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Expo DIP

Le document traite de la complémentarité entre le droit OHADA et le droit international privé burkinabè, soulignant l'importance de l'harmonisation juridique en Afrique pour faciliter les échanges économiques. Il examine comment le droit OHADA, en tant que cadre juridique commun, interagit avec les règles nationales de droit international privé, en particulier pour les situations transnationales non couvertes par l'OHADA. Enfin, il aborde l'émergence d'un droit international privé africain, influencé par les dynamiques d'intégration régionale et les défis posés par la coexistence de systèmes juridiques variés.

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Le document traite de la complémentarité entre le droit OHADA et le droit international privé burkinabè, soulignant l'importance de l'harmonisation juridique en Afrique pour faciliter les échanges économiques. Il examine comment le droit OHADA, en tant que cadre juridique commun, interagit avec les règles nationales de droit international privé, en particulier pour les situations transnationales non couvertes par l'OHADA. Enfin, il aborde l'émergence d'un droit international privé africain, influencé par les dynamiques d'intégration régionale et les défis posés par la coexistence de systèmes juridiques variés.

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Université Saint Thomas d’Aquin BURKINA FASO

Année scolaire 2024-2025 La patrie ou la mort , nous vaincrons.

Exposé de Droit International Privé Approfondi

MASTER 2/ DRV-USTA/ 2024-2025

MEMBRES DU GROUPE Pr Bernard ADOUKO

-IDO Richie

-KABORE K. Aurèle

-MILLOGO Sandrine

-MOHAMED Attaher

-NIGNAN Aveyiri Wenceslas Lucass Marius

THEME : Droit OHADA ET DROIT INTERNATIONAL PRIVE


BURKINABE

PLAN

1
INTRODUCTION

I. Une complémentarité entre le droit OHADA et le droit international privé burkinabè


A. L’harmonisation du droit des affaires en Afrique par l’OHADA : un socle commun
applicable au Burkina Faso
B- Le droit international privé burkinabè : un encadrement des situations Transnationales
non couvertes par l'OHADA

II. L’émergence d’un droit international privé africain


A. En ce qui concerne la CCJA
B. En ce qui concerne les articles 247 à 256 de l’AU.PCAP

CONCLUSION

INTRODUCTION

2
« Le droit est l’un des instruments essentiels de l’unité africaine » affirmait le juge Kéba
Mbaye1, fervent artisan de l’unification juridique sur le continent. Cette formule résume avec
acuité l’ambition qui sous-tend la création de l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique
du Droit des Affaires (OHADA) en 1993. Dans un contexte marqué par la mondialisation et
l’accroissement des échanges économiques transfrontaliers, les États africains ont pris
conscience de la nécessité d’instaurer un cadre juridique commun, propice à la sécurité
juridique, à l’attractivité économique et à l’intégration régionale. Le Burkina Faso, État partie
au Traité OHADA, a ainsi vu son ordre juridique partiellement remodelé par cette dynamique
d’harmonisation, notamment en matière de droit des affaires. Toutefois, cette uniformisation
du droit économique ne se fait pas en vase clos : elle entre nécessairement en interaction avec
le droit international privé national, qui continue de régir de nombreux aspects des situations
juridiques transnationales, en particulier celles non couvertes par les actes uniformes.
L'Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires a adopté des lois
d'uniformisation du droit matériel, appelées Actes uniformes.
Applicables aux rapports internes et internationaux, ces textes remplacent le droit matériel des
États membres dans le domaine uniformisé. Ils font ainsi l'économie des conflits de lois et de
leurs méthodes de solution, mais dans une mesure limitée.
Le droit unifié est d'abord incomplet dans la mesure où il ne règle pas toutes les questions
dans le domaine qu'il s'assigne, soit parce qu'il contient des lacunes, soit parce que l'ordre
communautaire préfère soumettre la question à un ordre juridique extérieur. Ainsi, certains
conflits de lois demeurent et ne peuvent être réglés que par le recours aux règles de conflit
nationales ou communautaires. Bien plus, le droit unifié s'applique aux situations
extracommunautaires par l'entremise des règles de conflit et emprunte les mécanismes du
droit international privé pour assurer le respect de ses valeurs.
Ainsi s'explique l'existence d'un ordre public international de l'OHADA et des lois de police
communautaires, à l'image de ce que l'on observe dans le droit de l'Union européenne. On
constate alors l'émergence d'un droit international privé de l'OHADA, appelé à se développer
en matière de conflits de lois et de juridictions. En comparant l'OHADA à l'expérience
européenne, l'ouvrage s'attache donc à déterminer l'incidence de l'intégration juridique sur le
droit international privé. En effet, Le droit international privé, en tant que branche du droit
régissant les rapports privés internationaux, a longtemps été façonné par la diversité des
systèmes juridiques nationaux. Chaque État, selon ses traditions juridiques, culturelles et
sociales, établit ses propres règles de conflits de lois, de compétence juridictionnelle, ainsi que
de reconnaissance et d’exécution des décisions étrangères. Cette diversité constitue à la fois
une richesse et un défi, notamment dans les espaces régionaux caractérisés par une volonté
d’intégration juridique. Tel est le cas de l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du
Droit des Affaires (OHADA), créée par le Traité de Port-Louis du 17 octobre 1993, qui a
instauré un droit uniforme applicable à l’ensemble de ses États membres dans le domaine du
droit des affaires.
L’OHADA se distingue par son ambition d’unification législative dans une zone
juridiquement hétérogène, qui regroupe aujourd’hui dix-sept États africains appartenant à des
systèmes juridiques mixtes, d’influence romano-germanique, mais également marqués par les
1
Kéba Mbaye (1924-2007) est un juriste sénégalais, qui occupa les plus hautes fonctions dans la magistrature
sénégalaise et le mouvement olympique.

