La méthode Théia
Un chemin vers la conscience de soi
La méthode Théia
Un chemin vers la conscience de soi
Vincent MAURY
TheBookEdition.com
Hallennes-lez-Haubourdin - France
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire
intégralement ou partiellement, par quelque procédé que ce soit,
des pages publiées dans le présent ouvrage, sans l’autorisation de
l’auteur.
© Vincent Maury, 2024
ISBN : 978-2-9595696-0-9
Tous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction par tous
procédés, réservés pour tous pays.
Remerciements
Je remercie…
Fred Lacroix, pour sa préface, son expertise en Ennéagramme et
développement personnel, et pour nos échanges fructueux et ins-
pirants.
Sophie Bériot, pour son expertise en Process Com’, son expérience
et nos discussions enrichissantes.
Elodie Beillevert, pour la réalisation de la couverture de ce livre et
ses conseils avisés de mise en forme.
Les femmes que j’ai aimées, qui m’ont en particulier beaucoup ap-
pris sur moi.
Toutes les personnes de mon entourage, qui m’ont aidé par leur
écoute attentive et leurs questions, et même celles qui m’ont jugé
et blessé car elles ont aussi contribué à m’amener à ce que je suis
aujourd’hui.
Ma mère, qui doit penser que je suis fou ! Mais peut-être changera-
t-elle d’avis en lisant ces pages… ?
Je remercie tous les génies qui ont apporté à notre compréhension
du fonctionnement humain, et dont je me suis grandement inspiré
pour rédiger cet ouvrage, parmi lesquels Jeffrey Young, Taibi Kahler
et tant d’autres auxquels je fais référence en annexe.
J’ai aussi beaucoup de gratitude pour mon 5/20 au bac de français
qui m’a motivé à relever le défi d’écrire un livre entier !
Table des matières
Préface ...................................................................................... 9
Introduction ............................................................................ 13
QUI SUIS-JE ? .................................................................................... 15
CE QU’EST CE LIVRE ........................................................................... 18
CE QUE CE LIVRE N’EST PAS ! .............................................................. 21
DERNIERS DETAILS ............................................................................. 22
Partie I : Pourquoi je suis comme je suis ................................. 25
« ÇA VA ? » ....................................................................................... 27
C’EST PARCE QUE JE SUIS HYPER-TRUC ! .............................................. 32
QU’EST-CE QUI ME FAIT REAGIR AINSI ? ............................................... 41
LES AUTRES INGREDIENTS ASSAISONNANTS ......................................... 50
COMMENT ÇA JE GERE MAL ? ............................................................. 57
EST-CE VRAIMENT MOI ?..................................................................... 69
AU FOND RESIDE L’ENFANT QUI SOUFFRE ............................................ 89
DE LA GENESE DES BLESSURES .......................................................... 117
ET AVANT MOI… ? ........................................................................... 146
ON REMBOBINE !............................................................................. 160
Partie II : Bon, et on fait quoi maintenant ? .......................... 181
« DEMANDEZ LE PROGRAMME ! » ..................................................... 184
PREPARER LE CHANGEMENT ............................................................. 192
PRENDRE CONSCIENCE .................................................................... 208
ENGAGER LE CHANGEMENT ............................................................. 221
ANCRER LE CHANGEMENT ................................................................ 240
SE FAIRE AIDER ................................................................................ 250
SYNTHESE ....................................................................................... 260
VOTRE ETOILE POLAIRE .................................................................... 268
Conclusion ............................................................................ 277
Annexes ................................................................................ 279
ANNEXE 1 - COMPLEMENTS ............................................................. 281
ANNEXE 2 - CRITIQUES D’AUTRES METHODES.................................... 327
ANNEXE 3 - LES FICHES SUPPORT...................................................... 354
Références ............................................................................ 357
LIVRES ............................................................................................. 358
MAGAZINES ..................................................................................... 361
VIDEOS & PODCASTS ....................................................................... 362
AUTRES MEDIAS NUMERIQUES........................................................... 363
Sommaire ............................................................................. 365
Tables ................................................................................... 369
TABLE DES TABLEAUX ....................................................................... 369
TABLE DES FIGURES .......................................................................... 370
Lexique ................................................................................. 373
Note : vous trouverez un sommaire complet page 365.
Préface
On devrait pouvoir parler de soi aussi simplement que de n'importe
quoi — un paysage par exemple ou un livre qu'on vient de lire. On
devrait avoir cette facilité élémentaire. Mais on préfère la plupart du
temps jouer un rôle. Le rôle qui nous aide à vivre, croit-on. Vincent
nous parlerait certainement de masque ou d’égo.
Mais je vous avoue que la première chose qui m’a saisi est juste-
ment la simplicité avec laquelle Vincent nous fait voyager, à travers
déjà sa propre expérience. Vincent nous guide étape par étape
dans la complexité de la psyché humaine. Sans être un coach, un
médecin ou un psychologue, il est clair que Vincent a effectué une
recherche poussée de tous les concepts, les méthodes psychologi-
santes existantes et nous livre son humble avis sur une théorie uni-
fiée de la personnalité.
Et cela marche ! La preuve, demandez aux proches de Vincent si
quelqu’un aurait cru qu’il prenne un jour la plume, qu’il parle de
blessures et d’essence. Il a appris à prendre soin de lui et à tenir
compte des nombreux messages qu’il avait du mal à entendre à
une époque. Bien sûr, Vincent garde sa singularité teintée de per-
fectionnisme et d’altruisme, avec ses bons et moins bons côtés.
Mais il l’a accepté et il sait aujourd’hui nous en faire profiter.
Merci !
Vous pouvez être d’accord ou non avec lui, peu importe, dans la
richesse de ce qu’il partage, vous êtes obligé d’en retirer quelque
chose. Vincent vous invite à réfléchir sur vous-même. Il en reste tou-
jours quelque chose, même lorsque la réflexion ne vous a pas
amené précisément à l’endroit où vous pensiez aller. D’ailleurs, ré-
fléchir est une activité extrêmement saine, et une des moins coû-
teuses.
Réfléchir est bon pour les jeunes, et pour les vieux aussi. Réfléchir
sied aux femmes autant qu’aux hommes. Réfléchissez-y. Après quoi,
tournez la page et continuez à réfléchir.
Fred Lacroix
A mes enfants que j’aime profondément malgré toutes mes mala-
dresses, à qui je lègue ce guide ; puisse-t-il éclairer le chemin de
leur vie.
A vous qui lisez ce livre, car je l’ai écrit pour partager mon appren-
tissage. Merci pour votre curiosité.
Introduction
Ce guide que vous tenez entre les mains s’appuie sur mon expé-
rience personnelle et tente de vous présenter une synthèse d’an-
nées de recherche sous une forme accessible à tous.
Dans ce premier chapitre introductif, je vous explique mon par-
cours, comment j’en suis venu à formaliser ce livre et ce que vous
pouvez raisonnablement en attendre.
Qui suis-je ?
Je suis Vincent Maury.
Je suis un homo sapiens de genre masculin, taille 1m92, yeux bleus,
42 ans.
Je suis un enfant blessé qui a entrepris de se protéger de la vie avec
des outils parfois dysfonctionnels.
Je suis surtout un être complexe parmi tant d’autres qui souhaite
partager son chemin et vous inspirer dans le vôtre.
Rassurez-vous : ce livre n’est en rien une autobiographie. Je ne vais
pas parler de moi tout du long !
Par les merveilleuses surprises de la vie, j’ai entrepris depuis
quelques années – et elle n’est pas finie – une quête introspective
animée par la soif de me comprendre. J’ai beaucoup lu, écouté,
cherché, formalisé, schématisé. Puis j’ai souhaité le transmettre.
Ce livre vous présente un chemin vers la conscience de soi.
Note : je parlerai de « conscience de soi » qui me paraît plus riche
sémantiquement que la « connaissance de soi » couramment em-
ployée. Accessoirement, les Anglais parlent de self-awareness.
Qui suis-je ? | 15
J’ai personnellement parcouru un long chemin initiatique…
J’aurais beaucoup aimé avoir cette méthode Théia dès son com-
mencement pour m’apporter des clés de compréhension et des ou-
tils. Aussi, j’espère qu’il deviendra pour de nombreux lecteurs la
porte d’entrée vers la conscience de soi et la résolution de souf-
frances.
Pour me présenter, voici les grandes lignes de ma vie qui cadreront
mon propos et expliqueront sans doute mes multiples facettes.
Après une enfance radieuse et dorée, diplôme d’ingénieur informa-
ticien en poche, je me lance dans la vie active, me marie, ai mon
premier garçon, crée ma startup, la revends, achète un apparte-
ment et une golf GTI.
On est en 2012. J’ai alors 30 ans. Jusque-là, sans faute !
La décade suivante s’avèrera plus tumultueuse.
Ma fille naît à l’été 2013 et décède un mois plus tard. S’ensuit une
année qui creuse un fossé dans mon couple. Mon second fils pointe
son nez en 2015 et là c’est l’explosion. Séparation, divorce.
En me rapprochant de la quarantaine, je questionne le sens de ma
carrière (pourtant à son apogée) et prends conscience des enjeux
climatiques. Ma compagne traversant un burn-out m’invite par sa
réflexion et son travail personnel à m’interroger et tenter de com-
prendre les raisons de nos caractéristiques, le « pourquoi chacun
est comme il est ». Je commence à me documenter et répondre à
des questionnaires de personnalité. L’intérêt pour le sujet grandit.
A 40 ans, je décide de quitter Paris et tout ce qui m’y attachait pour
vivre à la campagne près de mes enfants (qui grandissaient à
400km de là). Et je profite de cette opportunité pour me consacrer
à ce sujet devenu passion et finalement à écrire ce livre que vous
découvrez.
Quel rapport avec mon activité précédente d’ingénieur en sécurité
informatique ?
Disons qu’avec ce projet Théia, je me suis adonné au hacking de
personnalité, pas au sens d’un piratage malveillant de cervelle par
16 | La méthode Théia
une intelligence artificielle maléfique, mais au sens professionnel
du terme hacking signifiant décodage, déconstruction, analyse,
compréhension, apprentissage.
Ah et bien sûr, la question : « Pourquoi Théia » !
D’abord, Théia est une déesse de la mytho-
logie grecque symbole de lumière. Fille
d’Ouranos (le Ciel) et de Gaïa (la Terre),
Théia a 4 enfants, dont Séléné (la Lune).
Théia est aussi le nom donné à l’astre hypo-
thétique qui aurait heurté la Terre, donné
naissance à la Lune et apporté l’eau sur
notre planète bleue.
Bref, Théia est tout à la fois genèse de la vie et Titanide de la Lu-
mière Céleste (qui j’espère vous guidera dans le long voyage d’in-
trospection !). L’alpha et l’omega de notre existence en somme.
Enfin, je précise que je vous apporte très humblement le fruit de
mes réflexions mais n’ai ni les certifications ni des années de patien-
tèle pour vous garantir quoi que ce soit.
Toutefois, j’ai un super pouvoir : l’analyse. Mon esprit critique et in-
tuitif scrute chaque information et la met en perspective, la corrèle,
l’intègre ou l’invalide. Au fil de mes recherches, j’ai ainsi bâti une
synthèse cohérente, unifiée. Et c’est pourquoi j’ai voulu la partager
avec vous.
Ce petit livre est mon leg et je souhaite qu’il devienne le vade-me-
cum1 de tout un chacun dans son cheminement personnel.
1
Manuel que l’on garde avec soi pour le consulter régulièrement
Qui suis-je ? | 17
Ce qu’est ce livre
L’enjeu de la connaissance de soi est majeur : les tourments de nos
vies découlent de notre monde intérieur, riche, vaste, complexe.
Blessé.
L’objectif de ce livre est d’expliquer notre comportement en décor-
tiquant notre fonctionnement, du plus observable au plus incons-
cient, puis de tracer un nouveau chemin vers un mieux-être. Je suis
persuadé que la compréhension est un préambule, nécessaire mais
non suffisant, pour vivre plus aligné avec soi et in fine plus heureux.
La méthode Théia traite un sujet complexe : la personnalité hu-
maine ! L’humilité est donc de rigueur.
Chacun des sujets abordés mériterait un livre à lui seul, et d’autres
l’ont fait ! Mais justement, l’objectif ici est de synthétiser au maxi-
mum et de vous laisser approfondir les sujets qui vous intéressent
plus particulièrement.
La première partie se consacre à ce « pourquoi » qui m’obséda des
années. Cette partie suit donc la structure d’une introspection – la
quête que j’ai réalisée moi-même. Nous commencerons par décrire
les signaux de surface aisément observables par tous (le bien-être,
le stress, la santé, les problèmes), puis nous analyserons pourquoi
nous nous comportons ainsi et comment nous gérons de notre
mieux au vu de notre construction. Cette analyse nous amènera à
découvrir nos schémas les plus ancrés et inconscients, jusqu’à re-
monter à notre petite enfance et même au-delà.
Cette première partie s’appuie sur de nombreuses lectures présen-
tant théories et concepts qui parfois se recoupent, se chevauchent,
se contredisent…
Georges Box disait très justement : « Tous les modèles sont faux,
mais certains sont utiles ».
18 | La méthode Théia
Chaque théoricien prêche le vrai et prétend détenir la vérité.
Chaque thérapeute pense avoir la bonne technique. Devant toute
cette diversité, j’ai souhaité unifier.
Ce livre n’invente pas grand-chose. Il tente de réunir tous les mo-
dèles que j’ai pu rencontrer dans un ouvrage synthétique le plus
clair possible, en mettant en lumière l’essence de tout ce que j’ai pu
lire, et en excluant tout ce qui ne me paraissait pas essentiel, ou non
valide. C’est ainsi que j’ai pu comprendre l’ensemble et j’espère qu’il
en sera de même pour vous.
Une fois cette compréhension et – espérons-le – la prise de cons-
cience accomplies, la seconde partie présente de nombreux exer-
cices qui devraient vous aider à avancer vers une libération de vos
réactions, de vos émotions et de votre stress.
Laissez-moi vous guider.
Trouverez-vous le bonheur en lisant ces lignes ? Oui, enfin… je vous
le souhaite ! Mais ce n’est pas l’objectif premier. Bonheur, santé et
amour seront les fruits indirects de votre cheminement, les béné-
fices collatéraux !
Vous n’avez jamais rien lu en développement personnel ? Vous dé-
couvrirez ici beaucoup de matière, au risque qu’à la première lec-
ture la terminologie vous paraisse un peu technique. Ce n’est pas
grave. Vous y reviendrez. Rome ne s’est pas faite en un jour !
Au contraire, si vous connaissez déjà vos classiques, je parie que
vous apprendrez plein de choses et même que, comme moi, la vi-
sion unifiée de cette méthode Théia apportera le liant qui manquait
à cette constellation de références existantes.
Ce qu’est ce livre | 19
Ne tergiversons pas : partir en quête de la conscience de soi est un
long périple semé de résistances !
Comme le dit William Sparks : « La
conscience de soi ne réconforte pas.
Elle dérange et elle perturbe. »
Puis d’ajouter : « La transformation per-
sonnelle apparaît quand nous avons le
courage de faire face à notre part
d’ombre. »
Khalil Gibran prévient de sa plume poé-
tique : « C’est par la douleur que se
brise la coquille qui enveloppe votre entendement. »
Nous allons déterrer, creuser, décortiquer. Nous révélerons vos
blessures et les examinerons. Vous résisterez probablement, pour
vous protéger. Après tout, qui aime souffrir ?
Et l’intérêt ne s’arrête pas à votre personne : la lecture vous éclairera
aussi sur votre entourage que vous comprendrez sans doute beau-
coup mieux.
Ce guide s’adresse à tous ! car nous avons tous des souffrances,
même ceux qui les cachent très bien… Bien entendu, ceux qui au-
ront vécu un minimum – avec leur lot d’échecs et de souffrances –
bénéficieront mieux de mes enseignements. Mais malheureuse-
ment, j’ai l’impression que la jeunesse se trouve confrontée de plus
en plus jeune aux affres de ce monde, et je vois de jeunes adultes
étudiants ou tout fraîchement débarqués dans le monde du travail
expérimenter leurs premiers questionnements identitaires.
Et pour nos seniors, comme on dit, il n’est jamais trop tard !
Enfin, je vous recommande de lire ce livre petit à petit et de mar-
quer des pauses. Imaginez un peu : il contient en condensé tout ce
que j’ai accumulé en plusieurs années ! dont certaines lectures que
je n’étais pas prêt à appréhender au commencement… Prenez
donc votre temps.
20 | La méthode Théia
Chaque chapitre de la première partie se termine par des sugges-
tions de questions et des exercices que je vous recommande d’ex-
périmenter sincèrement.
Ce guide n’est pas un roman. Vous n’avez pas l’objectif de le finir
d’une traite, tout au contraire !
Cela pourrait aussi être une bonne idée de le lire une première fois
pour s’imprégner du déroulé et avoir une compréhension générale,
et de le relire plus tranquillement en réalisant les exercices et en
complétant la feuille de route.
Bref, même dans la lecture de ce livre, vous dessinerez votre che-
min, mais commencez par suivre mon premier conseil : offrez-vous
du temps. Dans ce monde plus que jamais effréné, ralentir vous sera
bénéfique.
Ce que ce livre n’est pas !
En premier lieu, la méthode Théia n’aborde pas les sujets se rappro-
chant du spectre professionnel, tels que les aptitudes et compé-
tences, le QI, la motivation ou l’orientation. J’ai malgré tout eu envie
de partager avec vous quelques réflexions personnelles sur ces su-
jets en annexe 2.
Vous ne trouverez pas non plus d’explication biologique sur le cer-
veau et toutes ses aires, sur le bien bien-fondé des circuits court et
long, sur les neurotransmetteurs, les hormones, l’intestin (notre
deuxième cerveau), le système autonome et autant de composants
de notre corps qui expliquent certainement beaucoup de choses.
Et pour cause : je ne suis pas médecin !
Tout ça (cerveau, biologie), comme les modèles psychologiques
qui y sont liés (de Cloninger entre autres), m'intéressent moins. Dis-
cuter IRM et EEG est une voie trop complexe pour que j'y plonge.
Ce que ce livre n’est pas ! | 21
Je suis resté à un niveau immatériel – cohérent avec l’informaticien
que je suis ! Je me raccroche à l'observable, aux constructions men-
tales, et à mon intuition.
Par ailleurs, n’étant pas moi-même spirituel ou religieux, je n’en par-
lerai quasiment pas. Vous ne trouverez donc nulle mention d’âme,
de réincarnation, d’Univers, ou même d’esprit. J’évoquerai simple-
ment les bienfaits que la transcendance peut apporter.
Enfin, je ne me risquerai pas à aborder les maladies psychologiques
ou troubles de personnalité. Ce livre n’apporte donc aucun dia-
gnostic et ne supplante pas l’avis d’un spécialiste avéré. Et même si
je pense que la plupart des pathologies résultent de caractéris-
tiques que nous possédons tous (amplifiées par un environnement
de vie malchanceux), je ne me risquerai à l’évoquer qu’en dernier
paragraphe de l’annexe 1.
Dans la même idée, ce livre ne se substitue évidemment pas à un
thérapeute spécialisé, que ce soit pour l’accompagnement de
troubles sévères ou même pour vous aider dans cette longue
quête, mais nous en reparlerons en fin de seconde partie.
Derniers détails
Vous noterez que je formule tout au masculin, et ce par simplicité.
Mais, bien sûr, ce livre s’adresse à tous car je nous crois tous concer-
nés !
Ce livre vise à être le plus simple d’accès possible, tant sur le fond
(concept, abstraction) que sur la forme (vocabulaire, illustrations).
Mon style d’écriture reflète assurément ma personnalité très analy-
tique visant un déroulé logique, préférant l’information et la
22 | La méthode Théia
réflexion à la belle histoire et ne pouvant résister à l’impératif de
tout préciser avec moult tirets et parenthèses.
Vous noterez la forme très personnelle de l’ouvrage et le vouvoie-
ment, mais un propos sincère ne s’accorde-t-il pas avec le respect
du lecteur ?
Le livre n’est pas truffé de références parce que d’une part je ne suis
pas assez méthodique (c’est mon premier livre !) donc je n’ai pas
gardé note de toutes mes sources, et d’autre part on peut toujours
trouver support « scientifique » et citation extraite de son contexte
qui illustrent bien le propos. Néanmoins, je mentionne en fin de
livre les grandes théories qui ont participé à forger ce manuel.
Je cite en annexe 2 les questionnaires psychométriques mesurant
telle ou telle caractéristique. Il en existe des centaines ! pour tout !
Je ne les ai que rarement intégrés dans la première partie, car ils
sont à la fois difficiles d’accès (très souvent propriétaires, non pu-
blics et en anglais) et difficiles d’interprétation (il faut comprendre
les articles de validation scientifiques et les échelles pour pouvoir
se situer). Mais vous pouvez m’écrire (mes coordonnées sont dans
la conclusion) et je me ferai un plaisir de vous orienter !
Dernière information importante :
- Les mots soulignés font référence à des termes spécifiques
définis dans le lexique en toute fin de livre et que vous pour-
rez approfondir dans la littérature consacrée ;
- Les mots surlignés renvoient aux développements complé-
mentaires décrits en annexes 1 et 2.
Allons-y.
Derniers détails | 23
Partie I
Pourquoi je suis
comme je suis
Dans cette première partie, nous décortiquerons les raisons de
notre fonctionnement (et de ses conséquences désagréables) avec
une certaine obsession pour le « pourquoi » !
Et commençons par la sempiternelle interrogation : « ça va ?! »
« Ça va ? »
Les crises, les bouleversements et la maladie
ne surgissent pas par hasard. Ils nous servent
d'indicateurs pour rectifier une trajectoire, ex-
plorer de nouvelles orientations, expérimen-
ter un autre chemin de vie.
Carl Jung
Le corps enfin révèle la souffrance même lorsque tous les autres
signes n’y suffiraient pas : dérèglement du sommeil ou de l’appétit
ou des menstruations, désordres gastriques (inflammations, ballon-
nements, coliques, MICI), blocages et douleurs articulaires (cou,
lombaires, poignets) et autres symptômes que la médecine peine à
expliquer et guérir.
Tous ces exemples nous alertent que quelque chose ne va pas.
« Ça va ? » | 27
J’ai personnellement vécu un peu de tout ça.
Ma trentaine débutait sur un bilan parfaitement positif, mais la suite
ne fut pas de tout repos : après la perte d’un enfant puis l’échec de
mon mariage et quelques relations amoureuses inachevées, l’eu-
phorie fanait. Je découvrais les enjeux écologiques (certes déjà ur-
gents mais que j’avais réussi à nier longtemps) qui pesaient très
lourdement dans mon bilan carbone mais aussi mon bilan de vie.
Mes parents vieillissaient, le covid nous isolait.
Enfin, ma dernière compagne plongea dans un burn-out doublé
d’une maladie inflammatoire chronique handicapante qui lui im-
posa un arrêt maladie de 18 mois. Notre relation – par ailleurs par-
faitement épanouissante – s’enlisait malgré moi. J’observais nos
désaccords, impuissant. Je n’arrivais pas à en sortir.
Je me sentais de plus en plus malheureux.
J’opposais 3 évaluations :
1. Objectivement, j’avais tout pour être heureux ;
2. Je ne me sentais pas tellement heureux ;
3. En observant les autres, j’avais l’impression qu’ils étaient plus
heureux que moi.
Pourtant, je ne l’assumais pas. Comment me plaindre alors que je
vivais en paix, en (relative) bonne santé, entouré ?
Mais ça n’allait pas, et je m’en sentais coupable.
D’une manière ou d’une autre, vous finirez toujours par comprendre
que quelque chose ne va pas.
Vous avez 2 types de symptômes : externalisés (et visibles de l’exté-
rieur) et internalisés.
Les symptômes externalisés correspondent à tout ce qui s’observe
de l’extérieur. Il s’agit couramment d’un comportement probléma-
tique : colère, agressivité physique, communication violente, etc.
Les symptômes internalisés sont tournés vers soi, intériorisés. On
pense aux problèmes somatiques (stress, anxiété, douleurs, som-
meil perturbé, cœur rapide/arythmique etc). Naturellement, votre
28 | La méthode Théia
entourage saura capter ces symptômes également même s’ils ne
sont pas tournés vers eux.
Vous identifierez probablement plus aisément les uns ou les autres,
certains étant coupés de leurs sensations corporelles (voyant leur
corps comme une machine) quand d’autres bloquent la prise de
conscience de leur comportement (et la réception des retours de
leur entourage).
Dans tous les cas, les symptômes nous interpellent en criant
« STOP » ! Ils nous enjoignent de comprendre ce qui ne va pas et
d’y remédier.
Dès ce premier chapitre, nous allons débuter la mise en pratique.
Je vous propose de formaliser votre réflexion à l’aide d’une « fiche
exercice » que nous remplirons au fil des exercices proposés dans
ce livre.
Cette fiche est accessible en annexe 3 que
vous pourrez reproduire sur une pleine page
(format A4). Plus simplement, vous pouvez té-
lécharger et imprimer cette fiche exercice en
suivant le lien bit.ly/theia-fiches ou en flashant
le QR code ci-contre.
Cet outil est réellement très important. Prenez le temps d’effectuer
les exercices. Intériorisez les questions, questionnez-vous.
Et pourquoi ne pas les poser ouvertement à votre entourage
aussi qui pourra a minima vous décrire les symptômes externes
qu’il peut observer ?
Vous pouvez préférer faire une première lecture en mode « décou-
verte du livre », auquel cas je vous encourage chaudement à re-
prendre pas à pas ces exercices dans une seconde lecture.
C’est notre premier exercice ! Chaque exercice est repérable par
l’icône suivante dans la marge.
« Ça va ? » | 29
Exercice : ce qui ne va pas.
Ne remontons pas trop loin. Disons sur le mois der-
nier.
Repensez aux difficultés que vous avez rencontrées
le mois dernier. Est-ce une situation conflictuelle ?
Des problèmes de santé ? Un comportement problématique (non
acceptable) ? Inspirez-vous des exemples ci-dessus. Vous pouvez
lister vos difficultés sur un brouillon à part.
Puis tentez de trouver 3 exemples illustrant 3 souffrances différentes
qui vous ont affecté. Nommez ces 3 difficultés et décrivez en quoi
elles représentent un problème pour vous. Puis reportez-les sur la
fiche exercice après l’intitulé « Problème ① ».
Si vous en avez plus que 3, envisagez de les regrouper, ou s’ils sont
bien distincts, gardez les 3 principaux. Vous pourrez élargir à 5
thèmes ultérieurement.
Le sempiternel « Comment ça va ? » marquant tout début
d'échange quotidien est évalué par le questionnaire WHO-5 Well-
Being Index de l'OMS. Les 5 questions interrogent sur comment
vous vous êtes senti les 2 semaines passées. Mais on n'est pas en-
core au concept de Bonheur avec un grand B. Si vous souhaitez ap-
profondir le sujet du bonheur, je vous recommande de lire le
chapitre consacré en annexe 1 page 288.
On peut aussi citer le AHI (Authentic Hapiness Inventory) qui déve-
loppe ce « comment ça va ? » sur 24 questions balayant quelques
humeurs et situations (au travail, chez soi…).
Plus intéressant, je vous recommande la « roue de la vie » de Paul
Meyer que vous pourrez adapter naturellement à votre situation.
Vous pourrez ainsi mesurer la qualité de satisfaction dans les diffé-
rents pans de votre vie, comme la vie familiale, intime, profession-
nelle, intellectuelle, culturelle, sociale, spirituelle, ou encore votre
confort (financier/matériel), votre santé physique ou votre contribu-
tion au monde.
30 | La méthode Théia
Figure 1 - Exemples de signes extérieurs que quelque chose ne va pas...
Bien !
Au fil de la première partie de cette méthode Théia, nous allons dé-
couvrir progressivement un diagramme illustrant tous les concepts
et leurs intrications. Nous commençons dans ce premier chapitre
par le plus observable, sous la forme de ces 2 premiers éléments –
les symptômes intériorisés et extériorisés :
Figure 2 - Les symptômes
Nous allons enrichir ce diagramme au fil des chapitres, au fur et à
mesure de la compréhension des concepts sous-jacents.
« Ça va ? » | 31
Voilà !
C’est ainsi que j’ai commencé à me questionner.
J’ai essayé d’améliorer mon attitude en appliquant quelques bons
conseils comme les Accords toltèques (vous trouverez plus de com-
mentaire sur ces accords toltèques en annexe 2 page 336), des
exercices de gratitude, de la cohérence cardiaque et j’en passe…
mais on ne se refait pas. Je n’arrivais pas à aller mieux.
Y’en a pas d’autres qui souffrent comme moi ?? E.T. téléphone mai-
son !
J’ai donc commencé par chercher des raisons, et je me suis senti
moins seul.
C’est parce que je suis hyper-truc !
En première instance, j’ai commencé par me plaindre, « faire mon
Calimero » diraient mes proches.
Je ressens trop, je réfléchis trop, et ça m’épuise ; je suis trop céré-
bral et trop émotif à la fois ! Voilà la raison à tous mes maux !
Après m’être bien lamenté – la situation n’évoluant évidemment
pas, je me suis demandé si d’autres que moi ressentaient trop et
réfléchissaient trop.
J’ai identifié ces 2 aspects, mais nous allons voir qu’il existe plein
d’outils disponibles pour s’auto-décerner des étiquettes.
32 | La méthode Théia
Hyper-sensible
En premier diagnostic évident, j’ai commencé par accuser mon hy-
persensibilité.
Oui je m’émeus facilement, surtout devant le beau et le touchant.
Mon cauchemar ? Les films ou scènes kawai (trop mignon, en japo-
nais) qui me font verser de chaudes larmes !
J’achète un premier livre puis un second sur les hypersensibles, les
parcours, réponds aux questionnaires incontournables qui me con-
firment le diagnostic. Car oui, je n’aime pas les vêtements qui grat-
tent et je suis facilement gêné par le bruit ambiant.
Je poursuis et creuse en répondant au questionnaire d’Atypikoo et
m’inscris même pour y trouver quelques « semblables ».
Immédiatement, je me sens enfin compris : « we
are not alone » (nous ne sommes pas seuls), en
référence à cette sensation de savoir que,
quelque part, d’autres hypersensibles existent.
Elaine Aron, principale instigatrice de l’hypersen-
sibilité (sous le nom HSP – Highly Sensitive Per-
son) dès les années 90, indique2 que 15-20% de la population est
hyper-sensible. Super !
Je publiai même en 2020 un message sur LinkedIn évoquant le HPE
(Haut Potentiel Emotionnel) illustré d’une mindmap (carte mentale)
et affirmant : « Alors, HPE c'est quoi ? ça tient en 3 mots : hypersen-
sibilité, perfectionnisme et ultra-logisme. »
Je compris bien plus tard le sens de HPE et tout l’amalgame erroné
de ma publication – malgré la présence concomitante de ces carac-
téristiques chez moi mais qui n’étaient pas strictement liées, et sur-
tout certainement pas regroupées sous l’intitulé chapeau « HPE ».
Comme nous le comprendrons plus loin dans la lecture.
2
https://hsperson.com/
C’est parce que je suis hyper-truc ! | 33
Voyons maintenant comment évaluer cette sensibilité.
Le questionnaire le plus connu en la matière est le HSPS (Highly
Sensitive Person Scale) de Elaine Aron qui a peu ou prou dédié sa
vie à ce sujet. A force, ça finit par se faire connaître ! 23 questions
sur la sensibilité aux bruits, à la douleur, etc. On aurait pu ajouter si
tu aimes les étiquettes qui grattent (vu dans un autre livre). On note
aussi 2 questions sur l'énervement. Intéressant. Nous développe-
rons le sujet de la colère...
J'ai trouvé de nombreux autres questionnaires (des livres "Hyper-
sensible, hyperamoureux" ou "J'aide mon enfant hypersensible à
s'épanouir" ou encore dans le Cerveau & psycho n°141) qui se res-
semblent pas mal mais dont je doute d'une quelconque validation
scientifique. Le plus vaste étant celui d'Atypikoo en 133 questions
qui couvre une dizaine d'aspects intéressants de la sensibilité mais
qui s'éloignent à mon sens du sujet (je pense au perfectionnisme
par exemple qui n’est pas du tout systématiquement lié à la sensi-
bilité, comme nous le comprendrons).
Finalement, je mentionne le récent CASS (Clobert Adult Sensitivity
Scale) de Nathalie Clobert, validé en français, qui présente à la fois
des qualités scientifiques mais aussi un découpage en plusieurs do-
maines : sensibilité esthétique, réactivité émotionnelle, tendance à
la saturation et perception des subtilités.
Dans tous les cas, la question de savoir à partir de quel stade une
personne est « hyper » sensible demeure. Quand Elaine Aron ex-
plique qu'environ 15-20% de la population est hypersensible, cela
n'a aucun sens. Sur quelle base fixer un seuil à la sensibilité ? Il en
va de la sensibilité comme de l'intelligence ou d'autres échelles :
on peut reprendre le principe du QI en normant les scores de sen-
sibilité et en décidant que les 2% ayant les plus hauts scores sont
hypersensibles. Cette discussion se poursuit en annexe 1 (page
322).
34 | La méthode Théia
Bon. Mais admettons que je sois hypersensible.
Au-delà de la sensibilité, je cogite trop ! Est-ce lié ? Ou autre
chose ? En poursuivant mes lectures, je découvre le terme de
« zèbre » et plein de symptômes dans lesquels je me reconnais.
Zèbre ou sur-efficient ou sur-prisedetête !
Dans mes pérégrinations webesques, je tombe sur le terme de
zèbre (en lisant Jeanne Siaud-Facchin et le blog « Rayures et Ra-
tures » entre autres) et je me reconnais. Ça fait du bien ! Je suis un
extraterrestre mais j’ai des semblables sur Terre !
Je ne me sens pas adapté à ce monde, mais c’est normal ! et Jeanne
Siaud-Facchin l’a théorisé : elle a choisi ce terme pour souligner la
nature intensément différente et la personnalité atypique des sur-
doués, ainsi que leur façon unique de penser, d'être, de ressentir et
d'agir, mettant en lumière les particularités qui les distinguent.
Ni une ni deux, je cours répondre à une paire de tests de QI sur
Internet qui me trouvent un score de 130-135, donc à la limite du
seuil de 130 déterminant le HPI (Haut Potentiel Intellectuel).
Soit dit en passant : attention à ces tests gratuits sur Internet. Un vrai
test de QI demande 1 à 2 heures, et autant pour échanger sur les
résultats. Nous revenons sur l’intelligence en annexe 1.
Et je suis bien avancé avec ça…
Quelques vidéos YouTube et podcasts Spotify plus tard, j’entends
tout et son contraire. Certains disent que « sur-cognitif » et « sur-
émotionnel » sont liés, d’autres que non, et dans tous les cas cela
reste à démontrer et je n’en ai jamais trouvé de preuve valide.
Oui, je pense trop et tout le temps. Oui, une idée en amène une
autre et cette pensée dite « arborescente » donne le tournis. Mais
est-ce la raison de mon anxiété ? de ma créativité ? de mon imagi-
nation ? de ma rigueur (pour ne pas dire raideur) ?
C’est parce que je suis hyper-truc ! | 35
Les tests de personnalité
Comment ne pas parler des quiz de personnalité, cet outil incon-
tournable sur le chemin de la conscience de soi ?
A la suite de ces deux découvertes (hyper-sensibilité et hyper-prise-
detête), j’entrepris de me tester avec de nombreux (près de 180…
ai-je dit que j’avais un penchant obsessionnel ?) questionnaires de
personnalité (voir Figure 41 page 331) que vous avez probable-
ment croisés ou expérimentés vous-mêmes, en commençant par
les questionnaires réputés dans le contexte professionnel comme
le MBTI ou le DISC (dont je partage mon avis en annexe 2). Il en
existe sur tous les sujets et tous les concepts, des très scientifiques
Big Five et HEXACO aux troubles autistiques en passant par le
stress, les vertus, les styles d'attachement et j’en passe.
Certainement, il y a quiz... et quiz. Vous n’aurez pas les mêmes ques-
tions et la même rigueur entre le Big Five et les quiz de webzines
qui vous donnent quel héros de votre série préférée vous êtes, ou
dans les magazines de l’été que je ne nommerai pas !
Il en existe sur les inclinaisons politiques ou le style d'humour, ou
même sur les « langages de l’amour » (du livre de Gary Chapman)
qui – malgré son aspect léger – me servit de socle à quelques
échanges de couple fructueux.
C’est amusant, on peut lire dans les conclusions de ces tests une
description qui nous correspond plutôt bien (au-delà de l’effet Bar-
num décrit ci-dessous), et ainsi on se sent moins seul.
On se compare, on cherche ses semblables. On s’identifie.
Dans le contexte personnel, j’ai passé le questionnaire de person-
nalité le plus connu et validé scientifiquement dénommé Big Five
dont l’acronyme OCEAN aide à se remémorer des 5 grands traits
de personnalité :
- Ouverture,
- Conscienciosité (le fait d’être consciencieux),
36 | La méthode Théia
- Extraversion,
- Agréabilité,
- Névrosisme (ou neuroticisme selon les auteurs, qui veut dire
instabilité émotionnelle).
Mais ce Big Five ne m’apprit pas grand-chose.
J’ai enfin exploré quelques questionnaires spécifiques sur le per-
fectionnisme, l’estime de soi, le bonheur ou la jalousie même ! Oui
il en existe sur tous les sujets ! J’en référencerai quelques-uns dans
les prochains chapitres de cette première partie, au fur et à mesure
que nous découvrirons ces concepts.
Vous pourrez trouver ces tests gratuitement sur leurs sites consa-
crés ou d’autres sites très bien faits comme aprisme.blog ou psy-
chomedia.qc.ca.
Vous avez déjà répondu à des tests glanés sur Internet et vous vous
êtes super bien reconnu dans la description fournie à l’issue ? At-
tention, vous êtes peut-être victime de l’effet Barnum ! Ce biais dé-
crit la tendance à vous reconnaître dans des descriptions
potentiellement vagues.
Voyons l’exemple de la description suivante :
« Vous avez besoin d'être aimé et admiré, et pourtant vous êtes
critique avec vous-même. Vous avez certes des points faibles dans
votre personnalité, mais vous savez généralement les compenser.
Vous avez un potentiel considérable que vous n'avez pas encore
utilisé à votre avantage. À l'extérieur vous êtes discipliné et vous
savez vous contrôler, mais à l'intérieur vous tendez à être préoc-
cupé et pas très sûr de vous-même. Parfois vous vous demandez
sérieusement si vous avez pris la bonne décision ou fait ce qu'il
fallait. Vous préférez une certaine dose de changement et de va-
riété, et devenez insatisfait si on vous entoure de restrictions et
de limitations. Vous vous flattez d'être un esprit indépendant ; et
C’est parce que je suis hyper-truc ! | 37
vous n'acceptez l'opinion d'autrui que dûment démontrée. Vous
avez trouvé qu'il était maladroit de se révéler trop facilement aux
autres. Par moments vous êtes très extraverti, bavard et sociable,
tandis qu'à d'autres moments vous êtes introverti, circonspect et
réservé. Certaines de vos aspirations tendent à être assez irréa-
listes. »
Vous vous reconnaissez ? Alors si je vous demande à quel point –
de 0 à 5 – cette description vous correspond, vous me répondez… ?
En moyenne, la réponse est de 4,3 (sur 5).
Attention donc à vous renseigner sur la rigueur des questionnaires
auxquels vous pourriez répondre.
Au-delà de l’effet Barnum, il existe plein d’autres biais qui peuvent
fausser les résultats à ces tests : la désirabilité sociale (valoriser son
image), l'acquiescement (tendance à répondre ‘oui’), la tendance
centrale (répondre au milieu parce qu’on n’a pas d’avis), la réponse
au hasard, la négativité (expériences négatives plus mémorisées
que les positives), etc.
Je terminerai ce chapitre par une rapide appréciation qui finale-
ment ouvrira la porte à la suite de ma quête.
Certains tests attribuent un libellé qui catégorise les individus
(comme le MBTI) tandis que d’autres donnent un score moyen sur
une échelle continue. Vous pourrez approfondir la différence caté-
gorie vs continuum en annexe 1.
Le libellé tient à peu : selon l’humeur, vous pourrez changer de ca-
tégorie. C’est ainsi qu’en répondant au MBTI à plusieurs reprises,
j’étais ENFJ en 2018 et INTJ en 2022. Pourquoi ?
Parce que je suis à peu près 50% introverti / 50% extraverti, de
même que 50% pensée / 50% sentiment.
38 | La méthode Théia
Synthèse
Ces premières recherches ainsi effectuées, j’ai posé quelques éti-
quettes sur mes particularités et me suis senti immédiatement
moins particulier. Ces catégories m’ont rassuré. J’ai ainsi pu m’iden-
tifier, m’expliquer voire justifier mes comportements.
L'article sur les étiquettes du Psychologies Magazine d'avril 2022
approfondit la tendance croissante à se trouver un ou plusieurs la-
bels et (souvent) s'auto-proclamer d'un label ou d'un autre.
Saverio Tomasella nous explique ainsi que c'est intrinsèquement
une question d'identité, ce qui rejoint la question de pourquoi faire
des tests de personnalité. Je clame mon appartenance à un groupe,
et m'en sers aussi pour me dédouaner occasionnellement : « C'est
pas ma faute, je suis hyper-truc ! »
Exercice : les étiquettes.
Et vous ? Avez-vous tenté d’expliquer par vous-même
vos problèmes ? Vous avez sans doute quelques intui-
tions en tête… ?
Avez-vous répondu à certains des questionnaires de personna-
lité listés ci-dessus et en annexe ? Vous êtes-vous retrouvé dans les
descriptions des profils ?
Clôturons ce chapitre sur une page de Charlie Brown en VO (d’une
édition originale, mes excuses pour la qualité) qui dit en bref que
nous n’avons pas de défaut, que ce sont des traits de caractère !
C’est parce que je suis hyper-truc ! | 39
Figure 3 - Les traits de caractère, par Charles Schulz
Blague à part, nous sommes effectivement tous uniques.
Après toute cette exploration d’étiquettes et de questionnaires de
personnalité, je n’étais pas beaucoup plus avancé. Ces question-
naires et même leurs articles scientifiques adjoints n’expliquaient
pas grand-chose au final.
Je devais creuser, en commençant par la partie la plus visible de
mon comportement.
40 | La méthode Théia
Qu’est-ce qui me fait réagir ainsi ?
Nous avons vu dans les deux premiers chapitres que globalement,
ça va, tout en vivant de manière répétée des émotions difficiles
dans des situations courantes.
Les étiquettes « hyper-truc » ne m’aidant pas à comprendre toutes
ces émotions vécues, j’entrepris d’observer mes propres réactions
et me documenter sur les émotions, le stress, leur origine et leur
incidence.
Qu’est ce qui me rend mal ?
Qui n’est pas mis à mal par une situation, un collègue, un partenaire
de vie ou la réminiscence d’un événement douloureux passé par
exemple ?
Qui ne ressent pas de stress de nos jours ?
Examinons de plus près ce processus aboutissant à mes réactions
avec cette première illustration simplifiée :
Figure 4 - De l'événement aux réactions
Commençons par le commencement : qu’est-ce qui déclenche mes
émotions négatives ou mon stress ? Quelles situations, quelles per-
sonnes, quels stimuli ?
Qu’est-ce qui me fait réagir ainsi ? | 41
Le stress est un bon indicateur.
Nous évaluons notre capacité à faire face à chaque événement en
fonction de plein de critères complexes comme le style cognitif, les
expériences passées, les compétences acquises, la confiance en soi
(que nous développerons plus tard), etc. Si cette évaluation est po-
sitive, tout va bien ! Sinon, nous stressons.
Le stress apparaît donc lorsque la situation exige plus que nous ne
pouvons répondre, lorsque les contraintes dépassent nos res-
sources, mettant ainsi en danger notre bien-être ou notre sécurité.
En résumé :
Contraintes > Ressources ➔ Stress
Le stress se révèle donc utile et a certainement grandement parti-
cipé à la survie et l’expansion de notre espèce humaine, mais son
effet reconnu sur la santé physique et mentale (lorsqu’il se présente
de façon excessive et/ou durable) nous encourage à l’examiner de
plus près.
Attention donc à la fréquence et l’intensité du stress.
Le niveau de stress se mesure (dans le sang) par dosage du cortisol
au petit matin, mais laissons votre médecin juger de la pertinence
de l’évaluer.
L’événement déclencheur du stress – nommé stresseur dans le jar-
gon – peut prendre n’importe quelle forme, d’un danger externe
réel à une relation conflictuelle en passant par une simple pensée
fugace interne.
A vous de repenser aux situations qui vous mettent mal à l’aise et
tenter de trouver quelle en est la cause. Cet exercice sera repris
dans la synthèse de ce chapitre.
Mais le stress n’est pas la seule conséquence de ce débordement.
42 | La méthode Théia
Emotions
Le stress s’accompagne de tout un lot d’émotions qui parfois même
l’étouffent ou le dissimulent.
Il m'aura fallu bien des réécritures, des nœuds à la tête et des étire-
ments pour parler d'émotions ! Etant moi-même autoproclamé hy-
persensible zébré, le sujet me tient à cœur. Lançons-nous !
Dans le déroulé partant de l'événement déclencheur de l'émotion
et aboutissant à une réaction (internalisée ou externalisée), nous
nous focalisons ici sur le tout début : comment nous recevons l'évé-
nement et le ressenti associé, en distinguant notre sensibilité de nos
compétences émotionnelles (qui aident à conjuguer avec nos émo-
tions et que nous verrons plus tard).
Commençons par une brève mise au point sur les émotions.
L’émotion est une réaction affective transitoire qui sert à produire
une réaction à une situation et réguler l’état interne pour maintenir
son intégrité.
L'émotion reflète véritablement ce que ressent la personne et sert
d’indicateur précis de son état intérieur tout en jouant un rôle cru-
cial dans la communication et les interactions humaines, favorisant
une compréhension et une connexion profonde entre les individus.
Il ne faut pas confondre l’émotion avec le sentiment qui s’étaye sur
une émotion ou se constitue d’un mélange d’émotions. Les émo-
tions se distinguent également des humeurs par le fait qu'elles du-
rent généralement quelques secondes ou quelques minutes, alors
que les humeurs peuvent durer des heures ou des jours.
Chez nos lointains ancêtres et dans le reste du règne animal, les
émotions sont apparues pour sélectionner les informations impor-
tantes et les mémoriser afin de survivre, se développer et se
Qu’est-ce qui me fait réagir ainsi ? | 43
reproduire. Elles permettent ainsi d’éviter les menaces et de recher-
cher ce qui fait du bien à l’organisme et aident donc à prendre des
décisions. L’histoire nous a offert quelques exemples d’individus
privés d’émotion (par accident) devenus incapables de choisir.
Les chercheurs successifs ont proposé des listes et représentations
toujours plus riches d’émotions, tant positives (contentement, désir,
émerveillement, joie, euphorie, plaisir, tendresse, fierté, excitation,
etc) que négatives (chagrin, tristesse, peur, dégoût, impatience, fu-
reur, ennui, envie, nostalgie, etc).
Toutefois, l’étude de différentes cultures et communautés ont ré-
vélé 5 émotions « de base » dites émotions primaires, au sens où le
visage les exprime de manière similaire partout dans le monde, ce
qui les rend reconnaissables de manière universelle. Ces 5 émo-
tions sont la peur, la colère, la joie, la tristesse et le dégoût.
J’ajoute ici une brève note sur la colère qui – nous le verrons plus
loin – revêt en fait de nombreuses formes…
Les autres émotions, complexes, seraient des combinaisons d’émo-
tions simples comme représenté ci-dessous dans cette roue de Ro-
bert Plutchik :
44 | La méthode Théia
Figure 5 - La roue des émotions de Robert Plutchik
Ici, nous retrouvons seulement 4 émotions fondamentales pri-
maires (la peur, la colère, la joie, la tristesse) qui s’associent pour
donner 4 autres émotions secondaires (la confiance, le dégoût, l’an-
ticipation et la surprise). Enfin chacune de ces émotions de base
peut s’exprimer à divers degrés d’intensité, ce qui se traduit par le
grand nombre de mots existants pour les décrire, et se combiner
l’une à l’autre pour former des émotions différentes.
Je conclus sur la représentation proposée par Russell et Lemay
dans leur modèle à 2 dimensions caractérisant une émotion : son
intensité (ou degré d’activation) et sa positivité (ou valence posi-
tive).
Qu’est-ce qui me fait réagir ainsi ? | 45
Figure 6 – Le circonplexe des émotions, de Russell et Lemay
L’évaluation elle-même de nos émotions (appraisal en anglais), pro-
cessus complexe s’il en est, implique la mémoire, le tempérament
(la part innée de la personnalité), l’optimisme, l’estime de soi, le rai-
sonnement cognitif et d’autres encore, et fait l’objet de diagrammes
qui vous donneraient la migraine. Vous pourrez étudier les travaux
de Sander et Scherer entre autres (si vous aimez les migraines).
Bref, ce sujet des émotions passionne et il y a de quoi ! Car les émo-
tions guident nos comportements, impactent notre entourage, cau-
sent des maux bien graves.
Les compétences émotionnelles – cette capacité à conjuguer avec
nos émotions et celles d’autrui – seront développées plus loin.
Aux sentiments s’oppose la raison.
Examinons maintenant nos pensées.
46 | La méthode Théia
Pensées
Sous chaque pensée gît un affect.
Friedrich Nietzsche
Comment ne pas citer le fameux « cognito ergo sum », en français :
« Je pense donc je suis » de Descartes ?
En fait non : nous ne sommes pas que pensées, et l’époque du dik-
tat de la raison est révolue.
Néanmoins, elle tient sa place – d’autant plus chez un cartésien
comme moi.
Toute la construction mentale subtile et complexe débouchant sur
nos pensées est l’objet de toute la suite de cette première partie du
livre, aussi nous expliquerons bien en détail comment nos pensées
se forment.
Pensées et émotions sont-elles liées ou indépendantes ?
Je représentais sur le diagramme introduisant ce chapitre un tan-
dem pensées-émotions.
Naturellement, nous concevons aisément que nos pensées procu-
rent des émotions. Par exemple, c’est en jugeant du comportement
d’une personne qui me double dans une file d’attente que je res-
sens de la colère. C’est en imaginant les conséquences d’un échec
que j’ai peur.
Toutefois, lorsque nous jugeons, pensons ou émettons un avis, c’est
au fond toujours un affect qui détermine la pensée.
Qu’est-ce qui me fait réagir ainsi ? | 47
D’où une flèche à double sens :
Cela étant, je ne m’appesantirai pas sur ce binôme et m’éviterai le
débat de leur interaction, car l’œuf est à la poule ce que la pensée
est à l’émotion.
Dans une situation donnée, l’association pensée-émotion (qui gé-
nère la réaction) détermine votre fonctionnement. Jeffrey Young
parle de « mode de fonctionnement ». Selon les situations, vous
pouvez vivre différents modes, voire traverser plusieurs modes au
sein d’une même situation.
Synthèse
Voici en synthèse ce que nous avons vu dans ce chapitre :
Figure 7 – De l'événement aux réactions
Le duo pensée-émotion est un mode de fonctionnement à un ins-
tant T dans une situation donnée, occasionnant une réaction.
En fin de compte, la personnalité peut être interprétée comme les
pensées, réponses émotionnelles et comportements caractéris-
48 | La méthode Théia
tiques d’une personne. Nous retrouvons le triptyque pensée – émo-
tion – comportement, ou cerveau – cœur – corps.
Nous avons donc décrit dans ce chapitre les grands concepts les
plus entendables et facilement observables de notre personnalité
expliquant comment nous réagissons aux diverses situations de la
vie.
Exercice : décrire la réaction à une situation.
Reprenez les 3 difficultés décrites dans votre fiche
exercice.
Pour chacune, retrouvez une situation concrète du
mois passé qui vous a fait souffrir et tentez de synthétiser dans la
fiche exercice à cette ②ème étape :
- L’événement qui a déclenché la réaction (le stresseur),
- Les émotions et le stress que vous avez ressentis,
- Les pensées qui accompagnaient ces émotions,
- La réaction en résultant (comportement, symptôme intério-
risé ou extériorisé).
Nous voyons donc que les souffrances sont observables par des
pensées, des émotions et des comportements en résultant. Et ça se
répète : une situation induit une réaction.
Bien.
Sauf qu’une même situation chez une autre personne ne provoque
pas du tout la même réaction ! Et réciproquement, vous avez déjà
dû être surpris de la réaction d’une autre personne, au point de ne
pas la comprendre.
Certes nous sommes tous différents, mais en quoi ?
Qu’est ce qui fait qu’un autre réagisse différemment ?
Qu’est-ce qui me fait réagir ainsi ? | 49
Les autres ingrédients assaisonnants
Après avoir identifié les grandes étiquettes décrivant notre person-
nalité et le processus de réaction à un événement stressant, nous
allons maintenant aborder notre manière unique de répondre à
l’événement – ce qui pimente notre existence.
Confiance en soi
Tout d’abord, comme nous l’avons évoqué précédemment, la pre-
mière raison de stresser, c’est de croire qu’on n’y arrivera pas.
La confiance en soi est le sentiment d'avoir la capacité à réussir
dans une tâche donnée. Nous évaluons intuitivement à quel point
nous pensons y arriver. La confiance dépend donc de la tâche :
vous pouvez être confiant pour réparer un vélo et pas pour faire
votre déclaration d’impôts correctement. Ou vice versa (pour ma
part…).
Attention à ne pas confondre avec l’estime de soi ! ce sont 2 con-
cepts bien différents maladroitement confondus. L'estime de soi est
l'évaluation subjective qu'une personne fait de sa propre valeur.
L’estime de soi est plus ancrée et structurante, et renvoie à des cons-
tructions plus profondes et inconscientes que nous verrons plus
loin.
On peut donc parfaitement avoir une faible estime « générale » de
soi et pour autant être confiant. Par exemple, je peux douter de ma
valeur en général (cf le syndrome de l'imposteur) mais savoir que
je suis compétent dans un domaine spécifique ou pour réaliser une
tâche spécifique. Et réciproquement, avoir une bonne estime de
moi tout en reconnaissant que je ne sais pas résoudre un problème
ou réparer quelque chose.
50 | La méthode Théia
Style d’attachement
Vous avez peut-être déjà entendu parler du style d’attachement ? Il
influence la manière dont on perçoit et répond émotionnellement
dans nos relations et surtout dans notre couple.
Prenons l’exemple d’un événement dans la vie de couple générant
des émotions désagréables – un désaccord, une confrontation, l’ab-
sence de l’être aimé…
Quelque chose de déplaisant se passe en soi.
Certains craignent la rupture quand d’autres s’isolent et se renfer-
ment. Les uns peuvent par exemple exprimer leur jalousie et les
autres manger du chocolat (ou boire…).
Ce style d’attachement se crée dans la petite enfance au contact de
nos parents et va perdurer à l’âge adulte. Il se caractérise par 2 di-
mensions distinctes : l’anxiété et l’évitement.
L'anxiété reflète la peur de perdre l'autre (qui trahit la peur de se
retrouver seul). Les personnes qui ont un niveau élevé d'anxiété liée
à la relation ont davantage tendance à se demander si leur parte-
naire les aime vraiment et ont plus souvent peur d'être rejetées. Le
niveau d'anxiété est notamment lié aux croyances concernant sa
propre valeur (estime de soi dont nous reparlerons plus loin) et aux
attentes d'être accepté ou rejeté par les autres.
L'évitement est une stratégie qui consiste à se protéger en fuyant
les sentiments désagréables. Nous reparlerons d’évitement dans le
chapitre sur les stratégies de gestion du stress (page 61). Les per-
sonnes dont le niveau d'évitement est élevé ont tendance à se sen-
tir mal à l'aise de dépendre de leurs partenaires (avant tout au sens
émotionnel). Le niveau d'évitement est notamment lié aux
croyances concernant les autres.
Les autres ingrédients assaisonnants | 51
Nous avons tous une part d'anxiété et une part d'évitement.
Nous distinguons donc 4 styles d’attachement :
- Secure. Ce style indique le sentiment positif qu’on a de sa
propre valeur ainsi que la conviction que les autres sont en
général disponibles et aidants en cas de besoin et qu’ils nous
acceptent tels que nous sommes. Ce style représente 50% de
la population et tend à diminuer au profit des 3 autres profils
dits « insecure » ;
- Anxieux/ambivalent/préoccupé (selon les auteurs). L’anxiété
domine et génère (par anticipation) de la crainte d’être aban-
donné et de se retrouver seul. L’anxieux pense beaucoup, se
préoccupe de tout, tombe vite amoureux et peut se montrer
fusionnel jusqu’à la dépendance affective. Ce style se carac-
térise par le sentiment d’avoir peu de valeur (cf estime de soi
encore une fois !) et beaucoup d’attentes (de réconfort, de
réassurance) envers le partenaire. Ce style se trouve dans 15-
20% de la population ;
- Evitant/détaché. Afin de se protéger de ses émotions néga-
tives, l’évitant se détache autant que possible et fuit. Il affiche
un comportement indifférent ou absent, se referme. Il peut
présenter des addictions (sport, travail, drogue…) pour se
couper au maximum de ses émotions. Il n’a pas d’attente car
il préfère ne pas compter sur les autres pour s’éviter toute dé-
ception, privilégiant son autonomie, souvent au détriment de
ses relations intimes. Ce style décrit 20-25% de la population
et montre une tendance à la hausse ;
- Désorganisé. Ce terme décrit un défaut de structure stable
de fonctionnement, pouvant emprunter aux styles anxieux et
évitant. Par exemple, une personne désorganisée réagira à
une situation contrariante en disparaissant, puis d’un coup en
suppliant l’autre de revenir, pour le rejeter brutalement et en-
fin revenir en pleurant. Si l’un des 2 styles peut prédominer
« par défaut », la personne désorganisée pourra brutalement
changer de l’un à l’autre. Ce style augmente le risque de fra-
gilité et de troubles de personnalité. Les personnes
52 | La méthode Théia
désorganisées représentaient 5% de la population dans les
études d’il y a 1 ou 2 décennies, mais leur part monte à 10-
20% aujourd’hui.
Bref, on distingue ainsi 4 styles que l’on peut représenter sur 2 axes
d’anxiété et d’évitement comme illustré ci-dessous pour mon
« cas » (le point en bas à droite, très anxieux mais pas évitant) :
Figure 8 - Style d'attachement, selon l'anxiété et l'évitement
Vous trouverez en ligne de nombreuses informations traitant du
style d’attachement, comme les interventions de Gwénaëlle Per-
siaux.
Exercice : style d’attachement.
Et vous ? Arrivez-vous par ces simples descriptions à
positionner votre degré d’anxiété et d’évitement ?
Si ce n’est pas le cas – ou si vous voulez outiller votre
évaluation, vous pouvez répondre au questionnaire ECR-R (Expe-
riences in Close Relationships-Revised) traduit en français.
Note : cette information n’est pas à reporter sur la fiche exercice.
Les autres ingrédients assaisonnants | 53
Vous comprenez donc l’impact que ce style d’attachement a sur
notre approche de toute situation titillant le lien ? Tant dans les pen-
sées que dans les émotions induites, ce style d’attachement condi-
tionnera notre appréciation d’une situation relationnelle.
D’où vient ce style d’attachement ? Comment se construit-il ? Quels
facteurs amènent une personne à avoir tel ou tel autre style d’atta-
chement ? Patience… les réponses à ces questions arrivent…
Culture, morale, règles sociales
L’homme est un animal social.
Aristote
Aristote parle plutôt d’animal social au sens « politique », car nous
vivons par nature en communauté et donc, nos liens sociaux comp-
tent grandement dans notre bonheur.
A ce titre, l’homme doit se conformer pour être dans sa commu-
nauté avec tous les travers que cela peut présenter : fragilité au ju-
gement des autres, injonction externe, impossibilité d’être soi. Et à
la clé le sentiment d’être inadapté au monde.
Ne prêtons-nous pas à chaque communauté (religieuse, sociale,
démographique, nationale…) des codes, des règles, des spécifici-
tés – qui d’ailleurs forment son identité et resserrent les liens au sein
de chacune ?
54 | La méthode Théia
Naturellement, ces traits grossiers révoltent, comme toute généra-
lisation. Toutefois, nous y reconnaissons une part de vérité.
Alors que les mœurs se libèrent, les réseaux dits sociaux prônent le
paraître et la norme et facilitent l’éviction et le harcèlement. Dès
lors, comment grandir en se forgeant une identité saine ? Comment
vivre notre individualité en paix ?
Pour ma part, voilà longtemps que j’ai quitté les réseaux sociaux
(personnels) et je m’échappe en m’abreuvant de sketchs où ces hu-
moristes et chroniqueurs radios m’offrent cette catharsis de pouvoir
fantasmer d’une liberté de parole et de comportement.
En tous cas, qu’on le veuille ou non – à moins de vivre en berger
ermite isolé, nous exerçons consciemment ou non un contrôle sur
nos pensées, de nos émotions et donc de notre comportement.
Notre morale juge constamment et influence donc in fine nos réac-
tions du quotidien.
Pour mieux nous fondre dans notre communauté.
Clairement, nous entendons de plus en plus parler de sensibilité et
de liberté d’être, mais pourquoi ?
Je penche personnellement – et je n'ai à ce jour pas assez creusé la
question pour y répondre formellement mais après tout l'intuition
sert à ça ! – pour une raison de notre époque : les mœurs dictées
par nos religions s'étiolant petit à petit, la rigidité se fissurant, le
« qu'en dira-t-on ? » ne suscitant plus aucun émoi, les sensibles
n'ont plus à taire leurs états émotifs et s'offrent ainsi la liberté
d'écouter leur ressenti intérieur.
Je repense à ma mère (née en 39) dont le vécu des premières an-
nées (de guerre donc) a forcément exigé de se créer une carapace
émotionnelle imperméable.
Nous pouvons nous réjouir de pouvoir être, ressentir et exprimer,
même si nous devons aussi acquérir toutes les compétences émo-
tionnelles pour conjuguer avec ces émotions que nous écoutons à
présent.
Les autres ingrédients assaisonnants | 55
Synthèse
Résumons donc ce que nous avons vu jusqu’ici en ajoutant à notre
diagramme ces 3 ingrédients modérateurs (voir en annexe 2 page
318 pour comprendre mieux le sens de modérateur) :
Figure 9 - Modération par la confiance, l'attachement et la culture
Vous le devinez, cette longue flèche laisse la place pour un qua-
trième modérateur que nous découvrirons dans le prochain cha-
pitre !
Tout va bien ?
Ça se complique petit à petit… J’espère ne pas vous perdre en che-
min ?
Plus probable, vous vous demandez probablement où tout cela va
nous conduire… et très franchement, quand j’en étais là dans ma
quête introspective, je me sentais totalement perdu aussi !
Ne fléchissez pas trop.
Les explications arrivent. A commencer par la compréhension de
notre manière de gérer nos émotions et y réagir. C’est vague ? Tour-
nez la page…
56 | La méthode Théia
Comment ça je gère mal ?
Au-delà des premiers facteurs modérateurs (vus au chapitre précé-
dent) qui caractérisent la genèse du binôme pensées-émotions, je
pressens également des différences importantes entre individus
concernant la manière de gérer l’effet produit par la situation incon-
fortable.
C’est ce que nous allons aborder dans ce chapitre : comment cha-
cun gère de son mieux.
Gestion des émotions
Pour commencer, comment nous accommodons-nous à ces émo-
tions qui nous traversent ?
Nous avons parlé de sensibilité élevée, et d’émotions ressenties :
une forte sensibilité occasionne une réception amplifiée des émo-
tions.
Mais qu’en faisons-nous ?
Certains ne semblent-ils pas mieux gérer leurs émotions que
d’autres, quelle que soit leur sensibilité ?
Eh bien oui : nous avons des compétences émotionnelles.
Les compétences émotionnelles (CE) – comme leur nom l'indique !
– sont des compétences dans l’art de gérer les émotions.
Dans les modèles récents de compétences émotionnelles (voir les
livres référencés en annexe), nous distinguons 5 compétences qui
s'appliquent à ses propres émotions (intrapersonnel) et à celles des
autres (interpersonnel) : identification, compréhension, régulation,
expression et utilisation, reprises dans le tableau ci-dessous :
Comment ça je gère mal ? | 57
Mes émotions Les émotions des autres
(intrapersonnel) (interpersonnel)
J’identifie et nomme mes J’identifie les émotions
Identifier
émotions des autres
Je comprends mes émo- Je comprends celles des
Comprendre
tions autres
Je sais réguler mes émo- Je peux aider les autres
Réguler tions en fonction du con- dans la régulation de
texte leurs émotions (?)
Je sais exprimer mes J’aide les autres à expri-
Exprimer émotions et les besoins mer leurs émotions et
associés leurs besoins (?)
Je sais utiliser mes émo- Je prends en compte les
Utiliser tions pour mieux choisir émotions des autres pour
et agir dans ma vie mieux vivre en harmonie.
Tableau 1 - Les 5 compétences émotionnelles
Note : la régulation et l’expression des émotions des autres (deux
cases marquées d’un ?) ne me paraissent pas pertinents. Mais c’est
un détail.
Parmi ces 5 CE, la régulation émotionnelle mérite une attention par-
ticulière. La régulation émotionnelle consiste à utiliser une ou plu-
sieurs stratégie(s) destinée(s) à accroître, maintenir ou réduire la
réaction émotionnelle. A ce titre, elle sera traitée dans le chapitre
sur les stratégies (voir page 61).
Pour chacune des compétences, nous distinguons 3 niveaux de
maîtrise :
1. Avoir les connaissances elles-mêmes,
2. Avoir l’habileté à appliquer ses connaissances,
3. Avoir le trait (au sens disposition naturelle) à se comporter
d’une manière ou une autre.
58 | La méthode Théia
Ces compétences existent donc en aptitude innée (prédisposition),
mais elles peuvent aussi s'acquérir et se développer à tout moment
de la vie avec des formations adaptées. Nous verrons cela en se-
conde partie.
Note : vous avez peut-être entendu parler d'intelligence émotion-
nelle (IE), terme démocratisé par Daniel Goleman dans les années
90 ? L’intelligence émotionnelle décrit cet ensemble inné + acquis
(trait + habileté). Son évaluation donnerait un quotient émotionnel
(QE). Ceci dit, je préfère parler de CE uniquement, car IE et QE lais-
sent penser qu'il en va de l'émotion comme de l’intelligence, ce qui
est faux, essentiellement parce que le QI ne peut pas se dévelop-
per, contrairement aux compétences émotionnelles.
Ainsi, les compétences de gestion des émotions permettent de
contrebalancer une forte sensibilité, ce qui fait que certaines per-
sonnes particulièrement sensibles paraissent « à vif », à fleur de
peau, quand d’autres savent mieux gérer leurs tempêtes émotion-
nelles.
J’avancerais donc que plus on est sensible et plus il sera bienvenu
de savoir (ou d’apprendre à) jongler avec ses émotions débor-
dantes.
Spiderman nous l’exprime bien : « Un grand pouvoir implique de
grandes responsabilités ». Ici, j’y donne le sens où le flot d’émotions
ressenties nécessite d’apprendre à les gérer. Car oui, la bonne nou-
velle c’est que cela s’apprend.
