Cours : Droit pénal spécial
Auteur : Catherine GINESTET
Leçon n° 6 : Le blanchiment
Introduction
Dans le vaste ensemble des atteintes aux biens, une incrimination récente complète le titre deux,
du livre troisième du Code pénal, consacré aux " autres atteintes aux biens ", il s'agit du
blanchiment. La répression du blanchiment de l'argent dit " sale " est apparue en France avec
une loi du 31 décembre 1987. Dans un premier temps, elle s'est limitée aux opérations portant sur
le trafic de stupéfiants, c'est pourquoi les dispositions figuraient alors dans le Code de la santé
publique.
En savoir plus : La loi du 23 décembre 1988
Il y eut un autre texte particulier, la loi du 23 décembre 1988, inséré dans le Code des douanes
sanctionnant les opérations transfrontalières portant là encore sur des fonds provenant d'un trafic
de stupéfiants. Cf. article 415 Code des douanes .
Pour lutter efficacement contre ces opérations, liées à la criminalité organisée et par conséquent
de nature internationale, des structures spécifiques ont été créées en 1990. Avec les lois de 1992,
les textes sur le blanchiment de l'argent de la drogue sont intégrés dans le Code pénal à l'article
222-38.
Mais, c'est avec la loi du 13 mai 1996, que le législateur étend la répression au blanchiment des
produits de tout crime ou délit. Les articles 324-1 et suivants du Code pénal créent ainsi un délit
général de blanchiment, tout en conservant les dispositions spéciales comme celles concernant
le trafic de stupéfiants.
Selon ce texte, " le blanchiment est le fait de faciliter, par tout moyen, la justification mensongère
de l'origine des biens ou des revenus de l'auteur d'un crime ou d'un délit ayant procuré à celui-ci
un profit direct ou indirect. Constitue également un blanchiment le fait d'apporter un concours à
une opération de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect d'un
crime ou d'un délit ".
Exemple : Il y a par conséquent plusieurs textes sur le blanchiment dans le Code pénal et
l'infraction n'est donc plus uniquement liée au trafic de stupéfiants, d'autres activités criminelles
organisées sont visées comme le terrorisme, par exemple.
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Le dispositif légal est constamment complété, comme ce fut le cas avec le dernier volet de la loi
relative aux nouvelles régulations économiques du 15 mai 2001, lequel renforce la transparence
dans le fonctionnement des sociétés, étend les obligations de déclaration et affermit les pouvoirs
des autorités chargées de lutter contre cette criminalité dans des dispositions se trouvant dans le
Code monétaire et financier. La loi du 1er août 2003 sur la sécurité financière (Voir l'article 72 de la
loi qui modifie l'article L.511-34 du Code monétaire et financier et qui introduit un article L.533-3-1
dans ce même code) a apporté une autre pierre à l’édifice. Aujourd’hui on ne compte plus les
textes qui directement ou indirectement luttent contre le blanchiment de capitaux et le financement
du terrorisme s'intensifie) . (Voir les articles L.511-34 et L.533-3-1). Le dernier à avoir modifier le
Code monétaire et financier, est la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance
(lien vers Légifrance, Loi n°2007-297).
La répression du blanchiment - et son extension - traduit les engagements internationaux de la
France.
Remarque : Il faut mentionner en particulier la Convention de Vienne du 19 décembre 1988 ; la
Convention de Strasbourg du 8 novembre 1990 relative au blanchiment et au niveau européen, la
directive du 10 juin 1991, complétée par celle du 4 décembre 2001 relative à la prévention du
système financier aux fins du blanchiment de capitaux, (rubrique Journal officiel, JO n°L344 du 28
décembre 2001, p.76). Ces deux directives ont été abrogées par la directive du 26 octobre 2005
relative à la prévention de l’utilisation du système financier aux fins de blanchiment et de
financement du terrorisme dont la transposition doit être effective avant le 15 décembre 2007,
Journal officiel de l’union européenne, JO n°L309/15 du 25 novembre 2005.
