Cours Vérité, Science Et Raison
Cours Vérité, Science Et Raison
Introduction :
Qu’est-ce que la vérité ? (Si bien symbolisée par la question de Ponce Pilate adressée au Christ lors de son
procès, qui affirme être la vérité et auquel Ponce Pilate rétorque « mais qu'est-ce que la vérité ? » En effet, voilà bien un mot de
la langue complexe et polysémique. Il s’agit donc de s’interroger sur l’essence de la vérité, de circonscrire sa nature, sa
définition. A quoi la reconnaît-on, de quoi se distingue t-elle ? Quels sont les critères permettant de la définir, sont-ils pour
autant définitifs, absolus ? Tout d’abord, notons qu’elle apparaît de manière paradoxale puisqu’elle est, à la fois, voilée,
cachée, difficile à obtenir et même temps, évidente au sens où elle semble crever les yeux de tous, elle semble aller de soi ne
dit-on pas que la vérité confond tout mensonge par sa force et son évidence ? Elle est comme le « nez au milieu de la figure » ;
Dès lors, peut on alors dire « à chacun sa vérité ? » Pourtant, tout le monde a le sentiment de détenir une vérité, sa vérité ?
Ainsi, la vérité est-elle plurielle et subjective ? Ou alors est-elle unique, absolument objective et même absolue ? Ces
interrogations conduisent un problème central : Ou bien la vérité est subjective, particulière et plurielle ou bien est-elle
objective ? Mais peut-elle l’être absolument ? N’est-ce pas une nouvelle illusion que de supposer une vérité absolue ? Enfin, y
a-t-il un danger à rechercher la vérité ? Par exemple, Augustin parle, à propos de cette recherche de la vérité, d’ une « maladie
de la curiosité », d’une maladie de l’âme. En effet, elle peut rendre malheureux au point que l’on peut se demander si, parfois,
il ne vaudrait mieux pas connaître la vérité. Bien plus, chercher la vérité, tenter de la dévoiler peut-être une quête dangereuse
(Galilée, Copernic, Socrate, autant d’homme qui sont morts au nom de la vérité, mais aussi, comme les tragédies grecques nous
le montrent, Œdipe roi, qui veut connaître la cause de la peste de Thèbes, ce qui le mène à sa perte. Mais encore, Psyché, dans
la mythologie grecque, qui veut voir le visage de son amant Éros en plein jour et le perd, et Pandore qui ouvre la boite des
maux de l’humanité et les libère à cause de sa curiosité ; enfin Adam et Eve qui sont déchus du paradis pour avoir mangé le
fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal). Que cache le besoin de vérité ? Est-ce toujours un bien de la connaître ?
Dès lors, La vérité puise t-elle son essence dans une unicité objective ou dans une pluralité subjective ? ’N’ y a-t-il pas des
critères permettant de reconnaître la vérité ? Et que cache ce besoin humain de vérité ? Ainsi, au fond, quelle est la marque de
la connaissance scientifique ? Est-il possible de distinguer la vérité scientifique d'une pseudo-vérité ? Existe t-il des critères de
démarcation clairs et précis entre la vérité scientifique et d'autres propositions ? La réalité scientifique est-elle de même nature
que la réalité constatée ? Quel rôle joue la raison dans le rapport qu’elle entretient à la réalité scientifique ? Les faits
scientifiques ont-ils entièrement objectifs et " vrais " ? Nous allons y répondre en réfléchissant sur les questions suivantes :
Comment faisons-nous l’acquisition des théories scientifiques ? Les déduisons-nous directement de l’expérience, de la réalité
constatée et observable, ou bien la précèdent-elles ? Sont-elles la copie conforme du réel, ou bien une reconstruction de ce
réel ? Mais qu’est-ce qu’une théorie scientifique ? Quel est donc le fondement de cette connaissance ? Qu’est-ce qui permet
d’en rendre compte ? Quel type de rapport met-elle en place et exige t-elle entre la raison et le réel ? Ainsi, le problème
consistera donc à se demander qu'est-ce que vraiment une connaissance scientifique ?
