Financement NAP
Financement NAP
à Madagascar
Cas des complexes d’aires protégées du réseau MRPA
____
Rapport final
____
Draft
09/03/2017
Contacts
Yohann Fare
Tél : +33 6 51 63 36 98
Email : [Link]@[Link]
Georges Ramanoara
Tel : +261 34 02 613 48
Email : ecr@[Link]
Lot II M 78 F Ankadivato,
BP 1122
Antananarivo 101 – Madagascar
[Link]
Judicaël Fétiveau
Tél : +33 (0)1 70 91 92 18
Email : fetiveau@[Link]
Sommaire
Acronymes ........................................................................................................................................ 6
3
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Annexes ........................................................................................................................................... 95
4
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
5
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Acronymes
6
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
7
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Résumé exécutif
Cette étude sur les mécanismes de financement innovants des aires protégées à Madagascar s’inscrit
dans l’objectif 3 du projet MRPA (2013-2017) de renforcement de la pérennité financière des
« aires protégées de ressources naturelles gérées » que sont les « nouvelles » aires protégées (NAP)
de catégories V et VI de l’Union internationale pour la conservation de la Nature (UICN) créées
pour concrétiser l’objectif de Durban (2003) d’extension du système des aires protégées de
Madagascar (SAPM) en conciliant conservation et développement.
Dans le prolongement de l’étude réalisée par le cabinet ECR sur les plans d’affaires des 5
complexes d’aires protégées du projet MRPA et de l’étude de CAST sur les filières d’agriculture de
rente et tourisme, cette étude explore la possibilité et les conditions de mobilisation de ressources
additionnelles, publiques ou privées, au financement actuel des NAP composé pour l’essentiel
d’aide projet (bailleurs de l’aide au développement et fondations privées) et de subventions de la
Fondation pour les aires protégées de Madagascar (FAPBM), et d’en étudier l’intégration dans le
plan d’affaire des NAP.
Si la valorisation des services écosystémiques de régulation du climat, des eaux ou de protection de
la biodiversité rendus par l’AP, et dans certains cas le tourisme, est le seul levier de valorisation des
aires protégées de conservation stricte, la spécificité des NAP tient à la possibilité d’y exploiter des
ressources naturelles. Les arrangements institutionnels explorés dans cette étude visent à ce que la
commercialisation des biens et services de la NAP ou de sa périphérie contribue au financement de
sa gestion. Selon les cas, cela reviendra (sur base d’accords à faire évoluer ou à construire) à
mobiliser des flux de revenus de chaînes de valeur plus ou moins structurées.
Les arrangements institutionnels prioritairement ciblés sont ainsi alignés sur les appuis au
développement de filières des délégataires de gestion du projet MRPA. Ces appuis participent, soit
de la mise en œuvre du Plan de gestion environnemental et de sauvegarde social (PGESS), qui vise
à procurer aux populations affectées par la mise en place de la NAP des sources de revenus
alternatives, soit de mise en œuvre du Plan d’aménagement et de gestion (PAG), qui réglemente les
activités économiques pour limiter la pression sur les noyaux durs tout en générant suffisamment de
valeur pour les communautés locales pour qu’elles assument certaines missions du gestionnaire.
Les stratégies de pérennisation de ressources déployées dans le cadre du projet MRPA ont en
commun de cibler prioritairement l’autofinancement du suivi du respect des règles de gestion des
ressources naturelles (inscrites dans le plan d’aménagement au travers d’une réglementation
communautaire des droits d’usage ayant force de droit). Ledit suivi est réalisé par les comités
d’application des dina, en fonction des situations à l’échelle de Coba (dans le cadre de transferts de
gestion), d’unités d’aménagement ou d’unités administratives. Si l’autofinancement de la
surveillance était attendu de la mise en place des transferts de gestion, les contrats de gestion
forestière orientés conservation favorisés par les ONG de conservation en ont limité la portée,
même si certaines filières comme l’apiculture y sont éligibles et peuvent s’avérer rentables.
Le COAP reconnaît les NAP de catégorie V (Paysages Harmonieux Protégés) et VI (Réserves de
Ressources Naturelles) comme des aires protégées mixtes combinant propriété publique et privée et
si certains PAG reflètent cette réalité en prévoyant la possibilité d’une accession à la propriété titrée
ou d’un certificat foncier, les décrets de création définitive des NAP du projet MRPA demandent
une immatriculation du domaine privé, faute de décret d’application de l’article 38 de la loi de 2005
8
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
qui tout en renversant la présomption de domanialité reconnaissait le régime spécifique des aires
protégées, des zones de gestion transférées et des terres sous le régime forestier.
Les incertitudes sur le statut du foncier dans les aires protégées (facteur de tracasseries dans
l’obtention des autorisations administratives nécessaires) créent une situation d’insécurité juridique
pour tout investisseur souhaitant bâtir puis exploiter des infrastructures écotouristiques à partir de
l’acquisition d’un titre, alors même que les catégories du zonage prévoient la possibilité d’affecter à
cette vocation une zone de service. Quant aux initiatives qui font fi du plan de zonage ou de la
réglementation en vigueur sur les études d’impacts, elles sont difficiles à cautionner pour un
gestionnaire dans un système mettant en avant la redevabilité des parties prenantes.
Les accords avec le secteur privé autour de l’exploitation d’infrastructures envisagés dans le cadre
du projet MRPA ne concernent que des cas d’infrastructures déjà existantes, de terrains privés titrés
(potentielles AP privées agréées prévues par le COAP) ou de concessions sur le domaine public
(bail). Dans ce cas de figure, l’opérateur devient lui-même un co-gestionnaire de l’AP soumis aux
mêmes obligations de gestion telles que la surveillance du respect du plan d’aménagement. Au-delà
de la surveillance, la contribution de ces co-gestionnaires aux coûts de gestion porte essentiellement
sur l’investissement dans le développement local (débouché pour les filières locales) et d’accord de
mise à disposition de moyens (aériens, marins) facilitant la logistique.
Significativement, la concession du domaine est l’option prévue par le COAP pour l’accession au
foncier d’un tiers afin d’y construire et exploitation des infrastructures écotouristiques dans une
logique de partenariat public privé (contrat de type BOT, Build, Operate, Transfer) où le
concessionnaire est recruté sur base d’un appel d’offre compétitif et où le gestionnaire perçoit un
loyer et un pourcentage du chiffre d’affaires. Le texte d’application en préparation est une
actualisation du projet de réglementation élaboré par la SFI pour les parcs nationaux (relevant du
domaine public de l’Etat) pour intégrer les spécificités des NAP (AP mixtes).
La stratégie de valorisation écotouristique de la NAP la plus répandue est celle de la construction
d’une écolodge autour de quelques tentes ou bungalow et paillotes à partir de matériaux locaux.
Dans tous les cas, il s’agit d’infrastructures communautaires exploitées en régie par une association
communautaire qui fournit les services ou confiées à un gérant en échange d’un loyer et d’une
participation aux bénéfices. Le seul cas identifié où des revenus sont réinjectés dans le financement
de la NAP est celui où l’association est membre d’un groupement d’intérêt économique dont les
relations avec le gestionnaire de l’AP sont contractuellement définies.
Le modèle le plus abouti à ce jour de mobilisation de ressources à une échelle significative par un
gestionnaire d’AP est celui du partenariat entre le gestionnaire (en charge de la structuration
communautaire) et un agrégateur de marché (en charge de l’encadrement technique), en
l’occurrence ici une plateforme d’associations ou de coopératives de producteurs et d’opérateurs
privés membres d’un GIE (Groupement d’Intérêt Economique) qui assure un débouché à la
production de ses membres répondant aux standard contractuellement convenu.
Dans ce modèle, à un certain niveau de bénéfices et sur une base volontaire, les associations de
producteurs sont accompagnées dans la mise en place d’un fonds local dédié au financement des
activités de surveillance et à des investissements socio-économiques. Le bénéfice réalisé par le GIE
(augmenté de la prime apportée par la certification) est quant à lui partagé entre le gestionnaire (qui
peut les affecter à la réalisation du plan d’affaire de l’AP de ressort de l’activité ou d’une autre dont
il aurait la gestion) et le GIE (qui abondera à son tour les fonds locaux de ses membres) dans le
cadre d’un accord commercial.
Les modalités peuvent varier dans l’appui à la structuration de filière. Dans les filières à plus forte
valeur ajoutée comme la vanille, l’option de la coopérative est privilégiée, formule exigeante en
compétences de gestion, mais aucun choix n’est encore arrêté entre les options de la mise en
relation directe ou du passage par un agrégateur. Si certains acheteurs privilégient l’encadrement
9
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
direct des producteurs dans des systèmes contractuels sans intermédiaires avec l’idée de sécuriser
leur approvisionnement, d’autres sont prêts à payer un gestionnaire ou un sous-gestionnaire pour
réaliser l’encadrement nécessaire pour garantir les volumes et la qualité.
Le cadre juridique de la délégation de gestion mis en place par le COAP impose la signature d’une
convention de gestion communautaire à l’échelle de l’ensemble de la NAP ou des unités
d’aménagement pertinente. Il constitue a priori une opportunité pour le gestionnaire de l’aire
protégée de négocier le principe avec les parties prenantes d’une redevance ou d’une ristourne sur
des filières déjà réglementées afin de mobiliser directement les ressources nécessaires à la
surveillance de la NAP et les réallouer.
Dans les filières à forte valeur ajoutée, la demande pour des labels de qualité est souvent imposée
aux producteurs par des acheteurs prêts à leur payer la prime attachée à la certification dont une
fraction pourra revenir au gestionnaire. Si le développement d’un label d’origine associé au nom de
la NAP ou d’une région est la stratégie de plusieurs gestionnaires, il est difficile dans le laps de
temps nécessaire à sa construction de leur valoriser auprès des acheteurs ou des producteurs. Une
fois la marque construite, son exploitation commerciale permet d’envisager la perception de droits
au bénéfice du gestionnaire de la NAP.
Il est difficile aujourd’hui à Madagascar de faire payer dans un cadre contractuel des services
environnementaux apportés par une NAP à ceux qui en bénéficient comme la société publique d’eau
et d’électricité qui tire parti d’une gestion durable des bassins versant en amont des points de
captage et des infrastructures hydroélectriques. Seuls les gestionnaires privés intéressés à la
durabilité de l’investissement qu’ils ont cofinancé s’engagent aujourd’hui, les retours d’expérience
démontrant dans le même temps un consentement à payer des consommateurs. Faute de fiscalité
dédiée pour remplacer les bailleurs, le potentiel de financement des PSE demeure limité.
Si divertir des communes une partie des ristournes sur les produits agricoles, forestiers, halieutiques
ou de l’élevage de la commune au profit du délégataire de gestion ne fait pas de sens dans un
contexte de cogestion, des espaces comme la Commission forestière peuvent constituer une arène
pour négocier, au bénéfice des gestionnaires d’aires protégées, une révision de la clé de répartition
des ristournes à l’exportation qui reviennent à la région, voire une augmentation de celles-ci.
Si quelques projets pilote REDD+ portés par des gestionnaires de NAP ont fait la démonstration
d’un potentiel de génération de crédits permettant de couvrir une partie des frais de gestion de la
NAP, l’avenir est aux approches paysages durables qui, couplant intensification agricole, énergies
renouvelables et reboisement, génèrent des réductions d’émissions à grande échelle et offrent des
garanties de traçabilité et de contributions réelles à des fonds d’investissements en recherche
d’opportunités d’investissement dans des projets de chaînes de valeur durables.
Si le décret d’application du COAP offre un cadre juridique à la compensation des dommages à la
biodiversité autour de l’exploitation minière, seuls deux mégaprojets miniers financement
aujourd’hui des NAP au titre de conservation de la biodiversité.
10
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
1. Cadrage de l’étude
Le projet Managed Resources Protected Areas (MRPA), est un projet de 5 ans (2013-2017) du
Ministère de l’Environnement, de l’Ecologie et des Forêts (MEEF), financé par le Fonds pour
l’environnement mondial (GEF en anglais) et le Programme des Nations unies pour le
développement (PNUD), à hauteur de 8,5 millions USD. Il est mis en œuvre par l’Unité de
Coordination des Projets Environnementaux (UCPE) du MEEF, via son Unité de Gestion
(UGP/MRPA), et les ONG « promoteurs » (ONGP) : Asity et Fanamby (nationales) ; MBG, The
Peregrine Fund et WWF (internationales), ou déjà gestionnaire : Madagascar National Parks. Les 5
sites couvrent superficie de 1 527 151 hectares de Nouvelles aires protégées (NAP) sur 5
régions (DIANA, SAVA, Sofia, Boeny, Menabe).
11
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
L’objectif du projet est « d’étendre le Système des Aires Protégées de Madagascar en développant
un réseau d’aires protégées de ressources naturelles gérées dans les paysages écologiques sous-
représentés, dans le cadre de la gestion conjointe du gouvernement local et des communautés, et
intégrés dans les cadres régionaux de développement ».
Résultats attendus :
1. De nouvelles AP sont créées dans les catégories V et VI comme fondation d’un sous réseau
fonctionnel et efficace des Aires Protégées de Ressources Naturelles Gérées sur la base d’une
vision et de principes de gestion communs.
2. La capacité institutionnelle au niveau des groupes de parties prenantes majeures fournit un
cadre favorable à la décentralisation de la gouvernance des MRPA et assure la conservation de
la biodiversité et une croissance économique durable basée sur les ressources naturelles.
3. La pérennité financière des MRPA est renforcée au moyen de partenariats public - privé
innovants et de mobilisation du financement public.
Résultats atteints
En matière d’institutionnalisation des NAP, conformément à l’engagement des autorités malgaches
lors du Congrès mondial des Parcs à Sydney relatif à la mise en protection définitive des nouvelles
aires protégées avant le 15 mai 2015, les NAP du projet MRPA ont obtenu leur statut de
reconnaissance définitive par décret adoptés en Conseil de Gouvernement des 21 et 28 avril 2015.
En matière de renforcement institutionnels, les moyens mis à disposition des DREEF ont permis de
les rapprocher des gestionnaires et du terrain, notamment dans le suivi des transferts de gestion.
L’appui du projet a permis d’accompagner les initiatives des co-gestionnaires de concertation locale
(animation de plateformes locales, production d’une charte de responsabilité, production de dina).
En matière de pérennisation financière, le projet a financé un certain nombre d’investissements
économiques et la réalisation d’études et appuyé la contractualisation avec d’autres secteurs pour le
développement de filières génératrices de revenus, appuyé la contractualisation avec des opérateurs.
12
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
local », « démontrant leurs avantages tangibles ». Les leviers proposés à l’examen dans les termes
de référence de l’étude en sont l’illustration.
1. La tendance vers l’indépendance financière sur la base de l’amélioration de
l’investissement par le secteur privé, la génération de recettes locales et les prélèvements.
2. Les paiements pour les services environnementaux (locaux et internationaux).
3. Les paiements directs pour la conservation.
4. Les programmes de responsabilité sociale par les industries (exploitation minière, pétrole,
agro industries, etc.).
5. La compensation écologique « offset » au titre de la biodiversité.
6. La fiscalité écologique.
7. La comptabilité du capital naturel.
Les sources de financement identifiées dans le projet de réglementation des aires protégées
On retrouve ces leviers dans le projet de décret d’application du COAP (art. 267) qui spécifie que
les sources de financement d’une aire protégée peuvent être issues :
- Du secteur public : à travers le budget général ou les subventions de l’Etat, les taxes vertes
prélevées sur certains produits ou activités, les taxes sur le tourisme (liée au visa touristique ou
le transport aérien) ou la conversion des dettes bilatérales par le mécanisme des échanges
dette-nature ;
- Des droits ou frais découlant des activités de recherche ou de la bio-prospection
- Des droits de propriété intellectuelle
- Des droits issus de la mise en concession dans les aires protégées
- Du marché des biens et services de l’aire protégée :
o Recettes issues du développement des activités touristiques : droits d’entrée, droits de
prise de vues et de filmage
o Redevances relatives aux conventions à caractère commercial
o Redevances issues des activités écotouristiques
o Redevances relatives à la valorisation des produits ligneux et non-ligneux
o Redevances relatives à l’exploitation et à la commercialisation du patrimoine
génétique et biologique de l’AP
o Redevances relatives au prélèvement du patrimoine biologique, à la collecte de
spécimens ou tissus ou échantillons de l’AP dans le cadre de la recherche
o Fonds issus du mécanisme sur la Réduction des Emissions liées à la Déforestation et
la Dégradation des forêts initiées avec les mesures de restauration et de conservation
de stock de carbone (REDD+) ou autres bénéfices liés au marché du carbone
o Paiement des services environnementaux
o Réallocations des recettes des AP d’un même réseau à l’échelle du réseau, régionale
ou nationale, sous réserve que les stipulations du contrat de gestion les permettent
- D’appuis internationaux : (i) financement de programmes et projet appuyant les AP à travers
les aides bilatérales ou multilatérales et les coopérations ; (ii) acquisition par les AP d’un statut
d’importance internationale (site Ramsar, Réserves de biosphère, Sites du Patrimoine
mondial) ; (iii) programmes et projets des ONG internationales.
