Retrouver ce titre sur Numilog.
com
Retrouver ce titre sur Numilog.com
CERCLE LINGUISTIQUE
D'AIX-EN-PROVENCE
TRAVAUX 14
LE VERBE
Centre des Sciences du Langage
1997
Publications de l'Université de Provence
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Université de Provence
Service des Publications
Dépôt légal - 3"Trimestre 1997
ISSN - N°0760-7822
ISBN - N° 2-85399-405-8
Retrouver ce titre sur Numilog.com
CONSEIL D'ADMINISTRATION DU CL.AIX
Paul GARDE
Président d'honneur
Christian TOURATIER
Président
Daniel BRESSON
Vice-Président
Marie-Christine HAZAËL-MASSIEUX
Secrétaire
Françoise DOUAY
Anna DURAND
Renaud MÉRY
Valeriu RUSU
Charles ZAREMBA
Comité de Rédaction des "Travaux"
Daniel BRESSON
Paul GARDE
Marie-Christine HAZAËL-MASSIEUX
Renaud MÉRY
Christian TOURATIER
Charles ZAREMBA
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Retrouver ce titre sur Numilog.com
SOMMAIRE
Approche morphologique
Christian Touratier,
"Description morphologique comparée duverbe" 11
AnnaDurand-Deska,
"Sur la morphologie de l'imperfectif' 45
ÉvaAgnel,
"Le verbe «être» en finnois et en hongrois : morphologie" 59
Philippe Cassuto,
"Remarques sur les verbes hébreux à troisième radicale taw" 71
Approche systématique
Marguerite Guiraud-Weber,
"Les catégories grammaticales du verbe russe" 79
Kate Howe,
"Le verbe en créole : syntaxe, sémantique et importance
pour la linguistique théorique" 91
Christian Touratier,
"Propositions pourune analyse morphématique du verbe arabe" 121
RemoMugnaioni
"Aperçu dusystème verbal en sumérien" 135
Approche sémantique
Renaud Méry,
"Aspects de la sémantaxe du verbe anglais" 165
Daniel Bresson et Dominique Batoux,
"Les préverbes et l'expression dudéplacement orienté en allemand :
Des constructions analytiques aux constructions opaques" 183
Joëlle Gardes-Tamine,
"De l'intérêt stylistique du verbe" .......................... 201
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Présentation
Ce numéro des Travaux du Cercle Linguistique d'AIX-en-Provence est
consacré au verbe d'un certain nombre de langues assez différentes, qu'il étudie
selon des points de vue également différents mais complémentaires.
Les quatre premiers articles ont une préoccupation purement morphologique.
Ainsi, après avoir rappelé les grands concepts de l'analyse morphologique et montré
que la structure morphologique du verbe est une structure au sens algébrique du
terme, Christian Touratier représente la structure morphologique du verbe d'un
certain nombre de langues romanes, indo-européennes ou non indo-européennes.
Anna Durand-Deska établit les règles phonologiques et morphologiques qui
permettent de dériver tous les suffixes d'imperfectivation du verbe polonais à partir
des deux seules formes de base /aj/ et /iv-a/, et précise les particularités formelles
du radical qui font que ces deux suffixes sont en distribution complémentaire.
Éva Agnel s'intéresse à la morphologie des temps et des modes du verbe
«être» en finnois et en hongrois, et montre que si lenni et vantii sont deux
lexèmes verbaux différents en hongrois, lie- du potentiel lienen «je serai proba-
blement» et ol- de l'infinitif olla «être» ou du présent olen «je suis» et ne sont
que deux variantes d'un même lexème en finnois.
Plus philologue, Philippe Casuto cherche à classer les verbes hébreux dont
la troisième consonne de la racine est un taw, à cause du problème morpholo-
gique que posent ces radicaux verbaux lorsqu'ils sont suivis d'un des suffixes
de personne qui commencent également par un taw.
