F02 Subventions
F02 Subventions
FICHE 2 Subventions
(Version 2024/2025)
1. Notion de subvention
Les subventions sont définies à l’article 9-1 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des
citoyens dans leurs relations avec les administrations dite « DCRA », créé par l’article 59 de la loi n° 2014-
856 du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire, comme « des contributions facultatives de
toute nature, valorisées dans l’acte d’attribution, décidées par les autorités administratives et les
organismes chargés de la gestion d’un service public industriel et commercial, justifiées par un intérêt
général et destinées à la réalisation d’une action ou d’un projet d’investissement, à la contribution au
développement d’activités ou au financement global de l’activité de l’organisme de droit privé bénéficiaire.
Ces actions, projets ou activités sont initiés, définis et mis en œuvre par les organismes de droit privé
bénéficiaires. / Ces contributions ne peuvent constituer la rémunération de prestations individualisées
répondant aux besoins des autorités ou organismes qui les accordent ».
Cette définition légale vise en particulier à prévenir le risque de requalification de certaines subventions
en marchés publics. Les subventions ne sont pas soumises au code de la commande publique, institué
notamment par l’ordonnance n° 2018-1074 du 26 novembre 2018 portant partie législative du code de la
commande publique, comme en dispose explicitement son article L. 1100-1 parce qu’elles ne sont pas au
sens strict des contrats de la commande publique tels que définis aux articles L. 2,L. 1111-1,L. 1121-1.
Cependant, la somme versée et qualifiée de subvention peut caractériser en fait un marché public et
encourir une telle requalification, notamment lorsque la somme versée sert à financer un projet
d’initiative publique ou peut être regardée comme la rémunération d’une prestation ou la contrepartie
d’un service rendu (v. not., CE, 26 mars 2008, Région de la Réunion, n° 284412 ; CE, 23 mai 2011, Commune
de Six-Fours-Les-Plages, n° 342520). La subvention se distingue également d’un contrat de concession, le
cas échéant portant sur une délégation de service public, en ce qu’elle n’a pas pour objet de mettre à la
charge de l’organisme bénéficiaire l’organisation, la gestion et le fonctionnement d’un service (public ou
non) avec transfert d’un risque d’exploitation (v. par ex. : CE, 24 mars 2022, Commune de Toulouse, n°
449826).
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2. Usage économique des subventions
Les subventions constituent l’un des mécanismes les plus classiques de concours financiers des personnes
publiques à des entreprises. Elles présentent une certaine simplicité par rapport à d’autres outils relevant
des techniques d’ingénierie financière et permettent de définir des conditions relativement souples en
matière d’affectation et de contrôle de l’utilisation aux fins prévues.
Les subventions, versées « à fonds perdus » par la collectivité publique, sont possibles, sans limitation de
montant. Toutefois, elles peuvent également constituer la première tranche d’un dispositif plus complexe,
comprenant des aides versées sous d’autres formes (avances remboursables, dotations en capital
notamment...).
Certains usages spécifiquement économiques des subventions sont par ailleurs prévus et régis par des
textes particuliers. Il en va par exemple ainsi des subventions de l’État pour des projets d’investissement.
Le décret n° 2018-514 du 25 juin 2018, relatif à ces subventions de l’Etat, dispose que ces demandes de
subventions sont des demandes au sens du code des relations entre le public et l'administration (CRPA).
Il en résulte notamment que les dispositions de ce code relatives à la saisine par voie électronique (SVE)
sont applicables à ces demandes de subventions. Ces demandes de subventions d'investissement
présentant un caractère financier, le silence gardé par l'administration au terme d’un délai de huit mois
(plus long que le délai de droit commun de deux mois en raison du temps d’instruction nécessaire, et le
cas échéant prorogé) vaut décision de rejet. Les subventions consenties aux entreprises par les
collectivités publiques ont, en règle générale, un caractère de soutien à l’investissement.
