op. cit. ; Jiří Brauner, Der Marienwallfahrtsort Hluboké Mašůvky. Zum 325.
Errichtungsjubiläum der Kirche, Brno, 2005.

355
II. La descendance

« Arrête toi en silence, ô passant, si tu veux savoir quel homme de guerre est
enterré ici. C’est un grand héros, connu bien à son époque, que l’ennemi craignait
tel un coup de tonnerre. Les Empereurs Ferdinand III et Léopold Ier connurent
bien pendant 38 ans que dura son service son courage partout où ils l’envoyèrent.
Ce grand héros affronta les Suédois qui assiégèrent Brno et voulurent s’emparer
de Špilberk et mit fin à leurs desseins en tant que commandant de la garnison en
dressant contre eux son épée pointue et libéra non seulement les deux endroits
mais fit également tellement peur aux ennemis qu’ils fuirent la Moravie, l’Autriche
et la Bohême, récoltant la honte et la moquerie. Que témoigne la bataille de
Prague [ !] de l’action de ce lion quand il affaiblit l’ennemi et le chassa dehors.
Que témoigne la Pologne avec Cracovie comment il se battit pour eux lors de leur
prise et quelles pertes il causa à l’ennemi par son courage héroïque. Que
témoigne la Prusse et les villes de Statt et Dorn qu’il prit par la force de son épée.
Que témoignent les places Wildenburg et Greiffenhagen. Même les villes d’Alten,
Pest et Schwanenstatt pourraient parler de lui. Mais aussi l’île de Wollin et les
autres pays où il commanda, connaissent bien ce héros. Que témoigne également
la Transylvanie combien elle fut soulagée quand il la libéra, en tant que maréchal,
de l’ennemi. Il sauva la forteresse de Lewenz quand il attaqua, avec ses trente
mille hommes, l’ennemi qui fut trois fois plus fort. Ce fut ainsi que l’ennemi fut
détruit et perdit tous ses bagages et les armes. Lors de cette bataille sanglante,
notre héros resta pendant quinze heures assis sur son cheval et cela malgré sa
maladie mais son grand cœur de lion ne sentit pas de douleur. Mais ce ne fut pas
tout ! Il arriva devant Esztergom et devant les yeux de l’ennemi, prit par l’attaque
la place de Parkan. C’est au tour de la Belgique et de la France de témoigner
maintenant comment leurs armées furent battues à Seneffe et à Marimont par ce
héros, comment il domina par son épée le champs de bataille et comment l’esprit

356
belliqueux des Français fut anéanti. Par ces quelques mots, cette courte inscription
te montre, cher passant, qui est ce héros militaire. C’est Jean Louis Ratuit comte
de Souches, héros et Conseiller privé, qui repose ici. Prie pour lui et accorde-lui
une paix éternelle ! […]»
Voici l’inscription sur l’épitaphe du monument funéraire de Jean Louis
Ratuit de Souches que ses petits enfants lui firent dresser à l’intérieur de l’église
Saint-Jacques à Brno, en 1722.1064 Le texte témoigne de l’attachement des héritiers
de Jean Louis à leur ancêtre et nous servit ici de transition pour nous intéresser de
près à la descendance du général.
Jean Louis Ratuit de Souches fut deux fois marié. Sa première femme, Anne
Elisabeth de Hoffkirchen fut issue d’une très ancienne famille de l’Empire. Les
membres de nombreuses branches familiales se trouvèrent du côté des souverains
Habsbourg pour certains, mais aussi du côté de leurs adversaires protestants pour
les autres. Ces derniers participèrent également, dans les années 1618 – 1620, à la
révolte de la noblesse contre l’autorité de Vienne et se virent confisquer ensuite
une partie de leurs biens. Anne Elisabeth est née en Saxe mais nous ignorons sa
date de naissance ainsi que son orientation confessionnelle. Son frère Charles
Louis (Karl Ludwig, mort en 1692) renforça encore un peu plus, grâce à sa femme
Marie Christine de Roggendorf appartenant, quant à elle, à une ancienne famille
autrichienne de Styrie attestée déjà au XIVe siècle, la position de la famille dans la
société nobiliaire de l’époque. La branche tchèque des Hoffkirchen, reçut
d’ailleurs, en 1658, l’incolat en Bohême et fut élevée, en 1660, dans les rangs de
la haute noblesse du pays.1065

1064
L’inscription est en allemand, traduction Petr Klapka. Le texte dans sa version originale est joint dans les
annexes du présent travail. De nombreux auteurs étudiant l’histoire de la ville de Brno, apportèrent cependant dans
leurs textes une transcription de l’épitaphe en question. Voir par exemple Franz Netopil, Kriegsnoth und
Bürgertreue, Znojmo, 1895, annexes ; Bertold Bretholz, Der Vertheidigungskampf der Stadt Brünn gegen die
Schweden, annexes. La traduction tchèque de l’épitaphe se trouve, entre autre, dans Zdeněk Bauer, op. cit., p. 9-11.
l’inscription est en origine en vers ; les traductions tchèques sont en revanche en prose.
1065
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, H 23, Karl Ludwig Hoffkirchen. A comparer à Petr Mašek, Šlechtické
rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, t. I, p. 373 (article Hoffkirchen), t. II, p. 166-167 (article Rogendorf). Sur
les confiscations des biens des Hoffkirchen liées au châtiment des révoltés contre le pouvoir impérial voir Tomáš
Knoz, Pobělohorské konfiskace, p. 344-362.

357
Le mariage de Jean Louis et d’Anne Elisabeth eut lieu, d’après certains, en
1644 à Prague.1066 Cependant, selon d’autres indices, cela dut arriver bien avant,
car en 1645, à l’occasion d’une procession en guise de remerciement pour la
victoire sur les Suédois devant Brno, Jean Louis vint avec son fils qui
l’accompagnait à pied.1067 Un enfant d’un an ne pourrait évidemment pas effectuer
de tel voyage. Anne Elisabeth mourut le 19 juillet 1663 à Jevišovice et fut enterrée
dans le caveau familial à Brno à Saint-Jacques.1068
Avec sa première femme, Jean Louis Ratuit de Souches eut plusieurs enfants
- deux fils et deux filles. D’abord, il vit naître son fils aîné Jean Louis, puis arriva
un autre garçon Charles Louis, suivi par ses sœurs Anne Dorothé et Eléonore
Marguerite. Nous avons déjà signalé les problèmes liés à l’établissement de la date
exacte de naissance de son fils aîné Jean Louis. Or, la situation n’est guère
meilleure quant aux autres enfants. Nous ignorons la date de naissance de Charles
Louis ainsi que celle d’Eléonore Marguerite. Quant à Anne Doroté, elle naquit en
1652. Avant d’étudier les destins de ces enfants de Jean Louis Ratuit de Souches,
nous allons d’abord évoquer ceux de sa deuxième épouse.
A l’âge de 69 ans, en 1677, le général trouva sa deuxième femme, Anne
Salomé d’Aspermont-Reckheim. Très jeune par rapport à son mari – née en 1648,
elle n’avait que 29 ans – elle venait d’une famille qui plaçait ses origines au début
du Ve siècle et fut apparentée à des lignages les plus prestigieux, tels que Lynden
ou encore Este. Son père Ferdinand d’Aspermont-Lynden fut marié à Elisabeth de
Fürstenberg. Anne Salomé donna à Jean Louis un seul enfant, un garçon Ferdinand

1066
Bohumír Smutný, Rodinný archiv Ugartů, p. 12.
1067
« Nach endlicher Abwehr der Schweden von Brünn, verrichteten die siegesfrohen Brünner ihre Denkwallfahrt
am 16. Oktober 1645 nach Wranau. In den von den Jesuiten geführten endlosen Reihen der Brünner befanden sich
auch der (damals noch hugenotische) tapfere Kommandant Raduit de Souches und dessen Sohn. Am Rückwege trug
Souches ein von den Paulanern ihm verehrte hölzernes Kreuz in Handen. » Anastasius Dubowy - Adolf Raab, Der
Wallfahrtsort Wranau, Wranau, 1929. Cité également par Miloslav Trmač, Maršál Jean Louis Raduit de Souches a
Znojemsko, p. 30.
1068
Contrairement aux travaux consacrés à l’épitaphe de Jean Louis dont nous parlerons plus tard, il n’existe pas
d’étude sur le caveau familial des de Souches dans l’église Saint-Jacques à Brno. Cependant, toutes les descriptions
de l’église en font au moins des courtes allusions. Voir Julius Leisching, «Die St. Jakobskirche in Brünn»,
Mittheilungen des Mährischen Gewerbe-Museums, XIX, Brünn, 1901, no 21, p. 161-168 ; Vilém Stránecký,
Brněnské kostely, Brno, 1940, article « Svatý Jakub» ; Zoroslava Drobná, Farní chrám svatého Jakuba v Brně,
Prague, 1940 ; Jiří Bílek, Brněnské kostely, Brno, 1989, p. 35-41.

358
Louis qui malheureusement n’atteignit pas l’âge adulte. Vu la grande différence
d’âge entre Jean Louis et sa femme, cette dernière survécut à son mari de très
longtemps et ne mourut qu’en 1729 à Znojmo, âgée de 81 ans. D’après son
testament, elle légua la plupart de ses biens à son héritier universel, son petit-fils
Charles Joseph, fils de Charles Louis, lui-même son fils adoptif. Elle fut enterrée
aux côtés de son mari à Saint-Jacques à Brno.1069
Après son départ forcé de l’armée impériale et après s’être retiré sur ses
domaines moraves, Jean Louis Ratuit de Souches y vécut, malade, encore quelques
années avant de voir à son tour ses jours comptés. Comme le constata, déjà en
1672, un observateur anonyme français, le général de Souches fut « […] âgé de 64
ans ; d’une physionomie fort commune, assez caché, vivant d’un grand régime
pour conserver le peu de santé qu’il lui reste […] ».1070 En 1675, de Souches
même informa le comte Harrach : « Je supplie V.EX. de me pardonner si ie n’ai
escrit de ma main propre, m’estant fait saigner à ce matin pour me preserver
d’estre malade le reste de cette année, m’en a empesché. »1071 A cela il faut ajouter
une perte progressive de vue et des troubles mentaux de plus en plus aigus. La
diminution des capacités mentales chez Souches est bien évidente dans sa
correspondance provenant des dernières années de sa vie: les notes en français
ajoutées par lui-même sont difficilement déchiffrables et ses signatures trahissent
un fort tremblement de sa main.1072

1069
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 124, Anne Salomé d’Aspermont ; MZA Brno, Staré matriky,
no 15050, matrika úmrtí městské fary u sv. Mikuláše ve Znojmě, fol. 67; MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 33,
no 696, testament d’Anne Salomé d’Aspermont ; Wilhelm Schram, «Das Testament der Gemahlin des Ludwig
Rattwitt de Souches», Ein Buch für jeden Brünner. Quellenmäßige Beiträge zur Geschichte unserer Stadt, III, 1903,
p. 33-34. A comparer à Miloslav Trmač, Maršál Jean Louis Raduit de Souches a Znojemsko, p. 18-19. La question
des testaments des femmes issues du milieu noble à l’époque baroque, leur différents types, le contenu ainsi que la
position juridique des femmes dans la société nobiliaire des pays tchèques des XVIIe et XVIIIe furent récemment
analysés par Kristina Swiderová, « Testamenty urozených žen doby baroka. Několik poznámek k tématu », in :
Theatrum historiae, 5, Pardubice, 2009, p. 63-84.
1070
Alfred Francis Pribram, «Aus dem Berichte eines Französen», p. 284.
1071
OStA, AVA, Familienarchive, Harrach, Familienarchiv, Familie in specie, 301.47, lettre à Ferdinand
Bonaventure Harrach, Znojmo, le 22 septembre 1675.
1072
Tel fut par exemple le cas de sa lettre de vœux pour le Nouvel An adressée au comte Ferdinand Bonaventure
Harrach le 22 décembre 1680. OStA, AVA, Familienarchive, Harrach, Familienarchiv, Familie in specie, 301.47.

359
Le général de Souches mourut à son château de Jevišovice, le 12 août
1682.1073 Par mégarde, la date de sa mort ne fut pas bien recopiée et sur son
épitaphe, nous pouvons ainsi lire l’an 1683 ce qui induisit de nombreux historiens
en erreur.1074 Cette confusion demanderait ici certains éclaircissements. En effet,
quelque curieux que cela puisse paraître, Maria-Antonin de Thurn dont nous
parlerons plus tard, un des petits-fils du général chargé en 1722 de superviser les
travaux de construction de l’épitaphe, avait tout simplement fourni aux sculpteurs
des informations erronées. Malgré des documents officiels, tels que le testament de
Jean Louis de 1682,1075 il ne nous reste qu’à croire que Maria-Antonin avait oublié,
quarante ans après la mort de son grand-père, la date exacte du décès de ce dernier.
Ou bien, l’a-t-il fait exprès comme l’insinue Hans Reutter ? D’après sa version,
Maria-Antonin connaissait les exploits militaires de Jean Louis et notamment ceux
contre les Turcs en Haute-Hongrie dans les années 1660. Dans ce contexte, un lien
s’imposait : celui entre l’image de son grand-père comme l’adversaire résolu des
Turcs et la mémoire du combat victorieux des Impériaux contre les troupes
ottomanes devant Vienne en 1683.1076 Qu’aurait-il pu faire de mieux afin de donner
plus d’éclat au nom des Souches ?
Suivant le testament de Jean Louis Ratuit de Souches, rédigé le 14 août 1678
à Vienne et rendu public devant le Tribunal morave à Brno, le 20 août 1682,1077 les
biens familiaux furent partagés entre ses deux fils, les filles ayant reçu une
compensation de 3000 florins chacune. Dans le même dispositif, le général
souhaita que son corps soit déposé dans le caveau familial à Saint-Jacques à Brno

1073
A en croire Miloslav Trmač, Jean Louis Ratuit de Souches finit ses jours aveugle et atteint d’une maladie
mentale. Voir Miloslav Trmač, Maršál Jean Louis Raduit de Souches a Znojemsko, p. 24. Cependant, cet historien
morave ne donne aucune preuve concrète pour appuyer ses propos sur les fondements solides.
1074
Cette erreur fut découverte et rectifiée déjà par Hans Reutter, «Das Todesdatum Ludwig Radvits de Souches»,
ZDVGMS, 20, 1916, p. 445-446. Malgré cela, la fausse année 1683 continuait et continue à être utilisée.
Dernièrement dans Jiřina Veselá – Martin Reissner, Den Brna 15. srpen. Památný den konce švédského obléhání
Brna a Nanebevzetí Panny Marie v roce 1645, Brno, 2006, p. 23.
1075
Voir la note 1073.
1076
Hans Reutter, «Das Todesdatum Ludwig Radvits de Souches», p. 445.
1077
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 19p, Jean Louis Ratuit de Souches (+1682); MZA Brno, G 155, RA
Ugarte, carton 30, no 562, copie du testament de Jean Louis Ratuit de Souches ; Wilhelm Schram, «Das Testament
des Ludwig Rattwitt de Souches», Ein Buch für jeden Brünner. Quellenmäßige Beiträge zur Geschichte unserer
Stadt, III, 1903, p. 125-128.

360
et qu’une épitaphe soit dressée derrière le maître-autel. Le premier vœux fut
exaucé aussitôt. Cependant, avec le temps, le lieu de son dernier repos fut
totalement oublié et il fallut attendre le début du XXe siècle pour le redécouvrir.1078
Pour la cérémonie des obsèques, le corps de Jean Louis fut exposé dans la
nef principale de l’église Saint-Jacques, placé dans un cercueil dont nous ne
connaissons pas l’aspect. Le général fut habillé en tunique en damas avec des
motifs floraux fermée par des boutons en argent, d’un gilet tricoté en laine, un
chapelet en perles accroché autour de son cou et chaussé de souliers avec des
larges rubans en soie.1079 Plus tard, probablement à l’occasion de l’érection de
l’épitaphe, les ossements de Jean Louis furent placés dans un autre cercueil en
cuivre sur lequel, sur les côtés, les motifs en relief – une cuirasse, des hallebardes
accompagnées de drapeaux et de casques militaires – rappelaient le métier du
défunt. Côté tête, on ajouta une frise richement ornée de fleurs, tandis qu’à
l’opposé, la date du décès fut gravée. Là encore, la confusion provoquée par
Maria-Antonin de Thurn eut pour conséquence une nouvelle apparition de la date
érronée de la mort de Jean Louis, à savoir 1683 !
Avant de descendre le cercueil dans la crypte, le curé de Saint-Jacques Ignaz
Wohlhaupter1080 tint encore un dernier discours1081 devant la foule venue faire ses
adieux à celui qui fut considéré comme le sauveur de la ville. D’après les coutumes
de l’époque, le but premier des auteurs des oraisons funèbres fut de contribuer à la
sauvegarde des bons souvenirs concernant le défunt. En s’appuyant sur les dates et

1078
Wilhelm Schram, «Wo liegt Raduit de Souches ?», Ein Buch für jeden Brünner. Quellenmäßige Beiträge zur
Geschichte unserer Stadt, I, 1901, p. 64-65.
1079
En 1966, le caveau familial fut ouvert et les ossements du général ainsi que son cercueil analysés par les
archéologues de l’Académie de sciences de Brno. Nous nous appuyons ici sur les expertises effectuées à cette
occasion. Voir Archeologický ústav Akademie věd České republiky v Brně, archiv fotodokumentace z průzkumů,
négatifs no 13 815/1-5, 6-10; no 13 961/1-20; no 14 139/1-32. A comparer à Boris Novotný, «Vyzvednutí pozůstatků
maršála Raduita de Souches, obránce Brna proti Švédům», Přehled výzkumů 1966, Archeologický ústav
Československé akademie věd, pobočka Brno, Brno, 1967, p. 56-57 + l’annexe no 53.
1080
Voir Wilhelm Schram, « Die Pfarrer der Jakobskirche seit 1650 », Ein Buch für jeden Brünner. Quellenmäßige
Beiträge zur Geschichte unserer Stadt, 2 , Brno, 1902, p. 101 – 107, ici p. 101-102.
1081
Wilhelm Schram, «Kurze Rede des Pfarrers von St. Jakob an die Inwohner der königlichen Stadt Brünn», Ein
Buch für jeden Brünner. Quellenmäßige Beiträge zur Geschichte unserer Stadt, IV, 1904, p. 45-46. Le texte de
l’oraison fut imprimé et publié. Voir Die beglückte Tugend und das tugendfame Glück Ludovici Ratvit, des heiliges
Römisches Reichs Graffen de Souches, Wien, 1683.

361
les événements concrets, ce genre de textes transmettait alors souvent une image
idéalisée du défunt. L’exaltation des vertus chrétiennes telles que la charité, la
piété, la justice ou bien la fidélité au Seigneur (dans le double sens Dieu –
Souverain) se mélangeait avec une histoire concrète remplie de faits réellement
accomplis. Il en résultait une description parfois presque légendaire de la vie de la
personne concernée.1082 C’est fort de cette constatation qu’il convient à se
demander dans quelle mesure les auteurs de ces apologies réussirent-ils à
convaincre leurs interlocuteurs (ou les lecteurs, car la plupart des oraisons fut
ensuite imprimée). Parvinrent-ils à imposer leur interprétation de la vie du défunt
aux générations futures ? Le contenu de telles représentations devint-il une source
exploitée par les éventuels biographes postérieurs ? Si oui, quels aspects de la
« mémoire » du défunt furent les plus fréquents ?1083
L’oraison consacrée à Jean Louis Ratuit de Souches fut construite autour de
la défense héroïque de Brno en 1645, ce moment clé de la carrière de Jean Louis.
Ignaz Wohlhaupter y fit à plusieurs reprises référence à des autorités classiques,
telles que César1084 et à des personnages bibliques, comme Abraham1085 pour
terminer par une paraphrase de Scipio à l’adresse de Rome « Ingrata patria, nec
ossa mea habes » transformée en « Felix Bruna ossa ejus habes ».1086 Le fait réel –
la résistance face aux Suédois – fut ici mélangé à des citations plus ou moins
connues et à des comparaisons éloquentes. L’effet recherché a été sans doute
atteint. Les générations futures retiendront alors le rôle que Jean Louis Ratuit de

1082
Au sujet de la construction de ces apologies voir par exemple Tomáš Knoz, « Todten-Gerüst. Dobrá smrt
ctnostného šlechtice v pohřebních kázáních Dona Florentia Schillinga », in : Sborník prací Filozofické fakulty
Brněnské univerzity, C 49, 2002, p. 119-134 ; Harald Tersch, « Florentius Schillings ‘Totengerüst’. Zur
Konstruktion der Biographie in der katolischen Leichenpredigt », in : Rudolf Lenz (réd.), Leichenpredigten als
Quelle historischer Wissenschaften, t. IV, Stuttgart, 2004, p. 303-346.
1083
De telles interrogations furent pour la première fois formulées par Radmila Pavlíčková, « ´Dobrá památka´,
pohřební kázání a starší dějepisectví. Německé pohřební kázání nad kardinálem Harrachem z roku 1667 », in :
Theatrum historiae, 2, Pardubice, 2007, p. 137-155.
1084
Il cita une phrase que Wilhelm Schram attribua à César : « Quam quisque terram pugnando tenuit, eandem et
moriendo occupavit » [= Que celui qui défendait ces terres dans le combat puisse les occuper également après sa
mort.] Wilhelm Schram, «Kurze Rede des Pfarrers von St. Jakob», p. 46.
1085
Ibidem, p. 46. Wohlhaupter fit allusion à Abraham qui dut prononcer : « Advena sum et peregrinus apud vos,
date mihi jus sepulchri ». Citation tirée de la Bible, Genèse, 23, 4 : « Je suis un hôte et un étranger parmi vous ;
accordez-moi la possession d’une sépulture au milieu de vous. »
1086
« Heureux est Brno qui garde ses [de de Souches] ossements ». Ibidem, p. 46.

362
Souches joua dans l’histoire de la ville de Brno lors de la guerre de Trente Ans. Ce
« souvenir » sera plus tard forgé par les quelques biographies brèves du général1087
qui viendront renforcer cette image quelque peu partielle. Mais c’est grâce à cette
démarche que la mémoire collective morave gardera les traces de l’existence, très
schématiques faute de mieux, de Jean Louis Ratuit de Souches.
Comme Jean Louis l’avait stipulé dans son testament, un majorat ou
fidéicommis fut crée à partir de ses biens.1088 En effet, tout partage des biens entre
les enfants risquait d’émietter la fortune familiale et de compromettre la position
du lignage. La mise en application de l’institution du fidéicommis signifiait qu’une
partie des biens ou leur totalité était mise hors des transactions économiques et
juridiques (autrement dit rendue inaliénable), désignée comme indivisible et
confiée à un membre de la famille qui la transmettait à un descendant choisi,
souvent au fils aîné. Dans le cas de Souches, la ville de Jevišovice et les villages de
Plaveč et Hostim furent concernés par ce dispositif. Son fils aîné Jean Louis ayant
été déclaré inapte à assurer la gestion de la fortune familiale et écarté de l’héritage
à cause de son insuffisance mentale, ce fut alors son fils cadet Charles Louis qui
fut désigné comme le seul et unique héritier. Cependant, afin d’assurer la
subsistance de sa famille, Jean Louis reçut temporairement Plaveč et Hostim qui
durent être rattachés à sa mort à Jevišovice.
Nous savons en fait peu de choses sur la vie de Jean Louis, le fils aîné du
général. Il fut marié, depuis 1671, à Eve Eléonore comtesse de Notthafft et
Wernberg, issue, quant-à elle, d’une ancienne famille possessionnée dans le Haut-
Palatinat et connue depuis le XIIIe siècle. Le lignage se divisa au XIVe siècle en
deux branches, une restée sur le territoire de l’Empire, l’autre installée en Bohême
de l’Ouest. La lignée tchèque, apparentée également à une famille devenue plus
tard une des plus importantes familles installées dans les pays de la Couronne de

1087
Voir plus haut.
1088
Sur l’institution du majorat voir partie II de l’Introduction du présent texte.

363
Bohême, celle des Schwarzenberg, y reçut l’incolat, en 1652.1089 Jean Louis qui
participa, en 1674, à la campagne de son père contre la France au Pays-Bas,
mourut en 1717.1090 Sa femme, décédée quant-à elle en 1698 à Znojmo,1091 lui
donna cinq enfants : Charles Joseph dont on ne connaît que son nom,1092 et quatre
filles Marie Louise, Claudia Christine, Thérèse Eléonore et Marie Charlotte. Marie
Louise, née probablement en 1669, mariée depuis 1699 à Guillaume Léopold
comte de Horn et décédée à Vienne en 1745, fut dame d’honneur de l’Impératrice
Eléonore Madeleine.1093 Sa sœur puînée Claudia Christine, née en 1673 à Graz en
Autriche, eut pour mari, depuis 1719, Sigismond Valentin comte Hrzan de
Harasov, appartenant, quant-à lui, à une des plus anciennes familles de Bohême,
dont les ancêtres remontèrent du XIVe siècle.1094 A l’instar de sa sœur, Claudia
trouva sa place à Vienne, à la cour de l’Impératrice, comme sa dame d’honneur.
Elle mourut en 1726 à Prague. La troisième fille de Jean Louis, Thérèse Eléonore,
devint religieuse chez des carmélites en Styrie. En ce qui concerne Marie
Charlotte, elle mourut à Vienne, à l’âge d’un an, en 1676.
Avant de nous intéresser à Charles Louis, le fils cadet du général Jean Louis
Ratuit de Souches, nous allons encore évoquer ici les destins de deux filles de ce
dernier. Anne Dorotée, née en 1652 fut mariée à Charles Maxmilian comte de
Thurn de Valsassin (mort en 1716), qui comptait parmi ses ancêtres d’illustres
personnages tels que le général auprès des Etats insurgés tchèques des années
1618 – 1620 Henri Mathias de Thurn. 1095 Anne Dorotée (décédée en 1724 à
Vienne) et Charles Maxmilien eurent plusieurs enfants qui prolongèrent
indirectement le lignage des Souches.1096 La deuxième fille du général de Souches,

1089
Karel Halla – Volker Dittmar (réd.), Po stopách šlechtického rodu Notthafftů – Notthaffti v Čechách a
v Bavorsku/Auf den Spuren eines Adelsgeschlechts – Die Notthaffte in Böhmen und Bayern, Cheb/Egger, 2006. A
comparer à Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, t. II, p. 26.
1090
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 85, Jean Louis Ratuit de Souches (+1717).
1091
Ibidem, S 48, Eve Eléonore Ratuit de Souches, née Notthafft de Wernberg.
1092
Ibidem, S 85.
1093
Voir Jiří Mikulec, Leopold I., p. 188.
1094
Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, t. I, p. 393.
1095
Voir plus haut.
1096
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, T 15, Charles Maxmilian Thurn.

364
Eléonore Marguerite, fut mariée au comte Charles Joseph de Puchheim (ou
Buchhaim), d’une ancienne famille autrichienne possessionnée également en
Moravie1097 mais nous ignorons tout sur sa vie, y compris les dates de sa naissance
et de sa mort.
Le fils puîné du général Jean Louis Ratuit de Souches, Charles Louis, devint
grâce au testament de son père, l’héritier universel des biens familiaux et assura la
continuité directe du lignage. Nous ignorons la date ainsi que le lieu de sa
naissance, mais pour le reste, nous pouvons nous appuyer sur les informations
relativement riches. A l’image de son père, une carrière militaire lui fut destinée.
Dans son jeune temps, dès le début des années 1660,1098 il prit part aux opérations
contre les Turcs en Hongrie. Ainsi, en 1664, il suivit l’armée principale de
Montecuccoli puis celle de son père en Haute-Hogrie d’où il tint informé le
gouverneur de la Moravie et le Président du Tribunal de la justice du pays Jean de
Rottal du déroulement de la campagne.1099
Après la signature de la paix de Vasvár, Charles Louis demeura un certain
temps dans la résidence morave de la famille à Jevišovice d’où il partit, en 1669,
pour une nouvelle campagne en Hongrie.1100 Ses exploits militaires continuèrent
dans les années 1670. Nous avons déjà signalé sa présence aux côtés de son père et
de son frère lors de la campagne de 1674 contre la France et notamment lors de la
bataille de Seneffe.1101 La décennie suivante lui offrit également plusieurs
occasions de montrer ses qualités en tant qu’officier de l’armée impériale. En
1681, il commandait un régiment dans la région de Waldshut, au Pays de Bade, sur

1097
Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, t. II, p. 120-121.
1098
Sa correspondence en apporte des preuves. Voir MZA Brno, A 12, Akta šlechtická, II 3/5, correspondence de
Charles Louis Ratuit de Souches des années 1660-1689.
1099
MZA Brno, G 361, RA Vrbnů, no 59, I/5/5-7, carton 8, correspondence de Charles Louis Ratuit de Souches avec
Jean de Rottal de 1664, 19 fol. Sur la famille de Rottal et notamment Jean de Rottal voir Pavel Balcárek (éd.),
Rodinný archiv Vrbnů, 1482-1957. G 361. Inventář, Brno, 1981, p. 1-9.
1100
OStA, AVA, Familienarchive, Harrach, Familienarchiv, Familie in specie, 301.47, lettre de Jean Louis Ratuit de
Souches à Ferdinand Bonaventure Harrach, Vienne, le 6 mai 1669.
1101
Voir plus haut.

365
le Rhin1102 et deux ans plus tard, en 1683, il participa à la défense de Vienne contre
les Turcs.1103
Les mérites de Charles Louis Ratuit de Souches sur le terrain militaire furent
appréciés à plusieurs reprises par l’Empereur Léopold Ier. D’abord, en 1683, il fut
nommé « Generalfeldwachtmeister » (général adjudant), le 11 septembre 1685 il
fut promu « Feldmarschall-Lieutenant », maréchal de l’armée impériale1104 et
enfin, en 1689, il devint « Feldzeugmeister », c’est à dire général de l’artillerie.1105
Dans cette fonction, il s’engagea, en 1689, dans la dernière campagne de sa
carrière, toujours contre les Turcs. Nous en avons un témoignage de Johann
Bohdanecký de Hodkov, intendant du domaine de Jindřichův Hradec appartenant
à Jean Georges Joachim Slavata et situé aux confins entre la Bohême, la Moravie
et la Haute-Autriche. Dans ses mémoires, il relate le passage en direction de la
frontière autrichienne, le 2 janvier 1689, de « nombreux chariots et chevaux
portant les bagages et l’approvisionnement pour une campagne du comte de
Souches ».1106 Cette nouvelle campagne lui fut fatale. Charles Louis fut tué le 19
août 1691 lorsqu’il prit part dans la bataille qui opposa l’armée victorieuse
impériale menée par le margrave Louis Guillaume de Bade aux troupes turques à
Slankamen (Salankement), en Hongrie.1107
Avec sa femme, Marie Anne comtesse de Puchheim (décédée en 1686) qu’il
épousa en 1680 et qui fut issue de la même famille que le mari d’Eléonore
Marguerite de Souches, Charles Joseph de Puchheim, Charles Louis eut cinq

1102
Charles Louis Ratuit de Souches demanda en fait un passeport pour joindre son régiment. OStA, HHSA,
Reichshofrat, Gratialia et Feudalia, Passbriefe, 16-2-2. Waldshut se trouve actuellement en Allemagne du Sud, à
Baden-Würtemberg.
1103
Bohumír Smutný, Rodinný archiv Ugartů, p. 12. Parmi de maintes titres consacrés à la défense de Vienne de
1683, nous choisissons ici , à titre d’exemple, celui de Vít Vlnas, Princ Evžen Savojský (avec une bibliographie
abondante sur le sujet). Voir note 182 du présent travail.
1104
MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 33, no 709.
1105
Antonio Schmidt-Brentano, Kaiserliche und k.k.Generale (1618-1815), Österreichisches Staatsarchiv, Wien,
2006 (avec une liste alphabetique des généraux); Michael Hochedlinger, Des Kaisers Generale. Bibliographische
und Quellenkundliche Anmerkungen zur Erforschung militärischen Eliten in der frühneuzeitlichen
Habsburgermonarchie, Österreichisches Staatsarchiv, Wien, 2006.
1106
Josef Hrdlička (éd.), Autobiografie Jana Nikodéma Mařana Bohdaneckého z Hodkova, České Budějovice,
2003, p. 200.
1107
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 34p, Charles Louis Ratuit de Souches.

366
enfants1108 dont deux qui n’atteignirent malheureusement pas l’âge adulte : Louis
Joseph, né en 1681 et décédé à l’âge de dix ans et Jean Louis, dont nous ignorons
toutes les autres informations. Quant-à Marie Anne, née en 1682, elle disparaît
aussitôt des sources écrites. En ce qui concerne Marie Antoinie, elle est née en
1683 et épousa, en 1708, Léopold Joseph comte de Pálffy, provenant d’une des
plus anciennes familles de Magnats hongrois, connue, dit-on, déjà à XIe siècle.1109
Or, à la mort de Marie Antoinie en 1750, aucune descendance n’est pour l’instant
attestée. Il reste alors Charles Joseph qui dut assurer la continuité du lignage.
Charles Joseph Ratuit de Souches, chevalier de Malte, petit-fils du général
de Souches, est né en 1684.1110 En 1723, il obtint l’incolat pour la Hongrie.1111 Sa
femme, Marie Anne comtesse Schlick von Passaun, née en 1690,1112 descendait
d’une très nombreuse famille tchèque élevée au milieu du XIVe siècle dans les
rangs de la haute noblesse. Un de ses ancêtres, Joachim André Schlick, était
devenu membre du Gouvernement du pays lors de la révolte contre les Habsbourg
en 1618-1620 et fut un fervent partisan de l’électeur palatin Frédéric V devenu roi
de Bohême de 1619 à 1620. Après la victoire des armes impériales à la Montagne
Blanche en 1620, il fuit le pays mais fut bientôt capturé et exécuté et ses biens
confisqués.1113
Avec sa femme, Charles Joseph eut six enfants,1114 à savoir Charles Joseph,
Marie Anne, Marie Wilhelmine, Eléonore, Marie Françoise et Antoine dont
seulement deux filles – Marie Anne et Marie Wilhelmine atteignirent l’âge adulte.
Le lignage direct du général Jean Louis Ratuit de Souches s’arrêta alors avec ces
dernières. Pour compléter, il faut rappeler que l’union de Marie Anne avec le
comte Philippe Joseph Westerrode donna naissance aux plusieurs enfants, tout
comme celle de sa sœur Marie Wilhelmine, mariée à Jean Nepomuk comte Ugarte,

1108
Ibidem.
1109
Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, t. II, p. 53.
1110
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 146, Charles Joseph Ratuit de Souches.
1111
MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 30, no 554.
1112
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 116, Marie Anne Ratuit de Souches, née Schlick von Passaun.
1113
Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, t. II, p. 235-236.
1114
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 116, S 146, mais aussi S 122 (Marie Françoise Ratuit de Souches).

367
d’origine espagnole.1115 Ces deux lignées se partagèrent les biens familiaux et
tâchèrent de perpétuer la renommée de la famille de Souches bâtie par Jean Louis,
général de l’armée impériale.
Si la généalogie des Souches pourrait sembler compliquée, c’est encore plus
le cas de la gestion des biens familiaux. Nous avons déjà signalé les dispositions
testamentaires de Jean Louis Ratuit de Souches qui désigna son fils Charles Louis
en tant qu’héritier universel, son fils aîné Jean Louis étant déclaré inapte d’assurer
l’administration domaniale. Charles Louis qui fut également chargé de tutorat de
son frère, réussit d’obtenir, en 1686 de la part de Léopold Ier, une confirmation du
fidéicommis fondé par son père et une garantie de sa gestion.
Après sa disparition en 1691, sa femme étant décédée en 1686, leurs enfants
devinrent orphelins et leurs biens furent confiés à une commission de tuteurs
choisis par les autorités du pays, avec Antoine François comte de Collalto en leur
tête.1116 Ce dernier, chargé d’amortir entre autre la dette de 20 400 florins due à
l’évêque d’Olomouc Charles de Liechtenstein accumulée du vivant de Charles
Louis1117 et devant assurer la vie des enfants du général dans des conditions
honnêtes, empruntait alors de l’argent partout, où il pouvait. Il s’agit parfois des
sommes importantes. Le 6 mai 1692 par exemple, il reçut 6 000 florins destinés à
l’origine à la fondation du médecin municipal de Kroměříž.1118 Or, peu
expérimentée, la commission eut du mal à faire face à la situation catastrophique
des finances des Souches. Les difficultés financières de la lignée conjuguées aux

1115
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, V 23, Jean Nepomuk Ugarte ; V 24, Vincent Ugarte ; V 25, Françoise
Ugarte. La généalogie de la famille Ugarte fut analysée à plusieurs reprises par Miloslav Trmač, «Jean Louis Raduit
de Souches, úspěšný obhájce Brna proti Švédům, jeho původ, potomci a dědicové na Moravě», Listy Genealogické a
heraldické společnosti, Acta genealogica et heraldica, 4e série, no 2, Prague, 1976, p. 33-41; du même auteur,
«Španělský a belgický původ moravských Ugartů», Genealogické a heraldické informace, Prague, 1985, p. 349-
353; du même auteur, Rod Ugartů na Moravě, Brno, 1984. De nombreuses informations utiles se trouvent dans
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, V 4, Pierre Ugarte ; V 9, Marie Madeleine Ugarte ; V 11, Marie Barbe
Ugarte ; V 13, Ernest François Ugarte ; V 26, Eléonore Ugarte ; B 74, Pierre Bukůvka, mari de Marie Josephine
Ugarte.
1116
MZA Brno, G 155, RA Ugarte, no 697, carton 33. Sur l’habitude de confier la gestion des biens des familles
ayant connu les difficultés financières à une commission d’administrateurs nommés par les autorités centrales voir
Aleš Valenta, Lesk a bída barokní aristokracie, notamment p. 118-126.
1117
ZA Opava, Pergamenové listiny. A-Spiritualia, cote A IId22, no 386 ; Ibidem, C-In genere, cote CIIIc13/5d, no
2347.
1118
ZA Opava, Papírové listiny, listy a akta, cote FIIIc36/2a, no 4369 ; Ibidem, cote F IIIc36/2b, no 4371.

368
importants investissements (jamais remboursés) de Jean Louis dans les affaires
militaires, provoquèrent non seulement un fort endettement, mais devinrent
également une source de tensions au sein de la famille.1119
De tels cas de figure n’étaient cependant pas exceptionnels. Comme le
démontra l’historien tchèque Aleš Valenta dans son étude sur la famille de
Morzin,1120 les difficultés économiques liées à la gestion des biens se terminant
souvent par la banqueroute ( désignée dans les documents de l’époque comme
« krida »)1121 n’arrivaient qu’à la disparition du créateur de l’endettement et à
l’arrivée de la première et surtout de la deuxième génération de ses descendants,
jamais de son vivant. Les Morzin, originaires de l’Italie du Nord, de la région de
Friaul, arrivèrent dans les pays tchèques, comme ce fut le cas de la famille de
Souches, au moment de la guerre de Trente Ans. Ils profitèrent notamment de la
mort du général Wallenstein et s’acquirent de plusieurs domaines en Bohême de
l’Est. Après la mort de Rodolphe de Morzin, en 1646, et pour contrer une situation
économique difficile, ses héritiers se virent vendre peu à peu des biens légués par
leur ancêtre si bien qu’au milieu du XVIIe siècle, la fortune familiale se trouva
définitivement dilapidée.
Quant à la fortune des Souches, dans son testament, Charles Louis nomma
son fils aîné Louis Joseph acquéreur de toutes ses terres.1122 Malheureusement, ce
dernier décéda avant son père et ce fut alors au tour de second fils Charles Joseph
d’hériter la fortune familiale.1123 Ce fut là où les complications commencèrent.

1119
De nombreux documents sur l’endettement et les tensions dans la famille concernant les difficultés économiques
des descendants de Jean Louis Ratuit de Souches se trouvent à MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 33, no 701,
702, 706-708, carton 34, no 711-717, 721-729.
1120
Aleš Valenta, « K finančním poměrům vrchlabských Morzinů v 18. století », Východočeský sborník historický,
12, 2005, p. 129-140.
1121
Le terme « krida » qui apparaît tant dans les sources tchèques que dans les sources allemandes de l’époque est
d’origine italienne. Il fut dérivé du l’italien « gridare » qui veut dire « vendre à la criée ».rappelant que les biens
d’une personne tombée dans la banqueroute risquaient jadis d’être vendus publiquement aux enchères. A ce sujet
Valentin Urfus, Vznik a vývoj konkursního práva v Čechách, Praha, 1960, ici p. 6; Aleš Valenta, Lesk a bída barokní
aristokracie, p. 178-184.
1122
MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 33, no 710.
1123
MZA Brno, A 12, Akta Šlechtická, Jevišovice II 3/9, les dispositions concernant l’héritage des biens familiaux
par les autres enfants après le décès de Louis Joseph, confirmées par l’Empereur Léopold Ier, Vienne, le 17 janvier
1698.

369
Lorsque Charles Joseph devint majeur, il reprit la gestion des biens de son père.
Cependant, un danger de taille apparut, celui de voir la fortune familiale dispersée
afin de contenter les créanciers. Seuls le poste de l’Intendant (« hejtman » en
tchèque) de la région de Znojmo en Moravie de Sud occupé par Charles Louis et
l’évocation des mérites de son grand-père et de son père au service de l’Empereur,
permirent d’éviter la catastrophe. Malgré cela, à la décision du Tribunal royal du
pays, un administrateur fut envoyé, en 1715, sur le domaine de Jevišovice chargé
de veiller sur le fonctionnement économique de ce dernier et notamment de
contrôler les revenus et limiter les dépenses. Il fut chargé également de débloquer
régulièrement des sommes de l’argent destinées à la subsistance du propriétaire du
domaine et de sa famille.
La présence de l’administrateur à Jevišovice eut pour conséquence de
nombreux conflits avec le seigneur. Ce fut le cas notamment de Jean Charles
Seidel, premier administrateur des Souches dont les relations tendues avec Charles
Joseph se soldèrent par une confrontation physique entre les deux hommes.
L’affaire apparut devant le tribunal royal, Seidel fut accusé de la mauvaise gestion
et destitué, en 1717, de son poste.1124 Or, la situation similaire se produisit en 1721
entre Charles Joseph et le remplaçant de Seidel, Johann Rudolf Dobruský. Afin
d’éviter de tels débordements, un compromis fut alors trouvé. En 1726, l’Empereur
autorisa Marie Anne de Schlick, épouse de Charles Joseph et Marie Antoinie, la
sœur du dernier, à assurer elles-mêmes l’administration de la fortune familiale.
Marie Antoinie, épouse de Léopold Pálffy, déploya toute son énergie et une partie
de la fortune de son riche mari afin de préserver le domaine de Jevišovice de la
banqueroute. Elle prêtait de l’argent à son frère pour qu’il puisse régler ses plus
importantes dettes et se portait garante des prêts accordés à celui-ci.1125
Les désaccords apparurent également entre Charles Joseph d’un côté et la
femme et les filles de son oncle Jean Louis, écarté de l’héritage à cause de son

1124
Bohumír Smutný, Rodinný archiv Ugartů, p. 13.
1125
Ibidem.

370
insuffisance mentale, de l’autre. Eve Eléonore comtesse Notthafft, Marie Louise et
Claudia Christine refusèrent, en 1717, de rendre les biens de Hostim et Plaveč et de
les rajouter au fidéicommis familial. Elles renoncèrent à leurs revendications
seulement après avoir obtenu une somme considérable de 17 000 florins
chacune.1126 A cela il faut ajouter également les conflits avec les familles Thun et
Roggendorf concernant l’héritage des Hoffkirchen et les désaccords avec l’évêché
d’Olomouc sur le patronage de la paroisse de Hostim.
Dès la première décennie du XVIIIe siècle, la situation économique des
domaines de la famille de Souches devint catastrophique et Charles Joseph se vit
vendre peu à peu certaines parties du fidéicommis. Ainsi, en 1721, il se débarrassa
de Hostim et de Boskovštejn, vendus pour 135 000 florins à Constantin Charles
comte de Gatterburg. Le domaine de Plaveč fut cédé en 1736 à sa sœur Marie
Antoinie épouse Pálffy afin de régler les sommes prêtées à son frère. Quant au
domaine de Jevišovice, il fut partagé entre les deux filles de Charles Joseph, Marie
Anne et Marie Wilhelmine. Le mari de cette dernière, Jean Nepomuk comte
Ugarte, sauva Jevišovice en payant les dettes hypothéquées sur le domaine. En sa
personne, la plus grande partie des biens de la famille de Souches passa à la famille
Ugarte qui resta liée à la Moravie du Sud jusqu’en 1879.1127
Au moment où la famille de Souches se trouvait déchirée par les problèmes
liés à l’héritage, il fallut songer à réaliser la seconde disposition du testament de
Jean Louis Ratuit de Souches, celle de dresser une épitaphe à sa gloire et pour la
mémoire des générations futures à l’église de Saint-Jacques à Brno. Ce fut une
raison de plus pour un conflit avec les Thurn, apparentés à la famille de Souches.
En effet, Charles Maxmilian comte Thurn et après lui son fils Maria-Antonin

1126
Sur le conflit entre Charles Joseph et les héritières de son oncle Jean Louis, voir MZA Brno, G 155, RA Ugarte,
carton 33, no 703, 704. Mais aussi MZA Brno, A 12, Akta Šlechtická, Jevišovice I, parchemin 30, Vienne, 23 juillet
1714 (l’Empereur Charles VI confirme l’accord de 1713 entre Marie Louise, Claudia Christine et Charles Joseph qui
devrait mettre fin à leur conflit concernant l’héritage familial).
1127
Sur la famille Ugarte voir plus haut.

371
furent nommés inspecteurs chargés de la construction1128 ce qui déplut aux
membres de la famille de Souches. Maria-Antonin de Thurn s’adressa à la
municipalité de Brno et chercha le soutien auprès du Tribunal morave et même
auprès de l’Empereur. En revanche, le financement du monument dut reposer sur
les épaules des héritiers du général, à savoir ses petits-enfants Charles Joseph,
Marie Louise et Claudia Christine. De la somme totale prévue de 3211 florins,
Charles Joseph financerait trois quarts.1129
La réalisation de l’épitaphe à la gloire de Jean Louis Ratuit de Souches se fit
attendre et l’œuvre ne fut exécutée qu’en 1722. Une commission fut établie qui
devait choisir la matière (on hésita entre le marbre et le bronze), la taille des lettres
de l’inscription, la langue (certains penchèrent pour le latin, d’autres pour
l’allemand), les proportions et la posture de la statue envisagée du général. Le
modèle en terre cuite et en plâtre sortit de l’atelier de sculpteur Johann Christian
Pröbstl, la version finale en bronze fut coulée par Johann Sigmund Kerker.1130 Le
général de Souches fut représenté à genoux, avec la cuirasse, la main droite posée
dans un geste baroque sur le cœur pour montrer l’humilité devant le Dieu, les
symboles de son métier militaire (casque et gants) placés sur un coussin devant lui.
A ses genoux, un cartouche en marbre contient un texte relatant les exploits au
service de l’Empereur. Aucun détail ne fut pas négligé et c’est ainsi, que nous
pouvons encore aujourd’hui venir admirer le personnage des plus importants de
l’histoire de la métropole morave et l’un des plus grands généraux de son temps,
Jean Louis Ratuit de Souches.

1128
MZA Brno, C 2, Tribunál – pozůstalosti, S 19p, nomination de Maria Antonin de Thurn par l’Empereur Charles
VI en tant qu’inspecteur pour la construction de l’épitaphe, Vienne, 3 octobre 1718.
1129
De nombreux documents sur la construction de l’épitaphe se trouvent dans MZA Brno, C 2, Tribunál –
pozůstalosti, S 19p.
1130
Parmi les titres traitant l’histoire de l’épitaphe de Jean Louis Ratuit de Souches à Saint-Jacques à Brno, voir
Bertold Bretholz, Die Pfarrkirche zu St. Jakob in Brünn, Brno, 1901, p. 130-131, 205 ; Julius Leisching, «Das
Souches-Grabmal in der Brünner St. Jakobskirche», Mittheilungen des Mährischen Gewerbe-Museums, 19, Brno,
1901, no 1, p. 1-8, no 2, p. 13-15 ; Hans Reutter, «Zur Geschichte des de Souches Grabmales in Brünn», ZDVGMS,
20, Heft 1-2, 1916, p. 396-410 ; Eugen Dostál, Umělecké památky Brna, Prague, 1928, p. 62.

372
III. Une seconde vie : Jean Louis Ratuit de Souches dans la mémoire collective
morave

1. La tradition orale populaire et textes littéraires

« Und befunden in der That


Das Souches ein braf Soldatt.
Brünn die Statt ingleichen,
Mit Tugent, Treu und Redlichkeitt,
Mit Gutt und Blutt von Obrigkeitt
Niemahls thun abweichen. »1131

Ce fut par ces mots qu’une chanson anonyme relatait la défense de Brno et le
comportement héroïque de Jean Louis Ratuit de Souches, son commandant. La
résistance de la ville en 1645 contre les Suédois fut sans conteste le moment clé
dans la carrière du général de Souches et compta en même temps pour un des
événements les plus remarquables de l’époque. Un historien tchèque du XVIIIe
siècle Jan Beckovský par exemple, consacre dans sa chronique des pays de la
couronne de Bohême depuis 1526, presque quatre pages entières au déroulement
des opérations devant la métropole morave alors que d’autres campagnes militaires
n’attirèrent guère son attention.1132

1131
« Et en effet, on trouva
que de Souches est brave soldat.
La ville de Brno put bien juger
Que sa vertu, constance, loyauté
Son pur sang et autorité
Il fut toujours prêt à montrer. »
Un extrait d’une chanson populaire relatant la défense de la ville de Brno lors de son siège en 1645. Cité par
Polykarp Koller, Die Belagerung von Brünn durch die Schweden im Jahre 1645, p. V (l’avant-propos). Traduit de
l’allemand par Petr Klapka.
1132
Antonín Rezek (éd.), Jan Beckovský, Poselkyně starých příběhův českých, II, (1526-1715), 3 volumes, Prague,
1879 – 1880, ici vol. 2, p. 334-337.

373
La nouvelle de la victoire sur le général Torstensson se propagea très vite et
Jean Louis Ratuit de Souches devint déjà de son vivant héros de nombreuses
histoires racontées parmi le peuple du pays. Avec le recul, ses actes furent
déformés et enrichis par l’imagination des générations successives et transformés
en légendes. Cependant, c’est grâce à ces récits que la mémoire collective morave
retint l’existence, très éloignée certes et assez vague, de ce Français, devenu
seigneur du pays. Dans les lignes suivantes, nous tâcherons alors d’analyser les
textes légendaires existants et de donner l’image de cette « nouvelle vie » de Jean
Louis.1133
Il existe, en effet, une dizaine de différents sujets légendaires concernant la
période du siège de Brno. Certains parlent directement du commandant de la
garnison de la ville, d’autres, en revanche, sont indirects, ne relatant que les
événements qui se produisirent lors de la présence suédoise devant Brno sans
mentionner Jean Louis. Cependant, ce dernier en demeure indissociable et sa
proximité se laisse facilement ressentir.1134 Nous allons commencer ici notre
analyse par le deuxième groupe ce qui nous permettra d’esquisser un cadre dans
lequel évoluera ensuite le personnage du général de Souches.
L’invasion suédoise du pays et la rapidité avec laquelle l’ennemi s’emparait
des villes et de la campagne, donna naissance à des histoires sur les pouvoirs
extraordinaires de certains généraux suédois dus à un pacte avec les puissances des
ténèbres, notamment avec le diable. Ainsi, Samuel Oesterling à Jihlava où Lennart
Torstensson à Brno furent considérés comme invulnérables, intouchables par les

1133
De nombreux auteurs s’intéressèrent aux légendes de la ville de Brno y compris à celles liées au siège de Brno
par les Suédois. Voir Aleš Bartl – Tomáš Jirků, Brněnské pověsti, Brno, s.d.; Bohumír Popelář, Urbář pověstí
brněnských, Brno, 1946, p. 149-158; Marta Šrámková – Oldřich Sirovátka, Brněnské kolo a drak. Pověsti z Brna,
Brno, 1982, p. 27-34; Marta Šrámková, Pod brněnským hradem, Brno, 1984; du même auteur, Pod brněnskými
věžemi, Brno, 1995; du même auteur, Před brněnskými hradbami, Brno, 2004; Eduard Petiška, Čtení o hradech,
zámcích a městech. Pověsti a staré příběhy Čech, Moravy a Slezska, Prague, 1984, p. 231-237; Marta Macků,
Z brněnských pověstí, Olomouc, 1991, p. 20-22; Jaroslav Štěpaník, Vyprávění brněnského draka, Brno, 1994, p. 38-
41; Bohumír Němčík, op. cit., p. 72-78; Michaela Radvanová, Špilberk v pověstech, Brno, 2001, p. 76-83; Aleš
Marek – Ladislav Cpin, Mezi Svratkou a Svitavou, t. II, Pověsti ze švédského obléhání, Brno, 2005.
1134
Une tentative de classification des thèmes de différentes légendes inspirées par le siège suédois de Brno fut
proposée par Marta Šrámková, «Odraz švédského obléhání Brna v pověstech», Forum Brunense, 1995/1996, Brno,
1996, p. 167-170.

374
tirs des adversaires. Seule une balle en verre préparée pendant la nuit de la pleine
lune pourrait faire effet. Selon la version la plus répandue, le commandant de
Jihlava Oesterling fut en effet tué par ce genre de projectile tiré par une jeune fille
qui se fit auparavant violer par les soldats. Le Dieu vengea alors ce crime.1135
Quant à Torstensson, même si le moyen infaillible de sa mort certaine fut
« connu » de tous, le destin lui réserva un autre sort et les histoires de son
invulnérabilité se multiplièrent. Un jour par exemple, devant Brno, dit-on, un
boulet fut tiré depuis les remparts de la ville en direction d’un groupe d’officiers de
l’état-major suédois qui partirent inspecter l’avancement des travaux d’approche. Il
tomba au milieu de ces hommes, à proximité de Torstensson, en tuant
quelques-uns. Le cheval sur lequel le général était assis fut, lui aussi, gravement
blessé mais Torstensson en sortit indemne, comme si la mort voulut l’éviter.1136
Une autre fois, en plein siège de Brno, Torstensson, étant confortablement installé
dans un fauteuil devant sa tente, il étudiait les plans de la ville. Il ordonna à son
valet de lui apporter un verre de vin. Au moment où il leva le verre à sa bouche, un
tir retentit et une balle brisa le verre en mille morceaux tout en évitant le général
qui sans moindre signe de frayeur, trouva les mots de reconnaissance à l’adresse du
tireur. Certains auteurs relatent à la même occasion l’histoire d’une coupe en
argent qui, après avoir été touchée par la balle finit sur la pelouse, et non d’un
verre éclaté.1137
Devant la fermeté des assiégés, Torstensson eut recours, selon certaines
légendes, au service d’un diable. Désespéré de voir le siège de Brno s’enliser, le
général aurait invoqué l’aide de l’enfer. Un diable apparut et signa un contrat avec
Torstensson : après la victoire suédoise, toutes les âmes des défenseurs de la ville
devraient appartenir au malin. Le diable s’assit alors sur un boulet et se laissa
envoyer contre les remparts en espérant utiliser son pouvoir magique pour ouvrir
une brèche dans le mur. Or, les défenseurs menés par de Souches pensèrent
1135
Bohumír Němčík, op. cit., p. 72; Eduard Petiška, op. cit., p. 233.
1136
Bohumír Němčík, op. cit., p. 74.
1137
Michaela Radvanová, op.cit., p. 81-83; Marta Šrámková – Oldřich Sirovátka, op. cit., p. 27-28.

375
également à cette éventualité et avant même le début du siège, ils firent asperger
les remparts de l’eau bénite. Face à cette force, la magie noire ne put que capituler.
Le diable s’écrasa alors contre les remparts et le boulet l’enfonça à jamais dans le
mur.1138 Hormis son caractère quelque peu grotesque, cette histoire exploite pour la
première fois le schéma binaire classique : la lutte incessante entre les forces du
bien et du mal. Le bien est représenté par les défenseurs, catholiques, aidés par le
Dieu. Les Suédois, protestants, incarnent ici le mal. La morale veut que même aidé
par la magie noire, Torstensson ne put rien faire contre les combattants de la cause
catholique.
Un grand nombre d’histoires décrivirent la vie dans la ville assiégée et le
comportement héroïque des membres de sa garnison. La résistance des hommes
commandés par de Souches fut expliquée à la fois de manière assez prosaïque
comme dans la légende sur les boulangers du village de Bystrc situé à proximité de
Brno. Ces derniers étant forcés à préparer quotidiennement le pain pour les soldats
suédois, arriveraient à en cacher une partie et à l’acheminer par des couloirs
souterrains dans la ville assiégée. Ils sauvèrent ainsi la garnison de Brno de la
famine certaine et participèrent à leur manière à la défense de la place.1139
D’autres récits parlent en revanche des événements du genre surnaturel, à
l’instar des faits produits à l’église de Saint-Thomas, faisant partie du couvent des
Augustins. Située en saillie par rapport à la fortification principale de la ville,
l’église fut le point le plus vulnérable de la défense de Brno. Les Suédois
comprirent bien cette faiblesse et concentrèrent le gros de leur effort notamment
contre cet endroit. Même exposée aux attaques les plus virulentes, la bâtisse ne fut
jamais prise et cela grâce à la protection divine. En effet, le maître-autel abritait un
tableau de la Vierge-Marie et à chaque fois que l’ennemi approchait, on attestait
que la Vierge tournait ses yeux vers le ciel pour demander le salut de Dieu.1140 Ce

1138
Michaela Radvanová, op. cit., p. 78-80.
1139
Marta Šrámková – Oldřich Sirovátka, op. cit. , p. 33-34.
1140
Bohumír Popelář, op. cit., p. 153.

376
miracle redonnait du courage aux défenseurs qui, renforcés ainsi, partaient alors
chaque fois avec une nouvelle énergie faire face à l’ennemi.
Un miracle dut se produire également à l’église des Saints-Pierre et Paul. Un
défenseur grièvement blessé y fut déposé pour être soigné par sa fiancée. Soudain,
un boulet fracassa la voûte et tomba au milieu de la nef principale, à côté du
couple. Mais le souffle de l’impact fut tellement fort qu’il décrocha un tableau
placé sur l’autel qui se posa sur les deux gens. Ce fut ainsi qu’ils furent sauvés,
alors que l’intérieur de l’église se retrouva complètement ravagé.1141
Certains récits furent destinés à réconforter les défenseurs. Dans un
monastère à proximité de la ville par exemple, les soldats suédois voulurent tirer
sur un tableau de la Vierge-Marie. Au moment où les premières balles furent tirées,
une lumière éblouissante sortit du tableau et les soldats devinrent tous aveugles.1142
Le message pour les assiégés fut clair : Dieu est à nos côtés, il s’oppose aux
Suédois comme nous et il nous soutiendrait s’il le faut.
Mais une légende de loin la plus connue est celle du secours de la ville de
Brno, le 15 août 1645. Elle existe en effet en plusieurs variantes et demeure très
intéressante pour le sujet de notre travail car elle relate directement le rôle exercé
par Jean Louis Ratuit de Souches dans les opérations militaires. En été 1645,
Torstensson, excédé par la durée du siège, préparait une attaque qui se devrait
décisive. Au milieu du mois d’août, il fit réunir son état-major pour annoncer à ses
officiers une nouvelle, lourde de conséquences. D’après les récits, la date du
dernier assaut fut arrêtée au 15 août. Le choix ne fut pas laissé au hasard car il
s’agit du jour de Assomption de la Vierge-Marie, la prétendue protectrice de la
ville. Depuis plusieurs jours, elle devait en effet apparaître au-dessus de Brno, en
encourageant les défenseurs et semant la panique dans le camp adverse.1143
L’occasion fut alors bonne pour Torstensson, en cas de victoire, d’humilier la
sainte patronne de la forteresse. La veille de l’attaque, le général suédois dut dire à
1141
Ibidem, p. 153.
1142
Marta Šrámková, Odraz švédského obléhání Brna v pověstech, p. 169.
1143
Bohumír Němčík, op. cit., p. 72.

377
ses soldats que si la ville n’était pas prise avant le midi, ils abandonneraient le
siège et quitteraient la Moravie.
L’attaque générale commença le 15 août au petit matin. D’après la plus
ancienne version de cette légende, mise à l’écrit par Milan Mikšíček en 1844,1144
les combats furent particulièrement durs. Au moment critique, où les Suédois
réussirent à s’emparer d’une partie de l’enceinte et se préparèrent à pénétrer à
l’intérieur de la ville, un brouillard si épais s’abattit sur la ville que l’on n’y voyait
plus rien. Soudain, toutes les cloches se mirent à sonner d’elles mêmes en
annonçant le midi. Au dessus de l’église Saint Pierre et Paul, au milieu du
brouillard, apparut une forte lumière où l’on pouvait voir la Vierge-Marie avec les
bras ouverts invitant les défenseurs à se mettre sous sa protection. Torstensson
comprit que tous ses espoirs furent terminés et ordonna le départ de son armée.
Plus tard, il apprit que les cloches ne sonnèrent pas midi mais seulement onze
heures du matin. Depuis et afin de commémorer ce heureux événement, les cloches
de Saint-Pierre sonnent midi une heure d’avance.
A la fin du XIXe siècle, ce substrat légendaire fut modifié et le secours de
Brno attribué à un tableau miraculeux de la Madone noire qui se trouvait jadis
exposée à l’église de Saint-Thomas à Brno.1145 Cette transformation provoqua une
certaine confusion de manière à ce qu’au début des années 1930, nous vîmes déjà
deux versions différentes de la même légende.1146 La première parle d’une
procession qui traversait la ville pendant les combats les plus rudes. Le cortège de
jeunes filles passait dans les rues et avançait depuis l’église Saint-Thomas vers
celle de Saint-Pierre. Cette manifestation pieuse se termina par un miracle. Un
brouillard épais tomba sur la ville et le ciel se couvrit de nuages dans lesquels de
nombreux croyants virent apparaître la Vierge-Marie vêtue d’une cape bleue,

1144
Matěj Mikšíček, Sbírka pověstí moravských a slezských, t. II, Brno, 1844. Cité d’après Marta Šrámková, Odraz
švédského obléhání Brna v pověstech, p. 169.
1145
Václav Brandl, «Dějinné obrazy města Brna», Besídka čtenářská, 3, Brno, 1864, p. 84; Karel Eichler, op. cit..,
t. I/1, p. 211-257 (sur le siège de Brno et sa délivrance grâce à la Madone noire p. 234-238 ; sur les miracles
attribués à la Madone p. 240-243).
1146
Leopold Masur, Alte Brünner Sagen, Brünn, 1935.

378
tendant ses bras en signe de protection envers les fidèles. Un orage violent qui
s’abattit aussitôt sur Brno, éteignit les feux provoqués par les tirs ennemis et mit
fin à l’attaque suédoise. Cela se produisit à 11 heures. D’après le récit,
l’acharnement des Suédois contre la ville fut tel que le tableau de la Madone
noircit à cause de la concentration de soufre dans l’air craché par l’artillerie. La
Vierge à l’enfant de Saint-Thomas devint alors la « Madone noire ».
La deuxième version voulut qu’au moment des combats les plus acharnés, le
sonneur de Saint-Pierre, un homme très âgé, monta dans le clocher afin d’observer
la bataille. Soudain, un boulet tomba au pied de la tour qui fut fortement secouée
par l’impact. Le sonneur se mit à genoux et pria pour le sauvegarde de sa ville.
Quant il vit que la situation devint critique, il commença à sonner afin de donner
du courage aux défenseurs. Il était précisément 11 heures.1147
A ce canevas vinrent s’ajouter d’autres éléments. D’après certaines
variantes, Torstensson, avant d’annoncer la date et les détails de l’attaque
« définitive » contre Brno, convoqua les membres de son état-major dans une
auberge non loin de la ville. Mais le valet de l’aubergiste qui servait les officiers
comprit leurs desseins et en parla à un apprenti boulanger du village de Bystrc.
Nous avons déjà évoqué la légende sur l’approvisionnement de Brno par les
boulangers du village en question qui utilisaient les couloirs souterrains pour
joindre la ville. L’apprenti utilisa alors les mêmes moyens. Il arriva à entrer en
ville où il se cacha dans le clocher de Saint-Pierre. Mis au courant du plan des
Suédois, il attendit 11 heures où il se mit à sonner de toutes ses forces. Finalement,
il réussit à semer la confusion totale dans le camp de l’ennemi et à sauver la
ville.1148
Que devient dans tout cela Jean Louis Ratuit de Souches ? Lorsqu’ils
parlent des événements liés au siège de Brno, la plupart des auteurs cités plus haut
n’oublient pas de remarquer, que la ville se trouvait alors sous le commandement

1147
«Der Türmer von Sankt Peter. Verfrühtes Mittagsläuten», Deutsche Heimat, 21, 1935, p. 95-97.
1148
Marta Macků, op. cit., p. 20-22; Bohumír Popelář, op. cit., p. 154-157.

379
d’un officier français, d’origine protestante, qui eut du mal au début de se faire
accepter dans sa nouvelle fonction mais qui y réussit grâce à son génie militaire.
Cela serait en elle-même, une mention plus que mince. Or, nous disposons d’autres
empreintes, beaucoup plus durables, cette fois-ci. La légende sur les cloches qui
retentirent à 11 heures pour annoncer midi et afin de mettre terme au terrible siège
est la plus populaire des légendes moraves. Dans une de ses maintes modifications,
nous pouvons découvrir en tant que personnage clé Jean Louis Ratuit de Souches.
Ce fut lui qui, une fois mis au courant sur les propos tenus par le général
Torstensson avant l’attaque, prit le destin de la ville entre ses mains : ce fut sous
ses ordres que les cloches retentirent à 11 heures. Après la victoire, ce fut de
nouveau lui qui ordonna à ce que les cloches de Saint-Pierre sonnent
quotidiennement midi à 11 heures afin de rappeler les événements de ce 15 août
1645.1149 Certains auteurs parlent même, de manière quelque peu exagérée, de
«l’heure de l’été » de Ratuit de Souches.1150
La présence de Jean Louis Ratuit de Souches dans les légendes liées à la
période de la guerre de Trente Ans en Moravie n’est pas sa seule trace dans les
textes littéraires. En effet, nous pouvons en trouver d’autres, pour le peu
surprenantes. Il s’agit surtout d’un roman de jeunesse, complètement oublié
aujourd’hui, de la plume de Jaroslav Janouch et intitulé « Pro čest a slávu » (=Pour
l’honneur et la gloire).1151 L’histoire, pas très originale, raconte les destins d’un
garçon appelé Jirka (Georges). Tout commence en 1642, lors de l’invasion
suédoise en Bohême et en Moravie. Jirka, orphelin, vit avec sa grand-mère dans un
moulin situé au bord d’un cours d’eau quelque part en Moravie centrale. A la
nouvelle de l’offensive suédoise et de pillages des soldats ennemis, Jirka réussit –
juste à temps, avant l’apparition d’une unité suédoise dans la région – à cacher
dans une cavité secrète toutes les économies familiales. Une fois arrivé devant le

1149
Marta Šrámková – Oldřich Sirovátka, op. cit., p. 29-31; Eduard Petiška, op. cit., p. 234; Bohumír Němčík, op.
cit., p. 75-77.
1150
Jaroslav Štěpaník, op. cit., p. 38-41 («Radvítův letní čas» = l’heure de l’été de Ratuit).
1151
Jaroslav Janouch, Pro čest a slávu. Román pro mládež z doby švédského obležení města Brna, Brno, 1970.

380
moulin, un officier en tête de ses hommes demanda à Jirka la rançon en menaçant
de tuer la grand-mère s’il refusait. Le garçon avait prévu cette éventualité et après
avoir fait semblant d’hésiter, il sortit d’un tiroir quelques pièces en prétendant qu’il
s’agit de toute la fortune de la famille. Il arriva à convaincre l’officier qui fut
surpris par la franchise de Jirka. Lorsque les soldats s’apprêtèrent à mettre feu au
moulin, leur chef les en empêcha et ordonna le départ immédiat.
Trois ans plus tard, en 1645, pendant une nouvelle campagne suédoise en
Moravie, le moulin de Jirka fut de nouveau « visité » par l’ennemi. Cette fois-ci, le
déroulement de l’événement fut beaucoup plus dramatique. Jirka qui depuis un
moment vivait seul, sa grand-mère étant décédée, fut fait prisonnier, enlevé par les
Suédois et le moulin fut incendié. A cause de sa jeunesse (il n’avait que 15 ans),
Jirka ne pouvait pas devenir soldat et fut alors confié comme valet au chef de la
cuisine du général Torstensson. Au côté de son tuteur, il prit part à toutes les
opérations de l’armée suédoise et se retrouva également devant la ville de Brno. Il
apprit l’allemand et le suédois, il s’habillait comme les autres soldats et petit à
petit, il conquit confiance de Torstensson.
Lors d’une contre-attaque des Impériaux sur les positions suédoises, Jirka fut
capturé et amené ensuite devant le commandant de la garnison de Brno, Jean Louis
Ratuit de Souches. Afin de présenter ce dernier, le romancier prête la parole au
général Torstensson qui, en s’adressant à ses officiers, tint les propos suivants :
« La ville de Brno n’est pas bien défendue. La garnison n’est pas très nombreuse
et les défenseurs n’ont pas assez de provisions ni de munition. […] Le nouveau
commandant en chef qui servit d’ailleurs avant dans notre armée, ne jouit pas
trop de confiance auprès de la municipalité. Il est même possible que ce dernier
nous livrera Brno aussitôt après notre première attaque. Vous le connaissez bien.
Il s’agit du colonel de Souches. […] Il est vrai, que le colonel de Souches avait
faillit se faire prendre par nous lorsqu’il se retrouva entouré dans la ville
d’Olomouc et qu’il s’en échappa en sautant dans le fossé sous une pluie de nos
tirs. Mais de l’autre côté, il sait très bien que s’il s’oppose à notre force, il ne

381
pourrait pas être épargné. Nous allons alors tout de même essayer de le persuader
à nous joindre. »1152
Une fois devant le colonel de Souches, Jirka saisit sa chance. Il proposa en
fait ses services aux Impériaux et devint leur agent. Sachant parler suédois et
connaissant bien les membres de l’état-major, il avait en effet le profil idéal pour
ce genre de mission. Il fut alors relâché et rejoignit le campement ennemi. Toutes
les nuits, il s’éclipsait et passait les messages confidentiels aux défenseurs. Mais un
jour, Torstensson commença à le soupçonner. Pour échapper à l’exécution, Jirka
s’enfuit dans la ville où il devint, grâce à ses services loyaux précédents, un des
proches du colonel de Souches.
Après une attaque contre les positions suédoises, on amena en ville un
officier suédois grièvement blessé. Dans le malheureux, Jirka reconnut l’officier
qui refusa de mettre feu à son moulin en 1642. En guise de remerciement, il tâcha
de le soigner et de savoir plus sur lui. Il apprit en effet, que le soldat en question fut
d’origine tchèque, protestant et qu’il se laissa séduire par l’armée suédoise pour
défendre sa religion. Exilé depuis 1620, il vivait dès lors avec sa famille en Suède.
Sur le point de mourir, l’officier supplia Jirka de prévenir la famille sur son décès
ce que Jirka, ému, promit.
Cependant, Torstensson envisageait une attaque générale contre la ville.
Mais les préparatifs ne restèrent pas secrets à Jirka qui réussit à s’introduire
inaperçu dans le campement suédois et comprenant la langue des soldats ennemis,
il découvrit les desseins du haut-commandement suédois. Il en informa le colonel
de Souches qui lui promit de faire le nécessaire pour défendre la ville. Le 15 août,
lors de l’assaut suédois, Jirka se cacha à proximité de l’église Saint-Pierre. Au
moment le plus dur, ce fut lui qui se mit à sonner pour donner du courage aux
défenseurs et il sauva ainsi, sans vraiment y penser, le destin de Brno.
Suite à cet exploit, Jirka devint un proche du colonel de Souches qui lui
donna plusieurs centaines de florins en guise de remerciement. Jean Louis sollicita
1152
Ibidem, p. 50.

382
même auprès de l’Empereur de l’aide financière pour Jirka qui songeait à
reconstruire son moulin incendié par les Suédois. Mais avant de s’installer en
meunier en Moravie, Jirka dut tenir la promesse donnée à l’officier suédois. Nous
le vîmes alors partir en Suède. Là-bas, il rencontra sa future épouse, fille de
l’officier blessé mortellement devant Brno. Ensemble, ils rentrèrent en Moravie où
ils se marièrent plus tard. Le colonel de Souches fut invité comme témoin au
mariage et toute sa vie il protégea la famille de Jirka.
Voici, l’histoire digne des plus grands romans historiques moralisateurs de la
deuxième moitié du XVIIIè – début du XIXè siècle, à l’instar des œuvres de
Stéphanie Félicité du Crest de Genlis. Comme si, symboliquement, le cercle se
refermait. Madame de Genlis publia, entre autres, un roman sur le siège de La
Rochelle, où le jeune Jean Louis Ratuit de Souches passa sans doute son baptême
du feu.1153 Le roman de Jaroslav Janouch s’inspira de l’événement qui marqua,
quant à lui, l’apogée de sa carrière militaire.
Hormis la prose, les sujets de siège de Brno et de sa défense trouvèrent bien
évidemment leur reflet dans la poésie. Les chansons populaires, grâce à leur
simplicité et aux rimes qui facilitaient la mémorisation et la transmission parmi les
contemporains mais également à travers des décennies, voire des siècles,
contribuèrent, elles aussi, à la propagation de la renommée de Jean Louis Ratuit de
Souches. Même si ce dernier ne fut pas toujours mentionné, il resta étroitement lié
aux événements de 1645. Une allusion du siège évoquait alors automatiquement le
personnage du commandant de la garnison de la ville. Tel fut l’état des choses au
moins jusqu’à la fin du XIXè siècle.
Le départ de Torstensson de Brno comptait parmi les plus importantes
nouvelles de l’époque et nous pouvons imaginer que les chansons relatant cette
victoire des Impériaux furent beaucoup plus nombreuses que ce que l’on pourrait

1153
Stéphanie-Félicité de Genlis, Siège de la Rochelle. Voir également la traduction tchèque Stéphanie-Félicité de
Genlis, Obležení Rochellské, Prague, 1852. Sur la vie et l’œuvre de Madame de Genlis voir par exemple Milena
Lenderová, «Dáma urozená, ctnostná i frivolní: Stéphanie-Félicité du Crest de Saint-Aubin, hraběnka de Genlis
(1746-1830)», Acta historica et museologica Universitatis Silesianae Opaviensis, C, 7, 2007, p. 213-224.

383
en juger aujourd’hui. En effet, nous ne disposons que de quelques rares textes,
actuellement pratiquement inconnus. Il s’agit d’abord d’une chansonnette que nous
avons déjà citée plus haut. Arrive ensuite une autre chanson, en allemand, un peu
plus longue, intitulée « Schweden-Schall und Brünner Widerhal » ce qui pourrait
être traduit comme « Brno renvoie l’appel suédois ».1154 Cette dernière fut
composée comme un dialogue entre les attaquants suédois qui lancent un appel à la
reddition et les défenseurs de Brno dont la réponse revient comme un écho :

Appel : Brno n’est plus ! Brno n’est plus !


Même si le Mars était avec vous !
Le soldat suédois, il vous tient tous
Brno n’est plus ! Brno n’est plus !
Même si le Jupiter était avec vous !
Brno n’est plus !

Echo : C’est une erreur ! C’est une erreur !


Il y a des héros de Dieu et de l’Empereur.
Le soldat suédois, tu ne nous as pas tous
C’est une erreur, c’est une erreur
La mère de Dieu
Nous présente ses faveurs
C’est une erreur !

Appel : Brno n’est plus ! Brno n’est plus !


Par le contraire, il ne faut pas vous bercer
La grandeur du pouvoir suédois
Vous ne pouvez pas percer.
1154
Le texte de la chanson fut publié par Wilhelm Schram, «Schweden-Schall und Brünner Widerhall», Ein Buch für
jeden Brünner. Quellenmäßige Beiträge zur Geschichte unserer Stadt, V, Brünn, 1905, p. 14-16. La version
originale se trouve ajoutée dans les annexes. Traduction en français Petr Klapka.

384
Brno n’est plus ! Brno n’est plus !
Capitule bientôt et rejoins-nous
Brno n’est plus !

Echo : Capituler et venir à vos côtés ?


Sur cela, vous ne pouvez pas compter.
Brno de la Vierge-Marie
Ne sera jamais pris !
Capituler et venir à vos côtés ?
Sur cela, vous ne pouvez pas compter.
Nous n’irons pas de vos côtés !

Appel : Brno n’est plus ! Brno n’est plus !


Butin des soldats, aubaine pour nous !
Par la bataille de Jankau, tu as tout perdu
Brno n’est plus ! Brno n’est plus !
Butin des soldats, aubaine pour nous !
Brno n’est plus !

Echo : Ne comptez pas, hérétiques, sur votre rôle !


Les conquêtes suédoises
Tomberont bien à l’eau.
Et votre pouvoir souvent tant vanté
Se couvrira bientôt d’un voile honteux.
On ne vient pas, hérétiques, jusqu’à chez vous !
La Vierge de victoire est avec nous !
La Vierge de victoire est avec nous.

385
Enfin, nous avons découvert une troisième chanson populaire relatant les
exploits des Impériaux en les mettant en opposition aux échecs des Suédois. Son
titre ainsi que le refrain ne pourraient pas être plus éloquents :

« Brzeg, Freiberg et Brno aussi


rendent les Suédois plus dociles ».1155

Ces quelques témoignages littéraires assurèrent à Jean Louis Ratuit de


Souches la gloire posthume. Et même s’il tombèrent au cours du XXè siècle en
partie dans l’oubli, cela ne changera rien sur le rôle que Jean Louis joua dans
l’histoire morave du XVIIè siècle.

1155
« Brieg, Freyberg und Brünn
machen die Schweden dünn ».
Cité d’après Christian d’Elvert, « Brieg, Freyberg und Brünn, machen die Schweden dünn », NB, 29, 1883, p. 19.
Traduction Petr Klapka. Brieg est ici la ville de Brzeg dans le duché de Silésie. La ville résista en 1642 au siège
suédois. Quant à Freyberg, il s’agit de Freiberg en Saxe ayant tenu bon face au siège des Suédois en 1643.

386
2. Fêtes et cérémonies commémoratives

Comme nous l’avons constaté à plusieurs reprises, la défense victorieuse de


Brno constitue un élément fort de l’héritage que le comte de Souches laissa
en Moravie. Durant les XVIIe et XVIIIe siècles et jusqu’ à la fin du XIXe siècle, le
15 août (date de la dernière attaque suédoise contre la ville) était célébré
annuellement dans la région par des processions, des messes et les fêtes populaires,
soutenues par les autorités locales qui faisaient le rapprochement entre la victoire
militaire et la fête de l’Assomption, la Vierge Marie étant considérée comme
protectrice de la ville.
Ce jour-là, les rues de Brno se remplissaient d’habitants de la ville-même
mais également de gens venus des alentours. La journée commençait en général
par une messe dite à l’église de Saint-Jacques, lieu du dernier repos du général de
Souches. Une procession traversait ensuite la ville, se dirigeant vers la cathédrale
Saint Pierre et Paul, l’endroit hautement symbolique car ce furent ses cloches qui
selon la légende sonnèrent fin à l’attaque suédoise et au siège. Dans le cortège, on
portait l’icône de la « Madone noire » qui sauva la ville. Les dignitaires marchaient
en tête, suivis des bourgeois, des membres des corporations, du clergé, des
représentants des ordres religieux installés en la ville. Les élèves du collège jésuite
clôturaient le cortège. A onze heures, selon la tradition, les cloches retentirent. Les
unités de tireurs de la garde municipale marquèrent le coup par une salve en
honneur de toutes les victimes de ce 15 août 1645. La fête continuait dans l’après-
midi jusqu’au tard le soir.1156

1156
Tel fut le déroulement des fêtes relaté dans le journal local Moravia. Voir Franz Walter, «Der 15. August.
Historischer Rückblick während der Erinnerungsfeier an Brünn’s Rettung im Jahre 1645», Moravia, 2, 1839, p. 609-
611; «Am 15. diese Monath fend die jährige Erinnerungsfeier der Aufhebung...», Moravia, 2, 1839, p. 616; «Die
Erinnerungsfeier an die Aufhebung der schwedischen Belagerung Brünns», Moravia, 7, 1844, p. 348; Wilhelm
Schram, «Die Feier des Schwedensestes», Ein Büch für jeden Brünner. Quellenmäßige Beiträge zur Geschichte
unserer Stadt, III, 1902, p. 155-156.

387
Le rituel commémoratif fut de temps à autre perturbé par les festivités
exceptionnelles à l’occasion de grands anniversaires de la fin du siège. Tel fut le
cas de la célébration de 1745.1157 Le centenaire attira des plus hauts dignitaires
ecclésiastiques du pays et les membres du Tribunal morave qui représentèrent à la
fois l’autorité locale et le pouvoir impérial. Selon la mise en scène baroque, la fête
fut couronnée par un feu d’artifice.1158 Plusieurs ouvrages célébrant la protection
de la ville par la Vierge-Marie furent également publiés.1159
Le bicentenaire du siège, en 1845, se déroula selon un scénario presque
identique.1160 En dehors des cérémonies, un nombre d’études consacrées aux
événements d’il y a 200 ans fut publié, retraçant pour la première fois et de
manière très détaillée, le déroulement des opérations. Ces ouvrages, malgré leur
âge, restent toujours des titres de référence, notamment en ce qui concerne les
éditions des documents de l’époque.1161 Un livre grand public sortit par la même
occasion de la plume de Václav Rodomil Kramerius, auteur de textes populaires où
il mélangeait les sujets historiques avec les motifs à une forte connotation
nationaliste.1162
En 1945, pour des raisons évidentes, les célébrations n’eurent pas lieu. A
l’arrivée des communistes au pouvoir en 1948, le régime n’était pas favorable aux
commémorations à la connotation religieuse et il fallut attendre la chute de la

1157
František Šuppler, Památka stoletá, co Švejda od panování , kteréžto nad Brnem skrz těžké obležení pohledával,
roku 1645, odstoupiti a od města odtáhnouti přinucen jest…, Brno, 1745 ; Wilhelm Schram, «Wie die Brünner im
Jahre 1745 des Schwedenfest feierten», Ein Büch für jeden Brünner, I, 1901, p. 108-111.
1158
De nombreuses études sur les festivités à l’époque moderne furent publiées par Václav Bůžek – Pavel Král
(réd.), Slavnosti a zábavy na dvorech a v rezidenčních městech raného novověku (=Fêtes et festivités dans les cours
et dans les villes de l’époque moderne), České Budějovice 2000 (=OH 8). A comparer à Rostislav Smíšek, «Leopold
I., Markéta Tereza Španělská a Ferdinand z Dietrichsteina», p. 65-111. Sur les feux d’artifice comme d’une partie
inséparable des fêtes baroques voir Eberhard Fähler, Feuerwercke des Barock. Studien zum öffentlichen Fest und
seiner literarischen Deutung vom 16. bis 18. Jahrhundert, Stuttgart, 1974 ; Beatrix Bastl, «Feuerwerk und
Schlittenfahrt. Ordnungen zwischen Ritual und Zeremoniell», Wiener Geschichtsblätter, 51, 1996, p. 197-229.
1159
Voir par exemple A. F. Dubravius, Maria Virgo regiae urbis Brunensis a Sueco absessore Patrona, s.l., 1745 ;
J.J.A. Tilscher, Saeculum gaudiose exaltans et gratias agens, s.l., 1745.
1160
F.V. Donneh, «Die zweite Säkularfeier der Belagerung Brünns durch die Schweden im Jahre 1645», Moravia, 3,
1845, p. 389-390, 393-394, 397-398; Mathias Ströer, Religiose Erinnerung der zweihundertjährigen Feierlichkeit
der Belagerung Brünns von den Schweden im Jahre 1645. Zum Andenken der Treue und Tapferkeit der
Bürgerschaft gewidmet, Brünn, 1845.
1161
Pour les références, voir le chapitre sur le siège de Brno du présent travail.
1162
Václav Rodomil Kramerius, Obležení Brna od Švédů. Z vlasteneckých dějin, jenž se dály za časů kruté války
švédské, Znojmo, 1845.

388
dictature en 1989, afin de pouvoir renouer avec le passé. Ce ne fut qu’en 1995, à
l’occasion du 350e anniversaire, qu’une grande fête fut organisée et une tradition
de festivités annuelles fut relancée.1163 Parallèlement, comme en 1845, plusieurs
ouvrages scientifiques et populaires virent le jour,1164 notamment celui de Jan
Skutil qui apporta une première biographie de Jean Louis Ratuit de Souches
publiée en République tchèque.1165 Le Musée municipal de Brno prépara également
une exposition sur l’année tumultueuse de 1645.1166
Depuis, d’autres activités furent entreprises afin de perpétuer la mémoire des
événements de 1645 devant Brno et celle des gens qui y participèrent. Une
exposition permanente fut par exemple ouverte à la forteresse de Špilberk où l’on
peut parcourir les dix siècles d’histoire de la ville. Deux salles sur neuf furent
consacrées à l’époque de la présence suédoise devant la métropole morave.1167
Avec la conjoncture des activités des amateurs de l’histoire militaire, des
reconstitutions du siège en « présence » de Jean Louis Ratuit de Souches sont
jouées depuis quelques années, devant des milliers des spectateurs.1168

1163
Pavel Balcárek, «Brno se Švédům před 350 lety nevzdalo», Rovnost, 28 avril 1995; Božena Martina Hrdličková,
«Muž zbraně a muž ducha aneb o obraně Brna proti Švédům trochu jinak», Haló Brno, no 7, juillet 1995, p. 3 (ici le
programme des festivités).
1164
Voir plus haut, le chapitre sur le siège de Brno.
1165
Jan Skutil (sous la dir. de), Morava a Brno na sklonku třicetileté války, Prague – Brno, 1995. Pour la biographie,
assez incomplète, du général de Souches voir Peter Broucek, «Biographie des Louis Raduit de Souches», Ibidem, p.
62-69.
1166
Když Brno obléhali Švédové. 1645-1995. 350. výročí úspěšné obrany Brna před švédskými vojsky v třicetileté
válce, Brno, Špilberk, mai-octobre 1995.
1167
Jiří Čejka – Dana Olivová, Brno na Špilberku. Průvodce expozicí Muzea města Brna, Brno, 2000, p. 18-27.
1168
Martin Reissner – Jiřina Veselá, Den Brna. 15. srpen, památný den konce švédského obléhání Brna a
Nanebevzetí Panny Marie roku 1645, Brno, 2006, notamment p. 7-8.

389
3. Témoignages matériels

Un visiteur non-initié flânant attentivement dans les rues de Brno, pourrait


être surpris par le nombre de vestiges liés à la personne de Jean Louis Ratuit de
Souches. Leur simple liste suffit à elle-même pour saisir les traits essentiels de la
vie de ce dernier et nous en profiterons ici afin de compléter notre étude.
Nous avons déjà évoqué plus haut le monument funéraire du général de
Souches avec son épitaphe donnant un résumé de la carrière militaire du défunt.
Cependant, hormis cette œuvre, la ville en abrite d’autres, pas moins intéressantes.
Ainsi, au pied de la forteresse de Špilberk, une stèle portant un buste de notre héros
fut dressée.1169 Installé à l’endroit même où se trouvait, lors du siège de 1645, un
des bastions imaginés par de Souches, le monument connut une histoire
tourmentée, à l’instar des autres œuvres commémorant des diverses personnalités
d’antan. Créé en 1902 par Jan Tomola, sculpteur de la région, le piédestal du buste
de Jean Louis portait jadis une inscription en allemand : « Radwig Graf de
Souches, Feldmarschall der kaiserlichen Armee, geboren 1608, gestorben 1683,
Vertheidiger Brünns gegen schwedische Übermacht im Jahre 1645. »1170 Il faut
remarquer ici la mauvaise date du décès du général en 1683 au lieu de 1682 ! A la
création de la Tchécoslovaquie indépendante en 1918 qui se démarquait volontiers
face à l’élément allemand, ce texte fut effacé. Après 1945, une nouvelle
inscription, en tchèque et quelque peu laconique y fut ajoutée : « Ratuit de
Souches, défenseur de Brno 1645. »1171 A l’époque où le régime communiste
prônait une société égalitaire et s’opposait au système féodal, mieux valait omettre
toute allusion pouvant évoquer ce dernier. Ainsi disparaît le titre de comte mais

1169
Radan Květ, Z bronzu a kamene, Brno, 2005, p. 18; Milena Flodrová – Miroslava Menšíková, Pamětní desky a
pomníky v Brně. Soupis pamětních desek a pomníků existujících či již jen prameny doložených na území města Brna,
Brno, 2004, p. 156.
1170
« Ratuit comte de Souches, maréchal de l’armée impériale, né en 1608, décédé en 1683, défenseur de Brno
contre la supériorité suédoise en 1645. »
1171
« Raduit de Souches obránce Brna 1645 » .

390
également tout ce qui pourrait rappeler l’Empereur où l’armée impériale. Jean
Louis Ratuit de Souches devint un combattant parmi d’autres dans un affrontement
indéfini. Ce ne fut qu’en 1995, que le monument fut restauré et doté d’un texte plus
explicite avec une correction quant à la date du décès : « Louis Raduit de Souches,
maréchal de l’armée impériale, *16 août 1608 + 12 août 1682, commandant de la
défense lors du siège suédois de Brno en 1645. »1172
Dans le centre ville, à proximité de la cathédrale de Saint Pierre et Paul, un
autre vestige rappelle le général de Souches. Il s’agit d’un cartouche ovale en
marbre, placé sur le mur d’une des maisons appartenant au chapitre de Brno.
Trouvé au hasard en 2005, il fut sculpté en 1650 et le texte qu’il contient renvoie
aux événements de 1645.1173 Son emplacement actuel témoigne qu’à cette année-
là, lors du siège suédois, les maisons des chanoines abritèrent le quartier général de
Jean Louis Ratuit de Souches.1174
A la sortie de la cathédrale Saint-Pierre, sur le mur de clôture de la résidence
épiscopale, un blason taillé en pierre montre les armoiries du général de Souches.
L’emplacement est hautement symbolique. Tout visiteur de l’église fut obligé de
passer devant et pouvait ainsi admirer l’ascension sociale et les mérites de Jean
Louis. En effet, son blason est représenté ici dans sa forme la plus solennelle. 1175
Le premier et le quatrième champ de l’écu écartelé contient une aigle colorée en
échiquier symbolisant le Margraviat de la Moravie. Ce motif exprime la gratitude
du pays envers le général pour avoir sauvé la ville de Brno. Le deuxième et le
troisième champ fut doté d’une tour avec des mâchicoulis décorée par les
étendards, renvoyant ainsi aux fortifications de la place, cela pour rappeler la
défense lors du siège suédois. Au milieu, un écu central appartient à la famille de
Souches portant des éléments héraldiques du lignage, en l’occurrence trois cœurs,

1172
« Louis Raduit de Souches, polní maršál císařské armády, *16.8.1608 +12.8.1682, velitel obrany při švédském
obléhání Brna 1645 » en version originale tchèque.
1173
Jiří Hanáček, Heraldická procházka Petrovem, Brno, 2007, p. 8.
1174
Son texte en latin dit : « J.L.R : BARONI DE SOUCHES ILLVSTRI PATRIAE PROPVGNATORI GRATI
PATRIAE PROCERES D :D :1650 ». Ibidem.
1175
Jiří Hanáček, op. cit., p. 8-9.

391
un croissant de la lune et un chevron. Le tout fut complété par une couronne
comtale. Cette représentation du blason de Jean Louis Ratuit de Souches n’est pas
la seule à témoigner de ce noble. Nous trouverions une autre sur le mur de la cour
intérieure de la forteresse de Špilberk, au côté des armoiries de Georges Ogilvi,
commandant de la citadelle en 1645.
De l’époque plus récente, nous disposons encore d’une œuvre, pour le peu
inattendue. Au croisement des rues Smetanova et Botanická à Brno, une façade
d’une maison en style Art Nouveau fut décorée en 1910 par le peintre local Jan
Köhler d’un graffiti s’inspirant des événements de 1645. On y voit les soldats de
deux camps se battre devant les remparts de la ville, à proximité du monastère
Saint-Thomas. Dans la partie inférieure, trois médaillons apparaissent : à gauche
celui de Lennart Torstensson, à droite un portrait de Jean Louis Ratuit de Souches,
les deux rivaux séparés par une image de la Madone noire qui selon la légende
sauva la ville.1176
Nous avons déjà mentionné les symboles héraldiques de la famille de
Souches se trouvant sur les bâtiments de Brno. Or, les armoiries étant la preuve la
plus visible de l’ascension sociale et un des éléments les plus importants
témoignant du prestige familial, nous pouvons les trouver également ailleurs que
dans la métropole morave, notamment sur les domaines des Souches. Un blason de
Jean Louis Ratuit de Souches et de sa première femme Anne Elisabeth de
Hoffkirchen se trouve au château de Jevišovice.1177 Un autre au côté de celui de sa
deuxième femme Anne Salomé d’Aspermont fut placé à l’entrée de l’église de la
Vierge Marie à Hluboké Mašůvky. Pour marquer les limites de son domaine, Jean
Louis fit tailler des grands blocs de pierre servant de bornes et dotés de blason

1176
Les clichés de ce graffiti furent publiées par exemple par Michal Žák, «Jen Brno odolalo», Haló Brno, 2005, no
7, p. 12; Ladislav Plch, Brno. Procházky po stopách minulosti, Prague, 2003, p. 10-15, ici p. 11.
1177
Slavomír Brodesser – Tomáš Krejčík, «Erb Ludvíka Raduita de Souches ve starém zámku v Jevišovicích»,
Vlastivědný věstník moravský, 41, 1989, p. 352-353.

392
familial. Aujourd’hui, un seul existe encore. Datant de 1678, il est placé au village
de Vranovská Ves près de Znojmo comme un témoin muet des temps passés.1178
Les éléments héraldiques utilisés par la famille de Souches trouvèrent
également leur place dans les armoiries de quelques localités possédées jadis par le
général. Ainsi, le sceau de Hostim de la deuxième moitié du XVIIe siècle porte,
entre autre, un cœur,1179 et en ce qui concerne le blason de Hluboké Mašůvky, le
cœur y est accompagné par une fleur de lys qui renvoie, quant à elle, aux origines
géographiques de l’ancien propriétaire du lieu.
Enfin, en parlant des traces matérielles concernant Jean Louis Ratuit de
Souches, nous devons rappeler l’existence d’une source iconographique d’une
portée première, relatant le siège de Brno de 1645. Il s’agit de deux tableaux de
Hieronymus Benno Bayer assisté par Hans Jörg Zeiser de 1646. La première toile
offre une vue plongeante sur la ville pendant les opérations militaires, la seconde
apporte deux vues panoramiques sur Brno assiégé, l’une du Sud-Est, l’autre du
Nord-Ouest.1180 Les deux peintres furent bourgeois de Brno et durent, au moins
Hans Zeiser, assister aux événements houleux de l’été 1645. A la fin du siège,
Hieronymus Bayer fut engagé par la municipalité à figer pour la mémoire des
générations suivantes l’épisode cruciale de l’histoire de la ville. Le travail prit deux
ans et les membres du corps de la ville y investirent des sommes considérables.1181
Mais le résultat fut spectaculaire. Nous pouvons observer le siège comme si nous y
étions, aucun détail ne fut pas oublié. On voit Brno, enfermé par ses remparts qui
sont d’ailleurs à plusieurs endroits fortement endommagés. Les boulets rouges sont
en train de s’abattre sur la ville. Toutes les constructions hors les enceintes furent
rasées, il n’en reste que des fondations. Un peu plus loin, sur la colline, la
forteresse de Špilberk prend feu, une épaisse fumée noire s’élève au-dessus. Le

1178
Miloslav Trmač, «Hraniční kámen se znakem J.L. Raduita de Souches ve Vranovské Vsi u Znojma», Zpravodaj
Genealogické a heraldické společnosti, 7, 1979, no 3-4, p. 46.
1179
Jaroslav Dřímal – Ivan Štarha, Znaky a pečeti jihomoravských měst a městeček, Brno, 1979, p. 351-352.
1180
Les deux toiles sont actuellement déposée au Musée municipal de Brno. Voir Jiří Čejka – Dana Olivová, op.
cit.., p. 27. A comparer à František Šujan, Dějepis Brna, p. 31-32.
1181
Wilhelm Schram, «Neue urkundliche Beiträge zur Geschichte der Stadt Brünn», p. 81-82.

393
long des murs de Špilberk, un groupe de cavaliers se dirige vers la tranchée menant
à la ville. C’est une unité de comte de Vrbna qui apporte de la poudre et des
renforts tant attendus. Côté suédois, les batteries sont à leurs positions, les
commandants Suédois et Transylvains discutent sur la suite des opérations, un
attelage de dix bœufs est en train de manœuvrer un canon de gros calibre, le vent
fait agiter les étendards. Il manque le bruit des canons et le fracas des explosions,
le cri des soldats et des officiers donnant les ordres, le hennissement des chevaux et
le clapotement de leurs sabots, bref, tous les bruitages que l’on peut imaginer pour
évoquer une bataille, pour que l’illusion soit parfaite.
Le tableau de Hieronymus Bayer et Hans Zeiser connut un tel succès que
l’on fit faire sa – très libre – copie et on la bénit, en 1684, comme l’ex-voto à la
Vierge-Marie, à la basilique à Mariazell en Autriche.1182 La réputation des
défenseurs de la ville atteignit alors son apogée. Ce fut cet acte de bravoure
militaire qui assura à leur commandant, Jean Louis Ratuit de Souches, déjà de son
vivant, non seulement une popularité sans faille en Moravie, une grande gloire et
une réputation d’un des plus grands généraux de son temps mais contribua
également à la création d’un personnage légendaire dont l’existence laissa une
trace durable dans la mémoire collective morave.1183

1182
Martin Reissner – Jiřina Veselá, op. cit., p. 14-15. L’importance de Mariazell fut soulignée par Léopold Ier à
plusieurs reprises. En effet, lors de son règne , il y vint neuf fois pour rendre hommage à la Vierge, sa protectrice.
Voir Rotraut Miller, « Die Hofreisen Kaiser Leopolds I. », MIÖG, 75, 1967, p. 91. A comparer à Franz Jantsch,
Mariazell: Das Heiligtum der Gnadenmutter Österreichs, Graz, 1952; Laura Lynne Kinsey, The Habsburgs at
Mariazell: Piety, Patronage and Statecraft, 1620-1760, Los Angeles, 2000.
1183
De temps à autre, les exploits de Jean Louis Ratuit de Souches inspirèrent les artistes qui proposèrent une image
glorifiée de ce dernier. Citons en ici, à titre d’exemple, une série de xylographies de Helena Bochořáková-
Dittrichová, Švédové před Brnem. Kniha dřevorytů, Brno, 1936 dont nous reproduisons quelques extraits dans les
annexes du présent travail.

394
CONCLUSION

395
Le général de Souches – à l’époque, il n’était qu’un officier – Français
d’origine, entra en contact avec les pays de la Couronne de Bohême au moment
d’une crise profonde – celle de la guerre de Trente Ans – au moment, où la Cour
de Vienne avait besoin avant tout de bons et loyaux soldats et surtout des
commandants pour mener son combat contre les puissances européennes. Et il
saisit sa chance. Cependant, il ne fut pas seul à chercher sa fortune au service des
Habsbourg.
En effet, ils furent des dizaines, voir des centaines de nobles étrangers de
tous niveaux à quitter leurs pays d’origine et à vouloir trouver sa place dans
l’armée impériale. Parmi eux, aux côtés des Italiens, des Espagnols, des Irlandais,
des Ecossais, des originaires du Pays-Bas ou des territoires de l’Empire, arrivèrent
de nombreux nobles francophones. Ces derniers formaient un groupe très
hétérogène.
Certains s’engagèrent en vue de s’emparer d’un butin facile, d’autres, en
revanche, gravirent les échelons de la hiérarchie militaire, acquirent du prestige et
arrivèrent à rentrer en possession des biens dans les pays Habsbourg, les pays de la
Couronne de Bohême compris. Ce fut cette catégorie-là qui nous intéressait
davantage.
Comme nous l’avons signalé, les nobles ayant trouvé leur bonheurs dans les
pays tchèques, n’étaient pas tous soldats. En effet, les lignées dont les fondateurs
épousaient une carrière militaire furent majoritaires jusqu’aux des années 1660.
Arrive ensuite une période transitoire qui dura jusqu’à la fin des années trente du
XVIIIe siècle. Le nombre de migrants nobles exerçant les métiers militaires
diminua en faveur des lignages étant actifs dans les divers postes administratifs.
L’arrivée au pouvoir de Marie-Thérèse et de son époux François-Etienne de
Lorraine provoqua une autre vague massive d’installation des nobles francophones.
Rarissimes furent les soldats. En revanche, la majorité écrasante fut formée par les

396
diplomates, hommes politiques et administrateurs de tout genre. La porte s’ouvrit
également aux entrepreneurs et manufacturiers expérimentés.
Faute d’archives et de sources suffisamment éloquentes – pour certaines
familles une absence presque totale d’informations fut constatée – nos recherches
conçues de manière très large, se verraient alors limitées à quelques cas isolés des
lignages ayant laissé des traces plus importantes. Nous nous vîmes changer
radicalement notre démarche et nous avons alors concentré notre effort sur deux
objectifs. D’abord, nous avons décidé d’élaborer pour chaque famille rencontrée
lors de notre travail, une fiche de présentation synthétique avec une liste de toutes
les sources existantes. Ainsi, ces présentations serviraient de base solide pour des
recherches éventuelles sur certaines de ces lignées francophones.
Le gros de notre travail consistait en même temps à réaliser une biographie
de Jean Louis Ratuit de Souches, un représentant d’un des rares lignages
francophones qui réussirent à s’établir durablement dans les pays de la Couronne
de Bohême, en l’occurrence en Moravie. Son existence pratiquement ignorée
aujourd’hui, nous poussait à en découvrir plus. En effet, la famille de Souches
laissa derrière elle des archives familiales presque inexploitées aujourd’hui.
Pourtant, elles contiennent des documents d’une richesse et d’une portée inégalée.
C’est là un des paradoxes concernant Jean Louis, un parmi tant d’autres.
Sa personnalité ainsi que ses faits furent pleins de contradictions. Né en
France dans le milieu huguenot, il trouva son bonheur au service des Habsbourg
catholiques. Il se convertit et pour prouver la profondeur de sa foi, il alla même
jusqu’à la fondation d’un lieu de pélérinage sur ses domaines moraves. Soldat, il se
battit successivement pour défendre la cause du protestantisme, d’abord à La
Rochelle, sa ville natale, contre les troupes de Louis XIII, ensuite dans l’armée
suèdoise contre les Impériaux. Il devint général de Ferdinand III, puis de Léopold
Ier, en se servant de ses connaissances de la tactique adverse pour lutter contre les
Suédois et les Français, un peu plus tard. Parti d’un milieu modeste, il finit par être
reconnu comme un des plus grands chefs militaires de l’époque et accumula une

397
fortune considérable. Cette ascension fulgurante lui valut les éloges des uns mais
également les critiques et les réactions de jalousie exacerbées, aussi bien dans
l’armée qu’à la Cour viennoise.
En revenant sur la typologie élaborée par Paul-André Rosental, proposant
une classification des émigrés fondée sur l’observation de leur rapport avec les
espaces d’origine et les espaces d’accueil, le cas de Jean Louis Ratuit de Souches
apparaît sous un angle nouveau. La majorité de ses actes correspondrait plutôt aux
caractéristiques attribuées par Rosental à la « migration de rupture ». En
commençant par le service de Souches à la Cour et dans l’armée impériale. Servir
l’Empereur, l’ennemi de toujours du roi de France, fermait à Jean Louis toutes les
éventualités de retour dans son pays natal. Il gravit les échelons de la hiérarchie
militaire jusqu’à atteindre les postes du général et du feld-maréchal. Il lia son
destin à la cause Habsbourg dont il devint un fervant défenseur en fondant ainsi
une nouvelle tradition familiale.
Les soins que Jean Louis apportait à la gestion de ses terres, relèveraient
également de la catégorie de migration mentionnée. En effet, l’acquisition du
domaine de Jevišovice en Moravie du Sud, son agrandissement ainsi que
l’application personnelle dans sa gestion, autant d’éléments qui montrent bel et
bien la volonté d’intégration de Souches dans la société nobiliare morave. Fils
cadet, il ne pouvait prétendre obtenir la gestion de la totalité des domaines
familiaux qu’après renonciation (ou le décès) de son frère. Or, après l’engagement
de Jean Louis au profit de la Cour viennoise, ses chances de récupérer les biens
ancestraux sont devenues tout simplement impensables. Un argument de poids
pour chercher à s’investir ailleurs.
Un autre élément montrant l’intégration du comte de Souches à la société
nobiliaire des pays Habsbourg était la possession des palais particuliers,
notamment à Brno, « capitale » du Margraviat de Moravie et surtout à Vienne,
capitale de la monarchie. Le fait de devenir propriétaire d’un bien dans la ville
résidentielle de la dynastie régnante conjugué à l’exercice de la charge du

398
Conseiller à la Cour impériale augmentait le prestige familial et faisait des Souches
une lignée « du pays ». Dans ce sens, la rupture avec son pays d’origine fut alors
consommée.
Enfin, les dispositions incorporées dans le testament du général exprimant la
volonté d’être inhummé sur le sol morave et de dresser un monument à sa gloire
au-dessus du lieu de son dernier repos, à l’église de Saint-Jacques à Brno, montrent
suffisamment à quel point Jean Louis Ratuit de Souches était attaché à son pays
adoptif.
Cependant, malgré son effort d’intégration à la société nobiliaire des pays
Habsbourg et notamment à celle de la Moravie, Jean Louis Ratuit de Souches ne
pouvait pas nier ses origines. C’est dans ce contexte que l’on pourrait évoquer
certains éléments appartenant plutôt au domaine de la « migration de maintien ».
La domination de la littérature en français dans sa bibliothèque au château de
Jevišovice en Moravie du Sud le montre suffisamment. Cependant, ce constat
dévoile une réalité beaucoup plus complexe.
En effet, l’absence des ouvrages en tchèque dans sa collection de livres et
une faible quantité de titres en allemands montrent bien une lente capacité
d’adaptation de Jean Louis à son nouveau milieu linguistique et pose la question de
la maîtrise des langues par Souches. Malgré son entourage et en dépit de ses
fonctions à la Cour de Vienne et à l’armée impériale, sa langue maternelle resta
pour lui dominante. Cependant, même si l’armée de l’Empereur était tout sauf un
corps national homogène - et cela était valable notamment au cours du XVIIe siècle
– le poste du général exigeait sans doute une acquisition minimale de l’allemand.
La charge du Conseiller de guerre nécessitait probablement, elle aussi, une maîtrise
suffisante de la langue de l’Empereur. Si nous pouvons alors, avec certaine
prudence cependant, accorder à Jean Louis une connaissance de l’allemand à
l’oral, nous avons des preuves assez solides pour affirmer son incapacité de
s’exprimer à l’écrit. En effet, toute sa correspondance en allemand avec
l’Empereur, les autorités de l’administration centrale, les autorités des pays

399
tchèques, les représentants de l’Eglise, ses amis, ses voisins ou encore les
intendants de ses domaines fut rédigée par une autre main, Jean Louis apposa
seulement sa signature, accompagnée parfois par quelques remarques en français
en marge comme pour vouloir rectifier certains détails. De ce point de vue, il
restait toujours « un étranger », attaché à la culture de son pays natal.
Un autre aspect lié aux origines de Jean Louis par lequel le général se
différenciait de la plupart des lignées installées dans les pays tchèques mériterait
d’être souligné ici : la propagation des cultes des Saints provenant de l’espace
francophone. La chapelle du château de Jevišovice fut consacrée à Saint-Louis, le
cas rarissime dans les pays de la Couronne de Bohême. Le sanctuaire de Hluboké
Mašůvky a été érigé, quant à lui, à la gloire de la Vierge de Foy, dont le culte
arriva dans les pays tchèques de la Belgique. Manifestation des origines familiales
ou peut-être un certain désir de l’originalité furent à ce moment, semble-t-il, plus
forts que le soucis de l’intégration.
Contrairement à beaucoup de ses compatriotes, Jean Louis Ratuit de
Souches laissa des traces durables dans l’histoire du pays et sa légende continua à
vivre même après sa mort : un nombre de contes, œuvres d’art et monuments de
tout genre allant jusqu’aux fêtes commémoratives en témoignent suffisamment.
Pourtant aujourd’hui, peu de gens connaissent son nom.
Et c’est justement ce mélange entre la rupture et une certaine continuité qui
fait du général de Souches un personnage à la fois caractéristique d’une certaine
catégorie de migrants (francophones ou pas) et en même temps particulièrement
singulier. Difficilement dissociables l’un de l’autre, ces éléments ne forment qu’un
ensemble hétéroclite, certes, mais qui fait en même temps toute l’originalité du
parcours de Jean Louis Ratuit de Souches.
Si jusqu’à présent, nous parlions des émigrés nobles, il conviendrait de
rappeler ici qu’ils n’étaient pas les seuls à trouver le refuge dans les pays de la
Couronne de Bohême. En effet, parmi les nouveaux venus francophones, nous
pouvons distinguer quelques noms des familles d’origine roturière ayant réussi à

400
s’implanter avec succès dans le nouveau milieu. Elles représentent un groupe qui
mériterait pleinement notre intérêt. Cependant, faute de sources suffisantes, nous
ne connaissons que quelques destinées particulières, à l’instar des Franchimont de
Frankenfeld.1184
Originaire du village de Franchimont en Belgique, Nicolas Franchimont était
professeur de médecine à l’Université Charles à Prague. Il devint le médecin
personnel de l’Empereur Ferdinand III qui l’avait également recommandé à son fils
Léopold Ier. Il fut anobli en 1648 et quelques années plus tard, il obtint l’incolat
pour les pays tchèques où il s’acquit, à la deuxième moitié du XVIIe siècle, des
biens en Bohême centrale. Si, à la différence des autres lignées, nous disposons
d’informations plus amples sur sa famille, c’est parce que Nicolas de Franchimont
laissa derrière lui un vestige de taille. En effet, en 1670, il ordonna de transformer
sa résidence à Nemyšl en Bohême centrale en un château baroque selon la mode de
l’époque. Mais malgré une ascension sociale fulgurante, le destin ne se montra pas
favorable aux Franchimont dont le lignage s’éteignit à la disparition, en 1709, du
fils de Nicolas, Antoine Alexandre.
Comme nous l’avons constaté plus haut, le phénomène de l’immigration
francophone dans les pays de la Couronne de Bohême remonte aux années 1618-
1620. La période traitée dans le présent travail fut celle de 1618 – 1740, le choix
portant sur l’an 1740 étant symbolique. L’avènement de la fille de Charles VI,
l’archiduchesse Marie-Thérèse, à la tête de la Monarchie, nous parut pertinent car à
compter du début de règne de Marie-Thérèse, les contacts austro-français
s’intensifièrent dans tous les domaines faisant même du français une des langues
couramment parlées par les membres de la haute société des pays gouvernés par la
dynastie.1185 En effet, le français est devenu la langue préférée de la noblesse
autrichienne qui « […] le parlait et l’écrivait d’une élégance rares en France elle-

1184
August Sedláček, Českomoravská heraldika, t. II, Praha, 1925, s. 141.
1185
A ce sujet Ivo Cerman, « La noblesse de Bohême dans l’Europe française. L’enigme du français nobiliaire », in :
Le rayonnement français en Europe centrale du XVIIe siècle à nos jours, p. 365-385.

401
même […] ».1186 A partir de ce moment-là, la migration francophone fut dotée de
nouveaux contours qualitatifs ainsi que quantitatifs.
En effet, de nombreux nobles – notamment d’origine lorraine – arrivèrent en
Autriche à la deuxième moitié du XVIIIe siècle attirés par la personne de l’archiduc
François-Etienne, époux de Marie-Thérèse et lui-aussi originaire de la même
région. Une partie d’entre eux cherchait à se réaliser au service militaire des
Habsbourg, d’autres furent actifs dans l’administration. Ainsi, le comte Nicolas
Gorcey-Longuyon, issu d’une ancienne famille lorraine connue déjà au XIIIe
siècle, obtint en 1786 l’incolat pour les pays tchèques ce qui lui avait permis de
rentrer en possession des terres en Bohême centrale. Le lignage qu’il avait fondé se
poursuivit jusqu’au début du XXe siècle.1187 Son compatriote Jean Baptiste Joyeuse
de Petit Sivry, major général et chambellan à la Cour impériale, fut élevé, en 1754,
dans les rangs de la haute noblesse des pays tchèques. Ses six fils assurèrent le
prolongement du lignage qui se poursuivit jusqu’au milieu du XIXe siècle.1188 Le
Wallon Alexandre Franquet, pourrait, lui-aussi, servir d’exemple. Pour son audace
lors de la bataille près de Kolín en Bohême de l’Est en 1757, il fut élevé dans les
rangs de la haute noblesse avec le titre de baron et obtint en même temps l’incolat
pour les pays tchèques. Ses traces disparaissent peu après, en 1768.1189 La famille
de Baillou, originaire de Flandres, profita également de cette conjoncture. Elevés
en 1766 dans les rangs de la haute noblesse, ses membres obtinrent en même temps
l’incolat pour les pays tchèques et s’installèrent sur leurs terres de Hustopeče nad
Bečvou en Moravie de l’Est qui restèrent en leur possession jusqu’en 1945.1190 Et
on pourrait terminer notre aperçu par les Briffaut (d’après leur domaine en Bohême
centrale appelés également Briffaut de Slavětín). Etienne de Briffaut obtint en
1756 la reconnaissance de son titre de chevalier et quelques années plus tard, en

1186
Souvenirs de la baronne du Montet 1785-1866, Plon, Paris, 1914, p. 30.
1187
Petr Mašek, Modrá krev, p. 86.
1188
Voir la notice biographique sur cette famille dans le Complément du présent travail.
1189
Milan Mysliveček, Velký erbovník. Encyklopedie rodů a erbů v zemích Koruny české, I-II, Plzeň, 2005-2006,
article „Franquet“.
1190
Heinrich von Kadich – Conrad Blažek, Der mährische Adel (= J. Siebmacher´s Grosses und allgemeines
Wappenbuch, IV/10), Nürnberg, 1899, p. 5.

402
1769, il acheta le domaine de Lukavec que ses descendants tenaient jusqu’en
1831.1191
Si l’essentiel des problèmes liés à la migration nobiliaire francophone des
XVIIe et XVIIIe siècles dans les pays tchèques reste aujourd’hui tout simplement à
découvrir, il est indispensable d’esquisser ici un aperçu de ce flux migratoire lors
de la période suivante, celle de la Révolution française et de la première moitié du
XIXe siècle.1192 Car loin d’être le cas isolé, l’installation des lignages francophones
dans les pays tchèques durant les XVIIe et XVIIIe siècles n’était pas une
« anomalie » historique mais, au contraire, elle s’inscrit dans une tendance de
longue durée dont elle ne marque que le point de départ. Plus tard, une autre vague
de migrants surgit, celle des Français hostiles à la Révolution.1193 Le phénomène se
poursuivit même durant la première moitié du XIXe siècle pour s’estomper à la
deuxième moitié du même siècle. Cependant, il ne s’arrêta qu’avec le début de la
Grande guerre en 1914.
A en croire les Mémoires de la baronne de Montet qui laissa ainsi derrière
elle un témoignage du premier ordre sur la société aristocratique viennoise de la fin
du XVIIIe siècle,1194 « […] par une bizzarerie très commune alors dans la grande
noblesse autrichienne, ces grands seigneurs, si véritablement seigneurs, étaient
presque tous amis de la révolution française, haïssaient les émigrés et la noblesse.
1191
Rudolf Meraviglia-Crivelli, Der böhmische Adel (= J. Siebmacher´s Grosses und allgemeines Wappenbuch,
IV/9), Nürnberg, 1885, p. 3 ; August Sedláček, Českomoravská heraldika, II, Praha, 1925, p. 378.
1192
Au sujet des émigrés pendant la Révolution française voir note 225. A consulter également les ouvrages plus
anciens d’Henri Forneron, Histoire générale des émigrés pendant la Révolution française, t. I-III, Plon , Paris,
1834 ; Ernest Daudet, Histoire de l’émigration pendant la Révolution française, t I-III, Hachette, Paris, 1907-1908 ;
Fernand Baldensperger, Le mouvement des idées dans l’émigration française (1789-1815), t I-II, Plon, Paris, 1924.
Quelques fils conducteurs éventuels pour les recherches sur l’émigration nobiliaire francophone dans les pays de la
Couronne de Bohême pendant la Révolution française furent ésquissées par Radmila Slabáková, « Emigrace
francouzské revoluce – problémy a přístupy k jejímu zkoumání se zvláštním důrazem na typologii emigrace
francouzské šlechty do rakouských zemí », Acta Universitatis Palackianae Olomucensis, Historica, 28, 1998, p. 57-
65. Le phénomène migratoire français lors de la Révolution fut également déjà analysé dans certaines régions
européennes. Voir à ce sujet T. Jöpel, Emigranten der französischen Revolution in Preussen (1789 - 1806), Leipzig,
2000.
1193
Sur des nombreux aspects de l’émigration nobiliaire française pendant la Révolution voir le plus récemment
Philippe Bourdin (sous la direction), Les noblesses françaises dans l’Europe de la Révolution. Actes du colloque
international de Vizille, 10 – 12 septembre 2008, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2010.
1194
Souvenirs de la baronne du Montet 1785-1866, Plon, Paris, 1914. Au sujet des Mémoires des émigrés voir J.P.
Erman – P.C. Reclam, Mémoires pour servir à l’histoire des réfugiés français dans les Etats du roi, I-IX, Berlin,
1782-1794. Plus récemment François Jacob – Henri Rossi (sous la direction), Mémorialistes de l’exil. Emigrer,
écrire, survivre, L’Harmattan, Paris, 2003.

403
Je crois, ajouta-t-elle, que cela ne peut s’expliquer que comme une suite de vieilles
rancunes nationales […] ».1195
Les mots sans doute quelque peu éxagérés même si en effet, dans les
premières années de la Révolution, une certaine méfiance envers les réfugiés
caractérisait bel et bien le milieu aristocratique autrichien. Mais après les premiers
moments d’euphorie face aux nouvelles provenant de la France, la noblesse
autrichienne s’était bien rendu compte que la Révolution française représentait
pour elle un danger mortel. Elle craignait notamment pour le régime seigneurial et
le maintien de ses privilèges. Son attitude changea radicalement après le choc de
l’exécution de Louis XVI, puis de la reine, en 1793.1196 Peu après, les émigrés
nobles francophones disposaient à Vienne d’une certaine « structure d’accueil ». Si
l’existence de cette dernière semble être confirmée pour la haute noblesse – les
seigneurs – elle ne l’est moins quant aux chevaliers car ces derniers ne laissèrent
derrière eux aucun témoignage personnel (mémoires, souvenirs, carnets intimes…)
ni archives familiales sur lesquels on pourrait appuyer les recherches.
La haute noblesse francophone bénéficiait dans la capitale de la Monarchie
des Habsbourg du soutien actif notamment de la part du duc Charles Joseph de
Ligne.1197 Ce Français cosmopolite était en même temps le sujet de l’Empereur et
reconnu en tant que l’âme de la colonie francophone de Vienne.
La plupart des émigrés francophones ayant trouvé le refuge en Autriche (ou
de manière générale dans les pays Habsbourg) profitèrent de la première occasion
afin de retourner dans leur pays d’origine. Seule une minorité demeurait en exil.1198
Mais c’était ce groupe comportant surtout des officiers qui contribua à la formation
d’une image schématique d’un émigré noble français de la fin du XVIIIe
siècle telle qu’elle figurait dans les historiographies autrichienne et tchèque, à

1195
Souvenirs de la baronne du Montet, p. 35.
1196
Jean Bérenger, Histoire de l’Empire des Habsbourg. 1273-1918, Fayard, Paris, 1990, p. 537-542.
1197
Charles Joseph duc de Ligne (1735-1814). Une partie de ses papiers personnels se trouve déposée dans les
archives de Děčín en Bohême du Nord. Voir Státní oblastní archiv Litoměřice, pobočka Děčín, Pozůstalost Karla
Josefa de Ligne.
1198
Albert Soboul, Dictionnaire historique de la Révolution française, PUF, Paris, 1989.

404
savoir un noble royaliste, chassé de son pays par les révolutionnaires, se battant
dans les rangs des armées étrangères contre sa patrie qui l’avait privé de tous ses
biens et, par conséquent, de toute sa subsistance.1199
Il nous est impossible de donner ici une typologie exhaustive de l’émigration
nobiliaire pendant la Révolution française. Cela dépasserait de loin le sujet de notre
travail. Nous allons nous contenter de donner seules quelques destinées
particulières illustrant bien la grande diversité du phénomène et qui pourraient
donner des pistes éventuelles pour des recherches futures.
Ainsi, le baron Nicolas Charles Vincent, originaire de la Lorraine, diplomate
au service de François Ier, profite de l’occasion et après avoir servi les Habsbourg
pendant de longues années, il retourne définitivement, en 1826, sur son domaine
lorrain à Biancourt.1200 Quant à Emmanuel Mensdorff-Pouilly, il fut amené dans
l’émigration par ses parents. Après avoir combattu dans l’armée autrichienne, il
obtint l’incolat pour tous les pays héréditaires Habsbourg et fit carrière au service
de la dynastie régnante. Les liens à son pays natal semblent oubliés à tel point qu’il
se considérait lui-même comme étant Autrichien.1201 Le marquis Marc-Marie de
Bombelles, agent de Louis XVI auprès des Cours étrangères, suit les Bourbons lors
de leur retour en France. En revanche, ses fils Louis-Philippe, diplomate, et Henri-
François, précepteur de l’archiduc François Joseph, s’installèrent définitivement en
Autriche. Cependant, son troisième fils Charles hésitait entre le pays de son père et
celui où il avait bâti sa carrière. Il ne retourna définitivement en France que dans
les années 1830. La famille de Bombelles se trouvait en tête de la colonie des
émigrants francophones à Brno, en Moravie du Sud, où le duc de Dietrichstein leur
avait même proposé l’asile dans son palais.1202 Notre aperçu ne sera pas achevé

1199
D’après Donald Greer, 5 695 officiers issus des familles nobles quittèrent la France pendant la Révolution. Voir
Donald Greer, The Incidence of the Emigration During the French Revolution, Cambridge, 1951 ; François Furet –
Mona Ozouf, Dictionnaire critique de la Révolution française, t. II, Acteurs, Flammarion, Paris, 1992, p. 315-318.
1200
Marcel Maure (éd.), Souvenirs du général baron de Vincent, Le Pays lorrain, 1927-1930 ; Constant von
Wurzbach, Biographisches Lexikon der Kaisertums Österreich, t. LI, Wien, 1891, article « Vincent ».
1201
Radmila Švaříčková-Slabáková, Rodinné strategie šlechty. Mensdorffové-Pouilly v 19. století, Prague, 2007.
1202
Comte de Fleury, Les dernières années du marquis et de la marquise de Bombelles d’après des documents
inédits, Paris, 1906 ; Correspondance du marquis et de la marquise de Raigecourt avec le marquis et la marquise de
Bombelles pendant l’émigration 1790-1800, La Société d’histoire contemporaine, Paris, 1892.

405
sans mentionner les Rohan. Cette famille bretonne était très nombreuse. Henri
Louis Marie, prince de Guéménée, duc de Rohan ainsi que ses fils avaient bâti leur
carrière dans l’armée autrichienne. Mais sa femme Victoire et une partie de la
famille retournèrent en France. Les fils d’Henri Louis, Charles Alain Gabriel et
Jules Armand Louis obtinrent l’incolat en Bohême et s’installèrent sur leurs terres
à l’Est du pays. Mais les liens avec la France ne furent pas complètement rompus
car les petits enfants d’Henri Louis étaient éduqués dans le pays de leurs
ancêtres.1203
Toutes ces destinées pourraient être complétées ici par les parcours de deux
familles francophones arrivées dans les pays de la Couronne de Bohême au cours
du XIXe siècle. Ainsi, nous pouvons mentionner les Lorrains Beltrupt-Tissac,
famille comtale ayant obtenu en 1825 l’incolat pour les pays tchèques et dont un
membre, Gustave, est devenu à la deuxième moitié du XIXe siècle l’archevêque
d’Olomouc en Moravie centrale. Le lignage possédait ensuite les terres en Moravie
jusqu’en 1945.1204 Quant aux Bourguignons Baillet de Latour, ils étaient actifs au
service des Habsbourg déjà au XVe siècle. En 1719, ils furent élevés au rang des
comtes. Alois Baillet de Latour acquit en 1878 les terres en Bohême centrale que
ses descendants gardèrent jusqu’en 1948. Arriva ensuite l’étatisation de tous les
biens familiaux et ce ne fut qu’après la chute du régime communiste, que leurs
patrimoine leur avait été restitué.1205
Si nous venons d’introduire ces quelques représentants des migrants nobles
francophones installés plus ou moins durablement dans les pays de la Couronne de
Bohême à partir de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, c’était pour montrer la
grande diversité du phénomène migratoire nobiliaire dans le territoire en question.
Sujet sans doute fort intéressant qui mériterait d’être étudié de plus près. Que ce
constat reste alors un appel aux éventuels intéressés désirant dévoiler ces facettes

1203
Hana Baladová, RA Rohanů, 1361-1951. Inventář, SOA Litoměřice, pobočka Děčín, 1973, passim.
1204
Heinrich von Kadich – Conrad Blažek, Der mährische Adel (= J. Siebmacher´s Grosses und allgemeines
Wappenbuch, IV/10), Nürnberg, 1899, p. 8; Ottův slovník naučný, article «Beltrupt»; Petr Mašek, Modrá krev, p. 26.
1205
Petr Mašek, Modrá krev, p. 19 ; Rudolf Meraviglia-Crivelli, Der böhmische Adel (= J. Siebmacher´s Grosses
und allgemeines Wappenbuch, IV/9), Nürnberg, 1885, p. 235.

406
d’histoire qui demeuraient jusqu’au présent cachées. Ce ne sera qu’avec ce genre
de recherches qu’on arrivera un jour à établir une image synthétique sur la
migration de la noblesse francophone vers les pays héréditaires Habsbourg.

Dans son court texte biographique consacré à Jean Louis Ratuit de Souches,
l’historien morave Miroslav Trmač relate une anecdote qui, nous semble-t-il,
pourrait servir de métaphore de la situation actuelle autour de cette personnalité du
XVIIe siècle. Au château de Kravsko, près de Znojmo, en Moravie du Sud, se
trouvait jusqu’en 1945 un portrait en taille réelle de Jean Louis. Après la Seconde
guerre mondiale, le jardinier du château, un certain Monsieur Bednář raconta à
l’auteur de l’article qu’à l’époque où le château appartenait à la famille Dentice di
Frasco, d’origine italienne, lorsque cette dernière venait pour passer l’été sur son
domaine morave, il fut obligé de mettre quotidiennement des fleurs fraîches au
pied du tableau. Pourtant, aucun lien n’attachait la famille aux comtes de Souches.
Les Dentice di Frasco rachetèrent la résidence de la famille Ugarte qui, en
revanche, fut apparentée à la descendance du général. Mais la tradition et la
renommée d’un personnage célèbre transmises de génération en génération
obligeaient. Au début de la guerre, la famille di Frasco quitta le château ainsi que
le pays et avec elle disparut la tradition ancestrale. Le portrait, quant à lui, resta au
château, fut gravement endommagé en 1945, puis transporté au musée à Brno où il
fut entreposé en attendant sa restauration.1206 Il conviendrait d’ajouter qu’à l’heure
actuelle, le tableau se trouve au château de Jevišovice mais ne fut toujours pas
restauré.
Le portrait de Jean Louis Ratuit de Souches passa alors de la période de sa
vénération et de sa « popularité » à l’oubli et à l’indifférence. Exactement comme
le destin de son modèle. Faire sortir ce dernier de cette période « sombre » et
contribuer à la « restauration » de son image, tel fut l’objectif du présent travail.

1206
Miloslav Trmač, Maršál Jean Louis Raduit de Souches a Znojemsko, p. 5.

407
COMPLEMENT

Catalogue des familles nobles françaises installées dans les pays de la Couronne
de Bohême dans les années 1618 – 1740 (50)

Fiches biographiques et bibliographiques

408
d’Albon et Saint-André

La présence des d’Albon et Saint-André dans les pays tchèques est attestée
dès le début du XVIIIe siècle. Eugène d’Albon et Saint-André reçut, en 1743,
l’incolat pour la Moravie. La fortune familiale fut d’abord fondée sur la propriété
foncière de Hlubočany près de Brno en Moravie du Sud, puis, dès le début du XIXe
siècle, sur les terres situées dans la région d’Opava en Moravie du Nord. Le
lignage se perpétua jusqu’au milieu du XIXe siècle.1207

d’Alfroi

Aujourd’hui, malheureusement, nous ne disposons que de débris


d’informations sur les chevaliers d’Alfroi qui vécurent à la fin du XVIIe siècle à
Brno en Moravie du Sud.1208

de Bellegarde

D’origine savoyarde, la famille des marquis de Bellegarde (depuis 1682)


devint connue grâce à Janus de Bellegarde (mort en 1712), ministre et chancelier
de son pays natal. Son petit-fils Jean-François (1707-1769), général et ministre de
la guerre de l’impératrice Marie Thérèse, obtint, en 1741, l’incolat pour les pays
tchèques. A sa mort, deux lignées apparaissent : la styrienne, l’aînée, qui s’éteint à
la fin du XIXe siècle et la silésienne, la cadette, possessionnée dans la partie

1207
Heinrich von Kadich – Conrad Blažek, Der mährische Adel (= J. Siebmacher´s Grosses und allgemeines
Wappenbuch, IV/10), Nürnberg, 1899, p. 1; Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé
Hory do současnosti, I, A-M, Prague, 2008, p. 16.
1208
Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do současnosti, I, p. 18.

409
tchèque de la Silésie mais également en Moravie du Nord et qui se perpétua
jusqu’en 1941. Le fondateur de cette dernière, Heinrich de Bellegarde (1756-
1845), devint général de l’armée autrichienne et se battit contre Napoléon à Aspern
et à Wagram.1209

de Bois

Venu de la France, le colonel de l’armée impériale Jacques de Bois s’installa


en Moravie centrale en achetant, en 1624, la propriété foncière de Rymice près de
Kroměříž. Ses traces disparaissent aussitôt après.1210

de Briaumont

Jean Paul de Briaumont (mort en 1646), colonel dans l’armée impériale,


après avoir conspiré contre Wallenstein et participé à la liquidation de ce dernier,
fut élevé, en 1639, dans les rangs de la haute noblesse. Il reçut ensuite, en 1641,
l’incolat pour les pays tchèques. Sa femme lui apporta en dot quelques propriétés

1209
Rudolf Meraviglia-Crivelli, Der böhmische Adel (= J. Siebmacher´s Grosses und allgemeines Wappenbuch,
IV/9), Nürnberg, 1885, p. 103 ; Petr Mašek, Modrá krev. Minulost a přítomnost 445 šlechtických rodů v českých
zemích, Prague, 1999, p. 26; du même auteur, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do
současnosti, I, p. 62. On dispose également d’archives familiales déposées dans Zemský archiv Opava, Velkostatek
Velké Heraltice ( les documents des années 1598-1940: correspondance, matériel généalogique et autres). Pour un
aperçu voir Jarmila Hanzalová, Soupis osobních písemných pozůstalostí a rodinných archivů v České republice,
Praha, 1997, article « Bellegarde ».
1210
Tomáš Václav Bílek, Dějiny konfiskací v Čechách po roce 1618 (=L’histoire des confiscations en Bohême après
l’an 1618), tomes I-II, Prague, 1882-1883, p. 316; Josef Pilnáček, Staromoravští rodové, Vienne, 1930, no 2433;
August Sedláček, Českomoravská heraldika, II, Praha, 1925, p. 373 ; Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na
Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do současnosti, I, p. 94.

410
foncières en Bohême centrale, dans la région de Benešov. Le lignage se perpétua
jusqu’à la deuxième moitié du XVIIe siècle où ses traces disparaissent.1211

Buquoy

Selon la légende, la famille d’origine d’Artois fut fondée par le chevalier


Alexandre de Longueval qui, en 1080, accompagna un groupe de chrétiens lors de
leur pèlerinage en Terre sainte, faisant partie de l’Empire byzantin des
Comnènes.1212 Néanmoins, le premier ancêtre, figurant dans des sources fiables,
était Antoine de Longueval qui assista le 28 avril 1180 au mariage du roi Philippe
II Auguste avec Isabelle de Hainaut et qui, quelques années plus tard,
accompagnait son maître en Palestine. Son fils Jean Ier de Longueval, l’intendant
en Artois, participa en 1214 à la bataille de Bouvines et prit également part à la
croisade contre les Albigeois.1213

1211
Ottův slovník naučný (OSN), XVIII, Prague, 1902, article « Briaumont »; August Sedláček, Českomoravská
heraldika, II, p. 378; Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do současnosti,
I, p. 112.
1212
Un témoignage tout à fait exceptionnel sur l’existence des Longueval est livré par une galerie des blasons dite
« Galerie des croisés », réalisée par les Buquoy au XIXe siècle au château de Rožmberk (Rosenberg en allemand) en
Bohême du Sud. Les détails se trouvent dans Otto Semrád, «Heraldická výzdoba na zámku Rožmberk nad Vltavou»,
Listy Genealogické a heraldické společnosti v Praze, série 3, cahier 10, Prague, 1975, p. 27-31.
1213
Pour étudier l’histoire de la famille, on dispose de fonds abondants d’archives familiales déposés actuellement
dans Státní oblastní archiv (SOA) Třeboň, Rodinný archiv Buquoy /RA/(=archives familiales). Ils fournissent des
informations précieuses sur la généalogie de la famille et sur les possessions familiales. On y trouve les actes de
provenance française et espagnole, importants pour la période avant l’arrivée des Buquoy en Bohême du Sud, les
documents de la Chancellerie militaire de Charles-Bonaventure de Buquoy, primordiaux pour l’histoire de la guerre
tchèque des années 1618-1621, des sources pour les guerres des Habsbourg contre la France de Louis XIV et pour la
guerre de Succession d’Espagne, des matériaux sur la politique de Marie-Thérèse et de Joseph II ainsi que des livres
de comptes, des plans et des inventaires des sièges seigneuriaux et beaucoup d’autres. Pour ce qui est de la
généalogie de la famille, voir SOA Třeboň, RA Buquoy, cote 201.1, livre no 1 ; Ibidem, cote 201.2, carton 1. Des
informations plus détaillées sur les archives se trouvent dans SOA Třeboň, Průvodce po archivních fondech (=Guide
de fonds), t. 4, Prague, 1959, p. 81-112 ; Adolf Kalný, Rodinný archiv Buquoyů, (1260)1430-1942. Inventář
(=Inventaire), t. I, II, Třeboň, 1992 ; du même auteur, « Rodinný archiv Buquoyů. (Geneze, zpracování) » (=Genèse,
l’état actuel), Archivní časopis 43, 1993, p. 88-94 ; K.Dudáček - E.Fialová - J.Hanesch, Rodinný archiv Buquoyů.
(Grafika, kresby, akvarely), 1580-1919. Dílčí inventář (=Graphique, dessins, aquarelles. Inventaire partiel), Třeboň,
1984 ; Johann Brezina, Das ehemalige Buquoysche Schlossarchiv in Gratzen, Deutsche Kulturlandschaft an Moldau
und Maltsch, t. I, München, 1986. Dans la littérature, Ottův slovník naučný, t. IV, Prague, 1891, l’article
« Buquoi », p. 943-944; Biographie nationale de Belgique, t. XII, Bruxelles, 1893, l’article « Longueval », p. 359-
368; baron Muuls, «Les Longueval, comtes de Buquoy, au service des Habsbourg dans les Pays-Bas catholiques»,
Revue belge d’histoire militaire, t. XVI, 1965-1966, p. 273-295 ; Heribert Sturm, Biographisches Lexikon zur
Geschichte der böhmischen Länder, t. I, München-Wien, 1979 ; André Devaux, La famille de Longueval-Buquoy à

411
La figure emblématique de la famille fut cependant Charles-Bonaventure de
Longueval, baron de Vaux, comte de Buquoy, né en 1571 à Arras, dans la partie
catholique des Pays-Bas, où son père, Maximilien de Longueval, officier des
finances, obtint du roi Philippe II le titre comtal et peu après, devint membre du
Conseil de guerre. Charles-Bonaventure n’avait que dix ans quand son père
mourut, en 1581, au siège de Tournai. Il se vit alors entrer sous la protection
d’Alessandro Farnèse, duc de Parme, général au service de Philippe II et adversaire
d’Henri IV et servit sous ses ordres dès l’âge de quatorze ans. En 1597, à 26 ans, il
était déjà colonel dans les troupes wallonnes. Blessé en 1600 à Nieuport, il se
distingua à Ostende, en 1604, et fut remarqué par Ambrogio Spinola. Il devint
général d’artillerie et en 1613, il reçut de Philippe III le collier de la Toison
d’or.1214
Dès 1611, il entra en relation avec l’archiduc Mathias qui souhaitait le
prendre à son service. En 1614, il se rendit en Autriche, auprès de Mathias devenu
empereur, et c’est à Linz qu’il fut nommé feld-maréchal. Mais il demeurait
toujours loyal envers le roi d’Espagne qui le fit grand bailli de Hainaut aux Pays-
Bas. Ce ne fut qu’après la défenestration à Prague, en répondant à l’appel de
l’Empereur, qu’en juillet 1618 Buquoy se mit en route pour rejoindre Mathias qui
le nomma, le 15 juillet, commandant en chef de l’armée impériale opérant en
Bohême. Les actions militaires de l’été à l’automne 1618 ne furent pas couronnées
de succès, mais Charles Bonaventure se rattrapa en juin 1619, après la victoire sur
l’armée tchèque à Záblatí, en devenant maître de la Bohême du Sud. Suite à

travers des siècles, Bapaume, 1984 ; Petr Mašek, Modrá krev. Minulost a přítomnost 445 šlechtických rodů v
Českých zemích, Prague, 1999, article « Buquoyové » ; du même auteur, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve
Slezsku od Bílé hory do současnosti, t. I, p. 125-126; Vladimír Pouzar, Almanach českých šlechtických rodů
(=Almanach des familles nobles tchèques), Prague, 2001, article „Buquoy“; Jan Županič – Milan Fiala – František
Stellner, Encyklopedie knížecích rodů zemí Koruny české, Prague, 2001, atricle „Buquoy“, p. 44-48; Pavel Koblasa,
Buquoyové. Stručné dějiny rodu (=Buquoy. Histoire abrégée de la famille), České Budějovice, 2002.
1214
La toute première biographie de Charles-Bonaventure de Buquoy fut probablement celle de l’auteur anonyme
Vie de Charles-Bonaventure de Longueval, comte de Buquoy, Généralissime des armées de l’empereur Ferdinand
II, Vienne, 1796. S’en suivent Charles Rahlenbeek, Les Belges en Bohême ou campagne et négociations du comte
du Buquoy, Bruxelles, 1830 ; Anton von Weyhe-Eimke, Karl Bonaventura von Longueval, Graf von Buquoy. Retter
der habsburgisch-österreichischen Monarchie. Eine Episode aus dem Dreissigjährigen Kriege, Quellenstudien aus
dem Schlossarchiv zu Gratzen, Wien, 1876.

412
l’offensive de Gabor Bethlen d’automne 1619, Buquoy se vit retirer pour défendre,
avec succès, la ville de Vienne menacée par l’armée alliée tchèque et hongroise.1215
Pour le déroulement de la guerre la jonction des troupes de la Ligue
catholique et des impériaux en Basse-Autriche, le 8 septembre 1620, fut
essentielle. L’armée avait dorénavant deux chefs – Maximilien de Bavière et
Charles-Bonaventure de Buquoy et ce fut sous ce commandement qu’elle livra, le
8 novembre 1620, la bataille de la Montagne blanche. La victoire qui permit la
prise de Prague et qui marqua la fin de l’insurrection des états tchèques représente
aussi le sommet de la gloire militaire de Buquoy.1216 Après avoir passé l’hiver
1620 en Bohême, il reçut ordre de commencer une nouvelle campagne contre
Bethlen en Haute-Hongrie (Slovaquie actuelle). Là, lors du siège de la forteresse
de Nové Zámky (Neuhäusel), Charles-Bonaventure de Buquoy fut tué, le 21 juillet
1621.1217 Ses dépouilles furent transportées d’abord chez les franciscains à Vienne,

1215
Les opérations militaires de Charles-Bonaventure dans les années 1618-1619 sont décrites dans Miroslav Volf,
« Jihočeské bojiště v prvních měsících českého povstání v roce 1618-1619 » (=Bohême du Sud dans les premiers
mois de l’insurrection tchèque en 1618-1619), JSH 29, 1960, p. 18-20, 82-92 ; du même auteur, « Válka v jižních
Čechách v zimě a na jaře 1618-1619 » (=La Guerre en Bohême du Sud en hiver et au printemps 1618-1619), JSH
30, 1961, p. 24-34, 102-114 ; du même auteu, « Druhá polovina roku 1619 na jihočeských bojištích » (=Deuxième
moitié de l’année 1619 en Bohême du Sud), JSH 32, 1963, p. 79-91 ; du même auteur, « Jižní Čechy v létě 1620 a
příprava konečného střetnutí » (=La Bohême du Sud en été 1620 et la préparation de l’affrontement final), JSH 35,
1966, p. 8-23 ; Zdeněk Kalista (éd.), « Buquoyův itinerář z konce českého tažení » (=Itinéraire de Buquoy à la fin de
la campagne tchèque), Vojensko-historický sborník V, 1, 1936, p. 100-158 ; V, 2, 1936, p. 5-106 (y compris l’édition
de « Buquoy quadrimestre iter progressusque ») ; Peter Broucek, «Feldmarschall Bucquoy als Armeekommandant
1618-1620. Der dreissigjährige Krieg. Beiträge zu seiner Geschichte», Schriften des Heeresgeschichtlichen
Museums in Wien, t. VII, Wien, 1976, p. 25-57; Josef Polišenský – Bohumír Baďura – Miroslav Kouřil – Miroslav
Toegel (éd.), Documenta Bohemica Bellum Tricennale illustrantia, t. II, Der Beginn des Dreissigjährigen Krieges.
Der Kampf um Böhmen (1618-1621), Prague, 1972 (ce tome est presque entièrement composé de documents se
trouvant dans les archives familiales des Buquoy). Voir également Olivier Chaline, « Hrabě Buquoy a velení
císařského vojska 1618-1621», in: Od konfesijní konfrontace ke konfesijnímu míru. Sborník z konference k 360.
výročí uzavření vestfálského míru, Ústí nad Orlicí, 2008, p. 290-299.
1216
Les opérations militaires et la bataille de la Montagne blanche impressionnaient, inquiétaient ou au contraire
rassuraient les contemporains de Charles Buquoy. Certains laissèrent leurs témoignages, parmi eux Pavel Skála ze
Zhoře ( éd. Josef Janáček), Historie česká. Od defenestrace k Bílé hoře, Prague, 1984, p. 68, 70, 95-101, 110-114,
145-159, 179, 212, 285-306 (sur la campagne des impériaux en Bohême en automne 1620), 306-335 (sur la bataille
de la Montagne blanche) ; Mikuláš Dačický z Heslova (éd. Jiří Mikulec), Paměti (=Mémoires), Prague, 1996, p.191-
202 (sur la campagne tchèque de 1620 et la Montagne blanche). Un abbé jésuite, Henri Fitzsimon, confesseur
personnel de Buquoy laissa, lui aussi, un témoignage sur ces événements dans deux titres publiés sous les
pseudonymes de « CANDIDUS ELBLANUS », De proelio Pragensi, Pragaeque deditione octava et nona novembris
MDCXX, Prague, 1621 et de « CONSTANTINUS PEREGRINUS », Buquoy quadrimestre iter progressusque, Wien,
1621.
1217
Václav Líva (éd.), Prameny k dějinám třicetileté války. Regesta fondu Militare archivu Ministerstva vnitra ČSR
v Praze, t. III, 1618-1625, Prague, 1951, (surtout les pages 152, 155, 171 sur les opérations en Hongrie contre les
Turcs) ; Henri Sacchi, La guerre de Trente ans, t. I, Paris, 1991, p. 382 donne des détails sur la mort de Charles
Buquoy.

413
puis, en août 1623, transférées en Bohême et déposées par les soins de sa femme
dans l’église de la Vierge Marie à Rožmberk (Rosenberg).1218
La fortune familiale des Buquoy fut bâtie par Charles-Bonaventure en 1620.
Pour compenser ses mérites et rembourser des sommes d’argent considérables
prêtées à l’empereur, ce dernier lui céda les domaines de Nové Hrady, Rožmberk et
de Libějovice et les propriétés foncières de Cuknštejn et de Žumberk en Bohême du
Sud.1219 Contrairement à ce qu’on peut toujours entendre, Charles-Bonaventure de
Buquoy ne profita donc pas des confiscations après la bataille de la Montagne
blanche. Celle-ci fut livrée le 8 novembre 1620 alors que l’acte de donation
comporte la date du 6 février 1620. L’empereur confirma seulement sa décision
précédente après les confiscations des biens de la noblesse révoltée.1220 Au cours
des années suivantes, la propriété des Buquoy fut élargie par de nombreuses
acquisitions,1221 leurs domaines en Bohême du Sud ont été arrondis par l’achat de

1218
SOA Třeboň, RA Buquoyů, cote 205.1, 205.2, carton 4 ; Olivier Chaline, « La mort du comte de Buquoy
(1621) », in : Jitka Radimská (éd.), K výzkumu zámeckých, měšťanských a církevních knihoven. Vita morsque et
librorum historia, České Budějovice, 2006 (=OR 9), p. 45-52.
1219
Des archives très riches pour pouvoir étudier les multiples aspects du fonctionnement de ces domaines se
trouvent dans SOA Třeboň, Buquoyská hlavní pokladna Nové Hrady /=Caisse principale des Buquoy à Nové
Hrady/ (ce fond est constitué de documents du centre comptable qui fut placé à Nové Hrady) ; Ibidem, Velkostatek
Nové Hrady (=archives du domaine); Ibidem, Velkostatek Rožmberk nad Vltavou (=archives du domaine). Pour les
détails, on peut consulter SOA Třeboň, Průvodce po archivních fondech, t. 4, Prague, 1959, p. 115-121 (Velkostatek
Nové Hrady), p. 123-125 (Velkostatek Rožmberk nad Vltavou). A voir également Adolf Kalný, Buquoyská hlavní
pokladna Nové Hrady, 1768-1945. Inventář (=Inventaire), Třeboň, 1961 ; du même auteur, Vývoj správy
buquoyských statků v Čechách 1620-1945 (=Evolution de l’administration des domaines des Buquoy en Bohême),
disertační práce katedry Pomocných věd historických a archivního studia, Filozofická fakulta Univerzity Karlovy,
Prague, 1963 (thèse dactylographiée) ; Anton Teichl, Geschichte der Herrschaft Gratzen, Gratzen, 1899; Margarete
Buquoy, Die Grafen von Buquoy – Aspekte ihrer Herrschaft. Deutsche Kulturlandschaft an Moldau und Maltsch, t.
I, München, 1986, p. 45-70. Dernièrement Pavel Juřík, Jihočeské dominium. Rožmberkové, Eggenbergové,
Schwarzenbergové a Buquoyové v jižních Čechách, Prague, 2008, p. 376-426.
1220
Sur cet aspect Milan Vierer, První Buquoyové v Čechách. (Spor o švamberské dědictví v letech 1620-1692)
(=Premiers Buquoy en Bohême. Sur le procès de l’héritage de la famille de Schwamberg), Diplomová práce
Pedagogické fakulty Jihočeské univerzity Č. Budějovice, České Budějovice, 1997 (mémoire de maîtrise
dactylographié) ; Vladimír Hokr, První Buquoyové na jihu Čech v první polovině 17. století : problematika usazení
a budování sídelní sítě (=Premiers Buquoy en Bohême du Sud dans la première moitié du XVIIesiècle : question de
la fixation et de la construction du réseau résidentiel), Diplomová práce Historického ústavu Jihočeské univerzity Č.
Budějovice, České Budějovice, 2000 (mémoire de maîtrise dactylographié).
1221
Le cadastre tchèque de 1654 (Berní rula) donne une description détaillée de quelques domaines familiaux :
Berní rula 1, Úvod k edici berní ruly, Prague, 1950, p. 73 (les domaines de Rožmberk et de Nové Hrady), p. 114 (les
propriétés foncières de Libějovice, Čichtice et de Těšínov) ; Václav Červený – Jana Červená (édd.), Op. cit., t. I, p.
145 (les propriétés foncières de Libějovice, Čichtice et de Těšínov, le domaine de Rožmberk, la maison à Prague, No
562 de la rue Celetná). A comparer et à compléter par Tomáš Václav Bílek, Dějiny konfiskací v Čechách po roce
1618, t. I, p. 163 (Žumberk), p. 223-224 (Cuknštejn), p. 369-370 (maison à Prague) ; p. 651-656 (Nové Hrady,
Rožmberk, Libějovice) ; t. II, p. 1183-1184 (Těšínov). La plupart des acquisitions et des achats fut notée dans les
registres des Tables du royaume, conservés maintenant dans Státní ústřední archiv (SÚA) Praha , Desky zemské
(DZ) 153, fol. J 30 et fol. K 1 - 3 (Žumberk, Cuknštejn, Nové Hrady, Rožmberk, Libějovice); Ibidem, DZ 621, fol.

414
quelques propriétés foncières et au XIXe siècle, ils s’emparèrent des domaines de
Červený Hrádek (Rothenhaus) en Bohême de l’Ouest, des domaines de Haunštejn
(Hauenstein, aujourd’hui Horní Hrad) et de Přísečnice (Pressnitz) dans la même
région et des fermes de Nusle et de Vršovice, non loin de Prague (aujourd’hui sur
le territoire cadastral de la capitale).1222 A Prague même, la famille possédait
également quelques maisons et palais1223 dont celui place Velkopřevorské, non loin
du château royal, abritant depuis 1919 l’ambassade de la République française.1224
Avec sa femme Marie Madeleine de Biglia,1225 Charles-Bonaventure eut un
seul fils Charles Albert qui assura le prolongement du lignage. La famille qui reçut,
en 1627, l’incolat pour les pays tchèques, comptait dans ses rangs un grand nombre
de personnalités remarquables et laissa une empreinte durable dans l’histoire du
pays,1226 notamment en Bohême du sud, dans les domaines architectural,1227 socio-

D 16 (maison à Prague de la rue Celetná); Ibidem, DZ 142, fol. Q 22 (la même maison à Prague) ; Ibidem, DZ 294,
fol. H 12 (la même maison) ; Ibidem, DZ 313, fol. D 4 (Těšínov).
1222
L’administration et le fonctionnement économique des domaines en Bohême de l’Ouest et des fermes à côté de
Prague dont les Buquoy s’emparèrent au XIXe siècle, sont également très bien documentés. On peut s’adresser à
SOA Třeboň, Velkostatek Červený Hrádek (=archives du domaine); Ibidem, Velkostatek Přísečnice (=archives du
domaine) ; Ibidem, Statek Nusle-Vršovice (=archives des fermes) ; SOA Litoměřice, succursale de Žitenice,
Velkostatek Červený Hrádek ; Ibidem, Velkostatek Přísečnice. Pour plus d’informations, voir SOA Třeboň,
Průvodce po archivních fondech, p. 113-115 (Červený Hrádek), p. 122-123 (Přísečnice), p. 121-122 (Nusle-
Vršovice) ; SOA Litoměřice, Průvodce po archivnîch fondech, t. 2, Prague, 1963.
1223
Les palais pragois des Buquoy attiraient un vif intérêt, surtout des historiens d’art. Il faut citer Alois Kubiček,
Pražské paláce (=Palais pragois), Prague, 1946, p. 150-153 ; Cyril Merhout, Zmizelá Praha (=Prague disparue), t. II,
Malá Strana a Hradčany, Prague, 1946, p. 22 ; Emanuel Poche, Pražské portály (=Portails pragois), Prague, 1947,
image no 54 ; Emanuel Poche – Pavel Preiss, Pražské paláce (=Palais pragois), Prague, 1973, p. 74-75, images no
68, 85 ; Emanuel Poche, Prahou krok za krokem. Uměleckohistorický průvodce městem, Prague, 1985, p. 168, 274,
374 ; Václav Ledvinka – Bohumír Mráz – Vít Vlnas, Pražské paláce. Encyklopedický ilustrovaný přehled (=Palais
pragois. Encyclopédie illustrée), Prague, 1995, p. 73-78. Sur la décoration intérieure des palais, voir « Nově
nalezené nástěnné malby v Buquoyském domě v Praze » (=Peintures murales nouvellement découvertes dans la
maison pragoise des Buquoy), Zprávy památkové péče 16, 1956, p. 307-308 ; Ivan Šperling, « K obnově fresky
V.V.Reinera v Portheimově vile na Smíchově » (=Sur la restauration de la fresque de V.V.Reiner dans la villa de
Portheim à Smíchov), Památková péče 26, 1966, p. 97-105. Certains palais étaient dotés de jardins. On peut
s’adresser, pour en savoir plus, à Zdeněk Wirth, Pražské zahrady (=Jardins pragois), Prague, 1943 ; Olga Bašeová,
Pražské zahrady (=Jardins pragois), Prague, 1991, p. 59.
1224
Marie Elisabeth Ducreux – Mojmír Horyna – Antoine Marès, Le Palais Buquoy. Ambassade de France en
République Tchèque, Paris, 2005.
1225
Le rôle de la veuve de Charles-Bonaventure, Marie Madeleine de Biglia, dans la gestion des domaines après la
mort de son mari est mentionné, outre les archives familiales, dans Václav Líva (éd.), Prameny k dějinám třicetileté
války. Regesta fondu Militare archivu Ministerstva vnitra ČSR v Praze, t. IV, 1626-1635, Prague, 1953, (passim) ;
Ibidem, t. V, 1636-1639, Prague, 1954, (passim) ; Ibidem, t. VI, 1640-1642, Prague, 1955, (passim) ; Josef Kalousek
(éd.), « Řády selské a instrukce hospodářské 1627-1698 » (=Ordres et instructions économiques), Archiv český 23,
Prague, 1906, doc. no 211, p. 149-151 (instructions de la comtesse concernant la corvée sur ses domaines).
1226
A ce propos Marie Elisabeth Ducreux, « Les Buquoy dans l’histoire de la Bohême (1621 – 1848) », in : Marie
Elisabeth Ducreux – Mojmír Horyna – Antoine Marès, Le Palais Buquoy. Ambassade de France en République
Tchèque, Paris, 2005, p. 67-116.

415
culturel1228 ainsi qu’économique.1229 Les Buquoy ne vécurent en Bohême que
jusqu’en 1945,1230 où ils durent quitter le pays et tous leurs biens furent ensuite
confisqués par l’Etat tchécoslovaque.1231

1227
Au sujet des sièges seigneuriaux des Buquoy Antonín Cechner, Soupis památek historických a uměleckých v
politickém okresu Kaplickém (=Liste des monuments historiques et artistiques du district de Kaplice), Prague, 1921 ;
Hrady, zámky a tvrze v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, t. V, Jižní Čechy, Prague, 1986, p. 33 (Cuknštejn), p. 50
(Čichtice), p. 121-122 (Libějovice), p. 138-142 (Nové Hrady), p. 167-168 (Rožmberk), p. 225-227 (Žumberk);
Renata Kiclová, Stavební podnikání Buquoyů v jižních Čechách (=Constructions des Buquoy en Bohême du Sud),
diplomová práce Pedagogické fakulty Jihočeské univerzity Č.Budějovice, České Budějovice, 1992 (mémoire de
maîtrise dactylographié) ; Marika Došková, Interiér vybraných buquoyských sídel ve druhé polovině 18. století
(=Intérieur de quelques sièges des Buquoy dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle), diplomová práce Pedagogické
fakulty Jihočeské univerzity Č.Budějovice, České Budějovice, 1997 (mémoire de maîtrise dactylographié) ; Jindřich
Vybíral, Století dědiců a zakladatelů. Architektura jižních Čech v období historismu (=Siècle des héritiers et des
fondateurs. Architecture de la Bohême du Sud à l’époque de l’historisme), Prague, 1999, p. 110-131 ; Jiří Kuthan,
Aristokratická sídla v období romantismu a historismu (=Sièges aristocratiques à l’époque du romantisme et
historisme), Prague, 2001, p. 102-107. Les travaux sur les fondations des Buquoy, relevants du domaine à cheval
entre l’architecture et la vie spirituelle, furent publiés par Renata Kiclová, «Církevní stavby vzniklé fundací rodu
Buquoyů na novohradském panství v Jižních Čechách: Klášter servitů v Nových Hradech / Kirchliche Bauten, die
Aufgrund der Fundierung des Geschlechtes Buquoy aus der Gratzener Herrschaft in Südböhmen entstanden sind:
Das Servitenkloster in Gratzen», Ročenka Biskupského gymnázia Jana Nepomuka Neumanna v Českých
Budějovicích, 1994/1995, České Budějovice, 1995, p. 13-18, 47-54 (pour la version allemande) ; plus récemment
Olivier Chaline, « Les églises des Buquoy en Bohême du Sud », in : Familles nobles, châteaux et seigneuries en
Bohême, XVIe-XIXe siècles, Histoire, Economie et Société 26, 2007, no 3, p. 127-143. Sur la plus connue des églises,
celle de Notre-Dame de Foy à Lomec, voir Mlada Šipanová, Lomec: poutní kostel Jména Panny Marie, s.l., 2000;
Pavla Stuchlá (réd.), 300 let poutního kostela Jména Panny Marie na Lomci, Vodňany, 2005.
1228
Une fresque sur la vie de la famille dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle et
l’impact de ses activités sur le milieu culturel tchèque de l’époque furent montrés par Margarete Buquoy,
Novohradské divertimento. Gratzer Divertimento, České Budějovice, 1991. Le rôle de Jean Népomuk (Johann
Nepomuk) de Buquoy (1741-1803) dans la mise en place du système caritatif et éducatif sur ses domaines mais
également dans la Monarchie fut analysé par Margarete Buquoy, « Das Byquoysche Armeninstitut – Vorlaüfer der
staatlichen Fürsorge. Ein Beitrag zur josephinischen Sozialpolitik », Zeitschrift für Ostforschung, 1982, 2, p. 255-
270 ; du même auteur, Das Buquoysche Armeninstitut – Herzstück einer bahnbrechenden Sozialreform. Ein Beitrag
zur Geschichte der katholischen Aufklärung, Archiv für Kirchengeschichte von Böhmen, Mähren, Schlesien, t. VII,
1985, p. 279-289 ; du même auteur, « Die Armen auf dem Lande im späten 18. und frühen 19. Jahrhundert. Eine
Strukturanalyse am Beispiel der Buquoyschen Herrschaft Gratzen in Südböhmen », Bohemia 26, 1985, no 1, p. 37-
78 ; du même auteur, « Kaplitz und Gratzen – Austrahlungszentren sozialer Reformen im Zeitalter der Aufklärung »,
in : Anton Harasko (éd.), Deutsche Kulturlandschaft an Moldau und Maltsch, t. I, München, 1986, p. 74-112;
dernièrement du même auteur, Hrabě Jan Buquoy, sociální reformátor doby osvícenství. Výstava u příležitosti 220.
výročí reformy chudinského zřízení v Habsburské monarchii podle novohradského vzoru /=catalogue de
l´exposition/, Feldkirchen-Westerham, 2004.
1229
Les Buquoy s’intéressaient aux industries traditionnelles telles que la production textile et verrière tout en
introduisant des nouvelles technologies de fabrication. L’exemple de Georges François (Georg Franz /1781-1851/)
est le plus connu. Il fut le premier en Bohême à acheter, en 1803, la machine à vapeur mais surtout il devint
l’inventeur d’une nouvelle texture en matière de verre, le verre rouge-noir opaque, appelé « hyalith » mais dont la
composition et fabrication sont aujourd’hui oubliées. Voir Rudolf Hais, « Jiří František August hrabě Buquoy de
Longueval (1781-1851) » (=Georg Franz Buquoy), Výběr 31, 1994, no 1, p. 60-63 ; Buquoyské sklo v Čechách.
Buquoy Glass in Bohemia, 1620-1851/=catalogue de l´exposition/, Prague, 2001; plus récemment Michal Gelnar,
«Nové poznatky o skle z Jiříkova Údolí», JSH 76, 2007, p. 48-57.
1230
Quelques auteurs s’intéressèrent aux autres membres de la famille : Aleš Valenta, « Bankrot Karla Kajetána
Buquoye : geneze, průběh, důsledky » /=La banqueroute de Charles Gaétan Buquoy (1676-1750)/, JSH 76, 2007, p.
58-96 ; Miloslav Trnka, « Vánočni noc » (=Nuit de Noël), Rodopisná revue 1, 1999, no4, p. 2-3 (sur la mort de
Johannes Ulrich Buquoy /1925-1943/).
1231
L. Nikrmajer, « Karel Buquoy – poválečný osud », Výběr 36, 1999, no2, p. 130-132 (sur le destin de Karl Georg
Buquoy /1885-1952/ après la deuxième guerre mondiale).

416
Cailloux de Valmond

L’officier d’un régiment de hussards, Nicolas Cailloux de Valmond fut


anobli en 1740 dans les pays tchèques.1232

Canon de Ville

Les Canon de Ville furent une famille d’origine lorraine, ayant obtenu le
marquisat à l’achat de la propriété foncière de Ville au début du XVIIIe siècle et
qui s’installèrent dans les pays tchèques en la personne de Claude François Canon
de Ville (mort en 1702). Ministre du duché de la Lorraine, ce dernier fut élevé, en
1674, dans les rangs de la haute noblesse et obtint, en 1687, l’incolat tchèque qui
fut ensuite confirmé pour son petit-fils Charles en 1740. La fortune familiale
consistait en la possession de la propriété foncière de Rešice en Moravie du Sud.
Dès le début du XIXe siècle, la lignée vécut en Silésie, puis en Autriche où ses
traces disparaissent vers la fin de ce siècle.1233

Clairon d’Haussonville

Les frères Charles Bernard et Jean Albert Clairon d’Haussonville, issus


d’une ancienne famille comtale lorraine, partirent pour la Silésie et obtinrent, en

1232
Anton Schimon, Der Adel von Böhmen, Mähren und Schlesien, Böhmisch Leipa, 1859, p. 29 ; Petr Mašek,
Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do současnosti, I, p. 130.
1233
Heinrich von Kadich – Conrad Blažek, Der mährische Adel (= J. Siebmacher´s Grosses und allgemeines
Wappenbuch, IV/10), Nürnberg, 1899, p. 16; Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od
Bílé Hory do současnosti, I, p. 132.

417
1740, l’incolat pour les pays tchèques. Leurs descendants vécurent ensuite dans la
partie prussienne de la Silésie.1234

de Couriers

Appartenant à la petite noblesse française, ce fut en la personne de François


de Couriers que la famille rentra au service des Habsbourg et s’installa par la suite,
en 1623, à l’achat de son premier domaine, en Bohême.1235 François devint officier
dans l’armée impériale et dut se battre successivement pour Rodolphe II, Mathias
et Ferdinand II, d’abord en Hongrie contre des Turcs. Pendant la révolte des états
tchèques, il s’engagea, à partir de 1618, du côté des impériaux et ce fut peu après
qu’il devint lieutenant d’un régiment d’infanterie formé par des mercenaires
allemands et possédé par Reinwald Collalto.1236 On le voit ainsi, de 1621 à 1623,
en dislocation avec ses soldats en Moravie, en 1624 en Bohême et, en 1625, son
régiment opéra aux Pays-Bas.1237 Ses services loyaux furent récompensés à
plusieurs reprises. En 1607, sous le règne de Rodolphe II, il se vit obtenir l’incolat
pour le Saint empire romain germanique, puis, en 1628, il fut élevé dans les rangs

1234
Anton Schimon, Der Adel von Böhmen, Mähren und Schlesien, Böhmisch Leipa, 1859, p. 37 ; Petr Mašek,
Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do současnosti, I, p. 140.
1235
Hormis quelques indications sporadiques, on nie presque complètement l’existence de François de Couriers
avant son installation dans les pays tchèques. La seule récapitulation de sa vie, très brève d’ailleurs, se trouve dans
Ottův slovník naučný, V, Prague, 1892, article « de Couriers » ; Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě
a ve Slezsku od Bílé Hory do současnosti, I, p. 151 qui recopie en grande partie les informations du précédent.
1236
Des données précieuses concernant François de Couriers sont fournies par l’édition de Josef Polišenský –
Bohumír Baďura – Miroslav Kouřil – Miroslav Toegel (éd.), Documenta Bohemica Bellum Tricennale illustrantia,
notamment le tome II, Der Beginn des Dreissigjährigen Krieges (1618-1620), Prague, 1972, documents no 9, 450 ;
tome III, Der Kampf des Hauses Habsburg gegen die Niederlande und ihre Verbündeten (1621-1625), Prague, 1976,
documents no 214, 280, 552, 563, 592 ; tome IV, Der Dänisch-Niederdeutsche Krieg und der Aufstieg Wallensteins
(1625-1630), Prague, 1974, documents no 12, 25, 161. Quelques actes se trouvent également dans les fonds
familiaux de son supérieur Collalto dans les Archives du pays morave à Brno : Moravský zemský archiv Brno,
Rodinný archiv Collaltové. Sur le personnage du comte Reinwald Collalto, général dans l’armée impériale et futur
président du Conseil de guerre, voir Ottův slovník naučný, V, Prague, 1892, article « Collalto ». Pour pouvoir insérer
la vie de Collalto dans le cadre de l’époque, voir Josef Janáček, Valdštejn a jeho doba, Prague, 1978 (passim).
1237
Les documents témoignant de la vie militaire quotidienne, des questions économiques du fonctionnement de
l’armée, des contributions que les sujets des domaines concernés furent obligés de payer pour entretenir les
contingents, des ordres des déplacements et de beaucoup d’autres problèmes concernant François de Couriers se
trouvent dans Václav Líva (éd.), Prameny k dějinám třicetileté války, III, 1618-1625, Prague, 1951; Ibidem, IV,
1626-1635, Prague, 1953.

418
de la haute noblesse de l’Empire. Vers la fin de sa vie, il reçut encore, en 1632,
l’incolat pour les pays tchèques et fut élevé parmi la haute noblesse locale. Ses
traces disparaissent peu après.
L’engagement dans l’armée impériale assura à François de Couriers une
carrière brillante et une ascension sociale vertigineuse mais la réussite
professionnelle cachait cependant le revers de la médaille, celui de sa vie privée
qui ne fut pas, quant à elle, marquée par de tels succès. Avec sa femme Rosine de
Heiden, il eut un seul fils, Emmanuel, qui hérita de tous les biens familiaux. Or,
l’espoir du prolongement de la famille ne dura pas très longtemps car ce seul
héritier, « faible mentalement ainsi que physiquement »1238, mourut en 1663 ne
laissant pas d’enfants.1239 Ce fut sa mère qui hérita de la fortune de son fils et la
transmit, après son deuxième mariage, à la famille de son mari Wenzel de
Schönfeld.
François de Couriers prêtait de l’argent à la Couronne pour financer les
opérations militaires et il avançait, lui même, des sommes importantes pour les
soldes de son régiment.1240 L’Empereur utilisa alors des confiscations après la
Montagne blanche afin de régler ses comptes et de payer ses dettes envers son
lieutenant.1241 De Couriers s’empara ainsi d’une propriété considérable mais très
dispersée en Bohême centrale, dans les régions septentrionales et aussi à l’Est du
pays.1242

1238
August Sedláček, Českomoravská heraldika, t. II, Prague, 1925, p. 387.
1239
En 1637 est mentionné un frère cadet d’Emmanuel de Couriers Ferdinand mais il s’agit là d’un seul indice de
l’existence éventuelle d’un autre descendant pouvant prolonger la lignée car ses traces disparaissent aussitôt. Václav
Líva (éd.), Prameny k dějinám třicetileté války, V, 1636-1639, Prague, 1954, p. 100, 111.
1240
Pour les détails voir Václav Líva (éd.), Prameny k dějinám třicetileté války, III, p. 411, 417, 426, 453, 623, 698,
725 ; Ibidem, IV, p. 229-230.
1241
Quand François de Couriers achète des biens, estimés à 174 mille florins dans les pays tchèques, il n’a qu’à
payer « quelques » 58 mille, car le reste, environ 116 mille, représentait la somme dûe de l’empereur. Voir Tomáš
Václav Bílek, Dějiny konfiskací v Čechách po roce 1618, p. CXXVIII.
1242
Par là, il ne se distinguait guère des cas d’autres profiteurs des années de guerre, celui de Wallenstein étant
communément connu. Dans les années 1623-1628, il s’agissait des propriétés foncières de Děkov, Kněžice et Zhoř
en Bohême centrale, de Pnětluky, Velké Chvojno, Předlice, Volfartice et Šonvald en Bohême du Nord et des
domaines de Nasavrky et Trhová Kamenice en Bohême de l’Est. Pour les détails (estimation de la valeur, prix
d’achat et description des territoires) voir Tomáš Václav Bílek, Dějiny konfiskací v Čechách po roce 1618, p. 256-
257 (Nasavrky), p. 259-260 (Pnětluky), p. 263 (Velké Chvojno), p. 264 (Předlice), p. 423-424 (Děkov), p. 456
(Volfartice), p. 560-561 (Trhová Kamenice), p. 626 (Kněžice), p. 676 (Šonvald), p. 854 (Zhoř). A comparer avec
Hrady, zámky a tvrze v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, t. III, Severní Čechy, Prague, 1984, p. 88 (Děkov), p. 202

419
Le plus important des domaines car le plus étendu fut celui de Nasavrky en
Bohême de l’Est qui comptait, au milieu du XVIIe siècle, à côté de la résidence
seigneuriale et du bourg du même nom, quatorze villages.1243 La famille possédait
également un palais à Prague qui, malheureusement, n’existe plus aujourd’hui.1244
La famille de François de Couriers s’éteint en 1663. Certains biens furent
vendus, d’autres récupérés, par alliance, par la famille Schönfeld, beaucoup de
bâtiments – sièges seigneuriaux – n’existent plus et n’ayant pas laissé d’archives
familiales, seulement quelques traces sporadiques témoignent encore de l’existence
de cette famille noble française.

de Ficquelmont

Quant aux ducs de Ficquelmont, d’origine lorraine, ils apparurent à la cour


de Marie Thérèse avec son époux, l’empereur François Etienne au milieu du
XVIIIe siècle et furent ensuite actifs dans les services diplomatiques autrichiens.
Ainsi, Charles Louis de Ficquelmont (1777-1857) occupa durant plusieurs années

(Kněžice), p. 238 et 500 (Velké Chvojno), p. 384 (Pnětluky), p. 518 (Volfartice), p. 534 (Zhoř) et avec Ibidem, t. VI,
Východní Čechy, Prague, 1989, p. 318 (Nasavrky), p. 494 (Trhová Kamenice). Toutes ces acquisitions furent notées
dans des registres des « Tables du royaume » (Desky zemské) conservés maintenant dans les Archives centrales à
Prague (Státní ústřední archiv). Voir Státní Ústřední archiv (SÚA) Praha, Desky zemské větší (DZV) 153, fol. H 18
(Pnětluky, Velké Chvojno, Předlice, Kněžice, Zhoř) ; Ibidem, fol. H 24 (Nasavrky, Děkov, Volfartice, Šonvald).
Pour le domaine de Trhová Kamenice voir SÚA Praha, DZV 154, fol. C 5. La possession de quelques biens par la
famille de Couriers avec, en plus, le nombre des sujets dans chaque village, sont mentionnés dans le premier
cadastre tchèque de 1654 (Berní rula). Voir Berní rula, t. I, Úvod k edici berní ruly, Prague, 1950, p. 97 (Pnětluky,
Volfartice), p. 118 (Děkov, Zhoř); Václav Červený – Jana Červená (éd.), Berní rula. Generální rejstřík ke všem
svazkům (vydaným i dosud nevydaným) berní ruly z roku 1654 doplněný (tam, kde se nedochovaly) o soupis
poddaných z roku 1651 (=Registre général), t. I, A-L, t. II, M-Ž, Prague, 2003, ici t. II, p. 166 (Nasavrky).
1243
Les archives de ce dernier qui nous sont parvenues contiennent des documents remontant à 1647. Státní oblastní
archiv (SOA) Zámrsk, Velkostatek Nasavrky. Pour avoir un aperçu du fond, voir SOA Zámrsk, Průvodce po
archivních fondech (=Le guide des fonds), Prague, 1965, p. 311-314.
1244
Václav Červený – Jana Červená (éd.), Berní rula. Generální rejstřík ke všem svazkům (vydaným i dosud
nevydaným) berní ruly z roku 1654 doplněný (tam, kde se nedochovaly) o soupis poddaných z roku 1651, t. II, p. 166
(palais no 74 dans la rue « Spálená » à Prague) ; Emanuel Poche, Prahou krok za krokem, p. 252 (il confirme que
cette maison existait dans la rue mentionnée et qu’elle fut détruite pendant l’aménagement de cette dernière).

420
le poste d’ambassadeur en Russie. Possessionnée en Moravie du Sud, la famille
s’éteint au cours de la première moitié du XIXe siècle.1245

Foullon de Norbeck

Les Foullon de Norbeck étaient originaires de Cambrai d’où une de leurs


branches partit au début du XVIIIe siècle pour s’installer dans les pays des
Habsbourg. Ils furent ensuite élevés, en 1740, dans les rangs de la haute noblesse
tchèque.1246

des Fours de Mont et Athienville

Les toutes premières mentions sur la famille des Fours (voir aussi Desfours)
d’origine lorraine, en Bohême, remontent à la deuxième moitié du XVIe siècle. On
connaît de nom un certain Louis des Fours, ambassadeur à la cour de Rodolphe II.
Après sa mort, la famille se divisa en deux branches : lorraine et tchèque.1247

1245
Miloslav Trmač, «Ficquelmontové a spřízněné rody na zámku Kravsko», Heraldika a genealogie 1983, no 2, p.
97-108; Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do současnosti, I, p. 229. On
dispose également de fragments d’archives familiales déposés dans SOA Litoměřice, pobočka Děčín, Rodinný
archiv Clary-Aldringen. Pour un aperçu voir Jarmila Hanzalová, Soupis osobních písemných pozůstalostí a
rodinných archivů v České republice, article « Ficquelmont »; Helena Smíšková, « Šlechtické rodinné archivy jako
historický pramen. Rodinné archivy uložené v pobočce SOA v Děčíně», Porta Bohemica 1, 2001, p. 110-111. Voir
aussi comte de Sonis, Lettres du comte et de la comtesse de Ficquelmont à la comtesse Tiesenhausen, Plon, Paris,
1911; Wera Kantor, Karl Ludwig Graf Ficquelmont. Ein Lebensbild mit besonderes Rücksicht auf seine
diplomatische Mitarbeit bei Metternich, dissertation, Wien, 1948.
1246
Anton Schimon, Der Adel von Böhmen, Mähren und Schlesien, Böhmisch Leipa, 1859, p. 60 ; Petr Mašek,
Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do současnosti, I, p. 240.
1247
Les recherches sur la famille Des Fours peuvent être basées sur des fondements solides, car on dispose de riches
fonds d’archives familiales. Ils se trouvent dans Státní oblastní archiv (SOA) Litoměřice, pobočka Děčín, Rodinný
archiv Desfours-Walderodů, Hrubý Rohozec et contiennent des documents de la période 1503-1942. On y trouve des
actes personnels des membres de la famille et des familles alliées ainsi que le matériel sur le fonctionnement des
domaines de Hrubý Rohozec, Malá Skála et de Semily. L’orientation est facilitée grâce à Jaroslav Macek, Rodinný
archiv Desfours-Walderode (1503-1942). Inventář (=Inventaire), Děčín, 1976. La description rapide d’archives
familiales est apportée dans Karl Fischer, « Reichsgräflich Desfours-Walderodesche Archiv in Groß Rohozec », in :
Archivalien zur neueren Geschichte Österreichs I, 1913, p. 446-453 ; Helena Smíšková, «Šlechtické rodinné archivy

421
Le fondateur de la dernière fut Nicolas des Fours. Soldat, il chercha fortune
au service des Habsbourg. Au début de la guerre de Trente ans, il devint lieutenant-
colonel d’un régiment de la cavalerie. Le 9 novembre 1618, il se battit à Lomnice
(Lomnitz) où il fut fait prisonnier.1248 Libéré, nous le vîmes, le 8 novembre 1620,
participer à la bataille de la Montagne blanche.1249 En 1625, Wallenstein le promut
colonel d’arquebusiers et il opéra ensuite, dans les années 1625-1627, en Bohême
et dans l’Empire.1250 Peu après sa promotion, Nicolas des Fours dévoila
probablement sa vraie personnalité car, en 1626, Wallenstein le qualifia comme
« le plus impudent voleur parmi les colonels » et contesta ses capacités de
commandant.1251 Mais malgré ce désaccord, des Fours fut nommé, en 1632, avec le
soutien de Wallenstein, général et fut subordonné à ce dernier.1252 Loin d’être loyal
envers le grand général, pendant les préparatifs de son élimination, il l’abandonna
en entrant dans le camp de ses adversaires. Sa trahison fut généreusement
récompensée par l’empereur. Deux mois après les événements à Cheb (Eger en

jako historický pramen. Rodinné archivy uložené v pobočce SOA v Děčíně», Porta Bohemica 1, 2001, p. 105-116
(ici notamment p. 112-113). Pour en savoir plus sur la généalogie de la famille, on peut consulter également Státní
ústřední archiv (SÚA) Praha, Sbírka genealogická Des Fours-Walderodů (=collection généalogique), no 0087. Il
s’agit d’un ensemble des documents rassemblés par Nicolas Des Fours-Walderode avant la deuxième guerre
mondiale, retraçant l’évolution du lignage. L’orientation de base dans l’histoire de la famille fut donnée par Ottův
slovník naučný, t. VII, Prague, 1893, article « Des Fours » ; Jan Halada, Lexikon české šlechty. Erby, fakta,
osobnosti, sídla a zajímavosti, Prague, 1999, p. 124 qui reprend, avec quelques imprécisions, les informations du
dernier ; Milan Mysliveček, Velký erbovník. Encyklopedie rodů a erbů v zemích Koruny české, I-II, Plzeň, 2005-
2006, article „Des Fours“ et Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do
současnosti, I, p. 175-176. A comparer à Antonín Rezek, Děje Čech a Moravy za Ferdinanda III. až do konce
třicetileté války (1637-1648), Praha, 1890, p. 350-351.
1248
Pavel Skála ze Zhoře (éd. Josef Janáček), Historie česká. Od defenestrace k Bílé hoře, Prague, 1984, p. 97.
1249
Josef Polišenský – Bohumír Baďura – Miroslav Kouřil – Miroslav Toegel (éd.), Documenta Bohemica Bellum
Tricennale illustrantia, t. II, Der Beginn des Dreißigjährigen Krieges. Der Kampf um Böhmen (1618-1620), Prague,
1972, documents no 145, 194, 651.
1250
Il participa à la campagne de Wallenstein en Silésie en 1626. Les détails se trouvent dans Theatrum Europaeum,
t. I, (1618-1629), Frankfurt am Main, 1643, p. 929, 931. Nous le vîmes ensuite le 27 août 1626 à la bataille de Lutter
am Barenberg en Schleswig-Holstein où Tilly avait battu le rois du Danemark Christian IV. A ce sujet voir SOA
Litoměřice, pobočka Děčín, Rodinný archiv Desfours-Walderodů, no 791, cart. 54. A comparer avec Josef
Polišenský – Bohumír Baďura – Miroslav Kouřil – Miroslav Toegel (éd.), Documenta Bohemica Bellum Tricennale
illustrantia, t. III, Der Kampf des Hauses Habsburg gegen die Niederlande und ihre Verbündeten (1621-1625),
Prague, 1976, documents no 128, 322, 346, 857; Ibidem, t. IV, Der Dänisch-Niederdeutsche Krieg und der
AufstiegWallensteins (1625-1630), Prague, 1974, documents no 4, 487, 579; Václav Líva (éd.), Prameny k dějinám
třicetileté války. Regesta fondu Militare Archivu Ministerstva vnitra ČSR v Praze, t. III, 1618-1625, Prague, 1951,
passim (entre autres, sur le comportement de ses soldats et l’approvisionnement de son régiment) ; František Hrubý
(éd.), Moravské korespondence a akta z let 1620-1636, t. I-II, Brno, 1934, 1937, p. 169, 212-218, 455.
1251
Cité d’après Josef Janáček, Valdštejn a jeho doba, p. 320.
1252
Ibidem, p. 416.

422
allemand), Nicolas des Fours fut nommé, en 1634, sous-maréchal et élevé dans les
rangs de la haute noblesse avec le titre de comte.1253
Les événements qui allaient bouleverser la vie familiale arrivèrent en 1642.
Le 2 novembre fut livrée la bataille de Breitenfeld qui fut une vraie catastrophe
pour les impériaux. Le commandant en chef Piccolomini en cherchant les
coupables de la défaite, accusa également le colonel Jean Jacques des Fours, neveu
de Nicolas de la branche lorraine de la famille, d’avoir refusé d’obéir à l’ordre
d’attaque, le fit arrêter et emprisonner dans la Tour blanche au château de Prague,
non loin de la Ruelle d’or. Le tribunal de guerre sous la présidence de Venceslas
Eusebuis de Lobkovicz fut impitoyable et les sentences prononcées très sévères. La
plupart des officiers furent condamnés à mort, quant aux soldats, on procéda à leur
décimation – un homme sur dix fut pendu. Jean Jacques a été décapité le 10 juin
1643 sur la Place de la Vieille Ville à Prague.1254
Si la branche lorraine a connu un tel affaiblissement, rien de tel pour la
lignée tchèque. Après la mort de Nicolas en 1661, le lignage se poursuivit grâce à
son fils, Albrecht Maximilien. Ce dernier, ainsi que son fils, occupait les postes de
général, tout en restant par là fidèles à la tradition, fondée par leur ancêtre
Nicolas.1255 En 1798, la famille acquiert en héritage les biens de celle des
Walderode, dont les membres étaient depuis le début de la guerre de Trente ans
actifs, eux aussi, dans l’armée et elle utilisa désormais le prédicat composé « des
Fours-Walderode zu Mont Athienville und Eckhausen ». Nombreux furent ensuite
ceux qui, tout au long du XIXe siècle, ont continué à lier leurs vies à la carrière
militaire en adoptant, sur le champ politique, une position conservatrice, propre à

1253
SOA Litoměřice, pobočka Děčín, Rodinný archiv Desfours-Walderodů, no 68, cart. 5 ; no 160, cart. 8. Sur les
circonstances des assassinats à Cheb voir Josef Janáček, Valdštejn a jeho doba, p. 510-523 ; plus récemment Josef
Kollmann, Valdštejnův konec. Historie 2.generalátu 1631-1634 (=Fin de Wallenstein. Histoire du deuxième
généralat), Prague, 2001, p. 174 -191.
1254
Václav Líva (éd.), Prameny k dějinám třicetileté války. Regesta fondu Militare Archivu Ministerstva vnitra ČSR
v Praze, t. VI, 1640-1642, Prague, 1955, p. 416-422 ; Radek Fukala, Sen o odplatě. Dramata třicetileté války,
Prague, 2005, p. 298-301.
1255
František Novák, «Genealogický přehled a popis erbu rodu Des Fours», in: Od Ještěda k Troskám. Vlastivědný
sborník Českého ráje a Podještědí V, no 5-6, 1998, p. 39-48; VI, no 1-2, 1999, p. 46-50.

423
« la noblesse historique » des pays tchèques.1256 La famille des Fours se prolongea
en Bohême jusqu’en 1945 où tous ses biens ont été confisqués par l’Etat
tchécoslovaque et ce ne fut qu’après 1989 qu’une partie de son ancien patrimoine
lui a été restituée.1257
La fortune familiale des des Fours en Bohême fut fondée à l’époque de la
guerre de Trente ans grâce à Nicolas des Fours. En 1628, il reçut de son supérieur
Wallenstein comme fiefs, les domaines de Hrubý Rohozec et de Malá Skála en
Bohême du Nord.1258 Après les assassinats à Cheb, les généraux se précipitèrent
pour récupérer les biens confisqués au généralissime. Nicolas des Fours
s’appropria ainsi le domaine de Semily dans la même région et la propriété
foncière de Sloupno en Bohême de l’Est. Après l’alliance entre les familles des
Fours et Walderode, la propriété augmenta encore par l’adjonction des biens en
Moravie du Nord.1259

1256
Par « noblesse historique » (en opposition à « la nouvelle noblesse », car fraîchement anoblie) on entendait, au
XIXe siècle, les familles nobles parées d’impressionnantes lignées et liées depuis longtemps à l’histoire du pays. A
ce sujet Zdeněk Bezecný, Příliš uzavřená společnost. Orličtí Schwarzenbergové a šlechtická společnost v Čechách
v druhé polovině 19. a na počátku 20. století, České Budějovice, 2005, p. 24-33 (avec la bibliographie respective). A
propos des des Fours voir SOA Litoměřice, pobočka Děčín, Rodinný archiv Desfours-Walderodů, no 9, cart. 1.
1257
La vie de la famille en exil forcé en Autriche est retracée par Vladimír Votýpka, Návraty české šlechty (=Retours
de la noblesse tchèque), Prague-Litomyšl, 2000, p. 299-323.
1258
SOA Litoměřice, pobočka Děčín, Rodinný archiv Desfours-Walderodů, no 6, cart. 1.
1259
Nombreuses sont les sources qui permettent d’analyser la possession des biens de la famille des Fours et le
fonctionnement économique de leurs domaines. Les archives sont à disposition à SOA Litoměřice, Ústřední správa
desfours-walderodských statků Hrubý Rohozec /=Intendance centrale des domaines des des Fours-Walderode/ (pour
les années 1678-1945). Pour faciliter le travail, les fonds sont inventoriés dans Hana Slavíčková, Ústřední správa
Desfours-Walderode, 1678-1945. Inventář (=Inventaire), Litoměřice, 1977. Voir également SOA Litoměřice,
pobočka Děčín, Velkostatek Hrubý Rohozec 1611 – 1947. Inventář /=Inventaire/, (éd. Hana Baladová), Děčín, 1975;
SOA Litoměřice, pobočka Děčín, Velkostatek Malá Skála 1608 – 1943. Inventář, (éd. Miroslav Košťál), Děčín,
1967; SOA Litoměřice, pobočka Děčín, Velkostatek Semily-Jesenný 1627 – 1945. Inventář, (éd. Jan Gebauer),
Děčín, 1971. Les descriptions détaillées des domaines au moment de l’arrivée des des Fours, se trouvent dans les
registres des Tables du royaume (Desky zemské) dans SÚA Praha, Desky zemské (DZ) 145, fol. B 26 (Semily,
Sloupno) ; Ibidem, fol. E 26 (Rohozec, Malá Skála). Le premier cadastre tchèque (Berní rula) de 1654 donne, lui
aussi, la description détaillée des domaines familiaux. Pour en savoir plus, voir Berní rula, t. 1, Úvod k edici berní
ruly, Prague, 1950, p. 78 (pour les domaines de Rohozec, Semily, Malá Skála) ; p. 86 (propriété foncière de
Sloupno) ; Václav Červený – Jana Červená (éd.), Berní rula. Generální rejstřík ke všem svazkům (vydaným i dosud
nevydaným) berní ruly z roku 1654 doplněný (tam, kde se nedochovaly) o soupis poddaných z roku 1651 (=Registre
général), t. I, A-L, t. II, M-Ž, Prague 2003, p. 220 ; Antonín Chalupa – Jaroslav Čechura – Marie Ryantová (éd.),
Berní rula, t. 8-9, kraj Boleslavský, Prague, 2002, p. 278-315 (domaines de Rohozec, Semily, Malá Skála). Sur
l’acquisition des domaines mentionnés, voir aussi Tomáš Václav Bílek, Dějiny konfiskací v Čechách po roce 1618
(=Histoire des confiscations en Bohême après 1618), t. II, Prague, 1883, p. 776 (Semily), p. 803-806 (Rohozec,
Malá Skála, Sloupno) ; Josef Janáček, Valdštejn a jeho doba, p. 528 (Semily). L’histoire des résidences
seigneuriales sur les domaines cités ci-dessus est décrite dans Hrady, zámky a tvrze v Čechách, na Moravě a ve
Slezsku, t. III, Severní Čechy, Prague, 1984, p. 417-418 (Semily), p. 160-162 (Hrubý Rohozec), p. 297-298 (Malá
Skála). A comparer et compléter par František Novák, Hrubý Rohozec, Pardubice, 1986 ; Jiří Kuthan, Aristokratická

424
Parmi les biens immobiliers, la famille des Fours possédait également trois
palais à Prague. Le premier, au no. 38 de la rue Národní, fut construit en deux
étapes dans les années 60 et 70 du XVIIIe siècle et vendu ensuite, en 1795. Le
deuxième, au no. 21 de la rue Na Florenci, est plus récent, il date de 1846 et fut
construit en style du deuxième rococo (néorococo), style très populaire à l’époque.
Le troisième, le plus ancien et malheureusement, n’existant plus, se trouvait sur la
place de la Vieille-Ville, no. 935. Il fut construit avant 1708 et à partir de 1764 il
demeura la propriété des des Fours. La bâtisse fut détruite en 1895 au cours de
l’assainissement de la ville et de la place en question.1260
Grâce à la richesse des sources historiques conservées dans les archives
familiales, les des Fours représentent, un terrain propice pour les études sur
l’implantation de la noblesse française dans les pays tchèques aux XVIIe et XVIIIe
siècles.

Gérard

L’officier Jacques Gérard (mort en 1676) fut anobli, en 1663, chevalier


pour les pays tchèques et quelques années après, en 1675, fut élevé dans les rangs
de la haute noblesse locale. Il devint commandant de la garnison de Cheb (Eger en
allemand) en Bohême de l’Ouest mais tomba en 1676 en Poméranie, lors des
combats contre les Suédois. La famille, dont les terres étaient éparpillées en

sídla období klasicismu (=Sièges aristocratiques de l’époque du classicisme), Prague, 1999, article « Hrubý
Rohozec ».
1260
Pour en savoir plus sur ces palais pragois, on peut consulter Emanuel Poche – Pavel Preiss, Pražské paláce
(=Palais pragois), Prague, 1973, p. 63, 98 ; Emanuel Poche, Prahou krok za krokem. Uměleckohistorický průvodce
městem (=Prague pas à pas. Guide artistique et historique de la ville), Prague, 1985, p. 40, 205 ; Václav Ledvinka –
Bohumír Mráz – Vít Vlnas, Pražské paláce. Encyklopedický ilustrovaný přehled (=Palais pragois. Encyclopédie
illustrée), Prague, 1995, p. 99-104, 248-249.

425
Bohême de l’Ouest, du Sud et de l’Est se perpétua jusqu’au milieu du XVIIIe siècle
où ses traces disparaissent.1261

de Gramont

Une place à part entière doit être attribuée aux Gramont et cela à cause de la
manière de leur entrée dans la société nobiliaire tchèque où ils réussirent à pénétrer
par la lignée féminine. Cette famille d’origine française, fut anoblie pour les pays
tchèques en la personne de Susanne de Gramont au début des années vingt du
XVIIIe siècle. Possessionné en Bohême centrale (propriété foncière de Lounín près
de Beroun) ainsi qu’à l’Ouest (Mačice près de Sušice) et élevé dans les rangs de la
haute noblesse en 1818, le lignage se poursuivit jusqu’au milieu du XIXe siècle.1262

Harbuval de Chamaré

Originaire d’Artois où elle est mentionnée pour la première fois au milieu du


XIIe siècle, la famille Harbuval de Chamaré s’installa en Bohême en la personne de
Jean Louis, né en 1701.1263 Son père Jean Baptiste, lieutenant-colonel des dragons
dans l’armée d’Eugène de Savoie est mort au début de la guerre de Succession

1261
Anton Schimon, Der Adel von Böhmen, Mähren und Schlesien, Böhmisch Leipa, 1859, p. 67 ; Hrady, zámky a
tvrze v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, IV, Západní Čechy (=Bohême de l’Ouest), p. 245; Ibidem, V, Jižní Čechy
(=Bohême du Sud), p. 66 ; Ibidem, VI, Východní Čechy (=Bohême de l’Est), p. 311-312 ; Karel Kuča, Města a
městečka v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, t. IV, Praha, 1997, p. 230; Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na
Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do současnosti, I, p. 271.
1262
Anton Schimon, Der Adel von Böhmen, Mähren und Schlesien, Böhmisch Leipa, 1859, p. 72 ; Petr Mašek,
Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do současnosti, I, p. 293.
1263
Les informations de base sur la famille Harbuval-Chamaré se trouvent dans Petr Mašek, Modrá krev. Minulost a
přítomnost 445 šlechtických rodů v českých zemích, Prague, 1999, p. 92 ; du même auteur, Šlechtické rody
v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do současnosti, I, p. 323; Jan Halada, Lexikon české šlechty. Erby,
fakta, osobnosti, sídla a zajímavosti, Prague, 1999, p. 178-179 ; Jiří Hás, Šlechtické rody na Rychnovsku (=Les
familles nobles dans la région de Rychnov), Prague, 2001, p. 31-32 ; August Sedláček, Hrady, zámky a tvrze
království českého (=Les châteaux forts, châteaux et lieux fortifiés du royaume tchèque), t. II, Prague, 1994, p. 22-
23 ; Biographisches Lexikon zur Geschichte der böhmischen Länder (H. Sturm éd.), I, München-Wien, 1979, p. 536.

426
d’Espagne, en 1701, lors des opérations en Italie. En Silésie, dans la région de
Swidnica qui était le centre de la production textile locale, les Harbuval-Chamaré
possédaient le domaine de Altwasser. Dès le début de la guerre de Succession
d’Autriche, Jean Louis resta fidèle à Marie-Thérèse et s’opposa à Frédéric II. Cette
attitude lui valut, après l’occupation prussienne de la Silésie, l’emprisonnement à
Wrocław et peu après son relâchement, il se vit vendre les biens familiaux, quitter
le pays et s’installer en Bohême de l’Est où il acheta, en 1746, le domaine de
Potštejn. L’impératrice apprécia sa fidélité pendant les années tourmentées et en
1751 elle le fit élever dans les rangs de la haute noblesse avec le titre de comte.
Après la cession de la Silésie au roi prussien, le gouvernement autrichien
voulut compenser les capacités de la production textile perdues ainsi en soutenant
de nouvelles activités industrielles en Bohême, notamment dans les régions de
l’est.1264 Chamaré fut nommé, en 1754, membre du Congrès de commerce et du
Conseil des manufactures à Prague et un an après, en 1755, directeur de fabrication
des filés et des toiles en Bohême de l’Est. Sur ses domaines, il fonda, à côté des
manufactures, des blanchisseries et une école pour les tisserands dont le but était
de préparer des futurs spécialistes du métier.1265 Les affaires marchèrent très bien,
car la production fut élargie par la fabrication de tissus damassés et de voiles fins
qui, jusqu’alors, n’existaient pas en Bohême. Les produits étaient exportés en
Europe de l’Ouest et du Sud. Au bord de la mer Adriatique, à Trieste, Jean Louis
1264
La politique économique de la Monarchie des Habsbourg après la perte de la Silésie fut analysée par Arnošt
Klíma, Manufakturní období v Čechách (=L’époque des manufactures en Bohême), Prague, 1955, p. 269-282.
1265
Le rôle de Jean Louis Harbuval-Chamaré dans le développement de la fabrication textile en Bohême de l’Est fut
traité à plusieurs reprises par Bohumír Smutný, « Jan Ludvík Harbuval Chamaré a jeho hospodářská a organizační
činnost », Sborník prací východočeských archivů 1, 1970, p. 81-100 ; du même auteur (éd.), Loscani a Chamaré o
východočeském plátenictví. Studie o hospodářské politice habsburské monarchie mezi slezskými válkami a válkou
sedmiletou a edice korespondence z let 1754-1757 (=Loscani et Chamaré sur la production textile en Bohême de
l’Est), Sborník prací východočeských archivů, Supplementum 2, Zámrsk, 1998 (avec l’édition de la correspondance
entre O.L.Loscani, conseiller commercial à Prague, et J.L.Chamaré) ; du même auteur, « Kladsko jako stálé
nebezpečí pro potštejnskou manufakturu v době sedmileté války», Kladský sborník, 3, 1999, p. 81-91; du même
auteur, Potštejnská manufaktura na česko-kladském pomezí. Studie o východočeském plátenictví v letech 1754-1761
(=La manufacture de Potštejn à la frontière tchèque. Etude sur la production textile en Bohême de l’Est en 1754-
1761), Kladský sborník-Supplementum 4, Hradec Králové, 2002. A compléter par Arnošt Klíma, Manufakturní
období v Čechách, Praha, 1955, p. 320-337; Milan Myška (sous la dir. de), Historická encyklopedie podnikatelů
Čech, Moravy a Slezska do poloviny XX. století /=Encyclopédie historique des entrepreneurs de la Bohême, de la
Moravie et de la Silésie jusqu’au milieu du XXe siècle/, Ostrava, 2003, p. 154-155. Les relations entre Chamaré et le
comte Rodolphe Chotek (1706-1771), Grand chancelier et personnage clé dans la politique économique de la
monarchie, furent analysées par Ivo Cerman, Chotkové. Příběh úřednické šlechty, Prague, 2008, p. 250-266.

427
Harbuval-Chamaré fonda même un entrepôt pour ses tissus qui étaient reconnus
pour leur qualité et leurs bas prix. Mais le développement de l’entreprise fut
gravement perturbé par le début d’un nouveau conflit : la guerre de Sept ans. La
Bohême de l’Est était menacée par les opérations militaires, il fallut déplacer des
stocks de tissus de Potštejn pour les entreposer près de Vienne, la main d’œuvre se
faisait plus rare et surtout, les subventions de la production n’étaient plus la priorité
du gouvernement, préoccupé dorénavant par le financement de l’armée. Le déclin
atteignit son apogée en 1764, l’année où mourut Jean Louis Harbuval-Chamaré.
Son fils Jean Antoine essaya encore, en vain, de poursuivre la fabrication en se
lançant dans la production de tissus en coton mais, en 1766, il dut annoncer la
banqueroute et la liquidation de toutes ses activités.
Grâce à l’entreprise familiale, la fortune des Harbuval-Chamaré fut
considérable et de nombreux indices dans des sources d’archives en témoignent.1266
La propriété terrienne de la famille fut fondée sur la possession des domaines de
Nové Hrady et Potštejn en Bohême de l’Est.1267 Lors de la première moitié du XIXe
siècle, la famille Harbuval-Chamaré élargit encore sa propriété immobilière en
achetant deux palais à Prague. Ils se situaient non loin du château – siège des rois
tchèques – et témoignent encore du goût du prestige de leurs propriétaires.1268
A la mort de Jean Louis, ce furent ses deux fils Jean Sigmund et Jean
Antoine qui se partagèrent les biens en fondant respectivement deux lignées :
1266
Lors de son départ de la Silésie, la famille Harbuval-Chamaré emmena aussi ses archives familiales. Elles
contiennent aujourd’hui des fonds concernant les années 1736-1849 et fournissent, entre autres, des informations
relatives aux circonstances de leur départ de la Silésie et à l’achat des domaines en Bohême. On peut y trouver la
correspondance de Jean Louis Harbuval-Chamaré concernant ses activités commerciales, des documents sur la
production textile dans ses manufactures, les actes personnels de chaque membre de la famille et autres. Státní
oblastní archiv (SOA) Zámrsk, Rodinný archiv Chamaré. Pour avoir un aperçu du fond, voir SOA Zámrsk,
Průvodce po archivních fondech (=Le guide des fonds), Prague, 1965, p. 340-341.
1267
Les documents sur le fonctionnement des domaines de Nové Hrady et Potštejn se trouvent dans des fonds de
SOA Zámrsk, Velkostatek Nové Hrady et Ibidem, Velkostatek Potštejn. Voir aussi SOA Zámrsk, Průvodce po
archivních fondech, p. 341-343. Les archives de Nové Hrady contiennent l’agenda économique du domaine à partir
de 1791 ainsi que des contrats d’achat de terres et des documents sur la construction du château du même nom avec
ses plans détaillés. En ce qui concerne le domaine de Potštejn, des fonds d’archives remontent jusqu’en 1581. On y
trouve, entre autres, diverses lettres patentes à partir de 1745, des instructions du gouvernement remontant à 1736 et
concernant le fonctionnement des manufactures, des actes sur les sujets du domaine et la liste des domestiques du
château en 1750.
1268
Il s’agit des palais des rues « Karmelitská », no 380 et « Sněmovní », no 171 à Prague. Pour les détails, voir
Emanuel Poche – Pavel Preiss, Pražské paláce, p. 45 ; Emanuel Poche, Prahou krok za krokem, p. 120, 280 ; Václav
Ledvinka – Bohumír Mráz – Vít Vlnas, Pražské paláce, p. 120-124.

428
l’aînée qui se perpétua jusqu’en 1857 et la cadette qui, à son tour, s’éteignit en
1972. Les membres de cette dernière, après avoir vendu, en 1903, le domaine de
Nové Hrady, quittèrent les pays tchèques pour s’installer en Autriche et en
Allemagne.1269
La famille Harbuval-Chamaré laissa sa trace dans l’histoire tchèque non
seulement par ses activités économiques, connues d’ailleurs plutôt par quelques
historiens spécialisés, mais surtout grâce à leur siège familial au château de Nové
Hrady en Bohême de l’Est, un bijou rare de l’architecture rococo. Sa construction,
exécutée sous l’ordre de Jean Antoine, dura quatre ans (1773-1777) et les travaux
d’aménagement des alentours se poursuivirent jusqu’en 1804. La bâtisse, conçue
en trois ailes autour d’une cour d’honneur fut dotée d’un toit « à la Mansart »,
l’accès s’effectuant par une rampe monumentale enjambant l’ancien fossé.
L’ensemble fut complété par un jardin à la française.1270 Le commanditaire du
siège, Jean Antoine, fut également immortalisé d’une autre manière, pour le peu
inattendue car il devint le héros d’un des romans d’Alois Jirásek, écrivain tchèque
du XIXe siècle, jadis très populaire.1271

1269
Sur le destin de la famille au XIXe et au début du XXe siècle Gothaisches Genealogisches Taschenbuch der
Gräflichen Häuser, Gotha, 1941, p. 181 ; Genealogisches Handbuch des Adels, Band 54, Gräfliche Häuser, Band
IV, Limburg an der Lahn, 1973, p. 113 ; Almanach českých šlechtických rodů, Most, 2002, p. 165-167.
1270
Au sujet du château de Nové Hrady Hrady, zámky a tvrze v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, VI, Východní
Čechy, Prague, 1989, p. 327-329.
1271
Alois Jirásek, Poklad. Historický obraz z osmnáctého století (=Le trésor. L’image historique du XVIIIe siècle),
Spisy A. Jiráska, t. 20, Prague, 1951. Inspiré par des faits réels, Jirásek évoque d’abord et à sa manière l’atmosphère
de l’intolérance religieuse supposée dans la société tchèque du milieu du XVIIIe siècle. Ce cadre lui sert ensuite, en
mélangeant la fiction à la réalité, de terrain pour raconter les histoires individuelles de quelques habitants de la ville
de Potštejn en Bohême de l’Est. On trouve parmi eux Jean Antoine Harbuval-Chamaré qui cherchait, en vain, dans
les ruines du château fort de Potštejn, un prétendu trésor d’un chevalier du XIVe siècle. Le noyau véridique de cette
histoire veut que Jean Antoine cherchât réellement un trésor à Potštejn mais n’ayant rien trouvé, il se vit abandonner
ce projet en y dépensant des sommes colossales. Pour les détails voir Hrady, zámky a tvrze v Čechách, na Moravě a
ve Slezsku, VI, Východní Čechy, Prague, 1989, p. 389-393 (sur le château de Potštejn).

429
d’Hautois et Browne

D’origine lorraine, l’officier Henri d’Hautois et Browne fut élevé, en 1707,


dans les rangs de la haute noblesse des pays tchèques. Au milieu du XVIIIe siècle,
la famille possédait les domaines de Kostelec nad Orlicí et Potštejn en Bohême de
l’Est.1272

Joyeuse de Petit Sivry

Issu de la petite noblesse lorraine, le chevalier Jean Baptiste Joyeuse de Petit


Sivry (mort en 1765), major général et chambellan à la cour impériale, fut élevé, en
1754, dans les rangs de la haute noblesse des pays tchèques. Ses six fils assurèrent
le prolongement du lignage qui se poursuivit jusqu’au milieu du XIXe siècle. Les
biens familiaux – la propriété foncière de Měšice en Bohême du Sud – n’étant pas
suffisants pour assurer l’indépendance économique, les enfants de Jean Baptiste se
virent obligés de les vendre, en 1790, et chercher la stabilité en occupant plutôt
divers postes dans l’administration du pays.1273

1272
Anton Schimon, Der Adel von Böhmen, Mähren und Schlesien, Böhmisch Leipa, 1859, p. 82 ; Hrady, zámky a
tvrze v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, VI, Východní Čechy, p. 214, 390; Karel Kuča, Města a městečka
v Čechách, a Morave a ve Slezsku, V, p. 418; Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od
Bílé Hory do současnosti, I, p. 336.
1273
Rudolf Meraviglia-Crivelli, Der böhmische Adel (= J. Siebmacher´s Grosses und allgemeines Wappenbuch,
IV/9), Nürnberg, 1885, p. 128; Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do
současnosti, I, p. 426.

430
de la Motte de Frintrop

Quant à la famille de la Motte de Frintrop (mais aussi sous la forme « de


Lamotte »), d’origine française, c’était une famille de chevaliers, dont les membres
avaient participé aux multiples conflits européens depuis, au moins, le XVIe siècle.
Lors du premier quart du XVIIe siècle, grâce à Pierre Antoine de la Croix, sieur de
la Motte, ils arrivèrent et s’installèrent en Bohême.1274
Dans les Mémoires de François de Bassompierre de 1604, on retrouve la
première trace de Pierre Antoine à qui l’auteur donna dans son texte le grade de
lieutenant.1275 Il devint ensuite, vers 1618, commissaire général de la cavalerie en
Bohême, assurant le contrôle des déplacements et du logement des soldats. En
1619, nous le vîmes lieutenant-colonel d’un régiment de cuirassiers au service de
Wallenstein. Il s’agissait d’hommes engagés aux Pays-Bas au nom de l’empereur
par Wallenstein, alors que ce dernier était colonel dans l’armée des Etats moraves
qui hésitaient toujours entre les Etats tchèques insurgés et Vienne. Pierre Antoine
de la Motte fut chargé de déplacer cette unité des Pays-Bas à Passau.1276 A la mi-
mai 1619, il entra en ville et sans lui accorder le moindre repos, son supérieur
Wallenstein lui ordonna de traverser la forêt frontalière de Šumava (Böhmerwald)
pour renforcer les troupes impériales sous le commandement de Charles
Bonaventure de Buquoy opérant en Bohême du Sud.1277 Pour que Pierre Antoine
puisse pleinement savourer le goût de la gloire militaire, il lui fallut attendre encore

1274
Pour les données de base sur la famille, il faut s’adresser à Ottův slovník naučný (=Encyclopédie d’Otto), t. XV,
Prague, 1900, p. 594 et Jan Halada, Lexikon české šlechty. Erby, fakta, osobnosti, sídla a zajímavosti, Prague, 1999,
p. 314 qui copie, pour la plupart, des informations du précédent. Dernièrement Milan Mysliveček, Velký erbovník.
Encyklopedie rodů a erbů v zemích Koruny české, I, Plzeň, 2005, article „Lamotte“ et Petr Mašek, Šlechtické rody
v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do současnosti, I, p. 527.
1275
De Chantérac (éd.), Journal de ma vie. Mémoires du maréchal de Bassompierre, t. I, Paris, 1870, p. 132-144
dont l’édition tchèque se trouve dans Eliška Fučíková (éd.), Tři francouzští kavalíři v rudolfinské Praze (=Trois
cavaliers français à Prague à l’époque de Rodolphe II), Prague, 1989, p. 92-105 (notamment p. 101).
1276
Státní oblastní archiv (SOA) Litoměřice, pobočka Děčín /=Archives régionales à Litoměřice, succursale Děčín/,
Rodinný archiv Desfours-Walderode, no 771, cart. 50 (notes généalogiques sur la famille de la Motte).
1277
Les missions militaires de Pierre Antoine de la Motte du début de la guerre de Trente ans sont mentionnées par
Josef Janáček, Valdštejn a jeho doba (=Wallenstein et son temps), Prague, 1978, p. 177-183 ; Josef Polišenský –
Bohumír Baďura – Miroslav Kouřil – Miroslav Toegel (édd.), Documenta Bohemica Bellum Tricennale illustrantia,
t. II, Der Beginn des Dreißigjährigen Krieges. Der Kampf um Böhmen (1618-1621), Prague, 1972, doc. no. 325.

431
un an. Le 8 novembre 1620 eut lieu la bataille de la Montagne blanche. Les
contemporains remarquèrent l’action audacieuse du lieutenant-colonel de la Motte
en tête des cuirassiers de Wallenstein, ce qui lui valut les louanges officielles
exceptionnelles de l’empereur Ferdinand II.1278 En 1621 et 1622, il commanda un
régiment de cuirassiers wallons opérant devant la citadelle de Nové Zámky
(Neuhäusel) en Haute-Hongrie (la Slovaquie actuelle) et dans les années 1623-
1626, il fut à la tête d’un régiment d’arquebusiers menant des actions dans
l’Empire. Ses traces disparurent en 1627.1279
Avec sa femme Gertrude de Schiffelsberg, veuve de Joachim Eberhart von
Frintrop et morte en 1654, Pierre Antoine de la Motte eut deux filles Marie-
Angélique et Marie-Madeleine et adopta également le garçon né du premier
mariage de Gertrude - Vincent.1280 Tous les trois furent en 1657 élevés dans les
rangs des chevaliers du Royaume de Bohême. Vincent qui se battit en 1643 contre
les Suédois, supérieurs numériquement, pour défendre son château de Návarov
cédé à la famille en 1627 comme fief par Wallenstein, assura la continuité du
lignage en utilisant le nom composé de la Motte de Frintrop. Au milieu du XVIIIe
siècle, la famille se divisa en deux lignées. La branche aînée se vit vendre les biens
familiaux à la fin du XVIIIe siècle et ses traces disparurent aussitôt. Quant à la
branche cadette, ses membres furent en 1756 élevés dans les rangs de la haute
noblesse, mais ils ne réussirent pas, eux non plus, à maintenir la fortune familiale.
A la fin du XVIIIe, ils revendent à leur tour les domaines hérités pour s’engager

1278
Pavel Skála ze Zhoře (éd. Josef Janáček), Historie česká. Od defenestrace k Bílé hoře (=Histoire tchèque.
Depuis la défénestration à la Montagne blanche), Prague, 1984, p. 396 (note 12), p. 420 (note 53) ; Josef Janáček,
Valdštejn a jeho doba, p. 194.
1279
Josef Polišenský – Bohumír Baďura – Miroslav Kouřil – Miroslav Toegel (édd.), Documenta Bohemica Bellum
Tricennale illustrantia, t. III, Der Kampf des Hauses Habsburg gegen die Niederlande und ihre Verbündeten (1621-
1625), Prague, 1976, document no 664; Ibidem, t. IV, Der Dänisch-Niederdeutsche Krieg und der Aufstieg
Wallensteins (1625-1630), Prague, 1974, documents no 2, 37, 66; Václav Líva (éd.), Prameny k dějinám třicetileté
války. Regesta fondu Militare Archivu Ministerstva vnitra ČSR v Praze (=Sources pour l’histoire de la guerre de
Trente ans. Régestes du fond « Militare » des archives du Ministère des affaires intérieures de la République
tchécoslovaque de Prague), t. III, 1618-1625, Prague, 1951, passim (avec des détails sur l’approvisionnement de son
régiment de cuirassiers, de nombreuses plaintes sur le comportement de ses soldats et des documents témoignant de
la vie quotidienne dans les campements militaires).
1280
SOA Litoměřice, pobočka Děčín, Rodinný archiv Desfours-Walderode, no 819, cart. 57 (copie du testament de
Gertrude de la Motte de 1654).

432
dans l’armée et pour quitter enfin, dans la deuxième moitié du XIXe siècle les pays
tchèques. Le dernier de la Motte connu fut Georges, né en 1787, mort en 1859 à
Graz en Autriche et avec lui disparaissent toutes les traces de la famille.1281
La fortune familiale des de la Motte fut basée sur les biens en Bohême du
Nord où ils possédaient les propriétés foncières de Jesenný, Albrechtice, Sychrov,
Starý Dub, Domaslavice et de Stračov.1282 En 1728, ils achetèrent encore le
domaine de Holovousy en Bohême de l’Est qui fut vendu, en 1786, à la famille
Leveneur de Grünwall, cette dernière d’origine luxembourgeoise.1283 Le supérieur
de Pierre Antoine de la Motte, le général Wallenstein, apprécia les services loyaux
de ce dernier en lui cédant en fief , en 1624, les propriétés foncières de Bunzendorf
et de Wüstung en Haute-Lusace.1284 La veuve de Pierre Antoine acheta, en 1627,
en tant qu’autre fief de Wallenstein, le domaine de Návarov en Bohême du Nord et
disposait, en plus, de 19 autres villages dans la même région.1285
Outre la possession des biens qui assuraient le côté matériel de leur
existence, les de la Motte de Frintrop entretenaient et renforçaient également les
liens sociaux avec d’autres familles nobles du pays et de la région. Le cas de leurs
voisins des Fours pourrait servir d’exemple d’école mais au-delà de la stratégie
courante du patronage, il s’agit là d’un comportement d’autant plus intéressant
qu’il est en même temps question d’anciens « immigrants » français. Les contacts
entre eux s’établissent dès 1654 où Albrecht Maximilien des Fours figure parmi les
témoins du testament de Gertrude de la Motte.1286 De nombreux membres de la

1281
Ibidem, no 866, cart. 68 (généalogie des de la Motte de Frintrop).
1282
Hrady, zámky a tvrze v Čechách, na Moravě a ve Slezsku (=Châteaux forts, châteaux et lieux fortifiés en
Bohême, en Moravie et en Silésie), t. III, Severní Čechy, Prague, 1984, p. 22 (Albrechtice), p. 179-180 (Jesenný), p.
336-337 (Návarov), p. 436 (Starý Dub), p. 455-459 (Sychrov).
1283
Le fond d’archives, concernant le domaine de Holovousy en Bohême de l’Est, est déposé dans Státní oblastní
archiv (SOA) Zámrsk, Velkostatek Holovousy. On peut consulter son aperçu dans SOA Zámrsk, Průvodce po
archivních fondech (=Guide des fonds), Prague, 1965, p. 398.
1284
Sur l’acquisition des propriétés de Bunzendorf, Wüstung et de Návarov, voir Tomáš Václav Bílek, Dějiny
konfiskací v Čechách po roce 1618 (=Histoire des confiscations en Bohême après 1618), t. II, Prague, 1883, p. 793-
794, 801-802.
1285
La description du domaine de Návarov se trouve dans Státní ústřední archiv Praha, Desky zemské (=Tables du
royaume), 151, fol. X 17.
1286
SOA Litoměřice, pobočka Děčín, Rodinný archiv Desfours-Walderode, no 819, carton 57 (copie du testament de
Gertrude de la Motte de 1654).

433
famille des Fours apparaissent ensuite dans les listes des parrains et marraines lors
des baptêmes chez des la Motte.1287 Les des Fours prêtaient aussi des sommes
d’argent importantes à leurs compatriotes1288, leur confiaient les postes
d’intendants des domaines1289 pour aller jusqu’à la conclusion du mariage entre les
deux familles.1290 Dans ce genre de relations, la conscience de la même origine
géographique jouait sûrement une position clé.
La plupart de sièges des de la Motte n’existant plus, le rare vestige rappelant
encore l’existence de la famille se trouve en Bohême du nord-est, non loin de la
ville de Chomutov. Il s’agit d’une pierre tombale d’Emmanuel de la Motte de
Frintrop, mort en 1738, située à l’église Saint-Martin dans un petit village de
Soběsuky.1291

Laval de Gouet

Les Laval de Gouet furent au XVIIe siècle au service des Liechtenstein.


Adolart Laval de Gouet exerçait dans les années trente du même siècle la fonction
de veneur sur le domaine de ses maîtres de Lednice en Moravie du Sud.1292

1287
Ibidem, no 866, carton 68 (généalogie des de la Motte de Frintrop).
1288
Ibidem, no 239, carton 9 (spécifications de dettes de Joseph de la Motte).
1289
Ibidem, no 247, carton 9 (Jean de la Motte).
1290
Ibidem, no 773, carton 50 ( mariage de Joachim des Fours et Charlotte de la Motte de Frintrop en 1727).
1291
Ferdinand Maděra, Heraldické a nápisové památky Chomutovska, Chomutov, 2003, p. 152-153.
1292
Josef Pilnáček, Staromoravští rodové, no 692; Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku
od Bílé Hory do současnosti, I, p. 537.

434
Lescourant de la Rochelle

Les exploits militaires facilitèrent l’ascension des Lescourant de la Rochelle.


D’origine lorraine, Jean Lescourant de la Rochelle fut officier dans l’armée
impériale et prit part à la bataille de la Montagne blanche, en 1620. Plus tard, lors
de l’invasion suédoise, nous le vîmes commandant de la garnison du château de
Helfštýn en Moravie du Nord qu’il défendait contre l’ennemi pendant un an et
demi, dès 1642. A la fin de sa carrière militaire, il fut promu, en 1655, lieutenant-
colonel et avait sous son commandement une partie de la garnison impériale
disloquée dans la forteresse morave d’Olomouc. A sa mort, la lignée se poursuivit
grâce à ses deux fils Siegfried Jean (+ 1711) et Louis Ferdinand. La famille
possessionnée dans la région d’Opava en Moravie du Nord, notamment à
Štáblovice (depuis 1655), fut élevée, en 1696 dans les rangs de la haute noblesse et
elle se poursuivit jusqu’au milieu du XVIIIe siècle.1293

de Mollart

Originaire de la Bourgogne, la famille s’installa d’abord, à la fin du XVe


siècle, en Autriche où Pierre Guillaume de Mollart fut élevé dans les rangs de la
haute noblesse locale, en 1571. Un de ses fils, Ernest (mort en 1608) devint
fondateur du monastère des capucins (fondé en 1600) à Prague, place Loretánské
no 99, non loin du château, siège des rois tchèques. Dans la génération suivante, en
la personne de Pierre Ernest de Mollart, la famille fut élevée, en 1652, dans les

1293
Heinrich von Kadich – Conrad Blažek, Der mährische Adel (= J. Siebmacher´s Grosses und allgemeines
Wappenbuch, IV/10), Nürnberg, 1899, p. 224; Josef Pilnáček, Rody starého Slezska, I-V, Brno, 1991-1998, p. 748-
752; Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do současnosti, I, p. 547; Hrady,
zámky a tvrze v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, II, Severní Morava, Prague, 1983, p. 234, 253; Pavel Šopák,
« Typologické aspekty zámecké architektury první poloviny 18. století v tzv. moravských enklávách ve Slezsku.
Příklad Štáblovic a Deštného », in : Acta historica et museologica Universitatis Silesianae Opaviensis, 7, 2007, p.
233-244.

435
rangs de la haute noblesse des pays tchèques et obtint l’incolat, en 1670. Ses
descendants se divisent en deux lignées, possédant des biens en Moravie du Sud,
près de Znojmo ainsi qu’en Bohême centrale, dans le district de Rakovník pour
s’éteindre en 1761.1294

de Montrochier

Originaire de la Savoie, Jean de Montrochier fut colonel des impériaux


pendant la guerre de Trente ans et en 1643, il acheta les terres de Kostelní Vydří
dans le district de Dačice en Bohême du Sud. Son fils Jean Ernest acquit encore les
propriétés foncières de Horní Kounice près de Znojmo en Moravie du Sud et de
Lysice, non loin de Brno dans la même région. La famille disparut vers la fin du
XVIIe siècle.1295

de Renard

Les de Renard, cette famille ducale d’origine française, possédèrent dès le


début du XVIIIe siècle le domaine de Deštné dans la partie tchèque de la Silésie.1296

1294
Anton Schimon, Der Adel von Böhmen, Mähren und Schlesien, Böhmisch Leipa, 1859, p. 165 ; Heinrich von
Kadich – Conrad Blažek, Der mährische Adel (= J. Siebmacher´s Grosses und allgemeines Wappenbuch, IV/10),
Nürnberg, 1899, p. 84; Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do
současnosti, I, p. 651; Emanuel Poche, Prahou krok za krokem, p. 296 ; Eva Skalická, Šlechtické rody na
Rakovnicku, Rakovník, 1998.
1295
Heinrich von Kadich – Conrad Blažek, Der mährische Adel (= J. Siebmacher´s Grosses und allgemeines
Wappenbuch, IV/10), Nürnberg, 1899, p. 85; Karel Kuča, Města a městečka v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, II,
Prague, 1997, p. 735; Petr Mašek, Šlechtické rody v Čechách, na Moravě a ve Slezsku od Bílé Hory do současnosti,
I, p. 653.
1296
On dispose d’archives familiales déposées dans Zemský archiv Opava, Velkostatek Deštné u Opavy (1704-
1838). A comparer à Jarmila Hanzalová, Soupis osobních písemných pozůstalostí a rodinných archivů v České
republice, article « Renard ».

436
de Saint-Julien

Des traces plus que minces furent laissées à la postériorité par les de Saint-
Julien, une famille française de Provence, active dès le début du XVIIe siècle au
service des Habsbourg. Ses membres furent élevés, en 1638, dans les rangs de la
haute noblesse et possédèrent, de 1746 à 1846, plusieurs propriétés foncières en
Moravie de l’Est.1297

de Suys

Venu de la France, Ernest Roland de Suys (mort en 1677), adjudant–chef


dans l’armée impériale chargé de l’approvisionnement des unités de combat,
profita des confiscations par Ferdinand II des biens des Etats tchèques insurgés et
s’empara ainsi, en 1635, d’une propriété foncière dans le district de Čáslav en
Bohême centrale. Il arrondit ses possessions en 1667, avec l’achat de terres près de
Český Brod dans la même région. Ce fut à la mort, en 1691, de son fils Ernest
Ferdinand, héritier universel qui avait vendu auparavant toutes les acquisitions de
son père que la famille s’éteignit.1298

1297
Heinrich von Kadich – Conrad Blažek, Der mährische Adel (= J. Siebmacher´s Grosses und allgemeines
Wappenbuch, IV/10), Nürnberg, 1899, p. 119.
1298
Tomáš Václav Bílek, Dějiny konfiskací v Čechách po roce 1618, p. 685-710; Václav Líva (éd.), Prameny k
dějinám třicetileté války, IV, 1626-1635, Prague, 1953, p. 238, 312, 315-316; Hrady, zámky a tvrze v Čechách, na
Moravě a ve Slezsku, VI, Střední Čechy, p. 55, 222, 506.

437
Vernier de Rougemont

La Fortune sourit aux Vernier de Rougemont qui faisaient à l’origine partie


de la petite noblesse bourguignonne et ce ne fut que dans les années trente du
XVIIe siècle qu’ils trouvèrent le chemin les conduisant vers les pays tchèques.1299
Le premier membre à s’y installer fut Mathias Vernier qui avait commencé sa
carrière en tant que militaire d’abord au service des ducs lorrains puis, en intégrant
l’armée impériale de Ferdinand II. Il devint lieutenant et payait, de sa propre
poche, la solde à un régiment d’infanterie et à un autre de cavalerie. Lors des
combats, il montra plusieurs fois son audace et fut maintes fois blessé.1300 En 1636,
pour faire valoir ses mérites et compenser ses frais, l’empereur l’éleva - ainsi que
son oncle Pierre - dans les rangs de la haute noblesse et il lui céda le domaine de
Lipnice en Bohême de l’Est.1301 Cette promotion ouvrit à Vernier la porte d’une
carrière brillante. Il fut nommé général dans l’armée impériale et, à la fin de sa vie,
il entra au Conseil de guerre à la cour de Vienne. Il mourut en 1661.
Après la disparition de Mathias Vernier, le lignage se poursuivit grâce à ses
trois fils François Léopold, Ferdinand Sébastien et Jean Bartolomé. Cependant, le
morcellement des biens ne contribuant pas à la bonne santé économique familiale,
les membres de la famille cherchèrent la stabilité en travaillant dans
l’administration du pays et nombreux furent ceux qui se virent choisir la vocation
militaire. Au milieu du XVIIIe siècle, deux branches existaient encore : l’aînée qui
se poursuivit jusqu’au XIXe siècle pour s’éteindre avec Guillaume Vernier (né en
1796 et resté sans enfants) et la cadette dont les traces disparaissent en Styrie à la
fin du XIXe siècle.
1299
Pour en savoir plus sur l’histoire de la famille, il nous faut recourir à Ottův slovník naučný, t. XXVI, Prague,
1907, article « Vernier de Rougemont » ; Jan Halada, Lexikon české šlechty. Erby, fakta, osobnosti, sídla a
zajímavosti, Prague, 1999, p. 610-611 qui recopie les informations du précédent.
1300
Ottův slovník naučný, t. XXVI, p. 585.
1301
Le domaine qui comptait 1 ville et 11 villages avait été confisqué à la famille de Jean Rodolphe Trčka. Pour les
détails voir Tomáš Václav Bílek, Dějiny konfiskací v Čechách po roce 1618, I,II, Prague, 1882,1883, p. 698-699.
L’acquisition fut notée dans les registres des Tables du royaume (Desky zemské). Státní ústřední archiv (SÚA)
Praha, Desky zemské větší (DZV) 146, fol. B 22. (On y trouve la description détaillée du territoire avec le nombre
des sujets dans chaque village.)

438
En Bohême de l’Est, les Vernier de Rougemont possédaient les domaines de
Lipnice et Světlá nad Sázavou et les propriétés foncières de Věž et Čestín1302 mais
c’est à Prague que se trouve un autre témoignage de l’existence de la famille, aussi
fragmentaire que les précédents. Il s’agit de leur ancien palais dans le quartier de
Nové Město.1303 Le bâtiment en style baroque primitif, datant de 1697, commandé
par Jean Bartolomé (mort en 1711), attribué à Jean Baptiste Mathey ou à ses
disciples et revendu en 1709 avait deux niveaux, une cour d’honneur et était doté
d’un jardin à la française.1304 Diverses constructions occupent maintenant
l’emplacement de ce dernier et seule la façade rappelle encore quelques traits de
l’ancien palais.
Privée d’archives, ses anciens sièges ayant été remaniés et consacrés à
d’autres activités que l’habitat,1305peu d’indices semblent rappeler aujourd’hui
l’histoire de la famille Vernier de Rougemont et ses liens avec les pays tchèques.

1302
Voir Hrady, zámky a tvrze v Čechách, na Moravě a ve Slezsku, t. VI, Východní Čechy, Prague, 1989, p. 84-85
(Čestín), p. 271-274 (Lipnice), p. 476-478 (Světlá nad Sázavou), p. 524-525 (Věž). On chercherait en vain des actes
sur le fonctionnement des domaines familiaux. Certes, les archives existent mais conservant des documents à partir
de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, elles sont donc inutiles pour les recherches, car à cette époque-là, la famille
ne possédait plus les mêmes terres qu’à l’époque de Mathias Vernier. Voir les fonds de Státní oblastní archiv (SOA)
Zámrsk, Velkostatek Lipnice ; Ibidem, Velkostatek Světlá nad Sázavou ; Ibidem, Velkostatek Věž-Komárov,
conservant respectivement des documents de 1758-1924, 1777-1948 et de 1828-1850. Pour un aperçu des fonds,
consulter SOA Zámrsk, Průvodce po archivních fondech (Le guide des fonds), Prague, 1965, p. 417-418 (Lipnice),
p. 445-446 (Světlá nad Sázavou), p. 449-450 (Věž-Komárov).
1303
Palais de la rue « Na Příkopě », no 22. A son sujet Alois Kubíček, Pražské paláce, Prague, 1946, p. 184, 208 ;
Emanuel Poche – Pavel Preiss, Pražské paláce, p. 49-52 , 99-100 ; Emanuel Poche, Prahou krok za krokem.
Uměleckohistorický průvodce městem, Prague, 1985, p. 161-162 ; du même auteur, Pražské portály, Prague, 1947,
document no 33 ; Václav Ledvinka – Bohumír Mráz – Vít Vlnas, Pražské paláce, p. 25, 357-363 (avec la
bibliographie concernant le palais) ; Pavel Vlček – Ester Havlová, Praha 1610 - 1700. Kapitoly o architektuře
raného baroka, Prague, 1998, p. 309-310.
1304
Olga Bašeová, Pražské zahrady (=Les jardins pragois), Prague, 1991, p. 51-75 (chapitre « Praha doby barokní »
/Prague à l’époque baroque/).
1305
Aujourd’hui, le château de Věž abrite une maison de retraite, celui de Světlá nad Sázavou un lycée agricole, celui
de Čestín un centre médical et leur palais pragois fut transformé en casino.

439
ANNEXES

440
ANNEXES PHOTOGRAPHIQUES

441
Jean Louis Ratuit de Souches peu après le siège de Brno de 1645 en tant que
commissaire militaire de la Moravie. [Reproduction d’après Mathias Merian,
Theatri Europaei, t. VI, 1647-1651, Francfort, 1663, p. 21].

442
Portrait de Jean Louis Ratuit de Souches, milieu du XVIIe
siècle. [Reproduction d’après Libor Jan, Obléhání hradu
Pernštejna v roce 1645, Brno, 1995].

443
Jean Louis Ratuit de Souches en 1659 en tant que commandant des troupes
impériales en Poméranie. [Reproduction d’après Mathias Merian, Theatri
Europaei, t. VIII, 1657-1661, Francfort, 1693, p. 1051].

444
Jean Louis Ratuit de Souches après 1664 où il devint commandant de la
région de Komárno (Komárom) en Haute-Hongrie. [MZA Brno, G 12,
Cerroniho sbírka II, cote 229].

445
Détail du portrait de Jean Louis Ratuit de Souches avec la statuette de la
Vierge-Marie de Foy. La toile (ici avant d’être restaurée et fortement
endommagée) d’un réalisme saisissant montre le général à la fin de sa vie,
visage traversé de rides, signes de son âge avancé. [Reproduction d’après
Jan Bartoš – Miloslav Trmač, Mariánské poutní místo Hluboké Mašůvky u
Znojma, Brno, 1991, p. 14].

446
Le portrait de Jean Louis Ratuit de Souches avec la
statuette de la Vierge-Marie de Foy. L’état après la
restauration.

447
Le blason de la famille de Souches dans la forme que lui donna Jean Louis
Ratuit de Souches à la deuxième moitié du XVIIe siècle. Dessin provenant d’un
diplôme confirmant les anciens privilèges de la ville de Jevišovice publié en
1704 par Charles Joseph Ratuit de Souches [SOkA Znojmo, Archiv městečka
Jevišovice, JEV/I, no 5, cliché P. Klapka].

448
Armoiries d’origine de la famille de Souches. [Reproduction
d’après Heinrich von Kadich – Conrad Blažek, Der mährische Adel
(=J. Siebmacher’s Grosses und allgemeines Wappenbuch), t. IV,
vol. 10, Nürnberg, 1899, planche no 105].

449
Armoiries de Jean Louis Ratuit de Souches - et de ses descendants -
après être élevé dans les rangs de la haute noblesse. [Reproduction
d’après Heinrich von Kadich – Conrad Blažek, Der mährische Adel
(=J. Siebmacher’s Grosses und allgemeines Wappenbuch, t. IV, vol.
10, Nürnberg, 1899, planche no 105].

450
Blason de Jean Louis
Ratuit de Souches placé
dans la cour intérieure de
la forteresse de Špilberk à
Brno [cliché P. Klapka].

Les blasons d’alliance de Jean Louis Ratuit de Souches (à gauche) et de sa seconde femme Anne
Salomé d’Aspermont au-dessus de l’entrée à l’église de Hluboké Mašůvky [cliché P. Klapka].
451
o
Matrice en argent et sceau de Jean Louis Ratuit de Souches. [MZA
441 Brno, G 155, RA Ugarte, n 693a ;
cliché P. Klapka.]

452
L’arbre généalogique de la famille de Souches établi en 1772. Extrait
montrant la filiation des ancêtres de Jean Louis Ratuit de Souches et de sa
femme Anne Elisabeth de Hoffkirchen. [SOA Litoměřice, succursale
Děčín, RA Desfours-Walderode, no15, parchemin, cliché P. Klapka]

442

453
La Rochelle, XVIIe siècle [AD La Rochelle, 5 Fi La Rochelle 7, cliché P. Klapka].443

454
444 5 Fi La Rochelle 138, cliché
La ville de La Rochelle, capitale du Pays d’Aunis, XVIIIe siècle [AD La Rochelle,
P. Klapka].
455
445

Les maisons à l’emplacement de l’ancienne hôtellerie


nommée « Trois marchands », ancienne propriété de la
famille Ratuit de Souches, La Rochelle.
[Cliché P. Klapka] 456
La ville d’Olomouc assiégée par les impériaux 1643-1644 [cliché MZK
Brno].

446

457
Brno en 1617. Une vue détaillée sur la ville avant les destructions de la guerre de Trente Ans. Quelques éléments de la
légende : D = cathédrale Saint-Pierre ; F = forteresse de Spilberg ; H = mairie ; N = église Saint-Jacques ; Q = église Saint-
Thomas. [cliché MZK Brno] 447

458
La ville de Brno avant le siège suédois [cliché
448 MZK Brno].

459
449
Le siège suédois de Brno en 1645 avec le détail de la tranchée couverte (« strada
cooperta ») [cliché MZK Brno].

460
Siège de la ville de Toruń en Pologne par les impériaux en 1658. En bas, sous no 450
36, se trouve le campement du général de Souches.
[Reproduction d’après Tadeusz Nowak, Oblezenie Torunia w roku 1658, Toruń, 1936.]
461
La ville de Znojmo en Moravie du Sud au milieu du XVIIe siècle [cliché MZK Brno].
451

462
Château de Jevišovice – la plus ancienne vue sur la résidence. Dessin provenant d’un
diplôme confirmant les privilèges de la ville de Jevišovice publié en 1704 par Charles
Joseph Ratuit de Souches [SOkA Znojmo, Archiv městečka Jevišovice, JEV/I, no 5,
cliché P. Klapka].

Château de Jevišovice actuellement, vu du même angle [cliché P.


Klapka]. 463
Le château de Jevišovice [cliché P. Klapka].

Le château de Jevišovice – le plan du rez-de-chaussée. [Reproduction d’après Miroslav


Plaček, Ilustrovaná encyklopedie moravských hradů, hrádků a tvrzí, Prague, 2001, p.
281].
464
Le château de Plaveč [cliché P. Klapka].

Le château de Plaveč - le plan du rez-de-chaussée. [Reproduction d’après Miroslav


Plaček, Ilustrovaná encyklopedie moravských hradů, hrádků a tvrzí, Prague, 2001, p.
486].

465
Le manoir de Boskovštejn [cliché P. Klapka].

466

Le manoir de Boskovštejn – le plan du rez-de-chaussée. [Reproduction


d’après Miroslav Plaček, Ilustrovaná encyklopedie moravských hradů,
hrádků a tvrzí, Prague, 2001, p. 115].

466
La maison de Jean Louis Ratuit de Souches à Znojmo, no 9, place Horní (Horní náměstí
en tchèque = Place supérieure) [cliché P. Klapka].

467

467
Palais Neupauer-Breuner, Singerstrasse no 16 à Vienne, à
l’emplacement de l’ancien palais des Souches.

468

468
La maison dite « maison des seigneurs de Lipá » à Brno que Jean Louis Ratuit de
Souches acheta en 1646. L’état du début du XXe siècle. [Reproduction d’après
František Zapletal, Družstevní dům v Brně. Bývalý palác pánů z Lipé, Brno, 1939].

469

469
La Vierge-Marie de l’église Saint-Thomas à Brno (la
Madone noire), protectrice de la ville. L’icône du XIVe
siècle. [Reproduction d’après Bohumír Němčík, Švédové
před Brnem 1645, Brno, 1995.]
470

470
Eglise Sainte-Marie à Hluboké Mašůvky abritant la statuette de la Vierge-Marie
de Foy [cliché P. Klapka].

Statuette de Notre-Dame de Foy


que Jean Louis Ratuit de Souches
avait offerte au sanctuaire de
Hluboké Mašůvky. [Reproduction
d’après Der Marienwallfahrtsort
Hluboké Mašůvky 1680-2005,
Brno, 2005, p. 7.]

471

471
Etude de la statue pour le monument funéraire de Jean Louis Ratuit de
Souches. [MZA Brno, C2, Tribunál-pozůstalosti, S 19p ; cliché P.
Klapka].

472

472
473

Propositions de décoration du monument funéraire de Jean Louis Ratuit de Souches. [MZA


Brno, C2, Tribunál-pozůstalosti, S 19p ; clichés P. Klapka].

473
Proposition de l’inscription pour l’épitaphe de Jean Louis Ratuit de Souches. Cette version fut enfin
retenue par la commission chargée de veiller sur l’érection du monument. [MZA Brno, C 2, Tribunál-
pozůstalosti, S 19p ; cliché P. Klapka].

474
Etude pour le monument funéraire de Jean Louis Ratuit de Souches. [AM Brno, V3, Sbírka
rukopisů Mitrovského knihovny, A 1.13.15 ; cliché P. Klapka].

475
475
Monument funéraire de Jean Louis Ratuit de Souches de 1722 à l’église
Saint-Jacques à Brno [cliché P. Klapka].

476
476
Monument à la mémoire de Jean Louis Ratuit de Souches au
pied de la forteresse de Špilberk. [cliché P. Klapka]

477
477
Extrait d’une lettre autographe de Jean Louis Ratuit de Souches relatant la bataille de Lewenz
(Levice) en Haute-Hongrie en 1664. [MZA Brno, G 140, RA Ditrichštejn, carton 206, no 604 ;
cliché P. Klapka].

Signature de Jean Louis Ratuit de Souches. [MZA Brno, G 140, RA Ditrichštejn,


carton 206, no 604 ; cliché P. Klapka].

478
478
La forme modifiée du blason de Brno que la ville fut autorisée à utiliser par
l’Empereur Ferdinand III à partir de 1646 en signe de reconnaissance de la 479
résistance héroïque lors du siège suédois en 1645. [Reproduction d’après Bertold
Bretholz, Der Vertheidigungskampf der Stadt Brünn gegen die Schweden 1645,
Brünn, 1895].

479
Diplôme par lequel l’Empereur Ferdinand III confirma l’élévation de Jean Louis
Ratuit de Souches dans les rangs de la haute noblesse, 1650, parchemin, première
page [MZA Brno, G 155, RA Ugarte, carton 30, no 556, cliché P. Klapka]

480

480
Relatione dell’assedio di Bruna e della fortezza di Spilberg, Vienne, 1672,
page du titre [MZK Brno, cliché P. Klapka]

481
481
Lebens beschreibung des Graffen von Souche (=description de
la vie du comte de Souches), biographie du général, première
page [MZA Brno, G 140, RA Ditrichštejn, no 343, cote 182,
carton 123, en allemand, cliché P. Klapka].

482
482
483
Siège de Brno en 1645. Toile de Hieronymus Benno Bayer et de Hans Jörg Zeiser.
Vue sur la ville du Sud-Est (en haut) et détail d’une batterie suédoise en position de tir
(en bas.) [Reproduction d’après Musée de la ville de Brno, Brno na Špilberku.
Průvodce expozicí, Brno, 2002, p. 18, 20.]

483
Siège de Brno en 1645. Détail de l’ex-voto de la basilique à Mariazell en Autriche.
[Reproduction d’après Jiřina Veselá – Martin Reissner, 15. srpen den Brna, Brno, 2006,
p. 14-15.]

484

484
La place Ratuit à Brno au début du XXe siècle. Une carte postale de
l’époque. [Collection de l’auteur.]

485
Une série de xylographies de Helena Bochořáková-Dittrichová inspirées du siège de Brno
de 1645. Eh haut, de gauche à droite, « Jean Louis Ratuit de Souches reçoit
symboliquement les clés de la ville à son arrivée à Brno » ; « Les combats du côté du
monastère Saint-Thomas ». En bas, de gauche à droite, « Le bombardement suédois de la
ville » ; « Prière des bourgeois demandant Dieu pour leur protection».

486
CARTES

487
Insulae divi Martini et Uliars vulgo L’Isle de Ré et d’Oléron, Johannes
Janssonius, milieu du XVIIe siècle.

488
Ile de Ré. Détail d’une carte de Georges-Louis Le Rouge, Carte de l’île de Ré, de l’île d’Oléron, de
l’Aunis et de la Saintonge, Paris, 1757.
489
Les pays de la Couronne de Bohême au début du XVIIe siècle composés du Royaume
464 de Bohême, du
Margraviat de Moravie, du Duché de Silésie et du Margraviat de Haute et Basse Lusace.

490
L’Europe à l’époque de la guerre de Trente Ans.

465

491
Les principales batailles de la guerre de Trente Ans.

466

492
Opérations militaires dans les pays de la Couronne de Bohême en 1645.

467

493
Opérations militaires sur la Vistule en Pologne en 1658.

LEGENDE
Villes Garnison suédoise

Forteresses
Campement polonais

Lieux fortifiés
Campement brandenbourgeois
Garnison polonaise

Garnison brandenbourgeoise

468

494
Campagne en Poméranie en 1658.
Légende : ··–··– armée autrichienne ---- armée brandenbourgeoise ···· infanterie469
autrichienne et brandenbourgeoise
(Montecuccoli et Sparr) ~~~ artillerie _____ armée polonaise unités détachées (Sporck et Pfuel)

495
470
e
La Pologne au XVII siècle

496
La Poméranie à la première moitié du XVIIe siècle.

471

497
Le système de défense de Hongrie contre l’Empire
472 ottoman après 1580.

498
Le Rhin, de la Suisse à la mer du Nord 473

499
Les Pays-Bas espagnols au XVIIe siècle

474

500
Les opérations sur le Rhin contre la France de Turenne dans les
années 1674-1675.

475

501
Bataille de Seneffe 11 août 1674

476
502
Carte du domaine de Jevišovice du début du XIXe siècle ; en noir et en gris – les forêts, en
beige et blanc – les champs, en vert – les prairies, en rouge – les communications.

477
503
Les villes de Hostim, Jevišovice (Iaispitz), Plaveč (Platsch) et Boskovštejn
(Boskowstein) sur la carte de la Moravie de Jan Amos Komenský
(Comenius) de 1680 d’après une gravure de 1627.

478
504
Jevišovice

Boskovštejn Plaveč

Possessions des Souches en Moravie du Sud.

479
505
GENEALOGIES

506
506
Généalogie des Ratuit de Souches

Pierre Montaigu Roger Le Meingre


Thibaut Ratuit, sieur de Barres Jean Denis ∞ Marie d’Aubert de ∞ Anne Catin de la Villette
∞ Anne de Pons ∞ Barbe Vigier Bourdigale

Charles Ratuit, escuyer, Françoise Denis Louis de Bourdigale, escuyer, Marie Le Meingre de Boucault
Sieur de Barres Sieur de Maropois

Jean Ratuit, escuyer, Marguerite de Bourdigale


Sieur de Barres † après 1636
† 22 mai 1614

Marguerite Ratuit († après 1654)


∞ Elie Savarit († avant 1654) un fils Jean Louis Ratuit de Souches

/descendance possible/ /branche aînée ; descendance ?/ /branche cadette/

suite
507
Jean Louis Raduit (1608-1682) 2
∞ 1 Anna Elisabeth de Hoffkirchen († 1663)
∞ 2 (1677) Anna Salome comt. Aspermont-
Reckheim (1648-1729)
1

Jean Louis († 1717) Charles Louis († 1691) Anna Dorotha (1652-1724) Eleonore Marguerite Ferdinand Louis
∞ (1671) Eva Eleonora comt. ∞ (1680) Maria Anna comt. ∞ Karl Maxmilian comte ∞ Karl Josef Ignaz comte (mort comme enfant)
Nothaft von Wernberg († 1698) de Puchheim († 1686) Thurn († 1716) Puchheim

Plusieurs enfants : Johann-Mathias, Maria-


Antonin, Franz-Ulrich, Johanna, Rosalie

Louis Joseph Maria Anna Maria Antonia Charles Joseph (1684-1736) Jean Louis
(1681-† avant 1691) (née 1682) (1683 – 1750) ∞ (1711) Maria Anna comt. (mort comme
∞ (1708) Leopold Josef de Schlick von Passaun enfant)
comte Palffy (1690-1728)

Karl Josef ( ?) Ludowika Claudia Christina Theresia Eleonora Maria Charlotte


(1669-1745) (1673-1726) (1675 – 1676)
∞ (1699) Wilhelm Leopold ∞ (1719) Sigmund Valentin
comte de Horn comte Hrzan de Harrasov
(† avant 1714)

Karl Josef Maria Wilhelmina Maria Anna (née 1714) Eleonora Marie-Franziska Antonin
(1712-1713) (1716-1792) ∞ (1739) Philipp Josef († avant 1736) (1720-1729) († 1728, mort peu
∞ (1736) Johann comte Woestenraedt après sa naissance)
Nepomuk André comte
Ugarte († 1756)

Marie Anna Josephine Franziska Johann Wenzel ( ?) Alois ( ?) Vincent


ép. Hauspersky de ép. Klebersberg († 1772) († 1759)
Fanal

∞ mariage branche aînée branche cadette 508


DOCUMENTS

509
« Lebens beschreibung des Graffen von Souche »

Page I

1. Herr feldtmarschall Graff de Souches ist Anno


2. 1608 im Monath Augusto zu Roschelle in Frankhreich
3. gebohren, und aus einen von den altesten geschlechten selbigen
4. Landtes, obwill seine Neydter so gar disses was
5. ihn Gott in den Geburth verlieren haben vertuschen
6. wollen: Er war der Jüngere Brueder und begab sich
7. so baldt er die Jahr erreichet, die Landten zu besehen
8. und den Krieg in Schweden zu lehren, weillen er ein absend-
9. erliche Inclination zu dissen hatte und in seine gar
10. jungen Jahren in der Statt Roschelle als sie von König
11. Ludovico den 13 Anno 1629 [!] belagert gewessen schon desen
12. Anfang dan zur gewacht. Sein Her bruedr
13. aber, blibe in Frankhreich und den König zu dienen welchen
14. nach den er undterschiedliche schöne Actionen begangen
15. und schon obristen gewest in der Belagerung Chattellet
16. in einen Sturmb geblieben. Seine Frau namtes von
17. Landeckin [?] die eine auch von gar alten Herstamt und
18. mit deren von Mongommery nechstens befreundt ohne
19. erben als wittib hinterlassen. Er führte den
20. Namben des Hauses nach den gebrauch des Landts nur
21. allein als nemblich Ratuit proprie aber von Ratt
22. welche Namben zu Malta wohlbekhant sein wirdt
23. weillen eines von dissen Haus gros meister des
24. Maltheser ordens gewes, wie in den maltheser historien
25. zu sehen. Herr Feltmarshall aber nambe
26. (nebst diesem auch den) namben De Souches nach dem Gebrauch in
Frankhreich
27. von einen ihren Güetten an, würdte in kurtzen wegen
28. seiner schönen Tallenta die ein cavallier het haben khann
29. nebst den schönen actionen die er zu Beförderung der
30. Cron Schweden dienst nicht allein in den
31. er Brigaten welches so viel als general wachtmeister
32. dienst commandirt, geleistet , so berümbt das ihn die Cron
33. Schweden auch in den geheimbesten sachen nach Frankhreich zu seinen
34. König verschkiht, also werben so wohl reusiret als in der
35. millitar function, welches verursacht des man ihn

510
Page II

1. in Schweden zu stabilieren gesucht und mit einen von den


2. vornembsten Damen des landts hat verheurathen wollen.
3. Disses aber hat Gott zu Nutz seiner Seellen
4. und zu ersprüesslichen diensten des hochlöbliche ertzhaus
5. von Osterreich dessen Ländtes nicht werkhstillig gemacht
6. in dener durch neydt eines gewissen Generals so weillen
7. die Reputation des Herrn Feltmarschall sich alle Zeinthnachrat
8. ausgebreütet und seines reycherliche Actiones so zu will wehren
9. seine ausführlich zu beschreiben in seinen Leben aber mehres
10. zu vernemben sein werden, sich vermehret der von
11. den Schwedischen Hoff einen disgusto empfingen, über
12. welchen er Herr Feltmarschall zu quittiren begehrt und
13. in willens gewest in Frankhreich zurükh zu gehen und seinen
14. König zu dienen, seiner Weeg aber durch disse Länder
15. zu nemben, damit er die selbige auch schenkhante und als
16. Ao 1642 ihr Ex. nach verlassung der Schwedischen Krieg
17. dienst in Schlessien zu Ihre Fürstlichen Durchlauf Erzherrzog
18. Leopold Wilhelm als damahlen Kays. Generallissimo an-
19. gelangt des vorhabens vermittert dereselben verlangten
20. Passes ertheillung durch das Reich seine Reise in Frankh-
21. reich fort zu sehen, haben höchst gedacht ihro Ertzherrzogh.[ische]
22. Durchl.[auch] des Heren Generals Talenta und person in so
23. gnädigste Consideration gezagen, das sie an statt des be-
24. gehrten Pass Brieffs ihre Kays. dienst offeriet, so er auch angenomben.
25. Ao 1643 ist unter H. General wachtmeister Cralchau [ Crailsheim] ein Kay.
26. Kriegs Corpo und bey selbigen auch der H. General als der
27. machtiger Obrister mit seinen geverbenen dragohneren Regiment dener
Schwedischen Waffen in Deutschlandt, eine diversion zu machen
28. in Pommeren ganzen.
29. Ao 1644 haben Ihro Excel. Mit der Hoch und Wohlgebohrene
30. Freyle Freyle Anna Elisabeth Freyin von Hoffkirchen zu
31. Prag sich ehrlich vermählet, und nachgehenden Jahren aus
32. diser Ehe 5 Kindter, nemblich Ludovica und Margarita

Page III

1. welche beide zeitlich in der Jugend mit todt abgangen und


2. den Heren Johan Ludwigen und Herr Carl Ludwigen, Anna
3. Dorotheam vermählte Gräffin von Thuun, so alle 3 nach

511
4. bey Leben, enzeüget; aber disses 44te Jahr ist der Herr
5. General zu dem H. General wachtmeister Saradeczky
6. zu der Bloquada von Ollmütz commandirt werdten vor-
7. bey er sich dergestalt verhalten, das (wie die formalia
8. des an Ihr abgangenen Kay. Danktbrieffes lauthen)
9. die eroberung der Stadt Ollmütz unfehlbar erfolgt
10. wäre, wan andere auch das ihrige wie er practirt hatten.
11. Ao 1645 nach dem vorher bey Jankhau in Böhmen mit dem
12. Schweden vergangenen unglückhlichen treffen (als worauf
13. disser victoriohse Feindt gegen Österreich und Mähren
14. fortgerukht) ist er an die königl. Statt Brin zu übernembung
15. des Kriegs Commando abgeschikht wordten, wobaldt her-
16. nach der schwedische Feltmarschall Torstensohn mit der
17. völligen Armee und nach ihre auch der Fürsth Ragozi
18. aus Sibenbürgen mit seinen Völkhern vor besagte Statt
19. Brünn ankomben, von welchen famosen 16 Wochige Beläger-
20. ung und wie diser von Ihro Triumphierte doppelte
21. feindt mit grossen verlust und Schwächung seines Armeen
22. durch die valorose defension und gegenwehr des H.
23. Commendanten und der belagerten von besagtene
24. Statt Brünn und dem Spillberg abzuweichen getrungen
25. wordten, die in drukh befindliche relationes und Kupfer-
26. stich mehrer umbständt besagen. Worauf Ihre Kays.
27. Mayst. zu aller gnädigster dankhbezeugnis solches erwis-
28. enen ansehentlichen diensts Ihre Heren General nicht allein
29. das Hendersonische [?] Regiment zu füs, sondern auch
30. baldt hernach der Generalwachmeister Carico aller
31. gnädigst verleihen.
32. 1646 haben ihre Excel. dem Heren General feltzeugmeister
33. Grafen von Puechheimb in der belagerung Corneuburg

Page IV

1. Crembs und Iglau assistiret und zu deren erfolgten


2. wieder eroberung vom feindt, sehr viel coope-
3. rirt nicht weniger auch von Ihre aigene person mit
4. der wenig gehabten Völkhen dem Feindt die Stadt
5. sambt dem Schloss Nikhelspurg, in gleichen das Schloss
6. Stäts und Falkhenstein wieder abgenamben und
7. als nach diesem glückhlichen Operation Ihr Excel. der
8. Her General sein absehen auf das Commando der Stadt

512
9. Regenspurg selbiges zu pretendiren gerichtet haben Ihro
10. Kais. Mai. an Stadt dessen Ihr zum kriegs Commendanten
11. in dero Margrafthumb Mähren allerdist allerdings resolvirt
12. und bestellet.
13. Nach dem Ao 1647 der Schwedische General Königsmarkh der
14. Kleinen Seithen zu Prag sich bemächtigt und das übrige
15. Schwedische Armee die alt und neue Stadt ebenfahlls zu
16. belagern dahin anmarchiret haben Ihro Ex. herr General
17. auf veranlassung des H. feltmarschall Graffen Gallas
18. alle euseriste Diligenz angewend auch die sach dahin
19. gebraucht das einige Trouppen in Mähren und Böhmen
20. in der Seit zusamben ramassirt und zum Succurs in
21. besagte Stadt Prag geworten wordten. Nach erfolgten
22. Frieden mit den Schweden seind Ihro Ex. aufs neue von
23. Ihro Kais. Mai. in dem Commando des Margraftumb
24. Mähren allergnädigst confirmirt und zu dero felt-
25. marschall leütens benent nachgehents auf dem.
26. Ao 1655 zu Prespurg gehaltenem Landtag nebst anderen
27. auch zum ungarischen Landmann gemacht und angenohmen
28. werdten. Worauf als die Schwedten das Königreich
29. Pohlen überfallen Ihre Ex. bey der unteren Commando
30. des heren Feltmarschalls Graffen von Hatzfeldt dahin
31. ganzenen Kais. Armee nicht allein der besagte felt-
32. marschalleuth.[nant] Carico exerciret sonderen auch in der sobald darauf

Page V

1. vorgenomben Belagerung der König. Resident. Statt


2. Crakau prointerim die Artillerie commendirt nicht wenig
3. die attacquen in dissen Belagerung mit solchem ernst
4. und eÿser befördern helfen, das der darin gelegenen
5. schwedische General Würts im wenig wochen zur über-
6. gab gezwungen Ihr. Excel. aber mit Ihnn die accords-
7. puncten auf zurichten sambt etlich andern von der General-
8. ität deputirt wordten. Auf disen glükhlichen
9. Succes, wordurch das Königreich Pohl.[and] A. 1657 sich wider
10. umb von den Schweden entledigt befundten hat der
11. damahligen polnische König Johan Cassimir resol-
12. virt durch hilf der kays. Waffen die von den Schweden
13. noch inne habte Statt Thoren in Preüssen zu belagern
14. in welches operation unser seel Herr General (welcher

513
15. kurtz zuwor die Generalfeltzeugmeister stell über
16. komben) das von der kays. Armee hier zu de-
17. taschirt Corpo in Capite commandiret, welches aber in
18. so wenig regimenten bestandten, das als der H. General
19. der Belagerung einen Anfang zu machen, mit selbigen be-
20. sagte Stadt Thoren berennet, der Feindt darinnen
21. stärkhen, als er heraussen zu sein sich gerächnet
22. undt umb willen anseithen der König. polnischer
23. Armee alles langsamb und schwär Zurgangen so ist
24. zwart disse Belägerung nicht so schleunig wie der
25. H. General seel sich angelegen sein lassen succedirt
26. entlich aber doch zugewünschten Endt das der Feindt
27. sich zum Accord begiennen und selbigen importanten
28. orth seinem rechtmässigen König wieder einräumen
29. enliessen gelanget.
30. A. 1659 seind Ihr. Excel. auf allgdigsten Befelt mit einer
31. Armee von 14 Maien in Pommern umb denen Schwedten
32. so selbenahls in Dennemarkh den Maister geffielt
33. eine diversion zu machen eingebrochen und nach einer
34. kurtzen Belagerung die Vestung Damm in gleichen

Page VI

1. nachgehendts Wolin, Demmin und Greiffenhagen erobert


2. auch die haubt vöstung Stettin belagert, welchen orth
3. wan des H. Generals bitten und verlangen nach die
4. nothwendige requisiten, sambt andern zu diser
5. impressa erfordreten vorgeschlagenen anstalten zeitlich
6. erfolgt wären ebenfalls enge zweiffelt hatte fallen und sich ergeben
7. müssen.
8. Als hinauf zu anfang A. 1660 die Türkhen den Fürsten
9. Ragozi in Sibenbürgen mit Krieg überzogen und
10. unweit Clausenburg geschlagen, das er fürst an den em-
11. pfangenen wurdten baldt mit todt abgangen ist der
12. Herr General wiederumb mit einer Armee von 15 Maien
13. in ober Ungern abgeschikht und nach des fürsten Ragozi
14. todt befehlicht wordten die von Ihn vermög gewissen
15. pactaten an Ihro Kays. May. wieder zurükh gefal-
16. lene zwey gefanschaften als Zatmar und Zabolz in
17. Possession und genügsambe sicherheit zunehmen wie dan
18. auch geschehen und die orth Tokaÿ, Kalo und Zatmar

514
19. mit gehörig Manschaft besetzt wordten.
20. Das andere Jahr 1661würd die völlige Kays.
21. Armee untern Commando des damahligen Heren Feltmarschalls
22. H. Graffen v. Monteculli in nieder Ungarn gezogen und als
23. disser mit den meisten theil der selben gegen die Türkhen
24. auf Sibenbürgen zu marchiret, der Herr General de
25. Souches seel mit einen Corpo in Nider Ungarn zurükh
26. gelassen welches unterhalb Comaren bey einen gefültigen
27. Dorff Scöniy genant sich postiret und folgends auf em-
28. pfangenen befelich von Hoff umb die Türkhen in Sibenbürgen
29. Jalouosie nehmen und ihre Armee zu zertheilen veran-
30. last werdten, mohte mit zur Ziehung etlich ungarischer
31. Völkh untern Graffen Bathyan und raberischen Vicegeneral
32. ins türkhische unterhalb offen eingefallen aldo erstlich
33. das Castell Wahl worinen sich die meisten die Türkhen auf ein

Page VII

1. alten Thurn retiret und daraus defendirt mit


2. Sturmb überwaltigt, die Türkhen aber in dem Thuren
3. so die furie der Ungern gefürht haben sich theils herab
4. gestürgt theils aber darinen durch das angestökhte
5. feuer verbrennen lassen, worauff der H. General ferner
6. vor das Castell örd gerückt worinen sich allein der
7. türkhische Commendant mit einen Weib von den anderen
8. Türkhen verlassen befunden, welches orth wie auch Erczy
9. und das berümbte Castel Zambock woraus sich die
10. Türkhen kurtz vor des H. General ankunft mit den
11. Völkhen in grössere fÿl salviret ausgeplundert
12. und in die Asche gelegt denen Türkhen aber dadurch
13. ein überaus grosser schrekhen das sie gar von offen ihre
14. beste sachen auf der Tanaw hinab zuflechen ange-
15. fangen eingejagt wordten.
16. A. 1662 ist in Ungarn bederseits nichts notables passirt
17. sondern weillen damals ein Landttag zu Prespurg
18. ausgeschrieben sind Ihr. Excel. der verstorbene Heren
19. General zu der Kais. Hoffstadt auch dahin verraist
20. nachgehents aber als commandiren der General Feltzeüg-
21. meister zu der in Böheimb einquartirten Artillerie
22. sich erheben und in einen und andern was sie von gueth
23. befundten vorschentliche anstalt gemacht.

515
24. Wie im glükhlich des 63. Jahr gewest das die Türkhen mit
25. aller Macht vor Neuheusl komben nicht allein selbigen
26. importanten Orth sondern auch Neytra, Lewenz undt
27. Novigradt in ihren gewalt gebracht so hat dem Heren
28. General seel umb desto mehre disconsolirt das er
29. aber mahlen aufs neue in dem Kriegs Commando in Mähren
30. zwart confirmirt dabey aber ohne einige Völkhen undt
31. dergestalt einen schnellen feindtliche einbruch zu resistiren
32. sich aller mittl entblöst sehen müssen und ob er zwart

Page VIII

1. vermittes etwas in der fül geworbenen Landtvolkhes


2. die Päths an der March und ander Orthen gegen Ungarn
3. so viel möglich gewest besezt, so seind doch die Tartaren
4. von der türkhischen Armee vor Neuheusl durch ihre ge-
5. habte Spionen theils über die Höchste Berg theils aber
6. durch wasser woran durch zu reithen vor unmöglich
7. gehalten gefühlt wordten das bedeute wenig Manschaft
8. deren barbarische einfall auf keine Weis ab zu-
9. treiben vermöcht. Wie aber noch vor ausgang
10. des 63. Jahres in Mähren ein chursechxisches Regiment
11. zu fues in gleichen in Böhmen eingefür brandeburgischen
12. Troppuen zu Hilff wieder die Türkhen angelangt und
13. an den Heren Feltmarschall das er sich deren gebrauchen
14. khöne verwirsen worden. Also ist er zu anfang des
15. Monaths Decembris mit disen Völkhern und dem ge-
16. worbenen mährischen Regiment zu Pferd und zu Fues
17. in Ungarn marchiret mit dem chursaxischen Regt.
18. die 2 Bergstätt Schemnitz und Chremintz von den
19. mährischen aber zu fues die 2 Schlösser Salakas und
20. Bodög gegen Neytra und St. Benedict gegen Lewenz
21. gelegen besezt vordurch der Feindt in Neytra und
22. Lewenz dem winther über von weithen einbruch einen
23. gehalten auch an disen Orthen interim ein zimblichen
24. vorrath am Proviant zu der künftigen Campagna
25. zur Handt gebracht worden: gestalt der H. General
26. seel mit denen Ihn untergebenen Völkhern baldt des
27. 64. Jahres in April mit grösten Eyfer gegen dem
28. Feindt in Ungarn gerükht und erstlich mit den vorigen
29. Palatino Weselini zu Boiniz sich über die Operationen

516
30. unterredet welcher aber was er mit den H. Generalen ad-
31. jusiret, das Contrarium nach Hoff geschriben: nichts desto
32. wenigen wahr des H. Generals Resolution festgestält

Page IX

1. Neytra zu belagern vor velchen Orth er auch mit den


2. Corpo den 3th Osterfeiertag ungeacht nach kein gros vor
3. die Pferd in Feldt zu sehen war angelangt. Welche
4. nach als die Türkhen aus der Obernstadt sich des
5. nachts in Schlos retirirt, man unser seits daselbst
6. gleich Costo gefast, und die lauff graben gegen dem Schlos
7. auf zwey seithen angefangen da dan der H. General
8. selbst umb die Berg Leuth deren man sich aus Mangel der
9. minirer zu den Minen gebrauchen müessen desto unerschrokhen
10. an zu führen in den Approchen, vornen an in der Arbeit
11. selbst Handt angelegt: bey allen disen Eyfer aber wahr
12. zu diser Attacque ein grössere Artillerie vonnöthen
13. welche zu über khomben erst nach Wien hat geschikht
14. werden müssen worauff von denen 2 halbe Carthaunen
15. jede mit hundert Kuglen vor Neytra ins Lager gebracht
16. worden, bey deren ankhunft der H. General seel nach
17. selbige Nacht anfangen lassen eine Batterie auf zu verfen
18. so auch die anderte Nacht fertig und besagte 2
19. halbe Carthaunen nebst 2 quartir schlangen darauf ge-
20. führt worden aus welchen man umb 9 Uhr früh auf das
21. Schlos an der einen Courtine und dem Bollwerkhs Breche
22. geschossen und mit disem sambt deren aus 2 Feyer mörselen
23. hinein geworffenen Bomben, welche unter den Feindt absond-
24. erlichen schrekhen verursachet den Orth umb 4 Uhr
25. nach Mittag zur aufgaab gezwüngen, gestalt vermög
26. des gemachten Accords des anderten Tags so der 3.
27. May wahr die Türkhen in 650 Man starkh nach Neuheusl
28. mit hinter lassung aller Stükh abgezogen.
29. Nach welch Eroberung so damals dem gantzen Kays. Hoff
30. zu Regenspurg aufen Reichstag nicht wenig freudt
31. verursachet, der H. Obrister Spandko mit seinen erst
32. unlengst geworbenen neuen Regiment zu commendanten
33. auch Ihnne etwas Geldt den Orth zu repariren hinter-
34. lassen wordten, vor zur gleich der H. General damals

517
Page X

1. das feltmarschals Patent und zwart in Januaris ante


2. datirt empfangen, die angefangene glükhliche Operationen
3. um weiterfort zu setzen, wahre des H. Feltmarschalls
4. Resolution gleich nach dem abmarch von Neytra sich
5. mit den Corpo vor Lewentz (wie auch geschehen) zu ziehen
6. weillen aber wegen ermangelten Proviants und ein ge-
7. fallenen überaus starkhen regen wollers die belager-
8. ung vor dismahl al zu difficil scheinte so würde vor
9. guth befundten, Interim gegen Carpen und selbige Orth
10. aler man die lebens midl desto nachender an der handt
11. haben khönen sich zu Postiren, in wehren den disen March
12. aber nach heil.[igen] ernütz [ermutigung], ist der Feindt so sich von offen
13. und anderen ihren Orthen in etlich zwainzig tausend
14. Mann zu samben gezogen starkh nach gefolgt, und
15. unweith Jernowitz [Czernowitz] in unsere Retrogvardia ge-
16. fallen, welches dem H. Feltmarschall anleitungen geben
17. sich mit dem völligen Corpo gegen dem Feindt zu wenden
18. worüber es zu einen sehr sharffen treffen des der Feindt
19. zurükh zu weichen gezwungen worden gerathen, und ob
20. wohl er nach gehents nach unterschiedlich mahl mit grosen
21. Furie angesezt hat der H. Feltmarschall doch solche
22. anstalt gemacht das er von unser verdekht gestanden
23. Infanterie und denen Stükh wider mahl grossen Stadten
24. gelitten und entlich bey angebrochenen Abend mit viellen
25. verlust der seinigen und zu unser Glorie das felträummen
26. müssen worum in dem ausgangen Kupfer Blat in
27. mehres zu vernehmen dises glükhlichen Streichs um in-
28. flagranti mehres zu gewiessen hat der H. Feltmar-
29. schal die Belagerung Lewentz vorgenomben und nach dem
30. an der Stadt Maur Breche geschossen worden, selbige
31. ungehindert der Türkhen möglichen Resistentz mit sturm-
32. enden handt erobert und als man eben solches auf das
33. Schlos worein sich die in der Stadt geweste Türkhen
34. salvirt, zu thuen vorhabens gewest, hat der Feindt sich

518
Page XI

1. zum Accord eingelassen, welches von dem H. Feltmarschall


2. in bedenkhung das das Schlos unser seits ein Sturmb
3. viel Leüth aufreiben und das ohne dem kleine Corpo
4. schwächen mögen, verwilligt und des folgendten Tages
5. die abgezogene Türkhen in 700 Mann starkh gegen Gran
6. convoyrt worden, zu besazung des Schlosses und der
7. Statt Lewenz wurden 2 [Haubtküth ?] mit ungefeh. 400
8. Mann hinterlassen: kurtz hernach ist der H. Felt-
9. marschall gefährlich erkrankht in welchen seine un-
10. hässlichkheit die Türkhen mit zur ziehung der Moldauer
11. und Wallachen gegen 30m [ 30 000] Mann starkh wieder
12. umb vor Lewenz khomben und selbiges mit allen erst be-
13. lagert, welches zu succuriren der H. Feltmarschall von
14. seines krankheit gleichsamb neüe kräfften überkhommen
15. und zu dem endt nach zusamben ziehung seines Corpo
16. mit selbigen in möglichen fül gegen Lewentz anmarchiret
17. auch unter einem brandebürgischen Obrist leüth.[nant]
18. etlich hundert pferdt nebst einigen Husaren den Feindt zu
19. recognosciren und wo möglich denen belagreten durch
20. Pauern von den ankhomben den Succurs kundtschafft bey
21. zu bringen, voraus commandirt, bis das Corpo an dem Gran
22. Flues etwas 1 meil von Lewenz hinach gefolgt,
23. welchen Flus man mit aufsetzung der Musquetiren
24. hinter die Reüther, in wenig stundten passirt, wor-
25. auf das Corpo in Battalia gestelt und der jetzige Herr
26. General Graff Caprara damahliger Obrister mit
27. tausend Pferdten sich vor Lewenz an dem Feindt zu henkhen
28. und selbigen zurükh zu ziehen voraus geschikht wordten
29. woraus um das glükhliche remarquable treffen, wie
30. das Kupfferblath umbstandlich zeuget, zu unsterblichen
31. ruhen des H. Generals erfolget, das nicht allein der
32. Feindt mit hinterlassung ein 6m [ 6 000] Mann der seinigen auf

Page XII

1. der wahlstatt in die Flucht geschlagen, und seine mehreste


2. Bagage nebst viellen Proviant in Lager erobert sondern
3. auch disen scham in grosser gefahr gerathene Orth Lewenz
4. dadurch errettet und von den Feindt befreüet worden.

519
5. Disen sieghafften Success weiter zu prosequiren erachtet
6. der H. Feltmarschal vor Rath samb von Lewenz sich
7. gegen Gran zu wendten alwohin auch der March zu
8. nicht geringen schikhen der Türkhen in wenig Tagen
9. feldzugen, der Orth Barackan unterfall der Vöstung
10. Gran an der Donau angegriffen und bey eingefall-
11. enen Nacht in die Aschen gelegt, in gleichen die über den
12. Donau Flues daselbsten geschlagene grosse schiffbeuthen
13. aus unser an das ufer gepflantzen Stükhen zerschassen
14. und mehren theils ruinirt worden. Welche Action
15. zugleich eben an den Tag nemblich den 2. Aug.[ust] A. 1664
16. mit der renomirten Schlacht bey St. Gothard vor-
17. gangen. Von Barakan hat sich der H. Felt-
18. marschall ferner eine Meil von Neuheusl bey einen
19. wüsten Dorf Mardusch genand postirt, und seine
20. Intention dahin gericht, wan Ihre die gehörige re-
21. quisita worüber er sein Protect [!] nach Hoff eingeschikht
22. bey geschafft, und erfolgt würden, besagtes Neuheusel
23. mit allen erst an zu greiffen. Nach den aber der gros
24. Vezier auf die erlittene Niderlaag bey St. Gothard
25. sich an der Raab herunter gegen Gran an die Donau
26. gezogen und unser Haubt Armee Ihn gefolgt, in
27. wehrenden disen March auch die fridens Tractaten
28. vorgenohmen, der H. Feltmarschall inmittels durch
29. einen expressen Courier nach Hoff zu einer Conferenz
30. über die ungarische sachen berueffen wordten ist [...]1306

1306
La suite manque; les lignes qui suivent dans la liasse sont écrites par une autre main, datées 1622 et signées
Ferdinand II. Original déposé à MZA Brno, G 140, RA Ditrichštejn, no 343, cote 182, carton 123. Nous avons décidé
de mettre les noms propres de certains lieux en caractères gras. Il s’agit en effet, des endroits qui apparaissent aux
différents moments de la vie et de la carrière de Jean Louis Ratuit de Souches. Cette démarche devrait faciliter
l’orientation dans le texte. Je remercie Madame Corinne Levaslot pour la relecture attentive de la traduction du
présent texte et pour ses remarques.

520
Traduction:

«Description de la vie du comte de Souches»

Page 1

Monsieur le maréchal comte de Souches naquit en 1608, au mois d’Août, à


La Rochelle en France et d’une des plus anciennes familles nobles du même
pays, bien que les personnes jalouses de lui ont même voulu prétendre que
Dieu l’avait oublié dans sa naissance ; il était le frère cadet et sous peu, dès
que son âge le lui permit , s’en alla découvrir le monde et se rendit en Suède
pour apprendre le métier de la guerre car il avait un vif penchant pour cette
dernière ce qu’il eut l’occasion de démontrer dès ses plus jeunes années
lorsque la ville de La Rochelle fut assiégée par le roi Louis XIII en 1629 [ !].
Son frère, en revanche, resta en France pour servir le Roi et après avoir
donné diverses illustres actions, il devint colonel et donna sa vie lors d’une
attaque pendant le siège du Châtellet. La femme du dernier, issue de la
famille von Landeckin [ ?] qui avait de très lointaines origines, se lia plus
tard à von Mongommery mais se retrouva bientôt veuve et sans héritiers.
D’après les coutumes de notre pays [Autriche],il [Jean Louis] portait le nom
de la Maison des Ratuit ; cependant, le nom von Ratt a été très connu
également à Malte car un ancêtre de cette Maison devint le Grand-Maître de
l’Ordre des chevaliers de Malte : c’est ce que l’on peut retrouver dans
l’histoire maltaise.
Monsieur le Maréchal portait à côté de ce nom celui de Souches, cela
d’après l’usage en France ; le nom provenant de celui de ses biens ; il a vite
montré son grand talent en tant que cavalier dans quelques opérations
militaires qui lui valurent une promotion au service de la Couronne de
Suède ; il devint général-wachtmeister et suffisamment célèbre pour être
envoyé par la Couronne de Suède en France afin de régler certaines affaires
secrètes auprès de son roi : ce qui eut pour conséquence que sa réussite fut
aussi bien sentimentale que militaire ;

Page 2

après quoi, il chercha à stabiliser sa situation en Suède et il désira se marier


à une dame du pays. Mais le Dieu réserva un autre bonheur à son âme et le

521
mena vers un fructueux service à la sérénissime Maison d’Autriche ; ce
service lui assura, en dépit de la jalousie de certains, le poste de général ; la
réputation du Mr. le Maréchal et ses nombreux exploits mériteraient d’être
décrits et détaillés dans la présente biographie ; à entendre certains, une
disgrâce à la Cour de Suède lui avait été réservée, suite à laquelle, Mr. le
Maréchal voulut quitter le pays et envisagea de retourner en France pour
servir son roi ; mais son chemin le conduisit à travers ce pays [Autriche]
qu’il ne voulait que traverser ; ainsi, en 1642, son Excellence [de Souches]
après avoir quitté le service militaire suédois en Silésie, passa au service de
son Altesse archiduc Léopold Guillaume qui occupait alors le poste de
commandant en chef des Impériaux ; Mr. le général voulait au départ
demander un passeport lui permettant de traverser le Saint-Empire afin de
pouvoir regagner la France ; mais son Altesse archiduc appréciait fort la
personnalité de Mr. le général et à la place du passeport désiré, il lui
proposa de rentrer au service de l’Empereur, ce qu’il accepta.
En 1643, il [de Souches] se retrouva dans les troupes sous le
commandement du général-wachtmeister Crailsheim et auprès de ce dernier,
Mr. le général servait en tant que lieutenant d’un régiment de dragons
déployé contre l’armée suédoise en Allemagne et il dirigea une action de
diversion en Poméranie.
En 1644, son Excellence se maria avec une haute et bien née Mademoiselle
Anne Elisabeth de Hoffkirchen ; le mariage eut lieu à Prague et dans les
années suivantes, le général eut de cette femme cinq enfants, à savoir Louise
et Marguerite,

Page 3

toutes les deux décédées prématurément en pleine jeunesse, les fils Jean-
Louis et Charles-Louis et une fille Anna Dorothée, épouse comtesse de
Thurn, tous les trois encore en vie ; en cette année 1644, Mr. le général reçut
l’ordre de joindre le général-wachtmeister Saradeczky qui commandait le
siège d’Olmütz ; il se comporta de telle manière que (en jugeant d’après les
formulations contenues dans une lettre de remerciement que l’Empereur lui
avait envoyée) la prise de la ville d’Olomouc fut infaillible, tant les autres
ainsi que les siens et lui-même s’y appliquèrent.
En 1645, après un affrontement malheureux près de Jankau en Bohême avec
les Suédois (suite à une campagne ennemie victorieuse contre l’Autriche et
la Moravie), le général fut envoyé pour commander la garnison de la ville
royale de Brünn ; la ville fut menacée par le feld-maréchal suédois
Torstensson qui arriva avec une nombreuse armée et peu après lui, le duc

522
Rakoczi de la Transylvanie avec ses troupes apparut également devant ladite
ville de Brünn ; le fameux siège durait seize semaines après quoi, l’ennemi
fut obligé de se retirer avec beaucoup de pertes et une armée affaiblie; cela
grâce à la défense et la conduite héroïque des commandants et les
défenseurs de ladite ville de Brünn ainsi que de la forteresse de Spilberg.
L’affaire fut plusieurs fois relatée par les rapports imprimés. Après quoi, Sa
Majesté Impériale pour apprécier et remercier des valeureux services de Mr
le Général, elle lui confia non seulement un régiment d’Infanterie mais le
promut simultanément au grade de Generalwachtmeister.
En 1646, son Excellence assista le général feldzeugmeister comte de
Puchheim lors du siège de Corneuburg,

Page IV

Crems et Iglau et réussit à reprendre ces derniers à l’ennemi; la coopération


et l’engagement personnel du général au côté de ses troupes a fait que
l’ennemi rendit la ville et le château de Nikolsbourg ainsi que les châteaux
de Stats et Falkenstein; après cette heureuse opération, son Excellence Mr le
Général s’attendait à obtenir le commandement de la ville de Regensbourg
mais Sa Majesté Impériale décida de le nommer le commandant militaire du
Margraviat de Moravie. Après qu’en 1647 le général suédois Königsmark
s’empara du quartier de Kleine Seite [Malá Strana] à Prague et que le reste
de l’armée suédoise assiégea également la Vieille et la Nouvelle Ville de
ladite ville, son Excellence Mr le Général, à l’instigation du feld-maréchal
comte de Gallas, avait détaché une partie de ses troupes de Moravie et de
Bohême et les envoya ensemble aider ladite ville de Prague. Après une paix
réussie avec la Suède, son Excellence fut de nouveau nommé par Sa Majesté
Impériale, commandant du Margraviat de Moravie et peu après promu feld-
maréchal; c’est ainsi que les membres de la Diète l’appelèrent et c’est sous
ce nom qu’il siégea à la Diète de Presbourg en 1655 .
Après que les Suédois aient envahi le royaume de Pologne, Son Excellence
[de Souches], au côté du général comte Hatzfeld, arriva vite avec une partie
de l’armée impériale

Page V

devant la ville et résidence royale de Cracowie et y mit le siège. Il


commanda également l’artillerie et entreprit un nombre d’attaques avec
beaucoup de rigueur et à l’aide de boulets de fer de sorte que les assiégés

523
sous le commandement de général suédois Wirtz capitulèrent en l’espace de
quelques semaines. Son Excellence [de Souches] fut ensuite désigné de
préparer et de parapher les accords sur le retrait de l’ennemi. Après ce
heureux succès, le royaume de Pologne se retrouva en 1657 de nouveau
submergé par les Suédois ; le roi polonais Jean-Casimir avait résolu, avec
l’aide des armes impériales, de commencer le siège de la ville de Torun en
Prusse prise par les Suédois, pour laquelle opération notre Monsieur le
général [de Souches] avec un corps de l’armée impériale fut détaché et reçut
le commandement; lequel général avec peu de régiments débuta le siège.
L’ennemi fut bien fortifié et à cause de l’arrivée lente de l’armée polonaise,
le siège ne fut pas aussi rapide que Monsieur le général aurait souhaité,
mais finalement, il le mena jusqu’à la fin désirée et l’ennemi accepta les
conditions de la reddition; une des plus importantes places fut ainsi rendue à
son roi légitime.
En 1659, Son Excellence reçut l’ordre d’effectuer une diversion en
Poméranie et de-là, entreprendre une intrusion jusqu’au Danemark; après
un court siège de la forteresse de Damm, d’autres s’en suivirent peu après:

Page VI

Wolin, Demmin et Greiffenhagen furent conquises et la principale forteresse


de Stettin fut assiégée en bonne et due forme à la demande du général, ce qui
devait avoir pour conséquence de briser le moral de l’ennemi.
Au début de l’année 1660, les Turcs rentrèrent en guerre contre le Prince
Rakoczi en Transylvanie et prirent la place de Clausenbourg, mais ledit
prince mourut bientôt ; après la mort du Prince Rakoczi, Monsieur le
général [de Souches] avec son armée fut envoyé en Haute-Hongrie afin
d’assurer la reprise et la sécurité des places telles que Tokaj, Kálló et
Szatmár.
L’année suivante, 1661, toute l’armée impériale se trouvait sous le
commandement de Feld-maréchal comte de Montecuccoli qui opérait en
Basse-Hongrie; comme Montecuccoli avec la plus grande partie des troupes
marchait contre les Turcs en Transylvanie, le général de Souches resta avec
ses unités en Basse-Hongrie et se replia au-dessous de Komarom, près du
village de Scöniy et ceci d’après les ordres reçus de la Cour impériale; les
Turcs en Transylvanie étaient furieux de cette situation car elle obligeait
leur armée à se diviser en deux; pour ladite campagne, un nombre de
recrues hongroises a été également utilisé par les Impériaux, ces recrues se
trouvant sous le commandement du comte Bathyany et du Vice-général de la
forteresse de Raab; de nombreuses places tombées auparavant entre les

524
mains des Turcs furent libérées, en premier le château de Wahl où la
majorité des Turcs

Page VII

se retirèrent dans une vieille tour et se défendirent ; ils attaquèrent avec une
grande fureur les Hongrois et furent en partie tués, en partie brûlés à
l’intérieur de la tour lors d’un incendie qui s’est déclaré à l’étage; après
quoi, Mr le général donna l’ordre de se retirer du château en question où il
laissa un commandant turc avec sa femme, les autres Turcs étant obligés de
partir; ladite place ainsi que celle d’Erczy et le château de Zambock d’où les
Turcs partirent vite avant l’arrivée du général avec ses hommes furent
complétement détruits et transformés en cendres; les Turcs étaient ainsi
particulièrement effrayés qu’une partie de leurs soldats fut capturée et faite
prisonnière près de Trnava.
En 1662, rien de particulier ne s’est produit en Hongrie à part le séjour à la
Diète de Presbourg, où Son Excellence, le feu général [de Souches meurt en
1682, le texte ayant été rédigé ultérieurement] fut élevé parmi les dignitaires
de la Cour impériale et fut nommé général-feldzeugmeister des troupes
d’artillerie stationnées en Bohême; dans ces deux fonctions, il se comportait
de la meilleure façon.
En 1663, les Turcs avec toutes leurs forçes arrivèrent devant la forteresse de
Neuhausel et s’emparèrent également d’autres importantes places telles que
Neytra, Lewenz et Novigrad ce qui tourmentait bien l’âme du général; il fut
de nouveau chargé du commandement militaire en Moravie, cependant sans
de vraies troupes à commander; chargé de faire face aux raids rapides de
l’ennemi et obligé de regarder comment l’ennemi voulait enlever au pays
tous les moyens,

Page VIII

il a tout de même réussi à recruter des troupes abondantes et prendre, dès


que ce fut possible, certaines places à la frontière hongroise, telles que Päth
an der March et autres; ainsi donc les Tartares de l’armée turque près de
Neuhausel grâce à ses espions furent en partie arrêtés près de Höchste Berg,
en partie ils se noyèrent dans un cours d’eau qu’ils voulaient traverser. Ils
furent arrêtés de manière sensationnelle car avec vraiment peu d’hommes
utilisables contre les incursions barbares aucune façon ne paraissait
suffisante pour les arrêter. A la fin de l’année 1663, un régiment d’infanterie

525
saxonne ainsi que les troupes branderbourgeoises concentrées en Bohême
arrivèrent en aide en Moravie et furent subordonnées au Mr le Feld-
maréchal. Ce ne fut alors qu’au début du mois de décembre qu’avec ses
hommes et avec un régiment d’infanterie et de cavalerie nouvellement
recrutés en Moravie que le Maréchal marcha en Hongrie; avec le régiment
saxon, il prit deux villes minières Schemnitz et Chremnitz; avec le régiment
morave d’infanterie, il prit les châteaux Salakas et Bodög près de Nyitra et
également Saint Benedict près de Lewenz; l’ennemi se retira à Niytra et à
Lewenz, où il décida de passer l’hiver après tous ces échecs. Dans ces
places, grâce aux provisions suffisantes, tout était à portée de main pour
une campagne future. Mr le général commença alors avec ses hommes dès
avril 1664 et équipé de plusieurs canons de gros calibre, une nouvelle
campagne contre l’ennemi en Hongrie et d’abord, comme précédemment,
avec le Palatin Weselynyi, il se dirigea vers Bojniz; or, Weselynyi eut
quelques malentendus avec le Général et il ne tarda pas à en informer par
écrit la Cour de Vienne; cela ne changea en rien des résolutions de Mr. le
Général;

Page IX

il assiégea la place de Nyitra devant laquelle il apparut avec ses hommes le


troisième jour de Pâques en dépit d’un petit nombre de chevaux. Comme il a
vu que les Turcs commencèrent à se retirer durant la nuit de la ville vers le
château qui était de notre côté particulièrement bien fortifié, il laissa creuser
les positions pour les canons en face du château ainsi que sur ses deux côtés;
pour ce faire, il fit un appel à des mineurs qui devaient en secret creuser des
galleries et poser des mines; afin de diriger les travaux et de surveiller les
approches, il [de Souches] metait lui-même la main à la pâte; au côté des
gros canons, l’attaque devait être soutenue par des tirs nourris d’artillerie;
il a été nécessaire de faire parvenir les canons d’abord à Vienne, ensuite, les
deux canons d’une demi-livre, chacun avec 100 boulets, furent acheminés
devant Nyitra dans le campement militaire; à leur arrivée, Mr. le Général
ordonna la nuit-même de commencer à placer une batterie sur les positions
de tir, la nuit suivante tout était ptêt et les deux canons d’une demi-livre
furent placés près de deux tranchées et à 9 heures du matin, ils
commencèrent à tirer en direction du château, visant une courtine; ils
réussirent à ouvrir une brêche dans les remparts par laquelle, deux bombes
incendières furent tirées; ceci provoqua auprès de l’ennemi un grand effroi;
ladite place à quatre heures de l’après-midi fut obligée de demander la
reddition; la journée suivante, les négociations furent organisées et le 3 mai,
526
les Turcs forts de 650 hommes quittèrent la place et partirent en direction de
Neuhausel après avoir laissé toute leur artillerie sur place. Après cette prise,
la Cour impériale entière siégeant à Regensbourg pour participer à la Diète,
se montra très heureuse; Mr le lieutenant Spandko avec son régiment
nouvellement recruté fut envoyé vers de Souches; il apporta avec lui
également quelque argent nécessaire pour les réparations de ladite place.
De même, Mr le Général reçut à cette époque-là

Page X

une lettre de promotion antidatée le 2 janvier et qui le nommait feld-


maréchal; considérant que les heureuses opérations devraient se poursuivre,
une résolution fut prise d’envoyer Mr le feld-maréchal de Nyitra devant
Lewenz avec un corps de l’armée impériale (ce qui fut réalisé); mais comme
il était particulièrement difficile d’acheminer les provisions nécessaires
pour le siège à cause des pluies, il fut trouvé préférable de se retourner pour
le moment contre la place de Carpen abondamment approvisionnée en
vivres; or, lors de cette marche, nous obtînmes l’encouragement de Dieu;
l’ennemi dont les soldats se sont retirés de nombreuses places et fort de 20
000 hommes, s’est rapproché de nous et près de Czernowitz, il attaqua nos
arrière-troupes; ces dernières reçurent les ordres de Mr le Feld-maréchal
d’affronter avec tous les hommes l’ennemi ce qui donna un affrontement très
violent et l’ennemi fut ainsi obligé de se replier; si bien qu’en partant dans
tous les sens avec une grande ferveur, Mr le Feld-maréchal contribua à un
tel état en mettant en action nos troupes expérimentées d’infanterie qui
demeuraient jusqu’alors cachées ainsi que les pièces de son artillerie qui ont
fait tant souffrir des grandes villes; finalement, à l’approche du soir, face
aux nombreuses pertes du côté de l’ennemi, nous avons connu la gloire de
nos armes; cette issue heureuse est en détail décrite dans les rapports
imprimés; d’après plusieurs témoins oculaires, Mr le feld-maréchal assista
personnellement au siège de Lewenz et après ce qu’une brêche fut ouverte
dans les murs de la ville, lui-même rendu impossible l’éventuelle résistance
turque par une attaque qu’il mena; et lorsque le château où se sont réfugiés
les Turcs après avoir quitté la ville s’est rendu, l’ennemi se préparait

Page XI

à signer les conditions de la reddition; en considérant d’avoir anéanti lors


de notre attaque un grand nombre de soldats ennemis sans trop essuyer de

527
pertes de notre côté, Mr le Feld-maréchal avait permis pendant les jours
suivants le départ des Turcs forts de 700 hommes en direction de Gran; pour
garnison du château et de la ville de Lewenz, deux unités fortes de 400
hommes furent laissées sur place; peu après, Mr le feld-maréchal tomba
gravement malade; dans leur méchanceté, les Turcs renforcés par les
troupes provenant de la Moldavie et par les Valaques, forts d’environ 30 000
hommes, arrivèrent de nouveau devant Lewenz et commencèrent à organiser
le siège; afin de secourir la place, Mr le feld-maréchal malgré sa maladie
trouva de nouvelles forces et jusqu’à la fin des opérations il commandait ses
unités et se dirigeait vers le lieu de rencontre militaire près de Lewenz; sous
le commandement d’un lieutenant branderbourgeois, une centaine de
Hussards furent envoyés pour reconnaître l’ennemi et si possible essayer de
passer dans la ville assiégée afin de lui apporter des renforts; L’armée
arriva à la rivière Gran, à une lieue de Lewenz; les soldats se mirent à
traverser le cours d’eau , les mousquetaires derrière les cavaliers: cela fut
rapidement exécuté; les troupes se rangèrent ensuite pour la bataille et
l’actuel général comte de Caprara, à cette époque-là lieutenant, fut envoyé
avec mille chevaux devant Lewenz rencontrer l’ennemi et l’inciter à livrer
une bataille; cette remarquable bataille a été en détail relatée par des
multiples gravures; pour la paix immortelle de Mr le Général, il faut dire
que l’ennemi perdit 6 000 hommes

Page XII

et les autres partirent en fuite laissant derrière eux de nombreux bagages et


d’abondantes provisions dans leur campement; Ce fut par cette honte que la
place de Lewenz qui se trouvait face à un grand danger fut sauvée et libérée
de l’ennemi. Voulant poursuivre ce remarquable victorieux succès, Mr le
feld-maréchal partit directement de la mairie de Lewenz afin de continuer sa
marche vers la rivière Gran contre les peu nombreuses troupes turques. En
quelques jours de marche, la place de Barackan protégeant la forteresse de
Gran an der Donau fut prise et à la tombée de la nuit, elle fut transformée
en cendres; en même temps, sur les rives de Danube, les gros bateaux pris à
l’ennemi, furent détruits par des tirs des canons. Cette action se produisit en
même temps que la fameuse bataille près de Saint Gotthard le 2 août 1664.
Depuis Barakan, Mr le Feld-maréchal s’arrêta dans un village fortifié de
Mardusch, une lieue de Neuhausel. Son intention était de s’emparer de ladite
place de Neuhausel. Le Grand Visir après avoir subi la défaite de Saint
Gotthard, arriva près de Raab en face de Gran an der Donau afin de
poursuivre notre principale armée; lors de cette marche, les négociations de

528
paix furent entammées; Mr le feld-maréchal fut cependant appelé par un
courier qui lui est parvenu depuis la Cour, à une conférence sur la question
hongroise [...]

529
Inscription sur l’épitaphe de Jean Louis Ratuit de Souches à l’église
Saint-Jacques à Brno

« Steh still, o Wandersmann, so willst Nachricht haben,


Was vor ein feldt Herr sey bey diesen Stain begraben.
Es ist der grosse Heldt bekandt vill hundert Meill,
Welchen die Feindt geforcht gleich einen Donnerkeill.
Zwey Kayser [: Diese wahren : Ferdinandus der Dritte und Leopoldus der
Erste:]
Zwey Kayser haben genug in acht und dreyssig Jahren
Sein Heldenmuth, wo sie ihn hin gesandt, erfahren.
Die Schweden, umb Bericht, als sie belagert Brünn,
Ja umb den Spilberg selbst gespilt in ihren Sünn,
Hat ihnen das Concept der grose Held verrucket,
Da er als Commendant sein scharffes Schwerd gezucket
Und nicht nur beyde Orth von Feinden ledig gemacht,
Sondern auch selbige in solche forcht gebracht,
Das sie aus Mähren, auch aus Oesterreich und Böhmen
Mit Schandt und Spott die flucht vor ihme musten nehmen
Red ißt, o Prager Schlacht, wie dieser Löw gekämpfet,
Da er den Feindt von da vertrieben und gedämpfet!
Red Polen, Cracau red, wie er für dich gestritten,
Da du belagert warst, und was der Feindt gelitten
Durch diesen Helden Muth! Red Preüssen, red o Statt
Dorn, die er durchs Schwerd mit Gewalt erobert hat!
Red Vestung Wildenburg und rede Greifenhagen!

530
Alten Pest, Schwanenstatt wissen über ihm zu sagen,
Der Insul zu Wollin und einem jedem Landt,
Wo er hat commandirt, ist dieser Heldt bekanndt.
Red Siebenbürgen auch, wie wohl es dir gedeüet,
Da er Feldmarschall dich von Feinden hat befreyet.
Der Vestung Lewenz sich mit Sturm Patron gemacht,
Sodann durch Gottes Hilff die Sach so weith gebracht,
Mit dreysig Tausendt Mann den Erbfeindt anzufallen,
So dreymahl stärker war und dadurch wollte pralen;
Der Feldherr hat ihn geschlagen auf das Haubt
Des gantzen Lagers auch und sein Geschütz beraubt,
Bei welchen Bluttbadt mann mus dieses nicht vergessen,
Das 15 gantzer Stund der Heldt zu Pferdt gesessen,
Wo er doch wahre kranck; ô grosses Löwen Hertz,
Das bey so grosser Schlacht empfunden keinen Schmertz!
Dies wahre nicht genug; er ist auf Gran gekommen,
In Angesicht des Feindts Barcan mit Sturm genommen.
Nun red auch Niederland, red Frankreich, da dein Herr
Bei Seneff und Marimont der Heldt geschlagen sehr,
Wie er mit seinen Schwerdt von dir das Feldt erhalten,
Wie deines Kriegs Heers Hitz must mit Gewalt erkalten.
Wer dieser Kriegs Heldt sey, o lieber Wandersmann
Zeigt dir mit wenig Worth die kurtze Grab Schrifft an:
Aus den Reichs Graffen Haus von Souches, so mann kennet,
Ist er und würd dabey Ludwig Radwitt genennet;
Der Heldt, der Geheime Rath schlüst hir die Augen zu,
Bette allhir für ihm, wünsch ihm die ewige Ruhe.
Die Grab Schrifft haben ihm aus wohl vermeinten Pflichten
531
Seine Kinds Kinder drey anhero lassen richten.

Als: Der Hoch- und Wohlgebohrne Herr Herr Carl Joseph Radwitt des
Heyl[iges] Röm[isches] Reichs Graf de Souches Erbherr der Herrschaft Jaispitz
und Plotsh, Röm[ische] Kayser- und Königlichen Maiestät würcklicher
Cammerer und Königlicher Hauptmann des Znaymer Crayses im
Marggraffthumb Mähren. Die Hoch- und Wohlgebohrne Frau Frau Maria
Loysie verwiettiebte Gräffin von Horn, gebohrne Gräffin de Souches. Die
Hoch- und Wohlgebohrne Frau Frau Claudia verwiettiebte Gräffin von Harras,
gebohrne Gräffin de Souches. Hier liegt auch begraben seine ersth Gemahlin,
Anna Elisabeth gebohrne Gräffin von Hoffkirchen seine andere Gemahlin ware
Anna Salomena gebohrne Gräffin von Aspermont und Reckheim. Er ist
gestorben im 75. Jahr seines Alters, im Jahre Christi 1683.»

Traduction1307:

« Arrête toi en silence, ô passant, si tu veux savoir quel homme de guerre est
enterré ici. C’est un grand héros, connu bien à son époque, que l’ennemi
craignait tel un coup de tonnerre. Les Empereurs Ferdinand III et Léopold Ier
connurent bien pendant 38 ans que dura son service son courage partout où ils
l’envoyèrent. Ce grand héros affronta les Suédois qui assiégèrent Brno et
voulurent s’emparer de Špilberk et mit fin à leurs desseins en tant que
commandant de la garnison en dressant contre eux son épée pointue et libéra
non seulement les deux endroits mais fit également tellement peur aux ennemis
qu’ils fuirent la Moravie, l’Autriche et la Bohême, récoltant la honte et la

1307
L’inscription est en origine en vers ; les traductions tchèques sont en revanche en prose. Nous avons utilisé ici
celle de Zdeněk Bauer, Poutní místo Hluboké Mašůvky. Historický vývoj a popis (=Le lieu de pèlerinage Hluboké
Mašůvky. L’évolution historique et sa description), Hluboké Mašůvky, 1940, p. 9-11.
532
moquerie. Que témoigne la bataille de Prague [!] de l’action de ce lion quand il
affaiblit l’ennemi et le chassa dehors. Que témoigne la Pologne avec Cracovie
comment il se battit pour eux lors de leur prise et quelles pertes il causa à
l’ennemi par son courage héroïque. Que témoigne la Prusse et les villes de Statt
et Dorn qu’il prit par la force de son épée. Que témoignent les places
Wildenburg et Greiffenhagen. Même les villes d’Alten, Pest et Schwanenstatt
pourraient parler de lui. Mais aussi l’île de Wollin et les autres pays où il
commanda, connaissent bien ce héros. Que témoigne également la Transylvanie
combien elle fut soulagée quand il la libéra, en tant que maréchal, de l’ennemi.
Il sauva la forteresse de Lewenz quand il attaqua, avec ses trente mille hommes,
l’ennemi qui fut trois fois plus fort. Ce fut ainsi que l’ennemi fut détruit et perdit
tous ses bagages et les armes. Lors de cette bataille sanglante, notre héros resta
pendant quinze heures assis sur son cheval et cela malgré sa maladie mais son
grand cœur de lion ne sentit pas de douleur. Mais ce ne fut pas tout ! Il arriva
devant Esztergom et devant les yeux de l’ennemi, prit par l’attaque la place de
Parkan. C’est au tour de la Belgique et de la France de témoigner maintenant
comment leurs armées furent battues à Seneffe et à Marimont par ce héros,
comment il domina par son épée le champs de bataille et comment l’esprit
belliqueux des Français fut anéanti. Par ces quelques mots, cette courte
inscription te montre, cher passant, qui est ce héros militaire. C’est Jean Louis
Ratuit comte de Souches, héros et Conseiller secret, qui repose ici. Prie pour
lui et accorde-lui une paix éternelle ! Cette inscription lui a été dressée ici par
ses trois petits-enfants reconnaissants.
A savoir : haut et bien-né seigneur Charles Joseph Ratuit de Souches, comte du
Saint-Empire, seigneur des domaines de Jaispitz [Jevišovice] et de Plotsh
[Plaveč], véritable trésorier de Sa Majesté Impériale et Royale et capitaine
royal de la région de Znojmo dans le Margraviat de Moravie; haut et bien-née
dame Marie Louise, veuve, comtesse de Horn, née comtesse de Souches ; haut et
533
bien-née dame Claudia, veuve, comtesse de Harras, née comtesse de Souches.
Repose ici également sa [de Jean Louis] première femme Anna Elisabeth, née
comtesse de Hoffkirchen ; sa deuxième femme était Anna Salomé, née comtesse
d’Aspermont et de Reckheim. Il est mort à l’âge de 75 ans [ 74 !] , l’année du
Christ 1683 [1682 ! ]. »

534
Schweden Schall und Brünner Widerhall

Schall:
Brünn ist hin! Brünn ist hin!
Wann gleich Gott Mars ein Burger
darinn.
Schwedischer Soldat,
Dein ist was sie hat.
Brünn ist hin! Brünn ist hin!
Wann gleich der Jupiter selbst wär darinn!
Brünn ist hin!

Widerhall:
Brünn ist nit hin! Brünn ist nit hin!
Gott (und der Kayser) hat Helden darinn!
Schwedischer Soldat,
Da kombst du: zu spath!
Brünn ist nit hin! Brünn ist nit hin!
Die Mutter Gottes ist Fürbitterin!
Brünn ist nit hin!

Schall:
Brünn du bist hin! Brünn du bist hin!
Lasse dir weiter nichts kommen in Sinn.
Wider Schwedenmacht
Ist sein Schild erdacht.
Brünn du bist hin! Brünn du bist hin!
Mach es nur bald, und nit lang dich
besinn!
Brünn du bist hin!

Widerhall:
Brünn halt sich inn? Brünn halt sich inn?
Lasset ihr weiter nichts kommen in Sinn;
In MARJAs Schutz bietet sie euch Trutz!
Brünn halt sich inn? Brünn halt sich inn.

Schall:
Brünn du bist hin! Brünn du bist hin!
Braver Soldaten ein Würffel-Gewinn!
In Janckauer Schlacht
Bist du Beut gemacht!

535
Brünn du bist hin! Brünn du bist hin!
Braver Soldaten ein Würffel-Gewinn!
Brünn du bist hin!

Widerhall:
Brünn ist halt Brünn; – Ketzer – Ruin;
Machet zu Wasser der Schweden Gewinn.
Große Praller – Macht,
Ist zu Schand gebracht.
Brünn ist halt Brünn; – Ketzer – Ruin,
Ehr sey MARJAe der Obsiegerin!
Brünn ist halt Brünn; – Ketzer – Ruin,
Ehr sey MARJAe des Obsiegerin,
Ehr sey MARJAe
Der Obsiegerin!

Traduction:

Brno renvoie l’appel suédois

Appel : Brno n’est plus ! Brno n’est plus !


Même si le Mars était avec vous !
Le soldat suédois, il vous tient tous
Brno n’est plus ! Brno n’est plus !
Même si le Jupiter était avec vous !
Brno n’est plus !

Echo : C’est une erreur ! C’est une erreur !


Il y a des héros de Dieu et de l’Empereur.
Le soldat suédois, tu ne nous as pas tous
C’est une erreur, c’est une erreur
La mère de Dieu
Nous présente ses faveurs
C’est une erreur !

Appel : Brno n’est plus ! Brno n’est plus !


Par le contraire, il ne faut pas vous bercer
La grandeur du pouvoir suédois
Vous ne pouvez pas percer.

536
Brno n’est plus ! Brno n’est plus !
Capitule bientôt et rejoins-nous
Brno n’est plus !

Echo : Capituler et venir à vos côtés ?


Sur cela, vous ne pouvez pas compter.
Brno de la Vierge-Marie
Ne sera jamais pris !
Capituler et venir à vos côtés ?
Sur cela, vous ne pouvez pas compter.
Nous n’irons pas de vos côtés !

Appel : Brno n’est plus ! Brno n’est plus !


Butin des soldats, aubaine pour nous !
Par la bataille de Jankau, tu as tout perdu
Brno n’est plus ! Brno n’est plus !
Butin des soldats, aubaine pour nous !
Brno n’est plus !

Echo : Ne comptez pas, hérétiques, sur votre rôle !


Les conquêtes suédoises
Tomberont bien à l’eau.
Et votre pouvoir souvent tant vanté
Se couvrira bientôt d’un voile honteux.
On ne vient pas, hérétiques, jusqu’à chez vous !
La Vierge de victoire est avec nous !
La Vierge de victoire est avec nous.

537
L’hiérarchie de service dans l’armée impériale au XVIIe
siècle1308

General-Lieutenant (en remplaçant l’Empereur)


General-Feldmarschall
General
Feldmarschall-Lieutenant
General-Wachtmeister (=Generalfeldwachtmeister)
Obrist
Obristlieutenant
Obristwachtmeister (=Obristfeldwachtmeister)
Hauptmann (Rittmeister chez les cuirassiers)
Lieutenant
Cornet (=Fähnrich)
Wachtmeister
Feldwebel
Korporal
Gefreiter
Gemeiner

(Les volontaires issus des familles nobles devenaient directement des


Wachtmeister)

1308
D’après Georg Schreiber, Raimondo Montecuccoli. Feldherr, Schriftsteller und Kavalier. Ein
Lebensbild aus dem Barock, Graz-Wien-Köln, 2000.

538
Chronologie relative à Jean Louis Ratuit de Souches

1608 (16 août) naissance à La Rochelle dans le milieu


de la petite noblesse huguenote locale

1614 mort de son père

1627-1628 siège de La Rochelle par Richelieu (septembre


1627 – octobre 1628) ; première expérience
militaire

automne 1628 départ pour la Suède

1632 (17 novembre) participation probable à la


bataille de Lützen

1634 (5 – 6 septembre 1634) participation probable à


la bataille de Nördlingen

1635 officier (Kapitän) dans un régiment suédois en


Poméranie

1636 défense de la ville de Stargard (en Pologne du


Nord-Est) ; premier désaccord avec ses
supérieurs ; mort de son frère aîné lors de la
défense du Câtelet en Picardie assiégé par les
impériaux

1636-1639 retour en France, tente sa chance dans l’armée


de Louis XIII

1639 revient en Suède ; (10 août) promu colonel d’un


régiment de dragons ; opérations en Silésie

1640 une nouvelle critique de ses supérieurs

été 1642 quitte définitivement le service suédois et passe


à celui de l’Empereur ; (1 octobre) nommé
colonel d’un régiment de dragons impériaux et
envoyé en Silésie contre les Suédois

539
1643 campagne en Poméranie sous le commandement
de général Krockow – un grand débâcle

1644 (mai) un tribunal militaire de Prague prive de


Souches de son régiment

1644-1645 prend part au siège des impériaux devant la ville


d’Olomouc prise par les Suédois (septembre
1644 - mars 1645) - il mène une diversion et
pénètre en ville

1645 (15 mars) arrive à Brno où il fut nommé


commandant ; (3 mai - 23 août) défense
victorieuse de Brno contre les Suédois ; (27
octobre) promu Generalfeldwachtmeister
(général-major) ; responsable des réparations
des fortifications de Brno ; (octobre)
commandant militaire de la Moravie

1646 (2 mai) élevé dans les rangs de la haute noblesse


(comte) ; (juin) opérations contre les Suédois en
Autriche ; (25 juillet) capitulation de la ville de
Korneuburk devant ses hommes ; (fin août)
capitulation de la ville de Rabensburg

1647 (22 août) prend part au siège de Jihlava qui


capitule le 7 décembre

1648 promu Feldmarschall-Leutnant ; (automne)


opérations à proximité de Prague pour empêcher
les Suédois de traverser le fleuve Vltava et
s’emparer de la capitale (ils pillèrent
« seulement » la rive gauche de la ville)

1649 (29 mars) l’obtention de l’incolat pour les pays


tchèques ; achat du domaine de Jevišovice en
Moravie du Sud (confirmation de l’achat le 26
juin)

1648-1650 nommé commissaire impérial chargé de veiller


sur le retrait des unités suédoises des pays
tchèques

540
1650 chargé d’organiser les préparatifs des festivités
pour fêter le départ des Suédois de la Moravie

1657 nommé général de l’infanterie contre Charles X


de Suède en Pologne ; il entreprend le siège de
Cracowie qui capitule le 30 août

1658 Feldzeugmeister (Général de l’artillerie) ; (21


avril) sous l’ordre de Montecuccoli il commence
les opérations en Prusse ; (2 juillet) il prend part
au siège de Torun (capitulation le 20 décembre)

1659 opérations en Poméranie ; commandant d’une


armée auxiliaire ; prend part au siège de Stettin

1659-1660 lors des négociations de la paix d’Oliva


(décembre 1659-janvier 1660), de Souches
organise un échange des prisonniers

1660 (juin) il présente un nouveau règlement militaire


concernant ses troupes ; (juillet) marche à
travers la Haute-Hongrie pour délivrer la
forteresse d’Oradea

1663 (5 mars) Comte de l’Empire (Reichsgraf ) ;


(25 mai) face aux raids turcs, de Souches
nommé de nouveau commandant de la
Moravie ( dans cette fonction chargé entre autre
de surveiller la modernisation du système de
fortifications de Brno et d’Olomouc) ; (19
juillet) mort d’Anne Elisabeth de Hoffkirchen,
sa première femme

1664 promu Feldmarschall ;


(17 avril – 3 mai) siège et capitulation de
Nitra où il tomba gravement malade;
(16 mai) bataille victorieuse de Szent Kereszt ;
(9 juin-14 juin) siège de Levice ;
(19 juillet) bataille victorieuse à Lewenz
(Levice) sur l’armée de Sara Hussein ;
(17 octobre) de Souches nommé commandant
de la forteresse de Komárom en Haute-Hongrie

541
(Slovaquie actuelle) ; il devint également
commandant des villes minières en Slovaquie ;
il supervise (1665-1669)la construction de la
forteresse de Leopoldov

1665 achat du domaine de Hostim

1665 – 1682 membre du Conseil privé

1668 – 1671 commandant de la garnison de la ville de


Vienne (Stadtobrist)

1671 commandant de la frontière militaire à Petrinja ;


il prit part à l’étouffement de la révolte des
Magnats hongrois ; membre du tribunal jugeant
les insurgés

1673 – 1674 commandant des Impériaux contre la France en


Rhénanie, au Pays-Bas espagnol et en Hollande

1674 (11 août) bataille de Seneffe – accusé de n’avoir


pas respecté les ordres, une forte opposition à la
cour et à l’armée s’élève contre lui ; (octobre)
prend part au siège d’Oudenarde ; (fin
d’octobre) convoqué à Vienne, obligé de quitter
l’armée

1676 correspondance avec les autorités à la cour


d’Espagne en vue d’obtenir sa réhabilitation ;
(11 juin) Léopold Ier clôt l’affaire de Seneffe, de
Souches démis de ses fonctions et exilé sur ses
terres moraves

1677 deuxième mariage - il épouse Anne Salomé


d’Aspermont-Reckheim

1679 achat du domaine de Plaveč

1680 achat du domaine de Boskovštejn ; « affaire »


de Franz chargé d’éliminer Jean Louis Ratuit de

542
Souches ; (mai) il obtient l’accord pour
construire le sanctuaire de Hluboké Mašůvky

1682 (12 août) Jean Louis Ratuit de Souches meurt à


son château de Jevišovice

1691 (19 août) mort de Charles Louis, fils cadet et


l’héritier universel, dans la bataille contre les
Turcs à Slankamen (Salankement) en Hongrie

1722 l’érection du monument funéraire de Jean Louis


à l’église Saint-Jacques à Brno

1745 célébrations du centenaire du siège de Brno

1845 célébrations du bicentenaire du siège de Brno

1902 une stèle avec un buste de de Souches est


dressée au pied de la forteresse de Špilberk

1995 début de la tradition des fêtes annuelles


commémorant la fin du siège de 1645

543
Sources et bibliographie

Sources d’archives

Moravský zemský archiv Brno :


• A 3, Stavovské rukopisy, cote 45 (Kniha stavu panského, 1670); cote 56
(Matrika šlechtická, 1628-1868); cote 360 (Kvaterny statků kraje
znojemského) fol. 18-20 (Jevišovice), fol. 39 (Plaveč), fol. 133 (Hostím)
• A 12, Akta šlechtická, carton 72 ; cote II/3/3 ; cote II/3/5 ; cote II/3/6 ;
cote Jevišovice I, 1665-1668 ; cote Jevišovice I, 1676 ; cote Jevišovice
II/3/8 ; cote Jevišovice II/3/9 ; cote Jevišovice I, parchemin no 30
• C 2, Tribunál – pozůstalosti, famille Bokůvka z Bokůvky, B 74 ; famille
Hoffkirchen, H 23 ; famille de Souches, S 19 p, S 34 p, S 48, S 85, S 116,
S 122, S 124, S 146 ; famille Thurn z Valsassina, T 15 ; famille Ugarte,
V 4, V 9, V 11, V 13, V 23, V 24, V 25, V 26
• E 57, Premonstráti Louka, Q 12, no 1273
• F 54, Velkostatek Jevišovice, no 1, livre 1 ; no 14, carton 2 ; no 70, carton
5 ; no 353, 354, carton 40 ; no 468, livre 7 ; no 488, livre 27 ; no 491, livre
30 ; no 492, livre 31 ; no 514, carton 52 ; no 703, carton 69 ; no 766, carton
134 ; no 839, carton 138 ; no 893, carton 146 ; no 1046, carton 166 ; no
1261, carton 204 ; no 1353, carton 207 ; no 2358, carton 539 ; no 3926,
carton 605 ; no 5077, 5090, carton 639 ; microfilm no 6196
• F 79, Velkostatek Plaveč
• F 159, Velkostatek Hostím
• G 1, Bočkova sbírka, no 1525, 1526, 1539, 1543-1550, 1552, 1558, 1559,
1561, 1571-1574, 1583, 1590, 1604, 1606, 1631, 1643, 1663
• G 12, Cerroniho sbírka, no 39-45

544
• G 140, Rodinný archiv Dietrichštejnů, no 13, cote 2, carton 3 ; no 29, cote
15, carton 12 ; no 93, cote 54, carton 28 ; no 261, cote 138/a, carton 89 ;
no 343, cote 182, carton 123 ; no 588, cote 256, carton 188 ; no 615, cote
263/XIIc, carton 202 ; no 604, carton 206 ; no 664, carton 206 ; no 665,
carton 207 ; carton 449 ; carton 484 ; no 3168, cote 267/a, carton 688 ; no
3169, cote 267/b, carton 688 ; no 3170, cote 267/c, carton 688
• G 155, Rodinný archiv Ugartů, no 554 - 566, 571 - 573, 576, carton 30 ;
no 601, 603, 604-673, carton 32 ; no 693a ; no 674-690, 696, 709, 710,
carton 33 ; no 761, carton 36
• G 263, Rodinný archiv Podstatských-Liechtenštejnů, no 89, carton 6
• G 361, Rodinný archiv Vrbnů, no 34, cote I/4/5-1, carton 5 ; no 59, cote
I/5/5-7, carton 8

Archiv města Brna :


• A 1/3, Archiv města Brna – Sbírka rukopisů a úředních knih, manuscrits
no 7279 (Diarium Brunense), 7286 ( Schwedische Belagerung)
• A 1/1, Archiv města Brna – Sbírka listin, mandátů a listů, no 3321, 3323
– 3329, 3331 – 3410, 3413, 3416, 3432, 3436, 3450, 3454, 3461, 3464,
3465, 3470 – 3474, 3478, 3480, 3483, 3537, 3596, 3599
• V 3, Sbírka rukopisů Mitrovského knihovny, cote A 1.11h ; A 1.12 ; A
1.13.15 ; A 1.13.3 ; A 1.18.2 ; A 1.22 ; A 54

Státní okresní archiv Znojmo :


• Archiv městečka Jevišovice, JEV/I, patentes no 3-6, 10, 11 ; no 80, carton
3 ; no 124, 125 ; no 126, livre 78

545
• Archiv města Znojma. Nejstarší knihy a vzácné rukopisy, no 55, livre 55,
cote 104/2
• Archiv města Znojma. Městská správa. Listiny, no 382, patente no 281

Státní oblastní archiv Třeboň, succursale Jindřichův Hradec :


• Rodinný archiv Slavatů, carton 25 (lettres de Jan Jiří Jáchym Slavata
1655-1656)

Státní oblastní archiv Litoměřice, succursale Děčín :


• Rodinný archiv Desfours-Walderode, no 15 (généalogie de la famille de
Souches)

Archiv Archeologického ústavu Akademie věd České republiky Brno :


• Fotodokumentace průzkumů, négatifs no 13815/1-5, 6-10 ; 13961/1-20 ;
14139/1-32 (crypte de Jean Louis Ratuit de Souches à Saint-Jacques à
Brno)

Zemský archiv Opava :


• Arcibiskupství Olomouc. Papírové listiny, listy a akta, C-In genere, cote
CIIIc13/5d, no 2347 ; F-Kroměříž, cote FIIIb30/6, no 4316 ; cote
FIIIc36/2a, no 4369 ; cote F IIIc36/2b, no 4371
• Arcibiskupství Olomouc. Pergamenové listiny. A-Spiritualia, cote A
IId22, no 386

546
• Velkostatek Tovačov. Rodinné písemnosti hrabat z Khünburgu, cote
N605, no 72, carton 10
• Zemský výběrčí úřad knížectví opavského. Vojenské výdaje země, C-72,
carton 23

Státní okresní archiv Opava :


• Archiv města Opava. Spisy. Kontribuce, cote LXXIV/31/XXIII5/235, no
1641, carton 222

Státní okresní archiv Olomouc :


• Archiv města Olomouce. Zlomky registratur, cote 9/III, no 327, carton
11 ; cote 11b/V, no 432, carton 15 ; cote 83/17, no 2669, carton 98 ; cote
119, no 4058, carton 139 ; no 4377, carton 160

Archives départementales, La Rochelle :


• 5 Mi 1075/4 (actes de baptême du Temple St. Yon)
• série B, no 364, 434, 1340, 1346, 1470,
• série E, no 9, 15, 18, 23, 25, 26, 29, 99
• 3E 1293 [= 2 Mi 419 – R 439], 3E 1343 (registres du notaire Teuleron)
• 3E 1784 (registres du notaire Peronneau),
• série G, no 244
• manuscrit 1 J 6 (copie du mémoire de l´intendant Begon)
• état civil Ars, 5 Mi 1328 (1603-1621, mariage, baptême); 5 Mi 1329/4
(1639-1658, mariage, sépulcre); 5 Mi 1329/6 (1658-1669, baptême,

547
mariage, sépulcre); 5 Mi 1328/11 (1622-1637, mariage, sépulcre); 5 Mi
1329/1 (1638-1639, mariage, sépulcre)
• état civil Flotte, 5 Mi 1365/3 (1607-1630, baptême); 5 Mi 1366/1 (1668-
1672, baptême, mariage, sépulcre); 5 Mi 1366/2 (1673-1677, baptême,
mariage, sépulcre); 5 Mi 1366/3 (1678-1684, baptême, mariage,
sépulcre); 5 Mi 1366/4 (1685-1691, baptême, mariage, sépulcre); 5 Mi
1366/5 (1691-1698, baptême, mariage, sépulcre); 5 Mi 1366/6 (1698-
1710, baptême, mariage, sépulcre)
• Collection d’estampes et de gravures ( 5 Fi La Rochelle 1, 2, 7, 8, 12,
137, 138; 2 Fi La Rochelle 153, 157 )

Archives municipales, La Rochelle:


• Série Es, no 278, 279, 281, 310, 311, 317, 858
• 14 – 20 H 134 (Archives de l’hôtel Saint-Barthélemy)
• Ms 764

Bibliothèque-médiathèque Michel Crépeau, La Rochelle:


• Manuscrits no 3204, 3205, 3492 (Diaire de Jacques Merlin 1589 – 1620)
• Manuscrit no 462 (Mémoires sur diverses localités de la Saintonge et de
l’Aunis : Saint-Martin-de-Ré)
• 2 PL 728 (Carte de l’île de Ré, de l’île d’Oléron, de l’Aunis et de la
Saintonge de Georges-Louis LE ROUGE, Paris, 1757)

548
Österreichisches Staatsarchiv Wien :
Haus-, Hof- und Staatsarchiv
• Reichshofrat, Gratialia et Feudalia, Passbriefe, 16-2-2
• Reichshofrat, Gratialia et Feudalia, Patentes und Steckbriefe, 4-91
• Familien- und Herrschaftsarchive, Schlossarchiv Grafenegg-Akten, 93-
1 ; 93-2

Allgemeines Verwaltungsarchiv
• Familienarchiv Harrach, Familie in specie, 301.47 ; 112.75 ; 81.20

Finanz- und Hofkammerarchiv


• Familienakten, S – 124

Kriegsarchiv
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Beschreibung aller und jeder denckwuerdiger Geschichten so sich bin
und wider in der Welt fuernaemlich aber in Europa und Teutschlanden
...zugetragen haben, I (1618-1629); II (1629-1632); III (1633-1638); IV
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Die beglückte Tugend und das tugendfame Glück Ludovici Ratvit, des heiliges
Römisches Reichs Graffen de Souches, Wien, 1683
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GILLOT de SAINTONGE, Louise-Geneviève, Histoire de dom Antoine, roy de
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Histoire de l’état présent de l’Empire ottoman, Amsterdam, 1671
Histoire des trois derniers Empereurs des Turcs. Depuis 1623 jusqu’à 1677,
t. II, 1640-1662, Paris, 1682
Kurze Geschichte der Kriege zwischen dem Hauss Österreich und der
Ottomanischen Pforte vom Jahre 1529 bis auf das Jahr 1739. Nebst
einigen wichtigen Daten das Königreich Ungarn und Siebenbürgen
betreffend, Wien, 1788
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capitaines et pilotes françois, Paris, 1586
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WALLHAUSEN, J.J., Ritterkunst, Frankfurt, 1616
WALLHAUSEN, J.J., Archiley Kriegskunst, Hanau, 1617

Littérature

Avertissement : Afin de limiter l’étendue de la présente bibliographie et dans le souci de


n’introduire que les titres pertinents, nous préférâmes de citer uniquement les ouvrages
permettant de découvrir la personnalité de Jean Louis Ratuit de Souches, de situer les actions
de ce dernier dans le temps et de comprendre la réalité de son époque. Les autres titres,
notamment ceux de la partie bibliographique du présent travail, restent à découvrir dans les
notes.

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knížecích rodů zemí Koruny české, Praha, 2001

605
Liste des abréviations

AHY Austrian History Yearbook


AUC Acta Universitatis Carolinae
AUC-H Acta Universitatis Carolinae - Historica
AUPO Acta Universitatis Palackianae Olomucensis
BAIR Bulletin de l´Association des Amis de l´Ile de Ré
BHF Bonner historische Forschungen
cart. carton
ČAV Česká akademie věd
ČČH Český časopis historický
ČDV Časopis pro dějiny venkova
ČL Český lid
ČMM Časopis Matice moravské
ČNM Časopis Národního muzea
ČSAV Československá akademie věd
ČsČH Československý časopis historický
ČSPS Časopis Společnosti přátel starožitností
DaS Dějiny a současnost
doc. document
FBWS Forschungen und Beiträge zur Wiener Stadtgeschichte
FHB Folia Historica Bohemica
FHPP Fontes historiae Pagi Pardubicensis / Prameny
k dějinám Pardubického kraje
FI Frühneuzeit-Info
fol. folio(s)
HČ Historický časopis
HD Historická demografie
HO Historický obzor
HŠ Historické štúdie
JM Jižní Morava
JSH Jihočeský sborník historický
JVGSW Jahrbuch des Vereins für Geschichte der Stadt Wien
MF Mladá fronta
MIÖG Mitteilungen des Instituts für Österreichische
Geschichtsforschung
MZA Moravský zemský archiv
MZK Moravská zemská knihovna
NB Notizen-Blatt der historisch-statistischen Section der
k. k. Mährisch-schlesischen Gesellschaft zur
Beförderung des Ackerbaues, der Natur- und
Landeskunde

606
OH Opera Historica. Editio Universitatis Bohemiae
meridionalis
ÖMZ Österreichische Militärische Zeitschrift
OR Opera Romanica. Editio Universitatis Bohemiae
meridionalis
OSN Ottův slovník naučný
PA Památky archeologické
P.U.F. Presses universitaires de France
RA Rodinný archiv (=archives de la famille)
SAP Sborník archivních prací
s.d. sans date
SH Sborník historický
SHK Sborník historického kroužku
s.l. sans lieu
SOA Státní oblastní archiv
SOkA Státní okresní archiv
s.p. sans pagination
VHS Vojensko-historický sborník
VKGLBW Veröffentlichungen der Kommission für
geschichtliche Landeskunde im Baden-Württemberg,
Reihe B-Forschungen
VSH Východočeský sborník historický
VVM Vlastivědný věstník moravský
ZDVGMS Zeitschrift des deutschen Vereines für die Geschichte
Mährens und Schlesiens
ZHS Západočeský historický sborník
ZVGMS Zeitschrift des Vereines für die Geschichte Mährens
und Schlesiens

607
Index des noms

Nous n’avons pas jugé utile de donner des détails sur les personnes et familles retenues dans
le présent index. Les informations nécessaires se trouvent sur les pages correspondantes.
Cependant, une exception fut faite concernant des membres des dynasties régnantes et des
Princes souverains. Une précision s’imposait également quant aux personnes désignées
uniquement par leurs noms de famille.

Akakia, agent diplomatique français : d’Asquier, Michael : 322


332 d’Assentar, général espagnol : 258
Alberti, Leone Battista : 326 d’Aubigné, Agrippa : 116
d’Albon et Saint-André (famille) : 409 Auersperg (famille) : 61
Albrecht d’Autriche : 307 Auersperg, Wolf : 248
d’Albret, Jeanne : 127 d’Avantigny, Louis : 117
Aldringen (famille) : 56 d’Avaux, Claude de Mesmes, comte :
Alexis Ier, tsar : 204 147
d’Alfroi (famille) : 92, 301, 409
Ali, pacha ottoman : 216
Alighieri, Dante : 326
Allman d’Almstein, Tobias : 335 de Bade, Louis Guillaume : 366
d’Althann (famille) : 286, 289, 299, Baillet de Latour (famille) : 406
337 de Baillou (famille) : 402
d’Althann, Christophe : 288 Bakosz, Gabriel : 178
Anne d’Autriche, reine de France : 100 los Balbaces, marquis : 276
Anshelm, Thomas : 338 Baner, Johan : 148-149, 153, 159
Antoine Ier, roi de Portugal : 114-115 des Barrès /de Barre (famille) : 114
Apaffy, Michel, prince de de Barre, Jacques : 114
Transylvanie : 246 des Barrès, Jean : 114
d’Arbouville, chevalier : 112 de Bassompierre, François : 87, 326
d’Arc, Jeanne : 323 Bastl, Beatrix, historienne : 80
Arcère, Louis-Etienne, historien : 113, Baudet, Marie : 118
206, 245 Bayer, Hieronymus Benno : 393, 394
Aretino, Pietro : 326 Bayle, Pierre : 112
Arigsperger, Johann : 238 Beauchet-Filleau, Joseph, historien :
Ariosto, Ludovico : 326 114
Arnou, intendant : 112 Becher, Johann Joachim : 45
d’Aspermont-Lynden, Ferdinand : 358 Beckovský, Jan, historien : 373
d’Aspermont - Reckheim, Anne Bégon, Michel : 107
Salomène : 318, 343, 358, 392 de Bellegarde (famille) : 93, 409-410

608
Beltrupt-Tissac (famille) : 406 de Bournonville, Alexandre : 257,
Béraud, François : 127 264
Béraudin, Gabriel : 111, 112 du Breuil, Gilles : 108
Bérenger, Jean, historien : 37, 81 Breuner, Julius : 288
Beresényi, lieutenant hongrois : 229 Breuner, Seyfried Christoph : 194,
Berton, Barthélémy : 128 199, 200, 201, 235, 299, 310
Béthlen, Gabor (Gabriel), prince de de Briaumont (famille) : 410-411
Transylvanie : 36, 86, 94 de Briffaut (famille) : 402
Bethon, lieutenant suèdois : 143 Brňovják, Jiří, historien : 73
de Béthune, marquis : 332 Brouay, général : 164
de Bèze, Théodore : 127 Bruneau, Jehan Arnaud : 123-124
de Biglia, Marie : 97 de Brunswick - Wolfenbüttel,
Billot, médecin de Léopold Ier : 229, Elisabeth Christine : 74
231 von Bülow, Berthold Hardwig : 211
de Blénac, chevalier : 112 Buneau, Marie : 123
de Blier, Ferdinand Ernest : 303 Buonvisi, Francesco, nonce : 255
de Blümegen (famille) : 339 Buquoy (famille) : 56, 90, 97, 98, 99,
Boblig d’Edelstadt (famille) : 290 351, 352, 411-416,
Bocaccio, Giovanni : 326 Buquoy, Charles Bonaventure : 86,
Bodin, Jean : 323, 324 90, 94-95, 99, 100
Bodin, Suzanne : 122 Buquoy, Charles Philippe : 352
Bohdanecký de Hodkov, Johann : 366 Buquoy, Philippe-Emmanuel : 352
de Bois (famille) : 410 Buzic (famille) : 51
de Bois, Jacques : 301 Bůžek, Václav, historien : 71
de Bombelles, Marc-Marie : 405
Boskovic (famille) : 54
de Boucault, Marie : 118
Bouchereau, Jacob : 121 Cailloux de Valmond (famille) : 417
Boulangier, Yzabeau : 121 Cailloux de Valmond, Nicolas : 93
Bourbons (dynastie) : 129, 405 Campanella, Thomas : 327
de Bourdigale (famille) : 120, 121, 123, Canon de Ville (famille) : 92, 417
124 de Caprara, Aeneas Sylvius : 267
de Bourdigale, Gabriel : 119, 120, 122 Cardan, Hieronymus : 327
de Bourdigale, Jacques : 120, 121 de Cardona y Eril, José : 288
de Bourdigale, Jean : 118, 121 Cerboni, Nicolas : 299
de Bourdigale, Louis : 118, 121 Cerman, Ivo, historien : 68
de Bourdigale, Louise : 122, 124 César, Jules : 326, 362
de Bourdigale, Marguerite : 111, 113, Chaline, Olivier, historien : 81, 86
117, 123 Charles Ier, roi d’Angleterre : 129,
de Bourdigale, Marie : 122 130
de Bourdigale, René : 118 Charles II, roi d’Angleterre : 250
de Bourdigale, René (dit capitaine de Charles II, roi d’Espagne : 251
Laudonnière) : 117

609
Charles IV de Luxembourg, Empereur de Couriers, François : 96-97, 301
et roi de Bohême : 29-30, 51, 339 von Cristow, Heinrich : 159
Charles VI, Empereur : 48, 73, 74, 85, Černín /Czernin (famille) : 55, 321
87, 401 Černín /Czernin, Humprecht Jan :
Charles X Gustave, roi de Suède : 139, 185, 240, 321
202, 204, 205, 206
de Charnacé, Hercule : 139
de Chastel Bodigne, marquis : 275
de Châtelaillon (famille) : 108, 112 Delachar, Olympe : 122
de Chavagnac, Gaspard : 98, 109, 260, Denis, Françoise : 117
261, 262, 265, 266, 267, 268, 269, Denis, Jean : 117
272 Dentice di Frasco (famille) : 407
de Chavigny, Léon Bouthillier : 147 Descartes, René : 324
Chmielnicki, Bogdan : 204 de Dietrichstein (famille) : 61, 75,
Chotek (famille) : 69 285, 286, 289, 298, 321, 336,
Christian IV, roi de Danemark : 55, 349
155, 156, 163 de Dietrichstein, Ferdinand : 125,
Christine, reine de Suède : 139, 141, 231, 248, 284, 287
145, 148, 177, 189, 204 de Dietrichstein, François : 38, 55, 74,
Ciceron, auteur classique : 326 125, 168, 169, 282, 298, 345,
Cimburk (famille) : 54 346
Clairon d’Haussonville (famille) : 93, de Dietrichstein, Gundaker : 240, 288
417-418 Dobruský, Johann Rudolf : 370
Colbert, Jean Baptiste : 249 de Donín /Dohna, comte : 212
de Coligny, comte : 228 Douglas, général suédois : 195
Collalto (famille) : 56, 286, 289, 315, Dubský de Třebomyslice, Zdeněk
337 Bohuslav : 336
Collalto, Antoine François : 368 Duval (Du Val) de Dampierre, Henri :
Collalto, Reinwald (Rombaldo) : 96, 86
212, 299
Collin, Anne : 121
Collin, Jehan : 121
Colloredo (famille) : 56, 298 Ebenberger, Georges : 168
Colloredo, Rodolphe : 181 d’Eggenberg (famille) : 56, 61, 75,
Comenius (Jan Amos Komenský) : 319, 321, 322
137-138, 327 d’Eggenberg, Jean Christian : 319
Condé (Louis II de Bourbon, duc Eléonore Madeleine, Impératrice,
d’Enghien): 20, 23, 250, 256, 257, épouse de Léopold Ier : 364
258, 259, 261, 263, 264, 265, 275, Enkevort, Adrian : 219
323 Erasme (de Rotterdam), théologien :
Conti, colonel des Impériaux : 195 127, 327
Corneille, Pierre : 324 Esprinchard, Jacques : 87
de Couriers (famille) : 96, 418-420 Este (famille) : 358

610
Fabricius de Rosenfeld, Philippe : 74 Fürstenberg, Elisabeth : 358
de Fariaux, général hollandais : 261
Farnèse, Alessandro : 94
Ferdinand, Cardinal - Infant
d’Espagne : 142 Gabaret, chef d’escadre : 112
Ferdinand Ier, Empereur : 30, 168 Gabri, Antonio : 339
Ferdinand II (Ferdinand de Styrie), Gallas (famille) : 45, 56, 75
Empereur : 34, 35, 37, 38, 39, 40, Gallas, Jean Mathias : 153, 154, 155,
55, 57, 59, 70, 96, 98, 141, 142, 163, 180, 181, 182, 185, 191
168, 284, 301 Garnier, général des Impériaux : 207
Ferdinand III, Empereur : 19, 41, 59, de Gatterburg, Constantin Joseph :
98, 100, 102, 153, 154, 156, 157, 334
163, 164, 165, 166, 171, 172, 185, de Gatterburg, Constantin Charles :
189, 191, 193, 194, 197, 205, 275, 371
288, 295, 297, 312, 345, 348, 356, de Genlis, Stéphanie Félicité : 383
397, 401 Gérard (famille) : 425-426
de Feusse (famille) : 117 Gialdi, Georges : 339
Ficquelmont (famille) : 93, 420-421 Godefroy, Jean : 134
Fischer d’Erlach, Jean Bernhard : 340 von Goldstein, Johann Arndt : 165
Fleming, Clas : 145 Goloubeva, Maria, historienne : 80
Forgacz (famille) : 56, 285 Gonzaga, général des Impériaux : 207
Forgacz, Adam : 222 de Gonzague, Marie-Louise, reine de
Foullon de Norbeck (famille) : 93, 421 Pologne : 205, 208, 209
Fouquet, Nicolas : 323 Gorcey-Longuyon, Nicolas : 402
des Fours (famille) : 90, 101, 421-425 Gotereau, Marie : 122, 125
des Fours, Albrecht Maximilian : 101 Götz, général des Impériaux : 207
des Fours, Louis : 87 Götz, Johann : 155, 163, 164, 165
des Fours, Nicolas : 90, 95-96, 101 de Gramont (famille) : 426
Franchimont de Frankenfeld (famille) : de Grana, marquis : 262, 268
401 Grotius (Grossius), Hugo : 147
François Ier, Empereur d’Autriche : 405 Grudzinski, général polonais : 210
François Joseph, archiduc, Empereur Guiton, Jean : 134
d’Autriche : 405 Gustave Ier, roi de Suède : 137
Frangepani, François : 245, 246 Gustave II Adolphe, roi de Suède :
Franquet, Alexandre : 402 20, 137, 139, 140, 141, 188, 204
Frédéric II, roi de Prusse : 31 Gyllenhielm, Sophie : 138
Frédéric V, Electeur palatin : 31, 74,
141, 367
Frédéric-Guillaume, Electeur de
Brandebourg : 205, 207, 209, 252 Habsbourg (dynastie) : 19, 20, 21, 30,
Freschot, Casimir : 50 34, 35, 45, 53, 57, 68, 71, 79, 80,
Fürstenberg (famille) : 321 81, 85, 86, 89, 91, 95, 96, 97, 98,
Fürstenberg, Egon : 212 101, 102, 156, 168, 204, 218,

611
227, 245, 246, 285, 292, 309, 331, d’Hozier, Charles-René : 110
337, 344, 347, 352, 353, 357, 367, Hrabišic (famille) : 51
396, 397, 402, 405, 406 Hrdlička, Josef, historien : 70
Hahn, Paulette, historienne : 106 Hrzan de Harasov, Sigismond
Harant (famille) : 54 Valentin : 364
Harbuval-Chamaré (famille) : 90, 93, Huerta (famille) : 56
426-429 Huet de Riveau, Amathée : 111
Harbuval-Chamaré, Jean-Antoine : 93 Hus, Jean : 32
Harbuval-Chamaré, Jean-Louis : 93 Hussein, Sara : général ottoman : 230
Harrach, Ernest Adalbert : 74, 345 Huyn, Gottfried : 155
Harrach, Ferdinand Bonaventure : 226,
254, 260, 273, 288, 359
Hatzfeld, Melchior : 155, 163, 164,
165, 206, 207 Ibrahim Ier, Sultan : 163
Hauk, Peter : 176
Haultin, Pierre : 128
d’Hautois et Browne (famille) : 430
Heister, général des Impériaux : 207, Jagellon (dynastie) : 52
229 Jakartovský de Sudice (famille) : 289
d’Henai, chevalier : 112 Janouch, Jaroslav, écrivain : 380, 383
Hengerer, Mark, historien : 80 Jean III, roi de Suède : 139
Henri IV, roi de France : 94, 117, 127, Jean-Casimir, roi de Pologne : 205,
129, 323 207, 208, 210,
von Herberstein, Leopold : 242 Jean-Georges Ier, Electeur de Saxe :
Hérodote, auteur classique : 324 31, 38, 141, 155, 163
Hivert, M.-E., historien : 23 Jirásek, Alois, écrivain : 18
Hocher de Hohengran, Johann Paul : Joseph II, Empereur : 64
248, 251, 255 Jourdan, Jean-Baptiste, historien : 23
Hodický de Hodice (famille) : 335 Joyeuse de Petit Sivry (famille) : 93,
Hoffkirchen (famille) : 357, 371 430
Hoffkirchen, Anne Elisabeth : 357, 358, Joyeuse de Petit Sivry, Jean Baptiste :
392 402
Hoffkirchen, Charles Louis : 317, 347 Justinian, Empereur byzantin : 327
de Hohenlohe, comte : 228
de Hohenzollern, Frédéric-Guillaume,
Electeur de Brandebourg : 158,
252 Kaltschmidt d’Eisenberg (famille) :
Holstein, général des Impériaux : 211 290
Horn, Gustave : 142 Kaplíř /Kaplier de Sulevice, Kaspar
de Horn, Guillaume Léopold : 364 Zdenko : 254
l’Hoste, Jean : 175 Kayserstein, général des Impériaux :
Hradec (famille) : 54 246
Hörnigk, Philippe Wilhelm : 45 Keller, Katrin, historienne : 80

612
Kemény, Jean : 216 de La Motte /de Lamotte de
Kerker, Johann Sigmund : 372 Frintrop, Gertrude : 101
Kinsky (famille) : 46, 61, 321 de La Motte /de Lamotte de Frintrop,
Kinsky, Vilém : 55 Pierre Antoine : 100, 101
Kinsky, Wenzel Norbert Octavian : 254 de Laval, Henri : 112
Knoz, Tomáš, historien : 73, 322 Laval de Gouet (famille) : 92, 434
Koháry, lieutenant hongrois : 229 Ledenický de Ledenice (famille) : 289
Köhler, Jan : 392 Léopold Ier, Empereur : 19, 45, 69,
Kolowrat (famille) : 321 72, 80, 102, 109, 125, 205, 206,
Königsegg, Guillaume : 248 213, 216, 221, 225, 228, 229,
Königsmarck, Jean Christophe : 154, 230, 232, 233, 235, 237, 239,
159, 194, 200 240, 241, 243, 244, 245, 246,
Köprülü, Mehmed, Grand Vizir : 215, 249, 250, 251, 252, 253, 254,
268 255, 257, 258, 272, 278, 287,
Koschenitz, commandant croate : 212 288, 317, 347, 348, 356, 366,
Kounic /Kounitz /Kaunitz (famille) : 368, 397, 401
75, 285, 286, 287 Léopold-Guillaume, archiduc : 22,
Kounic, Dominique André : 338 100, 153, 157, 164, 171, 172,
Krajíř (famille) : 54 178, 179, 180, 181, 184, 191,
Král, Pavel, historien : 70 193, 194, 213, 214, 318, 345
von Krockow, Joachim Ernst : 158, 160 Lescourant de La Rochelle (famille) :
Krukensteinhauser, Johann : 342 309, 435
Kubeš, Jiří, historien : 71 Lescourant de La Rochelle, Jean :
de Kunštát (famille) : 296, 307, 309 100-101, 309-310
de Kunštát, Boček : 296 de Leslie, Gaultier : 237
Leszczynski, Stanislas : 88
Le Tellier, Michel : 249
Libsteinsky de Kolowrat, François
de La Chambre, Charles : 122 Charles : 284
de La Crona, général des Impériaux : Liechtenstein (famille) : 54, 61, 75,
195, 197 285, 286, 289, 298, 337, 349
de La Fare, Charles-Auguste : 259, 265, Liechtenstein, Charles : 38, 55, 283,
270 298
de La Gardie (famille) : 139 Liechtenstein, Charles Eusebius : 212
de La Gardie, Jacob : 138, 143, 145 Liechtenstein, Gundakar : 283, 289,
de La Gardie, Magnus Gabriel : 139, 298, 340
205 Liechtenstein, Maximilian : 298
de La Gardie, Pontus : 138 Liechtenstein-Castelcorn (famille) :
La Hode, historien : 265 289
de Lamberk /Lamberg, Jean Liechtenstein-Castelcorn, Charles :
Maximilian : 240, 248, 255, 288 315, 320, 343, 345, 368
de La Motte /de Lamotte de Frintrop Liechtenstein-Castelcorn, Christophe
(famille) : 101, 431-434 Paul : 170, 180, 283, 284

613
Liechtenstein-Castelcorn, Christophe Magnis, Valerian : 284
Philippe : 338 Manigaut-Vinant, François : 123
de Ligne, Charles Joseph : 404 Manini, colonel des Impériaux : 198
de Lionne, Hugues : 249 von Mannsfeld, Peter Ernest : 86
de Lipá (famille) : 336 von Mannsfeld, Wolfgang : 352
de Lipá, Čeněk : 339 Marek, Pavel, historien : 68, 69
Lippay, Georges : 245 Marguerite Marie Thérèse d’Espagne,
Liskourski, trésorier du Royaume de Impératrice, épouse de Léopold
Pologne : 209 Ier : 253, 287, 317
Lobkovic /Lobkowiz (famille) : 54, 55, Marie-Anne d’Espagne, Impératrice,
61, 70, 75, 285, 286, 299, 315, 321 épouse de Ferdinand III : 171
Lobkovic /Lobkowiz, Jan Caramuel : Marie-Thérèse, Impératrice, épouse
345 de François-Etienne de Lorraine :
Lobkovic /Lobkowiz, Wenzel 48, 64, 85, 87, 91, 93, 396, 401,
Eusebius : 230, 246, 251, 255 402
Locatelli (famille) : 334 Marie-Thérèse d’Espagne, épouse de
Locatelli, colonel des Impériaux : 239 Louis XIV : 251
Lomnic (famille) : 54 Markvartic (famille) : 51
de Longueval, Maximilian : 94 Marradas (famille) : 56
de Lorraine, Charles : 44-45 Marradas, Baldasare : 74, 301
de Lorraine, François - Etienne, Martini, Pierre : 127
Empereur : 87, 91, 93, 396, 402 Martinic / Martiniz (famille) : 55, 321
Louis IX (Saint-Louis), roi de France : Martinic, Georg : 234, 248
323 Maťa, Petr, historien : 70
Louis XIII, roi de France : 19, 102, 128, Matějek, František, historien : 285
133, 138, 144, 145, 146, 397 Mathias, Empereur : 94, 96, 98, 242
Louis XIV, roi de France : 97, 228, Mattielli, Lorenzo : 334
249, 250, 251, 252, 259, 262, 264, de Mauléon (famille) : 108
318, 323, 332 Maur, Eduard, historien : 78
Louis XVI, roi de France : 404, 405 Maximilian de Bavière, Electeur : 95,
de Louvigni, général espagnol : 258 155, 163, 180
Louvois, ministre de Louis XIV : 258, Mazarin, Jules : 211, 323
259 Mehmed IV, sultan : 215
Lubetitsch, commandant croate : 212 Ménage, Gilles : 106
Ludanic (famille) : 54 Mencl de Kolsdorf, Jean : 170
Luther, Martin : 328 Mensdorff-Pouilly, Emmanuel : 405
von der Lüttke, Marcus : 159 Mercier, Isaac : 122
Lynden (famille) : 358 Mercier, Marguerite : 122
Mercy, général : 164
Merlin, Jacques : 119
Mervault, Pierre : 131
Magnis /Magni (famille) : 56, 285 Metezeau, architecte : 130
Magnis, François : 283, 284, 289 Michna de Vacínov (famille) : 55

614
Mikšíček, Milan, écrivain : 378 O’Gilvi /O’Gilvy / Ogilvi, (famille) :
de Millet (famille) : 111 302
Miniati, Antoine : 160 O’Gilvi, Georges : 173, 192, 392
Molin, Alois : 219, 241 Oppersdorf (famille) : 205, 289
de Mollart (famille) : 435-436 Oppersdorf, Friedrich Léopold : 338
de Montaigne, Michel : 324 d’Orange, Guillaume, stadhouder :
Montecuccoli, Raimondo : 20, 23, 24, 256, 257, 258, 261, 262, 264,
157, 158, 190, 197, 205, 206, 207, 266, 269, 270, 272, 274
208, 209, 210, 213, 225, 228, 232, d’Osmont, chevalier : 112
233, 240, 243, 244, 248, 251, 252, des Ouches (famille) : 106
253, 254, 256, 267, 268, 269, 277, des Ouches, Illies : 125
365 des Ouches, Pierre-Paul : 125
de Montet, baronne : 403 Ovide, auteur classique : 324
de Montrochier (famille) : 301, 436 Oxenstierna, Axel : 141, 142, 145,
More, Thomas : 327 146, 147, 149, 151, 163
Moréri, Louis : 110 Oxenstierna, Bengtsson : 145
Morosini, Zuanne : 241 Oxenstierna, Gabriel : 145
Mortaigne, Caspar Cornelius : 165,
179, 180, 183, 184, 188, 189, 195
Morzin (famille) : 298, 369
Morzin, Rodolphe : 369 de Pagan, Blaise François : 325
Motte, Henri-Paul : 131 Paikul, Jörg : 160
de Münsterberg / de Münsterberg- de Pálffy, Léopold Joseph : 367, 370
Olesnicz (famille) : 98 Pappenheim, général des Impériaux :
de Münsterberg-Olesnicz, Charles : 296 140
de Münsterberg-Olesnicz, Charles de Paule de Clermont, François : 144
Frédéric : 296, 302 Pavlíčková, Radmila, historienne : 73
Pečar, Andreas, historien : 80
von Penzenau, Mathias : 159
Pepys, Samuel : 24, 232
Náchod (famille) : 285, 286 Perret, Jacques : 325
Nádasdy, François : 245, 246 Petrarca, Francesco : 326
Nani, Battista : 210 de Petřvald (famille) : 289
Napor de Borkovany (famille) : 290 Pfuel, Adam : 148
Nostic /Nostiz (famille) : 56, 320, 321 Philippe II, roi d’Espagne : 94, 115
Nostiz, Otto le Jeune : 315 Philippe III, roi d’Espagne : 94, 142
de Notthafft, Eve Eléonore : 363, 371 Piccolomini (famille) : 56, 301
Piccolomini, Ottavio : 153-156, 195,
207
Pie V, pape : 327
Oesterling, Samuel : 194, 196, 199, Pils, Susanne Claudine, historienne :
374, 375 80
Öfferl, Christoph : 208 de Pilsenburg (famille) : 339

615
de Pilsenburg, Ferdinand Nicolas : 339 Rakoczi, Georges II, prince de
du Plessis-Mornay, Philippe : 323 Transylvanie : 205, 215, 220
Pline, auteur classique : 326 Rakoczi, Sigmund : 183, 185, 186,
de Poděbrady, Georges, roi de 189
Bohême : 296 Raková, Svatava, historienne : 66
Podstatsky, Josef : 194 Ratuit (famille) : 105, 107, 108, 109,
Polybe, auteur classique : 324 110, 114, 115, 116, 123, 126
Pons, Rouven, historien : 80 Ratuit, Jean : 111, 113, 116
de Pons (famille) : 114 Ratuit, Marguerite : 124
de Pons, Anne : 114 Ratuit, Thibaut : 114
de Pontis, Bénédict-Louis : 133, 134, Ratuit des Ouches, Charles : 114
326 Reguyon, Jean : 122, 125
Portia, Johann Ferdinand ; 246 de Renard (famille) : 92, 436
de Pötting, François Eusebius : 225, Rentz, Mathias : 224
229, 230, 232, 252, 257 Reutter, Hans, historien : 360
Pröbstl, Johann Christian : 372 Rhedey, François : 216
Proksch, Tobias : 306 de Richelieu, Armand du Plessis :
Pruskovský de Pruskov, Georges 128, 129, 130, 132, 138, 139,
Christophe : 288 144, 323
Přemysl Otakar, roi de Bohême : 168 Richthausen de Chaos, Jean Konrad :
Přemyslides (dynastie) : 50 340
de Puchheim, général des Impériaux : Ripa, Césare : 326
196, 198, 203 Robbe, Jacques : 27
de Puchheim / de Buchhaim, Charles Rodolphe II, Empereur : 64, 86, 87,
Joseph : 365, 366 96
de Puchheim, Marie Anne : 366 de Roggendorf (famille) : 371
de Roggendorf, Christian : 338
de Roggendorf, Marie Christine : 357
de Rohan (famille) : 406
Questenberg (famille) : 286, 289, 320, de Rohan, Henri : 326
349 Ronio, architecte italien : 308
Questenberg, Johann Adam : 69 Ronovec (famille) : 51
de Quincy, marquis : 258 Rosental, Paul-André, historien : 84,
398
Rottal (famille) : 286, 289, 349
Rottal, Jean : 193, 194, 199, 203, 283,
Rabelais, François : 324 284, 365
de Raclet, Françoise : 118 Rotan, Jean-Baptiste (Gianbatista
Rakoczi, François : 245 Rotta) : 127
Rakoczi, Georges Ier, prince de Rožmberk (famille) : 52, 54
Transylvanie : 155, 163, 164, 166, de Rožmitál (famille) : 339
178, 182, 183, 185, 189

616
de Saint-Julien (famille) : 437 Sienell, Stefan, historien : 80
Sak de Bohuňovice, Sigismond Sinzendorff, Albert : 248
Ferdinand : 170 Sinzendorff, Georges Louis : 255
Salis, général des Impériaux : 211 Skrbenský de Hříště (famille) : 315
de Salm (famille) : 56, 285 Skrbenský de Hříště, František
de Salm, Julius : 282, 283 (François) Albrecht : 319
Salvius, Johan Adler : 147 Skutil, Jan, historien : 389
Sapieha, général polonais : 210 Slavata (famille) : 54, 55, 70, 285
Savarit (famille) : 124 Slavata, Adam Pavel : 206
Savarit, Elie : 124 Slavata, Ferdinand Guillaume : 334
Savarit, Jean : 124 Slavata, Guillaume : 234
de Savoie, Eugène : 74 Slavata, Jean Georges Joachim : 206,
de Saxe-Weimar, Bernard : 142 288, 366
Scarron, Paul : 324 Smíšek, Rostislav, historien : 68, 69
de Schaumburg, Hannibal : 299 Sobieski, Jean III, roi de Pologne : 44
Schlebusch, commandant des Soop, Matthias : 145
Impériaux : 212 Soubise (Benjamin de Rohan, baron
Schlick /Šlik de Passaun, Henri : 352 de Soubise) : 129
Schlick de Passaun, Joachim André : de Souches / voir également
367 « Ratuit », « des Ouches » et
Schlick de Passaun, Marie Anne : 367, « Ratuit des Ouches »/
370 (famille) : 19, 90, 99, 286, 289,
Schmidt de Freihofen, Etienne : 292, 371
299 de Souches, Anne Dorothée : 112,
Schneidau, général des Impériaux : 211 358, 364
Schneider, commandant des de Souches, Claudia Christine : 364,
Impériaux : 197, 198 371, 372
de Schomberg, Henri : 130 de Souches, Charles Joseph : 303,
Schönkirch (Schönkirchen), colonel : 308, 340, 359, 367, 369, 370,
170 371, 372
Schönleben, Johann Ludwig : 347 de Souches, Charles-Louis : 242, 263,
Schröder, Wilhelm : 45 267, 302, 305, 318, 322, 357,
Schumann, Jutta, historienne : 80 358, 359, 363, 365, 368, 369,
Schwarzenberg (famille) : 61, 321, 365 370
Schwarzenberg, Adam François : 321 de Souches, Eléonore Marguerite :
Schwarzenberg, Jean Adolphe : 195, 358, 365, 366
248, 255 de Souches, Ferdinand Louis : 358,
Schwarzenberg, Marie Ernestine : 319- 359
320, 321 de Souches, Jean Louis Ratuit :
Seidel, Jean Charles : 370 passim
Serényi (famille) : 56, 286, 289, 337 de Souches, Jean Louis Ratuit, fils du
Serényi, Gabriel : 284, 338 précédent : 263, 358, 363, 368,
Sevison, lieutenant : 188 370

617
de Souches, Jean Louis, petit-fils du de Thouars (famille) : 108
premier : 367 Thucydide, auteur classique : 324
de Souches, Louis Joseph : 367, 369 Thun / Thun-Hohenstein (famille) :
de Souches, Marguerite : 124 56, 321, 371
de Souches, Marie Anne : 367 de Thurn (famille) : 371
de Souches, Marie Anne, épouse de Thurn, Charles-Maximilian : 112,
Westerrode : 367, 371 364, 371
de Souches, Marie Antoinie : 367, 370, de Thurn, Henri Mathias : 74, 364
371 de Thurn, Maria-Antonin : 360, 361,
de Souches, Marie Charlotte : 364 371
de Souches, Marie Louise : 364, 371, de Toiras, Jean de Saint-Bonnet : 129,
372 130
de Souches, Marie Wilhelmine : 367, de Tollet, Johann Quintin Jörger : 288
371 Tomola, Jan : 390
de Souches, Thérèse Eléonore : 364 Torstensson, Lennart : 148, 149, 153,
de Soye, baron : 226 154, 160, 163, 164, 165, 166,
Sparr, commandant des Impériaux : 212 174, 176, 177, 179, 180, 185,
Spinola, Ambrogio : 94 186, 188, 189, 195, 336, 374,
Sporck, François Antoine : 74 375, 376, 377, 378, 379, 380,
Sporck, Johann : 207, 268, 269, 272 381, 382, 383, 392
Stålhandske (Stalhans), Torsten : 148, de Tours, Grégoire : 106, 323
150, 151, 189 Tranchant, Jean : 325
de Starhemberg, Guillaume : 248 von Traun, Ernst : 202, 244, 288
de Starhemberg, Konrad Balthasar : Trauttmansdorff (famille) : 75
212, 240, 248 Trauttmansdorff, Frédéric : 248
Stellmacher, commandant des Trčka (famille) : 54, 55
Impériaux : 212 Trčka , Adam : 55
Sternberg (famille) : 321 la Trémoille (famille) : 108
Stromans, Georg : 191 la Trémoille, Claude : 117
Středa (Stredonius), Martin : 187, 188, Trmač, Miroslav, historien : 407
354 T’serclaes de Tilly, Jean : 95, 140
Stytte, colonel suèdois : 143 Turenne, maréchal de France : 20,
de Suys (famille) : 301, 437 250, 256, 258, 259, 263, 264,
Šelnberk (famille) : 54 270
Štětka, André : 306, 308
Švamberk (famille) : 54, 97

Ugarte (famille) : 90, 300, 303, 371,


407
Targone, Pompeo : 130 Ugarte, Jean Nepomuk : 367, 371
Tasso, Torquato : 326 d’Ullersdorf (famille) : 289, 339
Thiriot, entrepreneur : 131 Ungern, Johann : 238
Thököly, Emeric : 331, 332 Ungnad de Weissenwolf, David : 288

618
Valenta, Aleš, historien : 72, 298, 369 Weidlinger, Friedrich : 207
Valturin, Robert : 325 Werdenberg / Verdenberg (famille) :
Vartenberk (famille) : 54 56, 285, 286
Vasa (dynastie) : 137, 145 Werdenberg, Ferdinand : 338
Vauban, maréchal de France : 249 de Werth, Jean : 165
Verdugo (famille) : 56 Wesselényi, François : 245
Verdugo, Guillermo : 301 Westerrode, Philippe Joseph : 367
Vernier de Rougemont (famille) : 438- Widmann (famille) : 335
439 Winkelbauer, Thomas, historien : 80
Vernier de Rougemont, Mathias : 100 Wirtz, général suédois : 207
Vidoni, Petrus, nonce : 210 Wohlhaupter, Ignaz : 361, 362
Vigier, Barbe : 117 Wrangel, Charles Gustave : 148, 154,
de Villars, maréchal de France : 256, 164, 189, 194, 196
265, 269
de Ville, Antoine : 325
de Villette, sieur : 112
Villiers, George, duc de Buckingham : Xenofon, auteur classique : 324
130
Vincent, Nicolas Charles : 405
Virgile, auteur classique : 324
Vítkovec (famille) : 51 Zeidler, Martin (mais aussi Mathias):
Vocelka, Karl, historien : 80 187, 353
von Vorhauer, Hans : 159 Zeiser, Hans Jörg : 393, 394
de Vrbna (famille) : 75 de Zierotin /Žerotín (famille) : 284,
de Vrbna, Etienne (Stephan) : 182, 183, 285, 289
188, 394 de Zierotin /Žerotín, Charles (dit
de Vrbna, Georges Etienne : 284 Ancien) : 74
Zrinyi, Pierre : 245, 246, 248
Zuniga de Monterey, général
espagnol : 257, 258, 266, 274,
Walis, commandant des Impériaux : 276
212 Žampach / Zampach (famille) : 285
Walisch, colonel : 185
Wallenstein / Valdštejn (famille) : 45,
55, 56, 285, 321, 339
Wallenstein /Valdštejn, Albrecht : 22,
55, 74, 96, 139, 141, 175, 298,
316, 353, 369
Wallenstein, François Auguste : 288
Wallenstein, Johann Friedrich : 345
Wallenstein, Ladislav Burian : 161
Wallenstein, Maximilian : 353
Warlofski, Peter : 159

619
Index des lieux

Altötting : 348 Câtelet : 126, 146, 318


Amsterdam : 250 Cheb : 96, 195, 251
Arnheim : 250 Chemnitz : 149
Arras : 94 Chomutov : 164, 352
Ars : 107 Cologne : 37, 251
Augsburg : 243 Cracovie : 204, 207, 208
Černín : 297
Český Krumlov : 319, 321

Bautzen : 149
Benešov : 164
Berlin : 209, 212 Dačice : 346
Białogard : 159 Dankau : 207
Blatná : 201 Dantzig : 204, 212
Bludov : 289 Dinant : 351
Bojanovice : 297
Bojnice : 228
Boskovštejn : 300, 301, 335, 336, 371
Bourdigale : 117 Eger (voir Cheb)
Breitenfeld : 140, 153, 158 Elbing : 211
Brême : 211 Erfurt : 154
Breslau : 29 Ersékújvár ( voir Neuhäusel )
Brno : 20, 21, 22, 28, 90, 95, 99, 135, Esztergom : 86, 232
166-192, 193, 197, 198, 223,
224, 234, 238, 244, 282, 292,
293, 301, 312, 317, 336, 337,
338, 339, 346, 353, 357, 359, Falkenstein : 195, 196
360, 362, 371, 372, 373-386, Farciennes : 352
387, 389, 390, 391, 392, 393, Fay : 263
398, 399, 407 Foy : 95, 344, 350, 351, 355, 400
Brtnice : 196, 289, 315 Francfort : 348
Brünn (voir Brno) Franchimont : 401
Bruxelles : 100 Fulnek : 194, 198, 202
Bude : 86
Bystrc : 379
Gand : 269
Gardie : 138
Carcassonne : 138 Glogau : 196, 205
Görlitz : 149

620
Graz : 165, 216, 364 Kálló : 220
Kiev : 204
Klatovy : 164, 195, 352
Kolín : 402
Halberstadt : 251 Komárom : 236, 238, 239
Havlíčkův Brod : 196, 197 Korneuburg : 165, 195, 196, 200
Helfenštejn : 194 Košice : 239
Herrenstadt : 149 Kravsko : 407
Hlohovec : 230 Krems : 165
Hluboká nad Vltavou : 301 Kroměříž : 368
Hluboké Mašůvky : 294, 297, 342, Küstrin : 159
343, 344, 349-355, 392, 393, 400 Kutná Hora : 175
Holešov : 289
Horažďovice : 164
Horní Němčice : 305
Hostim : 300, 301, 334, 363, 371, 393 La Flotte : 107
Hostýn : 349 La Prée : 130
Hradec Králové : 344, 352 La Rochelle : 19, 90, 95, 102, 104,
Hradisko : 345 107, 108, 110, 111, 112, 113, 114,
Hrušovany nad Jevišovkou : 289, 310 115, 116, 118, 119, 121, 122, 123,
Hustopeče nad Bečvou : 402 124, 126, 127, 129, 130-135, 136,
238, 317, 383, 397
Landau : 264
Lednice : 286
Jankau : 22, 164, 170 Leipzig : 140, 141, 153, 154
Jankov (voir Jankau) Leopoldov : 238
Jaroměřice nad Rokytnou : 289, 320, Les Sables-d’Olonne : 117
349 Levice : 24, 222, 229, 230, 239, 315,
Jaroslavice : 289 317
Javor : 315, 320 Lewenz (voir Levice)
Jayspitz (voir Jevišovice) Linz : 94, 164, 165
Jevišovice : 98, 187, 279, 289, 293, Lipnice : 196
294, 295-307, 308-333, 334, 335, Litoměřice : 344
341, 342, 353, 355, 358, 360, Lomec : 351
363, 370, 371, 392, 400 Lomnice : 96, 310
Jihlava (all. Iglau) : 165, 167, 194, Lomnitz (voir Lomnice)
196, 197, 198, 200, 238, 335, 374 Louka : 334, 345
Jindřichův Hradec : 70, 194, 206, 366 Louny : 164
Juliánov : 190 Loučná nad Desnou : 289
Luhačovice : 289
Lukavec : 403
Lützen : 141
Kadaň : 164

621
Madrid : 251, 260, 273, 287, 352 Oliva : 212
Magdebourg : 140, 155, 189 Olmütz (voir Olomouc)
Maloměřice : 190 Olomouc : 28, 73, 125, 153, 154, 160-
Mariazell : 394 162, 167, 171, 173, 182, 184, 194,
Marienburg : 210, 211 202, 223, 224, 238, 239, 282, 284,
Marimont : 257 310, 315, 320, 333, 336, 338, 343,
Maubraguet : 116, 117 345, 346, 368, 406
Mayence : 37 Olonne : 117
Mikulov : 169, 223, 286, 287, 346, Opava : 214, 310
349 Opočno : 298
Milotice : 289 Osnabrück : 41, 204
Minden : 154 Ostende : 94
Mírov : 315 Oudenaarde : 23, 264, 269, 270
Mistelbach : 196
Mons : 352
Montaigu : 116
Moravská Třebová : 346 Pardubice : 182, 197
Moravské Hranice : 198 Paris : 107, 118, 129, 139, 147, 287
Moravský Krumlov : 289 Parkan : 222, 230, 232, 317
Mulhouse : 265 Passau : 165, 243
Münster : 41, 201, 204, 251 Pavlice : 297
Peenemünde : 140
Péréjaslav : 204
Pernstein : 283
Nagyvarád : 216, 219, 233 Perpignan : 318
Nárovný : 305 Petříkov : 315, 319
Němčičky : 297 Pilsen : 164, 165, 195
Nemyšl : 401 Plaveč : 300, 301, 305, 335, 363, 371
Neuhäusel : 95, 222, 224, 226, 229, Počátky : 196
233, 238, 315 Polná : 197
Nienbourg : 154 Portsmouth : 130
Nieuport : 94 Prague : 18, 22, 28, 31, 33, 35, 37, 38,
Nimègue : 250 39, 47, 50, 60, 87, 93, 94, 95, 101,
Nivelle : 257 149, 160, 164, 165, 189, 200, 281,
Nördlingen : 142 339, 344, 352, 358, 401
Nové Hrady : 99 Presbourg : 86, 222
Novograd : 222
Nüremberg : 141, 202, 243
Nyitra : 222, 229, 231, 238, 239, 315
Rabensburg : 196
Rajhrad : 345
Ratisbonne : 165, 218, 221
Oléron, île : 129

622
Ré, île : 105, 106, 107, 108, 124, 129, Tarnowitz : 208
130 Telč : 196
Regensburg : 243 Thionville : 318
Riga : 205 Tokaj : 220
Rocroi : 318 Toruń : 206, 210, 211, 238
Rome : 46, 206, 362 Tournai : 94, 318
Rosenberg : 99 Tribsees : 212
Rostock : 212 Trèves : 37
Roudnice : 315 Třebíč : 196, 345
Rudlice : 297, 304 Turckheim : 265

Saint-Gotthard : 232, 233, 234, 315 Uherské Hradiště : 197, 346


Saint-Martin de Ré : 130 Uherský Brod : 346
Salankement (voir Slankamen) Ulm : 243
Schweidnitz : 153 Únavov : 297, 305
Seneffe : 23, 257, 259, 262, 263, 264, Uničov : 194, 202
265, 268, 269, 272, 273, 365 Utrecht : 250
Slankamen : 366
Slaný : 164
Slavkov : 287
Smolensk : 204 Valašské Meziříčí : 194
Sopron : 245 Valtice : 286
Sovinec : 194, 202 Varsovie : 204, 207
Staats : 195, 196 Vasvar : 233, 245, 331, 365
Stará Boleslav : 149 Velehrad : 346
Stargard : 143 Velké Losiny : 289
Stein : 165 Versailles : 249
Stettin : 212, 213 Vevčice : 297, 304
Stockholm : 138, 145, 149, 287 Vienne : 39, 40, 44, 45, 50, 68, 79, 91,
Strážnice : 284, 289 95, 97, 100, 104, 109, 153, 156,
Střelice : 297 157, 161, 165, 166, 169, 170, 173,
Szatmár : 220 178, 198, 213, 219, 222, 223, 229,
Szécsen : 226 230, 234, 235, 244, 245, 246, 249,
Szent Kereszt : 229 250, 254, 256, 272, 273, 278, 281,
Špilberk : 22, 168-192, 193, 390 285, 288, 291, 292, 296, 312, 315,
Štáblovice : 310 323, 336, 337, 340, 350, 352, 353,
Šternberk : 202 357, 360, 364, 366, 396, 398, 399,
404
Vodňany : 351
Vojslavice : 352
Tábor : 164 Vranov : 349

623
Vranov nad Dyjí : 289
Vranovská Ves : 393
Vrchlabí : 298

Waidhofen : 165
Wissembourg : 264
Wittstock : 159

Ypres : 318

Zábrdovice : 190
Zittau : 149
Znaïm (voir Znojmo)
Znojmo : 165, 198, 303, 333, 334,
335, 336, 340, 342, 343, 346,
359, 364, 370, 393, 407
Zvěrkovice : 305
Žatec : 164
Žerotice : 303
Židenice : 190

624

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