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Mémoire El Béchir Abdarahmane

Ce mémoire présente une étude sur l'orpaillage artisanal au Sénégal et en Mauritanie, mettant en lumière sa contribution à la construction de galeries et à la réduction des risques associés. Il aborde les techniques d'exploitation, les impacts économiques, environnementaux et sociaux, ainsi que les conflits et les dangers liés à cette activité. L'objectif est de sensibiliser sur les enjeux de l'orpaillage et d'améliorer les conditions de travail des orpailleurs.

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Mémoire El Béchir Abdarahmane

Ce mémoire présente une étude sur l'orpaillage artisanal au Sénégal et en Mauritanie, mettant en lumière sa contribution à la construction de galeries et à la réduction des risques associés. Il aborde les techniques d'exploitation, les impacts économiques, environnementaux et sociaux, ainsi que les conflits et les dangers liés à cette activité. L'objectif est de sensibiliser sur les enjeux de l'orpaillage et d'améliorer les conditions de travail des orpailleurs.

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REPUBLIQUE DU SENEGAL

Un Peuple – Un But – Une Foi

Ministère De l’Enseignement Supérieur, De Le Recherche Et De


L’innovation
Direction Générale de l’Enseignement Supérieur
Direction de l’Enseignement Supérieur Privé
Etablissement Privé d’Enseignement Supérieur, de Formation Professionnelle et Technique
Agrément définitif 0080/AG/MESCURU/DES

Département des Sciences et Techniques


Année académique : 2021/2022
N° d’ordre : ………MGP2022
Mémoire de fin d’études
EN VUE DE L’OBTENTION DU
DIPLOME DE LICENCE PROFESSIONNELLE EN MINES-GEOLOGIE

Spécialité : MINES-GEOLOGIE ET PETROLE


Présenté et soutenue publiquement par :

EL BECHIR ABDARAHMANE

THEME : ORPAILLAGE ARTISANALE : Contribution à la


construction de galléries et à la réduction des risques
(cas du Sénégal et de la Mauritanie)

Présenté par : Encadreur :

EL BECHIR Dr BAYE.O. DIOP


ABDARAHMANE (Enseignant chercheur en Pétrologie)

Année académique : 2021 - 2022


ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

DEDICACES

À mon frère EL BECHIR MOKHTAR …

1
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

REMERCIMENTS
Ce modeste travail a été réalisé avec l’appui d’enseignants-chercheurs qui ont fait preuve de dur
labeur, de l’humilité et de la discipline dans notre encadrement. A ce titre, je suis profondément
reconnaissant envers :

• D’abord à l’enseignant Dr BAYE OUMAR DIOP, pour l’honneur qu’il m’a fait de diriger ce
mémoire.

 Ensuite à la personne Mr DIOP-Pétro, pour le frère, l’ami et l’exemple qu’il a été


pendant tout notre cursus, je ne me suis pas trompé en le surnommant ainsi
témoignant de sa maitrise et de son amour dévoué pour la Pétrologie

• Je remercie M. MOUSSA FALL, Responsable de notre filière et enseignant-chercheur. J’ai apprécié


sa rigueur scientifique, ses remarques et surtout la discipline avec laquelle ce Monsieur fait preuve
pour mener à bien sa mission.

• Je remercie Dr CHEIKH IBRAHIMA YOUM, enseignant-chercheur, pour la pédagogie, la


discipline et l’humilité dont il a fait preuve durant toute ma formation et qui n’a ménagé aucun effort
pour me prodiguer des conseils.

• Je remercie vivement M. OMAR SARR, enseignant-chercheur en droit, pour sa disponibilité et son


encadrement

• Je remercie M. AMATH BODIAN, géophysicien, pour sa disponibilité, sa pédagogie et son


courage.

• Je remercie M. SONKO, Maître Assistant à l’Institut des Sciences de la Terre (IST) pour sa
disponibilité.

• J’adresse également de vifs remerciements à l’ensemble de mes enseignants et Promotionnaires.

• Je remercie MAMADOU SANOKHO, MOHAMED AL AMINE SARR, MOHAMED LAMINE


DIEME, ABOUBACRY MBAYE, SIMON NGOR MAURICE MARONE, MAREME MBAYE,
SOKHNA COUMBA SANKARE, BRIGITTE CATHERINE ABY GAYE et enfin FODE SONKO
pour leurs conseils et soutien.

• Je remercie M. ABOU SOW, Directeur de l’orpaillage artisanal du Sénégal, pour le soutien dont il a
fait preuve pour m’aider à mener à bien ce travail

• Mes remerciements vont également à l’endroit des habitants de MAKO et du village de PELEL
KINDESSA, tellement que leur accueil a été chaleureux, quel bel exemple d’humilité « Pour être
heureux , il suffit de rien pour l’être » …

MENTION SPECIALE :

• Au CPTE IBRAHIMA DIALLO et à toute sa famille pour leur engagement et leur soutien
dont ils ont fait preuve lors de ma première année à DAKAR
• A M. CHEIKH OMAR SARR, manager en communication et à toute la famille SARR pour leur
bienveillance et leur hospitalité tout au long de mes années de formation (Que DIEU vous en
récompense).
Dans l’espoir que ce travail arrivera à destination, et atterrisse entre les mains de mes frères et
sœurs orpailleurs qui en ont fait leur profession aux risques et périls de leur vie …
2
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

LISTE DES ABREVIATIONS ET SYMBOLES


b : hauteur de la voûte

BAF/MP : Brigade anti-fraude des matières précieuses


CPTE : capitaine

EIES : Etude d'Impact Environnemental et Social


EMA : Exploitation Minière Artisanale
EMAPE : Exploitation Minière Artisanale et à Petite Echelle
FLO-Cert : Fairtrade Labelling Organisation (Organisation de Labélisation du Commerce
Équitable)

IRA : infections respiratoires aiguës

L’AMPPF : Association Malienne pour la Protection et la Promotion de la Famille

MSG : mémoire de synthèse géologique, hydrogéologique et géotechnique

MST : Maladies Sexuellement Transmissibles


NR : niveau de risque

OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economique


ODD : Objectifs de Développement Durable
OHADA : Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires
OIT : Organisation Internationale du Travail
ONG : Organisation Non Gouvernementale
ONU : Organisation des nations unis

ONUDI : Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel


OSC : Organisation de la Société Civile
OUA : Organisation de l’Unité Africaine
P : Pression vertical

PMR : plan de management des risques

RAF : Réorganisation Agraire et Foncière

ZIG : zone d’influence géotechnique

3
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

TABLE DES MATIERES


DEDICACES ................................................................................................................... 1
REMERCIMENTS ........................................................................................................... 2
LISTE DES ABREVIATIONS ET SYMBOLES................................................................ 3
TABLE DES MATIERES ................................................................................................. 4
LISTES DES FIGURES ................................................................................................... 9
LISTES DES TABLEAUX ............................................................................................. 10
RESUME ....................................................................................................................... 11
ABSTRACT .................................................................................................................... 12
INTRODUCTION GENERALE ..................................................................................... 13
CHAPITRE 1 : GENERALITES SUR L’ORPAILLAGE ................................................ 14
Introduction ................................................................................................................... 15
1.1 Définitions et concepts .......................................................................................... 15
1.1.1 Prospection ............................................................................................................. 15
1.1.2 Exploration ............................................................................................................. 15
1.1.3 Exploitation ............................................................................................................ 16
1.1.4 Exploitation minière artisanale ............................................................................... 16
1.1.5 Gisement ................................................................................................................. 16
1.1.6 Mine ....................................................................................................................... 16
1.1.7 Orpaillage ............................................................................................................... 17
1.1.8 Orpailleur ............................................................................................................... 17
1.1.9 Négociant ................................................................................................................ 17
1.1.10 Comptoir agréé ....................................................................................................... 17
1.1.11 Encadrement technique .......................................................................................... 17
1.1.12 Travail des enfants.................................................................................................. 17
1.1.13 Écosystème ............................................................................................................. 18

1.2 Historique de l’orpaillage ..................................................................................... 18


1.3 État Actuel du secteur ........................................................................................... 19
1.4 Impacts de l’orpaillage ......................................................................................... 20
1.4.1 Impacts économiques .............................................................................................. 20

4
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

1.4.2 Impacts environnementaux ..................................................................................... 21


[Link] La pollution des cours d’eau .................................................................................................... 22
[Link] Détérioration des écosystèmes.................................................................................................. 23

1.4.3 Impacts sociaux ....................................................................................................... 24


1.4.4 Impacts sanitaires générés ............................................................................................................ 25
1.4.5 Impact sur les enfants ................................................................................................................... 25

Conclusion ..................................................................................................................... 27
CHAPITRE 2 : ORGANISATIONS COUTUMIERES, TECHNIQUES DE
CONSTRUCTION ET CONFLITS DANS LES SITES D’ORPAILLAGE ....................... 28
Introduction ................................................................................................................... 29
2.1 Organisation du travail sur les sites d’orpaillage ................................................... 29
2.1.1 Caractéristiques des groupements socioéconomiques (cas des sites aurifères du
Sénégal oriental) .................................................................................................................... 30
2.1.2 Mode de vie des orpailleurs..................................................................................... 31
[Link] La vie de l’homme et le gradient géothermique croissant........................................... 31
[Link] Gestion du temps libre .............................................................................................. 32
[Link] Responsabilité sociétale des orpailleurs .................................................................... 32

2.2 Agencement, stabilité et soutènement des puits et galléries .................................... 32


2.2.1 Les ouvrages ..................................................................................................... 32
[Link] L’usage des explosifs ............................................................................................... 33
[Link] Aérage .................................................................................................................... 34
[Link] Soutènement ........................................................................................................... 34
[Link].1 Mesures.................................................................................................................................. 35
[Link].2 Utilisation du boisage ........................................................................................................... 35
[Link].3 Utilisation de traverses ......................................................................................................... 37

[Link].4 Forme des sections transversales des galeries appropriées .................................. 37


[Link].4.1 Pression des terrains sur l’excavation horizontale ........................................... 39

2.3 Abattage ............................................................................................................... 40


2.3.1 Abattage manuel ..................................................................................................... 40
2.3.2 Abattage à l’explosif ............................................................................................... 41
[Link] Rappels sommaires sur les caractéristiques des explosifs ........................................ 41
[Link].1 Classification des explosifs ................................................................................................... 41
[Link].1.1 Suivant leur domaine d'utilisation :................................................................................ 41
[Link].1.2 Suivant la facilité de prise de régime de détonation : .................................................... 42
[Link].1.3 Les explosifs industriels se classent en fonction de leur composition en :...................... 42

2.4 Les étapes de l’orpaillage : cas des sites aurifères du Sénégal oriental ................... 42

5
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

2.4.1 Étape de la prospection traditionnelle ..................................................................... 42


2.4.2 Étape d'exploitation du site ..................................................................................... 43
[Link] Creusage du trou minier ......................................................................................... 43
[Link] Remontée du minerai .............................................................................................. 44
[Link] Transport du minerai ............................................................................................. 46
[Link] Concassage, broyage et lavage du minerai .............................................................. 47
[Link] Récupération et commercialisation de l'or .............................................................. 49

2.5 Techniques d’orpaillages ...................................................................................... 50


2.5.1 La technique du ravin. ............................................................................................ 51
2.5.2 Le chantier-peigne. ................................................................................................. 52
2.5.3 L'exploitation en falaise .......................................................................................... 53

2.6 Les matériels couramment utilisés et principes d’utilisation .................................. 54


2.6.1 Le concasseur manuel ............................................................................................. 54
2.6.2 Le pan Américain ................................................................................................... 54
2.6.3 La batée actuelle ..................................................................................................... 54
2.6.4 La batée maya......................................................................................................... 54
2.6.5 Le plat Finlandais ................................................................................................... 55
2.6.6 Plat de compétition à escaliers concentriques.......................................................... 55
2.6.7 Pan à spirales .......................................................................................................... 55
2.6.8 La drague aquatique ............................................................................................... 55

2.7 Les Conflits entre orpailleurs ................................................................................ 55


2.8 Les éboulements ................................................................................................... 56
2.8.1 Conditions risquées ................................................................................................. 56
2.8.2 Causes des éboulements .......................................................................................... 56
[Link] Les pluies abondantes ............................................................................................. 56
[Link] Terrains meubles .................................................................................................... 57
[Link] Le rapprochement des sites ..................................................................................... 57
[Link] L’usage de la dynamite ............................................................................................ 57
[Link] Activités d’orpaillage sur des zones à forte pente .................................................... 57
2.8.3 Inconvénients .......................................................................................................... 57
[Link] Les blessures traumatiques ...................................................................................................... 57
[Link] Elévation du Taux de mortalité ............................................................................................... 57

Conclusion ..................................................................................................................... 58

6
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

CHAPITRE 3 : ORPAILLAGE EN MAURITANIE ET AU SENEGAL .......................... 59


Introduction ................................................................................................................... 60
3.1 Cas de l’orpaillage artisanal à Chami (MAURITANIE) ........................................ 60
3.1.1 Contexte et justification .......................................................................................... 61
3.1.2 La ruée extractive vers Chami ................................................................................ 62
3.1.3 Statistiques de l’orpaillage à Chami ........................................................................ 63
3.1.4 La transformation de l’or et les activités induites dans le tissu urbain .................... 64

3.2 Cas de l’orpaillage artisanal de la Falémé (Sénégal Oriental) ............................... 65


3.2.1 Contexte et justification .......................................................................................... 66
3.2.2 Le cancer de l’orpaillage ......................................................................................... 67
3.2.3 Pratiques et évolution du secteur ............................................................................ 68
3.2.4 Désastre écologique ................................................................................................. 69
3.2.5 Irresponsabilité et complicité de certaines autorités ................................................ 70
3.2.6 Alerte du cadre institutionnel concerné................................................................... 71

3.3 Quelques mythes lies à l’orpaillage ....................................................................... 71


3.3.1 La pratique mythique autour de l’orpaillage .......................................................... 72
3.3.2 Orpaillage, Drogue et Prostitution font bon ménage ............................................... 72
3.3.3 Impacts environnementaux et sociaux de l’orpaillage ............................................. 73

Conclusion ..................................................................................................................... 75
CHAPITRE 4 : AVANTAGES, SOLUTIONS AUX IMPACTS ET PERSPECTIVES POUR
L’ORPAILLAGE ............................................................................................................ 76
Introduction ................................................................................................................... 77
4.1 Avantages et réduction des risques ........................................................................ 77
4.1.1 Prévention du travail des enfants dans les mines..................................................... 77
[Link] Récupération des enfants et des jeunes occupés par l’extraction aurifère ............... 78
[Link] Plaidoyer pour les droits de l’enfant ....................................................................... 78
4.1.2 Formations aux bonnes pratiques d’exploitation et de gestion. ............................... 78
[Link] Solution à la dissémination du mercure .................................................................. 78
[Link] Mise en place de filières de commercialisation « d’or équitable »............................ 78
4.1.3 Création d’activités palliatives et législation ........................................................... 78
[Link] La sensibilisation .................................................................................................... 79
[Link] L’élaboration de textes législatifs et règlementaires ................................................ 79

7
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

4.1.4 La restauration des puits et le reboisement ............................................................. 80

4.2 Limitation des impacts et innovations ................................................................... 80


4.2.1 Recours au bois de soutènement ............................................................................. 80
4.2.2 Le bétonnage (un frein pour l’éboulement) ............................................................. 81
4.2.3 Normes et recommandations de construction.......................................................... 82
4.2.4 Perspectives du management des risques de l’orpaillage......................................... 84

Conclusion ..................................................................................................................... 85
CONLUSION GENERALE ET RECOMMADATIONS .................................................. 86
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES et WEBOGRAPHIQUES ................................. 87

8
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

LISTES DES FIGURES


Figure 1 : Une femme orpailleur sur site .............................................................................................. 20
Figure 2: Les effets nocifs du mercure sur le cycle de l’environnement.............................................. 23
Figure 3: Travail des enfants dans un site d’orpaillage (Sénégal oriental) .......................................... 26
Figure 4: Exploitation des enfants (Sénégal oriental)........................................................................... 27
Figure 5 : Technique d’aérage d’une gallérie ....................................................................................... 34
Figure 6: Soutènement des galeries à l’aide du boisage ....................................................................... 35
Figure 7: Différents modes d’assemblage du bois ............................................................................... 36
Figure 8: Disposition des montants dans la taille ................................................................................. 36
Figure 9 : Utilisation des traverses ....................................................................................................... 37
Figure 10: Représentation graphique des formes des sections transversales des excavations en
fonction de l’importance et du sens des pressions ................................................................................ 39
Figure 11 : Hauteur de la voûte naturelle dans le toit d’une galerie ..................................................... 40
Figure 12: Exemple de puits test .......................................................................................................... 43
Figure 13: Mineurs creuseurs ............................................................................................................... 44
Figure 14: soutènements du puits à l’aide de troncs d’arbres ............................................................... 44
Figure 15: Les orpailleuses en train de procéder à la remontée du minerai ......................................... 45
Figure 16: autre technique de remontée du minerai ............................................................................. 45
Figure 17: Une femme transportant du Minerai ................................................................................... 46
Figure 18 : Autre moyen de transport du minerai ................................................................................ 47
Figure 19: Des orpailleuses en train de laver du minerai ..................................................................... 48
Figure 20: un mineur avec la rampe de lavage ..................................................................................... 49
Figure 21 : Processus de récupération et de commercialisation de l'or dans le Sénégal oriental ......... 50
Figure 22 : technique de creusage de ravin .......................................................................................... 52
Figure 23 : Le chantier-peigne. ............................................................................................................ 53
Figure 24 : Les exploitations romaines d'alluvions aurifères en chantier-cirque. (A) Front de taille et
(B) technique d'abattage par la ruina montium. 1 : vue cavalière ; 2 : coupe verticale ; 3 : plan horizon
............................................................................................................................................................... 53
Figure 25 : Localisation de Chami sur le territoire mauritanien ........................................................... 62
Figure 26 : Carte illustrative de la ville de Chami ................................................................................ 63
Figure 27 : Patrouilleurs des forces de l’ordre...................................................................................... 64
Figure 28 : Localisation de la Falémé .................................................................................................. 66
Figure 29 : la Falémé au milieu des pays (Mauritanie-Sénégal-Mali) ................................................. 67
Figure 30 : Tectona grandis (teck) et Eucalyptus Camaldulensus (Gommier rouge) .......................... 81
Figure 31 : Le bétonnage pour la protection des puits d’orpaillage. .................................................... 81
Figure 32 : Puits bétonné muni d’une poulie manuelle qui facilite la montée du minerai et des
orpailleurs. ............................................................................................................................................. 82

9
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

LISTES DES TABLEAUX

Tableau 1 : forme rationnelle des galeries en fonction de la grandeur et orientation des pressions. ... 38

10
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

RESUME
L'exploitation minière artisanale ou l’orpaillage traditionnel est un secteur d’activité qui joue
un rôle de premier plan dans les activités socioéconomiques des populations habitantes dans
les zones minières d’Afrique Subsaharienne. Le cadre de vie des communautés locales s'en
améliore peu à peu, sans compter le fait que de nombreuses infrastructures de base (salles de
classe, lieu de culte, etc.) sont construites grâce aux revenus ou à l’épanouissement induit de
l'orpaillage traditionnel qui orientent souvent la dynamique minière industrielle.

