Étude Sur L'Apatridie Et Le Risque D'Apatridie en Republique Du Niger
Étude Sur L'Apatridie Et Le Risque D'Apatridie en Republique Du Niger
ET LE RISQUE D’APATRIDIE
EN REPUBLIQUE DU NIGER
Avril 2021
C’est le lieu pour l’équipe des chercheurs d’exprimer ses sincères remerciements à Mme
Alessandra MORELLI (Représentante du HCR en République du Niger), M. Mamady Fatta
KOUROUMA (Représentant Adjoint en charge des Opérations, HCR Niger), Mme Yvette
MUHIMPUNDU (Représentante Assistante en charge de la Protection, HCR Niger), M. Henri
Serge ATSOMAUTSY (Administrateur principal en charge de la Protection, BO Niamey, HCR
Niger), M. Zbigniew Paul DIME (Administrateur en charge de la Protection, BO Niamey, HCR
Niger), Mme Silvia LOSCHIAVO, (Administrateur associé en charge de la Détermination du
statut de réfugié, BO Niamey, HCR Niger) et M. Ibrahim ABDOULAYE ( Protection Assistant
Apatridie, BO Niamey, HCR Niger) pour les conseils et appuis multiformes dont elle a
bénéficié de leur part dans le cadre de la réalisation de l’étude. Nos remerciements s’adressent
également à toutes les sections Programme, Administration et Finance, Logistique et Achats,
aux Bureaux de terrain d’Agadez, Maradi, Tahoua et Tillabéri pour l’appui et la collaboration
apportés dans la mise en œuvre du travail de recherche et de collecte des données. Mentions
spéciales doivent être faites aux Bureaux d’Agadez et de Tahoua.
Nous exprimons ensuite nos vifs remerciements aux autorités nigériennes aussi bien au niveau
central qu’aux niveaux déconcentré et décentralisé (Secrétaires Généraux de Gouvernorats,
Directeurs centraux, régionaux et départementaux, Maires, Point focal apatridie, magistrats,
agents de l’administration et chefs coutumiers) qui ont bien voulu partager leurs expériences
avec nous. Il nous plaît aussi d’adresser nos remerciements aux représentants des organisations
internationales (gouvernementales et non gouvernementales) intervenant directement ou
indirectement dans le domaine de l’étude et ayant accepté de nous assister. A ce niveau, nos
pensées vont spécialement à L’UNICEF, l’OIM, CIAUD et SOS village d’enfants. Dans le
même sens, nous exprimons notre reconnaissance à toutes les ONG nationales ayant accepté de
nous recevoir et de nous aider.
i
SIGLES ET ABREVIATIONS
ADKOUL : Organisation non gouvernementale nigérienne œuvrant pour le Développement
(assistance humanitaire et protection)
Art. : Article
ii
HCR : Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés
UA : Union Africaine
iii
LISTE DES FIGURES
Figure 1: Champ territorial de l’étude ....................................................................................... 7
Figure 2: images d’actes d’état civil non retirés (communes I et II de Tahoua) ..................... 76
Tableau 5: Liste et missions des institutions publiques intervenant dans la lutte contre
l’apatridie et le risque d’apatridie au Niger. ............................................................................. 46
Tableau 6: Liste des principaux partenaires de l’Etat dans la lutte contre l’apatridie et le risque
d’apatridie au Niger. ................................................................................................................. 49
Tableau 10: Situation nationale des transcriptions et retraits d’actes d’état civil en 2019
(naissances, mariages, décès) ................................................................................................... 75
iv
RESUME EXECUTIF
La République du Niger a souscrit à l’essentiel des conventions internationales et
régionales visant à lutter contre le phénomène de l’apatridie. Au niveau universel, le pays a
ratifié la Convention de 1954 relative au statut des apatrides et la Convention de 1961 sur la
réduction des cas d’apatridie. Ces deux conventions forment le noyau dur des garanties en
termes de prévention de l’apatridie et de protection des personnes apatrides. Au niveau régional
africain, le Niger a activement pris part aux négociations pour l’adoption du Protocole de l’UA
sur le droit à une nationalité et l’éradication de l’apatridie en Afrique. Au plan sous régional
ouest africain, il est signataire de la Déclaration d’Abidjan et du Plan d’action de Banjul, qui
sont des étapes-clés des efforts de lutte contre l’apatridie à l’échelle de la CEDEAO.
En dépit de ces actions encourageantes, les recherches et analyses effectuées dans le cadre
de cette étude ont permis de déceler des insuffisances dans le dispositif d’intervention. Ces
insuffisances tiennent d’abord aux textes juridiques qui recèlent encore quelques lacunes ainsi
v
qu’à la jurisprudence qui est balbutiante. A cet égard, le Code de la nationalité, la loi portant
régime de l’état civil, la loi fixant le statut des réfugiés ainsi que plusieurs textes entrant en
interaction avec le Code de la nationalité présentent des vices susceptibles d’engendrer des cas
de risque d’apatridie. Les insuffisances concernent ensuite le dispositif institutionnel et les
pratiques qui renferment de nombreux obstacles à l’efficacité de la lutte. Sur ce plan, on peut
évoquer, entre autres contraintes, les défaillances des structures étatiques (en première ligne
figure la défaillance du système d’état civil), le défaut de spécialisation des ONG aux questions
d’apatridie, l’absence de coordination entre les acteurs de la chaîne de protection et les
pesanteurs sociales.
Pour faire face à ces insuffisances relevées par l’étude, les auteurs ont formulé un certain
nombre de recommandations à mettre en œuvre graduellement à l’endroit de l’Etat, du Haut-
Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et des autres partenaires de la chaine de la
lutte contre l’apatridie. Ces recommandations sont formulées dans l’objectif de réduire
substantiellement les risques d’apatridie identifiés, mais aussi de revoir le système de protection
des personnes qui seraient reconnues apatrides sur le territoire national.
vi
I. INTRODUCTION
1.1. Contexte
La présente étude a été réalisée dans un contexte national dominé par une insécurité
aux conséquences multiples. En effet, depuis l’année 2012, le Niger est confronté à une crise
sécuritaire et humanitaire marquée par des vulnérabilités plus ou moins aigues chez certaines
populations. Frontalier de sept (7) pays1, il est en effet exposé aux conséquences fâcheuses des
conflits qui sont nés et se poursuivent le long de certaines de ses frontières2.
1
Il s’agit de l’Algérie, du Benin, du Burkina Faso, de la Libye, du Mali, du Nigeria et du Tchad.
2
Frontières Niger-Burkina, Niger-Lybie, Niger-Mali, Niger- Nigeria- Tchad (au sud-est).
3
Selon les chiffres publiés par la Représentation du HCR au Niger, au 31 décembre 2019.
1
retournées sur le territoire nigérien et en provenance des mêmes pays et qui incluent souvent
des nationalités étrangères.
Pour rappel, par une série de résolutions adoptées depuis 1995, l’Assemblée Générale
des Nations Unies a confié au HCR le mandat officiel d’identifier les apatrides, de prévenir et
réduire l’apatridie dans le monde et de protéger les droits des apatrides (résolution 50/152 de
l’Assemblée Générale de 1995). Vingt ans auparavant (Résolutions de l’Assemblée Générale
3274 (XXIX) de 1974 et 31/36 de 1976), l’Assemblée Générale avait demandé au HCR de
fournir une assistance aux personnes dans le cadre de la Convention de 1961 sur la réduction
des cas d’apatridie. Elle a en outre chargé le HCR de promouvoir activement l’adhésion des
États aux Conventions internationales sur l’apatridie, celle de 1954 relative au statut des
apatrides et celle de 1961 relative à la réduction des cas d’apatridie. Plus récemment, dans sa
résolution de 2005 intitulée « Droits de l’homme et privation arbitraire de nationalité »
(E/CN.4/2005/L.58), la Commission des droits de l’homme de l’ONU, a incité le HCR à
continuer de collecter des informations sur cette question et à poursuivre ses efforts en vue de
régler le problème des privations de nationalité, tant dans ses rapports qu’au niveau de ses
activités sur le terrain. Enfin, en 2006, la Résolution 61/137 de l´AG de l’ONU a confirmé le
mandat du HCR autour de 4 piliers : Identification, Prévention, Réduction et Protection des
apatrides.
4
Le Niger fait face à de mouvements migratoires variés tels que le mouvement des réfugiés, les migrants en transit
qui comptent sur le secteur économique informel pour survivre, l’accroissement de l’émigration de Nigériens
souvent hautement qualifiés en quête de meilleures opportunités à l'étranger et l'intensification des déplacements
internes en raison de la dégradation du climat sécuritaire, des sécheresses et des inondations.
5
UNHCR et UIP, Nationalité et apatridie, un guide pour les parlementaires, n°11, Genève, 2005, p.6.
6
Définition tirée du dictionnaire Larousse illustré, Paris, 2011, p.54.
2
par application de sa législation »7. L’expression « législation » est entendue ici comme
« ayant un sens large, qui recouvre non seulement la législation, mais également les décrets
ministériels, les réglementations, les ordonnances, la jurisprudence (pour les pays ayant une
tradition de jurisprudence) et, le cas échéant, les pratiques coutumières »8. Cette définition
contraignante et universelle de l’apatride9 met en évidence la lourde responsabilité de la société
(législateur, administrateur, juge, chef coutumier, chef de famille, sage-femme, etc.) dans la
survenance de l’apatridie. En d’autres termes, le fait qu’une personne se trouve apatride n’est
pas simplement une question d’application de la législation et des règlements d’un pays, mais
dépend également de la façon dont ces textes législatifs sont appliqués dans la pratique, ce qui
relève à la fois des faits et du droit10. En conséquence, déterminer si une personne est apatride
suppose d’identifier tous les pays avec lesquels elle a des liens, tels que le lieu de naissance, la
filiation, le mariage ou la résidence habituelle et ensuite d’analyser si cette personne est
considérée comme un ressortissant en vertu des lois et politiques de ces pays11.
Mais, il y a aussi des populations ou groupes de populations qui peuvent être « à risque
d’apatridie, car elles ont des difficultés à prouver l’existence de liens avec un pays ». Ces
personnes ont la plupart du temps des difficultés à apporter la preuve de leur citoyenneté qui
peut être une carte d’identité ou un simple acte de naissance.
Selon les estimations du HCR, l’apatridie affecte jusqu'à 10 millions de personnes dans
le monde, et environ 1. 000 000 d’entre elles sont en Afrique de l’Ouest dont 700.000 en Côte
d’ivoire12. En République du Niger, il n’y a pour l’heure, aucun apatride officiellement
identifié. Seules des personnes à risque d’apatridie sont identifiées dont beaucoup dans la région
de Diffa. En effet, pour l’identification et le profilage des populations apatrides/à risque
d’apatridie, le HCR a mené une étude quantitative sur le risque d’apatridie dans la région de
Diffa en 2015. L’étude a révélé que 82% de la population ciblée par la recherche sur le terrain
ne possédaient pas de documents d’état civil, et que 61% (environ 8 100 personnes) de la même
7
Voir Article 1 de la Convention de 1954 sur le statut des apatrides.
8
UNHCR, Manuel sur la protection des apatridies, Genève, juin 2014, par. 22.
9
Il s’agit en effet de la première et de l’unique définition formellement consacrée. Elle est contraignante, d’une
part, pour les Etats parties au traité puisque la Convention n’autorise aucune réserve à cette disposition (art. 38)
et, d’autre part, pour les Etat qui ne l’ont pas ratifiée dès lors qu’il est unanimement admis que cette définition est
entrée dans le droit international coutumier : en ce sens, voir J.-Y CARLIER et S. SAROLEA, Droit des étrangers,
Bruxelles, Larcier, 2018, p. 553.
10
Ibid., par. 23.
11
M. ADJAMI, L’apatridie et la Nationalité en côte d’Ivoire, une étude pour le compte du HCR, Décembre 2016,
p. 7.
12
Chiffre fourni par le Ministère de la Justice et compilé dans les statistiques de l’UNHCR sur l’apatridie dans le
monde. UNHCR, Global Trends 2015, Tableau 7, in M. ADJAMI, [Link].,p. 6.
3
population étaient considérés comme risquant de devenir apatrides, car ils ne possédaient aucun
lien (juridique) pertinent avec un État.
De son côté l’Etat du Niger, en vue de l’adoption d’un plan d’action nationale de lutte
contre l’apatridie, a entrepris une étude diagnostique de la situation de risque d’apatridie en
octobre 2017. Cette étude visait à identifier et à analyser les différentes situations de risques
d’apatridie et les défis à relever pour parvenir à la prévention et à l’éradication de l’apatridie au
Niger. Le pays a, depuis cette étude, enregistré des avancées encourageantes dans la lutte contre
l’apatridie et le risque d’apatridie. C’est ainsi qu’en juillet 2019, le Niger a procédé à la réforme
du système de l’état civil à travers la loi n°2019-29 du 1er juillet 2019. Le 11 septembre 2019,
il a adopté le plan national de lutte contre l’apatridie en conseil des ministres. En décembre
2018, le Niger est devenu le premier pays d’Afrique à adopter une loi (la loi n° 2018-74 du 10
décembre 2018) sur la protection et l’assistance des personnes déplacées dans leur propre pays,
conformément à la Convention de Kampala de 2009, ratifiée par le pays en 2012. Pour faciliter
la coordination des actions en matière de lutte contre l’apatridie, l’Etat du Niger a nommé un
Point Focal du Gouvernement auprès du Ministère de la Justice.
Au niveau régional africain, le Niger prend activement part aux négociations pour
l’adoption du Protocole de l’UA sur le droit à une nationalité et l’éradication de l’apatridie en
Afrique. Au plan sous régional ouest africain, le Pays est signataire de la Déclaration d’Abidjan
et du Plan d’action de Banjul qui sont des étapes-clés des efforts de lutte contre l’apatridie à
l’échelle de la CEDEAO. En effet, le 25 février 2015, les 15 États membres de la CEDEAO ont
adopté la Déclaration d’Abidjan qui reconnait l’apatridie comme un fléau en Afrique de l’Ouest
et se sont engagés à mettre fin à ce phénomène d’ici 2024. Et le 9 Mai 2017, les Ministres de
la Justice et de l’Intérieur des Etats membres de la CEDEAO ont adopté un plan d’action
régional pour l’éradication de l’apatridie en Afrique de l’Ouest au terme d’une conférence
ministérielle organisée conjointement par la CEDEAO et le HCR et accueillie par le
Gouvernement de la République de Gambie. Des mesures détaillées assorties d’un calendrier
contraignant ont été prises pour mettre fin à l’apatridie d’ici 2024 en s’attaquant aux obstacles
liées à l’acquisition de la nationalité.
Il faut cependant relever qu’à ce jour, aucune étude complète portant sur l’apatridie et
le risque d’apatridie en République du Niger n’a été réalisée. C’est pour combler cette lacune
que la présente étude a été entreprise.
4
1.2. Objectifs de l’étude
Conformément aux Termes de Référence (TDR), l’objectif général de la présente étude est de
déceler les insuffisances des textes juridiques nigériens pertinents et de leur application,
conformément aux engagements internationaux du pays en matière de prévention/réduction de
l’apatridie et protection des personnes apatrides et, plus globalement, des textes pertinents en
matière de droits humains. Pour ce faire, l’étude vise entre autres à :
La méthodologie utilisée pour aboutir au présent rapport est basée sur une double
étude : une étude documentaire (i) et une étude de terrain (ii).
1.3.1. L’étude documentaire
5
des textes législatifs et règlementaires se rapportant à la question avant de les analyser
individuellement. La troisième étape a permis de relever les avancées et les insuffisances de la
législation nigérienne à travers la confrontation de ses engagements internationaux et l’état de
sa législation incluant la jurisprudence et d’autres documents officiels en matière de nationalité
et de prévention de l’apatridie. A ce titre, l’analyse s’est appuyée sur des données recueillies
dans des ouvrages, des rapports et études réalisés pour le compte d’organisations telles que l’e
HCR, l’OIM ou l’UNICEF, des articles de presse, etc.
Enfin, pour tenir compte de la situation des populations nigériennes vivant aux
frontières avec le Benin et le Burkina, une attention particulière a été accordée aux lois sur la
nationalité du Benin et du Burkina Faso. L’objectif a été de vérifier si, en cas de conflit de lois
ou de succession d’Etats suite aux décisions rendues par la CIJ en 2005 et 2013, il y a un risque
d’apatridie pour ces populations.
1.3.2. L’étude de terrain
6
Figure 1: Champ territorial de l’étude
7
dispositions qui limitent sa portée. En ce qui concerne le cadre institutionnel et opérationnel les
obstacles tiennent principalement à l’accès non satisfaisant des populations aux services de
l’Etat (état civil et nationalité), l’ignorance et les mentalités rétrogrades de certaines
populations, l’insécurité, etc. Il en résulte que de nombreuses populations sont aujourd’hui à
risque d’apatridie sur le territoire nigérien. On retrouve ces populations aussi bien chez les
nationaux (retournés, refoulés, enfants trouvés, personnes déplacées internes, populations
vivant aux frontières avec les pays voisins, etc.) que chez les étrangers (populations réfugiées
et migrantes).
1.5. Limites de l’étude
Le choix d’utiliser une méthodologie qui allie étude documentaire et étude de terrain
présente beaucoup d’avantages parce qu’il donne des larges perspectives d’une étude
exhaustive. Mais, des difficultés propres à chacune des deux phases de l’étude n’ont pas permis
d’approfondir certains aspects. Premièrement, au niveau de l’étude documentaire, la principale
limite réside dans l’accès à certaines ressources documentaires telles que les décisions de justice
rendues par les tribunaux nigériens.
Deuxièmement, au niveau de la recherche de terrain, plusieurs difficultés ont pesé sur
l’étude. D’abord, le temps imparti par région n’a pas donné la possibilité à l’équipe de
chercheurs d’opérer une immersion longue sur le terrain de recherche. Ce délai (4 jours par
région y compris les jours de route) était très insuffisant pour atteindre certains acteurs,
notamment ceux résidant dans les zones éloignées (frontière Agadez-Algérie par exemple) et a
certainement eu pour effet la précipitation dans le remplissage de la fiche d’enquête chez
d’autres. Ensuite, il y a le problème d’insécurité qui sévit dans les régions de Tillabéri et Tahoua
qui a conduit les équipes de recherche à surseoir à la visite de certaines localités qui pourraient
être affectées par le phénomène, en particulier les villages situés à la frontière avec le Burkina-
Faso et le Mali. Puis, il y a lieu de souligner la lourdeur administrative (exigence de formalités)
et la réticence de certains acteurs à collaborer en dépit de l’intervention de la Représentation du
HCR à Niamey. A cet égard, l’équipe des chercheurs n’a pas pu, par exemple, accéder aux
données concernant la situation des nigériens vivant à l’étranger. Enfin, les équipes de
recherche ont noté une faible maîtrise du sujet par certains acteurs clés (chefs coutumiers,
agents d’état civil, magistrats, etc.) ainsi qu’une absence notoire de statistiques qui soient à
même de permettre une appréciation chiffrée du phénomène au Niger.
8
Le présent rapport est structuré autour de quatre grandes parties : le rappel des
engagements de l’Etat du Niger (II), la physionomie du fléau d’apatridie et de risque d’apatridie
au Niger (III), le système national d’intervention (IV) et les recommandations (V).
13
Article 171, Constitution du 25 novembre 2010.
14
Publiée dans le journal officiel de la république du Niger (JORN) : n°12 du 15 juin 1985, p.511 (décret n°85
63/PCMS/MAE/C portant publication de la convention) Texte de ratification ordonnance n°85-09 publiée dans le
journal officiel de la République du Niger (JORN) : n°11 du 1er juin 1985.
9
les obligations applicables en matière d’octroi de la nationalité (Articles 1, 2, 3 et 4), de perte
ou de renonciation à la nationalité (Articles 5, 6, et 7) et de privation de nationalité (Articles 8
et 9).
S’agissant de l’octroi de la nationalité, la convention de 1961 fait obligation aux Etats
Parties d’accorder leur nationalité :
- de plein droit ou sur demande, à tout individu né sur leur territoire. Si la nationalité doit
être accordée sur demande de l’intéressé, cette demande doit être faite conformément
aux modalités en vigueur dans les ordres juridiques internes des Etats contractants15 ;
- à tout enfant né sur leur territoire, qu’il s’agisse d’un enfant légitime16, d’un enfant
naturel17 ou encore d’un enfant trouvé sur leur territoire18 ;
- de plein droit ou sur demande de l’intéressé, à tout enfant né hors de leur territoire,
pourvu, qu’au moment de sa naissance, ses parents ou l’un de ses parents possède la
nationalité d’un Etat partie19. Si la nationalité sera accordée sur demande de l’intéressé,
cette demande doit être conforme aux modalités prévues par le droit interne des Etats
contractants20.
15
Art. 1, para. 2 de la convention de 1961.
16
Art. 1, para. 3 de la convention de 1961.
17
Art. 5, para. 2.
18
Art. 2. Toutefois, le paragraphe 3 de l’art. 12 de la même convention soumet l’application de ladite convention
qu’aux enfants trouvés après l’entrée en vigueur de la convention.
19
Art. 4, para. 1.
20
Voir l’art. 4, para. 2, pour plus de détails.
21
C’est l’hypothèse où la personne renonce à sa nationalité, c’est-à-dire demande à ne plus être le national d’un
Etat, en démontrant la possession ou la certitude d’acquérir une autre nationalité. Voir l’art. 7, para. 1 (a).