D'autres contributions esquissent une présentation globale du système
verbal d'une langue donnée. Ainsi Marguerite Guiraud-Weber présente, au
niveau de la forme et au niveau de la valeur, les temps, les modes et les aspects
du verbe russe. Elle identifie notamment six types morphologiques différents de
corrélation aspectuelle, et non pas simplement deux, et classe, en fonction du
sens des lexèmes verbaux concernés, les différentes sortes de relations séman-
tiques qui s'établissent entre les imperfectifs et leur correspondant perfectif.
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Après avoir rappelé ce qu'on appelle «langues créoles» et les différentes
théories de la créolisation, Kate Howe étudie, elle, le système verbal du haïtien,
créole d'origine française parlé en Haïti, et celui du papiamentu, créole d'origi-
ne ibérique parlé aux Antilles néerlandaises. Elle fait l'inventaire des marques
formelles mises en œuvre par le verbe de ces deux langues, et montre que le
système "proto-créole" des significations verbales qu'a proposé Bickerton est
souvent mis en difficulté par les valeurs qu'il convient d'associer aux diffé-
rentes marques formelles du haïtien et du papiamentu.
Christian Touratier propose une analyse en morphèmes systématique du
verbe arabe, qui s'intéresse au signifiant et au signifié des morphèmes du
système verbal de l'arabe. Il identifie d'une part les éventuelles variantes de ces
morphèmes, et d'autre part le signifié qui serait susceptible de rendre compte
des différentes valeurs que présentent chacun de ces morphèmes.
Remo Mugnaioni enfin propose la première synthèse en français sur le
système verbal sumérien, "la plus vieille langue écrite de l'humanité", comme
le disait Benveniste dans Les langues du monde. À la complexité de ses diffé-
rents assemblages de préfixes, infixes et suffixes s'ajoutent les incertitudes et
les controverses sur la valeur de certains de ses morphèmes.
La dernière série d'articles pose avant tout des problèmes de description
sémantique. Renaud Méry tente de mettre en évidence un certain parallélisme
entre les faits morphologiques ou syntaxiques et les valeurs sémantiques cor-
respondantes, à l'intérieur principalement des formes verbales anglaises, mais
aussi plus généralement de la phrase anglaise, ce qui le conduit à poser en
termes modérés le problème de l'iconicité.
Daniel Bresson et Dominique Batoux étudient les conséquences séman-
tiques de la particularité morphologique du verbe allemand qu'est l'adjonction
de particules préfixées séparables ou non séparables, et s'intéressent aux signi-
fications que peuvent avoir les préverbes dans les verbes complexes qui expri-
ment un déplacement orienté par rapport à un objet.
Enfin, s'adressant aussi bien aux littéraires qu'aux linguistes, Joëlle Gardes-
Tamine montre, sur des exemples français très suggestifs, notamment de Saint-
John Perse et de Giono, le rôle capital du verbe dans la caractérisation d'un
style, importance qui se fonde d'abord simplement sur son éventuelle fréquen-
ce ou rareté, mais aussi sur son rôle constructeur dans la syntaxe de la phrase,
et sur ses relations privilégiés avec la deixis et l'énonciation.
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Description morphologique comparée du verbe
Si l'on doit analyser le système verbal d'une langue qui n'a pas de tradition
grammaticale, ousi l'on veut décrire le système verbal d'une langue, sans partir
nécessairementde la présentation qu'en donne satradition grammaticale, il faut
identifier tous les morphèmes, c'est-à-dire toutes les unités significatives mini-
males qui entrent dans la constitution des différentes formes quepeut présenter
un verbe de cette langue. Les morphèmes associant par définition un signifiant
et un signifié, oncommencerapar l'analyse morphologique, c'est-à-dire l'ana-
lyse des formes, avant de voir quel signifié il convient attribuer à chacun des
éléments formels identifiés. Mais il nefaut pas s'arrêter en cheminpourdécrire
linguistiquement le verbe d'une langue, l'analyse morphologique n'est en fait
que le premier temps de l'analyse morphématique. On oublie souvent qu'il
convient pour identifier des morphèmes de préciser non seulement les signi-
fiants, mais aussi les signifiés ; sinon, il ne saurait être question de morphèmes,
et donc d'analyse morphématique.