- Des contributions volontaires du secteur privé prenant la forme (i) du développement de
partenariats ou parrainages d’entreprises d’envergure nationale ou locale permettant la
mobilisation des fonds à travers sa stratégie de responsabilité environnementale et sociale ; (ii)
13
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
les contributions des opérateurs cohabitant sur le site des AP de catégorie V et VI ; (iii) les
subventions philanthropiques.
- Des fonds fiduciaires
- Des compensations pécuniaires générées par les accords entre la Direction chargée des Aires
Protégées, le gestionnaire opérationnel et les opérateurs miniers, pétroliers et de production
électrique cohabitant dans les Aires Protégées de catégorie V
- De la vente des produits des infractions
14
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
qui concernent les AP du projet MRPA. Il s’agit donc d’explorer les conditions de faisabilité
économique, juridique, institutionnelle de mise en place de leviers appropriés de mobilisation de
ressources publiques ou privées additionnelles au financement existant des NAP et d’étudier les
modalités d’intégration de ces ressources dans les plans d’affaires.
1.1.3. Méthodologie
Exploration participative de la faisabilité des mécanismes jugés pertinents pour les NAP
malgaches en général et des complexes du projet MRPA en particulier.
Evaluation des stratégies de pérennisation financière mises en œuvre par les gestionnaires :
analyse SWOT
La sélection des mécanismes pertinents en fonction des particularités des NAP (opportunités
économiques, stratégie de développement du gestionnaire, environnement institutionnel)
15
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Les parties prenantes ciblées : les autorités locales et régionales, les communautés de base et
les associations, le secteur privé.
Estimation du potentiel de génération de revenus (à partir d’hypothèses d’assiette et de taux) et
description des modalités d’intégration dans des plans d’affaires.
Construction des arrangements institutionnels par types d’instruments : mise en forme des
propositions discutées avec les parties prenantes tenant compte du cadre juridique, des retours
d’expérience (de la littérature et des entretiens) et des positions d’acteurs identifiées sur le terrain.
Les arrangements institutionnels se présentent comme des configurations d’acteurs, des
options juridiques de contractualisation et des recommandations d’opérationnalisation au
regard des besoins de sécurisation, de la nature des activités et du cadre juridique en place.
Plan du rapport
La construction de la problématique du financement des nouvelles aires protégées malgaches (partie
1) consistera à circonscrire le périmètre des financements innovants pour l’étude, à contextualiser
les mécanismes proposés à la revenue par les termes de référence, reconstituer l’historique de la
constitution du réseau national des aires protégées et caractériser les besoins de financement des
nouvelles aires protégées au sein de ce réseau.
L’examen de la stratégie de valorisation des NAP du projet MRPA (partie 2) consistera à
caractériser la stratégie de pérennisation de chacun des complexes au regard de son contexte de
sorte à saisir spécificités et traits communs de cet échantillon de NAP, identifier les leviers
pertinents et les besoins d’arrangements institutionnels pour surmonter les difficultés rencontrées.
L’examen du levier fiscal (partie 3) consistera, dans un premier temps, à présenter les options de la
fiscalité de rendement et de la fiscalité incitative puis, dans un second temps, à envisager le
potentiel des leviers fiscaux nationaux, après examen du système fiscal malgache, pour considérer
les propositions de taxe verte et de réorientation des ristournes à l’exportation.
La construction cadre juridique de contractualisation dans les NAP consistera à considérer
successivement le régime sur les terres et les ressources applicable dans les NAP et le cadre
juridique de la délégation de gestion (partie 4), préalable à la formulation de propositions
d’arrangements institutionnels et d’une feuille de route pour leur mise en œuvre pour les filières
(partie 5) et les services environnementaux (partie 6).
16
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
recherchées pour couvrir des coûts récurrents de gestion (sur le plan théorique) et que (ii) le degré
de leur faisabilité mérite d’y investir des ressources pour les rendre opérationnels (sur le plan
pratique).
Identifier les mécanismes de financement innovants adaptés au financement des « nouvelles »
aires protégées malgaches implique d’identifier (i) les mécanismes adaptés au financement des
aires protégées parmi ceux dédiés au financement de la biodiversité, (ii) parmi ces mécanismes
adaptés aux aires protégées ceux qui valorisent les spécificités des aires protégées de catégorie VI et
VI (valorisation économique des ressources naturelles), et enfin (iii) ceux qui sont adaptés à la
spécificité du contexte d’intervention, à savoir les besoins en financement (déficit de ressources) des
nouvelles aires protégées malgaches (iii-a) et le contexte politique, juridique et institutionnel
malgache (iii-b).
Appliqué au financement de la biodiversité (et plus largement aux enjeux environnementaux),
l’appel à mobiliser des financements innovants s’est imposé dans le cadre de l’élaboration du Plan
stratégique pour la diversité biologique 2011-2020 (Objectifs d’Aichi), face au constat que les
instruments traditionnels de financement de la conservation de la nature ne permettraient pas de
couvrir des besoins pour sa mise en œuvre et n’étaient pas forcément les mieux adaptés aux besoins.
Ce plan prévoit en effet non seulement d’étendre le réseau des aires protégées protecteur d’une
biodiversité « remarquable » pour atteindre 17% de classement des terres et des eaux intérieures
(Objectif 11), mais cible aussi la biodiversité « ordinaire » hors des aires protégées : réduction des
pressions directes par l’intégration de la protection de la biodiversité dans les politiques sectorielles
et la restauration des milieux et des services écosystémiques associés au bénéfice des populations.
Donner une valeur aux services écosystémiques s’est imposé en effet dans le même temps comme le
levier de l’intégration de la biodiversité dans les politiques sectorielles et les approches territoriales
(paysages). Les instruments économiques, conçus pour fournir, au travers d’un signal-prix, des
incitations positives à ceux qui fournissent ou bénéficient de services écosystémiques occupent ainsi
une place importante dans les mécanismes de financement innovants.
Appliqué aux financement des aires protégées, l’appel aux financements innovants s’inscrit dans
un appel se doter à une diversification des sources de financement des aires protégées – au-delà du
budget public (programmation budgétaire ou budgets pour ordre, alimenté par l’impôt, une fiscalité
affectée ou de l’aide budgétaire), de l’aide publique au développement, et de la philanthropie
(mécénat et fondations privées) – au travers de la valorisation des services écosystémique fournis
par l’aire protégées, réactivant la promesse d’un autofinancement possible de la gestion courante
des aires protégées. Une telle diversification des sources de financement implique cependant de se
doter d’un instrument de gestion approprié.
Bien que classé dans les instruments de financement innovants lorsqu’ils mobilisent des ressources
« additionnelles » sur les marchés financiers (intérêts du capital de dotation), les fonds fiduciaires
pour la conservation se présentent surtout comme un outil adapté au besoin multiforme de
financement des AP et, par sa plasticité, le véhicule approprié pour canaliser une diversité de
sources de financement liés ou non à la biodiversité vers le financement des AP (cf. travaux du
REDLAC). Décisive pour supporter les dépenses d’investissement, l’aide projet n’est pas adaptée
pour couvrir des coûts récurrents à long terme des AP sous-financés par les budgets nationaux des
pays en développement. Aussi l’aide projet s’est-elle orientée massivement vers l’appui à la création
et à la dotation de fonds fiduciaires pour la conservation (plus de 50 établis dans le monde) dotés
d’une autonomie de décision par rapport au gouvernement et répondant à des standards
internationaux de gestion fiduciaire.
17
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Une première famille de leviers entend valoriser les services d’approvisionnement de l’aire
protégée, à savoir ses ressources naturelles renouvelables. Si le potentiel de valorisation de
ressources est nul dans les aires protégées à vocation de stricte conservation où tout prélèvement est
interdit, depuis les années 1990, les superficies classées sous un statut d’aire protégées adoptent
majoritairement un statut permettant l’utilisation et l’exploitation durable des ressources autour d’un
noyau dur, ce qui offre un potentiel de valorisation des ressources elles-mêmes (épices, huiles
essentielles, etc.) qui en retour peuvent se prévaloir de leur origine ou faire valoir l’exigence
environnementale et sociale de la réglementation associée à leur exploitation.
Une seconde famille de leviers s’intéresse aux services récréatifs offerts par les aires protégée
(espaces scéniques, espèces endémiques emblématiques). La valorisation s’effectue ici au travers de
la collecte de droits d’entrée, de filmage, de redevances sur les services offertes (restauration,
hébergement, visites) selon des configurations très diverses de relations entre opérateurs publics,
privés et communautaires. Il demeure que le potentiel écotouristique d’une AP ne dépend pas
uniquement des qualités intrinsèques du site mais aussi des conditions d’accès à celui-ci et de la
qualité des services proposés. Ce potentiel a commencé à être exploré à Madagascar dans les années
1990 mais il demeure encore largement sous-exploité, particulièrement dans le cas des nouvelles
aires protégées.
Une troisième famille de leviers s’intéresse à la valeur d’option des ressources génétiques de la
biodiversité conservée dans l’aire protégée. Outre les redevances pour la bio-prospection, il est
attendu un partage des bénéfices issus de l’exploitation commerciale des molécules par l’industrie
pharmaceutique ou cosmétique adossée à des licences et brevets. Adopté en 2010, le Protocole de
Nagoya sur l'accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant
de leur utilisation, plus communément appelé Protocole de Nagoya sur l'accès et le partage des
avantages (APA), tarde à concrétiser ses promesses en dépit d’un potentiel gigantesque de
découvertes au regard de la biodiversité marine encore très mal connue.
Une quatrième famille de leviers s’intéresse aux services de régulation qu’offre la conservation ou
la restauration des écosystèmes forestiers dans les AP (stockage du carbone, régulation du cycle de
l’eau et maintien des sols dans le cadre de la gestion des bassins versants, maintien de la variabilité
génétique, etc.) valorisés dans le cadre d’approche contractuelles entre gestionnaires des
ressources et acheteurs de services environnementaux mobilisant où les paiements sont plus ou
moins liés à la mesure de résultats.
18
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
L’approche paysagère
La multiplication des aires protégées de catégories V et VI qui intègrent dans leurs limites des
activités économiques qui en étaient auparavant exclues (obligeant à un zonage plus fin des activités
et des droits), d’une part, et la volonté d’intégrer les aires protégées, indépendamment de leur statut,
dans les démarches d’aménagement du territoire et à faire de celle-ci un vecteur de son
développement, d’autre part, conduisent à envisager la conservation dans le cadre d’une « approche
paysagère » qui a pris de l’importance dans le discours politique à l’échelle nationale et
internationale (comme en témoigne l’organisation du Forum mondial des Paysages organisé en
marge de la conférence climatique). Le paysage y apparaît comme le niveau d’action le plus adapté
entre l’échelle nationale et l’échelle locale.
L’approche paysagère est fondée sur la gestion intégrée du paysage impliquant une collaboration
intense au travers de partenariats associant les communautés, les pouvoirs publics, les entreprises,
les aménagistes et gestionnaires de l’espace et la société civile. Elle doit permettre aux parties de
décider de manière concertée de l’utilisation du territoire et de ses ressources de manière à servir les
intérêts des communautés (moyens d’existence), des entreprises (production) et de la conservation
(protection de l’environnement) de manière équilibrée. La gestion intégrée du paysage est née de
diverses stratégies innovantes notamment dans les domaines de l’aménagement des territoires
autochtones, de la gestion intégrée des bassins versants, de la protection des terres.
L’approche paysagère est centrale dans le nouveau programme agricole de la Banque mondiale
(PADAP) qui combine investissements agricoles (y compris dans l’eau) et mécanismes de
19
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
paiements pour services environnementaux liés au respect des plans d’aménagement des bassins
versants (des investissements qui génèreront des réductions d’émissions de carbone forestier liés à
la baisse de la déforestation attendue de la gestion durable des bassins versants) et dans la Stratégie
Nationale de la restauration des paysages forestiers et des infrastructures vertes de Madagascar
adoptée en 2016. La Restauration des Paysages Forestiers (RPF) est un concept incluant de
nombreux enjeux de développement tels que la sécurité alimentaire, la gestion durable de la
biodiversité, la préservation des sols et l’approvisionnement en eau et en énergie de la population. A
l’échelle du continent, l'Initiative africaine des paysages résilients (ARLI), lancée en décembre
2015, sera mise en œuvre à travers la restauration des forêts et des écosystèmes, la conservation de
la biodiversité, l'agriculture intelligente, et la gestion des pâturages.
20
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Les usagers de droit ou de fait des terres et des ressources qui modifient leurs pratiques légales de
gestion dans le sens du maintien des services écosystémiques (par le renoncement à une partie de
leurs droits à défricher par exemple), de la restauration ou de l’accroissement de services
écosystémiques (par le reboisement des berges par exemple) au bénéfice d’un tiers rendent à celui-
ci un service environnemental. Le PSE propose la rémunération de ce service dans un cadre
contractuel ou le déclenchement du paiement est lié à des conditionnalités.
Dans la pratique, quand les usagers ne sont pas locaux (carbone et biodiversité), la fourniture du
service implique un grand nombre d’usagers et de bénéficiaires imposant une intermédiation, le
caractère volontaire de la transaction et la conditionnalité sont limitées. La pratique à l’échelle
internationale montre les PSE concernent principalement le carbone et les services hydrologiques et
plus rarement la biodiversité dont les caractéristiques de bien public rendent difficile son intégration
dans un PSE qui apparaît ainsi le plus souvent comme le co-bénéfice d’actions de maintien ou de
restauration du couvert forestier valorisées pour leur impact sur le climat ou le régime des eaux.
La question de l’additionnalité peut rendre délicat le paiement d’un gestionnaire public d’une aire
protégée. Le paiement n’ayant de sens que dans la mesure où il est le déclencheur du changement de
comportement, rémunérer un gestionnaire d’aire protégée pour remplir ses missions ne fait guère de
sens. Si une démonstration d’additionnalité qui s’appuie sur le fait que les objectifs de gestion de
l’aire protégée ne seront pas atteints en l’absence de paiement la réalisation demeure problématique
dans le cadre d’une propriété publique des aires protégées, elle plus facilement défendable dans le
cas où il s’agit d’aires protégées communautaires ou privées.
L’un des enseignements des projets d’appui à l’agriculture et de gestion des bassins à Madagascar
qui ont conduit à l’identification du projet PADAP de gestion intégrée des bassins versants est que
la rentabilité des investissements dans le monde rural dépend du maintien des services
écosystémiques, justifiant le recours à des systèmes de PSE pour y parvenir, dont le coût sera
assumé par défaut par l’aide publique au développement en l’absence d’acheteur solvable du
service.
21
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
quand ils ne le sont pas aujourd’hui et son équité questionnable si elle ne permet pas aux
populations de sortir de leur trappe à pauvreté.
Les programmes de responsabilité sociale par les industries (exploitation minière, pétrole,
agro industries, etc.)
La responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises – parfois aussi qualifiée de
sociétale – désigne les obligations d’une entreprise vis-à-vis de son milieu, que celles-ci soient
prévues par la loi, imposées par la pression des parties prenantes (financiers soucieux de la qualité
de leurs investissements, communautés locales détentrices de droits ou riveraines négativement
impactées, acheteurs soumis à la pression des consommateurs ou de leurs gouvernement réclamant
des labels de qualité, etc.), motivées par la recherche d’un positionnement de best-in-class afin de
disposer d’un avantage concurrentiel sur un marché, d’intégrer un portefeuille de titres d’un fonds
spécialisé dans l’Investissement socialement responsable (ISR) appliquant des critères liés à
l’Environnement, au Social ou à la Gouvernance (ESG), ou bien d’anticiper une règlementation.
Une partie de la RSE s’exprime au travers de la mise en œuvre du plan de gestion environnementale
et sociale élaboré sur base de l’étude d’impact du projet (décret MECIE à Madagascar). Dans de
nombreux pays, le secteur extractif (mines, hydrocarbures, bois d’œuvre) mais aussi les
investissements hydro-électriques sont soumis à des mécanismes de partage des bénéfices avec les
collectivités d’origine des ressources au travers d’une fiscalité dédiée ou directement vers les
communautés locales au travers de mécanismes de cahier des charges (un pourcentage de la valeur
de la production alimente un fonds local de développement ou finance directement des activités
identifiées avec les intéressés). Les investissements agricoles – souvent assimilés à de
l’accaparement des terres – y sont aussi de plus en plus sensibles.
La fiscalité écologique
La fiscalité écologique désigne au sens large les ressources financières levées par des impôts, taxes
et redevances affectées à la réalisation d’objectifs environnementaux dans le secteur de conservation
ou dans les politiques sectorielles (verdissement de l’agriculture par exemple). Une partie de cette
fiscalité est envisagée comme un signal-prix incitant les acteurs à faire évoluer leurs pratiques, les
détourner de certaines pratiques (incitations négatives telles que les taxes génératrices de recettes
fiscales) pour les orienter vers d’autres (incitations positives telles que les exonérations de taxes et
22
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
les subventions génératrices de dépenses fiscales). Participe aussi de cette fiscalité écologique
l’abandon des subventions néfastes (fiscalité anti-écologiques).