3
traditions coutumières et le droit islamique. Cette entreprise d’harmonisation est souvent
saluée pour sa technicité, sa neutralité juridique et sa capacité à instaurer un climat de sécurité
juridique propice aux investissements. Toutefois, elle soulève également d’importants
questionnements, notamment quant à son articulation avec le droit international privé
préexistant dans les États membres.

En effet, si les actes uniformes OHADA ont vocation à primer sur les législations nationales
en matière de droit des affaires, ils n’ont pas pour objet de régir de manière directe les règles
de droit international privé. Or, dans un contexte marqué par la multiplication des relations
juridiques transfrontalières, l’efficacité du droit OHADA dépend en partie de la manière dont
il s’intègre et interagit avec les règles de droit international privé des États membres. Cela
renvoie à une interrogation plus profonde : le droit uniforme OHADA peut-il – et doit-il –
refonder le droit international privé dans l’espace africain, ou ce dernier persiste-t-il en
parallèle, de manière autonome, parfois contradictoire ?

Le maintien de règles nationales de droit international privé pose des difficultés pratiques :
diversité des critères de rattachement, conflits de juridictions, insécurité juridique pour les
acteurs économiques, traitement différencié des étrangers. Dans ce contexte, la coexistence du
droit OHADA avec des systèmes de droit international privé disparates apparaît comme un
obstacle potentiel à l’uniformisation et à la prévisibilité du droit applicable dans l’espace
OHADA. Néanmoins, cette coexistence n’est pas absolue : l’observation attentive des textes
et de la jurisprudence laisse entrevoir l’émergence progressive d’un droit international privé
africain, à travers la reconnaissance implicite de principes communs et la montée en puissance
de mécanismes supranationaux tels que l’arbitrage.
Dès lors, le droit international privé dans l’espace OHADA se trouve à la croisée des
chemins : entre persistance des logiques conflictuelles issues des ordres juridiques nationaux
et tendance à une unification fonctionnelle fondée sur le droit uniforme africain. Le droit
OHADA ne constitue pas, en l’état, un corpus exhaustif de droit international privé, mais il en
influence progressivement les contours, suscitant un mouvement de convergence
jurisprudentielle et doctrinale.
La problématique centrale de cette étude peut ainsi être formulée de la manière suivante : dans
quelle mesure le droit international privé subsiste-t-il dans l’espace OHADA malgré la
volonté d’uniformisation juridique, et quelles perspectives s’ouvrent pour sa refondation à
partir du droit uniforme africain ?
L’intérêt du sujet est à la fois théorique et pratique. Théorique, car il interroge les fondements
mêmes de l’articulation entre les ordres juridiques nationaux et l’ordre juridique supranational
OHADA. Pratique, car il permet de mesurer l’effectivité du droit uniforme dans la résolution
des litiges transnationaux et d’identifier les leviers possibles pour une meilleure intégration
juridique africaine. Il permet également d’évaluer le rôle des juges nationaux, des arbitres, et
de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA) dans l’édification d’un contentieux
harmonisé.