Ce sous-secteur a été laissé pour compte depuis longtemps avec notamment un manque
d’accompagnement de la part des gouvernements, aggravant ainsi les problèmes sociaux et
environnementaux causés par les orpailleurs et même par certaines entreprises minières
présentent dans les régions aurifères de la Mauritanie et du Sénégal Oriental.

Les objectifs principaux de cette étude sont d'analyser l'impact du cadre règlementaire
(Mauritanien et Sénégalais) sur l'orpaillage artisanale et les impacts environnementaux et
sociaux de l’orpaillage dans les régions de Chami (Mauritanie) et Kédougou (Sénégal) afin de
rechercher des solutions plus viables pour le bienêtre commun.

Pour cela, une étude analytique et des recherches de pistes de solutions sont menées. Les
résultats principaux de nos analyses sont d'une part l'inefficience de l'application du droit
minier et son ignorance, d’autre part la forte mortalité en croissance due aux éboulements
suite aux forages de mines d'or et à des causes sanitaires induites. Le décrochage scolaire est
également manifeste et concerne les enfants orpailleurs, sans oublier le tarissement des cours
d'eau, la pollution de l'air et la dégradation des terres cultivables. Les solutions proposées sont
orientées d’une part, vers les autorités communautaires et d’autre part vers les autorités
exécutives. Les premières peuvent encourager les orpailleuses à viser la certification de
l’Organisation de Labélisation du Commerce Équitable (FLO-Cert), à maintenir leurs enfants
à l’école et à créer des activités palliatives. Les secondes quant à elles, peuvent former ces
artisans dans des démarches réductrices de l’utilisation du mercure et du cyanure tout en
mettant en place un cadre juridique et institutionnel dynamique pour l’appui, la surveillance et
l’encadrement des activités d’orpaillage.

Mots clés : Orpaillage, or, exploitation minière, Chami, Kédougou.

11
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

ABSTRACT
Artisanal mining or traditional gold panning is a sector of activity that plays a leading role in
the socio-economic activities of the populations living in the mining areas of Sub-Saharan
Africa. The living conditions of local communities is gradually improving, not to mention the
fact that many basic infrastructures (classrooms, places of worship, etc.) are built thanks to the
income or the induced development of traditional gold panning, which often guides the
industrial mining dynamic.

This sub-sector has been neglected for a long time with, in particular, a lack government
support, thus aggravating the social and environmental problems caused by gold miners and
even by some mining companies present in the gold-bearing regions of Mauritania and
Eastern Senegal.

The main objectives of this study are to analyze the impact of the regulatory framework
(Mauritanian and Senegalese) on artisanal gold panning and the environmental and social
impacts of gold panning in the regions of Chami (Mauritania) and Kédougou (Senegal) in
order to seek more viable solutions for the common well-being.

For this, an analytical study and research on possible solutions are conducted. The main
results of our analyses are, on the one hand, the inefficiency of the application of mining law
and its ignorance, and on the other hand the high mortality rate due to landslides following the
drilling of gold mines and to induced health causes. School dropout is also evident and
concerns gold mining children, not to mention the drying up of rivers, air pollution and the
degradation of arable land. The proposed solutions are directed, on the one hand, towards the
community authorities and on the other hand towards the executive authorities. The former
can encourage artisanal gold miners to seek FLO-Cert (certification of the Fairtrade Labelling
Organization), keep their children in school and create mitigation activities. The latter, on the
other hand, can train these workers to reduce the use of mercury and cyanide while setting up
a dynamic legal and institutional framework for the support, monitoring and supervision of
gold panning activities. .

Keywords: Gold panning, gold, mining, Chami, Kédougou

12
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

INTRODUCTION GENERALE
Depuis le 11éme siècle et même peut être bien avant, sous l'empire du Mali, l'exploitation
minière artisanale de l'or, ou encore l’orpaillage traditionnel existait déjà. À l'époque, c'était
de petits puits d'orpaillage de très faible profondeur que les exploitants forés selon les
témoignages recueillis. Cependant, la saison sèche était le moment choisi par les
communautés pour mener à bien cette activité et ils abandonnaient l'extraction du minerai
après la fin de cette saison pour retourner dans les champs agricoles. Aujourd'hui, cette
activité ancestrale a connu des changements par l'introduction de nouvelles techniques
d'extraction utilisant des équipements modernes et des produits chimiques comme le mercure
par exemple. Ces techniques affectent la santé et le cadre de vie de la population, notamment
de celui des femmes et des enfants. L'EMA (exploitation minière artisanal) se développe
presque dans toutes les régions minières de l’Afrique et représente pour une partie importante
des populations, une source de subsistance et d’ascension sociale, permettant d'améliorer leur
niveau de vie de façon conjoncturelle. Cette exploitation aurifère participe inlassablement au
développement économique et social des zones aurifères, notamment celles de Chami et de
Kédougou. Elle a par ailleurs été laissée pour compte pendant des décennies, sans aucune
règlementation forte et soutenue, ce qui du coup aggrava les problèmes environnementaux et
sociaux occasionnés par les artisans et même par les entreprises extractrices d'or présentes
dans ces contrées. Parmi les problèmes environnementaux les plus inquiétants et les plus
perceptibles, on peut en noter la destruction massive des terres cultivables, caractérisée par
l'abandon des puits non restaurés, le tarissement précoce des cours d'eau et bien d'autres
fléaux dans ce domaine. Les problèmes sanitaires et sociaux sont marqués par la persistance
de certaines maladies et de conflits intercommunautaires autour du contrôle des sites
aurifères, la dépravation des mœurs et des coutumes et tant d’autres. Ce sont ces faits qui ont
inspiré la présentation de cette recherche visant à améliorer les conditions de vie qui sont
difficiles, quoique les deux pays concernés ont adopté et ratifié plusieurs textes et accords
internationaux dans le domaine de la protection environnementale et sociale.

Ce présent travail s’articule autour de quatre chapitres. Il sera d’abord abordé les généralités
sur l’orpaillage ; ensuite l’organisation de l’activité et ses défis d’une manière générale avant
le traitement de cas particuliers au Sénégal et en Mauritanie ; enfin des solutions seront
proposées en relation avec les avantages et impacts de l’orpaillage, ce qui permettra de
s’ouvrir à de nouvelles perspectives plus durable et avantageuses pour les pratiquants.

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ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

CHAPITRE 1 : GENERALITES SUR


L’ORPAILLAGE

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ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

Introduction
L‘exploitation minière artisanale est un secteur en pleine expansion et d’historique lointaine.

Au cours des dernières décennies, l'exploitation minière artisanale de l'or a inspiré les esprits
de chercheurs et spécialistes en environnement à cause de ces nombreux impacts tant sur le
plan social qu’environnemental. Il est intéressant de faire une esquisse générale mondiale sur
l'exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE). Il s'agit de rappeler son
importance au sein des économies nationales, régionales et mondiales à travers la quantité des
matières minérales produites et son rôle dans la création d'emplois dans les pays concernés.
L'exploitation à petite échelle se situe entre l'exploitation semi-industrielle et l'exploitation
artisanale.

En Mauritanie, selon l’OSC (organisation de la société civile) l'activité aurifère n'a pas connu
une véritable formalisation de la part des autorités minières. Le fait qu’elle se déroule en
dehors de normes règlementaires efficaces serait à la base de nombreux problèmes.

Dans ce présent chapitre, les termes et concepts spécifiques à l’orpaillage seront définis,
ensuite l’historique et l’état de l’orpaillage seront présentés avant de se pencher sur ses
impacts sur le développement durable des sites d’accueil.

1.1 Définitions et concepts


Les concepts essentiels liés à l’orpaillage sont d’ordre géologique, miniers, économiques,
sociaux et environnementaux

1.1.1 Prospection
La prospection est une discipline qui consiste à rechercher des minéraux, des minerais, ou
plus généralement des matières minérales utiles, en utilisant des méthodes de surface. Elle fait
souvent appel à des disciplines telles que la Cartographie, la géologie, la géochimie, la
géophysique, la sismique, etc.

1.1.2 Exploration
. C’est le processus de recherche de ressources minérales commercialement viables en
parcourant un lieu tout en l’étudiant soigneusement de par des observations et utilisations de
connaissances fondamentales en vue d’y trouver des substances utiles.

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1.1.3 Exploitation
Elle est définie comme étant toute opération qui consiste à mettre en valeur ou à extraire des
substances minérales d’un gisement pour en disposer à des fins utilitaires et comprenant à la
fois les travaux préparatoires, l'exploitation proprement dite, l'installation et l'utilisation de
facilités de traitement, d'enrichissement et de transformation de ces substances.

L'exploitation d’emprunt ou de carrière est donc l'ensemble des opérations qui permettent le
déroctage, l'extraction du minerai et son concassage.

L'exploitation minière est quant à elle donc l'ensemble des opérations qui permettent
l’abattage, et l’extraction du minerai d’abord et celle du minéral ensuite

1.1.4 Exploitation minière artisanale


On distingue deux types d’exploitation artisanale :

L’exploitation artisanale traditionnelle est toute opération qui consiste à extraire et


concentrer des substances minérales et à en récupérer des produits marchands pour en
disposer en utilisant des méthodes et procédés traditionnels et manuels. Elle n’utilise pas
d’équipements, ni d’énergie mécanique et n’est pas fondée sur la mise en évidence d’un gîte
ou d’un gisement.

L’exploitation artisanale semi-mécanisée est toute opération qui consiste à extraire et


concentrer des substances minérales et à en récupérer des produits marchands pour en
disposer en utilisant quelques moyens mécaniques dans la chaîne des opérations.

1.1.5 Gisement
Ce terme désigne la concentration d’une ressource naturelle, dont l’exploitation est
économiquement rentable.

1.1.6 Mine
Une mine est toute exploitation minière de gisement de substances minérales (or, charbon,
cuivre, diamant, fer, uranium, etc.) utilisant selon les règles de l’art, des procédés semi-
industriels ou industriels. Elle peut être à ciel ouvert ou souterraine. C’est également toute
usine de traitement ou de transformation de produits de cette exploitation se trouvant dans le
périmètre minier, y compris les installations et les matériels mobiliers et immobiliers affectés
à l'exploitation.

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1.1.7 Orpaillage
Les textes portant sur la Réorganisation Agraire et Foncière (RAF) définissent l'orpaillage
comme l'opération qui consiste à extraire l'or des alluvions ou des éluvions qui le contiennent
par des méthodes manuelles et à l'exclusion de l'emploi de tous moyens mécaniques.

1.1.8 Orpailleur
Le terme orpailleur est attribué à ceux qui exploitent véritablement l’or artisanalement
(exploitation, traitement). Ceux-ci sont les exploitants les plus nombreux et regroupent toutes
les couches sociales du milieu rural.

1.1.9 Négociant
Il est toute personne physique qui se livre aux opérations d'achat et de vente des substances
minérales provenant de l’exploitation.

1.1.10 Comptoir agréé


Toute personne morale ou physique autorisée à acheter des substances minérales de
l’exploitation artisanale et provenant des négociants ou des exploitants eux même , en vue de
les revendre localement ou de les exporter vers d’autres contrées.

1.1.11 Encadrement technique


L'encadrement technique dont il est question ici est celui des exploitants artisanaux. Encadrer,
selon Le Petit Larousse Illustré, c'est assurer auprès de personnes un rôle de direction, de
formation ; c’est contrôler, diriger. Cet encadrement technique doit être assuré par les services
spécialisés relevant du ministère en charge des mines. Il porte sur les modalités du respect du
code de conduite environnemental, des règles de l'art et de l'hygiène.

1.1.12 Travail des enfants


Le travail est une activité de transformation de la nature, productrice de valeur et propre aux
hommes qui entretiennent des relations par son biais. De la confrontation des définitions du
travail et de l'enfant, il ressort que le travail des enfants est, selon la Banque Mondiale, « celui
exécuté par des enfants qui sont trop jeunes au sens qu'en le faisant ils réduisent indûment leur
bien-être économique présent ou leurs capacités futures à se faire un revenu, soit par le
rétrécissement de leur horizon en matière de choix ou à travers la réduction de leurs propres
capacités individuelles de production dans le futur ».

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1.1.13 Écosystème
On appelle écosystème « le complexe dynamique formé de communautés de plantes,
d'animaux et de micro-organismes et de leur environnement non vivant qui par leur
interaction, forment une unité fonctionnelle » (ONU, 1992).

1.2 Historique de l’orpaillage


Sur le plan socioculturel, selon (Kouadio,2008), l'or et le diamant ont une dimension
considérable dans chaque civilisation. D'après le même auteur, au début de la préhistoire, les
êtres humains ont attribué un caractère d'utilité fertile, sociétale et même religieuse à ces
pierres précieuses, de sorte que les religions et l'or sont restés reliés pendant des siècles. Cette
dimension peu étudiée dans le cadre de l'exploitation aurifère contemporaine industrielle est
pourtant susceptible d'avoir un impact sur l'orpaillage traditionnel.

Les minerais d’or sont probablement après le cuivre, les plus exploités au fil de l’histoire
humaine. Dans le contexte africain, la journaliste panafricaine Delafin (2005) affirme que
l’histoire réelle de l’or africain a débuté à la suite de la création de l’empire du Ghana vers le
IVe siècle. Le commerce transsaharien qui permettait de permuter l’or et les esclaves contre
du sel était assuré par l’empire du Ghana. L'orpaillage pratiqué était artisanal et est devenu
traditionnel. Ces procédés artisanaux vont être révolutionnés par la découverte de procédés
industriels d'extraction de l’or. Taubira Delannon (2000) raconte ainsi l'histoire de
l'exploitation de l'or à l'échelle industrielle commençant au XIXe siècle. Avant cela, la Russie
était le premier pays producteur d'or au niveau mondial, à la fin du 18ème siècle, mais dès
1848, elle a été distancée par les États-Unis au moment de la ruée vers l'or californienne.
Ensuite, l'or a été découvert en 1851 en Australie, puis en 1884 en Afrique du Sud avec la
mise à jour du plus grand gisement du monde dans le Witwatersrand, tandis que le Canada
déclara en 1886 avoir trouvé un gisement important dans la rivière du Yukon.

Les techniques d'extraction avant l'utilisation de produits chimiques étaient principalement


celles de la battée dit « chapeau chinois » (Guigues et Devismes, 1969), du lavage par boites
d'écluses et radiers et du dragage dit en anglais « Gold dredge » (Walrond, 2006). En 1887,
selon Bern Stein (2000), Macarthur invente le procédé d'extraction industriel de l'or utilisant
le cyanure appelé lixiviation en tas, qui est surtout utilisé à partir de 1970. D’autre procédés
industriels, tels que celui de concentration par amalgame avec le mercure et celui de bio-
oxydation des minerais réfractaires sont diffusés à grande échelle au XXe siècle et ont un
impact considérable sur le monde de l’orpaillage traditionnel et sur l'environnement.

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L'ensemble de ces techniques ont permis une augmentation considérable de la production


mondiale de l'or qui est, selon Pierre (2016) six fois plus importante en 2014 qu'en 1920, mais
ces techniques créent des dommages conséquents inédits et à la fois humains et
environnementaux.

Cette production reflète aussi l'évolution de la situation géopolitique mondiale, en effet,


d'après le même auteur (Pierre, 2016), la Chine est devenue depuis quelques années le premier
producteur d'or au monde devant l'Australie, la Russie, les États-Unis, le Pérou, l'Afrique du
Sud, le Canada, le Mexique, le Ghana et le Brésil.

1.3 État Actuel du secteur


L'exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE) est en train de devenir une peste
qui affecte gravement les pays en voie de développement qui sont riches en ressources
minières. Malgré le fait qu'elle absorbe des vies humaines, sans compter les problèmes
sanitaires et environnementaux qu'elle engendre, des hommes et des femmes s'intéressent à
cette activité aux dépens d'autres secteurs de production (agriculture, pêche, élevage, etc.), à
la recherche d'une vie meilleure, quoiqu'elle se transforme souvent en cauchemar. Selon
Rutherford et al., (2014), en Afrique, des millions de personnes fondent leur espoir sur
l'exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE) pour subvenir à leurs besoins.
Ainsi, le rapport du Groupe d'études international sur les régimes miniers de l'Afrique publié
par la Commission Économique pour l'Afrique (OUA ,2011) cite environ le nombre de 13 à
20 millions de personnes dans plus de 50 pays du monde et la moitié d'entre eux seraient des
femmes. Selon ce rapport, le nombre d'enfants engagés dans la chaîne d'exploitation s'élève à
2 millions. Toujours selon ce rapport, l'EMAPE contribue efficacement à la production et à la
consommation mondiale de certains produits minéraux avec notamment 330 tonnes d'or
produites chaque année dans le monde entier et pour le secteur. L'ensemble de ces arguments
prouvent non seulement l'importance de I'EMAPE pour l'amélioration de l'économie des
exploitants et de leurs familles, mais ils rappellent aussi la nécessité de renforcer son cadre
règlementaire et institutionnel en vue de diminuer les impacts négatifs et socio-
environnementaux de cette exploitation (figure 1).

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Figure 1 : Une femme orpailleur sur site

1.4 Impacts de l’orpaillage


Les impacts de l’orpaillage sont préoccupants et d’ordre économiques, sociaux et
environnementaux. Selon les études de Bamba et al., (2013) et Pallé-Diallo (2010), les
problèmes environnementaux générés par les opérations minières s'expliquent en général par
la dégradation des sols, la déforestation, la pollution des ressources hydriques, la pollution
atmosphérique, la destruction du couvert végétal et des problèmes sanitaires et sécuritaires.

1.4.1 Impacts économiques


Du point de vue économique, les avis restent scindés quant à la contribution des ressources
naturelles au développement socioéconomique dans les pays producteurs dont la Mauritanie et
le Sénégal.

