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Cours Vérité, Science Et Raison

Le document explore la nature complexe de la vérité, en interrogeant si elle est subjective ou objective, et en discutant des dangers liés à sa recherche. Il examine également la distinction entre vérité scientifique et pseudo-vérité, tout en soulignant l'importance de l'expérience et de la raison dans l'acquisition de la connaissance. Enfin, il aborde les perspectives empiristes et rationalistes sur la connaissance, en mettant en avant le rôle central de l'expérience dans la formation des idées et des vérités scientifiques.

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Cours Vérité, Science Et Raison

Le document explore la nature complexe de la vérité, en interrogeant si elle est subjective ou objective, et en discutant des dangers liés à sa recherche. Il examine également la distinction entre vérité scientifique et pseudo-vérité, tout en soulignant l'importance de l'expérience et de la raison dans l'acquisition de la connaissance. Enfin, il aborde les perspectives empiristes et rationalistes sur la connaissance, en mettant en avant le rôle central de l'expérience dans la formation des idées et des vérités scientifiques.

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La vérité : Notions traitées : Vérité, science et raison.

Introduction :
Qu’est-ce que la vérité ? (Si bien symbolisée par la question de Ponce Pilate adressée au Christ lors de son
procès, qui affirme être la vérité et auquel Ponce Pilate rétorque « mais qu'est-ce que la vérité ? » En effet, voilà bien un mot de
la langue complexe et polysémique. Il s’agit donc de s’interroger sur l’essence de la vérité, de circonscrire sa nature, sa
définition. A quoi la reconnaît-on, de quoi se distingue t-elle ? Quels sont les critères permettant de la définir, sont-ils pour
autant définitifs, absolus ? Tout d’abord, notons qu’elle apparaît de manière paradoxale puisqu’elle est, à la fois, voilée,
cachée, difficile à obtenir et même temps, évidente au sens où elle semble crever les yeux de tous, elle semble aller de soi ne
dit-on pas que la vérité confond tout mensonge par sa force et son évidence ? Elle est comme le « nez au milieu de la figure » ;
Dès lors, peut on alors dire « à chacun sa vérité ? » Pourtant, tout le monde a le sentiment de détenir une vérité, sa vérité ?
Ainsi, la vérité est-elle plurielle et subjective ? Ou alors est-elle unique, absolument objective et même absolue ? Ces
interrogations conduisent un problème central : Ou bien la vérité est subjective, particulière et plurielle ou bien est-elle
objective ? Mais peut-elle l’être absolument ? N’est-ce pas une nouvelle illusion que de supposer une vérité absolue ? Enfin, y
a-t-il un danger à rechercher la vérité ? Par exemple, Augustin parle, à propos de cette recherche de la vérité, d’ une « maladie
de la curiosité », d’une maladie de l’âme. En effet, elle peut rendre malheureux au point que l’on peut se demander si, parfois,
il ne vaudrait mieux pas connaître la vérité. Bien plus, chercher la vérité, tenter de la dévoiler peut-être une quête dangereuse
(Galilée, Copernic, Socrate, autant d’homme qui sont morts au nom de la vérité, mais aussi, comme les tragédies grecques nous
le montrent, Œdipe roi, qui veut connaître la cause de la peste de Thèbes, ce qui le mène à sa perte. Mais encore, Psyché, dans
la mythologie grecque, qui veut voir le visage de son amant Éros en plein jour et le perd, et Pandore qui ouvre la boite des
maux de l’humanité et les libère à cause de sa curiosité ; enfin Adam et Eve qui sont déchus du paradis pour avoir mangé le
fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal). Que cache le besoin de vérité ? Est-ce toujours un bien de la connaître ?
Dès lors, La vérité puise t-elle son essence dans une unicité objective ou dans une pluralité subjective ? ’N’ y a-t-il pas des
critères permettant de reconnaître la vérité ? Et que cache ce besoin humain de vérité ? Ainsi, au fond, quelle est la marque de
la connaissance scientifique ? Est-il possible de distinguer la vérité scientifique d'une pseudo-vérité ? Existe t-il des critères de
démarcation clairs et précis entre la vérité scientifique et d'autres propositions ? La réalité scientifique est-elle de même nature
que la réalité constatée ? Quel rôle joue la raison dans le rapport qu’elle entretient à la réalité scientifique ? Les faits
scientifiques ont-ils entièrement objectifs et " vrais " ? Nous allons y répondre en réfléchissant sur les questions suivantes :
Comment faisons-nous l’acquisition des théories scientifiques ? Les déduisons-nous directement de l’expérience, de la réalité
constatée et observable, ou bien la précèdent-elles ? Sont-elles la copie conforme du réel, ou bien une reconstruction de ce
réel ? Mais qu’est-ce qu’une théorie scientifique ? Quel est donc le fondement de cette connaissance ? Qu’est-ce qui permet
d’en rendre compte ? Quel type de rapport met-elle en place et exige t-elle entre la raison et le réel ? Ainsi, le problème
consistera donc à se demander qu'est-ce que vraiment une connaissance scientifique ?
Dès lors, au sens large du terme, la vérité est un accord entre la pensée et son objet. Une pensée est vraie
(objective) lorsqu’elle correspond à ce à quoi elle pense (son objet). En un 2 e sens, la vérité consiste en une adéquation (un
accord) entre la pensée et la réalité. L’objet de la pensée, dans ce cas, est un objet réel, et connaître la vérité consiste à penser la
réalité telle qu’elle, et non en fonction de ses désirs ou de ses préjugés. En un 3 e sens, la vérité peut aussi être un accord de la
pensée avec elle-même. Elle est alors synonyme de cohérence logique. Par exemple : « 2 + 3 = 5 » est une vérité logique, qui
reste valable même si « 2 », « 3 » et « 5 » ne sont peut-être que des idées abstraites, sans réalité. D’après ces
définitions, il semble que l’homme soit capable d’atteindre une certaine forme de vérité : par sa raison, il peut éviter des erreurs
de logique et démontrer certaines vérités. D’un autre côté, une pensée peut être logique, et en décalage total par rapport à la
réalité. C’est le cas par exemple des délires paranoïaques, qui ont une certaine cohérence. Il semble donc que la raison ne
suffise pas à nous faire connaître la vérité, au sens d’un accord entre la pensée et la réalité. Pour connaître ce type de vérité,
nous devons faire appel à notre expérience, connaissance qui s’appuie sur les données sensorielles. Cependant, l’expérience
n’est pas une connaissance directe de la réalité. Qui nous dit qu’elle n’est pas faussée par notre imagination, notre humeur, nos
désirs ou nos préjugés ? Ainsi, il semble bien que les deux principales sources de la connaissance humaine – la raison et
l’expérience – soient moins fiables qu’en apparence. Est-ce à dire que la vérité ne soit pas accessible à l’homme ? Donc,
comment comprendre le rapport entre vérité de fait et vérité de raison? Les grandes conceptions de la vérité, et partant de
l'erreur et du critère pour juger du vrai et du faux, se séparent quant à la solution donnée à ce problème : a- les empiristes
considèrent que les vérités d'expérience sont premières et que les vérités de raison commencent (chronologiquement) avec
l'expérience sensible et en dérivent (logiquement). b- les rationalistes considèrent, quant à eux, que les vérités de raison sont
les seules vérités : les données d'expérience sensible n'en sont que des images pâles et infidèles. c- Kant rappelle qu'il n'y a de
connaissance vraie qu'en alliant les deux types de vérités. Il ne faudra donc pas confondre, comme les enfants, vérité et réalité :
une pensée, un discours sont vrais; un être -sensible ou intelligible- est dit réel. L'idée du cercle n'est pas ronde, n'est pas un
cercle. Il faut donc distinguer l'idée vraie et ce dont elle est idée, son objet. On se demandera, dès lors, ce qui fait qu'une idée
est vraie, en quoi consiste sa vérité, et à quel critère reconnaître qu'elle est vraie. Et l'erreur, d'où vient-elle?

I/La vérité scientifique ne dérive t-elle pas directement de l'expérience ? L'expérience ne nous permet-elle pas
d’accéder à des vérités de fait ?

Commençons par distinguer la méthode sur laquelle repose cette hypothèse de la théorie : la méthode s'appelle
l'inductivisme ; la théorie gnoséologique qui s 'y rattache s'appelle l'empirisme. (Gnoséologique = théorie philosophique de la
connaissance , partie de la philosophie qui traite de la question des fondements de la connaissance). L' inductivisme : selon cette
conception, toute théorie scientifique doit être construite exclusivement à partir d’observations empiriques (emperia en grec =
ce qui est sensible, observations empirique , expérience = observation immédiate et sensible) L’observation d’un certain
phénomène dans la nature fournit ce qui sera désigné comme un « énoncé d’observation ». Un tel énoncé est dit « singulier »
car il ne fait référence qu’à un événement précis et isolé dans le temps et l’espace. L' empirisme : c'est par l'expérience qu'on
peut connaître des vérités de fait. Un certain nombre de philosophes, les empiristes, ont considéré qu'une telle connaissance ne
peut être acquise que par l'expérience sensible, ou connaissance empirique. Il s'agit, essentiellement de philosophes anglais,
Locke au 17ème siècle et Hume au 18ème étant les représentants principaux. L'empirisme est un courant de pensée qui fait de
l'expérience la source unique ou principale de nos connaissances concernant le monde réel. Par "expérience", il faut ici entendre
l'expérience sensible, c'est-à-dire l'ensemble des connaissances issues des informations données par les sens. Avoir une
expérience de la réalité, c'est percevoir (ou avoir perçu) cette réalité avec ses sens, et être en mesure de tirer un enseignement de
cette perception.