1. Description morphologique
Pour faire l'analyse morphologique d'un ou de plusieurs verbes, il importe,
avons-nous dit ailleurs (cf. Touratier, 1983a, 261), d'abord d'inventorier toutes
les formes différentes que ces verbes peuvent présenter, puis d"'identifier, dans
chacune d'elles, toutes les séquences de phonèmes indépendantes de leur envi-
ronnement, comme le disent les distributionnalistes — «the independent pho-
nemic sequences» (Harris, 1951, 157) —, c'est-à-dire toutes les séquences de
phonèmes qui peuvent en principe commuter dans un environnement donné et
dont l'environnement peut aussi commuter" (Touratier, 1983a, 261). Par
séquence de phonèmes, on entend toute suite constituée d'un ou de plusieurs
phonèmes, c'est-à-dire aussi bien le phonème 1£1 de l'indicatif imparfait tu
chantais que les deux phonèmes /as/ du subjonctif imparfait que tu chantasses ;
les phonèmes d'une même suite pouvant en outre être contigus comme dans /as/
Retrouver ce titre sur Numilog.com
ou non contigus, comme dans /nu... 5/ de nous chantions. Les deux suites de
phonèmeskl et /as/ sont en effet indépendantes de leur environnement, puisque
la première pourrait commuter avec /a/ ou/ara/, ce qui donnerait :
/ty fêHa!(tu chantas) et /ty fâtara/ (tu chanteras),
et puisque toutes les deux pourraient être supprimées, c'est-à-dire en quelque
sorte commuter avec zéro, ce qui donnerait
/ty fat! (tu chantes) et /kd ty fat! (que tu chantes).
Mais dans nous chantons, si l'on peut envisager de considérer /5/ comme une
suite indépendante de /nu/, à cause de l'existence de l'impératif chantons, on
doit bien reconnaître que/nu/ n'est pas totalement indépendant de sonenviron-
nement, dans la mesure où l'on ne peut dire en français ni
*tu chantons,
où nous commuterait avec tu, ni
*nous chant,
oùla désinence -ons serait simplement supprimée. Cela veutdoncdire quec'est
bien la suite non continue /nu... 31qui est indépendante de son environnement,
et non pas seulement -ans ou seulement nous, du moins lorsque cette dernière
suite de phonèmes est le premier élément d'une forme verbale. Les suites de
phonèmes ainsi identifiées commeindépendantes de leur contexte représentent
ce qu'on pourrait appelerdes "segments morphologiques" de ta langue étudiée.
Zellig Harris les appelait, lui, «morphemic segments» (Harris, 1951, 157),
c'est-à-dire des segments morphémiques.
a. Unités morphologiques
Dans un deuxième temps, il faut, considérer comme représentant une seule
et même unité linguistique, tous les segments morphologiques qui sont en dis-
tribution complémentaire («having complementary environments», comme le
disait Harris, 1951, 198), et qui correspondentdecefait àdes formesdifférentes
d'une mêmeentité morphologique. Demêmeen effet que des sons en distribu-
tion complémentaire représentent les différentes réalisations d'un même
phonème, de même des segments morphologiques en distribution complémen-
taire représenteront les différentes réalisations d'une même unité morpholo-
gique. Nous proposons de parler alors simplement d'unité morphologique et
non pas, comme le fait Zellig Harris, de morphème ; car pour être sûr qu'une
unité morphologique est le signifiant d'un morphème, il faut, de notre point de
vue au moins, pouvoir en définir le signifié. Donc tant qu'on n'a rien dit sur le
signifié associable à une classe de segments morphologiques, on ne peut pas
Retrouver ce titre sur Numilog.com
être sûr que cette classe corresponde à un morphème. Et comme rien ne prouve
a priori que toute classe de segments morphologiques soit une unité significati-
ve minimale, il convient pour l'instant d'appeler simplement unité morpholo-
gique toute classe de segments morphologiques en distribution
complémentaire. Ceci n'est pas une critique de la position de Zellig Harris,
mais une position différente de la sienne, qui vient de ce que le morphème a été
défini plus haut comme une unité significative minimale.