Une étude de Sachs et Warner (1995) portant sur la « malédiction des ressources naturelles »
à laquelle bon nombre de pays en développement sont confrontés, démontre à partir d'une
enquête menée dans 95 pays, dans l'intervalle de 1970 à 1989, que les pays possédant
d'importantes ressources naturelles présentent un plus faible pourcentage de croissance par
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rapport aux autres pays. Ils attribuent cela d'une part à une inefficience bureaucratique et
d'autre part surtout au fait que l'exportation de ressources minérales a un effet contraire au
développement et à la croissance recherchée. De plus, un rapport de la conférence des
Nations-Unies sur le commerce et le développement estime que l'abondance minière ne
signifie pas une prospérité pour les pays concernés et que, au contraire, elles pourraient être
une entrave au développement si elle est mal gérée (ONU, 2007). Kunanayagam et al., (2000)
corroborent cette analyse des Nations-Unies. Selon eux, la mine a la capacité d'occasionner la
misère puis d'affecter négativement la qualité de vie des populations quand elle n'est pas
durable.

Il faut ici distinguer les effets problématiques apparents sur le développement, très visibles
dans la région de Siguiri en Guinée, et qui sont dus à l'exploitation des ressources humaines et
aurifères par des multinationales étrangères et le mal développement qu'elles induisent pour
les populations locales et le réel potentiel de développement économique de l'orpaillage s’il
peut être géré par les communautés locales. En ce sens, la malédiction est construite par les
multinationales et la pression macroéconomique.

1.4.2 Impacts environnementaux


Dans les techniques de l’orpaillage traditionnel, les risques et les dangers pour
l'environnement physique se traduisent en général par des déboisements, la destruction du
couvert végétal et des sols, la pollution des ressources en eau résultant souvent de l'usage de
produits chimiques dans les traitements.

Les cas de fortes concentrations de centaines, voire de milliers d’orpailleurs sur le même site,
s’accompagnent souvent d’une coupe abusive de bois pour faire face aux besoins de mine,
d’habitation et de chauffe. La destruction des végétaux se trouve renforcée aussi par la
recherche de pépites qui sont réputées se trouver surtout entre les racines de certaines plantes.
Il en résulte une dégradation des terres qui sont alors rendues impropres à l’agriculture. Suite
aux fréquents déplacements des orpailleurs vers d’autres sites plus riches, des centaines de
puits et d’ouvrages miniers sont parfois abandonnés, et offrent ainsi le sol au ravinement et à
des processus d’érosion intensive, aboutissant à une destruction totale du sol superficiel. Ce
déséquilibre peut provoquer un sur-alluvionnement des vallées et leur asphyxie plus ou moins
profonde. Ces processus sont quasiment irréversibles et peuvent devenir catastrophiques à
l’échelle de quelques générations.

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Dans le cas des productions basées sur le traitement des minerais extraits par dragage, l’usage
de produits chimiques comme le mercure risquant de polluer les rares ressources en eau
demeure un danger permanent. Ce danger est d'autant plus grand que, souvent les utilisateurs
de dragues n’ont aucune formation pour contrôler ou éviter une éventuelle pollution des
nappes. En l’absence d’un encadrement et d’une sensibilisation des artisans mineurs sur les
concepts de la protection environnementale, les exploitations traditionnelles, conduisent très
souvent à une destruction écologique que l’on se doit de minimiser.

[Link] La pollution des cours d’eau


Le nettoyage du minerai nécessite d'importante quantité d'eau. La mise à disposition de cette
dernière implique le détournement de cours d'eau. Certains cours d'eau finissent ainsi
asséchés, ce qui engendre une disparition de la faune et de la flore locale, supports d’activités
économiques traditionnelles. L'eau utilisée pour nettoyer le minerai est souvent rejetée
directement dans le milieu naturel sans traitement. L'usage de bassins de décantation n'est pas
connu dans les sites d’exploitation. L’eau ainsi rejetée est alors fortement chargée de matières
en suspension et augmente la turbidité des cours d'eau. Il en résulte un fort impact sur la santé
des travailleurs et de la population locale. Dans les sites d’orpaillage, l'usage de produits
hautement toxiques (mercure, cyanure) augmente fortement la pollution des eaux. Des
signaux d'alertes sont régulièrement lancés par les ONG sur ce point. L'impact est
potentiellement dramatique, tant sur la population que sur la faune locale. L'usage de produits
chimiques, tels que les acides ou le mercure, compromet dangereusement la salubrité des
eaux. En effet, ces produits chimiques perdus par amalgamation se retrouvent dans les
systèmes de drainage, provoquant ainsi une contamination progressive de la chaîne
alimentaire, à travers les poissons comme illustré sur la (figure 2)

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Figure 2 : Les effets nocifs du mercure sur le cycle de l’environnement

[Link] Détérioration des écosystèmes


Que les méthodes d’extraction des ressources minérales employées soient artisanales ou
industrielles, elles ont un impact négatif dans le cadre de vie et des écosystèmes des
populations locales, surtout lorsque les instruments juridiques qui encadrent le secteur ne sont
pas pris en compte par les acteurs.

Par ailleurs, la montée en puissance du prix de l'or sur le marché mondial durant ces dernières
années a occasionné non seulement l'arrivée de certaines compagnies minières, mais a
augmenté le nombre de mineurs artisanaux. Cette situation n'est pas sans conséquence sur
l'environnement des régions minières.

En résumé et de façon générale, les principaux problèmes environnementaux imputables aux


mines artisanales sont en général les suivants.

• Les chantiers « orphelins » représentent un réel danger pour la circulation des hommes et
des animaux. Les anciens sites, généralement abandonnés sans aucune protection, sont

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jalonnés d’excavations parfois très profondes (jusqu’à 50 ou 60 m) souvent camouflées par les
eaux stagnantes ou la végétation secondaire.

• Les exploitations alluvionnaires, qui s’accompagnent fréquemment d’une destruction des


berges et d’apports massifs en sédiments, peuvent localement perturber l’équilibre des
rivières. La création des turbidités et la contamination des eaux par les boues peuvent
entraîner un appauvrissement de la faune aquatique et ainsi limiter les activités halieutiques.

• Les exploitants de gîtes primaires sous le niveau hydrostatique peuvent entraîner un


rabattement de la nappe phréatique par excès de pompage. Le problème peut être tout à fait
préoccupant dans des sites où les ressources en eau sont précieuses.

• Les techniques d’amalgamation, qui comprennent une phase finale de distillation, sont en
général réalisées en cycle ouvert. Durant l’opération, environ 40 % du mercure peuvent
s’échapper dans la nature sous forme de billes métal ou de vapeurs (deux grammes de
mercure « s’évaporent » par gramme d’or récupéré). Le mercure rejeté peut être ensuite drainé
vers les cours d’eau et se déposer dans les sédiments où il est transformé par action
bactérienne en méthyl mercure, composé organique d’une grande biodisponibilité pour la
chaîne alimentaire. Ainsi les expositions chroniques au produit ne touchent pas seulement les
utilisateurs directs qui inhalent les vapeurs, mais également plus indirectement l’ensemble des
populations vivantes qui évoluent et trouvent leur nourriture dans la zone contaminée. L’étude
de ce problème étant encore à ses débuts, nous ne disposons de données fiables sur les
impacts écologiques liés à l’utilisation du mercure ou d’autres produits chimiques.

• Enfin, comme toute agglomération humaine, on observe sur les sites d’exploitations
artisanales, une pollution de l’environnement par les déchets et les matières organiques et une
accumulation importante de détritus et de piles provenant des torches utilisées par les
orpailleurs dans les mines.

1.4.3 Impacts sociaux


Les mineurs créent en général des villages spontanés à proximité des sites d’extraction ;
ils s’abritent dans des huttes de branchages et de paille qui ne présentent aucune
commodité et ne les protègent guère contre les intempéries. Ces abris sont dépourvus de
toute infrastructure hygiénique et sont particulièrement exposés aux incendies. Les sites
d’extraction sont souvent isolés en brousse et ne disposent pas de centre de santé ou de
personnel médical. Les blessés et les malades ne disposant parfois pas de moins pour se

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soigner, doivent parcourir de longues distances dans des conditions difficiles pour
rejoindre un centre de soins.

1.4.4 Impacts sanitaires générés


Pour « se donner du courage », les orpailleurs, jeunes et adultes, consomment de l’alcool, des
amphétamines, des stupéfiants ou inhalent parfois de la colle. Par ailleurs, l'afflux massif de
populations diverses sur les sites, dû à l'appétit d'un enrichissement facile et rapide, entraîne
une dégradation rapide des mœurs sur certains sites. C'est ainsi que la prostitution, l'usage de
stupéfiants, la délinquance, l'escroquerie, le banditisme et même la criminalité, ont tendance à
s’intégrés dans le quotidien des mineurs.

Au niveau sanitaire, selon une enquête menée par l’AMPPF (Association Malienne pour la
Protection et la Promotion de la Famille) en 1994 sur certains sites de Kéniéba, les maladies
sexuellement transmissibles (MST) touchent deux orpailleurs sur cinq et la prévalence du
SIDA se situe autour de 20 %. Les conditions de travail pénibles, constituent des facteurs de
risques favorables à la propagation et à la prolifération de maladies dans les sites miniers.
Selon les statistiques sanitaires récentes, disponibles dans la zone de Kéniéba, les maladies les
plus courantes enregistrées en 1999 sont surtout le paludisme, les infections respiratoires
aiguës, les traumatismes, les diarrhées, les dermatoses et les maladies sexuellement
transmissibles.

L’alimentation des artisans mineurs étant essentiellement constituée de céréales comme le


mil, le sorgho le fonio ou le riz ; ces denrées sont généralement pauvres en oligo-éléments et
en nutriments protéino-énergétiques. Les maigres repas de midi consommés dans de
mauvaises conditions d’hygiène sur les sites, ne permettent pas de compenser l’énergie
importante, de travail intensif, fourni par l’orpailleur dans sa journée. À cela s’ajoute la
consommation de denrées alimentaires manufacturées sous forme de conserves qui sont le
plus souvent mal conditionnées. De ce point de vue, il est évident que la malnutrition
caractérise les miniers.

1.4.5 Impact sur les enfants


Les risques sanitaires sont grands pour les enfants qui sont affectés pendant plusieurs heures
par jour au travail de pilage et de lavage du minerai (Figure 3). De par la présence de leurs
mères sur les sites, les bébés sont exposés dès leur plus jeune âge à la poussière et au bruit des
pilons. Parmi les risques physiques et les contraintes auxquels les enfants sont exposés sur les
sites miniers, on peut en citer :

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- les affections pulmonaires et la silicose, dues aux fines poussières ;

- les risques de surdité par le bruit permanent du pilon ou du marteau ;

- la fatigue et les efforts intenses pour écraser et broyer le minerai ;

- les risques de blessures par les éclats de pierre dans les yeux ;

- les affections oculaires et dermatologiques diverses.

- La prostitution infantile.

Figure 3 : Travail des enfants dans un site d’orpaillage (Sénégal oriental)


La précarité de la situation alimentaire des enfants constitue un autre facteur de risque sur les
sites miniers. En effet, dans de nombreux cas, les mineurs ne mangent qu’un léger petit
déjeuner le matin avant de partir sur les sites ; le repas de midi en général insuffisant et de
qualité très médiocre ne suffit pas pour compenser les besoins alimentaires en relation avec
les dépenses énergétiques des enfants.

Par ailleurs, au niveau éducatif, la déperdition scolaire caractérise les sites miniers et les
enfants sont les premières victimes de la fièvre de l’or. En général, les enfants qui vivent dans
les villages miniers ne vont pas à l’école et les rares structures éducatives autour des sites sont
souvent désertées et vidées par la folie de l’or. Les sites étant rarement permanents, les
groupes de mineurs migrent très rapidement vers d’autres sites, au gré de nouvelles
découvertes ou de rumeurs. Les enfants abandonnent ainsi l’école car étant souvent contraints
de travailler avec leurs parents qui les amènent avec eux sur les sites. Dans d’autres cas, les
enfants décident eux-mêmes de quitter l’école pour tenter leur chance comme leurs amis qui
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ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

grâce à l’or, ont pu s’acheter un vélo ou une radio. Quand ils ne travaillent pas, les enfants
sont abandonnés à eux-mêmes par leurs parents qui passent tout leur temps à chercher de l’or
(Figure 4).

La fragilisation et la perturbation des structures et de l’autorité familiales caractérisent les


sites miniers. Dans ces conditions, les enfants souffrent et vivent dans une ambiance familiale
perturbée par les disputes, l’alcoolisme et la violence des parents

Figure 4 : Exploitation des enfants (Sénégal oriental)

Conclusion
L’histoire de l’orpaillage ne date pas d’aujourd’hui, bien qu’il constitue un secteur d’activité
productif pour certains, et néanmoins il laisse trainer des séquelles par devers. Parmi
lesquelles on peut noter la pollution des cours d’eau, l’exploitation infantile, la détérioration
des écosystèmes, de nombreux problèmes sanitaires et surtout un impact à la fois
philosophique et économique considérable. L’orpaillage se révèle donc, comme un secteur
d’activité précaire et aux antipodes d’un développement durable bien que des populations en
survivent.

Il est un énorme dilemme pour les économistes, les sociologues et les environnementalistes
avec une question phare : « Faut-il préserver la nature et ôter aux autochtones des sites
miniers un secteur d’activité prisé ou leur laisser polluer l’environnement, dégrader les
écosystèmes, générés de graves problèmes sanitaires pour avoir du quoi se satisfaire leurs
besoins ? »

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ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

CHAPITRE 2 : ORGANISATIONS
COUTUMIERES, TECHNIQUES DE
CONSTRUCTION ET CONFLITS DANS LES
SITES D’ORPAILLAGE

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ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

Introduction
Vu de l’extérieur, l’orpaillage apparaît comme une activité inorganisée, voire anarchique.
L’orpaillage épouse en réalité des formes organisationnelles des structures villageoises,
communautaires et familiales. Cette activité artisanale repose sur un ensemble de
prescriptions coutumières acceptées de tous. Ces prescriptions verbales constituent des
systèmes d’organisation cohérents, originaux et profondément marquée par l’esprit
communautaire, source de droit indispensable à la règle coutumière. Les sites ont leurs règles
que tout orpailleur accepte avant de s’y installer. L’accès aux sites est accordé à tous, à
condition de se soumettre aux règles en vigueur. La violation à ces règles est soumise à des
sanctions. L’orpaillage est d'une rigueur qui s’applique à nombre de délits commis sur les
sites. À titre d’exemple, on citera les interdits suivants :

• Les rapports sexuels et les vols sur les sites ;


• L’accès des cordonniers et l’introduction du chien sur les sites en exploitation ;
• Le travail sur les sites, les lundis.

2.1 Organisation du travail sur les sites d’orpaillage


Au niveau de l’organisation du travail proprement dit sur les sites, l’orpaillage suit un modèle
bien établi. Il se fait de façon saisonnière dans le respect des usages et coutumes, selon
plusieurs modes d’organisation et d’intervention :

• organisation à l'échelon familial : les gains sont généralement détenus et gérés par le chef
de famille ;
• organisation en groupe : la mine ou le puits d’extraction appartient à l’ensemble du
groupe et la production est immédiatement partagée en fin de journée entre tous les
membres, conformément aux règles préétablies par le groupe. Cette forme d’organisation
impose discipline et respect des principes traditionnels tout en exigeant une honnêteté vis
à vis de soi et envers les autres membres du groupe ;
• organisation en coopératives ou associations : Cette forme d’organisation est apparue au
cours des dix dernières années et regroupe en général 40 à 50 orpailleurs d’un même
village qui s’organisent pour exploiter un même site. La raison principale étant
l’association des efforts et des « capitaux » afin de mieux pouvoir rétribuer le travail et
augmenter l’efficacité de l’exploitation. Ces coopératives qui disposent d’une structure
organisationnelle formelle et de petits matériels d’exploitation investissent en général

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ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

leurs productions dans l’initiation de projets communautaires et de développement de la


coopérative en petite entreprise minière ;
• organisation en prestation de service : structuré en postes spécialisés et sur la base de trois
principaux intervenants :
o le propriétaire de la mine qui prend en charge tous les frais liés à l’exploitation du
puits et à la fourniture de nourriture aux mineurs et aux autres prestataires de service
qui travaillent dans son puits et pour son compte ;
o les mineurs/puisatiers, sont payés par le propriétaire de la mine sur la base d’un
montant forfaitaire, en fonction de la production ;
o les laveurs qui assurent la remontée du minerai du fond du puits, le transport vers le
site de traitement, le broyage et le lavage. Dans la plupart des sites ce travail est
généralement réalisé par les femmes qui sont rémunérées en nature sur la base d’une
calebasse de minerai pour 3 calebasses extraites.

2.1.1 Caractéristiques des groupements socioéconomiques (cas des sites aurifères


du Sénégal oriental)
Au niveau de la structure organisationnelle, l’orpaillage traditionnel repose sur un ensemble
de groupements socioéconomiques comprenant :

• Le propriétaire de la terre (ou Dugutigui) qui est l’héritier du terroir villageois ;

• Le propriétaire du site (ou Damantigui) qui est l’autorité centrale des sites d’orpaillage. Il
est choisi par tirage au sort parmi les notables et les propriétaires terriens. Il prend toutes les
décisions concernant les travaux d’orpaillage à l’intérieur du territoire villageois ;

• la police des mines (ou Tomboloma) qui est constituée par un groupe de jeunes du village.
Elle est chargée du maintien de l’ordre et de l’observation de la réglementation traditionnelle,
de l’arbitrage des litiges et des rapports avec l’administration publique. Le Tomboloma est
choisi à l’unanimité pour sa connaissance des coutumes et de son intégrité. De par sa présence
permanente sur le placer, le Tomboloma représente l’autorité morale du Damantigui et à ce
titre, il est le plus informé et le plus documenté sur la vie du placer ;

• les ordonnateurs de sacrifices rituels prennent le relais de cette chaîne communautaire et se


disent assurer aux orpailleurs une protection spirituelle contre les mauvais esprits et les
diables ;

30
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

• les forgerons et mécaniciens, toujours présents sur les sites, ils sont largement sollicités
pour l’entretien et la réparation des motopompes et pour la confection des pioches ou d’autres
équipements rudimentaires ;

• le commerçant ambulant ou l’acheteur d’or, il est le principal fournisseur et client sur le site
minier. A ce titre, il contrôle à l’entrée comme à la sortie, l’achat de l’or produit sur le site et
la vente d’autres articles utilitaires.

2.1.2 Mode de vie des orpailleurs


La vie professionnelle des orpailleurs est caractérisée par les groupements socio-économiques
distinguées ci-dessus. Ces orpailleurs, soumis au gradient thermique de la Terre utilisent leur
temps libre dans des pratiques de consommation et de divertissement tout en manifestant une
certaine responsabilité.