1°)L’empirisme : enracinement philosophique de cette conception inductiviste de la connaissance scientifique.


a)L’origine des idées et la théorie empiriste de la connaissance : La conséquence principale de cette méthode scientifique
c’est que, dans ces conditions, toute connaissance provient de l’expérience : on retrouve là la conception empiriste qui, à partir
du 17ème et au 18ème va réhabiliter l’expérience dans la démarche scientifique contre la conception rationaliste et cartésienne
(critique des sens qui trompent toujours cf argument cartésien de la tromperie des sens) qui défend l’idée d’une pureté
rationnelle. Locke et Hume, en particulier, montre le rôle déterminant et constitutif de l’expérience en science. En appliquant la
méthode inductiviste, Diderot, par exemple, oppose une physique déductive et a priori (cartésienne !), une physique purement
rationnelle qui décide de tout selon des déductions certaines et sans appel, à une physique expérimentale, modeste, qui avance à
tâtons mais qui finit toujours, en s’interrogeant sur la réalité constatée, par trancher même s’il faut démolir les belles
constructions théoriques de la physique rationnelle. Cette conception s’enracine sur la théorie empiriste de l’origine des idées
de Locke. L’esprit, dit-il, est d’abord une page blanche, une table rase qui ne dispose d’aucune idée a priori. Comment en
vient-il à posséder des idées ? D’où puise t-il ce matériau qui est le fond de tout raisonnement et de toute connaissance ? De
l’expérience et de la réalité observable, répond Locke. Ainsi, la réalité expérimentale est une réponse à la question de l’origine
des idées selon lui. Par exemple : un certain nombre d’idées naît dans l’esprit humain des expériences et observations que nous
faisons sur des objets extérieurs et sensibles. Ainsi, les idées de sensations (l’idée de dur, l’idée de mou, celle de jaune, de
bleu…) viennent de nos diverses expériences sensibles. Un aveugle de naissance, dans ces conditions, ne saurait avoir aucune
idée abstraite des couleurs ! Mais en faisant naître nos idées de l’expérience sensible, comment pouvons-nous rendre compte du
caractère indéfini de nos idées ? N’avons-nous pas davantage d’idées que la réalité nous offre à en voir ? Exemple : j’ai l’idée
de montagne d’or mais, pourtant, personne n’a jamais vu une montagne d’or, cela n’appartient pas à la réalité constatée !
Comment expliquer cette idée selon ce principe empiriste ? En fait, grâce à la possibilité de combiner ou d’associer les idées les
unes avec les autres, ce qui est possible grâce à une faculté particulière de l’esprit : l’imagination. C’est pourquoi il faut
distinguer enter les idées simples (issues directement de l’expérience) et les idées composées qui sont le résultat d’une
combinaison d’idées simples qui, elles, dérivent directement de la réalité observable. Ces idées composées ne sont pas
directement reliées aux contenus sensibles mais elles peuvent toujours être analysables en idées simples. La réalité observable,
l’expérience, est donc l’origine de la connaissance mais aussi ce à quoi il faut retourner pour éprouver la valeur, l’exactitude, la
rationalité de nos pensées : l’expérience, la réalité est un point de départ et un point de retour, la connaissance scientifique
rigoureuse doit donc opérer un cycle qui part de la réalité observable pour revenir à la réalité expérimentale afin d’éprouver les
idées et hypothèses formulées. Ainsi, la réalité fonctionne, au sein de cette connaissance, comme un contrôle : elle permet de
savoir si les pensées sont justes et légitimes et, en conséquence, de discriminer entre les énoncés vrais (vérifiés) et les autres
énoncés (non-vérifiés ou invérifiables). Il y a donc un privilège de l’expérience par rapport à la théorie. En rendant compte ainsi
des fondement de la connaissance, Locke fait la critique de la théorie cartésienne des idées innées Dans l 'Essai sur
l'entendement humain. Il s'efforce de démontrer qu'il n'y a pas d'idées innées, avec lesquelles on naîtrait compte-tenu de notre
raison naturelle. Il démontre ainsi que l' expérience est l' origine de toutes les idées humaines, au point de défendre un
nominalise dans le domaine du langage : c'est-à-dire que les mots ne sont que des représentations sensibles des idées. En effet,
s'il y avait des idées innées, l'âme en aurait toujours conscience ; elles seraient connues de tous les humains ; on n'aurait pas
besoin de les acquérir ou de les apprendre. Or toutes ces conséquences sont démenties par les faits. Les enfants, les idiots,
ignorent les prétendues vérités innées ; le consentement universel qu'on allègue en leur faveur n'existe pas. Du reste, ce
consentement, s'il existait, ne serait même pas une preuve ; car il s'expliquerait par une expérience commune à toute l'espèce
humaine. L' hypothèse d'idées innées est donc une excuse à la paresse et un prétexte à l'arbitraire des philosophes, qui se
dispensent ainsi de chercher ou de donner des explications. D'où viennent donc toutes nos idées alors ? De l'expérience qui est
double : sensation et réflexion. Par la sensation, nous connaissons les objets extérieurs; par la réflexion, nous connaissons les
opérations intérieures de notre âme. Ces idées sont simples et complexes. Les idées simples sont celles que l' esprit reçoit
passivement et directement de la sensation seule : idées des couleurs, sons, saveurs ; idées de l'espace de la figure, du repos et
du mouvement, qui sont communes à plusieurs sens. Les idées complexes ou composées sont celles que l'esprit forme lui-
même par la combinaison des idées simples. Il s'ensuit que l'esprit ne connaît, à proprement parler, que des qualités ou
phénomènes dont l' expérience seule lui montre la liaison.
Ainsi, selon l'empirisme, toute connaissance commence avec l'expérience et en dérive : il faut d'abord recevoir
des impressions de formes, de couleurs, et de ressemblances et de différences. C'est donc à partir des impressions sensibles que
naissent, par habitude, et les idées de termes et les idées de rapport entre ces termes, thématisés au niveau du langage. Le
langage et ses grilles de lecture sont utiles pour classer, ordonner le réel sensible et ses impressions ponctuelles et bigarrées.
L'esprit humain associe les impressions et idées qui en dérivent selon trois grands principes : le principe de contiguïté, le
principe de ressemblance et le principe de causalité. Prenons l'exemple de la causalité : "j'ai toujours vu que la phénomène A
était suivi ou accompagné du phénomène B. Lorsque A reparaît, j'infère, je crois, j'attends B". On le voit, pour l'empirisme, le
jugement "vrai" n'est qu'inférence probable, degré de croyance, fondés en dernière instance sur le cours habituel du sensible,
appui sur lequel l'esprit peut se livrer à un rigoureux calcul de probabilité. Qu'est-ce que l'erreur dans ce cas ? Elle est délire
imaginatif qui associe et fusionne n'importe quoi, introduit des relations fictives, des simulacres de croyances, aberrantes par
rapport aux relations que l'on peut inférer du cours sensible ordinaire. C'est auto-envoûtement du langage : on finit par croire
n'importe quoi à force de se le répéter, si le discours est beau, va dans le sens de nos passions, désirs et craintes, ce qui explique
les erreurs, les croyances illégitimes. Ainsi, la célèbre analyse que Hume fait du principe de causalité montre deux points
essentiels : Tout d'abord, c’est de l’expérience, affirme Hume, que nous tirons l’idée qu’un phénomène A est cause d’un
phénomène B. Le rapport causal est un rapport chronologique. Nous constatons une conjonction constante entre deux
phénomènes et c’est l’habitude, l‘accoutumance qui nous détermine à attendre l’un quand paraît l’autre. Dès lors, et
deuxièmement, La prétention qui est la nôtre d’énoncer une relation nécessaire entre A et B n’a aucune validité rationnelle. En
réalité il s’agit d’une impression subjective produite par l’expérience réitérée d’une succession dans le temps. Ainsi, par
exemple, je m’attends, lorsque je mets une casserole d’eau sur le feu, à ce que l’eau bouille parce que j’ai l’expérience de la
conjonction constante de l’échauffement et de l’ébullition. L’habitude de cette conjonction suscite le sentiment d’un rapport
nécessaire. On croit communément que la méthode scientifique est la méthode inductive. Le schéma académique de la méthode
expérimentale : observation des faits – invention d’une hypothèse – vérification de l’hypothèse, le laisse d’ailleurs penser. La
méthode scientifique consisterait à tirer une conclusion générale d’un inventaire le plus large possible de faits observés. Si tel
était toujours le cas, la description empiriste de la connaissance serait pertinente car procéder inductivement consiste à partir de
l’expérience et à fonder exclusivement sur elle les énoncés théoriques. La démarche du savant serait donc la suivante pour
obtenir des vérités : 1/ Observation et enregistrement de faits. 2/ Analyse et classification des faits. 3/ Dérivation d’énoncés
généraux par induction de ces faits. 4/ Contrôle supplémentaire de ces énoncés généraux.
2°)Le positivisme d’Auguste Comte, prolongement de l'empirisme : Comte, au 19ème, va développer cela
pour fonder une conception positiviste de la science, c’est-à- dire une conception selon laquelle la science n’a affaire qu’à des
vérités prouvées, positivement éprouvées. L’origine de sa réflexion est constitué par un jugement : il constate que la sociétés de
type militaires et théologiques disparaissent peu à peu pour laisser place à un autre type de société, au 19ème : les sociétés
scientifiques et industrielles (la production industrielle n’étant, à ses yeux, qu’une conséquence directe du savoir scientifique :
le machinisme exige une maîtrise scientifique des phénomènes naturels). Bien plus, la société européenne de son époque est
secouée par cette contradiction entre les vestiges d’un ordre ancien (théologiques et métaphysiques) et les débuts d’un ordre
nouveau (la science comme critère de valeur). Par ailleurs, Comte constate qu’une société humaine a besoin, pour exister et
subsister, de consensus, c’est-à-dire d’un ensemble de valeurs communes. Or, il observe que les consensus traditionnels, qui
reposent essentiellement, sur des croyances communes, indiscutées, des dogmes religieux, se défont peu à peu au 19ème. Il se
demande alors comment produire un nouveau consensus à partir de l’esprit scientifique et industriel et en vient à soutenir que
les sociétés humaines ne peuvent progresser qu’à la seule condition de franchir trois étapes auxquelles correspondent trois états
des sociétés : l’état théologique, l’état métaphysique, l’état « positif » de l’esprit humain. Ainsi, dans une première phase, l’état
théologique, le principe qui organise la connaissance c’est l’observation des phénomènes qui sont tous difficiles à expliquer
puisque la science ne s’est pas encore suffisamment développée. On a alors recours à une cause transcendante et l’esprit humain
explique les phénomènes en postulant des causes finales et premières c’est-à-dire principe d’explication mais, elles-mêmes,
inexplicables : les phénomènes sont perçus comme étant produits par l’action directe et continue d’agents surnaturels (Dieu par
exemple). Dans la seconde phase, l’état métaphysique, les hommes cherchent des explications non plus par des agents
transcendants et surnaturels, mais par des forces abstraites, inhérentes au monde. Ce deuxième moment n’est, au fond, que la
prolongation du premier car le projet demeure le même : répondre à la question « pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que
rien ? », autrement dit trouver une explication dernière et finale. Enfin, avec la troisième étape, l’homme cesse de vouloir
trouver une cause première : il a compris que le « pourquoi » n’est pas le problème et qu’il s’agit de s’attacher au « comment ».
Il s’agit alors de se contenter d’observer les phénomènes, abandonner toute recherche de la cause ultime des faits et de se
borner à formuler, à construire les lois auxquelles les faits obéissent. L’esprit positif, c’est-à-dire adulte, sait qu’il lui faut
renoncer à la question du « pourquoi », c’est-à-dire renoncer à prétendre connaître la nature des choses en elles-mêmes. Il faut
alors renoncer à toute démarche a priori, affirmer le caractère inaccessible des choses en soi et n’admettre que des certitudes de
type expérimentales, c’est-à-dire des vérités scientifiques faites d’observations de la réalité et d’expérimentation des théories.
C’est à cette seule condition que la science accède à une maturité dans son questionnement en se contentant de la question «
comment » et en se bornant à établir des lois de corrélation entre les phénomènes, des rapports et liaisons logiques entre eux. Il
y a donc un privilège de la réalité par rapport à la raison à la lumière de cette conception. Pour Comte, par exemple, les grands
principes de la physique, tel le principe d’inertie (tout objet en mouvement soumis à aucune attraction va continuer sa
trajectoire en ligne droite et vitesse constante), sont des faits généraux, issus de l’expérience combinée avec l’induction et la
déduction grâce à l’instrument mathématique : ainsi, comme déjà Newton l’avait fait remarquer, les mathématiques ne sont pas
le langage de la nature mais plutôt une construction de l’esprit humain qui n’est qu’un instrument utile pour connaître mais qui
demeure extérieur à la nature des choses. Ainsi, les mathématiques ne sont-elles que des nomenclatures commodes pour décrire
la complexité des phénomènes , un langage plus rigoureux pour les quantifier, comme l’a bien montré Poincaré. En
conséquence, une extrapolation, une construction purement rationnelle ne pourra être légitime que si et seulement si elle est
susceptible d’être confirmée par l’expérience.
3°)Le Cercle de Vienne ou positivisme logique : A la fin des années vingt, un groupe de savants et de
philosophes allemands et autrichiens, regroupés à Vienne reprennent ce positivisme de Comte pour le confronter aux nouvelles
découvertes scientifiques. Ils publient un ouvrage : La conception scientifique du monde, dans lequel ils se réclament de trois
philosophes : Wittgenstein (Traité de logique philosophique), Mach qui veut soumettre la certitude scientifique à la seule
observation des phénomènes et Brentano qui offre une méthode pour purifier le langage scientifique de ses expressions et
postulats métaphysiques. Le nom important de ce groupe est Carnap qui se définit comme un empiriste logique c’est-à-dire
qu’à ses yeux, la connaissance se construit toujours à partir d’expériences sensorielles, de données sensibles, même s’il faut
admettre les propositions purement rationnelles que sont les propositions mathématiques dans l’usage des sciences. Ainsi, il
cherche à établir un critère de démarcation entre des énoncés ou des problèmes que l’on peut ramener à des énoncés empiriques
c’est-à-dire susceptibles de relever de protocoles expérimentaux et des énoncés qui ne le peuvent pas et en appellent alors au
silence : « sur ce sont on ne peut parler, il faut se taire » écrit Wittgenstein dans son Traité. Ainsi, par exemple, lorsqu’on
affirme cet énoncé « Dieu existe » ou bien « L’inconscient freudien est le fondement originaire du sujet », le Cercle de Vienne
ne lui répond pas « Ceci est faux » mais il demande : « Qu’est-ce que l’on signifie avec ces énoncés ? ». Dès lors, une
démarcation très nette apparaît entre deux types d’énoncés : d’un côté, les affirmations telles que les formules de la science
empirique et qui procède selon l’inductivisme : leur sens peut alors être constaté par l’analyse et la réalité ; de l’autre côté, les
énoncés (tels que ceux qui viennent d’être formulés) qui ne peuvent être vérifiés car leur sens est invérifiable : ce sont des
énoncés insignifiants c’est-à-dire métaphysiques. L’exigence méthodologique est donc fermement établie : seuls sont admis
dans les sciences les énoncés ou concepts qui peuvent être ramenés à des observations : une vérité scientifique est donc une
vérité vérifiable, susceptible de l’être ou vérifiée. Un seul principe fonde le critère de vérité scientifique dans ce cas : le principe
de vérifiabilité ou le vérificationnisme comme unique critère de scientificité. « Le sens d’un énoncé est sa méthode de
vérification. Une chose située audelà de l’expérience ne saurait être énoncée, pensée ni questionnée » écrit Carnap dans La
conception scientifique du monde. Dès lors, l’expérience constitue la scientificité d’une thèse ou d’une théorie selon la méthode
inductiviste. Ceci a trois conséquences majeures quant au fondement de la connaissance scientifique. Pour fonder une démarche
scientifique, il faut, premièrement, éliminer radicalement tout postulat métaphysique. Deuxièmement, les formulations
mathématiques des lois scientifiques ne doivent être considérées que comme des instruments commodes pour se représenter
avec précision les phénomènes, la connaissance n’est donc que descriptive par une mise en symboles des lois qui organisent les
phénomènes. Enfin, la connaissance scientifique est purement conventionnelle : les lois sont des conventions adoptées à la
lumière de la réalité et ces conventions peuvent être remaniées, reformulées en fonction de leur capacité à décrire et à prévoir le
plus grand nombre de phénomènes possibles. Dans cette perspective, une théorie est un système de propositions mathématiques
qui ont pour but de représenter, aussi exactement et complètement possible, un ensemble de phénomènes qui appartiennent à la
réalité. Avant de passer à l'examen critique de cette perspective, et pour conclure avec le scientisme et le positivisme logique,
on peut voir dans la sociologie de Durkheim (« les faites humains sont comme des choses » rencontrée au début de l'année dans
le cours sur la liberté ainsi que dans la psychanalyse freudienne et ses prétentions à une scientificité, une confirmation et une
illustration à la fois du scientisme (toute vérité finira par être uniquement scientifique) et du positivisme logique : seuls des
énoncés vérifiables peuvent être considérés comme vrais, ce pourquoi Freud veut vérifier l'hypothèse de l'inconscient ou
Durkheim l'hypothèse sur le suicide en confrontant la démarche théorique à des faits et, surtout, en fondant l'hypothèse sur des
observations (cas cliniques pour Freud, statistiques et recensement des suicides pour Durkheim). Dès lors, les sciences
humaines relèveraient donc de critères de vérité semblables aux sciences dites « dures » comme la physique ou la biologie.

