Séance Dédiée À La Pathologie Du Pancréas: New Pancreatic Diseases Contribution of Imaging Procedures
Séance Dédiée À La Pathologie Du Pancréas: New Pancreatic Diseases Contribution of Imaging Procedures
COMMUNICATION
L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêt en relation avec le contenu de cet article.
Philippe LÉVY *
RÉSUMÉ
Le pancréas est un organe profond dont l’exploration repose sur l’imagerie. Celle-ci doit être
d’excellente qualité tant pour l’exécution que pour son interprétation. Une tomodensi-
tométrie en coupes fines et une pancréato-IRM avec des reconstructions canalaires centrées
sur le canal pancréatique principal sont les fondements du raisonnement. Elles peuvent être
complétées par une échoendoscopie en seconde ligne. Ces dernières années ont vu se
développer le concept de formes familiales d’adénocarcinome pancréatique (syndromique
ou non) qui posent de difficiles problèmes de dépistage, de pancréatectomie totale prophy-
lactique et de conseil génétique (encore très pauvre aujourd’hui). La découverte et la
connaissance des tumeurs intracanalaires papillaires et mucineuses du pancréas ont révolu-
tionné la pancréatologie au point de presque devenir un problème de santé publique tant leur
fréquence semble élevée dans la population générale. L’histoire naturelle de cette affection
commence à être mieux connue à moyen terme (<10 ans) mais pas au-delà. Ici encore, un
bilan soigneux doit être réalisé pour que la décision de résection ou de surveillance soit prise
à bon escient. Les pancréatites auto-immunes ont fait entrer la pancréatologie dans le
domaine de la médecine interne. Cette affection qui peut prendre une forme pseudo-tumorale
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très trompeuse est le plus souvent diagnostiquée sur un faisceau d’arguments au sein
desquels l’imagerie est prépondérante. Le contexte en facilite parfois le diagnostic. C’est une
affection très cortico-sensible.
SUMMARY
Imaging methods are crucial for investigating the pancreas, a deep-seated organ. Technical
and analytical parameters must be optimized for accurate interpretation. Thin-slice CT and
pancreatic MRI are the principal methods, while endoscopic ultrasonography is a second-
line procedure. The concept of familial (syndromic or non syndromic) pancreatic cancer
has emerged in recent years, leading to complex management decisions. Genetic counseling
is poorly developed in this specific setting, and the place of prophylactic total pancreatec-
tomy remains to be established. Better knowledge of intraductal papillary neoplasms of the
pancreas (IPMN) has led to a revolution in pancreatology. IPMN is frequent and may soon
emerge as a public health problem. Its natural history is well known in the medium term
(<10 years) but not in the longer term. A careful workup is necessary before choosing
between pancreatic resection and watchful waiting. Autoimmune chronic pancreatitis
(AICP) is a problem of internal medicine. AICP has a pseudo-tumoral aspect in 30 % of
cases. Diagnosis relies on a body of evidence, particularly imaging data and the clinical
context. AICP is usually highly steroid-sensitive.
INTRODUCTION
Dire que les progrès en médecine ont suivi ceux des sciences dures est presque une
tautologie. Les possibilités d’exploration du corps humain ont été accompagnées
par l’amélioration des techniques d’imagerie, celles-ci étant sous la dépendance
des avancées en sciences physiques et depuis 20 ans, en informatique. Et si l’on
explore mieux, plus finement, plus profondément, il est naturel que les esprits
curieux, innovants et synthétiques découvrent des champs conceptuels nouveaux,
en particulier de nouvelles maladies. La pancréatologie n’a pas échappé à ces règles.
Le pancréas est un organe profond, impalpable au sens propre, pour lequel les
explorations biologiques sont assez limitées et peu performantes en dehors de
quelques exceptions. Nous allons voir rapidement quelles sont ces nouvelles tech-
niques et les affections qu’elles ont permis de découvrir et de mieux caractériser.
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La gravure des données brutes sur des CD-Rom permet la multiplication des images
sans surcout et surtout de « retravailler » celles-ci a posteriori, le radiologue
naviguant dans tous les plans de coupes, modifiant l’orientation et l’épaisseur de
celles-ci comme s’il avait en main un joystick. De fait, la tomodensitométrie est
devenue l’examen nécessaire et presque suffisant pour le diagnostic et le bilan
d’extension des adénocarcinomes. Cet examen permet aussi de réaliser de véritables
artériographies sans abord vasculaire autre que la simple perfusion intraveineuse du
produit de contraste.