A Madagascar, la notion de « taxe verte » apparaît dans le débats sur le financement durable des
aires protégées à l’occasion du PE3 sous la forme (i) d’un transfert des recettes du tourisme vers
l’environnement (affection ou transfert budgétaire) au motif que la protection de l’environnement
contribue au développement et à la pérennité de l’industrie touristique à Madagascar, ou (ii) comme
un prélèvement sur le consentement à payer des touristes pour l’expérience de la nature à
Madagascar comme c’est déjà le cas pour identifier le niveau des droits d’entrée dans les parcs.
Pour convaincre le Gouvernement, il faut mesurer l’impact réel du tourisme de nature sur
l’économie (valeur ajoutée créé par touriste, recettes fiscales, emplois), dans le premier cas, et le
consentement à payer (méthode des coûts de transport ou évaluation contingente), dans le second.
La création de l’ANGAP
Initié à l’époque coloniale, le réseau national des aires protégées a été confié à l’Agence nationale
des aires protégées (ANGAP), association de droit privé créée en 1990, à l’occasion du démarrage
du programme environnemental (PE) qui a rassemblé les bailleurs de la communauté internationale
entre 1990 et 2015, permettant de mobiliser quelques 300 millions USD sur la période (avec une
interruption de 2008 à 2012). Héritière des réserves naturelles intégrales (RNI) et des réserves
spéciales (RS) créées entre 1954 et 1986, elle s’est attachée, dans la première période du PE, à
accroître le nombre de parcs nationaux (PN) qui aussi une vocation récréative, avec l’idée de faire
du tourisme un moteur de développement économique. Au début des années 2000, le réseau
comptait 41 aires protégées sous l’un de ces trois statuts couvrant environ 1,5 millions d’hectares de
forêts, soit 3% de la superficie de Madagascar. Sur la décennie suivante, l’ANGAP (rebaptisée
MNP en 2008) se concentrera sur leur gestion : en 2010, le réseau national comptait ainsi 44 aires
protégées (17 PN, 23 RS et 5 RNI).
23
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
24
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
La Vision Durban
Au tournant des années 2000, sans délaisser le réseau existant d’aires protégées, les activités se sont
focalisées sur la création de « nouvelles aires protégées » et la recherche d’une pérennisation
financière des actions environnementales. Tirant les leçons de l’évaluation de la mise en œuvre des
transferts de gestion, le PE3 2004-2009 prévoit d’intensifier et d’améliorer les conditions de
transfert de gestion.
Le plan d’action issu du Ve Congrès mondial des parcs (Durban, 2003) entend faire des populations
locales les partenaires et les bénéficiaires de la conservation. L’Etat malgache s’y engage à accroître
son réseau d’aires protégées pour couvrir au moins 10% du territoire national en 5 ans (objectif de
passer de 1,7 à 6 millions d’hectares). L’implication des populations locales est confirmée dans le
Madagascar Action Plan (2007-2012). Dans cette perspective, aux côtés du réseau national existant,
de nouvelles catégories d’aires protégées sont envisagées, dont la mise en place et la gestion sont
confiées à des ONG de conservation dans un contexte de crise politique et économique
(renversement de Marc Ravalomanana en février 2009).
Comme le précise l’exposé des motifs du COAP de 2015, les nouveaux statuts d’aires protégées
dans le système comme mesures pour intégrer certaines activités de production et/ou exploitation
dans les AP tout en moyennant des mesures d’accompagnement bien définies. C’est ainsi que les
NAP se veulent être une réponse pour allier la conservation de la biodiversité et le développement
durable dans et autour des AP. L’implication en matière de gouvernance est la promotion de la
cogestion de ces nouvelles aires protégées.
Pour intégrer davantage les besoins des populations locales conformément à l’esprit de
Durban, de nouveaux statuts d’aires protégées sont reconnus en 2005 au travers de la
règlementation (avant leur reconnaissance par la loi à l’occasion de la refonte du COAP en
2015) correspondant aux catégories V et VI de l’UICN : les aires protégées de conservation
des paysages (catégorie V) et de ressources naturelles gérées (catégorie VI) dont la
particularité est d’intégrer certaines activités de production et/ou exploitation dans les AP
assorties de mesures d’accompagnement bien définies. Ces « nouvelles aires protégées » se
veulent être une réponse pour allier la conservation de la biodiversité et le développement
durable. Avec la refonte du COAP en 2015, le Système des Aires Protégées de Madagascar
(SAPM) comprend les aires protégées privées agrées et les aires protégées communautaires
(instituée et gérée volontairement par une communauté locale) et reconnaît la spécificité des
Aires Marines Protégées (AMP). Le SAPM compte actuelle 123 aires protégées, pour la
plupart définitivement créées en avril 2015 (Figure 3 infra).
Les considérations conservationnistes ont néanmoins été prédominantes dans l’identification
des sites des nouvelles aires protégées (52005/2010 du 20 décembre 2010 et 9874/2013 du 5
mai 2013). Les ONG de conservation internationale sont en effet à la manœuvre dans
l’indentification des sites prioritaires de conservation : zones combinant forts taux d’espèces
endémiques (Myers et al, 2000, Mittermeier et al, 2004) et menaces anthropiques (culture sur
brûlis et exploitation forestière illicite). Elles le seront aussi dans la création des NAP dont
l’initiative de création peut revenir à n’importe personne physique ou morale. Tandis que
l’ANGAP (rebaptisée MNP en 2008) s’engage dans l’extension de parcs existants et la
25
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
création de nouveaux, CI, WCS et WWF transforment des corridors forestiers entre AP
existantes en NAP au sein desquelles elles recourent massivement aux transferts de gestion
sous la forme de GCF orientés vers la conservation tout en ciblant la finance carbone (et dans
une moindre mesure la compensation biodiversité) comme outil de pérennisation financière.
26
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Besoins de financement
Dans l’exercice d’évaluation des besoins de financement au fondement de la Stratégie de
mobilisation de ressources (Objectif 20), les besoins de financement des AP relèvent de la
couverture des coûts d’investissement (important en amont de sa création ou de son extension) et
des coûts de fonctionnement (ressources humaines et matériel pour assurer la gestion : surveillance,
actualisation des inventaires, exécution des programmes de recherche scientifique, accueil de
visiteurs, éducation à l’environnement, relations avec les populations locales).
Une autre dimension est cruciale dans l’évaluation des besoins de financement des aires protégées.
Dans la mesure où la création d’une aire protégée entraine nécessairement des restrictions de droits
(quand ce n’est pas l’expropriation des noyaux durs), des compensations doivent être apportées aux
populations affectées. Au-delà des personnes affectées, les pratiques des communautés riveraines
sont susceptibles d’avoir un impact sur les noyaux durs des aires protégées. Le financement des
alternatives économiques à la déforestation d’origine agricole et énergétique est donc indispensable.
Les besoins peuvent être évalués à minima au niveau du coût d’opportunité du renoncement aux
pratiques. Dans le contexte rural malgache où prédomine l’agriculture de subsistance et où les prix
agricoles sont très faibles, la faiblesse des coûts d’opportunité peut donner le sentiment qu’éviter la
déforestation est bon marché. Non seulement se contenter de compenser les coûts d’opportunité ne
répond pas à la finalité développementaliste affichée de l’extension du réseau des aires protégées
mais s’avèrera inefficace du point de vue environnemental (le développement doit être pérenne pour
éviter durablement les pressions).
Dans les pays en développement, les aires protégées reçoivent en moyenne moins de 30% du
financement jugé nécessaire pour assurer la gestion de base des actions de conservation (Spergel,
2001). Sous l’effet des crises financières et politiques, nombre d’entre-elles sont des « parcs de
papier » faute de protection effective. Dans le meilleur des cas, les financements publics se limitent
aux salaires des agents.
En même temps que le Gouvernement s’engageait à étendre la superficie des aires protégées jusqu’à
10% du territoire, l’insuffisance des sources de financement traditionnel était soulevée. L’étude de
J.-C. Carret et D. Loyer (2003) estimait qu’à l’époque où réseau national de 41 AP couvrait 1,5
million d’hectares, la coopération internationale finançait le réseau à hauteur de 3 $ par hectare.
L’écotourisme rapportait de son côté 4 $/ha à raison de 100 000 visiteurs s’acquittant d’une
moyenne de 5 $ de droits d’entrée dans les 10 parcs alors visités et d’une valeur ajoutée directe et
indirecte alors estimée de 55 $ par visiteur.
27
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Pour 2017, la FAPBM contribuera au financement de la gestion de 3 275 348 ha d'aires protégées,
soit le tiers de la surface du SAPM au travers de 36 AP gérées par Madagascar National Parks (60%
des financements), Asity, WCS, Peregrine Fund, MBG, BCM, GERP, Fanamby, SAGE, MBG et le
MEEF.
Si la Fondation a pour vocation de financer les AP de l’ensemble du réseau, elle n’a pas vocation à
financer de manière homogène les AP du SAPM et accorde ses financements en fonction des
priorités d’investissement établies par son Conseil d’Administration. Une amélioration du
financement par la FAPBM supposerait que celle-ci augmente significativement son capital.
Selon une présentation réalisée par la FAPBM lors de la COP 21, les coûts de gestion des 123 aires
protégées de la SAPM sont estimés à 20 millions USD/an [coût moyen de 3 USD/ha], très
partiellement couverts à hauteur de moins de 2 millions USD par les revenus de l’écotourisme (dont
28
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
1 millions de droits d’entrée perçus par MNP, gestionnaire de 43 AP) et pour un peu plus de 2
millions par la FAPBM. Les bailleurs bi et multi latéraux de l’aide publique au développement et
des fondations privées ne couvrent qu’une partie des besoins restants.
Contexte d’intervention
Le complexe est composé de deux NAP non contigües de type Paysage Harmonieux Protégé (PHP)
dans la région DIANA : Ampasindava, du nom de la péninsule où elle se trouve, sur 22 fokontany
dans deux communes rurales du district d’Ambilobe ; et Galoko-Kalobinono, sur 28 fokontany dans
trois communes rurales du district d’Ambanja. Avec plus de 60 000 habitants sur près de 167 000
hectares, la densité de population est de 36,4 habitants/km2.
Enjeux de conservation. Les NAP sont organisées autour de la protection de noyaux durs de forêts
denses humides du Sambirano (enclave humide sur la côte occidentale de Madagascar) dont la
protection se justifie par un historique de déforestation liée à la pratique du riz tavy. De moindre
intensité, les autres pressions sont la chasse et à exploitation forestière à des fins domestiques.
Uniquement présentes à Ampasindava et hors des noyaux durs, les mangroves sont menacées par la
production de charbon (illégale), l’extraction de bois de construction, et l’aménagement des berges.
La ressource piscicole souffre de surexploitation (utilisation de moustiquaires comme filets). Le
Nord de la péninsule est inclus dans une aire marine protégée gérée par WCS.
Activités économiques agricoles identifiées dans l’inventaire. Outre la culture vivrière du riz (les
plaines rizicoles couvrent le quart de Galoko), les inventaires ont identifié huit spéculations – café
(culture de rente historique dans la région), cacao, poivre, anacarde, vanille, banane, canne à sucre
et noix de coco (sur la zone littorale d’Ampasindava). Ces inventaires ont relevé un manque
d’investissement dans le renouvellement des pieds et, faute d’organisation des producteurs, constaté
leur dépendance aux collecteurs et aux exportateurs détenant un monopole de fait sur la fixation des
29
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
prix. L’enclavement (en particulier pour Ampasindava, accessible par mer uniquement et le plus
souvent par des boutres à voiles plutôt qu’à moteur) a un impact sur les coûts de transport qui sont
répercutés sur le prix d’achat aux producteurs. L’enclavement constitue aussi un obstacle pour la
commercialisation des produits les plus périssables (jusqu’à trois jours de traversée pour un boutre à
voile). Les pêcheurs (39% des ménages à Ampasindava, activité toujours complémentaire à
l’agriculture) étaient déjà organisés en associations à l’initiative du Service de pêche. Avec moins
de 10 têtes par ménage, l’élevage extensif des bovins répond à une stratégie d’épargne des ménages.
L’élevage avicole et les petits ruminants sont destinés à l’autoconsommation, à la différence de
celui des porcins à Galoko.
Droits acquis et enjeux de coexistence avec les industries extractives. Les titres fonciers
occupent de manière continue certaines zones littorales mais avec une occupation très limitée pour
la plus grande partie. L’or est exploité artisanalement dans un fokontany de Galoko et le saphir dans
deux fokontany d’Ampasindava. Plusieurs carreaux miniers se trouvent dans la péninsule
d’Ampasindava et le bloc de prospection pétrolière n°1101 en recouvre la totalité. Sur sa partie
orientale, le permis minier de TREM (Tantalum Rare Earth Malagasy) a entraîné un redécoupage
des limites de la NAP d’Ampasindava et l’abandon d’un des noyaux durs. En dépit de ce
redécoupage, le procédé d’extraction pressenti pour l’extraction des terres rares (lixiviation)
continue de menacer l’ensemble de la NAP car les cours d’eaux qui l’irriguent et se jettent sur son
littoral (zones de mangrove) prennent leur source dans la zone d’exploitation. L’élaboration du
PGES du projet semble avoir entraîné une ruée sur les certificats fonciers demandés pour faire
valoir des droits dans la perspective d’une indemnisation.
Ecotourisme. Un opérateur, Eden Lodge, est installé depuis 2008 sur la côte orientale
d’Ampasindava (fokontany d’Anjanozano, commune rurale de Bemanevika-Ouest) avec 8 hectares
d’infrastructures : capacité d’accueil de 16-20 personnes sur 8 bungalows et un bar-restaurant.
Certains opérateurs organisent des circuits par bateau qui abordent le littoral de la péninsule dans les
limites de la NAP. Dans le village visité, l’investissement de l’opérateur s’est limité à un abri pour
les touristes (pas de débarcadère ni d’infrastructures d’accueil).
Zonage
Selon le décret de création définitive de chacune des NAP (datés du 28 avril 2015), les zones de
conservation intégrale couvrent 8,3% de la superficie de la NAP d’Ampasindava (trois noyaux durs)
et 15,8% de celle de Galoko (noyau dur unique). Le schéma d’aménagement annexé au décret
distingue dans les deux cas zone d’occupation contrôlée (ZOC), zone d’utilisation durable (ZUD)
réglementée par un « dina de conservation ») et zone d’aménagement durable (ZAD).
Dans le zonage du PAG (daté de mars 2015), le zonage distingue noyau dur, zone tampon et « zone
d’aménagement globale ». On retrouve dans la zone tampon les catégories du COAP : ZOC, ZUC et
ZUD. La ZUC délimite les activités agricoles préexistantes (rizières et parcelles destinées aux
cultures de rente ou agroforestières) et la ZUD les forêts secondaires où s’exercent des droits
d’usages ou les forêts dégradées destinées aux opérations de restauration.
Dans zone d’intervention globale (qui demeure à strictement parler dans la zone tampon telle que
définie par le COAP et devrait correspondant à la ZAD du décret) l’affectation des terres est la
suivante : habitation, zone cultuelle, agriculture, pâturage, forêts faisant l’objet d’un transfert de
gestion ou à transférer, reboisement, pêche, tourisme durable collecte de sable. Les superficies
mentionnées dans le PAG sont en décalage avec celles figurant dans le décret (près de 30% de la
superficie de la NAP d’Ampasindava apparaît ainsi non affectée).
30
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
AP 91 790 ha
Noyau :
7 648 ha (source : Décret) Le noyau proprement dit, zone sanctuaire (au sens de
l’article 51 de la loi 2015-005) qui représente le périmètre
de préservation intégrale (ZPC).
Quatre noyaux durs dont trois à Ampasindava
ZPC
(Andranomatavy et Betsitsika) et un gros bloc à Galoko-
Kalobinono constitué de la chaine montagneuse Galoko-
Kalobinono.
84 142 ha (source :
Zone tampon
Décret)
11 202 ha (source : Décret) Elle correspond aux zones couvertes de forêts secondaires
dans la zone tampon dont une partie destinées à être
restaurer et une partie pour droit d’usage. Les ressources
ZUD
ont été inventoriées et les modalités d’utilisation validées
par les CoDina (Comité d’application de Dina) et les
services forestiers (demandes, visite, attribution).