Examen critique de l'empirisme et de l'inductivisme : Cependant, cette conception n’est pas sans poser des
difficultés d’ordre méthodologique : les faiblesses du raisonnement empiriste et de l’induction : Une difficulté purement
logique apparaît : dans une inférence inductive, la vérité des prémisses ne garantit pas la vérité de la conclusion. C'est ce que
'explique Russell dans son traité de logique philosophique, philosophe logicien du début du 20ème siècle, en prenant l’exemple
d'une dinde inductivisme qui raisonne comme raisonne un inductiviste c’est-à-dire, pour Russell, comme une dinde. Celui lui
permet de critiquer le raisonnement inductiviste. Dès le matin de son arrivée dans la ferme pour dindes, une dinde s’aperçut
qu’on la nourrissait à 9h00 du matin. Toutefois, en bonne inductiviste, elle ne s’empressa pas d’en conclure quoi que ce soit.
Elle attendit donc d’avoir observé de nombreuses fois qu’elle était nourrie à 9h00 du matin (premier principe méthodologique
de l’inductivisme : la multiplicité des cas pour garantir l'induction), et elle recueillit ces observations dans des circonstances fort
différentes, les mercredis et jeudis, les jours chauds et les jours froids, les jours de pluie et les jours sans pluie (variations des
conditions d'observation qui est le second principe méthodologique de l'inductivisme). Ainsi, chaque jour, elle ajoutait un
nouvel énoncé d’observation à sa liste. Elle recourut donc à un raisonnement inductif pour conclure : « je suis toujours nourrie
à 9h00 du matin » pour réussir à en extraire une loi générale : tous les jours, je serai nourrie à 9h (caractère prédictif de
l'induction voir schéma plus haut). Or, cette conclusion se révéla fausse quand, le jour de noël, à la même heure, on lui tordît le
cou et la mangea au repas. La leçon de l’exemple : le raisonnement inductif se caractérise donc par le fait que toutes les
prémisses peuvent être vraies et pourtant mener à une conclusion fausse. Si à tel moment la dinde a constaté qu’elle a été
nourrie, il se peut toujours que le moment d’après, elle ne le soit pas. L’induction est un raisonnement non fondé logiquement.
Rien ne garantit, par généralisation , que le cas suivant sera semblable au cas précédent. Ainsi, tous les raisonnements
empiristes et inductifs sont exposés au même risque que celui de la dinde : en aucun cas l’induction à partir de faits singuliers
ne peut fournir une certitude ; rien ne garantît, d’un point de vue de l’observation, que le prochain corbeau sera noir ou que le
prochain lever du soleil aura bel et bien lieu (d'un point de vue uniquement de l'observation). Dès lors, le problème est le
suivant : si la science est fondée sur une démarche inductive, alors, elle n’est pas fondée.
II/Dès lors ne faut-il pas plutôt reconnaître qu’il n’y a pas d’observations sans théorie et que la réalité
scientifique n’est pas une réalité simple mais rationnelle ?

