INTRODUCTION
CONTEXTE ET JUSTIFICATION
Depuis le début des années 1990, la protection de l'environnement est devenue une
préoccupation collective (Guide de gestion des déchets, 2002). La déclaration de Rio sur
l’environnement, dans son article 21, affirme que la gestion responsable des déchets est parmi
les problèmes majeurs pour maintenir la qualité de l’environnement mondial et pour réaliser
un développement environnemental parfait et durable pour toutes les nations (UNDESA,
2005).
La gestion des déchets ménagers à l'échelle internationale est une problématique complexe et
multifacette, exacerbée par l'augmentation rapide de la population mondiale, l'urbanisation
croissante et l'évolution des modes de consommation. Elle représente un défi majeur pour
l'environnement, la santé publique et le développement économique durable.
La production mondiale de déchets est en constante augmentation. Si rien n'est fait, elle
pourrait augmenter de 70 % d'ici 2050. Cette croissance est particulièrement marquée dans les
pays en développement où les systèmes de gestion des déchets peinent à suivre le rythme.
De nombreux pays, en particulier ceux en développement, manquent d'infrastructures
adéquates pour la collecte, le tri, le traitement et la valorisation des déchets. Les législations
internationales se concentrent davantage sur les déchets dangereux, laissant un vide pour la
gestion des déchets ménagers non dangereux.
Toutefois, bien que le problème des déchets soit universel dans sa nature, il semble que la
réponse ne soit pas universelle. La transposition des modèles occidentaux de gestion et
d’organisation sont apparues dans le contexte des PED comme étant très limitées ou
inadaptées (Bras, 2010).
Les déchets ménagers, lorsqu'ils ne sont pas correctement gérés, ont des conséquences
désastreuses sur l'environnement. L'enfouissement des déchets dans des décharges non
contrôlées entraîne la contamination des sols et des nappes phréatiques. De plus, la
décomposition des déchets organiques produit des gaz à effet de serre, contribuant ainsi au
changement climatique. Les plastiques, qui mettent des centaines d'années à se décomposer,
polluent les océans et menacent la faune marine. La gestion inadéquate des déchets est donc
un facteur clé de la dégradation de notre environnement.
La gestion des déchets représente également un défi économique. Les municipalités doivent
investir des sommes considérables dans la collecte, le transport et le traitement des déchets.
Dans de nombreux pays en développement, les infrastructures de gestion des déchets sont
insuffisantes, ce qui entraîne des coûts supplémentaires pour la santé publique et
l'environnement. De plus, le recyclage et la valorisation des déchets nécessitent des
investissements en technologies et en formation, souvent absents dans les pays à faibles
revenus.
La République Démocratique du Congo, un des pays en développement, n’échappe
pas au problème. A Bukavu, l’une des villes à l’Est du pays, la gestion des déchets représente
un challenge important pour une gestion durable de l’environnement. Les déchets sont jetés
en désordre ; le but étant uniquement de s’en débarrasser. La ville, appelée autrefois « Bukavu
la belle », est devenue, selon certains observateurs, « Bukavu la poubelle » à cause de
l’insalubrité publique (Bilubi, 2014).
La mairie essaye de lutter contre ce fléau. Elle a institué le projet « Bukavu ville propre » :
instauration des travaux communautaires et le travail avec certaines organisations œuvrant
dans la filière de la gestion des déchets. Malheureusement, ces organisations sont elles aussi
dépassées par les événements. D’une part, elles n’arrivent pas à collecter tous les déchets
produits dans la ville. Elles ne passent que dans des ménages ‘’fortunés’’, les autres étant soit
difficiles d’accès, soit incapables de s’abonner. D’autre part, les déchets collectés ne sont pas
triés et sont évacués par des camions vers des décharges conçues à cet effet. Toutefois, ces
décharges sont des dépotoirs sauvages (Charnary, 2005), à ciel ouvert (Guerrero, 2002 ; Ben
Ammar et Foully, 2008 ; Benama et al., 2010 ; Bagalwa et al., 2013, Kihal, 2015), souvent
non loin des habitations (Bagalwa et al., 2013) causant ainsi des sérieux problèmes à
l’environnement local et à la santé de la population environnante (El Baghdadi et al., 2015).
Ces décharges ne respectent aucune norme environnementale et les déchets qui y sont
entreposés se retrouvent encore en circulation dans la ville ; certaines personnes y passent leur
temps à la recherche des biens réutilisables (Bisimwa et al., 2013).
La ville, construite sur 1600m d’altitude, se situe dans la province du Sud-Kivu. La ville
s’étend sur 61km2 dont 20 sont occupés par le lac Kivu, un des grands lacs africains. Sur ces
41km2 restants, se trouve une population qui a été estimée à 1.514.282 habitants en 2020
(ministère de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et de l’habitat, 2016 cité par Lina,
2016). Sa position géographique confinée entre le lac Kivu et la dorsale montagneuse
n’arrange pas les choses car il est difficile de l’agrandir (Lina, 2016). Pourtant, cette
population s’accroit du jour au jour suite aux insécurités qui règnent dans les milieux ruraux
de la province. On enregistre un fort mouvement de la population de la campagne vers le
centre urbain depuis les instabilités politiques des années 1994 (Lina, 2016) affectant ainsi la
qualité de vie urbaine. Des personnes préfèrent construire des maisons sur des très petites
parcelles, parfois sur des sites impropres, plutôt que de retourner dans les campagnes. La ville
est alors construite de façon anarchique sans aucun respect des normes urbanistiques.
