I Nuit rhénane, un poème apparemment traditionnel v1 à 4
a)Un poeme lyrique
Sonnet élisabéthain: Dédié Annie playden (anglaise amoureux)
Cl de l’alcool vers 1: "Mon verre" "vin" marin est sous emprise de l alcool présente des
symptomes “trembleur” “chanson lente”
Homophonie vers/verre: illumine titre “alcools”
Lyrisme: renforcé par musicalité Allitération en v et l assonance en in Verre vin plein
b)Un poème mythologique et fantastique
“Écoutez” verbe : marin s'apprête à parler d un sujet important
“Sept femmes” reférence au nices germaniques ensorcelle marins pour les noyer
Groupe nominal “cheveux verts et longs”: suggere algues cheveux, renforce créatures marines
II. L'univers rassurant du réel - 2ème quatrain
a) Le rejet du lyrisme romantique
Le premier mot du 2ème quatrain sonne comme un réveil : "Debout" -> valeur injonctive, puis
présence de verbes à l'impératif -> Appel à un univers protecteur et connu (donc
rassurant) que dessine la figure du cercle (ronde) et "près de moi" (vers 7) plus hyperbole
"toutes les filles" : désir de surpasser l'envoûtement par la force du réel.
La première strophe est rejetée par les sonorités : le rythme nerveux du vers 5 marque une
rupture avec la lenteur de la strophe précédente.
Il y a rejet du monde précédent ("Que je n'entende plus le chant du batelier" vers 6).
Apollinaire revient au monde du réel, qui s'oppose au monde fantastique principalement par
les femmes sages et stéréotypées ("les filles blondes / Au regard immobile et aux nattes
repliées" vers 7-8, à opposer aux "cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds" du vers 4). De
même "dansant une ronde", terme aux connotations folkloriques et enfantines s'oppose à la
"chanson lente du batelier" du vers 2.
Les vers ont un rythme régulier avec coupe à l'hémistiche.
III. La victoire du surnaturel - 3ème quatrain
Le poème s'ouvre au premier vers sur le vin (son inspiration ?) ; ce thème n'est continué que
dans la 3ème strophe et le dernier vers.
L'ivresse s'étend à tout le paysage : "le Rhin est ivre" (vers 9). La répétition de "le Rhin" est un
signe de fascination, mais aussi d'ivresse (voire double, bégayer).
Le jeu d'écho sur les sonorités [r] [i] [v] au vers 8 dessine un chiasme sonore : "Le Rhin le Rhin
est ivre où les vignes se mirent" -> RIV / VIR -> illustration sonore du jeu des reflets.
Dans ce vers, on passe du réel "le Rhin" à l'irréel, puisqu'on ne voit que le reflet des
vignes.
Le mot "tremblant" au vers 10 fait écho au "vin trembleur" du vers 1.
La troisième strophe est en fait un récapitulatif du poème et de la poésie d'Apollinaire en général
; c'est un monde mystique où se mélangent les oxymores poétiques ("Le Rhin le Rhin est ivre...",
la répétition renforce cette idée), les "lieux-communs poétiques" ("l'or des nuits"), les figures
légendaires ("les fées") et les éléments bien réels ("Le Rhin... où les vignes se mirent", le Rhin
est une région viticole).
Cette strophe marque une victoire du surnaturel :
- on ne voit plus que les reflets,
- la chanson du batelier (vers 2) est maintenant une "voix [qui] chante toujours à en
râle-mourir" (vers 11) -> désincarnation,
- les femmes sont devenues des fées (vers 12),
- le chant est devenu incantation (chant à force magique qui peut modifier le temps "incantent
l'été").
Le poème commence par "Mon verre" qui amène l'imagination, et se termine par ce verre qui se
brise, structure circulaire du poème. Le verre étant brisé, le poème se termine. L'ivresse peut
être vue comme une métaphore de l'inspiration poétique qui puise davantage dans
l'irrationnel et l'étrange que dans le réel.
L'allitération [r] de ce dernier vers évoque le bruit du verre qui se brise.
Il y a un jeu de mots : éclat de verre / "éclat de rire", cette comparaison repose aussi sur le bruit
du verre qui se brise qui peut rappeler un rire. Le poème se termine sur ce terme joyeux qui
s'oppose au terme "mourir" à la rime au vers 11.
Il y a un autre jeu de mot, jouant sur l'homophonie "verre" et "vers" : le verre se brise, mais
le vers, au sens poétique du terme se brise également puisque le poème se finit ici, alors que ce
poème semblait prendre la forme d'un sonnet élisabéthain (3 quatrains et un distique). Or ici la
dernière strophe est tronquée : il manque un vers pour faire un sonnet élisabéthain => c'est une
marque de la modernité poétique de Apollinaire qui se permet de ne pas respecter les
formes fixes de la poésie.
Ce poème libérateur, amenant le rire, se brise en même tant que celui-ci : le dernier rire, l'éclat,
brise le verre, l'alcool, l'inspiration du poème et donc le poème lui-même.