Le rationalisme et la confiance dans la raison ne sont-ils pas un chemin plus sûr pour fonder les certitudes scientifiques
? On peut donc répondre aux inductivistes qu’ils ont une conception très naïve des rapports entre théorie et expérience. L’idée
d’une expérience indépendante de toute théorie, qui serait un simple enregistrement neutre, n’a pas de sens. Toute observation
ou expérience présuppose des connaissances qui déterminent ce que nous observons. Par exemple, supposons l’énoncé
suivant : « regardez, c’est terrible, le vent pousse le landau du bébé vers la falaise ». Cet énoncé, qui paraît être une pure
observation, suppose, en réalité, des théories, et des connaissances. En effet, on sait que le bébé sera écrasé s’il tombe de la
falaise, et que c’est le vent qui pousse le landau. Supposons maintenant l’énoncé suivant : « le faisceau d’électrons est attiré
vers le pôle magnétique de l’aimant ». Cet énoncé est du même ordre que le premier, mais suppose la maîtrise de théories plus
complexes : il faut savoir ce que sont les propriétés de l’aimant, ce que signifient « électron », et « aimant ». Prenons enfin un
exemple plus scientifique : le fait de regarder à travers un télescope : l'observateur naïf ne verra qu’un amas informe de tâches
noires et brillantes, là où le scientifique (en fonction de ses connaissances théoriques) verra autre chose (il « lira », grâce à son
travail et ses connaissances l’image et interprétera les faits observés). Ainsi, lorsque Galilée fait rouler des boules sur un plan
incliné, il n'a pas découvert la loi du mouvement a postériori (c'est-à-dire après l'observation et l'expérience), il fallait qu'il ait
déjà eu l'idée de sa théorie et du mouvement avant de faire cette expérience. L'expérience a ici le rôle de vérification ou de
confirmation de la théorie mais pas celui de découverte ou d'origine. Dans toute expérimentation, il y a donc toujours
l’empreinte d’une théorie. Par exemple, l’expérimentation en chimie est la matérialisation d’une hypothèse. L’expérience
scientifique n’est possible qu’avec un savoir théorique. On ne passe pas de l’expérience à la théorie scientifique puisqu’il faut
déjà avoir la théorie pour faire l’expérience scientifique. Que peut-on dire de ces exemples ? ce que voient les observateurs, les
expériences subjectives qu’ils vivent en voyant un objet ou une scène, n’est pas déterminé seulement par les images qui se
forment sur leur rétine, mais aussi par l’expérience, le savoir, les attentes, les questions, les idées de l’observateur. Sinon, ils
verraient tous exactement la même chose. Quand on observe quelque chose, c’est avec nos propres expériences que l’on a un
contact immédiat, pas avec l’image qui se forme sur notre rétine. Bien évidemment, cela ne signifie pas que nous voyons ce qui
nous plaît, mais que ce que nous voyons n’est pas déterminé par ce qui est observé. Il en est exactement de même en science.
Le scientifique qui fait une expérimentation a un rapport immédiat avec des théories, pas avec le monde tel qu’il est en soi. On
peut donc se demander si la différence entre expérience et théorie a beaucoup de sens : toute expérience est immédiatement
théorique (qu'elle soit commune ou scientifique). Ainsi, le modèle inductiviste en science est dit « naïf » car il ne semble pas
pouvoir rendre compte de l’élaboration des théories scientifiques, ni, en général, de la façon dont l’esprit humain acquiert ses
connaissances, ses représentations du monde. Il est en effet doublement erroné : à la fois logiquement, et au sens où aucune
connaissance, aucune théorie ne peut être issue de l’observation. Il semblerait que ce soit plutôt la théorie qui précède
l’expérience. Dès lors, ne faut-il pas recourir à un autre modèle ? Nous avons dit que le contraire de l’induction, c’est la
déduction : peut-être que la découverte des théories se fait alors de manière plutôt déductiviste ?

1/rationalisme et démonstration : Descartes a)la raison comme faculté de connaissance : Au sens