Dès lors, au sens large du terme, la vérité est un accord entre la pensée et son objet. Une pensée est vraie
(objective) lorsqu’elle correspond à ce à quoi elle pense (son objet). En un 2 e sens, la vérité consiste en une adéquation (un
accord) entre la pensée et la réalité. L’objet de la pensée, dans ce cas, est un objet réel, et connaître la vérité consiste à penser la
réalité telle qu’elle, et non en fonction de ses désirs ou de ses préjugés. En un 3 e sens, la vérité peut aussi être un accord de la
pensée avec elle-même. Elle est alors synonyme de cohérence logique. Par exemple : « 2 + 3 = 5 » est une vérité logique, qui
reste valable même si « 2 », « 3 » et « 5 » ne sont peut-être que des idées abstraites, sans réalité. D’après ces
définitions, il semble que l’homme soit capable d’atteindre une certaine forme de vérité : par sa raison, il peut éviter des erreurs
de logique et démontrer certaines vérités. D’un autre côté, une pensée peut être logique, et en décalage total par rapport à la
réalité. C’est le cas par exemple des délires paranoïaques, qui ont une certaine cohérence. Il semble donc que la raison ne
suffise pas à nous faire connaître la vérité, au sens d’un accord entre la pensée et la réalité. Pour connaître ce type de vérité,
nous devons faire appel à notre expérience, connaissance qui s’appuie sur les données sensorielles. Cependant, l’expérience
n’est pas une connaissance directe de la réalité. Qui nous dit qu’elle n’est pas faussée par notre imagination, notre humeur, nos
désirs ou nos préjugés ? Ainsi, il semble bien que les deux principales sources de la connaissance humaine – la raison et
l’expérience – soient moins fiables qu’en apparence. Est-ce à dire que la vérité ne soit pas accessible à l’homme ? Donc,
comment comprendre le rapport entre vérité de fait et vérité de raison? Les grandes conceptions de la vérité, et partant de
l'erreur et du critère pour juger du vrai et du faux, se séparent quant à la solution donnée à ce problème : a- les empiristes
considèrent que les vérités d'expérience sont premières et que les vérités de raison commencent (chronologiquement) avec
l'expérience sensible et en dérivent (logiquement). b- les rationalistes considèrent, quant à eux, que les vérités de raison sont
les seules vérités : les données d'expérience sensible n'en sont que des images pâles et infidèles. c- Kant rappelle qu'il n'y a de
connaissance vraie qu'en alliant les deux types de vérités. Il ne faudra donc pas confondre, comme les enfants, vérité et réalité :
une pensée, un discours sont vrais; un être -sensible ou intelligible- est dit réel. L'idée du cercle n'est pas ronde, n'est pas un
cercle. Il faut donc distinguer l'idée vraie et ce dont elle est idée, son objet. On se demandera, dès lors, ce qui fait qu'une idée
est vraie, en quoi consiste sa vérité, et à quel critère reconnaître qu'elle est vraie. Et l'erreur, d'où vient-elle?
I/La vérité scientifique ne dérive t-elle pas directement de l'expérience ? L'expérience ne nous permet-elle pas
d’accéder à des vérités de fait ?
Commençons par distinguer la méthode sur laquelle repose cette hypothèse de la théorie : la méthode s'appelle
l'inductivisme ; la théorie gnoséologique qui s 'y rattache s'appelle l'empirisme. (Gnoséologique = théorie philosophique de la
connaissance , partie de la philosophie qui traite de la question des fondements de la connaissance). L' inductivisme : selon cette
conception, toute théorie scientifique doit être construite exclusivement à partir d’observations empiriques (emperia en grec =
ce qui est sensible, observations empirique , expérience = observation immédiate et sensible) L’observation d’un certain
phénomène dans la nature fournit ce qui sera désigné comme un « énoncé d’observation ». Un tel énoncé est dit « singulier »
car il ne fait référence qu’à un événement précis et isolé dans le temps et l’espace. L' empirisme : c'est par l'expérience qu'on
peut connaître des vérités de fait. Un certain nombre de philosophes, les empiristes, ont considéré qu'une telle connaissance ne
peut être acquise que par l'expérience sensible, ou connaissance empirique. Il s'agit, essentiellement de philosophes anglais,
Locke au 17ème siècle et Hume au 18ème étant les représentants principaux. L'empirisme est un courant de pensée qui fait de
l'expérience la source unique ou principale de nos connaissances concernant le monde réel. Par "expérience", il faut ici entendre
l'expérience sensible, c'est-à-dire l'ensemble des connaissances issues des informations données par les sens. Avoir une
expérience de la réalité, c'est percevoir (ou avoir perçu) cette réalité avec ses sens, et être en mesure de tirer un enseignement de
cette perception.
Examen critique de l'empirisme et de l'inductivisme : Cependant, cette conception n’est pas sans poser des
difficultés d’ordre méthodologique : les faiblesses du raisonnement empiriste et de l’induction : Une difficulté purement
logique apparaît : dans une inférence inductive, la vérité des prémisses ne garantit pas la vérité de la conclusion. C'est ce que
'explique Russell dans son traité de logique philosophique, philosophe logicien du début du 20ème siècle, en prenant l’exemple
d'une dinde inductivisme qui raisonne comme raisonne un inductiviste c’est-à-dire, pour Russell, comme une dinde. Celui lui
permet de critiquer le raisonnement inductiviste. Dès le matin de son arrivée dans la ferme pour dindes, une dinde s’aperçut
qu’on la nourrissait à 9h00 du matin. Toutefois, en bonne inductiviste, elle ne s’empressa pas d’en conclure quoi que ce soit.
Elle attendit donc d’avoir observé de nombreuses fois qu’elle était nourrie à 9h00 du matin (premier principe méthodologique
de l’inductivisme : la multiplicité des cas pour garantir l'induction), et elle recueillit ces observations dans des circonstances fort
différentes, les mercredis et jeudis, les jours chauds et les jours froids, les jours de pluie et les jours sans pluie (variations des
conditions d'observation qui est le second principe méthodologique de l'inductivisme). Ainsi, chaque jour, elle ajoutait un
nouvel énoncé d’observation à sa liste. Elle recourut donc à un raisonnement inductif pour conclure : « je suis toujours nourrie
à 9h00 du matin » pour réussir à en extraire une loi générale : tous les jours, je serai nourrie à 9h (caractère prédictif de
l'induction voir schéma plus haut). Or, cette conclusion se révéla fausse quand, le jour de noël, à la même heure, on lui tordît le
cou et la mangea au repas. La leçon de l’exemple : le raisonnement inductif se caractérise donc par le fait que toutes les
prémisses peuvent être vraies et pourtant mener à une conclusion fausse. Si à tel moment la dinde a constaté qu’elle a été
nourrie, il se peut toujours que le moment d’après, elle ne le soit pas. L’induction est un raisonnement non fondé logiquement.