713 ha (source : Décret) Les lieux habités par les populations à l’intérieur et existant
ZOC antérieur à sa création. Sont dits lieux habités les hameaux,
localités d’habitation
72 227 ha (source : Décret) Au moment des séances de cartographies participatives, des
zones d’agricultures se trouvent à proximité de la limite du
ZUC (Zone d’utilisation
noyau dur et par conséquent sont inclues à l’intérieur de la
contrôlée), équivalent du
zone tampon. Ces zones sont classées dans ZUC. Les
ZAD ailleurse
rizières, les parcelles pour culture de rente, les « vilo » ou
parcelle agroforestière constituent cette zone
Gouvernance
Le PAG distingue les COBA/VOI (i) qui n’existent qu’à l’état d’aspirations locales, (ii) ceux qui
sont dotés d’un statut « mais dont le document de transfert n’est pas encore arrivé à terme faute
d’approbation au niveau des responsables ainsi que de ritualisation », (iii) ceux enfin qui sont
opérationnels. On trouve trois COBA dans la zone Ampasindava (partie sud) et deux dans la zone
Galoko-Kalobinono. Le gestionnaire n’a appuyé la création d’aucun nouveau transfert de gestion.
S’il entend en réaliser, il se heurte à la résistance de la DREEF qui estime que les transferts de
gestion doivent être établis en dehors de la NAP et non pas à l’intérieur. Les dina, régulations
coutumières appliquées par un comité d’application des dina (CoDina), qui acquièrent force de loi
par reconnaissance de l’administration dans le cadre des transferts de gestion, s’appliquent sur la
totalité de la zone d’intervention globale et les zones forestières de la zone tampon.
31
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Les autorités publiques sont représentées dans la structure de gestion par les services décentralisés
au niveau communal, les services déconcentrés au niveau du Fokontany et les hiérarchies
traditionnelles semble-t-il très respectées par une large part de la population. Pour donner corps à la
cogestion, une structure intercommunale (OPCI) a été mise en place pour chaque NAP (Koloina
pour Galoko-Kalobinono et AnAMi (Antanibe Andrefa Mikobaby) pour Ampasindava. Des comités
de dina (KoDina) communaux existent dans chaque NAP et le projet a encouragé la création
d’associations pour faciliter la recherche de partenariats sectoriels. L’ONGP effectue le
renforcement de capacité et l’appui aux associations dans le développement de leur production, la
gestion de l’association et l’appui à la commercialisation. La NAP compte actuellement onze
structures associatives légales dont six dans la zone d’Ampasindava et cinq à Galoko-Kalobinono.
Charte de responsabilités. Une charte définissant les rôles et responsabilités de toutes les parties
prenantes de la NAP de Galoko a été signée en décembre 2015 par les autorités administratives
(région, district, commune, fokontany), les élus, les services de tutelle et des services techniques
déconcentrés (environnement, forêts, tourisme, ressources halieutiques, mines, hydrocarbures,
foncier, agriculture, sécurité, justice), les structures de gestion de la NAP (COS, COGE, SGB), les
autorités traditionnelles, le secteur privé et les entités socio-économiques (opérateurs, organisations
de la société civile, associations villageoises, CLB, PTF).
Aménagement du territoire. Trois axes stratégiques parmi les dix du Projet Régional de
Développement (PRD) de la Région DIANA, concernent directement les actions de gestion durable
de la NAP : (i) protection, restauration et valorisation des richesses naturelles et écologiques et
promotion de l’écotourisme ; (ii) développement et professionnalisation de l’Agriculture par
l’intégration de l’économie agricole de subsistance à l’économie de marché ainsi que la Promotion
et développement de l’agro-industrie ; (iii) autonomisation des Communes dans la planification, le
financement et la gestion de leurs programmes de développement.
32
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
sont des personnes affectées par la création de la NAP, i.e. qui exploitaient auparavant les terres ou
les ressources des noyaux durs. Ces pépinières fonctionneront 2 à 3 ans pour satisfaire la demande.
Le Sambirano (en particulier la zone de Galoko) est une zone de prédilection pour le cacao avec la
présence d’opérateurs historiques tels que Millot. Le potentiel de la péninsule d’Ampasindava est
beaucoup plus localisé.
Miel. La production de miel préexistait à la NAP à Ampasindava. Son développement a été identifié
par les chefs de Fokontany dans le plan de sauvegarde comme une activité génératrice de valeur
ajoutée à développer. Le gestionnaire a appuyé la structuration communautaire (association) et le
projet MRPA a financé l’étude de faisabilité ainsi qu’un pilote de 500 ruches à travers 50
apiculteurs (10 tonnes de mile en 2017) pour le développement d’une filière miel (y compris cire et
propolis) sur la zone est de la péninsule d’Ampasindava qui atteindrait 4 500 ruches sur 4 ans. Cette
étude a été conduite par la société T-TELO (Tantely Tena Tsara ou « authentique vrai miel ») qui
exporte sur l’Europe (certifié Bio par ECOCERT).
Citron. Pour assurer un débouché à la production de citrons dans la péninsule d’Ampasindava, le
gestionnaire appuie dans le cadre du projet MRPA la création de deux unités de transformation et de
conditionnement des fruits et accompagne la recherche de débouchés tels que le kiosque des départs
à l’aéroport de Nosy Be.
33
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Pour le miel et le citron, le gestionnaire délégué pilote une initiative de labélisation d’origine
« NAP » pouvant justifier la collecte par le gestionnaire d’une redevance sur les ventes, dédiée au
financement de la NAP. Le label d’origine est en effet un critère de différenciation du produit
potentiellement générateur de valeur ajoutée si le gestionnaire est à même de construire la notoriété
de la NAP ou trouve des relais de notoriété à une échelle plus grande (la région par exemple).
Pour le cacao, la génération de revenus pour la NAP n’interviendra qu’au moment de l’écoulement
de la production, la première récolte issue des pépinières n’étant attendue qu’à partir de 3 à 5 ans
(son rendement maximal est atteint à 10 ans). Si une redevance sur le caco de la NAP serait une
pièce essentielle du financement de la NAP, et une labélisation d’origine un élément pertinent pour
lui trouver un débouché, un minimum de production doit être garanti pour intéresser un acheteur
international et assurer de la sorte un débouché durable à cette filière labélisée.
En matière de valorisation des services environnementaux de la NAP, deux voies ont été
envisagées. La question de la compensation des impacts sur la biodiversité du projet TREM
d’exploitation des terres rares s’est posé sous la forme d’une contribution au financement de la NAP
liée au redécoupage de la NAP mais il n’est plus d’actualité depuis celui-ci et les risques de
pollution. La piste explorée par le gestionnaire est le vendre les services hydrologiques de la NAP
de Galoko à des opérateurs privés dépendant du bassin versant mais peu d’intérêt en aval.
34
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
la coopérative aura alors du mal à honorer ses contrats et le paysan n’aura pas valorisé sa production
au juste prix. Pour fidéliser les coopératives, l’ADAPS a proposé des services aux producteurs de (i)
création de pépinières pour remplacer les cacaoyers détruits par les cyclones, renouveler les
plantations vieillissantes ou encore augmenter les surfaces de production ; (ii) construction de
bâtiments de stockage pour le cacao sec ; (iii) certification bio-équitable (7 coopératives certifiées
bio avec Ecocert en 2010), voire de développer une mention d’origine « Chocolat des coopératives
du Sambirano ».
En 2009, ETHIQUABLE – une société coopérative et participative (SCOP) qui agit « en faveur d'un
commerce équitable exigeant » en soutenant l'agriculture paysanne au travers de 49 coopératives de
petits producteurs partenaires – a apporté son appui à l’Union des coopératives Lazan’ny Sambirano
(UCLS), émanant des producteurs de cacao de l’ADAPS, pour qu’elle exporte directement ses fèves
de cacao en France (sans passer par les grands exportateurs de la filière). Certifié BIO et ECOCERT
Equitable grâce à l’appui d’ETHIQUABLE, le cacao supérieur est rémunéré jusqu’à 30% de plus
qu’un cacao conventionnel, avec une production de 125 tonnes à l’année.
Contexte d’intervention
D’une superficie de 578 377 ha sur 31 communes, le Complexe d’aires protégées
Ambohimirahavavy Marivorahona (CAPAM) est à cheval sur les 6 districts d’Andapa, Sambava,
Vohemarina dans la Région SAVA, d’Ambilobe et Ambanja dans la Région DIANA, de Bealanana
dans la Région SOFIA.
Environ 392 632 habitants (2010) vivent au pourtour de cette future aire protégée. La densité
moyenne de la population se situe entre 12,18 hab./km² pour les Communes appartenant au District
d’Ambilobe et de 32,29 hab./km² pour celles dans le District d’Andapa.
35
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Situé à plus de 520 Km à vol d’oiseaux au nord d’Antananarivo, cette NAP est accessible par la
route (i) à partir d’Antsohihy en passant par Bealanana, ou bien (ii) à partir d’Ambanja vers
Marotolana et enfin (iii) à partir d’Andapa.
Cette NAP est un complexe d’aires protégées dont la responsabilité de gestion globale revient au
WWF, associé à MNP TPF (The Peregrine Fund). Elle est composée de la NAP COMATSA Nord
et Sud (Catégories VI et V) sous la gestion du WWF, de la RNI Tsaratanàna (Catégorie Ia, créée en
1927) sous la gestion de MNP, la NAP Bemanevika (Catégorie V) et Mahimborondro (Catégorie
VI) sous la gestion de TPF.
La mise en place par WWF MWIOPO d’une part des transferts de gestion autour du site prioritaire
pour les aires protégées et d’autre part des sites Koloala entre Marojejy - Anjanaharibe Sud et
Tsaratanana était le précurseur de la mise en place de la NAP COMATSA. La création de cette
NAP a été initiée à travers le Programme Holistique de Conservation des Forêts (PHCF) mis en
œuvre par la Fondation Good Planet et WWF MWIOPO grâce au financement d’Air France (1ere
phase 2008 – 2012) puis de l’AFD, du FFEM et d’Air France (2eme phase 2013 – 2017) et
parachevée grâce aux projets Protection de la forêt tropicale et amélioration des moyens d’existence
de la population locale du Nord de Madagascar (Northern Highlands) financé par WWF Suisse, et le
projet MRPA.
La création de la NAP de Bemanevika autour de la forêt classée de Sandrakota (avril 1967) est
initiée par TPF en 2007 sur financement USAID. A l’évaluation biologique succèderont
l’évaluation socio-économique (2008), la validation régionale du PAG (2009) et celle du PGES
(2010). La même année se met en place son comité d'évaluation et de suivi régional (COE). Site
Koloala de Bealanana, elle devient un "Paysages Harmonieux Protégés" (Catégorie V de l’UICN).
Si la forêt de Mahimborondro est identifiée en 2009 comme site Koloala dans la zone de Bealanana
dans le cadre du projet Jariala, le processus de création de la NAP est entamé en 2014 par TPF dans
le cadre du MRPA. Il s’agit d’une "Réserve de Ressources Naturelles" (Catégorie VI).
Domaine des hautes montagnes (510 à 2 100 mètres), écosystèmes forestiers humides dominants
mais aussi lacustres (NAP Bemanevika), marécageux et de savane. Un important réseau
hydrographique.
Pressions. Défrichement associés à la pratique du brûlis pour la culture du riz (bas-fonds
insuffisants). Dans les deux sites de COMATSA, la culture sur brûlis est principalement pratiquée
pour diverses cultures : du tabac (à Anjiabe et à Antsahabe), du riz (à Ambodimandresy), du café et
de la vanille (à Marolakana). L’extension des cultures (maïs et de canne à sucre) se rapproche de
plus en plus des lisières forestières (sites d’Anjiabe et d’Antsahabe), ailleurs les défrichements sont
36
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
plus liés aux cultures vivrières. Dans la partie ouest de la forêt de Bemanevika, les gens plantent les
caféiers et les poivres à l’abri de la forêt en pratiquant le système de culture en sous-bois après
défrichement des bordures de forêts denses. Les paysans des fokontany d’Ambinanindrano
d’Antilongo et de Sandrakotahely cultivent leur riz par le biais de la culture itinérante sur brûlis
jusqu’à l’intérieur des forêts denses humides de leurs localités. Et pour Tsaratanana, le défrichement
de la forêt résulte en grande partie de l’extension des champs de cultures de cacao et café (district
d’Ambanja) et de cannabis (Vallée de Ramena dans la Commune d’Ambodimanga Ramena). Feux
de renouvellement des pâturages, de collecte de miel, de diversion en cas de vol de bœufs.
Conversion des marais et marécages en rizières et en bassin pisciculture.
Les principales ethnies présentes dans la zone d’étude (par ordre d’importance en nombre) sont les
Tsimihety, Sakalava, Betsimisaraka, Sihanaka, Betsileo, Merina. Dans les Districts d’Ambanja et
Ambilobe, le groupe ethnique Sakalava émerge de la totalité des ménages enquêtés. Mais les trois
autres Districts sont à dominance Tsimihety. Pour les professions, le clivage ethnique est très
prononcé : les fonctionnaires sont Merina ou Betsileo, les commerçants sont Indiens ou Merina, les
ouvriers sont Merina, Betsileo, Tsimihety, Antaimoro ; les bouviers sont Antandroy et Tsimihety,
les cultivateurs sont Tsimihety et Salakava Makoa, et les propriétaires de bœufs sont Sakalava et
Tsimihety. La majorité de la population gagne moins de 1 USD/jour. L’immigration est influencée
par les périodes de crise et de prospérité de la culture de la vanille (Tsimihety). Le problème
fondamental de populations immigrées reste la quasi-impossibilité d’extension des surfaces
cultivables et de l’intensification des cultures.
L’économie repose avant tout sur le riz (plus de 90% de ménages riziculteurs, sauf à Ambanja, avec
une surface cultivée moyenne de 1 ha par ménage), le bœuf, le café, le cacao et sur quelques zones
la vanille. Les autres cultures vivrières n’y tiennent qu’une place secondaire. La presque totalité des
paysans cultivent du riz, et au moins une culture commerciale, et le plus souvent les deux. Malgré
une production agricole assez prospère dans certaines zones (notamment dans la Cuvette de
Bealanana), on constate pour l’ensemble des localités à la lisière de la forêt les signes de pauvreté.
Les ménages connaissent toujours des périodes de soudure de quatre mois (de décembre à mars). La
situation financière des ménages reste ainsi précaire, ce qui les met dans une situation
d’endettement. Le prêt d’argent est généralement remboursé en vanille ou en café à la récolte
suivante dans les localités productrices de ces produits. La production est dans ce cas-là comptée
bien moins que son prix de vente sur le marché local.
Certaines Communes du côté Est du Couloir Forestier telles Ambodiangezoka, Doany, sont vues
comme étant des grands jardins de vanille à Madagascar. D’importantes parcelles en milliers
d’hectare y sont colonisées par la vanille. En moyenne 1 hectare correctement exploité produit 1,2
tonne de vanille verte. Si la vente de vanille n’a pas été gagée, elle est vendue par le paysan, verte
ou préparée en un lieu de vente strictement contrôlé (marché de vanille) par un acheteur collecteur.
Le prix local de la vanille a connu pendant des années des fluctuations qui ont eu des conséquences
directes sur le mode de vie des ménages producteurs. Depuis l’année 2000, le cours de la vanille
préparée a connu une ascension qui a atteint son pic en 2003 (500 USD/kg) en raison de la faiblesse
de l’offre mondiale. Le prix de la vanille a brutalement chuté en 2004 jusqu’à un niveau de 60 USD
le kilo. Les cours flambent depuis 2015 (135 USD) et 2016 (220 USD) sur fonds de mauvaise
récolte et de blanchiment de l’argent du trafic de bois de rose. La culture de la vanille ne semble pas
être à l’origine de défrichement significatifs des versants forestiers, étant donné que le système de
vanillerie est limité par l’altitude : au-dessus de 600 m, on ne peut plus guère obtenir des
rendements rémunérateurs. La vanille est acheminée vers les centres de Sambava et d’Antalaha.
Les sols de bas de pente du versant Ouest de la forêt sont le domaine de prédilection d’abondantes
plantations de café. Le caféier et cacaotier sont cultivés depuis des décennies au pourtour de la forêt.
Sa culture est répandue sur toute la bande périphérique de la forêt. Son importance s’est accrue
progressivement depuis 1930. De nombreux villages possèdent une pépinière de café et de cacao
37
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
entretenue par les habitants, et la plantation colle souvent au village sur les terrains à l’abri des
inondations. A l’opposé de la vanille, le cours de café a beaucoup moins varié.
Tout ménage possède au moins un bœuf, jusqu’à une moyenne de 13 dans le district d’Ambilobe.
C’est un signe de richesse chez les Tsimihety où sont considérés comme riches ceux qui possèdent
plus de 50 têtes de zébu et comme pauvres ceux qui en ont moins de 6. Afin de protéger leurs
troupeaux contre les dahalo, la pâture libre dans la forêt s’est généralisée. Cette pratique d’élevage
extensif est particulièrement remarquable dans le district de Bealanana. Elevage de volaille
prédominante pour générer des revenus d’appoint.
Plantes médicinales, le miel, les espèces animales consommables, etc. continuent d’être exploitées
par certains habitants pour deux raisons : (1) certaines de ces ressources constituent un moyen de
subsistance notamment pendant les périodes de soudure et (2) les produits restent en demande et
sont monnayables sur les marchés locaux.