On dira par exemple que les deux segments 1£1et /i/ de tu chantais et nous
chantions, dans la mesure où ils sont en distribution complémentaire, appar-
tiennent à la même unité morphologique, qu'on appellera alors l'unité morpho-
logique d'Imparfait avec un i majuscule pour la distinguer du temps qu'on
appelle traditionnellement l'imparfait, qui, lui, désigne toute la forme verbale
concernée, et non pas seulement la classe des deux segments morphologiques
Itl et /i/. On considérera aussi comme des réalisations de la même unité mor-
phologique les segments /as/, lisl, /ys/ que présentent les imparfaits mis au sub-
jonctif, le segment /ke/ étant, lui, un segment morphologique de Subjonctif,
dans la mesure où on le trouve aussi bien dans le subjonctif imparfait que tu
chantasses qu'au subjonctif dit présent que tu chantes. Par conséquent l'unité
morphologique d'Imparfait regroupera l'ensemble des segments morpholo-
giques en distribution complémentaire que sont kl, /i/, /as/, /is/ et /ys/.
Lorsque dans un contexte particulier deux unités morphologiques parfaite-
ment identifiées par ailleurs, comme le sont en latin celles de Subjonctif et
d'Imparfait, sont représentées par une seule suite de phonèmes, à savoir /se:/
dans es-se-s «que tu fusses», on ne dira pas que l'on a affaire à un segment mor-
phologique, mais à ce qu'on appellera une combinaison morphologique, laquel-
le correspondra, dans l'analyse morphématique, à ce qu'à la suite d'André
Martinet, on appelle un amalgame, lorsque les deux unités morphologiques
ainsi représentées par une combinaison morphologique seront reconnues
comme correspondant toutes les deux à un morphème.
b. Structure morphologique
Pour terminer l'analyse morphologique, il convient, dans un troisième
temps, d'"identifier les différentes classes d'unités morphologiques dont
dispose la langue, en rangeant dans un même paradigme toutes les unités mor-
phologiques qui non seulement commutent entre elles, mais aussi ont les
mêmes distributions ou, ce qui revient au même, ont le même fonctionnement
linguistique" (Touratier, 1983a, 261). L'identification de toutes ces classes
Retrouver ce titre sur Numilog.com
d'unités morphologiques et de leur combinatoire respective permet d'aboutir à
une formule globale et générale qui comprend virtuellement toutes les sortes de
combinaisons d'unités morphologiques qu'est susceptible deprésenter unverbe
donné, formule qui représente donccequ'on peutlégitimementappelerla struc-
ture morphologique du verbe.
Pour établir une telle formule, il faut se donner un certain nombre de
conventions de notation, comme celles que les linguistes générativistes ont
développées dans leurs différentes entreprises de formalisation. Onnotera donc
par le signe#une frontière demots ; onmettra entre parenthèses les unités mor-
phologiques facultatives, et entre deux accolades celles qui constituent une
classe dont un élément est forcément présent dans une forme verbale. Et on
placera sur une mêmeligne, àl'intérieur de deux séries successives decrochets
droits ouvrants et fermants, les catégories qui sont compatibles entre elles, mais
incompatibles avec les catégories placées sur une autre ligne. Cela admis, on
pourra récapituler l'inventaire des unités morphologiques et des classes d'uni-
tés morphologiques qui entrent dans la constitution des différentes formes ver-
bales d'un verbe français donné à l'aide de la formule de la figure 1. Celle-ci
toutefois est partiellement inexacte, parce qu'elle admet d'une part l'existence
théorique de plus de formes surcomposées qu'il n'en existe réellement, alors
que ces dernières ne sont vraiment attestées qu'à l'indicatif de l'actif (voire
fig. 1
dupassif et dupronominal, cf. Grevisse, 1959, 581) ; et d'autre part elle admet
la possibilité théorique d'avoir Composé2enl'absence de Composél, alors que
Retrouver ce titre sur Numilog.com
la série surcomposée contient forcément les deux unités morphologiques
Composé2 et Composé1ensemble. Àces deux inexactitudes de combinatoire
près, la figure 1montre assez bien les différentes classes d'unités morpholo-
giques et leurs compatibilités respectives.