Rien ne garantit, par généralisation , que le cas suivant sera semblable au cas précédent. Ainsi, tous les raisonnements
empiristes et inductifs sont exposés au même risque que celui de la dinde : en aucun cas l’induction à partir de faits singuliers
ne peut fournir une certitude ; rien ne garantît, d’un point de vue de l’observation, que le prochain corbeau sera noir ou que le
prochain lever du soleil aura bel et bien lieu (d'un point de vue uniquement de l'observation). Dès lors, le problème est le
suivant : si la science est fondée sur une démarche inductive, alors, elle n’est pas fondée.
II/Dès lors ne faut-il pas plutôt reconnaître qu’il n’y a pas d’observations sans théorie et que la réalité
scientifique n’est pas une réalité simple mais rationnelle ?
Le rationalisme et la confiance dans la raison ne sont-ils pas un chemin plus sûr pour fonder les certitudes scientifiques
? On peut donc répondre aux inductivistes qu’ils ont une conception très naïve des rapports entre théorie et expérience. L’idée
d’une expérience indépendante de toute théorie, qui serait un simple enregistrement neutre, n’a pas de sens. Toute observation
ou expérience présuppose des connaissances qui déterminent ce que nous observons. Par exemple, supposons l’énoncé
suivant : « regardez, c’est terrible, le vent pousse le landau du bébé vers la falaise ». Cet énoncé, qui paraît être une pure
observation, suppose, en réalité, des théories, et des connaissances. En effet, on sait que le bébé sera écrasé s’il tombe de la
falaise, et que c’est le vent qui pousse le landau. Supposons maintenant l’énoncé suivant : « le faisceau d’électrons est attiré
vers le pôle magnétique de l’aimant ». Cet énoncé est du même ordre que le premier, mais suppose la maîtrise de théories plus
complexes : il faut savoir ce que sont les propriétés de l’aimant, ce que signifient « électron », et « aimant ». Prenons enfin un
exemple plus scientifique : le fait de regarder à travers un télescope : l'observateur naïf ne verra qu’un amas informe de tâches
noires et brillantes, là où le scientifique (en fonction de ses connaissances théoriques) verra autre chose (il « lira », grâce à son
travail et ses connaissances l’image et interprétera les faits observés). Ainsi, lorsque Galilée fait rouler des boules sur un plan
incliné, il n'a pas découvert la loi du mouvement a postériori (c'est-à-dire après l'observation et l'expérience), il fallait qu'il ait
déjà eu l'idée de sa théorie et du mouvement avant de faire cette expérience. L'expérience a ici le rôle de vérification ou de
confirmation de la théorie mais pas celui de découverte ou d'origine. Dans toute expérimentation, il y a donc toujours
l’empreinte d’une théorie. Par exemple, l’expérimentation en chimie est la matérialisation d’une hypothèse. L’expérience
scientifique n’est possible qu’avec un savoir théorique. On ne passe pas de l’expérience à la théorie scientifique puisqu’il faut
déjà avoir la théorie pour faire l’expérience scientifique. Que peut-on dire de ces exemples ? ce que voient les observateurs, les
expériences subjectives qu’ils vivent en voyant un objet ou une scène, n’est pas déterminé seulement par les images qui se
forment sur leur rétine, mais aussi par l’expérience, le savoir, les attentes, les questions, les idées de l’observateur. Sinon, ils
verraient tous exactement la même chose. Quand on observe quelque chose, c’est avec nos propres expériences que l’on a un
contact immédiat, pas avec l’image qui se forme sur notre rétine. Bien évidemment, cela ne signifie pas que nous voyons ce qui
nous plaît, mais que ce que nous voyons n’est pas déterminé par ce qui est observé. Il en est exactement de même en science.
Le scientifique qui fait une expérimentation a un rapport immédiat avec des théories, pas avec le monde tel qu’il est en soi. On
peut donc se demander si la différence entre expérience et théorie a beaucoup de sens : toute expérience est immédiatement
théorique (qu'elle soit commune ou scientifique). Ainsi, le modèle inductiviste en science est dit « naïf » car il ne semble pas
pouvoir rendre compte de l’élaboration des théories scientifiques, ni, en général, de la façon dont l’esprit humain acquiert ses
connaissances, ses représentations du monde. Il est en effet doublement erroné : à la fois logiquement, et au sens où aucune
connaissance, aucune théorie ne peut être issue de l’observation. Il semblerait que ce soit plutôt la théorie qui précède
l’expérience. Dès lors, ne faut-il pas recourir à un autre modèle ? Nous avons dit que le contraire de l’induction, c’est la
déduction : peut-être que la découverte des théories se fait alors de manière plutôt déductiviste ?