général, la raison est la faculté, présente chez tous les hommes, qui permet de penser et d’agir de façon cohérente. La
connaissance, c’est l’activité par laquelle l’homme découvre la vérité sur le monde et sur lui-même. Dans ce domaine, la raison,
selon la conception rationaliste de la connaissance, joue un rôle essentiel. C’est elle qui nous permet de faire de penser
rationnellement, de façon cohérente, logique. En ce sens, la raison est la faculté de raisonner de manière rigoureuse, selon des
principes universels, susceptibles d’être admis par tout le monde. Or, quelqu’un qui sait bien raisonner a plus de chances
d’éviter les erreurs. C’est pourquoi on a défini la raison comme la faculté de connaître la vérité, et en particulier de distinguer le
vrai du faux. Dès lors, la raison permet d’éviter des erreurs de logique, elle la permet de penser de manière cohérente. Et c’est
pour cela qu’elle est un moyen de connaître la vérité et de distinguer le vrai du faux. Un grand nombre de nos erreurs, en effet,
sont des erreurs de logique : notre pensée manque de cohérence, elle se contredit sans s’en rendre compte. Elle nous permet
donc de démontrer certaines vérités b)Raison et méthode :Descartes a fondé la philosophie moderne, ou philosophie
rationaliste, laquelle aboutira à la découverte du cogito, de la conscience réflexive dans le cadre d'une expérience indubitable
(que l'on ne peut absolument pas remettre en cause) grâce à la voie de son doute méthodique. Il a ainsi fondé le rationalisme
moderne en s’appuyant, pour cela, sur les forces de la raison et sur l’évidence, de façon à atteindre le vrai de manière sûre. Le
but de la connaissance, pour lui, est de « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature» (Selon l'expression célèbre du
Discours de la méthode). Nous devons donc à Descartes une méthode fondée en raison, de manière rationnelle : la raison étant
la seule faculté digne de confiance dans le domaine de la connaissance. La question suivante est à l’origine de cette méthode :
comment, en effet, accéder à la vérité , à une connaissance vraie ? Et, bien plus, quel peut-être le fondement (ce qui rend
raison) d'une connaissance vraie, de la vérité ? La question était cruciale au 17ème siècle car si la science de son côté
progressait (découverte de la circulation du sang, géocentrisme de Galilée...), la philosophie du Moyen-âge (dite « scolastique
»), alors dominante, ne pouvait satisfaire les esprits. En effet, elle accordait trop d’importance au principe d’autorité et à la
tradition et ne permettait pas de dégager, de fait, une méthode véritablement rationnelle. Descartes va donc opérer une
révolution philosophique en partant du bon sens, de la raison. Pourquoi ? La raison, pour lui, est la faculté de distinguer le vrai
du faux, elle est en partage à tous, tous les hommes sont doués de raison (ce qu’on appelle l’universalisme cartésien) . Ainsi, la
première phrase qui inaugure le Discours de la méthode : Le bon sens est la chose du monde (humain) la mieux partagée » ce
qui revient à dire : la raison est universellement partagée par tous les hommes. D'autre part, c’est de ce bon sens, la chose du
monde la mieux partagée comme l'exprime Descartes ( parfois appelée lumière naturelle par Descartes), dont il faut faire un
usage judicieux, en mettant au point une méthode c'est-à-dire un chemin, une route permettant d’atteindre la vérité. La méthode
rationnelle sera, dans ces conditions, constituées par un ensemble de règles, dont l’application conduit, avec certitude, au
résultat. Ainsi, pour découvrir la vérité, il faut laisser de côté le hasard pour ne procéder que de façon méthodique. Si cette
approche peut nous apparaître comme allant de soi, elle constitue un élément nouveau à l’époque de Descartes, mais aussi
fondamental dans la constitution de la science moderne de sa méthodologie. En effet, toute la méthode consistera à suivre un
ordre (l'ordre des raisons), c’est-à-dire à ramener les propositions obscures aux plus simples et à nous élever ensuite, par
degrés, du plus simple au plus complexe, en s’appuyant toujours sur l’intuition et la déduction. L’intuition est une vue ou un
regard précis et indubitable, une conception d’un esprit pur et attentif, une connaissance directe ou immédiate, qui permet, en
effet, de recevoir une chose pour vraie, de saisir une idée dans sa clarté et sa distinction – lesquelles représentent, pour
Descartes, les véritables critères de la vérité. Dès lors, sera claire une idée (un contenu spirituel, tout objet de pensée en tant que
pensé) présente et manifeste à un esprit attentif. L’idée distincte, elle, apparaît comme celle qui est absolument précise et
différente de toutes les autres. Ainsi, la démarche de Descartes repose sur l’évidence, à savoir le caractère de ce qui s’impose
immédiatement à l’esprit et entraîne son assentiment. A côté de l’intuition, il doit y avoir la déduction rationnelle est
nécessaire. Celle-ci est est une opération discursive supposant un cheminement, une démonstration, un enchaînement logique,
soit tout ce qui implique une succession. Elle consiste dans l'articulation logique de proposition qui permet d'aboutir à une
conclusion nécessaire : la nécessité de la conclusion étant un critère de vérité. Dès lors, l’intuition est d’un seul tenant, alors
que la déduction représente un mouvement ordonné, allant de propositions en propositions, un lien établi entre des vérités
intuitives. Dès lors, quatre règles peuvent être dégagées pour la connaissance du point de vue de la méthode : La
démonstration, comme système qui produit des propositions vraies grâce à des conclusions nécessaires, permet d'établir la
vérité. Elle constitue un modèle dans la recherche de la vérité. C'est pour cette raison que Descartes a l'idée de faire une «
mathématique universelle », c'est-à-dire que le raisonnement logique est applicable quels que soient les objets de connaissance,
il permet donc à l'esprit d'accéder à toutes les vérités. Le modèle mathématique ne se cantonne plus aux connaissances
mathématiques : il devient un modèle universel de la connaissance. Descartes va ainsi appuyer sa méthode de recherche de la
vérité sur la méthode des mathématiques, ce qui produit le caractère certain des propositions qu'il avance. Ainsi, en
mathématique, reine des science pour Descartes, on obtient donc des certitudes grâce à la rigueur et l'articulation logique de
propositions qui sont la condition d'un raisonnement déductif ou démonstratif en s'appuyant sur des axiomes (arithmétique :
science mathématique des nombres)) ou des postulat (géométrie : sciences mathématique des figues), les deux disciplines
constituant le corps des mathématiques, du moins jusqu'aux mathématiques modernes. Ainsi, un axiome ce qui est admis sur la
fois d'une évidence intelligible (pensé par l'esprit), elle est une proposition indémontrée et indémontrable qui s’impose à l’esprit
par son évidence et garantit la démonstration. Un postulat est une proposition admise sur la foi d'une évidence sensible (pensée
par la sensibilité) indémontrée et indémontrable qu’on demande à l’esprit d’admettre parce qu’elle est la condition de
possibilité d’une démonstration. Dès lors, sur la base d'axiomes et de postulats, l’esprit, s'il fait preuve de rigueur et de méthode
dans l'application des ces évidences premières peut parvenir à des certitudes qui sont une source et une garantie de vérité. Par
exemple, avec le cinquième postulat d’Euclide, « par un point pris hors d’une droite, on peut mener une parallèle et une seule à
cette droite. » permet de démontrer et d'obtenir des certitudes sur les principales figures géométriques. Dès lors, refuser un
axiome c’est tomber dans l’absurdité, refuser un postulat c’est refuser une évidence. De cette manière, Descartes, selon un
conception rationaliste de la vérité, en vient à établir l'idée d'un raison (faculté propre à la démonstration) toute puissante,
capable d'obtenir des vérités et des certitude par rigueur et méthode, qui sont les deux bras armées de la raison. Dès lors, la
raison, ration en latin, cette faculté de compter, de calculer devient la condition de toute connaissance vraie et de toute certitude
et ce sans limite, au point de pouvoir obtenir des certitudes, des vérités dans un domaine qui, jusque là échappait au certitudes
rationnelle : le domaine de l'existence de Dieu.
2/La démonstration de l'existence de Dieu : a) l'argument ontologique (preuve de l'existence de Dieu)
comme argument en faveur de la toute puissance de la raison humaine : Descartes, en effet, dans sa 5ème Méditation
Métaphysique, va développer un argument, devenu célèbre, l'argument ontologique qui permet d'obtenir des certitudes
rationnelles sur ce qui jusque là ne relevait que de certitudes de foi : l'existence de Dieu. Il va ainsi démontrer par la
démonstration de l'existence de Dieu que la raison humaine n'a pas de limites, que la rationalité peut atteindre toute sorte de
certitude, bref, que l'homme est capable de toutes sortes de vérités, de certitudes, autrement dit que le scepticisme est un échec
de la raison par défaut de méthode et de rigueur. Le raisonnement est le suivant : Dieu est l'être dont rien de plus grand ne peut-
être pensé, bref Dieu est l'être auquel rien ne peut manquer. Or, s'il se définit comme l'être dont rien de plus grand ne peut-être
pensée, il ne peut rien lui manquer, car s'il lui manquer quelque chose il ne pourrait pas se définir comme l'être le plus grand.
Donc, en conséquence, il ne peut lui manquer l'existence puisqu'il est est ce dont rien de plus grand ne peut être pensé. Ainsi,
de l'essence de Dieu se déduit la nécessité de son existence : Dieu ne peut qu'exister à partir du moment où son essence est
d'être ce dont rien de plus grand ne peut être pensé. On peut prendre le concept de perfection pour mieux comprendre
l'argument : Dieu se peut se définir que comme un être parfait. Or, s'il est parfait (et il ne peut pas ne pas être parfait, sinon ce
n'est plus Dieu), il ne manque rien à un être parfait (auquel cas, il ne perdrait, de facto, sa perfection) donc s'il ne lui manque
rien, il ne peut pas ne pas exister, donc Dieu existe nécessairement : il est donc certain qu'il existe par le simple fait de sa
définition. Or, ce que veut démontrer Descartes, avec cet argument ontologique, c'est que la raison humaine est toute puissante
et que rien ne saurait lui échapper : elle peut connaître tout avec certitude encore faut-il qu'elle soit logique et rigoureuse dans
l'application des sa méthode. Je ne peux pas voir Dieu, je ne peux pas toucher Dieu, bref je ne peux avoir aucune certitude sur
Dieu par ma sensibilité (critique de l'empirisme) mais je peux être certain qu'il existe par la puissance de ma raison qui me
permet de déduire avec certitude son existence de son essence. Ainsi, la raison humaine peut-elle obtenir des certitudes, des
vérités sur des objets métaphysiques, que l'on ne peut pas expérimenter, que l'on ne peut pas toucher, voir, avec lesquels on a
aucun rapport sensible (méta physique signifie ce qui va au-delà du sensible et Dieu est un objet métaphysique par excellence).
Dès lors, Descartes se fiche de l'existence de Dieu (il ne fait pas de la théologie), ce qui lui importe c'est de montrer que rien ne
peut échapper à la toute puissance de la raison humaine et donc que toute vérité ne peut s'établir que par la rationalité non par
les sens, par des déductions logiques qui permettent d'aboutir à des conclusions nécessaires. Or, ce qui fait la puissance et la
vérité d'une conclusion obtenue par déduction, c'est sa nécessité. On peut donc conclure de cette manière : Dieu est un être
parfait (essence de Dieu) Or, un être parfait est un être auquel il ne manque rien Donc il ne peut manquer à Dieu l'existence
(Existence). Ce raisonnement démontre non pas tant l'existence de Dieu, il ne faut pas se tromper de débat ici, que la toute
puissance de la raison, capable de tout démontrer, de toute atteindre et connaître rationnellement. Tout peut donc être démontré
et tout est connaissable avec certitude par la force du raisonnement dont la déduction reste l'exemple paradigmatique. Dès lors,
il ne s'agit plus de croire que Dieu existe, je sais que Dieu existe grâce à la toute puissance de ma raison. Or, croire n'est pas
savoir : croire ne permet d'aboutir qu'à des certitudes relatives et subjectives, fragiles et soumises doute, alors que savoir c'est
aboutir à des certitudes indiscutables car rationnellement fondées et démontrées. L'idée de Dieu est celle d'un être absolument
parfait ; il ne peut donc pas être privé de l'existence car sinon, il lui manquerait une perfection (l'existence), ce qui serait
contradictoire avec sa définition. Descartes a une conception quasi mathématique de cette preuve : de même qu'un triangle ne
peut pas être donné sans que la somme de ses angles vaille nécessairement deux droits, l'idée de Dieu ne peut être donnée sans
qu'en découle nécessairement l'existence.
3°L’épistémologie rationaliste de G. Bachelard : Dans La formation de l’esprit scientifique, Bachelard
souligne que la science se constitue par un geste intellectuel qui récuse l’expérience. Ainsi, le savoir scientifique ne commence
qu’à la seule condition d’une rupture avec l’expérience immédiate qui s’adresse davantage à l’imagination qu’à la raison. En
effet, l’expérience première est un obstacle (Bachelard parle d’obstacle épistémologique : ce qui empêche la constitution d’une
démarche et d’une connaissance scientifique), ce n’est pas une simple donnée : c’est même le premier obstacle que la science
doit surmonter pour se construire et se développer. Pourquoi ? Parce que la science est ennuyeuse, c’est-à-dire le réel auquel
elle a à faire est un réel classé, filtré, ordonné selon des relations intelligibles, un réel quantifié, prêt à la mesure. Au contraire,
l’expérience immédiate, première (l’observation immédiate et naïve) est spontanée, elle s’adresse davantage à l’imaginaire.
Ainsi écrit-il : « L’observation première se présente comme un livre d’image : elle est pittoresque, concrète, vivante, facile. Il
n’y a qu’à la décrire et s’émerveiller. » Ainsi, devant l’observation première, nous sommes comme au spectacle, nous recevons
passivement des effets. Par exemple, entre l’expérience spontanée du feu et la connaissance des lois de la combustion, il y a un
écart réel et quel naïveté de croire que celle-ci vient de celle-là. En effet, d’un côté, il y a un univers qualitatif, fait
d’impressions singulières, de circonstances (le feu qui crépite dans la cheminée, le feu qui chante et qui danse, qui réchauffe,
qui fait rêver…), de l’autre, il y a un processus physico-chimique dépouillé de toute poésie, une simple modification
quantitative des éléments. Ainsi la première leçon de l’épistémologie de Bachelard est elle l’anti-empirisme : l’expérience est
d’abord du domaine du pré scientifique (dans la mesure où il s’agit de l’expérience première, immédiate, de l’observation
passive) et l’esprit scientifique doit se constituer contre elle, contre la nature de ces enseignements qui ne peuvent être
qu’immédiats. L’axe de l’expérience immédiate est celui de la science sont inverses l’un de l’autre : la connaissance
scientifique suppose une pédagogie de la rupture, l’esprit scientifique ne se forme qu’en se réformant, qu’en se détournant des
impressions sensibles immédiates. Ainsi, un fait restera éternellement brut et insignifiant si on s’en tient à une simple
observation. Ce que le physicien observe devient un fait scientifiquement intéressant que dans la mesure où ce qu’il sait déjà lui
permet de supposer au moins qu’il y a quelque chose à comprendre. La terre tournait autour du soleil bien avant que Copernic
n’en formule l’hypothèse et ne l’affirme. Ce ne sont pas le faits qui ont changé au 16 ème siècle mais les concepts scientifiques
qui ont permis de donner un sens nouveau à des phénomènes observés ; pour que la rotation de la terre devienne vraiment un
fait, il lui a fallu d’abord être une idée abstraite. En matière de connaissance scientifique, l’objet n’est pas donné par
l’expérience première, il est ce qui est construit par raisonnements, calculs et conceptions. Ainsi, si les sciences sont
expérimentales, il ne faut pas confondre expérimentation et observation immédiate : la science porte sur des phénomènes qui
sont le produit d’un travail de rationalisation et d’abstraction qui tournent le dos aux observations colorées et multiples de
l’expérience première. L’esprit scientifique se constitue contre l’observation première : le phénomène scientifique est trié, filtré
par la théorie. En conséquence, la science va au réel et n’en part pas : la réalité qui correspond au savoir scientifique n’est pas
identique à la réalité phénoménale de la perceptions immédiates : elle est construite de manière rationnelle et intelligible.
Cependant, ne faut-il pas accorder un rôle et une fonction particulière aux perceptions immédiates au sens où sens où sans
observations et perceptions il ne saurait y avoir de phénomènes et donc de connaissance scientifique ?