22
C’est l’hypothèse de la déchéance de la nationalité prévue dans la législation des différents Etats pour ce qui est
de la nationalité acquise. Pour le cas du Niger, voir l’article 36 nouveau de la loi n°2014-60 du 05 novembre 2014
Portant modification de l’ordonnance n°84-33 du 23 Août 1984, portant code de la nationalité nigérienne, modifiée
par l’ordonnance n°88-13 du 18 Février 1988 et l’ordonnance n°99-17 du 04 Juin 1999.
23
Valérie SOMA/KABORE, « Les causes et conséquences de l’apatridie », Revue CAMES/SJP, n°001, 2016, p.
181.
24
Art. 2 de la DUDH.
10
vie. Elle fait imposition aux Etats parties de ne pas priver une personne de sa nationalité si cette
privation la rendrait ou risquerait de la rendre apatride25, sauf dans des cas exceptionnels
strictement encadrés26.
S’agissant de la privation de la nationalité, les Etats contractants, pour réduire
l’apatridie au niveau national, sont tenus de ne pas priver une personne de sa nationalité :
- à la suite d’un changement d’état comme le mariage, la dissolution du mariage, la
légitimation, la reconnaissance, l’adoption27 ou encore à la suite d’évènement lié à la
mutation territoriale28 ;
- parce qu’elle sollicite la naturalisation dans un pays étranger, exception faite de
l’hypothèse où cette personne acquiert ou a l’assurance d’acquérir la nationalité du pays
de naturalisation29 ;
- en raison de sa race, de son ethnie ou encore de son appartenance religieuse ou
politique30.
25
Art. 7, para. 3 et 6 ; Art. 8, para. 1.
26
Art. 7, para. 4 et 5 ; Art. 8, para. 2 et 3.
27
Art. 5, para. 1. Toutefois, cet article prévoit une exception à partir du moment où l’individu possède ou a la
certitude d’acquérir la nationalité d’un autre Etat.
28
Art. 10, para. 1 ; voir dans le même sens l’art. 5 du projet de la commission du droit international de 1999 sur la
succession d’Etat.
29
Art. 7, para. 2.
30
Art. 9.
11
le droit d’avoir des documents d’identité et de voyage, conformément à la règlementation en
vigueur (art. 26, 27,28), le droit de propriété (art.13 et 14 propriété mobilière, immobilière,
intellectuelle et industrielle), le droit d’exercer une profession salariée (art. 17) ou non salariée
(art.18), le droit d’association (art. 15), le droit à l’éducation (art. 22), etc.
En ce qui concerne les droits procéduraux, il s’agit principalement des garanties
reconnues aux personnes apatrides, le libre et facile accès devant les tribunaux (art.16) et
l’assistance ou l’aide administrative (art.23 et 25).
Troisièmement, la convention propose des pistes de solutions en encourageant
l’assimilation aux nationaux et la naturalisation des personnes apatrides «autant que possible».
On retrouve des solutions similaires dans le projet de protocole à la Charte africaine des droits
de l'homme et des peuples sur les aspects spécifiques du droit à la nationalité et l’éradication
de l’apatridie en Afrique (art. 19).
Cependant, la jouissance de tous ces droits implique que des procédures
d’identification des apatrides existent et qu’elles fonctionnent normalement. Ce qui n’est pas le
cas au Niger.
2. Les obligations découlant des instruments généraux de droits humains
Il est admis en droit international que les instruments qui protègent les droits de
l’homme s’appliquent généralement à toutes les personnes qui relèvent de l’autorité d’un État31.
A cet effet, le Niger est partie à plusieurs instruments conventionnels qui garantissent le droit à
la nationalité pour toute personne se trouvant sur son territoire, notamment aux enfants et aux
femmes.
D’abord et de manière générale, au titre la Déclaration universelle des droits de
l’homme, l’Etat est tenu de combattre l’apatridie en assurant à tout individu le droit à une
nationalité (art. 15 al.1). Ce texte qui a valeur constitutionnelle au Niger (figurant dans le
préambule de la constitution) interdit toute privation arbitraire du droit à la nationalité ainsi que
du droit d’en changer. Ensuite et de manière spécifique, l’Etat du Niger est tenu d’assurer à des
personnes structurellement vulnérables, telles que les enfants et les femmes, des garanties
contre tout risque d’apatridie. C’est ainsi que le Pacte international relatif aux droits civils et
politiques auquel il est partie depuis 1986 dispose que : « Tout enfant a droit aux mesures de
31
« Les États parties au présent Pacte s'engagent à respecter et à garantir à tous les individus se Trouvant sur leur
territoire et relevant de leur compétence les droits reconnus dans le présent Pacte, sans distinction aucune… »,
(Article 2, Pacte international des droits civils et politiques)
12
protection qu’exige sa condition de mineur et à une nationalité. Il doit être enregistré
immédiatement après sa naissance et avoir un nom » (art.24).
Dans cette dynamique, la Convention relative aux droits de l’enfant de 1989, principal
instrument de protection de l’enfant au niveau universel, prévoit que « l’enfant est enregistré
aussitôt sa naissance et a dès celle-ci le droit à un nom, le droit d’acquérir une nationalité et,
dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux » (art. 7.
al.1). Aussi, au titre de la Convention internationale sur la protection de tous les travailleurs
migrants et des membres de leurs familles, l’Etat est tenu d’assurer aux enfants des travailleurs
migrants, le droit à un nom, à l’enregistrement de leur naissance et à une nationalité (article 29).
L’intérêt de cette Convention en matière de prévention de l’apatridie est qu’elle garantit aux
enfants des migrants l’accès aux documents d’état civil.
La protection des travailleurs migrants aurait pu être renforcée si le Niger avait ratifié
les Conventions n° 97 sur les travailleurs migrants, révisée en 1949 ; n°143 sur les travailleurs
migrants (dispositions complémentaires) de 1975 et n°189 sur les travailleuses et travailleurs
domestiques (2011) de l’Organisation Internationale du Travail. Ces instruments spécifiques
ont vocation à assurer à toutes les migrations de main-d’œuvre, y compris les personnes
dépourvues de documents d’identité (dont une partie substantielle évolue dans un cadre
informel dans les pays en développement) des droits fondamentaux au travail. C’est le lieu donc
de recommander, à l’endroit de l’Etat du Niger, leur ratification.
En ce qui concerne la femme, des obligations précises résultent des engagements du
Niger en vue de la protéger contre tout risque d’apatridie. En effet, le Niger a ratifié la
Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes le 08
octobre 1999 à travers à travers le Décret n° 99-384/PRN/MAE/IA du 13 septembre 1999. Au
regard de cet important instrument, les Etats parties accordent aux femmes des droits égaux à
ceux des hommes en ce qui concerne l’acquisition, le changement et la conservation de la
nationalité; ils garantissent en particulier que ni le mariage avec un étranger, ni le changement
de nationalité du mari pendant le mariage, ne change automatiquement la nationalité de la
femme, ni ne la rend apatride, ni ne l’oblige à prendre la nationalité de son mari. (Article 9).
L’application de ces différents principes contribuerait à éviter la discrimination à l’égard des
femmes et le risque pour l’enfant d’hériter du statut d’apatride de son père, le cas échéant.
Ces obligations forment le noyau dur des garanties pour un droit à la nationalité dont
enfants, femmes et hommes peuvent se prévaloir sur le territoire nigérien au regard des
conventions internationales.
13
B. Les engagements du Niger au niveau régional
32
Le point 13 de la déclaration garantit la nationalité en cas de succession d’Etat. Ce texte correspond tant à l’art.
10, para. 1 de la convention des Nations Unies sur la réduction de l’apatridie de 1961 qu’à l’art. 5 du projet de la
commission du droit international de 1999 sur la succession d’Etat ; La substance du préambule de la déclaration
(point 10) correspond à l’esprit de l’art. 9 de la convention de 1961 qui dispose que : « les Etats ne priveront de
leur nationalité aucun individu ou groupe d’individus pour des raisons d’ordre social, ethnique, religieux ou
politique » ; le point 2 de la déclaration correspond en substance aux arts. 1, 2 et 4 de la convention de 1961.
33
L’objet de cette convention est de réduire purement et simplement l’apatridie.
34
Il s’agit par exemple de la mission des Nations Unies pour l’Afrique de l’ouest, du Haut-Commissariat des
Nations Unies pour les droits de l’homme, l’ONU-Femmes, le fonds des Nations Unies pour la population,
l’organisation internationale des migrations, l’UNICEF, l’organisation des Nations Unies pour la coordination des
affaires humanitaires, etc. Pour plus de confirmation, voir le point 25 de la déclaration d’Abidjan sur l’éradication
de l’apatridie.
14
causes ou sources de l’apatridie35 et les conséquences36 qu’elle engendre avant d’entreprendre
les mesures idoines pour l’endiguer. Ensuite, pour les Etats adhérents à la convention de 1961,
la déclaration ministérielle d’Abidjan les invite à réviser les instruments et mécanismes liés à
la nationalité en vue de tenir compte des garanties de lutte appropriées37, à mettre en œuvre les
dispositions pertinentes de la convention pour l’élimination de toutes les formes de
discrimination à l’égard des femmes et du protocole additionnel à la charte africaine des droits
de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique en vue de respecter le
principe d’égalité dans l’acquisition, la transmission, le changement et la conservation de la
nationalité38. Enfin, en lien avec le phénomène migratoire, la déclaration recommande aux Etats
de garantir l’accès aux procédures de naturalisation à tous les migrants et leurs familles qui
remplissent les conditions requises39. Il en va de même en cas de mutation territoriale où la
déclaration ministérielle interpelle les Etats ouest-africains sur la garantie de l’obtention d’une
nationalité aux personnes concernées40.
On peut également relever que les Etats ont pris des engagements précis dans les
domaines de la réduction de l’apatridie, de l’identification et la protection des apatrides. Ainsi
en matière de réduction de l’apatridie, la déclaration invite les Etats signataires à mettre en
conformité leurs législations sur la nationalité avec la convention des Nations Unies de 1961
sur la réduction des cas d’apatridie. S’agissant de l’identification des personnes apatrides, les
Etats signataires se sont engagés à respecter, protéger et donner effet aux dispositions
pertinentes de la convention de 1954 relative au statut des apatrides. Aussi, il est exigé des Etats
l’adaptation de leurs programmes de collecte de données démographiques aux principes et
recommandations des Nations Unies en vue d’identifier systématiquement les apatrides tout en
respectant les principes de confidentialité et de dignité humaine41. Pour ce qui est de la
35
Point 15 du préambule de la déclaration d’Abidjan et point 1 de son dispositif. En tant que somme de plusieurs
problèmes, l’apatridie découle de nombreuses causes ou sources. Une étude sur les causes de l’apatridie a été faite
par divers auteurs parmi lesquels, Romuald LIKIBI, Le droit de l’apatridie, Pratiques et controverses, Paris,
Publibook, 2013, pp. 51-100 ; Valérie SOMA/KABORE, « Les causes et conséquences de l’apatridie », Revue
CAMES/SJP, n°001, 2016, pp. 179-184.
36
Il s’agit pour l’essentiel de la perte des droits fondamentaux. Voir les points 5, 17, 21 et 22 du préambule de la
déclaration d’Abidjan. Dans le même sens, voir B. MANBY, « Les lois sur la nationalité en Afrique, une étude
comparée », in open society Institute (New-York) et Afrimap (Johannesburg), 2009, p. 1 ; Valérie
SOMA/KABORE, « Les causes et conséquences de l’apatridie », op. cit., pp. 185-189.
37
Il s’agit de la garantie pour chaque enfant d’acquérir une nationalité dès sa naissance et que tous les enfants
trouvés obtiennent la nationalité du pays dans lequel ils sont trouvés. Voir le point 2 de la déclaration d’Abidjan.
38
Point 3 de la déclaration d’Abidjan.
39
Point 11 de la déclaration d’Abidjan.
40
Point 13 de la déclaration d’Abidjan.
41
Point 15 de la déclaration.
15
protection des personnes apatrides, il est, d’abord, demandé aux Etats de l’Afrique de l’ouest
de mettre en œuvre toutes les mesures nécessaires pour permettre aux apatrides de disposer
d’un statut juridique en vertu de la convention internationale du 28 septembre 1954 relative au
statut des apatrides42 et aux autres normes internationales relatives aux droits de l’homme43 ; et
ensuite, d’insérer dans le droit communautaire CEDEAO des mesures visant à intégrer et
protéger les apatrides44. Il est, enfin, demandé aux Etats de reformer leurs législations en vue
d’accorder aux personnes apatrides une nationalité sur la base du critère de naissance sur le
territoire ou la résidence de longue durée45, et de leur garantir l’accès aux procédures
d’acquisition de la nationalité46 en veillant à la diffusion à tous les apatrides de l’information
sur les règles et procédures y afférentes47.
Il faut cependant retenir que la Déclaration d’Abidjan ne formule que des dispositions
non contraignantes à l’égard des Etats parties. Ses objectifs sont ainsi un idéal à atteindre par
tous les pays membres de la CEDEAO afin de prévenir et éradiquer l’apatridie. Par conséquent,
les Etats n’engageraient pas leur responsabilité pour n’avoir pas atteint les objectifs fixés par la
Déclaration. Ils pourraient seulement faire l’objet de dénonciation et de condamnation morale
par leurs pairs et les autres institutions. Même dans ce cas, ils peuvent évoquer le manque de
ressources pour s’affranchir ou accuser les institutions partenaires pour défaut de financement.
→ Au titre du plan d’action de Banjul
Adopté le 9 mai 2017 par les Ministres de la Justice et de l’Intérieur des Etats membres
de la CEDEAO, le plan d’Action de Banjul constitue une avancée majeure par rapport au cadre
juridique existant en Afrique de l’ouest. Ce plan d’action vise principalement à préciser les
différents objectifs spécifiques que les Etats parties s’engagent à atteindre ainsi que les actions
qu’ils doivent entreprendre afin de mettre en œuvre les engagements formulées dans la
Déclaration d’Abidjan. En d’autres termes, il s’appuie sur la Déclaration et s’articule autour de
3 chantiers : l’identification des apatrides et des risques d’apatridie, la prévention et la réduction
42
Sur la question du statut juridique des personnes apatrides, Voir le chapitre II de la convention de 1954.
43
En guise d’exemples, on peut retenir la DUDH du 10 décembre 1948 ; le pacte international relatif aux droits
civils et politiques de 1966 ; la convention de Maputo de 2003 sur les droits de la femme en Afrique ; la convention
internationale relative aux droits de l’enfant du 20 novembre 1989 ; la convention sur l’élimination de toutes
formes de discrimination à l’égard des femmes du 18 décembre 1979 ; la convention relative aux droits des
personnes handicapées du 13 décembre 2006 ; la charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant du 11 juillet
1990 ; le projet d’article de la commission du droit international de 1999 sur la succession d’Etat, etc.
44
Point 17 de la déclaration d’Abidjan.
45
Point 18 de la déclaration d’Abidjan.
46
Point 19 de la déclaration d’Abidjan.
47
Point 20 de la déclaration d’Abidjan.
16
de l’apatridie, et la sensibilisation du public. La réalisation de ces chantiers est échelonnée en
cinq étapes.
En premier lieu, le plan d’action de Banjul vise le respect des cadres juridiques,
politiques et institutionnels qui régissent l’éradication de l’apatridie à travers l’adhésion
massive aux conditions internationales portant sur l’apatridie ; l’élaboration d’instruments
juridiques communautaires pour la prévention et la réduction de l’apatridie ; l’intégration des
conventions internationales portant sur l’apatridie dans les législations nationales et le soutien
à l’adoption du Protocole de l’UA sur le Droit à la nationalité.
En deuxième lieu, le plan envisage le renforcement des systèmes de gestion des
données pour une réponse efficace aux défis d’apatridie. Pour ce faire, il envisage la recherche,
l’analyse et la diffusion des données et l’institutionnalisation de la collecte et la diffusion des
données relatives à l’apatridie.
En troisième lieu, il prévoit la libre circulation des personnes apatrides ainsi que leur
intégration et protection. A cet effet, les Etats doivent insérer dans le droit communautaire des
règles qui garantissent un statut aux personnes apatrides pour la détermination, la
reconnaissance et l’octroi d’un statut aux personnes apatrides et la garantie de l’intégration et
de la protection par les instruments communautaires.
En quatrième lieu, le plan d’action de Banjul échoit aux Etats l’organisation de
plaidoyers et actions de sensibilisation des populations et autres parties prenantes. Pour
atteindre cet objectif, il y’a lieu d’abord, d’institutionnaliser des mécanismes et des supports
pour sensibiliser les parties prenantes. Ensuite, il faut travailler avec les réseaux et relais, formés
de manière appropriée, puis introduire les concepts de la nationalité et l’apatridie dans les
programmes standards d’enseignement. Enfin, il importe de renforcer les capacités
opérationnelles de la Commission de la CEDEAO pour assurer la coordination dans la mise en
œuvre de la Déclaration d’Abidjan.
En cinquième lieu, le plan d’action de Banjul détaille avec précision les modalités de
garantie de l’accès à la preuve de la nationalité conformément à la Déclaration d’Abidjan. Dans
ce sens, les Etats sont chargés de garantir l’enregistrement universel et fiable des naissances et
des mariages d’une part, et harmoniser les mécanismes pour garantir que toutes les personnes
y ayant droit aient accès à la preuve de la nationalité que ce soit à l’étranger ou dans le pays
d’origine, d’autre part.
2. Les obligations découlant des instruments généraux de protection des droits humains
De manière générale, la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples
Adoptée par la 18ème Conférence des Chefs d’Etats que le Niger a ratifiée le 15 juillet 1986 ne
17
contient aucune référence directe au droit à la nationalité. Mais, elle affirme le principe de
l’interdépendance des droits de l’homme au §8 de son Préambule. Ce principe a été appliqué
par la Commission africaine des DHP dans l’affaire Modize c/Botswana: « le refus de la
nationalité qui a entraîné l’apatridie du demandeur équivaut à une violation de plusieurs de
ses droits fondamentaux, notamment le droit à la protection par la loi, le respect de la dignité,
la liberté de circulation…». Cette jurisprudence est confirmée par la Résolution 234 de la
Commission africaine des DHP qui énonce que les dispositions de l’article 5 de la Charte
impliquent un droit à une nationalité.
18
En dépit de ces engagements, les recherches effectuées dans le cadre de cette étude
montrent que l’apatridie et le risque d’apatridie sont bien réels et qu’il convient de présenter la
physionomie du fléau.
Sans prétendre donner un état exhaustif du phénomène, la présente étude propose des
éléments d’appréciation de son état au Niger. De ce point de vue, l’intérêt de l’étude est, au
moins, de permettre d’agir pour s’attaquer efficacement à ce fléau. En raison du contexte
sécuritaire fragile et des mouvements migratoires variés (déplacés internes, refoulés, refugiés,
migrants de toute sorte, etc.) que connait le pays, les analyses effectuées révèlent que le fléau
d’apatridie et du risque d’apatridie est perceptible d’abord chez les étrangers (A), ensuite chez
les nationaux (B).
A. L’état du phénomène chez les étrangers
Tous les étrangers présents sur le territoire nigériens ne sont pas à risque d’apatridie,
encore moins apatrides. Il y a cependant deux catégories qui, au regard des conditions dans
lesquelles elles se sont retrouvées au Niger, sont confrontées à des réels problèmes de
documentation. Il s’agit d’une part des réfugiés (1) et d’autre part des migrants (2). Ces deux
populations en déplacement, au statut juridique diffèrent, mais à l’état de vulnérabilité
semblable, se retrouvent souvent apatrides ou à risque d’apatridie au Niger, lorsqu’ils ne sont
en possession d’aucun document permettant de les rattacher juridiquement à un pays.
1. Les réfugiés
Le problème de la gestion des réfugiés au Niger, et en marge la question de la preuve
de leur nationalité, ne se pose que depuis une dizaine d’années avec l’éclatement des conflits
en Libye, au nord du Mali et au nord-est du Nigeria. A ces différents foyers de conflits, il
19
convient d’ajouter les récentes tensions sécuritaires nées des attaques terroristes au Burkina
Faso. Ces confits ont forcé des centaines de milliers de réfugiés à fuir vers les pays voisins
dont le Niger qui en a accueilli des dizaines de milliers depuis 2011. Parmi ces populations
réfugiées, on peut distinguer les réfugiés nigérians accueillis principalement dans la région de
Diffa et de Maradi, les réfugiés Burkinabès et maliens accueillis dans les régions de Niamey,
Tahoua et Tillabéri et enfin les réfugiés du conflit libyen et des flux mixtes accueillis à Agadez.
Le tableau ci-après illustre les données statistiques des populations relevant du mandat du HCR
en République du Niger au 31 décembre 2019.
20
Réfugiés au Niger et son décret d’application n°98-382/PRN/MI/AT du 24 décembre 1998,
l’Etat a pris, à travers le Ministère en charge de l’Intérieur deux arrêtés : l’Arrêté
n°142/MI/SP/D/AR/DEC-R du 16 mars 2012, accordant le bénéfice du statut de Réfugiés prima
facies, aux Maliens victimes du conflit armé au nord du Mali et celui n°806/MI/SP/D/AC/DEC-
R du 04 décembre 2013, accordant le bénéfice de la protection temporaire aux ressortissants
du nord-est du Nigéria ayant fui les exactions de la secte Boko Haram. Sur le terrain, les efforts
de l’Etat sont appuyés par les actions de divers organismes dont principalement le HCR.