4
Pour y répondre, il conviendra d’abord de constater la persistance du droit international privé
dans l’espace OHADA malgré l’uniformisation juridique (I), avant d’examiner les signes et
les dynamiques qui témoignent d’une possible refondation de ce droit à partir du droit
uniforme africain (II).

I. Une complémentarité entre le droit OHADA et le droit international privé burkinabè


A. L’harmonisation du droit des affaires en Afrique par l’OHADA : un socle commun
applicable au Burkina Faso
L’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) constitue
aujourd’hui une référence incontournable dans la régulation juridique des relations
commerciales et économiques en Afrique. Créée par le Traité du 17 octobre 1993, révisé en
2008, l’OHADA répond à la nécessité d’unifier et de sécuriser le droit des affaires dans ses
États membres, dont le Burkina Faso. Cette organisation a permis l’adoption de textes
communs appelés Actes uniformes, directement applicables dans les législations internes. Ces
normes supranationales constituent le socle commun de la régulation des affaires, facilitant
ainsi leur articulation avec le droit international privé burkinabè. Cette harmonisation peut
être analysée à travers deux dimensions complémentaires : la construction d’un cadre
juridique uniforme dans les États membres (1) et l’intégration directe du droit OHADA dans
le système juridique burkinabè (2).
-La construction d’un cadre juridique uniforme dans les États membres de l’OHADA
L’OHADA vise à créer un droit des affaires commun, moderne et adapté au contexte africain,
en promouvant la sécurité juridique et judiciaire des investissements. Ce droit harmonisé
repose sur plusieurs actes uniformes qui couvrent les principaux domaines du droit des
affaires.
Parmi ces actes, on peut citer :
L’Acte uniforme relatif au droit commercial général (AUDCG) du 15 décembre 2010, qui
traite des statuts des commerçants, des registres de commerce, des noms commerciaux, et des
actes de commerce ;
L’Acte uniforme portant sur le droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt
économique (AUSCGIE) du 30 janvier 2014, qui harmonise la constitution, le fonctionnement
et la dissolution des sociétés ;
L’Acte uniforme sur le droit des sûretés, qui modernise les mécanismes de garantie pour
assurer les créances ;
L’Acte uniforme relatif à la procédure collective d’apurement du passif, qui encadre les
procédures de redressement judiciaire et de liquidation des entreprises ;

5
L’Acte uniforme sur le droit de l’arbitrage, facilitant la résolution extrajudiciaire des litiges
commerciaux, essentiel dans les relations internationales.
Ces textes ont été conçus pour être immédiatement applicables et obligatoires dans l’ensemble
des États membres, conformément à l’article 10 du Traité OHADA, qui dispose que « les
Actes uniformes sont directement applicables et obligatoires dans les États parties,
nonobstant toute disposition contraire de droit interne ».
Ainsi, l’OHADA assure l’unité du droit des affaires dans 17 pays africains, ce qui réduit les
incertitudes juridiques et facilite les transactions commerciales transfrontalières. Cette
approche est un atout majeur pour les relations juridiques internationales impliquant le
Burkina Faso.
-L’intégration du droit OHADA dans le système juridique burkinabè : une norme
supranationale à vocation interne
L’adoption du Traité OHADA par le Burkina Faso a permis l’incorporation directe de ce droit
communautaire dans l’ordre juridique national, sans nécessiter de loi de transposition. Le
mécanisme d’intégration automatique des actes uniformes dans le droit interne renforce la
sécurité juridique pour les acteurs économiques nationaux et étrangers.
L’article 131-1 de la Constitution burkinabè de 1991 prévoit que « les traités ou accords
régulièrement ratifiés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois ». Ce
principe constitutionnel permet aux actes uniformes de l’OHADA de primer sur les textes
nationaux contraires, garantissant ainsi une hiérarchie des normes favorable à l’uniformisation
du droit des affaires.