Raisonner sur une affection pancréatique sans une excellente tomodensitométrie
comportant des coupes fines, une hélice sans injection, une au temps artériel et une
au temps veineux, est une véritable faute contre l’esprit.
Jusqu’au début des années 2000, l’obtention d’une imagerie canalaire pancréatique
nécessitait la réalisation d’une pancréatographie rétrograde endoscopique (PRE)
qui, outre un opérateur entrainé et des appareillages endoscopiques dédiés, néces-
sitait une anesthésie générale et entraînait des risques iatrogènes non négligeables,
en particulier des perforations duodénales et des pancréatites aiguës parfois graves.
L’augmentation des performances des machines d’IRM en termes de puissance du
champ magnétique et surtout le développement de l’informatique ont abouti à la
réalisation d’une imagerie canalaire pancréatique (et biliaire) d’excellente qualité et,
à certains égards, supérieure à celle obtenue en PRE, le tout sans presque toucher ni
endormir le malade. C’est grâce à cette technique que les connaissances sur les
tumeurs intracanalaires papillaires et mucineuses du pancréas (TIPMP) ont connu
un tel essor et qu’il est apparu que, par sa fréquence, cette affection devenait presque
un problème de santé publique.
L’IRM est encore en pleine évolution et pleine de promesses. Parmi ces dernières, le
développement récent de l’IRM dite de diffusion, fondée sur la différence de
mobilité des molécules d’eau dans les tissus néoplasiques ou non est très promet-
teuse. L’IRM de diffusion permet de localiser et de caractériser un tissu néoplasique
avec une excellente sensibilité et spécificité [1]. Ainsi, l’IRM est peut-être l’examen
« tout-en-un » de demain permettant le diagnostic, le bilan d’extension d’une
tumeur solides et la caractérisation des tumeurs kystiques.
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Le syndrome de Peutz-Jeghers
Le diagnostic de syndrome de Peutz-Jeghers est le plus souvent établi dès l’âge
pédiatrique ou chez l’adulte jeune devant des épisodes d’occlusion du grêle à
répétition en rapport avec la polypose hamartomateuse. La mise en évidence de
lentigines péri-orificielles (régions péri-orale et péri-anale) et/ou de l’extrémité des
doigts est très évocatrice du diagnostic dans ce contexte. La mutation causale
concerne le gène STK11/LKB11.
Le risque absolu de cancer du pancréas au cours du syndrome de Peutz-Jeghers est
de l’ordre de 8 % à 36 % et justifie la mise en place d’une stratégie de dépistage
systématique.
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Le but principal est de repérer des lésions précancéreuses que sont les TIPMP ou les
lésions de néoplasie intra-épithéliale pancréatique de haut grade (PanIn 3). Ces
foyers sont repérables en échoendoscopie, du moins par les opérateurs les plus
entraînés et au fait des lésions à chercher.
La question suivante qui n’est pas la moindre est : quoi faire en présence de ces
lésions précancéreuses dépistés chez un sujet à haut risque ? Les recommandations
sont de faire une courte pancréatectomie gauche ou une pancréatectomie limitée
focalisée sur la partie du pancréas où les lésions repérées sont les plus nombreuses ou
les plus importantes. La suite dépend des constatations histologiques. En présence
de lésions de dysplasie de haut grade diffuse, a fortiori de carcinome infiltrant, la
discussion porte alors sur la réalisation d’une pancréatectomie totale. Certains
patients posent la question de la pancréatectomie totale préventive dés lors que l’on
sait le sujet à haut risque, avant même l’apparition de lésions évoquant soit une
TIPMP soit une PanIn.
Les TIPMP ont été décrites en 1986 par une équipe japonaise [4]. Elles sont restées
inconnues des gastroentérologues jusqu’au début des années 90 et depuis, elles ont
progressivement envahi les consultations [5].
De quoi s’agit-il ?
Les TIPMP sont dues à la prolifération mucineuse de l’épithélium canalaire pan-
créatique. Cet épithélium sécrète un liquide mucineux en plus ou moins grande
quantité qui va être responsable de la kystisation des canaux secondaires et de la
dilatation du canal pancréatique principal.