Parmi les nombreuses difficultés auxquelles les populations réfugiées sont
confrontées, il y a immanquablement la perte ou la destruction de documents personnels. Les
recherches effectuées dans le cadre de cette étude montrent que, sur les trois principaux groupes
de populations réfugiées accueillies au Niger, le problème de preuve de la nationalité se pose ;
ce qui, juridiquement, crée un risque d’apatridie pour une frange de ces populations.
Chez les réfugiés nigérians établis à Diffa, l’étude effectuée pour le compte du HCR
en 2015 dans la région de Diffa, évoquée plus haut, a montré qu’une proportion importante de
la population cible (environ 82%) ne dispose pas de document d’identification (document d’état
civil, carte d’identité ou autres). Sur un effectif total de 37000 personnes, l’enquête de terrain
effectuée à cet effet a permis de recueillir les données personnelles de 13 088 individus,
regroupés dans 2754 ménages et répartis sur 24 sites. La répartition par genre est la suivante :
un effectif de 6390 (49%) pour les individus de sexe féminin et un effectif de 6698 (51%) pour
les individus de sexe masculin. Une majorité importante de la population est jeune : l’effectif
des individus âgés de moins de 18 ans est de 8243, soit 62,98% de la population totale. Les
enfants en bas âge (moins de 5 ans) constituent un effectif de 3132, soit 24% de la population
totale48. A l’issue de l’enquête de terrain, les analyses révèlent que plus de 61% des personnes
déplacées courent le risque d’apatridie, dans la mesure où, sur la base des données personnelles
qu’elles ont fournies, leur nationalité ne peut être déterminée. Les personnes identifiées comme
étant à risque d’apatridie dans cette population refugiée ont depuis lors bénéficié de l’aide en
documentation d’un projet financé par le HCR.
Chez les réfugiés maliens, les difficultés d’identification en termes de documents
d’état civil ou de cartes d’identité sont tout aussi importantes. Si nous n’avons pas pu
directement accéder à ces populations, en raison notamment de la dégradation du climat
sécuritaire dans la région de Tillabéri, les témoignages des acteurs rencontrés sont édifiants. En
effet, dans la région de Tahoua, l’enquête de terrain a permis de relever des cas de risque
48
B. HASSANE, Etude Sur la problématique de la documentation et le risque d’apatridie au sein des populations
déplacées du Nord Nigéria vers la région de Diffa (Niger), UNHCR, Juin 2015, pp. 26 et suivants.
21
d’apatridie sur la zone d’accueil (ZAR) des réfugiés maliens d’Intékane. Il s’agit de la situation
d’un groupe d’enfants en bas âge (moins de cinq ans) dont le nombre exact n’est pas connu, et
qui ne disposent d’aucun document d’identification. Selon le Secrétaire Général du
Gouvernorat de Tahoua, ces enfants sont nés au Mali et quelques temps après ont rejoint le
Niger avec leurs parents. Le problème, poursuit-il, comme à leur naissance ils n’ont pas fait
l’objet de déclaration à l’état civil malien, ils ne peuvent pas non plus bénéficier des largesses
du cadre juridique nigérien en matière d’état civil et de nationalité. Il revient donc à l’Etat du
Mali de délivrer à ces enfants des actes d’état civil, pour qu’ils ne tombent pas dans le monde
des « enfants fantômes »49.
Ce cas, que certains appellent désormais, « cas des enfants d’Intékane », n’est
probablement pas le seul dans ces populations réfugiées du Mali. D’autres acteurs sur le terrain
estiment que le risque d’apatridie touche aussi des personnes plus ou moins âgées. Il s’agit des
personnes jeunes et adultes qui, soit ne disposent d’aucun document justifiant leur appartenance
à un Etat déterminé, soit disposent de documents mais qui ne permettent pas d’établir leur lien
avec un quelconque pays. Il y a enfin le cas des enfants des refugiés nés sur le territoire nigérien
et qui n’ont pas été déclarés à l’état civil dans les délais. Selon les témoignages recueillis dans
les deux régions auprès d’acteurs étatiques et non étatiques, l’âge de ces enfants peut varier
d’un (1) à sept (7) ans. Là encore, l’absence de statistiques sur le nombre de personnes
concernées par ce risque d’apatridie ne permet pas d’apprécier son importance. En revanche,
ces différents témoignages permettent d’interpeller les différents acteurs sur la nécessité de
recenser les difficultés de ces populations en matière de documents d’identification et de leur
apporter l’aide requise. Par exemple, des vastes opérations d’audiences foraines dans les
communes concernées pourraient contribuer à résoudre en grande partie ce problème.
Chez les réfugiés établis à Agadez50, le problème de documentation est également une
réalité. Contrairement aux régions de Tahoua et de Tillabéri où, pour des raisons de sécurité,
nous n’avons pas pu rencontrer des réfugiés, à Agadez les autorités nous ont permis de
rencontrer un focus group pour leur administrer notre questionnaire. Cela nous a permis de
mesurer l’importance du problème des documents d’identification à leur niveau. Mais, c’est
d’abord les autorités de la région qui ont accepté avec enthousiasme d’aborder la question avec
notre équipe. A cet effet, le secrétaire Général de la région, qui a montré une maitrise
satisfaisante des questions d’apatridie en lien avec les conflits et la migration, estime qu’en
49
Voir en ce sens : L. DEJOIE et A. HARISSOU, les enfants fantômes, Paris, Albin Michel, 2014, 165 pages.
50
A côté de la large communauté de soudanais, on y trouve des sud soudanais, libériens, guinéens, togolais,
gambiens, pakistanais, etc. La plupart de ces demandeurs d’asile sont sous mandat du HCR.
22
tant que populations en déplacement, les réfugiés comme les migrants ont toujours été menacées
par l’apatridie ou le risque d’apatridie. Selon lui, il ne serait pas exact de dire qu’il y a beaucoup
d’apatrides parmi les réfugiés, mais dire que nombreux sont à risque d’apatridie n’est peut-être
pas exagéré. Sans pouvoir nous donner des statistiques précises sur les réfugiés sans documents
d’identification, il estime que très peu parmi eux en possèdent et il s’agit des documents
rudimentaires tels que des cartes de déplacés internes et dans des rares cas, des actes de
naissance.
Les propos du Secrétaire général ont trouvé écho favorable dans les témoignages du
groupe de réfugiés rencontré dans l’enceinte de la DREC/MR d’Agadez. Majoritairement
composé de soudanais et de sud soudanais, les réfugiés ayant accepté de nous parler ont un
point commun : aucun n’a un document d’identité. Certains affirment qu’ils ont perdu leurs
documents en Libye, d’autres reconnaissent qu’ils n’en ont jamais eu dans leur vie. Ainsi, M.
K. et Mme M51 sont un couple qui affirme être soudanais et déclare avoir perdu toute leur
documentation en fuyant la Libye, il y a deux ans de cela. Ils reconnaissent que l’absence de
documentation leur pose beaucoup de problème, car selon eux, rien ne prouve qu’ils sont
soudanais, si ce n’est la langue. A.S, 14 ans, affirme, pour sa part, être un ressortissant du
soudan du Sud et reconnait qu’il n’a jamais eu accès à un certificat de nationalité. En fuyant les
violences au Soudan, ajoute-t-il, il n’était pas conscient de l’importance d’avoir des documents
d’identité. Ces témoignages, quoique limités, illustrent parfaitement le risque d’apatridie qui
pèse sur ces populations. S’il faut extrapoler, à partir de ce focus group, on peut sans crainte de
se tromper affirmer que plus de 80% des populations réfugiées ne disposent pas de documents
d’identification.
Ces différents récits de responsables étatiques, d’acteurs d’ONG et de réfugiés eux-
mêmes s’accordent sur la réalité du problème de documentation de ces populations vulnérables.
S’il nous est impossible d’avancer des chiffres précis, en raison notamment de la caractéristique
de l’étude qui n’a pas une dimension quantitative, les témoignages recueillis permettent
d’affirmer qu’un nombre très élevé de réfugiés ne possède aucun document d’identification.
Aussi, s’il n’est pas raisonnable de soutenir que toutes ces personnes sont apatrides, il est permis
de prévenir que, sans l’octroi de l’asile52 et la résolution du problème de documentation,
beaucoup deviendront à risque d’apatridie.
51
Nous avons choisi d’anonymer les noms des personnes concernées en accord avec la politique de protection des
données des personnes relevant du mandat du HCR.
52
Avec l’octroi de l’asile, théoriquement et au regard de la législation nigérienne pertinente, l’acquisition de la
nationalité par naturalisation est bien possible pour le réfugié qui en bénéficie. Il faut cependant satisfaire à la
condition de 10 ans de résidence et de services rendus à la nation (art. 24 Code de la nationalité nigérienne).
23
2. Les migrants
Deux considérations de départ permettent d’affirmer que le problème d’apatridie pour
les migrants ne se pose pas dans des proportions inquiétantes. D’abord et historiquement, le
Niger est essentiellement un pays de transit de migrants où passent des milliers de ressortissants
des pays de l’Afrique centrale et de l’Afrique de l’ouest en quête d’un meilleur avenir ailleurs,
particulièrement en Europe . Ensuite, au regard du code de la nationalité et depuis 1999, tous
les enfants nés sur le territoire nigérien sont présumés être nigériens. En d’autres termes, les
enfants des migrants (en situation régulière ou irrégulière) peuvent être déclarés et obtenir des
documents d’état civil.
La population migrante au Niger présente un double profil. A côté des migrants en
situation irrégulière, dont on parle le plus, il y a bien des migrants en situation régulière. Dans
ce second lot, on trouve les migrants souvent qualifiés comprenant des médecins, des
enseignants, des banquiers, opérateurs économiques, etc. qui ont quitté leurs pays pour s’établir
au Niger. Au regard de l’objet de la présente étude, cette seconde catégorie de migrants ne pose
pas véritablement de problème étant donné qu’ils sont plus susceptibles d'être documentés et
d'obtenir les documents appropriés leur permettant de régulariser leur situation53. D’un point de
vue juridique et quelle que soit leur origine, les migrants en situation régulière jouissent de la
protection garantie par la Convention internationale sur la protection des droits de tous les
travailleurs migrants et des membres de leurs familles54. Ce texte consacre de façon spécifique
les droits de différentes générations en touchant à tous les domaines, notamment civil et pénal.
Ainsi, aux termes de l’article 29 de ce texte, tout enfant d’un travailleur migrant a droit à une
nationalité.
Le problème de documents, et éventuellement de preuve de la nationalité, se pose plus
pour les migrants en situation irrégulière. En effet, très peu de migrants possèdent des
documents prouvant leur lien avec un pays donné. Les entretiens effectués dans les régions
d’Agadez (principale région de transit au Niger), de Tahoua et de Niamey montrent que
beaucoup de migrants en transit ne possèdent pas de documents. Mais, l’absence de documents
53
B. MANBY, [Link]., p.62
54
Conformément à l’article 2 de la Convention, le « travailleur migrant » est défini comme « les personnes qui
vont exercer, exercent ou ont exercé une activité rémunérée dans un État dont elles ne sont pas ressortissantes ».
Il convient cependant de distinguer le « travailleur migrant » tel que défini ici de certains « travailleurs non-
ressortissants de l’État d’accueil » et qui sont régis par des conventions internationales spécifiques. Il s’agit par
exemple, des personnes employées par des organismes internationaux dans un État donné : voir A. HAMADOU,
« La gestion des flux migratoires au Niger entre engagements et contraintes», La Revue des droits de l’homme
[En ligne], 14 | 2018, URL : [Link]
24
ne signifie pas qu’ils sont nécessairement apatrides. A ce sujet et de l’avis des autorités et des
acteurs en charge de la gestion des migrants, pratiquement tous sont en mesure de reconnaitre
leur pays de rattachement.
Néanmoins, des cas ont été rapportés çà et là par certains acteurs rencontrés sur le
terrain. À Agadez, le témoignage d’un acteur de la chaine judiciaire nous apprend qu’un migrant
en situation irrégulière a été arrêté sans aucun document d’identité et que les recherches
effectuées n’ont pas permis d’établir son pays de rattachement. Dans la région de Tillaberi, des
témoignages similaires font état de personnes prises dans les flux mixtes migratoires et qui
prétendent appartenir à tel ou tel pays, mais incapables de produire les documents requis à cet
effet. Il en est ainsi du cas d’un groupe de personnes venant du Mali en raison, probablement
de l’insécurité, parlant couramment le songhaï (langue parlée dans une large partie de la région
de Tillabéri) qui prétendent être des ressortissants du Niger et dont les parents sont
historiquement établis dans la région. Apres vérification, il s’est avéré que ces personnes
n’étaient, juridiquement, ni de nationalité nigérienne, ni de nationalité malienne. Ce témoignage
rappelle un autre fait similaire intervenu après la crise centrafricaine. Un groupe de 11
personnes (une mère et ses deux filles, et huit adolescents) était rapatrié par l’Etat du Niger,
logé dans un centre communautaire à Niamey et recevant une subvention limitée de l'État leur
permettant de survivre. Aucun d'entre eux ne possédait une pièce d'identité délivrée par un pays.
Bien qu'ils aient tous déclaré être de pères nigériens, ils avaient été incapables de retrouver
aucun membre de leur famille après avoir visité la région d'où ils pensaient que leurs pères
étaient originaires (Maradi ou Agadez). Le ministère nigérien des Affaires étrangères avait écrit
au HCR et à l'OIM pour déclarer que, après une enquête menée par le ministère de l’Intérieur,
il ne les reconnaissait pas comme des ressortissants nigériens, demandant ainsi aux agences de
l’ONU de les aider55. Cependant, les efforts déployés par notre équipe pour vérifier ces
informations et savoir le traitement final réservé à ces cas au niveau du Ministère des Affaires
étrangères sont demeurées vaines.
Ces témoignages, même en étant symboliques, permettent d’interpeller sur la présence
du phénomène d’apatridie. Pour ces cas et au regard des explications recueillies sur le terrain,
ce sont les déplacements généralement clandestins et pour divers motifs qui constituent la
source d’apatridie. En effet, en empruntant les routes migratoires clandestines, les migrants
courent un risque particulièrement élevé de perdre leurs documents d’identité, lorsqu’ils en
disposent. Si ces documents ne sont pas arrachés par les réseaux de traite et de trafic, certains
55
B. MANBY, Nationalité, Migration et Apatridie en Afrique de l’ouest, [Link]., p. 65.
25
migrants décident tout simplement de s’en séparer (en les déchirant ou les brulant) pour éviter
de se faire rapatrier en cas d’arrestation. Mais, il faut aussi regretter une mauvaise pratique
administrative au Niger, comme un peu partout en Afrique de l’ouest, où aux différents points
de contrôle, les migrants sont quotidiennement victimes de rackets et d’extorsions de fonds,
même lorsqu’ils disposent des documents d’identité56. A cet effet, des recherches ont montré
que pour voyager en Libye ou en Algérie depuis le Niger, les documents peuvent ne pas être
aussi nécessaires que l’argent : les voies de transport sont bien organisées, et, selon les rapports
des migrants, les gardes-frontières peuvent demander de l’argent au lieu de vérifier les
documents aux postes frontaliers57. Or, il ressort d’une étude menée pour le compte du HCR et
de l’OIM en 2013 au Niger et au Togo chez les migrants en détresse58, que 60% ont indiqué
que les pièces d'identité sont des besoins plus urgents que le transport, la nourriture, les soins
de santé, le logement et autres59. Plus de la moitié de ces migrants n’avaient aucun document
de voyage, nombre d'entre eux les ayant fait confisqués par la police des différents pays par
lesquels ils sont passés.
Si les cas de personnes reconnues apatrides sont rares dans les populations migrantes
au Niger, l’étude montre en revanche qu’il y a un risque d’apatridie qui menace certaines
personnes. Deux catégories de personnes sont potentiellement concernées par ce risque. Des
enfants nés en transit et les mineurs non accompagnés. Pour les premiers, il s’agit des enfants
nouveaux nés, mais dont la naissance s’est produite dans un autre pays de transit avant d’arriver
sur le territoire nigérien. La difficulté pour ces enfants est qu’ils ne sont pas souvent déclarés
aux services d’état civil du pays où ils sont nés. L’explication de cette défaillance réside,
probablement, dans le fait que les parents sont en situation irrégulière et ils n’osent pas se
présenter aux autorités pour procéder à l’enregistrement de la naissance par crainte d’être
reconduits ou expulsés à la frontière. Ces enfants, lorsqu’ils se retrouvent au Niger, ne peuvent
pas être déclarés à l’état civil étant donnés qu’ils n’entrent pas dans les cas prévus par le code
de nationalité. En effet, ils ne peuvent être considérés ni comme des enfants nés sur le territoire
national, ni comme des enfants nouveaux nés trouvés de parents inconnus, comme le prévoit
56
A. HAMADOU, [Link]., p.14.
57
B. MANBY, Nationalité, Migration et Apatridie, en Afrique de l’ouest, une étude pour le compte du HCR et de
l’OIM, juin 2015, p.58.
58
Il faut entendre par « migrants en détresse » des « migrants internationaux se retrouvant « en détresse » car ne
pouvant pas demeurer dans le pays où ils sont physiquement présents, ni se déplacer vers un autre pays, ni ne
pouvant ou ne voulant rentrer dans leur pays d’origine.
59
S. KONAN et H. MOUNKAILA, Migrants en détresse analyse de situation et cadre de protection : Cas du
Niger et du Togo, UNHCR et OIM, Juillet 2013, p. 115.
26
l’article 10 de l’Ordonnance n° 99-17 du 04 juin 1999. Le risque d’apatridie pour ces enfants
est plus élevé en cas de conflit entre la loi du pays de nationalité des parents et celle du pays de
naissance de l’enfant. Par exemple, si leur pays d’origine confère la nationalité sur la base du
jus solis et le pays de destination applique la règle du jus sanguinis.
Le risque d’apatridie est tout aussi élevé pour les enfants migrants non accompagnés.
Il s’agit d’enfants n’ayant pas encore l’âge de la majorité et qui, en raison de certaines
circonstances, se retrouvent seuls sur les routes migratoires. De l’avis de nombreux acteurs du
terrain, certains de ces enfants ne possèdent pas de documents d’identité même s’ils se
rappellent vaguement du pays de leurs parents. Dans ce contexte, ces enfants courent un double
risque. D’une part, il y a le risque d’apatridie au Niger, car du point de vue de la loi, ils n’entrent
dans aucune ligne pour bénéficier de documents nigériens. D’autre part, ils deviennent des
proies faciles pour les réseaux opérant dans les domaines de la migration. Dans ce contexte,
c’est donc le risque d’apatridie, ou l’apatridie qui devient source de la migration vers d’autres
pays.
Le problème de risque d’apatridie peut être enfin soulevé pour les « migrants
retournés » sur le territoire nigérien. Le refoulement de migrants subsahariens sur le territoire
nigérien a pris une ampleur sans précèdent avec la crise libyenne en 2012. L’accueil de ces
migrants s’est poursuivi et s’est même intensifié à partir de novembre 2017 suite à la
consternante affaire de « vente aux enchères » des jeunes migrants noirs en Libye. Selon les
témoignages de plusieurs acteurs rencontrés à Agadez, sur les milliers de migrants retournés au
Niger, un nombre assez élevé n’avait pas de documents d’identité. Ce qui peut créer, dans un
contexte de crise et de faiblesse d’Etat, un risque d’apatridie. Cependant, et heureusement,
l’immense majorité de ces migrants sont pris en charge par l’OIM qui intervient auprès de leurs
pays d’origine pour l’établissement de documents de voyage. Pour ce faire, la Représentation
de l’Organisation au Niger contacte les représentations diplomatiques des pays de
rattachements des migrants en vue de leur établir les documents leur permettant de voyager et
de regagner leur pays.
27
niveau de certaines populations locales, nient systématiquement l’existence de cas réels
d’apatrides. Cependant, cette appréciation n’est ni scientifique, ni prudente. En effet, jusqu’au
jour de l’enquête, aucune opération d’identification d’apatrides n’a été menée à l’endroit des
nationaux. Il est par conséquent subjectif, voire dangereux de conclure à l’inexistence de
nationaux apatrides et ce, d’autant plus que les causes d’apatridie sont fréquentes et les groupes
à risque sont nombreux au sein des communautés locales.
Cela dit, les causes de l’apatridie et du risque d’apatridie, au Niger comme ailleurs,
sont aussi bien structurelles que conjoncturelles. En premier lieu, il faut mentionner l’état de
pauvreté généralisée et permanente qui mine le pays. En effet, depuis plusieurs décennies, le
Niger est classé parmi les « pays à faible développement humain » de la planète. Le dernier
rapport du PNUD sur l’indice de développement humain (rapport 2019) le place au rang de
dernier sur 189 pays classés. Cette pauvreté est la source de plusieurs facteurs qui favorisent la
naissance et le développement de l’apatridie et du risque d’apatridie dont principalement :
l’ignorance, l’analphabétisme, la faible capacité d’intervention de l’Etat et l’exode. Derrière ces
facteurs se profilent également plusieurs autres facteurs secondaires tels que : les pesanteurs
sociales ; la défaillance du système (en particulier, le système d’état civil) ; l’insuffisance de
personnels dans les structures de l’Etat ; la corruption, la lourdeur, la lenteur et le manque de
professionnalisme de l’administration ; etc.
60
Les attaques terroristes sont aujourd’hui courantes dans les régions de Diffa (à l’Est), Maradi (au sud), Tahoua
(au nord), Tillabéri et certaines localités de Dosso (à l’Ouest).