Vous vous souvenez, je mentionnais plus haut un post LinkedIn où
je m’auto-proclamais HPE. Je souhaite en profiter ici pour éclaircir
ce terme HPE.
L’appellation « Haut Potentiel Emotionnel » (HPE) serait au quotient
émotionnel (QE) et à l’intelligence émotionnelle (IE) ce que le HPI
est au QI. Mais, hormis la remarque précédente sur le terme IE inap-
proprié à mon goût, le HPE peut malgré tout avoir un sens et
Comment ça je gère mal ? | 59
désigner des personnes particulièrement expertes dans les 5 com-
pétences évoquées.
En tous cas, j’incluais dans ce post des notions qui n’avaient rien à
voir avec HPE.
Voilà pour l’erratum.
Plusieurs questionnaires ont été développés pour mesurer les com-
pétences émotionnelles, que je vous encourage à utiliser pour vous
tester et mieux appréhender ce sujet :
- Le PEC (Profile of Emotional Competence) est le question-
naire (en 50 items) reprenant le modèle à 5 compétences que
je mentionne ci-dessus, disponible en ligne en partie gratui-
tement ;
- Le SSEIT (Schutte Self Report Emotional Intelligence Test)
comporte 33 questions qui évaluent peu ou prou les compé-
tences sus-citées ;
- Le TEIQue (Trait Emotional Intelligence Questionnaire) existe
en 144 items ou 30 dans sa version courte (TEIQue-SF), que
vous pouvez remplir en ligne également. Néanmoins, les 4
facteurs analysés (bien-être, maîtrise de soi, émotivité et so-
ciabilité) s'éloignent fortement des modèles modernes ;
- On trouve également 2 tests spécifiques sur la régulation
émotionnelle (l'une des compétences) : le DERS (Difficulties
in Emotion Regulation Scale) et l'ERQ (Emotion Regulation
Questionnaire) validés en français. Nous retrouverons la ré-
gulation émotionnelle dans le prochain chapitre sur les stra-
tégies de coping.
Exercice : la gestion des émotions.
Comment vous situez-vous en termes de compé-
tences émotionnelles ? Vous pouvez commencer par
y réfléchir par vous-même, avant de répondre à l’un
des questionnaires ci-dessus (je recommande le PEC !).
60 | La méthode Théia
Une fois le questionnaire répondu, êtes-vous surpris des 10
scores obtenus ? Prenez un temps pour les analyser et intégrer le
résultat.
Si vous combinez une sensibilité élevée (évaluée ci-dessus page 33)
et des CE faibles, pensez-vous faire l’expérience de subir vos tu-
multes émotionnels ? Votre entourage vous a-t-il fait la remarque
que vous étiez à fleur de peau, ou trop susceptible… ?
Note : cette information n’est pas à reporter sur la fiche exercice.
Après avoir vu comment nous parvenons à gérer nos émotions,
voyons les différentes manières de réagir à une émotion déplai-
sante et au stress.
Stratégies de coping
Les stratégies dites de coping3 en anglais (traduit par stratégies
d’adaptation ou processus de maîtrise, cope voulant dire « gérer »
ou « faire face ») sont des méthodes et techniques volontaires et
conscientes par lesquelles nous choisissons délibérément une ré-
ponse à un stresseur (interne et/ou externe).
Figure 10 - Intervention du coping dans la gestion du stress
3
Par la suite, je continuerai d’employer le terme anglais de coping que
vous retrouverez dans toute la littérature francophone consacrée.
Comment ça je gère mal ? | 61
Note : on les oppose couramment aux mécanismes de défense
considérés comme involontaires et étudiés dans des cadres plus
cliniques de troubles psychologiques.
Les stratégies se regroupent en familles, et une fois n’est pas cou-
tume, la recherche progresse et les auteurs divergent sur leurs mo-
dèles. En synthèse, nous retrouvons 3 familles de stratégies : celles
centrées sur le problème ou sur l’émotion, ou les stratégies de fuite.
Stratégies centrées sur le problème
Ces stratégies consistent à chercher activement une solution au
problème ou réinterpréter la situation, par exemple :
- L'analyse consiste à approcher le problème avec un angle
analytique de type problème-solution ;
- La réinterprétation positive permet de voir les choses autre-
ment, à trouver du positif même dans une situation contra-
riante ;
- Le soutien instrumental incite à aller demander de l'aide au
sujet du problème (à ne pas confondre avec le soutien émo-
tionnel ci-dessous).
Stratégies centrées sur l’émotion
Ces stratégies centrées sur l’émotion provoquée par la situation vi-
sent à réduire la détresse émotionnelle associée à la situation, par
exemple :
- L'acceptation de l'émotion/du stress est souvent bénéfique
en conduisant à l'apaisement ;
- Le blâme, à l’inverse, culpabilise, ce qui ne fait pas avancer
les choses ;
- La rumination est une pensée involontaire et répétitive dont
on peine à sortir ;
- L'agression survient quand l'émotion tourne en colère et que
vous la dirigez vers l'extérieur ;
- L'humour – et pourquoi pas !? – permet d'alléger l'émotion.
Quand c'est possible... ;
62 | La méthode Théia
- Le soutien émotionnel consiste à demander de l'aide à
d'autres (écoute ou conseil) pour apaiser l'émotion ;
- La spiritualité/religion est une sorte de soutien émotionnel
qu'on peut trouver en soi.
Stratégies de fuite
Ces dernières stratégies tentent d’éviter le problème ou l'émotion,
parmi lesquelles on retrouve :
- Le déni, c'est-à-dire le refus de la réalité de la situation ;
- Le désengagement, lié à des pensées de type « de toutes ma-
nières je n'y arriverai pas » menant à l’abandon ;
- La distraction par tous les moyens disponibles (écrans, sor-
ties, shopping, …). Tout est bon pour penser à autre chose !
- L'addiction enfin (alcool, drogue, jeux vidéo ou d'argent...),
comme échappatoire ultime mais délétère pour l'émotion et
le stress.
J’ai pour ma part recueilli et synthétisé ces stratégies analysées par
les questionnaires proposés par ces auteurs et choisi de les repré-
senter sur 2 axes :
1. Si elles sont tournées vers l’intérieur (soi) ou l’extérieur (l’évé-
nement stressant, les autres, l’environnement) ;
2. Si elles s’apparentent à une posture engagée/impliquée ou
désengagée/désimpliquée.
Après tout, être centré sur le problème ou sur l’émotion n’est
qu’une polarité du duo pensées-émotions discuté précédemment.
Dans les deux cas, l’essentiel est de savoir si l’on agit ou pas…
Comment ça je gère mal ? | 63
Figure 11 - Les stratégies de coping, selon internalité et engagement
Une autre représentation reprend le triangle passif / agressif / affir-
mation de soi proposé par Jean Cottraux :
Figure 12 – Les stratégies de coping, selon le triangle de Cottraux
64 | La méthode Théia
Bien sûr, dans ces deux illustrations, le placement précis de chaque
stratégie sur ces axes est discutable.
Mais quelle que soit la représentation – et donc les concepts aux-
quels le coping fait référence, l’essentiel est de pouvoir se recon-
naître et identifier ses propres stratégies, mais aussi de prendre
conscience de la grande diversité de stratégies pour (nous le ver-
rons en seconde partie) enrichir notre palette de réactions.
Exercice : les stratégies de coping.
A la lecture de toutes ces stratégies, vous devez rai-
sonnablement retrouver celles que vous utilisez cou-
ramment, et peut-être même les associer aux
situations qui les déclenchent ?
Si vous êtes intéressé par remplir un questionnaire pour identifier
vos stratégies de coping de manière plus objective, vous pouvez
combiner les résultats de plusieurs questionnaires : le Brief COPE,
le WCC-R (Ways of Coping Checklist Revised) ou le CISS (Coping
Inventory for Stressful Situations).
Puis repensez aux 3 situations déplaisantes décrites dans la fiche
exercice, replongez-vous dedans et décortiquez-les : arrivez-vous à
identifier les stratégies de coping que vous avez employées ? Re-
portez ces stratégies en ③ sur la fiche exercice.
La formalisation vous invite à noter (à 5 niveaux de -- à ++ par
exemple) le bénéfice à court terme (CT) et long terme (LT) de vos
stratégies, c’est-à-dire si votre réaction a servi positivement au mo-
ment de la situation (CT) et quelques temps plus tard (LT). Vous
pourrez ainsi vous interroger (avec quelques jours de recul) si vos
stratégies fonctionnent !
Pour cet exercice, n’hésitez pas à interroger votre entourage qui
peut vous offrir un point de vue extérieur plus objectif, car – nous le
verrons – vous risquez de refuser de reconnaître l’emploi de cer-
taines stratégies connotées négativement.
Comment ça je gère mal ? | 65
Toutes ces stratégies n’ont pas la même efficacité.
Une stratégie de coping est dite adéquate si elle permet à l’individu
de maîtriser la situation stressante ou de diminuer son impact sur
son bien-être physique et psychique. Elle est donc associée à une
bonne estime de soi, peu de stress perçu (résultant) et peu de souf-
france psychologique.
L’efficacité d’une stratégie de coping dépend aussi des caractéris-
tiques de la situation (durée, contrôlabilité du stresseur, etc).
J’ai pu lire que les stratégies centrées sur le problème marchaient
mieux que celles centrées sur l’émotion, sans parler de la fuite qui
serait la pire ! Ces études analysent les stratégies employées et les
rapprochent typiquement de l’état émotionnel/dépressif de l’indi-
vidu. Mais voilà tout le problème des corrélations (cf annexe 1) : est-
ce que le mauvais choix de stratégies augmente le risque de dé-
pression ? n’est-ce pas que les personnes à tendance dépressive
choisissent des stratégies inadaptées ? Ou que, plus subtil encore,
des blessures profondes ou un tempérament inné à tendance an-
xieuse et passive (notion que nous verrons plus tard) causent le
choix de stratégies inadaptées et l’état dépressif ?
A mon sens, l’usage efficace des stratégies est plus subtil que ça :
un coping émotionnel peut tout à fait être utile à court terme. Il évite
de se sentir trop mal sur l’instant et temporise le travail cognitif, per-
mettant dans un second temps d’évaluer la situation de façon plus
réaliste et d’en chercher des solutions (donc de mettre en place des
stratégies centrées sur le problème). Néanmoins, la stratégie d’évi-
tement ne marche pas au long terme car elle ne résout rien.
De plus, un coping centré sur le problème ne peut s’avérer réelle-
ment efficace que si la situation est contrôlable. Face à un événe-
ment incontrôlable, les efforts répétés sont inutiles et épuisants, et
une stratégie émotionnelle évitante (répressive) peut s’avérer plus
adaptée, car elle protège l’estime de soi et permet de ne pas être
submergé par la détresse.
66 | La méthode Théia
Nous observons donc que selon la situation, changer de stratégie –
voire même essayer successivement plusieurs stratégies – apporte
une flexibilité certainement bénéfique.
En résumé, il semblerait que les stratégies de coping centrées sur
la régulation de la détresse émotionnelle et les stratégies d’évite-
ment des situations stressantes soient adaptées et efficaces surtout
à court terme. Dans les situations où il est possible d’agir pour mo-
difier les conditions à l’origine du stress, ces formes de coping ne
devraient pas être sur-utilisées, et encore moins se substituer à la
mise en œuvre de stratégies orientées vers la résolution de pro-
blèmes.
In fine, notre résilience, c’est-à-dire notre capacité à faire face aux
dangers perçus à l’intérieur de nous dans une situation donnée,
mobilise ces stratégies de coping et requiert donc de mûrir dans le
choix de stratégies adaptées à chaque situation.
Note : ces stratégies de coping impliquent d’autres facteurs comme
le tempérament (que nous verrons page 132) et la tendance à l’in-
ternalisation (voir page 308) incluant le Locus of Control (voir page
309) ainsi que l’auto-efficacité.
Synthèse
Récapitulons.
Un événement (stresseur), modulé par des caractéristiques person-
nelles comme la confiance en soi, le style d’attachement, la culture
et les stratégies de coping, génère des pensées et émotions qui à
leur tour s’externalisent en comportement ou s’internalisent en
stress et somatisation.
Comment ça je gère mal ? | 67
Voici où nous en sommes :
Figure 13 - Modération par le coping
Vous vous en doutez : nous sommes encore loin d’avoir tout com-
pris ! Car ce fonctionnement conscient et visible n’explique pas
tout.
J’observe que certains stresseurs me touchent plus que d’autres.
J’ai une sensibilité ciblée. Par exemple, je n’ai pas de crainte ou de
peur générale. Il m’arrive de ne pas fermer la porte de chez moi car
la perspective de me faire voler ne m’inquiète pas. A contrario, évo-
quer que j’ai mal fait quelque chose me provoque immédiatement
une réaction défensive.
On me dit « perfectionniste ».
Pourquoi ? Qu’est-ce que cela décrit de moi ?
68 | La méthode Théia
Est-ce vraiment moi ?
Si je demandais à mon entourage deux qualificatifs pour me dé-
crire, je pense qu’il me répondrait « perfectionniste » et « gentil ».
Cela me décrit, me définit, induit des qualités dont je suis fier.
Mais qu’est-ce que ce perfectionnisme ? est-ce que le fait d’être
perfectionniste n’induirait pas une sensibilité accrue aux événe-
ments remettant en cause ma recherche de perfection ? Ou bien
serait-ce l’inverse (ma sensibilité causant mon perfectionnisme) ?
Et ce perfectionnisme m’identifie-t-il ?
Masque
Le masque, concept popularisé par Lise Bourbeau entre autres, dé-
signe un comportement ou une façade que les individus adoptent
pour se conformer aux attentes sociales ou pour se protéger contre
des blessures émotionnelles.
Cette fausse personnalité (venant de persona en latin qui désignait
le masque de l'acteur) – aussi dénommé faux self – peut être vue
comme une stratégie employée par l'individu cherchant à dissimu-
ler ses véritables sentiments, désirs et vulnérabilités pour éviter le
jugement, le rejet ou tout autre forme de douleur psychologique.
Le masque permet à la personne de naviguer dans des environne-
ments sociaux de manière plus sûre et acceptable, tout en mas-
quant son vrai soi (ou essence ou vrai self, mais nous y reviendrons
plus tard).
Au fil du temps, ce masque peut devenir si intégré que l'individu
peut avoir du mal à distinguer entre son vrai soi et la fausse person-
nalité qu'il a construite, ce qui peut compliquer le chemin vers une
authentique expression de soi et le bien-être personnel.
Est-ce vraiment moi ? | 69
Chaque masque offre des qualités, des opportunités, une adéqua-
tion naturelle à certaines tâches ou métiers, comme il offre bien sûr
ses fragilités que nous verrons plus loin.
En lisant, recherchant, confrontant et critiquant les modèles exis-
tants (voir annexe 2 sur ces différentes sources), j’ai finalement re-
tenu 13 masques que je liste ci-dessous avec leur description et les
qualités qu’on leur reconnaît :
Le perfectionniste (pour commencer par ce
qui me concerne !) cherche l’excellence, car
tout reproche – interprété comme un échec –
lui serait blessant. Cette rigueur s’applique gé-
néralement dans le « faire » au sens du travail,
de la gestion du temps, du rangement ou de
la propreté ou de l’entretien du jardin, mais
peut aussi toucher l’apparence ou le soin du corps. Ce masque offre
de belles qualités de logique, d’organisation et de responsabilité
pour mener à bien une tâche. Les perfectionnistes sont fiables !
Le gentil, aussi nommé masque d’abnégation
ou d’altruisme, fait tout son possible pour être
aimable en rendant service à son prochain,
son partenaire de vie, ses amis, et jusqu’aux in-
connus (y compris les nécessiteux). Si la gen-
tillesse est une belle qualité (une vertu dira-t-
on), l’abnégation va bien au-delà en contrai-
gnant à s’oublier pour faire plaisir à l’autre. Il est compatissant, ser-
viable, sensible. On peut le retrouver dans un métier social ou
humanitaire typiquement, ou engagé dans des missions associa-
tives.
70 | La méthode Théia
Le narcissique aime attirer les regards, être au
centre de l’attention. Il est apprêté, très sou-
cieux de son image et de son aura, charisma-
tique, éloquent, beau parleur, charmeur,
énergique.
S’il véhicule de nos jours une connotation très
négative (associée au fameux « pervers narcis-
sique »), il n’en reste pas moins un masque
structurant prédisposant aux métiers exposés au public (théâtre, té-
lévision et cinéma typiquement).
Le leader expose une énergie forte, une haute
confiance en soi et un besoin d'indépen-
dance. Perçu comme direct et franc, il prend
des initiatives, aime relever les défis et con-
trôle naturellement sa vie et son environne-
ment. Il se montre adaptable, persuasif,
charmeur.
Le terme de leader vient justement d’une pro-
pension naturelle pour la gestion d’équipe, à la fois par sa motiva-
tion intrinsèque à aller de l’avant et sa facilité à réunir autour de lui.
Le rebelle choisit de défier ou de s'opposer
aux normes, aux attentes ou aux autorités éta-
blies, tentant ainsi de préserver son autono-
mie personnelle face à ce qui est perçu
comme des demandes ou des contraintes in-
justes. Il chérit la liberté et montre beaucoup
d’esprit critique. Il défend l’opprimé.
On peut le retrouver dans des métiers poli-
tiques ou des ONG par exemple, ou dans d’autres activités contes-
tataires moins légales aussi.
Est-ce vraiment moi ? | 71
L’épicurien vit de légèreté et profite de la vie
dans une quête de satisfaction hédoniste
maximale. Il invite à la fête, aux activités lu-
diques et créatrices, au fun ! C’est le pote idéal
qui met l’ambiance, avec qui on ne s’ennuie ja-
mais. On le décrit spontané et créatif. Il est le
dernier à aller se coucher, monte le son et
aime être entouré, illustrant le bon vieux dic-
ton : « Plus on est de fous plus on rit ! »
Il savoure les plaisirs que la vie lui offre. L’épicurien peut chercher à
avoir un métier lucratif pour s’offrir tous ses loisirs et sorties.
Le rigide adhère de manière inflexible aux
règles, normes et procédures. S’il peut faire
preuve de contrôle émotionnel et comporte-
mental et de jugement inflexible – ce qui
risque de générer des conflits et limiter l'adap-
tabilité, il se montre aussi enclin à maintenir un
environnement ordonné et prévisible. Il ap-
précie le cadre, l’ordre des choses. Il n’aime
pas déroger.
On peut le trouver dans les métiers de comptabilité (pour le cliché),
l’édiction des règles ou leur contrôle (audit par exemple).
Le loyal cherche à rentrer dans le moule et se
conformer aux attentes des autres pour main-
tenir des relations stables et prévisibles. Le
loyal se caractérise par un caractère persévé-
rant, engagé, fiable, consciencieux, constant,
dévoué, fidèle en toutes relations (profession-
nelles, amicales et amoureuses).
Il valorise les structures qui renforcent son sen-
timent de sécurité. Il a des opinions franches et une vision du
monde claire (pour ne pas dire arrêtée).
72 | La méthode Théia
Le méfiant doute. Il construit très doucement
sa confiance comme il la retire très vite à la
moindre déconvenue. Favorisant l’esprit cri-
tique – mais pouvant mener à la paranoïa, le
méfiant cherche, valide, confirme, contrôle. Il
se méfie de l’autre en pensant qu’il ne peut pas
lui donner sa confiance, d’un discours en y
prêtant de mauvaises intentions, peut-être
aussi d’un gouvernement, de Big Pharma, etc.
Que de qualités pour un journaliste ou un expert en sécurité ?
Le battant est animé par la démonstration de
ses aptitudes et l’atteinte de résultats. Il con-
voite l’ascension sociale, vise les étoiles et se
motive aisément seul, ce qui le prédispose na-
turellement à l’entrepreneuriat. Il ne compte
que sur lui-même pour atteindre ses objectifs.
Il gère méticuleusement son emploi du temps,
car rien ne compte plus pour lui que l’usage efficace de son temps
pour réaliser ses priorités.
L’original souhaite dénoter et revendique sa
différence. Cela peut se jouer sur 2 tableaux :
son apparence (par un décalage stylistique
voulu) mais aussi ses connaissances (en jouant
de créativité et d’intellectualisme). Il se dis-
tingue ici des autres par des idées uniques,
des lectures atypiques, des références sa-
vantes. En réalité, il redoute le banal et l’ordinaire. Il est perçu
comme excentrique, novateur. Il fait tout pour être intéressant.
Est-ce vraiment moi ? | 73
Le rêveur se construit un monde imaginaire
dans lequel il n’est jamais seul. Réfléchi, calme
(voire triste parfois), il paraît introverti, silen-
cieux, « dans la lune », ailleurs.
Il travaille en autonomie et n’aime pas qu’on le
dérange. Il a donc besoin de consignes claires
pour ensuite avancer en indépendance.
On le trouve dans des métiers d’indépendant,
artistique, ou au contraire dans des tâches besogneuses et répéti-
tives.
Le médiateur a horreur du conflit et de la sé-
paration et fait donc tout pour bâtir et préser-
ver la paix et l’harmonie.
Il s’arme d’empathie, de bienveillance, de pa-
tience et d’écoute pour apaiser les conflits – ce
qui en fait d’excellents diplomates, au risque
d’oublier ses propres motivations et désirs. Il
se montre calme et conciliant en toutes cir-
constances et refuse absolument de s’énerver ou de râler.
Sa voix est douce, lente, et plus l’atmosphère se tend, plus le mé-
diateur s’assouplit et cherche l’apaisement.
Oui, cette longue liste risque d’appeler chez vous – cher lecteur –
une réaction étonnée de type : « c’est pas un peu beaucoup, tout
ça ? »
Je concède que 13 masques peuvent compliquer votre compré-
hension, mais j’ai tenté de traduire certaines nuances qui m’ont
semblé importantes. Relisez tranquillement cette liste. Tentez d’ima-
giner certaines personnes autour de vous (ou dans vos séries pré-
férées !) qui illustreraient certains de ces masques.
74 | La méthode Théia
En lisant cette liste descriptive, vous valorisez probablement cer-
tains masques plus que d’autres. Mais même derrière une person-
nalité très positive et solaire comme l’épicurien ou le leader peut
résider un manque ou une souffrance induisant d’autres probléma-
tiques (comme nous allons le voir dans les prochains chapitres).
Bref, au final, il n’y a pas vraiment de « bon masque ». Et si vous en-
viez votre prochain, lisez l’histoire de Sybille narrée par Laurent
Gounelle…
Mais alors, tous ces « masques »… que signifient-ils ? Comment
pourraient-ils si bien décrire les personnes si ce sont des…
masques ? Tous ces descriptifs ne correspondraient qu’à de fausses
personnalités construites ?
Et vous-même qui vous reconnaissez dans une description ou une
autre, vous risquez de rejeter l’idée que ce soit un masque, et c’est
bien normal, parce que vous avez toujours vécu avec, du moins
aussi loin que votre mémoire remonte. Nous comprendrons bientôt
pourquoi.
Vous pouvez également réfuter tout en bloc et commencer à la lec-
ture de ces pages à vous braquer et à résister. Ce serait naturel,
d’autant plus que nous utilisons nos masques de manière incons-
ciente.
Sincèrement, j’ai décrit les masques par leurs qualités pour espérer
vous faire reconnaître la description et faciliter votre acceptation.
Votre résistance naturelle va œuvrer pour résister autant que pos-
sible et maintenir en place le masque. Nous voyons là le rôle de
l’égo sur lequel nous reviendrons plus loin.
Je vous engage à tenter malgré tout de vous armer de patience et
d’ouverture, lire ces pages et les chapitres suivants décrivant le
fonctionnement des masques, effectuer les exercices, prendre le
feedback de vos proches et entamer le chemin d’acceptation.
Est-ce vraiment moi ? | 75
Finalement, est-ce que tout le monde n’aurait pas un de ces
masques ? Si, j’en suis convaincu !
Pire encore : nous n’avons généralement pas qu’un masque !
Tout comme nous disions au chapitre précédent que nous n’avons
pas qu’une stratégie unique en toute situation (mais qu’au contraire,
nous pouvons varier nos stratégies d’une situation à l’autre ou
même en réaction à un même événement), nous pouvons revêtir
tantôt un masque, tantôt un autre.
Note : si vous êtes familier de modèles bien célèbres comme celui
de Lise Bourbeau ou l’Ennéagramme, vous serez peut-être surpris
de ne pas trouver le « masochiste » par exemple, ou au contraire de
trouver bien plus de masques, ou sous des dénominations diffé-
rentes.
Ne vous en inquiétez pas. Tentez d’ouvrir votre entendement à la
présentation que je vous propose – qui effectivement synthétise de
nombreux modèles de personnalité (ces deux-là et d’autres). J’ai
tenté de calquer les principales méthodes qui m’ont inspiré sur ces
13 masques dans la synthèse finale de la première partie (voir le
Tableau 11 page 178).
J’ouvre une brève parenthèse sur d’autres répercussions obser-
vables d’ordre comportemental, physique ou environnemental
liées aux masques. De nombreux auteurs ont ainsi tenté d’attribuer
aux perfectionnistes des rides au front et un bureau bien rangé, aux
leaders un teint hâlé, une belle voiture et un sourire so bright, aux
narcissiques une belle silhouette au torse bombé, etc. Cela a du
sens et peut se vérifier occasionnellement, mais je ne crois pas per-
tinent de l’exposer ici, souhaitant plutôt vous emmener sur le che-
min de l’introspection plutôt que celui du jugement catégoriel,
déductif et hâtif des autres. Fin de la parenthèse (mais je la rouvre
en annexe 2…).
76 | La méthode Théia
Attention enfin : tout comportement n’est pas forcément un
masque ! Par exemple, la « timidité » n’est pas un masque ni même
un évitement, mais plutôt un comportement d’adaptation face à la
peur d’être jugé. Un perfectionniste peut être timide ponctuelle-
ment (dans une situation nouvelle typiquement), comme peut l’être
le rêveur (par son repli) ou le gentil (qui ne sait pas trop comment
s’y prendre).
Toute cette variation de postures rend l’identification plus com-
plexe.
Plus nous avançons dans l’exploration de notre construction sur ce
chemin introspectif, plus vous rencontrerez des difficultés à vous
questionner pour identifier ce qui vous caractérise – votre masque
dans ce chapitre.
Exercice : les masques.
Quels sont vos masques ? Vous reconnaissez-vous
dans certaines de ces descriptions ? A nouveau, n’hé-
sitez pas à demander le retour sincère de votre entou-
rage en leur faisant lire les descriptions sommaires.
A ce stade, cela peut vous paraître difficile de vous reconnaître,
donc attendez avant de vous référer à la fiche exercice. Nous allons
ensuite évoquer les besoins et les réactions sous stress liés à ces
masques, et ces caractéristiques devraient aussi vous aider à vous
identifier.
Note : l’effet de la culture d'une communauté ou d'un pays (vue au
chapitre sur la culture page 54) peut induire des comportements
similaires aux masques mais sans la blessure qui va avec. Ainsi, une
communauté imposant – par code de conduite – un contrôle émo-
tionnel très fort pourrait voir une tendance à présenter les caracté-
ristiques de ce masque chez ses membres.
Le besoin d’appartenance peut donc – par les modèles sociaux vé-
hiculés dans la communauté – venir renforcer un masque.
Est-ce vraiment moi ? | 77
Besoin
Nous allons voir dans ce chapitre qu’à chaque masque correspon-
dent des besoins qui servent aussi de moteur (de driver en anglais,
pour reprendre le jargon de l’analyse transactionnelle) au porteur
du masque.
Le besoin détermine ce qui motive la personne au niveau personnel
et professionnel. En effet, le masque a besoin d’être nourri. Souve-
nez-vous que vous avez créé vos masques intentionnellement
(même si vous ne vous en souvenez plus) afin de vous protéger
(pour vous éviter de souffrir).
Reprenons nos masques et voyons les besoins associés :
Masque Besoins
Recevoir la reconnaissance de son travail et de
Perfectionniste ses compétences, de son organisation, d’avoir
bien fait les choses, d’être responsable
Être aimé plus que tout. Recevoir la reconnais-
sance de sa personne, de tout ce qu’il fait pour
Gentil
les autres, donc des remerciements et de la
gratitude
Être au centre de l’attention, regardé, admiré,
Narcissique
applaudi, « liké », mis en avant, écouté
Être reconnu pour son autorité et ses capacités
à diriger et influencer, besoin d’obtenir des ré-
Leader
sultats tangibles. Aime les défis, l’excitation et
les sensations fortes
Qu’on le laisse libre, autonome, indépendant ;
Rebelle de pouvoir exprimer son désaccord, clamer
l’injustice, d’être écouté
Profiter de la vie : plaisir, joie, interactions lu-
Epicurien diques, contact, liberté et indépendance, spon-
tanéité, expériences satisfaisantes
78 | La méthode Théia
Se rassurer avec ordre, structure, prévisibilité,
Rigide
règles et procédures. Aime le cadre strict.
Reconnaissance de ses opinions, sécurité, sta-
Loyal bilité, appartenance, loyauté, respect. « For the
King4 ! »
Rester alerte et vigilant, contrôler l’environne-
ment, construire son indépendance, compter
Méfiant
sur des personnes fiables et sûres autour de
soi, se mettre à l’abri
Cherche la réussite et à en être reconnu. Soif de
Battant succès, d’ascension sociale, d’efficience, de gé-
rer au mieux son temps
Aspire à l’unicité et l’authenticité, à compter (se
Original sentir spécial et reconnu dans sa singularité), à
exister
Solitude et tranquillité, calme, temps de ré-
flexion, de rêverie, sans interruption, en lien
Rêveur
avec une vie intérieure riche, savoir ce qu’on at-
tend de lui
Paix et harmonie (à l’extérieur et en lui), éviter
Médiateur les conflits, maintenir de bonnes relations et un
environnement consensuel inclusif
Tableau 2 - Les masques et leurs besoins
Vous comprenez donc le sens du mot « moteur » (driver) : vous trou-
verez l’énergie de réaliser ceci ou cela dans l’espoir de nourrir les
besoins de vos masques.
A la lecture de cette liste, nous pouvons nous interroger sur les mé-
tiers adaptés à chacun, mais plus encore aux aptitudes dévelop-
pées par ces masques. Je questionne ici la possibilité que nos
4
En français, « Pour le Roi », avec l’image du chevalier hurlant sa dévotion
avant de s’élancer au galop
Est-ce vraiment moi ? | 79
masques ne conditionnent pas seulement nos attentes, nos suscep-
tibilités, nos réactions, mais aussi nos aptitudes.
Par exemple, un comptable est-il né avec des compétences innées
le prédisposant à ce métier, ou ne serait-ce pas l’aboutissement
d’un masque de rigide dont le besoin de structure est comblé par
la logique et les mathématiques, le conduisant naturellement au
métier de comptable ?
Je développe la notion d’orientation professionnelle en annexe 1
(page 302).
J’ajoute un second aparté sur les valeurs et vertus : nous voyons de
nombreuses valeurs dans les qualités juste avant et dans les besoins
ici. J’ose donc soulever la même interrogation sur la genèse de nos
valeurs, en suggérant qu’elles pourraient également découler de
nos masques. Voir l’annexe 1 page 304 pour plus de détails.
Dans ces deux questions, nous voyons que le masque conditionne
grandement qui l’on est.
Vous vous demandez, paniqué, si c’est mal d’avoir un masque ? s’il
faudrait s’en débarrasser ? Mais alors, qui seriez-vous sans masque
– puisque ce masque vous a défini depuis toujours ?!
Patience patience, les réponses arrivent…
Exercice : les besoins de vos masques.
Reprenez vos réponses précédentes. A la lecture des
besoins évoqués ici, confirmez-vous vos réponses ?
Est-ce que vous vous reconnaissez plus facilement
dans les besoins de vos masques que dans la description du
masque lui-même ? Ce qui serait normal, considérant la résistance
naturelle du masque à se rendre visible…
Ce qui est sûr, c’est que les besoins nous confortent dans nos
masques, dans la protection qu’ils prétendent apporter, au sens où
nourrir les besoins de nos masques (y répondre favorablement et
80 | La méthode Théia
activement) maintient le masque en place et le rend même invisible
tant qu’il « fonctionne ».
Si le besoin n’est pas rempli, le masque se fissure et le stress arrive
et déclenche des émotions de réaction associées.
Voyons cela.
Réaction sous stress
Quand les besoins du masque sont nourris,
tout va bien.
Mais en lisant ces besoins de près, nous
voyons qu’ils ne sont pas tous maîtrisables :
certains dépendent de l’environnement
(amoureux, amical, professionnel…) ou du
contexte.
Que se passe-t-il lorsque vous n’arrivez plus à combler vos be-
soins ?
Le masque se fissure et laisse place au stress et son lot d’émotions
négatives qui l’accompagnent.
J’ajoute que le niveau de stress ne varie pas si rapidement que ça
dans les faits. Ainsi, un seul événement ne vous amènera pas dans
cette zone rouge vous faisant réagir à l’excès. Il augmentera plutôt
au fil des expériences insatisfaisantes (au sens du besoin non satis-
fait) et atteindra le trop plein avec le temps et l’accumulation.
Nous allons donc décrire pour chaque masque sa manifestation
sous stress et son extrême (quand Maurice pousse le bouchon un
peu trop loin) :
Est-ce vraiment moi ? | 81
Masque Réaction sous stress En excès de stress
Ressent de la culpabilité, exprime une colère TOC (tendance obsessionnelle), épuisement,
Perfection-
frustrée et attaquante, surcontrôle, s’implique burn-out, abandon des responsabilités, « je suis
niste
partout (hyperactif) vraiment pas aidé » ou « ils sont tous nuls »
Tente le tout pour le tout, se sur-adapte, geint,
Auto-flagellation, auto-punition, orgueil, drama,
Gentil se victimise, fait des erreurs pour se faire par-
Calimero, « personne ne m’aime »
donner et ressent une profonde tristesse
Irritable et colérique face à la critique, défie S'isole pour éviter les situations où il ne se sent
Narcis-
l’autorité, séduction exagérée, déni (en repor- pas admiré ou en contrôle. Méfiant, paranoïaque,
sique
tant la faute aux autres) instable.
Tantôt à blâmer les autres, châtier, se venger, Excessivement prudent et méfiant, évitant tout
Leader tantôt séducteur et manipulateur. Ressent une risque, rentrant dans le déni, tendance antiso-
colère vindicte. Impose son autorité. ciale
Confrontant, combatif, provocateur, fuyant toute
Ignorance délibérée, sarcasme, absence, destruc-
Rebelle responsabilité, rejetant les obligations, procras-
teur pour soi ou l’environnement (vandalisme)
tinant
Râle, se plaint, reproche aux autres qu’ils ont gâ- Contrariant, tout le temps en opposition, impulsif
Epicurien
ché la fête, devient revanchard et irresponsable, passif, refusant de participer
Devient toujours plus intransigeant, refuse de
Paralysie, isolement, fuite des relations sociales
Rigide dévier, zéro compromis, pointe les défauts. Res-
menaçantes, repli sur soi, chez soi
sent irritabilité et agitation
Impose ses convictions, sa vision, part en croi-
Apathique, retiré, sans passion, découragé, sans
Loyal sade avec obstination, attaque. Exprime de la
espoir
colère, invoque sa vertu, se méfie de tous
Suspicieux, doute de tout (hypervigilance), de- Paranoïa contre tout l’entourage, complotisme.
Méfiant
mande des preuves, se retire socialement « je ne peux faire confiance à personne »
S’inquiète de l'échec, redouble d’efforts, de-
Surmenage, burn-out, négligence, procrastina-
Battant vient compétitif, peut user de mensonge pour
tion, abandon de tout objectif
se justifier et protéger son image
Retrait, isolement, excentricité exacerbée, hy- Dépendant émotionnellement, manipulable, ten-
Original
per-susceptibilité, sur-réflexion / sur-analyse dance à l’excès émotionnel
Solitude négative, isolement, rejet des autres,
Apathique, se retire, se détache de la réalité, se
Rêveur confusion, désorientation, fuite désorganisée,
tait, disparaît, se sent insignifiant, geint
tendance schizoïde
Inerte, résigné, défaitiste, évitant, passif, igno- Sur-adapté aux autres, indécis, déconnecté émo-
Médiateur
rant ou niant les problèmes tionnellement, recherche des distractions (fuite)
Tableau 3 - Les masques, leur réaction sous stress et leur excès
Note : certaines réactions paraissent proches si vous comparez par
exemple le perfectionniste et le battant, ou le loyal et le leader. Mal-
gré tout, ces masques sont bien différents. Vous le percevrez au fil
de la lecture et en particulier lorsque nous aborderons les blessures
sous-jacentes à ces masques.
Chose amusante (ou pas…) : la manifestation du stress diffère selon
chaque masque, tant dans sa direction (intériorisée vs extériorisée)
que dans les émotions associées.
Naturellement, vous le savez bien, le stress fluctue à la hausse
comme à la baisse. En vivant des situations durablement frustrantes,
le stress augmente comme une jarre se remplissant jusqu’au débor-
dement. Alimentez le besoin d’un masque et le stress retombe – la
jarre se vide.
Nous voyons que le comportement en cas d’excès de stress se rap-
proche souvent d’une stratégie fuyante. Il est par ailleurs précurseur
(voire annonciateur) de graves problèmes de santé mentale et phy-
sique : dépression, épuisement, etc (sans parler des maladies
comme le cancer où le stress montre une incidence importante…).
Note : pour des besoins de simplification et d’illustration, j’ai déli-
bérément choisi une seule correspondance masque – réaction mais
je n’en ai aucune preuve (outre les modèles sous-tendant ce livre
qui eux-mêmes sont le fruit de l’intuition de leur auteur). J’aurais
même tendance à penser que la réalité se montre bien plus com-
plexe, d’une part parce que nous avons tous plusieurs masques et
autant de besoins et de réactions possibles, d’autre part du fait de
la complexité des spécificités de chacun venant influencer (modé-
rer) nos réactions.
Mais pour l’heure, je vous propose de l’accepter avec ouverture et
bonne intelligence !
84 | La méthode Théia
Exercice : les réactions sous stress de vos masques.
Alors ces masques ? Est-ce que ça devient clair pour
vous ? En reprenant vos notes passées à la lumière de
ces réactions prédictibles, est-ce que vous validez vos
masques ?
Si vous arrivez à déterminer 3 masques dans lesquels vous vous re-
connaissez, prenez votre fiche exercice et inscrivez-les en bas à
gauche, en indiquant pour chacun leur nom et en consultant les
notes indicatives de la seconde page de la fiche pour reporter le
besoin principal et la réaction sous stress habituelle de chaque
masque.
Reprenons ensuite les 3 situations difficiles. Les masques que vous
venez d’inscrire contribuent-ils à justifier les pensées et émotions
que vous avez ressenties dans ces situations ? Voyez-vous un lien
clair entre un (ou deux) masque(s) et une situation ? Si c’est le cas,
vous pouvez bien entendu dessiner un lien entre la situation et le(s)
masque(s).
Sauriez-vous dire à quelle fréquence et à quel niveau de stress (ré-
actions sous stress ou excès) vous montez sur chacun de vos
masques ?
Parvenez-vous à les « prioriser », au sens de savoir lesquels inter-
viennent (s’activent) le plus souvent ou le plus intensément ? Peut-
être les prioriser par les réactions sous stress plus fréquentes ?
Synthèse
Récapitulons ce que nous avons vu dans ce chapitre dans le tableau
suivant :
Est-ce vraiment moi ? | 85
Masque Besoin / moteur Réaction sous stress En cas d’excès de stress
Perfection- Reconnaissance du travail Culpabilité, colère frustrée Tendance obsessionnelle, épuisement
niste et des compétences et attaquante, surcontrôle (burn-out), « je suis vraiment pas aidé »
Être aimé. Reconnais-
Se sur-adapte, geint, se vic- Auto-flagellation, auto-punition, drama,
Gentil sance pour tout ce qu’il
timise « personne ne m’aime »
fait (gratitude)
Irritable et colérique face à S'isole pour éviter les situations où il ne
Être regardé, admiré, ap-
Narcissique la critique, défie l’autorité, se sent pas admiré ou en contrôle. Mé-
plaudi, écouté
déni fiant, paranoïaque, instable.
Être reconnu pour son
Tantôt à blâmer et se ven- Excessivement prudent et méfiant, évi-
autorité et ses capacités à
Leader ger, tantôt séducteur et tant tout risque, rentre dans le déni,
diriger. Aime l’excitation
manipulateur tendance antisociale
et les défis
Autonomie, indépen- Confrontant, combatif, pro- Ignorance délibérée, sarcasme, ab-
Rebelle dance et liberté d’expres- vocateur, rejetant les obli- sence, destructeur pour soi ou l’envi-
sion gations, procrastinant ronnement (vandalisme)
Ludique, contact, liberté, Râle, se plaint, reproche Contrariant, tout le temps en opposi-
Epicurien spontanéité, expériences aux autres, devient revan- tion, impulsif et irresponsable, passif,
plaisantes chard refusant de participer
Se rassurer avec ordre, Intransigeance, refus du
Paralysie, isolement, fuite des relations
Rigide structure, prévisibilité, compromis, irritabilité.
sociales menaçantes
règles et procédures Pointe les défauts
Reconnaissance des opi- Impose ses convictions,
Apathique, retiré, sans passion, décou-
Loyal nions, stabilité, apparte- part en croisade avec obs-
ragé, sans espoir
nance, respect tination, attaque, juge
Alerte, indépendant, con- Suspicieux, hypervigilant, Paranoïa contre tout l’entourage, com-
Méfiant trôle, analyse, vérifie, se demande des preuves, se plotisme. « je ne peux faire confiance à
met à l’abri retire socialement personne »
Reconnaissance de la ré- Râle sur le temps perdu, re-
Surmenage, burn-out, négligence, pro-
Battant ussite. Soif de succès, double d’efforts, devient
crastination
d’efficience, de progrès compétitif, se justifie
Unicité et authenticité,
Retrait, excentricité, hyper Dépendant émotionnellement, manipu-
Original singularité, se sentir spé-
susceptibilité, sur-analyse lable, tendance à l’excès émotionnel
cial, visible
Solitude, tranquillité, ré- Apathique, se retire, se dé-
Solitude négative, isolement, rejet des
Rêveur flexion, rêverie, vie inté- tache de la réalité, dispa-
autres, confusion, fuite
rieure riche raît, déprime
Harmonie intérieure et Inerte, résigné, défaitiste, Sur-adapté aux autres, indécis, décon-
Médiateur extérieure, inclusivité, évitant, passif, niant les necté émotionnellement, recherche
consensualité problèmes des distractions (fuite)
Tableau 4 - Récapitulatif des masques
Nous comprenons maintenant qu’un événement est plus ou moins
sujet à réaction en fonction de besoins insufflés par nos masques.
Ces masques nous rendent donc plus susceptibles ou vulnérables
sur des sujets et des attentes bien spécifiques.
Quand l’événement remet en question le masque, nous nous accro-
chons tant que possible au masque. Et si les besoins ne sont pas
nourris, le stress augmente petit à petit.
Reprenons notre diagramme en y ajoutant les masques et leurs be-
soins qui viennent moduler la perception d’un événement :
Figure 14 - Modulation de la réaction par les masques et leurs besoins
Nous comprenons que ces masques participent grandement à
notre personnalité, à notre identité. Ils conditionnent nos qualités,
nos défauts, nos réactions, notre vision du monde.
Mais pourquoi ces masques ? à quoi servent-ils ?
Nous avons évoqué qu’ils cherchent à nous protéger en nous évi-
tant de souffrir, mais de quoi ?
Comme toute armure, le masque protège quelque chose de fragile
sous-jacent.
Voyons cette part fragile à l’intérieur de nous.
88 | La méthode Théia
Au fond réside l’enfant qui souffre
Masque ou pas, nous avons tous des blessures profondes plus ou
moins dissimulées, plus ou moins béantes.
Nous avançons d’un pas supplémentaire dans l’inconscient. Cette
nouvelle étape (ce nouveau chapitre) requiert toujours plus d’ou-
verture de votre part, d’interrogation, de bienveillance envers vous-
même. Nous allons parler de sujets sensibles, douloureux, parfois
traumatiques.
Prenez votre temps, faites une pause, choisissez un endroit calme
où vous pourrez vous interroger sereinement.
Reprenons.
Blessure sous-jacente
Ne lésinons pas : ce chapitre dissèque au microscope les profon-
deurs de notre inconscient, au point que nous devrons certaine-
ment imaginer les réponses à venir à partir de l’observation de nos
parents et de ce que nous savons de notre histoire et notre environ-
nement, et les recouper avec les réponses aux chapitres précé-
dents.
Commençons par expliquer ce que j’appelle blessure.
La blessure psychologique désigne un dommage émotionnel ou
mental causé par des événements ou des interactions particulière-
ment stressants ou traumatisants. Contrairement aux blessures phy-
siques, les blessures psychologiques ne sont pas visibles
extérieurement, mais elles peuvent affecter profondément la qua-
lité de vie et le bien-être d'une personne.
La genèse des blessures sera expliquée au prochain chapitre (page
117).
Au fond réside l’enfant qui souffre | 89
La blessure – elle-même ancrée profondément – se matérialise par
des peurs, de fausses croyances et des émotions liées que nous dé-
couvrirons au fil de ce chapitre.
J’ose prétendre que nous avons tous non pas une mais plusieurs
blessures enfouies, tapies profondément en nous, à des degrés
bien entendu très variables, parfois insignifiants.
Malgré cela, la plupart d’entre nous sommes convaincus du con-
traire. Et même si nous avons conscience de symptômes et souf-
frances (voir chapitre « Ça va ? » au commencement de ce guide),
nous sommes loin de « démasquer » (au sens propre) nos bles-
sures.
C’est pourtant ce que nous allons tenter de réaliser.
Faisons ici le lien avec les masques évoqués au chapitre précédent.
Si j’ai parlé des masques juste avant, c’est pour expliquer comment
ils tentent tant bien que mal de protéger la blessure, comme une
armure protège le corps ou des gants protègent les mains. Dit au-
trement, nous avons créé nos masques pour nous éviter de souffrir
de la confrontation à nos blessures.
Toujours dans un but d’illustration et d’inspiration – et non de vérité
universelle, je vous propose une liste d’associations entre une bles-
sure et un masque. Certaines paires paraissent naturelles et tom-
bent sous le sens. D’autres se discutent. Si certaines blessures
appellent probablement un masque particulier, nous pouvons
identifier des masques partagés par des personnes n’ayant pas du
tout la même blessure sous-jacente.
J’insiste sur toute l’humilité requise ici : notre complexité donne
naissance à des tas de possibles associations, avec des manifesta-
tions variables de nos masques.
Cela dit, j’espère que ces propositions pourront là aussi vous aider
à vous interroger sur les possibles blessures qui se cachent sous vos
masques.
90 | La méthode Théia
Masque
Blessure Description
associé
Hantise du reproche, de la critique, sentiment
Perfec-
Echec d’insuffisance, de ne pas faire assez bien, ju-
tionniste
gement dévalorisant constant
Insuffi- Sentiment de ne pas être assez bien pour mé-
Gentil
sance riter d’être aimé, de ne pas avoir de valeur
Honte de soi, de son corps, humiliation subie, Narcis-
Honte
sentiment d’être laid sique
Peur intense d’être laissé seul, entraînant insé-
Abandon Leader
curité, dépendance affective
Impression de porter un fardeau excessif de
Respon-
devoirs ou d'attentes, menant à un sentiment Rebelle
sabilité
d'écrasement
Angoisse de privation matérielle, insatisfac-
Manque Epicurien
tion, interdits, manque de liberté, de plaisir
Perception de traitement inéquitable provo-
Injustice Rigide
quant une frustration affectant la confiance
Voit des menaces constantes à sa sécurité ou
Danger son intégrité, à ses valeurs, à son socle. Do- Loyal
miné par la peur
Causée par un défaut de confiance, la trahi-
Trahison son mène à des sentiments de doute et de Méfiant
colère
Impression de ne pas être à la hauteur, de
Inutilité Battant
servir à rien, de pas être bon
Peur de ne pas avoir de valeur ou d’impor-
Inexis-
tance, de ne pas être désiré, ne pas être Original
tence
voulu
Isole- Solitude subie, peur d’être délaissé, de
Rêveur
ment n’avoir personne vers qui se tourner
Sépara- Peur des discordes, des affrontements engen-
Médiateur
tion drant stress, anxiété, insécurité
Tableau 5 - Les blessures
Au fond réside l’enfant qui souffre | 91
Notons que certaines paires de blessures sont proches mais ren-
voient à des sous-jacents différents – sous-jacents que nous étudie-
rons plus tard. Par exemple, dans la blessure d’inutilité comme celle
d’inexistence, l’enfant s’est senti invalide, ne méritant pas d’être
considéré. Mais l’inutilité renvoie au « faire » de l’enfant (ce qu’il en-
treprend, réalise), tandis que l’inexistence renvoie à l’ « être » (com-
ment l’enfant est).
De même, nous voyons que certaines blessures semblent proches
tout en étant ici associées à des masques différents. Par exemple,
des blessures d’insécurité peuvent donner lieu à l’émergence des
masques de loyauté, de méfiance ou de rigidité. La subtilité vient
de la peur sous-jacente qui donne lieu à un masque plutôt qu’à un
autre – comme nous le verrons dans le prochain chapitre sur la ge-
nèse des blessures.
D’ailleurs, toutes les méthodes que j’ai pu rencontrer dans mes re-
cherches (Bourbeau, Ennéagramme, PCM, Schémas de Young, et
j’en passe, cf annexe 2) proposent des duos blessure-masque diffé-
rents, qui parfois se recoupent parfois non. Parfois, ils partagent un
point de vue sur une blessure mais suggèrent la construction de 2
masques différents. Bref, ces associations servent à l’inspiration et à
illustrer la raison de construire un masque.
Exercice : vos blessures.
Dans le chapitre précédent, vous avez identifié vos
masques (en vous basant sur leur description, leurs
besoins et leurs réactions sous stress). Et maintenant ?
En vous reportant à ces associations (du dernier tableau ci-dessus),
pensez-vous qu’elles soient correctes ? Est-ce que la blessure pro-
posée en face de chacun de vos masques vous parle ? Nous allons
voir dans la suite de ce chapitre les autres caractéristiques des bles-
sures qui devraient – comme pour les masques – alimenter votre ré-
flexion et faciliter leur identification.
92 | La méthode Théia
Note : j’aimerais commenter le cas du nar-
cissisme qui me paraît particulier et inté-
ressant.
Le narcissisme se définit comme un en-
semble de caractéristiques descriptives
comportementales correspondant en fait à
l'expression de 2 constructions totalement
différentes : sous forme de masque tentant
désespérément de cacher la faille dans l’estime de soi (blessure de
honte/humiliation comme nous venons de le voir), ou par l’effet
d’un manque de cadre et d’autorité dans l’enfance (que nous étu-
dierons au chapitre suivant) octroyant à l’enfant puis à l’adulte un
sentiment de grandiosité.
Nous pouvons distinguer ces deux formes par la fragilité du faux
self (pouvant fissurer comme tout masque et exposer les réactions
sous stress détaillées au chapitre précédent) dans le cas du masque
narcissique, qui se distingue du naturel inébranlable dans le narcis-
sisme grandiose (souvent associé à un manque d’empathie pouvant
aller jusqu’à de la sociopathie).
Dans tous les cas, le narcissisme illustre encore la complexité de la
personnalité ainsi que l'existence de troubles de personnalité aux
extrêmes des continuums de traits de personnalité communs (cf an-
nexe 1).
Une blessure se matérialise dans l’affectif (les émotions) et dans le
cognitif (les pensées). Nous allons voir ces deux axes dans les deux
chapitres suivants.
Note : d’autres méthodes (je pense notamment à l’Ennéagramme
ici) ajoutent des notions complémentaires qu’il m’a paru raison-
nable de ne pas mentionner pour éviter d’alourdir notre réflexion
avec des concepts non indispensables à la compréhension intros-
pective.
Au fond réside l’enfant qui souffre | 93
Peur profonde et émotion véritable
La blessure – définie de manière abstraite au chapitre précédent –
va se concrétiser sous la forme d’une peur associée à des émotions.
Nous parlons ici de peur profonde pour se positionner au même
plan que la blessure, c’est-à-dire à un niveau proche de l’incons-
cient, à ne pas mélanger avec les peurs du quotidien. Cette peur
profonde correspond tout simplement à l’émotion que nous res-
sentirions si nous vivions notre blessure – sans la protection de nos
masques. Pour reprendre l’analogie médicale simple, nous nous
crispons à la vue de la seringue ou de l’alcool 90° sur l’écorchure
(pour ceux qui ont connu cette belle époque où ça piquait dur !).
Il peut vous sembler déprimant de définir notre existence en termes
de peur, comme si les peurs guidaient nos vies. Voulons-nous être
dirigés par des peurs ? Non bien sûr. Et pourtant. Nous ne voulons
pas souffrir, et nous n’avons pas choisi d’être blessés. L’aversion à
l’émotion négative (provoquée par l’exposition à la blessure) nous
encourage à développer une peur.
Margaux Hammann explique dans un TEDx que la peur s’oppose à
l’amour. Je rejoins complètement : « La voie de l’amour » aurait pu
être le titre de la seconde partie de ce livre.
Par ailleurs, le terme d’émotion véritable – ou « vraie » ou encore
« authentique » – se réfère à l’émotion que la blessure elle-même
nous fait ressentir, et qui est à bien différencier de l’émotion de fa-
çade exprimée par le masque frustré (dite émotion sous stress vue
page 81). Cette émotion véritable reflète notre ressenti intérieur tel
que nous pourrions le palper si nous n’utilisions pas de masque
pour nous en éloigner.
Notez que la souffrance capte notre attention et nous empêche de
penser autrement. Plus la blessure est profonde, plus la souffrance
associée peut vous tirer dans un gouffre sans fin.
94 | La méthode Théia
Reprenons notre liste de blessures et réfléchissons aux émotions
relatives. Je rappelle le masque associé pour voir la « logique » de
la création du masque qui compense la blessure en évitant à tout
prix de souffrir (au contact de l’émotion authentique).
Emotion Masque
Blessure Peur profonde
véritable associé
Faire une erreur, échouer,
Perfec-
Echec perdre, ne pas être à la hau- Tristesse
tionniste
teur
Colère saine,
Ne pas être digne d’être aimé,
Insuffi- expression
ne pas mériter d’amour, ne Gentil
sance des besoins
pas être « aimable »
refoulés
Peur du regard, du jugement, Narcis-
Honte Honte
de la moquerie, du rejet sique
Aban- Peur d’être seul, vulnérable, Faiblesse, fra-
Leader
don peur de l’intimité gilité
Se sentir coupable, fautif et
Respon-
donc désolé, peur de la puni- Culpabilité Rebelle
sabilité
tion
Être privé, de ne pas pouvoir
Souffrance, Epicu-
Manque profiter, pas avoir le droit
frustration rien
d’être heureux
Ne pas pouvoir prédire un ju-
gement, peur de traitement Colère saine,
Injustice Rigide
inéquitable provoquant une cri d’injustice
frustration
Peur du risque, du danger, de
Danger Peur Loyal
l’interdit, de la punition
Être trahi, trompé. Peur du Incrédulité, in-
Trahison mensonge, du pouvoir d’un compréhen- Méfiant
tiers, d’abus sion
Peur de ne pas réussir et donc
Inutilité Déception Battant
de ne rien valoir
Au fond réside l’enfant qui souffre | 95
Inexis- Se sentir banal, inexistant. Honte, gêne,
Original
tence Peur du dédain des autres dévalorisation
Isole-
Peur du vide, de l’absence Solitude Rêveur
ment
Désaccord, séparation des
Sépara- Média-
autres, perte de lien, opposi- Anxiété
tion teur
tion
Tableau 6 - La peur profonde et l’émotion véritable des blessures
Note : si la peur associée à chaque blessure peut s’identifier assez
clairement, l’émotion varie naturellement et se recoupe avec
d’autres blessures. Ainsi, deux blessures bien distinctes auxquelles
vous pourriez vous confronter peuvent mener à l’émotion primaire
de tristesse par exemple.
Nous comprenons ici de mieux en mieux la construction des
masques, via leurs blessures sous-jacentes. Par exemple, le perfec-
tionniste et le battant partagent beaucoup d’énergie dans le travail
(les exposant au burn-out), les caractérisant tous deux de travail-
leurs consciencieux et motivés. Mais le perfectionniste le fait parce
qu’il fuit le reproche – parce que faire une erreur signifie ne rien va-
loir, tandis que le battant a en fait peur de décevoir et d’être inutile
et donc non considéré.
Je vous disais que l’émotion véritable n’est pas l’émotion exprimée
par le masque lorsque vous stressez (parce que le masque ne suffit
plus à vous éviter de souffrir). Nous le voyons bien ici avec des émo-
tions très distinctes. Prenons l’exemple du masque de perfection-
niste : il se montre sévère et peut extérioriser de la colère, alors
qu’en fait, au fond de lui, il craint simplement de se faire blâmer
pour ses erreurs et d’en pleurer de tristesse.
Pris sous un autre angle, nous identifions plusieurs types de colère.
La colère exprimée par un masque (par exemple le perfectionniste,
96 | La méthode Théia
le leader ou le loyal vus dans les réactions sous stress page 81) n’a
rien à voir avec la colère saine tout à fait humaine et acceptable (du
moment qu’elle est extériorisée convenablement) que le gentil ne
s’autorise pas à ressentir.
Note : si vous portez un masque et que vous atteignez un niveau de
stress extrême (donc dans le cas où votre masque ne fonctionne
plus et ne suffit plus à vous protéger), vous pouvez « craquer » –
comme on dit dans le langage courant – et alors changer du tout au
tout en exprimant cette émotion véritable.
N’avez-vous jamais vu un perfectionniste fondre en larme devant
l’échec ? ou au contraire le gentil garçon altruiste et bienveillant
dire qu’il n’en peut plus de donner sans recevoir ?
Si vous reprenez le Tableau 3 page 83 et le rapprochez de ce der-
nier tableau ci-dessus, vous verrez que la réaction sous stress ex-
trême rapproche in fine – qu’on le veuille ou non – de l’émotion
véritable.
Enfin, notons que tout est continuum (comme détaillé en annexe
1) : plus la blessure est profonde, plus l’émotion est intense et plus
le masque sera présent et inébranlable.
Exercice : les émotions de nos blessures.
En reprenant vos 3 blessures identifiées précédem-
ment, arrivez-vous à percevoir les peurs et émotions
rattachées (telles que décrites ci-dessus) ?
Prenez le temps de vous connecter à votre cœur, à vos émotions –
car cet exercice difficile touche au plus profond et inconscient de
votre être.
Imaginez : que se passerait-il si vous n’activiez pas les comporte-
ments de vos masques ? Si vous ne combattiez pas ? Que ressenti-
riez-vous ? Dans l’autre sens, à la lecture de ce chapitre, est-ce que
les peurs et émotions évoquées ici vous parlent ? Vous imaginez-
vous vous y confronter ?
Au fond réside l’enfant qui souffre | 97
Cette première caractéristique émotionnelle de la blessure est très
importante car elle justifie qu’on s’en protège tant bien que mal.
Mais la blessure s’accompagne aussi de constructions mentales qui
influent sur notre perception du monde, comme nous allons le voir
tout de suite.
Vision du monde déformée
Chaque trouble résulte d’interprétations dys-
fonctionnelles concernant soi-même, l’envi-
ronnement actuel et le futur.
Jean Cottraux
La blessure se cristallise dans des émotions – vues au chapitre pré-
cédent – et dans des fausses pensées que nous nommons
croyances.
Une croyance est une représentation internalisée du monde, une
manière de le voir, de le considérer, de l’appréhender. La blessure
se caractérise par une croyance erronée. Nous avons intégré une
fausse vérité, telle que « Je ne peux pas faire confiance », ou « Je
dois être gentil pour être aimé ».
98 | La méthode Théia
Par cette croyance, le mental va transformer
les informations dans une interprétation
personnelle et automatique (inconsciente).
Cette vision déformée repose sur des dis-
torsions cognitives par lesquelles nos pen-
sées ne reflètent pas fidèlement la vérité
originelle. Ainsi, nous percevons les événe-
ments par le prisme de nos distorsions qui filtrent et interprètent les
informations reçues et alimentent une fausse vérité.
Nos croyances et pensées irrationnelles sont à la source de nos
souffrances émotionnelles. Notre mental filtre la perception de la
réalité et colore notre environnement et tout ce qui nous arrive.
Notre mental peut ainsi user et combiner de nombreuses distor-
sions que l’on peut nommer : l’inférence arbitraire (conclusion hâ-
tive), l’abstraction sélective (focalisation sur un élément négatif non
pertinent), la surgénéralisation (généralisation à partir d’une infor-
mation unique), la magnification (exagération d’un événement trau-
matisant), la minimisation (sous-estimation de ses ressources
personnelles), l’étiquetage (attribution d’un qualificatif négatif aux
événements), le raisonnement dichotomique (pensée du tout ou
rien), la personnalisation (auto-responsabilisation des événements),
l’auto-injonction (emploi d’impératifs catégoriques), le raisonne-
ment émotionnel (présomption que les ressentis négatifs sont le re-
flet de la réalité), le filtre mental (sélection exclusive des
informations négatives), le rejet du positif (transformation des évé-
nements neutres ou positifs en événements négatifs), la requalifica-
tion dans l’autre pôle (attribution à une information des
caractéristiques qui lui sont opposées), l’omission du neutre (refus
de considérer les informations sans caractéristique prédomi-
nante)…
Au fond réside l’enfant qui souffre | 99
Les distorsions s’appliquent aussi aux souvenirs que nous pouvons
nous remémorer : si nous conservons tous en mémoire les souve-
nirs associés à une émotion négative mieux (plus nombreux, plus
longtemps) que les souvenirs positifs, c’est bien cette distorsion qui
teintera l’événement, dictera son émotion et donc participera à sa
mémorisation. Et l’émergence future du souvenir ne fera que ravi-
ver et confirmer la distorsion.
Nous observons ici une première boucle pernicieuse : la distorsion
renforce l’attention et la mémorisation d’un stresseur provoquant
une émotion désagréable (nous confrontant à notre peur pro-
fonde), celle-ci venant alors valider la pertinence de la distorsion.
Prenons l’exemple d’une personne portant la blessure de trahison :
chaque occasion – même mineure – pouvant être interprétée
comme une trahison sera particulièrement relevée, retenue, et par
cet effet viendra confirmer la croyance « Je savais bien que je ne
pouvais pas lui faire confiance ! » et ce faisant incitera à encore plus
de vigilance, c’est-à-dire à encore plus de distorsion…
Note : les distorsions cognitives ne sont pas les biais cognitifs !
Vous pourrez parfois lire des biais assimilés aux distorsions (ou ré-
ciproquement). Les biais sont communs à tous alors que les distor-
sions sont propres aux blessures.
Enfin, de cette vision du monde déformée, nous déduisons une in-
jonction que nous nous imposons et qui est à la genèse du masque.
Cette injonction prend la forme de : « Le monde étant ainsi, je dois
être comme cela pour pouvoir y vivre ».
Reprenons notre liste de blessures en y ajoutant la vision du monde
(c’est-à-dire les croyances) propre à chacune. Là encore, je rappelle
le masque associé pour bien montrer comment il fait écho à cette
vision du monde déformée et à l’injonction relative.
100 | La méthode Théia
Blessure Vision du monde Injonction Masque
Imparfait, injuste, exigeant, ne pardonne pas « Je ne dois pas faire d’erreur », « je Perfection-
Echec
l’erreur dois être irréprochable » niste
« Je dois être quelqu’un de bien (gentil
Exigeant, il faut mériter, obligation de récipro-
Insuffisance et serviable) pour recevoir de l’amour Gentil
cité, il faut donner pour recevoir
en retour »
Les autres aiment se moquer, juger constam- Narcis-
Honte « Je dois être le plus beau possible »
ment sique
Le monde est dur. On ne peut compter que « Je dois me débrouiller par moi-
Abandon Leader
sur soi même »
Responsa- Quoi que je fasse ça n’ira pas. C’est toujours
« Je dois me libérer de tout » Rebelle
bilité ma faute
Manque Limité. Il n’y en aura pas pour tout le monde ! « Je dois profiter de la vie ! » Epicurien
Le monde ne tourne pas rond. Il n’est pas « Je dois tout faire pour instaurer un
Injustice Rigide
équitable, juste cadre à ma vie »
Menaçant, risqué, semé d’embuches, de diffi-
Danger « Je dois me protéger » Loyal
cultés
Les gens sont faux, imprévisibles. La con-
Trahison « Je dois me méfier des autres » Méfiant
fiance n’existe pas
Le mérite (et l’amour) revient à ceux qui entre- « Je dois réussir », « je dois gérer ma
Inutilité Battant
prennent et réussissent vie »
Il me manque quelque chose. Personne ne « Je dois être exceptionnel » (au sens
Inexistence Original
veut de moi ainsi hors du commun)
Le monde réel n’est pas fait pour moi. Je suis
Isolement « Je dois m’échapper » Rêveur
inadapté
Dur, chaotique. Les liens sont fragiles. Je ne « Je dois éviter tout conflit pour garder
Séparation Médiateur
peux pas survivre seul le lien »
Tableau 7 - Blessure, vision du monde et injonction
A la lecture de ce tableau, nous voyons clairement se former le
masque. Après tout, quoi de plus naturel de se protéger des dan-
gers en adoptant une posture active ?
Note : en parcourant ces visions du monde, nous pouvons lire que
certaines impliquent notre environnement, ou soi, ou l’interaction
des deux. Evidemment, celles qui engagent les autres risquent
d’amener frustrations et autres dépendances…
Exercice : les croyances liées à nos blessures.
Comme pour les masques, nous venons de voir une
3ème caractéristique aux blessures qui devrait vous ai-
der à identifier correctement les vôtres. Comment
voyez-vous les choses à ce stade ? Plus nettement ?
Si vous pensez avoir pu identifier 3 blessures principales, notez-les
sur votre fiche exercice (en bas à droite). De même que pour les
masques, vous trouverez des indications de peur et de croyance en
page 2 de la fiche (au verso en somme !).
Reprenez à présent les 3 situations problématiques : ces croyances
(liées aux 3 blessures) expliquent-elles (pour partie) les pensées
que vous avez eues dans ces situations ? Parvenez-vous à établir un
lien entre une blessure et une situation ? Si c’est le cas, n’hésitez pas
à gribouiller un lien entre l’encadré de la situation et celui de la bles-
sure. Gardez en tête qu’une même situation peut réveiller plusieurs
blessures naturellement.
Ensuite, prenez le temps de vous connecter à votre cœur, à vos
émotions – car cet exercice difficile touche au plus profond et in-
conscient de votre être.
Imaginez : que se passerait-il si vous n’activiez pas les comporte-
ments de vos masques ? Si vous ne fuyiez pas ? Que ressentiriez-
vous ? Dans l’autre sens, à la lecture de ce chapitre, est-ce que les
peurs et émotions évoquées ici vous parlent ? Vous imaginez-vous
vous y confronter ?