La consommation mensuelle du bois de feu se situe entre 50 à 100 kg par ménage. Le bois de feu
est principalement collecté en dehors de la forêt (formations d’arbustes et savanes).
Avant la date de mise en protection temporaire du Complexe d’aires protégées Ambohimirahavavy
Marivorahona, une dizaine de permis miniers ont été accordés par le BCMM auprès des exploitants
miniers. Aucune exploitation n’est encore mise en marche à ce jour. Le Comité Interministériel des
Mines et des Forêts a statué pour la suspension de l’octroi des permis miniers pour les sites de
conservation de la biodiversité, ainsi que l’exploitation minière proprement dite jusqu’à l’obtention
du statut définitif d’une aire protégée. Toutefois, jusqu’à preuve du contraire, chaque exploitant
conserve son autorisation d’exploitation minière pendant la période convenue entre les deux
Ministères. Seule la NAP COMATSA Sud est touchée par cet empiètement.
38
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Zonage
Figure 8 : Zonage CAPAM
Le zonage est le produit de la superposition de plusieurs cartes (des terroirs villageois, des transferts
de gestion, d’occupation du sol, des zones d’importance écologique, …). Sont distingués dans la
zone tampon les zones d’occupation contrôlées (ZOC) comprenant habitations non temporaires et
champs de culture antérieurs à la mise en protection temporaire, zones d’utilisation durable (ZUD)
formée des zones de transferts de gestion des ressources naturelles sous divers formes (Koloala,
privés, VOI) et des zones où sont déjà implantées des carrés miniers (prélèvements réglementés par
cahiers des charges et dinas pour les TGRN), zones agro-sylvo-pastorales (ZASP) comprenant aussi
les carreaux miniers.
Les noyaux durs occupent 59% de la superficie totale du complexe, avec des disparités très
importantes d’une AP à l’autre. La RNI n’est ainsi qu’un noyau dur et celui-ci occupe 69% de la
RRN de COMATSA Nord, 28% de la RRN de Mahimborondro, et seulement 22% et 21% des PHP
de Bemanevika et de COMATSA Sud. La RRN de Mahimborondro ne comporte aucune zone
d’occupation contrôlée (ZOC) et ce n’est que dans le PHP de Bemanevika qu’elle est conséquente.
Les zones transférées ou transférables aux communautés (ZUD) de forêts peu dégradées couvrent
31% du CAPAM (jusqu’à 70% pour COMATSA Sud et 51% pour Bemanevika).
Hors RNI, il est envisagé à long terme l’exploitation d’une partie bien définie de l’aire protégée
dont les retombées économiques sont redistribuées auprès des populations et puissent en partie
assurer le fonctionnement de l’aire protégée. Programmation de la construction d’infrastructures
routières permettant le désenclavement agricole (riz, vanille, cacao, café).
39
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Gouvernance
Le mode de gouvernance partagée ou la cogestion convient le plus au CAPAM. Le projet de loi
COAP (refonte 2008) définit la cogestion comme étant la coopération et le partage des
responsabilités entre le gestionnaire de l’aire protégée et les parties prenantes concernées dans la
conception et dans l’exercice des modalités de gestion. Cette cogestion doit se manifester par
l’adoption du Plan d’aménagement et de Gestion négocié avec les parties prenantes et d’une
convention de gestion communautaire comme outil spécifique de participation des communautés à
la gestion de l’aire protégée. De ce fait, on s’attend beaucoup à une responsabilité partagée et
équitable entre les ayants droits et intérêts dans la gestion de la nouvelle aire protégée. Les
populations locales sont appelées à prendre de décisions et à mettre en œuvre les plans de gestion
durable des ressources naturelles.
Ainsi pour le CAPAM, la Cogestion se manifeste par la participation de l’Etat Malagasy, les
Promoteurs des Sites et les Communautés de base (VOI, CLP et Fédération des COBA).
Figure 9 : Structure de gouvernance du CAPAM
40
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
exécuté par la Fondation Tany Meva pour dispose d’une expertise en matière de mécanismes PSE et
d’électrification rurale (projet PHEDER financé par l’UE). La fourniture d’électricité doit initier
une dynamique de développement local : chaîne du froid, décortiqueuse à riz, etc.).
Le mécanisme de financement s’appuie sur le modèle selon lequel le délégataire gestionnaire
de l’infrastructure apporte 30% de l’investissement qu’il récupérera progressivement sur les
factures. Faute d’investisseur privé en raison de la taille de l’infrastructure (rentabilité
insuffisante), dans le cas de Bemanevika 100% seront apportés par le bailleur et les 30%
récupérés sur la facture des consommateurs sera dédiée à la conservation par réinvestissement
dans le capital naturel du bassin versant. La structure gestionnaire ne devra pas être une
association en raison du risque de manque de pérennité inhérent au statut associatif.
Contexte d’intervention
Relevant de la catégorie V Paysage Harmonieux Protégé de l’UICN, l’aire protégée du complexe
de zones humides Mahavavy-Kinkony (CMK) est composé forêts denses sèches, de mangroves, de
rivières et de lacs. Le site a obtenu un statut de protection temporaire d’une Aire Protégée dès 2007
après avoir été identifié en 2000 comme zone d’importance pour la conservation des oiseaux.
BirdLife international y a conduit un programme de conservation dès 2003 ; une action relayée par
Asity Madagascar en 2008.
La NAP est située dans la Région Boeny et s’étend sur une superficie de 302 000 ha. Elle couvre 58
fokontany de 7 communes du district de Mitsinjo. En 2012, la population était estimée 82 252
habitants selon le PAG, soit une densité moyenne de 27 habitants/km2. 41% de cette population
avait entre 19 et 60 ans et 35% entre 5 et 18 ans. La taille moyenne des ménages de 4,5 personnes.
Les chiffres assez anciens (2003) mentionnés dans le PGESS signalent un taux d’accroissement
démographique de 2,8% et un solde migratoire positif de 2,5% par an.
Enjeux de conservation. Les oiseaux menacés et/ou endémiques figurent parmi les principales
richesses du complexe en termes de biodiversité. Dès 2000, le complexe a été identifié par le projet
ZICOMA comme étant une Zone d’Importance pour la Conservation des Oiseaux (ZICO) à
Madagascar. Le complexe héberge le deuxième plus grand lac de Madagascar, le lac Kinkony, un
grand delta, le Delta de la Mahavavy, des mangroves sur plus de 80 km de côte. Ces zones humides
du Complexe hébergent la totalité des oiseaux d’eau globalement menacés (UICN) distribués à
l’Ouest de Madagascar, et plus généralement un stock important de poissons d’eau douce. En outre,
avec la forêt de Tsiombikibo, CMK renferme le plus grand bloc représentant la forêt dense sèche de
l’Ouest de Madagascar, habitat pour des chauves-souris ainsi que des primates endémiques et
menacées. Ces forêts jouent en outre un rôle important dans le maintien de la bonne qualité des lacs.
Les analyses faites dans le cadre du PAG ont démontré que la déforestation est plus élevée sur la
proximité des forêts et mangroves des grandes villes (Mitsinjo, Namakia et Ansteza).
Activités économiques agricoles identifiées dans l’inventaire. Selon le PAG, les habitants de la
NAP vivent principalement d’agriculture (riz, maïs et manioc), d’élevage pastoral, d’aviculture et
de pêche (dans le lac Kinkony, les étangs, le delta de la Mahavavy et dans une bien moindre mesure
la mer), de l’exploitation des ressources forestière et d’artisanat. À côté des cultures sur brûlis (vary
jeby), une riziculture de décrue (vary asara) est également pratiquée dans les zones d’épandage de
crue. Malgré l’abondance de l’eau, sa maîtrise reste faible, sauf dans les périmètres de la compagnie
41
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
sucrière. Une importante société sucrière est en effet établie à Namakia, Ouest Sucre (sous contrôle
de la SIRAMA).
Droits fonciers. Le décret de création définitive distingue des terrains de natures domaniales
publiques et privées ainsi que des forêts de l’État. Parmi les propriétés privées titrées de taille
significative figurent celles d’Ouest Sucre (gérant de la propriété sucrière de 5 860 ha de la
SIRAMA), celles dites des Ampanjaka (6 908 ha) et la zone de service portuaire (1 201 ha). En
règle générale, les terroirs paysans ne sont pas titrés. Un des objectifs du PAG de 2015 est
d’accompagner les agriculteurs vers l’acquisition de certificats fonciers.
Le complexe entier serait sur un (des) bloc(s) pétrolier et des prospections auraient été conduites en
2007. Pour le moment, il ne semble pas y avoir eu d’attribution (Erreur ! Source du renvoi
ntrouvable.).
Figure 10 : Carte des blocs pétroliers (OMNIS, 2016)
Zonage
Selon le décret de création définitive (21 avril 2015), les zones de conservation intégrale (au sens
de l’article 51 de la loi 2015-005) couvrent 7,6% de la superficie de la NAP (neuf noyaux durs,
répartis en zones de conservation forestière et zones de conservation humides/aquatiques). En règle
42
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
générale, les noyaux durs sont immédiatement suivis de zones de restauration / reboisement ou de
zones d’utilisation durable des ressources. Autour des noyaux durs, le décret distingue une zone
tampon comprenant une zone d’occupation contrôlée (ZOC), des propriétés privées, une zone de
services (espaces portuaires), des zones d’utilisations durables (ZUD) et une multitude d’autres
zones à objectifs de gestion spécifiques. Le décret précise que ces zones de gestion spécifiques
incluent des zones de transfert de gestion et des zones d’activités extractives dont le gestionnaire
délégué assure le suivi, sur la base d’outils adaptés (dina, cahiers des charges, plans) et fournit une
assistance technique.
43
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Gouvernance
44
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
L’originalité de la gouvernance de CMK est d’avoir préfiguré, dès 2006 la mise en place d’une
plateforme des co-gestionnaires, la Plateforme MMZ (Maroambitsy Miahy ny Zavaboahary –
Maroambitsy protège son environnement) dont les statuts sont finalisés en 2009. MMZ a un statut
associatif avec un bureau exécutif composé d’un coordonnateur général et de 4 adjoints. Les
membres de MMZ sont des représentants des parties prenantes locales (secteur privé comme Ouest
sucre, autorités locales, maires, les Ampanjaka, les VOI dépositaires de TGRN et de dina). Lors des
réunions annuelles du COS, un représentant de MMZ y participe. Pour le moment Asity prend en
charge ses déplacements. Au quotidien, MMZ est consulté par Asity pour en amont de la mise en
œuvre des activités afin d’opter pour la meilleure stratégie. Du point de vue de ses membres, une
des valeurs ajoutées de MMZ est l’intermédiation sociale, la facilitation, l’anticipation ou le
règlement des conflits. La NAP dispose d’une charte de responsabilité de CMK qui définit les
rôles entre COS, Asity et MMZ.
45
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
46
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
‒ étaler la production et être moins dépendant des saisons (les pêcheurs deviennent
pisciculteurs, accèdent à des cartes professionnelles, peuvent vendre toute l’année quand les
pêcheurs « traditionnels » doivent respecter des périodes de fermeture) ;
‒ générer des revenus (une cage peut produire 200 kg par cycle ; le poisson est vendu à
15 000 ariary/kg).
Pour encadrer l’activité, les pêcheurs sont regroupés en associations d’une dizaine de membres et
sont enregistrés comme pisciculteurs. La gestion d’un matsabory par un groupement doit faire
négocier avec la communauté des habitants des villages alentours. Une fois l’accord obtenu, un dina
est établi et signé (il exclue les non membres). Les membres reçoivent une carte officielle délivrée
par la Direction régionale de la pêche et des ressources halieutiques, facilitant le recensement des
acteurs, la traçabilité des produits et le prélèvement des ristournes.
Une activité est en cours de développement actif, l’écotourisme, en partenariat avec l’Office
régional du Tourisme de Boeny (ORTB) et des opérateurs touristiques. Les parties prenantes
soutiennent l’idée d’un guichet unique venue d’Asity. Cette démarche vise à :
‒ Mieux encadrer le tourisme, suivre le parcours des touristes, éviter les dérives ;
‒ Standardiser le pack touriste (frais d’entrée, coûts de restauration, etc.) ;
‒ Centraliser les statistiques (visiteurs) ;
‒ Harmoniser l’information et la communication ;
‒ Faciliter le partage des bénéfices.
Asity a dans un premier temps organisé des voyage-découverte. Ces Educ’Tours regroupent
l’ORTB, la Direction régionale du tourisme, le Service du tourisme de la Région, des Tours
Opérateurs, des représentants des Guides, MATOR (Madagascar Tourisme Rural) pour la visite de
4 sites et échanger avec les communautés locales. Ces visites visent à présenter les spots potentiels,
recueillir le point de vue des professionnels (degré d’enclavement, besoins en infrastructure de base,
etc.). À la fin 2016, un Educ’Tour Safari Oiseau a permis d’étudier plus en détail un site pour le
tourisme ornithologique à Ampitsopitsoka (bird watching). En particulier, il s’agissait d’étudier
comment étaler la période de visite de 4 mois à 5 voire 6.
Au premier rang des tours opérateurs volontaires pour travailler avec les co-gestionnaires de CMK
il y a Tongava Tours. Basé à Mahajanga, son gérant souhaite investir dans une infrastructure à
Marofandroboka, mais sa préoccupation est de sécuriser le foncier. Faut-il cogérer l’infrastructure
avec le COBA ? Du point de vue de l’opérateur, l’idéal serait de bien répartir les rôles :
‒ L’ORTB harmonise et encadre par le biais du guichet unique ;
‒ Les communautés viendraient travailler et produire une offre culturelle ;
‒ Le privé :
o Développe et déploie l’offre touristique (définition d’un circuit, investissements,
recrutement des ressources compétentes, exploitation) ;
o Stimule les entrées (aujourd’hui autour de 100 pers./an, il serait possible de
décupler en 5 ans, soit passer de 100 à 1000 personnes).
A la grotte d’Androhibe, site proche de CKM, l’opérateur aurait redistribué par la RSE
(construction d’une école, équipement en bancs, tableaux, cofinancement du salaire d’une
institutrice, cantine scolaire gratuite durant une année, foyers améliorées pour 30 ménages). En
2017, il financerait la construction d’une infirmerie-pharmacie.
47
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Renforcement des retombées économiques des AGR et filières. L’ONGP priorise d’abord le
développement et le renforcement des différentes productions afin de démontrer l’efficacité des
innovations (aquaculture, riziculture intensive, canards, etc.). Une fois les innovations appropriées
par les acteurs, l’ONGP compte animer les discussions entre les parties prenantes autour des
ristournes et du partage des bénéfices. Le risque de parler de partage de bénéfices avant même qu’il
y ait une preuve de concept effraierait les bénéficiaires. En outre, l’ONGP a dès le départ positionné
son appui sous la forme d’un accompagnement et d’une assistance technique dont le but est de
d’introduire les innovations dans un nombre limité de sites puis de stimuler les dynamiques. Dans
ce travail, il y a une répartition claire des rôles entre l’ONGP (accompagnement), MMZ
(intermédiation sociale, mobilisation communautaire, gestion de conflits), des consultants (ils
apportent de manière assez récurrente leur expertise et conseil sur des sujets techniques tels que la
pisciculture, la transformation du raphia, l’apiculture,…), les autorités et services techniques, le
privé (l’ONGP prend le soin de bien sélectionner les opérateurs sérieux et prêts à s’engager sur la
durée, sur la base d’un intérêt commun – cf. Tongava Tours, Rouge Beauté).
Sur la filière raphia, l’objectif des parties prenantes est de planter/produire de raphia, faciliter le
transport des matières premières des raphières vers le village (nécessite des charrettes à traction
animale), s’équiper en machines à coudre pour assembler les tapis (vs couture à la main), élargir la
gamme de produits (les femmes acquièrent peu à peu une maîtrise du tissage, de la production de
couleurs à partir de produits naturels mais sont en demande de formations additionnelles), multiplier
les points de vente. Concernant la pisciculture de cage, à la fin 2016, Asity avait soutenu la création
de 12 cages ; l’objectif à terme est de 200 cages.
Pérennisation MMZ. La vision des dirigeants de MMZ est que d’ici dans 10 ans, au plus 30-50%
de ses couts de fonctionnement seulement viendraient des bailleurs (contre quasi 100%
aujourd’hui). Pour les ressources autres que les subventions proviennent des 500 Ar/organisation
membre/an, c’est donc symbolique. MMZ compte augmenter les cotisations avec le temps, mais,
surtout, diversifier ses ressources en négociant au niveau du guichet touristique unique pour
bénéficier d’un pourcentage.
FAPBM. La Fondation alloue de manière récurrente un soutien financier sur CMK.