28
Enfin, la position géographique du pays, entre l’Afrique centrale et l’Afrique du nord,
censée être un atout pour son développement, l’expose impuissamment aux migrations et aux
criminalités transfrontalières. Malheureusement dans ce contexte de menaces pressantes et
permanentes, on observe d’importantes catégories de communautés exposées au risque
d’apatridie.
61
B. MANBY, op. cit., p. 62.
62
Généralement cette identification s’effectue à partir du nom, de la maîtrise de la langue nationale de l’ethnie
dont la personne se réclame ainsi que d’autres critères se rapportant au terroir.
63
En effet, le séjour de certains exodants à l’extérieur est si long qu’il peut effacer les éléments pouvant permettre
leur reconnaissance en tant que nigériens (perte de la langue, perte des repères familiaux, etc.) : c’est le cas des
nigériens nés à l’extérieur qui reviennent à un âge très avancé ou de ceux qui quittent le pays très jeune pour n’y
revenir qu’à leur vieillesse.
29
Tableau 2: Effectifs des refoulés d’Algérie et de la Libye en 2019.
30
à des ONG telles qu'INTERSOS et APBE où ils reçoivent des soins adaptés à leur cas. La
DRPFE a accueilli 582 enfants non accompagnés en 201964.
De même, en 2012, douze filles, âgées de douze à treize ans, originaires du village de
Kantché, dans la région de Zinder, ont été interceptées à la frontière du Nigéria avec une femme
qui, vraisemblablement, faisait la traite des enfants. La situation de ces filles a été un véritable
casse-tête pour le service de la protection de l’enfance et celui de l’état civil car elles ne
disposaient pas d’actes de naissance ni d’aucune autre pièce pouvant justifier leurs identités65.
Le phénomène de la traite des jeunes filles au Niger est certainement plus grave que ne l’indique
ce cas.
64
Il faut souligner que les jeunes ayant plus de 18 ans ne sont pas comptabilisés puisque n’étant pas éligibles au
programme de la DRPFE ; par conséquent, le phénomène est plus grave que ne l’indique ce chiffre.
65
DEJOIE L. et HARISSOU A., op. cit., p. 25.
66
En effet, pour cette catégorie d’enfants, le défaut du certificat de naissance ne constitue pas un obstacle à l’entrée
à l’école.
31
2.5. Les talibés
A l’instar de plusieurs pays musulmans d’Afrique noire, le Niger vit dramatiquement
le phénomène des talibés qui est perceptible dans la plupart des grandes villes, notamment à
Agadez, Tahoua, Maradi, Zinder et Niamey. Il s’agit d’enfants, confiés par leurs parents à des
marabouts pour effectuer des études coraniques. Par ignorance ou négligence ou à cause de la
nature non formelle de cette éducation, les familles de ces enfants ne se soucient pas de leur
établir des pièces d’identité ; ce qui les expose à toute sorte d’abus. Les marabouts voyagent
généralement avec les enfants vers les grandes villes, loin de leurs familles, où ils les exploitent
dans la mendicité et les travaux domestiques. Chaque talibé doit, en effet, se prendre en charge
lui-même et fournir régulièrement une rente au maître. La vie de ces talibés est semblable à
celle des talibés du Sénégal pour lesquels Laurent Dejoie et Abdoulaye Harissou soulignent :
« la majorité des talibés vit dans des conditions très précaires. Ils sont logés en surnombre dans
des maisons délabrées où l’accès à l’eau, l’électricité, la santé et la nourriture est souvent
difficile. Les sévices corporels sont courants. Il arrive fréquemment que les enfants soient
sévèrement battus par leur maître parce qu’ils n’ont pas ramené la somme d’argent fixée par
ce dernier »67.
67
L. DEJOIE et A. HARISSOU, op. cit., pp. 35 à 36.
68
MARGUERAT (Y.), « Les enfants de la rue : cas de l’Afrique noire », Revue internationale de Psychologie,
1995, vol. II, n°3.
69
L. DEJOIE et [Link], op. cit., p. 19.
32
2.7. Les populations vivant sur les frontières du Niger avec les pays voisins
Les populations situées sur les frontières de deux ou plusieurs Etats sont généralement
frappées d’un doute sur leur nationalité. Les groupes ethniques vivant sur ces frontières, ayant
très souvent des liens de part et d’autre, éprouvent des difficultés à être reconnus comme des
ressortissants des pays concernés70. Au Niger, les problèmes de documentation vécus par ces
populations se manifestent au sein de plusieurs communautés. On peut mentionner en premier
lieu les populations vivant sur la frontière du Nigéria, longue d’environ 1500 kms. En effet, les
populations vivant de part et d’autre de cette frontière ont, en général, la même histoire, la même
religion, la même langue et les mêmes valeurs sociales. Elles sont mariées entre elles et
entretiennent quotidiennement des échanges commerciaux. Tous ces facteurs communs font
qu’elles ont le sentiment d’appartenir aux deux pays et, par conséquent, s’abstiennent parfois
d’enregistrer les faits d’état civil les concernant dans l’un ou l’autre Etat. Ce phénomène se
perpétuant de générations en générations, il se pose au fil des ans de sérieux problèmes de
documentation au sein de ces communautés. Les deux exemples suivants illustrent cette
situation.
70
MANBY B., op. cit., p. 77.
33
rattachement au Niger ou au Nigéria. Néanmoins, il y’a un véritable brassage avec la population
de Doutchin Bégoua. En effet, beaucoup de ces réfugiés se sont mariés aux populations
autochtones et ont eu des enfants. Mais, l’acquisition des pièces d’état civil par eux et leurs
descendants demeure encore une préoccupation non satisfaite.
A l’instar de ces populations vivant sur les frontières avec le Nigéria, celles situées à la
frontière entre le Niger et le Mali sont aussi frappées par le phénomène. Ainsi, selon certains
témoignages, en 2012, après les attaques terroristes ayant abouti à la prise du village
d’Anderboukan au Mali, des réfugiés venant de ce pays ont fait leur entrée sur le territoire
nigérien par Banibangou dans le département de Ouallam (Région de Tillabéri). Plusieurs de
ces réfugiés ont affirmé être des descendants de nigériens installés au Mali depuis plusieurs
générations et ont revendiqué la citoyenneté nigérienne. Cependant, ils ne disposaient pas de
pièces d’état civil ni du Niger, ni du Mali ; ce qui a rendu difficile leur prise en charge
administrative.
Enfin, il y a le cas des populations vivant dans des localités ayant fait l’objet de transfert
à la suite d’un règlement de différend frontalier. En effet, le Niger, comme la plupart des pays
africains, connaît des problèmes frontaliers avec ses voisins, dus aux multiples modifications
des lignes administratives intervenues pendant la période coloniale. Pour une prise en charge
efficace de la question, l’Etat nigérien a créé une structure nationale placée sous la tutelle du
ministre de l’intérieur et de l’aménagement du territoire qu’est la Commission nationale des
frontières (CNF). Cette commission a pour missions principales la délimitation et la
démarcation des frontières nationales ainsi que le recensement des populations affectées par ces
modifications dans la perspective d’une atténuation à leur égard des effets sociaux engendrées
par l’établissement des nouvelles lignes frontalières (difficultés d’accès aux écoles, soins de
santé, points d’eau, aires agricoles, aires de pâturage, etc.). La Commission a déjà procédé à la
délimitation et à la démarcation des frontières avec plusieurs pays limitrophes dont le Nigéria
et l’Algérie avec lesquels le Niger partage les plus longues distances. D’autres cas de différends
frontaliers ont été réglés par la voie judiciaire. Il en est ainsi du différend frontalier avec le
Bénin, qui a vu la rétrocession de l’île de Lété et quinze autres îles au Niger 71, et du conflit
frontalier avec le Burkina Faso72. Cependant, hormis le différend frontalier Niger-Burkina Faso
71
CIJ, 12 juillet 2005. Ce différend a concerné 25 îles sur 150 km du fleuve Niger dont l’île de Lété qui comportait
environ 2000 habitants. L’arrêt de la CIJ a attribué 16 îles au Niger dont l’île de Lété. La nationalité de la
population affectée composée de peulhs nomades éleveurs, de pêcheurs et d’agriculteurs est présumée avoir été
attribuée avec les îles.
72
CIJ, 16 avril 2013. Ce second différend a porté sur 1063 kms et 18 villages dont 14 ont été attribués au Burkina-
Faso et 4 au Niger. La CIJ a recommandé que chaque Etat tienne compte des besoins des populations affectées, en
particulier les populations nomades et sémi-nomades.
34
pour lequel il a été prévu le recensement et la documentation de la population concernée, ni la
démarcation par arrangement entre les Etats, ni le règlement de ces litiges par la voie judiciaire
ne prennent en compte la question des documents d’identité dans les zones affectées. Cela pose
un véritable problème de rattachement des populations vivant dans ces zones qui pourrait se
cristalliser avec le temps et se traduire par des cas d’apatridie. La situation est d’autant plus
inquiétante qu’en faisant une analyse comparée des règles d’attribution de la nationalité dans
les différents pays, on s’aperçoit que ces populations sont souvent marginalisées.
35
2. L’acquisition de la 2. L’acquisition de la 2. L’acquisition de la nationalité en raison de la
nationalité par l’effet de nationalité en raison de naturalisation :
la naturalisation : la naturalisation :
Arts. 162, 163, 164, 165, 166, 167, 168, 169 et
Art. 28 nouveau de la loi Arts. 33, 34, 35 et 36 du 170 du code des personnes et de la famille du
n°2014-60 du 05 code de la loi n°65-17 du Burkina Faso.
novembre 2014. 23 juin 1965.
3. L’acquisition de la
nationalité par l’effet de 3. L’acquisition de la nationalité en raison de
l’adoption : 3. L’acquisition de la naissance et résidence au Burkina Faso :
nationalité par l’effet de
Art. 20 et 21 de l’adoption : Art. 155 à 158 du code des personnes et de la
l’ordonnance du 04 juin famille du Burkina Faso.
1999. Art. 17 et 43 de la loi
n°65-17 du 23 juin 1965.
4. L’acquisition de la nationalité par l’effet de
déclaration de nationalité :
4. L’acquisition de la
nationalité par l’effet de Art. 159 à 161 du code des personnes et de la
naissance et résidence famille du Burkina Faso.
au Bénin : Art. 24 à 27
de la loi n°65-17 du 23
5. L’acquisition de la nationalité par l’effet de la
juin 1965.
réintégration :
5. L’acquisition de la
Art. 171 à 175 du code des personnes et de la
nationalité par l’effet de
famille du Burkina Faso.
la déclaration de
nationalité : Art. 28 à 31
de la loi n°65-17 du 23
juin 1965.
6. L’acquisition de la
nationalité par l’effet de
la réintégration : Art. 37
à 39 de la loi n°65-17 du
23 juin 1965
S’agissant de la première observation, elle a trait à l’idée que les législations béninoise
et burkinabè de nationalité semblent être plus généreuses par rapport à la législation nigérienne
de nationalité. La générosité des législations béninoise et burkinabè de nationalité est qu’elles
semblent être les seules (par rapport à celle nigérienne) à avoir englobé, respectivement, quatre
(04)77 et trois (03)78 autres modalités particulières79 d’acquisition de la nationalité béninoise et
burkinabè. Cette attitude des législateurs béninois et burkinabè est encourageante, parce qu’elle
permet d’éviter tout risque possible d’apatridie, contrairement à la législation nigérienne qui se
borne à accorder la nationalité nigérienne au moyen d’une seule modalité particulière, en dehors
du mariage et de la naturalisation. Sur ce point, et pour éviter tout risque d’apatridie, il aurait
73
Voir les articles 20 et 21 de l’ordonnance du 4 juin 1999 du Niger ; les articles 17 et 43 du code de la nationalité
dahoméenne ainsi que l’article 336 du code des personnes et de la famille du Bénin.
74
Voir les articles 155 à 158 du code des personnes et de la famille du Burkina Faso ainsi que l’article 24 du code
de la nationalité dahoméenne.
75
Voir les articles 159 à 161 du code des personnes et de la famille du Burkina Faso ainsi que les articles 28 et 31
du code de la nationalité dahoméenne.
76
Voir les articles 171 à 175 du code des personnes et de la famille du Burkina Faso ainsi que les articles 37 à 39
du code de la nationalité dahoméenne.
77
Il s’agit de l’acquisition de la nationalité béninoise par la réintégration, la déclaration, la naissance et résidence
et enfin l’adoption.
78
Il s’agit de l’acquisition de la nationalité burkinabè par la réintégration, la naissance et résidence et enfin la
déclaration de nationalité.
79
En dehors du mariage et de la naturalisation, d’une part, et, d’autre part, en dehors des critères retenus au titre
de l’attribution de la nationalité d’origine (la filiation et la naissance sur le territoire).
37
été intéressant de voir le législateur nigérien de nationalité emboiter le pas de ses homologues
béninois et burkinabè.
80
I. ABDOU YONLIHINZA, « Mines-Niger : jusqu’où la ruée vers l’eldorado minéral », [Link] (consulté le
03 mars 2020).
81
Selon une étude de l’OCDE rapportée sur le site [Link] (consulté le 03 mars 2020) ces sites
mobilisent directement environ 450000 personnes et produisent annuellement 10 tonnes d’or artisanal.
38
l’humanitaire et plus particulièrement de la protection, des efforts sont en train d’être faits pour
atténuer ces difficultés. Ainsi, en matière d’état civil, le décret n° 2019-
463/PRN/MI/SP/D/ACR du 23 août 2019 fixant les modalités d’application de la loi de 2019
sur l’état civil a prévu qu’en cas de déplacements massifs des populations, des centres de
déclaration peuvent être créés dans le site d’installation par arrêté du Préfet, sur proposition du
Maire de la commune concernée. Par ailleurs, une forte sensibilisation est menée à l’endroit de
ces populations afin de les amener à prendre la mesure du danger qui les guette. Ces actions
permettront sans doute de réduire le taux de vulnérabilité mais l’éradication complète du fléau
mettra encore du temps.
A. Le dynamisme du système
Affirmer que le système nigérien de lutte contre l’apatridie est dynamique, c’est
reconnaitre que des avancées sont enregistrées progressivement. Ces avancées sont notamment
le fruit de nombreuses reformes intervenues depuis une dizaine d’années dans les domaines de
l’accès à l’état civil et à la nationalité. Le rôle de l’Etat est ainsi mis en avant. Mais, le
dynamisme du système s’explique aussi par l’appui multiforme des différents partenaires de
l’Etat. Ainsi, la lutte contre l’apatridie en République du Niger est l’action conjuguée non
seulement de l’Etat (A), mais aussi de ses partenaires (B).
1. Le rôle de l’Etat
Pour faire face à ses engagements régionaux et internationaux, l’Etat du Niger a
entrepris de nombreuses mesures allant dans le sens de prévenir et de réduire l’apatridie sur son
territoire. Ces mesures concernent principalement des réformes législatives dans la mesure où,
au regard des dispositions de l’article 99 de la Constitution, c’est la loi qui fixe les règles
concernant notamment la nationalité, l'état et la capacité des personnes. Subsidiairement, on
peut noter aussi des mesures institutionnelles nécessitées par le respect de certaines obligations
internationales.
39
1.1. Les réformes législatives
Les reformes législatives intervenues ces dernières années en matière de droit à la
nationalité et la lutte contre l’apatridie ont porté principalement sur l’assouplissement des
conditions d’accès à la nationalité et l’état civil, sur la formalisation du statut des personnes
déplacées internes et sur l’adoption d’un plan d’action national de lutte contre l’apatridie.
40
Ce sont ces lacunes que les reformes intervenues en 1999 et en 2014 vont corriger. La
réforme de 1999, le législateur a permis de combler plusieurs lacunes :
➢ l’élimination de la discrimination basée sur le sexe pour la transmission de la nationalité
aux enfants : Qu’il soit légitime ou naturel, l’enfant est nigérien dès lors que son père
ou sa mère est nigérien (art. 11) ;
➢ Reconnaissance du droit aux enfants nouveaux nés trouvés d'être des ressortissants
présumés, ce droit s'applique aux enfants de parents inconnus.
La réforme de 2014 a introduit plusieurs nouvelles dispositions. Trois domaines sont
particulièrement pris en compte. D’abord, le législateur met fin à une longue pratique
discriminatoire à l’égard de la femme en établissant l'égalité des droits entre les hommes et les
femmes dans la transmission de leur nationalité à un conjoint. Cependant la loi crée des
nouvelles conditions pour l’acquisition de la nationalité par mariage qui n’existaient pas dans
la législation antérieure, notamment la condition liée à la résidence de 3 ans (art. 13, loi 2014-
60). Ensuite, et c’est un pas de géant, la consécration de la double nationalité : « Ne perd pas
la nationalité nigérienne, le nigérien ou la nigérienne qui acquiert volontairement une
nationalité étrangère (art.34, loi 2014-60). Cette réforme permet au Niger d’intégrer le club
peu élargi des pays africains consacrant la double nationalité et à la diaspora nigérienne en
Afrique ou ailleurs de préserver ses liens avec le pays dont les parents ou grand parents sont
ressortissants. A ce sujet, selon certains acteurs, elle a déjà permis à des enfants de hautes
personnalités de conserver la nationalité nigérienne en plus de leurs nationalités étrangères.
Enfin, en matière de naturalisation, de nouvelles conditions sont en effet posées : avoir
une durée de vie de 10 ans au Niger, une bonne vie, de bonnes mœurs et aucune condamnation.
Mais en cas de services exceptionnels rendus à la nation, la période de 10 ans est annulée (art.
24, loi n°2014-60).
41
empêcher une personne de s’inscrire sur les listes électorales, de scolariser ses enfants, ou de
se présenter aux examens, d’avoir accès au système de santé ou encore d’obtenir une carte
d’identité, un passeport ou tout autre document administratif important.
Historiquement, le système de l'état civil au Niger a connu depuis l’indépendance trois
réformes : la première est intervenue en 1985, la deuxième en 2007 et la troisième en 2019.
La réforme de 2019 de la loi portant sur l’état civil (loi n° 2019-29 du 1er juillet 2019)
s’est imposée en raison de nombreuses lacunes en matière de déclaration et d’enregistrement
des naissances que contenait la loi de 2007. La conséquence de ces lacunes est que, le taux
d’enregistrement des naissances au Niger était très faible et se situait autour de 32% jusqu’ à
un passé récent (71% en milieu urbain contre 25 % en milieu rural)82. La nouvelle législation
vise à aligner le système d'enregistrement des faits d'état civil sur les normes
internationales et à créer les conditions d'un système d'état civil fiable à travers
l'enregistrement exhaustif des différents faits d'état civil à savoir les naissances, les
mariages, les décès, les divorces et les répudiations. Cette réforme tient surtout compte des
stipulations de la Convention relative aux droits de l’enfant (1989) à laquelle le Niger est partie
et dont l’article 7 dispose que : «l’enfant est enregistré aussitôt à sa naissance et a, dès celle-
ci, le droit à un nom, le droit d’acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, le droit
de connaître ses parents et d’être élevé par eux»83. C’est ainsi que le droit d’être enregistré à la
naissance donne droit à un nom et celui d’acquérir une nationalité.
De manière générale, le nouveau cadre juridique de l’état civil tient compte de
l’évolution du contexte national et international liée aux enjeux de l’identification des
personnes, de la sécurité, de la planification du développement, de l'évolution des technologies
de l'information et de la communication, de l'établissement des listes électorales biométriques,
de la maîtrise des flux démographiques et migratoires84. Plus spécifiquement et du point de vue
de son contenu, le nouveau texte apporte diverses facilités qui viennent améliorer
substantiellement la législation antérieure, notamment en matière d’accès aux documents d’état
civil. Ces facilités concernent :
➢ la gratuité de la déclaration et l’enregistrement des faits de l’état civil (Article 5)
➢ l’interdiction de toute forme de discrimination à l’accès au service d’état civil (Art. 7)
82
MANBY B., La nationalité, la migration et l'apatridie en Afrique de l'Ouest : une étude pour le compte du HCR
et de l'OIM, juin 2015, p. 37.
83
On retrouve les mêmes obligations dans la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant : « Tout enfant
est enregistré immédiatement après sa naissance », Article 6.2.
84
[Link]
politique-0, consulté le 15 mars 2020.
42
➢ la consécration de l’obligation pour toute personne qui découvre un nouveau-né
abandonné de le signaler à l’autorité compétente (art. 31)
➢ la déclaration et l’enregistrement des enfants nouveaux nés trouvés de parents inconnus
(art. 32) ;
➢ la gratuité de délivrance des extraits d’actes d’état civil (art .61)
➢ la déclaration des faits d’état civil des étrangers et apatrides (art .71)
➢ l’informatisation du registre d’état civil (Art. 73 et suivants) ;
➢ l’institution d’un contrôle (art. 94) ;
➢ l’incrimination et sanction des manquements (art. 99 et suivants)
➢ l’incrimination du défaut de déclaration des nouveaux nés (Article 251 du CP)
Source : construction des auteurs (données recueillies dans le Rapport Général de la rencontre
des cadres de la Direction Générale de l’Etat Civil, des Migrations et des Réfugiés à Agadez du
26 au 28 février 2020).
43
1.1.3.. Le nouveau cadre légal applicable aux personnes déplacées internes
Lorsqu’en 2012, l’Etat du Niger ratifiait la convention de l’Union Africaine sur la
protection et l’assistance des personnes déplacées dite « Convention de Kampala », il n’y avait
pas encore de cas de déplacements internes sur le territoire national à gérer. De ce point de vue,
c’est une remarquable anticipation qu’il faut saluer. En effet, seulement trois ans après la
ratification de cette convention (2015), le pays va connaître des déplacements internes liées
aux attaques de Boko Haram dans la région de Diffa. La mise en place d’un cadre légal était
donc devenue nécessaire. C’est ainsi qu’en décembre 2018, le Niger est devenu le premier pays
d’Afrique à adopter une loi (la loi n° 2018-74 du 10 décembre 2018) sur la protection et
l’assistance des personnes déplacées dans leur propre pays.