Au fond réside l’enfant qui souffre | 103
Nous avons vu jusqu’ici les blessures au regard des masques. J’ai
implicitement suggéré qu’à chaque blessure vous adoptiez un
masque pour vous en protéger. Mais cette vision – pourtant portée
par bien des auteurs – est erronée et c’est Jeffrey Young qui m’a per-
mis de le comprendre : nous avons 3 attitudes possibles face à une
blessure.
3 attitudes face aux blessures
Par défaut, nous pensons que chacun veut s’éviter de souffrir. C’est
naturel. Mais ce n’est pas toujours le cas : face aux situations provo-
quant émotions et stress, différentes attitudes – ou manières de ré-
agir – sont observées : la compensation, l’évitement ou la
soumission5.
La compensation
Aussi appelée combat (pour traduire le terme fight utilisé en an-
glais) ou contre-attaque, la compensation consiste à réagir en pre-
nant le dessus sur la situation, en se montrant actif. C’est le refus de
souffrir que je qualifierais d’actif et engagé. Ainsi, nous retrouvons
des attitudes que nous connaissons en nous ou autour de nous : le
perfectionniste fait tout pour éviter de se faire reprocher des er-
reurs, le narcissique ou le coach sportif battit une belle image de lui
pour combattre sa possible honte, l’altruiste cherche possiblement
à se bâtir une image d’homme généreux au regard des autres...
La compensation s’illustre donc par différentes réactions, intériori-
sées ou extériorisées, comme la réprimande, l’argumentation pour
se défendre, la prise de contrôle, le blâme, etc. Et la compensation
occasionne de nouvelles émotions remplaçant l’émotion première,
comme la colère.
5
J’emprunte ici la dénomination de la thérapie des schémas
104 | La méthode Théia
L’évitement
L’attitude d’évitement – ou fuite pour coller au terme flight en an-
glais – a pour fonction de rejeter ou s’éviter des émotions négatives
ou pensées désagréables.
Nous parlons bien d’un « sauve qui peut ! » revêtant plusieurs
formes allant de la distraction (TV, shopping) à la disparition (mu-
tisme, tour de pâté de maison ou rupture) en passant par les addic-
tions (drogue, chocolat, jeux vidéo, pornographie, etc) et d’autres
postures plus subtiles (détachement, humour).
A noter que l’évitement épargne les émotions négatives dans l’im-
médiat, mais peut engendrer des désagréments et émotions so-
ciales délétères (en prenant conscience de l’impact du
comportement d’évitant).
Dans cette attitude, l’évitant préférera la solitude par anticipation
d’un éventuel attachement amenant son lot de souffrances.
Note : toute activité ne veut pas forcément signifier fuite. Tout dé-
pend du rapport à l’activité. Par exemple, on peut clairement diffé-
rencier le sport plaisir/détente sain du sport défouloir
immanquable faute de tout casser ! Idem pour le travail (impliqué
vs workaholic).
La soumission
La personne soumise capitule face à la situation. Elle se résigne,
sans parvenir à mettre en place une stratégie pour s’éviter les émo-
tions négatives.
Cette attitude, à la fois plus évidente que les deux précédentes mais
aussi plus mal appréhendée, expose la personne à sa souffrance,
sans rempart, sans réelle stratégie de réaction.
Malheureusement, nous verrons plus loin pourquoi les personnes
soumises n’en sortent pas. Vous me direz : pas plus que les autres !
oui, mais les autres essaient de ne pas souffrir alors que dans cette
attitude soumise, la personne subit et continue de souffrir, ce qui
pourrait l’inciter à changer, mais elle ne le fait pas et nous le com-
prendrons plus loin.
Au fond réside l’enfant qui souffre | 105
Note : pour cette 3ème attitude, vous pourrez lire « figement » (qui
traduit le freeze anglais) qui achève la théorie des 3F
(fight/freeze/flight). Aucun rapport ! les 3F décrivent les réactions
primaires de l’animal face au danger : il combat, il se sauve ou oc-
casionnellement il tente de faire le mort ou de se fondre dans l’en-
vironnement. Ici, il ne s’agit pas d’immobilité dans une stratégie de
survie, mais d’incapacité à réagir à une blessure.
Vous comprenez ici que le masque se modèle uniquement dans
une attitude de compensation face à une blessure, comme outil de
compensation à des émotions indésirables.
Si vous avez une attitude d’évitement, la blessure demeure pré-
sente et vive mais vous mettrez tout en œuvre pour justement ne
pas la titiller, ou détourner l’attention ou fuir au mieux la souffrance
qu’elle pourrait engendrer. Votre besoin est simplement qu’on res-
pecte cette fuite (qui vous évite de souffrir). En cas d’attitude de sou-
mission, la blessure se retrouve comme exposée à vif et vous
souffrez face au moindre stresseur venant titiller la blessure. Vous
ne vous êtes pas façonné de masques car vous ne savez pas com-
battre vos émotions – vous les subissez de plein fouet.
Différencier ces 3 attitudes peut parfois se révéler complexe, et les
auteurs risquent de voir un masque dans un comportement qui en
fait n’est qu’une fuite.
Par exemple, la procrastination n’est pas un masque mais plutôt une
attitude d’évitement, comme le pendant du masque de perfection-
niste (dans l’attitude de compensation). De même, l’assujettisse-
ment ou la dépendance affective correspondent à une attitude de
soumission.
Point important : nous n’avons pas chacun une seule attitude qui
nous définit 100% du temps !
Selon les situations – et parfois même dans une même situation,
nous pourrons choisir l’une ou l’autre.
Parfois, nous exposerons une fausse personnalité de façade, parfois
nous subirons, ou encore nous fuirons à d’autres moments.
106 | La méthode Théia
Par exemple, je pourrais fuir une confrontation de couple jusqu’à ce
qu’elle éclate et que j’en subisse in fine les conséquences, ou bien
camper sur ma posture perfectionniste et me défendre aussi long-
temps que possible pour finalement tout envoyer valser (la vaisselle
ou la relation…).
Reprenons un instant la Figure 11 page 64 sur les différentes straté-
gies de coping. Naturellement, j’aurais tendance à rapprocher une
posture engagée à l’attitude de compensation (et la posture désen-
gagée à l’attitude d’évitement), mais j’ai privilégié de nommer cet
axe différemment des attitudes pour éviter des confusions. J’ajoute
enfin qu’il est logique que l’attitude de soumission – consistant à
subir la charge émotionnelle sans adopter de stratégie pour la gé-
rer – ne figure pas dans cette figure.
D’aucuns verront également des similitudes avec le style d’attache-
ment évoqué plus haut (page 51). L’anxieux ne serait-il pas d’une
attitude naturelle compensatrice et l’évitant en attachement… évi-
tant envers ses propres émotions ?
Nous pouvons le penser, même si je n’ai pas réussi à en trouver la
preuve.
Exercice : les attitudes.
En lisant la description de ces 3 attitudes, que ressen-
tez-vous ?
Commencez simplement par observer votre entou-
rage et tâchez de nommer leurs attitudes. Observer les autres se
révèle souvent plus facile et objectif que de s’observer soi-même.
Plus difficile, une fois que vous aurez conscientisé vos attitudes, ten-
tez de les identifier au fur et à mesure de vos réactions, en live. Par
exemple, dites-vous : « Là, j’ai l’impression que je suis en train de
fuir » ou « Je m’en prends à l’autre parce que je fais tout pour m’évi-
ter de souffrir ».
Au fond réside l’enfant qui souffre | 107
Enfin, notons que si vous avez une attitude préférentiellement sou-
mise, vous vivez vos peurs et vos émotions au quotidien, donc l’ac-
ceptation de tout ce que je présente vous paraîtra facile !
Si vous fuyez vos émotions (attitude d’évitant) ou si vous portez vos
masques (attitude de compensation), vous pourriez vous heurter à
plus de difficultés dans le travail d’identification et d’acceptation de
toute vos constructions profondes.
Par exemple, le fuyant se défendra : « Pas du tout, je suis juste sorti
prendre l’air » ou « Oh ça va, c’était une bouteille pour deux » ou
encore « Je ne peux même plus me détendre 5 minutes ? ». Il mini-
misera et rejettera la faute sur les autres, à l’environnement, aux cir-
constances.
Le compensateur niera également ou contre-attaquera (en se dé-
fendant) s’il se sent mis en cause. Le perfectionniste trouve ainsi ses
attentes très élevées comme tout à fait normales et légitimes.
Si l’attitude des « soumis » crie l’évidence (pour les autres comme
pour eux-mêmes), les « fuyants » et les « compensateurs » considè-
rent leur posture tout à fait normale et peuvent rejeter toute remise
en cause ou même leur simple questionnement.
Bref, avec ce chapitre sur les blessures, nous rentrons dans le cœur
du sujet. Si vous lisez ce chapitre sans sourciller, c’est que vous ne
vous interrogez pas réellement. Si vous résistez à la lecture de ces
lignes, c’est très bien : c’est que le travail commence ! Rendez-vous
compte. Questionnez ouvertement votre entourage et entendez
leur réponse. Et le cas échéant, effacez vos réponses à la fiche exer-
cice et reprenez.
Terminons par une dernière construction mentale inconsciente :
notre égo.
108 | La méthode Théia
Ego
Le véritable génie réside dans la capacité de
s'évaluer avec justesse, ce qui est une chose
que l'égo refuse souvent de nous permettre.
William Shakespeare
Pour finir ce chapitre, voyons une notion plus abstraite encore mais
fondamentale : l’égo.
Nous allons voir que le sens donné dans le langage courant – d’une
personne qui a « trop d’égo » référant à une sorte de fierté exagé-
rée – réduit bien trop le concept.
A la base, ego en latin signifie moi, je. Ce qui ne nous aide pas vrai-
ment… Puis les philosophes comme Descartes réfléchissant à la no-
tion de soi lui conférèrent un sens enrichi. Freud s’en empara dans
son triptyque ça – moi (ego en anglais) – surmoi (super-ego en an-
glais). Puis Jiddu Krishnamurti au XXème siècle parle de l'égo comme
des pensées et souvenirs créant une fausse impression de soi, prô-
nant donc une observation sans jugement de soi-même pour dis-
soudre l'égo et vivre dans une harmonie authentique avec le
monde.
Je pars d’une définition récente de l’égo pour l’enrichir un peu au
regard des masques et blessures que nous venons de voir.
Au fond réside l’enfant qui souffre | 109
L’égo est une entité interne, une construction mentale, cherchant à
nous empêcher de souffrir (c’est-à-dire de ressentir l’émotion véri-
table de nos blessures), veillant sans cesse pour répondre à ce be-
soin que nous avons de ne pas nous confronter à nos blessures.
L’égo réunit tous nos « je » (tous nos masques), cherchant coûte que
coûte à nous défendre. Il accable les autres, alors qu’au final nous
sommes les seuls à blâmer. Il se nourrit précisément de nos
croyances et peurs et s’arme de toutes ces distorsions vues précé-
demment.
Le rôle de l’égo s’ancre profondément. Il prouve sa valeur en gar-
dant votre image intacte. En un sens, vous pouvez lui être recon-
naissant ! il vous épargne bien des tourments, il s’assure que les
masques répondent bien au besoin. Malheureusement, l’égo puise
sa force de votre faiblesse (de vos blessures et peurs). Il influence
ainsi profondément vos réactions en camouflant votre véritable es-
sence et vos besoins réels. Il prétend vous protéger mais peut-être
pourrait-il vous laisser maître de vous-même ?
Bref, cet égo omniprésent et tout-puissant s’impose un peu trop.
Ce que nous nommons couramment fierté comme dans « cet
homme est fier ; il a beaucoup d’égo » correspond donc à une
forme réduite d’égo, à l’expression de certains masques (comme le
narcissisme) occasionnant cette fierté exagérée.
Mais tous les masques sont l’œuvre de l’égo.
D’ailleurs, nous pouvons lui attribuer également la réaction sous
stress du masque : n’est-ce pas lui, notre égo, qui nous pousse ainsi
à réagir face à un stresseur débordant la puissance protectrice de
nos masques ?
L’égo fait donc tout pour que nous ne voyions pas nos blessures. Il
est convaincu qu’en y touchant, nous ne saurions pas gérer la dou-
leur liée à nos blessures.
110 | La méthode Théia
A la genèse de nos masques était donc l’égo.
Existait-il dès notre naissance pour avoir ainsi façonné nos
masques ? Je pense que oui.
Peut-on dire que les personnes d’attitude évitante ou soumise sont
dépourvues d’égo ? Oui, et nous voyons là que l’absence d’égo
n’est pas la panacée.
J’ose opposer l’égo au raisonnement : le premier agit automatique-
ment, inconsciemment, à notre insu parfois même, alors que le se-
cond pourrait proposer de reprendre le contrôle et choisir une
réaction plus adaptée à chaque situation.
Mahatma Gandhi nous dit : « L'égo est juste comme une poussière
dans l'œil. Sans enlever cette poussière, vous ne pouvez voir clair.
C'est alors que vous pouvez voir le monde tel qu'il est réellement. »
Nous verrons dans la seconde partie que c’est précisément l’objet
des TCC (de reprendre le contrôle).
L’égo, dans son aspiration protectrice, gagne du poids (c’est-à-dire
du pouvoir, du contrôle sur nos réactions) lorsque le stress aug-
mente. Car plus les blessures sont profondes et le stress s’accumule,
plus nous risquons de rencontrer des situations activatrices de
l’égo, au sens où leur propension à nous faire souffrir l’alimente. Au
long terme, l’égo se développe. Le chapitre sur la boucle infernale
(page 161) détaille ce cycle.
Dès lors, il concentre l’attention sur les blessures. Il pousse à l’ « égo-
centrisme » qui justement porte bien son nom : l’égo prend le pou-
voir central et nous dirige, débordant le raisonnement, concentrant
notre énergie sur l’action de l’égo. Tout comme nous avons vu que
l’égo dépassait la définition commune de fierté, l’égocentrisme in-
vite donc ici à une définition plus large que le « penser qu’à soi »
trop réducteur utilisé en langage courant. En effet, le « gentil » en
souffrance va se sur-adapter et donner toujours plus jusqu’à la rup-
ture. Il ne pense pas qu’à soi ; il s’agit bien de la domination de son
égo.
Au fond réside l’enfant qui souffre | 111
Enfin, l’égo nous déroute du chemin vers l’écoute de nos blessures
et leur guérison, du chemin d’amour, de reconnexion à notre es-
sence.
Nous le verrons dans la seconde partie : l’égo ainsi personnifié de-
viendra votre ennemi n°1 ! bien avant tout votre environnement
que vous pouviez accuser jusqu’à présent.
Synthèse
Nous venons de traiter le chapitre le plus difficile, tant du point de
vue conceptuel (abstrait) que par la difficulté à identifier et recon-
naître nos blessures, peur et croyances associées (car nos blessures
comme nos masques demeurent inconscientes… jusqu’à la lecture
de ce livre !).
Prenons donc un instant pour récapituler.
Nous avons tous des blessures (plus ou moins profondes). Ces bles-
sures conditionnent notre façon d’appréhender le monde, de l’in-
terpréter, de vivre tout simplement. Tantôt ces blessures sont subies
(dans une attitude de soumission) et nous vivons la souffrance
qu’elles engendrent, tantôt nous fuyons ces émotions négatives (at-
titude d’évitement) ou nous les combattons (attitude de compensa-
tion) au moyen de masques fabriqués sur mesure pour nous
protéger (nous éviter de souffrir au contact de notre blessure). Les
comportements liés au masque sont donc dictés par la peur de re-
vivre la blessure.
Note : nous pouvons nous questionner si ces 3 attitudes (soumis-
sion, fuite, compensation) peuvent être adoptées de manière égale
pour chacune des blessures. Intuitivement, je soutiendrais que non.
Certaines blessures dépendent des autres et appellent plus à la
soumission ou la fuite qu’à la compensation non ? J’imagine donc
une proportion de soumis/fuyants/compensateurs variable selon
112 | La méthode Théia
les blessures. Là encore, le tempérament (je pense à l’internalisa-
tion/externalisation que nous traitons en annexe 1 page 308) doit
intervenir.
Nous l’imaginons facilement : plus la blessure est profonde (la peur
importante), plus le masque devra se forger à toute épreuve et se
porter fréquemment. La blessure exposant la vulnérabilité au
monde, un plus grand risque de souffrir appelle une plus grande
protection.
Vous comprenez à présent le rôle majeur des blessures dans notre
fonctionnement. Elles conditionnent notre vision du monde, nos
besoins, nos attentes, notre comportement, nos réactions sous
stress mais aussi nos qualités et nos moteurs dans la vie.
Nous verrons en annexe 1 quelques exemples d’impacts de ces
blessures sur l’orientation professionnelle, les valeurs ou même
l’amour !
Récapitulons ce que nous avons vu dans ce chapitre dans le tableau
ci-après :
Au fond réside l’enfant qui souffre | 113
Blessure Vision du monde Peur profonde Emotion vraie Masque
Imparfait, injuste, exigeant, ne Perfection-
Echec Peur d’échouer, de perdre Tristesse
pardonne pas l’erreur niste
Ne pas être digne d’être aimé, Colère saine, ex-
Insuffi- Exigeant, obligation de récipro-
ne pas mériter d’amour, ne pas pression des be- Gentil
sance cité, il faut donner pour recevoir
être « aimable » soins
Les autres aiment se moquer, ju- Peur du regard, du jugement, Narcis-
Honte Honte
ger constamment de la moquerie, du rejet sique
Le monde est dur. On ne peut
Abandon Solitude, intimité, vulnérabilité Faiblesse Leader
compter que sur soi
Responsa- Quoi que je fasse ça n’ira pas. Se sentir coupable, fautif et
Culpabilité Rebelle
bilité C’est toujours ma faute donc désolé, punition
Limité. Il n’y en aura pas pour Souffrance, frus-
Manque Être privé Epicurien
tout le monde ! tration
Le monde ne tourne pas rond. Il Perception de traitement iné-
Colère saine, cri
Injustice n’est pas équitable, juste quitable provoquant une frus- Rigide
d’injustice
tration affectant la confiance
Menaçant, risqué, semé d’em- Peur du risque, de l’interdit, de
Danger Peur Loyal
buches, de difficultés la punition, d’être démuni
Être trahi, trompé. Peur du
Les gens sont faux, imprévi- Incrédulité, in-
Trahison mensonge, du pouvoir d’un Méfiant
sibles. La confiance n’existe pas compréhension
tiers, d’abus
Le mérite (et l’amour) revient à
Peur de ne pas réussir et donc
Inutilité ceux qui entreprennent et réus- Déception Battant
de ne rien valoir
sissent
Il me manque quelque chose. Se sentir banal, inexistant. Peur Honte, gêne, dé-
Inexistence Original
Personne ne veut de moi ainsi du dédain des autres valorisation
Le monde réel n’est pas fait pour
Isolement Peur du vide, de l’absence Solitude Rêveur
moi. Je suis inadapté
Dur, chaotique. Les liens sont Désaccord, séparation des
Séparation fragiles. Je ne peux pas survivre autres, perte de lien, opposi- Anxiété Médiateur
seul tion
Tableau 8 - Récapitulatif des blessures et masques
Je (re)précise humblement que ces associations naturelles ne peuvent être systématiques et que la com-
plexité richesse humaine présente une infinité de possibilités…
Récapitulons ce que nous avons vu jusqu’ici en complétant ce dia-
gramme avec les blessures et en ajoutant un axe vertical incons-
cient-conscient permettant de hiérarchiser les concepts du plus
profond et enfoui (en bas) au plus observable (en haut) :
Figure 15 - Diagramme complété des blessures
On comprend qu’on a une souffrance profonde et parfois incons-
ciente et que nous tentons de nous protéger du mieux qu’on peut.
Vous niiez vos masques, vous ignoriez vos blessures. J’espère que
vous en avez à présent pris la juste mesure.
Mais ces blessures sont difficiles à cerner tant elles sont enfouies,
inconscientes.
D’où viennent-elles ? Comment se construisent elles ?
De cette compréhension pourra à nouveau s’éclairer votre cons-
truction.
116 | La méthode Théia
De la genèse des blessures
A ce stade, J’aurais pu m’arrêter là.
J’aurais pu finir l’histoire par ma seule imagination, ou me laisser
convaincre par une genèse mystique, ou accepter l’adage : « Les
chiens font pas des chats ».
Mais je ne suis pas homme qui s’arrête à mi-chemin ! Il me manquait
une information capitale : d’où viennent les blessures ? Comment
se forment-t-elles ? N’y a-t-il pas des différences individuelles carac-
téristiques conditionnant la construction des blessures ?
Je dois être trop rationnel, analytique. Certains diront persévérant,
d’autres têtu voire obsessionnel. Qu’importe. Voici les réponses.
Dans ce chapitre, nous ne disséquons plus : nous remontons le
temps.
De la genèse des blessures | 117
L’enfant naît et grandit dans un environnement, familial d’abord puis
s’élargissant au fil de sa croissance.
C’est de cette interaction entre les besoins de l’enfant et son envi-
ronnement que naîtront les blessures – plus ou moins présentes,
c’est-à-dire plus ou moins béantes.
Dans cette interaction participe le tempérament que nous avons
évoqué précédemment.
Voici le petit schéma qui guidera la lecture du chapitre, que pour
une fois je vous dévoile d’entrée de jeu :
Figure 16 - Genèse des blessures
118 | La méthode Théia
Besoins de l’enfant
Qui mieux que vous sait vos besoins ? Ap-
prendre à se connaître est le premier des
soins.
Jean de La Fontaine
L’enfant – et j’emploie ce terme sciemment car nous avons tous les
mêmes besoins universels – se construit empiriquement en vivant,
en expérimentant, en apprenant, en intégrant des notions. Si un be-
soin est comblé (ni trop, ni trop peu comme nous verrons un peu
plus loin), l’enfant pourra intégrer la notion correspondante de ma-
nière saine (adéquate).
Face à l’enfant (générique et universel dans ses besoins), je parlerai
de parent au sens de parent référent de l’enfant (caregiver en an-
glais). La mère occupe encore généralement ce rôle-là, mais pas
toujours, qu’il s’agisse d’organisation familiale différente ou de triste
situation (parent décédé, enfant orphelin, abandonné, etc).
Note : puisque nous parlons d’enfance, les études atteignent natu-
rellement (déontologiquement) leurs limites, malgré une liberté un
peu plus grande dans l’étude des animaux. Les informations que
vous lirez ci-dessous font donc – encore plus que ce qui précède –
l’objet de discussions et d’incertitudes, mais gageons que vous y
trouverez quelque matière à alimenter votre compréhension et
éclairer les blessures que vous avez identifiées au chapitre précé-
dent.
De la genèse des blessures | 119
S’il est bien un besoin universellement reconnu chez l’enfant (et de
nombreux autres animaux), il s’agit bien de l’amour ! Cela sonne
niais et futile, pourtant nous allons en voir les nombreuses déclinai-
sons.
Quand nous disons amour, nous rêvons d’amour inconditionnel,
tendre, disponible.
J’attire votre attention sur ce terme « inconditionnel » : certaine-
ment, le parent aime toujours son enfant mais quand il le répri-
mande, quelle est l’interprétation de l’enfant ? L’enfant traduit
l’amour parental en tendresse (affection, baisers, câlins, etc), donc
un enfant recevant sourires et baisers s’il est comme ceci ou s’il fait
cela construira une compréhension que son parent l’aime *SI* ceci
ou cela.
Quand l’enfant reçoit des conditions à l’amour de son parent – c’est-
à-dire que s’il est ou s’il fait d’une certaine manière alors il ressent
plus d’amour que s’il est ou fait d’une autre manière, il intègre la
nature conditionnelle de l’amour, et il s’adaptera pour remplir cette
condition au maximum, car il a besoin d’amour.
J’insiste sur le « être » ou « faire » qui renvoient à deux familles de
besoins distincts. Du côté « être », le besoin d’être aimé tel que l’en-
fant est, dans sa nature, son apparence physique, ses qualités et dé-
fauts, afin de bâtir son identité ; du côté « faire », celui d’être aimé
pour ce que l’enfant fait, réalise, entreprend – qu’il réussisse ou
échoue typiquement – pour développer ses compétences.
Cet amour conditionnel servira de base à la vision de son monde
déformée qui perdurera à l’âge adulte.
De ce besoin d’amour (et de liens sociaux) se construira aussi l’atta-
chement de l’enfant (voir le style d’attachement introduit page 51 et
dont la formation est développée en annexe page 312).
L’enfant « secure » se montrera plus sociable et empathique et cons-
truira une plus haute estime de lui. A contrario, l’agressivité ou l’an-
xiété/dépression résultent d’un mauvais lien d’attachement (dit
« insecure »).
120 | La méthode Théia
Le manque d’amour (reçu par l’enfant) occasionne une bles-
sure fondatrice, fondamentale : la carence affective. Cette blessure
particulière (qui ne figure pas dans la liste des blessures évoquées
au chapitre précédent) n’occasionne pas de réaction (c’est-à-dire
d’attitude) de fuite ou de compensation, car l’enfant ne peut rien y
faire. Il ne peut que subir. Et l’adulte à son tour ne pourra que cher-
cher désespérément à combler cette carence de l’enfance.
Cette blessure sert en revanche de moteur à la construction des
masques. Par exemple, l’enfant manquant d’amour et intégrant que
c’est en étant irréprochable qu’il pourra en recevoir un peu plus
(blessure d’échec) fera tout de son mieux (masque de perfection-
niste). La carence affective pousse l’enfant à essayer de recevoir
plus d’amour.
Le manque d’amour crée une vulnérabilité chez l’enfant puis chez
l’adulte. Nous verrons dans la seconde partie que c’est en soi-
gnant l’enfant vulnérable intérieur que l’adulte guérira de ses bles-
sures.
Poursuivons avec les besoins émotionnels de l’enfance.
L’enfant nait avec des compétences sensorielles.
A 2-3 mois, le bébé sourit pour appeler le sourire de son parent. La
capacité du parent à réfléchir (comme un miroir) l’émotion à l’en-
fant, ou à comprendre son émotion (par empathie) et réagir à son
besoin conditionnera la bonne intégration des émotions chez l’en-
fant. Les tempêtes émotionnelles de l’enfant – dues à l’immaturité
de son cortex préfrontal – requiert au parent de l’apaiser, sans hu-
miliation ni punition.
A partir de 6 mois, l’enfant apprend la distinction des émotions fon-
damentales (voir page 43), et développe ainsi jusqu’à 12 mois sa
propre empathie (en tant que compétence sociale).
Il pourra ainsi plus tard (vers 2-3 ans) identifier et nommer les émo-
tions, apprendre à gérer sa frustration à 4-5 ans, pour acquérir vers
7 ans la capacité à citer les émotions morales que peut susciter une
situation.
De la genèse des blessures | 121
En parallèle de ce développement émotionnel, l’enfant a un grand
besoin de sécurité : de sécurité physiologique et matérielle (avoir
un toit, boire et manger, pouvoir dormir, se sentir protégé, etc) mais
aussi de sécurité affective et relationnelle comme condition à l’ap-
prentissage de l’autonomie ultérieurement. C’est grâce à ce senti-
ment de sécurité que l’enfant bâtit sa confiance dans le monde qui
l’entoure.
Vers 4-6 ans (au stade d’individualité de l’enfant où il devient cons-
cient qu’il est une entité à part entière), l’enfant attend de l’équité et
de la prédictibilité (caractère répétable et donc prévisible des
choses qui participe aussi à construire une forme de sécurité). Il
construit les notions de bien et de mal (c’est-à-dire de justice) qui
mènent au développement du sens moral (encore dicté par les pa-
rents) vers 8 ans.
Enfin, l’enfant développera des compétences au gré de ses expé-
riences – parfois fructueuses, parfois ratées. Cette étape de jeu et
d’exploration nécessite la liberté d’entreprendre, l’autonomie et la
confiance offrant un cadre ouvert et bienveillant mais aussi protec-
teur et borné. Il apprendra également le sens de la responsabilité
de ses actes tout en continuant de jongler avec la frustration.
Note : certains auteurs ajoutent le besoin d’estime de soi, ou le be-
soin de valorisation. Je pense que l’estime de soi se construit sur les
(ou grâce aux) autres notions telles que l’attachement, l’identité et
les compétences. En effet, un attachement « secure » augmente l’es-
time de soi, tout comme l’acceptation de l’échec lors de l’étape de
découverte et d’expérimentation, ce que nous développerons dans
les chapitres suivants.
122 | La méthode Théia
Pour résumer, voici un bref tableau illustrant le besoin de l’enfant et
la notion que l’enfant pourra intégrer si le besoin est rempli. Par
exemple, l’enfant a besoin de sécurité pour intégrer la notion de
confiance.
Besoin Notion à intégrer
Amour Attachement
Empathie Compétences émotionnelles
Acceptation Identité
Sécurité Confiance
Prédictibilité Justice
Liberté Compétences
Tableau 9 - Besoins de l'enfant et notion à intégrer (tableau)
Bref, reprenons très simplement nos principaux besoins sur la frise
ci-dessous, où :
- Le besoin est indiqué par le mot du dessus en gras (par
exemple, Sécurité) et
- La notion que l’enfant doit apprendre et intégrer en dessous
entre parenthèses (dans l’exemple, confiance).
Figure 17 - Besoins de l'enfant et notion à intégrer (frise)
A quel âge apparaît quel besoin précisément ?
L’apparition dans le temps des besoins et le développement des
notions à intégrer me paraît discutable – et d’ailleurs les grandes
théories sur le sujet affichent des désaccords. Je pense en particu-
lier au besoin d’acceptation (et à la construction de l’identité).
De la genèse des blessures | 123
Et comme il est délicat de faire trop d’expérience sur nos enfants
(même si par le passé les théories de l’attachement entre autres se
sont érigées sur des expériences parfois terribles), je n’ai pas trouvé
de calendrier pertinent.
Je pense surtout que, si nous pouvons voir de grandes phases au
développement d’un enfant, il n’en reste pas moins que toutes ces
notions se développent sur des années, s’entre-mêlent et dépen-
dent les unes des autres. La représentation suivante illustrerait sans
doute mieux le développement de l’enfant que la flèche linéaire :
Figure 18 - Chronologie d'apparition des besoins
Pour revenir à notre frise, nous pouvons imaginer qu’elle s’arrête à
6-7 ans environ, parce que la majeure partie des blessures se forme
dans ces 6-7 premières années.
Néanmoins, l’apprentissage continue au-delà évidemment. Nous
pouvons penser à l’apprentissage du contrôle de soi (pour différer
son envie par exemple) vers 10 ans ou l’autonomie morale à 12 ans.
D’ailleurs, des blessures peuvent se former bien après, à tout âge,
au gré d’expériences infortunées particulièrement traumatisantes.
Nous pensons ici à tout accident, agression, choc, etc – sans parler
des guerres et épidémies – qui pourront provoquer la formation
brutale de nouvelle blessure.
124 | La méthode Théia
Certaines de ces blessures – non spécifiques à l’événement lui-
même – se retrouvent dans les blessures évoquées au chapitre pré-
cédent, et leurs masques associés peuvent également se forger à
l’âge adulte. De même, les troubles de stress post-traumatique
(TSPT) peuvent s’apparenter au stress extrême provoqué par une
blessure.
Note : comment ne pas faire ici référence à la fameuse pyramide de
Maslow légèrement réorganisée en tenant compte de la maturité et
l’autonomie spécifiques de l’enfant ? Les enfants ont en fait les
mêmes besoins fondamentaux que les adultes, avec simplement un
cerveau encore immature, malléable et en constante évolution.
Une fois ces besoins identifiés et compris, reste à voir comment l’en-
vironnement peut y répondre !
Environnement
En employant le terme assez vaste d’environnement, je désigne en
premier lieu le parent référent (décrit au chapitre précédent). Cet
environnement s’élargit au fil des mois et du développement de
l’enfant pour incorporer l’autre parent, les grands-parents et tout
autre adulte présent régulièrement pour l’enfant et lui apportant
des soins. Et bien sûr, à partir de 3 ans environ, l’enfant entre dans
une phase de sociabilisation où son environnement englobe les
amis, les professeurs et tous les humains in fine !
L’environnement pourrait également faire référence au cadre de vie
(citadin vs rural), aux conditions climatiques (pluviométrie, tempé-
rature), pollutions (sonores, air), etc. Mais pour ce chapitre et dans
un besoin de simplification, nous nous cantonnerons au rôle des
humains.
De la genèse des blessures | 125
Voyons maintenant comment l’enfant interagit avec son environne-
ment et comment les blessures se créent.
Dans tous ses besoins (vus précédemment), l’enfant attendra de son
environnement qu’il y réponde de manière authentique et saine –
car les enfants incorporent un détecteur de mensonge de télé-
pathe ! Une réponse adéquate offrira à l’enfant de gérer les défis de
son développement, d’intégrer sereinement ses notions, concepts
et compétences. Dans le cas contraire d’une réponse réprimée ou
inadaptée, l’enfant vivra une émotion négative (l’émotion véritable
de la blessure), développera du stress et ancrera une blessure qui
perdurera à l’âge adulte. Et nous le savons, plus nous avançons dans
la vie et moins notre cerveau se montre malléable.
Et ça se complique : quand je dis « adéquat », cela signifie juste,
c’est-à-dire que le parent doit répondre au besoin à la bonne me-
sure, ni y faire défaut, ni en faire de trop !
Pour citer l’exemple du besoin de liberté (vs mettre des limites), l’en-
fant devra sentir un cadre clair et des limites réalistes lui permettant
d’explorer le monde tout en intégrant la notion de responsabilité.
L’illustration ci-dessous reprend les blessures (en sombre) et
masques (en clair) vues aux précédents chapitres en les faisant cor-
respondre grosso modo à la frise des besoins de l’enfant.
Figure 19 - Blessures et masques, selon les besoins de l'enfant
126 | La méthode Théia
Prenons quelques exemples.
L’enfant qui n’est pas libre d’expérimenter et d’échouer parce que
l’erreur est condamnée (ou plus précisément que l’amour est témoi-
gné tant qu’il n’y a rien à y redire) intègre une vision d’un monde
exigeant, développe une blessure d’échec qu’il pourra compenser
en se forgeant un masque de perfectionniste.
De même, l’enfant qui ne reçoit pas un cadre de vie fiable et prédic-
tible ne construit pas sa confiance et risque donc de se méfier tout
le reste de sa vie.
Autre exemple, la blessure d’insuffisance correspond à un manque
d’acceptation de l’enfant tel qu’il est et quoi qu’il fasse et un défaut
de reconnaissance de ses émotions (typiquement la colère et l’ex-
pression de ses besoins).
Enfin, la « blessure zéro » de carence affective a été schématisée
tout à gauche de cette illustration, comme socle à l’émergence des
autres (comme expliqué précédemment).
Note : la position précise de chaque duo blessure-masque sur cette
frise (autant horizontalement que verticalement) est discutable,
d’autant plus que j’ai essayé en priorité de la rendre lisible et aérée.
Maintenant, voyons l’autre cas : l’excès de réponse au besoin de
l’enfant.
Cet excès occasionnera aussi une déficience dans l’acquisition
d’une notion par l’enfant. Nous ne verrons pas émerger de blessure
à proprement parler ni donc de masque tel que nous l’avons décrit.
Néanmoins, cette déficience conduira l’enfant à des comporte-
ments inadaptés (aux conséquences délétères) à l’âge adulte.
Prenons l’exemple d’un enfant couvé à l’excès, « sur-materné » di-
rions-nous : il risquera de manquer d’autonomie et de dépendre
toute sa vie d’un adulte qui remplira le rôle de parent de substitu-
tion. Autre exemple : un enfant manquant de limite (de cadre)
pourra se sentir pourvu de droits exagérés. Il manquera de contrôle
de soi, pouvant mener au vrai narcissisme (bien différent du
De la genèse des blessures | 127
masque narcissique façonné en réaction à une blessure de honte,
cf paragraphe consacré au narcissisme page 93), à la manipulation
voire à la sociopathie.
Vous retrouverez ce second cas (d’excès de réponse au besoin de
l’enfant) illustré au-dessus de la flèche des besoins :
Figure 20 - Excès de réponse aux besoins de l'enfant
Finalement, en y regardant de plus près, vous vous apercevrez que
le besoin d’un masque (voir page 78) ne diffère pas tant que ça du
besoin originel de l’enfant qui aura été frustré.
Bref, ni trop, ni trop peu.
Mais attendez, la tâche se révèle encore plus complexe : le parent
idéal sait non seulement donner exactement ce qu’il faut à l’enfant,
mais en plus en s’adaptant au tempérament de l’enfant !
Car là encore, le tempérament (que nous développons juste après)
module grandement les besoins de l’enfant. Tous les parents de fra-
trie le savent : leurs enfants sont différents et, dans l’idéal, ils de-
vraient eux-mêmes répondre différemment à chacun. Si un de leurs
enfants est plus sensible et anxieux, il aura plus besoin d’être ras-
suré. Si un autre est impulsif et tempétueux, il faudra redoubler de
patience et d’accueil.
128 | La méthode Théia
Hélas, quel parent peut espérer pouvoir apporter cela ?
Qu’il s’agisse d’accident, de circonstance de vie (séparation des pa-
rents par exemple) ou simplement d’expression des blessures des
parents, aucun enfant ne pourra être comblé dans la juste mesure
qui lui est propre.
Le parent idéal n’existe pas. Et l’enfant comblé non plus.
Revenons sur l’environnement et élargissons notre perspective au-
delà du parent.
Nous pouvons distinguer l’environnement partagé dans une fratrie
(incluant donc les parents mais aussi les frères et sœurs et possible
grand-parent à domicile etc) de l’environnement extérieur (copains,
professeurs, etc).
En examinant l’héritabilité pour les traits de personnalité du Big5
(ouverture, conscienciosité, extraversion, agréabilité et stabilité
émotionnelle, cf annexes 1 et 2), nous observons que 40-50% des
variations s’explique par nos gênes (nous y reviendrons au prochain
chapitre sur le tempérament), 40-50% par l’environnement exté-
rieur et seulement 10% par l’environnement partagé ! « De quoi se
détendre » me diraient les parents ! Sauf que ces traits de person-
nalité ne sont pas au même niveau (de construction de la person-
nalité) que les blessures – telles que nous les abordons dans ce livre
– et toutes leurs répercussions dans la vie quotidienne…
A contrario, l’environnement extérieur – dit « non partagé » par les
membres d’une fratrie – influence majoritairement les compétences
sociales (à hauteur de 80% pour les femmes et 70% pour les
hommes). En effet, les émotions morales (empathie, gratitude,
fierté, honte, embarras, culpabilité) requièrent une représentation
morale d’autrui et se développent en fonction de l’environnement.
Donc, selon ce que nous regardons, nous trouverons des influences
plus ou moins marquées de ces 3 pôles génétique/fratrie/extérieur.
Plus large encore, la culture de notre communauté puis de notre
pays jouent également dans la construction de l’enfant. L’éducation
et les valeurs varient beaucoup d’une culture à l’autre, tendant à
De la genèse des blessures | 129
renforcer ou amoindrir tel ou tel trait de personnalité. Certains
groupes se définissent même par ces traits (revendication, al-
truisme, etc). Vous pourrez entendre parler de mentalité pour dé-
crire la partie de votre personnalité influencée par la culture.
Nous sortons ici du cadre scientifique pour oser une généralité
(donc pleine de préjugés) : chaque pays semble dans son identité
porter un masque plus présent que les autres ; la France le masque
d’original romantique, l’Allemagne le masque de loyal, la Chine ou
les US de battants, le Brésil épicurien, la Thaïlande ou la Suisse mé-
diatrices, le Japon perfectionniste, la Finlande rêveuse, etc. Naturel-
lement, plus un pays connaît de brassage et de métissage culturels,
moins ces différences apparaîtront.
A ceux qui jugent ces raccourcis grotesques – et même s’ils le sont
effectivement, n’avez-vous pas voyagé et senti ailleurs des manières
de vivre bien différentes ? Et certaines que vous auriez volontiers
rêvé adopter ? Ne connaissez-vous personne qui aurait vécu à
l’étranger loin de sa terre natale et s’y serait tant plu qu’elle s’y serait
installée, témoignant d’une meilleure adéquation de ses masques
à son environnement d’accueil ?
Que cette « culture nationale » ait pu grandir influencée par les
grands Hommes de l’histoire ou la sélection naturelle ou la géogra-
phie (et je renvoie ici à l’excellent livre « De l’inégalité parmi les so-
ciétés » de Jarod Diamond), peu importe ! Je crois simplement
défendable de soutenir que l’environnement façonne également
notre construction, et in fine nos blessures et nos masques.
Enfin, l’environnement inclut également nos chers animaux de com-
pagnie. Ainsi, le risque de trouble anxieux chez l’adolescent dimi-
nue de 43% lorsqu’il a eu un animal de compagnie avant ses 11 ans.
C’est pas rien ! Laurent Gounelle défend également l’apport de son
chat dans l’apaisement émotionnel de son enfance. Comme quoi
l’animal fait également office de figure d’attachement !
130 | La méthode Théia
Exercice : la genèse des blessures.
Cet exercice risque de vous paraître difficile. Il s’agit
d’observer objectivement vos parents. Or nous avons
tous un biais : a priori, nous aimons nos parents
(même en les haïssant), donc difficile de chercher l’objectivité…
Bref, observez chacun de vos parents comme s’il était un adulte in-
dépendant de vous, et tentez d’identifier les blessures et masques
qui les caractérisent chacun.
Vous pouvez (sur cet exercice plus encore que les précédents
puisqu’il ne vous concerne pas directement !) interroger des per-
sonnes de votre entourage qui ont connu vos parents. Rien de tel
que les oncles et tantes (qui peuvent aussi renseigner sur les
grands-parents), ou les amis proches de vos parents. Vous pouvez
aussi interroger vos frères et sœurs, ou (si vous en avez) vos demi-
frères et demi-sœurs qui ont pu les connaître dans d’autres con-
textes.
Cette analyse objective de vos parents étant faite, je souhaite par-
tager avec vous une observation que j’aurais tendance à générali-
ser : au sein d’une fratrie, il me semble qu’un enfant subit plus que
les autres les masques de son parent référant, et par conséquent
hérite plus que ses frères et sœurs des blessures du parent. Un peu
comme si le parent se « suffisait » d’avoir pu trouver un enfant à son
image, assez malléable pour accueillir la décalcomanie de ses bles-
sures. Le parent ainsi rassuré d’avoir un enfant à son image n’aurait
pas besoin de se projeter autant sur les autres…
Qu’en pensez-vous ? Le confirmez-vous dans votre famille ?
Nous avons donc vu que tout enfant a des besoins et que l’environ-
nement (partagé ou non) va y répondre plus ou moins bien.
Seulement, si les besoins de l’enfant sont universels, tous les enfants
ne sont pas pour autant égaux ! Certains demanderont plus que
d’autres. C’est ce que nous allons examiner tout de suite : le rôle du
tempérament inné de chaque enfant.
De la genèse des blessures | 131
Tempérament
Le tempérament désigne la partie innée de notre personnalité,
celle d’origine biologique conditionnée (écrite avec un détermi-
nisme implacable) dans nos gênes.
J’aimerais pouvoir classer les caractéristiques individuelles entre
l’inné (le tempérament) et l’acquis (le caractère et la mentalité), vous
dire que ceci tient de la génétique quand cela se construit au con-
tact de votre environnement. Ce serait vachement plus simple. Mais
il n’en est rien, car l’Homme n’a rien de simple. Et ce chapitre sera
sans doute le plus imprécis et inachevé de tous, tant la part de notre
personnalité liée au tempérament et son intrication dans tous les
rouages de notre construction n’ont pas fini de faire couler de
l’encre…
Que dit notre intuition ?
Nous – j’englobe tout particulièrement les parents et même tous
ceux qui sont déjà allés dans un parc bourré d’enfants – pouvons
aisément observer que les enfants, dès leur plus jeune âge, présen-
tent des traits de personnalité très différents. Nous ne sommes clai-
rement pas égaux.
Certains paraissent actifs ou calmes, sociables ou timides, impulsifs
ou réfléchis, émotifs ou constants, craintif ou courageux, etc.
De nombreux chercheurs (Cloninger, Thomas et Chess, Kagan, Ry-
manowicz, Buss et Plomin, etc) ont proposé leur modèle de classifi-
cation du tempérament, incluant tel ou tel trait comme ceux listés
précédemment, regroupés dans de nombreuses dimensions :
- Le niveau d’activité (quantité habituelle de mouvements, du-
rée des périodes quotidiennes d’activité),
- L’autorégulation (processus qui module la réactivité, le retrait,
les inhibitions du comportement et la capacité à revenir à un
état calme) qui rejoint la consolabilité,
132 | La méthode Théia
- L’approche/le recul (première réaction de l’enfant à un nou-
veau stimulus) liées à la peur,
- L’adaptabilité/flexibilité (degré auquel la réaction à un nou-
veau stimulus est modifiée),
- Le seuil sensoriel/la sensibilité (intensité nécessaire du stimu-
lus pour qu’il déclenche une réaction) sur laquelle nous re-
viendrons spécifiquement au prochain chapitre,
- L’irritabilité (propension à réagir de manière excessive ou
agressive à des situations contrariantes),
- L’humeur (caractéristique du comportement agréable ou dé-
sagréable),
- La sociabilité (disposition à rechercher le contact social avec
autrui),
- La concentration (degré auquel le comportement est modifié
par un évènement extérieur),
- La persévérance/durée d’attention (temps consacré à une ac-
tivité), etc
Ces dimensions sont-elles indépendantes ? Ou pouvons-nous par
exemple supposer que la sensibilité conditionne l’humeur, l’inten-
sité de réaction et donc la sociabilité et l’extraversion (comme nous
en discutons en annexe) ?
Mais les autres traits de personnalité ne sont pas en reste ! Quel
serait leur lien avec ces traits de tempérament ? Pouvons-nous réel-
lement distinguer les traits de tempérament et de caractère (innés
vs acquis) ?
Pour illustrer toute la complexité de notre personnalité, l’analyse de
l’héritabilité d’un trait (développée en annexe 1 page 314) – qui in-
dique à quel point un trait varie en fonction de facteurs génétiques
– révèle que « oh surprise ! » rien n’est 0% ou 100% hérité (ou même
moins de 20% ou plus de 80%). La génétique explique environ la
moitié des variations d’à peu près tous les traits. Vous trouverez une
liste plus détaillée dans l’annexe.
De la genèse des blessures | 133
J’explique cela par l’implication du tempérament dans tous les traits
et (une fois n’est pas coutume !) la complexité humaine (illustrée
page 281).
Tristement, les aspects négatifs (comme l’instabilité émotionnelle,
l’anxiété, etc) s’héritent plutôt plus que les positifs. La thèse évolu-
tionniste l’expliquerait : l’Homme a survécu et s’est développé (en
tant qu’espèce animale) grâce à une sélection des individus plus
anxieux et prudents.
On pourrait digresser longtemps sur les thèses évolutionnistes mais
ne nous égarons pas !
Pour revenir à la liste des traits ci-dessus, nous nous entendrons pro-
bablement sur le fait que certains sont plus agréables que d’autres !
Humeur négative, faible persévérance, faible adaptabilité, réactions
émotionnelles intenses, haut niveau d’activité, retrait social, etc ca-
ractérisent un tempérament « difficile » et rendent l’éducation pa-
rentale – et la vie en général – plus difficiles.
De ce fait, certains – par leur seul tempérament inné – s’exposent
bien plus à développer des blessures que d’autres. C’est ainsi, le
monde est injuste et ingrat. Nous ne naissons pas égaux.
Même si aucune caractéristique tient entièrement de l’inné, tous les
enfants diffèrent dès la naissance, et leurs besoins varieront en con-
séquence, rendant la réponse adéquate des parents (décrite au
chapitre précédent) d’autant plus délicate.
Le tempérament de l’enfant touche ainsi le parent sur sa patience,
sa sensibilité et ses blessures propres. Et pour peu que l’enfant ait
un tempérament difficile (irritable, humeur négative, réactivité in-
tense aux stimuli, etc), le parent peinera à répondre aux besoins de
l’enfant et se sentira incompétent et coupable, ce qui impactera
donc bien sûr son sentiment d’estime de soi et renforcera son déta-
chement de l’enfant et son incapacité à répondre à ses besoins.
D’ailleurs, si vous êtes parent de plusieurs enfants, vous savez très
bien que dès la naissance vos enfants présentaient des différences
134 | La méthode Théia
notoires, des tempérament foncièrement différents. Votre éduca-
tion a pu « fonctionner » beaucoup plus facilement avec l’un
qu’avec l’autre.
Naturellement, cette interaction avec le parent (qui arrive plus ou
moins à combler les besoins de l’enfant) détermine la nature du
style d’attachement (secure ou insecure) de l’enfant, ce que nous
développons en annexe (page 312).
Voyons un autre concept qui me paraît très pertinent : l’internalisa-
tion (vs externalisation, cf page 308 pour plus d’explication sur ce
concept).
Un enfant internalisé tourne son humeur (son énergie) vers soi, tan-
dis qu’un enfant externalisé la tourne vers les autres. Un tempéra-
ment craintif prédit des problèmes d’internalisation (anxiété,
dépression), tandis que des difficultés d’autorégulation prédispo-
sent à des problèmes d’externalisation (comme l’agressivité).
Une parentalité douce et chaleureuse sera plus appropriée avec un
enfant craintif. De même, pour un enfant présentant un déficit
d’autorégulation, une parentalité plus ferme et cadrée pourra com-
penser et amener l’enfant à développer cette autorégulation initia-
lement faible.
Nous voyons donc sur ce nouvel exemple comment le tempéra-
ment module l’interaction entre les besoins de l’enfant et son envi-
ronnement.
L’imbrication précise du tempérament dans la construction de la
personnalité reste mystérieuse. Si vous savez différencier la modé-
ration et la médiation (cf annexe 1 page 318), vous comprendrez
qu’une caractéristique de votre tempérament peut influencer de
plusieurs manières votre comportement in fine.
Enfin, notons que, si ces traits caractéristiques du tempérament pa-
raissent stables avec le temps, leur expression évolue selon la ma-
turité (donc l’âge), les expériences, les facteurs extérieurs (sociaux
De la genèse des blessures | 135
et culturels), ou à certains moments de vie. Typiquement, les traits
tels que l’optimisme ou la curiosité évoluent probablement moins
que l’impulsivité ou le degré d’activité. Et nous pouvons user de nos
ressources pour limiter ou inhiber leur manifestation.
La part « visible » du tempérament dans l’expression de la person-
nalité diminue donc avec l’âge. En d’autres termes, le caractère ac-
quis module l’expression du tempérament.
Si vous êtes parent et curieux, vous pouvez répondre au question-
naire Laboratory Temperament Assessment Battery (Lab-TAB) qui
identifie plusieurs dimensions de tempérament chez votre enfant.
L’environnement (les parents d’une fratrie, le même professeur de
30 élèves, la culture d’une communauté, etc) ne pouvant pas se
mouler à chaque enfant et répondre exactement aux besoins va-
riables de chaque individualité, il en découle malheureusement
que, selon ses prédispositions innées, chaque enfant subira plus ou
moins de manque sur tel besoin ou tel autre et ainsi formera ses
blessures et les possibles masques associés. Surtout que les
masques se transmettent, comme nous le verrons dans un prochain
chapitre.
Détaillons maintenant une caractéristique majeure du tempéra-
ment : la sensibilité.
136 | La méthode Théia
Sensibilité
Ne méprisez la sensibilité de personne.
La sensibilité de chacun, c’est son génie.
Baudelaire
Nous avons évoqué la sensibilité dans le chapitre sur l’hypersensi-
bilité (page 33).
Cette composante majeure et structurante de notre personnalité
mérite son chapitre !
La sensibilité, ou SPS (Sensory-Processing Sensitivity qu’on pourrait
traduire par Sensibilité des Processus Sensoriels), théorisée par
Elaine Aron dans les années 90, caractérise l’intensité avec laquelle
les individus perçoivent et ressentent les stimulations (externes ou
internes).
Nous pouvons identifier plusieurs composantes de la sensibilité :
- L'émotionnalité, explorée dans différentes situations : sensi-
bilité aux ambiances, capacité à être ému, intensité de l'ex-
pression émotionnelle, etc,
- La suractivation, indiquant la tendance à être saturé ou dé-
bordé par les stimulations intenses (hyperstimulation), parti-
culièrement lorsque ces stimulations sont d'ordre sensoriel,
- La subtilité, c'est-à-dire la perception et la conscience des sti-
mulations subtiles et de ses infimes variations, que ces stimu-
lations soient sensorielles (changement discret dans
l'environnement) ou émotionnelles (émotions dissimulées
d'autrui).
De la genèse des blessures | 137
Note : la sensibilité esthétique – qui fait pourtant partie des ques-
tionnaires évaluant la sensibilité – tend à être écartée de la sensibi-
lité pour être rapprochée de l’ouverture d’esprit.
Question sempiternelle : la sensibilité est-elle héréditaire ?
Comme déjà répondu au précédent chapitre et détaillé en annexe
sur l’héritabilité (page 314), la sensibilité ne fait pas exception : en-
viron la moitié s’explique par l’influence génétique, l’autre moitié
par l’environnement.
Les personnes dites hypersensibles – HSP (Highly Sensitive Person)
– traitent les informations de façon plus approfondie, éprouvent des
émotions plus fortes et peuvent être plus sensibles aux variations
subtiles de leur entourage. Cette sensibilité accrue affecte divers
aspects de leur vie.
Je suis – en grand sensible ! – personnellement convaincu des nom-
breuses implications de la sensibilité dans la personnalité. Malheu-
reusement – et je ne l’explique pas au vu de l’intérêt grandissant
pour la sensibilité par le grand public, les études corrélant sensibi-
lité et tous les autres concepts restent assez rares à mon goût. J’ai-
merais pouvoir vous affirmer avec certitude ce qui va suivre, mais je
peine à en trouver les preuves. Aussi, je ne ferai que conjecturer en
me fiant à mon intuition, en espérant un jour publier une réédition
qui affinera toutes ces hypothèses.
Une forte sensibilité expose au monde environnant. Ce n’est pas par
hasard qu’on retrouve ce mot dans la sensibilité ISO en photo ou la
sensibilité d’une peau au soleil ou la sensibilité médicale à la dou-
leur.
Les conséquences d’une sensibilité élevée se devinent facilement,
et quiconque se juge (ou s’évalue) très sensible ou connaît dans son
entourage des personnes particulièrement sensibles pourra l'attes-
ter : on pense aux montagnes russes émotionnelles qui peuvent
parfois être très difficiles à contenir. Mais la sensibilité a également
d'autres liens démontrés avec l'extraversion par exemple : on veut
138 | La méthode Théia
tous ressentir un certain niveau de stimulation pour être énergisé,
mais plus on est sensible plus ce niveau est atteint rapidement (avec
peu de stimuli). Quand il est dépassé, on souffre. Pour reprendre le
parallèle photographique avec la sensibilité ISO, c’est comme si
l'extraverti (moins sensible) portait des lunettes de soleil lui permet-
tant ainsi d’encaisser plus de luminosité, alors que l’hypersensible
démuni de lunettes sera plus vite ébloui et se montrera donc plus
probablement introverti. Exemple plus concret : l'extraverti a be-
soin de plus de monde et d'animation pour se sentir énergisé,
quand l'introverti suffoque dès qu’il est entouré de monde. Pour-
quoi ? Parce qu'avec sa sensibilité, l'introverti se suffit de 1 ou 2
potes pour être bien dynamisé.
Je développe cette idée en annexe 1 page 305.
Autre conséquence, le stress. Bien sûr ! En ressentant plus, les
chances de connaître de plus amples variations émotionnelles aug-
mentent (cf la dimension « stabilité émotionnelle » du Big5). La per-
ception augmente, dont la perception du regard (et du jugement)
d’autrui, ce qui peut aussi induire son lot de stress et d'anxiété.
De plus, la sensibilité corrèle avec le risque de burn-out.
Quel lien avec l’enfance, me demandez-vous ?
La haute sensibilité prédispose à percevoir et souffrir plus que les
autres. Cette conscience accrue risque d’augmenter les besoins de
l’enfant en termes de réassurance et réconfort. A défaut, l’enfant
pourra développer de la détresse affective et de l’anxiété. Le retour
des autres (observations, critiques, moqueries, etc) l’affectera d’au-
tant plus qu’il est sensible. Sans parler du fait qu’il se considère dif-
férent, marginal.
Les adultes hypersensibles (HSPS) qui ont connu une enfance diffi-
cile témoignent à l’âge adulte d’émotionnalité plus négative et
d’une plus grande introversion sociale.
Plus intéressant encore, en cas d’enfance difficile (c’est-à-dire de
soin insuffisant apporté par les parents), les hypersensibles témoi-
gnent de plus d’affects négatifs et leur risque de dépression
De la genèse des blessures | 139
augmente ; mais dans le cas contraire, ils rapportent un niveau par-
ticulièrement bas d’affect négatif.
Autrement dit, l’hypersensibilité amplifie la réponse de l’enfant aux
soins des parents – négatifs comme positifs.
Si je reprends mon exemple, j’ai un score (très) élevé en sensibilité.
Ce tempérament a tellement amplifié mon besoin d’attachement
que, malgré une parentalité présente, active et fonctionnelle, j’ai dé-
veloppé un attachement très anxieux (voir mon « point vert » sur la
figure de l’attachement page 53) et une blessure d’insuffisance (et
son masque de « gentil ») malgré tout. Un autre enfant moins sen-
sible dans les exactes mêmes conditions de vie que moi aurait pu
développer un attachement plus secure et moins de blessure.
Heureusement, la sensibilité apporte aussi son lot de belles qualités
comme l'empathie ou la créativité, encore faut-il ne pas les « mas-
quer » ! au sens de ne pas porter un masque qui annihilerait ces
vertus naturelles – je pense aux rigides et perfectionnistes qui
« choisissent » de l'étouffer.
Nous reparlerons d’acceptation de sa sensibilité dans la seconde
partie.
OK. Donc plus de sensibilité amène plus de variation émotionnelle.
Pour prévenir ou guérir une émotion intense, il faut (entre autres)
des compétences ! Nous verrons en seconde partie comment ac-
quérir ces compétences émotionnelles.
Le second (et dernier) facteur majeur de la construction de l’enfant
que je souhaitais développer et qui trouve des répercussions dans
tous les aspects de la vie, c’est la fameuse estime de soi.
Découvrons-la tout de suite.
140 | La méthode Théia
L’estime de soi
L'estime de soi est au psychisme ce que le sys-
tème immunitaire est au corps.
Virginia Satir
Pour terminer ce chapitre sur notre enfance et la genèse de nos
blessures, j’aimerais préciser une construction cruciale dans notre
vie : l’estime de soi.
L’estime de soi, c’est le regard que l'on porte sur soi-même et l'ap-
préciation qu'on fait de sa valeur ou de sa propre importance.
D’emblée, je précise la distinction nécessaire avec la confiance en
soi (décrite page 50) : l’estime de soi est liée à notre valeur intrin-
sèque (qualités ou défauts perçus en nous, croyances sur soi…)
alors que la confiance en soi est liée à notre valeur extrinsèque
(compétences ou comportements dans tel domaine).
Une personne qui a une bonne estime de soi se sent prête à affron-
ter les obstacles que peut lui présenter la vie et elle a tendance à
persévérer. Une bonne estime de soi induit le bonheur, la réussite
professionnelle, de bonnes relations sociales et un sentiment
d'auto-efficacité élevé. Avec une bonne estime de soi, on réagit
moins aux feedbacks négatifs (en se dénigrant ou dénigrant l'autre
ou se blâmant).
Au contraire, une faible estime s'accompagne d'une moindre capa-
cité à faire face au stress, anxiété, dépression, avec une posture na-
turelle de soumission face à autrui.
De la genèse des blessures | 141
Une forte estime de soi est également associée à un style d'attache-
ment secure (cf chapitre sur les styles d'attachement page 51). La
faible estime indique beaucoup plus un évitement (personne
fuyante) qu'une anxiété d'attachement.
Alors si cette estime de soi s’avère si déterminante dans la vie, vous
me direz : « j’en veux ! » et surtout, vous vous (et donc me) deman-
derez comment elle se construit.
Eh bien la réponse va vous surprendre : elle se construit toute
seule ! En effet, un enfant qui reçoit le bon niveau de liberté – lui
permettant d’expérimenter tout en l’autorisant à échouer – et qui se
sent accepté et aimé comme il est, construira tout seul une bonne
estime de lui. C’est aussi simple que ça !
Déprimant (pour les autres) non ?
Vous reconnaissez ici les besoins d’acceptation et de liberté (détail-
lés précédemment). Naturellement, l’estime de soi se verra dimi-
nuée par les blessures relatives (honte, échec, inaptitude…). Cela
se conçoit aisément en prenant l’exemple du masque de perfec-
tionniste qui se met la barre très haut (pour s’éviter l’échec) mais qui
dès lors se juge très sévèrement et donc ne peut pas s’octroyer (se
construire) une bonne estime de lui. Nous retrouvons ici le fameux
« syndrome de l’imposteur » où une personne doute de ses com-
pétences et craint d'être démasquée (comme si elle avait fraudé),
malgré des preuves évidentes de ses capacités et succès.
En conséquence, je ne crois pas primordial de travailler à améliorer
son estime de soi, car elle résulte des blessures. Travaillez vos bles-
sures et l’estime que vous aurez de vous-même remontera naturel-
lement, comme nous le verrons en seconde partie de ce guide.
142 | La méthode Théia
Synthèse
Qu’avons-nous vu dans ce chapitre ? Le processus de création de
vos blessures.
Récapitulons :
1. Vous êtes né avec des prédispositions, des caractéristiques
singulières nommées tempérament ;
2. Vous aviez vos besoins d’enfant – universels mais modulés
par votre tempérament ;
3. Votre environnement y a répondu comme il a pu, ce qui a oc-
casionné l’émergence de blessures en cas de manquement ;
4. Face à la douleur, vous avez pu choisir de la combattre en
arborant un masque pour vous faire aimer tant bien que mal
et éviter de souffrir à nouveau.
Helen Palmer le résume bien : « La personnalité se développe
parce que nous sommes obligés de survivre dans le monde phy-
sique. Une contradiction se crée entre d’une part la confiance es-
sentielle de l’enfant en son environnement et, d’autre part, la réalité
familiale à laquelle il lui faut obéir. La personnalité se développe
afin de protéger et de défendre l’essence contre les blessures du
monde matériel. »
Reprenons sur notre diagramme synthétique les grands besoins de
l’enfant et les blessures et masques potentiellement associés, où j’ai
ajouté un axe vertical d’adéquation de réponse du parent :
De la genèse des blessures | 143
144 | La méthode Théia
Figure 21 - Synthèse de la genèse des blessures
Good good !
Qu’en pensez-vous ? Que ressentez-vous à la lecture (que j’espère
réfléchie et participative) de ce manuel ?
A nouveau, prenez le temps d’une pause. Cette méthode n’est en
rien un roman qui se dévore en une nuit ! mais bien au contraire un
travail de fond nécessitant patience, ouverture du cœur, humilité,
vulnérabilité, réflexion et persévérance.
Nous sommes remontés à notre petite enfance, en rappelant au
mieux nos rares souvenirs et en observant attentivement et objecti-
vement nos parents. Nous avons compris leur rôle actif dans notre
construction.
Mais eux-mêmes ont vécu leur histoire ; eux aussi avaient leur tem-
pérament et leurs besoins qui se sont heurtés à leur environnement
– vos grands-parents – et ont vu émerger leurs blessures. Et vos
grands-parents avant eux…
N’y a-t-il pas autre chose, au-delà de leur transmission génétique
ou expériencielle ?
Nous allons donc finir cette première partie sur ce qui nous a pré-
cédé, sur cet héritage.
De la genèse des blessures | 145
Et avant moi… ?
Dans cette première partie, nous avons décortiqué notre fonction-
nement jusqu’à la genèse de nos blessures de notre vivant, mais
qu’en est-il de l’histoire de nos aïeux ? Ont-ils pu aussi participer ?
Si nous retrouvons aisément certaines blessures chez nos parents,
jusqu’où remontent-elles ?
Nous allons voir comment nos parents et leurs parents (etc) repro-
duisent certains masques. S’agit-il de mémoire intergénération-
nelle ? D’épigénétique ou simple intégration des masques des
parents ?
Héritage de notre personnalité
Il paraît difficile de trouver le substrat biologique précis à la person-
nalité, et par conséquent son héritage génétique.
Je le mentionnais en introduction : je ne me risquerai pas sur le ter-
rain de la biologie et les neurosciences. Je résumerai donc les
grandes lignes en un paragraphe ci-dessous. Néanmoins, je peux
vous encourager à rechercher par vous-même dans cette voie, la
biologie et la neurologie faisant des progrès rapides et impression-
nants.
Depuis Cloninger et son modèle « biosocial », nous continuons de
découvrir le rôle de certaines hormones et leur lien avec la person-
nalité : la dopamine à la recherche de nouveauté, la testostérone à
l’agressivité, la sérotonine à la régulation, l’adrénaline à la réaction
au stress et à la peur, la noradrénaline à la colère, etc. Par exemple,
l’introverti a des taux d’adrénaline et noradrénaline élevés. Ne re-
trouvons-nous pas ici les dimensions du tempérament tel que dé-
crit au chapitre précédent ?
146 | La méthode Théia
Les circuits « court » et « long » du traitement de l’information expli-
quent le rôle de diverses zones cérébrales, le circuit court traitant
les informations de manière rapide et instinctive via l'amygdale
pour des réponses immédiates (survie), le circuit long impliquant
un traitement plus élaboré passant par le cortex préfrontal, plus lent
mais permettant une évaluation consciente et rationnelle avant une
réponse, intégrant ainsi l'expérience et la logique.
Certains gènes ont également montré leur rôle spécifique dans cer-
tains comportements, comme le gène DRD4 avec un variant aug-
mentant l’impulsivité, le gène 5-HTTLPR dont l’allèle court
prédispose à une grande sensibilité (et un risque accru d’anxiété et
dépression), le gène COMT dont l’allèle Met influence la stabilité
émotionnelle, le gène MAOA associé à des comportements agres-
sifs, le gène OXTR dont l’allèle G accroît l’empathie et la sociabilité,
etc.
La complexité humaine ne peut certainement pas se résumer à
quelques hormones, ni quelques zones cérébrales ou gènes. Néan-
moins, leur compréhension explique pour partie les 50% d’hérita-
bilité que nous retrouvons dans la plupart de nos traits de
personnalité.
Au-delà de cet héritage « codifié » et de toute la chimie qui se trans-
met au fœtus (par le cordon ombilical) durant la gestation, nos pa-
rents ont pu connaître de nouvelles blessures dans leur propre
expérience de vie et les transmettre hors de leur patrimoine géné-
tique.
Nous sommes tous enfants de nos parents, et les regarder non pas
avec nos yeux d’enfant mais comme un adulte indépendant, sans
jugement ni altération, n’est pas chose aisée. Pourtant, je vous pré-
conise d’oser, avec une attitude évidemment ouverte et avenante. Il
ne s’agit pas ici de faire leur procès en leur exposant le fruit de votre
introspection, pire encore en leur citant la méthode Théia !
[NDLR : offrez-leur plutôt le livre en les invitant à entamer ce ques-
tionnement intérieur par eux-mêmes !]