De sorte que cette incrimination n'est pas facile à cerner ; elle l'est d'autant moins que la
jurisprudence est rare. A notre connaissance, il existe peu d'arrêt rendu par la chambre criminelle
sur ces questions. En revanche, de nombreuses espèces (relatées dans le Lamy Droit pénal des
affaires, n°885 à 990), ont donné lieu à des jugements au fond n'ayant pas été publiés. Il s'agit,
par ailleurs, d'une infraction de conséquence comme le recel, avec lequel elle présente de
nombreuses similitudes. C'est en outre une infraction qu'il n'est pas facile d'établir eu égard à
son caractère transnational. Par conséquent, ici plus qu'ailleurs, la coopération internationale est
primordiale. Elle a été relancée par les attentats terroristes du 11 septembre 2001 et maintenue
par la menace terroriste toujours présente. Il n'est pas inutile de préciser que le blanchiment
d'argent représente aujourd'hui environ 1500 milliards de dollars par an dans le monde, dont la
moitié provient du trafic de drogue.
Pour bien comprendre les textes en la matière, il faut se pencher sur le contexte de la lutte contre
le blanchiment (Section 1), voir ensuite quelles sont les conditions d'existence de l'infraction
(Section 2) et la répression (Section 3).
Section 1. Le contexte de lutte contre le blanchiment
L'on ne peut véritablement comprendre l'analyse de cette incrimination qu'après avoir rapidement
expliqué le processus utilisé pour blanchir de l'argent, répertorié les structures conçues pour lutter
contre cette criminalité et précisé quels sont les moyens de lutte.
§ 1. Le processus de blanchiment
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Les auteurs de crime ou de délit qui souhaitent jouir pleinement de leurs produits illicites
blanchissent ou font blanchir les fonds ainsi obtenus. De manière classique, les opérations de
blanchiment comportent trois phases, le placement, la conversion et l'intégration permettant de
recycler les capitaux.
Selon l'expression du GAFI (Groupe d'action financière internationale, créé en 1989) , " le
blanchiment de capitaux consiste à retraiter les produits d'origine criminelle pour en masquer
l'origine illégale ".
• Le placement est la phase la plus délicate car elle consiste à faire pénétrer l'argent
dans des circuits licites, commerciaux et financiers. D'ordinaire, il se fait dans des
secteurs d'activité générant d'importantes manipulations de liquidités comme les bars, les
restaurants, les pizzerias, " les laveries " dans le jargon utilisé. La légende veut que la
technique ait été conçue par Al Capone, qui utilisait une chaîne de laveries automatiques pour
dissimuler les revenus qu'il tirait du racket, de la prostitution, du jeu (Cité par [Link],
Juris-Classeur, fasc.20, n°33) .
De façon plus élaborée, la dissimulation des espèces peut se faire auprès d'établissements
financiers classiques, sous forme de dépôts fractionnés, d'achats de devises étrangères, de
virements internationaux, ou par l'intermédiaire d'établissements de jeu comme des casinos.
• La conversion (ou empilage) consiste à masquer la traçabilité du flux financier. La
technique la plus sûre est de faire circuler les fonds à travers de nombreuses opérations
financières complexes, au moyen de sociétés écrans ou en utilisant les centres financiers "
off-shore " (Il s'agit de paradis fiscaux choisis parce que leur législation fiscale, commerciale,
bancaire ne satisfait pas aux normes internationales et européennes ; ils favorisent les
opérations clandestines) , les transactions financières interbancaires par moyen
électroniques. L'utilisation d'internet rend plus difficile encore le suivi des transactions.
• L'intégration consiste enfin à injecter " l'argent sale " dans l'économie légale par des
investissements licites, pour les transformer en revenus légaux souvent imposables.
Cette opération se réalise par les placements immobiliers ou boursiers, par des achats de
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SICAV par exemple. Cette intégration peut être facilitée par l'emploi de sociétés écrans,
l'établissement de fausses factures en import-export ou des remboursements, par des filiales,
de prêts fictifs accordés par leur société mère.
L'ensemble de l'opération se complique du fait de la dimension internationale de cette
délinquance, le blanchiment n'ayant pas lieu dans le pays où l'infraction de référence a été
commise. Plus les opérations sont complexes, plus elles se réalisent dans différents pays (à bien
choisir) , plus la répression est difficile voire impossible, ce qui explique le manque de
jurisprudence.