Le cadre juridique qu’incarne cette nouvelle loi vise, plus globalement, à promouvoir et
à renforcer les mesures nationales destinées à prévenir ou atténuer ou éliminer les causes
primaires des déplacements internes. Aujourd’hui, avec les foyers de tension dans les régions
de Diffa, de Tillaberi et de Tahoua dans une moindre mesure, les déplacements internes des
populations sont plus fréquents et importants. Dans un tel contexte, la nouvelle loi permet
d’encadrer ces mouvements et faire la promotion de solutions durables à l’intérieur comme à
l’extérieur. Par rapport à la question spécifique d’accès aux documents d’identité, elle prévoit
à ce que les personnes déplacées à l'intérieur du pays aient accès aux actes d'état civil et à
l'enregistrement des faits d'état civil au moyen de procédures accessibles (art. 13, al. 3). Aussi,
l’Etat est tenu d’assurer à ces personnes la jouissance de tous les droits, sans discriminations et
conformément à la loi (art. 14).
En pratique, la mise en œuvre de ce nouveau cadre juridique a permis de signaler des
milliers de cas d’absence de documents pour ces déplacés internes.
1.1.4. L’adoption d’un plan d’action national (PAN) de lutte contre l’apatridie
Le 11 septembre 2019, l’Etat du Niger a adopté le plan d’action national (PAN) de lutte
contre l’apatridie en conseil des ministres. L’objectif dudit Plan d’actions de lutte contre
l’apatridie vise à définir un cadre national déterminant les actions devant être mises en place
par le Niger, avec l’appui du HCR et d’autres parties prenantes, en vue non seulement de
prévenir l’apatridie, mais aussi d’identifier et de résoudre les situations de risque d’apatridie.
Prévu pour couvrir la période allant de 2018 à 2021, ce plan d’action constitue une réponse
adéquate aux engagements du Niger dans le cadre de la Déclaration d’Abidjan (article 24).
44
En prélude à l’adoption de ce plan d’action, une étude diagnostique en vue d’identifier
et d’analyser les différentes situations de risques d’apatridie et les défis à relever pour parvenir
à la prévention et à l’éradication de l’apatridie au Niger a été effectuée pour le compte du
Gouvernement. A l’issue de l’étude qui est constituée d’une analyse documentaire et une
collecte des données sur le terrain, des groupes et catégories de populations ont été identifiés à
risque d’apatridie. Il s’agit des refugiés, des retournés et déplacés internes, des populations
vivant dans les zones frontalières (succession d’Etats), des nomades pasteurs (peuls Bororo),
des arabes Mohamides, des groupes de populations vivant sur les sites d’orpaillage et des
populations vivant dans les zones d’habitat ordinaires en raison notamment de l’ignorance et
de l’insuffisance de services publics pertinents. Selon le groupe ou la catégorie de population,
l’étude a identifié plusieurs facteurs de risque d’apatridie :
- les successions d'États ;
- La mauvaise organisation du dispositif d'enregistrement ;
- Le faible niveau de formation du personnel ;
- L’insuffisance de sensibilisation des populations ;
- La non exploitation régulière des données ;
- L’insuffisance des ressources (humaines, matérielles et financières);
- L’insuffisance du renforcement des capacités du personnel;
- La mobilité et non disponibilité des préposés aux écritures dans certains villages et
tribus;
- L’insuffisance du suivi des centres d’état civil;
- La non disponibilité de la logistique au niveau de certaines Directions Départementales
de l’Etat Civil, des Migrations et des Réfugiés ;
- La non-tenue des réunions du cadre de concertation.
Pour relever les défis liés à ces facteurs d’apatridie au Niger, le plan d’action national
est conçu autour de sept (7) actions essentielles dont quatre (4) tirées du Plan d’actions global
2014-2024 de l’UNHCR visant à mettre fin à l’apatridie et trois (3) actions du plan d’action de
la CEDEAO pour l’éradication de l’apatridie (2017-2024). Il s’agit de :
45
→ Action 3: Délivrer des certificats de nationalité et autres documents attestant de la
nationalité aux personnes qui ont le droit de recevoir de tels documents ;
→ Action 4: Prévenir l’apatridie dans les cas de succession d’États ;
→ Action 5 : Résoudre les situations majeures d’apatridie existantes. ;
→ Action 6 : Renforcer les systèmes de gestion des données pour une réponse efficace aux
défis de l’apatridie ;
→ Action 7: Mettre en place un mécanisme stratégique et opérationnel de suivi et
évaluation.
Tableau 5: Liste et missions des institutions publiques intervenant dans la lutte contre
l’apatridie et le risque d’apatridie au Niger.
85
Voir le Rapport/Annuaire statistique du Ministère de la Justice 2011-2015, édition 2016, [Link]
46
→ Direction Générale contribue à la gestion de l’apatridie au Niger notamment par le biais
des Droits de de sa Direction des Droits de l’Homme dont le responsable est
également le Point Focal Apatridie du Gouvernement. Cette
l’Homme ;
Direction est chargée entre autres :
→ Le point focal - d’élaborer et mettre en œuvre la politique nationale des droits de
apatridie ; l’homme et les programmes et plan d’actions nationales de
→ Les juridictions promotion et de protection des droits de l’homme ;
- de mettre en œuvre les mesures opérationnelles visant à prévenir
les violations des droits de l’homme et le cas échéant proposer des
solutions pour faire cesser lesdites violations et veiller au
dédommagement des victimes de ces violations ou leurs ayant droits;
- de mener des actions de sensibilisation, d’information d’éducation
en matière des droits de l’homme et de la personne humaine de
diffusion et de vulgarisation d’instruments juridiques de promotion
et de protection des droits de l’homme et des recommandations des
organes chargés de leur surveillance et de leur mise en œuvre ;
- de suivre et gérer les relations entre le ministère de la justice et la
société civile, les associations, les organisations non
gouvernementales (ONG) la Commission Nationale des Droits
Humains (CNDH) et toutes autres organisations régionales et
internationales œuvrant dans les domaines des droits de l’homme et
de la personne humaine ;
- de Mener des études de prospection de planification et ‘évaluation
des mesures de mise en œuvre des normes nationales, régionales et
internationales des droits de l’homme ;
Élaborer des rapports trimestriels et annuels d’activité.
En ce qui concerne le Point focal Apatridie, crée en application de la
Déclaration Abidjan (art. 22), il est chargé de coordonner toutes les
interventions de l’Etat sur les questions relatives à l'apatridie, même
si ses attributions nécessitent d’être davantage élargies et précisées.
Ministère de l’Intérieur, de la Le Ministère de l’intérieur est un acteur important dans la lutte contre
l’apatridie à travers la Direction Générale de l’Etat Civil, des
Sécurité Publique, de la Migrations et des Réfugiés (DGECM/R) dont la compétence
Décentralisation et des s’étend sur trois domaines:
- la gestion de l’état civil ;
Affaires Coutumières et - la gestion des migrations ;
- la gestion des réfugiés.
Religieuses
→ Direction Générale de Cette Direction a activement contribué à l’élaboration de la Politique
Nationale de lutte contre la migration irrégulière et la Politique
l’Etat Civil, des Nationale de l’état civil qui a abouti à la
Migrations et des Loi N° 2019-29 du 1er juillet 2019, Portant régime de l’état civil au
Niger.
Réfugiés (DGECM/R) ;
Pour ce qui est de la DNEC, elle contribue à l’établissement des actes
→ La DNEC de naissance pour les nigériens restés longtemps à l’extérieur et
revenus au Pays (cas de la crise libyenne, par exemple), des
→ Les DREC/MR documents pour les demandeurs d’asile, etc.
Au regard de l’arrêté n°0035/MAE/C/IA/NE/DGAJ/C/DA du 10
octobre 2016 portant organisation et fixant les attributions des
structures du ministère des Affaires Etrangères, de la Coopération,
Ministère des Affaires
de l’intégration africaine et des Nigériens à l’Extérieur, ce Ministère
Etrangères, de la Coopération, s’occupe principalement des accords de coopération bilatérale et
multilatérale en matière de circulation des personnes et des biens et
47
de l’Intégration Africaine et de l’enregistrement et de la délivrance des actes d’état civil aux
des Nigériens à l’Extérieur personnes nées de parents Nigériens vivant à l’extérieur, à travers
notamment les représentations diplomatiques hors du pays.
→ Direction des Affaires
A ce titre, deux Directions sont concernées par les questions de
Juridiques) ; documents d’état civil et de la nationalité : la Direction des Affaires
→ Direction des juridiques et la Direction des Nigériens à l’Extérieur. La première est
Nigériens de chargée d’examiner et de traiter, en liaison avec les Ministères
l’extérieur concernés, toutes questions concernant des personnes de nationalité
étrangères du Niger, ayant trait aux privilèges à l’entrée, à la
→ Les ambassades
circulation, au séjour, la protection, au droit de résidence et
d’établissement, au statut (naturalisation), à l'entraide et à la
coopération judiciaire (extradition, commissions rogatoires). La
seconde est chargée entre autres de s’informer régulièrement, en
rapport avec la DAC sur la situation des Nigériens à l’extérieur ;
sensibiliser à tous les niveaux les nigériens à l’extérieur sur tous leurs
droits et devoirs dans les pays de résidence pour éviter des éventuels
ennuis au cours de leur séjour à l’étranger.
Ce ministère est en première ligne dans la protection apportée aux
personnes déplacées internes (dans le cadre de la loi n° 2018-74 du
10 décembre 2018) ainsi que la gestion des refoulés et des retournés.
Ses missions sont structurées autour de la gestion des catastrophes et
crises alimentaires, la coordination humanitaire, l’alerte précoce et la
prévention des catastrophes, la détermination des populations et
Ministère de l’action zones vulnérables ainsi que l’évaluation des besoins, etc.
humanitaire des catastrophes Dans le domaine de la lutte contre l’apatridie, ce ministère, par le
biais de ses coordinations régionales, joue un rôle important dans le
naturelles
référencement aux organes et partenaires de l’Etat intervenant dans
→ Les Coordinations le domaine. Selon plusieurs responsables rencontrés sur le terrain, les
régionales de l’action personnes référencées et qui ne disposent pas de documents
humanitaire et de la d’identité peuvent être des migrants refoulés d’Algérie, les personnes
gestion des CN victimes de catastrophes naturelles ou d’insécurité, les ménages
d’éleveurs vulnérables.
Ce ministère est en charge de la protection de l’enfant contre les abus,
les violences, exploitations et négligence. A ce titre, les services
compétents assurent la prévention et le prise en charge des enfants
victimes ou à risque. Une autre mission est la promotion de la femme.
Au titre des services accomplis en rapport avec la lutte contre
l’apatridie, on peut citer :
Ministère de la promotion de - le retracement familial pour les enfants non accompagnés refoulés
la Femme et de la protection d’Algérie ou de Libye (réunification familiale) ;
- les campagnes de sensibilisation et les émissions radiophoniques
de l’Enfant
sur la traite des enfants, les risques de la migration irrégulière et les
→ Rôle important des déclarations des naissances ;
DRPE/PF - le placement des enfants abandonnés y compris les enfants nés des
malades mentales dans les centres d’accueil où ils recevront les
pièces d’état civil.
Créée par la loi n° 2012-44 du 24 août 2012, la Commission
Nationale des Droits Humains (CNDH) a pour mission d’assurer sur
l’étendue du territoire national la protection et la promotion des
La Commission Nationale des droits humains en général et en particulier, les droits de la femme, de
Droits Humains l’enfant, des personnes en situation de handicap, ainsi que toutes
autres personnes vulnérables à travers notamment l’information,
48
(CNDH) l’éducation et la communication. En outre, elle peut donner des avis
et recommandations aux pouvoirs publics sur des questions touchant
les droits humains. A travers ces missions, la CNDH peut jouer un
rôle important dans la lutte contre l’apatridie.
En tant que haut lieu du savoir et de la formation, les Universités
peuvent jouer un rôle important dans la lutte contre l’apatridie à
Les Universités travers les actions suivantes :
1- la révision des curricula pour introduire de nouveaux modules
→ Les Facultés de droit et
dédiés à l’apatridie ;
de science politique 2. l’organisation d’activités scientifiques (conférences, colloques ou
journée d’études) portant sur le droit à la nationalité et l’apatridie;
3. l’organisation de concours de procès fictif à l’échelle national ;
4. Création et animation de cliniques juridiques dédiées spécialement
à l’étude des questions d’apatridie et du droit à la nationalité ; etc.
Tableau 6: Liste des principaux partenaires de l’Etat dans la lutte contre l’apatridie et le
risque d’apatridie au Niger.
DESIGNATION DE
L’INSTITUTION OU DU SERVICES RENDUS
PROGRAMME
Rôles de certaines organisations internationales gouvernementales et non gouvernementales
Le rôle du HCR dans la lutte contre l’apatridie au Niger se développe
autour de plusieurs initiatives :
- Appui aux réformes législatives et réglementaires portant sur
l’apatridie ;
- appui à la mise en œuvre des activités relatives aux questions de
nationalité et d’apatridie (exemple : prise en charge d’experts
gouvernementaux pour participer à des rencontres sur l’apatridie) ;
- Accompagnement pour la réalisation et la mise en œuvre du plan
national de lutte contre l’apatridie ;
- accompagnement des procédures de DSR pour des cas dont la
nationalité pose des difficultés ;
- organisation des campagnes de sensibilisation sur l’apatridie et les
documents d’état civil ;
- Sur le volet protection des refugies, appui à la documentation des
enfants à travers les sensibilisations des refugiés sur l’importance de
documents d’état civil en déclarant les enfants au centre de santé, le
respect du délai de déclaration ;
49
L’Agence des Nations Unies - appui à l’organisation des séances d’audience foraine qui
concernent également les enfants autochtones ;
pour les réfugiés (HCR) - le financement d’études portant sur l’apatridie et el risque
d’apatridie, dont la présente étude ;
- financement de nombreuses ONG nationales et internationales en
vue de prendre en charge des domaines intégrant les questions
d’apatridie : CIAUD pour la prise en charge des personnes déplacées
internes ; ADKOUL pour la sensibilisation sur la nécessité d’avoir
des documents d’état civil en vue de postuler pour le financement
d’un micro projet ; APBE pour la facilitation des déclarations de
naissance des enfants de demandeurs d’asile identifiés dans les flux
mixtes des migrants, l’enregistrement et le suivi ; ONG AU
SECOURS DES OUBLIES (SDO) pour la prévention des cas
d'apatridie et de documentation des personnes à risque d'apatridie
dans la Région de Diffa ; etc.
50
d’autonomisation de la femme, la politique éducative et la politique
de l’emploi et de l’entreprenariat.
CIAUD depuis pratiquement deux (02) ans développe et met en
Le Comité International
œuvre des projets en lien avec la promotion et l’accès aux pièces
pour l’Aide d’Urgence au d’état civil. Sur ce plan, même si aucun projet direct sur cette
Développement (CIAUD) thématique n’est mis en œuvre par CIAUD, avec son implantation
dans toutes les zones du Niger, il y à notre niveau une très bonne
connaissance de la problématique avec de nombreuses données en
2019 rapportées à l’UNHCR issues de toutes les régions. Aussi,
CIAUD actuellement prépare des notes entières sur la problématique
de manque de pièce d’état civil dans des zones où ce phénomène se
fait sentir. CIAUD a par ailleurs permis aux autorités dans beaucoup
de cas notamment à Tahoua, à Tillabéry et à Dosso d’avoir une vue
d’ensemble sur cette problématique notamment à travers les réunions
et certaines activités diverses menées.
51
Cependant, grâce à son expérience régionale, elle a développé
rapidement une intervention communautaire à Maradi, avec une
connaissance et une compréhension des procédures pour l’accès et la
Norwegian Refugee jouissance des droits humains fondamentaux. NRC utilise également
des approches communautaires pour démanteler les obstacles en lien
Council (NRC) avec les risques d’apatridie au niveau locale à savoir l’assistance
avec les procédures juridiques et administratives et la formation des
autorités, des leaders locaux et des communautés pour améliorer les
services de l’état civil. Cette approche intégrée a renforcé
l’intervention de NRC dans la sensibilisation des populations et des
autorités aux risques d’apatridie, en donnant une présence et une
assistance concrètes aux populations touchées.
A titre d’exemple, dans une région comme Dosso, environ 75% des
villages et tribus sont érigés en centres de déclaration des faits de
l’Etat Civil, selon le DREC/MR de Dosso et ce, grâce à la mise en
œuvre de Programme.
52
Action Pour le Bien-Être Cette ONG travaille auprès du HCR dans des domaines tels que la
(APBE) santé, la gestion de trois camps a Tillaberi et Diffa, la migration
mixte a Agadez, abris d’urgence, livelehood et la gestion de site de
Hamdallahi etc.
L’ONG SDO « Aux secours des oubliés » a pour mission d’informer,
former et sensibiliser les autorités déconcentrées et décentralisées sur
les phénomènes de risque d’apatridie et contribuer à son éradication.
C’est ainsi que l’ONG a conduit plusieurs activités de sensibilisation
dans certains départements et communes du Niger à travers des
sketchs en langues nationales et la production de dépliants en lien
avec les risques d’apatridie.
ONG SDO Aussi, grâce aux financements de l’UNHCR pour la prévention de
l’apatridie, l’ONG a eu à conduire depuis 2016 des campagnes
d’audiences foraines au niveau des camps de Sayam et de Kablewa
et dans toutes les communes de la région de Diffa afin de permettre
à plusieurs enfants dont les naissances n’ont pas été déclarées dans
le délai d’obtenir des actes de naissance.
Nous somme membre du comité interministériel d'élaboration de la
politique nationale de migration. Aussi, en ce qui concerne les
activités touchant l'Apatridie, auxquelles nos membres ont participé,
voici quelques-unes:
- Conception-réalisation d’un film documentaire de sensibilisation
intitulé : l’UNHCR-Niger et ses partenaires se mobilisent pour
l’éradication de l’apatridie d’ici 2024 ;
- traduction du même film en neuf langues nationales (Haoussa,
Djerma, Tamashek, Fulfulde, Arabe, Gourmantché, Kanouri,
Boudouma, Toubou) du film ;
- Conception-réalisation des spots radiophoniques de sensibilisation
ONG DDS sur la prévention de l’apatridie en français puis en neuf langues du
Niger. Juin 2015 ;
- Coordination de la tournée de sensibilisation relative à la campagne
d’éradication de l’apatridie d’ici 2024. Organisée par le Recode-
Niger avec l’appui du HCR. Juillet 2015 ;
- Coordination de la Campagne de sensibilisation de proximité sur la
prévention et la réduction de l’apatridie par le théâtre-forum dans dix
et huit localités frontalières. janvier-février 2016 ;
- Coordination scientifique et présentation des communications sur
la prévention des risques d’apatridie en faveur des autorités
politiques et administratives des huit régions du Niger. Lors des
ateliers régionaux en novembre-décembre 2015.
SOS Villages d’enfants Cette ONG intervient principalement dans la prise en charge
parentale des enfants et ceux qui risquent de la perdre. Dans le
(SOS VE) domaine de la lutte contre l’apatridie, SOS VE s’active dans des
campagnes de plaidoyer (lobbying, conseil, etc.) en faveur des
enfants ne disposant pas de pièces d’état civil afin de les obtenir
53
B. Les insuffisances du système
L’étude a aussi pour but d’identifier les insuffisances des textes et les obstacles aux
solutions mises en œuvre. Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs ont passé en revue
l’ensemble des textes relatifs à la nationalité et certaines décisions de justice afin d’en déceler
les lacunes. Par ailleurs, des questions visant à recenser les obstacles de terrain ont été prévues
dans les fiches d’enquête. Il ressort de l’analyse finale que les textes et la jurisprudence recèlent
plusieurs lacunes auxquelles viennent s’ajouter de multiples contraintes d’ordre institutionnel
et matériel.
En matière de prévention, les lacunes observables dans les textes concernent aussi bien
le code de la nationalité que les textes qui entrent en interaction avec ce code. C’est à ces lacunes
que viennent se greffer les aléas de la jurisprudence.
1.1.1. Les insuffisances constatées dans l’ordonnance portant code de la nationalité et ses
textes modificatifs
Le législateur nigérien a introduit dans l’ordonnance portant code de la nationalité une
disposition visant à prévenir toute lacune de ce texte vis-à-vis du droit international. En effet,
aux termes de l’alinéa 1er de l’art. 3 de cette ordonnance, « les dispositions relatives à la
nationalité prévues par les traités et accords internationaux dûment ratifiés et publiés
s’appliquent même si elles sont contraires à la législation nigérienne interne ». Mieux, le
législateur poursuit en indiquant, dans le litera a de cet article, qu’« aucun changement de
nationalité, notamment aucune perte de la nationalité nigérienne, ne peut résulter d’un traité
ou accord international ».
Au vu de ces dispositions, l’on est tenté de croire, qu’à moins d’une insuffisance
commune des conventions internationales et des textes nationaux relatifs à la nationalité,
aucune personne ne peut être frappée d’apatridie sur le sol nigérien. Cela n’est qu’une illusion.