Et avant moi… ? | 147
Vous avez certainement expérimenté vous-même la résistance à
l’entendement en lisant les chapitres précédents. Imaginez donc
que vous essayiez de servir toute cette substance à vos parents en
quelques minutes de dialogue, avec toute l’émotion cristallisée
dans la relation parent-enfant ! Préparez-vous donc à observer la
résistance de vos parents et de leurs masques. Souvenez-vous que
certains masques induisent fierté et orgueil qui refusent de donner
le moindre élément pour se faire battre.
Néanmoins, persévérez patiemment, apaisez les émotions, rassurez
sur vos intentions, revenez-y quelques jours plus tard.
Voici donc le mécanisme de transmission.
Un parent portant une blessure se comporte selon son masque en
cherchant à alimenter ses besoins pour s’éviter autant que possible
de souffrir de la blessure sous-jacente. Au contact de son enfant, il
exprime sa vision du monde déformée ; il vit et communique ses
croyances et selon ses injonctions ; il aime son enfant comme il a
reçu l’amour de ses propres parents, c’est-à-dire de manière condi-
tionnée. L’enfant reçoit donc tout ça et forge naturellement la même
blessure. Le parent perpétue donc naturellement « l’éducation »
qu’il a reçue, incluant ses travers propices à l’émergence de bles-
sures.
Et au-delà de transmettre le modèle reçu de ses parents à ses en-
fants, un parent peut également avoir vécu des drames, des événe-
ments suffisamment forts pour occasionner un traumatisme qui
pourra également occasionner une blessure psychologique nou-
velle.
Je vous raconte un brin de mon histoire à titre d’illustration : ma
mère, née en février 1939, a fui la région parisienne (vers la zone
libre) avec une mère heureusement vaillante soutenant son mari
mourant et deux autres enfants aînés ; puis elle a connu la guerre
pendant ses 6 premières années de vie, à l’âge donc majeur de la
construction de sa personnalité… et des blessures. En dehors
même de son bagage génétique et des blessures et masques de
148 | La méthode Théia
ses parents qui l’ont forgée, comment ne pas imaginer la genèse de
nouvelles blessures dans un contexte si dramatique ?
A contrario, les blessures peuvent aussi s’estomper d’une généra-
tion à la suivante : un enfant grandissant auprès de ses deux parents
profite de la tempérance d’un de ses parents quand l’autre exprime
son stress. Ainsi, il ne reçoit pas l’addition des blessures des deux
parents (heureusement ! sinon où en serions-nous ?). Le couple de
parents se complète et permet de lisser les blessures de l’un ou de
l’autre.
A la lecture de certains ouvrages sur la question, un masque sem-
blerait pouvoir être créé chez un enfant par copie (dite « internali-
sation » ou « identification ») d’un de ses parents, sans que la
personne ait elle-même forcément souffert, et que donc elle perpé-
tue l’adaptation dysfonctionnelle du parent comme une norme
dont elle n’a pas conscience. Par exemple, un enfant pourrait pré-
senter un masque de méfiant en copiant un parent méfiant, sans
avoir lui-même vécu une blessure de trahison.
C’est très possible, mais j’aurais tendance à croire malgré tout que
la blessure vécue par le parent se retrouve chez l’enfant comme un
fardeau hérité. Même si le parent n’a pas trahi son enfant (dans
l’exemple), il souffre de trahison et partage sa vision du monde dé-
formée à son enfant qui l’intègre. Cela peut être de la méfiance en-
vers le monde, envers l’extérieur, envers les autres.
Même à une échelle dépassant la famille (communauté, pays), la
culture (évoquée page 54) transmet une histoire, un héritage, un
imaginaire qui occasionne la survenance de certains masques, ce
qui explique que certaines cultures – dans de très grandes et gros-
sières généralités – se caractérisent ainsi. Nous reviendrons dessus
au chapitre sur le choix en seconde partie (page 221).
N’hésitez pas à compléter votre portrait de famille en questionnant
vos oncles et tantes, vos cousins plus âgés. En les interrogeant sur
vos parents et vos grands-parents, ils ne se sentiront pas visés et
Et avant moi… ? | 149
donc se défendront probablement beaucoup moins, ce qui vous
livrera des éléments très complémentaires et précieux.
Vous pouvez tenter d’interroger vos grands-parents également,
mais en vieillissant ils risquent de se renfermer, sans parler de la
différence de génération – nos aïeux ayant généralement plus de
pudeur à dévoiler leurs émotions et leurs blessures.
J’ai observé autour de moi quelques « ouvertures de la dernière
heure », au seuil de la mort, et quelques belles libérations et sin-
cères pardons en fin de vie. C’est un peu tard… Dommage d’at-
tendre !
Bref, qu’il s’agisse d’un parent à qui vous ne parlez plus, d’un grand-
parent lointain, de familles éclatées ou de scissions historiques, ne
vous arrêtez pas en chemin. Reconnectez-vous à votre famille, re-
construisez votre histoire, recollez les morceaux.
Accessoirement, il n’est pas exclu que vous puissiez y gagner en
qualité des liens ainsi restaurés.
Exercice : votre héritage.
Vous l’imaginez, chacun de vos parents nécessiterait
de renseigner une fiche exercice à lui seul ! Je ne vous
interdis pas de le faire bien entendu ! Mais sans en al-
ler jusque-là, vous pouvez simplement prendre votre plume (ou
votre clavier) et noter toute l’histoire de vos parents, leur environ-
nement des 0-6 ans, les blessures et masques que vous pouvez sin-
cèrement leur prêter.
Si vous le pouvez, étendez l’arbre en décrivant également vos 4
grands-parents, sur la base de votre vécu si vous avez eu cette
chance ou du récit d’autres membres de votre famille.
Réfléchissez aux liens, aux événements traumatisants, aux masques
transmis.
150 | La méthode Théia
Si la génétique code beaucoup d’informations et conditionne cer-
tainement une part significative de notre personnalité, l’épigéné-
tique – qui a fait son apparition plus récemment sur la scène
microbiologique – joue une part croissante dans l’explication de
cette transmission.
Epigénétique
Nous sommes bien plus que le simple produit
de nos gènes : l'épigénétique nous montre
que notre environnement et nos choix de vie
peuvent influencer l'expression génétique.
Nessa Carey
L'épigénétique est un domaine de la biologie qui étudie la façon
dont votre comportement et votre environnement peuvent provo-
quer des modifications héréditaires de l'expression des gènes sans
altérer la séquence de l'ADN.
Les chercheurs sont encore à l’aube des découvertes, mais les mé-
canismes impliqués révèlent déjà des trésors d’ingéniosité (et de
complexité). Ainsi, la méthylation – inhibant l'expression de certains
gènes – ou la modification des histones – influençant la compaction
de l'ADN dans le noyau et ainsi l'accessibilité des gènes à la trans-
cription – montrent comment ces protéines contrôlent l’accès du
gène à la machinerie de traduction qui permet son expression.
Et avant moi… ? | 151
J’insiste : il n’y a donc pas de changement de la séquence d’ADN
du gène ; seul l’accès au génome est modifié. Ainsi, la « contrainte
» génétique serait nuancée par les régulations épigénétiques qui,
elles-mêmes, dépendent de l’histoire de l’individu.
Le miracle se révèle en apprenant que ces modifications épigéné-
tiques peuvent être stables et transmises d'une cellule à l'autre lors
des divisions cellulaires, et dans certains cas, peuvent même être
transmises d'une génération à l'autre, influençant les traits de per-
sonnalité hérités sans modifier directement le code génétique.
L'épigénétique joue ainsi un rôle crucial dans l'héritage de la per-
sonnalité et des comportements. Les expériences vécues par une
personne, notamment pendant l'enfance, peuvent laisser des
marques épigénétiques durables. Par exemple, le stress, les condi-
tions de vie (dont le statut socio-économique), la nutrition ou en-
core les interactions sociales influencent l'expression des gènes.
Ces marques peuvent modifier la façon dont certains traits de per-
sonnalité se manifestent.
De plus, les études suggèrent que certaines modifications épigé-
nétiques se transmettent aux générations suivantes, affectant ainsi
la personnalité et la prédisposition à des troubles psychologiques
chez les descendants.
Mais alors, si l’épigénétique influe sur l’expression des gènes de
votre vécu en ancrant certaines conditions négatives de vie, vous
vous demanderez naturellement si vous pouvez aussi influer positi-
vement non ?
Eh bien oui : les modifications épigénétiques peuvent être annu-
lées. Il est possible d'agir sur l'épigénétique par divers moyens,
principalement par des choix de vie et des interventions environne-
mentales. Une alimentation saine, riche en nutriments comme les
folates et les vitamines, peut influencer favorablement les modifica-
tions épigénétiques. L'exercice physique régulier prouve égale-
ment pouvoir provoquer des changements épigénétiques
bénéfiques, contribuant à la régulation des gènes associés au
152 | La méthode Théia
métabolisme et à la santé mentale. La gestion du stress par des
techniques comme la méditation, le yoga ou la thérapie comporte-
mentale peut aussi avoir un impact positif sur l'épigénome. De plus,
l'évitement des toxines environnementales, telles que la pollution
et les substances chimiques nocives, peut prévenir des modifica-
tions épigénétiques négatives. Ainsi, bien que notre génome soit
fixe, notre épigénome reste en grande partie influençable par nos
comportements et notre environnement, offrant une voie pour
améliorer notre santé et notre bien-être.
Bref, l'épigénétique fournit une explication biologique supplémen-
taire à la façon dont l'environnement et les expériences person-
nelles peuvent influencer les traits de personnalité au-delà de la
simple hérédité génétique.
La génétique et l’épigénétique couvrent l’héritage concret, biolo-
gique, observable, mais qu’en est-il des non-dits ? Des secrets ? Des
traumatismes tus ?
Et avant moi… ? | 153
Transgénérationnel
Les enfants sont télépathes.
Françoise Dolto
Les récits de vos aïeux expliquent déjà beaucoup de choses dans
la structure d’une famille, mais les non-dits blessent beaucoup plus,
non seulement parce que les secrets bien gardés cachent des
drames plus grands encore, mais aussi parce que le fait même de
les taire génère un malaise bien plus grand comme nous allons le
voir.
Françoise Dolto, pédiatre et psychanalyste française renommée du
XXème siècle, est particulièrement connue pour ses travaux sur la
psychologie de l'enfant. Elle a révolutionné la compréhension de
l'enfance en affirmant que l'enfant est une personne à part entière
dès la naissance, capable de ressentir et de comprendre bien plus
qu'on ne le pense généralement. Elle a aussi insisté sur l'impor-
tance de la parole et de l'écoute dans le développement de l'en-
fant.
En effet, même si l’enfant ne comprend pas – cognitivement parlant
– une situation ou un comportement particulier chez un parent et ne
peut encore moins mettre des mots dessus, il ressent intensément.
Etant trop cartésien et rationnel pour croire à la télépathie, j’inter-
prète cette citation par la faculté extraordinaire des enfants de se
connecter au moment présent et capturer d’infimes réactions chez
les adultes de leur environnement. Ainsi, tout changement de
154 | La méthode Théia
timbre, resserrement des cordes vocales, hésitation inhabituelle,
froncement de sourcil, colère soudaine, rire excessif… à l’évocation
d’un mot ou d’un souvenir chez un parent créera chez l’enfant un
questionnement, une association, une anxiété. Et plus le comporte-
ment inhabituel diffère ou se répète, plus l’enfant s’inquiètera.
L’adulte (le parent en particulier) peut donc tout faire pour cacher
un trauma, l’enfant le sait inconsciemment et ce non-dit viendra le
hanter. On parle de « fantôme familial ».
Nous pouvons tous nous taire pour cacher un trauma – et je ne lis-
terai pas ici les pires évènements auxquels nous (incluant nos aïeux)
pouvons avoir été confrontés.
En dehors même du poids d’un secret à porter pour la personne
concernée – et qui sans doute n’arrange rien à son bien-être et sa
santé, il est impossible de faire « comme si de rien n’était ». Même
une attitude de déni désinvolte trahit l’angoisse profondément en-
fouie.
Acceptons même que ça marche pour soi d’enfouir un souvenir et
ses émotions ; ça ne marchera pas pour autant pour les autres. Pre-
nons l’exemple d’une mère qui perd un enfant (avortement, décès
précoce, etc) et qui refuse d’évoquer le drame et d’exprimer les
émotions afférentes. En se renfermant et en fuyant ses émotions,
elle croit se protéger ainsi mais ne se doute peut-être pas que son
entourage – ses autres enfants les premiers – en souffrent terrible-
ment. Peut-être qu’elle parvient à se protéger. Peut-être souffre-t-
elle moins ainsi ? Mais l’impact sur sa descendance est délétère.
Les traumas (dits « psychotraumas ») de nos ancêtres traversent les
générations et se transmettent comme les gènes. Nous pourrions
prendre l’image d’une patate chaude, mais en réalité la patate se
refroidit au fil du temps, or c’est tout le contraire qui se produit ici
avec le trauma : il demeure, et s’il saute une génération, il se réveille
à la suivante et peut par exemple occasionner des TOCs dans la
plus grande incompréhension des parents qui ignorent peut-être le
Et avant moi… ? | 155
trauma caché. Car vous pouvez tenter de cacher autant que pos-
sible et taire à jamais, mais « le corps ne ment jamais ».
Le chemin de guérison consiste à extérioriser, exprimer l’histoire et
laisser les émotions couler, car vivre authentiquement – même dou-
loureusement – débloque l’interdit et offre aux enfants le droit de
ressentir, de se laisser aller. Accessoirement, le traumatisme ainsi
partagé appelle l’empathie et la compassion ; il réunit et resserre
les liens.
Exercice : le génogramme.
Ce travail de reconstitution transgénérationnelle
porte un nom : le génogramme.
Je vous recommande de faire votre génogramme en
remontant sur 3 générations, en inscrivant la nature du lien généa-
logique assortie des principaux événements recensés tels que
fausse couche, avortement, données biomédicales, etc.
Plus encore qu’au chapitre précédent, le génogramme met en
exergue les faits traumatisants de tous nos aïeux et vous risquez
donc de vous heurter aux résistances de vos ascendants. Mais ne
renoncez pas. Vous vous ferez (ainsi qu’à toute votre descendance)
un beau cadeau, et la constitution de ce génogramme servira de
support aux conversations libératrices nécessaires.
Vous trouverez aisément des outils vous aidant à le formaliser, gé-
néralement sous forme d’un arbre généalogique contenant des in-
formations supplémentaires formalisées avec une codification
spécifique.
Ainsi, après avoir abordé l’héritage tangible et factuel de notre li-
gnée familiale, j’ose clôturer ce chapitre sur un thème moins scien-
tifique mais réellement structurant : la spiritualité.
156 | La méthode Théia
Spiritualité
La spiritualité enrichit notre personnalité en
nous connectant à des valeurs supérieures et
en nous aidant à trouver un sens plus profond
à notre existence quotidienne.
Dalaï-Lama
A ce stade, vous me connaissez déjà un peu et devinez peut-être
que je n’ai pas personnellement accès à la spiritualité – sous
quelque forme que ce soit. En cause, une éducation très athée prô-
nant le rationnel, l’analytique, le scientifique, l’observable, le réel,
etc. Néanmoins, je m’hasarde ici à évoquer ce sujet ô combien
structurant pour vous présenter les influences positives qui s’y pré-
sentent.
La spiritualité est la quête personnelle de sens, de connexion et de
compréhension transcendantale, impliquant souvent une explora-
tion intérieure, des pratiques méditatives et des croyances qui enri-
chissent la vie intérieure. La spiritualité n'est pas une question de
doctrine, mais une manière de percevoir la vie et d'interagir avec le
monde qui nous entoure, influençant profondément notre person-
nalité et notre bien-être.
Il existe différentes formes de spiritualité.
Nous connaissons historiquement la spiritualité religieuse que l’on
retrouve dans les religions catholique, protestante, juive, musul-
mane, bouddhiste, taoïste, shintoïste, hindoue, etc.
Et avant moi… ? | 157
Une seconde spiritualité, plus ancestrale encore, vénère les esprits
et les éléments naturels, croyant que des forces spirituelles résident
dans la nature. Cette forme inclut des rituels pour honorer la terre,
les ancêtres et les cycles naturels, cherchant l'harmonie avec l'envi-
ronnement.
Une dernière spiritualité dite « New Age » (mystico-ésotérique)
combine des éléments de diverses traditions spirituelles, incluant
souvent des croyances en l'énergie, l’Univers, la réincarnation, les
chakras, etc. Elle favorise une vision holistique de l'existence et de
la santé.
Ainsi, j’inclus toutes ces différentes formes de spiritualité – et nul
besoin d’être déiste ou théiste pour être spirituel.
Pourquoi parler de spiritualité dans cet ouvrage ? Parce que la spi-
ritualité peut jouer un rôle significatif dans le développement de la
personnalité.
En fournissant un cadre pour la réflexion et la croissance person-
nelle, elle aide à cultiver des qualités telles que la compassion, l'em-
pathie, et la résilience. Les pratiques spirituelles encouragent
souvent l'introspection, permettant aux individus de mieux com-
prendre leurs émotions, leurs motivations et leurs comportements.
Cette compréhension approfondie de soi peut conduire à une plus
grande stabilité émotionnelle et à une meilleure gestion du stress.
D’ailleurs, je rappelle que la spiritualité faisait partie des stratégies
de coping (cf page 61).
De plus, les valeurs spirituelles telles que l'amour, l’ouverture, la
paix et la bienveillance, peuvent renforcer les relations interperson-
nelles, augmentant ainsi les traits prosociaux et le sentiment d'ap-
partenance à une communauté.
La spiritualité contribue également au bien-être en offrant un senti-
ment de sens et de but dans la vie. Les personnes spirituelles ont
souvent une perspective plus positive et un sentiment accru de paix
intérieure. Les pratiques spirituelles – comme la méditation, la
prière ou le yoga – réduisent le stress, l'anxiété et la dépression,
158 | La méthode Théia
favorisant ainsi une meilleure santé mentale. La connexion avec une
dimension plus vaste, plus grande que soi, que ce soit à travers la
nature, l'humanité ou une force supérieure, peut apporter un sou-
tien émotionnel et un sentiment de réconfort. En outre, les rituels
pratiqués dans les communautés spirituelles offrent un soutien so-
cial, créant des réseaux de solidarité qui renforcent la résilience et
la capacité à faire face aux défis de la vie.
Bref, je considère la spiritualité comme une force, un pouvoir spé-
cial, et je regrette d’en être privé à l’heure où j’écris ces lignes.
Si vous aussi ne ressentez pas cette transcendance et tous ses bien-
faits, ne désespérez pas ! quelques exercices vous aideront peut-
être.
Exercice : la spiritualité.
Difficile de concevoir un exercice en quelques
lignes…
Dans la seconde partie je vous proposerai des exer-
cices pour s’ouvrir à la spiritualité, mais à ce stade de la lecture,
commencez simplement par questionner votre degré de spiritua-
lité, votre ouverture à la transcendance.
Si la spiritualité structure notre personnalité, assez naturellement les
chercheurs ont tenté de l’évaluer ! Vous pouvez vous-même ré-
pondre à ces questionnaires : l’échelle d'expérience spirituelle
quotidienne (EESD) ou l’échelle de spiritualité au travail ou encore
l’échelle Spirituality Scale (SS) en anglais.
Vous pouvez également renseigner des questionnaires évaluant
votre ouverture, comme le Five Facet Mindfulness Question-
naire (FFMQ) ou l’échelle d'attention et de pleine conscience
(MAAS) pour évaluer votre ouverture à la pleine conscience.
Et ce chapitre clôture notre quête introspective !
Il nous reste à récapituler tout ce que nous avons découvert et re-
mettre les pièces du puzzle dans l’ordre.
Et avant moi… ? | 159
On rembobine !
On reprend l’histoire, dans le bon sens cette fois !
L’enfant naît avec un capital génétique teinté d’héritage épigéné-
tique.
De la confrontation du jeune enfant (pétri de son tempérament
inné) avec son environnement se construiront ses représentations
d’amour, de sécurité, d’estime, de liberté, de justice ou encore
d’identité. Malheureusement, l’impossible perfection de la réponse
parentale et les aléas de la vie occasionneront l’apparition de failles
accompagnées de fausses représentations du monde.
Certains les subiront quand d’autres les fuiront ou même les com-
battront en se forgeant des comportements défensifs – les fameux
masques. Dans tous les cas, l’enfant se construira de son mieux pour
éviter de souffrir.
Ainsi, au gré des situations extérieures ou même de tourments in-
ternes, l’adulte interprétera la réalité de son prisme déformant, ap-
pelant sans cesse à combler des besoins. De ses pensées et
émotions naîtront des réactions le condamnant malgré lui à revivre
les manquements qui lui ont tant fait défaut lors de ses jeunes an-
nées.
Nous allons voir ici cette boucle, cette « histoire sans fin », avant d’at-
taquer la seconde partie donnant les moyens d’en sortir.
160 | La méthode Théia
La boucle infernale
Chacun est prisonnier de l'histoire qu'il se ra-
conte sur lui-même.
Bernard Werber
Nous emploierons le terme de schéma – emprunté à la psychologie
cognitive – pour désigner ce modèle mental interne qui organise et
interprète les informations pour nous permettre de comprendre et
réagir à l’environnement et aux situations. C’est en quelque sorte le
fonctionnement automatique de la blessure qui incorpore la vision
déformée du monde.
Nous avons donc plusieurs schémas présents en nous, un par bles-
sure. Un schéma « s’active » sous l’impulsion de l’égo qui pressent
une situation menaçante (au sens où elle risque de nous faire souf-
frir en nous exposant à une blessure).
En un sens, les schémas nous structurent et donnent un sens à notre
vie en colorant notre réalité. A l’instar de l’égo et des masques, ils
cadrent notre existence.
Le problème, c’est que ces schémas fonctionnent automatique-
ment, inconsciemment, et donc qu’une fois établis (dans l’enfance
comme nous l’avons vu), ils persistent et résistent même aux infor-
mations contradictoires évidentes.
L’une des raisons est biologique : les schémas – en tant que struc-
ture mentale abstraite représentant des connaissances et expé-
riences antérieures – sont inscrits dans notre mémoire à long terme
On rembobine ! | 161
(située dans l’amygdale) que nous ne pouvons pas accéder et re-
modeler comme n’importe quel souvenir.
Pourquoi les schémas et les blessures ne guérissent pas tous seuls ?
Le corps se répare bien ! Pourquoi pas les schémas ? Voire pire : ils
ont tendance à empirer au fil des expériences !
Eh bien parce que les blessures s’alimentent et se confortent par
nos comportements et le jugement qu’on y porte : les consé-
quences (sur moi et les autres) auto-évaluées piquent là où ça fait
mal et attisent ainsi la blessure tout en justifiant le masque et l’égo
d’agir.
Vous vous souvenez de la vision du monde déformée (vue page
98) ? Dans chaque situation, cette vision déformée déclenche des
pensées et émotions par anticipation, et nous modifions nos com-
portements en fonction de nos croyances. Pour peu que le résultat
redouté se produise, notre attention faussée viendra conforter la
croyance.
Ainsi, par exemple, une personne vivant la blessure de trahison se
méfiera de tous, et s’engouffrera dans la moindre raison de douter
comme pour se rassurer qu’elle avait bel et bien raison de se mé-
fier ! et de redoubler de vigilance par la suite, aggravant encore la
croyance.
Le schéma lui-même, par sa vision du monde déformée, choisit l’in-
formation qui valide le schéma. Ce mécanisme s’appelle l’ « heuris-
tique d’ancrage ».
Illustrons cette spirale :
162 | La méthode Théia
Figure 22 - La boucle infernale
Cette boucle s’amplifie avec la douleur de la blessure, c’est-à-dire
que plus elle est profonde, plus le schéma est ancré et la boucle
auto-alimentée difficile à casser. A contrario, moins de blessure re-
quiert moins d’intervention de l’égo et permet de se tourner plus
vers les autres.
Donc nous n’y arrivons pas naturellement tout seul.
Qu’en est-il de notre entourage ? Pourquoi ne changeons-nous pas
à son contact ?
Bien qu’une part des blessures puisse se résorber au contact de
l’autre parent – qui répondrait de manière plus adéquate aux be-
soins de l’enfant, d’autres blessures se perpétuent.
On pourrait se demander pourquoi au fil des générations les bles-
sures ne se guérissent pas.
Au-delà des effets de transmission transgénérationnelle (vue au
précédent chapitre), les blessures s’appellent et se complètent au
On rembobine ! | 163
sein du couple. J’ai pu lire que la Vie (ou l’Univers ou tout autre En-
tité Supérieure) mettait sur notre chemin ce sur quoi nous devions
travailler [dans cette incarnation]. J’ai personnellement trouvé une
explication très rationnelle qui m’a plus convaincu. L’intelligence n’a
rien à voir là-dedans – les blessures n’épargnent personne. La raison
première, principale, c’est l’habitude. Le connu. Détaillons cela.
Nous avons connu un modèle particulier d’amour dans notre en-
fance – avec ses conditions ou même ses manques – et nous le pour-
suivons, car c’est tout simplement le seul que nous connaissions. Le
pouvoir du connu. L’habitude. Même en ayant conscience de son
schéma, il est plus facile de continuer à le vivre que d'aller vers
l'inconnu.
Si j’ai appris l’amour d’une mère très exigeante et émotionnelle-
ment froide, ce sera ma représentation de l’amour et il est naturel
de la poursuivre à l’âge adulte, au point d’être attiré par les femmes
exigeantes et froides. Nul Œdipe ici, simplement une prolongation
naturelle de ce qu’on a toujours connu. La zone de confort, même
si nous ne nous y épanouissons pas.
Ainsi, l’enfant devenu parent semble perpétuer les masques de ses
parents – dont il a pourtant tant souffert. Nous pensons à l’exemple
de l’enfant exagérément puni qui à son tour ne sait pas faire autre
chose que punir son enfant, ou de l’enfant humilié qui devenu pa-
rent dégrade l’image de son propre enfant, etc.
C’est là que le bât blesse : l’impression de rejouer éternellement le
même schéma confirme notre vision de l’amour et de ce qui nous a
toujours manqué, entretenant la souffrance et la vision déformée du
monde qui s’ensuit.
On voudrait quelqu’un qui enfin nous apporte ce dont on a manqué
enfant, mais pas de chance ! on perpétue ce qu’on connaît – en at-
tirant les personnes qui continueront de ne pas nous donner ce
dont on a manqué – et donc la souffrance à l’origine de la blessure
originelle.
164 | La méthode Théia
La difficulté au sein du couple est double : non seulement il faudrait
être conscient de ses besoins primaires fondamentaux (pas ceux du
masque que nous nous sommes forgés) pour trouver la personne
qui y réponde – sorte d’antithèse de la figure d’attachement de l’en-
fance, mais en plus il faudrait aussi que le partenaire en ait fait au-
tant, sinon lui-même sera attiré dans cette boucle malheureuse de
maintien de ses propres schémas. Vous pourrez lire plus de détails
sur ces difficultés dans le chapitre consacré à l’amour en annexe
(voir page 292).
Vous concevez donc qu’au fil des générations, les défauts d’éduca-
tion et autres accidents de vie génèrent de nouvelles blessures qui
s’accumulent à celles de nos aînés et donc se transmettent.
J’ose interroger les conséquences familiales de l’implication crois-
sante des 2 parents dans leur travail, l’absorption dans leurs hob-
bies ou leurs écrans, ou le nombre croissant de familles
monoparentales. Parmi sans doute beaucoup d’autres explications
possibles à l’augmentation des attachements insecure (vu page
51)…
Ceci expliquant peut-être aussi le besoin contemporain croissant
de travailler sur soi pour résorber certaines blessures ?
Enfin, chaque masque contribue énormément à perpétuer le
schéma en faisant tout son possible pour vous en éloigner. C’est
logique : en voulant vous protéger d’un schéma, le masque lui
donne une place, il le légitimise, il focalise l’attention, il appelle à
remplir un besoin. Par exemple, plus le perfectionniste recherche
l’irréprochable, plus la moindre erreur l’accablera qui encouragera
l’égo à s’activer...
Cette explication vous paraît-elle plus crédible qu’une « prophétie
auto-réalisatrice » ?
On rembobine ! | 165
Exercice : l’histoire qui se répète…
Puisque c’est dans votre couple que vos schémas ont
le plus de chances de s’activer, observez votre dernier
compagnon de vie (présent ou passé) et, comme vous
avez pu le faire avec vos parents, tentez d’identifier ses masques et
blessures.
Identifiez-vous des masques similaires entre vos parents et votre
compagnon ?
Vous pouvez bien entendu reprendre les relations amoureuses qui
ont compté dans votre vie et tenter de trouver des liens entre ces
compagnons aussi.
Changer un schéma, c’est se renier, quitter une image de soi bien
connue, abandonner un groupe (famille, communauté, culture) bâti
sur ce schéma pour partir à l’aventure, à l’inconnu. Comprenons
qu’il peut être dur de dire que ses parents – qu’on aime pour la plu-
part ! – avaient leur vision du monde, leur prisme, leurs blessures, et
reconnaître que leur formatage (leur « conditionnement », à creuser
avec Johanna Rozenblum) nous fait du mal.
Prenons l’exemple d’un homme altruiste (portant le masque que
j’appelle « gentil ») apprécié de tout son entourage pour sa servia-
bilité et gentillesse, en particulier de sa compagne qui a toujours
connu un homme aux mille petits soins, anticipant même ses désirs.
Si cet homme choisit d’évoluer en soignant sa blessure d’insuffi-
sance et sort ainsi de son schéma, il se montrera probablement
moins serviable ce qui risque de faire grincer sa compagne.
En grande majorité, nous redoutons le changement. La stabilité et
le connu rassurent.
Même les rebelles ! qui pensent qu’ils sont libres en défiant les con-
traintes, mais qui – comme tous les autres – ne font que porter un
masque en réaction à une blessure inconsciente.
166 | La méthode Théia
La tentation de perpétuer l’environnement que nous avons connu
dans notre plus jeune âge peut paraître loufoque à une personne
de notre entourage qui y voit un « auto-sabotage ». Cette personne
externe (qui nous connaît bien) ne s’explique pas pourquoi nous
nous mettons dans une situation exactement similaire à celle de
notre enfance que nous pouvons pourtant dépeindre comme
source d’une grande souffrance. Pourquoi cette femme attire les
hommes manipulateurs ? Pourquoi cet homme attire des femmes
contrôlantes ? Pourquoi je m’inscris en échec dans tout ce que j’en-
treprends ?
Ainsi, cette répétition n’est aucunement subie (du destin ou d’un
environnement hostile). Nous sommes seuls responsables de nos
choix et nos actes, et nous comprenons maintenant pourquoi nous
y revenons inlassablement.
Et la répétition ne s’applique pas qu’en amour. Au travail, en amitié,
en famille ou même en vacances, nous nous retrouvons partout
confrontés à des situations potentiellement blessantes (activant nos
masques).
Enfin, n’oublions pas que tout ne s’achève pas à 7 ans et que le cer-
veau reste malléable et peut absorber de nouvelles blessures en
cas d’événement traumatisant tel qu’un accident de vie, un trauma,
une situation de guerre, etc.
Par exemple, un jeune adulte fort d’un style d’attachement secure
peut développer un attachement insecure anxieux en cas d’adultère
typiquement.
Exercice : conscientiser la boucle infernale.
Quel jugement portez-vous sur vos réactions ? vos
comportements ?
Vous est-il arrivé de dire « j’en étais sûr » ou « je m’en
doutais que ça se passerait comme ça » ou « j’avais raison de me
méfier » ou d’user de superlatifs tels que « toujours/jamais » etc ?
On rembobine ! | 167
Reprenez les 3 situations de la fiche exercice et écrivez à la toute fin
(indication ④) ces jugements sur l’issue des situations. Observez
comme ils alimentent les croyances des blessures (que vous avez
précédemment reliées au chapitre sur les blessures).
En résumé, les schémas sont des cartes mentales qui jouent un rôle
crucial dans la manière dont nous interprétons et interagissons avec
le monde. Ils influencent notre perception, nos émotions et nos
comportements qui à leur tour tendent à confirmer et renforcer ces
schémas.
Voyons à présent une autre donnée : si nous avons tous plusieurs
blessures, elles ne sont pas toutes présentes au même degré. Quel
en est l’impact ?
Toutes les blessures ne se valent pas
Au chapitre précédent dédié aux blessures, nous avons identifié de
multiples blessures possibles et vous avez probablement reconnu
chez vous plusieurs d’entre elles. Bien heureusement, toutes ne
sont pas d’égale intensité.
Quelle importance ?
Cruciale ! car « l’ordre » de gravité des blessures conditionnera vos
problématiques prioritaires comme vos besoins principaux. Expli-
quons cela.
Tout d’abord, vous accepterez je pense aisément qu’une blessure
plus profonde risque de s’activer plus fréquemment – comme une
sensibilité à la souffrance accrue sur un point bien particulier – mais
aussi de faire plus mal en cas d’exposition. Evaluer ces différences
de gravité permettra potentiellement de les adresser dans l’ordre.
Autre raison possible de vous soucier de l’importance relative de
vos blessures, la possible attitude de compensation présentant des
168 | La méthode Théia
masques associés à certaines d’entre elles. En effet, nous avons vu
que les masques apportent des besoins mais également des quali-
tés et des moteurs dans votre vie. Il me paraît judicieux de faire le
tri entre les blessures « couvertes » par un masque et les blessures
à vif (pour lesquelles vous adoptez une attitude de soumission typi-
quement). Par ailleurs, les blessures « compensées » les plus pro-
fondes voient l’expression des masques les plus forts.
Pour la suite, nous nous intéresserons uniquement aux blessures
compensées par un masque.
Commençons donc tout de suite par faire l’exercice de déterminer
la gravité de nos blessures principales.
Exercice : ordonner ses blessures.
Prenons l’exemple des 3 blessures que vous avez
identifiées comme principales à l’exercice page 89 et
reportées sur votre fiche exercice.
Maintenant, pour chacune de ces blessures, tentez d’estimer sa
« profondeur » de 1 à 10, en combinant la douleur que vous pouvez
ressentir, la fréquence à laquelle le schéma s’active, la force du
masque qui lui est lié (c’est-à-dire à quel point il vous caractérise
dans ses moteurs comme dans ses besoins), le stress que vous pou-
vez ressentir lors de situations qui mettent ce masque en défaut,
etc. Reportez ces 3 notes de gravité sur votre fiche dans le petit rond
de chaque blessure.
Pour ma part, ma blessure principale est l’insuffisance (et son
masque de gentil) que j’évalue à 9/10, puis vient l’échec (et son
masque de perfectionniste) pour 6/10 et enfin le manque (et son
masque épicurien) pour 3/10.
Note : j’ai ignoré les blessures suivantes pour simplifier la lecture,
mais vous pouvez bien entendu étendre l’exercice à 5 blessures.
On rembobine ! | 169
Ces notes respectives indiquent plusieurs choses.
Tout d’abord, les masques apportent une énergie – en ce sens que
les besoins associés servent de moteur dans votre vie. Ainsi, mon
masque de gentil me pousse quotidiennement à rendre service et
faire plaisir aux autres, puis le masque de perfectionniste m’or-
donne de bien faire les choses (tenir ma maison en ordre, traiter
mes paperasses en temps voulu, etc), et l’épicurien me donne l’en-
vie de me faire plaisir aussi ! Cette énergie peut s’associer à celle de
mon entourage : une note plus élevée indique que je pourrai plus
aisément user de ce masque dans ma vie quotidienne et mes inte-
ractions avec mon entourage.
Deux personnes partageant grosso modo les mêmes blessures se
sentiront immédiatement en phase. Imaginez deux épicuriens : ils
s’entendront à merveille et parlerons le même langage ! Idem pour
deux perfectionnistes ou deux loyaux ou même deux méfiants…
Cet ordre détermine aussi les besoins associés, au point que vous
pourriez organiser vos journées pour les remplir à importance res-
pective. Je pourrais ainsi veiller chaque jour à panacher mon em-
ploi du temps et y semer des activités en lien avec les besoins de
chacun de mes masques, par exemple faire un truc pour mon en-
tourage, une heure de todo list et une autre de pur plaisir ! Vous me
suivez ?
Enfin, bien identifier vos masques et leur importance relative vous
guidera dans vos choix (que nous verrons en seconde partie). J’ai
par exemple choisi de tout quitter de ma vie parisienne pour m’ins-
taller près de mes enfants qui vivaient à 350km de Paris (mélange
de masques #1 et #2) tout en me consacrant au projet Théia et à ce
livre qui me tenaient à cœur (masque #3).
Je complète avec un point essentiel : l’ordre des blessures évolue
au fil de la vie et de ses expériences. Comment ? Chaque duo bles-
sure-masque peut voir son importance changer de 2 manières :
1. La méthode douce, « de gré » : en réalisant le travail sur soi
que nous sommes en train de partager, c’est-à-dire en nour-
rissant vos besoins (du masque, cf page 78) tout en vous
170 | La méthode Théia
connectant à votre émotion véritable (cf page 94) ; et c’est là
justement tout l’objet de la seconde partie ;
2. La méthode dure, « de force » : si votre environnement met
votre masque à rude épreuve, vous allez souffrir et réagir
sous stress (cf page 81). Dans le cas extrême de ce stress, le
masque se fissure et – malgré vous – vous ressentirez l’émo-
tion véritable de votre blessure.
Dans les deux cas, à force de vivre cette émotion véritable, cette
souffrance tapie, vous finirez par en prendre conscience, l’accueillir
et l’apaiser.
En termes d’échelle temporelle, ce travail ne se fait pas en 2 jours,
mais plutôt en mois voire années.
Au final, la blessure ainsi acceptée diminuera – mais ne disparaîtra
jamais totalement – et laissera place à la suivante.
A titre d’illustration, je pense avoir eu mon masque de perfection-
niste majoritairement à l’œuvre jusqu’à mes 30 ans environ, puis j’ai
vécu une quasi-banqueroute de ma startup suivie par la perte de
ma fille (renvoyant aussi à la blessure d’échec) et l’éclatement de
ma famille qui m’ont fait vivre « de force » le travail sur ma blessure
d’échec. A présent, cette blessure et son masque passent en se-
cond.
Note : vous pouvez bien sûr aussi ne jamais connaître d’évolution
de vos blessures-masques, que vous soyez en paix et suffisamment
bien avec vos masques à l’œuvre, ou que vous connaissiez un stress
raisonnable et acceptable.
Nous ne pouvons malheureusement pas complètement panser nos
blessures. Seulement les apaiser. Et occasionnellement un événe-
ment pourra vous reconfronter à une « vieille » blessure sur laquelle
vous aviez pourtant bien travaillé et évolué. C’est ainsi.
Sur ces belles paroles, il nous reste à conclure la première partie.
On rembobine ! | 171
Synthèse finale
En support de notre chemin introspectif, nous avons construit un
diagramme tout au long de cette première partie, illustrant tous les
concepts construisant notre personnalité et déterminant qui nous
sommes.
Sur ce diagramme récapitulatif, nous avons commencé par repré-
senter la réaction à un événement activant vos blessures – représen-
tation la plus consciente. Puis nous avons abordé les masques et les
blessures représentés plus bas, pour enfin expliquer les racines les
plus inconscientes et historiques de la construction de votre per-
sonnalité.
Il ne nous restait plus qu’à ajouter cette dernière flèche entre réac-
tion et blessure pour montrer la boucle infernale entretenant le
schéma. « La boucle est bouclée » !
172 | La méthode Théia
Figure 23 - Le diagramme de synthèse finale
On rembobine ! | 173
Besoin de
Blessure Vision du monde Peur
l’enfant
Imparfait, injuste,
Expérimen- Peur d’échouer, de
Echec exigeant, ne par-
tation perdre
donne pas l’erreur
Exigeant, obligation
Ne pas être digne
Amour, de réciprocité, il faut
Insuffisance d’être aimé, ne pas
Empathie donner pour rece-
mériter d’amour
voir
Les autres aiment se Peur du regard, du
Accepta-
Honte moquer, juger cons- jugement, de la
tion
tamment moquerie, du rejet
Le monde est dur.
Solitude, intimité,
Intimité Abandon On ne peut compter
vulnérabilité
que sur soi
Quoi que je fasse ça Se sentir coupable,
Responsa-
Confiance n’ira pas. C’est tou- fautif et donc dé-
bilité
jours ma faute solé, punition
Limité. Il n’y en aura
Être privé, dépos-
Ressources Manque pas pour tout le
sédé
monde !
Perception de trai-
Le monde ne tourne tement inéquitable
Prédictibi-
Injustice pas rond. Il n’est pas provoquant une
lité
équitable, juste frustration affec-
tant la confiance
174 | La méthode Théia
Masque Réaction
Moteur
associé sous stress
Culpabilité, colère frus-
Perfection- Reconnaissance du travail
trée et attaquante, sur-
niste et des compétences
contrôle
Être aimé. Reconnais-
Se sur-adapte, geint, se
Gentil sance pour tout ce qu’il
victimise
fait (gratitude)
Irritable et colérique face
Être regardé, admiré, ap-
Narcissique à la critique, défie l’auto-
plaudi, écouté
rité, déni
Être reconnu pour son
Tantôt à blâmer et se ven-
autorité et ses capacités à
Leader ger, tantôt séducteur et
diriger. Aime l’excitation
manipulateur
et les défis
Autonomie, indépen- Confrontant, combatif,
Rebelle dance et liberté d’expres- provocateur, rejetant les
sion obligations, procrastinant
Ludique, contact, liberté, Râle, se plaint, reproche
Epicurien spontanéité, expériences aux autres, devient revan-
plaisantes chard
Se rassurer avec ordre, Intransigeance, refus du
Rigide structure, prévisibilité, compromis, irritabilité.
règles et procédures Pointe les défauts
On rembobine ! | 175
Besoin de
Blessure Vision du monde Peur
l’enfant
Peur du risque, de
Menaçant, risqué,
l’interdit, de la pu-
Sécurité Danger semé d’embuches,
nition, d’être dé-
de difficultés
muni
Les gens sont faux, Être trahi, trompé.
imprévisibles. La Peur du men-
Justice Trahison
confiance n’existe songe, du pouvoir
pas d’un tiers, d’abus
Le mérite (et
Peur de ne pas ré-
Reconnais- l’amour) revient à
Inutilité ussir et donc de ne
sance ceux qui entrepren-
rien valoir
nent et réussissent
Il me manque
Se sentir banal,
quelque chose. Per-
Accueil Inexistence inexistant. Peur du
sonne ne veut de
dédain des autres
moi ainsi
Le monde réel n’est
Peur du vide, de
Présence Isolement pas fait pour moi. Je
l’absence
suis inadapté
Dur, chaotique. Les Désaccord, sépa-
liens sont fragiles. Je ration des autres,
Paix Séparation
ne peux pas survivre perte de lien, op-
seul position
176 | La méthode Théia
Masque Réaction
Moteur
associé sous stress
Reconnaissance des opi- Impose ses convictions,
Loyal nions, stabilité, apparte- part en croisade avec
nance, respect obstination, attaque, juge
Alerte, indépendant, con- Suspicieux, hypervigilant,
Méfiant trôle, analyse, vérifie, se demande des preuves, se
met à l’abri retire socialement
Reconnaissance de la ré- Râle sur le temps perdu,
Battant ussite. Soif de succès, redouble d’efforts, de-
d’efficience, de progrès vient compétitif, se justifie
Unicité et authenticité,
Retrait, excentricité, hyper
Original singularité, se sentir spé-
susceptibilité, sur-analyse
cial, visible
Solitude, tranquillité, ré- Apathique, se retire, se
Rêveur flexion, rêverie, vie inté- détache de la réalité, dis-
rieure riche paraît, déprime
Harmonie intérieure et ex- Inerte, résigné, défaitiste,
Médiateur térieure, inclusivité, con- évitant, passif, niant les
sensualité problèmes
Tableau 10 - Synthèse des notions de la première partie
On rembobine ! | 177
A ceux qui auraient déjà lu d’autres ouvrages sur le sujet ou qui souhaiteraient explorer le point de vue
d’autres auteurs de référence, j’ai tenté de faire correspondre leurs types avec ceux décrits dans ce livre :
Masque Lise Ennéa-
Blessure PCM J. Young
associé Bourbeau* gramme
Echec Perfectionniste Type 1 Analyseur Idéaux exigeants, Echec
Abnégation,
Insuffisance Gentil Rejet Type 2 Empathique
Recherche d’approbation
Honte Narcissique Humiliation Imperfection
Abandon Leader Abandon Type 8 Promoteur Abandon
Responsabilité Rebelle Punition, Négativité
Energiseur
Manque Epicurien Type 7
Injustice Rigide Injustice Surcontrôle émotionnel
Danger Loyal Type 6 Peur du danger
Trahison Méfiant Trahison Méfiance
Inutilité Battant Type 3 Persévérant
Inexistence Original Type 4
Isolement Rêveur Type 5 Rêveur Isolement social
Séparation Médiateur Type 9 Assujettissement
Tableau 11 - Equivalences avec d'autres types de personnalité connus
* Lise Bourbeau a proposé des couples blessure-masque mais nous reprenons ici les blessures unique-
ment (qui « collent » mieux que les masques comme expliqué plus haut).
Dans ce dernier tableau, les équivalences « 1:1 » proposées ne sont
fournies qu’à titre d’inspiration pour aller creuser dans chaque mé-
thode. Souvenez-vous de l’introduction : rien n’est jamais simple !
Vous trouverez en annexe 2 ma critique de quelques méthodes de
références comme Lise Bourbeau, la PCM, l’Ennéagramme, les
schémas de Young ou le MBTI entre autres.
Note : si vous ne retrouvez pas dans ce tableau tous les schémas de
Young ou tous les archétypes de Jung, c’est normal, car je n’ai pas
souhaité agréger toutes les propositions (avec toutes leurs subtili-
tés) de tous les auteurs, mais aussi parce que certains modèles met-
tent sur le même plan des concepts différents. Tout cela est débattu
en annexe 2.
Well well well
Nous avons fait un bon tour du POURQUOI on est comme on est.
Qu’avez-vous pensé de cette première partie ? Est-ce plus clair à ce
stade ?
Si certains concepts vous ont échappé, pas de panique ! Une seule
lecture ne vous offrira pas une compréhension exhaustive. Revenez-
y plus tard, comme un bon film ou une bonne musique qui s’appré-
cie un peu plus à chaque relecture !
Côté pratique, avez-vous complété la fiche exercice au fur et à me-
sure de votre avancement ? Si ce n’est pas le cas, je vous incite réel-
lement à reprendre les chapitres précédents et la remplir car elle
vous servira de socle à la seconde partie, un peu comme l’audit pré-
cède le conseil. Et puis, franchement, si vous ne vous motivez pas à
réaliser ce seul exercice proposé dans cette première partie, je
doute que vous trouviez la motivation d’amorcer le changement dé-
crit dans la seconde.
Bien sûr, si votre intérêt n’est qu’intellectuel et théorique et que
vous n’avez qu’un but de compréhension, alors votre satisfaction
touche à son terme ! Vous pourrez sans doute sauter la seconde
partie pour savourer la conclusion et recommander cet ouvrage à
tout votre entourage tant vous êtes conquis !
On rembobine ! | 179
Et maintenant, si l’on parlait de ce qu’on fait de tout ça ?!
C’est bien joli d’avoir plein de blessures, de masques, de stress,
d’émotions… mais vous souhaitez certainement avancer, panser les
plaies, vous sentir mieux ? Peut-être même ne savez-vous pas en-
core ce que vous voulez ? Et ce n’est pas grave, car la seule prise de
conscience suffit à vous animer vers quelque chose de différent, de
mieux espérons-le.
Poursuivons notre chemin.
180 | La méthode Théia
Partie II
Bon,
et on fait quoi
maintenant ?
Comprendre c’est bien, changer c’est mieux.
Après une vaste première partie consacrée à la compréhension de
nos savants rouages – car l’Homme brille de complexité, nous n’al-
lions pas en rester à cette sempiternelle question du « pourquoi ? ».
Le pourquoi ne permet pas d’avancer. Nous verrons que la compré-
hension est un prérequis nécessaire, certes, mais qu’elle ne suffit
pas. Je souhaitais donc ne pas en rester à l'introspection, l'analyse
et la conscience de soi, mais également partager les conseils outil-
lés pour avancer.
Dans cette seconde partie, je vous propose un programme de
changement qui suit 4 grandes étapes : la préparation, la prise de
conscience et l’intégration de toute l’analyse de la première partie,
l’engagement au changement au travers d’exercices choisis et enfin
l’ancrage du changement dans la durée. Je termine en référençant
quelques approches thérapeutiques et accompagnants possibles
dans ce voyage.
Allons-y !
On rembobine ! | 183
« Demandez le programme ! »
Hier, j'étais intelligent et je voulais changer le
monde. Aujourd'hui, je suis sage et je me
change moi-même.
Rûmi
Maintenant, vous me direz : « Que faire ? Par où commencer ? »
Je l’affirmais en introduction : comprendre ne suffit pas à changer
malheureusement. Tasha Eurich l’exprime bien (dans son TEDx) : Le
« why » est important, mais le « what » permet d’avancer. Les per-
sonnes qui s’acharnent et stagnent sur le pourquoi ne sont pas les
plus heureuses. Nous devons passer à l’action.
Vous vous sentez prêt ?
Vous voulez casser ce cercle vicieux, cette boucle infernale ? Voici
comment !
Cette seconde partie tente de vous guider dans la foultitude de so-
lutions possibles : les lister, les organiser et donner quelques idées
originales peut-être ?
J’anticipe votre possible réaction de vertige à la lecture de cette se-
conde partie, car vous découvrirez qu’on peut agir sur tout un tas
de domaines, combiner des tonnes d’exercices tous plus utiles les
uns que les autres, identifier plein de blessures à travailler,
184 | La méthode Théia
formaliser un paquet d’objectifs ambitieux et de manières d’y arri-
ver. Et le vertige pourrait devenir peur et abandon.
Ne baissez pas les bras.
Nous allons cheminer ensemble, pas-à-pas, étape par étape.
Comme la première, cette seconde partie vous demandera peut-
être d’y revenir une seconde ou troisième fois. Rien de grave à cela.
Le jeu – l’enjeu – en vaut la chandelle.
Casser la boucle infernale
Le secret du changement consiste à concen-
trer toute son énergie non pas à lutter contre
le passé, mais à construire l'avenir.
Socrate
Pour débuter cette seconde partie sur le concept de boucle sans fin
qui achève la première, nous allons devoir agir à chaque maillon de
cette boucle pour la casser et éviter qu’elle se perpétue.
Nous l’avons vu sur le diagramme général (rappelé dans la synthèse
finale de la partie I, page 173) : cette boucle implique de nombreux
maillons, tant cognitifs qu’émotionnels et comportementaux.
Aucun travail ne peut s’entamer dans un état de stress aggravé, de
dépression, d’addiction, voire de pensées suicidaires. Il ne fonction-
nera pas non plus si vous êtes sujet à un trouble de personnalité
« Demandez le programme ! » | 185
(sans parler de trouble psychotique ou autre maladie psychia-
trique).
J’en profite pour rappeler que ce guide n’a aucune prétention mé-
dicale et ne se substitue pas aux spécialistes de santé. Si vous vous
sentez concerné par les états mentionnés ci-dessus, veuillez s’il-
vous-plaît consulter et vous faire accompagner par un expert médi-
cal.
Cela étant dit, si vous n’en êtes pas à ces extrêmes, détaillons les 4
étapes du programme.
Vous mettre en bonne condition pour changer vous sera absolu-
ment bénéfique. Avant de pouvoir entreprendre de changer, nous
devrons nous y préparer, comme un athlète s’échauffe avant la
course ou le speaker se conditionne pour son allocution publique.
Ensuite, la compréhension de votre fonctionnement – tel que décrit
dans la première partie – et sa prise de conscience dans votre quo-
tidien serviront de préambule à l’acceptation. Raisonnablement, il
vous faudra apprendre à accepter ce que vous ne pourrez pas chan-
ger – en particulier ce qui ne vous appartient pas.
Viendra ensuite le changement à proprement parler qui s’articulera
sur les 3 composantes pensée – émotion – comportement en com-
binant des exercices variés agissant tantôt en quick win (bénéfice
facile et rapide) tantôt en profondeur.
Enfin, ancrer le changement requiert de pratiquer bien sûr, mais pas
seulement. Vous apprendrez à inscrire une habitude, formaliser,
vous définir des objectifs, sans oublier de vous récompenser – sans
quoi vous ne persévérerez pas !
Plutôt qu’une liste à la Prévert qui vous ferait pâlir et fuir, nous ten-
terons de structurer l’offre pléthorique d’exercices et vous guider
pour composer votre menu, d’autant plus que selon vos blessures
et vos atouts, certains vous correspondront mieux que d’autres.
Au fil des exercices, vous apprendrez à restructurer vos schémas,
revoir vos visions du monde déformées, parler à votre égo, apaiser
vos émotions et adopter in fine des comportements plus adaptatifs.
186 | La méthode Théia
Rassurez-vous et gagnez en confiance : le cerveau a prouvé sa mal-
léabilité pour se remodeler et se reprogrammer par l’expérience –
c’est toute la base des thérapies cognitives & comportementales
(TCC) entre autres. En modifiant votre comportement et en ancrant
ce changement, vous modifiez vos pensées et émotions et la
croyance erronée à l’origine de votre blessure pour réinterpréter la
réalité.
Vous voyez, nous allons casser ce cycle qui se répète en inversant
la boucle infernale.
L’objectif à ne pas perdre de vue tient en un mot : votre essence.
Votre cœur. Votre être véritable. Nous allons travailler à vous en rap-
procher pour vous libérer de vos schémas et de vos masques, pour
vous offrir la liberté d’être vous-même.
Note : nous ne pourrons pas accéder à votre enfance et vous ôter
des souvenirs ou vous en créer de nouveaux. Ce guide n’est pas
une machine à voyager dans le temps ! Néanmoins, même sans
modifier votre enfance, nous profiterons de votre maturité d’adulte
pour apaiser les fausses représentations du monde que vous avez
construites mais qui n’ont plus lieu de persister.
Nous l’avons évoqué et vous le savez très bien pour vous y être cer-
tainement déjà heurté : la tendance à résister au changement.
Pourquoi résistons-nous ? par la force de l’habitude déjà ! biologi-
quement, les connexions neuronales se renforcent à l’usage. Il faut
donc désapprendre avec vigueur et persévérance pour créer et
renforcer de nouvelles connexions. Le circuit court et l’intuition ren-
dent la vie plus facile au cerveau. Moins d’efforts à fournir que de
cogiter et confronter des croyances. Facilité aussi à choisir le che-
min le plus court, le bénéfice à court terme, le connu à l’inconnu.
Parmi bien d’autres biais, notre cerveau a tendance à chercher et
emmagasiner l’information qui valide ce qu’il croit déjà – ce qui
n’aide pas le changement. Enfin, nous avons vu que les blessures
« Demandez le programme ! » | 187
génèrent des distorsions de la réalité qui sélectionnent et traitent
l’information de manière biaisée et partiale.
Toutefois, ne désespérons pas. Votre cerveau n’est pas votre en-
nemi. Vous le comprendrez de mieux en mieux et en ferez un allié.
Agir en tenaille
J’ajoute en introduction de cette seconde partie un bref para-
graphe sur l’approche « en tenaille ».
En effet, vous noterez au fil de la lecture des pages suivantes que
plusieurs maillons de votre construction ne seront pas abordés sur
un seul angle mais généralement en combinant deux approches
qui vous paraîtront orthogonales (antagonistes). Prenons quelques
exemples.
Les masques caractérisent et structurent grandement la personna-
lité. Nous pourrions dire qu’ils nous définissent. Nous avons vu que
les masques ont des besoins (proches des besoins originels de l’en-
fance qui n’ont pas été comblés). Dans le travail qui va suivre, nous
allons chercher à réduire l’activation des masques et diminuer la
puissance de l’égo. Pour ce faire, nous combinerons 2 actions :
1. Nous alimenterons les besoins des masques pour se faire du
bien – car aucun changement ne peut s’effectuer dans un état
de souffrance. Accessoirement, alimenter le besoin du
masque revient à compenser la blessure et donc à initier le
soin ;
2. Nous identifierons l’action de l’égo et veillerons à le freiner
petit à petit en travaillant sur les blessures profondes (et émo-
tions véritables) afin de ne plus avoir besoin du masque.
188 | La méthode Théia
Figure 24 - Action en tenaille sur masques et égo
Prenons un second exemple sur nos croyances, cette vision du
monde déformée. Là encore, 2 approches se complètent :
1. Nous conscientiserons nos croyances pour changer de point
de vue et progressivement faire évoluer nos pensées et in
fine notre comportement ;
2. En parallèle, nous déciderons d’expérimenter de légères mo-
difications comportementales pour « prouver » à notre cer-
veau que ses croyances sont inadaptées au monde adulte.
Figure 25 - Action en tenaille sur croyances et comportement
« Demandez le programme ! » | 189
Et un dernier exemple dans le registre émotionnel :
1. Nous allons réveiller vos émotions, en vous y reconnectant
(par des exercices) – en particulier à vos émotions véritables
– et en tentant les petites modifications comportementales
décrites ci-dessus qui probablement vous bousculeront un
peu ;
2. Nous allons apprendre à dompter vos émotions en diversi-
fiant vos stratégies de coping ou en développant de nou-
velles compétences émotionnelles entre autres.
Figure 26 - Action en tenaille sur émotions vraies et comportement
En actionnant deux approches complémentaires, nous adressons
les maillons par la cause et par leur conséquence en quelque sorte.
Et comme tous les maillons se lient les uns aux autres dans cette
grande fresque complexe de la personnalité, des exercices bilaté-
raux et réciproques me semblent bien appropriés.
Note : si vous vous êtes déjà documenté sur les thérapies, vous re-
trouverez certainement ici des principes empruntés aux thérapies
cognitives et comportementales (TCC) qui font largement preuve
de leur efficacité depuis les années 1950-60.
190 | La méthode Théia
Cette brève introduction effectuée, entrons maintenant dans le vif
du sujet en commençant par un premier chapitre dédié à la prépa-
ration nécessaire au changement.
« Demandez le programme ! » | 191
Préparer le changement
Pour réussir, retenez bien ces trois maximes :
voir c’est savoir, vouloir c’est pouvoir, oser
c’est avoir.
Alfred de Musset
Ah là là… si c’était aussi simple, ça se saurait !
Toutefois, retenons de ces maximes la nécessaire intention préa-
lable au changement. Il est utile de savoir qu’il existe des moyens
d’améliorer son bien-être, encore faut-il le faire, n’est-ce pas ?
C’est ce que nous allons voir dans ce chapitre : comment se prépa-
rer, se conditionner, s’ouvrir au changement.
Ce préambule ne correspond pas à une première phase – avant une
seconde dédiée au changement à proprement parler – mais bien à
un premier lot d’exercices à répéter régulièrement, comme une
sorte de routine de santé, une hygiène de vie quotidienne.
Cette préparation est un prérequis important car le changement
s’opère et se travaille à chaque instant donc il faut régulièrement se
mettre en condition.
Nous allons parcourir une première liste copieuse de conseils, du
plus aisé au plus engageant.
192 | La méthode Théia
Se faire du bien, tout simplement
Nous l’évoquions en introduction de cette seconde partie : rien ne
pourra opérer si vous vous situez aujourd’hui dans un état non pro-
pice au changement.
Sans parler des troubles aggravés – pour lesquels je ne peux que
vous recommander de consulter les spécialistes consacrés, vous
devrez commencer par vous faire du bien pour retrouver suffisam-
ment d’énergie, cette énergie vitale nécessaire à entreprendre un
changement.
Ici, rien de bien compliqué. Il ne s’agit pas de succomber aux pul-
sions chocolatières ou addictions alcoolisées (entre autres), mais
tout au contraire de répondre à des besoins identifiés en première
partie pour rétablir un certain équilibre.
Nous le verrons tout au long de cette seconde partie (et plus parti-
culièrement au chapitre dédié à l’ancrage du changement) : ne vous
fixez jamais d’objectif inatteignable ! Cela vous démotiverait instan-
tanément et l’échec à ce stade serait fatal à votre entreprise de gué-
rison.
Nous allons voir quelques exemples d’exercices bénéfiques.
En premier lieu, prenez du temps. Posez-vous pour réfléchir à ce
que vous lisez ici, pour écrire. Pour vous. Détendez-vous. Musique,
ambiance, encens… Mettez-vous bien !
Seul chez vous, dansez ! chantez ! Si vous ressentez de la colère,
hurlez un bon coup ! [NDLR : en appartement, interposez un oreil-
ler svp]
Apportez un peu de légèreté, par des lectures faciles, magazines
type Happinez et autres, chaînes YouTube détente, etc. Je men-
tionne quelques ressources à la fin de ce livre.
Préparer le changement | 193
J’insiste sur les conditions nécessaires au changement : vous accor-
der du temps, un lieu calme, un moment de déconnexion, du si-
lence.
Pour ma part – mais je le partage car je crois ce conseil universel,
j’aime rire.
Les humoristes servent de catharsis et me délivrent de mes émo-
tions par le rire. Je pense à « La vérité » de Florence Foresti, le
« C’est pas grave » de Tristan Lucas qui me détend, les chroniques
de Nora Hamzawi qui me défoulent. D’ailleurs, hors scène, ils se dé-
couvrent beaucoup plus modérés, comme quoi eux-mêmes ne s’ex-
priment pas publiquement par hasard.
Je vous prescris le court métrage « merci ! » de Christine Rabette.
Quelle extraordinaire illustration du rire contagieux ! Voici un fabu-
leux remède à la morosité. Regardez-le régulièrement, comme cure
de rire. Plus vous le verrez, plus il vous fera de l’effet. Irrésistible !
Note : j’adore aussi Blanche Gardin ou Haroun entre autres, mais le
cynisme de ces humoristes est moins propice à ce premier exercice.
Choisissez bien vos humoristes. Pas de prise de tête ou de ré-
flexion !
Dans la lignée humoristique, pourquoi ne pas vous impliquer vous-
même dans l’humour : prenez un carnet et notez chaque jour 3
trucs marrants qui vous sont arrivés. Parfois, ils n’apparaissent pas à
l’évidence, mais tout comme la gratitude, cet exercice oriente l’at-
tention vers l’humour et la légèreté. Souvenez-vous : l’humour fait
partie des stratégies de coping, et par ces exercices vous commen-
cerez déjà à diversifier vos armes.
Ensuite, remplissez vos besoins !
Vous vous souvenez que les émotions négatives et le stress survien-
nent lorsque les besoins de vos masques sont insatisfaits. Eh bien
tentez de les combler au mieux ! L’idée paraît niaise et pourtant
vous en verrez l’effet immédiat.
194 | La méthode Théia
Reprenez donc les besoins de vos masques identifiés sur votre fiche
exercice et imaginez (dans tous les contextes personnel, profes-
sionnel, sentimental, etc) des idées pour les alimenter.
Je ne pourrai pas lister ici 3 idées par contexte par masque. Je ne
partagerai que quelques idées que j’applique personnellement
pour mon masque de gentil garçon : j’exprime mon besoin de gra-
titude pour ce que j’entreprends, je note les feedbacks positifs que
je reçois, je prends des photos de moments heureux que j’occa-
sionne et les classe pour m’y référer et revivre l’émotion positive
que j’ai pu procurer, j’utilise ma compétence informatique pour dé-
panner mes proches, etc.
Variez vos idées pour pouvoir les mettre en œuvre aisément et quo-
tidiennement.
Se faire du bien, c’est aussi s’éviter de se faire du mal.
Autant que possible, mettez une distance avec les relations nocives
typiquement, en expliquant un besoin de recentrage – nous revien-
drons plus tard sur la communication à votre entourage.
Remplacez la rumination par l’action, les nœuds au cerveau par la
distraction, les films déprimants par des séries plus légères, etc.
Cultivez les émotions positives en répondant au questionnaire de
Barbara Fredrickson :
- Qu’est ce qui m’apporte de la joie ?
- Quelle est la dernière fois où je me suis senti reconnaissant ?
- Quand me suis-je senti serein pour la dernière fois ?
- Quand est ce que je me souviens avoir été inspiré ?
- Qu’est ce qui m’a émerveillé ?
- Quand mon intérêt m’a-t-il poussé à agir ?
- Quelle espérance m’a donné envie de lire ce livre ?
- Qu’est-ce qui m’a fait rire la dernière fois ?
- Qu’est ce qui m’a rendu fier ? Qu’est ce qui m’a inspiré d’agir ?
Bref, il s’agit de rétablir un meilleur équilibre de vos affects posi-
tifs/négatifs.
Préparer le changement | 195
S’apporter du bon
Ensuite, en vous sentant mieux – même « un peu mieux » seulement
c’est déjà ça ! – regardez au-dedans. A l’intérieur. En vous. Dans un
temps calme, parlez-vous. Faites-le même à voix haute, vous en ver-
rez l’effet décuplé ! et tranquillisez-vous : se parler à voix haute est
paraît-il signe de bonne santé mentale.
Apportez-vous compassion, bienveillance, pardon, amour.
La compassion, c’est s’offrir le droit d’avoir souffert et d’en avoir
voulu aux autres. C’est ressentir la souffrance que votre enfant inté-
rieur a vécue. Vous pouvez aussi ressentir de la compassion pour la
souffrance de vos parents. Pour moi, la compassion m’a paru plus
accessible en ce sens qu’en me documentant je me suis reconnu
dans d’autres descriptions, et cette simple correspondance m’a
apaisé. « We are not alone » (nous ne sommes pas seuls) n’est-ce
pas ? D’autres portent les mêmes blessures que vous.
Bienveillance et pardon également. Autorisez-vous, pardonnez-
vous vos zones d’ombre, échecs passés, colères, mensonges, et
tout ce dont vous pourriez ne pas être fier. C’est OK. Vous n’aviez
pas les ressources, vous avez sans doute fait de votre mieux, comme
vous avez pu.
Tentez la « lettre d’auto-compassion » : pensez à un événement
éprouvant de votre vie et écrivez-vous une lettre sur cet événement
en adoptant une perspective attentionnée et bienveillante. Imagi-
nez ce que vous diriez à un ami qui vous relaterait cet événement
(histoire de moins vous juger).
L’amour évidemment. Beaucoup d’adultes ont manqué d’amour,
que ce soit d’amour pur et simple (par l’absence physique, maté-
rielle, émotionnelle, etc des parents) ou d’amour inconditionnel
(c’est-à-dire non conditionné par « être comme ceci » ou « faire cela
très bien » par exemple). Il n’est jamais trop tard pour compléter cet
amour et s’apporter l’affection qui nous a manqué. Soyez vigilant à
196 | La méthode Théia
ne pas reposer sur l’autre (votre compagnon typiquement) pour
vous l’apporter, auquel cas vous rentreriez dans une dépendance à
l’autre. Or, l’altérité oblige à ne pas reposer sur autrui.
Souvenez-vous bien : vous n’êtes pas mauvais, mal, indésirable, in-
suffisant – et tout autre qualificatif lié à vos blessures et votre en-
fance. Se juger ainsi bloque l’énergie du changement.