Mais onala surprise deconstater que, contrairement àceque suggère la tra-
dition grammaticale, il n'est pas facile dedistinguer unparadigme des temps et
unparadigme desmodes. Si onconsidère eneffet que le Subjonctifest unmode
et que l'Imparfait, qui peut s'ajouter au Subjonctif, est un temps, on doit alors
admettre que le futur n'est pas un temps, mais qu'il est plutôt un mode, puis-
qu'il jouit des mêmes combinabilités que le Subjonctif : comme lui en effet, il
peut apparaître seul ouse combiner avec l'Imparfait. Manifestement le Futur et
l'Imparfait sont deux unités morphologiques qui n'appartiennent pas au même
paradigme, puisque la présence del'une n'exclut pas celle de l'autre, leur com-
binaison correspondant à ce que les grammaires scolaires appellent le condi-
tionnel. Le cas du Passé est encore plus délicat : alors que, pour la tradition
grammaticale, le passé simple est un temps comme l'imparfait et le futur, on
constate que fonctionnellement il ne peut pas être comparable aux deux autres
prétendus temps. Soit c'est un temps, parce qu'on le considère commeapparte-
nant au paradigme de l'Imparfait, mais alors c'est un temps qui a la particulari-
té de n'être compatible avec aucun mode ; soit c'est un mode, parce qu'on le
range dans le mêmeparadigme que le Subjonctif, mais alors c'est un mode qui
a la particularité de n'être compatible avec aucun temps. Onpréférera peut-être
la première solution, parce qu'elle semble plus proche de l'analyse tradition-
nelle ; mais c'est pourtant la moins satisfaisante. Car manifestement l'unité
morphologique de Passé ressemble au Participe et à l'Infinitif, dans la mesure
où, comme ces deux dernières unités morphologiques, elle ne se combine pas
avec l'unité morphologique de temps qu'est l'Imparfait. Il est préférable donc
de dire que le Passé est, comme le Participe et l'Infinitif, un mode, ce qui est
malgré tout une certaine simplification, dans la mesure oùle Passé n'exclut pas
seulement le Subjonctifet le Futur, mais aussi la combinaison du Subjonctif et
de l'Imparfait, ainsi que celle du Futur et de l'Imparfait.
Il est bien sûr possible de proposer une formule de la combinatoire qui soit
plus juste, en compliquant un peu celle qui a été proposée afin d'exclure au
moins la possibilité de combiner les temps surcomposés avec l'impératif, ainsi
que la possibilité d'employer l'unité morphologique Composé2 seule, cela
donnera la figure 2, qui a comme seul inconvénient de mentionner trois fois
l'unité morphologique Composé1 : cette dernière apparaît en effet une fois
Retrouver ce titre sur Numilog.com
fig. 2
seule, une seconde fois sur la mêmeligne et en mêmetemps que Composé2, et
une troisième fois en combinaison possible avec l'Impératif. Il faudrait compli-
quer encore un peu plus cette formule, si l'on tenait à supprimer la possibilité
d'avoir des passés antérieurs surcomposés, qui, si l'on en croit les grammai-
riens, ont toute chance de ne pas exister.
c. Représentation graphique
Il est possible représenter la structure morphologique à laquelle correspond
notre formule par un graphe, c'est-à-dire par un dessin formé à l'aide d'un
ensemble de points et de flèches, que les mathématiciens appellent respective-
ment sommets et arcs, les arcs reliant de façon orientée les sommets entre eux.