En effet, l’accès à la nationalité reste encore au moins limité sur trois aspects. En premier lieu,
il suppose, qu’aussi bien les personnes à risque d’apatridie ou apatrides que les professionnels
du droit, notamment les juges chargés du contentieux de la nationalité, aient une connaissance
totale des règles applicables en la matière. Or, la dispersion de ces règles dans plusieurs textes
n’est pas favorable à cette connaissance ; ce qui constitue une insécurité juridique pour les
54
justiciables. En second lieu, l’article 171 de la Constitution qui consacre la supériorité des
accords et traités internationaux aux lois nationales, subordonne le respect de cette préséance à
une condition de réciprocité, c’est-à-dire l’application de ces accords et traités par l’autre partie.
Cela peut rendre illusoire l’application de certaines conventions particulièrement lorsque le
litige concerne un ou plusieurs ressortissants d’un pays cocontractant qui ne respecte pas cette
réciprocité. Enfin, le même article 3 du code de la nationalité, dans son troisième alinéa, indique
que « les options de nationalité prévues par un traité ou accord international sont soumises
aux règles de forme instituées par la loi du pays contractant dans lequel l’option est effectuée ».
Il ressort de cette disposition que l’acquisition de la nationalité par application des textes
internationaux reste toujours tributaire de la souveraineté des Etats. Ainsi, s’agissant du Niger,
une personne à risque d’apatridie désirant accéder à la nationalité nigérienne doit se conformer
aux formalités prévues par l’ordonnance de 84 (et ses textes modificatifs) ainsi que son décret
d’application. Or, il se trouve que ces textes comportent beaucoup de risques pour les candidats
à cette nationalité. On peut ainsi relever plusieurs situations où la loi nigérienne sur la
nationalité comporte des lacunes.
• En ce qui concerne l’attribution de la nationalité en raison de la naissance sur le
sol (jus soli). Depuis la nuit des temps, le lien avec le territoire est pris en considération par de
nombreux systèmes pour attribuer ou refuser la nationalité à un individu. Par lien avec le
territoire, il faut entendre essentiellement la naissance ou la résidence sur le sol du territoire
considéré. De ces deux éléments, le rôle que joue « la naissance » dans l’accès à la nationalité
est particulièrement remarquable. En effet, comme l’a fait souligné Maury, « un individu né
dans un pays et y vivant prendra les mœurs, les habitudes, les façons de sentir et de penser des
habitants de ce pays, deviendra semblable à ceux-ci, s’agrégera à leur groupe »86. Tenant
compte de cette réalité, la Convention de 1961 sur la réduction des cas d’apatridie prescrit, en
son article premier, que tout individu né sur le territoire d’un Etat contractant doit bénéficier de
la nationalité de cet Etat si autrement il serait apatride. Selon ce texte, ladite nationalité pourra
être accordée de plein droit, à la naissance, ou, sur demande souscrite en respectant les
modalités prévues par la législation de l’Etat en cause. De même, la demande de nationalité ne
pourra pas être rejetée à moins qu’elle ne respecte pas les conditions imposées par ledit Etat,
conformément au paragraphe 2 de l’article 1er de la Convention.
L’ordonnance portant code de la nationalité au Niger n’a pas failli à cette tradition. Elle a
aussi fait de la naissance un critère d’attribution de la nationalité nigérienne. Mais,
86
MAURY, op. cit., p. 272.
55
contrairement à la Convention, elle a limité le nombre de personnes pouvant bénéficier de cette
faveur. En effet, aux termes des articles 8 et 10 de cette ordonnance, seules trois catégories de
personnes peuvent accéder à la nationalité nigérienne en raison de la naissance sur le sol
nigérien. Il s’agit de l’enfant né au Niger de parents inconnus, de l’enfant nouveau-né trouvé
au Niger87 et de tout individu né au Niger lorsqu’il a un ascendant direct au premier degré qui
y est lui-même né88 (règle du double jus soli). Il s’ensuit que, sur la base de ces règles, plusieurs
personnes pouvant se trouver en situation d’apatridie ou de risque d’apatridie sur le sol nigérien
pourront être privées d’accès à la nationalité nigérienne. C’est le cas des enfants adolescents
(donc non nouveaux nés) trouvés au Niger ou issus de parents apatrides. C’est également
l’exemple des enfants de la rue dont la plupart sont coupés de leurs familles et ne sont plus ni
en possession de documents pouvant leur permettre de se procurer une nationalité, ni en mesure
de se procurer ces documents. C’est enfin le cas de tout enfant né au Niger de parents étrangers
qui, bien que connus, viennent d’un pays appliquant seulement le droit du sol pour l’acquisition
de sa nationalité.
Il faut ajouter à cela qu’un flou artificiel est entretenu sur la qualité d’enfant en droit
nigérien. En effet, alors que la Convention sur les droits de l’enfant définit ce dernier comme
l’individu qui n’a pas l’âge de 18 ans accomplis89, le code civil et le code de la nationalité90
fixent la majorité à 21 ans révolus. Devant cette situation, il n’est pas superflu de considérer
que cette disposition du code de la nationalité est anti constitutionnelle du moment où la loi
fondamentale proclame solennellement l’autorité des traités régulièrement ratifiés et publiés sur
les lois.
87
Article 10 de l’Ordonnance
88
Article 8 de l’Ordonnance
89
Article 1, CDE.
90
Article 2 de l’ordonnance de 1984.
56
conjoint après le mariage. C’est aussi le cas, lorsqu’après avoir renoncé à sa nationalité pour
acquérir celle de son conjoint, l’époux (ou l’épouse) perd également cette dernière par suite
d’une dissolution du mariage sans possibilité de réintégration dans sa nationalité première.
Le problème posé par le mariage peut aussi se situer dans les conditions de transmission de la
nationalité entre les époux et entre les époux et les enfants. En effet, pour des considérations de
souveraineté, les Etats peuvent refuser cette transmission dans des conditions identiques pour
le mari et la femme, consacrant ainsi une discrimination entre les deux. En général, suivant la
conception traditionnelle de la famille, les systèmes favorisent le mari au détriment de la
femme. C’est pourquoi, la Convention de New York, du 1er mars 1979, sur l’élimination de
toutes les formes de discrimination à l’égard de la femme a prescrit l’égalité de l’homme et de
la femme et prohibé tout effet automatique du mariage sur la nationalité de la femme 91. La
Convention de 1954 portant statut de l’apatride et celle de 1961 sur la réduction des cas
d’apatridie se sont aussi inscrites dans cette optique. Dorénavant, en droit international,
l’acquisition de la nationalité par le mariage résulte de la volonté des époux et ceux-ci peuvent
se transmettre mutuellement leurs nationalités et les transmettre également à leurs enfants dans
des conditions identiques.
Le législateur nigérien s’est également engagé dans cette voie. En effet, l’ordonnance n° 84-
33 du 23 août 1983 portant Code de nationalité nigérienne et ses textes modificatifs ont fait de
l’acquisition de la nationalité par le mariage une option pour les époux et ont consacré l’égalité
entre l’homme et la femme dans la transmission de la nationalité, d’abord entre eux 92, ensuite
envers les enfants93. Cependant, les textes nigériens ne sont pas dépourvus de tout gène
d’apatridie lié au mariage. Ainsi, aux termes du troisième alinéa de l’art. 13 de la loi n° 2014-
60 du 05 novembre 2014 portant modification de l’ordonnance n° 84-33 du 23 août 1983 portant
Code de nationalité nigérienne, « l’étranger ou l’étrangère ne peut acquérir la nationalité
nigérienne si le mariage a été déclaré nul par une décision émanant d’une juridiction
nigérienne ou rendue exécutoire au Niger, même si le mariage a été contracté de bonne foi au
Niger ». De même, l’article 16 de l’ordonnance énonce que « le mariage ne produit effet quant
à l’attribution de la nationalité nigérienne que s’il est célébré dans l’une des formes admises
soit par la législation ou les coutumes nigériennes, soit par la législation du pays où il a été
célébré. S’il est célébré suivant l’une des coutumes nigériennes, il doit pour produire effet dans
le sens du présent article, avoir été constaté par écrit ». Dans le même ordre d’idées, l’article
91
Article 9, CEDEF.
92
Article 13 du code de la nationalité (loi n° 2014-60 du 5 novembre 2014)
93
Article 11 du code de la nationalité (Ordonnance n° 99-17 du 4 juin 1999)
57
37 de la loi de 2014 dispose que la femme étrangère qui a acquis la nationalité nigérienne du
fait de son mariage avec un nigérien peut en être déchue après la dissolution du mariage si après
cette dissolution, elle ne réside plus au Niger depuis un an ou si elle se remarie avec un étranger
même vivant au Niger. Enfin, l’article 35 de la même loi, envisageant l’hypothèse de déchéance
de la nationalité pour défaut de loyalisme ou refus d’obtempérer à une injonction du
Gouvernement, indique que ladite déchéance peut être étendue au conjoint et aux enfants
mineurs, s’ils ont eux-mêmes une nationalité étrangère.
Ces dispositions peuvent rendre un étranger apatride. En effet, selon la Convention sur la
réduction des cas d’apatridie, le refus de la nationalité ou la déchéance ne devraient être
prononcés contre un étranger, dans ces genres de situation, qu’à la condition qu’il puisse
acquérir une autre nationalité. Or, l’ordonnance portant Code de la nationalité et ses textes
modificatifs n’apportent pas cette précision. De même, relativement à la constatation par écrit
du mariage célébré selon la coutume, il y’a lieu de relever que, compte tenu du niveau de
développement économique du Niger et de l’analphabétisme qui caractérise la population, la
majorité des mariages célébrés selon la coutume ne sont pas, et, peut-être, ne seront jamais,
constatés par écrit.
A ces remarques, il faut ajouter la sévérité de l’article 13 de la loi de 2014 qui fait obstacle
à l’attribution de la nationalité nigérienne à l’étranger ou l’étrangère dont le mariage a été
déclaré nul, même lorsque ce mariage a été contracté de bonne foi.
• De la privation de la nationalité en raison d’une condamnation de droit commun :
Sur cette question, la Convention sur la réduction des cas d’apatridie stipule qu’un Etat ne doit
pas priver un individu de sa nationalité si cette privation doit le rendre apatride. Toutefois, elle
admet certains motifs pour lesquels les Etats contractants peuvent retirer à un individu sa
nationalité alors même qu’il tomberait dans une situation d’apatridie. Ces dérogations visent
généralement à protéger les Etats contre des individus reconnus ou supposés être dangereux qui
ont porté ou pourraient porter des atteintes graves à leurs « intérêts essentiels ». Elles sont
limitativement énumérées par l’article 8 de la Convention. Il s’agit : du défaut de loyalisme, de
l’allégeance à un Etat adverse, de la fraude ou encore de la résidence à l’étranger (sous certaines
conditions). Hormis ces cas, tout motif de privation est inopérant à moins qu’il n’ait fait l’objet
d’une déclaration par l’Etat concerné au moment de la signature, de la ratification ou de
l’adhésion à la Convention94. Ainsi, aucune privation ne peut, en principe, être prononcée contre
un individu pour une infraction de droit commun. Au mépris de ces textes, la loi n° 2014-60 du
94
Art. 8, al. 3 de la Convention.
58
5 novembre 2014 portant modification de l’ordonnance 84-33 portant Code de la nationalité
nigérienne, en son article 36, frappe de déchéance l’individu qui, pendant un délai de dix (10)
ans à compter de l’acquisition de la nationalité nigérienne, est condamné pour un acte qualifié
de crime et dont la sanction est supérieure à cinq (5) ans d’emprisonnement. De même, l’article
13 de cette loi indique que la nationalité nigérienne ne peut être accordée aux personnes
condamnées pour un acte de terrorisme ou toute autre infraction lorsque la peine atteint au
moins six mois d’emprisonnement sans sursis. Ces dispositions sont contraires aux conventions
internationales et exposent les personnes visées à un risque d’apatridie.
Il faut aussi y ajouter les dispositions des articles 26 et 41 du code de la nationalité qui
subordonnent la naturalisation et la réintégration de l’individu privé de sa nationalité pour une
infraction de droit commun à sa réhabilitation judiciaire. En effet, la réhabilitation est une
institution soumise à des conditions rigoureuses telles que le respect d’un délai de stage pouvant
aller jusqu’à 20 ans après l’expiration de la peine subie.
• De la répudiation de nationalité : la répudiation peut être source d’apatridie pour son
auteur lorsque celui-ci n’a pas la possibilité d’acquérir une autre nationalité. C’est donc pour
pallier cette situation que la Convention de 1961 sur la réduction des cas d’apatridie stipule, en
son article 7 alinéa 1-a, que « si la législation d’un Etat contractant prévoit la répudiation,
celle-ci n’entraîne pour un individu la perte de sa nationalité que s’il en possède ou acquiert
une autre ». Au Niger, le code de la nationalité est resté muet sur cette question de répudiation.
Eu égard à ce silence, il y a lieu non seulement de se demander si un nigérien peut juridiquement
renoncer à la nationalité nigérienne mais aussi de formuler des inquiétudes quant à la protection,
contre l’apatridie, des nigériens qui éventuellement opteraient pour une répudiation de leur
nationalité.
• Du sort des nigériens ayant perdu tacitement leur nationalité avant 2014 : Avant la
réforme de la nationalité de 2014, la loi disposait que tout nigérien qui prenait une nationalité
étrangère perdait systématiquement la nationalité nigérienne. Cette solution fut abandonnée
avec la loi de 2014 qui a consacré le droit à la double nationalité. Cependant, cette loi comporte
encore des lacunes en ce qui concerne le sort des nigériens qui ont perdu la nationalité en
application de l’ancien régime. En effet, elle n’a pas restitué la nationalité à ces personnes et
n’a pas non plus prévu de disposition permettant leur réhabilitation. A cet égard, plusieurs
solutions peuvent être imaginées. On peut penser que la question pourrait être réglée en
saisissant le juge qui aura l’obligation de rendre une décision sous peine de dénis de justice. On
peut aussi envisager la possibilité pour le concerné de demander la réintégration dans la
nationalité nigérienne. Mais, dans tous les cas, se posera la question de savoir si le nigérien qui
59
retrouve sa nationalité sera considéré à nouveau comme un nigérien d’origine ou un naturalisé.
Toutes ces questions n’étant pas réglées par la loi, il en découle une insécurité pour les citoyens
qui pourrait les exposer à un risque d’apatridie.
• Une référence à des concepts vagues et susceptibles d’appréciation subjective : La
nationalité, faut-il le rappeler, fait partie des institutions sur lesquelles les Etats expriment
toujours un grand besoin d’affirmer leur souveraineté. En effet, les critères d’attribution et de
perte de la nationalité d’un pays, particulièrement en ce qui concerne les étrangers, dépendent
fortement des objectifs politiques et économiques poursuivis par ce pays. C’est pourquoi, même
si des concessions sont faites sur cette souveraineté pour permettre la conclusion de conventions
internationales, régionales ou bilatérales, les Etats se ménagent toujours des possibilités de
manœuvres afin d’échapper à certaines contraintes qui les priveraient d’un pouvoir autonome
de décision. Cela transparaît souvent dans les législations à travers les conditions d’obtention
de la nationalité où il est souvent fait référence à des concepts vagues et hautement subjectifs
pour apprécier les demandes des candidats. Ces genres de concepts sont nombreux en droit
nigérien et constituent, du fait de leur large flexibilité, une insécurité pour les demandeurs de la
nationalité nigérienne et, en particulier, pour les étrangers et les personnes reconnues coupables
d’infractions de droit commun ou d’actes de terrorisme. A titre d’illustration, on peut
mentionner l’article 13 de la loi n° 2014-60 du 5 novembre 2014 qui subordonne l’acquisition
de la nationalité nigérienne par le mariage à des critères de « communauté de vie affective et
matérielle », « bonne conduite », « moyens d’existence suffisants », et « intégration dans le
milieu social nigérien ». On peut également noter l’article 26 de l’ordonnance n° 84-33 du 23
août 1984 qui fonde le droit à la naturalisation sur des critères de « bonne vie » et de « bonnes
mœurs ». Le décret d’application de l’ordonnance n°84-33 portant Code de la nationalité
nigérienne est aussi une illustration de cette situation. En effet, l’article 11 de ce décret dispose
que, dans tous les cas où une déclaration est souscrite en vue d’acquérir la nationalité
nigérienne, l’autorité qui la reçoit doit effectuer une enquête « sur la moralité et le loyalisme »
du déclarant, ou le cas échéant, du mineur au nom duquel la déclaration est souscrite. Dans le
même ordre d’idées, l’article 15 du décret ajoute, relativement aux demandes de réintégration
et de naturalisation, que l’autorité chargée de recevoir la demande doit procéder à une enquête
sur « la moralité », « la conduite », et « le loyalisme » du postulant et sur « l’intérêt » que la
naturalisation présenterait pour la nation.
Ces critères, comme on le voit, sont très extensibles et ne font référence à aucun indicateur
objectif. Leur application peut donner lieu, de la part des autorités, à des interprétations qui
seront sources d’abus et donc sources d’apatridie.
60
• Un silence du code de la nationalité sur certaines situations sensibles : la
multiplication des conflits à travers le monde (guerres, conflits politiques, religieux, ethniques,
raciales, etc.), les catastrophes naturelles, les crises alimentaires et la précarité de la vie dans
certaines contrées ont révélé la nécessité de protéger les populations rendues vulnérables par
ces évènements. Il s’agit des réfugiés, des migrants, des apatrides, des déplacés internes, des
retournés et des populations situées sur des territoires ayant fait l’objet de succession d’Etat.
Toutes ces personnes sont aujourd’hui prises en compte dans les conventions internationales
relatives aux droits de l’homme ainsi que dans la plupart des législations nationales. Certaines,
comme les réfugiés, les migrants et les apatrides ont même fait l’objet de conventions
spécifiques, telles qu’évoquées plus haut.
S’agissant de la protection des personnes apatrides, les Etats inscrivent généralement dans
leurs législations des dispositions visant à faciliter l’accès à la nationalité à ces groupes ou à les
prémunir contre sa perte. Au Niger, malheureusement, l’ordonnance sur la nationalité et ses
textes modificatifs sont muets sur ces questions. En effet, ces textes n’ont pas clairement abordé
ces situations. On peut certes lire en filigrane, dans l’article 4 de l’ordonnance de 84, une
allusion aux cas de succession d’Etat95 mais ce texte n’apporte aucune précision sur les
conditions et la procédure d’acquisition de la nationalité nigérienne par ces personnes. De
même, il n’existe aucune disposition traitant de l’accès des réfugiés, des migrants et des
apatrides à la nationalité. La loi nigérienne ne prend pas également en compte la situation des
personnes qui se sont retrouvées sous la souveraineté du Niger après les différentes décisions
de la CIJ relatives aux conflits frontaliers entre le Niger et le Benin d’une part, et entre le Niger
et le Burkina Faso, d’autre part. Le même problème se pose en droits béninois et burkinabé
pour les personnes devenues béninoises ou burkinabé après l’arrêt de la CIJ.
Ces lacunes rendent difficile, sinon aléatoire, la protection de ces personnes. Parlant de ces
difficultés en ce qui concerne la prise en charge des migrants, un agent de l’OIM affirme : « la
provision ou l’établissement de l’acte de naissance pour les migrants en transit n’est pas dans
le système du pays et pour cela chaque cas est avec une discussion ».
En effet, l’art. 4 dispose : « Il est tenu compte à toute époque pour la détermination du territoire Nigérien, des
95
modifications résultant des actes de l’autorité publique nigérienne et des traités internationaux ».
61
1.1.2. Les obstacles découlant de l’interaction entre le code de la nationalité et les autres
textes.
L’effectivité des règles relatives à la nationalité dépend fortement de certains textes ayant
vocation à les compléter. Il s’agit entre autres du code civil ou plus généralement des règles
relatives à la filiation, de la loi sur l’état civil, de la loi sur les réfugiés, de la loi sur les migrants,
de la loi sur les déplacés internes, du code pénal et du code de procédure pénale, etc. Un
déphasage entre ces textes et le code de la nationalité pourrait ainsi rendre difficile l’accès à la
nationalité ou faciliter sa perte et engendrer des cas d’apatridie. Des obstacles liés au code pénal
et au code de procédure pénale ont déjà été évoqués ci-haut notamment les conséquences, sur
la nationalité, de certaines condamnations de droit commun, des actes de terrorisme et du
régime de la réhabilitation judiciaire. Les développements suivants seront ainsi consacrés à des
difficultés identifiées dans le régime de la filiation, la loi sur l’état civil, la loi portant statut des
réfugiés et son décret d’application ainsi qu’aux conséquences néfastes de la jurisprudence sur
l’accès à la nationalité.
• Le régime de la filiation, facteur d’apatridie et de discrimination : la filiation se
définit comme le lien de parenté unissant un enfant à son père (filiation paternelle) ou à sa mère
(filiation maternelle)96. Elle peut être légitime, naturelle ou adoptive. La filiation est légitime
lorsque l’enfant est issu d’un père et d’une mère qui étaient unis par les liens du mariage au
moment de sa conception. Elle est naturelle quand les enfants sont conçus et nés hors mariage
commun de leurs parents ou dans le cadre de mariages interdits. Cette seconde variété de
filiation se divise ainsi en filiation naturelle simple, filiation adultérine et filiation incestueuse.
La filiation naturelle simple concerne les enfants issus de personnes qui n’étaient pas mariées
au moment de leur conception mais qui étaient en droit de le faire. La filiation adultérine, elle,
caractérise la situation des enfants dont l’un des deux parents au moins était marié avec une
tierce personne au moment de sa conception. S’agissant de la filiation incestueuse, elle concerne
les enfants dont les deux auteurs sont entre eux parents ou alliés à un degré tel que le mariage
leur est interdit. Enfin, pour ce qui est de la filiation adoptive, c’est une fiction de la loi qui
établit un lien de parenté entre un enfant et une personne qui peut n’avoir aucun lien de sang
avec lui.