Contexte d’intervention
La NAP est située dans la Région Menabe et s’étend sur une superficie de 201 312 ha. Elle couvre
41 fokontany de 5 communes des districts de Menabe et de Belo-sur-Tsiribihina. En 2013, la
population était estimée 32 095 habitants selon le PAG, soit une densité moyenne de 15
habitants/km2. Selon ce même document, le taux d’accroissement démographique était relativement
élevé, 4% (soit une population actuelle de 37-38 000 habitants), et ces dernières années, les
48
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
migrations rurales se seraient intensifiées avec la venue de populations d’autres régions (celles du
Sud en particulier) vers le Menabe pour pratiquer l’agriculture. Plus généralement, le Menabe est de
longue date une terre d’accueil pour les migrants ruraux (dès les années 1940, venue de populations
du Sud pour travailler dans les fermes de sisal ; venue de populations des Hautes Terres centrales
pour pratiquer l’agriculture, etc.). La taille moyenne des ménages de 5 personnes.
Après avoir obtenu la classification en Station Forestière à Usage Multiple (SFUM), elle est placée
sous protection temporaire depuis le 28 mars 2006 suivant l’Arrêté N° 4532/2006 - MINENVEF.
L’ONG Fanamby est gestionnaire délégué officiel de cette Aire Protégée selon le contrat officiel de
délégation de gestion N° 1058/06/MINVEF/SG/DGEF du le 23 août 2006. Elle est classée dans la
catégorie V Paysage Harmonieux Protégé de l’UICN, mais comporte en son sein trois « îlots »
rangés dans d’autres catégories : la Réserve Spéciale d’Andranomena (8 170,8 hectares dont un
noyau dur de 3 307,69 ha et une zone tampon de 4 863,11 ha.) classée catégorie IV ; un site Ramsar,
le lac Bedo (1 962 ha) et l’allée des baobabs, classée monument naturel (320 ha dans la catégorie
III). La zone comprend un habitat de forêt dense sèche de basse altitude, des mangroves et deux lacs
(Bedo et Kimanaomby)
Pressions. D’abord la croissance de la population et des besoins de la ville de Morondava. Ensuite,
dans la forêt dense sèche, les pressions majeures mentionnées dans le PAG et/ou sur le terrain sont
l’exploitation illicite de bois, la défriche-brûlis agricoles (arachide dont la demande explose et maïs
en hatsake) avec de la main-d’œuvre immigrée, la construction navale qui a besoin d’arbres (mais
déclin du bois d’œuvre car accès difficile au palissandre). La défriche menace aussi les lacs et zones
humides, compte tenu de l’érosion. Dans les zones humines, les autres formes de pressions sont la
chasse, la surpêche, la conversion des marais et les rejets de transformation alimentaire (fumage de
poisson principalement).
La stratégie de conservation vise à :
‒ Mettre en place une gestion durable des mangroves (par un meilleur contrôle), voire des
techniques de restauration ;
‒ Préserver les lacs et en maintenir la population aquatique par une meilleure gestion des
forêts alentours et un meilleur contrôle de la chasse et des pièges ;
‒ Préserver voire restaurer la forêt dense sèche par le développement d’alternatives
économiques et un meilleur contrôle également ;
‒ Préserver les habitats de la faune (lémuriens, oiseaux) et des baobabs en garantissant
l’intégrité des noyaux durs.
Activités économiques agricoles identifiées dans l’inventaire. Les sols de la région (à part les
sols salins du littoral) sont très propices à l’agriculture, d’où l’importante activité mentionnée dans
le PAG (riz, maïs, arachide, manioc, haricots). L’élevage de zébus (pastoral ou stabilisé) et la pêche
(lacustre et côtière) sont aussi significatifs dans la NAP. Au plan industriel le PAG mentionne :
‒ Plusieurs entreprises basées à Morondava achètent/achetaient (car certaines ont fermé) le
produit des petits pêcheurs ou à des collecteurs (SOPEMO) ou produisaient des crevettes
(AQUAMEN). Elles sont/furent surtout pourvoyeuses d’emploi stable par centaines ;
‒ Les salines NSEGSM (300 salariés) ;
Au plan des autres formes de valorisation des ressources naturelles figurent :
‒ L'écotourisme au Reserve Spéciale d'Andranomena, gérée par Madagascar National Parks ;
49
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Zonage
Selon le décret de création définitive (daté du 28 avril 2015), les zones de conservation intégrale
(au sens de l’article 51 de la loi 2015-005) couvrent 20,8% de la superficie de la NAP (dix-huit
noyaux durs). Comme la NAP est presque entièrement couverte de TGRN (cf. infra) assez anciens
avec leur propre zonage (noyau dur, etc.), cette ZCI de 20,8% inclue les noyaux durs des TGRN.
Autour des noyaux durs de la NAP, le décret distingue une zone tampon comprenant une zone
d’occupation contrôlée (ZOC), des propriétés privées, une zone de services, des zones d’utilisations
durables (ZUD) qui se décompose en unités à objectifs de gestion spécifiques :
dont :
Zone d’utilisation 75 799 ha Six sous-zones :
durable
o TGRN : Ce sont des zones de prélèvement durable : qui ont été définies pour répondre
- forêt sèche 19 165 ha prioritairement aux besoins traditionnels des communautés environnantes (bois de
- mangrove 10 488 ha construction, bois de chauffe, pharmacopée) en ressources forestières. Ces zones ont
été définies spécifiquement pour chaque fokontany, les ressources ont été inventoriées
et les modalités d’utilisation validées par les VOI, KMMFA, KASTI et les services
50
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
51
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Gouvernance
Niveau décisionnel : le Comité d’Orientation et de Suivi (COS) à l’échelle régionale. Il est composé
« de la Région, de la DREEF, de la DRAT, des Directions Régionales de l’Agriculture et de la
Pêche et des Ressources halieutiques, des Maires concernés, des représentants des partenaires
financiers, du secteur privé et du gestionnaire délégué de la NAP ».
Niveau opérationnel : trois familles de parties prenantes : (i) le délégataire de gestion (y compris les
gestionnaires d’unités), (ii) les OPCI (communes), (iii) les comités locaux de conservation.
52
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Les commentaires qui accompagnent ce schéma précisaient les ressources possibles par entité
(tableaux 35, 36 et 37 du PAG de Loky-Manambato et 10 du PAG de Menabe-Antimena) :
53
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Les droits de parking de l’allée des baobabs par véhicule (2000 Ar) : convention avec Commune
qui bénéficie d’une ristourne de 5%. Enjeu de passer à un paiement individuel au niveau du tour-
opérateur.
Il y a un quasi-autofinancement de CNFEREF à partir de l’écolodge (50-60% budget) et des
services qui permettent de financer les patrouilles.
Il y a une forte demande d’opérateurs écotouristiques : projet de relais de Kirindi (Danyl, KINO
RESORT, forestier par ailleurs) dans la ZUD fortement contesté par certains.
Dans les limites, il faut noter que :
‒ Comme il y a peu de de marchés contrôlés il y a une forte évasion sur les ristournes, donc
peu d’option pour orienter un financement vers les NAP en l’état. Il y a une forte demande
de moyens de la région et des services déconcentrés. La région envisage un texte pour
générer des recettes de l’écotourisme (rien n’est capté sur les visites de croisiéristes, les
parcours de montgolfière ou sur le tournage de clips ou publicités).
‒ Les dina fonctionnent plus pour la sécurité que pour la GRN
Contexte d’intervention
La NAP est située dans la région SAVA et s’étend sur 250 000 ha. Elle couvre 19 fokontany de 4
communes rurales du district de Vohémar (Ampisikinana, Maromokotra, Nosibe, Daraina). En 2006
(source PAG de 2015), la population de la NAP était estimée à près de 19 000 habitants ; avec un
taux d’accroissement démographique de 3% ; nous pouvons donc estimer la population actuelle à
38-39 000 habitants, soit une densité de 15 habitants/km2, une des plus faibles des 5 sites du MRPA.
Cette estimation n’inclue pas une éventuelle intensification de la migration en raison de
l’orpaillage ; en 2013, il y aurait eu 2 000 orpailleurs migrants dans les sites principaux (les
communes rurales de Daraina et Nosibe). Le PAG mentionne aussi une taille moyenne des ménages
de 4,7 personnes. Le PGESS mentionne des chiffres tout à fait différents, en s’appuyant le
Recensement Général de la Population et de l’Habitat : 28 596 habitants en 1993, ce qui nous
amènerait à une population actuelle de 58 000 habitants, soit une densité de 23 habitants/km2).
Enjeux de conservation. Loky Manambato regroupe plusieurs types de milieux : écosystèmes
lacustres et littoraux, forêt littorale, forêt dense sèche et semi-décidue, forêt dense humide, forêt de
Montagne, forêt de transition, forêts galeries. La biodiversité est donc à la fois riche et différente
d’un massif à l’autre (les noyaux durs sont répartis en 17 blocs), avec une micro-
endémicité faunistique élevée, avec entre autre l’espèce emblématique de la NAP, le lémurien à
couronne dorée, Propithecus tattersalli.
La stratégie de conservation se base sur des cibles-espèces regroupant des espèces à statut précaire,
des espèces à haute valeur patrimoniale et des cibles-habitats ayant des intérêts et valeurs
écologiques. La gestion de la NAP vise à :
‒ Préserver l’habitat des nombreuses espèces endémiques ;
54
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Zonage
Selon le décret de création définitive (daté du 28 avril 2015), les zones de conservation intégrale
(au sens de l’article 51 de la loi 2015-005) couvrent 1,6% de la superficie de la NAP (neuf noyaux
durs, répartis en zones de conservation forestière et zones de conservation humides/aquatiques). Les
4 036 ha de noyau dur sont répartis en 17 blocs (14 terrestres, 1 côtière et 2 marins). Les blocs
terrestres sont circonscrits dans 5 des 12 massifs forestiers que compte la NAP. La zone tampon se
55
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
réparti entre zone d'utilisation durable (ZUD), zone de service (ZS), zone de restauration et en zone
d’occupation contrôlée (ZOC).
Noyau :
Le noyau proprement dit, zone sanctuaire (au sens de l’article 51 de la
loi 2015-005) qui représente le périmètre de préservation intégrale.
Chasse limitée à certaines espèces, pas de pêche, pas de prélèvement de
Zone de conservaiton produits forestiers ligneux et non ligneux ; pas d’établissement d’habitat
4 036 ha
intégrale (ZCI) humain. Pratiques cultuelles autorisées si en respect de l’intégrité du
noyau dur. Contrôle de l’extension des surfaces agricoles en périphérie.
Traversée en bateau ou vedette interdite dans les noyaux marins et
côtiers.
Zone tampon 245 964 ha
Cette zone comporte une multitude de classes aux règlements
spécifiques : Zone de pêche, Zone de chasse (vers le lac Sahaka), Zone de
Zone d’utilisation durable
202 114 ha prélèvement durable (bois et pharmacopée), Zones d’algoculture (par un
(ZUD)
privé), Zone de reboisement, Zone d’exploitation minière autorisée, Zone
d’extension agricole, Zone d’agriculture, Forêts
Zone d’occupation
19 664 ha Zone occupée par la population
contrôlée (ZOC)
À noter que le PAG (finalisé en 2014 dont antérieur au décret officiel) mentionnait des surfaces
sensiblement différentes (page 90 du PAG) :
56
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Gouvernance
Le schéma de gouvernance est comparable à l’autre site Fanamby de Menabe
57
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
projet (en termes d’emplois) et des retombées indirectes proches ou à venir (désenclavement,
augmentation des productions agricoles grâce à la fourniture d’intrants, etc.).
En tant que propriétaire du projet touristique, la communauté structurée en association est censée
obtenir le reversement du loyer annuel sur le terrain de construction, le reversement de pourcentages
sur le chiffre d’affaires ainsi que sur le résultat brut d’exploitation. En outre, la gestion de la
structure d’hébergement est confiée à un opérateur privé, professionnel du métier, lui-même régi par
un contrat de gestion, partant du principe que ni la communauté ni Fanamby ne sont spécialistes du
métier. Cet opérateur devra répondre à des obligations tels que le recrutement local, le respect de
l’environnement (tri des déchets, gestion des eaux usées, etc.), l’achat de produits locaux, voir des
objectifs de chiffre d’affaire. Par ailleurs, la démarche vise à la conservation grâce au reversement
d’un pourcentage du chiffre d’affaires et du résultat brut d’exploitation dans un fonds de dotation
dont les intérêts sont dédiés aux activités de conservation de l’Aire Protégée. Enfin les institutions
gouvernementales les collectivités (Communes, Fokontany) et les organisations paraétatiques
(Offices du Tourisme) bénéficieront de diverses taxes (taxes communales, TVA, vignettes
touristiques) versées par la structure.
Ce schéma est actuellement appliqué au Camp Amoureux (NAP de Menabe Antimena) et au Camp
Tattersalli (Loky Manambato).
Aperçu du Camp Tattersalli (à Andranotsimaty, Loky Manambato), crédits Friendly Campy-Fanamby (g) et
Kinomé (dr).
Une autre variante est le partenariat avec un projet touristique haut de gamme, le Resort Miavana,
développé depuis plusieurs années par Ankao Properties S.A (AMSA) sur Nosy Ankao. La
propriété est antérieure au plan d’aménagement de Loky Manambato. Toujours est-il qu’en respect
58
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
‒ Ce site est à la fois créateur d’emplois en nombre significatif comparé aux Ecolodges,
valorisera la pêche responsable et participera à travers sa fondation aux frais de gestion de
la NAP. De plus, l’infrastructure disponible (base de vie, vedette, hélicoptère) est dans la
mesure du possible prêtée à Fanamby dans son action environnementale.
‒ Toutes les NAP ne bénéficieront pas d’un tel complexe luxueux, mais il faut repérer et
capitaliser les facteurs de succès d’une telle collaboration : une entreprise engagée, une
ONG-P ouverte au dialogue sur la base du PAG, une approche contractuelle rigoureusement
suivie et une complémentarité (l’ONG prépare les communautés aux différents activités à
venir telle que la fourniture de poissons issus de pêche responsable).
59
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
3. Le levier fiscal
Le levier fiscal est l’instrument traditionnel de financement des biens publics, au travers de l’impôt
général (programmation budgétaire) ou d’une fiscalité dédiée (les ressources collectées sont
affectées à des dépenses déterminées). Cette fiscalité généralement neutre n’est pas une fiscalité
écologique à proprement parler.
Rationalité économique
Dans une stricte acception, la fiscalité environnementale (écologique ou verte) recouvre l’ensemble
des taxes, impôts et redevances dont l’assiette est constituée par un polluant ou par un produit ou
service qui détériore l’environnement ou prélève des ressources naturelles (OCDE). Il s’agit d’une
fiscalité incitative en ce que le signal-prix de la taxe doit inciter le pollueur à modifier ses pratiques
pour y échapper (réduire la pollution, améliorer l’efficacité dans l’utilisation des ressources, etc.).
On qualifie parfois aussi de fiscalité écologique celle qui est orienté vers le financement
d’investissements à forte composante écologique. Il s’agit ici d’une fiscalité de rendement qui vise à
générer des ressources importantes stables sur le long terme pour le financement de biens publics.
Elle recherchera un faible taux sur une large assiette pour être la plus neutre possible (en termes de
distorsions de concurrence et d’effets sur la distribution des revenus) afin d’en faciliter le
recouvrement, là où la fiscalité écologique, application du principe du pollueur-payeur, ajustera le
taux à l’effet recherché au détriment du rendement (à assiette constante, son rendement est supposé
décroître à mesure que les comportements s’ajustent au signal-prix).
En raison d’une élasticité de la demande au prix généralement faible faute d’alternatives disponibles
et d’enjeux socio-économiques forts modérant la fixation du signal-prix (accès aux services de base,
désenclavement, etc.), la fiscalité sur les activités polluantes, les énergies fossiles ou la
consommation de ressources naturelles s’avère être plus souvent pour l’Etat une fiscalité de
rendement qu’une fiscalité incitative.
60
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
levier adopté pour financer la biodiversité dans les pays en développement sera celui d’une fiscalité
dédiée alimentant un fonds comme il peut en exister sur les ressources (par exemple pour la
reconstitution du capital forestier au travers d’un fonds) ou pour l’entretien des infrastructures
(péages, taxe sur le carburant, etc. pour alimenter un fonds d’entretien routier). Si les mécanismes
de PSE alimentés par une fiscalité dédiée peuvent directement faire payer les usagers du service
environnemental (fiscalité sur la consommation d’eau ou d’électricité), l’assiette peut aussi être
décorrélé de la fourniture du service environnement (taxe sur les carburants par exemple), voire
totalement distincte (taxe sur les télécommunications… ou la vente d’alcool). Au Costa Rica, par
exemple, l'essentiel des financements provient d'une taxe sur le carburant et de redevance prélevées
sur les factures d'eau des utilisateurs.
61
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
62
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Les ressources non fiscales sont liées pour la plupart à la circulation ou l’abattage des bêtes, la
tenue des marchés et le stationnement, la commercialisation des ressources (cf. infra), la gestion des
déchets ménagers et des eaux usées (cf. Annexe X).