Dans le graphe de la figure 3, qui représente la combinatoire de cette formule
sans les unités morphologiques de personne ni celle de Passif, les points cor-
respondent aux différentes combinaisons d'unités morphologiques detemps, de
modes et d'aspects qui entrent dans la constitution des formes verbales d'un
verbe français, et les flèches aux relations d'inclusion qui existent entre ces dif-
férentes combinaisons d'unités morphologiques. L'intérêt d'une telle représen-
tation graphique, c'est de montrer clairement que la dénomination de structure
morphologique que nous utilisons pour désigner la combinatoire des unités
morphologiques du verbe français n'est pas un vain mot ni une simple expres-
sion à la mode. Car l'ensemble de points et de flèches de la figure 3
Retrouver ce titre sur Numilog.com
fig. 3 : structure morphologique
constitue très exactement ce qu'en mathématiques on appelle une structure
algébrique, laquelle peut fort bien être décrite en termes mathématiques précis.
En mathématiques en effet, "on appelle structure un ensemble d'éléments
muni de certaines relations, <et de> certaines opérations" (van Hout, 1973,
259). Et l'on s'intéresse à quelques structures fondamentales comme le grou-
poïde, le monoïde, le groupe et le treillis. Un groupoïde est un "ensemble muni
d'une opération interne partout définie" (van Hout, 1973, 259). Unmonoïde est
un "groupoïde dont l'opération interne est associative, et qui possède un
élément neutre" (van Hout, 1973, 260). Un groupe est un "monoïde symétri-
sable par rapport au neutre" (van Hout, 1973, 260). Et un treillis (ou réseau
ordonné) est "un ensemble muni d'une relation d'ordre large <... et> de deux
opérations associatives" (van Hout, 1973, 259).
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Si, comme les grammaires scolaires, on ne prend pas en compte les formes
surcomposées, les unités morphologiques des temps de l'indicatif et du sub-
jonctif sont construits à partir de deux ensembles à trois éléments :
E= {Fut, Impf, Compl}
F= {Subj, Impf, Compi}
qui, étant ordonnés par la relation d'ordre d'inclusion et subissantles deuxopé-
rations associatives que sont l'intersection et l'union, correspondent donc à
fig. 4 : treillis (<p(E),c))
deux treillis, à savoir le treillis (çp(E),c) et le treillis (Çp(F),c). Mais si l'on
prend en compte les temps surcomposés, les combinaisons d'unités morpholo-
giques des temps de l'indicatif et dusubjonctif sont construites àpartir de deux
ensembles à quatre éléments :
E' = {Fut, Impf, Compl, Comp2}
F' = {Subj, Impf, Compl, Comp2}
qui, étant ordonnées par la relation d'ordre d'inclusion et subissant de façon
presque systématique les deux opérations associatives que sont l'intersection et
l'union, ne correspondent pas exactement aux deux treillis (çp(E'),c) et
(sp(F'),c), mais seulement à des sous-treillis de ces deux treillis. Le treillis
($P(E'),c), quereprésente la figure 5, suppose eneffet plus decombinaisons des
éléments de l'ensemble E' que n'en présente la conjugaison française. Celle-ci
n'est qu'une partie du treillis (^(E'),c), qui exclut de ce dernier tous les
Retrouver ce titre sur Numilog.com
couples formés àpartir duseul élémentComp2; car àchaque fois qu'une com-
binaison d'unités morphologiques contient Comp2, elle contient aussi obliga-
toirement Compl. Laconjugaison française exclut donc dutreillis (ÇP(E),c) la
combinaison de Comp2 avec rien, ainsi que les couples (Fut,Comp2) et
fig. 5 : treillis (p(E'),c::»
(Impf, Comp2) et le couple (Fut, Impf, Comp2), lesquels sont, dans la figure 5,
imprimées en relief. Ces deux parties de treillis, qui sont incluses dans chacun
des treillis et sont elles-mêmes des treillis pour la relation d'ordre d'inclusion,
et qui ont la même borne inférieure, à savoir 0, et les mêmes bornes supé-
rieures, à savoir respectivement la combinaison (Fut,Impf,Compl,Comp2) et la
combinaison (Subj,Impf,Comp1,Comp2) que les treillis (çp(E'),c) et (ÇP(F'),c),
sont donc ce qu'on appelle des sous-treillis de (çp(E'),c) et (ÇP(F'),c). Mais il
faut ajouter que ces deux sous-treillis forment une seule structure unifiée, dans
la mesure où les ensembles à partir desquels ils se construisent ont une inter-
section non vide constituée des trois unités morphologiques Impf, Compl et
Comp2. Ces deux sous-treillis ont ainsi en commun deux unités morpholo-
giques et trois combinaisons d'unités morphologiques, et en propre chacun une
Retrouver ce titre sur Numilog.com
unité morphologique et cinq combinaisons d'unités morphologiques, qui sont
en quelque sorte symétriques.