Ainsi, comme l’ont si bien souligné Pierre Mayer et Vincent Heuzé, « la filiation appartient
au statut personnel et appelle l’application de la loi nationale des intéressés »97. Inversement,
96
G. CORNU, Vocabulaire juridique, Paris, PUF, 2012, p. 456.
97
MAYER (P.) et HEUZE (V.), Droit international privé, Montchrestien, 7è édition, p.401.
62
c’est un critère essentiel, d’ailleurs le critère le plus ancien98, en matière d’attribution de
nationalité. C’est donc, à juste titre, qu’elle est saisie par le droit international, notamment les
conventions relatives aux droits humains. S’agissant particulièrement de la Convention de 1954
relative au statut de l’apatride et celle de 1961 sur la réduction des cas d’apatridie, le critère de
filiation est utilisé pour prévenir l’apatridie et la discrimination entre les enfants.
L’ordonnance portant code de la nationalité nigérienne s’est également inscrite dans cette
dynamique. En effet, les articles 11, 20 et 21 traitant de la question permettent aux enfants,
toutes catégories confondues, d’accéder à la nationalité nigérienne sans égard à leurs statuts
particuliers. Cependant, cette bonne intention du législateur est soumise à rude épreuve par les
règles régissant la filiation.
Au Niger, la famille en général, et, la filiation en particulier, sont régies à titre principal par
la coutume ; la loi ne s’appliquant qu’à titre secondaire en cas d’option des parties. En effet,
aux termes de l’art. 72 de la loi n° 2018-37 du 1er juin 2018 fixant l’organisation et la
compétence des juridictions en République du Niger, « sous réserve du respect des conventions
internationales régulièrement ratifiées, des dispositions législatives ou des règles
fondamentales concernant l’ordre public ou la liberté des personnes, les juridictions appliquent
la coutume des parties :
1) dans les affaires concernant leur capacité à contracter et agir en justice, l’état des
personnes, la famille, le mariage, le divorce, la filiation, les successions, donations et
testaments ;
2) dans celles concernant la propriété ou la possession immobilière et les droits qui en
découlent, sauf lorsque le litige porte sur un terrain immatriculé ou dont l’acquisition
ou le transfert aura été constaté par un mode de preuve établi par la loi ».
Ce texte, symbole du pluralisme juridique qui caractérise le système nigérien, est une
véritable source d’apatridie. En effet, il comporte des risques pour les candidats à la nationalité
nigérienne tant du point de vue de la coutume que la loi.
S’agissant d’abord de la coutume, plusieurs auteurs ont souligné ses interférences avec le
droit musulman99 et la contrariété de ses règles avec les conventions internationales. Un projet
de code de la famille visant à « moderniser » et à codifier certains aspects a même été élaboré
dans les années 90 mais a échoué devant une farouche résistance des autorités religieuses. Sur
la question de la filiation, par exemple, le droit musulman ne reconnait pas le droit à un enfant
98
Ibid., p. 577.
99
L’influence de l’Islam sur les coutumes a été si forte que la jurisprudence a, par moment, parlé de coutumes
islamisées.
63
naturel d’établir sa filiation avec son père. Une telle disposition va certainement priver d’accès
à la nationalité les enfants qui ne peuvent pas également, pour une raison quelconque, établir
leur filiation avec leurs mères.
En ce qui concerne la loi, il faut d’emblée souligner que c’est le code civil français de 1804
étendu aux colonies africaines qui est encore appliqué au Niger, sous réserve de faibles
modifications. Il s’ensuit que, sur d’importantes questions ayant évolué avec le temps, la loi est
obsolète. Tel est le cas en matière d’établissement et de preuve de la filiation. En effet, alors
que c’est l’égalité qui est à la mode à travers les conventions internationales, le code civil
applicable au Niger perpétue la discrimination. Ainsi, pendant que l’enfant légitime entre
directement dans la famille de ses parents et peut faire la preuve de sa filiation par l’acte de
naissance100, par la possession d’état101, voire même par simple témoignage102, l’enfant naturel
a un statut variable selon sa qualité d’enfant naturel simple, adultérin ou incestueux. L’enfant
naturel simple doit être reconnu par ses pères et mères et cette reconnaissance doit être faite par
un acte authentique, lorsqu’elle ne l’aura pas été dans son acte de naissance103. S’agissant des
enfants adultérins, leur reconnaissance n’est admise que dans les cas prévus par l’article 331,
c’est-à-dire à des fins de légitimation. Les enfants incestueux, eux, ne peuvent en aucune
circonstance bénéficier d’une reconnaissance104.
Ces dispositions du code civil ont, sans conteste, des conséquences négatives sur le régime
de la nationalité. En effet, en plus de la discrimination qu’elles entretiennent entre les enfants
légitimes et naturels, elles exposent ces derniers, toutes catégories confondues, à un risque
d’apatridie lorsqu’ils ne bénéficient pas d’une reconnaissance. Or, pour diverses raisons, surtout
liées à des facteurs socio-culturels et religieux et à l’analphabétisme des populations, la pratique
présente très peu de cas de demandes de reconnaissance d’enfants naturels.
• Des insuffisances constatées dans la loi portant régime de l’état civil : les liens entre
la nationalité et l’état civil sont si étroits qu’il est impossible de dissocier les deux institutions.
En effet, les règles relatives à la nationalité se réfèrent constamment aux faits d’état civil
(naissance, mariage, divorce, reconnaissance d’enfant, etc.) et aux actes qui se rapportent à ces
100
Art. 319 du code civil applicable au Niger
101
Art. 320 du code
102
Art. 321 du code
103
Art. 334 du code
104
Art. 335 du code. Il faut néanmoins noter que depuis la loi de 2007 sur l’état civil, l’enfant naturel, y compris
adultérin, peut être déclaré à l’état civil sous le nom de la mère ; ce qui lui permettrait d’avoir au moins l’acte de
naissance.
64
évènements. Il s’ensuit que les lacunes du système d’état civil impactent négativement
l’effectivité du droit de la nationalité.
Au Niger, les insuffisances du système de l’état civil ont été relevées par plusieurs
observateurs105. Dans le but de l’améliorer, la loi sur l’état civil a été révisée. D’importantes
avancées ont été réalisées dans le cadre de cette réforme106 mais, le nouveau texte comporte
aussi des lacunes. C’est l’exemple de l’article 71 dont la mise en œuvre peut poser des
difficultés notamment en ce qui concerne la déclaration et l’enregistrement des faits d’état civil
se rapportant aux apatrides. En effet, relativement à cette question, le législateur n’apporte
aucune précision sur les conditions et la procédure d’enregistrement ainsi que les personnes
tenues à l’obligation de déclaration107. Il faut néanmoins mentionner qu’à cet égard la politique
nationale de la migration est en cours d’adoption et pourrait apporter une solution à ces
préoccupations.
D’un autre point de vue, il faut citer l’article 3 de la loi qui indique que la date d’un fait de
l’état civil doit être exprimée en heure, jour, mois et année et l’article 55 qui, dans la même
optique, dispose que les actes d’état civil doivent énoncer l’année, le mois, le jour et l’heure du
fait de l’état civil survenu. Si ces dispositions sont nécessaires à la fiabilité des informations
portées sur les registres de l’état civil, il reste que leur application rigoureuse risque de priver
certaines personnes de pièces d’état civil car nombreuses sont les personnes qui naissent hors
des centres de santé et qui n’ont pas la maîtrise exacte de ces informations au moment où ils
sollicitent une pièce d’état civil. Ainsi, il n’est pas rare de voir des cas de demandes de pièces
d’état civil pour lesquels les intéressés ignorant exactement la date de survenance de
l’évènement se réfèrent à une saison ou à des évènements politiques ou sociologiques (coup
d’état, famine, etc.).
• Des insuffisances constatées dans les textes nationaux relatifs au statut des
réfugiés : Aux termes de l’article 27 de la Convention des Nations Unies de 1951 relative au
statut des réfugiés et son protocole de 1967, les Etats contractants ont l’obligation de délivrer
des pièces d’identité à tout refugié se trouvant sur leur territoire lorsqu’il ne possède pas un titre
105
En 2016, à l’occasion d’un audit du fichier électoral les experts ont expliqué, en partie, les irrégularités relevées
dans ledit fichier par les défaillances du système d’état civil. Voir également dans ce sens, HASSANE B., Etude
sur la problématique de la documentation et le risque d’apatridie au sein des populations déplacées du Nord Nigéria
vers la région de Diffa (Niger), 70 p.
106
Voir supra.
107
Cette précision est importante au regard d’une certaine jurisprudence nationale (Tribunal correctionnel, 30
octobre 2017, inédit) qui considère que le fait de solliciter les services d’une personne qui n’est pas une autorité
compétente en vue d’obtenir la naturalisation est un recours à une voie informelle constitutif de l’infraction d’usage
de faux prévue par l’article 157 du code pénal.
65
de séjour valable. L’article 34 de ladite convention ajoute, à son tour, que les Etats doivent
faciliter, dans la mesure du possible, l’assimilation et la naturalisation des réfugiés en
s’efforçant notamment d’accélérer la procédure de leur naturalisation et de réduire les taxes et
les frais de procédure. Dans un souci de respect de ses engagements pris dans le cadre de cette
convention, le Niger a adopté la loi n° 97-016 du 20 juin 1997 portant statut des réfugiés et le
décret n° 98-382 du 24 décembre 1998 déterminant les modalités de son d’application. Il reste
que, tout comme l’ordonnance sur la nationalité, ces textes sur le statut des réfugiés ne
contiennent pas de dispositions traitant spécifiquement de l’accès des réfugiés admis sur le sol
nigérien aux pièces d’identité et à la nationalité.
En plus de ces insuffisances signalées dans les textes, l’on relève des lacunes dans les
décisions de justice créant un risque d’apatridie.
1.1.3. Les risques d’apatridie liés aux décisions de justice : la jurisprudence n’est pas assez
fournie en matière de contentieux sur la nationalité mais elle est riche en enseignements. On y
remarque une ambivalence dans l’attitude des juges face aux questions de nationalité qui se
manifeste tantôt par leur souplesse, tantôt par leur sévérité, dans le traitement des dossiers.
Ainsi, en termes de souplesse, l’on peut citer, en exemple, ce juge qui a accordé la nationalité
sur la base de l’acte de naissance et un simple certificat de scolarité108. Dans le même ordre
d’idées, la cour de cassation a estimé qu’en cas d’erreur matérielle révélée par les éléments du
dossier d’un certificat de nationalité, le juge saisi peut procéder aussi bien à la reprise dudit
certificat qu’à sa rectification et que la rectification doit être faite sur simple requête, par
ordonnance du juge saisi et sans frais, comme il est procédé à la rectification des actes d’état
civil109. Inversement à ce courant jurisprudentiel, l’on relève souvent des cas d’extrême sévérité
dans certaines décisions de justice, notamment lorsque la politique se mêle aux affaires
judiciaires. Deux cas qui ont défrayé la chronique, illustrent cette situation.
La première a trait à l’histoire désormais appelée ‘‘ affaire des bébés importés’’ qui a fait
l’objet d’un arrêt de la chambre criminelle de la Cour de Cassation, le 23 mars 2016110. Dans
cette affaire, des époux accusés de supposition d’enfants, ont attaqué deux arrêts de la Cour
d’Appel de Niamey111pour avoir, entre autres motifs, d’une part, infirmé une décision du juge
correctionnel (favorable auxdits époux) qui se déclarait incompétent pour connaitre de l’affaire
108
TGI Tahoua, 04 novembre 2019.
109
Cour de Cassation, avis n° 19-001 du 21 janvier 2019.
110
Arrêt n° 16-018/CC/crim. Du 23 mars 2016, Epoux 1 à 30 c/ Ministère Public.
111
Chambre d’accusation, arrêt n° 387 du 25 novembre 2014 et Chambre correctionnelle, arrêt n° 124/15 du 13
janvier 2015.
66
au motif que l’action pénale pour la suppression de l’infraction de supposition d’enfant doit
être subordonnée au jugement préalable et définitif sur la question d’état par les juridictions
civiles et, d’autre part, décidé que les dispositions de l’article 327 du code civil 112 ne
s’appliquent que lorsqu’il existe une action en réclamation d’état. Dans sa solution à ce litige,
la chambre criminelle de la Cour de Cassation, après avoir rappelé que la coutume constitue le
droit commun des nigériens en matière de filiation et d’état des personnes, a affirmé que « les
questions traitées par le code civil au chapitre des filiations légitimes et aux filiations naturelles
ne sont pas applicables au Niger ». Une telle décision est très lourde de conséquence en matière
de nationalité. En effet, outre les difficultés déjà soulignées ci-haut relatives à la constatation
des coutumes, elle prive tous les nigériens qui n’ont pas de coutume ou qui veulent opter pour
la loi de référence légale pour accéder à la nationalité sur la base de la filiation. S’agissant
particulièrement des enfants en cause dans ces affaires, la justice les a mis dans une situation
d’insécurité juridique en les privant des seuls liens de filiation qui leur permettaient de
bénéficier de la nationalité nigérienne pendant que leurs parents biologiques restent inconnus.
La seconde affaire est aussi d’une gravité remarquable. Elle concerne un cas de retrait de la
nationalité nigérienne, suite à une condamnation pénale, à un individu né sur le sol nigérien
sans assurance que celui-ci pourrait obtenir une autre nationalité. C’était en 2017, quand à la
suite d’une émission radiodiffusée accusant certaines personnalités politiques membres du
régime en place d’avoir détourné 200 milliards et dont un journaliste né et vivant au Niger
depuis 1984 serait l’auteur, l’intéressé et son père, furent poursuivis par le procureur de la
république et inculpés pour usage de faux certificats de nationalité nigérienne113. Le jugement
(Tribunal correctionnel de Niamey, 30 octobre 2017) conclut à l’existence de l’infraction et
prononce contre le journaliste et son père deux ans d’emprisonnement ferme et 300 000 F
d’amende chacun, la confiscation de leurs documents (certificats de nationalité notamment), la
destitution et l’exclusion de toutes fonctions, emplois ou offices publics et la privation pendant
une durée de dix (10) ans de certains droits dont entre autres le droit de vote, d’élection,
d’éligibilité, tous les droits civiques et politiques, le droit de tenir une école ou d’enseigner, le
droit d’être employé dans aucun établissement d’instruction à titre de professeur, maître ou
112
Cet article dispose : « L’action criminelle contre le délit de suppression d’état ne pourra commencer qu’après
le jugement définitif sur la question d’état ». Il est précédé de l’article 326 qui indique que les tribunaux civils
seront seuls compétents pour statuer sur les réclamations d’état.
113
En effet, le père serait malien d’origine ayant acquis la nationalité nigérienne sur la base d’un faux jugement
supplétif qui le reconnait comme étant nigérien. Baba Alpha serait également détenteur d’un certificat de
nationalité nigérienne établi
67
surveillant, etc. Au-delà de ces sanctions, ledit journaliste a fait l’objet d’une expulsion du
territoire nigérien.
De prime abord, il faut souligner que la mise en œuvre de la protection suppose que des
personnes apatrides soient identifiées selon des procédures préétablies et conformément aux
règles juridiques pertinentes, notamment les dispositions de la convention de 1954 sur le statut
d’apatride. Or, comme indiqué ci-dessus, officiellement il n’y a aucune « personne reconnue
apatride » identifiée au Niger au sens de l’article premier de la Convention de 1954. Cela
s’explique par le fait qu’il n’existe pas encore au Niger de procédures de détermination du statut
d’apatride, malgré les engagements de l’Etat (Déclaration d’Abidjan, art. 15 ; Plan d’Action
Banjul, Objectif stratégique 3.1). Mais, il faut se garder de penser qu’il n’y pas de personnes
apatrides au Niger d’où l’intérêt de connaître les insuffisances des textes en matière de
protection. Ces insuffisances sont observables dans plusieurs textes dont entre autres : le code
de la nationalité, le code du travail et le Statut général de la fonction publique, le code électoral
et les textes portant statut des réfugiés.
• Les lacunes du code de la nationalité : Au mépris de la Convention sur le statut des
apatrides, ce texte consacre une discrimination entre les nigériens d’origine et les naturalisés.
En effet, aux termes de l’article 28, ces derniers ne peuvent, pendant un délai de dix ans à
compter du décret de naturalisation, être investis de fonctions ou de mandats électifs pour
l’exercice desquels la qualité de nigérien est requise. De même, pendant un délai de cinq ans à
partir dudit décret, ils ne peuvent être nommés dans la fonction publique nigérienne ou être
titulaires d’un office ministériel.
• Les obstacles liés au code du travail et au Statut général de la fonction publique :
La loi n° 2012-45 du 25 septembre 2012 portant Code du travail de la République du
Niger et le décret n° 2017-682 du 10 août 2017 portant partie règlementaire de ce code
ainsi que la loi n° 2007-26 du 23 juillet 2007 portant statut général de la fonction
publique et son décret d’application (décret n° 2008-244/PRN/MFP/T du 31 juillet
2008) ne contiennent pas de dispositions traitant spécifiquement de la situation des
68
apatrides. Cela ne facilite pas l’accès de ces personnes au travail et surtout aux emplois
qui nécessitent le dépôt de documents d’identité. L’étude de terrain révèle d’ailleurs que
la possession de la nationalité nigérienne est une condition essentielle pour prétendre à
certains emplois au Niger. Mieux, les articles 15 et 29 du décret portant partie
règlementaire du code du travail réservent le droit d’ouvrir un bureau ou office privé de
placement de travailleurs et l’exercice de la profession de travail temporaire aux seules
personnes ayant la nationalité nigérienne ; ce qui exclut les apatrides. En outre, même
lorsqu’ils acquièrent la nationalité nigérienne, les étrangers doivent observer un délai
d’attente avant de prétendre à un emploi à la fonction publique ; ce qui constitue une
violation des engagements du Niger découlant des conventions internationales et des
accords régionaux. Il faut toutefois apporter un bémol à ces observations car le code de
la nationalité prévoit la suppression de ces barrières aux étrangers ayant rendu des
services importants au Niger114.
• Des discriminations contenues dans le code électoral : La loi organique n° 2017-64
portant Code électoral réserve, en son article 6, la qualité d’électeurs aux nigériens d’origine et
aux étrangers ayant acquis la nationalité nigérienne par mariage ou par naturalisation. Toutefois,
ce texte précise que les étrangers ayant acquis la nationalité nigérienne par mariage, dans un
délai de cinq ans à compter du décret de naturalisation, et, ceux ayant obtenu la nationalité par
naturalisation dans un délai de dix ans à compter dudit décret, ne peuvent être investis de
fonctions publiques ou de mandats électifs pour lesquels la qualité de nigérien est exigé. En
outre, le code ne contient aucune disposition traitant le cas spécifique des apatrides.
• Des contraintes édictées par les textes portant statut des réfugiés. Au vu des
conditions fixées par ces textes, les personnes ne disposant pas de pièces d’identité, notamment
les apatrides, risquent d’éprouver des difficultés à accéder à ce statut et à tous les droits s’y
rattachant. En effet, aux termes de l’article 6 du décret n° 98-382/PRN/MI/AT du 24 décembre
1998 portant modalités d’application de la loi n° 97-016 du 20 juin 1997 portant statut des
réfugiés, tout candidat au statut de réfugié devra déposer auprès de la Commission nationale
d’éligibilité au statut des réfugiés un dossier comprenant un certain nombre de pièces,
notamment les pièces justificatives de son identité (acte de naissance, certificat de nationalité,
114
Article 28 nouveau, loi n°2014-60du 05 novembre 2014 portant modification de l'ordonnance n° 8433 du 23
août 1984, portant Code de la Nationalité Nigérienne, modifiée par l'ordonnance n° 88-13 du 18 février 1988 et
l'ordonnance n° 99-17 du 4 juin 1999.
69
carte d’identité, passeport, etc.). Mieux l’article 15 indique que tout recours doit comporter les
noms, prénoms, l’état civil complet du requérant ainsi que la profession et le domicile de celui-
ci. Les effets de ce texte sont néanmoins atténués par l’article 14 du décret qui dispose qu’en
cas d’arrivée massive de personnes en quête d’asile et, devant l’impossibilité matérielle de
déterminer leur statut sur une base individuelle, la Commission nationale d’éligibilité peut
décider de leur reconnaître collectivement le statut de réfugiés. Toutefois, cette disposition ne
saurait effacer totalement les risques d’exclusion du statut de réfugié des personnes n’ayant pas
de documents.
Ces textes ne sont évoqués qu’à titre indicatif. Mais, en réalité, il existe de nombreuses
situations où les apatrides sont privés de certains droits que leur accordent les conventions
internationales ou sont victimes de discrimination. A ces situations viennent s’ajouter des
obstacles d’ordre institutionnel ou opérationnel constatés dans la mise en œuvre des mesures
de protection.
2. Les limites d’ordre institutionnel et opérationnel
Elles sont nombreuses malgré les efforts réalisés. Les plus importantes sont :
l’insécurité, la sous administration du territoire, l’inachèvement du dispositif d’intervention, la
faible maitrise de la question d’apatridie, l’insuffisance de la sensibilisation et la formation,
l’ignorance des populations, l’incurie et le refus de collaboration des victimes.