Cette situation rend la gestion des déchets en général et la collecte des déchets en particulier
compliquées. Cet état de lieux serait dû non seulement à l’inefficacité des services publics
chargés de la salubrité de la ville, mais également au comportement irresponsable de certaines
personnes qui déversent surtout les soirs ou très tôt les matins leurs déchets dans des
caniveaux ou même sur la route. (Birindwa, 2016). On observe ainsi, un bouchage fréquent
des canalisations et des égouts provoquant des éboulements et des inondations
catastrophiques, avec comme conséquences des pertes matérielles et en vies humaines.
(Mapatano, 2007). L’UN Habitat (2022) a trouvé que la ville produisait 898 tonnes des
déchets solides ménagers par jour et que seul 7% étaient collectés soit 62.22 tonnes.
La problématique des déchets à Bukavu, et particulièrement dans le quartier de Naylukemba,
est une préoccupation majeure qui transforme la ville. Cette situation est exacerbée par une
production massive de déchets et une gestion inefficace.
La ville de Bukavu produit une quantité considérable de déchets, estimée à 898 tonnes par
jour, dont seulement 7% seraient collectés. Dix ans auparavant, la production était de 40
tonnes par jour, ce qui témoigne d’une augmentation alarmante.
Le quartier de Nyalukemba comme d’autres quartiers de la ville (par exemple Nyakavogo et
Lumumba), contribue à cette production massive de déchets ménagers.
Le système de collecte des déchets est largement défaillant. Un grand nombre de ménages ne
sont pas abonnés aux organisations de collecte, et même celles qui existent ne parviennent pas
à ramasser tous les déchets produits.
Les déchets sont souvent jetés de manière désordonnée, dans la rue ou dans des décharges
sauvages, transformant les trottoirs en amas de saletés. 39 décharges ont été répertoriées dans
les trois communes de la ville (Ibanda, Kadutu et Bagira).
L’absence de dépotoirs et d’installation de traitement appropriées aggrave la situation. Les
bacs de collecte installés sont parfois détournés de leur fonction et deviennent des dép(otoirs
publics.
Le tri des déchets produits est faible, et la valorisation (recyclage, compostage) est faire. La
majorité des déchets collectés sont mis en décharge sans traitement.
Au vu des problèmes constatés, les questions suivantes méritaient une attention particulière :
- Appréhender l’organisation de la collecte des déchets ménagers dans la ville de
Bukavu, quartier Nyalukemba.
- Analyser la perception de la population face à la filière de la collecte des déchets dans
la ville.
- Proposer des pistes de solutions pour une collecte efficace et efficiente dans le quartier
Nyalukemba.
HYPOTHESE (PROPOSITION DE SOLUTION)
L’hypothèse est une affirmation provisoire à une question que le chercheur se pose au début
de son projet. Eu égard à ce qui précède, nous allons vérifier l’hypothèse selon laquelle : La
mise en œuvre d'un système intégré de gestion des déchets ménagers, basé sur la
sensibilisation communautaire, le tri à la source, la collecte régulière et l'orientation vers des
sites d'élimination appropriés, permettra de réduire significativement l'accumulation des
déchets dans le quartier de Nyalukemba, d'améliorer la salubrité et de prévenir les risques
sanitaires et environnementaux associés.
OBJECTIFS
Objectif Global :
L’objectif global de ce projet est de contribuer à l'amélioration de la salubrité publique et à la
protection de l'environnement dans le quartier de Nyalukemba à Bukavu, par une gestion
durable et participative des déchets ménagers.
Objectifs Spécifiques :
Sensibiliser au moins 70% des ménages du quartier de Nyalukemba sur les bonnes
pratiques de gestion des déchets (tri, réduction, réutilisation) dans les 3 premiers mois
du projet.
Mettre en place un système de collecte régulière des déchets ménagers couvrant au
moins 80% des ménages du quartier dans les 5 premiers mois du projet.
Identifier et aménager un ou plusieurs points de pré-collecte sécurisés et accessibles
pour les déchets triés dans les 6 premiers mois du projet.
Renforcer les capacités des acteurs locaux (associations, jeunes, femmes) en matière
de gestion des déchets et de valorisation (compostage, recyclage) sur toute la durée du
projet.
Réduire de 50% le volume des déchets sauvages observés dans les espaces publics et
les cours d'eau du quartier à la fin du projet.
BENEFICIAIRES DU PROJET
Le bénéficiaire de projet est toute personne, groupe de personnes ou organisation qui tire un
bénéfice (avantage) de la mise en œuvre d’un projet. Il s’agit des individus ou entités dont les
besoins sont adressés ou qui sont affectés positivement par les résultats du projet.
Les principaux bénéficiaires de ce projet seront :
- Les habitants du quartier de Nyalukemba : Ils bénéficieront directement
d'un environnement plus propre, d'une meilleure santé publique et d'une amélioration
de leur qualité de vie.
- Les associations locales et groupes communautaires : Ils seront renforcés
dans leurs capacités et pourront jouer un rôle actif dans la gestion des déchets.
- Les autorités locales et municipales de Bukavu : Le projet contribuera à la
mise en œuvre de leurs politiques d'assainissement et de développement durable.
- L'environnement du Lac Kivu et ses affluents : La réduction des déchets
contribuera à la préservation de l'écosystème aquatique.
DUREE DU PROJET
La durée estimée pour la mise en œuvre de ce projet est de 6 mois.
Cette durée permettra d'assurer une phase de sensibilisation et de mise en place progressive
des infrastructures, suivie d'une période de suivi et d'ajustement pour garantir la pérennité des
actions.