Transition critique et examen critique : (de la conception rationaliste de la vérité) Examen de la nature de la
nature de la vérité atteinte par les sciences démonstratives : Quelle sorte de vérité est atteinte par ces sciences ? Avec les
sciences démonstratives, notamment les mathématiques, il semble que nous nous soyons écartés du sens premier de la vérité,
c'est-à-dire au sens d'une adéquation entre la pensée et la réalité. En effet, dans ces sciences, on étudie des objets abstraits, de
pures idées (l'idée de triangle, les nombres, les chiffres...). Autrement dit, on étudie des objets en les isolant de certains aspects
de la réalité (quantité, forme, distance) et en négligeant le reste (on ne retient pas le poids, la couleur, la matière...). La vérité,
ici, pourrait donc se définir plutôt comme un accord, une adéquation de la pensée avec elle-même. Il s'agit moins de connaître
la réalité, que d'être méthodique, rigoureux, cohérent : de construire de « longues chaînes de raison » (Descartes), des
raisonnements valides qui permettent d'éviter les erreurs de logiques. Mais précisément, ce qui est valide logique est-il
nécessairement vrai ? D'autre part, cette vérité peut aussi se définir comme ce qui peut mettre tout le monde d'accord, ce qui
peut être admis universellement. En effet, tous les hommes, parce qu'ils disposent des mêmes facultés rationnelles, ayant la
même raison (l'homme n'est-il pas un animal rationnel comme l'affirme Aristote?) sont alors susceptibles de s'accorder sur
quelques principes universels et sur les démonstrations qu'on peut déduire de ces principes. On pourra alors considérer comme
vrai toute pensée susceptible d'être acceptée par tous les hommes, quelque soient leurs sentiments, leurs opinions, leurs idées
politiques, religieuses. En ce sens, il faut bien distinguer vérité et croyance : la croyance n'est qu'un point de vue particulier,
propre à une personne ou un groupe humain, souvent faux ou seulement à moitié vraie, dans tous les cas dont la vérité n'est pas
démontrée. Par exemple, un riche et un pauvre (déterminisme sociologique) ont souvent une manière différente de voir le
monde. Le premier, à la situation sociale confortable, pourra considérer que la société dans laquelle il vit est juste, là où le
second, au contraire, aura le sentiment que les lois sont mal faites, voir injustes. Or précisément, ces deux hommes, au-delà dde
leurs croyances, pourraient s'entendre sur une vérité mathématique et démontrée, pour peu qu'ils soient initiés à la méthode
démonstrative : ce qui est démontré est prouvé, ce qui est prouvé garantit l'accord des esprits. C'est là la toute puissance de la
raison démonstrative et la force de la vérité démontrée et des conclusions nécessaires obtenues par démonstration. Croire n'est
pas savoir, c'est tout l'enjeu de la démonstration de l'existence de Dieu par Descartes ou de l'argument ontologique : il n'est plus
utile de croire à l'existence de Dieu à partir du moment où celle-ci est démontrée, cette démonstration révélant ainsi la force du
calcul humain. Mais si les démonstrations permettent, sans nul doute, d'établir des vérités, et même des vérités universelles
(contrairement à l'expérience), ces vérités ne concernent qu'indirectement la réalité. Ainsi, si nous voulons atteindre une vérité
sur la réalité, ne devons-nous pas faire appel à une autre source de connaissance que la raison : l'expérience ? Dès lors, la
conception rationaliste de la vérité n'en dit-elle pas trop sur la raison, n'accorde t-elle pas trop de puissance et de force aux
raisonnements humains au point d'en dire trop peu sur l'expérience et la réalité sensible, au point d'oublier qu'il y a des
raisonnements valides (logiques et rigoureux) mais qui aboutissent à des absurdités (qui n'ont pas de sens) ? Bref, en dire trop
sur la raison n'est-ce pas en dire trop peu sur l'expérience au point de confondre ce qui est vrai avec ce qui est valide
logiquement, au point de remplacer la vérité par la validité logique ? Pascal, au 17ème siècle dénonçait deux excès en
philosophie : « Il y a deux excès, écrivait-il, : exclure la raison, n'admettre que la raison ». N'est-ce pas un de ces deux excès
que les rationalistes commettent ? Or « ce qui est excessif finit par devenir insignifiant » disait Talleyrand…
III/La connaissance scientifique n’est-elle pas un composé entre ce qui vient de nous et ce qui vient de
l’extérieur ? Kant et la conception criticiste de la connaissance : La vérité scientifique ne suppose t-elle pas un rapport
étroit entre théorie et expérience ? Quelle est alors la nature de ce rapport ?