Les TIPMP peuvent toucher uniquement les canaux secondaires ou le canal prin-
cipal ou les deux. Elles peuvent être uniques, multiples, continues ou discontinues.
Elles sont plus souvent localisées dans la tête ou dans le crochet. Dans 10 % des cas
environ, elles peuvent être calcifiées et rendre très difficile le diagnostic différentiel
avec une pancréatite chronique.
La découverte d’une TIPMP est de plus en plus souvent fortuite (au moins 60 % des
cas) après un examen d’imagerie fait pour autre chose. La seconde circonstance de
diagnostic est une pancréatite aiguë (13-23 % des cas) de cause non évidente. À ce
titre, une TIPMP doit être systématiquement évoquée devant toute personne ayant
eu une pancréatite aiguë non alcoolique non biliaire au-delà de cinquante ans.
Le diagnostic repose sur la réalisation d’un bilan d’imagerie dont les conditions
techniques doivent être optimales.
Les principaux diagnostics différentiels sont le cystadénome mucineux, le cysta-
dénome séreux et la pancréatite chronique.
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Qui opérer ?
La décision d’opérer on non un malade ayant une TIPMP est une des plus difficiles
de la pancréatologie. La première étape est de s’assurer du diagnostic ce qui n’est pas
toujours aisé.
Une fois le diagnostic établi, l’indication opératoire est impérative en cas d’atteinte
certaine du canal principal, en présence de bourgeon de plus de 5 mm au sein d’un
canal secondaire et sans doute en cas d’augmentation de taille à plusieurs examens
successifs. En présence d’une masse solide, la discussion est identique à celle
conduite pour un adénocarcinome.
Il est de plus en plus rare qu’une indication opératoire soit portée en raison de
symptômes d’une forme bénigne.
Les formes n’atteignant que les canaux secondaires sans signe inquiétant (les
worrysomes des anglosaxons) doivent être surveillées.
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La pancréatite auto-immune (PAI) est une affection connue depuis plus de quarante
ans. Sa première description date de 1961 par Henri Sarles qui notait une forte
élévation des gammaglobulines chez un patient ayant une pancréatite chronique
(PC) idiopathique compliquée d’un ictère sans intoxication alcoolique chronique
associée. Mais c’est seulement en 1991 qu’était décrite une forme pseudo tumorale
sous forme de maladie inflammatoire sclérosante de l’ensemble de la glande pan-
créatique et des voies biliaires. L’examen histologique révélait une infiltration
lympho-plasmocytaire diffuse associée à une fibrose extensive, une atrophie acinaire
et une veinulite pancréatique. En 1995, le concept autonome de PAI était décrit en
faisant le parallèle avec les hépatites auto immunes à partir du cas d’une patiente de
soixante-huit ans présentant une PC idiopathique associée à des anomalies immu-
nologiques. Il a été proposé des critères diagnostiques dépendant du taux de
gammaglobulines (IgG) sériques, de la présence d’auto-anticorps, de l’aspect mor-
phologique du pancréas, d’affections auto-immunes associées, de l’amélioration des
symptômes par une corticothérapie et surtout du type de lésions histologiques [7].
En 2001, l’intérêt du dosage d’une sous classe d’immunoglobulines, les IgG4, dans le
diagnostic de PAI était décrit [8]. Enfin en 2003, le concept de maladie systémique
secondaire à une infiltration diffuse de différents organes par des plasmocytes IgG4
positifs en immunohistochimie était conçu.
Depuis, de nombreuses publications ont proposé des critères diagnostiques variés
fondés sur des anomalies morphologiques (augmentation de la taille de la glande,
disparité de calibre du canal de Wirsung), des anomalies sérologiques (élévation des
γglobulines ou la présence d’auto anticorps) et des lésions histologiques (infiltrat
lymphoplasmocytaire et fibrose pancréatique).
En 2003, l’équipe de la Mayo Clinic rapportait trente-cinq cas de PAI avec infil-
tration lympho-plasmocytaire. Deux formes distinctes de lésions étaient décrites :
une pancréatite sclérosante lympho-plasmocytaire (LPSP) et une pancréatite
idiopathique centro-canalaire (IDCP) [9]. La forme LPSP était similaire aux
données histologiques des séries asiatiques. Une majorité de patients des
séries occidentales présentaient des caractéristiques épidémiologiques, cliniques et
sérologiques proches de l’IDCP.