Remarque : A lire la brochure de TRACFIN, il apparaît que la France serait actuellement moins
concernée par les opérations de placement des espèces que par l'empilage et surtout l'intégration,
c'est-à-dire par les opérations de transit et surtout de fin de cycle du blanchiment et donc plus
difficiles à détecter ", cité par Lamy Droit des affaires n°890. Voir également les affaires citées au
numéro suivant qui n'ont fait l'objet d'aucune publication, " affaire Krup " et " affaire de l'ancien
dirigeant du Panama ".
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Il faut donc se doter de structures nationales et internationales pour lutter contre cette criminalité.
§ 2. Les structures
Elles sont nombreuses, au niveau international nous en retiendrons une seulement : le GAFI
(Groupe d'action financière internationale) . Ce groupe s'est créé en 1989 au sommet du G7 de
l'Arche, il est composé de plusieurs pays dont la France. Il a produit 49 recommandations, dont
certaines sont spéciales, qui servent de base à la lutte contre le blanchiment, ce document est
régulièrement complété. Le GAFI est également connu pour dresser la liste des pays qui ne sont
pas coopératifs dans la lutte contre le blanchiment. Cette " liste noire " est constamment mise à
jour ; début juin 2005 elle comportait, dans cet ordre : le Myanmar, Nauru et le Nigeria. Au 13
octobre 2006, plus aucun pays ne figurait dans la liste, mais quelques uns restent sous
surveillance, comme le Myanmar. Les travaux du GAFI font aujourd’hui autorité et sont d’une utilité
pratique indéniable.
Exemple : Sur le fondement de cette liste, la France par exemple prend des décrets visant à
sanctionner les pays et territoires non coopératifs. Cf. Décret n°2002-145 du 7 février 2002 pris en
application de l'article L.562-2 du Code monétaire et financier. Il y est prévu que les banques et
organismes financiers auront l'obligation de déclarer à TRACFIN toute opération d'un montant
supérieur à 8000 euros effectuée avec des entités, personnes physiques ou morales, domiciliées,
enregistrées ou établies à Nauru. Ce paradis fiscal est connu en effet pour blanchir les comptes
des mafias russes et ukrainiennes.
Au niveau national, deux organes interviennent : le TRACFIN et l'OCRGDF.
• Le TRACFIN ((Cellule de Traitement du renseignement et d'action contre les circuits
financiers clandestins) créé en 1990, dépend du Ministère de l'Economie et des Finances ;
c'est un organe administratif indépendant des structures douanières, fiscales et policières. Il
reçoit les déclarations de soupçons notamment et si les faits tombent sous le coup d'une
qualification pénale, il transmet le dossier à l'autorité judiciaire. Un décret du 6 décembre
2006 a étendu la compétence de la cellule en modifiant certaines dispositions du Code
monétaire et financier
• L'OCRGDF (Office central pour la répression de la grande délinquance financière) est
quant à lui rattaché à la Direction centrale de la police judiciaire et donc au Ministère de
l'Intérieur. Il a été créé, par décret, la même année (Cf. Décret n°90-382 du 9 mai 1990. Pour
une présentation détaillée des structures, Voir Lamy Droit pénal des affaires, n°918s) , c'est
un organe interministériel opérationnel qui coordonne les actions des services de police et de
gendarmerie. Il centralise et analyse les informations. Il est enfin en charge de la protection
des intérêts financiers de l'Union européenne.
§ 3. Les moyens de lutte contre le blanchiment
Par souci d'efficacité, l'idée est d'associer certaines personnes et certains organismes à la lutte
contre le blanchiment. Puisqu'il est délicat de déceler ces opérations, deux obligations sont ainsi
imposées qui, si elles sont correctement remplies, dégagent ses personnes de toute responsabilité
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pénale.
Remarque : On pourrait considérer effectivement qu'il y ait complicité de blanchiment par exemple
dans la mesure où un accord préalable serait intervenu, ou encore, de manière non moins
vraisemblable, des poursuites sur le fondement de l'article 434-1 C.pén. incriminant le défaut de
dénonciation de crime car le blanchiment est puni de peines criminelles dans certains cas précis.