B- Le droit international privé burkinabè : un encadrement des situations


Transnationales non couvertes par l'OHADA
Le droit OHADA a certes été élaboré afin d'harmoniser le droit des affaires dans les pays
membres et créer ainsi un climat juridique favorable aux investissements et aux échanges
commerciaux tout en favorisant leur développement socio-économique, mais quand il s'agit
des conflits de loi et des conflits de juridiction dans leur globalité, le droit international privé
est pleinement compétent en la matière. Il vient ainsi pour combler les lacunes du système
OHADA en la matière.
Le droit international privé (DIP) peut être défini comme est la branche du droit qui
règlemente les rapports de droit dans lesquels il y a présence d’élément d’extranéité 2. Le droit
international burkinabè est alors l’ensemble des règles juridiques burkinabè qui régissent les
relations entre personnes privées, présentant un élément d'extranéité, c'est-à-dire impliquant
des législations de différents Etats. Il concerne des questions comme la nationalité, les conflits
de lois, les conflits de loi, les conflits de juridiction, et la situation des personnes privées dans
les relations internationales. Il est important de noter que le DIP burkinabè est dans une

2
Pr Bernard A. ADOUKO « Cours de droit international privé burkinabè »

6
certaine mesure, influencée par les systèmes juridiques francophones et européens en
particulier la France.
1-Conflits de juridictions : Il doit déterminer quel tribunal est compétent pour trancher un
litige lorsqu'il y'a un élément d'extranéité.
2- Conflits de lois : il doit déterminer quelle loi est applicable lorsqu'il y'a un conflit entre
différentes législations étatiques.
3- Nationalité : le DIP burkinabè traite des questions de nationalité, notamment lorsqu'une
personne a plusieurs nationalités ou lorsque des conflits de nationalité se posent.
4- Situation des étrangers : le DIP burkinabè définit également la condition des étrangers au
Burkina Faso.
5- Sources du DIP : les sources du DIP burkinabè comprennent la législation nationale, les
conventions internationales, la jurisprudence et la coutume
Le Burkina Faso, à l'instar d'autres Etats membres, continue d'appliquer ses propres règles
de conflits de lois pour les questions non régies par le droit uniforme. Il en est ainsi pour ce
qui concerne le statut personnel, le mariage, la filiation ou les successions qui restent
largement en dehors du champ du droit OHADA, celui-ci étant focaliser sur le droit des
affaires. Et même dans le champ du droit des affaires, il est donné de constater que les règles
de compétence juridictionnelle ou de reconnaissance des décisions étrangères relèvent encore
du droit national.
Ainsi les juridictions burkinabè doivent souvent articuler les dispositions du droit OHADA,
avec leurs propres règles de droit international privé afin de déterminer la compétence, le droit
applicable ou encore les conditions de reconnaissance d'un jugement étranger. Cependant il
est bien de noter que les compétences juridictionnelles sont déterminées par le traité OHADA
avec notamment les juridictions nationales en première instance et en appel et la Cour
Commune de Justice et d'arbitrage pour les pourvois en cassation. Mais cette détermination de
la juridiction compétente ne vaut que pour les décisions rendues en application des Actes
uniformes. C’est ainsi que malgré l’existence du droit uniforme OHADA, le droit
international privé intervient pour régler des matières non traitées par celui-ci

II. L’émergence d’un droit international privé africain

L’évolution du droit OHADA, conjuguée à la dynamique des relations économiques


transfrontalières en Afrique de l’Ouest, a favorisé l’apparition d’un quasi droit international
privé africain. Cette émergence se manifeste à travers l’action de la Cour Commune de Justice
et d’Arbitrage (CCJA) et l’insertion de règles de droit international privé dans certains actes
uniformes, notamment l’AU.PCAP. Ces innovations traduisent la volonté des États membres,

7
dont le Burkina Faso, de dépasser le simple cadre national pour offrir une régulation adaptée
aux enjeux contemporains des échanges et des litiges internationaux. 3