1/La critique kantienne de l'argument ontologique ou de la démonstration de l'existence de Dieu : on peut peut
pas tout démontrer : Descartes prétend déduire la certitude de l'existence de Dieu de son essence : Dieu étant un être parfait, il
ne peut pas ne pas exister sinon il lui manquerait l'existence et ne pourrait pas se définir comme un être parfait or Dieu se
définit nécessairement comme un être parfait. C'est de cette manière que Descartes en vient à la conclusion nécessaire de
l'existence de Dieu, façon pour lui, de montrer la toute puissance de la raison humaine dans l'établissement de certitudes. Mais,
AU 18ème siècle, Kant va soumettre ce raisonnement à une critique magistrale qui va faire date dans l'histoire de la
philosophie. Or, grâce à cette critique de la démonstration de l'existence de Dieu, il va montrer les limites de la raison humaine
dans l'établissement de certitudes, il va délimiter le champ du savoir scientifique (source de vérité scientifique) du champ
métaphysique (source de pensée et non de connaissances certaines) et va critiquer le rationalisme tout puissant de Descartes et
la conception rationaliste de la vérité. Voyons son raisonnement : lorsqu’on parle des choses, on peut se demander si elles sont
ou bien ce qu’elles sont. C’est une chose de savoir qu’il y a un arbre, c’en est une autre de savoir ce qu’est un arbre. Cette
distinction renvoie métaphysiquement à la distinction de l’essence et de l’existence : je constate l'existence de l'arbre, ce n'est
pas pour autant que j'en saisis immédiatement don [Link] les deux cas on utilise le verbe être mais l’existence désigne le
fait d’être, alors que l’essence désigne ce qui constitue la nature d’un être. Au sens philosophique, l’essence ou la nature d’un
être, c’est ce qui lui appartient nécessairement, ce qui fait qu’un être est ce qu’il est, ce qui constitue son identité, sa
permanence. Au contraire, ce qui est accidentel, lié aux circonstances, contingent, c'est ce qui ne relève pas de sa nature, ce qui
n'est pas essentiel. Par exemple, l’homme est par essence un être mortel, ce n’est pas par essence qu’il meurt foudroyé à vingt
ans. La mortalité appartient à sa définition ; elle définit de manière nécessaire son être. L’événement de sa mort dans telles
circonstances est contingent. Essence s’oppose ici à accident. De même, pour reprendre l'exemple du début d'année (souvenir
traumatique) : l'essence du triangle c'est trois côtés, peu importe sa couleur qui est accidentelle. Bien évidemment, la
détermination de l’essence, la connaissance de la nature d'un être, est l’enjeu d’une opération fondamentale de la pensée, celle
de la définition, c'est même depuis Platon un tache fondamentale de la philosophie (Philosopher c'est d'abord définir d'où la
question de l'essence de ce dont on parle si chère à Socrate et Platon) En fixant les contours d’un être, en énonçant l’ensemble
des propriétés qui font qu’il est ce qu’il est, l’esprit s’approprie le réel. Il en fait le corrélat de ses propres exigences
d’identification et de nécessité logique. Or il semble bien que l’existence soit précisément ce qui met en échec cette prétention.
La détermination de l’essence de l’arbre ne m’apprend rien, en effet, sur le fait que cet arbre existe ou non. Plus exactement,
l’existence n’est pas un prédicat, n'est pas un attribut, comme un autre. Exister, ne pas exister ne sont pas des propriétés parmi
d’autres des réalités que l’on veut définir. L’arbre est par essence une plante ligneuse. Ce n’est pas par essence qu’il existe.
L’existence n’est pas contenue dans l’essence de l’arbre c’est-à-dire dans sa possibilité logique. Elle est ce qui s’ajoute de
l’extérieur. De même, il ne suffit pas de penser à trois côtés (essence du triangle) pour que le triangle existe : il faut des
conditions supplémentaires, par exemple, l'espace et le temps. Il s’ensuit qu’il y a une extériorité de l’existence. Elle est donnée
hors de tout concept, de toute essence, de telle sorte que ce n’est que du dehors, par la réceptivité d’une perception sensible que
je peux saisir une existence. Dit de manière différente, l’existence ne se déduit pas, elle s’éprouve ou se constate. Ce que
montre Kant ici, c'est que Descartes se trompe en déduisant de l'essence rationnelle de Dieu son existence, qu'il confond
essence et existence. Plus précisément : il ne fait aucune erreur dans la définition de l'essence de Dieu, elle est rationnelle,
logique et cohérente ; Dieu ne peut être que parfait. De même qu'on ne fera aucune erreur de logique en définissant 100 euros
comme étant l'addition de 50 et 50 : c'est l'essence de 100 que d'être le résultat de cette addition. C'est dans la nature de 100 que
d'être 50 plus 50. Mais, et c'est là l'erreur de Descartes, aussi rationnelle soit la définition de 100 euros, aussi logique soit-elle,
cela ne les fera pas exsiter : il ne suffira jamais d'avoir la connaissance exacte, certaine de l'essence de 100 auros pour que ceux-
ci existent de fait. De même, il ne suffira jamais de définir rationnellement Dieu, comme être parfait, pour que cela le fasse
exister/ L'essence de Dieu, aussi rationnelle soit-elle, ne saurait suffire à le faire être. Dès lors, si Dieu est un être parfait, on ne
peut pas, pour autant, en déduire avec certitude son existence car l'existence ne se déduit pas logiquement d'une idée aussi
rationnelle soit-elle, elle se constate, se voit, s'éprouve : prouver Dieu n'est pas l'éprouver or pour être certain de son existence il
faudrait pouvoir l'éprouver, ce qui est loin d'être le cas.
2°)Les conditions de la connaissance scientifique : a) Kant renvoie donc dos à dos empirisme et
rationalisme : Tout d'abord, contre le rationalisme dogmatique de Descartes, Kant établit un réalisme empirique : un concept
sans intuition, sans sensibilité -et l'intuition est inévitablement sensible, car les expériences nous sont données du dehors par la
sensibilité, et non par l'intellect- est vide de tout contenu. Ce sont les mathématiques qui ont, depuis Platon, abusées, par leurs
exemples, les rationalistes dogmatiques : ils n'ont pas vu qu'aux intuitions pures, a priori, des mathématiques doivent
correspondent des intuitions sensibles, ce qui n'est pas les cas pour les affirmations de la métaphysique, auxquelles manque la
rapport à l'objet, comme c'est le cas pour Dieu : l'idée rationnelle du triangle permet de construire et donc de faire exister un
triangle (construction géométrique) mais l’idée rationnelle de Dieu ne permettra jamais de faire être Dieu car la métaphysique
ne se confond pas avec les mathématiques qui demeurent, elles, sources de certitudes par leurs démonstrations car on peut
ramener leurs conclusions obtenues déductivement à des existences. Mais, d'autre part, contre l'empirisme sceptique, Kant
établit un idéalisme transcendantal : une intuition sans concept est aveugle, une perception sans idée rationnelle est aveugle.