Transition critique et examen critique : (de la conception rationaliste de la vérité) Examen de la nature de la
nature de la vérité atteinte par les sciences démonstratives : Quelle sorte de vérité est atteinte par ces sciences ? Avec les
sciences démonstratives, notamment les mathématiques, il semble que nous nous soyons écartés du sens premier de la vérité,
c'est-à-dire au sens d'une adéquation entre la pensée et la réalité. En effet, dans ces sciences, on étudie des objets abstraits, de
pures idées (l'idée de triangle, les nombres, les chiffres...). Autrement dit, on étudie des objets en les isolant de certains aspects
de la réalité (quantité, forme, distance) et en négligeant le reste (on ne retient pas le poids, la couleur, la matière...). La vérité,
ici, pourrait donc se définir plutôt comme un accord, une adéquation de la pensée avec elle-même. Il s'agit moins de connaître
la réalité, que d'être méthodique, rigoureux, cohérent : de construire de « longues chaînes de raison » (Descartes), des
raisonnements valides qui permettent d'éviter les erreurs de logiques. Mais précisément, ce qui est valide logique est-il
nécessairement vrai ? D'autre part, cette vérité peut aussi se définir comme ce qui peut mettre tout le monde d'accord, ce qui
peut être admis universellement. En effet, tous les hommes, parce qu'ils disposent des mêmes facultés rationnelles, ayant la
même raison (l'homme n'est-il pas un animal rationnel comme l'affirme Aristote?) sont alors susceptibles de s'accorder sur
quelques principes universels et sur les démonstrations qu'on peut déduire de ces principes. On pourra alors considérer comme
vrai toute pensée susceptible d'être acceptée par tous les hommes, quelque soient leurs sentiments, leurs opinions, leurs idées
politiques, religieuses. En ce sens, il faut bien distinguer vérité et croyance : la croyance n'est qu'un point de vue particulier,
propre à une personne ou un groupe humain, souvent faux ou seulement à moitié vraie, dans tous les cas dont la vérité n'est pas
démontrée. Par exemple, un riche et un pauvre (déterminisme sociologique) ont souvent une manière différente de voir le
monde. Le premier, à la situation sociale confortable, pourra considérer que la société dans laquelle il vit est juste, là où le
second, au contraire, aura le sentiment que les lois sont mal faites, voir injustes. Or précisément, ces deux hommes, au-delà dde
leurs croyances, pourraient s'entendre sur une vérité mathématique et démontrée, pour peu qu'ils soient initiés à la méthode
démonstrative : ce qui est démontré est prouvé, ce qui est prouvé garantit l'accord des esprits. C'est là la toute puissance de la
raison démonstrative et la force de la vérité démontrée et des conclusions nécessaires obtenues par démonstration. Croire n'est
pas savoir, c'est tout l'enjeu de la démonstration de l'existence de Dieu par Descartes ou de l'argument ontologique : il n'est plus
utile de croire à l'existence de Dieu à partir du moment où celle-ci est démontrée, cette démonstration révélant ainsi la force du
calcul humain. Mais si les démonstrations permettent, sans nul doute, d'établir des vérités, et même des vérités universelles
(contrairement à l'expérience), ces vérités ne concernent qu'indirectement la réalité. Ainsi, si nous voulons atteindre une vérité
sur la réalité, ne devons-nous pas faire appel à une autre source de connaissance que la raison : l'expérience ? Dès lors, la
conception rationaliste de la vérité n'en dit-elle pas trop sur la raison, n'accorde t-elle pas trop de puissance et de force aux
raisonnements humains au point d'en dire trop peu sur l'expérience et la réalité sensible, au point d'oublier qu'il y a des
raisonnements valides (logiques et rigoureux) mais qui aboutissent à des absurdités (qui n'ont pas de sens) ? Bref, en dire trop
sur la raison n'est-ce pas en dire trop peu sur l'expérience au point de confondre ce qui est vrai avec ce qui est valide
logiquement, au point de remplacer la vérité par la validité logique ? Pascal, au 17ème siècle dénonçait deux excès en
philosophie : « Il y a deux excès, écrivait-il, : exclure la raison, n'admettre que la raison ». N'est-ce pas un de ces deux excès
que les rationalistes commettent ? Or « ce qui est excessif finit par devenir insignifiant » disait Talleyrand…

III/La connaissance scientifique n’est-elle pas un composé entre ce qui vient de nous et ce qui vient de
l’extérieur ? Kant et la conception criticiste de la connaissance : La vérité scientifique ne suppose t-elle pas un rapport
étroit entre théorie et expérience ? Quelle est alors la nature de ce rapport ?

1/La critique kantienne de l'argument ontologique ou de la démonstration de l'existence de Dieu : on peut peut
pas tout démontrer : Descartes prétend déduire la certitude de l'existence de Dieu de son essence : Dieu étant un être parfait, il
ne peut pas ne pas exister sinon il lui manquerait l'existence et ne pourrait pas se définir comme un être parfait or Dieu se
définit nécessairement comme un être parfait. C'est de cette manière que Descartes en vient à la conclusion nécessaire de
l'existence de Dieu, façon pour lui, de montrer la toute puissance de la raison humaine dans l'établissement de certitudes. Mais,
AU 18ème siècle, Kant va soumettre ce raisonnement à une critique magistrale qui va faire date dans l'histoire de la
philosophie. Or, grâce à cette critique de la démonstration de l'existence de Dieu, il va montrer les limites de la raison humaine
dans l'établissement de certitudes, il va délimiter le champ du savoir scientifique (source de vérité scientifique) du champ
métaphysique (source de pensée et non de connaissances certaines) et va critiquer le rationalisme tout puissant de Descartes et
la conception rationaliste de la vérité. Voyons son raisonnement : lorsqu’on parle des choses, on peut se demander si elles sont
ou bien ce qu’elles sont. C’est une chose de savoir qu’il y a un arbre, c’en est une autre de savoir ce qu’est un arbre. Cette
distinction renvoie métaphysiquement à la distinction de l’essence et de l’existence : je constate l'existence de l'arbre, ce n'est
pas pour autant que j'en saisis immédiatement don [Link] les deux cas on utilise le verbe être mais l’existence désigne le
fait d’être, alors que l’essence désigne ce qui constitue la nature d’un être. Au sens philosophique, l’essence ou la nature d’un
être, c’est ce qui lui appartient nécessairement, ce qui fait qu’un être est ce qu’il est, ce qui constitue son identité, sa
permanence. Au contraire, ce qui est accidentel, lié aux circonstances, contingent, c'est ce qui ne relève pas de sa nature, ce qui
n'est pas essentiel. Par exemple, l’homme est par essence un être mortel, ce n’est pas par essence qu’il meurt foudroyé à vingt
ans. La mortalité appartient à sa définition ; elle définit de manière nécessaire son être. L’événement de sa mort dans telles
circonstances est contingent. Essence s’oppose ici à accident. De même, pour reprendre l'exemple du début d'année (souvenir
traumatique) : l'essence du triangle c'est trois côtés, peu importe sa couleur qui est accidentelle. Bien évidemment, la
détermination de l’essence, la connaissance de la nature d'un être, est l’enjeu d’une opération fondamentale de la pensée, celle
de la définition, c'est même depuis Platon un tache fondamentale de la philosophie (Philosopher c'est d'abord définir d'où la
question de l'essence de ce dont on parle si chère à Socrate et Platon) En fixant les contours d’un être, en énonçant l’ensemble
des propriétés qui font qu’il est ce qu’il est, l’esprit s’approprie le réel. Il en fait le corrélat de ses propres exigences
d’identification et de nécessité logique. Or il semble bien que l’existence soit précisément ce qui met en échec cette prétention.
La détermination de l’essence de l’arbre ne m’apprend rien, en effet, sur le fait que cet arbre existe ou non. Plus exactement,
l’existence n’est pas un prédicat, n'est pas un attribut, comme un autre. Exister, ne pas exister ne sont pas des propriétés parmi
d’autres des réalités que l’on veut définir. L’arbre est par essence une plante ligneuse. Ce n’est pas par essence qu’il existe.
L’existence n’est pas contenue dans l’essence de l’arbre c’est-à-dire dans sa possibilité logique. Elle est ce qui s’ajoute de
l’extérieur. De même, il ne suffit pas de penser à trois côtés (essence du triangle) pour que le triangle existe : il faut des
conditions supplémentaires, par exemple, l'espace et le temps. Il s’ensuit qu’il y a une extériorité de l’existence. Elle est donnée
hors de tout concept, de toute essence, de telle sorte que ce n’est que du dehors, par la réceptivité d’une perception sensible que
je peux saisir une existence. Dit de manière différente, l’existence ne se déduit pas, elle s’éprouve ou se constate. Ce que
montre Kant ici, c'est que Descartes se trompe en déduisant de l'essence rationnelle de Dieu son existence, qu'il confond
essence et existence. Plus précisément : il ne fait aucune erreur dans la définition de l'essence de Dieu, elle est rationnelle,
logique et cohérente ; Dieu ne peut être que parfait. De même qu'on ne fera aucune erreur de logique en définissant 100 euros
comme étant l'addition de 50 et 50 : c'est l'essence de 100 que d'être le résultat de cette addition. C'est dans la nature de 100 que
d'être 50 plus 50. Mais, et c'est là l'erreur de Descartes, aussi rationnelle soit la définition de 100 euros, aussi logique soit-elle,
cela ne les fera pas exsiter : il ne suffira jamais d'avoir la connaissance exacte, certaine de l'essence de 100 auros pour que ceux-
ci existent de fait. De même, il ne suffira jamais de définir rationnellement Dieu, comme être parfait, pour que cela le fasse
exister/ L'essence de Dieu, aussi rationnelle soit-elle, ne saurait suffire à le faire être. Dès lors, si Dieu est un être parfait, on ne
peut pas, pour autant, en déduire avec certitude son existence car l'existence ne se déduit pas logiquement d'une idée aussi
rationnelle soit-elle, elle se constate, se voit, s'éprouve : prouver Dieu n'est pas l'éprouver or pour être certain de son existence il
faudrait pouvoir l'éprouver, ce qui est loin d'être le cas.