Le Code monétaire et financier impose une obligation de déclaration de soupçon dans ses
articles L 561-1 et suivants. Cette obligation concerne de manière générale " les personnes qui
dans l'exercice de leur profession réalisent, contrôlent ou conseillent des opérations entraînant des
mouvements de capitaux " comme par exemple les notaires. La déclaration doit ici être faite au
procureur de la République. L'obligation particulière de déclaration de l'article L.562-1 concerne
expressément les organismes financiers comme les banques (Pour un exemple concernant un
conseiller financier, [Link].3 déc.2003, JCP.éd.G.2004, II, 10066, note Cutajar) et les sociétés
d'assurance, les agents immobiliers, les représentants légaux des casinos et les personnes se
livrant habituellement au commerce de pierres précieuses, d'oeuvres d'art, etc. La déclaration doit
alors être faite auprès du TRACFIN.
Les conditions dans lesquelles doivent intervenir les déclarations sont également différentes en
fonction des personnes visées. En vertu de l'article L. 561-1, la déclaration porte sur les sommes
que les notaires par exemple " savent provenir " du trafic de stupéfiants ou d'activités criminelles
organisées. Pour les organismes financiers, elle porte, depuis la loi relative aux nouvelles
régulations économiques, sur " les sommes inscrites dans leurs livres qui pourraient provenir "
de ces mêmes infractions ou des " opérations qui portent sur des sommes qui pourraient
provenir de ". Un simple doute sur l'origine des sommes suffit donc pour qu'il y ait obligation de
déclaration de soupçon. Enfin, les organismes financiers sont également tenus de déclarer " toute
opération dont l'identité du donneur d'ordre ou du bénéficiaire reste douteuse ". Les obligations qui
pèsent sur ces organismes sont donc très sévères. Pourtant, la non déclaration n'est pas
sanctionnée en elle-même.
Les organismes financiers ont enfin une obligation de vigilance singulièrement au moment de
l'ouverture d'un compte, surtout si la personne n'agit pas pour son compte. Ils doivent se
renseigner sur l'identité véritable de la personne bénéficiaire de l'ouverture du compte (Art.L
563-1s du Code monétaire et financier) . De manière plus particulière, l'obligation de vigilance
existe aussi lorsque l'opération financière envisagée est d'une complexité inhabituelle ou
lorsqu'elle ne semble pas avoir de justification économique. L'organisme financier doit alors
procéder à un examen particulier de l'opération. Au cas de " défaut grave de vigilance " ou de "
carence dans le contrôle ", des sanctions disciplinaires s'ensuivront. Enfin, la directive de 2005 met
en place des obligations renforcées de vigilance dans certaines conditions lorsque le seuil de
risque de blanchiment est élevé, singulièrement lorsque la transaction concerne des personnes
politiquement exposées (art.13.4 de la directive).
Section 2. Les conditions d'existence du blanchiment
L'incrimination générale de blanchiment présente des liens avec le recel car il s'agit aussi d'une
infraction de conséquence, des exigences sont donc posées par la loi concernant l'infraction
d'origine. Par ailleurs, des éléments constitutifs particuliers caractérisent le blanchiment.
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§ 1. Une infraction d'origine
Le blanchiment suppose la réalisation antérieure d'une autre infraction. Les remarques faites
pour le recel valent ici, la même formule légale étant reprise.
En savoir plus : Distinction entre entre infraction d'origine et infraction principale
Selon le Lamy, " Droit pénal des affaires ", n°940 et 941, citant [Link], il faudrait faire une
distinction entre deux notions, celle d'infraction d'origine en matière de recel et celle d'infraction
principale en matière de blanchiment. La différence ne serait pas purement formelle. Et l'auteur de
regretter que la Cour de cassation pratique à l'occasion " un raisonnement par analogie un peu
trop systématique ".
Le texte évoque " un crime ou un délit ", cela signifie qu'il ne peut s'agir d'une contravention.
C'est la seule restriction, toutes les autres infractions, toutes les autres formes de criminalité
organisée peuvent être poursuivies sur le fondement de ce texte, le proxénétisme, la corruption, la
fraude fiscale, le trafic d' œuvres d'art par exemple.