[Link] La vie de l’homme et le gradient géothermique croissant


Le gradient géothermique est le taux d'augmentation de la température dans le sous-sol à
mesure que l'on s'éloigne de la surface. Des études ont mis en évidence l'importance de la
chaleur de la Terre due à la radioactivité naturelle des roches de sa structure interne. Il
s'exprime en K/m ou plus usuellement, en K/km.

Par exemple : Un puits de houillère typique comme Cuvelette à Merlebach (France)


exploitait en 1970 à 686 m sous terre. L'ingénieur qui avait mis en exploitation ce niveau
savait donc qu'il devrait compter une température de 20 °C de plus que la moyenne des
températures en surface et que l'inertie thermique fait que les variations saisonnières ne
peuvent se propager significativement au-delà de 15 mètres de profondeur. À cela s'ajoute le
dégagement de chaleur prévisible du personnel et des appareils

Le calcul de la ventilation à mettre en place pour que les conditions de travail restent
acceptables, se nomme « aérage » dans le domaine minier. La puissance nécessaire à cette
ventilation conjuguée à la section des galeries empêcherait d'ouvrir les portes d'aérage à cause
de la pression, si celles-ci étaient équipées d'une trappe permettant de réduire quelques
secondes cette pression cela permettrait de générer une puissance nécessaire permettant la
ventilation

31
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

[Link] Gestion du temps libre


Dans les campements, les orpailleurs utilisent leur temps libre, suivant les biens et services à
leur disposition, dans des pratiques extensives de consommation de cigarettes et de nourriture,
de boisson, d’habillement, de coiffure et dans d’autres loisirs (visites dans les vidéothèques et
organisation de soirées dansantes). Certains jeunes orpailleurs dépensent également leur
argent aussitôt gagné de manière ostentatoire, notamment dans la consommation d’alcool et
de drogues.

[Link] Responsabilité sociétale des orpailleurs


Il existe une obligation mutuelle de s’entraider et de se montrer généreux. Les dons dans ce
sens peuvent être considérés comme des réinvestissements dans la communauté des
orpailleurs : ils font partie, à l’instar des obligations liées au travail, de l’économie morale de
l’orpaillage [Grätz, 2003 ; Werthmann, 2004].

Dans de nombreux cas, un orpailleur reçoit également une aide s’il est absent pour cause de
maladie ou pour des exigences familiales, tandis que sa part peut être réduite s’il est jugé
paresseux ou retardataire au travail. Il existe donc une philosophie de justice sur le partage
équitable du difficile labeur ainsi que sur l’acceptation de sanctions. Tous doivent également
reconnaître que les différentes tâches sont distribuées en fonction du niveau d’expérience et
de connaissances de chacun ainsi que de ses capacités physiques. On retrouve ici les éléments
d’une économie morale [Scott, 1976] qui structure les règles et les modes d’organisation dans
beaucoup d’équipes minières. De plus, des institutions concrètes aident à garantir des
avantages partagés et à organiser la redistribution. Il est considéré comme normal, par
exemple, que les entrepreneurs miniers et les commerçants ayant réussi, cotisent plus que
d’autres pour les fonds de prévoyance permettant de faire face aux temps de crise.

2.2 Agencement, stabilité et soutènement des puits et galléries

2.2.1 Les ouvrages


Les puits d’extraction rencontrés dans les différents sites d’orpaillage ont un diamètre
d’environ 80 cm. Les galeries d’extraction ont des dimensions voisines en largeur x hauteur
de 1 à 1,5m x 1 m. De façon générale, les dimensions des galeries sont fonction de la
puissance du filon rencontré. Dans certains cas, leur hauteur peut atteindre 2 m et leur largeur
1,8 m.

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MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

Les outils utilisés sont ceux de l’abattage manuel dans des cavités de petite section. Les
opérations menées physiquement, génèrent beaucoup de fatigues et d’usure entraînant un
vieillissement rapide des acteurs concernés.
En outre, certains puits sont rapprochés les uns des autres et cela favorise la mauvaise
cohésion des roches excavées sur les parois des ouvrages souterrains à cause de la nouvelle
redistribution des pressions et contraintes autour des dits ouvrages. Les filons sont exploités
de façon anarchique sans découpage contrôlé par manque de connaissances, des techniques et
des méthodes propices en la matière. Il en résulte une exploitation incomplète de la couche
minéralisée.
On peut se servir d’un briquet ou d’une allumette pour juger de la qualité d’air (sa teneur en
oxygène) dans les puits et les galeries. Dans une ambiance pauvre en oxygène (< à 16 %), la
flamme s’éteindrai et l’artisan peut soit remonter, soit demander un apport d’air frais à ces
coéquipiers. On prévoira à cet effet des dispositifs sonores plus faciles à actionner que le
tirage de corde qui nécessite plus d’énergie.
Une solution technique qui peut améliorer l’atmosphère dans les galeries des orpailleurs
consistera à les convaincre de mettre en commun leur synergie afin de faire communiquer les
puits d’ouverture avant le creusement des galeries d’exploitation. Pour deux ou trois puits
reliés, le courant d’air s’établira naturellement par dépression et améliorera de façon notoire
les conditions de travail au fond.
Les puits ont un diamètre de 0,8 à 1 m (quelques fois 2 m et même plus). Cette Dimension
réduite permet d'accéder le plus rapidement possible au filon par la réduction du Volume de
stérile à extraire.

Lors de la progression des puits, des encoches sont creusées le long d'une paroi pour
Permettre au mineur de caler ses pieds en même temps qu'il s'adosse à l'autre paroi. Il s’aide
des bras et des jambes pour se déplacer dans le puits.

[Link] L’usage des explosifs


Tous les orpailleurs interrogés nient l’usage par eux même des explosifs pour l’abattage mais
confirment cette pratique par d’autres orpailleurs. Les responsables du Ministère chargé des
mines affectées au site nous ont bien confirmé l’usage des explosifs sur les chantiers
d’exploitation. Les réponses aux questionnaires permettent de conclure qu’environ 20 % des
orpailleurs travaillant dans les massifs compétents utilisent des explosifs ce qui justifie bien
l’usage de ces produits par une proportion importante des orpailleurs.

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MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

L’usage des explosifs par les orpailleurs s’accompagne d’accidents mortels liés
essentiellement à une méconnaissance des principes et règles élémentaires d’usage de ces
produits dangereux.

Il y’a lieu de souligner la survenue, sur les sites, d’accidents mortels des préposés au tir «
Boutefeus » par manque de temps suffisant pouvant leur permettre de se retirer des puits
Avant l’explosion.

[Link] Aérage
L’aérage est assuré naturellement, à l’aide de ventubes en plastique et de fabrication locale ou
par insufflation manuelle d’air (Figure 5, technique d’aérage). Sur certains puits, il n’y
existe aucun dispositif d’aérage.

Figure 5 : Technique d’aérage d’une gallérie

[Link] Soutènement
Le soutènement des galeries est assuré à l’aide de piliers en sacs remplis de sable et le plus
souvent sans support de toit (Figure 9, utilisation de traverse). Dans de rares cas,
l’utilisation du bois comme moyen de support de toit est notée. La variante d’exploitation des
chambres et piliers est utilisée en présence de puissants filons (figure 7, soutènement).

1
Vololona Rakotonomenjanahary. De la mine artisanale a une gestion publique des mines informelles. (CESAM,
1996).
34
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

Figure 6 : Soutènement des galeries à l’aide du boisage


[Link].1 Mesures
On peut écarter ce risque (éboulement) par simple usage de traverses en bois sur les sacs
jouant le rôle de piliers, en utilisant le boisage ou par adoption des formes de section
transversale des galeries appropriées. L’utilisation des traverses se révèle simple et préventive
mais à contrôler au regard de l’importance des coupes de bois dans les zones concernées. Les
traverses peuvent être directement portés par les piliers des sacs ou en bois

[Link].2 Utilisation du boisage


L’utilisation du bois comme matériaux de soutènement nécessite un assemblage. On distingue
plusieurs types d’assemblage : assemblage par simple entaille, par double entaille, par gorge
de loup, etc. (Figure 6, différents modes d’assemblage).

35
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

Figure 7 : Différents modes d’assemblage du bois

Le boisage en taille peut en outre être envisagé comme soutènement des galeries avancées
considérées comme étant de petites tailles.

Le principe consiste à enfoncer directement sous les toits les montants lorsque les roches sont
stables ; dans les roches de stabilité moyenne, ils sont enfoncés sous des supports endosse ;
dans les roches de faible stabilité ou les roches fissurées même stables, ils sont enfoncés sous
les chapeaux do2sses ou les madriers (Figure 8, disposition).

Figure 8 : Disposition des montants dans la taille

2
Notes de Cours de Boukari Harouna – Magistère Mines-EMIG, © 2001-2009 FuturaSciences., Protodiakonov.
Théorie de la voûte de décharge
36
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

[Link].3 Utilisation de traverses


Les traverses sont utilisées au toit des galeries et se reposent sur les piliers formés souvent
d’un empilement de sacs de sable (Figure 9).

Figure 9 : Utilisation des traverses

[Link].4 Forme des sections transversales des galeries appropriées


On détermine la forme de la section transversale d’une galerie en fonction de la grandeur et
du sens des pressions qui peuvent se manifester autour de l’ouvrage, du haut, du bas ou des
côtés (Tableau 1, Forme rationnelle).

3
Notes de Cours de Boukari Harouna – Magistère Mines-EMIG, © 2001-2009 FuturaSciences. Jean-Luc
Camilleri. La petite exploitation minière à Madagascar : Etude socio-économique « conclusion et
recommandations », Protodiakonov. Théorie de la voûte de décharge
37
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

Tableau 1 : forme rationnelle des galeries en fonction de la grandeur et orientation des


pressions.
GRANDEUR ET SENS DE FORME UTILISEE REPRESENTATION
PRESSION (RATIONNELLE) DE LA GRAPHIQUE
SECTION DE
L’EXCAVATION
Du haut vers le bas de façon Anse de panier (rationnelle) Figure 10.a
considérable
Du haut vers le bas et dans les Fer à cheval Figure 10.b
côtés
Dans tous les sens Profil d’œuf ou circulaire Figure 10.c

Dans tous les sens mais de Elliptique : la direction du Figure 10.d


façon inégale grand axe de l’ellipse doit
correspondre à la direction de
la pression élevée.
Boisage Trapézoïdale ou rectangulaire Figure 10.f
(seules) carré.

Dans la pratique les formes des sections des ouvrages en fonction de l’importance des
pressions et de leur orientation sont données dans la figure ci-après (Figure 10,
représentation).

38
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

Figure 10 : Représentation graphique des formes des sections transversales des excavations
en fonction de l’importance et du sens des pressions 4

[Link].4.1 Pression des terrains sur l’excavation horizontale


On détermine la valeur de la pression verticale du terrain sur un ouvrage horizontal en partant
de la théorie d’équilibre naturel de la voûte. Les contraintes subissent une redistribution dans
les roches après creusement d’une excavation horizontale. Ces contraintes s’équilibrent
suivant une certaine ligne de la voûte. Cette voûte s’appelle voûte de décharge (Figure 11).

Le contour de la voûte est pris suivant une parabole. La roche se trouvant à l’intérieur de cette
voûte reste non équilibrée. C’est pourquoi cette partie a tendance à tomber à l’intérieure de
l’ouvrage exerçant ainsi une pression sur le soutènement.

Pour déterminer la valeur de la pression verticale, il faut connaître le volume de la roche se


trouvant à l’intérieur de cette voûte.

La hauteur de la voûte de décharge est déterminée à l’aide de la formule suivante :

b = a/f (m)

4
Protodiakonov. Théorie de la voûte de décharge
39
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

b : hauteur de la voûte naturelle (m) ; b = a/f

a : demi-portée de l’excavation (m)

f : coefficient de dureté des roches du toit (Protodiakonov)

La valeur de la pression verticale est donnée par la formule :

P = b.γ (Tf/m3)

γ : masse volumique des roches du toit (tf/m3)

Figure 11 : Hauteur de la voûte naturelle dans le toit d’une galerie


Remarque : lorsque l’excavation est creusée à une profondeur H = 200 - 500 m, la pression
est donnée par la formule : P = 2 b. γ (tf/m3).

2.3 Abattage
Rappelons que les techniques d’abattage utilisées sur les sites d’orpaillage sont l’abattage
manuel et l’abattage à l’explosif.

2.3.1 Abattage manuel


Les outils utilisés pour l’abattage manuel correspondent bien aux outils d’abattage manuel
dans les cavités de petite section.

40
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

2.3.2 Abattage à l’explosif


L’abattage à l’aide des explosifs employé dans les sites d’orpaillage visités ne répond à
aucune norme, aucune technique en la matière. Bien que n’ayant pas eu suffisamment de
données relatives à la manipulation des explosifs sur les sites visités, nous nous sommes
aperçus que les utilisateurs de ces produits dangereux ne maîtrisent ni les modes d’usage non
plus les consignes relatives de sécurité. Des accidents mortels ont été enregistrés suite à des
explosions survenues pendant que le boutefeu se trouve encore dans le puits. Ces informations
recueillies auprès des orpailleurs nous amène à conclure que les « préposés au tir » ignorent
fondamentalement les principes de base de mise en œuvre des explosifs.

L’usage des explosifs sur les sites d’orpaillage devenant de plus en plus fréquent, il convient
dès lors de mettre à la disposition des acteurs, les connaissances nécessaires pouvant leur
permettre de manipuler les explosifs en toute sécurité. De même l’implication de l’état peut
permettre de procéder à un choix judicieux des explosifs moins dangereux aussi bien du point
de vue manipulation que celui d’atteinte à l’intégrité physiques des personnes qui les utilisent.

[Link] Rappels sommaires sur les caractéristiques des explosifs


Définition : Un explosif industriel est un mélange chimique constitué par un comburant (ou
oxydant), un combustible (ou réducteur) et divers autres produits, et qui peut se décomposer
selon différents modes : la combustion, la déflagration ou la détonation.

[Link].1 Classification des explosifs


Suivant le mode de décomposition on distingue trois catégories d’explosifs :

 Les explosifs à combustion,


 Les explosifs déflagrants
 Les explosifs détonants.

[Link].1.1 Suivant leur domaine d'utilisation :


· explosifs agréés pour les travaux miniers souterrains sauf dans les mines grisouteuses et
poussiéreuses ;

· explosifs agréés dans les travaux miniers à ciel ouvert uniquement ;

· explosifs de sécurité: ils sont autorisés pour tous les genres des travaux même dans Les
milieux explosifs (ceux contenant du grisou, poussière de charbon).

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MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

[Link].1.2 Suivant la facilité de prise de régime de détonation :


On distingue deux catégories :

 Les explosifs primaires qui prennent spontanément leur régime de détonation par
simple échauffement, ou sollicitation mécanique de faible énergie (choc, friction,
claquage diélectrique). Ce sont habituellement les explosifs plus sensibles que la
pentrite. Exemple : azoture de plomb.
 Les explosifs secondaires : ils ne peuvent être amorcés que par une onde de choc
généralement fournie par un explosif primaire exemple : pentrite et autres explosifs
civils.

Remarque : tous les explosifs industriels sont des explosifs secondaires suivant leur
composition

[Link].1.3 Les explosifs industriels se classent en fonction de leur composition en :


· explosifs à nitroglycérine (dynamites : 1860- 1870)

· explosifs nitratés (1920-1930)

· explosifs aux dérivés nitrés de série aromatique

· oxygène liquide

· explosifs chlorates et perchlorates

· poudre noire …

NB : les explosifs les plus utilisés dans les travaux miniers sont les dynamites, les nitratés et
l’oxygène liquide

2.4 Les étapes de l’orpaillage : cas des sites aurifères du Sénégal oriental
2.4.1 Étape de la prospection traditionnelle
Étape de la prospection traditionnelle Contrairement à l’exploitation minière industrielle dont
les gros moyens sont déployés pour faire la prospection, celle de la mine traditionnelle est
faite par les orpailleurs sous la direction du chef de mine (Damanty) et de ses conseillers
(Tomboloma) par la réalisation de puits de mines tests dont la profondeur varie de 1 à 12 m,
selon la richesse appréhendée du sol. Parmi ces puits creusés, quand un ou plusieurs
contiennent de l'or, ils font appel à la communauté villageoise, notamment les orpailleurs,
pour procéder à l'ouverture du site communément appelé « Bée » (figure 12).

42
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

Figure 12 : Exemple de puits test

2.4.2 Étape d'exploitation du site


Après l'ouverture du site d'orpaillage « Bée », le chef de mine et ses Tomboloma procèdent à
l'assignation des puits aux orpailleurs. À partir de là, il y a plusieurs étapes dans la phase
d'exploitation. Ce sont notamment les étapes : de creusage ou fonçage des trous, de la
remontée du minerai, du transport du minerai, du concassage et du lavage du minerai, de la
récupération ou du traitement du minerai et, enfin, celle de la commercialisation.

[Link] Creusage du trou minier


Cette tâche est exécutée par les creuseurs à l'aide de la pioche creuseuse. En effet, ces
creuseurs creusent le sol depuis la surface jusqu'à la profondeur où se trouve le minerai. À
partir de là, si le creuseur n'a pas la compétence requise pour couper le minerai, il fait appel à
un kaladjanti (expert en sous-sol) qui descendra dans le trou et coupera le minerai selon
l'orientation de celui-ci ou le filon à l'aide de la pioche coupeuse qui signifie « kaladjan ».
Pendant cette opération, les kaladjanti laissent des stots de sécurité baptisés piliers qui jouent
le rôle de soutènement (figue 14). Lorsqu'ils sentent l'épuisement des réserves, ils remontent à
la surface en laissant intacte ces stots de sécurité. À noter que le creusage du trou minier est
l'une des étapes les plus ardues, demandant un effort physique considérable de la part des
creuseurs. Ensuite, la profondeur des trous miniers dépend aussi de la richesse du sol. Le
minerai extrait est réparti à parts égales, même si le chef du trou n'a fourni aucun effort dans
l'extraction du minerai. Le plus souvent, les femmes et le propriétaire des laveries et de
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MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

motopompes sont associés aux opérations du transport, du lavage, de la remontée de l'eau et


du minerai. De la sorte, chacun d'eux percevra un pourcentage, selon les termes du contrat.
Par ailleurs, les responsables coutumiers fixeront un prix forfaitaire par trou minier. Les
montants sont perçus par la police de la mine traditionnelle « Tomboloma » et un compte
rendu est fait aux notables de la localité. L'argent encaissé est mis au service du
développement local, notamment dans la construction des écoles franco-arabes, des centres de
santé, des lieux de cultes, etc. En cas d'accidents ou de décès sur les sites d'orpaillage, une
partie de ce montant est utilisé pour soulager les familles des victimes (Figure 13).