2°)Les conditions de la connaissance scientifique : a) Kant renvoie donc dos à dos empirisme et
rationalisme : Tout d'abord, contre le rationalisme dogmatique de Descartes, Kant établit un réalisme empirique : un concept
sans intuition, sans sensibilité -et l'intuition est inévitablement sensible, car les expériences nous sont données du dehors par la
sensibilité, et non par l'intellect- est vide de tout contenu. Ce sont les mathématiques qui ont, depuis Platon, abusées, par leurs
exemples, les rationalistes dogmatiques : ils n'ont pas vu qu'aux intuitions pures, a priori, des mathématiques doivent
correspondent des intuitions sensibles, ce qui n'est pas les cas pour les affirmations de la métaphysique, auxquelles manque la
rapport à l'objet, comme c'est le cas pour Dieu : l'idée rationnelle du triangle permet de construire et donc de faire exister un
triangle (construction géométrique) mais l’idée rationnelle de Dieu ne permettra jamais de faire être Dieu car la métaphysique
ne se confond pas avec les mathématiques qui demeurent, elles, sources de certitudes par leurs démonstrations car on peut
ramener leurs conclusions obtenues déductivement à des existences. Mais, d'autre part, contre l'empirisme sceptique, Kant
établit un idéalisme transcendantal : une intuition sans concept est aveugle, une perception sans idée rationnelle est aveugle.
C''est l'entendement et son activité a priori qui ont l'initiative dans le processus de connaissance. Seules les catégories a priori de
l'entendement donnent l'unité, la nécessité, l'universalité aux données de la sensibilité, seulement juxtaposées dans l'espace et
successives dans le temps, encore contingentes et particulières. Percevoir sans penser n'est pas connaître. Dès lors, si les
perceptions ne sont pas pensées à travers les catégories de la raison (universalité, causalité....qui ne viennent jamais de
l'expérience) alors il ne peut y avoir de connaissance certaine ou vraie. Dès lors, qu'est-ce qu'une connaissance vraie , pour
Kant ? Si toute connaissance vraie commence avec l'expérience qui lui donne sa matière, elle dérive pour sa forme de la logique
de l'esprit qui établit a priori les conditions objectives d'une connaissance universelle et nécessaire, il s'en suit : que la logique
de l'esprit ou de la raison (ce que Kant appelle entendement) nous fournit le critère formel de vérité : elle est la condition sine
qua non du vrai, de manière négative, à savoir que toute connaissance qui ne sera pas en accord avec les lois formelles de
l'entendement, ses exigences d'universalité et de nécessité, ne peut être dite vraie. D’autre part, que cette logique formelle ne
donne jamais à connaître aucun contenu de vérité : elle est seulement un "canon" pour apprécier l'usage empirique du jugement
et des concepts de l'entendement. b)les conditions de la connaissance scientifique : pour Kant, les limites de la connaissance
possible sont donc strictement celles de l'intuition sensible. En effet, pour Kant, on ne peut parler de connaissance que lorsque
deux conditions sont réunies. Il faut : α)d'abord, une intuition sensible qui donne un contenu, un fond, un objet à la
connaissance. Sans ce contenu, toute connaissance ne serait qu'un discours vide, creux, aussi rationnel puisse t-il être, un
logique formelle vide. L'intuition sensible seule donne un contenu à la connaissance et met en rapport l'esprit avec un objet
extérieur à lui. Elle relève de notre rapport sensible au monde, elle est la première condition nécessaire à la connaissance mais
c'est une condition insuffisante en ce qu'elle be nous donne qu'un objet à connaître mais ne permet pas de produire les lois
universelles ou générales qui structurent ou expliquent l'existence de l'objet, de ce qui est livré par l'intuition sensible. β)il faut
donc une deuxième condition : l'activité catégorisante de l'entendement (ou la capité de l'esprit à conceptualiser) : cette activité
catégorisante de l'entendement, seule donne forme de connaissance au contenu sensible donné par l'intuition. En effet, sans
cette activité de l'esprit sur laquelle les intuitions sensibles viennent se régler, nous n'aurions à faire qu'à une pure réceptivité
sensible, particulière, subjective et individuel qui ne permettrait en aucun cas de découvrir les lois universelles et nécessaires
qui organisent et expliquent les phénomènes. Cette activité n'est possible que parce que l'esprit dispose de catégories (12 au
total ce qui s'appelle la table des catégories de l'entendement humain chez Kant) qui lui permettent sur lesquelles viennent se
régler nos intuitions sensibles et donner alors forme de connaissance (généralité, universalité...) à ce que nous livre nos
intuitions sensibles. Toutefois, ces catégories ne sont pas données par des intuitions sensibles : la catégorie d'universalité ne
sera jamais livré par une expérience même répétée indéfiniment ; dans le cas d'une répétition d'expérience, on aura plusieurs
expériences, de la pluralité, mais pas d'universalité. Ainsi, par exemple, l'universalité (marque de la connaissance scientifique
entre autre) relève d'une activité a priori de l'esprit, qui ne dérive d'aucune donnée sensible. Faute de ces conditions, on ne peut
parler de connaissance. "Sans la sensibilité, nul objet ne serait donné; sans l'entendement, nul objet ne serait pensé". (Kant,
Critique de la raison pure) "Des pensées sans matière sont vides sans ce que livre l'intuition sensible sont creuses, des
intuitions sans concept aveugles, sans raison ne sont que de simples perceptions particulières. Ainsi, la sensibilité et une
certaine activité de la raison sont les deux conditions sans lesquelles aucune connaissance vraie et scientifique ne devient
possible. C'est ce que l'on appelle le criticisme qui renvoie donc dos à dos rationalisme et empirisme. Les empiristes ont très
bien pensé le rôle de la sensibilité dans la connaissance mais ils n'ont pas compris celui de la raison, les rationalistes ont très
bien pensé le rôle de la raison mais ont éludé celui de la sensibilité. En fait, dira Kant, les deux conceptions de la connaissance,
empirisme et rationalisme, commettent toutes les deux la même erreur : elles se sont interrogées sur la nature d'une
connaissance vraie au lieu de se demander quelles sont les conditions d'une connaissance vraie. Le criticisme en philosophie est
donc cette démarche qui consiste à changer le questionnement à propos de la connaissance : plutôt que d'affirmer ce qu'est une
connaissance vraie, se demander quelles en sont les conditions et, par conséquent, les limites de la connaissance humaine. En
conséquence, pour Kant, les limites de la connaissance possible sont strictement celles de l'intuition sensible. Il s'agit aussi des
données théorico-expérimentales des sciences fournies par l'intermédiaire de la théorie : autrement dit que tout discours puisse
être rapporté à une intuition sensible (par exemple dans le cadre d'une vérification expérimentale qui relève de la sensibilité, ce
qui n'est pas le cas de la métaphysique qui relève d'objets que l'on ne peut rapporte à des intuitions sensibles, tels que Dieu,
l'immortalité de l'âme, et le caractère infini de l'univers, les trois objets classiques de la métaphysique). Cela signifie que, pour
Kant, il n'y a de connaissance que scientifique . Il opère donc un parricide face à Platon, puisque se trouve invalidée toute
prétention à saisir des essences, des vérités, par intuition intellectuelle : une intuition intellectuelle n'existe pas pour Kant, il n'y
a d'intuition que sensible. On le voit donc, il n'y a de connaissance que si la sensibilité nous donne un objet de connaissance :
c'est-à-dire un contenu à notre pouvoir de connaître. Faute de ce contenu, donné par la sensibilité, il s'agirait d'une logique
formelle vide, mais pas d'une connaissance. Ce que critique Kant, lorsqu'il parle de 'logique formelle vide", c'est la
métaphysique traditionnelle fondée sur Platon et son rationalisme. Si, comme le prétend Kant, il n'y a de connaissance
authentique que scientifique -c'est-à-dire ayant pour objet ce qui est susceptible de vérifications théorico-expérimentales au sein
de sensible- alors la métaphysique qui se donne pour objet le supra-sensible est une pensée vide de contenu. Les trois grands
objets de la métaphysique sont : Dieu (théologie) , L'immortalité de l'âme (psychologie) , Le caractère infini du monde
(cosmologie). Pour Kant, ces trois thèmes, qui informent le sens de notre vie et qui concernent notre salut, restent
inconnaissables théoriquement par l'homme, puis qu’aucune démarche théorico-expérimentale ne peut élucider ces questions,
aucune expérience ne permet de vérifier ce qui sera affirmé, même rationnellement, à leur propos. Ainsi, la critique kantienne
de la démonstration de l'existence de Dieu montre que l'esprit humain peut démontrer logiquement l'existence de Dieu mais
cette démonstration reste un discours logique vide de tout contenu, une logique creuse pour Kant dans la mesure où pour parler
de conclusion vraie il faudrait pouvoir éprouver l'existence de Dieu, l'expérimenter, ce qui est impossible. Même la conclusion
nécessaire qui aboutit à l'expérience de Dieu (grâce à la raison) a besoin, pour être vraie d'être vérifiée expérimentalement (ce
qui ne sera jamais possible à propos de n'importe quelle conclusion, aussi rationnelle et nécessaire puisse t-elle être, dans le
domaine métaphysique). Dès lors, sans la sensibilité et sans la raison, aucune vérité n'est envisageable : il ne faut pas confondre
ce qui est logique, nécessaire avec la vérité et ne pas confondre ce qui est éprouvé sensiblement avec la vérité. Toute vérité
exige davantage que la simple activité de la raison (qui démontre) ou que la simple activité de l'intuition (qui permet de
percevoir), elle exige les deux, dans un certain ordre, à la fois.