2.1. L’insécurité
Le Niger est entouré par plusieurs foyers de conflits entrainant des flux massifs de réfugiés et
de migrants vers le pays depuis 2012 : conflit Libyen, attaques terroristes de Boko Haram aux
frontières entre le Nigéria, le Tchad et le Niger, mouvements djihadistes au nord Mali. A ces
crises, il faut ajouter l’instabilité politique en Algérie depuis la démission du président
Abdelaziz Bouteflika et le terrorisme qui a atteint le Niger en 2018 avec des attaques
sporadiques principalement dans les régions de Tahoua, Tillabéri, et Maradi. Ces conflits ont
donné naissance à d’importants foyers de déplacés internes. En même temps, ils ont rendu
difficile l’accès aux groupes vulnérables et limité considérablement l’intervention de l’Etat et
des ONG. Dans certaines localités, notamment les zones nord de Tahoua et Tillabéri, l’autorité
a d’ailleurs suspendu toutes les interventions humanitaires.
70
2.2. La sous administration du territoire
Le Niger est un pays vaste (1 267 000 Km2) aux moyens très limités en raison de la pauvreté
qui y règne. Cette situation fait que l’Etat ne parvient pas à se déployer sur l’ensemble du
territoire. Il s’ensuit que certaines contrées-souvent vulnérables- sont dépourvues de services
très stratégiques tels que les services d’état civil, les services de sécurité, les services
d’assistance aux personnes vulnérables (Action humanitaire, protection de la femme et de
l’enfant, population…), etc. Lorsqu’elles en disposent, parfois ce sont les agents qui font
défaut115. Cette situation favorise le développement de l’insécurité et engendre souvent des
coûts élevés aux citoyens pour se procurer les documents. A titre indicatif, les populations de
certaines communes du Kawar, notamment Djado et Fachi doivent parcourir 300 à 340 kms
pour se rendre à Bilma ou Dirkou afin de se faire établir des pièces d’état civil116. A cette
difficulté s’ajoute l’insuffisance des moyens humains, matériels et financiers à laquelle sont
confrontés les services déconcentrés de l’Etat là où ils existent. Il faut aussi mentionner la
lourdeur de l’Administration publique (formalisme, lenteur et coûts excessifs). Ainsi,
l’établissement des pièces d’état civil s’effectue parfois sur plusieurs jours, voire plusieurs
mois, entraînant des allers et retours incalculables et des coûts élevés aux demandeurs. Dans le
même ordre d’idées, il est à noter que l’amende instituée dans le but de contraindre les
populations à effectuer les déclarations des faits d’état civil dans les délais légaux produit en
pratique un effet de frustration et de découragement.
115
Selon le Directeur régional de la Protection de l’Enfant et de la Promotion de la Femme, les services de la
protection de la femme et de l’enfant des départements d’Iferouāne et de Bilma dans la région d’Agadez ne
disposent d’aucun agent.
116
Le coût du transport peut aller de 20 000 à 25 000 FCFA. A cela, il faut ajouter les frais à payer si la déclaration
est faite hors délais.
71
Commentaire : ce tableau permet de constater le nombre très insuffisant à l’échelle nationale des
centres principaux (266) et secondaires (67).
72
Niamey 103 99 04 3,88% 02 2,02%
Tahoua 2132 620 276 12,94% 29 4,67%
Zinder 5232 617 3412 65,21% 147 23,82%
Totaux 14956 2671 6761 45,20% 328 12,28%
Total gl 17627 7080 (40,22%)
Source : construction des auteurs (données recueillies dans le Rapport Général de la rencontre
des cadres de la Direction Générale de l’Etat Civil, des Migrations et des Réfugiés à Agadez du
26 au 28 février 2020).
Commentaire : Ce tableau montre que si l’Etat a réalisé des efforts dans la création des centres
de déclaration, beaucoup reste à faire dans leur opérationnalisation. En effet, 40, 22% des
centres créés ne sont pas opérationnels. Plus encore, c’est au niveau des villages et tribus où les
populations ne sont pas suffisamment informées sur les enjeux des pièces d’état civil que
l’opérationnalisation des centres connait des difficultés. Il est à noter également que dans les
régions de Diffa et Zinder le taux des centres non opérationnels est particulièrement très élevé
(respectivement 71, 48% et 65, 21%).
73
notamment en zone rurale, ne connaissent pas encore l’importance des documents. En
conséquence les faits d’état civil sont rarement déclarés dans ces zones et, pour la plupart du
temps, les déclarations sont faites au-delà des délais requis. Mieux, dans certains milieux, pour
des considérations sociales ou culturelles, certains faits, tels que les naissances hors mariage,
sont purement et simplement cachés117. Selon des statistiques fournies par la direction régionale
de l’état civil de Tahoua, en 2018, 103164 naissances, correspondant à 54, 19% du nombre
total des naissances attendues, ont été déclarées dans les délais et 38022 jugements déclaratifs
ont été délivrés. Ces chiffres montrent qu’environ 49000 naissances (soit plus du quart des
naissances totales) ne font l’objet ni de déclaration dans les délais, ni de jugements déclaratifs
dans l’année de la naissance dans cette région. La situation s’est nettement améliorée en 2019
mais elle n’a pas permis d’endiguer le problème. En effet, les données statistiques de la
Direction nationale de l’état civil au titre de l’année 2019 (tableau n°9) révèlent que sur
1028048 naissances attendues, 540459 (soit 52,57%) ont été déclarées dans les délais tandis
que 430393 (soit 41,86%) ont fait l’objet de jugements déclaratifs. Il s’ensuit que plus de 57196
naissances (soit 5,57%) restent encore non déclarées à l’échelle nationale au titre de cette seule
année 2019.
117
A propos de ces tabous, voir L. DEJOIE et A. HARISSOU, Les enfants fantômes, éd. Albin Michel, 2014, p.
98 et suivants.
74
L’ignorance conduit également les populations à négliger, voire refuser de retirer les
actes d’état civil. Ainsi, la plupart des centres, y compris en milieu urbain, sont gorgés d’actes
d’état civil non retirés. L’entassement des actes d’état civil non retirés constitue une véritable
préoccupation dans les services d’état civil. ainsi, il ressort du Rapport générale de la Rencontre
annuelle des cadre la DGEC/MR que sur un total de 726780 faits d’état civil transcrits au niveau
des sept régions sur les huit, 644576 actes ont été retirés, soit 88,68%, tandis que 82204 actes,
soit 11,32% sont restés dans les armoires des services de l’état civil. Ci-dessous un tableau et
des images illustrant cette situation d’entassement des actes d’état civil non retirés dans les
services d’état civil.
Tableau 10: Situation nationale des transcriptions et retraits d’actes d’état civil en 2019
(naissances, mariages, décès)
NB/ Ce tableau ne prend pas en compte la situation de la région de Tillabéri.
Régions Actes transcrits Actes retirés % Ecarts %
retraits Ecarts
Agadez 26512 23142 87,28% 3370 12,72%
Diffa 38223 37378 97,79% 845 2,21%
Dosso 116245 90919 78,21% 25326 21,79%
Maradi 173676 168485 97,02% 5191 2,98%
Niamey 62551 47179 75,42% 15372 24,58%
Tahoua 148090 137198 92,65% 10892 7,35%
Zinder 161483 140275 86,86% 21208 13,14%
Total 726780 644576 88,68% 82204 11,32%
Source : construction des auteurs (données recueillies dans le Rapport Général de la rencontre
des cadres de la Direction Générale de l’Etat Civil, des Migrations et des Réfugiés à Agadez du
26 au 28 février 2020).
Commentaire : 82 204 actes d’état civil n’ont été retirés sur un total de 726 780, soit un taux
de 11,32%. Il est surtout à noter que certaines régions sont largement au-dessus de cette
moyenne nationale. Tel est le cas de Niamey avec 15 372 actes non retirés, 62 551 transcrits,
soit 24,58% et Dosso avec 25 326 actes non retirés sur 116245 transcrits, soit 21,79%.
75
Figure 2: images d’actes d’état civil non retirés (communes I et II de Tahoua)
1 2
76
V. CONCLUSION GENERALE
Cette étude a permis de mettre en évidence que le phénomène de l’apatridie et du risque
d’apatridie est une réalité indéniable au Niger. Les causes sont aussi bien structurelles que
conjoncturelles mais l’état de pauvreté généralisée du pays et l’exacerbation de l’insécurité
constituent le principal soubassement du fléau. Quant à sa physionomie, alors qu’à l’unanimité
les acteurs soutiennent que l’apatridie sévit uniquement dans le milieu des étrangers en situation
irrégulière (réfugiés et migrants) tandis que chez les nationaux c’est le risque d’apatridie qui
prévaut, l’étude interpelle sur le caractère dangereux d’une telle considération en démontrant
que la situation des étrangers n’est que la partie visible de l’iceberg. En effet, il existe
d’importants groupes de nationaux également affectés par le phénomène d’apatridie. Face à
cette situation, il serait plus sage pour l’Etat et ses partenaires, de considérer le problème sans
aucune réserve afin de lui apporter les réponses appropriées.
L’étude a aussi permis de rappeler les multiples engagements pris par le Niger aussi
bien au niveau international que régional pour éradiquer l’apatridie et le risque d’apatridie sur
son territoire ainsi que les efforts considérables réalisés dans le cadre de cette lutte. A cet égard,
si l’on peut se réjouir de constater qu’il y a un engagement fort des autorités et un
accompagnement appréciable des partenaires, il y’a aussi lieu de noter qu’en dépit de ces
efforts, le problème subsiste et risque, si l’on n’en prend garde, de connaître des proportions
démesurées dans l’avenir. Pour cause, une fois encore, l’état de sous-développement du pays et
l’insécurité. Dès lors, l’on peut affirmer que l’amélioration de la situation ira de pair avec les
efforts qui seront consentis pour sortir le pays du sous-développement. Néanmoins, certaines
insuffisances peuvent être corrigées avec les moyens actuellement disponibles. Tel est le cas
des lacunes des textes, de l’absence de statistiques sur les populations concernées par le fléau,
du retard de la mise en œuvre du plan d’action nationale, de la lourdeur et la complexité des
procédures d’acquisition des documents, de la gestion anarchique des données, de l’absence de
suivi des actions sur le terrain, etc.
77
VI. RECOMMANDATIONS
78
→ Mettre en place un organe compètent en matière de procédure de Détermination du
Statut d’Apatride, de prévention et de protection des personnes apatrides ;
→ Engager la révision du droit de la famille en général et du droit de la filiation en
particulier (Action 5 du PAN) ;
→ Corriger les lacunes du code de la nationalité et des textes en lien avec la nationalité
(Action 5 du PAN).
→ Encourager la création de structures privées de lutte contre l’apatridie (Action 7 du
PAN) ;
→ Encourager et soutenir les initiatives de recherche sur l’apatridie et le risque d’apatridie ;
→ Assouplir les procédures de naturalisation pour les personnes apatrides conformément
à l’article 32 de la Convention de 1954 sur le statut des apatrides, ratifiée par le Niger.
3. A long terme :
→ Etudier et insérer les questions d’établissements des pièces d’état civil dans les
politiques et stratégies en cherchant la liaison avec les pays des migrants (Actions 3 et
5 du PAN) ;
→ Intégrer dans les curricula des établissements d’enseignement les questions de lutte
contre l’apatridie et le risque d’apatridie (Actions 2 et 5 du PAN).
79
2. A moyen terme :
→ Initier une étude sur la situation des nigériens à l’étranger afin de compléter les études
déjà disponibles sur la question de l’apatridie au Niger (Actions 3 et 6 du PAN) ;
→ Aider au renforcement des capacités d’intervention des acteurs étatiques et non étatiques
(Action 7 du PAN).
3. A long terme :
2. A moyen terme :
→ Constituer des bases de données sur l’apatridie et le risque d’apatridie et les mettre à la
disposition de l’Etat et du HCR (Action 6 du PAN).
3. A long terme :
80
VII. BIBLIOGRAPHIE
7.1. DOCTRINES
A. Ouvrages
B. Mémoires et thèses
1. Les Mémoires :
81
➢ BARBALAU Marilena, Evolutions récentes du droit à la nationalité au niveau
européen, Mémoire de DEA en Droit international et communautaire, Université de
Lille II, Ecole doctorale des sciences juridiques, politiques, économiques et de gestion
n°74, 2002-2003, 153 p., téléchargeable sur : [Link] ;
➢ COOVI Sri Amor Messo, Le statut des apatrides dans l’espace CEDEAO : cas du
Benin, Mémoire du diplôme d’études approfondie, Université d’Abomey-Calavi, 2016,
119 p.
➢ GBEHOU Jacques, L’apatridie au Benin et le droit de la nationalité : Enjeux et
perspectives, Mémoire de fin de formation du cycle I de l’ENAM, Benin, 2011, 78 p.
82
➢ SOMA/KABORE Valérie, « Les causes et conséquences de l’apatridie », Revue
CAMES/SJP, n°001/2016, pp. 179-191.
➢ A.G.O.N.U (A/71/354), « Aides aux réfugiés, aux rapatriés et aux déplacés d’Afrique
», Rapport du Secrétaire général, 23 Août 2016, 22 p., accessible sur :
[Link] ;
➢ ADJAMI Mirna, L’apatridie et la Nationalité en côte d’Ivoire, Une étude pour le
compte du HCR, Décembre 2016, 90 p., accessible à l’adresse :
[Link]
➢ BOUBACAR Hassane, « Etude sur la problématique de la documentation et le risque
d’apatride au sein des populations déplacées du Nord Nigéria vers la région de Diffa »,
Rapport final, Juin 2015, 70 p ;
➢ CEDEAO et UNHCR, « 1ère conférence ministérielle régionale sur l’apatridie en
Afrique de l’ouest », Discours de clôture du garde des sceaux, Ministre de la justice, des
droits de l’homme et des libertés publiques, Abidjan, 23 au 25 Janvier 2015, 5 p.,
accessible sur : [Link] ;
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le cadre des Réfugiés, des demandeurs d’asile, des personnes déplacées internes et des
migrants en Afrique, Mai 2014, 88 p., accessible à l’adresse : [Link]
;
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Acte de colloque, Nairobi, Octobre 2012, accessible à l’adresse suivante :
[Link] ;
➢ GAEREMYNCK Jean, « A l’écoute du monde », in office français de protection des
Réfugiés et Apatrides (OFPRA), Rapport d’Activité, 28 Juin 2017, 126 p., accessible à
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de M. Volker Turk, Banjul, 09 Mai 2017, 6 p., disponible à l’adresse :
[Link] ;
➢ HCR, « Mise à jour sur l’apatridie : 69ème réunion du comité permanent », Rapport du
comité exécutif du programme du Haut-commissaire, 7 Juin 2017, 9 p., accessible à
l’adresse : [Link] ;
83
➢ MANBY Bronwen, « La nationalité, la migration et l’Apatridie en Afrique de l’Ouest
: une étude pour le compte du HCR et de l’OIM », Rapport présenté à l’occasion d’une
conférence ministérielle sur l’apatridie dans l’espace CEDEAO, Abidjan, 23 au 25
Février 2015, 128 p., téléchargeable sur : [Link] ;
➢ MANBY Bronwen, « Les lois sur la nationalité en Afrique : une étude comparée », in
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[Link] ;
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l’apatridie : opportunités et défis », in Communiqué final d’Abidjan, 28 au 30
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[Link] ;
➢ UNHCR, « L’apatridie en Afrique de l’ouest : mise en œuvre du plan d’Action de Banjul
», in Bulletin d’information, Juillet-Septembre 2017, 8 p., accessible en ligne sur :
[Link] ;
➢ UNHCR, « L’apatridie en Afrique de l’ouest : une région en voie de mettre fin à
l’apatridie », in Bulletin d’information, Juillet-Septembre 2016, 8 p., téléchargeable à
l’adresse : [Link] ;
➢ UNHCR, « Le Trait d’Union : Bénin, premier pays d’Afrique engagé dans la lutte contre
l’apatridie », Bulletin trimestrielle du 25 Avril 2015, 20 p., disponible en ligne sur :
[Link] ;
84
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Août 2017, 1 p., téléchargeable sur : [Link] ;
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l’état civil », Quatrième conférence des ministres africains chargés de l’enregistrement
des faits d’état civil, Nouakchott, 4-8 Décembre 2017, 23 p., disponible sur :
[Link] ;
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Janvier 2017, 33 p., disponible sur : [Link] ;
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BELONG », in Actualités apatridie, Août –Décembre 2015, 8 p., téléchargeable à
l’adresse : [Link] ;
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formation sur l’apatridie, Tchad, 15 Mars 2017, 6 p., disponible à l’adresse :
[Link] ;
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Document adopté par l’Assemblée générale des Nations-Unies à l’horizon 2030, Note
d’information Octobre 2015, 9 p., accessible sur : [Link] ;
➢ UNHCR, « Plan d’action global visant à mettre fin à l’apatridie : 2014-2024 »,
Novembre 2014, 36 p., en ligne sur : [Link] ;
➢ UNHCR, « Table ronde régionale sur l’apatridie en Afrique de l’ouest », Appel de
Banjul sur l’apatridie, 06 Décembre 2013, 7 p., accessible sur :
[Link] ;
➢ UNICEF (Niger), « Evaluation à trois ans du programme d’Appui au renforcement des
capacités du système d’état civil (PARSEC) », Rapport final, Janvier 2016, 76 p.
➢ Union Africaine, « Surmonter les défis de l’apatridie, du déplacement interne et de la
libre circulation des personnes en Afrique », in Note conceptuelle de réunion de la
session extraordinaire du comité technique spécialisé (CTS) sur la migration, les
réfugiés et les personnes déplacées internes, Malabo (Guinée équatoriale), 29 Oct. – 03
Nov. 2018, 8 p., disponible à l’adresse : [Link] ;
➢ UNHCR, « Apatridie en Afrique de l’ouest : célébration de la déclaration d’Abidjan
dans toute la région », Bulletin d’information Janvier-Mars 2017, 8 p., téléchargeable
sur : [Link]
85
7.2. JURISPRUDENCES
A. Au niveau international
B. Au niveau régional
➢ Communication n°212/98, Amnesty international c./Zambie, douzième rapport annuel
d’activités de la commission ADHP, 1998-1999, parag. 50 ;
➢ Communication n°97/93, Modise c./ Botswana, quatorzième rapport annuel d’activités
de la commission ADHP, 2000-2001, parag. 91.
C. Au niveau national
7.3. LEGISLATIONS
A. Textes internationaux
86
➢ Le pacte international relatif aux droits civils et politiques conclu à New-York le 16
Décembre 1966, et entré en vigueur le 23 Mars 1976, Texte original, accessible sur :
[Link] ;
➢ La Convention relative aux droits des personnes handicapées du 13 Décembre 2006,
Nations-Unies, accessible en ligne sur : [Link] ;
➢ La convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants
et des membres de leur famille du 18 Décembre 1990, disponible en ligne sur :
[Link] ;
➢ La convention internationale relative aux droits de l’enfant du 20 Novembre 1989,
entrée en vigueur le 02 Septembre 1990, Nations-Unies, accessible en ligne à l’adresse
suivante : [Link] ;
➢ La convention de New-York du 21 Décembre 1965 sur l’élimination de toutes les
formes de discrimination raciale, entrée en vigueur le 04 Janvier 1965, Texte original,
disponible sur : [Link] ;
➢ La Résolution A/Res/55/153 de l’Assemblée générale des Nations-Unies sur la
nationalité des personnes physiques en relation avec la succession d’Etats, adoptée sans
vote le 12 Décembre 2000, disponible à l’adresse :
[Link] ;
B. Textes régionaux
87
➢ Projet de protocole additionnel à la charte africaine des droits de l’homme et des
peuples portant sur le droit à la nationalité et l’éradication de l’apatridie en Afrique,
Août 2015, accessible sur : [Link] ;
➢ La convention de Maputo sur les droits de la femme en Afrique, adoptée par la
conférence de l’Union Africaine le 11 Juillet 2003, disponible sur le site internet de
l’Union Africaine : [Link] ;
➢ La convention du conseil de l’Europe sur la prévention des cas d’apatridie en
relation avec la succession d’Etat du 19 Mai 2006, Strasbourg, Série des Traités du
conseil de l’Europe, n°200, accessible en ligne sur : [Link] ;
➢ Recommandation n°R (99) 18 du Comité des Ministres aux Etats membres sur la
prévention et la réduction des cas d’apatridie, adoptée par le Conseil de l’Europe
le15 Septembre 1999, accessible à l’adresse :
[Link] ;
C. Textes nationaux
1. Textes législatifs
88
2. Textes règlementaires
➢ Décret n°84-132/PCMS/MJ du 23 Août 1984, Portant modalités d’application de
l’ordonnance n°84-33 du 23 Août 1984, portant code de la nationalité nigérienne ;
➢ Décret n°98-382/PRN/MI/AT du 24 décembre 1998 portant application de la loi
n°97-016 du 20 juin 1997 portant statut des Réfugiés au Niger ;
➢ Décret n° 2017-682/PRN/MET/PS du 10 août 2017 portant partie règlementaire du
Code du travail.
➢ Arrêté n°142/MI/SP/D/AR/DEC-R du 16 mars 2012, accordant le bénéfice du statut
de Réfugiés prima facies, aux Maliens victimes du conflit armé au nord du Mali ;
➢ Arrêté n°806/MI/SP/D/AC/DEC-R du 04 décembre 2013, accordant le bénéfice de
la protection temporaire aux ressortissants du nord-est du Nigéria ayant fui les
exactions de la secte Boko Haram ;
VIII. ANNEXES
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United Nations High Commissioner for Refugees
Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés