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Sensation Rimbaud LL

Le document analyse le poème 'Sensation' d'Arthur Rimbaud, mettant en lumière son héritage littéraire et son parcours personnel. Il explore la structure du poème, divisée en deux mouvements, et souligne l'importance de la nature et des sentiments d'émancipation et de sensualité. En conclusion, Rimbaud exprime une quête de liberté à travers une connexion authentique avec la nature et une recherche de bonheur.

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Sensation Rimbaud LL

Le document analyse le poème 'Sensation' d'Arthur Rimbaud, mettant en lumière son héritage littéraire et son parcours personnel. Il explore la structure du poème, divisée en deux mouvements, et souligne l'importance de la nature et des sentiments d'émancipation et de sensualité. En conclusion, Rimbaud exprime une quête de liberté à travers une connexion authentique avec la nature et une recherche de bonheur.

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Objet d’étude : la poésie du XIXème siècle au XXIème siècle

Arthur Rimbaud, « Sensation », in Cahiers de Douai, 1870

Explication linéaire

1. Présentation de l’auteur et de l’oeuvre


Arthur Rimbaud est un poète français héritier à la fois du romantisme hugolien, du Parnasse et
de Baudelaire. Après avoir reçu une éducation familiale et scolaire plutôt stricte, il se révolte,
à 16 ans contre tout ce qui représente l’ordre, et se passionne pour le mouvement politique de
La Commune (mars-mai1871). Les poèmes qu’il publie impressionnent son entourage et lui
dessinent une place dans la « République des lettres », marquée en cette fin du XIXème siècle
par le mouvement du symbolisme. Le talent du jeune précoce mais aussi le soutien de divers
« mentors » tels que Georges Isambard, Paul Demeny ont favorisé la fulgurante ascension du
jeune Arthur. Le poète Paul Verlaine avec qui il vécut des amours orageux, le surnomma
« l’homme aux semelles de vent » parce qu’Arthur, à partir de 20 ans s’est découvert une
vocation d’aventurier et s’est mis à voyager à travers le monde. Pendant les grandes vacances
de l'année 1870, le lycéen Arthur Rimbaud (16 ans), qui vient de rafler les plus hautes
distinctions à la distribution des prix du "Collège Municipal" de Charleville (Ardennes),
décide d'abandonner le foyer familial. Incarcéré à la prison de Mazas pour fait de
« vagabondage », il est libéré grâce à son ancien professeur de rhétorique, Georges Izambard
(22 ans) qui l'accueille dans sa maison familiale de Douai où il écrivit de nombreux poèmes
dont vingt-deux seront découverts après sa mort et publiés en 1919, sous le titre Cahiers de
Douai.

2. Présentation de l’extrait
« Sensation » est le deuxième des 22 poèmes composant le recueil. Court, simple d’apparence
mais plus dense qu’il n’y paraît, ce poème est formé de de deux quatrains en vers alexandrins.
1870 illustre parfaitement le génie du jeune Rimbaud.

3. Lecture expressive

Sensation

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,


Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien,


Mais l'amour infini me montera dans l'âme ;
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, heureux - comme avec une femme.
Mars 1870

[NB : prononcer distinctement les douze syllabes des alexandrins


(souligner les coupes à l’intérieur des vers)]
4. Annonce du projet de lecture / la Problématique :

En quoi ce texte illustre-t-il le génie poétique d’Arthur Rimbaud ?

5. Présentation des mouvements du texte :


Nous identifions dans ce poème, deux mouvements qui suivront la composition naturelle du
texte : le premier mouvement correspond au premier quatrain et le second à la deuxième
strophe.
Premier mouvement : la nature concrète (vers 1 à 4)

Deuxième mouvement : les sentiments abstraits : (vers 5 à 8)


.