A. En ce qui concerne la CCJA


La Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA) incarne une avancée majeure dans la
construction d’un droit international privé africain. En tant que juridiction supranationale, la
CCJA joue un double rôle : d’une part, elle assure l’administration des arbitrages
institutionnels organisés sous son égide, et d’autre part, elle exerce une fonction
juridictionnelle en matière de contrôle et d’exécution des sentences arbitrales 4. Cette double
compétence, prévue par le Règlement d’arbitrage de la CCJA (articles 2 et 25), confère à la
Cour une place centrale dans la régulation des litiges transnationaux5.
Dans sa mission administrative, la CCJA intervient dès la saisine par une partie souhaitant
recourir à l’arbitrage. Elle nomme ou confirme les arbitres (article 4.1 du Règlement
d’arbitrage), vérifie l’existence de la convention d’arbitrage, fixe le siège de l’arbitrage
(article 13) et examine les projets de sentence (article 22). Cette fonction d’encadrement
garantit la bonne marche de la procédure et prévient les blocages, notamment en cas de
désaccord entre les parties sur la désignation des arbitres ou en présence de clauses
pathologiques6. Sur le plan juridictionnel, la CCJA est compétente pour accorder l’exequatur
aux sentences arbitrales (article 30), statuer sur les recours en annulation (article 27), en
révision, ou en tierce-opposition, et connaître des pourvois en cassation contre les décisions
nationales relatives à l’exequatur7. Cette compétence exclusive renforce la sécurité juridique
et l’efficacité de l’arbitrage dans l’espace OHADA, en offrant un point d’unification et de
stabilité pour les opérateurs économiques8.
La présence de la CCJA à toutes les étapes du processus arbitral limite l’autonomie de
l’arbitre, mais elle assure aussi un contrôle de qualité et une cohérence dans l’application du
droit uniforme9. Ainsi, la CCJA contribue activement à l’émergence d’une jurisprudence
africaine en matière de droit international privé, qui s’impose progressivement aux États
membres et favorise l’intégration juridique régionale. Par exemple, dans l’Affaire CCJA n°
001/2017, la Cour a clarifié les conditions d’annulation d’une sentence arbitrale pour violation
de l’ordre public OHADA, renforçant ainsi la prévisibilité des décisions10.

B. En ce qui concerne les articles 247 à 256 de l’AU.PCAP

3
Traité OHADA (révisé en 2008), Préambule et article 1er Art.1 « - Le présent Traité a pour objet
l’harmonisation du droit des affaires dans les Etats-Parties par l’élaboration et l’adoption de règles communes
simples, modernes et adaptées à la situation de leurs économies, par la mise en œuvre de procédures
judiciaires appropriées, et par l’encouragement au recours à l’arbitrage pour le règlement des différends
contractuels. »
4
Règlement d’arbitrage de la CCJA (2017), articles 2 et 25
5
K. M. N’Gom, L’arbitrage OHADA, Bruylant, 2019
6
F. Sénéchal, La réforme de l’arbitrage OHADA, Revue de l’arbitrage, 2018
7
Règlement d’arbitrage de la CCJA, articles 27 et 30
8
M. Ndendé, La sécurité juridique dans l’espace OHADA, AJOHADA 2020
9
D. Sauthier, Le contrôle des sentences par la CCJA, LexisNexis, 2021
10
CCJA, Arrêt n° 001/2017 du 12 avril 2017, Société X c. État Y.

