Textes de Philosophie. Professeur : M.
DIENE
SUCESS SCHOOL Année scolaire 2024/2025
Discipline : Philosophie
Texte 1 :
Diotime - Aucun des dieux ne philosophe et ne désire devenir savant, car il l'est ; et, en général,
si l'on est savant, on ne philosophe pas ; les ignorants non plus ne philosophent pas et ne désirent
pas devenir savants ; car l'ignorance a précisément ceci de fâcheux que, n'ayant ni beauté, ni
bonté, ni science, on s'en croit suffisamment pourvu. Or, quand on ne croit pas manquer d'une
chose, on ne la désire pas.
Socrate - Quels sont donc, Diotime, ceux qui philosophent, si ce ne sont ni les savants ni les
ignorants ?
Diotime - Un enfant même comprendrait tout de suite que ce sont ceux qui sont entre les deux,
et l'Amour est de ceux-là.
Platon (vers 420-340 av. J.-C.), Le Banquet
Texte 2 :
Où commence la philosophie ? Il y a deux façons d’entendre la question. On peut se demander
d’abord où situer les frontières de la philosophie, les marges qui la séparent de ce qui n’est pas
encore ou pas tout à fait elle. On peut se demander ensuite où elle est apparue pour la première
fois, en quel lieu elle a surgi et pourquoi là plutôt qu’ailleurs. Question d’identité, question
d’origine, liées l’une à l’autre, inséparables (…). On dira, pour établir la date et le lieu de
naissance de la philosophie, encore faut-il connaître qui elle est, posséder sa définition afin de
la distinguer des formes de pensée non philosophiques ? (…) Pour savoir ce qu’elle est, il faut
examiner les conditions de sa venue au monde, suivre le mouvement par lequel elle s’est
historiquement constituée, lorsque dans l’horizon de la culture grecque, posant des problèmes
neufs et élaborant les outils mentaux qu’exigeait leur solution, elle a ouvert un domaine de
réflexion, tracé un espace de savoir qui n’existaient pas auparavant (…). C’est à travers
l’élaboration d’une forme de rationalité et d’un type de discours jusqu’alors inconnus que la
pratique philosophique et le personnage du philosophe émergent (…).
Jean-Pierre Vernant, In philosopher
Texte 3 :
1
Textes de Philosophie. Professeur : M. DIENE
La philosophie naît (…) d’une conscience angoissée, d’une conscience sommée de s’adapter à
un univers devenu étranger, inhabituel, un univers dont le silence, parce qu’il nous laisse
démunis, inquiète et trouble. La philosophie naît des situations troubles. S’il y a donc un besoin
de philosophie, c’est qu’il y a un manque dans la réalité, de l’irréalité dans la réalité, de
l’inhumain dans l’humain. La philosophie vient de ce qu’il y a un désir d’autre chose, d’une
autre organisation de la société, et de ce que ce désir ne peut s’affranchir des vieilles formes
sociales. C’est à partir du manque que nous discernons dans le réel que nous philosophons
comme pour résoudre, supprimer l’insatisfaction née de la prise de conscience de ce manque
ou de cette absence. La philosophie n’est pas, ne saurait être cette spéculation brumeuse
détachée de la réalité et des problèmes concrets des hommes, concrets dans les situations elles-
mêmes concrètes… L’initiative philosophique est indétachable des préoccupations pratiques.
Et l’initiative philosophique ne saurait être qu’une intention créatrice de grande envergure à
l’échelle des sociétés humaines.
Ebénezer Njoh Mouelle, Jalons
Texte 4:
Penser, c’est dire non. Remarquez que le signe du oui est d’un homme qui s’endort ; au contraire
le réveil secoue la tête et dit non. Non à quoi ? Au monde, au tyran, au prêcheur ? Ce n’est que
l’apparence. En tous ces cas-là, c’est à elle-même que la pensée dit non. Elle rompt l’heureux
acquiescement. Elle se prépare d’elle-même. Elle combat contre elle-même. Il n’y a pas au
monde d’autre combat. Ce qui fait que le monde me trompe, c’est que je consens, c’est que je
ne cherche pas autre chose. Et ce qui fait que le tyran est maître de moi, c’est que je respecte au
lieu d’examiner. C’est par croire que les hommes sont esclaves. Réfléchir, c’est nier ce que l’on
croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien. Qu’est-ce que je verrais si je devais tout
croire ? Mais c’est en m’interrogeant sur chaque chose que je la vois.
ALAIN, Propos sur les pouvoirs