Figure 13 : Mineurs creuseurs

Figure 14 : Soutènements du puits à l’aide de troncs d’arbres

[Link] Remontée du minerai


C'est la deuxième étape. Elle intervient après le creusage du puits minier et consiste à tirer la
corde reliée à un « dankafè » (seau) spécialement fabriqué par les orpailleurs. Dans la plupart

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MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

des sites d'orpaillages, la remontée des minerais est exclusivement réservée aux femmes
(figure 15). Dans ce cas, pour quatre seaux remontés, elles reçoivent la cinquième partie,
appelée « djouloukoun ».

Figure 15 : Les orpailleuses en train de procéder à la remontée du minerai

Figure 16 : autre technique de remontée du minerai

45
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

[Link] Transport du minerai


Cette étape consiste à transporter le minerai extrait du puits jusqu'aux lieux aménagés à cet
effet. Le plus souvent, le stockage des minerais se fait aux abords des cours d'eau dans le but
de faciliter la minéralisation. Le transport est ainsi assuré par les femmes (Figure 17) ou
encore par des cyclistes à motos trois roues, appelées « kata-katani » (Figure 18). Les femmes
sont récompensées en minerai en fonction du nombre de voyages qu'elles ont effectués et le
transport d'un chargement de la moto cycliste s'élève à vingt mille francs guinéens, soit près
de 1500 FCFA.

Figure 17 : Une femme transportant du Minerai

46
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

Figure 18 : Autre moyen de transport du minerai

[Link] Concassage, broyage et lavage du minerai


Le concassage permet de réduire la taille du minerai en farine lorsque il contient des roches
dures. Il existe plusieurs méthodes pour faire le concassage du minerai de l'or. Les moins
nantis dans le secteur font le concassage manuellement en utilisant des moyens rudimentaires
(marteau, enclume ...). Quant aux plus riches, ils utilisent des machines concasseuses.

En ce qui concerne le broyage, il permet de réduire en farine le minerai obtenu après le


concassage. Là également les moins favorisés utilisent des techniques anciennes pour le
broyage. Par exemple, ils pilent le minerai à l'aide du pilon et du manche. Les riches, eux,
utilisent le moulin dit burkinabé. Pour le lavage, on peut dire sans se tromper que c'est l'étape
cruciale dans le processus d'extraction de l'or. Ce travail ne demande pas un effort physique
exigeant comme celui du creusage des trous, mais il doit se faire avec beaucoup plus de
précautions pour éviter la perte de substances utiles dans les eaux de lavage. Il n'y a pas de
distinction entre les sexes pour faire ce travail, mais elle est souvent réservée aux femmes
(Figure 19). Il existe plusieurs techniques de lavage du minerai. On a la technique du lavage à
la calebasse, communément appelée technique à la battée, et la technique du lavage à la
rampe. La première consiste à laver directement le minerai, soit dans un bassin de lavage, soit
dans un cours d'eau en faisant un certain nombre de mouvements rotatifs. Comme les pépites
d'or sont plus pesantes que les sables fins et les petits graviers, elles resteront au fond de la
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MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

calebasse laveuse. Ce qui reste du triage est ensuite versé dans une petite calebasse fendue
dans le but de séparer complètement l'or des résidus. Le résultat obtenu se présente sous la
forme d'une poudre noire synonyme de l'or.

Figure 19 : Des orpailleuses en train de laver du minerai


Pour la technique du lavage à la rampe, on ajoute d’abord une petite quantité d'eau au minerai
broyé pour le rendre humide. Ensuite, ce composé est versé peu à peu et simultanément avec
de l'eau sur la rampe. La rampe étant garnie de morceaux de moquettes (tapis), elle piège l'or
et ensuite les résidus sont drainés vers le trou de lavage ou dans un cours d'eau (Figure 20).
De plus, les tapis sont récupérés, puis lavés dans un grand récipient pour les débarrasser de
l'or.

48
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

Figure 20 : un mineur avec la rampe de lavage

[Link] Récupération et commercialisation de l'or


La récupération de l'or intervient après l’étape du lavage du minerai. Les métaux lourds sous
forme de poudre noire et l'or restent groupés dans le fond de la calebasse (Figure 21.1). Le
mineur procède à un dernier traitement afin de réduire au maximum les impuretés. Cette
opération se déroule avec la plus grande précaution, car il peut faire tout perdre. Ensuite, les
fonds des calebasses sont transférés dans un « fanfan » qui a la forme d'une grande cuillère
métallique (Figure 21.2). Cette cuillère métallique est ensuite déposée sur le feu dans le but
est de sécher le produit concentré. Après le séchage, on remarque la présence de l'or en jaune
à côté de la poudre noire (Figure 21.3).

Le mineur s'achemine dès lors chez un « diaty » (balancier) avec le produit séché. Celui-ci
ayant à sa disposition tout le matériel nécessaire, il va procéder à la récupération de l'or brut
avant de le peser (Figures 21.4 et 21.5).

49
MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

Figure 21 : Processus de récupération et de commercialisation de l'or dans le Sénégal oriental

2.5 Techniques d’orpaillages


L’or dans la nature a plusieurs origines :

 L’or primaire provient directement de la roche mère. Il est alors concentré dans des
filons de quartz aurifères qu'il faut extraire en creusant le sol avec des moyens
artisanaux ou industriels très lourds utilisés en galeries ou souvent en mine à ciel
ouvert). Le minerai doit être concassé pour libérer l'or au moyen de techniques
gravimétriques ou à l’aide de produits chimiques.

La purification de cet or par les techniques modernes nécessite souvent l'utilisation de grandes
quantités de cyanure (toxique, très soluble dans l'eau et mal adsorbé dans les sols et
sédiments, et donc très biodisponible). C'est un type d'exploitation qui présente un risque
important de pollution environnementale, notamment en saison des pluies en raison des
risques de rupture de digue et d'ennoiement de sites pollués. Les grandes exploitations de ce
type doivent souvent stocker dans des bassins plusieurs centaines de milliers de mètres cubes
de cyanure, qui pollueront gravement l'environnement en cas de rupture (un des derniers
grands accidents de ce type a libéré le 30 janvier 2000, 378 500 m3 d’effluents cyanurés dans

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le Danube, à une concentration de 5 mg/l (100 fois supérieure à la limite admise), tuant des
centaines de tonnes de poisson et toute la faune du fleuve sur 600 km d’étendu.

 L’or alluvial provient des sédiments issus de l'érosion de la roche contenant


originellement l'or qui se trouve alors concentré dans le lit des rivières sous forme de
pépites et de paillettes. Il est très diffus et nécessite de fouiller et traiter de grandes
quantités de terre ou sédiments. Autrefois les orpailleurs employaient la batée dans ce
cas de figure. Aujourd'hui la batée est principalement utilisée pour la prospection.

Une fois la présence d'or confirmée, les orpailleurs détournent le cours des criques (rivières)
pour libérer les vallées alluviales. Les alluvions sont liquéfiées par un jet d'eau à haute
pression au moyen de "lances monitor". La boue formée est ensuite aspirée par des pompes et
répandue sur des systèmes de tapis inclinés recouverts de "moquettes". L'or, plus lourd, se
dépose alors et se trouve piégé dans les fibres, tandis que la boue est mise à la décharge dans
de grandes fosses. On utilisait à l'origine des tapis de paille pour cette opération, ce qui est à
l'origine du terme "orpaillage". Cette technique est utilisée aussi bien artisanalement (Barges
d'orpaillage par exemple) qu'industriellement (tables vibrantes).
Ces techniques utilisées par les Romains dans les mines d’or locales aux deux premiers
siècles de notre ère sont diverses (Domergue et al. 1978 ; Pérez García et al. 1984 ;
Domergue, 1987). Nous donnons ci-dessous les traits principaux de trois d‘entre elles

2.5.1 La technique du ravin.


Elle est assez courante sur les dépôts épais (Figure 21). Le ravin est creusé dans la masse
alluviale ; il s’allongeait et s’approfondissait au fur et à mesure de l’avancement de
l’exploitation. L’alluvion y était abattue à la pioche ; l’eau, dérivée de ruisseaux, stockée dans
des bassins et dirigée vers le ravin par des canaux, et qui servait à la fois à laver le matériau
ainsi qu’à préparer et à évacuer les déblais vers le bas.

Les ravins d’exploitation illustrent remarquablement ce type d’ouvrage ; ils sont juxtaposés
sur l’imposant talus de la terrasse, sur la rive droite de la rivière. Ils représentent différents
stades de développement : certains sont à peine ébauchés ; d’autres, largement développés,
atteignent 400 à 500 m de longueur. L‘un d’eux dépasse même 700 m ; sa profondeur est
d’une vingtaine de mètres et sa largeur peut aller jusqu’à 80 ou 100 mètres. Les vestiges de

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structures hydrauliques (canaux, réservoirs) nécessaires à l’exploitation sont visibles sur le


plat de la terrasse, tout près de la bordure.

Figure 22 : technique de creusage de ravin

2.5.2 Le chantier-peigne.
Il est appelé ainsi car il semble peigner les paysages (Figure 22). Il est spécialement adapté
aux gîtes superficiels couvrant de vastes surfaces horizontales : c'est le cas des terrasses
fluviatiles. I1 est constitué de faisceaux de tranchées parallèles ou convergentes, profondes de
1 à 2 m, dont les groupements dessinent des figures géométriques régulières : le plus souvent
triangle ou rectangle s'achevant en goulot de bouteille. Toujours en Italie, il existait une
infrastructure hydraulique (aqueducs, bassins), dont les vestiges sont, aujourd'hui encore,
souvent décelables, par exemple à Las Omañas (Italie) : en particulier, à la tête du chantier
courait un aqueduc qui répartissait l'eau dans les tranchées, où elle entraînait et triait l'alluvion
préalablement abattue à la pioche. Les tranchées convergeaient vers le goulot d'évacuation,
équipé à la façon d'un sluice pour capturer les paillettes d'or libérées de leur gangue argileuse
au cours du transport ; selon Pline l'Ancien, ces canaux étaient jonchés de bruyères, qui
jouaient le rôle des riffles dans les sluices modernes. Certains de ces chantiers couvraient
plusieurs hectares

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Figure 23 : Le chantier-peigne.

2.5.3 L'exploitation en falaise

Cette méthode, appelée aussi « chantier-cirque » a été utilisée pour l'exploitation des dépôts
alluviaux épais. En minant la masse alluviale par des puits et des galeries, les mineurs
provoquaient son effondrement tranche par tranche ; ils faisaient ainsi reculer
progressivement le front de taille, qui pouvait finir par atteindre près de cent mètres de
hauteur (Figure 23)

Figure 24 : Les exploitations romaines d'alluvions aurifères en chantier-cirque. (A) Front de


taille et (B) technique d'abattage par la ruina montium. 1 : vue cavalière ; 2 : coupe verticale ;
3 : plan horizon

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ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

2.6 Les matériels couramment utilisés et principes d’utilisation


2.6.1 Le concasseur manuel
Il permet de fragmenter le minerai en fournissant moins d’effort. La pelle piolet permet de
prélever les matériaux qu’on peut mettre dans une batée.
2.6.2 Le pan Américain
Le pan américain est des plus faciles à manier. Fait de matière plastique (en bois ou en acier),
il présente une surface rugueuse. Il est équipé de rainures ce qui le rend particulièrement
efficace. La visualisation des paillettes y est excellente, les pertes sont minimes. Un fond plat
et des rebords relevés le caractérisent. Lorsqu’on utilise le pan, l’évacuation des sables se fait
par débordement.
Le pan en plastic est généralement de couleur noire ou bleue. La surface granuleuse du pan en
plastique noir contribue à retenir les paillettes bien ancrées au fond du pan. Le rainurage rend
les pans efficaces. Les pans de plastic sont particulièrement recommandés pour les régions
nordiques mais aussi pour une bonne visualisation (plastic noir ou bleu).
Le pan Américain est utilisé dans les pays Anglo-saxons et en Italie. De l’avis de certains
auteurs, le pan spécial Klondike, fabriqué en Suède, léger et de couleur Bleu (assurant une
excellente visualisation) est le plus efficace des pans actuels.
2.6.3 La batée actuelle
La batée est une cuvette qui permet de séparer les paillettes d'or du sable. Elle sert à analyser
la teneur en or du gravier et à extraire l'or des concentrés obtenus à partir de moquettes posées
sur une rampe de lavage, une drague-suceuse ou dans une sablière.

- La batée actuelle est conique, en acier en forme de chapeau chinois. Elle est utilisée en
France, en Amérique Latine, en Afrique et en Europe de l’Est. Elle nécessite un maniement
centrifuge pour l’expulsion des sables.

Remarque : les batées et pans en aciers sont noircis au fond pour permettre une meilleure
Visualisation.

2.6.4 La batée maya


La batée maya était en bois comme les batées du passé en France et bon nombre de batées
sud-américaines.

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2.6.5 Le plat Finlandais


C’est un pan à fond plat utilisé en Laponie. Ses bords sont très peu relevés et l’expulsion des
sables y est très rapide. Il permet de visualiser et de récupérer facilement les paillettes comme
tous les pans à fond plat.

2.6.6 Plat de compétition à escaliers concentriques


Le modèle extra plat, à escaliers concentriques est commun. Il permet de laver un seau de 15
kg de sable et de récupérer les paillettes en moins de deux minutes. Ces batées plates à
escaliers semblent s'imposer pour les compétitions de niveau international. Elles sont
généralement faites de bois, de matière plastique, de fibre de verre et résines, de fibre de
carbone.

2.6.7 Pan à spirales


C’est un instrument innovant, à moteur électrique alimenté en 12V. Il permet de récupérer les
minéraux lourds et d'éliminer les sables et graviers. L'eau utilisée est recyclée ce qui le
prédispose à une utilisation en plein désert. Il est surtout employé pour séparer l'or de grandes
quantités de sables lourds.

2.6.8 La drague aquatique


La drague aspiratrice ou "succion dredge" utilise une pompe pour aspirer les alluvions dans le
lit du fleuve ou des rivières, et les déverse sur une rampe de lavage posée sur un radeau.
Son utilisation est règlementée. Le rendement est optimum (6 à 12 m3/ha). Les dégâts
Occasionnés par ces techniques sont très graves pour l'environnement et la rivière. C'est pour
cette raison que cette pratique est règlementée dans les pays développés (en France par
exemple les orpailleurs français sensibilisés remettent en état la partie de rivière sur laquelle
ils ont travaillés). La drague est utilisée pour récupérer l'or, généralement présent qu'en
minuscules paillettes et à faible teneur dans les alluvions des grandes rivières.

2.7 Les Conflits entre orpailleurs


Les chefs de mine se disputent souvent des limites de leurs exploitations, la possibilité
d’élargir ou de partager ces dernières et le « vol » éventuel de minerais aurifères. Des
querelles naissent également entre les travailleurs et les chefs et concernant les partages de
revenus ou l’utilisation de l’équipement. En général, les conflits sont réglés au sein des
associations des chefs de mine, le niveau de formalisation, de stabilité et d’efficacité de ces
associations différant d’un site à l’autre. Dans certains cas, les communautés minières sont
dominées par des big-men qui agissent comme des entrepreneurs et des médiateurs

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[Gwertzman, 2003]. Dans d’autres cas, des groupes d’autoprotection assument le contrôle
local (voir ci-dessus). Les capacités d’organisation peuvent expliquer, en général,
l’acceptation de positions de pouvoir sans légitimation formelle. Les orpailleurs évitent de
saisir les tribunaux. L’administration locale ne traite que très peu de cas dépassant les
associations.

2.8 Les éboulements


Les éboulements dans les sites d’orpaillage créent beaucoup de victimes qui sont parfois
oubliées dans les décombres.

2.8.1 Conditions risquées


Les principaux risques spécifiques sont :

• l’amplification des risques liés au confinement (bruit, qualité de l’air, flux de circulation des
piétons, etc.) ;

• l’exiguïté aux postes de travail ;

• le travail en lumière artificielle ;

• la ventilation ;

•l’exposition aux risques liés au terrain, à la profondeur (froid, Chaleur, humidité,


rayonnement, explosion, etc.), au milieu sous pression en hyperbarie ;

• l’emprise des engins et matériels utilisés ;

• la présence d’eau et les risques d’inondation en particulier, en cas d’attaque descendante ;

• les méthodes d’excavation ;

• les chutes de matériaux provenant du terrain environnant ou projections de blocs (cas de tirs
à l’explosif par exemple).

2.8.2 Causes des éboulements


Les éboulements peuvent avoir des causes naturelles comme anthropiques

[Link] Les pluies abondantes


Elles fragilisent les sols. Les parois des galeries et des puits sont exposées à des
effondrements, des éboulements et d’autres risques.

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[Link] Terrains meubles


La réalisation de puits et galeries dans des terrains meubles ou gonflants peut accentuer les
risques d’éboulement sur les chantiers d’orpaillage.

[Link] Le rapprochement des sites


Le respect des normes de fonçage de 1,5 m entre deux puits devrait être exigé. Cela
favoriserait la baisse des risques d'accidents par effondrement.

[Link] L’usage de la dynamite


L’usage de la dynamite doit être interdit en vue de réduire la fragilisation du sol donc des
éboulements.

[Link] Activités d’orpaillage sur des zones à forte pente


Les fortes pentes favorisent les éboulements et l’effondrement des parois par les eaux de
ruissellement qui deviennent plus agressives.

2.8.3 Inconvénients
[Link] Les blessures traumatiques
Les blessures traumatiques sont causées par un choc ou un coup reçu par un individu. Elles
sont fréquentes chez les creuseurs et les transformateurs mécaniques. Les causes de ces
traumatismes sont les éboulements, les chutes d'outils de travail, l'écrasement des doigts lors
du concassage du minerai. Ces traumatismes sont accrus par la fatigue et la durée du travail.
Les traumatismes par les éboulements sont plus fréquents en fin de saison pluvieuse tandis
que ceux causés par chutes de matériel de travail sont fréquents pendant les travaux.

[Link] Elévation du Taux de mortalité


Un manque flagrant d'éducation et de sensibilisation aux problèmes de sécurité liés à
l’orpaillage est la cause du nombre élevés des victimes. Au fur et à mesure de leur
augmentation, ces inconvénients sont intégrés comme un phénomène normal de l'exploitation
aurifère.

Selon les témoignages, la mobilité de l'orpailleur fait que sa disparition dans un puits n'est pas
aussitôt remarquée. Les victimes sont souvent abandonnées dans le puits où a eu lieu le
drame. Certains survivants s’échappent clandestinement sans aviser la police d’un quelconque
décès.