Là encore, le Web fourmille d’âmes généreuses qui vous ont con-
cocté moultes supports audios. Vous trouverez aisément (sur You-
Tube par exemple ou en téléchargement) des enregistrements vous
proposant des « affirmations positives » sur le thème de votre choix,
comme la méthode LKM (Loving, Kindness, Meditation). Ecoutez-
les, piochez les affirmations qui vous plaisent, notez-les puis menta-
lisez-les sur un simple fond sonore neutre sans voix (qui lui aussi se
trouve facilement).
Ça fait beaucoup d’un coup, et si vous vivez en culpabilité, regret et
souffrance, à nouveau cet objectif vous paraîtra inadapté, voire in-
décent. Rien de grave. Essayez et échouez. Réessayez et échouez
encore. Laissez-vous le temps de vous apprivoiser.
Note : l’hypersensibilité semble corser la vie, accentuer les bles-
sures et la vivacité des émotions ressenties dans chaque situation
du quotidien. Mais elle est un atout de taille dans le travail que nous
entreprenons. Croyez-moi – ou plutôt croyez les études qui le prou-
vent : les personnes ayant une sensibilité (au sens SPS) élevée mon-
trent une réponse accrue aux expériences positives, comme nous
l’avons déjà évoqué (cf page 137).
En synthèse, un nouveau regard sur vous-même pourra vous appor-
ter une paix intérieure et une compassion envers soi ; peur d'être
rejeté, colère, honte, frustration et rancune s'éloignent doucement.
Persévérez.
Préparer le changement | 197
Calmer le mental
Je vous disais que votre mental n’est pas votre ennemi… mais il de-
meure le siège de l’égo et des masques. Il risque donc de bloquer
le travail que nous souhaitons effectuer en faisant office de rempart
(en vous protégeant contre vos blessures).
Paule Amblard nous résume ainsi la pensée d’Evagre : les vices sont
les pensées envahissantes. Ce sont des obstacles, des parasites qui
nous divisent et nous éloignent de notre cœur, des « petits satans
intérieurs ». Asphyxiés par l’assaut de nos raisonnements, nous
étouffons notre part essentielle, notre esprit.
Le mental fait barrière. Il faut l’enjamber ou le contourner pour avan-
cer.
En calmant le mental – en se connectant à ses sensations corpo-
relles et à ses émotions, vous pourrez accéder à vos schémas in-
conscients. C’est la voie en douceur décrite page 168.
Tournez-vous vers la méditation ou l’hypnose pour accéder à vos
émotions, vos croyances etc. Vous trouverez aisément en ligne des
enregistrements guidant la méditation ou l’auto-hypnose. Méditer
quotidiennement apporte de nombreux bienfaits. Cherchez en par-
ticulier des méditations sur la bienveillance ou la contemplation.
Dans un registre plus spirituel, la prière ou la répétition de mantras
vous procureront un effet similaire.
Et si vous avez du mal à lâcher prise (comme moi…), réalisez un
« scan corporel » guidé, méthode on ne peut plus terre-à-terre et
efficace. Vous pourrez aussi fermer les yeux, respirer lentement et
répéter à l’expiration un mot ou une phrase de votre cru. L’heure du
lever – que je devine être un supplice pour beaucoup – se prête
bien à ces exercices. Consacrez-y 10mn avant de démarrer votre
journée.
198 | La méthode Théia
D’autres techniques plus difficiles d’accès comme la rêverie et l’ima-
gerie vous demanderont sans doute d’être guidé par un thérapeute
(au moins dans un premier temps), ce que l’hypnose ou d’autres
TCC proposent, mais nous y reviendrons.
L’objectif ici est de se connecter à son corps, à son
ressenti. Dans le triptyque, il s’agit de privilégier le
corporel et l’émotionnel au mental.
La réalisation d’exercices physiques aidera gran-
dement, en allant du sport au yoga en passant par
tous les degrés d’effort et de transpiration ! Un
bête exercice d’équilibre – comme tenir 30 se-
condes debout sur un pied en touchant un genou
du coude opposé – sollicite tellement votre cerveau que le raison-
nement est forcé de se mettre en pause.
Si ce n’est pas avec votre corps, jonglez ou jouez avec l’équi-
libre d’autres objets comme des pierres (voir les pratiques de zen
stone ou rock balancing).
Les activités demandant de la patience comme les coloriages man-
dala aideront aussi.
Si vous rencontrez des difficultés à lâchez prise, c’est peut-être que
vous pensez avoir tout à perdre en lâchant prise, que c’est trop ris-
qué.
Tournez le lâcher prise en jeu. Essayez ! Soyons fous !
Si vous allez mal, écoutez votre souffrance et votre ras-le-bol qui ali-
menteront votre audace.
Préparer le changement | 199
Apaiser les émotions
L’avenir nous tourmente, le passé nous retient,
et c’est pour cela que le présent nous
échappe.
Gustave Flaubert
Si comme moi les émotions bercent – pour ne pas dire secouent
franchement – votre vie, vous devez appréhender ce nouvel objectif
préparatoire. Comment donc apaiser toutes ces émotions ?
De nombreux penseurs, philosophes et prophètes bannissent la
passion, la pulsion, le joug de l’émotion. Citons simplement Confu-
cius en exemple : « Quand il ne s’élève dans l’âme aucun sentiment
de joie, de colère, de tristesse ou de plaisir, on dit qu’elle est en
équilibre. Quand ces sentiments naissent dans l’âme sans dépasser
la juste mesure, on dit qu’ils sont en harmonie. »
Alors comment dompter nos émotions ?
Les émotions étant souvent le fruit de nos pensées, il nous faut évi-
ter au maximum de laisser l’attention vagabonder et le mental nous
dépasser. Se reconnecter au présent en portant son attention à l’ins-
tant vécu peut se réaliser par l’observation active, la contemplation,
la peinture. Pour ma part, je pratique la photographie et observe ce
bienfait collatéral : l’appareil photo à la main, je cherche activement
le beau autour de moi et concentre mon attention sur ce qui m’en-
toure.
200 | La méthode Théia
Vous n’avez pas toujours un pinceau ou un réflex à la main, certes.
Mais même dans une file d’attente, même quand vous n’avez rien à
faire ou en vous brossant les dents, ramenez votre attention à l’ins-
tant présent. Exercez-vous.
La cohérence cardiaque propose une technique
basée sur la respiration volontaire et régulière. Elle
vise à réguler le rythme cardiaque pour réduire le
stress, améliorer la concentration et favoriser un
état émotionnel équilibré. En jouant sur la variabi-
lité de la fréquence cardiaque, elle influence le fonctionnement du
cerveau qui à son tour modifie potentiellement l’état émotionnel.
Les nombreuses vidéos et applications mobiles dédiées vous y ai-
deront. A noter que la méthode plébiscitée « 365 » – pour 3 fois par
jour, 6 respirations par minute (dont 5 secondes d’inspiration et 5
d’expiration) pendant 5 minutes à chaque session – peut ne pas
vous correspondre. Renseignez-vous et testez d’autres cadences.
Encore une remarque triviale : la fatigue amplifie la sensibilité et la
réactivité aux événements. Levez donc le pied, offrez-vous des
pauses, déconnectez votre téléphone (et tous vos écrans) le soir, li-
sez, astreignez-vous à un rythme régulier (horaires de coucher et
lever) pour retrouver un sommeil de qualité.
La nature apporte grand bien également. Laissez votre téléphone,
sortez de chez vous, trouvez un parc, une forêt, un lac, qu’importe !
Imprégnez-vous de ce lien à la nature. Et je m’adresse particulière-
ment aux plus citadins d’entre nous : l’homme a grand besoin de
lien avec la nature.
Finalement, vous observerez que les exercices de ce paragraphe
(d’apaisement des émotions) recoupent ou complètent ceux du pa-
ragraphe précédent (visant à calmer le mental). Nous le disions en
première partie : pensées et émotions sont étroitement liées, donc
les exercices calmant les unes apaiseront aussi les autres et récipro-
quement.
Préparer le changement | 201
Se motiver !
Abandonner ne fait pas partie de mon voca-
bulaire.
Captain America
Je pourrais également citer la phrase de PNListe : « essayer c’est
échouer » (au sens où essayer ne suffit pas à réussir).
Oui, dans la PNL (Programmation Neuro Linguistique) comme dans
toute autre thérapie se vantant de son succès, la motivation ne se
négocie pas. Plus qu’un prérequis, elle conditionne la réussite du
changement.
Cela tombe sous le sens : les plus motivés tirent plus de bénéfices
des exercices, tout comme croire en leur utilité amplifie les gains.
Si à la lecture de ces lignes, vous prenez peur, vous avez probable-
ment – comme moi – un déficit flagrant de motivation. Heureuse-
ment, la motivation elle-même se travaille.
Commençons par prendre conscience qu’il faut changer.
En débutant la première partie, nous avons énuméré ce qui ne fonc-
tionne pas, que ce soit ce dont vous avez déjà conscience par vous-
même ou ce que votre entourage vous témoigne. Vous concentrer
sur cette résultante observable (comportements inadaptés, stress,
tensions, émotions négatives, etc) devrait vous motiver à inverser la
boucle, remonter la pente, renverser la machine.
202 | La méthode Théia
Enfant, vous n’aviez pas ce recul sur votre environnement, cette
compréhension. Vous n’aviez pas encore lu cet excellent guide !
Adulte, vous pouvez décider de changer votre vision du monde.
Autre exercice tiré de l’enseignement de Marion Martinelli, identi-
fiez ce dont vous voulez vous débarrasser en vous exerçant à dire à
haute voix : « Les pensées dont j’aimerais le plus me débarrasser
sont … ». A vous de finir la phrase. La mienne serait : « Les pensées
dont j’aimerais le plus me débarrasser sont : "ma valeur tient à ce
que je réussis / à l’argent que je gagne" » par exemple.
La motivation se distingue en motivation intrin-
sèque (autonome, par attirance ou but person-
nel) ou extrinsèque (par contrôle, incitation ou
forte pression externe).
L’auto-détermination (visant l’accomplissement
de soi) répond aux besoins d’autonomie et de
compétence, ce que nous privilégierons. Tentez de retrouver vos
ressources intérieures. Identifiez ce que vos comportements et
masques ont de positif, à quoi ils servent. Nous avons vu certaines
qualités liées aux masques. Complétez-les et remarquez-les. Flat-
tez-vous ! Remémorez-vous les réussites passées, les fiertés, même
lointaines. La maîtrise de soi et l’auto-discipline s’exercent. Je vous
renvoie pour cela aux travaux de Carol Dweck sur la motivation et
l’état d’esprit.
Mais vous pouvez également impliquer votre environnement en lui
communiquant votre projet, votre travail, et en lui demandant de
vous soutenir dans cette démarche.
Prenons l’exemple simple d’un régime. Changer d’habitude alimen-
taire alors que votre compagnon continue de dévorer goulument
tout ce dont vous essayez de vous passer ne vous aidera pas. Peut-
être pourra-t-il partager une part de votre effort ? Peut-être même
la nouvelle hygiène lui sera bénéfique aussi !
La motivation doit aussi s’accompagner de persévérance et pa-
tience.
Préparer le changement | 203
La motivation peut initier le changement, mais la persévérance dé-
passera les nombreuses difficultés ou échecs que vous rencontre-
rez et la patience vous fera tenir dans la durée.
Par ailleurs, bien d’autres forces vous seront nécessaires pour acti-
ver le changement : confiance en soi, auto-détermination, auto-ac-
tualisation, efficacité, optimisme… La motivation ne fait pas tout.
Mais composons avec nos forces existantes et avançons.
Enfin, voyez la motivation comme un ratio gains / efforts.
Pour vous motiver donc, il vous faut fêter vos succès – ce que nous
développerons dans le chapitre « Célébrer ! » plus tard.
Ne vous privez donc pas d’augmenter la vision du gain, la valorisa-
tion, la satisfaction, etc, tout en diminuant l’effort requis par des ou-
tils facilitant l’organisation et l’exercice lui-même.
Enfin, le « momentum » est important.
Vous lisez ces lignes à un moment de votre vie qui ne se trouvera
peut-être pas propice au changement car votre motivation est
anéantie. Ce n’est pas grave. Faites une première passe, imprégnez-
vous des conseils de cette seconde partie, et un jour vous y revien-
drez. Quand ce sera le bon moment.
S’assouplir
Dans une analogie automobiliste, changer revient à tourner les
roues pour s’orienter vers une nouvelle direction. Qu’advient-il si le
volant bloque ? grince ? résiste ?
Le changement requiert une part de souplesse que l’on appelle
flexibilité.
La flexibilité psychologique définit la capacité à ne pas agir unique-
ment dans le but de modifier les expériences psychologiques dé-
sagréables. Faire preuve de flexibilité (cognitive), c’est être capable
204 | La méthode Théia
d’être souple dans sa façon de comprendre les situations et d’y ré-
agir.
Vos préjugés et visions du monde déformées dominent vos pen-
sées et dictent votre comportement. Cette fusion pensée-action
freine votre évolution.
Pour gagner en flexibilité, vous apprendrez à défusionner de vos
pensées (croyances) en prenant du recul (ce qu’on appelle le « dé-
centrement ») et en observant ces pensées de la manière la plus
neutre et objective possible. Vous vous rendrez compte qu’elles
germent en vous et se façonnent parfois bien loin de la réalité ob-
jective et factuelle.
La méditation de pleine conscience pose exactement le cadre favo-
rable à cet exercice de défusion.
Dans la continuité du décentrement, changer de point de vue cons-
ciemment et volontairement pourrait également aider. Voici
quelques exemples : si vous portez un masque perfectionniste, dé-
placez votre attention sur ce que vous avez fait et réussi – par
exemple en gardant les post-its des tâches rayées de votre todo
list ; si vous souffrez d’un manque d’estime, interrogez votre entou-
rage sur vos atouts et notez-les ; pour un anxieux, évaluez sérieuse-
ment la gravité des conséquences si l’événement redouté se
réalisait, etc.
S’il vous paraît difficile de changer de point de vue seul, faites l’exer-
cice avec un ami en vous appropriant bien ses idées.
Et puis franchement, interrogez vos visions déformées. Parlez-vous.
Demandez-vous :
- Est-ce vrai ? Vérifiez les faits qui appuient vos croyances. Où
sont les preuves ?
- Est-ce bénéfique ? Vos croyances vous apportent-elles du
bien au moral ? A votre santé ?
- Est-ce utile ? Vos croyances vous aident-elles à avancer ? à
réussir ? ou vous nuisent-elles ?
Préparer le changement | 205
Bref, p’tet bin qu’vous vous trompez.
Accueillez l’erreur de jugement.
Vous vous en doutez : la plasticité diminue avec l'âge. Plus vous en-
tamerez ce travail jeune plus vous bénéficierez de souplesse cogni-
tive. J’en profite : si vous avez des enfants, vous observerez
certainement qu’il leur sera bien plus aisé d’effectuer certains exer-
cices recommandés ici qu’à vous.
A titre curieux, vous pouvez évaluer votre flexibilité en remplissant
le test Acceptance and Action Questionnaire 2ème édition (AAQ-II)
disponible entre autres sur le site aprisme.blog.
S’ouvrir au changement
L'esprit d'ouverture et la lucidité sont des qualités mentales impor-
tantes qui peuvent avoir un impact significatif sur notre vie person-
nelle et professionnelle.
L'ouverture d'esprit désigne la capacité d'accepter et de considé-
rer des idées, des perspectives et des expériences différentes des
siennes. Elle implique une flexibilité cognitive qui permet de recon-
naître la validité de points de vue divers et de s'adapter à de nou-
velles informations. Cette qualité favorise l'empathie, la tolérance et
une meilleure compréhension des autres, réduisant ainsi les préju-
gés et les conflits interpersonnels. Une personne ouverte d'esprit
est prête à remettre en question ses propres croyances et à explorer
des alternatives, ce qui enrichit sa perception du monde et stimule
sa croissance personnelle.
La lucidité, quant à elle, se réfère à une clarté de pensée et une ca-
pacité à percevoir la réalité de manière objective et précise. Dans
un contexte psychologique, cela signifie être conscient de ses
206 | La méthode Théia
propres émotions, motivations et comportements ainsi que de ceux
des autres. La lucidité permet de reconnaître et de corriger les biais
cognitifs et les distorsions de pensée, facilitant une prise de déci-
sion éclairée et rationnelle. Une personne lucide est capable de se
détacher de ses émotions pour évaluer les situations avec discerne-
ment, ce qui contribue à une meilleure gestion des défis et des pro-
blèmes de la vie quotidienne.
L'esprit d'ouverture et la lucidité sont complémentaires. Ensemble,
ils nous permettent de naviguer dans un monde complexe et en
constante évolution.
Cultiver l'esprit d'ouverture et la lucidité peut être un défi, mais cela
en vaut la peine. Cela peut être fait en écoutant les opinions des
autres, en prenant le temps de réfléchir sur ses propres croyances
et en faisant preuve d'empathie. Il est important de se rappeler qu'il
est toujours possible de les améliorer.
Ces propos clôturent le premier chapitre dédié à la préparation au
changement.
Je le répète : ces exercices constituent une hygiène mentale à ef-
fectuer très régulièrement pour favoriser un état propice à pouvoir
changer.
Dans le chapitre qui suit, nous allons reprendre les enseignements
de la première partie du livre et dépasser l’identification et la com-
préhension simples de notre fonctionnement ; passer de la con-
naissance de soi à la conscience de soi.
Préparer le changement | 207
Prendre conscience
Je le mentionnais en introduction : nous cheminons de la connais-
sance de soi à la conscience de soi.
La connaissance de soi réfère à la compréhension approfondie de
ses propres caractéristiques. En revanche, la conscience de soi dé-
signe la capacité à reconnaître, accueillir et accepter ses propres
pensées, émotions et comportements.
Il ne s’agit donc pas seulement de savoir pourquoi ni comment nous
fonctionnons – ce que nous avons amplement décortiqué dans la
première partie, mais bien d’en prendre conscience.
Ce que nous découvrons tout de suite dans ce chapitre.
Observer
Le véritable voyage de découverte ne con-
siste pas à chercher de nouveaux paysages,
mais à avoir de nouveaux yeux.
Marcel Proust
L’observation – littéralement l'acte de percevoir attentivement et dé-
libérément des phénomènes ou des comportements – peut suivre
plusieurs directions.
208 | La méthode Théia
Dans un élan narcissique, nous pensons auto-observation d’abord.
Sa pratique régulière vous permettra de relever des données sur
vos états internes (émotions & pensées), comprendre vos schémas
et les voir à l’œuvre. Qui de mieux placé pour percevoir ce qui se
passe en vous ? De nombreuses méditations de pleine conscience
visent cet état d’introspection attentive.
Mais vous enrichirez votre observation en sollicitant les retours
constructifs de vos proches sur l’effet de vos actions. Qui de mieux
placé que votre entourage pour observer vos comportements (par-
fois inadaptés) et vous en faire part ?
Certains usent d’un contrôle émotionnel très fort, jugulant l’émotion
à sa genèse, au point qu’ils ne peuvent pas observer leurs affects.
Leur entourage saura éventuellement leur exprimer cette suppres-
sion exagérée et le contrôle affectif manifeste.
Souvenez-vous que votre égo reste constamment vigilant, aussi il
vous soufflera (tel un petit diable sur l’épaule gauche !) de ne pas
entendre ces retours. Combattez-le. Acceptez ce que votre entou-
rage souhaite partager avec vous. Même si leur retour est teinté par
leur propre égo, il aura probablement un fond de vérité.
Complétez votre point de vue par cet œil externe avec toute l’ou-
verture (voir page 206) nécessaire.
Vous pourrez enfin vous faire accompagner dans cette observation
par un œil professionnel expert que nous détaillons à la fin de cette
seconde partie.
L’auto-observation s’applique dans la tempête émotionnelle
comme au quotidien, à chaque instant où vous pourrez vous rendre
présent pour vous-même. En revanche, le dialogue avec votre en-
tourage et l’ouverture à leur retour pourra préférentiellement s’or-
ganiser après l’incident, une fois l’émotion apaisée, mais avec son
souvenir encore présent, donc quelques heures après, ou le lende-
main.
Prendre conscience | 209
Identifier, comprendre
Pour se transformer, la connaissance de soi est
essentielle, sans vous connaître vous-même, il
ne peut pas y avoir de transformation.
Krishnamurti
Après l’observation viennent l’analyse et la compréhension.
Certains l’évitent, d’autres s’y embourbent éternellement au point
de ruminer les émotions et situations passées. Tentez d’y consacrer
une juste mesure d’effort.
Comme nous l’évoquions en introduction à cette seconde partie, le
« pourquoi » risque de vous obséder dans une quête de sens sans
fin, dans un travail introspectif auto-centré. S’il s’avère nécessaire, il
n’est pas un but en soi.
Tasha Eurich (voir ses vidéos et son TEDx) suggère de passer du
« pourquoi ça ne va pas ? » à « qu’est-ce que je veux ? » ou « qu’est-
ce que j’attends des autres, de la vie, etc ? » ou « quelles situations
me font me sentir mal ? ». En simple, quitter la rumination pour
aborder l’analyse de manière active et effective. Opérationnelle.
Fonctionnelle.
210 | La méthode Théia
Pour ce faire, vous pouvez utiliser la « fiche
pratique » que vous remplirez à chaque si-
tuation désagréable rencontrée. Cette fiche
est accessible en annexe 3 page 354 que
vous pourrez reproduire sur une pleine
page (format A4). Plus simplement, vous
pouvez télécharger et imprimer cette fiche
pratique en suivant le lien bit.ly/theia-fiches ou en flashant le QR
code ci-joint.
Voici les instructions pour remplir la fiche pratique.
Lors d’une situation du quotidien qui vous fait souffrir, commencez
par décrire le problème, c’est-à-dire ce qui ne va pas. Cela peut être
extériorisé (comme un conflit avec une personne) ou intériorisé (so-
matisation, etc). Expliquez bien dans quelle circonstance cela s’est
produit et ce qui a déclenché votre mal.
Dans la partie « Analyse », décrivez les émotions que vous ressentez
et les pensées qui vous sont venues automatiquement.
Ensuite vient la compréhension. Fort de votre lecture de la première
partie, vous savez à présent identifier quelle blessure et quelle
croyance associée sont à l’œuvre. Potentiellement (cela est faculta-
tif, selon votre attitude), vous pouvez aussi préciser le masque que
vous avez activé pour vous défendre.
Vient la partie de prise de conscience :
- Pour la blessure, reportez l’émotion vraie associée et exercez-
vous à vous y connecter, à accepter cette émotion, à vous
autoriser à la ressentir ;
- Pour la croyance, il s’agit de la confronter à la réalité et de
vous souvenir des exemples qui illustrent un fonctionnement
sain et réaliste ;
- Pour le masque (si vous en avez activé un), rappelez les be-
soins associés à ce masque et imaginez des manières de les
alimenter – ce qui contribuera à vous apaiser comme nous
l’avons vu au chapitre précédent.
Prendre conscience | 211
Enfin, a posteriori, disons après quelques heures ou le lendemain,
faites le bilan honnête de l’expérience et de l’exercice.
Au fil des occasions, établissez les répétitions, les récurrences, les
points communs. Voyez le pattern se dessiner, c’est-à-dire l’effet de
vos schémas sur votre vie.
Notez également les évitements, ce que vous avez fait et ce que
vous avez probablement voulu fuir. Décortiquez le réflexe ancré.
Accédez à cet inconscient.
Ce formalisme vous aidera à prendre conscience des mécanismes
à l’œuvre, à identifier vos blessures, comprendre les distorsions, les
éventuels masques associés. Plus vous pratiquerez, plus vous pour-
rez vous passer de formalisme et plus votre instant de compréhen-
sion se rapprochera de l’événement déclencheur.
Une fois vos barrières inconscientes (je pense surtout à votre égo)
franchies, vous aurez déjà parcouru un bon bout de chemin ! Vous
pourrez alors accéder à votre enfant intérieur et à vos blessures
sous-jacentes pour les soigner.
Voyons cela.
212 | La méthode Théia
Accueillir, accepter
Donnez-moi la sérénité d'accepter les choses
que je ne peux pas changer, le courage de
changer celles que je peux changer et la sa-
gesse de distinguer les premières des se-
condes.
Marc Aurèle
Après observation et compréhension peuvent venir accueil et ac-
ceptation.
Laurent Gounelle préfère « accueil » au terme « acceptation » mais
j’y vois deux étapes bien distinctes : l’accueil symbolise l’ouverture
au changement, l’objectivité de mise, la bienveillance neutre et non
jugeante, tandis que l’acceptation renvoie à l’action volontaire et im-
pliquante de reconnaître ce qu’on ne peut changer – l’autre typique-
ment (qui renvoie au stoïcisme) – mais aussi ce qu’on est (je pense
notamment au tempérament).
Souvenez-vous : quels que soient vos blessures, masques et désirs
de contrôle sur votre vie, vous ne pouvez pas changer votre entou-
rage. De la reconnaissance de l’altérité pourra naître le changement
que vous souhaiterez amorcer, par vous et pour vous.
Bernard Anselem nous rappelle : « Une émotion ne se contrôle pas,
elle s’apprivoise ». L’émotion s’accueille également et s’accepte. Vi-
vez-la. Ressentez-la. Apprivoiser son émotion aide grandement à
l’apaiser d’ailleurs, et ce conseil pourrait tout autant figurer dans le
chapitre précédent d’apaisement des émotions (page 200).
Prendre conscience | 213
Acceptez de souffrir véritablement, sans blâmer les causes de votre
émotion.
C’est au contact de votre émotion véritable que vous panserez vos
blessures.
Dans son livre « Un pèlerinage intérieur », Paule Amblard nous en-
seigne : « La vie est un chemin d’acceptation. Tu dois, sans en res-
sentir la contrainte, t’adapter à l’événement quel qu’il soit, c’est ton
terrain d’apprentissage. Il est facile d’accepter ce qui est accep-
table. Mais l’évolution, c’est transcender toute chose pour en faire
un bien, même ce qui te semble difficile ou injuste. Lorsque tu ac-
cepteras, tu souffriras moins. Prends la souffrance comme une infor-
mation. Elle t’indique que tu ne vas pas dans la bonne direction. »
En effet, les émotions de façade causées par vos masques dans l’es-
calade de stress doivent vous alerter : c’est votre égo qui est à
l’œuvre. Nous voulons au contraire nous rapprocher de notre es-
sence, de nos émotions véritables, sincères, authentiques.
L’acceptation renvoie également au pardon déjà évoqué au cha-
pitre précédent.
Vous avez souffert, comme beaucoup d’entre nous. Vous avez sans
doute fait souffrir votre entourage, par extériorisation de vos
masques ou par simple comportement inadapté. C’est OK. Vous
avez vos zones d’ombre, vos blessures. C’est OK. Acceptez-le. Vous
avez fait comme vous avez pu. C’est OK. Plutôt que de tenter de les
camoufler, reconnaissez-les.
Pour citer Carl Rogers (psychologue humaniste) : « Il existe un cu-
rieux paradoxe : quand je m'accepte tel que je suis, alors je peux
changer. » que Carl Jung paraphrase presque : « Ce à quoi tu ré-
sistes, persiste. Ce que tu acceptes, se transforme. ». Autrement dit :
aucune transformation n’est possible sans acceptation ! L’accepta-
tion est le déclencheur pour mettre en marche la guérison.
L'acceptation inconditionnelle sera de loin préférable à des ser-
ments destinés à vous faire penser autrement.
214 | La méthode Théia
Vous avez peut-être également entendu parler de « lâcher prise » ?
Le « lâcher-prise » désigne l'acceptation et l'adaptation aux change-
ments, ainsi que la capacité à percevoir la réalité telle qu'elle est,
sans se laisser piéger par une réalité imaginaire où tout se déroule-
rait exactement comme prévu. Lâcher prise signifie prendre du re-
cul par rapport à ce qui nous blesse, nous tourmente et nous
empêche de progresser.
Soyons clairs : lâcher prise ne prescrit pas de devenir passif et subir
sa vie, tout au contraire !
Lâcher prise consiste à reconnaître les problèmes tels qu'ils sont et
à faire preuve d'adaptabilité, contrairement à s'obstiner à confor-
mer la réalité à nos idées, croyances et désirs, ce qui conduit sou-
vent à des impasses.
Vous pourrez approfondir l’acceptation en vous documentant sur
l’ACT (Acceptance and Commitment Therapy, thérapie d'accepta-
tion et d'engagement en français) qui fait partie de la 3ème vague
des TCC.
Bref, votre mission – et vous l’acceptez ! – sera ici de distinguer ce
sur quoi vous pouvez agir de ce qui ne peut pas être changé (et qui
doit donc être accepté). La citation de Marc Aurèle introduisant ce
paragraphe vous servira de phare.
Prendre conscience | 215
A bas les masques !
Le but de la vie sur terre est de découvrir son
être véritable et de vivre en accord avec lui.
Henry Miller
Pourquoi diantre retirer vos masques ?
Nous avons vu que vos masques sont une construction mentale fa-
çonnée en reflet de vos blessures. S’ils ont montré leur utilité durant
votre petite enfance pour vous protéger et obtenir (du mieux pos-
sible) l’amour de vos parents, ils deviennent inadaptés à l’âge
adulte, vous créant bien du stress inutile.
Les masques font leur effet en bonne partie par l’œuvre de l’égo qui
agit de manière inconsciente. Il vous faudra donc progressivement
ôter vos masques (on pourrait dire « baisser la garde ») afin d’iden-
tifier, comprendre et ressentir les émotions authentiques de vos
blessures et les panser.
La dernière étape de la prise de conscience implique un travail sur
l’identification de la cause réelle de l’émotion (la blessure ou le be-
soin insatisfait) et non sur l’événement déclencheur et toutes les
fausses interprétations qui lui sont liées. Voici la clé : chercher la
cause de nos maux en nous, au lieu de la trouver dans les éléments
extérieurs.
216 | La méthode Théia
Accessoirement, l'intellect se trompe ! Il interprète faussement – au
travers des distorsions cognitives vues page 98 ; il se protège lui-
même. Sans compter les très nombreux biais cognitifs dont vous
trouverez la documentation sur la toile.
Par opposition, le corps ne peut pas vous tromper. Il reflète jusqu’à
vos désaccords internes et même inconscients.
Entre les deux, les sentiments. Gare aux sentiments ! Les masques,
par leur construction ancrée profondément – et peut-être même in-
consciente jusqu’à la lecture de ce livre ! – produisent des émotions
en réaction à leurs besoins inassouvis. Mais ces émotions « de fa-
çade » diffèrent totalement des émotions véritables des blessures
encore plus profondes. Ce sont bien ces émotions véritables aux-
quelles nous chercherons à nous connecter.
Le travail ici consiste à prendre conscience de l’activation de chacun
de vos masques.
En vous référant aux descriptions fournies en première partie, tâ-
chez de noter chaque survenance : à la fin de chaque journée, faites
l’analyse de quel masque a pris le dessus dans telle ou telle situa-
tion, notez le ressenti, puis pardonnez-vous, parce que sincèrement
c’était le seul moyen de vous protéger.
Au début, vous peinerez – ou même résisterez – à les identifier. Puis,
petit à petit, vous vous rapprocherez du déclencheur (du stresseur)
et parviendrez à vous apercevoir de son implication au moment
même de votre réaction.
Cette prise de conscience paraît anodine mais constitue pourtant
une étape majeure dans votre cheminement. Ne vous méprenez
pas : vous découvrirez qu’il est plus simple de lire ce livre et le com-
prendre que de mettre cet exercice en œuvre.
A nouveau, demandez à votre entourage de vous aider. Leur retour
vous sera précieux.
Prenons l’exemple d’un perfectionniste s’évertuant à effectuer son
travail de son mieux, donnant toujours plus et ne recevant aucune
reconnaissance. Son émotion de stress (liée au masque) prendra
Prendre conscience | 217
une forme colérique, et même tournée contre les autres, le corps
s’affaiblira et pleurera – pour aller jusqu’au malheureux burn-out ou
maladie auto-immune (MICI et autres) dans les cas extrêmes, pour
la plus grande incompréhension de son hôte.
Ce perfectionniste ne peut ni se fier à sa vision (d’un monde exi-
geant), ni à son émotion colérique de façade, ni à ses probables
distorsions de généralisation, d’étiquetage, de personnalisation,
etc. Il peut écouter son corps en souffrance, tendu, rigide. Puis pren-
dre conscience du masque à l’œuvre à chaque jugement, à chaque
critique intérieure. Petit à petit, il pourra percevoir cette émotion vé-
ritable de tristesse (de ne pas y arriver), tapie, tue ; et s’y connecter.
Dans ce travail, vous allez donc tenter progres-
sivement de vous libérer de votre égo, de
votre faux-self, pour toucher vos blessures et
corriger vos croyances erronées. Attendez-
vous à résister, à la mesure de la gravité de
votre blessure (à laquelle s’opposera votre
flexibilité). Ces masques vous ont construit
jusqu’à vous définir aujourd’hui, mais ne craignez rien : demain
vous vivrez plus en paix.
N’hésitez pas à chercher les avantages dont vous profiterez en
abaissant vos masques et en accédant à votre enfant intérieur, vul-
nérable, sensible. Je vous aide : vous vous éviterez les réactions
sous stress des masques – qui vous font beaucoup de mal ainsi qu’à
votre entourage probablement, vous trouverez plus d’énergie et ré-
vélerez plus d’amour, vous vivrez en accord avec vous-même, dans
le respect de vos limites.
Identifier le bénéfice à retirer un masque vous fera entrevoir l’objec-
tif en équilibre – consistant à garder l’expérience et les vertus du
masque sans le trauma sous-jacent.
218 | La méthode Théia
Note : certains masques résisteront plus que d’autres, par l’essence
même du masque. Par exemple, le méfiant (doutant par nature), le
leader (cherchant à couvrir ses faiblesses) ou le narcissique (mon-
trant la meilleure image de lui-même).
In fine, quitter en toute conscience la sur-adaptation pour entrer
dans une satisfaction de ses besoins psychologiques permet
d'avoir une autonomie affective, d'agir en conséquence et de faire
des choix qui vous correspondent.
Je vous prévenais en introduction de cette seconde partie que cer-
tains conseils vous paraîtraient contradictoires. Et bien nous y voilà !
vous lisiez (page 193) le conseil de répondre aux besoins de vos
masques, et nous travaillons maintenant à vous débarrasser des
masques.
En réalité, ces deux approches ne s’opposent pas. Souvenez-vous
que les masques vous protègent en cherchant à tout prix à vous
protéger des souffrances de vos blessures. En les nourrissant, vous
vous sentez apaisé ; en prenant conscience de leur action inadap-
tée, vous pourrez les retirer.
Vous combinerez ces deux conseils en parallèle, sans autre objectif
que de vous rapprocher petit à petit de votre véritable ressenti pro-
fond. Vous ne vous débarrasserez jamais de vos masques (ni de vos
blessures). Ôtez-vous donc tout de suite l’objectif de vivre à visage
découvert. Au demeurant, le monde apporte son lot de désagré-
ments et vous pourrez à un moment décider – de votre plein gré et
non soumis à votre égo – de garder certaines mesures en place.
Vous craignez le soleil (comme moi et ma fichue peau de blond) ?
Au lieu de rester chez vous, je vous souhaite un jour de sortir… avec
un peu de crème solaire.
Et les fuyants (ie ceux qui ont une attitude évitante) dans tout ça ?
L’idée sera de réduire les comportements d'évitement et de sécu-
rité qui maintiennent les troubles émotionnels, en apprenant à
identifier et modifier les comportements qui renforcent l'anxiété et
Prendre conscience | 219
autres émotions négatives. Des techniques comme l'exposition gra-
duelle aux situations anxiogènes et la réduction des comporte-
ments de réassurance sont préconisées.
Nous avons ainsi vu comment nous conditionner positivement au
changement et prendre conscience de notre construction pour ap-
préhender l’obstacle (nommément, l’égo).
Nous pouvons à présent engager le changement, c’est-à-dire initier
des choix, modifier, transformer.
220 | La méthode Théia
Engager le changement
Ce chapitre présente des actions décisives, impliquantes, participa-
tives, vous offrant de nouvelles perspectives, vous apportant de
nouvelles énergies.
Il nécessite la préparation des deux précédents chapitres, et surtout
du temps. Prenez le temps d’y réfléchir. Ne vous jetez pas dans ces
exercices, ne suivez pas mes conseils aveuglément, ne bâclez pas
dans l’espoir de cocher une case et par miracle d’être libéré et heu-
reux. A l’inverse, si vous tendez à procrastiner, veillez à commencer
petit et célébrer comme nous verrons au prochain chapitre.
Chaque étape requiert patience, persévérance et confiance.
Chaque étape est une victoire.
Choisir
Je suis le maître de mon destin, je suis le capi-
taine de mon âme.
William Ernest Henley
(repris par Nelson Mandela)
Ah le choix.
Chapitre épineux s’il en est, car une fois votre champ des possibles
ouvert, vous en saisirez la puissance.
Engager le changement | 221
Pour les uns, combattants du quotidien arborant leurs masques, le
choix de vous éviter les situations inconfortables (où vos masques
se déclenchent) ne permettrait-il pas de couper le mal à la racine ?
Naïvement, ne dirions-nous pas : « pas de problème, pas besoin de
solution » (ou autrement dit, pas de stresseur, pas de souffrance et
donc besoin de masque) ?
Mais pour les autres, à tendance (attitude) évitante, vous savez déjà
très bien fuir ces situations ! votre choix concernera plutôt vous et
votre environnement que telle ou telle situation.
Pour les « soumis » à leur blessure enfin, n’est-il pas temps de briser
la dépendance et la répétition de votre cadre de l’enfance pour vo-
lontairement vous ouvrir au renouveau, dans une relation affective
différente typiquement ?
Vous le voyez ici, un conseil commun ne fonctionne pas, un chemin
unique n’existe pas, mais nous y reviendrons plus tard.
Tentons malgré tout d’envisager le choix de manière générale – à
vous de l’appliquer à votre situation et vos blessures.
Voyons plusieurs exemples de choix en guise d’inspiration, du plus
léger ou plus impactant.
Au quotidien
Dans votre vie quotidienne, tentez pour commencer de reprendre
vos besoins (ceux de vos masques vus page 78) et de les alimenter.
Vous savez sans doute ce que vous ne voulez plus dans votre vie.
Notez-le puis traduisez en aspirations positives (ce que vous sou-
haitez à la place) en intégrant vos besoins. Priorisez.
Et projetez-vous déjà : imaginez-vous avec un besoin comblé par
l’un de ces changements. Que ressentez-vous ? Rêvez ! Ces émo-
tions projectives vous donneront peut-être le peps d’entreprendre
le changement.
Choisissez une première modification et l’action relative, même mi-
nime, que vous pourriez réaliser tout de suite.
222 | La méthode Théia
Essayer et échouer
Beaucoup d’entre nous craignons certains choix qui nous expose-
raient à l’échec.
Comme dit le fameux « fail fast, learn fast », plus vite vous échoue-
rez, plus vite vous apprendrez. Outre-Atlantique, l’échec est valorisé
comme occasion d’un apprentissage.
Là encore, commencez petit. Si vous êtes frileux au risque, au chan-
gement ou à l’échec, choisissez une petite nouveauté, une légère
modification.
La gestion de son temps
A une échelle plus terre à terre, gérer son temps quotidien peut te-
nir du défi pour certains.
Ce sujet – largement développé dans le monde de l’entreprise évi-
demment – garde tout son intérêt dans les autres sphères person-
nelles.
Vous trouverez des tonnes d’articles et méthodes sur cette affaire.
Certains vous conseilleront par exemple de planifier 60% de votre
temps quotidien et réserver le reste à l’imprévu (pour éviter entre
autres la tendance du perfectionniste à se construire des todo lists
qui prendraient 3 jours à dépiler à temps plein). Plus que des % de
temps, je suggère de penser priorités, en vous référant par exemple
à la matrice d’Eisenhower. Vous pourrez aussi regarder du côté de
la méthode GTD ou de la technique Pomodoro.
Pour ma part, l'histoire des gros cailloux (que je ne raconterai pas
ici car vous la trouverez en texte ou en vidéo sur Internet en cher-
chant ces 3 mots) illustre parfaitement cette notion de priorisation.
Investir sur ses forces
Cela semble naturel et pourtant, peu de monde l’applique.
Le terme « forces » renvoie à vos forces de caractère (telles qu’étu-
diées par la psychologie positive, Martin Seligman en tête), vos
atouts, vos caractéristiques motrices et positives.
Investir sur ses « forces » présente plusieurs avantages. D’abord, le
plaisir de réussir, car vous augmentez vos chances de succès (dans
Engager le changement | 223
n’importe quelle tâche ou activité) en faisant appel à vos talents. En-
suite, vous découvrirez que vous apprenez ou progressez beau-
coup plus vite dans les domaines qui exploitent vos aptitudes
naturelles. Enfin, en se référant à des forces et vertus plus person-
nelles et en les mettant au service de plus grand que vous, vous
ajouterez du sens à votre vie – et le sens enrichit grandement le
bonheur (voir annexe 1 page 288).
Accessoirement, prendre conscience de vos ressources vous aidera
à diminuer votre stress (en augmentant votre confiance en vous et
en sélectionnant des activités exploitant ces ressources).
J’avais réalisé en 2016 le test CliftonStrengths de Gallup qui m’a
paru assez pertinent. Ce test liste 35 forces, le top 5 étant gratuit (à
l’époque). La psychologie positive propose également un test de
forces et vertus gratuit (le VIA Character Strengths).
Ikigai et Flow
Vous avez peut-être déjà entendu parler d’ikigai ? L'ikigai (mot ja-
ponais composé de « iki » signifiant vivant et « gai » se traduisant
par intérêt, récompense ou résultat) est la raison de vivre, ou ce qui
donne un sens à la vie. Trouver l’ikigai permet de conjuguer quatre
éléments : ce que vous aimez, ce en quoi vous êtes doué, ce dont
le monde a besoin, et ce pour quoi vous pouvez être payé. Il s’agit
donc de choisir une activité combinant passion, mission, profession
et vocation, apportant ainsi satisfaction et équilibre à la vie.
Je voudrais aussi développer un concept adjacent du psychologue
Mihály Csíkszentmihályi nommé « flow ». Le flow (en français, flux)
est un état mental optimal où une personne est complètement ab-
sorbée et engagée dans une activité, souvent ressentie comme pro-
fondément gratifiante. Il se caractérise par une concentration
intense, une perte de la notion du temps, et un sentiment d'aisance
et de maîtrise. L’avez-vous déjà expérimenté ? En avez-vous des
souvenirs précis ? Dans le flow, vous devenez plus productif, créatif
et satisfait, car l'expérience même de l'activité devient intrinsèque-
ment motivante et enrichissante. Le flow survient généralement
224 | La méthode Théia
lorsque vos compétences s’assortissent aux défis de la tâche, créant
un équilibre entre stimulation et capacité.
Les charges de la vie (maison, famille, etc) nous privent naturelle-
ment de réfléchir à tout ça, mais… « à cœur vaillant [NDLR : et ou-
vert !] rien d’impossible ! ».
Le choix difficile
Commençons par cette citation de Jerzy Gregorek : « Hard choices
easy life, easy choices hard life ». Rephrasée en français, nous di-
rions que les choix difficiles offrent une vie facile, tandis que les
choix faciles rendent la vie difficile. Bref, que le courage de faire des
choix difficiles amène une vie facile.
Oui… et non ! J’aime bien ces phases qui sonnent bien, mais encore
faut-il faire le bon choix ! Par exemple, tout envoyer valser sous pré-
texte d’avoir imaginé un équilibre meilleur pourrait tout aussi bien
vous plonger de manière irréversible dans un inconfort malvenu et
irrémédiable.
Note : vous trouverez quelques conférences TED(x) inspirantes sur
le choix (ceux de Ruth Chang et Tim Ferris m’ont particulièrement
marqué).
Le cadre de vie
Oui, encore plus simplissime que les précédents conseils et pour-
tant…
Changer de cadre de vie – jusqu’à changer de pays – requiert beau-
coup de courage. Pourquoi l’envisager ? Parce que vos masques
vous prédisposent à certains cadres de vie plutôt qu’à d’autres.
Je me risque aux critiques de cette généralisation outrancière, mais
qu’importe : chaque communauté, et à plus grande échelle chaque
pays, témoigne d’une culture spécifique (comme nous l’évoquions
au chapitre précédent sur l’environnement), mettant en avant un
masque prédominant. Une fois votre masque principal trouvé,
pourquoi ne pas aller vivre dans le pays qui lui correspond ? Vous
avez un esprit conquérant (c’est-à-dire un masque de battant), fon-
cez à la conquête de l’Amérique !
Engager le changement | 225
Evidemment que tout cela n’est que généralité, mais en même
temps, ne connaissez-vous personne qui vive plus heureux ail-
leurs ? Oui, l’herbe peut être plus verte chez vos voisins.
Allez, au point où j’en suis, j’émets l’hypothèse que nos civilisations
développées ont peut-être vu l’émergence croissante de masques
de battant et de perfectionniste pour leurs atouts à nos objectifs
productivistes. Après tout, la théorie évolutionniste darwinienne ne
s’appliquerait-elle pas aux blessures (qui s’héritent comme nous
l’avons vu) ? Sans parler des pays sélectionnant certains métiers à
l’immigration contribuant à leur vision du monde…
Bref !
Le repos, le calme, la méditation, le sport et tout effort visant à re-
poser votre mental vous offriront le cadre à de nouvelles opportu-
nités. Suivez les conseils précédents sur l’assouplissement de votre
point de vue et l’ouverture d’esprit.
Une amie me relata une retraite silencieuse d’une semaine – qu’elle
effectua dans un cadre spirituel méditatif mais peu importe. Après
la surprise et l’amusement des premiers temps (je repense au jeu
« roi du silence ») vint l’angoisse de se retrouver seule face à ses
peurs. Puis, au fil des jours, le calme s’installa et clarifia ses inten-
tions. A l’issue de ce type d’exercice, certains renforcent leurs con-
victions et affirment leurs objectifs, d’autres plaquent leur travail ou
redéfinissent leur vie. Il est intéressant ici de voir l’effet bénéfique
du repos et de la déconnexion sur la faculté de choisir.
« Chi va piano va sano e lontano »
Ce proverbe italien (littéralement « celui qui va doucement, va sû-
rement et va loin ») appelle à prendre son temps, à ne rien entre-
prendre dans la précipitation.
Dans tous les cas, ne foncez pas tête baissée dans un choix, quel
qu’il soit. Et même en suivant votre intuition, un choix se pèse d’au-
tant plus que son étendue impacte votre vie et ses collatéraux. Je
ne déroge pas : j’ai fait un choix majeur dans ma vie (quitter ma vie
226 | La méthode Théia
parisienne), et malgré ce proverbe et la mise en garde de mon en-
tourage, j’ai foncé dans une urgence folle et en ai bien souffert…
Tout choix peut toucher votre entourage, votre famille, votre vie, etc.
Partagez vos réflexions. Préparez le changement. Et même si la com-
munication n’est pas votre fort (et nous la travaillerons aussi !),
n’ayez pas peur. Soyez responsable, assumez pour avancer.
Mon père disait : « Choisir c’est se priver », sans doute la version
raccourcie de la fameuse citation d’André Gide : « Choisir, c’est se
priver du reste ».
Cette vision du choix réfère à la frustration, au pessimisme focalisant
sur le verre à moitié vide, sur ce que le choix peut nous ôter. Si vous
aussi avez connu une éducation du « jamais assez » ou vivez une re-
lation où votre compagnon de vie vous fait ressentir que vous êtes
« not enough » (pas assez présent, pas assez serviable, pas assez
ceci ou cela), vous souffrez certainement de la blessure d’insuffi-
sance ou d’échec et votre compagnon en profite (ou du moins, ses
masques s’alimentent de votre gentillesse). Recentrez-vous, écou-
tez vos limites, choisissez « en âme et conscience » et non pour faire
plaisir aux autres.
Développer ses compétences
Nous allons évoquer 2 types spécifiques de compétences dans ce
chapitre – même s’il en existe bien d’autres : les compétences émo-
tionnelles et les compétences en communication.
Les compétences émotionnelles
Dans le champ émotionnel d’abord, vous pouvez développer vos
compétences à identifier, exprimer, comprendre, réguler et utiliser
vos émotions et celles d’autrui, permettant une meilleure adapta-
tion de vos actions.
Engager le changement | 227
Vous avez sans doute entendu parler de l’Intelligence Emotionnelle
(IE) popularisée depuis les années 90 par Daniel Goleman qui la
définit comme la capacité de reconnaître, comprendre et gérer ses
propres émotions, ainsi que de reconnaître, comprendre et influen-
cer les émotions des autres ? Alors de quoi parlons-nous : de com-
pétences ou d’intelligence ?
La distinction entre Intelligence Emotionnelle (IE) et Compétences
Emotionnelles (CE) s’apparente à la distinction entre QI (Quotient
Intellectuel) et compétences mentales : l’IE a une part innée et
stable (dite trait) – certains montrant plus de capacités naturelles à
reconnaître ou réguler leurs émotions par exemple – et une part
d’aptitudes qui peuvent se développer – ces fameuses CE.
Parmi ces compétences, la régulation de vos émotions tient une
place primordiale. Elle sous-tend les effets des autres exercices que
vous entreprendrez.
Vous pouvez développer vos CE tout au long de votre vie en suivant
des formations adaptées. En enrichissant vos compétences émo-
tionnelles, vous serez plus à même de guider vos pensées et ac-
tions. Vous apprendrez ainsi à accroître la conscience et la tolérance
des phénomènes déclenchant vos émotions.
Pour que nos émotions nous soient utiles dans un quotidien où
notre survie n’est plus en jeu, nous devons les comprendre et sortir
du mode « pilotage automatique ». Outre les bénéfices intraperson-
nels (en vous) et interpersonnels (dans vos relations aux autres) à
développer vos CE, notez que l’IE explique mieux le bien-être sub-
jectif et la satisfaction de vie que les grands traits de personnalité.
De même, l’IE a 4 fois plus d'impact que le QI dans la réussite pro-
fessionnelle.
Note : nous ne sommes pas tous égaux. Plus vous vous évaluerez
une sensibilité élevée, plus il vous faudra développer ces compé-
tences pour y faire face.
228 | La méthode Théia
Les compétences en communication
Second pan de compétences que vous pourrez souhaiter enrichir :
la communication.
Pourquoi la communication ? Parce qu’elle est l’un des témoi-
gnages (et non des moindres !) de votre comportement par lequel
votre entourage vous perçoit et reçoit vos pensées et émotions.
Formuler un retour (feedback) offre à l’interlocuteur une information
pertinente sur son comportement dans le but d'une prise de cons-
cience et d’une amélioration de celui-ci. Malheureusement, sous le
joug des émotions ressenties, ce retour peut être délivré maladroi-
tement, d’autant plus qu’il comporte généralement un souhait
d’éléments à changer (donc une connotation négative).
Il s’agit donc d’élaborer et de communiquer un message clair, ob-
jectif, basé sur l’observation.
La méthodologie préconisée ici se nomme CNV (Communication
Non Violente) – dont je reprends la déclinaison en modèle OSBD
proposée par Thomas d'Ansembourg. La CNV est une méthode de
communication qui vise à améliorer la qualité des interactions hu-
maines en favorisant la compréhension mutuelle, l'empathie et la
coopération.
Son application consiste à s’exprimer en 4 étapes :
1. Observation non jugeante, par ex « J’ai remarqué que … »,
2. Sentiment ressenti, par ex « Je me sens stressé … » ou « Je
suis inquiet à l’idée … »,
3. Besoin, par ex « J’ai besoin de … »
4. Demande concrète et réaliste, par ex « Est-ce que la pro-
chaine fois tu pourrais … ? ».
Nous voyons ici qu’il n’y a ni emportement, ni jugement, ni interpré-
tation ou extrapolation. Aucune expression de distorsion cognitive.
Attention toutefois à ne pas l’user « de travers » : ni en exagérant ou
en systématisant – ce qui donnerait des dialogues vraiment trop ro-
botiques à mon goût – ni en jouant de cette forme pour faire passer
Engager le changement | 229
des messages tout aussi cinglants comme « J’observe que tu com-
prends rien ; j’en peux plus ; j’ai besoin de vacances ; tu pourrais te
trouver un autre mec ? ». Vous voyez l’idée.
Bien sûr, la CNV n’est pas la seule technique. Pour ma part, je la
trouve trop coincée dans son carcan formel pour un usage efficace
en situation de conflit. Dans ce cas, je lui préfère le « coussin de pa-
role » qui permet à chacun de s’exprimer pleinement et librement
sans interruption. Et franchement, parfois notre colère a besoin
d’être entendue.
Les accords toltèques de Don Miguel Ruiz (discutés en annexe 2
page 336) ont également popularisé l’intention d’user de commu-
nication sincère, intègre, honnête, interrogative.
Et puis, accordez-vous un peu de clémence et de pardon, parce que
communiquer n’est pas chose aisée.
Comme Bernard Werber nous l’illustre bien : « Entre ce que je
pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que
vous avez envie d’entendre, ce que vous croyez entendre, ce que
vous entendez, ce que vous avez envie de comprendre, ce que vous
comprenez, il y a dix possibilités qu’on ait des difficultés à commu-
niquer. Mais essayons quand même… »
Je finis sur quelques petits conseils :
- Proscrire les « oui, mais… » ;
- Ne pas user (ni subir !) de menace, chantage, manipulation,
cynisme, mensonge – typiquement le « si tu changes cela
alors tout ira mieux » ;
- Accepter ses erreurs et demander pardon – dur (pour les per-
fectionnistes en particulier) mais nécessaire ;
- Exprimer sa colère sainement, c’est-à-dire en tant qu’émotion
ressentie, sans attaque ou autre.
230 | La méthode Théia
Enfin, écoutez en conscience et empathie, sans couper la parole.
Visionnez « It's Not About The Nail » de Jason Headley et voyez l’il-
lustration d’un schéma trop classique de la femme ayant besoin
d’être entendue et de l’homme cherchant une solution au pro-
blème (ce qui renvoie également au livre Les hommes viennent de
Mars et femmes de Venus de John Gray) – encore une fois caricatu-
ral par sa généralisation abusive, mais si vous vous y reconnaissez,
ça vous aura servi quand même.
Soigner ses blessures
Les blessures se soignent de 3 manières : en ciblant directement la
blessure et l’émotion rattachée, en corrigeant les croyances asso-
ciées et en travaillant l’estime de soi. Vous avez noté le « et » : ces
approches se complètent et les considérer de concert ne les rendra
que plus efficaces.
Travailler sur ses blessures
Sur le principe, les blessures se soignent en s’y connectant à l’aide
d’exercices d’imagerie ou d’EMDR ou d’hypnose typiquement. Mais
ça se complique : chaque blessure nécessite une approche spéci-
fique. Par exemple, une blessure d’attachement se soigne par un re-
maternage d’un autre adulte sain (généralement un psychologue
professionnel), ce qui ne sera pas le besoin d’une blessure liée au
manque de sécurité ou de justice.
Nous avons bien identifié (voir page 168) que les blessures ne se
valent pas toutes et que leur gravité permet de les ordonner. Ce
précédent chapitre décrit également en substance que le travail sur
vos blessures requiert de vous y frotter, soit en douceur (en cher-
chant petit à petit à vivre l’émotion véritable), soit en douleur (lors-
que votre stress déborde et que le masque ne suffit plus à vous
protéger).
Engager le changement | 231
Dans tous les cas, c’est en vivant l’émotion et la douleur associée à
la blessure que petit à petit – nous parlons en mois ou années – vous
apprendrez à accueillir et soigner.
Privilégions la méthode douce donc. Commencez par un petit
changement. Si vous êtes perfectionniste, glissez de petites fautes,
de petites imperfections, provoquez de menus échecs. Si vous êtes
gentil, tentez d’exprimer de petits « non » mineurs.
Et petit à petit, observez que le monde ne s’écroule pas, que vos
peurs n’étaient pas fondées. Que votre vision du monde était bien
déformée.
Elaine Aron parle de « part innocente », d’autres auteurs d’ « enfant
intérieur ». Quelle que soit la blessure, elle vient d’un enfant dont
les besoins n’ont pas été comblés. C’est à cet enfant qu’il faudra se
connecter pour réparer et tenter d’apporter au mieux ce qui lui a
manqué.
Occasionnellement, lorsque la blessure apparaît plus tard voire à
l’âge adulte (nous citions des exemples de traumatismes familiaux,
sexuels, violents…), le travail demeurera identique – car blessant
l’enfant, son innocence et ses besoins – et peut-être même plus
simple puisque le souvenir est plus aisément accessible.
Comprendre les sentiments de la part innocente les rendra moins
puissants et envahissants en les acceptant, ce qui épargnera à l'ave-
nir de fuir les situations susceptibles de les déclencher à nouveau.
En dernière suggestion, pourquoi ne pas parler à vos parents des
blessures que vous aurez identifiées ?
Cette idée plus risquée vous expose à leur résistance s’ils n’ont pas
été préparés et n’ont pas effectué le même chemin que vous. Cer-
tains recommandent donc de vous exprimer dans une lettre que
vous conservez ou brûlez. Malgré tout, avec les efforts de commu-
nication requis, vous ouvrir ainsi frontalement à vos parents pourrait
débloquer des non-dits, car vos blessures renvoient vos parents aux
leurs. De cet exercice pourrait s’initier un processus de pardon dans
les 2 sens…
232 | La méthode Théia
Travailler sur ses croyances
Le travail sur les croyances consiste à réévaluer cognitivement les
situations et leurs réactions. L’objectif est d’identifier et remettre en
question les pensées irrationnelles et les croyances dysfonction-
nelles qui contribuent aux troubles émotionnels.
Il faut progressivement apprendre à développer des pensées alter-
natives plus réalistes et adaptatives. Une vision plus objective,
moins teintée de toutes les distorsions cognitives.
Note : ce travail me paraît très difficile à effectuer en solo (sans l’ac-
compagnement d’un thérapeute qualifié).
Travailler l’estime de soi
Vous vous souvenez de la différence entre estime de soi et con-
fiance en soi ? Nous travaillerons ici la construction d’estime de soi
(liée à notre valeur intrinsèque, donc aux perceptions et croyances
sur soi).
L’estime de soi prend sa source dans la compréhension de soi,
l’amour de soi et l’acceptation de soi. Avoir une haute estime de soi
signifie que vous acceptez ce que vous êtes, avec vos défauts, vos
faiblesses et limitations.
Dans l’enfance, l’estime de soi se construit naturellement, toute
seule, dès lors que l’éducation ne prive pas l’enfant de la juste li-
berté d’expérimenter et se planter. Le travail précédent (sur les bles-
sures) améliorera donc automatiquement l’estime de soi.
L’estime de soi peut également être travaillée spécifiquement, en
faisant le bilan de vos talents, en pratiquant des activités valori-
santes, en vous entourant de personnes positives, en évitant les
comparaisons, et simplement en vous valorisant. Vous trouverez
plein de conseils de David Laroche et autres coachs sur ce sujet.
Ainsi, soigner ses blessures améliore l’estime de soi, et le travail sur
l’estime de soi aide à panser ses blessures.
On voit ici une nouvelle illustration du travail en cisaille !
L’environnement (éducation, proches, amis, lois morales et sociales,
influences, etc) contribue à la création d’une croûte épaisse qui
Engager le changement | 233
masque le « moi » fondamental/profond (nommé l’essence). La dif-
ficulté d’une existence consiste à ne pas écraser ce moi profond. Ce
qui ne veut pas dire de nous débarrasser du « moi » superficiel
puisque c’est bien celui-ci qui est nécessaire pour vivre socialement,
agir, travailler, communiquer, etc. Il faut donc trouver l’équilibre
entre « moi » social et « moi » profond. La tâche n’est pas simple car
la vie active requiert l’usage constant d’intelligence analytique,
même si celle-ci nous conduit à nous méprendre sur nous-même,
sur les autres et l’essence véritable de la vie.
L’action dirigée vers la satisfaction de nos besoins nous détourne
de la réalité authentique. La difficulté tient dans la nécessité de se
créer soi-même, c’est-à-dire dépasser les exigences sociales et pro-
fessionnelles pour retrouver notre énergie vitale propre.
Piocher des exercices
Pour finir ce chapitre, j’ai beaucoup hésité à intégrer ce mélange
pêle-mêle d’exercices pratiques. Je craignais de perdre en rigueur,
dans un guide que je souhaite précis et construit.
Mais j’ai expérimenté moi-même l’un de mes conseils : oser, sortir
des sentiers battus, accueillir le reproche !
Et surtout, ce chapitre pourra dans tous les cas vous servir d’inspi-
ration.
Il existe des tonnes d’exercices – que les pros appellent « interven-
tions » – à tous les niveaux.
Faites votre marché, piochez ceux qui vous parlent, testez-les, gar-
dez-en certains en les mettant en place, puis essayez-en d’autres.
Progressivement, vous vous ferez un petit rituel quotidien et heb-
domadaire. Nous reviendrons ultérieurement (en synthèse de cette
seconde partie) sur le choix des exercices pertinents – selon les
masques, blessures et autres caractéristiques de votre personnalité.
234 | La méthode Théia
Et comme toujours, offrez-vous le temps de découvrir ces exercices
et cheminer à votre rythme ! le risque étant de vouloir en lancer 10
et tout abandonner faute d’énergie ou temps ou persévérance. Ou
de n’en commencer aucun, noyé sous l’amoncellement de proposi-
tions.
Voyons ces idées, regroupées par thématique de la plus superfi-
cielle à la plus significative.
Cultiver sa santé
Ici, pas de mystère : la santé physique passe par une activité régu-
lière.
Comme dit ameli : « Bouger 30 minutes par jour : c'est le mot
d'ordre de la Grande Cause Nationale choisie par la France en cette
année olympique. » [NDLR : je finis le manuscrit de ce livre pendant
les JO de Paris à l’été 2024]
L’alimentation équilibrée joue également un rôle crucial.
Tout cela est aussi basique que primordial, aussi je ne développe
pas car la documentation abonde déjà.
Se reposer
Le sommeil est primordial pour garder la santé et le moral.
Déconnectez-vous le soir, coupez vos écrans. Et pas que le soir d’ail-
leurs ! faites des pauses numériques. Tentez quelques heures de
mode avion en journée, puis un jour, puis un week-end, en laissant
bien sûr le téléphone rangé.
Tentez des pauses en solo.
Gardez en tête qu’il faut un temps pour tout (travailler, bouger,
prendre soin de soi, manger, dormir, etc).
Positiver
Cultiver les affects positifs fait partie des prescriptions de la psycho-
logie positive. Sans tomber dans les ratios discutables d’affects po-
sitifs/négatifs, vous pouvez faire l’expérience d’écrire
quotidiennement 3 bonnes choses qui vous arrivent, en imaginant
Engager le changement | 235
pourquoi ces bonnes choses vous sont arrivées. Version plus active
que l’exercice basique de gratitude, vous travaillerez la « réinterpré-
tation positive » (ou comment changer de point de vue pour gran-
dir d’une expérience et voir votre vie sous une lumière plus
positive).
Renforcer sa confiance
Plusieurs exercices peuvent y contribuer : formaliser ses succès,
imaginer sa réussite future, demander un feedback positif à son en-
tourage.
J’imagine une sorte de « pyramide de Ponzi des appréciations » : si
je ne l’ai pas déjà lancée lorsque vous lirez ces lignes [rire maléfique
de l’auteur], demandez à 3 de vos proches de vous écrire ce qu’ils
apprécient chez vous, puis de transmettre votre demande à 3 autres
personnes – sans obligation bien sûr ! Recopiez ces feedbacks po-
sitifs (sur un carnet ou des post-its sur un tableau) et reportez-vous
à ces témoignages régulièrement.
Nous pouvons ajouter quelques autres exercices comme les fiertés
quotidiennes, la rédaction d’une description positive de soi, ou en-
core la description de la meilleure version de soi à un moment
passé où vous étiez au top, en relevant les forces qui y étaient asso-
ciées.
Vivre
Oui, vivez au présent. Pourquoi les enfants semblent plus légers ?
Parce qu’ils vivent le moment présent. Outre le sport qui aide à dé-
charger le mental, d’autres activités aideront à vous connecter au
présent. Personnellement, je pratique la photo en partie pour m’in-
citer à observer attentivement et contempler. Oui, cherchez cette
contemplation teintée de gratitude !
Sans parler naturellement de tous les petits plaisirs de la vie à en-
tretenir.
236 | La méthode Théia
Donner
Plusieurs exercices se prêtent à développer l’altruisme : être à
l’écoute d’un ami, aider un proche en peine ou malade, donner un
objet personnel – voire que vous aurez fabriqué.
Vous pouvez même réaliser des actes de bonté au hasard, ou lors
d’occasions particulières (sur le chemin de votre travail…).
L’altruisme développe le bien être, et réciproquement, le bien-être
invite à aider son prochain. C’est le cercle vertueux de l’altruisme et
la gratitude.
Et pourquoi ne pas vous offrir un cadeau ? Néanmoins, il est prouvé
que se payer un truc procure un plaisir bref, au contraire d’une joie
plus durable de donner à l’autre.
Remercier
La fameuse gratitude si chère à la psychologie positive !
Le premier exercice simple – que je pratique avec mes enfants au
coucher : repérer 3 événements positifs par jour et l’exprimer sous
la forme d’un « merci … pour ceci ».
Plus engageant, vous pouvez exprimer votre gratitude à l’intéressé
par lettre ou même de vive voix, mais cet exercice n’est pas fait pour
tout le monde (comme nous le verrons page 264). En prenant un
peu de hauteur, vous pouvez identifier les bienfaits de votre vie, sur
1 mois, 1 an ou plus. Vous trouverez aisément plein d’autres
exemples d’exercices de gratitude.
Enfin, cette gratitude peut être tournée vers les autres, mais aussi
vers soi pourquoi pas, et même envers une entité supérieure (mais
nous reviendrons sur l’intérêt de la spiritualité).
Se (re)lier
Renforcez les liens sociaux par des relations réelles et sincères. Con-
tactez vos meilleurs amis et reprenez contact avec vos vieux amis
perdus de vue ; inscrivez-vous dans des associations positives
(danse, artistique, etc).
Restez attentif à cultiver vos 5 cercles sociaux (familial, profession-
nel, amical, affinitaire et territorial).
Engager le changement | 237
Rêver
Libérez votre vie de ses carcans et de ses contraintes. Autorisez-
vous. Que feriez-vous si vous gagniez au loto ?
Imaginez le meilleur de vous-même, un avenir où tout ce qu’on
pourrait rêver arrive.
Cela vous aidera à voir plus clair dans vos valeurs, concevoir de
nouveaux objectifs.
Recentrer
S’il vous reste 3 jours à vivre, que faites-vous ? Sans tomber dans
l’excès de vivre chaque jour comme si c’était le dernier – risquant
même de renforcer le trait épicurien de ceux qui en portent déjà le
masque !
L’histoire des gros cailloux mentionnée au chapitre du choix est à
voir et à revoir.
Enrichir sa vie
Au sens de chercher un sens et un but à la vie par la pratique spiri-
tuelle, des objectifs plus grands que soi, un engagement (artistique,
pro, humanitaire, etc). Cela vous aidera à vous réaliser, et le sens
contribue grandement au bonheur.