À cause de ces difficultés diagnostiques et de différences épidémiologiques, un
nouveau concept a été décrit depuis 2010 permettant de classer les PAI en deux
types : type 1 et type 2. Ce concept est fondé sur les données anatomopathologiques.
Toutes les publications font désormais la distinction entre :
— les PAI de type 1, fréquentes en Asie, représentent l’entité décrite initialement.
C’est la manifestation pancréatique d’une maladie systémique à IgG4 appelée
polyexocrinopathie auto-immune à IgG4 ou maladie sclérosante à IgG4. C’est
une maladie systémique fibro-inflammatoire associée à une atteinte multi
organe (pancréas, voies biliaires, tube digestif, rétro-péritoine, glandes salivaires,
prostate, voies urinaires, etc.) et une élévation sériques des IgG4.
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Physiopathologie
PAI de type 1
Les mécanismes physiopathologiques en jeu dans les PAI de type 1 sont d’origine
auto-immune pour différentes raisons. L’atteinte est multi-organe comme une
maladie systémique avec des sites prédisposés aux maladies auto-immunes (glandes
salivaires, rétropéritoine, etc.). Une élévation des IgG4 sériques est présente dans
plus de 80 % des cas. La présence de dépôts de complexes immuns sur les tissus
atteints est fréquente. Les phases d’initiation de la maladie sont probablement dues
à un mimétisme moléculaire. Enfin, la bonne réponse aux traitements anti inflam-
matoires de type corticostéroïdes est un argument majeur.
PAI de type 2
Les mécanismes physiopathologiques en jeu ne sont pas clairement connus et
l’appellation de pancréatite auto-immune est encore controversée et prématurée no-
tamment pour les auteurs asiatiques [10]. La pancréatite de type 2 est isolée, non
associée à d’autres atteintes d’organes, excepté la possible association à une MICI
dans 20-30 % des cas, sans qu’une explication claire soit connue. Cependant, on note
une association avec le même génotype HLA prédisposant : HLA DRB1*0405-
DQB1*0401, la présence de dépôts de complexes immuns fréquents sur la glande
pancréatique, des anomalies histologiques communes (infiltrat lympho-
plasmocytaire), des présentations cliniques pancréatiques similaires et une réponse
positive à une corticothérapie.
Diagnostic de PAI
Porter le diagnostic de PAI est toujours complexe car c’est une maladie rare dont la
présentation peut être atypique et s’apparenter à un adénocarcinome du pancréas.
Avoir des outils diagnostiques performants est un enjeu majeur car la prise en charge
d’un véritable cancer peut être retardée par une corticothérapie prescrite à mauvais
escient ou au contraire des pancréatectomies peuvent être réalisées à tort pour une
PAI. Dans certaines séries chirurgicales, 3 à 5 % des patients opérés (duodénopan-
créatectomie céphalique) pour suspicion de cancer avaient en fait une PAI. Le
diagnostic de PAI est avant tout histologique mais celui-ci est rarement disponible.
À défaut, le diagnostic repose sur un faisceau d’argument au sein duquel l’imagerie
tient une place prépondérante.
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PAI de type 1
Les patients sont âgés en moyenne de plus de cinquante ans dans 80 % des cas et sont
de sexe masculin dans une large majorité des cas (80 %). La présentation clinique
peut être variée
— soit liée à l’atteinte de la glande pancréatique : ictère par compression de la voie
biliaire principale dans sa portion rétro-pancréatique, forme pseudo tumorale,
pancréatite aiguë (plus rare), diabète, insuffisance pancréatique exocrine, etc.
— soit liée à une atteinte extra pancréatique fréquente (> 60-70 % des cas) : ictère par
atteinte spécifique des voies biliaires, syndrome sec, fibrose rétropéritonéale, etc.
Une altération de l’état général est possible et peut mimer un processus néoplasique.
PAI de type 2
Les patients sont âgés en moyenne de quarante ans et le sex ratio est de 1. Les
patients présentent des pancréatites aiguës, le plus souvent bénignes. Un ictère est
possible mais est plus rare. Il n’y a pas d’atteintes extra pancréatiques en dehors
d’une forte prévalence de MICI (maladie de Crohn et rectocolite hémorragique).