C''est l'entendement et son activité a priori qui ont l'initiative dans le processus de connaissance. Seules les catégories a priori de
l'entendement donnent l'unité, la nécessité, l'universalité aux données de la sensibilité, seulement juxtaposées dans l'espace et
successives dans le temps, encore contingentes et particulières. Percevoir sans penser n'est pas connaître. Dès lors, si les
perceptions ne sont pas pensées à travers les catégories de la raison (universalité, causalité....qui ne viennent jamais de
l'expérience) alors il ne peut y avoir de connaissance certaine ou vraie. Dès lors, qu'est-ce qu'une connaissance vraie , pour
Kant ? Si toute connaissance vraie commence avec l'expérience qui lui donne sa matière, elle dérive pour sa forme de la logique
de l'esprit qui établit a priori les conditions objectives d'une connaissance universelle et nécessaire, il s'en suit : que la logique
de l'esprit ou de la raison (ce que Kant appelle entendement) nous fournit le critère formel de vérité : elle est la condition sine
qua non du vrai, de manière négative, à savoir que toute connaissance qui ne sera pas en accord avec les lois formelles de
l'entendement, ses exigences d'universalité et de nécessité, ne peut être dite vraie. D’autre part, que cette logique formelle ne
donne jamais à connaître aucun contenu de vérité : elle est seulement un "canon" pour apprécier l'usage empirique du jugement
et des concepts de l'entendement. b)les conditions de la connaissance scientifique : pour Kant, les limites de la connaissance
possible sont donc strictement celles de l'intuition sensible. En effet, pour Kant, on ne peut parler de connaissance que lorsque
deux conditions sont réunies. Il faut : α)d'abord, une intuition sensible qui donne un contenu, un fond, un objet à la
connaissance. Sans ce contenu, toute connaissance ne serait qu'un discours vide, creux, aussi rationnel puisse t-il être, un
logique formelle vide. L'intuition sensible seule donne un contenu à la connaissance et met en rapport l'esprit avec un objet
extérieur à lui. Elle relève de notre rapport sensible au monde, elle est la première condition nécessaire à la connaissance mais
c'est une condition insuffisante en ce qu'elle be nous donne qu'un objet à connaître mais ne permet pas de produire les lois
universelles ou générales qui structurent ou expliquent l'existence de l'objet, de ce qui est livré par l'intuition sensible. β)il faut
donc une deuxième condition : l'activité catégorisante de l'entendement (ou la capité de l'esprit à conceptualiser) : cette activité
catégorisante de l'entendement, seule donne forme de connaissance au contenu sensible donné par l'intuition. En effet, sans
cette activité de l'esprit sur laquelle les intuitions sensibles viennent se régler, nous n'aurions à faire qu'à une pure réceptivité
sensible, particulière, subjective et individuel qui ne permettrait en aucun cas de découvrir les lois universelles et nécessaires
qui organisent et expliquent les phénomènes. Cette activité n'est possible que parce que l'esprit dispose de catégories (12 au
total ce qui s'appelle la table des catégories de l'entendement humain chez Kant) qui lui permettent sur lesquelles viennent se
régler nos intuitions sensibles et donner alors forme de connaissance (généralité, universalité...) à ce que nous livre nos
intuitions sensibles. Toutefois, ces catégories ne sont pas données par des intuitions sensibles : la catégorie d'universalité ne
sera jamais livré par une expérience même répétée indéfiniment ; dans le cas d'une répétition d'expérience, on aura plusieurs
expériences, de la pluralité, mais pas d'universalité. Ainsi, par exemple, l'universalité (marque de la connaissance scientifique
entre autre) relève d'une activité a priori de l'esprit, qui ne dérive d'aucune donnée sensible. Faute de ces conditions, on ne peut
parler de connaissance. "Sans la sensibilité, nul objet ne serait donné; sans l'entendement, nul objet ne serait pensé". (Kant,
Critique de la raison pure) "Des pensées sans matière sont vides sans ce que livre l'intuition sensible sont creuses, des
intuitions sans concept aveugles, sans raison ne sont que de simples perceptions particulières. Ainsi, la sensibilité et une
certaine activité de la raison sont les deux conditions sans lesquelles aucune connaissance vraie et scientifique ne devient
possible. C'est ce que l'on appelle le criticisme qui renvoie donc dos à dos rationalisme et empirisme. Les empiristes ont très
bien pensé le rôle de la sensibilité dans la connaissance mais ils n'ont pas compris celui de la raison, les rationalistes ont très
bien pensé le rôle de la raison mais ont éludé celui de la sensibilité. En fait, dira Kant, les deux conceptions de la connaissance,
empirisme et rationalisme, commettent toutes les deux la même erreur : elles se sont interrogées sur la nature d'une
connaissance vraie au lieu de se demander quelles sont les conditions d'une connaissance vraie. Le criticisme en philosophie est
donc cette démarche qui consiste à changer le questionnement à propos de la connaissance : plutôt que d'affirmer ce qu'est une
connaissance vraie, se demander quelles en sont les conditions et, par conséquent, les limites de la connaissance humaine. En