Vous pouvez également travailler sur vos valeurs pour vous fixer et
poursuivre des objectifs en accord avec vos convictions person-
nelles.
Léguer
Imaginer sa biographie posthume semble… morbide, mais l’exer-
cice peut encourager la priorisation. Imaginez puis rédigez (en 1 ou
2 pages) la biographie que vous voudriez que l’on écrive de vous –
résumant ce que vous souhaitez qu’on retienne de vous.
Dans la même veine, la « lettre du futur moi » : projetez-vous dans
un avenir positif, plus ou moins lointain (disons 5 ans), décrivez ce
futur avec détail (famille, pro, amis, santé…) et donnez-vous des
conseils concrets pour y arriver.
238 | La méthode Théia
Vous trouverez quelques références additionnelles pour approfon-
dir ce chapitre dans le modèle PERMA de Martin Seligman, et ma
critique de la psychologie positive en annexe.
En synthèse de ce chapitre d’engagement, je conseillerais ceci : ne
vous découragez pas !
Nous avons balayé de nombreux exercices dans des domaines va-
riés allant de la simple préparation au changement aux réflexions
d’objectifs de vie et de transcendance. Vous ne vous transformerez
certainement pas aussi vite que vous avez lu ces dernières pages !
Donnez-vous le temps, relisez, choisissez un conseil à votre portée,
tentez, échouez, pardonnez, réessayez, insistez, et félicitez-vous de
tout ce que vous entreprenez !
Ce qui nous amène au chapitre suivant qui vous présente quelques
idées pour assoir le changement que vous souhaitez dans le temps.
Engager le changement | 239
Ancrer le changement
Après avoir parcouru ensemble de nombreux exercices visant à
préparer et engager le changement, nous allons à présent insister
sur son ancrage dans le temps. Nous apprendrons la mise en place
d’une habitude, l’importance de se féliciter régulièrement pour
toute victoire – même la plus petite, d’écrire sous une forme ou une
autre, et enfin de ne pas perdre de vue ses objectifs.
Cette étape est décisive pour « transformer l’essai » et vous assurer
que les effets des expériences piochées dans les chapitres précé-
dents s’inscriront dans la durée.
Pratiquer, pratiquer, pratiquer
Ce que nous devons apprendre à faire, nous
l’apprenons en le faisant.
Aristote
Aucun changement ne pourra se faire en lisant un livre – aussi ex-
traordinaire soit-il ! – ni même en comprenant ou en conscientisant
le changement nécessaire. Vous devrez pratiquer encore et encore
pour ancrer le changement dans le temps et l’intégrer de façon pé-
renne.
240 | La méthode Théia
L’habitude implique plusieurs zones cérébrales – n’ai-je pas dit que
tout ceci était complexe ? – qui proposent plusieurs hypothèses de
fonctionnement. Je ne m’hasarderai donc pas sur le plan biolo-
gique.
Néanmoins, nous savons que l’habitude s’inscrit en 3 étapes : l’évé-
nement déclencheur, le comportement et la récompense ! Nous
voyons les 2 premières étapes ici et la 3ème dans le chapitre suivant.
Ancrer une habitude vous demandera donc de trouver l’événement
déclencheur et le comportement à associer.
En guide d’événement déclencheur, vous pouvez penser à un mo-
ment de la journée (au réveil, à 6h45 précises, en vous brossant les
dents, en vous mettant au lit, etc) que vous pourrez éventuellement
programmer avec un réveil sur votre téléphone. Vous pouvez éga-
lement associer un nouveau comportement à une pratique déjà ins-
tallée, par exemple prendre les escaliers au lieu de l’escalator dans
le métro, ou pédaler 40mn pendant un épisode de votre série télé-
visée préférée. Ainsi, vous associerez le comportement déjà intégré
et automatisé au nouveau comportement que vous voulez rajouter.
En répétant, l’association se forme et se renforce et inconsciemment
vous pousse à poursuivre – ce qui s’appelle « l’apprentissage par
association ».
Au-delà de la persévérance requise pour les exercices que vous au-
rez choisis, vous apprendrez à appliquer vos exercices dans vos si-
tuations de vie de tous les jours.
Vous systématiserez la reconnaissance de vos schémas, l’interven-
tion de votre égo et l’activation de vos masques. Tout deviendra
automatisme. Il vous faudra « seulement » du temps et donc une vo-
lonté farouche.
En termes de rythme « pratico-pratique », réaliser 5 actes de bien-
veillance une fois par semaine pendant 6 semaines marchera mieux
que de les répartir en 1 acte par jour. Idem, visez un exercice hebdo
Ancrer le changement | 241
pendant 3 mois plutôt que 2 semaines de pratique quotidienne. La
raison étant un risque de lassitude avec la pratique quotidienne.
Vous pourrez donc commencer par privilégier une pratique hebdo-
madaire, avec un petit calendrier par exemple pour fixer la régula-
rité et systématiser.
Et puis, adoptez des rituels !
Une nouvelle habitude devient de plus en plus facile à faire avec le
temps. Le plus dur reste de s’y mettre.
J’en profite pour déconstruire le fameux « 21 jours » qu’il faudrait
pour ancrer une habitude ou même « reprogrammer son cerveau »
comme on peut lire parfois. Des chercheurs ont fait l’expérience
consistant à évaluer le temps de mise en place d’une activité phy-
sique régulière : cela a pris 66 jours en moyenne, et surtout, a pris
18 à 254 jours selon les participants. Martelons-le bien : nous ne
sommes pas tous égaux.
Ce que Christine Lewicki illustre dans son intervention TEDx sur son
challenge pour arrêter de râler qui lui a pris 4 mois.
Et le temps pour ancrer une habitude varie selon la complexité de
la tâche et la récurrence : vous imaginez bien qu’il sera plus facile
de réaliser un truc chez soi en 2mn que d’aller à l’extérieur pendant
2h.
Dernière information pratique : les émotions s’estompent avec le
temps, sous une forme d’accoutumance. En vous confrontant (dou-
cement mais progressivement) à vos stresseurs, vous vous acclima-
terez en intégrant que ce qui vous inquiétez ne s’est pas produit –
ou qu’en se produisant l’effet ne s’est pas révélé si dramatique que
ça.
Bref, vous devrez trouver l’événement déclencheur et la récurrence
qui vous conviennent.
Chacun son rythme.
242 | La méthode Théia
Je ne le répéterai jamais assez : « Patience est mère de toutes les
vertus ».
Ne vous abandonnez pas à vouloir tout faire d’un coup, ni zapper
d’un exercice à l’autre. Testez-en un ou deux, persévérez, observez
le résultat.
Sans oublier la troisième étape : récompensez-vous ! comme nous
allons le voir tout de suite.
Célébrer !
Le succès n'est pas final ; l'échec n'est pas fa-
tal : c'est le courage de continuer qui compte.
Mais n'oubliez jamais de célébrer les petites
victoires en cours de route.
Winston Churchill
Reprenons les 3 phases de l’habitude (événement déclencheur -
comportement - récompense) et développons cette troisième. Plus
cette boucle de 3 phases est répétée, plus l’habitude s’installe. C’est
le « renforcement positif ».
Vous féliciter des progrès accomplis est crucial pour le moral, pour
alimenter la persévérance.
La récompense peut prendre plusieurs formes.
Elle peut s’associer à l’effort. Par exemple, j’ai acheté un vélo d’ap-
partement d’occasion 60€ que j’ai installé devant mon écran, si bien
que je pédale en regardant un épisode de série. J’associe ainsi
Ancrer le changement | 243
l’effort au plaisir de regarder une bonne série, stimulant ce circuit
de motivation. Ce n’est pas de moi : des chercheurs ont demandé
à des participants d’écouter des livres audios sympas lors de cha-
cune de leurs séances de sport durant 9 semaines et ont constaté
qu’ils revenaient à la salle de sport 50% plus fréquemment (que
ceux qui n’avaient reçu aucune consigne).
La récompense peut aussi prendre une forme très basique, comme
de s’offrir un hammam après 30mn de natation ou manger un
bounty après votre sport.
Pour des exercices comportementaux, impliquez votre entourage
en leur formalisant verbalement que vous avez activé un masque
ou que vous regrettez une réaction, et appelez leur reconnaissance.
Pour des efforts plus cognitifs, formalisez pour garder trace (comme
nous le voyons juste après) et conservez vos jolis carnets ainsi rem-
plis…
Attention : n’attendez pas l’atteinte de l’objectif pour vous congra-
tuler – ce qui serait trop lointain. Non seulement le succès ne réside
pas dans la seule atteinte de l’objectif – chaque petit pas (à com-
mencer par la lecture de ce livre) méritant célébration – mais sur-
tout, la récompense fait partie du processus d’apprentissage de
l’habitude.
Ne vous privez donc pas de vous réjouir et de le marquer.
Là encore, sans exagérément vous ovationner pour avoir arrêté de
tartiner de beurre votre croissant au beurre…
244 | La méthode Théia
Formaliser
Ecrire, c’est ma thérapie.
Roman Frayssinet
En premier lieu, nous pensons à l’écriture exutoire servant à déver-
ser.
En toute autonomie, sans besoin d’écoute attentive (de la personne
qui vous aurait causé ces émotions négatives ou même de toute
personne disponible pour accueillir votre souffrance), vous pouvez
user de votre plus belle plume pour livrer vos contrariétés, vos ré-
flexions, vos peines, vos émotions.
Roman Frayssinet complète en conseillant de ne pas juger ce qu’on
écrit au moment où on l’écrit, en connectant le stylo au ressenti, peu
importe que ce soit absurde. L’idée étant d’écrire pour soi, pas pour
les autres, pas pour être lu.
Certains choisiront un carnet – avec l’avantage de l’objet éventuel-
lement beau mais l’inconvénient du manque de confidentialité,
d’autres le clavier ou le tapotage sur écran.
Vous trouverez même dans votre store des applications mobiles
vous accompagnant dans ce délestage (en cherchant par exemple
sur le terme anglais vent qui veut dire déverser).
En second lieu, je suggère fortement de prendre note de votre che-
min, ce qui s’appelle le journaling. Je vous invite donc à suivre de
près vos progrès en les reportant à l’écrit, surtout à vos débuts. Une
fois la routine établie et la pratique intégrée, vous n’en aurez plus
Ancrer le changement | 245
besoin – mais vous en conserverez peut-être l’usage pour le simple
plaisir de l’écrit, ou pour la fierté, ou le souvenir. Comme un album
de voyage que vous remplissez au fil de l’aventure.
Dans ce carnet de bord, vous mélangerez suivi d’humeur et d’af-
fects (mood tracker), exercices, bilans et trophées !
Là encore, la forme compte et vous prendrez plus de plaisir à tenir
un beau stylo (ou une plume peut-être même ?) pour couvrir les
pages d’un carnet choisi et dédié.
Il existe des applications mobiles de journaling, de suivi, de mood
tracker, etc. Leur avantage consiste à vous guider, vous notifier, vous
stimuler, et elles sauront vous congratuler. Mais qu’en reste-t-il ?
L’une des récompenses (à mon sens) est de se retourner et se féli-
citer du chemin parcouru. Le ferez-vous sur une application ?
Mon conseil personnel serait de combiner les deux : noter dans de
beaux carnets variés tout ce qui est « public » – je pense au journa-
ling, aux exercices de prise de conscience, gratitude, réinterpréta-
tion positive et autres (vus aux précédents chapitres) – et se tourner
vers des applications numériques dont vous pourrez protéger l’ac-
cès pour les écritures plus intimes – comme l’écriture exutoire ou
encore vos rêves.
Garder le cap
Dans ce long chemin que vous entreprenez, il faut garder le cap.
Nous allons donc voir la formalisation de l’objectif et l’alignement
nécessaire de votre vie au quotidien.
Commençons par une réflexion sur vos valeurs, car elles détermi-
neront autant l’objectif que le chemin pour y arriver. En effet, vivre
aligné à ses valeurs constitue une première condition nécessaire à
l’épanouissement.
246 | La méthode Théia
Afin de clarifier ce qui a du sens, prenez un instant pour noter vos
valeurs.
J’ai pour ma part combiné les 24 forces de caractères de Martin Se-
ligman avec les 19 valeurs fondamentales de Shalom Schwartz, pio-
ché une sélection d’une douzaine qui comptent le plus pour moi ;
puis je les ai comparées 2 à 2 et compté les points pour aboutir à
un classement des valeurs les plus significatives pour moi.
Au final, en relisant mon « top 5 », j’ai pu identifier des tâches que je
devais entreprendre pour me réaligner. Typiquement, je n’ai pas
toujours été honnête dans mes relations, n’osant pas exprimer de
mécontentement (de peur de déplaire et donc d’être moins aimé
voire quitté). De l’importance de cette valeur peut découler
quelques actions de communication sincère et ouverte.
Bien sûr, il s’agit ensuite de se fixer des objectifs, à la fois pour porter
le regard, ne pas perdre de vue la direction, mais aussi pour con-
crétiser le plan d’action !
Mieux vaut commencer petit, inscrire l’habitude dans le temps, as-
soir la régularité, pour éventuellement petit à petit augmenter l’ob-
jectif ou ajouter un autre objectif (un autre exercice typiquement).
Comme disait Confucius : « L’homme qui déplace une montagne
commence par enlever de petites pierres. »
Attention donc à bien choisir des objectifs progressifs ! Sinon
l’échec pourrait tout saborder. Attention également à l’auto-sabo-
tage (objectif sans responsabilité ou irréaliste) inhérent à l’attitude
évitante face à des blessures d’échec.
Vous pouvez aussi améliorer la formalisation des objectifs que vous
vous fixez.
Pour tous vos objectifs – aussi simples soient-ils – je vous recomman-
der de suivre le modèle suivant. Commencez par énoncer l’inten-
tion, sous la forme « je souhaite faire xxx » ou « je veux arrêter de
yyy ». Puis, déclinez cette intention en un objectif clairement
Ancrer le changement | 247
documenté en suivant la méthode SMART dont l’acronyme décrit
les caractéristiques nécessaires à tout objectif :
- Spécifique, avec un comportement clairement défini, adapté
à vous,
- Mesurable, par un instrument (montre/chrono, pèse-per-
sonne, lignes de todo list, etc), et donc chiffrable (en temps,
en quantité…),
- Acceptable, en évitant donc les objectifs pieux ou qui feraient
plaisir à d’autres mais que vous ne seriez pas motivé à entre-
prendre,
- Réaliste, car rien de pire qu’un objectif que vous vous fixez et
que vous n’arriverez pas à réaliser,
- Temporellement défini, donc avec une échéance précise.
Un objectif SMART pourrait se définir ainsi : « Je veux me décon-
necter totalement 3 heures consécutives chaque semaine pendant
1 mois afin d’apaiser mon mental. »
Quelques exemples d’objectifs pas SMART seraient : « C’est fini, j’ar-
rête le chocolat » ou « Cette année, je me mets au sport » ou « Je
veux aller mieux ».
Une fois vos objectifs ainsi formalisés, inscrivez pour chacun les
moyens concrets de les réaliser en reprenant les 3 étapes de l’habi-
tude vues au début de ce chapitre :
1. Spécifier le déclencheur et les conditions à mettre en œuvre,
qu’il s’agisse de préparation matérielle, de temps à allouer,
réveil à paramétrer, rendez-vous à fixer, magnet à coller sur le
frigo, etc ;
2. Décrire le comportement attendu dans cet objectif ;
3. Inscrire explicitement une récompense, tout aussi systéma-
tique que les 2 premières étapes !
Une astuce est d’écrire votre objectif sur un bout de papier que
vous garderez dans votre portefeuille bien en vue ou dans votre
248 | La méthode Théia
poche ou collé au dos de votre smartphone. N’hésitez pas à parta-
ger votre objectif avec un proche et de faire un point régulier. Votre
proche pourra apporter un regard extérieur sur des changements
comportementaux par exemple.
Un ami ou une application sur votre smartphone peuvent égale-
ment vous aider à maintenir votre volonté intacte.
Enfin, n’hésitez pas à faire le point sur ce qui fonctionne et ce qui ne
fonctionne pas, pour possiblement revoir vos objectifs (une fois par
mois par exemple). Sans tomber dans des réajustements perma-
nents, vous pouvez mettre un objectif un peu moins ambitieux si
vous peinez à le suivre, ou au contraire compléter ou remplacer par
un autre objectif si la finalité de l’exercice est atteinte. Ne vous su-
restimez pas. Ne vous sous-estimez pas.
Ancrer le changement | 249
Se faire aider
Dans la vie, mes parents m’ont appris à ne pas demander d’aide, de
personne. A me débrouiller seul. Ne pas me poser de question.
Nous n’avons jamais échangé sur un sujet personnel ou une émo-
tion, jamais exprimé quoi que ce soit d’intime. Sans parler de sexua-
lité…
En fait, que vous soyez dans mon cas ou non, nous allons voir que
l’aide d’un tiers peut tout changer. Non, vous n’êtes pas seul. Et vous
trouverez en fait dans votre entourage même de nombreux sou-
tiens à condition (d’accepter) de le solliciter.
Découvrons cela.
De la nécessité de se faire aider
Demander de l'aide ne signifie pas que nous
sommes faibles ou incapables. Cela signifie
que nous nous donnons la permission d’être
humains.
Jean Vanier
Ne cherchez pas à argumenter, ne négociez pas : vous avez et vous
aurez besoin d’aide.
250 | La méthode Théia
La lecture d’un livre, la pratique d’exercices quotidiens ou la simple
auto-détermination ne suffiront pas, même chez les plus je-sais-pas-
quoi d’entre vous.
Vous trouverez de nombreux bénéfices à intégrer des tiers sur votre
chemin.
Tout d’abord, le reflet extérieur, objectif et non jugeant.
Ensuite, l’aide à prendre du recul sur vos constructions mentales –
et surtout votre vision du monde déformée – qui peuvent vous res-
ter difficilement accessibles. Vous aurez probablement besoin d’un
tiers professionnel pour vous accompagner dans ce travail de cons-
cientisation.
Nous pouvons aussi évoquer les bénéfices de soutien émotionnel,
d’écoute attentive, de participation à la recherche de solutions, de
lien, d’affection et j’en passe.
Nous sommes avant tout des animaux sociaux.
Vous vivez un conflit ? Une situation contrariante ? Du stress ? Ten-
tez l’expérience de recréer le lien, de vous reconnecter avec l’autre.
Ce témoignage affectif peut revêtir de nombreuses formes : un mot
gentil, un compliment, un geste, un contact ou même une ten-
dresse (selon l’interlocuteur bien sûr !), un don, une écoute atten-
tive… Cela apaise instantanément !
Et la motivation !
Bien sûr ! L’intérêt du coach sportif n’est pas que technique (sur telle
ou telle posture) mais surtout dans l’accompagnement motivation-
nel. Je pense (sans verser dans la presse people…) à Angela Cullen
qui a accompagné Lewis Hamilton pendant 7 ans dans tous ses
championnats – bien au-delà de son rôle initial de physiothéra-
peute.
Vous êtes convaincu j’espère ?!
Voyons maintenant qui solliciter.
Se faire aider | 251
Qui solliciter ?
Vous n’avez pas idée du nombre de personnes disponibles pour
vous apporter de l’aide, même un peu d’aide, même parfois un petit
rien du tout. Vous portez peut-être des masques qui vous imposent
de ne pas demander d’aide. Libérez-vous et ouvrez-vous.
En premier lieu, je vais parler des professionnels.
Mes parents ont toujours considéré que « les psys [et affiliés], c’est
pour les fous ». Ils n’ont jamais franchi leur porte, et il m’a fallu
perdre ma fille et compromettre mon mariage pour m’y résoudre.
Bien au contraire d’être réservé aux fous, l’accompagnement d’un
tiers professionnel présente de nombreux avantages, à commencer
par leurs compétences et leur attitude non jugeante.
Et au-delà des psy (-chologues ou -chiatres), de nombreux spécia-
listes (pas moins chers mais parfois plus disponibles) pourront vous
accompagner dans votre chemin de vie. Nous développons les thé-
rapies professionnelles au prochain chapitre.
Au-delà des professionnels, sollicitez votre entourage.
Si vous vivez en couple ou en famille, il est important d’intégrer
votre fratrie dans ce travail. Expliquez votre démarche, vos décou-
vertes, vos choix. Osez demander leur participation, leur patience,
leur encouragement, leur soutien.
Pour l’impartialité et l’objectivité, on repassera ! mais vous aurez be-
soin de les inclure.
Qu’en est-il côté amis – qu’on peut imaginer bienveillants !? sinon il
faut en changer…
A un moment de ma vie, les collègues que je côtoyais quotidienne-
ment se sont avérés être les soutiens les plus présents, disponibles
et bienveillants de mon entourage.
Plus largement encore, vous pouvez intégrer les cercles sociaux af-
finitaires (loisirs, sports, associations, etc) et territoriaux (voisinage,
252 | La méthode Théia
communal). Si ces cercles plus lointains peuvent vous paraître
moins faciles d’accès (surtout aux introvertis…), mobilisez votre vo-
lonté et tentez d’ouvrir l’un de ces cercles, par exemple en franchis-
sant la porte d’une association qui vous parle.
Enfin, tentez l’expérience de vous livrer à des inconnus ! Un peu
comme le journal de bord évoqué précédemment, mais en bénéfi-
ciant d’un interlocuteur humain anonyme et non jugeant.
J’avais lu à ce sujet un livre assez curieux titré « Someone to talk to »
de Mario Luis Small (non traduit il me semble) qui explique qu’en
pratique on se livre beaucoup mieux à de vrais inconnus que nous
ne reverrons pas ! J’en cite une seule statistique : en demandant à
des adultes vers qui ils se tourneraient s’ils étaient mal ou déprimés,
90% disent qu’ils se confieraient à leur famille ou un ami proche ;
mais en fait, en se remémorant les dernières fois où ils se sont con-
fiés, c’était plus de la moitié du temps à des inconnus…
Maintenant, certains n’ont pas la chance d’avoir un entourage nom-
breux, diversifié, bienveillant, non jugeant, etc. Et un suivi profes-
sionnel sur des mois coûte cher. Et le premier spécialiste venu n’est
pas toujours le plus compétent !
Dans ce cas, j’imagine d’autres solutions plus accessibles : les
groupes de parole (il n’y en a pas partout mais vous bénéficierez du
lien humain et de la présence physique), les communautés (collec-
tifs, écovillages, cercles spirituels ou autre), et puis toutes les solu-
tions virtuelles (groupes Facebook, forums de discussion, etc).
Bref, ne lésinez pas. Entourez-vous et ouvrez votre cœur.
Se faire aider | 253
Se repérer parmi les thérapeutes
Voici encore un chapitre polémique où mon analyse personnelle
risque de heurter des sensibilités ou faire lever des boucliers. Mais
j’irai à l’essentiel malgré tout et partagerai mon avis sincère.
Je commence par les psychiatres. Médecins spécialisés, ils présen-
tent le double avantage d’être pris en charge (remboursés) et de
pouvoir prescrire médicaments et arrêts de travail. Outre les patho-
logies lourdes (dont les troubles de personnalité) relevant de la psy-
chiatrie, ils interviennent bien sûr pour des dépressions, burn-outs
et autres difficultés plus légères. Mon avis personnel : leur ap-
proche médicale (symptôme-traitement) et les rendez-vous très
courts (20 à 30mn) ne conviennent pas au travail dont parle cet ou-
vrage.
Voyons du côté des psychologues.
Pas très loin des psychiatres, les psychanalystes peuvent contribuer
à déterrer les cadavres de votre passé, interpréter vos rêves et
écouter attentivement vos confessions, mais je trouve leur ap-
proche trop statique et mentale, basée sur des théories et tech-
niques qui ont fait leur temps.
A contrario, l’histoire des TCCE (Thérapies Cognitives, Comporte-
mentales et Emotionnelles) témoigne de l’étude durant ces der-
nières décennies de la psychologie et de la découverte des
thérapies qui fonctionnent. En effet, la 1ère vague des TCC est née
du béhaviorisme (comportementalisme en meilleur français), puis
la 2ème vague ajouta le cognitivisme, et enfin la 3ème vague intégra
l’émotionnel (venant de la Gestalt entre autres). Autre changement
majeur : alors que les 2 premières vagues visaient activement la ré-
duction des symptômes, la 3ème vague l’obtient comme effet béné-
fique consécutif du soin apporté. De plus, les nouveaux courants de
thérapie encouragent une posture plus active et impliquée du thé-
rapeute pour mettre en mouvement le patient. Je recommanderais
254 | La méthode Théia
donc des psychologues pratiquant les TCC de 3ème vague dont nous
avons référencé quelques méthodes précédemment (thérapie des
schémas, thérapie basée sur la pleine conscience, thérapie de l’ac-
ceptation, etc).
Note : certaines autres spécialisations psychologiques peuvent
montrer leur intérêt ; je pense à l’approche de psychologie systé-
mique pour des problèmes dans une fratrie par exemple.
Viennent enfin les « médecines douces » ou « médecines alterna-
tives / complémentaires » ou « médecines non conventionnelle »
ou « interventions non médicamenteuses », selon.
Ici, c’est un pot-pourri de 400 disciplines répertoriées ! si bien
qu’une vie ne suffirait pas à toutes les expérimenter.
Nous pourrions tenter de les regrouper ainsi :
- Corporel/manuel/énergétique. J’y intègre entre autres les
pratiques d’activité physique, acupuncture, soin énergétique,
chiropraxie, massages, shiatsu, réflexologie, access bars, os-
téopathie, biokinésie, yoga, qi gong, taï chi, reiki, kinésiolo-
gie, étiopathie ;
- Cognitif/Corps-esprit/psycho-corporel. Je pense à l’hypnose,
sophrologie, magnétisme, EFT, biofeedback, méditation de
pleine conscience ;
- Sensoriel. Dont l’art-thérapie, musicothérapie ou EMDR ;
- Spirituel. Retraite, prière ou constellations familiales ;
- Biologique/alimentation. Ce qui rentre dans le corps, incluant
médecine traditionnelle chinoise, ayurveda, naturopathie,
phytothérapie, aromathérapie, gemmothérapie, diététique,
homéopathie.
Dans toutes ces alternatives, distinguer les thérapies efficaces (par
les thérapeutes évidemment formés et compétents) des gourous,
charlatans et arnaques en tout genre nécessite encore du travail ri-
goureux. Fiez-vous aux commentaires, aux recommandations de
vos proches, testez – c’est sans engagement ! – et surtout ne perdez
pas votre esprit critique et votre liberté…
Se faire aider | 255
En découvrant toutes ces thérapies, en vous renseignant, écoutez
ce qui vous parle, suivez votre intuition. Par exemple, si vous êtes
sensible à l’art graphique ou à la musique, commencez par là.
Vous pouvez également tenter d’adresser de front vos freins au
changement. Par exemple, si vous avez un blocage corporel ou que
vous êtes déconnecté de vos ressentis, suivez une thérapie corpo-
relle. Si votre blocage est plutôt d’ordre émotionnel, envisagez une
thérapie émotionnelle, etc. Cette approche courageuse risque de
nécessiter plus de persévérance mais portera assurément ses fruits
dans votre travail.
Et puis, n’oublions pas que de nombreuses thérapies se recoupent,
s’empruntent (pour ne pas dire s’approprient) des exercices initiés
par d’autres courants, se remodèlent, pour au final fonctionner de
manière comparable. Je pense (parmi tant d’autres exemples) à
l’hypnose qui a alimenté PNL, EMDR, sophrologie et d’autres, ou la
méditation reprise en ACT.
Enfin, je ne peux pas ignorer les dizaines de milliers de coachs, dans
lesquels j’inclus les coachs professionnels, coachs de vie, coach en
développement personnel, coach d’image, de bien être, de santé,
sans parler des coachs sportifs ou financiers…
La remarque précédente s’applique encore plus ici : validez les di-
plômes (il en existe), les méthodes (PNL, ACP, GROW, AT, etc), de-
mandez conseil autour de vous (rien de tel que les
recommandations). A mon humble avis, ces formes de coaching
peuvent engager un changement, motiver, aider à se redresser ou
faire des choix importants, mais elles ne résoudront pas les bles-
sures latentes qui se réveilleront tôt ou tard. Nous en reparlons en
synthèse ci-dessous.
256 | La méthode Théia
Et la spiritualité ?
La spiritualité est la clé de l'alignement entre
votre esprit, votre corps et votre âme. C'est ce
qui vous permet de découvrir votre véritable
potentiel et de vivre une vie épanouie.
Deepak Chopra
Pour clore ce chapitre sur l’aide, je souhaite aborder le sujet – délicat
pour moi – de la place de la spiritualité dans l’aide qu’on peut trou-
ver. En l’occurrence une aide extérieure… en soi.
Commençons par un constat simple : les études prouvent que les
personnes plus religieuses/spirituelles sont également plus heu-
reuses. Alors pourquoi s’en priver ?
Bon. Plus facile à dire qu’à faire ! Comment trouver la spiritualité
pour ceux qui y sont hermétiques ?
Quelques exercices pourront vous aider à vous ouvrir à la spiritua-
lité :
- La méditation éveille la spiritualité ; elle peut se faire sous
plusieurs formes : pleine conscience, balayage corporel, etc ;
- Passer du temps dans la nature peut renforcer votre con-
nexion avec le monde naturel et éveiller un sentiment de
transcendance ;
- La gratitude est un puissant exercice spirituel ; en réfléchis-
sant quelques minutes aux choses pour lesquelles vous êtes
Se faire aider | 257
reconnaissant, vous ouvrez votre cœur et reconnaissez les
bénédictions dans votre vie ;
- Lire des textes spirituels ou philosophiques peut inspirer et
nourrir votre esprit ;
- La visualisation et les affirmations positives peuvent aider à
orienter votre esprit vers des pensées et des intentions spiri-
tuelles également.
La spiritualité est un chemin unique pour chacun, et il est important
d'explorer différentes pratiques pour découvrir ce qui vous parle le
plus. Il y a autant de spiritualités que d’individus…
En prenant un peu de recul, j’observe que les religions regroupent
de nombreux bienfaits énumérés dans les chapitres précédents :
- Un guide moral et quelques valeurs somme toute assez
saines pour la vie maritale ou communautaire (je pense au
respect, à l’humilité, l’honnêteté, la fidélité, etc),
- Une communauté, ajoutant un cercle social précieux en cas
d’accident de vie,
- Le chant, les rituels (fédérant aussi la communauté),
- La prière, apportant les mêmes bénéfices que la médita-
tion (calmer le mental et sortir de soi),
- La gratitude, en remerciant quotidiennement pour tout ce qui
vous arrive de bon,
- Le confessionnal, « psy gratis disponible 7j/7 » pour s’alléger
de ses ombres,
- La transcendance, permettant de s’éloigner du nombrilisme
égocentré et du narcissisme, en ajoutant du sens à sa vie,
- Le don (œuvres charitables, aumône) qui nourrit une image
altruiste.
Toutes ces similarités entre spiritualité, psychologie positive et reli-
gions m’interpellent, mais pour le coup, je ne m’hasarderai pas à
partager mon avis ici. Au plaisir d’en discuter (vous aurez mon con-
tact dans la conclusion du livre) !
258 | La méthode Théia
Pour finir, je citerai Jean de La Fontaine : « Aide-toi, le Ciel t'aidera. »
Ce dernier vers de la fable du chartier embourbé, devenu maxime
commune, signifie qu'il est important de fournir des efforts et pren-
dre des initiatives pour résoudre ses problèmes – ce qui renvoie aux
stratégies de coping engagées. Qu’il s’agisse d’un Dieu, d’une en-
tité supérieure abstraite, de nos dirigeants politiques (même si
cette croyance me paraît plutôt faible ces temps-ci !) ou d’un pa-
tron, reposer sur l’autre ou sur la Providence ne vous sauvera sans
doute pas.
Pour ma part, n’étant pas sensible au déisme (et encore moins à
l’ésotérisme), je trouve ma spiritualité dans la poésie et tout récem-
ment en m’initiant à la philosophie. J’élève ainsi ma conscience ; je
transcende mon existence par l’esprit.
Se faire aider | 259
Synthèse
L’illustration présentée ci-dessous reprend les possibles interven-
tions vues au fil des précédents chapitres, en représentant les 3 axes
corporel-cognitif-émotionnel et en fléchant du plus spécifique en
périphérie au plus intégratif au centre.
Au cœur, le rond représente la TCC de 3ème vague qui englobe les
3 dimensions et me paraît aujourd’hui l’approche la plus efficace
(comme expliqué au chapitre précédent).
Figure 27 - Diagramme des interventions
260 | La méthode Théia
Note : vous trouverez dans le lexique (en fin de livre) les définitions
des acronymes de cette illustration.
Cette représentation n’est qu’une proposition bien entendu, avec
toute l’humilité qu’il revient à tenter de formaliser sur un dia-
gramme des thérapies aussi diverses. Vous rétorquerez par
exemple que l’alimentation joue sur le mental (l’intestin étant notre
second cerveau), que le sport calme le mental ou que la CNV re-
quiert un travail émotionnel, etc. C’est entendu.
Nous allons voir comment nous y retrouver dans toute cette diver-
sité d’approches, en fonction de vos enjeux et de votre personna-
lité.
Par où commencer ?
Commençons par les 3 pôles présentés (corporel-cognitif-émotion-
nel).
Un pôle vous parle sans doute plus qu’un autre, parce que par na-
ture vous fonctionnez plutôt par le cœur ou la raison. Dans toutes
ces interventions, écoutez intuitivement ce qui vous ressemble et
commencez par là, car vous serez plus à l’aise.
Par exemple, je suis très cérébral, je mentalise, j’analyse, je corrèle…
c’est plus fort que moi ! Une approche cognitive me correspond
donc mieux. Me « forcer » à danser alors que je n’ai pas compris le
pourquoi de mes dysfonctionnements ne fera que m’agacer.
Mais – il y a toujours un mais… – ne vous cantonnez pas à votre pôle
principal, car si vous vous sentez à l’aise en vous alimentant d’exer-
cices qui vous parlent naturellement dans un premier temps, il vous
faudra à un moment en sortir pour explorer les autres pôles sur les-
quels probablement vous bloquez et votre travail se révélera plus
difficile.
Synthèse | 261
Pour poursuivre mon exemple, j’aurais pu rester englué des années
dans le sempiternel « pourquoi » qui m’obsédait en bon analyste
que je suis. Il m’a fallu me reconnecter à mon corps, à mes sensa-
tions, à la vie, au monde réel, à la nature, à l’incertain.
Au final, n’oubliez pas que nous sommes un tout. Ce trio corporel
(comportemental) - cognitif - émotionnel est indissociable. Il vous
faudra donc agir sur les 3 à un moment ou à un autre. D’où la
« cible » (au centre du diagramme ci-dessus) de TCC de 3ème vague
évoquée en introduction de ce chapitre qui obtient les meilleurs ré-
sultats.
Solution à la hauteur du problème
Sur la seconde dimension du diagramme (intérieur/extérieur), vous
devrez là encore combiner des exercices plus spécifiques (à l’exté-
rieur du disque) pour aller petit à petit vers des exercices plus inté-
gratifs (à l’intérieur).
Attention : spécifique ne signifie pas superficiel ou anodin. J’ai hé-
sité à représenter la « difficulté » de chaque thérapie avec un code
couleur mais une troisième dimension aurait alourdi encore plus un
diagramme que je souhaitais garder lisible.
Les thérapies plus légères et accessibles peuvent montrer des ré-
sultats rapides. Vous vous heurterez à moins de résistance ; vous les
mettrez donc plus aisément en application. Mais je les crois aussi
moins pérennes.
Je prendrai un exemple qui peut (comme beaucoup d’autres dans
ce guide) faire hurler certains d’entre vous. Si hypnose et sophrolo-
gie sont des thérapies avoisinantes, je crois l’hypnose plus facile
d’accès car plus passive, tandis que la sophrologie requiert une im-
plication active et participative du patient.
262 | La méthode Théia
Pour revenir au titre du chapitre : petit problème petite solution,
gros problème grosse solution.
Si le mal est léger – c’est-à-dire que l’enfant n’a pas trop manqué
dans son enfance et que la blessure reste minime, des résolutions
ou des exercices simples à mettre en œuvre pourront suffire.
Quelques efforts, un peu de motivation et le tour sera joué.
Par exemple, vous pouvez concevoir de changer une mauvaise ha-
bitude en suivant le guide des chapitres précédents sur l’ancrage
du changement.
Ainsi, un peu d’attention, d’empathie et de respect pour l’autre peut
suffire à modifier une légère inadaptation.
Plus le mal est profond, plus il vous faudra aller au fond de la cons-
truction de votre personnalité pour détricoter vos croyances. Il fau-
dra vous confronter à vos blessures pour vous en sortir. Un
traitement superficiel (même efficace !) sur un mal profond aurait
au mieux un effet court-termiste et ne tiendrait pas en cas de stress.
Par exemple, s’imposer de ne pas se mettre en colère ne tiendra
pas durablement (ou coûtera trop d’efforts) ; il vaudra mieux com-
prendre d’où vient la colère et casser le schéma en cause, ce qui
nécessitera un travail plus profond, plus courageux.
Cela dit, même pour les maux profonds, vous pourrez commencer
petit et avancer pas-à-pas. Rome ne s’est pas faite en un jour ! Si
vous êtes perfectionniste, introduisez des petites erreurs sciem-
ment. Si vous portez le masque du gentil, tentez des petits « non »
sans grande conséquence. Pour voir.
Deux comportements similaires n’ont pas obligatoirement la même
origine et le même schéma sous-jacent. Seule l’analyse et la com-
préhension des comportements expliqueront les motivations qui
poussent à agir de telle ou telle manière. Si le comportement
s’avère problématique, tenter de le changer en lui-même peut pa-
raître inutile puisque le schéma qui le provoque lui survit.
Synthèse | 263
Néanmoins, les TCC montrent que changer un symptôme (en an-
crant une habitude nouvelle) transforme petit à petit la fausse
croyance sous-jacente.
Revenez donc régulièrement à la première partie de ce guide. Reli-
sez, rejouez la fiche exercice régulièrement sur de nouveaux événe-
ments qui vous ont causé du mal, comprenez, et reprenez ensuite
sur la seconde partie.
Et pourquoi ne pas prendre le contre-pied complet de vos
croyances ? Au lieu de petits changements incrémentaux, pourquoi
ne pas se jeter dans le grand bain ? Par exemple, si vous avez be-
soin de contrôle (par peur de l’inconnu), prenez un sac à dos, un
pass Interrail et partez dans un voyage non planifié vers l’inconnu !
Je repense ici à Evey dans le film « V pour Vendetta » torturée en
prison par V lui-même pour la libérer de ses peurs, et cette scène
intense où elle sort de sa cellule, monte au sommet de l’immeuble
et hurle sous la pluie battante. Oui, ce n’est qu’un film, certes, mais
pensez-y : pour atteindre un objectif vous pouvez concevoir la mé-
thode douce (pas à pas, par une acclimatation très progressive) ou
la méthode forte !
Effet des interventions selon la personnalité
Naturellement, vous vous doutez que tous les conseils précédents
ne trouveront pas le même accueil et la même facilité d’exécution,
selon la personnalité et les aptitudes de chacun.
Commençons par un bilan simple : les interventions de psycholo-
gie positive ne marchent pas de la même manière sur tout le
monde. Par exemple, l'effet bénéfique de tenir un journal de grati-
tude a été rapproché des traits de personnalité pour montrer que
tout le monde ne sortira pas plus heureux de cette pratique.
264 | La méthode Théia
Ne vous inquiétez donc pas si vous peinez à mettre en œuvre cer-
tains exercices indiqués dans ce guide.
Nous allons comprendre pourquoi.
Déjà, nous avons évoqué les prédispositions préparant le change-
ment (cf page 192). Les personnes naturellement motivées, ou
calmes, ou ouvertes au changement réussiront mieux. Les autres
devront travailler ces dispositions pour pouvoir changer. Et malgré
ces efforts de préparation, le changement restera plus difficile pour
les introvertis, les anxieux, les émotifs instables, les déprimés (sans
parler des dépressifs)…
Souvenez-vous que tous ces traits sont des continuums (voir annexe
1 page 322), donc plus vous portez un trait compliquant l’effet d’un
changement, plus il vous sera difficile d’engager un changement.
Prenons quelques traits pour illustrer :
- L’extraversion (voir page 305) prédispose aux thérapies psy-
chodynamique, interpersonnelle ou humaniste (centrées sur
le patient, misant sur le relationnel et l’expression de soi) ;
L’extraverti répond mieux aux exercices d’humour, de grati-
tude, de forces de caractère, à l’appréciation du moment pré-
sent, ou aux thérapies de groupe et interpersonnelles, donc
aux exercices sociaux. Mais il risque aussi d’abandonner le
traitement précocement ;
- A contrario, l’introverti (voir à la même page 305) accepte
mieux les TCC (par leur approche structurée) et privilégie l’ac-
compagnement thérapeutique (son réseau social pouvant
être amoindri) ; il est plus réceptif à la réflexion sur soi et
l’écoute ;
- Les actes de bienveillance marchent mieux pour les per-
sonnes empathiques ;
- Imaginer le meilleur parle plus aux jeunes ; Penser aux évé-
nements positifs de sa vie fonctionne mieux avec les plus
âgés ;
Synthèse | 265
- Pour les personnes sujettes à instabilité émotionnelle, les
TCC marchent mieux que les thérapies psychodynamique ou
interpersonnelle (perçues comme anxiogènes) ; les exercices
de gratitude et d’optimisme fonctionnent aussi, malgré un ef-
fet moins durable ;
- Une personne ouverte aux expériences accepte les ap-
proches imaginatives et introspectives (comme les thérapies
psychodynamique et Gestalt) ; une personne plus fermée
préfère une approche concrète comme les TCC ou le déve-
loppement d’habiletés ;
- Être consciencieux aide l’adhésion au traitement ; au con-
traire, ne pas l’être nécessite une approche plus concrète,
structurée, encadrante ;
- Les personnes tourmentées ou en détresse profitent mieux
des exercices en ligne ;
- Réaliser des actes de bienveillance est particulièrement effi-
cace en cas de style d’attachement anxieux ;
- L’individualisme incite évidemment à pratiquer des activités
tournées vers soi ;
- Chez les personnes souffrant d’une faible estime de soi, la
« pensée positive » et les méthodes d’autosuggestion ont
pour résultat d’accroître le problème qu’elles sont censées
traiter. En effet, en constatant que ça ne fonctionne pas autant
que promis (ou espéré), elles ont tendance à s’imputer la res-
ponsabilité de l’échec, et donc à s’enfoncer davantage dans
leurs difficultés.
In fine, nous retenons 4 critères d’adéquation pour une intervention
: la préférence envers l’exercice proposé, le fait de poursuivre spon-
tanément, l’effort mobilisé et les effets rapides que l’exercice pro-
cure.
De manière générale, si un trait (quel qu’il soit) vous donne un atout
(une force, une prédisposition), alors exploitez-le ! Si vous choisis-
sez des exercices contraires, vous vous exposez à l’échec et risquez
de régresser.
266 | La méthode Théia
Pour chaque exercice, les variantes de forme illustrent également
ces différences individuelles.
Prenons l’exemple de la gratitude. Nous retrouvons classiquement
3 exercices : le journal de gratitude (tout seul, vous écrivez votre
gratitude), la lettre de gratitude (vous envoyez une lettre ou un mes-
sage exprimant votre gratitude à quelqu’un) et la visite de gratitude
(vous vous rendez chez quelqu’un et lui témoignez verbalement
votre gratitude).
On observe entre autre qu’il est 5 fois plus facile de tenir un journal
que d’envoyer une lettre, que la lettre rend plus vulnérable (son
coût psychologique est donc plus élevé), que la visite de gratitude
est beaucoup plus intense mais aussi plus rare et son impact moins
durable (que le journal), que ceux qui sont naturellement enclins à
la gratitude feront des exercices de gratitude plus facilement parce
qu’ils savent quoi en attendre, et enfin que les femmes ont plus de
chance (que les hommes) de voir l’exercice de gratitude comme ef-
ficace tout en doutant plus de leur sentiment d’efficacité person-
nelle.
Enfin, toutes les thérapies ne vous conviendront pas, selon les
masques que vous portez.
Par exemple, un masque de leader exige des résultats rapides ; un
épicurien va avoir besoin de liberté et de ludique ; les masques de
rêveur, perfectionniste ou battant acceptent des thérapies cogni-
tives plus longues (car ils sont plus cérébraux) ; un masque de mé-
fiant peut nuire à l’établissement de l’alliance thérapeutique…
Bref, apprenez à vous connaître et choisissez les exercices qui vous
correspondent.
Et si vous ne savez toujours pas comment faire, écoutez votre intui-
tion pour en choisir un, testez-le et observez, puis recommencez.
Synthèse | 267
Votre étoile polaire
Afin de conclure cette seconde partie, je souhaite vous présenter
un imaginaire plus grand que la ribambelle d’exercices précédem-
ment énumérés. Je vous invite à rêver, à vous projeter, à laisser votre
étoile polaire briller et vous guider bien au-delà des préceptes que
je vous ai contés.
Ce dernier chapitre ambitionne de vous ouvrir, vous libérer peut-
être.
Ce n’est pas la fin du voyage. Au contraire. Nous sortons du port et
mettons le cap vers l’océan des possibles.
Avancer en équilibre
Le secret du bonheur, c'est de trouver l'équi-
libre dans tout ce que nous faisons.
Bouddha
En prenant un peu de hauteur sur tout cet ouvrage et le travail pro-
posé, je vous encourage à viser un équilibre dans votre vie.
268 | La méthode Théia
Tout d’abord, l’équilibre au sens de juste mesure. Ni trop ni pas as-
sez.
Apprenez à vous connaître, car votre personnalité vous biaise. Si
vous avez tendance au perfectionnisme, n’exercez pas votre gestion
du temps (déjà trop prégnante). Si vous présentez une attitude
fuyante, ne cherchez pas à procrastiner.
Tout a 2 polarités. Cherchez le juste milieu qui vous correspond.
Piochez les exercices qui nous ramènent vers l’équilibre.
Equilibre dans une ambition juste aussi.
Même la recherche du bien-être peut revêtir une forme de despo-
tisme aliénant. Placez le curseur au bon niveau d’une exigence rai-
sonnable. « Le mieux est l'ennemi du bien » dit-on.
Ne vous focalisez pas sur un aspect, ni sur votre comportement uni-
quement, ou vos émotions débordantes ou vos pensées galo-
pantes. Personne n’est à mi-chemin de tous les continuums sur tous
les traits. Personne n’est exempt de blessure.
Le sens de la vie se trouve également dans les épreuves, dans les
obstacles à surmonter.
Visez un juste niveau d’exigences. La perfection n’est pas de ce
monde.
Apaisez vos ambitions. Vouloir toujours plus de bonheur nuit au
bonheur.
J’aurais pu titrer ce chapitre « Trop heureux pour être heureux », au
sens où la quête insatiable de bonheur ne causerait-elle pas préci-
sément notre perte de bonheur ? Je repense au « Foutez-vous la
paix » de Fabrice Midal...
Je développe la notion de bonheur en annexe (page 288). N’hési-
tez pas à vous y référer pour approfondir.
Equilibre également entre mental/rationnel/raison et émo-
tions/passions/sentiments.
Socrate dit : « le bonheur peut être obtenu par l’effort humain. Le
but est de rechercher un contrôle rationnel de nos désirs et d’har-
moniser les différentes parties de notre âme. Cela produit un état
Votre étoile polaire | 269
de tranquillité intérieure semblable à celui de la connexion avec
Dieu et que rien du monde extérieur ne peut affecter. »
Le bonheur n’est donc pas extérieur. Il s’invente et se trouve en soi.
Confucius prône également la « voie du milieu », définie comme
une pratique de modération et d'équilibre qui consiste à éviter les
extrêmes et harmoniser ses actions et ses pensées pour maintenir
l'équilibre et la vertu. Cette voie représente la juste mesure dans
tous les aspects de la vie afin de vivre en harmonie avec soi-même
et les autres.
Il existe un risque de se perdre dans toute cette offre développe-
mentale pléthorique (et qui ne cesse de s’étoffer), et ainsi de se
noyer dans une spirale nombrilique sans en voir le bout.
La meilleure solution est encore de s’apporter bienveillance et com-
passion, se décentrer, se lier aux autres et à la nature, retrouver du
sens, s’enrôler pour une mission qui nous dépasse (la parentalité,
l’humanitaire, la communauté, etc), se couper de la compétition, de
la course à avoir toujours plus. A ce sujet, le livre « S’estimer et s’ou-
blier » de Christophe André pourra vous inspirer.
270 | La méthode Théia
Chacun son chemin
Chacun sa route, chacun son chemin.
Tonton David (KOD)
Vous ne me croirez pas : j’ai le regret de vous dire que ce livre n’a
pas été imprimé spécialement pour vous. Je devine votre stupéfac-
tion… Mais c’est ainsi : tous les conseils énumérés en seconde par-
tie sont génériques.
Vous avez compris mon message : chacun suit sa route et crée son
chemin, composant son ballotin d’exercices parmi des centaines.
Chaque individu est… individuel, unique.
De votre personnalité, de vos forces et blessures à soigner, de vos
aptitudes et prédispositions, vous tracerez votre ligne. Nous l’avons
dit au précédent chapitre : chacun a des affinités pour un style ou
un autre. En cas d’un naturel cognitif / rationnel ou d’un blocage
émotionnel, les interventions émotionnelles seront plus difficiles
d’accès. Au contraire, une personne très émotive ou intuitive ou
terre-à-terre trouvera le travail de « reprogrammation » cognitive
plus dur.
Dans tous les cas, savourez la route, belle ou pluvieuse, car elle sera
votre quotidien, et la finalité n’existe pas. Si vous ne pensez qu’au
but et à l’atteindre, vous risquerez de vous planter. Profitez du che-
min, regardez autour de vous, asseyez-vous un moment, observez,
reprenez…
Votre étoile polaire | 271
La citation « Deviens qui tu es ! » de Friedrich Nietzsche résume une
idée centrale de sa philosophie : l'authenticité et l'auto-réalisation.
Nietzsche nous invite ici à reconnaître et embrasser notre propre
nature unique, explorer et réaliser notre véritable essence, en dé-
passant les attentes sociales ou les normes imposées par la société,
pour devenir pleinement nous-mêmes et vivre authentiquement.
C'est un appel à l'auto-réalisation et à l'autonomie personnelle.
Pour citer à nouveau Nietzsche : « C’est toujours à contrecœur que
j’ai demandé mon chemin. J’ai toujours préféré interroger et es-
sayer les chemins eux-mêmes. A ceux qui me demandaient "le che-
min", je répondais : "Cela est maintenant mon chemin, où est le
vôtre ?". Car le chemin… le chemin n’existe pas. ».
Bref, il nous enseigne qu’il n’existe pas qu’un seul chemin, qu’une
route unique qui serait la recette magique. A chacun d’inventer le
sien. Allez donc à la rencontre de votre propre chemin.
Faites-vous confiance. Suivez votre intuition.
L’intuition est une impression intérieure guidant nos décisions de
manière rapide et spontanée, sans délibération consciente. Elle
émerge inexplicablement, souvent fondée sur l'expérience et les
connaissances antérieures, sans recours au raisonnement analy-
tique. Ainsi, l’intuition touche à l’essence des choses, au contraire
de l’analytique qui s’attache aux caractéristiques observables. L’in-
tuition est simple et se forme contre toutes les représentations cal-
culées par l’intelligence et la rationalité.
L’intuition, c’est le cœur qui parle – plutôt que la raison. L’émotion
(étymologiquement moverer - mouvoir) nous met en action.
Comme dit Maître Yoda : « A vos intuitions vous fier, il faut. »
La route est longue.
Vous n’arriverez pas à vos objectifs en 2 jours, ni du premier coup.
« Pour un être conscient, exister consiste à changer, changer à se
mûrir, se mûrir à se créer indéfiniment soi-même. » disait Henri
Bergson.
272 | La méthode Théia
Et puis, au final, qui suis-je pour vous dire tout ça ?!
Qui peut prétendre détenir la clé de la vie ?
Ce que je dis n’a aucune valeur de vérité.
Prenez ce qui vous plaît. Rejetez le reste. Refusez mes injonctions
impératives. Inventez votre vie.
Lisez « Se libérer du connu » de Jiddu Krishnamurti qui explore la
nécessité de s'affranchir des limitations imposées par nos connais-
sances et expériences passées pour atteindre une compréhension
plus profonde de soi et du monde.
Quel but ultime ?
Le bon voyageur n'a pas d'itinéraire et n'a pas
l'intention d'arriver.
Lao-Tseu
Si vous interrogez le quidam sur son but dans la vie, il vous répon-
dra probablement : « le bonheur ».
Certes.
Je vous renvoie à l’annexe 1 sur le bonheur pour en discuter spéci-
fiquement, mais en synthèse je vois le bonheur comme une émo-
tion témoignant d’un état. La question serait donc plutôt :
« Comment cheminer vers cet état ? ».
Votre étoile polaire | 273
Je souhaite donc conclure ici sur l’étoile polaire, la lumière, non pas
celle au bout du tunnel ! faites demi-tour si vous la voyez ! mais celle
qui éclaire le chemin.
Ici, nous ne parlons pas d’un objectif à court terme, ni d’un objectif
tout court, mais d’un guide à ne pas perdre de vue.
Bien plus que de rechercher le bonheur et suivre toutes ses injonc-
tions égoïstes, je vous invite à cultiver la paix et l’authenticité, à vivre
en accord avec vous-même dans l’accueil de vos spécificités. Regar-
dez l’enseignement du quiet ego bouddhiste qui vise à réduire l'im-
portance de l'égo afin de vivre en harmonie avec soi-même et les
autres.
Plus vous chercherez le bonheur, ou le bien-être, plus vous vous
obstinerez dans un but utopique et nombriliste.
Au contraire, cultivez l’Amour. Découvrez que vous n’avez nul be-
soin de porter vos masques. Acceptez la vie et ses expériences.
L’amour véritable est l’expérience d’être soi-même.
Elaine Aron (dans son livre « Bourreau intérieur ») ou l’Ennéa-
gramme ou Margaux Hammann (dans son intervention TEDx) nous
invitent tous à taire l’égo, révéler notre essence et vivre dans
l’amour. Laurent Gounelle confirme : « Ce qui peut vous arriver de
plus beau et de plus précieux dans la vie, c’est de réaliser que vous
êtes autre chose que de fausses identités et renoncer à vous valori-
ser à travers elle. Ça fait peur, ça donne l’impression de perdre son
identité. Qu’est ce qui restera ? En fait, c’est le contraire : vous exis-
terez pour ce que vous êtes véritablement. »
Vous vous identifiez probablement à vos masques car les besoins
et drivers de vos masques vous caractérisent. Mais vous ne réalisez
pas que cette personnalité vous éloigne de vous-même. Le but est
de vous en libérer.
La Liberté.
J’ai fourni une belle liste de préceptes dans cette seconde partie.
Et bien, mon dernier précepte sera de dépasser toutes ces injonc-
tions, garder les conseils que vous voudrez, et vous libérer. Vous
274 | La méthode Théia
libérer de moi évidemment (facile !), mais aussi vous libérer de
vous, de votre égo et de ses masques.
Apprendre à vous fier à vous-même, à votre intériorité que j’espère
vous avez redécouverte.
Jusqu’à vous libérer de la quête incessante du mieux-être.
Jusqu’à ce que la quête ne soit plus.
Acceptez les limites du monde, de vos capacités, et ajustez vos am-
bitions.
Dans « La fatigue d’être soi », Alain Ehrenberg nous enseigne que :
« si comme le pensait Freud "l’homme devient névrosé parce qu’il
ne peut supporter le degré de renoncement exigé par la société",
il devient déprimé parce qu’il doit supporter l’illusion que tout lui
est possible. »
Notre monde est fini, imparfait, normé. Et votre soif de mieux-être
doit l’accepter.
Et puis, ce mal qui vous ronge et cette recherche de mieux-être ne
témoignent peut-être que d’un besoin d’introspection. Nous traver-
sons pour beaucoup cette crise existentielle passagère à la quaran-
taine, parfois plus tôt dans ce monde qui ébranle et force à murir
plus vite. Puis les quinquas se lancent en coaching parce qu’ils ont
compris, qu’ils ont dépassé cette crise et qu’ils pensent pouvoir en
faire profiter les autres.
Peut-être que les années (et l’expérience qu’elles offrent) suffisent à
dépasser tout ce mal-être, toute cette quête.
Est-ce de l’abandon ? de la résignation ? Ou est-ce la sagesse, le
témoin d’un recul sur la vie ?
Paul Valéry nous partage : « Je me suis détesté, je me suis adoré ;
puis, nous avons vieilli ensemble. »
Pour ma part, hyper analytique à penchant obsessionnel, je me suis
consacré à ce sujet jusqu’à trouver ma clé. A présent, je peux avan-
cer. J’aurais pu passer à autre chose, mais j’ai choisi d’aider les
autres à ma manière, en écrivant ce guide.
Votre étoile polaire | 275
Abraham Maslow présente le stade ultime du développement per-
sonnel comme celui où l’être humain peut commencer à se tourner
vers les autres. Il invite ainsi à la transcendance – ce que l’auteur
Scott Barry Kaufman actualise dans son livre éponyme.
Pour ma part, faute de disposition naturelle à la spiritualité, je
cherche la transcendance dans la lecture athée, et plus particulière-
ment chez les philosophes et poètes. Quoique certains sages, tout
en prêchant le sacré, prodiguent de bien nobles enseignements.
Marchez dans l’amour, laissez vibrer votre essence. De ce chemin,
le bonheur découlera naturellement.
Voici le fin mot de l’histoire : libérez-vous du diktat de l’égo, em-
brassez votre essence.
Les masques nous font perdre en authenticité. Naturellement, la so-
ciété nous contraint à nous adapter aux règles sociales, culturelles
et morales. Mais malgré ces contraintes, baissez la garde, montrez-
vous plus vulnérable. Vous découvrirez que l’authenticité appelle
l’amour, car le lien se forme beaucoup plus spontanément et vérita-
blement entre personnes sincères et libérées de leur égo.
Et à votre tour, aidez votre prochain.
Avec l’apprentissage acquis au fil de la lecture de ce guide et tout
le travail que vous avez déjà entrepris et le chemin que vous allez
poursuivre, je parie que vous avez matière à partager, à enseigner
à votre tour.
Un peu comme Sybille, l’héroïne du roman « Je te promets la li-
berté » de Laurent Gounelle, qui finit par rejoindre la confrérie…
Et même sans prétendre avoir une quelconque sagesse supérieure,
vous avez une sorte d’obligation morale d’offrir aux autres votre
feedback, leur partager (avec bienveillance et empathie évidem-
ment) votre point de vue pour les aider à grandir à leur tour.
276 | La méthode Théia
Conclusion
Une vie sans examen n’est pas une vie réelle-
ment vécue.
Socrate
Vous voilà arrivé au bout de cet humble guide.
Comment vous sentez-vous à présent ?
Au fil des dernières années, j’ai obstinément tâché à me com-
prendre et me libérer de mes dysfonctionnements. J’espère avoir
pu vous le partager et que cela vous aidera à poursuivre votre route.
J’ai occasionnellement envié telle ou telle autre personne qui me
semblait plus heureuse, plus légère, plus charismatique, plus ceci
ou cela. Vous savez comme moi que cela est vain. L’herbe n’est pas
plus verte ailleurs. Chacun porte son histoire, son patrimoine.
Mon credo, au contraire, est d’accueillir ses peurs profondes, vivre
ses émotions les plus authentiques et cheminer vers la paix.
Le bonheur vient de la reconnexion à son essence, à soi.
Votre étoile polaire | 277
Si vous êtes arrivé jusque-là dans la lecture, je m’en réjouis ! et j’es-
père que vous aurez apprécié la découverte de cette méthode.
Je vous invite chaleureusement à m’écrire directement à l’adresse
[email protected] pour me faire part de vos commentaires, cri-
tiques, partages, expériences et idées. Cela me fera plaisir ! et me
donnera l’inspiration et l’énergie de poursuivre le travail, sans doute
dans des déclinaisons numériques à l’étude actuellement (le quizz
Théia, une chaîne YouTube, une série de séminaires/webinaires,
des modules de formation, etc).
Je le disais en introduction : ceci est mon premier livre, et j’ai con-
sacré un an de ma vie à l’écrire. Aussi, votre soutien compte ! Prêtez
ce livre, parlez-en, offrez-le autour de vous !
Et si vous avez acheté ce livre en ligne, n’hésitez donc pas à parta-
ger un commentaire (positif bien sûr !) pour inviter d’autres lecteurs
à la découverte de la méthode Théia.
Notre partage se finit ici pour aujourd’hui, mais votre chemin se
poursuit. Et souvenez-vous : c’est le chemin qui compte, pas le but.
Bon voyage et excellente continuation à vous,
Vincent
278 | La méthode Théia
Annexes
Les annexes apportent des informations complémentaires non in-
dispensables à la compréhension de la méthode.
Annexe 1 - Compléments
Cette première annexe propose de développer certains concepts
qui n’ont pas été exposés dans le guide car non indispensables à la
compréhension générale de notre fonctionnement. Mais ils sont
adjacents et complémentaires et je souhaitais en parler quand
même.
De chacun des sujets on pourrait écrire un livre dédié ! L’idée n’est
que de les effleurer et voir leur lien avec le thème de ce livre.
Complexité
Et commençons par le commencement : tout ceci est affreusement
merveilleusement complexe !
Nous parlons de psychologie humaine, de cerveau, de centaines
de facteurs, de milliers de gênes, d’histoires uniques, de drames…
Aucun ouvrage – même encyclopédique – ne peut prétendre tou-
cher la vérité.
Il n’existe d’ailleurs aucune vérité. Seulement des tâtonnements, des
tentatives, des petits cailloux, des graines de connaissance, des ré-
flexions et études, des observations.
Cette magnifique illustration (que je n’ai pas rognée ! elle apparaît
telle quelle...) est proposée dans la vidéo sur l'hypersensibilité de
la chaîne YouTube PsykoCouac :
Annexe 1 - Compléments | 281
Figure 28 - Illustration de PsykoCouac sur la complexité
La vidéo en soi est instructive et rejoint nos réflexions passées sur
l'hypersensibilité (vues page 33), mais l'objet de cette copie d’écran
vise surtout à rappeler l'humilité indispensable de cette méthode
Théia.
En effet, qu'on approche l'Homme par la psychologie (dont les
nombreux courants témoignent déjà de l'indispensable complé-
mentarité d'approches et de compétences), par la biologie (voir par
exemple les limites du modèle de Cloninger basé sur les quelques
hormones connues), par la neurologie ou l'analyse minutieuse de
toutes les caractéristiques de la personnalité, ou par le comporte-
ment – et cette liste est loin d'être exhaustive, on se heurte vite à
des limites de compréhension, à des incertitudes. Les questions
amènent d'autres questions. Plus on en apprend, plus on voit l'éten-
due de ce qu'on ne comprend pas.
De l'humilité oui.
Cette présente méthode Théia apporte quelques éclairages, mais
aussi elle simplifie et raccourcit. La vulgarisation incontournable et
282 | La méthode Théia
ma tendance abusive à la généralisation amènent des approxima-
tions ou même des erreurs, et le propre des moyennes est que
quasi aucune personne ne s’y situe exactement. Ce ne sont pas des
erreurs qui confirment la règle : en psyché humaine il n'y a pas de
règle. Simplement un champ d'étude passionnant et infini !
Complexité, pour dire que l'être humain est compliqué. On aura
beau réfléchir, analyser, théoriser, concevoir des questionnaires
d'évaluation, corréler et injecter de l'IA et du jus de statisticien, il
reste que nous sommes complexes. Très complexes. Et qu'on n'est
pas près d'être mis en équation, quoi qu'on en dise sur TED (cf Han-
nah Fry et d’autres).
Tout ceci justifiant d'autant plus de ne pas mettre d'étiquette (voir
page 35) !
Complexité également que l’on côtoie lorsque les chercheurs
s’évertuent à s’entendre sur une typologie de personnalité. La seule
aujourd’hui acceptable est le Big5 et encore, elle n’est que descrip-
tive (comme nous le développerons en annexe 2 page 330).
L’homme a besoin de simplifier pour appréhender, structurer, com-
prendre et intégrer. Mais tout ce qu’on dit est limité et ne pourra
jamais représenter l’infinité de la diversité humaine.
Autre aspect de complexité : l’ajout de la dimension situationnelle.
La psychologie différentielle formule des typologies permettant de
comparer les individus entre eux, avec des questionnaires comme
le Big5. Mais la personnalité est-elle identique quelle que soit la si-
tuation ? Bien sûr que non ! Je suis plus extraverti au travail qu’ail-
leurs par exemple ! D’autres plus consciencieux. Ce n’est qu’un
effort, insufflé par la volonté ou par un masque.
C’est là qu’entre en jeu la psychologie transactionnelle qui analyse
les variations de traits de personnalité selon la situation. Passion-
nant ! mais l’ajout d’une dimension explose encore plus la com-
plexité du tout.
Annexe 1 - Compléments | 283
Pour ma part, j’ai surtout cherché à comprendre ce qu’on est au
fond. Authentiquement.
Partout, des chercheurs ont voulu ajouter leur grain de sel, faire pro-
gresser la connaissance, ce qui a de facto complexifié en intégrant
de nouveaux concepts. Ils ont créé leur modèle, et l’ont promu
jusqu’à la mort – même s’il était démontré perfectible. Ils ont voulu
mettre plein de termes techniques et décrire précisément toutes les
caractéristiques de chaque type prétendument identifié.
Dans cette méthode Théia, l’effort a été à la synthèse au contraire.
J’ai tenté à la fois de fusionner les apports de chacun et de simplifier
des notions parfois alambiquées, tout en découplant des notions.
C’est l’une des raisons qui m’a poussé à écrire ce livre : rassembler
en un ouvrage l’essentiel des apports de nombreux autres.
Vous pourrez lire ma critique des méthodes célèbres et fondatrices
de cette ouvrage en annexe 2.
284 | La méthode Théia
L’introspection
De toutes les connaissances possibles, la plus
sage et la plus utile c'est la connaissance de
soi.
William Shakespeare
L’introspection est surprenamment un terme peu usité, « marketin-
guement » parlant très mauvais, mal référencé, peu cherché ; c’est
pourquoi je ne l’ai pas intégré plus que ça dans le livre.
Pourtant il décrit très bien toute l’essence de la première partie de
l’ouvrage : plonger à l’intérieur de soi pour mieux se connaître et se
comprendre.
D’ailleurs, les sages vantent et encouragent ce voyage.
J'en citerai quelques-autres :
« La science la plus nécessaire à la vie humaine, c'est de se con-
naître soi-même. » Bossuet.
« Grandir n'est pas s'enrichir de quelque chose de nouveau, mais
découvrir ce que l'on a déjà à l'intérieur. » Alexandre Jollien.
« La connaissance de soi est le commencement de la sagesse. »
Aristote.