5. Ristourne sur les extractions de terres, sables et pierres
6. Ristournes et prélèvements sur les produits de l’agriculture, des forêts, de la pêche et de
l’élevage
Même s’il n’existe pas d’estimation sur l’ensemble des communes, les principales sources de
recettes pour sont dans les communes urbaines les impôts fonciers sur les terrains (IFT) et sur le
bâti (IFPB) et l’impôt synthétique (IS) qui s’applique aux société et individus déclarant moins de 20
millions Ar de chiffre d’affaire, et les impôts de licence sur les ventes d’alcool. Les communes
rurales sont particulièrement dépendantes des subventions de l’Etat. Ces ressources sont
insuffisantes pour qu’elles conduisent leurs missions de service public. Les ressources disponibles
couvrent principalement les salaires (fonctionnement) et l’investissement demeure marginal.
Par l’Arrêté interministériel n°18298/2016 du 02 septembre 2016, gouvernement a créé un Comité
Technique de Coordination de l’amélioration des ressources des CTD. Selon les estimations
réalisées par le cabinet Ambre Associates dans le cadre de l’étude Etat des lieux de la fiscalité
locale à Madagascar, financée par la GIZ dans le cadre du ProDéCID, le gisement de mobilisation
de ressources (cf. Figure 16) est de l’ordre de 420 milliards Ar d’impôts fonciers (principalement
sur le foncier non bâti, à raison de 10 000 Ar par hectare de terre arable), de 221 milliards Ar
d’impôt synthétique (principalement sur les entreprises non agricoles) et de 43 milliards Ar de
ristournes (pour les seules céréales, riz principalement, à 10 Ar/kg). L’amélioration de la collecte de
l’impôt foncier implique néanmoins des investissements dans la connaissance des assujettis.
La fiscalité touristique
Ressource fiscale locale, la taxe de séjour est perçue sur chaque nuitée dans un établissement
d’hébergement et d’accueil dont l’occupation est payante (art. 200 de la loi 2014-020). Pour les
établissements de trois étoiles et moins, 100% du produit de la taxe revient à la Commune. Pour les
établissements de quatre étoiles et plus, le produit est partagé en parts égales (50%) entre la
Province et la Région. Le tarif est fixé annuellement par le Conseil de la CTD concernée mais la loi
de finances fixe un plafond allant de 500 à 2 000 Ar selon la catégorie de l’établissement.
63
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Taxe parafiscale, la vignette touristique est prélevée sur chaque nuitée dans un établissement
d’hébergement et d’accueil en fonction de sa catégorie (de 600 à 3 000 Ar par nuitée). Le produit
est partagé à parts égales par le comptable du Trésor Public entre l’Office National du Tourisme de
Madagascar et l’Office Régional du Tourisme du ressort de l’établissement.
La fiscalité forestière
La fiscalité forestière en vigueur est prévue par la loi n°97-017 du 8 août 1997 portant révision de la
législation forestière. Elle se compose de redevances (art. 32) sur l’attribution de permis
d’exploitation forestière et de prélèvements et ristournes au bénéfice des CTD (art. 37 et 53).
L’article 38 du décret n°98-781 relatif aux conditions générales d’applications de la loi forestière
(loi n°97-017) prévoit l’institution d’un Fonds Forestier National (FFN) au niveau central de
l’administration en charge des forêts, d’un Fonds forestiers Provincial (FFP) rattaché à chaque
Direction Interrégionale des Eaux et Forêts, et d’un Fonds Forestier Régional (FFR) rattaché à
chaque Circonscription des Eaux et Forêts. La clé de répartition des recettes est de 70% pour le FFR
concerné, le FFP concerné et le FFN se partageant le reste.
Selon l’article 2 du Décret n°2001-1123 instituant les fonds forestiers, ceux-ci ont pour objet de
recevoir, administrer et gérer les recettes forestières destinées au financement et à l’appui des
activités liées à la préservation du patrimoine forestier, à la conservation des eaux et des sols, à la
gestion des ressources forestières, de la faune, de la flore, et au reboisement telles que définies dans
les Plans Directeurs Forestiers. Ils ont notamment la capacité d’allouer des subventions aux
reboiseurs prévues par le décret n°2000-383 sur le reboisement. Le Conseil de Gouvernement du 22
janvier 2013 a adopté un projet de décret modifiant le décret 2001-1123 qui étend l’assiette du fonds
« aux ventes sur les droits d’émission ou le marché carbone » et « la taxe verte rendue par les
services environnementaux ».
Qualifiées de recettes non fiscales dans la nomenclature des CTD les ristournes sur les produits
agricoles, de la pêche et de l’élevage, ont leurs taux et modalités de recouvrement fixés
annuellement par l’organe délibérant compétent conformément aux règles prévues par la législation
sur les CTD et les législations sectorielles. Leur répartition est de 50% pour la Commune, 30% pour
la Région et 20% pour la Province. Elles varient selon qu’elles sont collectées distinctement sur les
produits destinés à l’exportation (tarifs fixés annuellement par la loi de finances) ou destinés à la
vente locale (tarifs fixés annuellement par le Conseil Provincial). Elles sont collectées localement,
au niveau des marchés ou des barrières économiques.
La fiscalité forestière n’a commencé à prendre une dimension structurante qu’avec la mise en œuvre
de la Gelose. Jusqu’alors simple levier de mobilisation de ressources, elle devient potentiellement le
levier d’un renforcement des capacités de l’administration locale (services déconcentrés pour la
redevance) et CTD (pour les ristournes) dans le contrôle forestier et au-delà. Le recouvrement de
ces ressources est hélas souvent peu effectif et sa gestion peu efficace.
64
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
La fiscalité dédiée
Les principes d’unité et d’universalité budgétaire des comptes de l’Etat veulent que les recettes
d’une éventuelle « contribution ou taxe verte » transitent par le budget général de l’Etat avant leur
affectation. L’article 23 de la législation sur les lois de finances (loi n°2004-007 du 26 juillet 2004)
relatif aux « atténuations aux principes d’unité et d’universalité budgétaires » prévoit la possibilité
d’une affectation directe de certaines recettes. Elles peuvent ainsi transiter par le Budget de l’Etat,
par un Compte Particulier du Trésor, ou par un compte courant au Trésor au nom d’un
correspondant privé. L’article 43 de la loi dispose qu’une Loi de Finances peut autoriser la
perception, dans un intérêt économique ou social, de taxes parafiscales au profit de personnes
morales de droit privé (les conditions d'assiette, de taux et de recouvrement restant du domaine
réglementaire). Couplée à l’article 117 du Décret n° 2005-004 du 4 janvier 2005 permet d’instituer
directement une personne morale privée comme correspondant du Trésor pour gérer le compte
courant ou compte de dépôt au TP collectant la taxe verte. (MCI, 2010)
Parmi les personnes morales de droit privé, la Fondation est celle apte à devenir ce correspondant
du Trésor, c’est-à-dire à recevoir et à gérer directement les produits d’une taxe parafiscale. En effet,
l’article 29 de la Loi n° 2004-014 du 19 août 2004 portant refonte du régime des Fondations à
Madagascar dispose que la Fondation est admise à gérer les divers types de fonds tels qu'ils sont
définis à l'article 2, notamment un fonds renouvelable, lequel est alimenté par des revenus, parfois
réguliers, notamment les droits, amendes ou taxes affectées. (MCI 2010)
En mai 2010, le cabinet juridique MCI a remis au WWF une étude sur la mise en œuvre et
l’opérationnalisation d’une contribution du secteur tourisme à la conservation de la biodiversité et
des Aires Protégées à Madagascar explorant la possibilité de mettre en place une taxe sur les billets
d’avion dans le contexte juridique malgache alors en place et les modalités optimales d’institution
d’un tel prélèvement.
Le mécanisme proposé s’inspire de la taxe UNITAID pour le financement de la lutte contre le VIH
consistant en un prélèvement de 1$ à 40$, en fonction de la classe, pour les billets émis d’un certain
nombre de pays dont Madagascar (contribution de 27 000 USD entre 2006 et 2011) à destination de
cette organisation internationale au travers d’un compte ouvert à la Banque centrale au lieu d’un
compte au Trésor Public comme ce devrait être le cas pour la collecte d’une taxe publique. Une taxe
sur les billets est plus facile à mettre en place qu’une taxe de départ qui suppose un guichet de
paiement à l’aéroport où à une taxe sur le kérosène.
Selon les consultants, une taxe verte sur les billets d’avion doit être prélevée sans distinction sur
tout billet d’avion partant et arrivant à Madagascar pour être en conformité avec les règles
internationales du transport aérien. Les produits seront collectés dans un compte courant au Trésor
auquel aura accès directement la fondation gestionnaire concernée par le financement des aires
protégées. Il existe deux fondations environnementales à Madagascar potentiellement concernées :
Tany Meva (créée en 1996) et la FAPBM (créée en 2005).
Les textes nécessaires (modèles disponibles élaborés par le cabinet FTHM) à la mise en place sont :
Loi de finances autorisant la perception d’une taxe sur le montant d’un billet d’avion ;
Décret en Conseil de ministres déterminant les conditions d'assiette, de taux et de
recouvrement de la taxe ;
Arrêté interministériel portant ouverture d’un compte de dépôt au nom de la Fondation
auprès de la Recette Générale d’Antananarivo ;
65
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
66
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Figure 17 : Gestion des financements de la taxe sur les billets (FTMH, 2010)
Figure 18 : Simulation du rendement de la taxe sur les billets d'avion (FTMH, 2010)
Questions en suspens :
Pourquoi la proposition n’a pas été adoptée ? Est-ce lié à un conflit avec le tourisme ? Le
prélèvement déjà effectué sur les billets au départ pour UNITAID, n’est-il pas un obstacle ?
3.2.3. La réorientation d’une fraction des ristournes vers les aires protégées
La fiscalisation de filières commerciales basées sur l’exploitation des ressources dans la NAP ou
dans sa périphérie par des communautés locales riveraines impliquées dans la cogestion du site est
une option possible du financement des NAP.
Deux leviers sont envisageables, qui peuvent avantageusement se combiner : l’un consistant à
affecter une fraction du produit des ristournes au financement des aires protégées ; l’autre consistant
à augmenter le montant des ristournes sur certains produits à forte valeur ajoutée.
67
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
S’il n’est pas pertinent de chercher à détourner vers le gestionnaire de l’AP la part des ristournes
revenant aux Communes alors même qu’elles ont une responsabilité à jour dans la cogestion de
l’AP et que leurs ressources budgétaires sont particulièrement contraintes pour remplir cette tâche ;
le partage des ristournes sur les produits à l’exportation fait déjà l’objet d’une clé de répartition à
l’échelle de la Région.
Figure 19 : Clé de répartition des ristournes à l'export sur la vanille dans la SAVA
Quartier mobile;
10%
Organe Mixte de
Conception de la
Région (OMC REG); Commune urbaine;
10% 5%
Cette clé de répartition fixée par l’exécutif régional pourrait être modifiée pour y inclure le(s)
gestionnaire(s) des NAP d’une manière générale ou des NAP d’origine des produits taxés (ce qui
suppose des capacités de suivi). Une augmentation conjointe du taux (décidé lui aussi à l’échelle
régionale) permettrait de dégager les ressources sans que la nouvelle clé de répartition faisant une
place au(x) gestionnaire(s) d’AP ne lèse les autres parties.
A des degrés divers, chaque région est engagée dans un processus de renforcement de la
réglementation des filières clés afin d’améliorer la qualité des filières stratégiques (respect du
calendrier des récoltes par exemple pour la vanille) et d’augmenter leurs recettes, l’organisation de
marchés réglementés pour la commercialisation favorisant l’amélioration du taux de recouvrement
des ristournes et l’efficacité du recouvrement.
L’enjeu pour la mise en place d’un tel mécanisme est de créer l’arène politique de cette discussion
et de disposer d’une fenêtre d’opportunité politique. Dans le cas de la SAVA, qui perçoit les
ristournes de la vanille, la Commission forestière réunissant les parties prenantes du secteur est
apparue au DDR comme l’enceinte appropriée pour introduire le sujet. Le processus devra être
préparé avec chaque partie prenante en amont d’un atelier.
En matière de justification, la Région s’est avérée sensible à l’argument du maintien et du
renforcement par les gestionnaires d’aires protégées des services écosystémiques dont dépendent les
chaînes de valeur implantées dans et autour des aires protégées (rémunération de la biodiversité
comme bien public). Un argument complémentaire est celui de la garantie en matière de sourcing
durable que des aires bien gérées (c’est-à-dire dont le plan d’aménagement, avec ses règles de
gestion des ressources naturelles, est respecté) peuvent apporter à des chaînes de valeur.
68
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Les arrangements contractuels à construire pour une valorisation des ressources présentes dans les
aires protégées ou des services qu’elles apportent bénéficiant à la fois au gestionnaire et aux
populations riveraines dépendent à la fois :
Des droits sur les terres et les ressources reconnus au sein des aires protégées et sur les
terroirs occupés par les populations riveraines (en fonction de leur statut et des règles –
régime – de gestion qui s’y appliquent) ;
Des droits (statut) du gestionnaire de l’aire protégée ;
Des ressources naturelles renouvelables utilisées ou exploitées à des fins commerciales ;
Si l’on entend par régime foncier le rapport – défini par la loi ou la coutume – qui existe entre des
individus ou des groupes relativement aux terres (et par extension aux ressources naturelles qui s’y
trouvent), i.e. les règles déterminant qui peut utiliser quelles ressources pendant combien de temps
et dans quelles conditions, quel régime foncier prévaut dans les NAP ?
Le régime juridique applicable au NAP est-il dérogatoire par rapport au régime foncier et à
celui sur les écosystèmes et sur les ressources ?
Plusieurs régimes peuvent-ils coexister dans une NAP, entre différentes catégories du
zonage ou à l’intérieur même d’une catégorie ?
Le régime applicable aux nouvelles aires protégées (de catégorie V et VI en particulier) est-
il spécifique par rapport à celui des catégories de plus stricte conservation ?
69
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
La loi 2005-019 sur le statut des terres pose dans son article 38 certaines exceptions à l’application
du régime domanial sur « les terres incluses dans les aires soumises à des régimes spécifiques » :
Terrains relevant de l’application de la législation relative aux AP (Code des aires
protégées) ;
Terrains servant de support à la mise en application des conventions signées dans le cadre
de la législation sur la gestion des ressources naturelles (loi Gelose) ;
Terrains juridiquement définis comme relevant du droit forestier (loi 97-017).
70
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
71
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Le régime juridique des aires protégées publiques est défini par le COAP de 2015 et par les lois
domaniales de 2008, mais devra être complété par un régime spécifique annoncé dans la loi
2005-019 du 17 octobre 2005 (art. 38).
72
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Régime foncier
Dénomination UICN Catégorie Dénomination COAP Dénomination Malagasy
applicable
Réserve naturelle
intégrale Réserve Naturelle Intégrale
I TAHIRIN-JAVABOAHARY AP publique
Zone de nature (RNI)
sauvage
Parc National (PN)
Parc national II VALAN-JAVABOAHARY AP publique
Parc Naturel (PNAT)
Monument Naturel TAHIRIM-BAKOKA
Monument naturel III AP mixte
(MONAT) VOAJANAHARY
Aire de gestion des
IV Réserve Spéciale (RS) TAHIRIN-JAVABOAHARY AP publique
habitats/espèces
Paysage
Paysage Harmonieux TONTOLO MIRINDRA
terrestre/marin V AP mixte
Protégé (PHP) VOAARO
protégé
Zone de gestion de Réserve de Ressources TAHIRIN-KARENA
VI AP mixte
ressources protégées Naturelles (RRN) VOAJANAHARY
73
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
gestion du domaine privé de l’Etat a immatriculé au profit de particuliers des pans entiers du
domaine forestier national.
L’immatriculation a en effet un coût prohibitif que l’administration forestière est incapable
d’assumer et il que les bailleurs ne sont pas disposés à prendre en charge. Les délégataires de
gestion ont pour leur part des opinions diverses sur l’opportunité d’une telle opération. Les PAG sur
la base duquel se fondent les décrets de création des AP MRPA prévoient en effet la possibilité de la
propriété privée titrée et non titrée à l’intérieur de la zone tampon et hors des zones d’utilisation
durable (espaces dont la gestion a été transférée aux communautés).
Le décret n°2013-785 du 22 octobre 2013 fixant les modalités de délégation de gestion des forêts de
l’Etat à des personnes publiques ou privées, en son art 28, indique que la délégation de gestion
respecte les droits des populations locales riveraines dans la jouissance de leurs droits coutumiers et
d’usages dans les sites, ceux-ci devant être écrits. Ces droits doivent être définis dans le Plan
d’Aménagement et de gestion du site.
Toutefois (art 29), l’exercice des droits d’usage se fait sur la base d’une convention de jouissance
des droits coutumiers, signée entre le délégataire, l’autorité traditionnelle et le représentant local des
Collectivités Territoriales Décentralisées, et approuvée par l’Administration forestière. Elle doit
définir la nature, la quantité, la qualité et les modalités de prélèvement des ressources susceptibles
d’être tirées du site.