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Conclusion
Dans l’extraction artisanale de l’or, la technique de creusage a connu une évolution qui se
traduit par une amélioration des types de puits qui sont soit soutenus par du bois soit bétonné.
Nonobstant le nombre d’éboulement est toujours croissant, ce qui laisse croire que les
nouveaux progrès techniques n’ont pas eu grand effet.
La nappe phréatique est évacuée par des motopompes de plus en plus efficaces, capables de
fonctionner durant des jours sans arrêt.
Les orpailleurs se sont dotés de techniques qui sont de mieux en mieux adaptées à l’extraction
et au traitement de l’or filonien et alluvionnaire.
Le concassage demeure manuel, contrairement à la monture du minerai qui est mécanique. Le
traitement du minerai est toujours chimique avec le mercure et le cyanure. L’augmentation de
la population orpailleuse et de ses besoins en bois-énergie (bois de chauffe, charbon) et en
bois pour la construction d’habitats a stimulé une coupe de bois par les populations locales et
une diminution des superficies agricoles. La coupe du bois par la population locale est à
l’origine de la disparition progressive de la savane arborée et boisée au profit de la savane
arbustive.
Il est aussi à noter que dans ce secteur plein de déséquilibres, les conflits entre orpailleurs et
leurs chefs ou entre orpailleurs ainsi que les éboulements et accidents de travail non pris en
charge, sont toujours d’actualité dans les sites d’orpaillage.

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CHAPITRE 3 : ORPAILLAGE EN
MAURITANIE ET AU SENEGAL

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Introduction
Depuis 2016, la Mauritanie connait une ruée vers l'or inédite sur son territoire. A défaut
d'attirer des opérateurs miniers internationaux, le pays encourage l'orpaillage. Si le secteur
extractif formel contribue à la croissance économique du pays, la faiblesse réglementaire qui
encadre les Exploitations minières artisanales à petite échelle (EMAPE) implique des risques
qui dépassent les bénéfices à court terme. Entre 2016 et 2021, l'arrivée exponentielle
d'orpailleurs a entrainé un choc démographie dans le Tiris Zemmour et en Inchiri. A Chami,
la population a largement augmenté, passant de 5000 à 48 000 individus en seulement 4 ans.
Cette ville nouvelle, à l'origine érigée pour favoriser la sédentarisation des nomades et des
pasteurs, est aujourd'hui peuplée par des Mauritaniens en provenance de tout le pays - ainsi
que de travailleurs émigrés en provenance du Soudan, du Mali et du Soudan) - au risque
d'envenimer les relations entre orpailleurs perçus comme « étrangers » et pasteurs nomades

La Falémé est un affluent du fleuve Sénégal qui prend sa source dans la partie nord du Fouta-
Djalon (Guinée), La Falémé est polluée par les exploitants aurifères. Le long de ce fleuve qui
sert de frontière naturelle entre le Sénégal et le Mali, les trafiquants chinois et les orpailleurs
traditionnels y ont élu domicile, plongeant les villages de Moussala et Mahinamine dans une
détresse incroyable : l’eau n’est plus potable, les périmètres maraîchers s’assèchent. Alors que
600 sites clandestins sont recensés dans la zone. La Falémé est devenue un désastre
é[Link] populations locales de Moussala (Sénégal) et Mahinamine (Mali) dénoncent
les 600 sites installés tout au long du fleuve par les Chinois et les orpailleurs traditionnels.
L’installation des cracheurs sur le fleuve Falémé, qui sert de frontière entre le Sénégal et le
Mali, enrage les villages de Kolia, Garaboréya et Faranding, plongés dans une ambiance
indescriptible.

Dans les lignes qui suivent nous verrons comment l’orpaillage c’est propagé jusqu’à gangrené
la stabilité aussi bien économique qu’environnementale de ces deux régions réputées
aurifères.

3.1 Cas de l’orpaillage artisanal à Chami (MAURITANIE)


Lors d’une visite à Rosso en juin 2011, Mohamed Ould Abdel Aziz, Président de la
Mauritanie entre 2009 et 2019, a annoncé la création de trois villes nouvelles (Chami,
Termessa et Bouratt).

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3.1.1 Contexte et justification


La création de ces nouvelles villes s’inscrivait dans la dynamique de projets phares d’une
politique nationale dite de « regroupement » de la population rurale qui vise à mettre fin ou du
moins à réduire la « sédentarisation anarchique », expression utilisée dans les discours et
documents officiels et dans la presse. Ces fondations urbaines planifiées traduisent aussi la
volonté gouvernementale de constituer un maillage plus fin pour l’encadrement territorial et
sécuritaire de l’État puisqu’elles s’accompagnent de la création de nouveaux départements
(moughataa) dont ces villes ont vocation d’en être les chefs-lieux. Si la création de villes
nouvelles au Maghreb (Ballout, 2014 ; Signoles, 2017) et au Sahara (Côte, 2002) est un
phénomène relativement répandu et qui s’amplifie, il est plus rare et ancien en Mauritanie et,
en cela, ces projets urbains récents paraissent novateurs.

Devant parachever une stratégie d’encadrement de la sédentarisation à l’échelle nationale,


mais aussi d’aménagement intense de la façade atlantique, ce projet de villes nouvelles
saharienne a, par ailleurs, été précédé et impulsé par l’ouverture, en 2005, d’une route (Lepidi
et Freund, 2005 ; Seneh et Steck, 2011 ; Steck, 2012) reliant la « capitale » économique du
nord du pays, la ville portuaire de Nouadhibou, à la capitale Nouakchott et plus globalement
le Maroc au Sénégal, constituant le premier axe routier transsaharien entièrement bitumé.
Ainsi, Chami a-t-elle été construite stratégiquement à équidistance des deux villes distantes de
450 kilomètres.

Quatre ans après la fondation de Chami, lors d’un discours à Néma le 3 mai 2016, le Président
Abdel Aziz a évoqué officiellement la ruée vers l’or qui venait de naître quelques semaines
auparavant, accréditant notamment les rumeurs de découverte de pépites aux alentours de la
ville nouvelle. Opportunément, il a déclaré, alors, que l’exploitation de cette manne aurifère
était ouverte à tous les Mauritaniens, chacun pouvant tenter sa chance et profiter du pactole. À
partir d’avril 2016, des dizaines de milliers d’orpailleurs ont anticipé ou répondu à l’appel,
parcourant le désert pour faire fortune, notamment dans le couloir interdunaire du Tijirit et
dans le Tasiast plus au nord, autour d’une mine d’or éponyme exploitée industriellement,
depuis 2010, par une firme transnationale canadienne. Ces deux zones de prospection étant
situées dans l’arrière-pays de la ville nouvelle, celle-ci devint d’abord le lieu de ravitaillement
des orpailleurs puis, progressivement, du fait de choix gouvernementaux dirigistes en la
matière, le seul centre de traitement du minerai aurifère autorisé. Chami est désormais connu
de tous les Mauritaniens en tant que « capitale » de l’or.

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3.1.2 La ruée extractive vers Chami


Une fois les premières rumeurs de découverte de l’or propagées, les orpailleurs se sont dirigés
vers deux vastes zones d’extraction, autour de Tasiast (Dakhlet Nouadhibou) et dans le
couloir interdunaire de Tijirit (Inchiri) : 13 sites ont pu être répertoriés par la Brigade
AntiFraude (BAF/MP) autour de Tasiast au nord-est de Chami (Tevragh Zeina, N’Daouas,
N’Talva, Kneivissat, Legouessi...) et une vingtaine autour du site dit de « Point Chaud18 » et
Ichikrane dans le Tijirit, à l’est de Chami, jusqu’à Ahmeyim non loin de la frontière du Sahara
occidental. Ils sont distants d’une cinquantaine de km de Chami (Figure 24) pour les plus
proches à 200 km pour les plus éloignés.

Figure 25 : Localisation de Chami sur le territoire mauritanien


La ville va rapidement constituer la base arrière de ces sites, fournissant les services
nécessaires (commerce, restauration, transport et réparation) et surtout permettant les activités
de transformation du minerai, grâce à la présence d’eau et d’électricité (Figure 25).

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Figure 26 : Carte illustrative de la ville de Chami

3.1.3 Statistiques de l’orpaillage à Chami


Le Ministère des Mines évoque, en 2016, le chiffre – sous-estimé – de 8 000 travailleurs
artisanaux de l’or en Mauritanie, soit autant que les employés du secteur industriel. La presse
fait état de 48 000 personnes en 2018, mais les données précises font défaut. D’après les
estimations réalisées dans d’autres pays africains, on compte un emploi induit (transport,
commerce, services divers) pour un emploi direct dans l’orpaillage. Parmi les emplois créés
par l’activité artisanale, on trouve les équipes de mineurs sur les sites d’extraction mais aussi
les kollab – terme hassaniya signifiant « les tenailles de forgerons », il s’agit de journaliers
attendant d’être embauchés au carrefour du marché central de Chami pour compléter les
équipes installées au niveau des puits. Les kollab sont souvent issus des communautés noires
du sud de la Mauritanie, ou anciennement serviles, et envoyés par un « patron » maure bidân
dans un secteur minier interdit, notamment dans les zones de permis accordés à des sociétés
minières. Travaillant parfois uniquement la nuit, ils sont pourchassés par les forces de l’ordre
(Figure 26).

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Figure 27 : Patrouilleurs des forces de l’ordre


La population de Chami a donc rapidement augmenté et pris une composition originale de
villes minières, majoritairement masculine, jeune, peu qualifiée et cosmopolite. Aux
Mauritaniens venus de tout le pays, sont venus s’ajouter de nombreux étrangers venus du Mali
et du Soudan, ainsi que plus marginalement du Maroc, du Niger et du Tchad. Les Soudanais
sont plusieurs centaines : ils travaillent tantôt pour des entreprises soudanaises, tantôt pour des
patrons mauritaniens qui valorisent leur expérience de l’orpaillage (Chevrillon-Guibert, 2016,
2018), notamment dans la transformation. Les Maliens sont employés comme manœuvres et
dans la réparation du matériel. Ils s’y ajoutent ajoute également quelques dizaines d’Indiens et
de Turcs, employés d’entreprises titulaires de permis de petite mine, et quelques Chinois (une
dizaine) travaillant aux moulins sur le site de transformation. Dans la commercialisation du
produit, on trouve des boutiques d’achat d’or mais aussi des acheteurs intermédiaires assis
dans des voitures et des caravanes garées au bord de la route : ils travaillent pour de grands
commerçants et/ou exportateurs d’or de Nouakchott.

3.1.4 La transformation de l’or et les activités induites dans le tissu urbain


Le cœur économique de la ville est désormais ce centre de traitement organisé par l’État,
appelé par métonymie le Grillage. Au-delà des impératifs environnementaux, sanitaires et de
contrôle, les besoins en eau, en électricité et services divers justifient la concentration des
activités de transformation. La mise en place du Grillage a été concomitante à l’effort de
l’État pour organiser l’orpaillage national, concrétisé par l’adoption du décret n° 2017-134 du
20 novembre 2017 qui prévoit la petite exploitation minière sur des périmètres appelés
couloirs d’orpaillage avec attribution de droits d’extraction individuels en leur sein,

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parallèlement à la poursuite de l’attribution de licences d’exploration et d’exploitation


industrielles. Au côté de la création de comptoirs officiels, le Ministère des Mines envisage la
distribution de cartes d’identification des acteurs, différenciées selon leur activité. Le Bureau
du Ministère des Mines présent au Grillage assure la taxation annuelle, à hauteur de 480 € par
petite machine de concassage et 1900 pour les grandes (moulins), 240 par unité de traitement
chimique et par appareil détecteur de métaux et également 12 € pour la carte d’orpailleur. En
mai 2018, la presse s’est fait l’écho de protestations contre ces taxes, d’autant que les services
promis ne sont fournis que de manière intermittente (nombreuses coupures d’eau et
d’électricité).

La décision gouvernementale de faire de Chami la « capitale » de l’or l’a donc rendue


incontournable et a contribué à son développement. En tolérant puis organisant la ruée vers
l’or à partir du traitement du minerai aurifère dans un centre dédié, l’État mauritanien a
renforcé sa légitimité : il a donné accès à des revenus à de nombreux acteurs, notamment
nationaux, donné vie et consistance économique à sa ville nouvelle et capté une nouvelle rente
par le contrôle d’une activité souvent insaisissable pour les pouvoirs publics. Pour autant, la
ville porte la fragilité de ses origines : la logique essentiellement rentière et clientéliste de
l’État (Magrin, 2013) pourrait remettre en cause les équilibres sur lesquels reposent le partage
actuel des ressources entre activités industrielle et artisanale, et entre acteurs.

L’impact environnemental de l’activité constitue aussi une contradiction manifeste de la


régulation étatique. Le fondement aurifère de l’économie urbaine demeure fragile et incertain,
d’autant plus qu’elle va à l’encontre du pastoralisme, de la préservation de l’environnement,
voire du tourisme, lesquels constituent, tout autant que l’or, des richesses de ce territoire.

3.2 Cas de l’orpaillage artisanal de la Falémé (Sénégal Oriental)


La Falémé (du soninké fanηe : fleuve et lemme : petit) est un affluent du fleuve Sénégal qui
prend sa source dans la partie nord du Fouta-Djalon (Guinée), à une altitude de 750m. C'est
l'affluent le plus important du fleuve Sénégal sur sa rive gauche (Figure 27).

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Figure 28 : Localisation de la Falémé

Fiche technique de la Falémé

 Débit : 640 m³/s (de 3 m³/s à 5 000 m³/s)


 Longueur : 1 700 km
 Bassin versant : 337 000 km²
 Pays traversés : Guinée, Mali, Sénégal, Mauritanie
 Principaux affluents : Kolombiné, Karakoro, Gorgol, Bafing, Bakoye, Falémé, Baoulé

3.2.1 Contexte et justification


Le Fleuve Sénégal qui a pour affluent principal cette « Falémé » est un fleuve d’Afrique de
l’Ouest au régime tropical, long de 1 750 kilomètres, qui prend sa source en Guinée à 750
mètres d’altitude. Il arrose le Mali, puis la Mauritanie et le Sénégal, tout en servant de
frontière entre ces deux pays, avant de se jeter dans l’océan Atlantique à Saint-Louis. Le Mali
détenant 38 % du bassin est le mieux servi de ce joyau naturel (Figure 28).

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ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

Figure 29 : la Falémé au milieu des pays (Mauritanie-Sénégal-Mali)


La Falémé, affluent principal du fleuve Sénégal qui traverse le Sénégal, la Guinée et le Mali,
est plus que jamais menacée de disparition. Le joyau naturel qui arrose toute la bannière
frontalière du Mali et du Sénégal pour ensuite irriguer toute la partie sud-ouest du Mali subit
des agressions multiples et multiformes, que rien ne semble pouvoir freiner. De Kayes à
Kédougou en passant par Keniéba, la Falémé longue de 650 km arbore les stigmates d’une
mort silencieuse provoquée par l’absence d’une politique de surveillance appropriée face à
des entreprises d’extraction sans conscience. Coupé en plusieurs petits lacs par des tas de
gravats accumulés par les dragues qui pullulent dans son lit, son parcours est à l’arrêt total. Le
visiteur peut traverser à pied pour se rendre de l’autre côté de la rive. Sur la partie de
l’affluent qui relie Kédougou, la dernière ville sénégalaise qui donne sur le Mali, le niveau de
détérioration de la qualité de l’eau est préoccupant. Cette eau de couleur rougeâtre qui servait
d’eau de boisson pour les populations riveraines est de plus en plus imbuvable. Les cas de
maladies dermatologiques sont de plus en plus fréquents dans le petit centre de santé offert
par la société minière Loulo SA aux populations des localités riveraines.

3.2.2 Le cancer de l’orpaillage


L’orpaillage traditionnel est devenu attractif au point de constituer, pour les populations à
faible revenu, un moyen d’amélioration de leur condition de subsistance. Sa pratique le long
de la Falémé connait une évolution vertigineuse. Même si l’orpaillage a perdu son caractère
saisonnier, les sites où il est pratiqué restent ouverts tout au long de l’année. Les matériels

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ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

utilisés et le mode d’extraction ont évolué considérablement avec le développement de la


technique et de la technologie.

3.2.3 Pratiques et évolution du secteur


“Les orpailleurs sont passés à l’usage de machines et de produits chimiques dangereux
et hautement toxiques … sans garantie de respect des normes de sécurité à appliquer.”
(Témoigne un orpailleur)

Dans la Falémé ce ne sont pas seulement des Maliens qui se disputent le butin. Les exploitants
viennent aussi des pays voisins dont le Sénégal et la Guinée. Des outils traditionnels, les
orpailleurs sont passés à l’usage de machines et de produits chimiques dangereux et
hautement toxiques comme le mercure, le cyanure, etc., sans garantie de respect des normes
de sécurité accompagnatrices. Les risques et les dangers pour l’environnement physique se
traduisent entre autres par le déboisement et la pollution de l’eau et des sols, dans les
techniques de l’orpaillage traditionnel. Au-delà de l’activité minière, la « forte concentration
de centaines, voire de milliers d’orpailleurs sur le même site, s’accompagne souvent
d’une coupe abusive de bois pour faire face aux besoins des mines artisanales,
d’habitation et de chauffage », signalent les experts de l’OMVS.

Sur tout le lit de la Falémé au Mali, on constate un déplacement fréquent des orpailleurs vers
d’autres sites plus riches. Ainsi, de nombreux puits et d’installations de traitement artisanal
des minerais se retrouvent-ils régulièrement abandonnés. « Les orpailleurs livrent le sol au
ravinement et à des processus d’érosion intensive, aboutissant à une destruction totale
du couvert végétal et à un dépôt important d’alluvions dans le lit mineur des cours d’eau
», déplore l’OMVS dans l’une de ses études.

Le comble, il y a une absence manifeste d’encadrement et de sensibilisation des artisans


mineurs sur les concepts de la protection environnementale et sanitaire. Ainsi, les
exploitations traditionnelles conduisent très souvent à une destruction écologique et sanitaire
sans précédent. « La gestion rationnelle de l’environnement pour son utilisation durable
est une nécessité incontournable pour assurer le bien-être des populations présentes et
des générations futures », signalent les environnementalistes de l’organisation.

Un récent rapport de l’OMVS révèle un vrai désastre écologique sur la Falémé : perturbation
des régimes hydrauliques et hydrologiques du fleuve, non fiabilité des données de mesure
hydrologiques et mauvaise qualité des eaux. S’y ajoutent une menace silencieuse sur les

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ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

ressources aquatiques et végétales mais aussi un danger pour la santé des populations et des
animaux.