Strophe 1 :
La nature est importante dès le début du poème. On constate la présence de son champ
lexical avec des mots comme “été” ; “sentiers” ; “blés” ; “herbe” ; “vent”.
C’est donc un paysage bucolique que nous décrit la première strophe. On observe
un mouvement descendant puis ascendant, partant du ciel avec “les soirs bleus d’été” jusqu’au
sol avec “mes pieds” et remontant à la “tête nue”.
Ce mouvement peut mimer le regard du poète balayant la nature qui s’offre à lui. C’est
également une occasion pour le poète d’évoquer son ancrage dans le réel, il a “les pieds sur
terre”, et sa recherche de l’élévation poétique avec la tête dans le vent, qui se rapproche donc
des nuages. Notons aussi la mise en exergue en début de vers de l’adjectif “Rêveur” qui
insiste sur l’importance que le jeune poète accorde à son imagination.
Remarquons que les verbes sont tous conjugués au futur simple : “j’irai” ; “j’en sentirai” ; “je
laisserai”. Le poète ne raconte pas un souvenir, mais se projette, il veut s’émanciper et
savourer la liberté et l’harmonie avec la nature. Harmonie d’abord physique, en témoigne le
lexique des sensations : “picoté par les blés” ; “j’en sentirai la fraicheur à mes pieds” ; “je
laisserai le vent baigner ma tête nue”.
Il est intéressant de noter qu’avec l’emploi du futur, on comprend que toutes ces sensations ne
sont pas encore vécues, mais anticipées par le poète, et ressentie grâce au pouvoir de
l’imagination. L’harmonie recherchée par le poète est accentuée par sa tenue : il est “picoté
par les blés”, il sent la fraicheur “à (ses) pieds” et a la “tête nue”, ce qui signifie qu’il est
probablement pieds nus et sans chapeau, donc il cherche à se rapprocher physiquement de la
nature le plus possible.
Pour lui la liberté revient à retrouver un état naturel.
Au niveau des sensations, on trouve également une métaphore chère à Rimbaud, celle de
l’assimilation de plusieurs éléments, ici le vent et l’eau : “je laisserai le vent baigner ma tête
nue”. Cette métaphore évoque une fusion des éléments naturels pour ne former qu’un tout que
le poète aspire à rejoindre.
Finalement, de cette première strophe se dégage un profond sentiment de bien-être et de
bonheur, renforcé au niveau des jeux sonores par l’assonance en -é/-è qui parcourt chacun des
4 premiers vers.
Ce jeu sur les sons dégage une sensation de légèreté qui s’apparente à la liberté recherchée par
le poète, loin du foyer familial qu’il fuit.
Strophe 2
La seconde strophe s’intéresse davantage aux sentiments abstraits du poète.
L’ouverture par 2 négations, celle de la parole “je ne parlerai pas” et celle de la pensée “je ne
penserai rien”, peut laisser penser que le poète refuse toute contrainte. Il veut sentir les choses
comme elles viennent, sans les intellectualiser.
La conjonction de coordination “mais” qui suit peut appuyer cette thèse. Il n’accorde pas
d’attention à la pensée, mais à ce qu’il ressent : “l’amour infini”.
Ce sentiment qui submerge le poète en lui “mont(ant) dans l’âme” peut représenter la quête du
premier amour, de la sensualité.
Ainsi, en se rapprochant physiquement de la nature, de l’état naturel, il est également en
recherche d’une conquête féminine.
Le rapprochement physique avec la nature de la première strophe peut donc être lu comme un
contact sensuel, toutes les sensations physiques font naître un sentiment : “l’amour infini”.

L’arrivée de l’amour souligne la présence du registre lyrique dans l’ensemble du


poème. L’abondance de la première personne, l’importance donnée aux sentiments
personnels et exacerbés peuvent rapprocher cette oeuvre de jeunesse des influences
romantiques du jeune Rimbaud.
La reprise au vers suivant du verbe “j’irai”, cette fois accompagné de la conjonction “et”
permet de donner l’idée d’un mouvement enthousiaste, vers l’avant, comme si le poète faisait
la liste de toutes les choses qu’il fera une fois libre.
L’adverbe “loin”, immédiatement repris et renforcé “bien loin” forme une épanalepse qui
traduit le besoin d’émancipation et de liberté du jeune homme.
Cette liberté est représentée par la figure du bohémien à laquelle le poète s’identifie par
une comparaison simple : “comme un bohémien”. Notons l’accentuation du mot par
la diérèse : “bohémien”.
L’idée de voyage tient ici davantage au voyage introspectif, au retour à la nature, qu’au
voyage pour aller quelque part. On voit clairement qu’aucune destination n’est mentionnée
dans le poème. En revanche, le chemin est précisé au début du poème : “dans les sentiers”,
puis au dernier vers “Par la Nature”.

Donc le poète se retrouve dans le contact avec la nature. La mise en exergue de l’adjectif
“heureux” accentue le bonheur qu’il éprouve à penser à sa fugue.
La comparaison finale “comme avec une femme” ouvre plusieurs champs d’analyse.
D’une part, elle permet d’allégoriser la Nature (qui portait déjà la majuscule propre aux
allégories). Le contact avec la nature et l’harmonie qui s’en dégage offre autant de bien-être
au poète que le contact avec une femme.
D’autre part, elle permet de lire le texte comme une expression de la recherche de la
sensualité. En effet, Rimbaud, qui s’identifie au “bohémien” du vers précédent, est rapproché
de la “femme” au dernier vers ce qui confirme la recherche du contact physique et sensuel.
De plus, l’alternance, sur l’ensemble du poème des rimes masculines (sentiers ; pieds ; rien ;
bohémien) et féminines (menue ; nue ; âme ; femme) mime un entrecroisement évocateur.

Ainsi, la légèreté de ton du poème peut être rapprochée de l’euphorie du premier amour.
Les deux négations du vers 5 peuvent également laisser penser que Rimbaud souhaite
ressentir l’amour pour la femme sans artifice, pas de parole, pas de pensée superflue.
Enfin, notons un dernier point intéressant : pour ce jeune homme de 15 ans qui fuit la rigidité
du foyer familial tenu par une mère stricte, l’aboutissement du poème et de la fugue est une
autre femme.
Ce passage de la mère à la maîtresse peut tout à fait être lue comme l’affirmation par le jeune
homme de son émancipation définitive et de son passage de l’enfance à l’âge adulte.

Conclusion de l’analyse linéaire du poème « Sensation » d’Arthur Rimbaud

Rappel du développement
Nous avons pu voir que ce court poème est bien plus dense qu’il n’y parait à la première
lecture.

Si d’emblée, l’importance de la nature s’impose au lecteur par les sensations décrites par le
poète dans la première strophe, les sentiments abstraits qui apparaissent dans la deuxième
strophe ouvrent le poème sur une idée de la liberté plus large qu’un simple retour à la nature.

Réponse à la problématique
Ainsi, le poème “Sensation” d’Arthur Rimbaud exploite le thème de la bohème pour affirmer
sa soif de liberté et d’émancipation.
Cette liberté passe d’abord par le besoin de retrouver la nature en quittant la ville dénaturée
pour sentir des sensations authentiques.
Ensuite, le rêve du poète dépasse l’idée d’une simple promenade à travers champs : c’est
l’éveil de la sensualité, l’harmonie des sens et le bonheur profond qui sont transcrits dans le
second quatrain.
Finalement, on peut dire que dans ce court poème au futur, Arthur Rimbaud condense son
idée de l’émancipation : ce n’est pas la destination qui compte, mais l’abolition des
contingences futiles et le retour à la simplicité, aux sens, l’écoute de soi.

Ouverture
Le thème des fugues, de la quête de liberté et du bonheur par la bohème est cher à Rimbaud,
et particulièrement exploité dans le recueil des Cahiers de Douai. On le retrouve bien entendu
dans son célèbre sonnet “Ma bohème“, mais aussi dans un autre sonnet racontant l’une de ses
fugues “au cabaret-vert“.

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