conséquence, pour Kant, les limites de la connaissance possible sont strictement celles de l'intuition sensible. Il s'agit aussi des
données théorico-expérimentales des sciences fournies par l'intermédiaire de la théorie : autrement dit que tout discours puisse
être rapporté à une intuition sensible (par exemple dans le cadre d'une vérification expérimentale qui relève de la sensibilité, ce
qui n'est pas le cas de la métaphysique qui relève d'objets que l'on ne peut rapporte à des intuitions sensibles, tels que Dieu,
l'immortalité de l'âme, et le caractère infini de l'univers, les trois objets classiques de la métaphysique). Cela signifie que, pour
Kant, il n'y a de connaissance que scientifique . Il opère donc un parricide face à Platon, puisque se trouve invalidée toute
prétention à saisir des essences, des vérités, par intuition intellectuelle : une intuition intellectuelle n'existe pas pour Kant, il n'y
a d'intuition que sensible. On le voit donc, il n'y a de connaissance que si la sensibilité nous donne un objet de connaissance :
c'est-à-dire un contenu à notre pouvoir de connaître. Faute de ce contenu, donné par la sensibilité, il s'agirait d'une logique
formelle vide, mais pas d'une connaissance. Ce que critique Kant, lorsqu'il parle de 'logique formelle vide", c'est la
métaphysique traditionnelle fondée sur Platon et son rationalisme. Si, comme le prétend Kant, il n'y a de connaissance
authentique que scientifique -c'est-à-dire ayant pour objet ce qui est susceptible de vérifications théorico-expérimentales au sein
de sensible- alors la métaphysique qui se donne pour objet le supra-sensible est une pensée vide de contenu. Les trois grands
objets de la métaphysique sont : Dieu (théologie) , L'immortalité de l'âme (psychologie) , Le caractère infini du monde
(cosmologie). Pour Kant, ces trois thèmes, qui informent le sens de notre vie et qui concernent notre salut, restent
inconnaissables théoriquement par l'homme, puis qu’aucune démarche théorico-expérimentale ne peut élucider ces questions,
aucune expérience ne permet de vérifier ce qui sera affirmé, même rationnellement, à leur propos. Ainsi, la critique kantienne
de la démonstration de l'existence de Dieu montre que l'esprit humain peut démontrer logiquement l'existence de Dieu mais
cette démonstration reste un discours logique vide de tout contenu, une logique creuse pour Kant dans la mesure où pour parler
de conclusion vraie il faudrait pouvoir éprouver l'existence de Dieu, l'expérimenter, ce qui est impossible. Même la conclusion
nécessaire qui aboutit à l'expérience de Dieu (grâce à la raison) a besoin, pour être vraie d'être vérifiée expérimentalement (ce
qui ne sera jamais possible à propos de n'importe quelle conclusion, aussi rationnelle et nécessaire puisse t-elle être, dans le
domaine métaphysique). Dès lors, sans la sensibilité et sans la raison, aucune vérité n'est envisageable : il ne faut pas confondre
ce qui est logique, nécessaire avec la vérité et ne pas confondre ce qui est éprouvé sensiblement avec la vérité. Toute vérité
exige davantage que la simple activité de la raison (qui démontre) ou que la simple activité de l'intuition (qui permet de
percevoir), elle exige les deux, dans un certain ordre, à la fois.
3°)Dès lors, une vérité scientifique n’est-elle pas une vérité falsifiable ? Karl Popper et le
falsificationnisme : ,Ainsi, l’expérience peut venir falsifier, beaucoup plus que confirmer, la théorie. La science progresse en
raison de cette même confrontation des théories avec les phénomènes expérimentaux : ainsi, cette vérité, de nature scientifique,
est-elle provisoire et partielle, elle est vraie tant que de nouvelles données expérimentales ne sont pas venues l’infirmer ou la
limiter : une thèse de nature scientifique n’est donc pas tant une thèse confirmée que falsifiable, c’est-à-dire susceptible de
devoir être retravaillée en fonction de nouvelles conditions expérimentales, ce qui ôte à la vérité scientifique le risque d’être
dogmatique, indiscutable et, au bout du compte, d’en pouvoir faire un usage idéologique : le scientifique prend toujours le
risque de devoir reprendre ses positions, c’est à cette seule condition que la connaissance scientifique peut progresser, comme
le fait remarquer K. Popper dans son ouvrage La logique de la découverte scientifique, ouvrage dans lequel, précisément, il
reproche à la psychanalyse de ne développer aucune thèse scientifique puisque rien ne peut venir falsifier, contredire, la thèse
de l’inconscient psychique (la nier, c’est la confirmer !). C’est d’ailleurs pour cette raison que depuis Freud, la connaissance
psychanalytique n’a pas progressé et que les principales hypothèses de Freud n’ont jamais réellement été bouleversées faisant
de cette discipline ne nouvelle forme de catéchisme ! Le physicien, lui, en appliquant cette méthode d’investigation, ne prend
pas ce risque puisque toute hypothèse, même confirmée, continuera d’être travaillée en fonction et grâce à des expériences qui
doivent « tester » sans cesse sa capacité de résistance (sa cohérence et sa rationalité), comme le physicien dans son laboratoire
teste par des expériences la résistances de certaines thèses et en vient ainsi à améliorer les thèses établies. La meilleure théorie