Les transferts de gestion des ressources naturelles renouvelables en relation avec une Aire Protégée
peuvent être initiées avant, pendant le processus de création de l’Aire Protégée ou après
l’officialisation de la création définitive du site. Pour les catégories III, V et VI, les transferts de
gestion peuvent avoir des objectifs de conservation ou de production à des fins commerciales qui
doivent être en cohérence avec les objectifs et outils de gestion de l’Aire Protégée. Ils doivent
permettre les droits d’usage des communautés locales ou communautés de base concernées.
Toutefois, tout transfert de gestion créé au niveau de la zone tampon ou la zone de protection ou la
zone périphérique d’une Aire Protégée doit concourir à l’atteinte des objectifs de gestion de l’Aire
Protégée. Selon leur vocation (conservation ou utilisation durable ou exploitation à but commercial)
ou l’ampleur des activités prévues, les transferts de gestion ne peuvent s’appliquer qu’à certaines
catégories d’Aires Protégées.
Les ressources concernées par les contrats de transferts de gestion peuvent être les ressources
forestières, marines et halieutiques, les faunes et flores sauvages, l’eau ou les terroirs de parcours.
Article 203
Pour les transferts de gestion des ressources naturelles renouvelables à vocation d’exploitation en
vue de commercialisation antérieurs à la sortie de l’arrêté de mise en protection de l’Aire Protégée,
l’exploitation doit faire l’objet d’une évaluation avant la création définitive de l’Aire Protégée. Les
prérogatives des communautés de base agréées, bénéficiaires du transfert de gestion ou les
opérateurs privés sous-contractants avec ces communautés de base justifiant d’un droit acquis
réglementaire sont maintenues pendant et après la création de l’Aire Protégée. Des dispositions
spécifiques concernant ces activités doivent être spécifiées dans l’arrêté de mise en protection
temporaire de l’Aire Protégée et le décret de création définitive.
74
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Article 204
Toute activité liée à l’utilisation durable ou la valorisation économique des ressources naturelles à
l’intérieur des transferts de gestion doivent se conformer à la réglementation en vigueur dont
notamment l’acquisition d’une autorisation, le paiement des redevances et selon l’envergure la
réalisation d’une d’étude d’impact telle que prévue par le décret MECIE.
Conformément à la législation en vigueur, la communauté de base bénéficiaire du transfert de
gestion peut établir un contrat de sous-traitance avec des personnes physiques ou morales pour la
valorisation économique des ressources naturelles.
75
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Le modèle Fanamby-Sahanala
Le modèle de Fanamby consiste à organiser les producteurs en associations qui deviendront
membres du Groupement d’Intérêt Economique (GIE) Sahanala, qui se définit comme une « plate-
forme d’associations et coopératives de producteurs, d’associations touristiques locales et
d’opérateurs privés soucieux de l’environnement et du partage équitable ». Fanamby assure, au
travers du GIE, un marché pour la production et les services de ces associations sans pour autant
mettre en relation les associations membres du GIE et les acheteurs, à l’exception parfois des
activités écotouristiques. Une association de producteurs de vanille qui regroupe la production de
ses membres la vend au GIE. Une partie des recettes est placée dans un fonds environnemental, un
fonds social et un fonds d’investissement pour financer les activités du COBA dont les producteurs
sont membres / ou pas affilié à un COBA (KMT, CLP), et en particulier la surveillance des terres
dont la gestion leur a été transférée. Les décisions de gestion du fonds environnemental sont prises
par l’association qui bénéficie des conseils de Fanamby. Le GIE assure les transactions en aval avec
l’acheteur en recherchant la meilleure valorisation économique possible (se positionne sur du
certifié). Sur la marge brute (prix de vente – prix de revient), un pourcentage va à Fanamby qui
l’intègre dans son plan d’affaire (pas forcément fléché par AP, mutualisé sur l’ensemble des NAP),
prime à la communauté, le reste est le bénéfice net de Sahanala). Sahanala fait l’encadrement pour
assurer la qualité, la traçabilité, répondre aux exigences du certificat.
76
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
77
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Impacts de cette approche équitable dans le cas du Loky-Manambato sur la production de vanille :
‒ Certification ECOCERT sous le label Bio-ESR (Equitable, Solidaire, Responsable) ;
‒ Conclure d’un partenariat avec un opérateur privé (seule gestionnaire à l’avoir fait dans la
sur les trois existants dans la Région SAVA) ;
‒ Amélioration des revenus par ménage producteurs de vanille ;
‒ Traçabilité (parcelles référencées) ;
‒ Maitrise des techniques de préparation et de conditionnement par les membres de
l’Association Bio-Vanille ;
‒ Retour à la participation aux actions de lutte active contre les feux de brousse.
Sahanala est aussi un quasi label en s’inscrivant dans une démarche de préservation qui s’articule
autour des points suivants :
‒ une meilleure valorisation économique du travail agricole par le commerce équitable,
‒ des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement et de la santé des consommateurs,
‒ l’organisation commerciale des producteurs,
‒ une relation entre le tourisme durable et l’agriculture locale,
‒ l’orientation vers une gestion durable des actions de conservation et de protection de
l’environnement grâce à la contribution financière des consommateurs,
‒ une compréhension forte entre les producteurs, les distributeurs, les consommateurs et les
acteurs de la protection de l’environnement.
Sur le projet PHCF (CAPAM), une approche similaire est étudiée par WWF, Helvetas et
l’OSDRM. Helvetas jouera le rôle d’expertise technique, WWF fera l’encadrement social, garant
du PAG, structuration communautaire. Les COBA se financeraient à partir d’une redistribution des
revenus des membres ayant vendu de la vanille.
Le déploiement de la REDD et des approches paysage crée aussi une fenêtre d’opportunité ou de la
valeur ajoutée aux opérateurs de la filière (garantie de sourcing durable, label d’origine, qualité de
la production).
78
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Les filières génératrices de revenus. Si le riz constitue la principale production agricole, une part
importante de cette production est autoconsommée ou consommé localement. Seule la fraction
destinée aux marchés urbains fera l’objet de ristournes. Le potentiel de génération de revenus
pouvant revenir au financement de la NAP, sous la forme de partage des bénéfices de groupements
de producteurs, de ristournes ou sous la forme d’accords contractuels, n’est significatif que pour des
cultures de rente à forte valeur ajoutée. La vanille, le girofle, le cacao et le café entrent dans cette
catégorie. En raison des perspectives mondiales de croissance de la consommation liée à la
demande des classes moyennes émergentes asiatiques qui devraient en soutenir le cours
international, le cacao offre des perspectives de croissance soutenue alors que le prix de marché de
la vanille ou du girofle sont particulièrement volatiles.
La filière cacao présente toutefois un certain nombre de faiblesses qui font l'objet d'une réflexion de
la part des différents acteurs qui travaillent depuis plusieurs années à la mise en place d'un cadre
réglementaire comprenant notamment : l'instauration de cartes de producteurs et de collecteurs
(prélèvements/ristournes), mise en place de marchés physiques, mise en place d'un contrôle qualité
des fèves, etc.. De la mise en place de ces mesures dépend la pérennité de la réputation d'excellence
du cacao de Madagascar.
Autres pistes :
‒ Vendre la NAP en tant que paysage ou vendre une région ?
‒ Les labels de qualité
‒ La pérennisation financière façon T’TELO, avec la mise en place d’un Fonds de
Développement de Ruches en leasing (FDR).
79
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
5.2. L’écotourisme
Aperçu du secteur
Les statistiques du Ministère du Tourisme comptabilisent près de 200 000 entrées en 2013 et près de
300 000 entrées en 2016 (contre 375 000 avant la crise). En 2013, les visiteurs non-résidents
venaient pour près de moitié de France métropolitaine (47,45%), d’Italie (15,2%) et de la Réunion
(9,04%). Les recettes du tourisme s’élevaient à près de 300 millions EUR (861,63 Mds Ar) en 2013,
à un niveau presque aussi élevé qu’avant la crise et à 700 millions USD en 2016. Les droits d’entrée
dans les parcs représentent environ 2 millions d’euros.
Figure 26 : Entrées touristiques à Madagascar (1995-2014). Source : Banque mondiale
Il n’existe pas de politique nationale en matière touristique. Dans son exposé des motifs, le Code du
Tourisme (loi n°95-017 du 22 juillet 1995) mentionne cependant la volonté gouvernementale de
libéraliser le secteur pour lui donner « un rôle prioritaire et essentiel dans le développement
économique et social de Madagascar » au travers de la richesse écologique et culturelle de son
patrimoine de sorte que le tourisme « participe de l’aménagement du territoire » et de « la
sauvegarde de l’environnement ». Le tourisme est présenté comme une « industrie en majorité
exportatrice » (art. 2). La loi identifie les « zones d’intérêt touristique » comme les « étendues de
terrains délimitées destinées à l’implantation des entreprises touristiques » dont la délimitation et le
classement sont fixés par voie réglementaire interministérielle et chaque zone doit faire l’objet d’un
plan d’aménagement et d’un cahier des charges approuvé par décret (art. 14).
Tous travaux relatif à la construction, à l’aménagement, et à l’extension des bâtiments
d’hébergement touristique et de restauration doit faire l’objet d’un avis du Ministre chargé du
Tourisme, préalable à l’octroi du permis de construire défini par le Code de l’Urbanisme (art. 62 du
décret 2001-027, fixant les normes applicables aux professionnels du secteur).
Le tourisme a fait (et continue de faire) l’objet d’un appui des bailleurs dans la stratégie
d’aménagement du territoire, notamment dans le cadre des PIC (pôles intégrés de croissance) de la
Banque mondiale.
Options de contractualisation
Selon le projet de décret d’application du COAP, les sources de financement d’une aire protégée
basés sur l’écotourisme peuvent être issues :
1. Taxes sur le tourisme, liées au visa touristique ou indirectement via le transport
aérien (cf. supra)
80
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
2. Droits issus de la mise en concession dans les aires protégées : projet de texte en
préparation, il existe sur législation sur les PPP
3. Recettes issues du développement des activités touristiques : les droits d’entrée, les droits
de prise de vues et de filmage (modalités définies dans le projet de décret d’application,
taux à définir par la réglementation)
4. Redevances relatives aux conventions à caractère commercial ?
5. Redevances issues des activités écotouristiques :
Les deux variables clés du point de vue de l’investisseur, le statut foncier et la durée des droits
constituent les facteurs de la sécurité juridique de l’investissement.
81
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
82
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
83
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
84
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Signé en septembre 2013 pour une durée de 3 ans, l’arrangement institutionnel du PSE Eau de
Tolongoina est relatif à un accord entre des associations d’usagers des sols en amont du bassin
versant (fournisseurs de SE), d’une part, et des entités considérées comme bénéficiaires d’un service
environnemental (association d’usagers de l’électricité, entreprise exploitante de la centrale, la
commune propriétaire des infrastructures et bénéficiaire de l’approvisionnement électrique pour
l’éclairage public), d’autre part.
Un comité de bassin multipartite (KOMSAHA, formé par des représentants de chaque entité
concernée) assure la régulation et la gestion du mécanisme. Le paiement est obtenu directement
auprès des bénéficiaires (prélèvement direct sur le montant de la consommation mensuelle de
chaque usager ; contributions directes pour l’entreprise et la commune). Il est géré par le Comité du
bassin pour financer son fonctionnement (contrôle, gestion) ainsi que pour financer des microprojets
85
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
basés sur des demandes provenant des usagers des sols – regroupés dans une association (TAMIS)
et dans les 3 communautés de base (COBA) bénéficiant de transferts de gestion compris dans le
bassin versant – visant à accompagner/renforcer/faciliter leur adaptation aux règles établies et
convenues.
Madagascar est entrée dans la REDD+ par le biais des projets pilotes (2006) : trois projets de
génération de crédits carbone (Makira, CAZ, COFAV) et deux projets de méthodologie carbone
(FORECA, PHCF).
86
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
L’aire protégée de Makira dans le Nord-est de l’île / Wildlife Conservation Society (WCS)
Via l’accord signé avec le gouvernement malgache en 2008, Makira Carbon Company vend depuis
début 2013 les crédits carbone issus des aires protégées à 10 US $ la tonne sur les marchés
volontaires (Holmes, 2011). D’après WCS, la création du parc de Makira permettrait d’éviter 9
millions de tonnes d’émissions de carbone estimées sur plus de 30 ans. L’ONG de conservation
assure que la moitié des revenus générés en contrepartie de la fixation de carbone seront remis aux
communautés locales vivant à l’intérieur et autour de l’aire protégée.
87
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
88
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
conçu selon les exigences réglementaires sur le plan national et international, Ambatovy a mis en
œuvre des programmes de compensation environnementale et a pris l’engagement d’appuyer la
conservation de forêt équivalent à neuf fois la surface de la mine qu’elle va exploiter. Outre les
activités du site d’Ankerana, dans le CAZ, Ambatovy appuie également la conservation du site de
Torotorofotsy dans le district de Moramanga.
89
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
la gestion forestière améliorée ($9,6). Un prix trop bas compromet l’équilibre financier du
projet.
La part revenant au gestionnaire couvre environ 10% des besoins de fonctionnement de l’aire
protégée.
Le futur de la REDD+ est incertain dans le cadre des mécanismes sous contrôle de la
convention (échangeables entre Parties dans le cadre du nouveau mécanisme que doit créer
l’accord) comme en dehors de celui-ci (éligibilité des crédits REDD+ sur les marchés
domestiques). Le marché d’échange pour l’aviation civile pourrait constituer un dé bouché.
Le futur des projets s’écrit dans le cadre de leur « imbrication » aux programmes
juridictionnels.
L’analyse la plus récente du changement du couvert forestier national conduite en 2007, donne pour
1990 une superficie d’environ 10,7 millions d’hectares et d’environ 9,725 millions d’hectares en
2005. Le taux de déforestation annuel a chuté de 0,83% pour la période 1990-2000 à 0,53% entre
2000 et 2005.
Madagascar dispose d’une superficie d’environ 600 millions d’ha soit plus de 15% de couverture en
forêt primaire, dont 7 millions (11,9%) sont intégrés dans le système d’aires protégées. Le pays a
perdu plus de 80% de sa couverture forestière originelle. La déforestation annuelle de l’ordre de
0,4% pour 2005 à 2010.
Madagascar s’est engagée dans le processus de préparation à la REDD+ – avec l’appui de l’ONU-
REDD (FAO, PNUD, PNUE) et du Fonds de partenariat pour le carbone forestier (FCPF) de la
Banque mondiale – avec la soumission et la validation en 2014 de sa feuille de route (R-PP,
90
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
91
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
92
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Projet Paysages durables dans l’Est de Madagascar financé par le Fonds Vert pour le Climat
Conservation International Madagascar et Althelia Ecosphere, à travers l’Unité de projet CI-FVC et
la Banque européenne d’investissement (BEI), ont sollicité l’appui du Fonds Vert pour le Climat
(FVC) pour la mise en œuvre du Projet « Paysages durables dans l’Est de Madagascar ». Les
objectifs de ce projet sont de développer et d’appliquer une approche de « Paysages adaptés au
Climat » (Climate Smart Landscape), afin d’améliorer la résilience sociale et environnementale face
au climat des petits paysans agricoles, de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) issues
de la déforestation et de canaliser les financements du secteur privé vers des investissements
climatiques qui transforment les moyens de subsistance et les conditions de vie. Le Projet sera mis
en œuvre au sein des paysages des Corridors forestiers d’Ambositra-Vondrozo (COFAV) et
d’Ankeniheny-Zahamena (CAZ) dont CI a la délégation de gestion.
Le projet combinera trois flux de financement : (i) des interventions du secteur public (mises en
œuvre par CI) financées par une subvention ; (ii) des investissements du secteur privé qui seront
réalisés au travers d’un fonds d’investissement (avec notamment une participation au capital du
FVC au travers de la BEI et l’émission d’obligations vertes par la BEI), et (iii) l’établissement au
cours du projet d’un fonds fiduciaire, Madagascar Sustainable Landscapes Fund (avec une dotation
initiale en capital du FVC et progressivement capitalisé ensuite avec les retours sur investissement
(principal et intérêts) du Fonds d’Investissement. Ce fonds d’investissement sera mis en œuvre au
sein de paysages supplémentaires qui seront encore à identifier. D’autres zones seront également à
identifier conjointement avec l’Agence de Développement de l’Électrification Rurale (ADER) pour
la mise en œuvre d’activités en matière d’énergie renouvelable.
93
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
La conservation de la biodiversité est la raison d’être des conventions signées entre certains
opérateurs miniers avec les gestionnaires de NAP au titre de leurs obligations en matière de
compensation des dommages à la biodiversité.
94
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Annexes
95
Mécanismes de financements innovants des Aires Protégées à Madagascar
Contrat N°37-16/C/MRPA - Rapport de démarrage 09/03/2017
Annexe – Bibliographie
96