Il convient de ne pas oublier cependant que le trafic de stupéfiants ne peut constituer ici
l'infraction d'origine, le blanchiment de l'argent de la drogue faisant encore aujourd'hui l'objet
d'un texte spécial auquel il faut se reporter Art.222-38 Code pénal. Cette spécificité ne se justifie
pas par des éléments constitutifs différents mais par des règles procédurales particulières.
Remarque : Ainsi, l'incrimination générale de blanchiment relève des sections financières
spécialisées et des règles des articles 704 et suivants du Code de procédure pénale. En revanche,
la procédure suivie dans le cadre du blanchiment de l'argent de la drogue relève des dispositions
des articles 706-26 et suivants du Code de procédure pénale.
Il en va de même d'autres infractions spéciales comme celles réprimées par le code des douanes
par exemple.
De manière générale, ce sont les faits qui sont déterminants et il importe peu que celui qui procède
au blanchiment connaisse la qualification de l'infraction de référence. Les juridictions devront
cependant préciser quelle a été l'infraction d'origine pour permettre à la Cour de cassation
d'effectuer son contrôle.
§ 2. Les éléments constitutifs du blanchiment
Classiquement, le blanchiment se compose de deux éléments constitutifs, l'élément matériel et
l'élément moral.
A. L'élément matériel
Il existe deux formes de blanchiment faisant l'objet des deux alinéas de l'article 324-1. Il s'agit de
faciliter la justification mensongère de l'origine des biens ou du concours apporté à une
opération de blanchiment.
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Remarque : La question est de savoir si le législateur a créé deux formes distinctes de
blanchiment ou s'il s'agit de deux modalités d'une même infraction. [Link] voit dans ces
dispositions deux délits distincts (Juris-Classeur, n°34s du fasc.20) comme [Link] (" Droit pénal
spécial ", n°634) ou [Link] (« Droit pénal spécial », n°830) au contraire de
[Link]-Favard (Lamy, " Droit des affaires ", n°952)
• Faciliter la justification mensongère de l'origine des biens peut se faire " par tout moyen
".
En savoir plus : Analyse du professeur Conte
Selon le professeur [Link], " L'utilité de cette première hypothèse est indiscutable " (" Droit
pénal spécial ", n°634) . L'existence d'une incrimination spécifique permet ainsi de réprimer des
comportements qui ne sont pas susceptibles d'être sanctionnés sous la qualification de recel par
exemple. Ceci tempère quelque peu la critique selon laquelle une opération de blanchiment
suppose souvent des actes constitutifs de recel tant il est vrai que cette incrimination fait l'objet
d'une large application.
La généralité de l'expression permet d'atteindre toutes les situations envisageables à chacun des
trois stades des opérations de blanchiment.
En pratique les procédés de facilitation consisteront essentiellement en des faits d'aide et
d'assistance, établissement de fausses factures, jeux d'écritures fictifs sur comptes bancaires ou
attestations de complaisance ou encore fausses attestations de gains de jeu par exemple.
Cette forme de blanchiment ne peut néanmoins résulter que d'un acte positif, non d'une
abstention, sauf à considérer que la personne avait, de part ses fonctions, l'obligation
d'agir et qu'elle s'est abstenue de le faire. Le même raisonnement est suivi qu'en matière de
complicité. Le juge devra motiver sa décision en précisant notamment quelles ont été ces facilités
et en soulignant le caractère mensonger de la justification.
La justification porte sur l'origine des biens ou des revenus de l'auteur du crime ou du délit.
Là encore les termes sont suffisamment généraux pour englober n'importe quel bien, corporel ou
incorporel, meuble ou immeuble ainsi que des actes ou des titres portant sur ces biens. On notera
toutefois le fait que les immeubles ne sont pas exclus. Le champ d'application de l'incrimination est
donc particulièrement large. Cette interprétation est conforme à la lettre de la Convention de
Vienne de 1988, à l'interprétation de la Convention de Strasbourg de 1990 et, pour partie au
moins, à l'évolution jurisprudentielle en ce qui concerne les atteintes aux biens. La
dématérialisation du droit pénal des biens est illustrée ici. Les revenus quant à eux, ne doivent pas
être pris au sens de " recette " ou de " profit ", mais dans une large mesure par " ce qui revient ou
qui provient " de l'infraction principale (Ces expressions sont empruntées au Lamy, Droit pénal des
affaires, n°947) .