est donc celle qui organise des expériences nouvelles au risque de se voir falsifier par ces expériences. Les hypothèses ne sont
pas inventées de toute pièce par l'imagination, mais elles sont formulées de telle façon qu’on puisse faire une expérience pour la
réfuter. L’expérience est réfutatrice, mais pas vérificatrice Falsifiable signifie d'abord réfutable et s'oppose à vérifiable. Ce qui
fait la spécificité des théories scientifiques, c’est qu’elles sont falsifiables ou réfutables, non pas vérifiables. Un énoncé
infalsifiable est un énoncé qui ne peut jamais entrer en conflit avec une observation ; conséquence : ne nous apprend rien sur le
monde. Une loi scientifique doit donc être du genre " toutes les planètes décrivent des ellipses autour du soleil " : cet énoncé est
falsifiable, car il exclut les orbites carrées ou ovales Une théorie n’est scientifique que si elle est falsifiable : on doit connaître
quel est l’événement qui, s’il se produisait, nous mènerait à renoncer à l’hypothèse, ou à moins, à la transformer. L’exigence
essentielle de la démarche scientifique n’est donc pas la vérité, mais la clarté dans la formulation des hypothèses, puisque cette
clarté est une condition nécessaire pour déterminer quels sont les événements observables qui permettent de la falsifier. La
falsifiabilité va jouer, pour Popper, le rôle de démarcation entre les théories scientifiques et non-scientifiques. Cf. psychanalyse,
astrologie, etc. : ce sont des pesudo-sciences car on ne peut pas les réfuter (conclusion cours inconscient). Plus une théorie est
falsifiable, meilleure elle est. Donc, dans la démarche scientifique, on ne " prouve " pas les théories. Dans le meilleur des cas,
on les réfute. Ainsi, le progrès scientifique consiste à s’apercevoir des erreurs et non à accumuler des certitudes. Une théorie
non falsifiée n’est pas " vraie ", ou, si elle est vraie, elle ne l’est que provisoirement. Une théorie qui passe victorieusement les
tests expérimentaux est dite confirmée ou bien corroborée. Les théories scientifiques sont des hypothèses, des essais ou
tentatives d'explication du monde. On a donc vu qu'il est plus fondé logiquement de dire que les théories scientifiques précèdent
l'expérience, plutôt que de dire qu'elles en sont issues. Nous avons détruit, en effet, le présupposé de l'inductivisme naïf, qui est
celui de l'existence d'une expérience ou d'une observation "neutre", sans préjugés, sans aucun a priori. Au bout du compte, on a
remis en question la distinction même entre théorie et expérience : en effet, il n'y a pas d'expérience sans théorie. L’activité
scientifique consiste donc à formuler des hypothèses et les soumettre à des tests expérimentaux multiples avant d’en déduire
des thèses qui auront valeur de vérité (provisoire) tant qu’elles n’auront pas été réfutées par l’expérience. La science n’est donc
pas asservie au réel qu’il faudrait refléter : un énoncé n’est scientifiquement vrai que pour autant qu’il est susceptible d’être
testé et, à ce titre, d’être réfuté. Au lieu de dire « c’est vrai », le scientifique devra dire « je n’ai pas réussi à démontrer, pour le
moment, que c’est faux. » Il faut donc réformer son vocabulaire et ne plus dire qu’une loi est vraie parce que des expériences
l’ont vérifiées, mais bien plutôt, la loi est, pour l’instant, acceptée car elle a résisté aux tentatives faites pour la réfuter. Osons le
dire : la science propose moins des vérités que des conventions adéquates qui viennent organiser et justifier les recherches
scientifiques.
Conclusion
Les théories scientifiques ne sont pas issues de l’expérience, mais il faut plutôt dire qu’elles la pré-
cèdent. Mais nous avons vu que ce à quoi nous mène cette seconde thèse concernant l’élaboration des théories scientifiques, ce
n’est pas à dire que les théories scientifiques seraient issues purement et simplement de l’esprit de l’homme, sans aucun rapport
avec le réel. Si l’expérience n’est pas le fondement de la science, reste qu’elle en est le guide. Mais c’est à l’abandon de la dis -
tinction entre l’expérience et la théorie. En effet, elles ne sont pas des domaines complètement séparés, mais on peut dire qu’il
n’y a pas d’expérience sans théorie et pas de théorie sans expérience. Cette conséquence bouleverse toutes les idées reçues
concernant la science : en effet, cette réponse nous mène à dire que la science n’est pas " vraie " au sens où elle serait une copie
fidèle de la réalité (vérité-adéquation). Elle est tout autant " subjective " que l’histoire, si par subjectif on entend une reconstruc-
tion par l’homme de ce qui est décrit. La science est une construction théorique, ce qui veut dire que l’esprit de l’homme est lui-
même présent dans les théories " scientifiques ". C’est un modèle d’explication qui n’a pas encore été réfuté. D’ailleurs, depuis
l’avènement de la théorie de la relativité et surtout de physique quantique-, les physiciens ont bien définitivement renoncé à une
objectivité forte et admis que la connaissance du réel était liée à nos instruments de mesure et donc à des théories. Ce qui signi-
fie que l’homme ne peut jamais connaître qu’un réel informé par sa propre pensée, son langage, sa vision du monde. Le réel en
soi reste donc inaccessible.