8
L’avènement d’un droit international privé sécrété par le droit OHADA (note de bas de page :
Sur la question plus générale d’un droit international privé communautaire, v., « Le
droit international privé communautaire : émergence et incidences »,) ne fait pas de
doute. C’est dans ce sens que l’Acte uniforme portant procédure collective et d’apurement du
passif (AU.PCAP) marque une étape décisive dans l’uniformisation du droit international
privé en Afrique. Qualifier d’internationale une procédure collective entièrement
intracommunautaire et recourir aux techniques du droit international privé pour l’organiser,
c’est admettre l’internationalité des rapports transfrontaliers entre Etats membres.
En effet, les articles 247 à 256 de ce texte introduisent, pour la première fois dans un
instrument OHADA, des règles explicites de compétence internationale et de circulation des
décisions de justice entre États membres.
Ces articles définissent les critères permettant de déterminer la compétence des juridictions
nationales pour connaître des litiges à dimension internationale. Ils précisent, par exemple,
dans quelles conditions une juridiction burkinabè peut être saisie d’une demande d’exécution
d’une décision étrangère ou d’une mesure d’exécution concernant un débiteur ou des biens
situés au Burkina Faso. Par ailleurs, ils instaurent une procédure unifiée de reconnaissance et
d’exécution des décisions de justice et des actes authentiques étrangers, facilitant ainsi la
circulation des titres exécutoires dans l’espace OHADA. L’AU.PCAP organise une certaine
complémentarité entre les juridictions nationales, du point de vue de leur compétence
internationale, à travers ses règles particulières prévues pour les procédures collectives
internationales. En effet, lorsqu’une société (ou un commerçant personne physique) a des
implantations dans plusieurs Etats membres ou lorsqu’elle a ses actifs (mobiliers et
immobiliers) et ses créanciers dans plusieurs Etats, l’ouverture d’une procédure collective
contre celle-ci pose une série de difficultés qui relèvent du droit international privé. Certaines
de ces difficultés seront abordées à propos de l’efficacité internationale des décisions de
justice dans l’espace communautaire
L’intégration de ces règles dans l’AU.PCAP répond à une double exigence : d’une part, elle
vise à sécuriser les transactions transfrontalières en garantissant l’effectivité des décisions de
justice rendues dans un autre État membre ; d’autre part, elle limite le recours aux règles
nationales de droit international privé, souvent disparates ou inadaptées aux réalités du
commerce régional. Cette démarche s’inscrit dans une logique de codification progressive
d’un droit international privé africain, adapté aux besoins des acteurs économiques et à la
réalité de l’intégration régionale.
En somme, l’émergence d’un droit international privé africain se traduit par le renforcement
du rôle de la CCJA et l’adoption de règles uniformes de compétence et d’exécution des
décisions dans les actes OHADA. Pour le Burkina Faso, cela représente une avancée majeure
vers la sécurité juridique, la prévisibilité et l’efficacité dans la gestion des relations juridiques
internationales, tout en participant à la construction d’un espace africain intégré et attractif
pour les investissements.

9
CONCLUSION

Le Droit international privé burkinabè, en interaction constante avec le droit communautaire


de l’OHADA, reflète les enjeux d’une justice moderne, ouverte et harmonisée dans un
contexte de mondialisation juridique. À travers ses règles de compétence juridictionnelle, de
conflit de lois et de reconnaissance des décisions étrangères, il cherche à garantir la sécurité
juridique des relations privées transnationales tout en respectant la souveraineté nationale et
les valeurs locales.
L’harmonisation opérée par l’OHADA, notamment à travers les Actes uniformes, apporte une
cohérence et une efficacité accrues dans le traitement des litiges commerciaux et civils entre
les États membres. Le Burkina Faso, en tant que membre actif, bénéficie de cette intégration
juridique qui favorise l’attractivité économique et la stabilité des relations d’affaires.
Toutefois, des défis subsistent : la coexistence entre les normes nationales et communautaires,
l’adaptation constante aux évolutions internationales, et la nécessité de renforcer la formation
des praticiens du droit pour une application efficace des normes. Il est donc essentiel que le
droit international privé burkinabè continue d’évoluer en cohérence avec les standards
internationaux et les exigences d’un espace OHADA de plus en plus intégré.
En somme, le dialogue entre le droit national et le droit communautaire, entre spécificités
locales et normes internationales, reste au cœur de l’avenir du droit international privé au
Burkina Faso.

10
BIBLIOGRAPHIE
PIERRE MEYER « Droit international privé Burkinabè et comparé »
Gérard NGOUMTSA ANOU « Droit OHADA et conflit de lois »
Règlement de procédure de la CCJA
Thèse du professeur Bernard ADOUKO « Le droit uniforme Africain et le droit international
privé »
Professeur Bernard ADOUKO « Cours de droit international privé Burkinabè »

11

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