Àces deux sous-treillis à partir d'ensemble à quatre éléments s'ajou-
tent deux autres sous-treillis, qui, eux, sont formés sur les ensembles à
trois éléments :
1= {Part, Compl, Comp2}
J = {Inf, Compl, Comp2}
et sont des parties des treillis (çp(I),c) et (Çp(J),c), ainsi quedeux treillis formés
sur les ensembles à deux éléments :
G= {Passé, Compl}
H= {Impér, Compi}
Les deux nouveaux sous-treillis excluent en effet comme les deux treillis pré-
cédemment définis la présence de Comp2 sans celle de Compl. Et les deux
fig. 6
Retrouver ce titre sur Numilog.com
dernières structures sont des treillis et non des sous-treillis, parce qu'elles ne
connaissent pas de formes surcomposées, les grammaires ne signalant ni impé-
ratif surcomposé ni passé antérieur surcomposé. Les deux sous-treillis ont en
commun entre eux, avec les deux treillis et avec les deux sous-treillis précé-
dents d'être formés surdes ensembles qui ont une intersection non vide, consti-
tuée suivant les cas par les deux unités morphologiques Compl et Comp2 ou
par la seule unité morphologique Compl. Et c'est l'existence d'une telle inter-
section qui fait de ces six sous-treillis ou treillis une structure complexe forte-
ment unifiée, comme le montre la figure 3.
Si maintenant on supprime, comme dans la figure 6, l'orientation des
flèches dugraphe qui notait la relation d'ordre d'inclusion, il est possible, d'in-
terpréter le résultat graphique en termes de géométrie dans l'espace. On
remarque d'abord, dans le volume parallélépipédique de la partie inférieure,
trois plans verticaux deface et parallèles, qui correspondent auxtrois aspects de
la conjugaison française. L'ensemble des points du plan du fond sont en effet
des temps simples, c'est-à-dire des temps sans unité morphologique d'aspect,
ceux du plan médian des temps composés, c'est-à-dire des temps contenant
l'unité morphologique Composé1, et ceux du premier plan des temps surcom-
posés, c'est-à-dire des temps qui contiennent les deux unités morphologiques
Composé1 et Composé2. Ces trois plans parallèles sont évidemment plus
grands que les trois rectangles du volume parallélépipédique : on les retrouve
dans ce qu'on pourrait appeler les quatre parties de la queue de la comète de
cette représentation géométrique. Toujours dans le volume parallélépipédique,
les trois plans verticaux de profil, qui sont également parallèles, représentent,
eux, desmodes : le plan qui est àdroite ne contient que des futurs oudes condi-
tionnels, c'est-à-dire des temps formés avec l'unité morphologique deFutur, le
plan qui est àgauche necontient que des subjonctifs, et le plan qui est au centre
que des formes verbales dépourvues d'unité morphologique de mode, c'est-à-
dire ce que la grammaire scolaire appelle des temps de l'indicatif. Quant aux
deux plans horizontaux restants duparallélépipède, le plan inférieur est le plan
des formes verbales qui contiennent l'unité morphologique d'Imparfait, que
l'on peut considérer comme la seule unité morphologique de temps ; et le plan
supérieurest le plan detoutes les formesverbales qui necontiennentpasd'unité
morphologique de temps, et que la grammaire scolaire a tendance à considérer
commedes présents.