Pronostic
Le pronostic est lié au risque de récidive. Le risque majeur à long terme est
l’installation d’une pancréatite chronique évoluée avec une fibrose extensive. Le
risque d’une insuffisance pancréatique exocrine et de diabète est respectivement de
34 % et de 39 %. Un traitement par corticoïdes ou immunorégulateurs (azathio-
prine) ne permet pas de prévenir ce risque d’insuffisance exocrine et endocrine.
Sérologies
IgG4
La sensibilité et la spécificité d’un taux > 135mg/dl sont respectivement de 95 % et
97 % pour différencier une PAI d’une tumeur pancréatique. Environ 5 % de la popu-
lation normale et 10 % des malades ayant un cancer du pancréas ont une élévation des
IgG4 >140mg/dl. Cependant, aucun sujet normal et moins de 1 % des cancers du
pancréas ont une élévation des IgG4> 280mg/dl, contrairement à 53 % des patients
avec PAI. Il convient d’être extrêmement prudent, notamment dans le cas de forme
pseudo tumorale avec ictère secondaire à une compression de la voie biliaire
principale car la PAI est une maladie rare contrairement au cancer du pancréas.
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Imagerie
Aucune technique d’imagerie ne permet de porter le diagnostic de PAI de
manière définitive. Cependant chacune permet d’apporter des arguments supplé-
mentaires. L’association de plusieurs types d’imagerie (notamment CTscan et IRM)
est essentielle.
Les anomalies les plus typiques visualisées en scanographie sont une augmen-
tation globale de l’ensemble de la glande pancréatique associée à une perte de la
lobulation. L’aspect lisse des contours donne une image en saucisse. On peut
noter également :
— une diminution de la prise de contraste périphérique à l’origine d’un halo ou
d’un anneau périphérique (celui-ci signe la présence d’un œdème),
— une involution de la queue du pancréas,
— une prise de contraste de la paroi des voies biliaires épaissies en forme de cocarde,
— des sténoses étagées et suspendues du canal de Wirsung sans dilatation d’amont,
— des formes pseudo tumorales focales ne se rehaussant pas après injection de prise
de contraste (masse hypodense).
L’IRM apporte des données complémentaires essentielles, notamment canalaires
pancréatiques et biliaires. Les anomalies morphologiques parenchymateuses visua-
lisées en scanographie sont retrouvées. On note par ailleurs une perte de l’intensité
en phase T1 et un hypersignal T2 du parenchyme corrélés à l’inflammation de la
glande. Au niveau canalaire, on note des sténoses étagées et suspendues du canal de
Wirsung sans dilatation d’amont même au cours des formes pseudo tumorales
focales. Le canal est dit évanescent, l’inflammation est à l’origine de destructions
canalaires focales. Au niveau biliaire, on note des sténoses focales intra et extra
hépatiques diffuses pouvant mimer la présence d’un cholangiocarcinome.
Rationnel
En cas de forme pseudo tumorale compliquée d’une sténose de la voie biliaire
principale, la distinction entre PAI et cancer du pancréas est souvent difficile,
notamment en cas de douleurs abdominales et d’altération de l’état général chez un
patient âgé de plus de cinquante ans. Par argument de fréquence, le diagnostic
principal à évoquer et à éliminer en priorité est celui de cancer du pancréas. Il
n’existe pas d’outil diagnostique performant permettant de différencier une PAI
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d’un cancer avec une sensibilité de 100 % en dehors d’une biopsie mettant en
évidence des cellules carcinomateuses. Une ponction négative ne permet pas d’éli-
miner formellement le diagnostic de cancer et il est primordial de savoir renouveler
la ponction biopsie une à deux fois en cas de forte suspicion.