3.2.4 Désastre écologique


D’après un rapport de l’ODD (objectif de développement durable), Du dernier village
sénégalais en suivant le cheminement de l’affluent jusqu’à Kayes, la navigation est impossible
par endroits. L’eau semble avoir disparu. La Falémé est cernée. On aperçoit un foisonnement
d’orpailleurs outillés de petits dispositifs individuels et une activité intense de dragage. Le
dragage est fait depuis des pirogues comportant une bruyante machinerie à même d’aspirer la
boue sous l’eau pour dénicher l’or.

“Parfois il faut affronter les menaces et représailles inopinées des autorités maliennes,
mais ici, nous gagnons notre vie.” Témoigne Amara Sidibé, tout au long de l’affluent, le
décor est le même. Sur le site d’orpaillage de Djidian, un village relevant du cercle de
Keniéba, une centaine de dragues sont immobilisées sur le fleuve. Dans cette localité où les
riverains ne peuvent plus mener des activités de maraîchage en raison de la pollution des
eaux, les orpailleurs semblent bien se frotter les mains.

« Nous avons choisi cette activité car l’Etat ne peut embaucher tout le monde, souligne
Amara Sidibé, propriétaire de drague sur le site, visiblement indifférent aux campagnes
de sensibilisation gouvernementale liées à la préservation de l’environnement. Parfois il
faut affronter les menaces et représailles inopinées des autorités maliennes, mais ici,
nous gagnons notre vie », insiste-t-il.

À ce triste décor s’ajoute le comportement périlleux des industriels. Différents recoupements


auxquels nous sommes parvenus permettent de découvrir que les mines industrielles situées le
long de la Falémé ne disposent pas de bassins de traitement de leurs eaux usées. Sur le plan
climatique, les conséquences sont dévastatrices. Entre les années 1960 et les années 2010, des
baisses très importantes : de 10 % à 15 % dans le haut-bassin, et de 26 % à 35 % dans la
vallée et le delta, rapporte une étude récente de l’Organisation pour la mise en valeur du
fleuve Sénégal (OMVS).

La Falémé a affiché une vulnérabilité manifeste face aux changements climatiques. L’OMVS
signale en partie amont (Mali) du fleuve une baisse des précipitations doublée d’une hausse
de la température. « La recrudescence de l’activité minière va accentuer les conflits de gestion
et d’importants risques de contamination des eaux », avertit toujours ce document.

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ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

Le bassin de la Falémé, selon des constats sur place qui corroborent le rapport de l’OMVS,
subit de plein fouet le changement climatique. Du Bakoye jusqu’à Bafoulabé, l’agriculture, la
pêche et l’élevage payent un lourd tribut. Les femmes, notamment, se détournent de ces
activités pour se livrer au petit commerce. Les hommes quant à eux prennent les sentiers de
l’orpaillage artisanal.

3.2.5 Irresponsabilité et complicité de certaines autorités


Un arrêté pris le 15 mai 2019 par le gouvernement malien interdit l’exploitation des
ressources fluviales par le biais du dragage. Le Ministre de l’environnement, avait alors
engagé ce que son cabinet a appelé « une guerre sans merci » contre les opérations de dragage
sur l’affluent principal du fleuve Sénégal.

« Nous allons faire comprendre aux hors-la-loi que le statu quo ne peut continuer », avait
menacé le ministre Guindo.

Le Gouverneur de Kayes (la première région administrative du Mali) avait donné jusqu’à fin
avril 2020 pour chasser les exploitants utilisant des dragues dans le lit de la Falémé.

Triste constat, ce mot d’ordre n’a été ni entendu ni suivi à ce jour. L’équation du dragage
persiste grâce à l’irresponsabilité et la complicité de certains responsables administratifs.
Plusieurs d’entre eux sont propriétaires de dragues, ou actionnaires de ces entreprises
d’orpaillage. Un employé sur site, nous confie que son patron, une autorité très reconnue du
Conseil régional de Kayes, détient une dizaine de dragues sur le site d’orpaillage de Loulo. À
la date du 10 juin, plus de 70 dragues sur la centaine que nous avons dénombrée continuent
d’opérer malgré les promesses du gouverneur d’appliquer la loi dans toute sa rigueur.

Ainsi, les autorités administratives locales comme l’OHADA (organisation pour


l’harmonisation en Afrique du droit des affaires) peinent véritablement à appliquer les
décisions prises dans le cadre de l’arrêt du dragage.

« Un membre de la dernière mission organisée en fin mars 2020, par le ministre Guindo
à Keniéba, était aussi le propriétaire d’au moins quatre dragues dans les eaux des sites
visités », confie sous anonymat un notable de Loulo, localité qui a donné son nom à la mine
Loulo SA.

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ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

Alors même que le but de cette descente de la délégation ministérielle dans les localités de
Babala et Massakama (frontière du Sénégal) était de donner le coup d’envoi de la campagne
de lutte contre les dragues qui causent d’énormes dégâts sur la Falémé.

Selon nos recoupements, les 67 dragues mises en eau dans les encablures de la mine d’or de
Loulo auraient pour propriétaires des élus, et de hauts responsables de l’administration
malienne.

C’est dire que l’arrêté interdisant le système d’exploitation d’or par dragage au Mali n’est
qu’un papier volant foulé par le personnel du cadre institutionnel de l’orpaillage. Et les
missions officielles des autorités de Bamako sur les sites ne seraient qu’une farce.

3.2.6 Alerte du cadre institutionnel concerné


« Si nous ne réagissons pas, les agressions sur la Falémé vont dangereusement menacer
notre survie. » Ces mots prononcés en mi 2019 sur le site d’orpaillage de Kolia par le Haut-
commissaire de l’OMVS, devraient interpeller le public.

Un faisceau d’espoir existe, malgré tout, pour sauver la Falémé. L’OMVS dispose de
plusieurs projets structurants mais qui peinent à faire leurs effets. Au nombre des initiatives,
un projet de navigation du Sénégal à Ambidédji, un volet hydroélectrique consistant, et une
relance de l’agriculture.

Selon le premier responsable de l’OMVS, les Etats doivent régler la question de la législation
en amont : « Il faut œuvrer à harmoniser leurs législations conformément à la Charte de
l’OMVS. En face d’un tel désastre, il faut une réponse collective. L’action d’un seul Etat
n’y suffit pas ».

Pour sauver la Falémé, selon Moussa Camara, expert dans le domaine des ressources
halieutiques, « il faut prendre les dispositions vigoureuses pour l’application des textes
interdisant le dragage et d’autre part, mieux organiser les activités d’orpaillage pour
minimiser leur impact sur les ressources en eau et l’environnement du bassin ».

Les grands ouvrages hydrauliques de l’OMVS devraient contribuer à faire face aux impacts
des changements climatiques. Mais les mesures d’endiguement mises en œuvre peinent hélas
à produire leurs effets. Cette nécessaire mutation devra en effet permettre aux populations de
se mobiliser autour de projets viables et durables.

3.3 Quelques mythes lies à l’orpaillage


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La pratique de l’orpaillage est une activité presque mythique où l’espoir du gain rapide suscite
un engouement populaire et justifie les logiques de survie individuelle et familiale. Les
orpailleurs mandingues, particulièrement les diakhankés, considéraient donc l’or comme une
propriété des génies.

3.3.1 La pratique mythique autour de l’orpaillage


L‘offrande était proportionnelle à la quantité d’or trouvée, il pouvait s’agir d’un coq, d’une
chèvre ou même d’un œuf. Selon Bangaly Keïta, orpailleur à la Falémé (Sénégal oriental), la
réglementation coutumière interdit l’exploitation de l’or le mardi et le vendredi, considérés
comme des jours « chauds », pendant lesquels les génies détenteurs du métal précieux
circulaient et veillaient sur leur bien. L’argent gagné dans l’orpaillage pouvait d’ailleurs être
source de malheur compte-tenu de son origine maléfique. Une partie importante des revenus
tirés de cette activité étaient souvent consacrés à des dépenses ostentatoires avec des rachats
de vélos, de motos, de postes de radio, d’habits, etc., mais rarement réinvestis dans le bétail
ou le matériel de production agricole, qui manquait tant. Le chef de mine, en accord avec les
notables, décide de faire un grand sacrifice pour les raisons suivantes : découvertes d’un
nouveau site, chien aperçu sur la mine, présence d’un homme un lundi ou sifflement durant le
travail. Pour écarter le diable, le sacrifice est nécessaire. Il demande une somme symbolique
par puits. Suivant l’importance de la mine, l’animal choisi est un mouton ou plusieurs
taureaux. Ces animaux domestiques sont sacrifiés au milieu du « dioura » et le sang répandu
sur les puits, précise Bangaly.

Avec la découverte des gisements d’or un peu partout dans cette partie orientale du pays, le
verrou social a complètement disparu. Certains « castés », rationnels, qui occupaient le bas de
la hiérarchie sociale ont, grâce à l’argent gagné dans l’or, connu une ascension sociale. Ils ont
monté leur propre projet de salons de coiffure et de commerce entre autres activités et sont
parvenus même à recruter du personnel. La réussite sociale que leur confère l’or a permis à
ces personnes de s’affirmer et d’être des modèles de réussite pour la société.

3.3.2 Orpaillage, Drogue et Prostitution font bon ménage


« Les populations dans les zones aurifères sont très conservatrices et le sexe y est tabou »,
soutient notre confident. « Il est formellement interdit d’en parler en public en plus d’une
certaine méfiance qui entoure les gens. Dans certaines zones, les populations ne savent même
pas ce que c’est le Sida. Il y a un manque criard d’informations sur le VIH-SIDA. Avec la
mobilité des orpailleurs dans ces zones rurales, les jeunes célibataires pour la majorité
s’adonnent à leur guise à une sexualité débridée. Pour gagner davantage de l’argent, les
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MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

orpailleurs ont recours souvent à des croyances souvent très dangereuses pour leur santé et la
survie des communautés. Pour eux, l’esprit des génies plane et se cache dans les sites, et la
pratique de ces croyances incite ces génies à libérer l’or. Le must pour un orpailleur, c’est
d’avoir une conjonction avec une jeune fille vierge.

La prostitution clandestine, et ou semi-ouverte, est un phénomène en constante


développement. Les tentes communément appelées « cabanon » à l’image d’un camp de
réfugiés, poussent comme des champignons. Les filles, pour la majorité des étrangères,
habitent dans des chambres de fortune qui servent en même temps de dortoir et de « chambre
de passes ». Ces filles fréquentent les bars transformés pour la circonstance en dancing parmi
lesquels « Marsala Bar », « Ijma Bar », « Rouso Bar » en allusion à son propriétaire qui a la
peau « rouge ». En cette période hivernale, c’est la ruée vers Kédougou à cause d’importants
gisements d’or découverts dans cette zone. Ces filles qui s’adonnent à la prostitution
investissent chez elle en envoyant fréquemment de l’argent. Certaines préfèrent épargner dans
les banques de la place. Lover, ghanéenne qui pratique la prostitution depuis plus de deux ans
à Kédougou, dans son « cabanon » bien décoré avec des pagnes aux couleurs défraîchies.
Confient des reporters de l’OMS et de l’OIT , « Je suis coiffeuse de profession et j’ai cinq
frères et quatre sœurs. Ce que je gagnais avec la coiffure au pays ne me permettait pas de
prendre en charge ma famille. Mon frère est un vieux paysan. Du jour au lendemain, des
amies qui sont venues ici à Kédougou ont construit chez elles et aidaient leurs familles en
envoyant périodiquement de l’argent. C’est par le biais de l’une d’elles que je suis venue à
Kédougou. A mon arrivée, j’ai vite compris comment la majorité des filles gagnaient leur vie.
Et pour survivre et soutenir toute une famille, je me suis vite lancée dans la prostitution qui
marche très bien ici ». Je signale que j’ai pris les précautions sanitaires nécessaires pour ma
protection. J’ai mon carnet sanitaire et respecte les règles car le VIH-SIDA est une réalité ici.
»

Toutes ces pratiques favorisent une débauche chez les jeunes et les rendent vulnérables au
VIH-SIDA », conclut ce représentant d’une ONG.

3.3.3 Impacts environnementaux et sociaux de l’orpaillage


Sur les sites, l’orpaillage traditionnel favorise les impacts sur l’environnement et la santé des
populations rurales. Au niveau de ces sites, selon un agent des eaux et forêts à Kédougou, les
normes d’exploitation au plan de la santé, de la sécurité et de l’environnement ainsi que de
suivi des activités minières sont quasi inexistantes. « En plus de l’absence des lois et

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ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

règlements précis sur la question, l’aspect informel de l’orpaillage traditionnel ne milite


aucunement en faveur de sa réglementation.

L’orpaillage dégrade et appauvrit le sol, favorise l’érosion et l’épuisement progressif des sols,
la dégradation des forêts et la dissémination de la faune. Le niveau de paupérisation et de
précarité justifie souvent l’orpaillage traditionnel, activité de survie malgré les conséquences
néfastes pour l’environnement », explique cet agent forestier.

Cependant, la dégradation de l’environnement favorise également certaines maladies


contractées sur les sites d’orpaillage. Selon les autorités sanitaires, « outre les infections
sexuellement transmissibles (IST), les maladies les plus courantes enregistrées sont surtout le
paludisme, les diarrhées et les infections respiratoires aiguës (IRA). Il est également noté sur
ces mêmes sites, le péril fécal et le ver de Guinée. »

Les risques relatifs à l’orpaillage sont souvent liés aux dures conditions de travail et aux
accidents sur les sites d’orpaillage d’après Sékou Diarra, orpailleur à la Falémé. « Les
conditions de travail sont souvent à haut risque et très pénibles pour les femmes et les enfants
toujours présents dans les aires de traitement. On assiste très souvent à des accidents mortels
liés à l’extraction dont les causes sont l’éboulement, l’affaissement de terrain, l’asphyxie, ou
l’éruption soudaine d’eau dans les trous. L’exposition aux poussières de roche, aux vibrations,
et la pollution due à l’utilisation du mercure, sont des principales sources d’accidents et de
risques sur les sites.

Sur les sites, l’accès à l’eau potable et aux infrastructures socio-sanitaires de base constituent
également un casse-tête pour les populations dans ces zones rurales », regrette Sékou Diarra.

Pour se donner du courage, les orpailleurs jeunes et adultes, consomment de l’alcool, des
amphétamines, des stupéfiants ou inhalent de la colle. C’est ainsi que l’usage des stupéfiants,
l’escroquerie, le banditisme et même la criminalité ont tendance à se développer dans ce
secteur. Les vols, les escroqueries et parfois les agressions sont monnaie courante sur les sites
d’orpaillage, ce qui explique les récurrentes bagarres souvent ensanglantées. Aucune structure
étatique pouvant assurer la protection de la libre circulation des biens et des personnes n’est
sur place. Les places communément appelées « dioura » font figure de «no man’s land ».

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ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

Conclusion
En définitive, l'extraction artisanale mauritanienne et sénégalaise semble bien, dans sa
matrice, un outil destiné à maintenir un statu quo social plus qu'un vecteur de création de
richesses. Les deux états tentent cependant de réagir pour organiser de manière plus
minutieuse la production d'or des mineurs artisanaux.

C'est la raison de la création en Mauritanie, en 2019, d'un système de licences d'exploitation,


ou bien la constitution d'une entreprise publique, la MAADEN, chargée d'organiser la
pratique de l'orpaillage dans la zone d'extraction du Tiris Zemmour. Si l'on peut naturellement
s'attendre à des résultats, il n'en demeure pas moins que les moyens mis en œuvre sont trop
limités à ce stade pour gérer l'afflux d'orpailleurs et leurs conséquences sur la sécurité et
l'environnement de la région.

La Falémé, principal affluent du fleuve Sénégal est menacé par une pratique sauvage de
l’orpaillage. L’utilisation de machines appelées « DRAGUES » risque de faire disparaitre ce
fleuve pollué et qui s’assèche progressivement à cause de ces engins qui fouillent le lit du
fleuve à la recherche de l’or. Conséquences les populations n’arrivent plus à utiliser l’eau
pour leur consommation, le maraichage, la pêche entre autres activités qui tournent autour du
fleuve la Falémé. L’habitat des animaux notamment les hippopotames qui y sont très
nombreux est aussi menacés par l’activité d’orpaillage sauvage.

Les autorités maliennes et sénégalaises tentent de combattre le phénomène dans leur pays
respectif. Mais avec les actions dispersées et non coordonnées, les deux pays peinent à arrêter
le péril écologique qui continuent à s’étendre et menace la survie de milliers de populations
vivant des deux côtés de la frontière.

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MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
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CHAPITRE 4 : AVANTAGES, SOLUTIONS


AUX IMPACTS ET PERSPECTIVES POUR
L’ORPAILLAGE

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Introduction
En Afrique, plus cinq millions d’artisans miniers sont recensés et dont la moitié pour
l'orpaillage. Ils font une production de plus de 50 t par an. Les impacts de la crise économique
mondiale et surtout de l’augmentation récente des prix de l’or ont tendance à faire augmenter
ces chiffres. L’orpaillage crée de la richesse et maintient les populations, riveraines des sites,
en zones rurales. Il contribue directement aux économies locales, souvent de manière
informelle, et les importants revenus générés restent en grande majorité dans le pays,
contrairement aux exploitations industrielles. Toutefois, cette activité présente de nombreuses
difficultés, tant au niveau environnemental, qu’économique et social, aggravées par la gestion
irrationnelle des réserves, les impacts sur l’environnement (la pollution au mercure, en
particulier), la surpopulation lors des « ruées », ainsi que les nombreux autres problèmes tels
que la non scolarisation des enfants des orpailleurs et les risques sanitaires.

Il devient ainsi nécessaire de se profiter des avantages de ce secteur, de trouver des solutions à
ces impacts en vue d’ouvrir de meilleures perspectives pour l’orpaillage et ses artisans d’une
manière générale.

4.1 Avantages et réduction des risques


L’or est depuis peu, l’une des matières premières du commerce équitable. En effet, en
contrepartie de pratiques d’exploitations durables, respectueuses des droits sociaux et
humains, de l’environnement et des lois nationales qui fondent les standards de « l’or
équitable ». Une communauté peut recevoir une certification de l’organisme gérant ce
commerce, FLO-Cert (FairTrade Labelling Organisation). Celle-ci permet aux orpailleurs de
recevoir une meilleure rémunération pour l’or extrait, payée en partie par des avances sur les
prévisions de production.