Annexe 1 - Compléments | 285
Christophe André présente très bien l’introspection sur France cul-
ture :
« L’introspection est la démarche volontaire qui consiste à regarder
en soi-même, à prendre conscience des pensées, des sentiments,
des impulsions qui sont en train de composer notre paysage inté-
rieur et de nous influencer. Le premier grand effort, en matière d’in-
trospection, c’est de prendre le temps de s’arracher aux sirènes de
la vie extérieure. L’introspection suppose de s’arrêter, de se mettre
en retrait, suspendre ses actes, renoncer aux distractions et actions.
Notre vie intérieure n’est jamais claire et calme, jamais immédiate-
ment lisible. Nos ressentis et nos pensées sont toujours en mouve-
ment, en désordre, ils sont un flot où se mélangent l’essentiel et le
superficiel. »
L’introspection intègre un questionnement intérieur, mais selon les
personnes la question diffère.
Pour certains ce sera le « pourquoi ? ». Sur cette question, nous pou-
vons nous suffire d’une vision superficielle descriptive (comme celle
du MBTI ou du Big5), ou – comme ce fut mon cas – plonger plus
profondément et tenter de dénouer les rouages inconscients.
Pour d’autres, le « comment » prime. Ils s’attacheront plus à l’obser-
vation comportementale et fonctionnelle, à l’analyse transaction-
nelle typiquement, à la communication et l’interaction avec
l’environnement.
J'ai imaginé plusieurs raisons à cette quête de la conscience de soi,
inspirées de lectures trouvées ici et là :
- Pouvoir répondre à la question « pourquoi agissons-nous de
cette manière ? ». On souhaite avoir un comportement plus
prédictible, comprendre qui on est (self-awareness) et de
quoi on a besoin pour mieux fonctionner ;
- Unicité. Savoir se positionner dans le monde, et en quoi on
diffère. Trouver sa place et son identité dans le groupe, dans
la communauté ;
286 | La méthode Théia
- S'identifier. Les labels proposés par certains tests de person-
nalité (MBTI en tête) permettent de s’identifier, d’être en lien
avec les groupes sociaux qui nous ressemblent (vs les autres).
C’est une référence à des caractéristiques particulières, des
stéréotypes. C’est pour cette raison que les résultats – pour-
tant très personnels et révélateurs – de ces tests se retrouvent
facilement partagés ; ça rapproche des autres (dans une
composante sociale) en permettant d’aborder des sujets vrai-
ment personnels : « Oh toi aussi tu es…? » ;
- Réconfort. Le rapport d’un questionnaire de personnalité est
produit par un tiers objectif (le site où on fait le test), ce qui
procure un regard extérieur qui valide/confirme ce qu’on
pensait probablement déjà de soi ;
- Sans enjeu. Il n’y a ni bonne ni mauvaise réponse. On fait ce
qu’on veut des résultats. Sans debrief d’un professionnel
(formé au test) qui nous accule, on peut choisir de prendre et
comprendre ce qu'on veut ;
- Lien empathique. Ou le besoin de se sentir compris ;
- Fun ! Certains tests distraient et cassent la routine !
Voici plein de raisons pour expliquer l’engouement formidable
dans les questionnaires de personnalité et autres quizz de l’été.
A contrario, beaucoup d'autres personnes n'en ont rien à faire !
Elles paraissent vivre très bien comme elles sont et ne s'en préoc-
cupent pas. Ce qui m’amène à me questionner : est-ce parce que je
souffre de certains aspects de ma personnalité et pas eux ? Voire à
les envier : quel luxe de pas se prendre la tête !
Naturellement, se tourner à l'intérieur de soi nécessite une pause,
un temps de qualité, une écoute que la suractivité (dopée au café
et autre stress numérique) ne favorise pas.
Annexe 1 - Compléments | 287
Le bonheur
Le bonheur est un idéal de l’imagination et
non de la raison. C’est un concept empirique.
Emmanuel Kant
Qu'appelons-nous bonheur de nos jours ? Est-ce le « kif » de
chaque instant ? Le maximum de plaisir ? Quelle définition y asso-
ciez-vous ?
Voyons-en quelques-unes.
Le bonheur est-il assimilable au bien-être subjectif instantané ?
Si nous nous accorderons facilement à dire que les termes « bien-
être » et « bonheur » n'ont pas les mêmes portées – on imagine
dans le bonheur une plénitude que le bien-être ne décrit pas, ils
semblent ces temps-ci se mélanger, certains utilisant le bien-être
comme mesure du bonheur. Voici quelques explications qui de-
vraient éclaircir ces termes et nous permettre de comprendre si
nous ressentons réellement du bonheur.
En parlant de bien-être, nous pouvons distinguer le bien-être « sub-
jectif » du bien-être « psychologique ».
Bien-être subjectif/hédoniste
Le bien-être subjectif se rapproche de la notion de plaisir hédo-
nique. On pense carpe diem et kif. Dans le langage courant, le bon-
heur est apparenté à ce bien-être subjectif, c'est-à-dire le sentiment
288 | La méthode Théia
d'être bien dans sa vie, heureux en général, dans un sens épicurien
de quête de plaisir.
Le courant de psychologie positive initié par Martin Seligman dans
les années 2000 se focalise beaucoup dessus avec son modèle
PERMA, en apportant des idées comme « il faut plus d'affects posi-
tifs que négatifs dans sa vie pour être heureux ». On y trouve des
tests pour évaluer sa quantité d’affects positifs ou négatifs (cf
PANAS ou POMS). Edward Diener a même inventé l’échelle de sa-
tisfaction de vie (satisfaction with life scale)... parce que la vie c'est
« satisfait ou remboursé » ?!
Cette forme de bonheur se focalise sur le présent avec une tempo-
ralité très immédiate. Elle illustre le remplacement du sentiment par
l’émotion et le déclin de l’effort peut-être…
« L’argent ne fait pas le bonheur » dit-on ! Précisons : l’argent n’est
plus source de bien-être dès lors que le seuil de satisfaction des
besoins de base est dépassé. Au-delà, c’est l’impression de pro-
gression de richesse qui apporte le bien-être. Reste que le meilleur
prédicteur de bien-être est l’individualisme (autonomie et liberté),
avant le pouvoir d’achat.
Ce bien-être subjectif totalisant 7.7M de pages Web sur Google, il
faut lui reconnaître une certaine notoriété. D’ailleurs, tout n’est pas
à jeter et la seconde partie de cet ouvrage y puise bon nombre
d’exercices.
Attention toutefois : on s’habitue au bien-être et on en veut encore
plus ! C’est ce qui s’appelle l’adaptation hédonique. Comment frei-
ner cette adaptation naturelle ? par la variété, la surprise et la grati-
tude. Le bien-être se cultive !
Mais pour revenir au sujet de ce chapitre : est-ce là le Bonheur (no-
tez le grand B !) ?
Annexe 1 - Compléments | 289
Bien-être psychologique
Le bien-être psychologique ou eudémonique ajoute une dimen-
sion presque philosophique au premier, avec des concepts comme
l'auto-détermination.
L'auto-détermination (définie par Deci, Ryan et Ryff) désigne la ca-
pacité à faire des choix et à agir de manière autonome, guidé par
ses propres valeurs et intérêts. Elle réfère donc à l'autonomie, à l’ac-
ceptation, à la maîtrise de son environnement, au sens de la vie et à
la croissance pour s'accomplir.
L'évaluation principale que j'ai pu trouver du bonheur eudémo-
nique est le questionnaire PWB (Psychological Well-Being couvrant
6 dimensions constituant ce bien-être psychologique : autonomie
(indépendance et auto-détermination), maîtrise de l'environne-
ment (qui rejoint le LOC), croissance personnelle, relations positives
avec les autres, avoir un sens/but à sa vie et l'acceptation de soi
(s'apporter amour et bienveillance).
Les philosophes anciens (Platon, Aristote) comme les stoïciens
(Marc-Aurèle) intègrent également au bonheur eudémonique une
recherche de sens et de vertu.
Et puis, l’étude de 700 personnes sur 75 ans (voir la conférence
TEDx de Robert Waldinger) montre que, plus que tout, la qualité
des relations, l’amour et la résilience (à approfondir en lisant Boris
Cyrulnik ou Barbara Fredrickson) constituent la source principale du
bonheur.
Pour distinguer ces deux formes de bonheur, voici un excellent
exemple qui vous parlera si vous êtes parent : avoir des enfants
n’apporte pas forcément beaucoup de plaisir hédonique (sic), mais
plutôt un bonheur eudémonique !
La différence entre ces 2 types de bonheur renvoie aussi à une vi-
sion du monde, de l'individu et de ce qui le rend heureux. Je me
dis même qu'en fonction de notre personnalité nous avons ten-
dance à nous retrouver plutôt dans une définition ou dans l'autre.
290 | La méthode Théia
Typiquement, l’épicurien se reconnaîtra sans doute dans la pre-
mière, le loyal dans la seconde !
Côté héritabilité, sans surprise, le bien-être subjectif « se transmet »
à 45% (lire page 314 pour mieux comprendre l’héritabilité). Ensuite,
selon les auteurs, nous trouvons une influence des conditions exté-
rieures (confort, circonstances de vie, etc) de 15 à 25%, et donc une
part de 30-40% sur laquelle nous pouvons agir avec nos actions in-
tentionnelles. Bref, là encore, on n’est/naît pas tous égaux…
Annexe 1 - Compléments | 291
L’amour
L’amour, c’est donner ce qu’on n’a pas à
quelqu’un qui n’en veut pas.
Jacques Lacan
Au-delà de cette accroche d’apparence cynique, voyons comment
l’amour se relie à nos propos.
En commençant par les prémices de l’amour : l’attraction !
Naturellement, la rencontre requiert une attirance physique. Où
cette attirance s’alimente-t-elle ? Alors là… En dehors de l’attirance
pour l’étranger qui pourrait être un appel au brassage chromoso-
mique (thèse évolutionniste) ou la projection de son parent (thèse
œdipienne) ou l’attrait pour la nouveauté ou la rébellion de certains
masques ?
Selon les études, il suffirait de quelques secondes pour être séduit
lors d’une première rencontre.
A défaut (ou en complément) de l’attirance, l’attraction peut exiger
des similitudes socio-démographiques, des valeurs communes,
des attitudes… Dans tous les cas, elle nécessite une certaine proxi-
mité physique et des familiarités, quoique les applications de ren-
contre bouleversent la donne.
Bref, ce n’est pas l’objet de mon propos.
Après la lune de miel, la complémentarité des traits de personnalité
et des besoins prédit la stabilité. C’est là que ça devient intéressant.
292 | La méthode Théia
Prenons quelques exemples. Les personnes ayant une faible estime
d’elles-mêmes ne s’attirent pas entre elles. Une personne qui a ten-
dance à se soumettre choisit un partenaire dominant et vice versa.
Une personne ayant besoin d'être protégée est plus attirée par un
individu protecteur et inversement.
On dit que « les contraires s’attirent ». Mais au-delà de la maxime,
nous avons expliqué (voir page 161) que ces appariements advien-
nent par continuité de l’environnement connu dans l’enfance.
Plus généralement, Lacan nous dit que l'amour implique une di-
mension de manque et de désir impossibles à satisfaire pleine-
ment. L'amour est lié au manque fondamental que chaque individu
ressent. L'acte d'amour est alors une tentative de combler ce
manque en le puisant chez un autre.
Il complète : « Aimer, c’est essentiellement vouloir être aimé » et ex-
prime ainsi qu’on cherche chez l’autre de quoi combler nos bles-
sures, et en même temps on répète le schéma amoureux de notre
enfance qui donc nous fait revivre nos blessures.
Ainsi, l’amour se développe pour la personne qui remplit mes be-
soins. Quand mes besoins sont nourris, le bonheur qui en découle
alimente le sentiment amoureux. Tant que je sens la présence des
choses que j’attends (dont j’ai besoin), le sentiment perdure. Dans
le cas contraire, il s’estompe puis s’éteint. Stress et affects négatifs
viennent ternir puis lasser et enfin briser le lien. Cet enlisement pos-
sible de la relation est bien décrit (malgré beaucoup de clichés et
généralités) par le livre (ou la pièce éponyme) « les hommes vien-
nent de Mars, les femmes de Venus ».
Une question demeure : dans ces premières secondes de la ren-
contre où l’attraction se forme, sommes-nous en mesure de perce-
voir intuitivement les attitudes et masques de l’autre et, par des jeux
de regards, de posture, d’intonation de voix, trouver en l’autre notre
complément psychologique ?
Annexe 1 - Compléments | 293
Nous l’avons vu en fin de seconde partie : l’amour s’oppose à la
peur.
Elaine Aron (dans son ouvrage « Bourreau intérieur ») oppose le
lien amoureux au pouvoir (linking vs ranking). J’opposerais pour ma
part l’essence à l’égo. Vivre dans l’amour c’est vivre connecté à son
essence, en apaisant son égo. L’égo exprime de multiples masques
possibles : peur, domination (pouvoir) et beaucoup d’autres. La vi-
sion d’Elaine Aron me semble donc trop réductrice – et je déve-
loppe ma critique page 349, mais je rejoins sa conclusion : vivons
dans l’amour !
Le système d’attachement (voir la création de l’attachement page
312) projette sur le partenaire et perpétue les besoins de l’enfant.
Ainsi, nous poursuivons adulte les manquements de notre enfance,
et par habitude, nous désirons une personne qui reflète le fonction-
nement amoureux de nos parents.
Je retranscris Fabrice Luchini citant Friedrich Nietzsche : « Si je ne
connais rien du tout de moi, si je ne sais pas qui je suis, je vais être
dans un tel état d’incertitude, de non-présence, que je ne vais rien
voir dans l’autre ; car je vais voir dans l’autre qu’une confirmation de
moi ; je vais l’utiliser, l’instrumentaliser pour en faire un spectateur,
et non pas une rencontre. »
Nous pourrions ainsi différencier un amour d’égo – alimenté par
l’autre nourrissant nos besoins (les besoins de nos masques) – d’un
amour véritable et sain liant deux essences (deux êtres libérés de
leurs égos). Ces deux formes étant encore deux extrêmes d’un con-
tinuum entre lesquels vous vous situez. L’idée serait donc de tendre
petit à petit vers l’amour véritable.
Vous avez peut-être vécu vous-même ou connu une dépendance
affective ou une interdépendance fusionnelle ou un couple bour-
reau-victime, etc, mais ces mécanismes rongent, abiment, et ne du-
rent pas. Il faut au contraire travailler chacun sur ses blessures et
sortir du soi égocentré pour moins attendre de recevoir, et pouvoir
se tourner vers l’autre et lui apporter selon ses besoins profonds.
294 | La méthode Théia
On comprend ici que la relation amoureuse se vit plus facilement
quand les partenaires ont moins de besoins (parce que les bles-
sures sont moins profondes). C’est ainsi.
Ces besoins (liés à votre personnalité) se reflètent dans les 5 lan-
gages de l’amour décrits par Gary Chapman : par un savant mé-
lange de vos blessures et masques hérités et probablement de
l’exemple de vos parents et de leur propre langage affectif, vous
serez sensible à un langage plutôt qu’un autre. Globalement, les
paroles valorisantes, cadeaux et services rendus viendront (sous dif-
férentes formes) nourrir et rassurer l’estime de soi fragile du parte-
naire. Le toucher physique parle aux sensibles (qui ne souffrent pas
de contrôle émotionnel !). Enfin, les moments de qualité comble-
ront les épicuriens romantiques.
Plus les blessures sont profondes, plus leurs besoins appelleront
des témoignages de réassurance, avec potentiellement des at-
tentes élevées dans plusieurs langages – faisant porter d’autant plus
de poids au partenaire pour y subvenir.
Au sein d’un couple, parler le(s) même(s) langage(s) dans des pro-
portions comparables facilite leur satisfaction dans une logique
simple de réciprocité, d’autant plus dans les langages de toucher et
de moments de qualité qui par définition nécessitent d’être parta-
gés. A contrario, si les langages sont clairement différents, il vous
sera difficile de « parler » un autre langage, et pour votre partenaire
également, surtout au long terme. Pire, des besoins déséquilibrés
(l’un présentant nettement plus d’attentes que l’autre) témoigneront
possiblement de dépendance affective ou de binôme an-
xieux/fuyant par exemple.
Voyons aussi une expression courante : trouver mon autre moi, en
latin mon alter ego.
L’idée absolue de trouver une personne à son image (sa moitié, son
âme sœur, etc) comme gageure du grand Amour idyllique inter-
roge et semble s’opposer au propos ci-dessus où je suggère plus la
Annexe 1 - Compléments | 295
complémentarité que la ressemblance. Ces couples si semblables,
tels frère et sœur, fonctionnent-ils ?
Je tends à les considérer comme des bombes à retardement : bien
sûr que de partager les mêmes masques facilite l’alignement. Le
couple remplit ses besoins de la même manière et parle le même
langage. Mais que se passe-t-il si pour une raison ou une autre les
besoins n’étaient plus remplis ? Prenons l’exemple d’un couple de
battants qui perd beaucoup d’argent par les aléas de la vie (faillite
professionnelle, crash boursier, etc). Quel sera l’impact sur le
couple si les 2 partagent les mêmes fragilités ?
Examinons également (brièvement) la jalousie.
Je pars d’une proposition de définition simple : la jalousie est la
peur de perdre l’autre. Certes, c’est la peur ultime, mais ne pou-
vons-nous pas imaginer être jaloux aussi en entendant l’être aimé
relater une soirée extraordinaire passée en tête à tête avec un rival ?
Savoir l’autre rire aux éclats avec un tiers ne signifie pas de le
perdre… et pourtant, la jalousie pointe déjà son nez.
Derrière ce sentiment pernicieux et profondément désagréable se
cache avant tout un défaut d’estime de soi (que nous avons vu page
141). Dès lors que vous avez reçu enfant un amour conditionné,
vous imaginez que votre amour d’adulte privilégiera quiconque
remplit la condition mieux que vous. Cela vous met aux abois, ju-
geant tout le monde – et vous-même plus encore.
Bien sûr, pour parfaire une belle jalousie empoisonnante, il faut
ajouter un tempérament anxieux et – je les crois liés mais séparons-
le pour rester clair – un style d’attachement anxieux également. Car
les évitants fuiront dans la solitude ou les addictions typiquement.
Pour vous en défaire, vous pouvez travailler la jalousie de front –
comme l’estime de soi, mais elle s’apaisera aussi naturellement
comme effet induit par le travail indiqué en seconde partie sur vos
masques. En effet, en abaissant les masques, en calmant votre égo,
en prenant conscience de vos croyances erronées sur le monde, en
intégrant que vous méritez d’être aimé, vous gagnerez
296 | La méthode Théia
indirectement en estime de vous et donc en confiance, en vous et
par conséquence en la relation. Et la jalousie s’envolera progressi-
vement.
« Et la sexualité dans tout ça ? » me demandez-vous.
Ah ! je savais que vous poseriez la question !
Eh bien oui, j’avance que la sexualité aussi varie selon les masques
que nous arborons. Prenons quelques exemples pour illustrer : le
gentil fera preuve d’altruisme et se souciera du plaisir du partenaire
(même avant le sien probablement) ; le perfectionniste fera tout
son possible pour être irréprochable au risque de bloquer son
propre désir à trop s’évaluer ; le battant sait ce qu’il veut et souhai-
tera que son partenaire y contribue ; l’épicurien s’amusera comme
un enfant capricieux à expérimenter et accusera s’il n’est pas suivi ;
et le loyal ou le rigide risque de ne pas s’amuser tous les jours !
D’ailleurs, Laurent Gounelle (dans son livre « Je te promets la li-
berté ») décrit subtilement les variations d’appétit sexuel de son hé-
roïne Sybille selon les personnalités qu’elle expérimente…
Bien entendu, beaucoup d’autres critères entrent en jeu : attirance
physique, humeur, alimentation, santé, style d’attachement etc. En-
core une alchimie subtile à trouver ! J’ai récemment découvert les
EroTypes de Laura Pynson. Mieux vaut avoir des types similaires au
sein du couple – un peu comme avoir les mêmes langages de
l’amour vus plus haut.
Terminons sur une statistique amusante : l’héritabilité de la fré-
quence des orgasmes atteint 35% avec un partenaire et 50% en
solo, parce que justement l’influence de l’acquis (et des masques)
se voit plus dans les relations à autrui...
Tout ceci est merveilleusement complexe et romantique ! On n’a
pas fini de conter les plus belles histoires d’amour sous toutes les
formes d’art !
Si le cerveau est une énigme savante, l’amour lui gardera toujours
bien des mystères.
Annexe 1 - Compléments | 297
Je conclus en citant Elaine Aron : « L’amour sincère ne commence
que lorsqu’on a vu l’autre sous ses plus mauvais jours et qu’on l’aime
encore. », ce qui me rappelle un autre dicton : « Un ami, c’est
quelqu’un qui vous connaît bien mais qui vous aime quand
même » !
L’intelligence
L'intelligence, c'est le seul outil qui permet à
l'homme de mesurer l'étendue de son mal-
heur.
Pierre Desproges
Nous allons discuter de l’influence de l’intelligence dans tout ça.
Le sujet de l’intelligence est délicat car il éveille des susceptibilités
et contrarie rapidement. Si vous ne vous estimez pas parmi les plus
intelligents, c’est complètement OK, ça ne vous rend pas moins
« bien » !
Commençons par expliquer que l’intelligence – telle qu’étudiée de-
puis 150 ans – mesure un mélange de compétences : mémoire
court terme, raisonnement, compréhension, vocabulaire. Et les
études montrent que ces compétences sont globalement corrélées
(voir page 315), d’où une note d’intelligence générale (appelée fac-
teur g) censée mesurer toutes les variétés d'expression de
298 | La méthode Théia
l'intelligence. Bien sûr, cette note moyenne masque des possibles
disparités qui justifient des scores plus détaillés par « zone de po-
tentialité ».
Le fameux QI (Quotient Intellectuel) mesure cette forme d’intelli-
gence, et le fait très bien depuis plus d’un siècle. Par construction,
dans une population donnée et à un moment donné, le QI a une
moyenne de 100 et un écart type de 15, si bien que :
- Près des 2/3 des personnes sont entre 85 (moyenne - écart
type) et 115 (moyenne + écart type),
- Environ 1/8ème ont entre 115 et 130 (et un autre huitième
entre 70 et 85) et
- 2% seulement ont plus de 130, et ces 2% sont labellisés HPI
(Haut Potentiel Intellectuel).
Figure 29 - Distribution des scores de QI (source : Wikipédia)
Le principal test de QI validé aujourd’hui est le Wesler (WISC ou
WAIS) qui prend 1 à 2h à faire chez un psychologue. Attention donc
aux pseudo-tests de QI sur Internet, la plupart étant non validés
scientifiquement.
Annexe 1 - Compléments | 299
Note : aujourd’hui le QI moyen (de 100) est supérieur à celui de
1950 (c’est-à-dire que si vous passiez aujourd’hui le test QI de 1950,
vous auriez un score plus élevé). C’est l’effet Flynn. D’ailleurs, il pa-
raît que le QI moyen baisserait ces dernières années ! à bon enten-
deur…
Bon.
Quel lien avec notre sujet alors ?
Eh bien, si vous avez lu le livre, vous commencez à comprendre que
tout est relié, tout s’influence, se module, se modère. C’est pour cela
que les liens et corrélations sont si complexes et difficiles à étudier.
Et donc que les facteurs ne sont pas analysables indépendamment.
Prenons quelques exemples :
- Le QI évalue le raisonnement, donc l’intelligence devrait faci-
liter la recherche de solution, donc des stratégies de coping
plus efficaces. Les personnes plus intelligentes seraient-elles
moins fuyantes ?
- L’intelligence (comme le tempérament) vient moduler les be-
soins de l’enfant et comment les parents pourront les com-
bler. Rend-elle ainsi plus exigeant en explication, en temps,
en énergie parentale ?
- Le QI corrèle négativement avec la religiosité. Si vous êtes
spirituel, ne vous offusquez pas de cette conclusion d’étude,
à nouveau ce n’est qu’une corrélation. L’explication (fournie
par l’auteur Miron Zuckerman) dit que plus les individus sont
intelligents et plus ils ont tendance à adopter une pensée
analytique (plus factuelle) ;
- L’intelligence (telle que définie ci-dessus) explique des facul-
tés de réflexion, analyse et anticipation. Est-elle liée à l’an-
xiété ? Miron Zuckerman explique dans la même méta-
analyse que la pensée analytique prédispose à prendre de
plein fouet l'anxiété due à une incertitude, à notre insigni-
fiance dans l'existence, à l'arrêt de notre conscience à notre
mort…
300 | La méthode Théia
- Et nous avons vu que la religiosité corrèle (positivement) avec
le bonheur. Donc plus de QI prédispose à être moins heu-
reux ? Ernest Hemingway disait : « Le bonheur chez les per-
sonnes intelligentes est la chose la plus rare que je
connaisse ». Mais, selon Nicolas Gauvrit, les études ne le dé-
montrent pas ;
- Les HPI ne présentent pas plus de troubles de la personnalité
que les autres ;
- Cas intéressant : les HPI ne sont pas plus dépressifs que les
autres en moyenne. Mais à milieu social égal, si ! Pourquoi ?
Parce qu’il y a plus de HPI dans les milieux sociaux élevés.
L’interprétation serait que le HPI qui ne réalise pas son poten-
tiel (qui ne réussit pas professionnellement pour faire simple)
déprimerait ;
- On trouve beaucoup moins de HPI dans les populations
ayant eu un traumatisme dans l’enfance. Là encore, d’autres
facteurs modèrent certainement ce lien : les classes mo-
destes connaissant plus de problèmes de dépendance, les
parents sont moins disponibles ou plus agressifs ce qui nuit
au développement sain de l’enfant. Ainsi, grandir en milieu
aisé favorise le développement (l'expression) du QI.
- Et pour couronner le tout, l'intelligence est héritable à 50%
(comme la sensibilité, les traits de tempérament et en fait à
peu près tous les traits de personnalité) !
- Le QI se maintient au long de la vie. A nouveau, la moyenne
de 100 est pour une population donnée (dont une tranche
d’âge donnée). Une même personne n’est pas aussi intelli-
gente à 60 ans qu’à ses 30 ans, mais son score de QI reste
normalement identique.
Nous voyons dans ces exemples toute la complexité des études et
toute l’intrication de tous ces facteurs.
Attention donc à toujours prendre des pincettes dans les conclu-
sions à tirer.
Annexe 1 - Compléments | 301
Pour revenir à nos moutons, nous avons parlé (au chapitre sur l’es-
time de soi page 141) du syndrome de l’imposteur. Est-ce que le QI
y serait lié ?
En vous documentant sur l’effet Dunning-Kruger, vous compren-
drez que le QI permet de prendre conscience de l’étendue des con-
naissances – et donc du peu de connaissances acquises. Suffit-il à
expliquer ce syndrome ? Certainement pas : je connais des gens
brillants, honnêtes dans l’évaluation de leurs compétences et leurs
limites, et dont l’estime propre est saine.
La réponse se situe donc dans la formation de l’estime de soi (déjà
présentée).
En synthèse, je dirais que l’intelligence – comme un trait de tempé-
rament – module de nombreux autres traits de personnalité.
Orientation professionnelle
Si le QI prédispose à certaines orientations professionnelles –
comme les très sérieux centres d’orientation et bilans de compé-
tence le montrent, qu’en est-il du possible lien entre nos blessures
et notre orientation ? A quel point nos aptitudes (et nos choix
d'orientation et de carrière) sont eux aussi le reflet de notre person-
nalité et donc de nos blessures ?
Le test d’aptitudes et d’orientation le plus connu est le RIASEC du
psychologue John Holland. RIASEC est un acronyme pour Réaliste,
Investigateur, Artistique, Social, Entrepreneur et Conventionnel. Ce
sont donc 6 grandes familles de compétences et d’orientations pro-
fessionnelles correspondantes.
J'ai tenté de faire coller le RIASEC avec quelques masques que
nous avons vus en première partie :
302 | La méthode Théia
Figure 30 - Représentation du RIASEC (source : Université du Manitoba) et
les masques associés
Tous les masques n’y figurent pas. Et naturellement, on retrouve des
battants chez les entreprenants, des narcissiques en acteurs, etc.
Encore une fois, l'idée n'est pas de débattre des correspondances
exactes ou pas, mais de l'idée…
Ceci – comme le reste – n’est qu’une humble proposition soumise à
votre jugement et votre esprit critique.
Je serai très heureux d’en débattre si vous le souhaitez !
Annexe 1 - Compléments | 303
Valeurs
Les valeurs sont des croyances stables en
fonction desquelles on se fixe certains buts à
atteindre dans sa vie.
Jean Cottraux
« Non ! pas les valeurs ! », pensez-vous.
Mais si. Je crois également que les valeurs découlent de nos bles-
sures – ou de nos masques plus précisément.
Les valeurs sont des conceptions centrales pour chaque individu et
pour la société. Elles servent de standard pour juger, guider les
choix et expliquer les choses. Les valeurs personnelles sont des
croyances apprises de ce qu’une personne considère comme im-
portant et utile comme ligne de conduite dans la vie.
Notre intégrité à agir en cohérence avec nos valeurs est un facteur
déterminant dans nos relations interpersonnelles. En effet, elle éta-
blit notre crédibilité et crée un sentiment de confiance.
En quoi nos valeurs seraient liées à nos masques ?
Vous vous souvenez, un masque se caractérise par des moteurs (dri-
vers) qui sont le reflet des croyances (liées aux blessures) qui com-
posent la vision du monde. En moralisant et abstrayant ces moteurs,
vous avez vos valeurs. Ainsi, les valeurs sont l’expression visible et
morale des croyances de nos blessures.
304 | La méthode Théia
Par exemple, prenez les 19 valeurs universelles de Shalom Schwartz
et demandez-vous si vous ne reconnaissez pas certaines des quali-
tés associées aux masques (décrites page 69) ?
Naturellement, certains masques sont plus moralisateurs que
d’autres : si le loyal cumule toutes les valeurs (ce qui est à peine
exagéré), l’épicurien à l’inverse ne s’en impose pas beaucoup (à
part l’hédonisme ! et encore, est-ce une valeur ?). Entre les deux, le
gentil brillera de bienveillance et gentillesse, le battant d’autono-
mie et de réussite sociale, le méfiant de sécurité, le rigide de con-
formité et de tradition, le leader de pouvoir, etc.
Vous noterez que plus une blessure est béante, plus le masque as-
socié est fort, plus les valeurs sont affirmées.
Mais le lien se fait au niveau du masque. En effet, imaginez une per-
sonne d’une attitude particulièrement fuyante ou soumise à sa bles-
sure : elle n’exprimera pas une valeur liée à sa blessure.
Chaque valeur puise donc sa force dans l’expression d’un masque.
Introversion vs extraversion
Les termes introversion et extraversion furent proposés par Carl
Jung pour distinguer les deux types d'attitudes observables chez
les individus selon leur tendance à puiser leur énergie à l’extérieur
(les autres, le monde) ou à l’intérieur (dans leur propre univers). De-
puis, ce trait se retrouve dans de nombreux modèles (Eysenk, Clo-
ninger, Big5, HEXACO, MBTI, etc) comme composante majeure de
la personnalité.
Les personnes avec les scores très hauts en extraversion ont un res-
senti positif d'eux-mêmes, se sentent confiantes pour diriger un
groupe de personnes ou pour s'adresser à elles. Elles aiment les
interactions sociales, et ressentent des sensations positives d'en-
thousiasme et d'énergie.
Annexe 1 - Compléments | 305
Par contre, les personnes introverties (qui ont des scores très bas
sur cette échelle d’extraversion) pensent qu'elles sont peu popu-
laires, se sentent gênées quand elles sont au centre de l'attention
et elles ne sont pas intéressées par les activités sociales. La stimula-
tion extérieure les affaiblit rapidement, et elles se ressourcent
seules.
Attention, ces descriptions n’enferment personne. Les compé-
tences sociales par exemple ne distinguent pas l’extraverti de l’in-
troverti. L’élément majeur sous-jacent à ces caractéristiques est que
l’extraverti puise son énergie au dehors tandis que l’introverti se res-
source en lui (seul chez soi typiquement).
L’extraversion peut s’évaluer aisément au vu du grand nombre de
questionnaires incluant ce trait. Vous pouvez répondre au MBTI ou
ses fonctions cognitives (inspirées de Jung), ou mieux au Big5 ou à
l’HEXACO qui sont eux validés.
Selon Elaine Aron, mère inventrice de la sensibilité et auteure du
questionnaire (HSP) le plus usité, 70% des hyper-sensibles sont
aussi introvertis.
Si je n’accorde que peu de crédit à Elaine Aron (cf mes remarques
précédentes), j’aurais tendance à lier les deux aussi, et Eysenk nous
propose une explication s’appuyant sur les théories d’excitation et
inhibition physiologiques : nous avons tous un seuil d’excitation qui
nous dynamise, nous énergise, nous fait du bien, et au-delà duquel
nous serions sur-stimulés et débordés – nous coûtant ainsi en éner-
gie. Et bien ce seuil serait plus bas chez un introverti qu’un extra-
verti. Ainsi, l’introverti a besoin de plus de repos et atteint son seuil
dans un environnement plus calme, et peu d’interactions sociales
lui suffisent, alors que l’extraverti cherche plus de stimulation et en-
gage socialement avec plus de monde parce que son seuil est plus
élevé.
J’y apporte ma touche personnelle : je pense que, quel que soit le
seuil, la sensibilité pourrait rendre l’effet de toute stimulation plus
306 | La méthode Théia
important, expliquant l’atteinte du seuil plus rapide. En effet, un
même stimulus chez un hypersensible procurera un ressenti plus
intense que chez une autre personne moins sensible, rapprochant
donc plus rapidement l’hypersensible du seuil d’excitation optimal.
Ainsi, sensibilité et introversion seraient corrélées : l’introverti se
plaît avec un ou deux potes dans un bar calme quand l’extraverti
préfère recevoir 15 copains dans une ambiance (sonore et lumi-
neuse) intense.
J’illustre cette approche ci-dessous :
Figure 31 - Sensibilité et extraversion
On voit à gauche une personne à sensibilité faible qui a besoin de
temps et d’accumulation de stimulations pour atteindre une excita-
tion satisfaisante. Et en cas de dépassement du seuil optimal, il ne
sera pas inconforté, du fait de sa moindre sensibilité. A contrario, en
cas de sensibilité élevée (à droite ci-dessus), pour une même stimu-
lation, l’atteinte du seuil est plus rapide, et le dépassement franche-
ment désagréable poussera au retrait des stimulations (donc des
personnes, bruits, etc).
Jeffrey Gray (comme Cloninger) propose une approche un peu dif-
férente combinant 2 systèmes d'activation (vs inhibition) et ap-
proche (vs évitement) basés sur la biologie hormonale. Activation
Annexe 1 - Compléments | 307
et approche se nourrissent de récompenses, tandis qu’inhibition et
évitement répondent à la peur et la punition. Son modèle renvoie à
l’impulsivité et l’anxiété qui ne sont pas sans rappeler des traits de
tempérament (discutés page 132). L’impulsivité serait alors un mé-
lange d’extraversion et d’instabilité émotionnelle, tandis que l’an-
xiété mixerait introversion et instabilité émotionnelle.
Dans ces deux modèles, nous voyons – du moins j’y vois ! – l’expli-
cation de cette énergie variable d’extraversion/introversion par des
composantes innées du tempérament telles que la sensibilité, l’im-
pulsivité ou la stabilité émotionnelle.
Internalisation vs externalisation
J’enchaîne ici sur un concept qui sonne comme le précédent, mais
qui n’a rien à voir !
Les troubles d' « internalisation » regroupent les comportements af-
fectant le « soi » (au sens freudien, c’est-à-dire l’entité médiatrice
entre les désirs instinctuels du « ça », les exigences morales du « sur-
moi » et la réalité extérieure). Non non restez ! Vous allez voir, c’est
important.
Un sujet présentant des troubles d'internalisation peut par exemple
souffrir de manque de confiance, de dépression, d'anxiété, de pho-
bie ou être sujet à des pertes d'intérêts dans ses activités. Au con-
traire, les troubles d' « externalisation » regroupent les
comportements affectant aussi des personnes extérieures. Ils in-
cluent les troubles du déficit de l'attention ou du comportement,
l’agressivité, la provocation, etc.
Or, nous observons de nombreuses caractéristiques ainsi tournées
vers soi (internalisées) ou vers l’extérieur (externalisées). Jean Cot-
traux liste par exemple 6 émotions internalisées (angoisse,
308 | La méthode Théia
culpabilité, tristesse, deuil/nostalgie, regret/remords et humilia-
tion/honte) et 6 externalisées (colère, envie, mépris, jalousie, res-
sentiment, haine). Les stratégies de coping (voir page 61)
pourraient se classer aussi selon cet axe.
Les attitudes de soumission vs compensation ne seraient-elles pas
liées à ce concept également ? Les 6 émotions internalisées men-
tionnées ci-dessus ne sont-elles pas celles ressenties en subissant
nos blessures, tandis que les masques (forgés dans l’attitude de
compensation) expriment en cas de stress les 6 autres émotions ex-
ternalisées ?
A méditer…
Maître de sa vie (Locus of Control)
Comme évoqué précédemment au chapitre sur les stratégies de
coping (cf page 61), le Locus of Control (LOC) en anglais – traduit
par lieu de maîtrise ou internalité – décrit à quel point vous croyez
que les conséquences et événements de votre vie découlent de
votre action.
Plus votre LOC est interne, plus vous croyez que vos performances
ou votre sort dépendent principalement de vous. A contrario, plus
votre lieu de maîtrise est externe, plus vous pensez que ce qui vous
arrive est principalement déterminé par des facteurs échappant à
votre volonté, facteurs pouvant désigner d’autres personnes, des
dirigeants, francs-maçons ou entités supérieures divines entre
autres.
Ce LOC est lié au stress perçu : un LOC de type interne constitue
un modérateur (cf page 318) significatif des effets du stress, à l’in-
verse d’un LOC externe amplifiant les conséquences psychiques in-
duites.
Autrement dit, si vous vous croyez maître de votre vie, vous pourrez
mieux réguler le stress que vous ressentirez.
Annexe 1 - Compléments | 309
Le LOC est également lié à la confiance. Un LOC interne fort permet
d'alimenter la confiance en soi en cas de succès et donne la force
d'affronter les problèmes, même si l’impact de l’échec peut s’avérer
plus rude. Dans une situation que nous ne pouvons pas solutionner
par nous-mêmes (disons une maladie dégénérative par exemple),
un LOC externe fort peut contribuer à accepter la situation et y faire
face (coping centré sur l'émotion).
Le LOC s’évalue couramment avec le questionnaire Internal, Power-
ful Others and Chance Scales (IPC) de H. Levenson.
Jugement et auto-sabotage
Nous avons introduit en première partie la notion d’égo qui est une
entité abstraite dont on voudrait se dissocier et qui fait tout pour
nous protéger, comme nous l’avons vu page 109.
J’introduis ici deux autres entités abstraites qui sont couramment
utilisées. Non pas que je raffole de ces personnifications – au con-
traire ! – mais elles peuvent aider à comprendre certains rouages de
notre « boucle infernale » (vue page 161).
Pour commencer, entendons-nous sur les notions de Juge et de Sa-
boteur.
Nous portons tous un juge en nous. L’homme est un animal social
ayant le besoin d’être aimé inconditionnellement, d’être accepté tel
qu’il est et de vivre en communauté. Le jugement naît de l’obliga-
tion de se conformer pour vivre en groupe. Nous allons nommer
cette entité jugeante notre Juge intérieur.
Nous avons également tous en nous une entité qui nous fait voir le
monde d’une certaine manière et nous comporter en conséquence.
Cette entité s’est créée dans l’enfance pour nous aider à nous adap-
ter et alimenter au mieux nos besoins. Une fois adultes, nous
310 | La méthode Théia
n’avons plus besoin d’elle, mais elle reste active, habitante invisible
de notre esprit, prête à réagir au moindre risque de souffrir. Cette
entité modifie (distord, en référence aux distorsions vues page 98)
notre perception de la réalité, déforme notre vision du monde.
Nous nommons cette seconde entité un Saboteur.
Nous avons autant de saboteurs que de blessures. Lorsqu’ils s’acti-
vent, nous pensons, ressentons et donc agissons instantanément en
fonction de nos schémas. Ce sont eux qui génèrent nos émotions
négatives, notre stress, anxiété, frustration, somatisation, colère etc.
Bref, ils sabotent nos performances, notre bien-être et nos relations.
Y’a de quoi leur en vouloir ! D’où l’idée de les personnifier.
Le Juge est le Saboteur universel qui concerne tout le monde.
C’est celui qui vous réprimande à plusieurs reprises pour des er-
reurs ou des oublis. Il vous avertit de manière obsessionnelle des
risques futurs ou vous réveille au milieu de la nuit en vous causant
du tracas. Il fixe l’attention sur ce qui ne va pas chez les autres ou
dans votre vie, etc.
L'auto-sabotage désigne les comportements ou pensées par les-
quels une personne entrave inconsciemment ses propres succès et
objectifs. Cela peut inclure la procrastination, l'autocritique exces-
sive, la distraction, l'évitement, la culpabilité, la peur ou la création
d'obstacles inutiles. Ces actions sont souvent une réponse à des
peurs profondes, telles que la peur de l'échec ou du succès, ou le
sentiment de ne pas mériter le bonheur. L'auto-sabotage peut em-
pêcher l'individu d'atteindre son potentiel et de réaliser ses aspira-
tions. Il peut donc entraîner des sentiments de frustration,
d'insatisfaction et d’échec.
Néanmoins, ces entités – aussi parlantes et intuitivement justifiées
qu’elles puissent être – simplifient une mécanique que nous avons
expliquée en première partie. C’est pourquoi elles figurent en an-
nexe, afin de faire le pont avec d’autres lectures que vous avez pu
croiser.
Annexe 1 - Compléments | 311
Création du style d’attachement
Nous avons parlé (voir page 51) du style d’attachement et de son
rôle crucial dans notre construction (et en particulier la construction
de l’estime de soi).
Si ce style d’attachement s’acquiert dans l’enfance, il résulte de l’in-
teraction entre notre système d’attachement – qui lui est inné – et
notre environnement.
Le système d’attachement – inné donc fourni à la naissance – s’active
lors des séparations avec la figure d’attachement et se désactive
lorsque la proximité est retrouvée. Il vise donc à maintenir un état
stable malgré les variations de présence des figures d’attachement.
Lors de la séparation, l’enfant manifeste chagrin, pleurs ou colère
(selon son tempérament) pour appeler le parent. Les retrouvailles
apaisent ces émotions, tout comme le toucher (tétée, caresses) ou
la nourriture sucrée.
On observe 4 étapes dans le développement du style d’attache-
ment :
1) Le pré-attachement (0 à 3 mois). Le nourrisson envoie des si-
gnaux (sourires, succion) ;
2) L’émergence de l’attachement (3 à 6 mois). Les signaux visent
ses figures d’attachement, et c’est par leur réponse (réaction
aux signaux) que l’enfant construit le lien et l’attachement ;
3) L’attachement (6 à 12 mois). L’enfant définit ses personnes
d’attachement comme celles qui répondent à ses besoins ;
4) La résistance à la séparation (12 mois et plus). L’enfant déve-
loppe une peur des personnes non familières. Le modèle in-
terne d’attachement se construit et continue de s’alimenter
en fonction des expériences. Cet attachement servira aussi à
la phase d’exploration du monde, en sachant qu’il peut
compter sur quelqu’un.
312 | La méthode Théia
A 12 mois, on observe déjà les différents types d’attachement.
Plus tard, l’adolescent dirige son attachement vers des liens extra
familiaux (souvent ses amis). Et l’adulte vers un champ plus large de
relations (couple, parents, amis). Mais l’essentiel du style d’attache-
ment se construit donc dans la petite enfance.
Au cours des premières années, l’activation excessive du système
d’attachement crée une détresse chez l’enfant, engendrant une in-
sécurité pouvant mener à l’anxiété ou la dépression chronique. L’ac-
tivation persistante du système d’attachement à l’âge adulte devient
pathologique.
Pour faire écho au chapitre sur le tempérament (page 132), nous
comprenons que le tempérament initial de l’enfant influe sur le pa-
rent qui lui-même détermine le style d’attachement de l’enfant. Par
exemple, un enfant très irritable risque de rendre le parent plus in-
sensible et désimpliqué, ce qui altère leur relation et entraine un
attachement insécurisé.
De plus, la manière d’exprimer l’insécurité (anxiété ou évitement)
dépend du tempérament de l’enfant.
Je glisse ici une réflexion sur ce lien entre tempérament et style d’at-
tachement. Se pourrait-il qu’un tempérament prédispose à déve-
lopper un style d’attachement plutôt qu’un autre ?
Je vais avancer une thèse audacieuse.
Nous avons vu (au chapitre sur les blessures) la blessure particulière
de « carence affective », tronc commun à beaucoup d’autres bles-
sures. Nous avons également présenté les 3 attitudes de réaction
face à une blessure (voir page 104). Voici ma proposition : la bles-
sure de carence affective associée à une attitude de soumission
donnerait un attachement anxieux, tandis que cette blessure asso-
ciée à une attitude d’évitement aboutirait à un attachement évitant.
Reste à déterminer le lien entre tempérament et attitude… !
Annexe 1 - Compléments | 313
Héritabilité
L'héritabilité désigne la proportion de variation d’une caractéris-
tique observée au sein d'une population, attribuable à des diffé-
rences génétiques (innées), par opposition aux origines
environnementales (donc acquises) – l’environnement se divisant
lui-même en environnement partagé (par les membres d’une fra-
trie) et non partagé (hors de la fratrie).
L’héritabilité s’étudie principalement en comparant un trait donné
chez des jumeaux monozygotes (ayant le même génome) et chez
des jumeaux dizygotes (qui partagent 50% de leurs gènes comme
tous les frères et sœurs d’une fratrie). Statistiquement parlant, l’hé-
ritabilité est la part de variabilité (ou variance) d’un trait expliquée
par des facteurs génétiques. Autrement dit, une héritabilité de 50%
signifie que la moitié des différences observées entre les personnes
(pour un trait donné) sont dues à la génétique.
Voici une petite liste (puisée dans de nombreuses études éparses)
de traits de personnalité et leur héritabilité :
- Extraversion à 50%,
- Stabilité émotionnelle à 60%,
- Anxiété à 60%,
- Agréabilité à 40%,
- Conscienciosité (le fait d’être consciencieux) à 45%,
- Ouverture d’esprit à 60%,
- Sensibilité à 50%,
- Intelligence à 50%,
- Bien-être subjectif à 45%,
- Optimisme à 43%,
- Agressivité à 40%,
- Impulsivité à 60% (voir la note ci-dessous),
- Recherche de nouveauté à 40%,
- Auto-détermination à 60%,
- Transcendance à 50%.
314 | La méthode Théia
Attention : le cerveau est en constante évolution et ces traits n’y dé-
rogent pas. Par exemple, l’héritabilité de l’impulsivité est de 62%
quand elle est mesurée en début d’adolescence, 50% à la fin. Et
bien sûr, ces évaluations dépendent à la fois de la méthode (le
questionnaire) utilisée pour évaluer un trait – par exemple l’extraver-
sion évaluée par Eysenk, Cloninger ou le Big5 de Costa/MacCrae
ne donnera pas le même résultat – et de l’échantillon donc de la
diversité de la population réalisant l’étude.
Résumons : l’essentiel des traits de personnalité montrent une héri-
tabilité autour de 50%. Difficile donc de distinguer ce qui relève du
tempérament inné (discuté page 132) ou du caractère acquis.
Corrélation
Le monde devient parano, nous doutons de toute étude, et selon
vos masques (ou plus précisément, selon votre degré de méfiance),
ce qui suit devrait vous éclairer… ou ne rien arranger !
Je suis désolé d’attaquer par des statistiques, mais c’est incontour-
nable.
La corrélation (linéaire) est une mesure statistique qui indique la
force de la relation linéaire entre deux variables.
Figure 32 - Lien de corrélation
Annexe 1 - Compléments | 315
On peut avoir :
- Une corrélation positive (lorsque les valeurs d'une variable
augmentent, les valeurs de l'autre variable augmentent
aussi),
- Une corrélation négative (lorsque les valeurs d'une variable
augmentent, les valeurs de l'autre variable diminuent),
- Pas de corrélation (il n'y a pas de relation discernable entre
les valeurs des deux variables).
Ainsi le coefficient de corrélation va de -1 (corrélation négative par-
faite) à +1 (corrélation positive parfaite) en passant par 0 (pas de
corrélation du tout) et en pouvant prendre n’importe quelle valeur
entre -1 et 1.
La corrélation linéaire peut être illustrée graphiquement par un
nuage de points où chaque point représente une paire de valeurs
des deux variables étudiées :
Figure 33 - Corrélations positive, négative et nulle
(de gauche à droite)
On voit à gauche une corrélation positive, au milieu une corrélation
négative et à droite aucune corrélation apparente.
Note : évidemment, la corrélation parfaite (de -1 ou +1) n’existe pas
(à part avec soi-même !)
316 | La méthode Théia
Première question : à partir de quel seuil on estime que deux va-
riables sont corrélées ?
J’ai lu des conclusions hâtives (reprises dans la presse) affirmant
que deux concepts étaient liés, alors que le coefficient n’était que
de 0,2. Est-ce suffisant ?
Seconde question : à partir de combien de points la corrélation est-
elle probante ? Prenez deux individus : avec un peu de chance,
vous leur trouverez plein de trucs corrélés. D’où la question du
nombre d’individus ayant répondu au questionnaire.
Là encore, le lecteur averti regardera la taille de la population et ses
caractéristiques, car de nombreuses études sont faites par des psy-
chologues… sur leurs étudiants en faculté de psychologie. Ou par
un interne sur une douzaine de patients hospitalisés. Ou des répon-
dants en ligne. Ou trop peu de personnes.
Pour répondre à cette question, il faut examiner les tables de « va-
leurs significatives » en fonction de la taille de l'échantillon et du
risque (appelé seuil alpha) que l'on se fixe. Par exemple, une corré-
lation de +0,6 sur un échantillon de 10 personnes n'est pas signifi-
catif au seuil de risque de 5% (il peut s'agir d'un hasard), alors
qu’une corrélation de +0,2 sur un échantillon de 200 personnes est
significatif au seuil de 5%, car la taille de l'échantillon fait que la re-
lation, bien que faible, a peu de chances d'être due au hasard.
Troisième question : si A est corrélé avec B, alors ça veut dire que
quand on a A on a B ? Ou l’inverse ?
Figure 34 - Corrélation vs causalité
Annexe 1 - Compléments | 317
Eh bien ni l’un ni l’autre ! Le lien de corrélation n’indique pas la cau-
salité (l’implication) : A est lié à B, ils évoluent (plus ou moins) en-
semble, mais ça ne suffit pas pour savoir si c’est A qui cause B, ou B
qui cause A… ou même qu’un tiers entre dans la danse (voir l’an-
nexe suivante). La causalité se démontre (avec de la randomisation
et des expérimentations contrôlées) mais c’est beaucoup de travail
et donc très rarement réalisé.
Bref, attention encore aux raccourcis.
En conclusion, on peut faire dire ce qu’on veut aux études statis-
tiques, même les plus rigoureuses !
Même les méta-analyses (qui regroupent et pondèrent plusieurs di-
zaines ou centaines d’analyses pour en faire une synthèse) peuvent
se contredire sur un même sujet…
Et tout ceci n’est que le balbutiement de ce qui s’appelle la psycho-
métrie (la technique de la mesure psychologique).
Nous voyons dans le chapitre suivant une illustration de la difficulté
d’affirmer comment 2 choses sont liées.
Confusion, médiation et modération
On vient de voir la corrélation entre deux variables – si vous n’avez
pas lu la précédente annexe, faites-le, c’est un prérequis !
Mais ce n’est pas si simple ! non non !
Par exemple, en été les coups de soleil (variable A) augmentent et
les ventes de glaces (variable B) aussi. Donc les variables A et B sont
corrélées. Mais pas directement ! C’est le soleil (variable C) qui cor-
rèle avec l’un et l’autre. Le soleil est ici appelé une variable confon-
dante, ou « facteur de confusion ». On peut représenter cette
troisième variable ainsi :
318 | La méthode Théia
Figure 35 - Facteur de confusion (dans une corrélation)
Second exemple, plus sérieux : supposons que l'on trouve une re-
lation entre le stress (A) et la performance au travail (B). On peut
imaginer que ce n’est pas le stress qui directement affecte la perfor-
mance au travail. Peut-être que nous pourrions introduire une troi-
sième variable de qualité du sommeil (C) par exemple. Ainsi, le
stress affecte la qualité du sommeil, qui à son tour affecte la perfor-
mance au travail. La qualité du sommeil est un médiateur qui ex-
plique comment le stress affecte la performance au travail.
On peut représenter le médiateur ainsi :
Figure 36 - Le médiateur (d'une corrélation)
Enfin, dernier exemple, plus complexe : imaginons que l'on étudie
l'effet de la formation professionnelle (A) sur la performance au tra-
vail (B). Le niveau d'expérience des employés (C) peut influencer
cette relation, en ce sens que la formation professionnelle pourrait
avoir un effet plus fort sur les employés avec moins d'expérience
Annexe 1 - Compléments | 319
par rapport à ceux qui sont plus expérimentés. Le niveau d'expé-
rience est un modérateur qui vient moduler l’interaction entre for-
mation professionnelle et performance.
On peut représenter le modérateur ainsi :
Figure 37 - Le modérateur (d'une corrélation)
C’est pourquoi sur l’illustration de la création des blessures (page
118), j’ai présenté le tempérament comme modérateur de la rela-
tion entre les besoins et l’environnement, même si ce diagramme
représente une vue de l’esprit (et non un lien de corrélation bien
sûr).
Tout est lié
Maintenant que nous avons vu les corrélations (cf les 2 précédentes
annexes), je peux vous affirmer – de toutes les études que j’ai par-
courues – que tout est lié ! D’ailleurs le gribouillis de PsykoCouac
(de l’annexe complexité page 282) l’illustre aussi.
Voici une liste extrêmement parcellaire et non exhaustive (parmi les
milliers d’études sur le sujet !) établissant des corrélations entre tel
et tel autre aspect de la personnalité.
320 | La méthode Théia
Note : dans la liste qui suit, je ne relève que les corrélations signifi-
catives supérieures à 0,3 (ou inférieures à -0,3). Par défaut, quand
j’écris « corrèle », cela implique « positivement », c’est-à-dire que « X
corrèle avec Y » signifie que si X augmente Y augmente également
(si vous avez lu l’annexe corrélations ci-dessus). Sinon, je précise
« corrèle négativement » (Y diminue quand X augmente).
Et je me cantonne au terme « corrèle » pour éviter toute allusion de
causalité possiblement abusive, cf la même annexe sur les corréla-
tions.
- La stabilité émotionnelle et l’extraversion – évalués par le Big
5 entre autres – corrèlent avec la satisfaction de vie et les af-
fects positifs, une bonne estime de soi, des relations sociales
positives, l’autonomie, la faculté de trouver un sens à sa vie et
l’acceptation de soi ;
- Stabilité émotionnelle et extraversion corrèlent également
fortement avec intelligence émotionnelle ;
- L’émotivité corrèle avec des affects négatifs, tandis que l’ex-
traversion corrèle avec des affects positifs ;
- L’instabilité émotionnelle corrèle (fortement) avec divers in-
dicateurs de psychopathologie (dépression, abus de subs-
tances, troubles alimentaires, somatologiques et de
personnalité), d’anxiété et de vulnérabilité au stress ;
- La conscienciosité (être consciencieux) corrèle aussi avec des
affects positifs (ce que j’explique par un certain contrôle émo-
tionnel) et négativement avec l’impulsivité et l’irresponsabi-
lité ;
- L’estime de soi corrèle avec des stratégies de coping telles
que l’humour et l’acceptation et négativement avec le blâme,
le désengagement et le déni ;
- L’estime de soi corrèle négativement avec la dépression ;
- L’attachement secure corrèle avec le bien-être subjectif ;
- La désirabilité sociale (la tendance à se présenter positi-
vement aux autres et à soi) corrèle avec l’extraversion ;
Annexe 1 - Compléments | 321
- L’instabilité émotionnelle corrèle avec les 18 schémas de
Young (donc instabilité émotionnelle et présence de bles-
sures sont liées !) ;
- L’agréabilité corrèle négativement avec la valeur de pouvoir
et positivement avec la valeur de bienveillance ;
- La propension à croire aux théories conspirationnistes cor-
rèle positivement avec la religiosité, la paranoïa et le narcis-
sisme, et négativement avec l’estime de soi et les habiletés
cognitives ;
- L’accès aux états de pleine conscience corrèle négativement
avec le neuroticisme et positivement avec la conscienciosité.
Au-delà de cette liste de corrélations démontrées – études à l’appui,
j’imagine beaucoup d’autres liens mais je n’en ai pas trouvé la
preuve formelle. Par exemple, je pense que l’attachement évitant
est lié à une stratégie de coping plutôt fuyante et à une attitude évi-
tante face à ses blessures (ayant recours à l’addiction, y compris au
travail ou au sport). Malheureusement, les concepts de blessures et
masques manquent de support scientifique rigoureux (conceptua-
lisation et mesure validées scientifiquement) et donc de lien dé-
montré avec les autres aspects de la personnalité.
Catégorie vs Continuum
N’avez-vous pas entendu un jour quelqu’un qualifié de « PN » (com-
prendre pervers narcissique) ou un autre de « bipolaire », « TDAH »
ou encore « autiste » ? Parfois même auto-diagnostiqué ?
Attention avec ces titres hâtifs. La réalité se révèle souvent bien plus
complexe et subtile.
L’énorme majorité des tests de personnalité calculent un score
moyen de toutes les réponses. Si la réponse à chaque question va
disons de 1 à 7, le score final (moyen) est donc un chiffre décimal
322 | La méthode Théia
entre 1 et 7. Les scores de tous les répondants vont donc s’étaler
entre 1 et 7 – qu’on appelle continuum – en suivant en grande ma-
jorité une « distribution normale » (ou courbe de Gauss, ou
« courbe en cloche ») c’est-à-dire qu’il y a plus de monde répondant
autour de la moyenne qu’aux extrêmes, tel que l’illustre la courbe
ci-dessous :
Figure 38 - Distribution normale des scores aux tests de personnalité
Sur ce continuum, nous pouvons arbitrairement déterminer un seuil
et désigner par une catégorie (ou étiquette ou label) tous ceux dont
le score moyen est au-delà de ce seuil. Par exemple, les 2% plus
hauts scores de QI sont nommés HPI (hauts potentiels intellectuels).
Au passage, ce seuil n’a pas été défini pour permettre à Elaine Aron
de désigner les « hypersensibles » (HSP en anglais). Et que dire des
« extravertis » ? est-on extraverti dès lors qu’on dépasse le score
moyen (comme le prétend le MBTI) ?
Annexe 1 - Compléments | 323
Ces étiquettes présentent des inconvénients : elles sont utilisées
trop facilement pour se décharger de la responsabilité des pro-
blèmes causés ; elles peuvent suggérer des symptômes, des sté-
réotypes négatifs, et surtout causer de mauvaises compréhensions.
Nous voyons de plus en plus d’étiquettes employées à tort et à tra-
vers, alors que la plupart nécessiteraient de répondre à un long
questionnaire ou même de faire un diagnostic médical (pour les
troubles de personnalité).
L’étiquette ôte donc toute la nuance d’une échelle continue, mais
elle présente aussi plusieurs avantages. Au-delà de l’identité et des
arguments listés en annexe sur l’introspection (page 285), l’éti-
quette sert aussi à identifier des cas cliniques pour permettre leur
prise en charge (hôpitaux, remboursements, invalidité, etc).
Cette considération de continuum et d’étiquette introduit égale-
ment l’annexe suivante sur les troubles de la personnalité.
Troubles de personnalité
Les troubles de la personnalité (par exemple antisocial, borderline,
narcissique, obsessionnel-compulsif, etc) sont définis par le DSM
(Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, ou Manuel
diagnostique et statistique des troubles mentaux en français). Le
DSM fournit des critères standardisés pour la classification et le dia-
gnostic des troubles mentaux. Il est largement utilisé par les profes-
sionnels de la santé mentale à travers le monde, ainsi que pour la
recherche en psychiatrie et en psychologie. Le DSM est actuelle-
ment dans sa cinquième édition (DSM-5) qui date de 2013… Il dé-
crit 22 catégories de diagnostics dont les troubles dépressifs,
anxieux, bipolaires, alimentaires, TOC, schizophrénie, addictions
[…] et les troubles de la personnalité.
324 | La méthode Théia
Le DSM est critiqué à plusieurs égards : d’abord justement par la
rigidité des catégorisations excessives des troubles mentaux qui ne
reflète pas la complexité et la comorbidité des troubles (c’est-à-dire
que souvent une personne qui a un trouble en présente un autre
aussi). Les étiquettes stigmatisent aussi les individus, surtout qu’il a
tendance à pathologiser des variations de personnalité menant à
une surmédicalisation – mais ce ne serait pas là l’œuvre des compa-
gnies pharmaceutiques poussant à la création de nouvelles catégo-
ries de troubles dans le but de vendre plus de médicaments ?
Accessoirement, ces catégorisations (et critères de diagnostic) sont
le fruit du jus de cerveau des nombreux psychologues réunis à l’APA
(American Psychiatric Association), et non d’une méthode scienti-
fique validée.
J’ai tenté de représenter quelques associations (où la maladie peut
être à l’extrême d’un masque) sur cette illustration, en superposition
de la carte des blessures et masques de Théia :
Figure 39 - Correspondance avec les maladies du DSM
Annexe 1 - Compléments | 325
Au-delà des masques, l’instabilité émotionnelle associée à l’anxiété
ou à la dépression pourraient à l’extrême conduire à des troubles
borderline ou dépendant.
Bref, mon intuition – et je ne suis pas seul à le penser bien sûr – est
que les troubles sont pour bonne partie une étiquette donnée à un
ensemble de traits caractéristiques ayant un niveau particulière-
ment élevé. Prenons un exemple qui me paraît simple : une per-
sonne particulièrement (excessivement) consciencieuse, portant
probablement le masque de perfectionniste ou de rigide, risque de
développer des TIC ou des TOC. Sans doute que d’autres variables
viennent modérer ce lien – je pense en particulier à la connexion
corps-esprit. Autre exemple : la paranoïa ne serait-elle pas l’expres-
sion d’un masque de méfiant poussé à l’extrême (par une blessure
particulièrement grave) ?
326 | La méthode Théia
Annexe 2 - Critiques d’autres méthodes
Dans cette seconde annexe, je souhaite partager mon avis critique
(positif comme négatif) sur les principales méthodes que j’ai pu
croiser ces années passées. C’est un chapitre risqué et audacieux
car bon nombre de lecteurs auront certainement lu et apprécié cer-
taines de ces méthodes. Si c’est le cas, je vous prie de ne pas vous
offusquer et peut-être d’enrichir vous aussi votre compréhension
avec les apports du livre que vous tenez entre les mains.
Note : j’ai trié les méthodes de (ce qui me semble être) la plus con-
nue à la moins connue.
Le MBTI
Je commence par le test de personnalité que je crois être le plus
connu de tous : le Myers Briggs Type Indicator (MBTI), du nom de
Isabel Briggs Myers et Katherine Cook Briggs (mère et fille) qui ont
créé ce questionnaire en 1962 en s’inspirant des travaux de Carl
Jung sur les archétypes.
Le test évalue 4 dimensions : Extraversion (E) vs Introversion (I), Sen-
sation (S) vs Intuition (N), Thinking (T) vs Feeling (F) et Judging (J) vs
Perceiving (P) – je vous laisse le soin de vous renseigner sur le sens
de chaque pôle et même le passer gratuitement sur Internet. Cha-
cun se voit alors attribuer un type de personnalité composé de
quatre lettres, une de chaque paire de dimensions (par exemple,
INTJ, ESFP…), ce qui résulte en 16 types de personnalité distincts.
Mon avis :
Pour le côté positif, ce test est facile d’accès, bien connu et docu-
menté. Les 16 catégories (cf annexe ci-dessus page 322) sont
Annexe 2 - Critiques d’autres méthodes | 327
largement expliquées sur de nombreux sites Web ou vidéos You-
Tube. Vous vous reconnaissez, vous vous sentez compris. Le MBTI
est devenu langage commun.
Et ce n’est pas par hasard : cela fait 2 générations et 70 ans de travail
pour ancrer ce questionnaire dans les mœurs.
Le premier défaut de ce questionnaire est lié aux labels dont j’ai
déjà parlé. Pour ma part, je suis 50% introverti/extraverti et 50%
pensée/sentiment, donc selon mon humeur du moment – on est
plus extraverti quand on est bien – ou ma compréhension d’une
question, je me déplace entre 4 cases. Heureusement, le test que
j’ai fait fournit également le score sur chacun des 4 axes, ce qui aide
à prendre les résultats avec des pincettes.
Certaines applications de rencontre (comme Tinder ou Boo) se po-
sitionnent même sur l’appariement par type de personnalité MBTI,
ce qu’on peut retrouver formalisé sur de nombreux sites dédiés au
MBTI également ! Mais maintenant que vous avez lu la méthode
Théia (et l’annexe sur l’amour), vous comprenez qu’il n’y a pas de
paire de personnalités meilleure qu’une autre, seulement un vœu
d’apaiser notre égo pour mieux vivre dans l’amour.
Enfin, c’est aussi un questionnaire qui n’a pas été validé scientifique-
ment – et plus précisément qui a été démontré scientifiquement
non valide.
Le DISC
Le test DISC est un outil d'évaluation de la personnalité basé sur les
travaux de William Marston dans les années 1920. Vous le rencon-
trerez probablement dans le domaine des ressources humaines ou
du coaching professionnel car il analyse les comportements et les
motivations.
Le modèle DISC se compose de quatre dimensions principales :
Dominance (action, confiance en soi et compétitivité), Influence (re-
lations sociales, communication et enthousiasme), Stabilité
328 | La méthode Théia
(coopération, patience, loyauté et fiabilité) et Conformité (précision,
analyse, rigueur et respect des règles).
Point intéressant à noter : le résultat distingue le comportement «
naturel » de la personne du comportement « adapté » manifesté en
réponse à son environnement. Cette différence dénote autant la ca-
pacité d’adaptation que l’adéquation entre la nature authentique de
la personne et son activité professionnelle typiquement.
Voici le mien à titre d’exemple, illustrant que je me fais violence au
travail (à gauche) par rapport à ma nature (à droite) :
Figure 40 – Mon profil DISC
Mon avis :
Le DISC est intéressant à 2 titres : à la fois pour ses 4 grandes pola-
rités et des scores continus sur ces 4 axes (et sa représentation gra-
phique plutôt sympa), et pour cette analyse de l’adaptation à
l’environnement qui peut traduire un potentiel désalignement pro-
fessionnel ou une sur-adaptation.
En contrepartie de cette simplicité, ces 4 axes ne reflètent évidem-
ment pas toutes les nuances de tempéraments et des nombreux
masques que nous avons découverts. Même si vous retrouverez les
qualités de tel ou tel masque (la compétitivité du battant, l’enthou-
siasme du leader, la patience du médiateur, la loyauté… du loyal,
Annexe 2 - Critiques d’autres méthodes | 329
l’analyse du perfectionniste, le respect des règles du rigide, etc), ces
regroupements ne sont qu’un parti pris.