L'originalité de cette incrimination est que l'accusation n'a pas à démontrer que les biens
ou revenus ayant fait l'objet d'une justification proviennent d'un crime ou d'un délit. La loi
pose une présomption irréfragable selon laquelle le mensonge porte nécessairement sur le produit
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de l'infraction, ce qui facilite d'autant l'établissement de la preuve pour le ministère public. Pour
établir le blanchiment, il suffit donc de montrer que la justification est mensongère et que son
bénéficiaire a commis un crime ou un délit dont il a tiré profit. Par ailleurs, ce profit peut être
matériel, moral, direct ou indirect. Pour l'auteur du blanchiment en revanche, aucune exigence de
profit n'est posée par le texte comme condition de la répression.
• Le concours à l'opération de blanchiment est la seconde forme de blanchiment prévue à
l'alinéa 2 de l'article 324-1. Il s'agit alors d'apporter son aide, par des actes positifs, à l'une au
moins des trois phases du blanchiment, c'est-à-dire selon le code le placement, la
dissimulation et la conversion. Le professeur [Link] considère que l'incrimination apparaît
ici comme marginale soit parce qu'elle recouvre le recel de chose, soit parce qu'elle recoupe
des situations visées par des textes spécifiques comme celui qui incrimine le blanchiment de
l'argent de la drogue. ([Link].n°634) .
Jurisprudence :
Le concours à un placement peut s'illustrer par un arrêt de la chambre criminelle du 7 décembre
1995 concernant un notaire (Drt Pen 1996, n°139, obs.Véron ; [Link].1996, p.666,
[Link] Saint-Hilaire) . Il a été reconnu coupable de blanchiment pour avoir régularisé un acte
de vente au profit de la concubine d'un trafiquant international de stupéfiants. Informé de
l'arrestation du trafiquant et sa véritable identité, il a donné des conseils sur les moyens de
payement les mieux adaptés à l'opération. Afin de rendre l'opération moins douteuse, les
virements bancaires internationaux devaient être favorisés plutôt que les transferts de devises.
Peuvent être poursuivis les fonctionnaires du Trésor, les banques et les institutions financières par
exemple. Ce qu'il est important de noter, c'est que l'acte matériel réside dans une opération
intellectuelle ; le concours à un placement peut se limiter à un conseil.
Le concours à une opération de dissimulation peut relever de la simulation touchant les
actes juridiques. Ainsi peut se rendre coupable de blanchiment, le prête-nom derrière lequel se
dissimule le constituant de la fiducie dans le trust ou la société de façade. Il peut aussi plus
simplement s'agir d'une dissimulation matérielle d'un bien. La question qui se pose est de savoir si
la dissimulation peut consister à garder le silence lorsqu'il y a obligation de déclarer. Il n'y a pas
d'arrêt sur la question, mais il semble que la réponse soit affirmative. Le concours à une opération
de conversion consistera à changer une somme d'argent liquide en valeur, des billets de banque
en or, des titres au porteur en titres nominatifs, des biens en espèce etc.
Exemple : L'un des exemples le plus courant consiste à convertir de l'argent en plaque de jeu,
converties elle-même en chèques ce qui permettra de justifier les ressources par des gains de jeu.
Dans cette seconde forme de blanchiment, les biens sur lesquels porte l'opération sont " le
produit direct ou indirect d'un crime ou d'un délit ". La référence au produit permet une
interprétation large. En effet, le blanchiment peut porter sur le bien objet de l'infraction d'origine,
mais aussi sur une chose autre car la subrogation peut jouer comme en matière de recel. Ainsi
avec les notions d'emploi et de remploi, l'incrimination s'étend, c'est ce que la doctrine appelle
l'effet " boule de neige ". Mais, au fur et à mesure que l'on s'éloigne de l'infraction d'origine, le
blanchiment devient de plus en plus difficile à prouver, or, le lien avec l'infraction d'origine doit être
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impérativement établi.