4.1.1 Prévention du travail des enfants dans les mines


Dans certains villages, la tradition orale africaine est utilisée pour sensibiliser les
communautés sur les risques encourus par les enfants dans les mines d’or. Les autorités
organisent des causeries, des forums de discussion et des pièces de théâtre, afin de faire passer
le message et d’ouvrir des espaces de dialogue pour les habitants des villages orpailleurs.

L’objectif principal de ces échanges est de faire comprendre aux orpailleurs que les enfants ne
devraient fréquenter qu’une seule soi-disant « mine d’or », l’école.

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[Link] Récupération des enfants et des jeunes occupés par l’extraction aurifère
L’abandon scolaire provoqué par la « ruée vers l’or » affaiblit encore plus les compétences
limitées en lecture et en écriture des communautés paysannes. Malgré la rudesse des
conditions de travail, l’espoir de faire fortune grâce à l’extraction de l’or est si fort qu’il n’est
pas facile de convaincre les parents à faire renoncer aux mines à leurs enfants pour les amener
à l’école (BIT, Genève, 1999).

[Link] Plaidoyer pour les droits de l’enfant


« Il faut tout un village pour élever un enfant », dit un proverbe africain. Il faut également tout
un village pour le protéger à travers un travail de sensibilisation. Il faut développer des
systèmes de protection des enfants par la communauté pour éviter que ceux-là ne soient attirés
par l’argent facile.

En conséquence, il demeure intéressant de mener des actions de plaidoyer auprès des


différents acteurs (États, ONG, secteur privé, société civile, OCDE) qui luttent contre le
travail des enfants sur les sites miniers.

4.1.2 Formations aux bonnes pratiques d’exploitation et de gestion.


Il serait bien de prévoir à délivrer une formation aux ONG locales et membres des projets de
lutte contre les mauvaises pratiques d’orpaillage, aux concepts, pratiques et méthodes, pour
leur permettre d’appuyer les communautés d’orpailleurs.

[Link] Solution à la dissémination du mercure


Une évaluation des flux de mercure devrait être faite au niveau national avant de proposer une
démarche pour la mise en place d’un plan d’action national de lutte contre la dissémination du
mercure. Une série d’ateliers devrait être organisée pour former les orpailleurs aux bonnes
pratiques pour leur protection et celle de l’environnement. Des méthodes d’extraction plus
propres et plus efficaces devraient être adoptées.

[Link] Mise en place de filières de commercialisation « d’or équitable ».


Elle devrait prendre en compte un appui aux communautés sur les démarches d’une «
certification or équitable » et la mise en place d’une filière de commercialisation « d’or
équitable » agréée par les gouvernements et les instances du commerce équitable.

4.1.3 Création d’activités palliatives et législation


C’est le manque d’emploi et le dénuement total sans aucune issue favorable qui conduit
certaines personnes à se lancer à la recherche de ce métal précieux. La lutte contre la pauvreté
doit être une priorité de la politique communale des zones d’orpaillage. Il va falloir donc

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encourager, à côté de la petite production artisanale, d’autres activités productives


complémentaires, auxquelles l’activité minière servira de point d’ancrage. Il s'agit dans cette
optique de développer un accès des orpailleurs au microcrédit afin de permettre de tels
investissements. Cette attitude empêche les orpailleurs d’être tributaires de l’exploitation
artisanale.

Il y a donc lieu d’être plus soucieux sur les besoins essentiels des communautés minières
plutôt que sur les aspects purement techniques de manière à initier des actions en faveur des
populations déshéritées et renforcer leur capacité d’organisation à la base. Pour cela il faut
promouvoir l’assistance de l’Etat et des bailleurs de fonds tout en créant des entreprises
locales et des coopératives minières structurées.

[Link] La sensibilisation
Les orpailleurs doivent être sensibilisés sur le fait que les richesses générées à travers les
activités palliatives devront favoriser l’émergence d’un réseau d’entrepreneurs bien intégrés
dans le tissu économique local et capables de contribuer de façon significative au
développement durable.

D’autres mesures importantes en milieu artisanal consisteraient à sensibiliser davantage les


orpailleurs sur les risques encourus par l’utilisation de produits chimiques, nocifs. Il convient
également de former les orpailleurs à de meilleures pratiques d’extraction pour minimiser les
risques d’accidents. Combattre avec la dernière énergie la présence d’enfants sur les sites
miniers.

[Link] L’élaboration de textes législatifs et règlementaires


Toute amélioration des conditions sanitaires et environnementales est conditionnée par une
sensibilisation des orpailleurs et des habitants des villages voisins. Pour réduire les problèmes
de santé sur les sites, une prise de décision juridique de la part des autorités étatiques serait
bénéfique. L'octroi d'un permis d'exploitation artisanale devrait être conditionné par la
réalisation d'une Étude d'Impact Environnemental et Social (EIES). Une décentralisation du
contrôle des sites d'orpaillage vers les départements par la mise en place d'un comité de suivi
du respect des normes sur les sites d'orpaillage minimiserait les conséquences de l'orpaillage.

Le respect des normes de fonçage avec une distanciation minimale de 1,5 m entre deux puits
devrait être exigé. Cela favoriserait la baisse des risques d'accidents par effondrement.

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4.1.4 La restauration des puits et le reboisement


La restauration des puits empêcherait aussi la stagnation des eaux servant de lieux de
développement de vecteurs pathologiques. Après la fermeture, les puits doivent être
recouverts de terre arable puis d'un éventuel pour reboisement des zones dénudées. Sur cette
lancée les orpailleurs doivent s'organiser à faire des campagnes de reboisement annuel durant
les mois de fermeture du site d'or. Il faudrait récupérer les branches les plus résistantes ayant
servi au soutènement des puits abandonnés pour les réutiliser dans les nouveaux puits, et
recycler celles qui ne servent plus au soutènement pour en faire des bois de chauffe.

L’usage de la dynamite doit être interdit en vue de réduire la fragilisation du sol et les
éboulements. Les motopompes doivent être utilisées avec plus de précaution en vue de
diminuer la pollution directe des nappes par les hydrocarbures

4.2 Limitation des impacts et innovations


Bien que les techniques d’extraction ne soient pas trop développées avant la colonisation, les
minerais filoniens faisaient l’objet d’extraction. Le creusage de puits de faible profondeur
était assuré avec des piochons à courte manchette (Kiéthéga, 1983 ; Schneider, 1993). La
faiblesse des profondeurs s’expliquait d’une part par la fragilité des parois des puits, qui
s’écroulaient facilement sous l’effet de la pression, et d’autre part du fait des nappes qui
envahissaient les puits durant l’hivernage.

Les techniques de creusage des puits filoniens restent inchangées avec l’utilisation de pelles,
pioches, de la torche pour éclairer et de la corde pour faire descendre et monter les exploitants
et minerais.

4.2.1 Recours au bois de soutènement


Les innovations majeures se situent au niveau de la protection des parois des puits et galeries,
par l’usage du bois de soutènement, l’aération des puits, la mécanisation de la montée des
exploitants et des sacs de minerai

Bien avant 2009, pour lutter contre la fragilité des parois des puits et galeries, les orpailleurs
procédaient au soutènement des puits avec des troncs d’arbres qui étaient coupés à proximité
des sites d’orpaillage dans la clandestinité ou en accord avec des propriétaires terriens (Figure
28). Il s’agit d’une vieille technique utilisée par exemple dans les mines d’or gauloises du
sud-ouest du Massif central depuis l’Antiquité (Caüuet, 2000)

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ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

Figure 30 : Tectona grandis (teck) et Eucalyptus Camaldulensus (Gommier rouge)

4.2.2 Le bétonnage (un frein pour l’éboulement)


La seconde alternative est le bétonnage des puits de mine par les orpailleurs. Cette technique
est très coûteuse et n’est pas accessible à tous. Seule la partie verticale du puits est bétonnée
(Figure 29). Cela permet non seulement d’éviter les Représailles des agents forestiers du
ministère de l’Environnement présent dans certaines communes, mais aussi de lutter contre
les effondrements, les affaissements et les risques liés à la présence de l’eau.

Figure 31 : Le bétonnage pour la protection des puits d’orpaillage.


Ces différents risques sont à l’origine des mêmes pratiques dans les mines semi mécanisées
(Figure 30). Pendant que les orpailleurs se vantent de leur innovation pour échapper à la
répression des agents administratifs de l’environnement, ces derniers revendiquent la paternité
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ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

de cette technique de soutènement. Dans tous les cas, le bois est toujours utilisé pour le
soutènement des galeries et la construction des hangars

Figure 32 : Puits bétonné muni d’une poulie manuelle qui facilite la montée du minerai et des
orpailleurs.
Les puits bétonnés ont moins d’impact sur la végétation par rapport aux puits soutenus
uniquement avec du bois. Cependant, l’usage de « ciment de bétonnage » n’est pas du tout
écologique puisqu’après extraction, le béton n’est pas revégétalisé. Pour une réhabilitation,
l’usage de gros moyens serait nécessaire pour le remblaiement.

La profondeur puits plus la longueur des galeries peuvent atteindre plus de 100 m. Le poids
du minerai ont favorisé et l’usage de poulies manuelles et mécaniques pour faire remonter
travailleurs et minerais. Dans le but d’aérer les puits et galeries, des ventilateurs solaires à
disjoncteurs sont utilisés. Avant cette technique, les puits étaient mal aérés (ONUDI et OIT,
2009) du fait de l’usage d’éventails manuels de fabrication locale.

4.2.3 Normes et recommandations de construction


Les travaux en souterrain comportent des risques particuliers dus à la connaissance souvent
limitée du sous-sol et à la variabilité naturelle de ses caractéristiques physiques et
mécaniques.

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MEMOIRE, EL BECHIR ABDARAHAMANE, 2022
ORPAILLAGE ARTISANALE : contribution à la construction de galléries et à la réduction des risques

De plus, l’excavation d’un ouvrage souterrain provoque généralement des déplacements qui
peuvent affecter les constructions existantes situées dans la zone d’influence géotechnique
(ZIG).

La zone d’influence géotechnique (ZIG) est définie par la norme NF P 94-500 comme le «
volume de terrain au sein duquel il y a interaction entre d’une part l’ouvrage ou
l’aménagement de terrain (du fait de sa réalisation et de son exploitation) et d’autre part
l’environnement (sols, ouvrages, aménagements de terrains ou biens environnants). La forme
et l’extension de cette zone d’influence géotechnique sont spécifiques à chaque site et à
chaque ouvrage ou aménagement de terrain ». L’étendue de la ZIG dépend des conditions
géotechniques, du diamètre de l’excavation, de la profondeur mais aussi des méthodes
envisagées pour la réalisation.

La construction d’une galerie à faible profondeur engendre des mouvements du terrain


environnant qui se répercutent en surface sous la forme d’une cuvette de tassement et pouvant
affecter les constructions avoisinantes (bâtiments, ouvrages et réseaux) situées dans la ZIG.
La construction d’une galerie peut également engendrer des vibrations dans le terrain
environnant ainsi que des surpressions aériennes en cas de creusement à l’explosif qui
peuvent se transmettre aux constructions avoisinantes situées dans la ZIG spécifique. Ces
vibrations peuvent constituer une gêne pour les riverains et engendrer des dommages sur les
structures.

Le mémoire de synthèse géologique, hydrogéologique et géotechnique (MSG) et le plan de


management des risques (PMR) sont deux documents issus d’un processus de management
des risques et servent à atténuer voire éviter la production de dommages.

La définition du management des risques tel que préconisé par les documents de référence,
découle de deux normes :

 NF ISO 31000 de 2018 « Management du Risque – Lignes directrices » et


 NF EN 62198 « Gestion des risques liés à un projet – Lignes directrices pour
l’application »

Ainsi que du fascicule FD ISO Guide 73 « Management du risque– Vocabulaire » ; et des


recommandations AFTES GT32R2F1 et GT32R3F1.

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Au sens de la NF ISO 31000, le risque se définit comme « effet de l’incertitude sur les
objectifs » et « est généralement exprimé en termes de sources de risque, événements
potentiels avec leurs conséquences et leur vraisemblance ». Le niveau de risque (NR) est
défini comme « importance d’un risque ou combinaison de risques, exprimée en termes de
combinaison des conséquences et de leur vraisemblance ». Les risques résiduels sont les
risques qui ne sont pas totalement pris en compte à l’issue de la conception.

4.2.4 Perspectives du management des risques de l’orpaillage


Le processus de management des risques, tel que décrit dans les textes de référence cités ci-
dessus, est un processus continu et itératif mis en œuvre dès les toutes premières phases
d’étude et qui consiste en une démarche enchaînant les opérations suivantes :

 Le bilan des connaissances et des incertitudes


 L’appréciation du risque se décomposant elle-même en trois parties : l’identification
du risque, l’analyse du risque et l’évaluation du risque
 La définition et l’application des actions de traitement du risque qui visent à modifier
un risque et notamment à l’éliminer ou à en réduire la valeur du niveau de risque
 L’appréciation définitive du risque après application des actions de traitement. Lors de
la réalisation des travaux, en cas d’occurrence de l’évènement redouté (réalisation du
risque), l’entreprise doit mettre en œuvre les actions correctives, prédéfinies autant que
possible lors de la conception pour chaque risque et complétées lors des études
d’exécution, de l’application des méthodes et processus d’exécution.

La conception d’un ouvrage souterrain repose sur la définition des conditions géotechniques
attendues, à partir de laquelle la galerie est découpé en tronçons homogènes. À chaque
tronçon sont associés un ou plusieurs procédés d’exécution.

L’ensemble des préconisations de ce guide pour le management des risques a pour objectifs
essentiels :

 De réduire autant que possible les situations imprévues pendant les travaux par
l’identification en amont des principaux risques et le choix d’actions de traitement
pour en préciser la vraisemblance et en limiter les conséquences ;
 De faire porter ces risques par celui qui est le plus à même de les manager pendant les
travaux et de le rémunérer en conséquence ;

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 D’exprimer clairement les principes de management des risques dans le contrat afin
qu’ils soient compris et partagés par l’ensemble des parties prenantes.

L’implication des autorités administratives et territoriales ainsi que des ONG et de la société
civile sur le plan institutionnel, juridique, économique, sociale et environnementaux est
inéluctable pour la mise en œuvre des politiques managériales pour la durabilité et la
résilience de l’orpaillage.

Conclusion
Cette Activité présente de nombreuses difficultés, tant au niveau environnemental,
qu’économique et social, aggravées par la gestion irrationnelle des réserves, les impacts sur
l’environnement, la surpopulation lors des « ruées », ainsi que les nombreux autres problèmes
tels que la non scolarisation des enfants des orpailleurs et les risques sanitaires. Les puits
bétonnés ont moins d’impact sur la végétation par rapport aux puits soutenus Uniquement
avec du bois. Cependant, l’usage de « ciment de bétonnage » n’est pas du tout écologique
puisqu’’après extraction, le béton n’est pas revégétalisé. Pour une réhabilitation, L’usage de
gros moyens serait nécessaire pour le remblaiement. La profondeur (ensemble puits plus
galerie peut atteindre plus de 100 m) et le poids du minerai ont favorisé et l’usage des poulies
manuelles et mécaniques pour faire remonter travailleurs et minerai). Dans le but d’aérer les
puits et galeries, des ventilateurs solaires à disjoncteurs sont utilisés ce type d’aération est
aussi observé. Avant cette technique, les puits étaient mal aérés (OIT,2009) du fait de l’usage
d’éventails manuels de fabrication locale. Ceci étant la cause de l’élaboration de plusieurs
normes et recommandation de constructions de galléries que tous les acteurs de l’orpaillage
doivent appliquer et se conformer afin de sauver leurs vies et surtout préserver leur
environnement de travail en réduisant les risques d’éboulements et améliorer leur condition de
travail.

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CONLUSION GENERALE ET RECOMMADATIONS


L'orpaillage est une activité qui, de par ses techniques d'extraction expose les orpailleurs et les
populations environnantes à des risques conduisant à des maladies souvent dramatiques.
L’objectif principal de cette étude était de faire le tour des enjeux de l’exploitation artisanale
de l’or et d’en proposer des solutions en perspective. Des résultats de recherches portant sur le
processus d’exploitation minière ont permis de recueillir des informations très enrichissantes
dans le secteur de l’orpaillage.

Les analyses des éléments du milieu physique (eau, végétation et sol), mettent en évidence
une pollution véritable d’une part à travers l'usage des produits chimiques et d’autre part liée à
la destruction du couvert végétal par la coupe abusive de bois. Par ailleurs, les mauvaises
conditions de vie sur les sites d’orpaillage sénégalo-mauritaniens favorisent la persistance de
certaines maladies causées directement ou indirectement par l'orpaillage. Le manque
d'infrastructures d'aisance et d'hygiène concourent à la pollution des eaux de boisson, d'où une
exposition à des maladies digestives.

Ces maux sont le plus souvent causés par les pollutions résultantes des techniques d'extraction
qui restent archaïques. Tout d'abord l'usage manuel des outils entraîne des accidents qui sont
la cause de blessures traumatiques. Ensuite le dynamitage, le rejet dans les puits des piles
usées, les pertes et rejets d’hydrocarbures et bien d’autres produits chimiques polluent l'eau
des nappes et exposent la population à toutes sortes de maladies. Enfin, le manque de
protection contre la poussière et les vapeurs des produits chimiques pendant le fonçage et le
traitement favorisent la propagation des maladies respiratoires d'une personne infectée à une
autre bien portante. L'homme tirant ses aliments du milieu physique pollué, s'infecte par la
consommation des denrées alimentaires et de l'eau contaminée. La nature des habitats pour la
plupart en pailles ne sont pas épargnés aux risques d’incendies. Les amphétamines, les alcools
frelatés et la drogue consommés par les orpailleurs entrainent des comportements immoraux
et les exposent à des infections.

Une synergie d’action entre autorités locales, gouvernementales et exploitants allant de la


sensibilisation à l’élaboration de textes règlementaires et soutenue par un accompagnement à
la fois technique et financier doit être mise sur pied pour minimiser les effets néfastes de
l’exploitation artisanale de l’or. C’est ainsi donc que l’on pourra assurer un développement
économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement soutenable.

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REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES et WEBOGRAPHIQUES


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Filtres légers pour métaux lourds : [Link]


metaux-lourds.N376904

Gold miner : [Link]

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L’Or et la cyanuration (ou cyanurisation de l’or) : [Link]


mines/techniques-mines-or/or-cyanuration-cyanurisation-or

Le maniement de la Batée et du Pan : [Link]

Les effet des métaux lourds sur l’environnement et la santé : [Link]


261/[Link]

Les métaux lourds : [Link]

L'or, la magie des alchimistes : [Link]


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Maniement des pans et batées (avec photos) : [Link]

Minéraux – Fossiles : [Link]

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