Et tout comme le MBTI, le DISC n’est pas valide scientifiquement.
La multitude de tests psychologiques
Au-delà de ces 2 premiers tests connus (surtout dans le monde de
l’entreprise), les chercheurs ont créé (et validé scientifiquement)
des centaines et des centaines de questionnaires de personnalité
pour évaluer telle ou telle caractéristique (l’attachement, la sensibi-
lité, l’extraversion, l’anxiété, etc etc).
J’ai moi-même réalisé plus de 180 tests dont une grande majorité
validée par la communauté scientifique. Vous pourrez en retrouver
sur les sites aprisme.blog ou psychomedia.qc.ca ou autres. Parfois
ils se trouvent difficilement, en annexe de thèse ou dans des livres
comme celui de Martine Bouvard. Et parfois je les ai achetés.
Note : si vous n’arrivez pas à trouver un test, contactez-moi et je
vous guiderai !
330 | La méthode Théia
Figure 41 - Liste des 180 tests de personnalité que j’ai réalisés
Annexe 2 - Critiques d’autres méthodes | 331
La plupart de ces tests se révèlent très enrichissants, mais l’interpré-
tation de leurs résultats nécessite de lire les articles de validation
scientifique qui les accompagnent, car ils introduisent la théorie
sous-jacente en l’état de l’art et donnent des mesures qui vous per-
mettront de vous situer par rapport à une population testée.
Dans une premier temps, au printemps 2023, j’ai sélectionné une
vingtaine de questionnaires pour les synthétiser dans un outil nu-
mérique accessible via WhatsApp et documenté sur le blog de
Théia à l’adresse : deroulement.theia.blog (sans accent). Mais pour
des raisons de copyright (l’essentiel de ces questionnaires étant
protégés) et pour me consacrer à l’écriture de ce livre, j’ai décidé
d’arrêter la plateforme à l’été 2024.
Plus important, cette première mouture adressait des caractéris-
tiques assez « haut niveau » (comme le bonheur, la sensibilité, la
gestion du stress, etc), accessibles à la conscience, observables – et
donc mesurables. Mais ce qui m’intéressait était d’aller au-delà de
ces caractéristiques descriptives, et les quelques rares évaluations
des notions de blessures et masques (je pense à l’Ennéagramme
par exemple) manquent souvent de support scientifique. Et surtout,
je crois que la prise de conscience de nos rouages internes néces-
site du temps, des lectures nombreuses, du cheminement et une
introspection qu’un simple test ne saurait adresser.
Ah oui, je me devais de mentionner les « quizz de l’été » ! ces tests
qui vous disent que si vous avez une majorité de A vous avez besoin
d’un homme généreux, une majorité de B désignant un homme
protecteur, etc. Puis, les quizz qui vous disent que vous êtes tel per-
sonnage de la série Friends ou telle école de Harry Potter.
Outre leur apport divertissant et rafraîchissant (d’où leur abondance
en été), ces tests mélangent savamment un peu d’effet Barnum
(évoqué page 36) avec un fond de vérité. Car oui, les génies créant
ces personnages trouvent (pour la plupart sans le savoir) une bro-
chette de types de personnalité dans laquelle de nombreux spec-
tateurs sauront s’identifier.
332 | La méthode Théia
Les 5 blessures de l’âme
Qui n'a pas lu « Les cinq blessures qui empêchent d'être soi-
même » de Lise Bourbeau ? Nous sommes là dans le must-read du
développement personnel ! 2,6 millions d'exemplaires à travers le
monde paraît-il…
Livre incontournable s'il en est, les « 5 blessures » donnent une ap-
proche didactique et très détaillée des blessures de l'enfance qui
conduisent à développer des masques d'adaptation. Ainsi, la bles-
sure de l'abandon amène à être dépendant, comme la blessure
d'injustice rend rigide, etc. Je ne détaillerai pas les blessures et
masques tant ce livre est largement commenté sur Internet. Lise
Bourbeau est d'ailleurs régulièrement interviewée (en podcasts et
vidéos).
L’auteure compléta son propos par deux autres livres : « La guérison
des 5 blessures » et « La puissance de l’acceptation », tous deux ex-
pliquant que la guérison des blessures passe par l'acceptation et la
reconnaissance de nos masques, ainsi que par le travail sur soi pour
les transcender et vivre de manière plus authentique et épanouie.
Figure 42 - Postures des 5 blessures de Lise Bourbeau
Annexe 2 - Critiques d’autres méthodes | 333
Mon avis :
Comme beaucoup d’entre nous, j’ai (quasi) entamé mon chemin in-
trospectif par ce livre, et ce fut une révélation ! La construction bles-
sure-masque et le rôle de l’égo y sont clairement présentés, fournis
en détails et exemples de vie. Je me suis reconnu dans la blessure
d’abandon, tant dans la posture morphologique que dans le regard
fuyant ou les phrases suppliantes. Incroyable !
Lise Bourbeau expliquait enfin ce qu’aucun test de personnalité
n’abordait !
Côté guérison, l’auteure indique que la guérison de ses blessures
passe par l'acceptation et la reconnaissance de ses masques. Elle
nomme l’égo Mouchette et incite à l’identifier pour mieux l’appré-
hender et l’apaiser. Ce sont là de bonnes idées reprises dans ce
guide !
Néanmoins, dès qu’on approfondit (en lisant d’autres ouvrages), les
simplifications et stéréotypes (comme la construction de la blessure
avec le père ou la mère, ou les signes physiques distinctifs) transpa-
raissent rapidement. Les correspondances blessure-masque sont
erronées. Par exemple, nous avons vu que la fuite n’était pas un
masque (le masque de « fuyant » correspondant selon l’auteure à la
blessure de rejet) mais une attitude qu’on peut adopter pour n’im-
porte quelle blessure. Sans parler du masochisme qui n’est pas non
plus un masque et qui demeure encore extrêmement complexe à
appréhender et soigner aujourd’hui. Seule les paires Injustice-Ri-
gide et Trahison-Contrôlant concordent. Finalement, les blessures
ont plus de sens que les masques dans l’approche de Lise Bour-
beau.
A ce titre, je propose une correspondance un peu plus graphique
reprenant le Tableau 11 page 178 où j’ai justement illustré les bles-
sures :
334 | La méthode Théia
Figure 43 - Correspondance avec les blessures de Lise Bourbeau
Ce qui me sidère surtout, c’est la persistance du discours. 30 ans
(plus vieille édition trouvée : 1996) sans revoir les 5 blessures, sans
rien actualiser malgré toutes les avancées de la recherche… Je me
demande si Lise Bourbeau s’est un jour posée la question d’une
possible 6ème blessure ?
Enfin, pourquoi faire référence au mysticisme ? Julia de Funès (dans
« Développement (im)personnel ») accuse le recours à une sorte de
parole d’évangile, où la croyance remplace la connaissance. Cela
comble les vides rationnels ; la connaissance invite à la contradic-
tion, mais pour la croyance c’est impossible. Confortable.
Accessoirement, Lise Bourbeau s’appuie sur des théories – les bles-
sures existentielles de John Pierrakos, Eva Brooks et Alexander
Lowen (disciples de Wilhelm Reich) qui en avaient identifié 8, ou le
persona de Carl Jung – dont elle ne fait pas référence, pour y ajouter
un peu d’observation et un grand talent de vulgarisation et de com-
munication.
Lise Bourbeau était une super commerciale avant d’écrire. Elle a su
nous vendre son histoire.
Annexe 2 - Critiques d’autres méthodes | 335
Les 4.5 accords toltèques
Dans son livre « Les 4 accords toltèques », Don Miguel Ruiz propose
des principes de sagesse à appliquer au quotidien pour vivre plus
harmonieusement, libéré de la souffrance et des conflits inutiles.
Voici les 4 préceptes :
1. « Que votre parole soit impeccable »
2. « N’en faites pas une affaire personnelle »
3. « Ne faites pas de suppositions »
4. « Faites toujours de votre mieux »
Qu’il complète en 2020 par un cinquième accord toltèque : « Soyez
sceptique mais apprenez à écouter ».
Note : « toltèque » réfère à une civilisation précolombienne réputée
pour sa tradition de sagesse spirituelle et philosophique.
Mon avis :
Ces « accords » sont de bon aloi. J’y retrouve le conseil de mieux
communiquer avec la CNV (parole impeccable), de s’éloigner du
jugement (cf annexe 1 page 310) et de l’égo, et avancer en ouver-
ture et équilibre (pour le 5ème accord).
D’un point de vue social (dans l’interaction avec les autres), ces ac-
cords toltèques semblent de bons préceptes pour effectivement
apporter équilibre et harmonie.
Pour ma part, la spiritualité n’apporte rien à la valeur de ces conseils,
mais qu’importe !
J’ajoute également que, de quasi toutes les méthodes rencontrées,
voici un auteur qui a actualisé son récit en ajoutant un accord. Qui
de Lise Bourbeau, MBTI, Ennéagramme ou PCM l’a fait ? Personne.
Mon seul bémol concerne le niveau trop superficiel de ces bonnes
pratiques visant le comportement, la posture, « l’entrant/sortant ».
Mais nous l’avons vu, plus la blessure est profonde, plus il faudra
travailler la blessure elle-même – et les efforts en surface seront trop
durs à tenir et ne suffiront pas à observer une amélioration de bien-
336 | La méthode Théia
être durable. Les personnes blessées s’évertuant à appliquer ces
lignes de vie s’exposent à l’échec ou risquent de recourir à de la
fuite (détachement émotionnel, distanciation relationnelle, désim-
plication, etc) pour y parvenir.
L’Ennéagramme
L'Ennéagramme est un système de classification qui décrit 9 types
de personnalités distinctes. Chaque type est associé à des compor-
tements, des peurs, des motivations profondes, et des défis spéci-
fiques. Le but de l'Ennéagramme est de favoriser la compréhension
de soi et des autres, ainsi que de promouvoir la croissance person-
nelle et spirituelle.
L’Ennéagramme est sans doute la méthode la plus mystérieuse, son
origine même restant difficile à élucider. Elle puiserait ses racines
dans la tradition soufie ou chez Evagre le Pontique, pour être intro-
duite en occident au XXème siècle par le mystique arménien
Georges Gurdjieff, théorisée par Oscar Ichazo et Claudio Naranjo
et enfin popularisée et enseignée par Helen Palmer et Don Richard
Riso dans les années 80-90.
Ce modèle dénote aussi par son ouverture – il n’est pas propriétaire
– et a ainsi fait l’objet de nombreux ouvrages, jusqu’à la collection
« Pour les nuls ». Vous trouverez aisément des livres qui encoura-
gent à creuser ce modèle, à l'instar du « Petit livre de l'Ennéa-
gramme » de Fred Lacroix et autres sites web et podcasts et
vidéos… aussi je ne détaillerai pas.
Annexe 2 - Critiques d’autres méthodes | 337
Figure 44 - Représentation de l'Ennéagramme
(source : aprisme.blog)
Mon avis :
La méthode est riche et passionnante, présentant la peur comme
pivot de nos personnalités, détaillant les mécanismes dits d’ « inté-
gration » (évolution vers l’amour) vs « désintégration » (évolution
vers l’égo). Elle introduit de nombreux concepts inspirants, même
si certains restent assez difficiles d’approche, utilisant un vocabu-
laire pas hyper commun (les « passion », « vertu », « fixation », « idée
supérieure », « centre énergétique »…) et pas forcément partagé
par tous les auteurs.
Les 9 profils apportent une grande finesse d’analyse (plus fine que
les 5 blessures de Lise Bourbeau ou les 6 types de la PCM) et les
associations blessure-masque sont je trouve assez crédibles et bien
ficelées.
338 | La méthode Théia
Cette méthode fut pour moi l’une des plus inspirantes, et conju-
guée avec la PCM (que nous verrons page 343) et la thérapie des
schémas (annexe suivante), elle a grandement contribué à alimen-
ter le livre (surtout pour la première partie). Je restitue ci-dessous
de manière graphique le Tableau 11 page 178 en plaçant les 9
types de l’Ennéagramme en face des blessures identifiées dans
cette méthode Théia :
Figure 45 - Correspondance avec les types de l'Ennéagramme
Si j’ai beaucoup appris de l’Ennéagramme (l’intégration, l’égo et la
peur vs l’amour), je reste néanmoins dubitatif sur le fait de placer la
peur à la base de tout. L’enfant ne nait pas avec plein de peurs. Oui,
on peut traduire chaque besoin par une peur et une vision du
monde, mais à la base c’était juste un besoin, rempli ou trop ou pas
assez.
Par ailleurs – mais la remarque vaut pour tous les autres auteurs
aussi, le lien « 1 pour 1 » entre les blessures et masques (c’est-à-dire
qu’à 1 blessure correspond 1 masque) me semble trop simplifica-
teur. Vous me direz que je l’ai aussi fait ! mais je le répète : c’est
Annexe 2 - Critiques d’autres méthodes | 339
illustratif, à usage d’inspiration, car chacun cumule plusieurs bles-
sures (à des degrés variés) et peut réagir avec de nombreuses va-
riations possibles, selon les situations.
J’ai personnellement trouvé des limites dans les explications des
« ailes » et des chemins d’intégration/désintégration et donc dans
le fameux dessin symbolique représenté ci-dessus. Quand on re-
garde l’intensité d’expression des 9 types séparément (comme de
nombreux questionnaires sur l’Ennéagramme le proposent), on
peut trouver (ça a été mon cas et celui de nombreux autres qui ont
fait l’exercice) des types qui s’expriment sans être liés. J’ai donc l’im-
pression que l’Ennéagramme dicte et prédit (tel un Oracle) l’évolu-
tion de chacun, alors que je n’y vois pas de justification, sachant que
nous avons tous des histoires (et donc des blessures) différentes et
qu’il n’y a aucune raison que nous partagions tous les mêmes asso-
ciations de types (c’est-à-dire de blessures).
De même, l’Ennéagramme relie un type principal, ses 2 ailes et les
2 types vers lesquels on s’intègre/se désintègre à partir de son type
principal, ce qui théorise 5 types « présents en chacun ». Or, tous
ceux qui s’interrogent et creusent la méthode voient les limites à
cette théorie, car en réalité nous portons toutes les blessures (dans
des proportions très variables) et empruntons des qualités et dé-
fauts à tous les types. Le chapitre « Toutes les blessures ne se valent
pas » de ce livre (cf page 168) présente à mon sens un fonctionne-
ment plus cohérent (même si moins… magique).
Un mot enfin sur la tentation d’évaluer rapidement son type avec un
formulaire en ligne : je l’ai fait sur de nombreux sites (aprisme,
idrlabs, enneagrammepratique, enneagram-personality...) et les ré-
sultats sont incohérents entre eux. Je pourrais accuser les tests ou
même juger la méthodologie invalide. Et pourtant, j'en avais man-
qué la substance : l'Ennéagramme propose tout sauf des cases.
C'est avant tout un manuel de compréhension de la nature hu-
maine, un guide d'empathie, un outil de communication.
340 | La méthode Théia
Le fait de ne pas valider personnellement la théorisation des
« ailes » et axes d’intégration/désintégration et autres détails du
modèle n’en retire pas tous les apprentissages du modèle.
En synthèse, si le MBTI, le Big5 ou le DISC apportent des éléments
sur le « comment » d’un comportement, l'Ennéagramme nous ap-
prend sur le fond le « pourquoi » du comportement et reste en ce
sens un outil très instructif.
La thérapie des schémas
La thérapie des schémas, développée par le psychologue Jeffrey
Young dans les années 80, est une approche intégrative de la psy-
chothérapie qui combine des éléments de TCC, psychanalyse,
théorie de l'attachement et autres méthodes thérapeutiques, s’ins-
crivant ainsi dans la 3ème vague des TCC. Elle vise particulièrement
à traiter les troubles de la personnalité et les problèmes psycholo-
giques chroniques résistants aux précédents traitements. L’apport
est majeur : cette thérapie dépasse les autres thérapies (en résultat
et surtout en persévérance des patients).
Elle présente le fonctionnement du schéma et de ses adaptations
(qu’on peut aisément découvrir dans les 5 premiers chapitres du
livre grand public « Je réinvente ma vie »). Cette thérapie des sché-
mas m’aida grandement à comprendre et poser les concepts de
blessures (y compris les besoins de l’enfance et construction de l’at-
tachement) et masques, les possibles attitudes (cf page 104) et la
répétition des schémas (cf page 161) qui servirent d’inspiration ma-
jeure à ce livre. Par contre, j’ai moins détaillé les schémas liés à l’ex-
cès parental (trop de connexion, trop de liberté, manque de cadre,
etc) qui peuvent certainement mener à des pathologies mais qui
sortent du contexte de cet ouvrage (car ce ne sont ni des blessures
ni des masques).
Annexe 2 - Critiques d’autres méthodes | 341
Vous trouverez ci-dessous illustrés graphiquement les 18 schémas
de Young :
Figure 46 - Correspondance avec les schémas de Young
Mon avis :
Bien plus que le livre « Je réinvente ma vie » (grand public mais très
incomplet), le premier livre de référence « La thérapie des sché-
mas » de Jeffrey Young complété du livre de Bernard Pascal posent
l’essentiel : les blessures, attitudes, masques, la boucle infernale, le
système d’attachement, les distorsions, les émotions, etc.
J’ai donc énormément de gratitude pour ce travail intégratif majeur.
Je salue également une méthode vivante – encore aujourd’hui –
avec une liste de schémas passée de 11 schémas dans le premier
livre grand public « Je réinvente ma vie » à 15 puis 18 schémas en
2005 dans sa 3ème version.
Le concept de « mode de fonctionnement » (évoqué en première
partie de ce livre) vint s’ajouter pour décrire l’état mental-émotion-
nel-comportemental d’une personne à un moment donné, résultant
de la manière dont elle gère l’activation d’un schéma. Ces modes
342 | La méthode Théia
apportant un outil plus opérationnel pour les thérapeutes, ils voient
leur description passer de 10 modes à 14 puis près d’une vingtaine
actuellement. Et les recherches se poursuivent.
Néanmoins, les 18 schémas (identifiés dans la 3ème version de 2005)
mélangent à mon sens des blessures et des stratégies d’adaptation
à d’autres blessures, ce que l’appellation de « schéma primaire » vs
« schéma secondaire » tente vainement de distinguer. Cette confu-
sion cloche lorsque l’auteur décrit un masque pour chacune des 3
attitudes (soumission, évitement, compensation) de chacun des 18
schémas (primaires comme secondaires). J’ai pour ma part préféré
introduire la notion de masque dans l’attitude de compensation uni-
quement.
Je regrette également que les modes mélangent des états du moi
(au sens transactionnel de « enfant » vs « parent ») appelés modes
« enfant » et « parent » avec des masques comme « l’hyper-contrô-
leur perfectionniste » ou « l’auto-magnificateur » (comprendre nar-
cissique).
Enfin, les schémas et les modes vivent leur vie de manière presque
entièrement indépendante. Le lien – expliquant quel schéma occa-
sionne quel mode avec de potentielles autres variables modulant
le lien – reste absent des ouvrages et des études, et pour cause…
c’est le plus complexe.
La Process Communication Model ©
Déjà, le © attire l’œil. Oui, la méthode Process Communication Mo-
del (PCM) – « process com’ » pour les intimes – est une propriété de
Kahler Communication Inc., Kahler Communication Europe et Ka-
hler Communication France. De ce fait, le test en ligne est payant et
oblige le debrief d’un coach certifié ; le questionnaire et sa notation
Annexe 2 - Critiques d’autres méthodes | 343
ne sont pas accessibles – j’ai pourtant demandé avec insistance ; et
on ne trouve quasi aucune publication scientifique de validation.
Mais présentons la PCM : créée dans les années 70 par le psycho-
logue Taibi Kahler, la PCM est avant tout une théorie de la commu-
nication née de l’analyse transactionnelle. Cette approche est
utilisée pour améliorer la compréhension des interactions hu-
maines, optimiser la communication interpersonnelle et résoudre
les conflits.
La PCM présente 6 profils de personnalités ainsi que de nombreux
concepts qui leur sont liés : besoins, driver, canal de communica-
tion, qualités, séquences de stress, perception, scénario, position
de vie, adaptation, etc. Cette méthode – comme la thérapie des
schémas et l’Ennéagramme – m’a grandement inspiré, surtout les
séquences de stress (reprises dans le chapitre des « réactions sous
stress » de nos masques page 81) parfaitement décrites, ainsi que
le distinguo entre émotion authentique (de la blessure, cf page 94)
et émotion de façade (du masque, cf page 81).
Je décris dans le Tableau 11 page 178 la correspondance des 6
types de la PCM avec le modèle Théia. Si la plupart des types col-
lent assez bien, l’énergiseur (anciennement nommé rebelle) de la
PCM est à cheval entre l’épicurien et le rebelle de Théia, et le per-
sévérant est aussi à cheval entre le battant et le loyal.
Vous trouverez ci-après une illustration simple des correspon-
dances :
344 | La méthode Théia
Figure 47 - Correspondance avec les types de la Process Com'
Mon avis :
Taibi Kahler fut incontestablement un visionnaire en théorisant la
PCM, et le fait que la méthode et son questionnaire soient proprié-
taires nuit tristement à la renommée bien plus grande qu’elle aurait
méritée !
Néanmoins, malgré plusieurs relectures des 3 livres sur la PCM ré-
férencés en toute fin de cet ouvrage, les trop nombreux concepts
formalisant la « transaction » entre 2 personnes noient l’information
essentielle et nuisent à la lecture et la compréhension. Autre cri-
tique négative : la PCM n’offre que 6 profils. Dommage qu’en 50
ans, personne n’ait jugé intéressant d’en ajouter. En particulier en
s’inspirant des 9 types de l’Ennéagramme qui apportent un peu
plus de finesse. La PCM passe ainsi à côté de blessures majeures
comme la trahison (masque de méfiant), l’humiliation (masque de
narcissique) ou encore la responsabilité (masque de rebelle).
Pour ceux qui connaissent la PCM, je rentre un peu dans le détail.
La structure en immeuble de la PCM – comme le schéma d’intégra-
tion/désintégration de l’Ennéagramme critiqué ci-dessus – ne me
Annexe 2 - Critiques d’autres méthodes | 345
paraît pas intuitivement correct. Je lui préfère l’explication (fournie
page 168) sur les gravités relatives des blessures et leur « ordre »
variant au fil des événements de vie et du travail de guérison. De
plus, j’appuie dans ce même chapitre sur le fait que le stress ag-
gravé (les « oubliettes » pour reprendre le terme de la PCM) force
malgré soi à vivre l’émotion authentique et ainsi à faire l’expérience
de sa blessure à l’âge adulte, l’accepter et la soigner.
Programmation Neuro-Linguistique (et consorts)
La Programmation Neuro-Linguistique (PNL)…
J’ai hésité à écrire cette critique tant je la sais biaisée d’avance. Pour-
quoi ? Parce que ma personnalité y est hermétique je crois. Pire
même. Allergique.
Je cite la vidéo « What is NLP? » de la chaine YouTube de NLPLife
(plus gros formateur NLP au monde) :
« NLP is the study of excellence. It really works! NLP is used to main-
tain and enhance peak performance. It is for everyone. Can you af-
ford not to train in NLP ? You either lead or be led. You either live
your life to the full or just live. »
Ce que je traduis ainsi : « la PNL est l'étude de l'excellence. Ça fonc-
tionne vraiment ! La PNL est utilisée pour maintenir et améliorer une
performance de pointe. Elle est pour tout le monde. Pouvez-vous
vous permettre de ne pas vous former à la PNL ? Soit vous dirigez,
soit vous êtes dirigé. Soit vous vivez pleinement votre vie, soit vous
vous contentez de vivre. »
Incroyable ! Comment ai-je fait pour manquer ça toute ma vie en
me privant de réussir ?! Ça fait pas un peu spot des années 80 pour
lessive détachante présentée par un duo bien apprêté dans un té-
léshopping matinal ?
346 | La méthode Théia
Un peu d’histoire : dans les années 70, Richard Bandler et John
Grinder se rencontrent et veulent comprendre et modéliser com-
ment certains excellent. C’est donc bien l’étude de l’excellence !
Après tout, chacun sa passion. Ils étudient l’hypnose (Milton Erik-
son), la thérapie familiale (Virginia Satir), la Gestalt thérapie (Fritz
Perls), puis la cybernétique (Norbert Wiener et Gregory Bateson), la
sémantique (Alfred Korzybski), la linguistique (Noam Chomsky) et
la communication bien sûr (Paul Watzlawick) et formalisent progres-
sivement un pot-pourri de tout ce qui semble le mieux marcher à
droite à gauche.
On retrouve ainsi en PNL des exercices comme l’ancrage, le re-
framing, la ligne du temps, la dissociation, la chaise libre, l’imagerie,
les positions perceptuelles, le dialogue intérieur… empruntés à
d’autres thérapies.
La PNL part de la demande du sujet, d’un objectif clairement défini.
Elle ne se préoccupe pas du problème sous-jacent, uniquement
d’aller mieux. La motivation est donc un prérequis. Ça aide à réus-
sir…
J’aurais tendance à grossièrement inclure dans ce chapitre des con-
cepts affiliés comme les niveaux logiques de Dilts, la spirale dyna-
mique voire la théorie intégrale de Ken Wilber. Ces théories se
complètent pour expliquer la complexité de l'expérience humaine
et du monde qui nous entoure avec quelques illustrations bien pen-
sées, mais à chaque fois que je me renseigne ou visionne une pré-
sentation de ces personnes (ou leurs représentants), je ressens une
réaction de rejet. Effet répulsif !
Je ne saurais l’expliquer, mais même les « consultants » et autres
coachs parlant de ces modèles provoquent chez moi une résistance
farouche. Je crois être trop cartésien et sentir (ou redouter) chez ces
orateurs un excès de confiance ou un style « j’ai tout compris » qui
par principe m’insupporte. Voilà probablement la raison à mon her-
métisme : aucun souci pour théoriser, simplifier et schématiser,
Annexe 2 - Critiques d’autres méthodes | 347
mais la tendance à prendre la grosse tête et débiter des phrases
toutes faites comme « la carte n’est pas le territoire » ou démontrer
son savoir en me disant « ne pense pas à un éléphant rose » et pré-
disant que mon cerveau visualise un éléphant rose, j’en ai des dé-
mangeaisons.
Le choc des masques je suppose.
Bref, je passe.
Psychologie positive
En approchant du nouveau (XXIème !) siècle, le psychologue Martin
Seligman se dit qu’au lieu d’étudier les maladies et comment les
soigner, la psychologie pourrait se concentrer sur l'étude des as-
pects positifs de l'expérience humaine, tels que le bonheur, le bien-
être, la satisfaction de vie, et le développement des forces et des
vertus individuelles. Il en parle très bien lui-même dans sa vidéo
TED de 2004.
L’idée de la psychologie positive est donc de chercher les expé-
riences positives (bonheur, plaisir, bien-être), les affects positifs, en
capitalisant sur ses forces et vertus et en piochant parmi de nom-
breux exercices.
Mon avis :
J’y ai trouvé plein de bonnes idées (dont certaines idées reprises
dans la seconde partie de cet ouvrage). Par principe, augmenter les
émotions positives et réduire les négatives ne me paraît pas décon-
nant. J’ai en particulier identifié mes « forces » afin de mieux capita-
liser dessus. D’ailleurs, j’avais fait précédemment le CliftonStrengths
qui mettait déjà l’accent dessus, expliquant qu’investir son énergie
sur ses forces permet de mieux progresser (et prendre plus de plai-
sir). Et ça me paraît toujours bon de veiller à entretenir des relations
positives et susciter des situations heureuses.
348 | La méthode Théia
Le discours peut sembler niais de prime abord, mais réfléchir acti-
vement à soi et chercher (au travail comme dans son quotidien) à
mieux s’aligner ne peut qu’être bénéfique.
On y trouve aussi la notion de flow de Mihaly Csikszentmihalyi dé-
crivant un état dans lequel une personne est complètement immer-
gée dans une activité, ressentant une sorte de transe mélangeant
concentration et plaisir… Ce concept s’approche de l’ikigai et prône
l’alignement. Franchement, ça mérite d’y réfléchir, de se souvenir
quels moments (parfois très brefs, parfois lointains dans votre mé-
moire) vous procurent cet état où vous en oubliez tout…
Bon. Comme tout, on y trouve du bon et du moins bon. Comme le
« ratio de positivité »6 qui ne me paraît pas probant. A vous d’œu-
vrer d’esprit critique pour faire le tri.
En particulier, nous avons vu (cf page 264) que toutes les interven-
tions ne conviennent pas à tous. Attention donc : l’injonction d’aller
mieux peut mettre la pression et in fine faire plus de mal que de
bien ! Il ne faudrait pas remplacer la pression du boulot et de la vie
par celle d’aller mieux ! C’est ainsi qu’on voit apparaître les burn-
outs du développement personnel…
Bref, piochez-y ce qui vous parle en gardant votre esprit critique.
Le bourreau intérieur
Le bourreau intérieur, selon Elaine Aron (dans son livre « Le bour-
reau intérieur ») est une voix critique interne qui amplifie l'autocri-
tique, nourrie par la sensibilité accrue, exacerbant la honte, la
culpabilité et l'anxiété chez les personnes hypersensibles. Elle dé-
veloppe également l’entité de saboteur (présentée en annexe 1
page 310) et la blessure de honte de l’échec.
6
positivityratio.com/single.php
Annexe 2 - Critiques d’autres méthodes | 349
L’auteure identifie 6 masques du bourreau : relativisation (minimiser
ou nier sa responsabilité), reproche (accuser les autres pour expli-
quer ses échecs), effacement (nier, faire semblant, rechercher le
lien), perfectionnisme (travailler sans relâche, se sentir « not
enough »), fanfaronnade (donner l’impression d’être toujours le
meilleur) et projection (nier ses défauts tout en les voyant chez les
autres).
Ce livre présente aussi 3 autres entités abstraites personnifiées (un
peu comme l’égo) influençant la façon dont une personne se per-
çoit et réagit à ses expériences :
- Le critique intérieur qui juge, commente, intensifie les actions
du bourreau intérieur ;
- Le protecteur, agissant en ange gardien pour garder à l’abri
des réalités du monde, berçant de fantasmes, poussant pos-
siblement à l’addiction ;
- Le persécuteur, voix interne sévère et punitive qui critique
constamment et exacerbe les sentiments de honte et d'ina-
déquation pouvant même pousser au suicide.
Et de préciser que nous avons tous un critique intérieur, mais pas
forcément le protecteur/persécuteur. Et que l’hypersensibilité ac-
croît ces 3 voix intérieures.
Mon avis :
Cette phrase résume bien l’enseignement de ce livre : « Lorsque
vous utilisez l’un des 6 masques protecteurs, vous vous trouvez
dans le rang et faites de votre mieux pour éviter la honte qui accom-
pagne la défaite ou l’échec. ». Nous retrouvons donc bien les mé-
canismes décrits en première partie (masque, égo, blessure) avec
une notion de « rang » adaptée à la seule blessure de honte/imper-
fection/échec développée dans ce livre – puisque ces blessures
renvoient à des besoins de liberté/responsabilité/compétence et
donc au jugement.
350 | La méthode Théia
Par contre, Elaine Aron mélange dans ce livre les notions de
masque à proprement parler avec les stratégies de coping et les
réactions sous stress des masques. Elle oppose l’amour au pouvoir,
le lien au rang (linking vs ranking). J’utilise pour ma part les termes
essence et égo (empruntés à l’Ennéagramme). Vivre dans l’amour
c’est vivre connecté à son essence, en apaisant son égo. Jusque-là
nous sommes d’accord. Mais l’égo exprime de multiples masques
possibles (comme nous l’avons vu) : peur, domination et beaucoup
d’autres. Le tempérament prédispose à une attitude de retrait (do-
miné) ou de combat (dominant), mais dans les 2 cas, ce n’est pas
l’essence.
Bref, je n’ai rien contre vulgariser en attribuant du pouvoir à des en-
tités abstraites, mais cela victimise et externalise le LOC (vu en an-
nexe 1 page 309) ce qui – je pense – dessert le lecteur. Mieux vaut
expliquer clairement les mécanismes en jeu qui sont maintenant
bien connus, et se prendre en main.
Dictionnaire des maladies
J’ai aussi pu consulter occasionnellement le « Dictionnaire des ma-
ladies » de Jacques Martel, livre de référence pour ceux qui s'inté-
ressent à la relation entre les maladies physiques (somatiques) et
leurs possibles causes émotionnelles et psychologiques.
Si certaines explications me paraissent trop précises et spécifiques
pour être crédibles, la somatisation de nos pensées et émotions est
réelle, via un processus d’internalisation (cf page 308) de la réac-
tion. Oui, corporel, cognitif et émotionnel sont intimement liés, et
notre médecine allopathique occidentale classique ne le prend pas
assez en considération. D’où une émergence des « médecines com-
plémentaires » (détaillées page 254) dont les médecines orientales
(chinoise, ayurveda, etc) plus intégratives.
Annexe 2 - Critiques d’autres méthodes | 351
Attention toutefois : pris à l’extrême ou appropriés par des gourous,
ces enseignements se voient parfois travestis pour réduire les ma-
ladies à ces seules possibles causes et pire, à ne prêcher la guérison
que par des méthodes non médicamenteuses.
Je veux dire, vous faites comme vous voulez, mais vous risqueriez
de manquer un traitement salvateur.
Les grands hommes historiques
Et pour bien finir cette seconde annexe, je souhaite rendre hom-
mage à tous les grands hommes historiques qui ont théorisé, ensei-
gné, inspiré, transmis, documenté, etc le Grand Fonctionnement de
l’Homme.
Je ne vais pas remonter à Aristote ou Confucius ni prétendre dres-
ser la longue liste exhaustive de tous les philosophes, théologiens,
psychologues et médecins qui ont ponctué l’histoire. Mais voici
quelques noms dont j’ai pu découvrir les travaux durant mes lec-
tures :
- Les psychanalystes et psychologues analytiques (Freud ou
Jung) pour leurs apports sur l’inconscient, les mécanismes de
défense, les maladies mentales,
- Les psychologues comportementalistes (Watson, Pavlov,
Skinner) sur l’apprentissage et le conditionnement,
- Les cognitivistes (Piaget, Beck, Young) qui ont étudié les sché-
mas, le traitement de l’information et la mémoire,
- Les humanistes (Maslow, Rogers) sur les besoins et l’auto-ac-
tualisation,
- La psychologie transactionnelle (Berne, Kahler) pour leurs
travaux sur la communication, le stress et la gestion de crise,
- La psychologie positive (Seligman) dont nous avons parlé
dans une précédente annexe,
- La psychologie différentielle (Eysenk, Cloninger, Costa,
McCrae) pour leur étude de la personnalité.
352 | La méthode Théia
Tous ont apporté leur pierre à l’édifice, et leur propre personnalité
leur a fourni un angle de vue particulier qui a ainsi complété les ap-
proches précédentes.
Attention cependant : ces illustres aïeux et leurs théories ont la vie
dure ! Et malgré des avancées majeures depuis et même des dé-
monstrations claires de leurs déficiences, ils restent cités et ensei-
gnés non pas seulement comme référence historique mais parfois
comme vérité éternelle. Il faut dire que le renom ne s’acquiert pas
seulement avec du talent ; il faut également une bonne part de lea-
der(ship) et de narcissisme pour imposer son modèle dans l’histoire
de la psychologie.
Annexe 2 - Critiques d’autres méthodes | 353
Annexe 3 - Les fiches support
Dans cette troisième annexe, vous trouverez une reproduction des
2 fiches support de ce guide : la fiche exercice (sous-tendant les
exercices de la première partie) et la fiche pratique (dont les instruc-
tions sont fournies page 210).
Pour vous éviter de les reproduire à la main, vous pourrez téléchar-
ger les fiches vierges sur Internet pour les imprimer chez vous en
suivant ce lien : bit.ly/theia-fiches ou en flashant le QR code ci-des-
sous :
354 | La méthode Théia
Figure 48 - Illustration de la fiche exercice
Annexe 3 - Les fiches support | 355
Figure 49 - Illustration de la fiche pratique
356 | La méthode Théia
Références
Si je n’ai pas conservé les références des trop nombreuses sources
qui ont contribué à alimenter ma réflexion et étayer mon propos, je
partage néanmoins ici les livres, magazines et autres médias qui ne
manqueront pas également de vous inspirer comme ils m’ont ins-
piré. Vous pourrez vous y référer pour approfondir les concepts dé-
veloppés dans cet ouvrage.
Annexe 3 - Les fiches support | 357
Livres
De nombreuses informations de cette méthode Théia que vous ve-
nez de parcourir puisent leur inspiration dans la littérature consa-
crée. Vous trouverez listés ci-dessous une partie des livres que j’ai
lus et que je recommande, triés par ordre d’intérêt décroissant :
- La thérapie des schémas. Bernard Pascal.
- La thérapie des schémas. Jeffrey Young, Janet Klosko & Mar-
jorie Weishaar.
- Le grand livre de la Process Thérapie. Taibi Kahler.
- La process communication. Jérôme Lefeuvre.
- La process com. Sylvie Nélaton & Christian Becquereau.
- L’Ennéagramme moderne. Fred Lacroix.
- L’Ennéagramme pour les nuls. Béatrice Foenix-Riou et Asun-
cion Valderrama.
- Le petit livre de l’Ennéagramme. Nico Pène.
- Développer les compétences émotionnelles en 8 séances.
Ilios Kotsou.
- Déconditionnez-vous ! Johanna Rozenblum.
- Le bourreau intérieur. Elaine Aron.
- Les thérapies comportementales, cognitives et émotion-
nelles en 150 fiches. Clément Lecomte & Dominique Servant.
- Sortir des émotions négatives. Jean Cottraux.
- Psychologie des émotions. Olivier Luminet & Delphine
Grynberg.
- Psychologie de la personnalité. Michel Hansenne.
- La face cachée de la psychologie positive. Michel Hansenne.
- Psychologie de la personnalité et des différences indivi-
duelles. Michael Ashton.
- Psychologie différentielle. Michel Huteau.
- Mécanismes de défense et coping. Henri Chabrol & Stacey
Callahan.
- Questionnaires et échelles d’évaluation de la personnalité.
Martine Bouvard.
358 | La méthode Théia
- L’intelligence émotionnelle. Daniel Goleman.
- Imparfaits, libres et heureux. Christophe André.
- L’apprentissage de l’imperfection. Tal Ben-Shahar.
- Transcend. Scott Kaufman.
- Foutez-vous la paix. Fabrice Midal.
- La guérison des 5 blessures. Lise Bourbeau.
- Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même. Lise Bour-
beau.
- Les 4 accords toltèques. Miguel Ruiz.
Point surprenant : je les ai lus à peu près en ordre inverse ! Ce qui
colle grosso modo au chemin que j’ai suivi et donc à la construction
de la première partie de ce livre.
J’y ajoute quelques livres connexes :
- Je te promets la liberté, de Laurent Gounelle. Excellente illus-
tration romancée de l’Ennéagramme. Un must !
- De l’inégalité parmi les sociétés, de Jarod Diamond qui ex-
plique comment les sociétés se sont construites si différem-
ment à partir d’une même « souche » humaine. Ou
l’importance de l’environnement. Passionnant !
- Rayures et ratures (livre en 2 tomes compilant les billets du
blog éponyme), Chloé Romengas. Permet aux zèbres/HPI de
se reconnaître et comprendre des trucs. Illustrations sympa-
thiques ;
- Développement (im)personnel, Julia de Funès. Critique ou-
verte du développement personnel et de ses absurdités. Tan-
tôt pertinent, tantôt caricatural et (un brin trop) engagé et
partial ;
- Un pèlerinage intérieur, Paule Amblard. Roman historique
commentant le manuscrit d'un moine du Moyen Âge qui ex-
plore un voyage spirituel vers la découverte de soi ;
- Meet yourself as you really are (non traduit). Prince Leopold
of Loewenstein & William Gerhardi. Livre d’exploration de
Livres | 359
votre personnalité sous forme de livre « dont vous êtes le hé-
ros » ;
- Someone to talk to (non traduit). Mario Luis Small. On y ap-
prend avec surprise qu’on se confie beaucoup plus sponta-
nément à un inconnu. Ou la crainte du jugement de l’autre et
des répercussions de ses confessions.
Enfin, en lien avec la conclusion de ce livre, je vous recommanderais
de vous plonger dans quelques livres de philosophie qui éveillent
la conscience et ouvrent l’esprit tout en offrant un regard plus riche
sur la vie. Je n’en suis qu’aux balbutiements, aussi je ne peux rien
vous recommander à ce jour, mais j’ai entendu passer les noms de
Spinoza (Etique), Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra), Kant (Cri-
tique de la raison pure) ou Aristote (Éthique à Nicomaque).
Les grands maîtres spirituels ont aussi leur lot d’enseignements je
présume. Je pense à Lao Tseu (Le Tao Te King), Jiddu Krishnamurti
(À la recherche du soi), Khalil Gibran (Le Prophète), Ramana Ma-
harshi (Sois ce que tu es), Thich Nhat Hanh (La paix est à chaque
pas)…
Bonne lecture !
360 | La méthode Théia
Magazines
Mes abonnements actuels couvrent plusieurs revues que j’estime
sérieuses (par intérêt décroissant) :
- Cerveau & psycho
- Science & cerveau
- Journal des psychologues
- Psychologies magazine
- Psychologie française et Pratiques psychologiques
J’ai occasionnellement feuilleté des magazines comme flow, happi-
nez, sogood… mais dont l’intérêt relatif et le bénéfice très fugace
ne m’ont pas convaincu d’investir en m’abonnant.
Et bien sûr, au hasard des kiosques à journaux dont j’ai croisé la
route, j’ai trouvé des Science & Vie ou Ça m’intéresse ou autre trai-
tant ponctuellement d’un sujet en lien avec mon travail.
Magazines | 361
Vidéos & podcasts
Et bien sûr, un bon paquet de vidéos YouTube et podcasts qui ont
accompagné mes heures de conduite, de train, de marche et autre
repas solitaire !
J’aimerais citer les chaînes YouTube :
- « Tout le monde s’en fout » qui a quelques vidéos rafraîchis-
santes (même si trop vulgarisées bien sûr) comme par
exemple sur l’estime de soi ou l’auto-sabotage,
- La plus sérieuse PsykoCouac de Pierre Bordaberry,
- Celle de Fabrice Midal sur l’hypersensibilité,
- Métamorphoses de Anne Ghesquière (et sa déclinaison
Graine de métamorphose),
- Les TED(x) et TED-Ed dont j’ai référencé quelques vidéos ici
ou là dans ce livre,
- La « Psychiatrie du soleil » avec quelques belles explications
de Marion Martinelli sur les TCC (ACT, Young, etc) notam-
ment,
- La chaîne « La psychologie pour tous » et tant d’autres !
Je pourrais ajouter les chaînes de coach (David Laroche, Chloé
Bloom et tous les autres) qui donnent le ton et distillent de bonnes
idées, ou à défaut de pertinence, de bonnes vibes !
Sans oublier bien sûr les chaînes de Montreux Comedy, Comedy
club, Paname comedy club et autres humoristes qui ont grande-
ment participé à me divertir ces dernières années en allégeant des
journées parfois chargées (intellectuellement et émotionnelle-
ment).
362 | La méthode Théia
Autres médias numériques
Certains sites regorgent d’articles bien documentés dans lesquels
j’ai même remonté des années d’historique et qui méritent donc
une mention spéciale : Aprisme de Fred Lacroix ou Apprendre les
TCC de Matthieu Ferry.
Bien sûr, j’ai aussi occasionnellement accédé (assez souvent ouver-
tement ! et parfois financièrement) aux articles scientifiques sur
sciencedirect ou cairn, qu’on peut rechercher via pubmed ou
google scholar.
Sans parler du tout Internet évidemment…
Autres médias numériques | 363
Sommaire
Préface ...................................................................................... 9
Introduction ............................................................................ 13
QUI SUIS-JE ? .................................................................................... 15
CE QU’EST CE LIVRE ........................................................................... 18
CE QUE CE LIVRE N’EST PAS ! .............................................................. 21
DERNIERS DETAILS ............................................................................. 22
Partie I : Pourquoi je suis comme je suis ................................. 25
« ÇA VA ? » ....................................................................................... 27
C’EST PARCE QUE JE SUIS HYPER-TRUC ! .............................................. 32
Hyper-sensible ........................................................................... 33
Zèbre ou sur-efficient ou sur-prisedetête ! .............................. 35
Les tests de personnalité .......................................................... 36
Synthèse ..................................................................................... 39
QU’EST-CE QUI ME FAIT REAGIR AINSI ? ............................................... 41
Qu’est ce qui me rend mal ? ..................................................... 41
Emotions..................................................................................... 43
Pensées ....................................................................................... 47
Synthèse ..................................................................................... 48
LES AUTRES INGREDIENTS ASSAISONNANTS ......................................... 50
Confiance en soi ........................................................................ 50
Style d’attachement ................................................................... 51
Culture, morale, règles sociales ............................................... 54
Synthèse ..................................................................................... 56
COMMENT ÇA JE GERE MAL ? ............................................................. 57
Gestion des émotions ............................................................... 57
Stratégies de coping ................................................................. 61
Synthèse ..................................................................................... 67
EST-CE VRAIMENT MOI ? ..................................................................... 69
Masque ....................................................................................... 69
Besoin ......................................................................................... 78
Réaction sous stress ................................................................... 81
Synthèse ..................................................................................... 85
AU FOND RESIDE L’ENFANT QUI SOUFFRE ............................................ 89
Blessure sous-jacente ................................................................ 89
Peur profonde et émotion véritable ......................................... 94
Vision du monde déformée ...................................................... 98
3 attitudes face aux blessures ................................................. 104
Ego ............................................................................................ 109
Synthèse ................................................................................... 112
DE LA GENESE DES BLESSURES .......................................................... 117
Besoins de l’enfant ................................................................... 119
Environnement ......................................................................... 125
Tempérament ........................................................................... 132
Sensibilité ................................................................................. 137
L’estime de soi .......................................................................... 141
Synthèse ................................................................................... 143
ET AVANT MOI… ? ........................................................................... 146
Héritage de notre personnalité .............................................. 146
Epigénétique ............................................................................ 151
Transgénérationnel .................................................................. 154
Spiritualité................................................................................. 157
ON REMBOBINE ! ............................................................................. 160
La boucle infernale .................................................................. 161
Toutes les blessures ne se valent pas ..................................... 168
Synthèse finale ......................................................................... 172
Partie II : Bon, et on fait quoi maintenant ? .......................... 181
« DEMANDEZ LE PROGRAMME ! » ..................................................... 184
Casser la boucle infernale ....................................................... 185
Agir en tenaille ......................................................................... 188
PREPARER LE CHANGEMENT .............................................................. 192
Se faire du bien, tout simplement .......................................... 193
S’apporter du bon .................................................................... 196
Calmer le mental ..................................................................... 198
Apaiser les émotions ............................................................... 200
Se motiver ! .............................................................................. 202
S’assouplir ................................................................................ 204
S’ouvrir au changement .......................................................... 206
PRENDRE CONSCIENCE .................................................................... 208
Observer................................................................................... 208
Identifier, comprendre ............................................................ 210
Accueillir, accepter .................................................................. 213
A bas les masques ! ................................................................. 216
ENGAGER LE CHANGEMENT ............................................................. 221
Choisir ...................................................................................... 221
Développer ses compétences................................................ 227
Soigner ses blessures .............................................................. 231
Piocher des exercices .............................................................. 234
ANCRER LE CHANGEMENT ................................................................ 240
Pratiquer, pratiquer, pratiquer ................................................ 240
Célébrer ! ................................................................................. 243
Formaliser ................................................................................. 245
Garder le cap ........................................................................... 246
SE FAIRE AIDER ................................................................................ 250
De la nécessité de se faire aider ............................................ 250
Qui solliciter ? .......................................................................... 252
Se repérer parmi les thérapeutes ........................................... 254
Et la spiritualité ? ...................................................................... 257
SYNTHESE ....................................................................................... 260
Par où commencer ? ................................................................ 261
Solution à la hauteur du problème ........................................ 262
Effet des interventions selon la personnalité ........................ 264
VOTRE ETOILE POLAIRE .................................................................... 268
Avancer en équilibre ............................................................... 268
Chacun son chemin ................................................................. 271
Quel but ultime ? ..................................................................... 273
Conclusion ............................................................................ 277
Annexes ................................................................................ 279
ANNEXE 1 - COMPLEMENTS ............................................................. 281
Complexité ............................................................................... 281
L’introspection .......................................................................... 285
Le bonheur ............................................................................... 288
L’amour...................................................................................... 292
L’intelligence ............................................................................ 298
Orientation professionnelle .................................................... 302
Valeurs ...................................................................................... 304
Introversion vs extraversion ..................................................... 305
Internalisation vs externalisation ............................................ 308
Maître de sa vie (Locus of Control) ......................................... 309
Jugement et auto-sabotage ................................................... 310
Création du style d’attachement ............................................. 312
Héritabilité ................................................................................ 314
Corrélation ................................................................................ 315
Confusion, médiation et modération ..................................... 318
Tout est lié ................................................................................. 320
Catégorie vs Continuum ......................................................... 322
Troubles de personnalité ........................................................ 324
ANNEXE 2 - CRITIQUES D’AUTRES METHODES.................................... 327
Le MBTI ..................................................................................... 327
Le DISC ..................................................................................... 328
La multitude de tests psychologiques ................................... 330
Les 5 blessures de l’âme.......................................................... 333
Les 4.5 accords toltèques ........................................................ 336
L’Ennéagramme ....................................................................... 337
La thérapie des schémas ......................................................... 341
La Process Communication Model © ..................................... 343
Programmation Neuro-Linguistique (et consorts) ................. 346
Psychologie positive ................................................................ 348
Le bourreau intérieur ............................................................... 349
Dictionnaire des maladies....................................................... 351
Les grands hommes historiques ............................................. 352
ANNEXE 3 - LES FICHES SUPPORT...................................................... 354
Tables
Table des tableaux
TABLEAU 1 - LES 5 COMPETENCES EMOTIONNELLES ................................ 58
TABLEAU 2 - LES MASQUES ET LEURS BESOINS ......................................... 79
TABLEAU 3 - LES MASQUES, LEUR REACTION SOUS STRESS ET LEUR EXCES . 83
TABLEAU 4 - RECAPITULATIF DES MASQUES ............................................. 87
TABLEAU 5 - LES BLESSURES ................................................................... 91
TABLEAU 6 - LA PEUR PROFONDE ET L’EMOTION VERITABLE DES BLESSURES96
TABLEAU 7 - BLESSURE, VISION DU MONDE ET INJONCTION ................... 102
TABLEAU 8 - RECAPITULATIF DES BLESSURES ET MASQUES ...................... 115
TABLEAU 9 - BESOINS DE L'ENFANT ET NOTION A INTEGRER (TABLEAU) ... 123
TABLEAU 10 - SYNTHESE DES NOTIONS DE LA PREMIERE PARTIE .............. 177
TABLEAU 11 - EQUIVALENCES AVEC D'AUTRES TYPES DE PERSONNALITE
CONNUS ..................................................................................... 178
Table des figures
FIGURE 1 - EXEMPLES DE SIGNES EXTERIEURS QUE QUELQUE CHOSE NE VA
PAS................................................................................................ 31
FIGURE 2 - LES SYMPTOMES .................................................................... 31
FIGURE 3 - LES TRAITS DE CARACTERE, PAR CHARLES SCHULZ ................... 40
FIGURE 4 - DE L'EVENEMENT AUX REACTIONS .......................................... 41
FIGURE 5 - LA ROUE DES EMOTIONS DE ROBERT PLUTCHIK ....................... 45
FIGURE 6 – LE CIRCONPLEXE DES EMOTIONS, DE RUSSELL ET LEMAY ......... 46
FIGURE 7 – DE L'EVENEMENT AUX REACTIONS .......................................... 48
FIGURE 8 - STYLE D'ATTACHEMENT, SELON L'ANXIETE ET L'EVITEMENT ...... 53
FIGURE 9 - MODERATION PAR LA CONFIANCE, L'ATTACHEMENT ET LA
CULTURE ........................................................................................ 56
FIGURE 10 - INTERVENTION DU COPING DANS LA GESTION DU STRESS....... 61
FIGURE 11 - LES STRATEGIES DE COPING, SELON INTERNALITE ET
ENGAGEMENT................................................................................ 64
FIGURE 12 – LES STRATEGIES DE COPING, SELON LE TRIANGLE DE COTTRAUX
..................................................................................................... 64
FIGURE 13 - MODERATION PAR LE COPING .............................................. 68
FIGURE 14 - MODULATION DE LA REACTION PAR LES MASQUES ET LEURS
BESOINS ........................................................................................ 88
FIGURE 15 - DIAGRAMME COMPLETE DES BLESSURES ............................. 116
FIGURE 16 - GENESE DES BLESSURES .................................................... 118
FIGURE 17 - BESOINS DE L'ENFANT ET NOTION A INTEGRER (FRISE) ......... 123
FIGURE 18 - CHRONOLOGIE D'APPARITION DES BESOINS ....................... 124
FIGURE 19 - BLESSURES ET MASQUES, SELON LES BESOINS DE L'ENFANT . 126
FIGURE 20 - EXCES DE REPONSE AUX BESOINS DE L'ENFANT ................... 128
FIGURE 21 - SYNTHESE DE LA GENESE DES BLESSURES............................ 144
FIGURE 22 - LA BOUCLE INFERNALE ...................................................... 163
FIGURE 23 - LE DIAGRAMME DE SYNTHESE FINALE.................................. 173
FIGURE 24 - ACTION EN TENAILLE SUR MASQUES ET EGO ....................... 189
FIGURE 25 - ACTION EN TENAILLE SUR CROYANCES ET COMPORTEMENT . 189
FIGURE 26 - ACTION EN TENAILLE SUR EMOTIONS VRAIES ET
COMPORTEMENT ......................................................................... 190
FIGURE 27 - DIAGRAMME DES INTERVENTIONS ...................................... 260
FIGURE 28 - ILLUSTRATION DE PSYKOCOUAC SUR LA COMPLEXITE.......... 282
FIGURE 29 - DISTRIBUTION DES SCORES DE QI (SOURCE : WIKIPEDIA) .... 299
FIGURE 30 - REPRESENTATION DU RIASEC (SOURCE : UNIVERSITE DU
MANITOBA) ET LES MASQUES ASSOCIES ........................................ 303
FIGURE 31 - SENSIBILITE ET EXTRAVERSION ........................................... 307
FIGURE 32 - LIEN DE CORRELATION ...................................................... 315
FIGURE 33 - CORRELATIONS POSITIVE, NEGATIVE ET NULLE (DE GAUCHE A
DROITE) ...................................................................................... 316
FIGURE 34 - CORRELATION VS CAUSALITE ............................................. 317
FIGURE 35 - FACTEUR DE CONFUSION (DANS UNE CORRELATION) .......... 319
FIGURE 36 - LE MEDIATEUR (D'UNE CORRELATION) ................................ 319
FIGURE 37 - LE MODERATEUR (D'UNE CORRELATION)............................. 320
FIGURE 38 - DISTRIBUTION NORMALE DES SCORES AUX TESTS DE
PERSONNALITE ............................................................................ 323
FIGURE 39 - CORRESPONDANCE AVEC LES MALADIES DU DSM .............. 325
FIGURE 40 – MON PROFIL DISC ........................................................... 329
FIGURE 41 - LISTE DES 180 TESTS DE PERSONNALITE QUE J’AI REALISES .. 331
FIGURE 42 - POSTURES DES 5 BLESSURES DE LISE BOURBEAU ................ 333
FIGURE 43 - CORRESPONDANCE AVEC LES BLESSURES DE LISE BOURBEAU
................................................................................................... 335
FIGURE 44 - REPRESENTATION DE L'ENNEAGRAMME (SOURCE :
APRISME.BLOG) ........................................................................... 338
FIGURE 45 - CORRESPONDANCE AVEC LES TYPES DE L'ENNEAGRAMME .. 339
FIGURE 46 - CORRESPONDANCE AVEC LES SCHEMAS DE YOUNG ........... 342
FIGURE 47 - CORRESPONDANCE AVEC LES TYPES DE LA PROCESS COM'. 345
FIGURE 48 - ILLUSTRATION DE LA FICHE EXERCICE.................................. 355
FIGURE 49 - ILLUSTRATION DE LA FICHE PRATIQUE ................................. 356
Lexique
Les termes soulignés dans ce livre sont définis sommairement ci-
après.
Notez que les définitions peuvent inclure d’autres mots du lexique,
eux aussi soulignés. En n’espérant ne pas avoir rédigé de définitions
circulaires…
Adaptation hédonique : L'adaptation hédonique désigne le phé-
nomène psychologique où les individus reviennent à un niveau
stable de bonheur après des événements positifs ou négatifs, dimi-
nuant l'impact émotionnel à long terme de ces événements.
Auto-efficacité (self-efficacy) : L'auto-efficacité (conceptualisée par
Albert Bandura) est la conviction qu'une personne a dans sa capa-
cité à réussir et à influencer les événements de sa vie, ce qui affecte
son comportement et sa motivation.
Auto-sabotage : L'auto-sabotage est l'entrave inconsciente à ses
propres succès par des comportements destructeurs, souvent mo-
tivés par la peur.
Blessure : Une blessure désigne un traumatisme émotionnel ou
psychique souvent issu d'expériences douloureuses ou négli-
gences subies, affectant profondément le comportement et les re-
lations.
Biais cognitif : Un biais cognitif est une tendance systématique à
penser d'une manière qui peut entraîner des erreurs de jugement,
influençant la prise de décision et la perception de manière irration-
nelle.
Caractère : En psychologie de la personnalité, le caractère désigne
l'ensemble des traits émotionnels et comportementaux stables qui
définissent les réactions et interactions individuelles d'une per-
sonne avec son environnement.
Communication Non Violente (CNV) : La CNV est une méthode de
communication visant à favoriser des échanges empathiques et res-
pectueux en se concentrant sur les besoins et sentiments des inter-
locuteurs, en évitant les jugements et critiques.
Compétences émotionnelles (CE) : Ces compétences déterminent
la capacité à identifier, comprendre, exprimer, réguler et utiliser ses
émotions et celles d’autrui. Ces habiletés font partie de l’intelli-
gence émotionnelle.
Confiance en soi : La confiance en soi est la croyance en ses propres
capacités à accomplir des tâches, prendre des décisions, et réussir
dans divers aspects de la vie, influençant positivement l'action et la
résilience face aux défis.
Conscience de soi (Self awareness) : La conscience de soi est la ca-
pacité à s’observer clairement, comprendre qui on est, comment les
autres nous voient et comment nous nous adaptons au monde.
Coping : voir à Stratégie de coping.
Croyance : Une croyance est une conviction ou une acceptation
que quelque chose est vrai ou réel, guidant les perceptions, les
pensées et les comportements d'un individu.
Distorsion cognitive : La distorsion cognitive est un processus men-
tal erroné qui altère la perception de la réalité, menant à des inter-
prétations inexactes, des jugements biaisés et des réactions
émotionnelles déformées.
Ego : L'égo est le nom donné à une entité abstraite qui se forme à
partir des croyances et des peurs accumulées depuis l'enfance et
agit dans le but de protéger l’individu, motivant des réactions pour
éviter la souffrance.
Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR) : La Dé-
sensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires est
une psychothérapie utilisée pour traiter le stress post-traumatique.
Elle consiste à utiliser des mouvements oculaires dirigés pour aider
les patients à remettre en mémoire des souvenirs traumatisants.
Emotion : Une émotion est une réponse complexe du corps et de
l'esprit à un stimulus, impliquant des réactions physiologiques,
comportementales et psychologiques, qui influence notre humeur
et nos décisions.
Emotion véritable : C’est une réaction émotionnelle sincère à une
expérience nous confrontant à notre blessure, reflétant la peur de
nous y confronter.
Emotionnalité : L’émotionnalité désigne la capacité générale à
éprouver et exprimer des émotions, englobant la diversité et
l'intensité des expériences émotionnelles.
Emotivité : L’émotivité est la tendance à réagir de manière intense
et rapide aux émotions, avec des manifestations physiques ou ver-
bales marquées, souvent difficile à contrôler.
Epigénétique : L'épigénétique est l'étude des modifications de
l'expression des gènes causées par des facteurs environnementaux
ou comportementaux, sans changement de la séquence ADN, in-
fluençant le développement et la santé.
Epigénome : L'épigénome est l'ensemble des modifications chi-
miques (réversibles) sur l'ADN et les protéines associées, régulant
l'expression des gènes sans altérer la séquence génétique sous-ja-
cente.
Essence : L'essence désigne la nature fondamentale propre à cha-
cun, les qualités intrinsèques et potentialités avec lesquelles nous
sommes nés plutôt que ce que nous avons acquis à travers notre
éducation, nos idées ou nos croyances.
Estime de soi : L'estime de soi est l'évaluation subjective qu'une
personne fait de sa propre valeur, de ses capacités et de son mérite.
Facteur : Un facteur est un trait fondamental, issue d’une analyse
factorielle. Les facteurs sont indépendants et déterminent tous les
autres traits.
Héritabilité : L'héritabilité est la proportion de variation d'un trait ou
comportement dans une population attribuable aux différences gé-
nétiques (par opposition aux influences environnementales).
Humeur : L'humeur désigne un état émotionnel prolongé qui co-
lore la perception et influence la manière de réagir aux événements
et d'interagir avec les autres, généralement moins spécifique et
moins intense qu'une émotion.
Intelligence émotionnelle : L'intelligence émotionnelle est la capa-
cité globale à reconnaître, comprendre, gérer et utiliser ses propres
émotions et celles des autres de manière efficace et constructive.
Elle comprend une partie de trait caractéristique et des habiletés
(les compétences émotionnelles).
Intuition : L'intuition est la capacité de comprendre ou de connaître
quelque chose sans recours au raisonnement conscient ou à l'ana-
lyse logique.
Locus of Control (LOC) : Le lieu de contrôle décrit la perception
qu'a un individu de la source de contrôle sur les événements de sa
vie : interne (c’est lui aux commandes) ou externe (Dieu, la chance,
les gens puissants, etc).
Masque : Le masque, en psychologie, est une fausse personnalité
adoptée pour se conformer aux attentes sociales et pour protéger
sa vraie nature (son essence) des blessures émotionnelles.
Mentalité : La mentalité est la part de la personnalité influencée par
la culture de l’environnement (communauté, pays, etc).
Mode : Le mode de fonctionnement représente l’état d’esprit ponc-
tuel à un moment précis. C’est le reflet d’un schéma en action à un
moment donné.
Personnalité : La personnalité est l'ensemble des traits émotionnels,
comportementaux et cognitifs stables qui déterminent les modes
de pensée, de sentiment et d'agir caractéristiques d'un individu.
Elle se construit sur un terrain génétique – c’est le tempérament –
puis se développe selon les expériences et l’éducation – c’est le ca-
ractère. Enfin, certains traits de personnalité sont inhibés ou renfor-
cés par la culture – c’est la mentalité.
Peur profonde : Appréhension à l’idée de se confronter à sa bles-
sure et de ressentir l’émotion véritable associée.
Programmation Neuro-Linguistique (PNL) : La PNL est une méthode
de communication et de développement personnel qui explore les
liens entre les processus neurologiques, le langage et les compor-
tements pour améliorer l'efficacité et le bien-être.
Religiosité : La religiosité est l'adhésion et la dévotion à des
croyances, pratiques et rites spécifiques d'une religion, impliquant
souvent la participation communautaire et la conformité aux doc-
trines et traditions établies.
Résilience : C’est notre capacité à faire face aux dangers perçus à
l’intérieur de nous dans une situation donnée.
Schéma : Un schéma est un modèle persistant de pensées et de
comportements autodestructeurs formé dans l'enfance, influençant
négativement la perception de soi et les interactions avec les
autres.
Sensibilité : La sensibilité est la prédisposition à être profondément
affecté par des stimuli externes ou internes, pouvant inclure des
émotions, des souvenirs, mais aussi des perceptions de l’environne-
ment.
Sentiment : Un sentiment est une expérience émotionnelle subjec-
tive et durable qui découle de la réflexion et de l'interprétation des
émotions.
Spiritualité : La spiritualité est la quête personnelle d'une compré-
hension plus profonde et d'une connexion avec le sacré ou le trans-
cendant, souvent au travers de pratiques introspectives et d'un
développement intérieur.
Stratégie de coping : Une stratégie de coping, ou stratégie d'adap-
tation, désigne les méthodes et techniques qu'une personne utilise
pour gérer et surmonter le stress et les émotions difficiles.
Stress : Le stress est une réponse physiologique et psychologique
à des situations perçues comme exigeantes ou menaçantes, impli-
quant souvent une activation du système nerveux et des sentiments
d'anxiété ou de tension.
Stresseur : Un stresseur est un événement qui provoque une réac-
tion de stress dans l'organisme, pouvant être psychologique ou
physique, et qui perturbe l'équilibre interne de l'individu.
Style d’attachement : Le style d'attachement est un modèle de com-
portements relationnels formé durant l'enfance, influençant les in-
teractions et réponses émotionnelles dans les relations adultes,
catégorisé selon le niveau d’anxiété et d’évitement.
Tempérament : Le tempérament désigne les dispositions affectives
et comportementales innées qui influencent les réactions et l'adap-
tabilité d'un individu face à son environnement dès la naissance.
Thérapies Cognitives et Comportementales (TCC) : Les TCC sont
des traitements psychothérapeutiques qui intègrent des tech-
niques de méditation, d'acceptation sans jugement et de flexibilité
psychologique pour changer la relation du patient à ses symp-
tômes.
Thérapies Cognitives et Comportementales (TCCE) : Les TCCE intè-
grent des techniques émotionnelles aux approches comportemen-
tales et cognitives traditionnelles pour traiter des troubles
psychologiques de manière plus holistique.
Trait : Un trait de personnalité – aussi appelé sous-dimension, ou fa-
cette – est une caractéristique durable. Souvent continuum d’un ex-
trême (introspection par exemple) à l’autre (extraversion).
Type : Le type de personnalité – ou dimension – est un assemblage
de traits de personnalité. Qualificatif global qui englobe plusieurs
traits. Par exemple, l’extraversion comprend les traits sociabilité, do-
minance, activité et nervosité.
Valeur : Une valeur est une croyance fondamentale qui guide les
attitudes et comportements d'un individu, influençant ses choix,
motivations et manière de percevoir le monde.
Vertu : La vertu est une qualité morale excellente qui guide les ac-
tions et les comportements vers le bien et le juste. Elle représente
les caractéristiques et les habitudes qui définissent le caractère mo-
ral d'une personne et favorisent une vie éthique.
Zèbre : Selon Jeanne Siaud-Facchin, le terme « zèbre » désigne les
personnes à Haut Potentiel Intellectuel (HPI) ou surdoués.
© Vincent MAURY, 2024
ISBN : 978-2-9595696-0-9
Reproduction intégrale ou partielle interdite
Achevé d’imprimer en Septembre 2024
Dépôt légal : Octobre 2024
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sous le label Imprim’Vert,
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