3°)Dès lors, une vérité scientifique n’est-elle pas une vérité falsifiable ? Karl Popper et le
falsificationnisme : ,Ainsi, l’expérience peut venir falsifier, beaucoup plus que confirmer, la théorie. La science progresse en
raison de cette même confrontation des théories avec les phénomènes expérimentaux : ainsi, cette vérité, de nature scientifique,
est-elle provisoire et partielle, elle est vraie tant que de nouvelles données expérimentales ne sont pas venues l’infirmer ou la
limiter : une thèse de nature scientifique n’est donc pas tant une thèse confirmée que falsifiable, c’est-à-dire susceptible de
devoir être retravaillée en fonction de nouvelles conditions expérimentales, ce qui ôte à la vérité scientifique le risque d’être
dogmatique, indiscutable et, au bout du compte, d’en pouvoir faire un usage idéologique : le scientifique prend toujours le
risque de devoir reprendre ses positions, c’est à cette seule condition que la connaissance scientifique peut progresser, comme
le fait remarquer K. Popper dans son ouvrage La logique de la découverte scientifique, ouvrage dans lequel, précisément, il
reproche à la psychanalyse de ne développer aucune thèse scientifique puisque rien ne peut venir falsifier, contredire, la thèse
de l’inconscient psychique (la nier, c’est la confirmer !). C’est d’ailleurs pour cette raison que depuis Freud, la connaissance
psychanalytique n’a pas progressé et que les principales hypothèses de Freud n’ont jamais réellement été bouleversées faisant
de cette discipline ne nouvelle forme de catéchisme ! Le physicien, lui, en appliquant cette méthode d’investigation, ne prend
pas ce risque puisque toute hypothèse, même confirmée, continuera d’être travaillée en fonction et grâce à des expériences qui
doivent « tester » sans cesse sa capacité de résistance (sa cohérence et sa rationalité), comme le physicien dans son laboratoire
teste par des expériences la résistances de certaines thèses et en vient ainsi à améliorer les thèses établies. La meilleure théorie
est donc celle qui organise des expériences nouvelles au risque de se voir falsifier par ces expériences. Les hypothèses ne sont
pas inventées de toute pièce par l'imagination, mais elles sont formulées de telle façon qu’on puisse faire une expérience pour la
réfuter. L’expérience est réfutatrice, mais pas vérificatrice Falsifiable signifie d'abord réfutable et s'oppose à vérifiable. Ce qui
fait la spécificité des théories scientifiques, c’est qu’elles sont falsifiables ou réfutables, non pas vérifiables. Un énoncé
infalsifiable est un énoncé qui ne peut jamais entrer en conflit avec une observation ; conséquence : ne nous apprend rien sur le
monde. Une loi scientifique doit donc être du genre " toutes les planètes décrivent des ellipses autour du soleil " : cet énoncé est
falsifiable, car il exclut les orbites carrées ou ovales Une théorie n’est scientifique que si elle est falsifiable : on doit connaître
quel est l’événement qui, s’il se produisait, nous mènerait à renoncer à l’hypothèse, ou à moins, à la transformer. L’exigence
essentielle de la démarche scientifique n’est donc pas la vérité, mais la clarté dans la formulation des hypothèses, puisque cette
clarté est une condition nécessaire pour déterminer quels sont les événements observables qui permettent de la falsifier. La
falsifiabilité va jouer, pour Popper, le rôle de démarcation entre les théories scientifiques et non-scientifiques. Cf. psychanalyse,
astrologie, etc. : ce sont des pesudo-sciences car on ne peut pas les réfuter (conclusion cours inconscient). Plus une théorie est
falsifiable, meilleure elle est. Donc, dans la démarche scientifique, on ne " prouve " pas les théories. Dans le meilleur des cas,
on les réfute. Ainsi, le progrès scientifique consiste à s’apercevoir des erreurs et non à accumuler des certitudes. Une théorie
non falsifiée n’est pas " vraie ", ou, si elle est vraie, elle ne l’est que provisoirement. Une théorie qui passe victorieusement les
tests expérimentaux est dite confirmée ou bien corroborée. Les théories scientifiques sont des hypothèses, des essais ou
tentatives d'explication du monde. On a donc vu qu'il est plus fondé logiquement de dire que les théories scientifiques précèdent
l'expérience, plutôt que de dire qu'elles en sont issues. Nous avons détruit, en effet, le présupposé de l'inductivisme naïf, qui est
celui de l'existence d'une expérience ou d'une observation "neutre", sans préjugés, sans aucun a priori. Au bout du compte, on a
remis en question la distinction même entre théorie et expérience : en effet, il n'y a pas d'expérience sans théorie. L’activité
scientifique consiste donc à formuler des hypothèses et les soumettre à des tests expérimentaux multiples avant d’en déduire
des thèses qui auront valeur de vérité (provisoire) tant qu’elles n’auront pas été réfutées par l’expérience. La science n’est donc
pas asservie au réel qu’il faudrait refléter : un énoncé n’est scientifiquement vrai que pour autant qu’il est susceptible d’être
testé et, à ce titre, d’être réfuté. Au lieu de dire « c’est vrai », le scientifique devra dire « je n’ai pas réussi à démontrer, pour le
moment, que c’est faux. » Il faut donc réformer son vocabulaire et ne plus dire qu’une loi est vraie parce que des expériences
l’ont vérifiées, mais bien plutôt, la loi est, pour l’instant, acceptée car elle a résisté aux tentatives faites pour la réfuter. Osons le
dire : la science propose moins des vérités que des conventions adéquates qui viennent organiser et justifier les recherches
scientifiques.
Conclusion
Les théories scientifiques ne sont pas issues de l’expérience, mais il faut plutôt dire qu’elles la pré-
cèdent. Mais nous avons vu que ce à quoi nous mène cette seconde thèse concernant l’élaboration des théories scientifiques, ce
n’est pas à dire que les théories scientifiques seraient issues purement et simplement de l’esprit de l’homme, sans aucun rapport
avec le réel. Si l’expérience n’est pas le fondement de la science, reste qu’elle en est le guide. Mais c’est à l’abandon de la dis -
tinction entre l’expérience et la théorie. En effet, elles ne sont pas des domaines complètement séparés, mais on peut dire qu’il
n’y a pas d’expérience sans théorie et pas de théorie sans expérience. Cette conséquence bouleverse toutes les idées reçues
concernant la science : en effet, cette réponse nous mène à dire que la science n’est pas " vraie " au sens où elle serait une copie
fidèle de la réalité (vérité-adéquation). Elle est tout autant " subjective " que l’histoire, si par subjectif on entend une reconstruc-
tion par l’homme de ce qui est décrit. La science est une construction théorique, ce qui veut dire que l’esprit de l’homme est lui-
même présent dans les théories " scientifiques ". C’est un modèle d’explication qui n’a pas encore été réfuté. D’ailleurs, depuis
l’avènement de la théorie de la relativité et surtout de physique quantique-, les physiciens ont bien définitivement renoncé à une
objectivité forte et admis que la connaissance du réel était liée à nos instruments de mesure et donc à des théories. Ce qui signi-
fie que l’homme ne peut jamais connaître qu’un réel informé par sa propre pensée, son langage, sa vision du monde. Le réel en
soi reste donc inaccessible.

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