L'actualité jurisprudentielle pose aujourd'hui une nouvelle question, délicate, celle de savoir si
l'auteur du blanchiment peut être également l'auteur de l'infraction principale.
Jurisprudence :
La Cour de cassation juge les qualifications compatibles dans un arrêt récent où une personne
était poursuivie pour avoir apporté son concours à une opération de blanchiment alors qu'elle avait
été condamnée pour avoir commis les infractions d'origine en l'occurrence les délits ([Link].14
janvier 2004, Dr.pén.2004, n°48, obs. Véron ; JCP.éd.G.2004, II, 10081 note critique
[Link]) de travail clandestin et fraude fiscale. Les doubles poursuites sont donc
permises, ce qui tranche avec le recel.
B. L'élément moral
L'infraction suppose la mauvaise foi, le blanchiment est en effet toujours intentionnel. Le
contenu de l'intention varie cependant en fonction de la forme que prend l'infraction.
• Pour la première, l'intention suppose que le prévenu sache que la personne dont il justifie
mensongèrement les revenus a commis un crime ou un délit dont elle a tiré profit.
• Pour la seconde, elle suppose que le prévenu sache que l'opération de blanchiment porte sur
des sommes provenant d'un crime ou d'un délit. Il n'est donc pas nécessaire que le
blanchisseur ait eu connaissance précisément de la nature, des circonstances de l'infraction
d'origine, ni de la personne de l'auteur.
En théorie, la preuve de l'intention doit être rapportée, comme pour les autres éléments
constitutifs.
Mais, en pratique apparaissent à nouveau les présomptions car la connaissance de l'origine
frauduleuse s'induira plus commodément des constatations de faits, appréciées souverainement
par les juges du fond.
Jurisprudence :
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Pour les professionnels, il faut tenir compte des usages de la profession et de l'expérience
professionnelle. Il apparaît toutefois logique de distinguer le cas du guichetier d'une banque qui
prend l'argent apporté et celui du directeur de la banque qui doit se montrer plus curieux sur
l'origine des fonds, surtout quand ils sont très importants. L'ignorance n'aura guère plus d'effet
qu'en matière de recel et comme le suggèrent certains membres de la doctrine, le défaut de
déclaration de soupçon « pourrait être considéré comme l'indice d'une bonne foi suspecte "
(Référence, [Link], Droit pénal spécial, n°635) .
Les composantes du blanchiment:
Faciliter la justification
mensongère de l'origine des
Une infraction d'origine biens ou d'apporter son La mauvaise foi
concours à une opération de
blanchiment
Section 3. La répression
Le blanchiment est un délit puni de 5 ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende,
exactement comme le recel . Les peines complémentaires diffèrent cependant. Sur ce point,
comparer les articles 324-7 et 324-8 à l'article 321-9. Les personnes morales peuvent être
poursuivies et condamnées pour blanchiment, Article 324-9 C.pén. .
Mais il peut y avoir aggravation de la répression dans les cas fixés par la loi. Deux séries
d'hypothèses doivent être envisagées, qui ne sont que la transposition des règles applicables au
recel.
• Le blanchiment peut être aggravé eu égard aux modalités matérielles d'exécution de
l'infraction. Selon l'article 324-2, la peine est de dix ans d'emprisonnement et l'amende de 750
000 euros, (1°) lorsque le blanchiment est commis de façon habituelle ou en utilisant les
facilités que procure l'exercice d'une activité professionnelle et (2°) lorsqu'il est commis en
bande organisée. Mais, dans ces deux cas, il reste un délit. Les peines d'amende peuvent
être élevées jusqu'à la moitié de la valeur des biens ou des fonds sur lesquels ont porté les
opérations de blanchiment. Il est frappant de constater là encore que le législateur a repris
purement et simplement, dans une formulation identique, les dispositions du recel.
• Enfin, l'aggravation peut conduire jusqu'à la qualification criminelle, comme pour le
recel. Lorsque l'infraction d'origine est un vol puni de peines criminelles, le blanchiment est
puni des mêmes peines, en raison de la connaissance précise de l'infraction d'origine ou de
ses circonstances aggravantes, Art.324-4 C.pén. . Ceci illustre une fois encore le fait que le
blanchiment est une infraction de conséquence.
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