Sujet : Peut-on parler des Cahiers de Douai comme d’une oeuvre émancipatrice?
I. Œuvre émancipatrice
A) Émancipation de lui en adulte
- scènes amoureuses dans « Les Réparties de Nina » : “Ta poitrine contre ma poitrine”
- dans “Rêvés pour l’hiver” il s’agit d’un rêve comme le titre l’indique + le futur omniprésent
déréalise le récit => le je poétique évoque ses premiers émois amoureux, en quête d’émancipation.
- figure de fugueur dans “Sensations” :”Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien” – “fouler
l’herbe menue” – “baigner sa tête nue”
- figure de fugueur / vagabond dans “Ma Bohème” : “Mon auberge était à la Grande Ourse”.
- le je poétique présent dans un cabaret normalement réservé aux adultes, et décrit une scène
sensuelle avec “une fille aux tétons énormes, aux yeux vifs”
B) Émancipation sociale
- critique dans la bourgeoisie dans “A la musique”, où la classe bourgeoise est décrite de manière
très péjorative : “les gros bureaux bouffis traînent leurs grosses dames”, il se distingue également de
celle-ci en écrivant “Moi, je suis débraillé, comme un étudiant” face aux bourgeois “qu’étranglent
les chaleurs”.
- La classe bourgeoise est aussi critiquée dans “Le Forgeron “ : “Chapeau bas, mes bourgeois. / Oh,
ceux-là sont des hommes!/ Nous sommes ouvriers, Sire!/ Ouvriers! Nous sommes.”. Ici, l’utilisation
déterminant “mes” marque l’ironie de l’auteur. Ainsi, quand il les désigne comme étant des
“Hommes”, cela cache en réalité une intention ironique.
- dans “Les Effarés”, Rimbaud critique la cruauté de la bourgeoisie, ignorant les peines d’enfants
mendiants :”A genoux, cinq petites, -misère! - “.
- critique du régime politique dans le Forgero, avec la citation précedemment utilisée, où on observe
un chiasme où le mot “Sire” est entouré du mot “Ouvriers”. Ainsi, le je péotique fait implicitement
un rapprochement avec le drapeau tricolore français, où le bleu et le rouge entourent le blanc de la
monarchie. On peut y voir l’attachement du je poétique aux valeurs républicaines.
- Dans ce même poème, est représenté Louis XIV, qui discute avec un forgeron, allégorie du poète,
reproduisant une scène majeure de la Révolution française en 1792.
- Ce poème se conclut de telle sorte :”Bien que le roi ventru sûat, le Forgeron, // Terrible, lui jeta un
bonnet rouge au front!”. Ainsi, on voit que Louis XIV se fait arrêter par le peuple. Or, on sait qua
Rimbaud n’était pas né et n’a donc pas vécu cette période historique. On peut dès lors en déduire
que Rimbaud cible en réalité Napoléon III.
- Dans “Rages de Césars”, Napoléon III, emprisonné après sa défaite à la guerre franco-prusienne,
grandement critiquée par Rimbaud, est moqué par ce dernier, én étant présenté comme un tyran :
“La liberté revit! Il se sent éreinté.”
- Il est également moqué dans le poème “L’éclatante victoire de Sarrebruck” où, dès le titre,
Rimbaud célèbre de manière exagérée une victoire secondaire. De plus, il est qualifié de “féroce
comme un Zeus et doux comme un papa”, alors qu”il était gravement malade.
- L’Eglise est également vivement critiquée, comme dans “Le Mal”, dans les deux derniers
quatrians, où Dieu est un être qui “rit aux nappes damasées” et se réveille lorsque les mères
endeuillées “lui [donnent] un gros sou lié dans leur mouchoir”.
- les prêtres sont également raillés dans “Le châtiment de Tartuffe”. Dans ce poème, le je poétique
démontre l’hypocrisie des hommes d’église, à travers le personnage de Tartuffe dans Tartuffe de
Molière : “Châtiment!… Ses habits étaient déboutonnés.//Et le long chapelet des pêchés
pardonnés // S’égrenant dans son coeur, Saint Tartuffe était pâle!” Ici, le je poétique montre que
derrière les habits du prêtre, peuvent se cacher grand nombre de vices et de pêchés.
C) Emancipation poétique, en raillant le romantisme et le mouvement du Parnasse
- Rimbaud semble aller contre le rafinnement et l’esthétisme du Parnasse.
- On le voit lorsqu’il raille le topos de l’amour dans ses poèmes, comme dans “Roman”, où les
scènes amoureuses sont ridicules : “On n’est pas érieux quand on a dix sept ans.” - “Et, comme elle
vous trouve immensément naif”; de olus, le poème commence et se conclut par à peu près les deux
mêmes quatrains, montrant la circularité et donc le ridicule des amours d’été.
- Puis, dans “Ma Bohème”, on observe également sur un ton ironique une sorte de réponse au je
poétique de “Sensation”, encore naif à l’époque. On voit cette ironie dans le vers suivant : “Oh! Là!
Là! Que d”amours splendides j’ai rêvées en ton nom!”
- Dans “Vénus Anadyomène”, on observe une satire de la figure de la femme divinisée par les
romantiques, comme dans ce rejet :”les larges omoplates//Qui saillent”, qui insiste sur la laideur de
la femme.
II. Mais Rimbaud reste ancré dans certaines traditions littéraires
A) Forte intertextualité avec d’autres oeuvres littéraires
- On observe que certains éléments du poème “Le Buffet” sont presque conformes au poème LV
“Spleen et Idéal” de Cherles Baudelaire, dans son recueil Les Fleurs du Mal. D’une part, Baudelaire
écrit :”Un gros meuble encombré de bilans, // De vers, de billets doux, de procès, de romances.//
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances”; tandis que Rimbaud écrit “C’est là que l’on
trouvait les médaillons, les mèches// De cheveux blonds ou blanc, les portraits les fleurs sèches”.
- Ophélia est un personnage tiré de la tragédie de Shaekspeare, Hamlet.
- Dans Les Effarés, certains vers semblent cette fois-ci tout droit tirés de Mélancholia de Victor
Hugo, dans son recueil Les Contemplations. Par exemple, Hugo écrit : “Ils ne comprenennt rien à
leur destin, hélas!”, tandis que Rimbaud écrit :”A genoux, cinq petits -misère ! -
- “Saint tartuffe” vient du personnage de Tartuffe de Molière
B) Reprise de topoi classiques de la littérature française
- Evocation du topos de l’amour.
- Lyrisme, qu’on peut observer dans “Sensations” : “Je ne parlerai pas, je ne penserai rien”
- Dans “Soleil et Chair”, l’évocation des temps antiques et des dieux grecs remonte depuis le
mouvement de La Pléiade. D’ailleurs, ce fut un poème que Rimbaud envoya à Théodore de
Banville pour rejoindre le Parnasse.
- Evocation de sujets politiques, s’inspirant ouvertement des Contemplations d’Hugo.
- De plus, 17 de ses 22 poèmes sont des sonnets, forme utilisée depuis des siècles en France et en
Europe.
C) Langage enfantin
- Nostalgie des temps anciens qu’on peut observer dans Soleil et Chair, où il écrit :”Je regrette les
temps antiques” et “Je regrette les temps de la Grande Cybèle”, déesse de la Nature et considérée
comme la mère des Dieux.
- Dans “Ophélia”,le je poétique semble également admirer le personnage, et à travers elle, la
tragédie de Shaekspeare : “Voici plus de mille ans que la triste Ophélie// Passe”; en utilisant ce rejet,
Rimbaud insiste sur sa volonté d’éterniser Ophélie.
- Le poète utilise souvent des termes enfantins, comme dans “L’éclatante victoire de Sarrebruck”,
où Rimbaud écrit :” raide sur son dada” en évoquant l’Empereur, ou dans “Ma Bohème”, où il écrit
ceci :”Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou”.
III. Rimbaud incarne les prémices d’une révolution poétique
- Il faut rappeler que l’étymologie de révolution veut dire “retour en arrière”. De plus, en France,
existe une période politique très mouvemetnée avec l’Empereur emprisonné, et le retour de la
République.
A) Il s’inspire de modèles pour s’en détourner
- Dans “Le Mal”, Rimabud s’inspire de Candide, de Voltaire. En effet, comme Rimbaud, Vpltaire
voulait montrer les horreurs de la guerre pour la dénoncer :”Ecrasons l’infamie”. Or, dans Le Mal ,
Rimbaud va plus loin, puisqu’il indique explicitement qu’il critique l’Empire de Napoléon III et
l’Eglise.
- Dans “Le Buffet”, bien qu’il semble copier mot pour mot ce qu’avait écrit Baudelaire, Rimbaud va
plus loin, en donnant une valeur poétique aux objets mêmes les plus banals.
- Dans “Le Forgeron”, Rimbaud, très fortement inspiré du recueil Les Contemplations de Victor
Hugo, notamment du point de vue politique, comme Hugo l’avait écrit : “Je mis un bonnet rouge au
vieux dictionnaire”. Or, Rimbaud fait le lien avec le genre poétique de manière plus implicite,et
l’allégorie comme forgeron, et donc créateur d’armes. Ainsi, Rimbaud fait le parallèle entre arme et
poésie.
- Dans “Vénus Anadyomène”, alors que le poète réutilise un topos classique, la mythologie, il
effectue en réalité une satire, en faisant rimer “Vénus” et “Ansu”. De plus, dans “Le Bal des
pendus”, il s’inspire de “La ballade des pendus” de François Villon, mais au lieu de célébrer la
religion, Rimbaud s’en moque, avec le champ lexical de l’enfer : “diables de paladin” –
“Belzebuth”.
B) Mélange de genres littéraires
- “Première Soirée” prend l’allure d’une saynète comique at d’amour. D’ailleurs la pièce s’appelait
en premier lieu “Comédie en trois baisers”. De plus, la femme et le je poétique semblent jouer,
comme dans une pièce de théâtre. Il y a également le rire, très présent dans ce poème :”un doux rire
brutal”- “Le rire feignait de punir”.
- Dans “Le Forgeron”, cela s’apparente plus à un manifeste politique, qu’à de la poésie, avec d’une
part le sujet, et d’autre part, la longuer.
- “Roman”, comme son nom l’indique, prend la structure d’un récit organisé en quatre chapitres,
avec une fin identique au déut : on pourrait ainsi presque y voir du réalisme, comme dans Une Vie
de Maupassant, où la vie morose de Jeanne reprend.
C) Emancipation de certaines règles poètiques dans ses sonnets “classiques”
- Dans “Ma Bohême”, Rimbaud fait un enjambement entre le deuxième quatrain et le premier tercet
:”Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou,// et je les écoutais, assis au bord des routes”
- Ses sonnets sont souvetn hétérométriques, comme dans “Rêvés pour l’hiver”