On voit clairement que, dans cette organisation de plans sécants, les points
qui correspondent aux plus grands éléments des deux sous-treillis sont à l'inter-
Retrouver ce titre sur Numilog.com
section de trois plans différents. La combinaison (Fut,Impf,Compl,Comp2), qui
correspond au conditionnel passé surcomposé, est en effet à l'intersection du plan
vertical de face de la combinaison des unités morphologiques Composé1 et
Composé2, du plan vertical latéral de droite de l'unité morphologique de Futur et
du plan horizontal inférieur de l'unité morphologique d'Imparfait. De la même
façon, la combinaison (Subj, Impf, Compl, Comp2), qui correspond au subjonc-
tif plus-que-parfait surcomposé, est à l'intersection du plan vertical de face de la
combinaison des unités morphologiques Composé1et Composé2, du plan verti-
cal latéral de gauche de l'unité morphologique de Subjonctif et du plan horizon-
tal inférieur de l'unité morphologique d'Imparfait.
À l'ensemble de ces plans parallèles et de ces plans sécants, il faut
ajouter quatre segments de droite parallèles entre eux et parallèles aux deux
plans du Subjonctif et du Futur, qui par eux-mêmes ne peuvent délimiter des
plans, mais appartiennent forcément à des plans parallèles aux deux plans
du Subjonctif et du Futur, et qui représentent donc les quatre autres modes
de la conjugaison française.
d. Grammaire formelle
Si la structure morphologique du verbe français est une structure algé-
brique que l'on peut représenter par un graphe ou mettre en formule, il
devient parfaitement possible d'écrire la grammaire formelle susceptible
d'engendrer toutes les combinaisons d'unités morphologiques qui sous-
tendent la conjugaison française et finalement toutes les formes verbales de
cette conjugaison. Et une fois cette grammaire formelle écrite, il sera facile
de rédiger un programme informatique qui simulera cette description du
verbe français, et du même coup permettra de tester l'ensemble de l'analy-
se morphologique proposée.
On sait qu'une grammaire formelle (en anglais :generative grammar) est un
automate abstrait défini par le quadruplet que forment :
1) un vocabulaire auxiliaire VA,
2) un symbole de départ appelé axiome, qui appartient au vocabulaire
auxiliaire,
3) un vocabulaire terminal VT,
et 4) un ensemble fini de règles, dites règles de formation ou de dérivation, de
la forme S --->T, où S et T sont des suites de l'union de VAet de VT, et où
la flèche —>est une opération qui remplace la suite S par la suite T.
Retrouver ce titre sur Numilog.com
Publications de l'Université de Provence
29, avenue Robert Schuman- 13621 Aix-en-Provence - Cedex 1
Participant d’une démarche de transmission de fictions ou de savoirs rendus difficiles d’accès
par le temps, cette édition numérique redonne vie à une œuvre existant jusqu’alors uniquement
sur un support imprimé, conformément à la loi n° 2012-287 du 1er mars 2012
relative à l’exploitation des Livres Indisponibles du XXe siècle.
Cette édition numérique a été réalisée à partir d’un support physique parfois ancien conservé au
sein des collections de la Bibliothèque nationale de France, notamment au titre du dépôt légal.
Elle peut donc reproduire, au-delà du texte lui-même, des éléments propres à l’exemplaire
qui a servi à la numérisation.
Cette édition numérique a été fabriquée par la société FeniXX au format PDF.
La couverture reproduit celle du livre original conservé au sein des collections
de la Bibliothèque nationale de France, notamment au titre du dépôt légal.
*
La société FeniXX diffuse cette édition numérique en vertu d’une licence confiée par la Sofia
‒ Société Française des Intérêts des Auteurs de l’Écrit ‒
dans le cadre de la loi n° 2012-287 du 1er mars 2012.