Traitement
Rationnel de la corticothérapie
La corticothérapie est le traitement de choix, consensuel de la PAI. L’évolution des
symptômes peut être si spectaculaire après quelques jours de traitement que la
réponse aux corticoïdes fait partie intégrante des critères diagnostiques. Une étude
multicentrique japonaise rétrospective sur cinq cent soixante-trois patients avec PAI
a permis de confirmer l’intérêt de ce traitement pour la mise en rémission. La
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Risque de rechute
Bien que les symptômes soient très corticosensibles (90-100 %), le taux de rechute
pancréatique est très élevé et varie de 30 à 60 % selon les travaux. Ces récidives
apparaissent majoritairement dans les trois premières années suivant le diagnostic
de PAI et seraient majorées en cas de tabagisme ou d’atteinte biliaire intrahépatique
> 65 %. Ce risque de récidive est corrélé à un taux initial d’IgG4 élevé et à une
ré-élévation précoce du taux sérique des IgG4. Il est notable que les récidives soient
plus fréquentes au cours des PAI de type 1 que de type 2.
Conclusion
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CONCLUSION GÉNÉRALE
Dans les années 90, la pancréatologie ne comptait que trois maladies : pancréatite
aiguë, pancréatite chronique et adénocarcinome. Depuis et grâce notamment aux
exceptionnels progrès de l’imagerie en coupes et de l’échoendoscopie, cette branche
de l’hépatogastroentérologie s’est complexifiée au point de justifier la présence de
quelques services hospitaliers totalement dédiés. Parmi toutes ces affections, nous
avons souhaité développé trois problématiques (cancers familiaux, TIPMP, PAI) car
elles posent de difficiles questions thérapeutiques, diagnostiques et parfois presque
philosophiques.
BIBLIOGRAPHIE
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DISCUSSION
M. Jean-Noël FIESSINGER
La maladie à IgG4 peut toucher l’aorte. Avec quelle prévalence trouvez-vous une aortite
associée à la pancréatite auto-immune ?
Il s’agit d’une atteinte exceptionnelle dont la fréquence n’est pas connue.
M. Christian NEZELOF
Quelle est la part de la lithiase (calculs intracanalaires) dans ces maladies ? Une expérience
pédiatrique montre la fréquence cachée des malformations touchant le Wirsung et le
Santorini, avec une atrophie acineuse observée en cas de dénutrition.
Les pancréatites auto-immunes sont peu calcifiées. Les TIPMP sont calcifiées dans
10-15 % des cas. Ces calcifications sont le reflet de l‘inflammation ou de l’obstruction
chronique du canal pancréatique principal.
M. Dominique POITOUT
Les complications des pancréatectomies ne sont pas exceptionnelles. Les séquelles après
pancréatectomie sont responsables dans un tiers des cas de diabète et donnent un pourcen-
tage non négligeable de dégénérescences secondaires. Dans ces conditions est-il raisonnable
de pratiquer une pancréatectomie totale préventive avant qu’un adénocarcinome ne soit
diagnostiqué sur des biopsies itératives ?
L’indication d’une pancréatectomie totale doit être pesée en raison de la morbi-mortalité
du diabète induit.
M. Emmanuel-Alain CABANIS
Pour l’exploration pancréatique en scanner RX, vous exploitez une injection iodée par voie
IV. Qu’en est-il pour l’IRM, en utilisation de Gadolinium ? Injection par voie IV, canalaire
rétrograde ou sans injection, par séquence sensible au T2 détectant l’hypertrophie canalaire
et son contenu liquidien ?
Le gadolinium est un produit de contraste vasculaire, comme l’iode pour le scanner. Il
n’est nécessaire d’injecter aucun produit pour obtenir une visualisation des canaux
pancréatiques ou biliaires. Celle-ci est possible grâce à un procédé informatique faisant
apparaître en hyper T2 les liquides stagnant ou à très faible débit.
M. Pierre RONCO
Avez-vous des informations sur les autres sous-classes d’Ig qui semblent être augmentées
dans le syndrome d’hyper IgG4 (mais qui sont rarement dosées) ? Avez-vous une expérience
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M. Yves CHAPUIS
M. Daniel COUTURIER
M. Jean-Luc de GENNES
Vous n’avez pas parlé des avantages de l’imagerie dans les insulinomes qui sont faciles à
diagnostiquer par les dosages d’insulinémie mais difficiles à localiser. Quelles sont les lésions
séquellaires d’imagerie des pancréatiques aiguës ou subaiguës secondaires aux grandes
hyperglycéridémies de type I ou de type IV ou V ?
Les pancréatites aiguës hypertriglycéridémiques peuvent être très sévères.
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