Les dispositifs de subvention sont en outre des outils particulièrement utilisés pour aider les acteurs
économiques dans les périodes d’instabilité économique. Ainsi, pendant la crise sanitaire, l’Etat a
notamment créé un fonds de solidarité au bénéfice des entreprises particulièrement touchées par les
conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l’épidémie de covid-19
(ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ; décret n° 2020-371 du 30 mars 2020). Les entreprises
devaient justifier, pour en bénéficier, d'une baisse de chiffre d'affaires de 70%, d'un chiffre d'affaires de
moins d'un million d'euros au titre du dernier exercice clos ainsi que d'un bénéfice inférieur à 60 000 euros
et avoir un nombre de salariés inférieur ou égal à 10. Il a été jugé que les subventions ainsi octroyées
poursuivaient un objectif d'intérêt général et reposaient sur des critères objectifs et en lien avec l'objet
de la norme, lequel était de compenser, pour les entreprises les plus fragiles, les effets de la crise sanitaire
(cf. CE, 22 décembre 2020, n° 439804). De même, le décret n° 2022-967 du 1er juillet 2022 a institué une
aide visant à compenser la hausse des coûts d'approvisionnement de gaz naturel et d'électricité des
entreprises particulièrement affectées par les conséquences économiques et financières de la guerre en
Ukraine.
→ Pour approfondir
V. pour un recensement des dispositifs par le réseau des chambres de commerce et d’industrie : les-
[Link].
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3. Compétence pour octroyer les subventions
3.1. Etat
La définition d’un régime de subvention n’entre dans aucune des matières que l’article 34 de la
Constitution réserve au législateur (v. not. sur ce point, les conclusions de S. Austry sous la décision
d’assemblée Pelletier et a. (6 avril 2001, n°s 224945 et a.), qui estime que : « Ce n’est que lorsque
l’institution d’un régime d’aide relève par ailleurs de principes dont la Constitution réserve la
détermination au législateur que [le Conseil d’État écarte] comme le Conseil constitutionnel la compétence
du pouvoir réglementaire. (…) Tel est notamment le cas en ce qui concerne la définition des prestations
sociales et la détermination des conditions exigées pour en bénéficier qui relève des principes
fondamentaux de la sécurité sociale (voyez pour les allocations de logement - CC, 7 avril 1960, n°60-4 L,
p.31, l’allocation prénatale ou de maternité - CC, 22 décembre 1961, n°61-17 L, p.43, des prestations
familiales - CC, 8 novembre 1972, n°72-74 L, p.34, ou même de l’aide sociale proprement dite - CE, 12 juin
1998, fédération des aveugles et handicapés visuels de France, p.223) »). Ainsi, lorsqu’elles sont octroyées
par l’État directement, l’instauration d’un régime de subventions peut relever du domaine réglementaire
(v. par exemple, le décret n° 2022-423 du 25 mars 2022 relatif à l'aide exceptionnelle à l'acquisition de
carburants). Le Conseil constitutionnel a d’ailleurs jugé que la définition des critères d’attribution des
aides publiques ne met pas en cause des principes ou règles que la Constitution range dans le domaine
de la loi (Cons. const., décision n° 2014-701 DC du 9 octobre 2014, Loi d’avenir pour l’agriculture,
l’alimentation et la forêt, cons. 8.).
Le versement de subventions suppose néanmoins l’ouverture des crédits nécessaires en loi de finances.
Elles font par ailleurs l’objet d’un suivi particulier dans le cadre de ces lois (v. not. article 54 de la loi
organique relative aux lois de finances (LOLF) en ce qui concerne la loi relative aux résultats de la gestion
et portant approbation des comptes de l’année).
Le décret n° 2020-412 du 8 avril 2020 relatif au droit de dérogation reconnu au préfet permet au
représentant de l’Etat de déroger à des normes nationales pour prendre des décisions non
réglementaires, notamment d’attribution de subventions. Outre l’existence d’un motif d’intérêt général
et de circonstances locales, une telle dérogation doit, pour être justifiée, avoir pour effet d'alléger les
démarches administratives, de réduire les délais de procédure ou de favoriser l'accès aux aides publiques,
être compatible avec les engagements européens et internationaux de la France et, enfin, ne pas porter
atteinte aux intérêts de la défense ou à la sécurité des personnes et des biens, ni une atteinte
disproportionnée aux objectifs poursuivis par les dispositions auxquelles il est dérogé (v. également
circulaire n° 6201/SG du 6 août 2020 relative à la dévolution au préfet d’un droit de dérogation aux
normes réglementaires et la décision du Conseil d’Etat du 21 mars 2022, Association Les amis de la Terre
France et autres, n° 440871).
Enfin, les ministres, en leur qualité d’ordonnateurs principaux (article 74 du décret n° 2012-1246 du 7
novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique) et sous réserve que des crédits
d’intervention aient été ouverts en loi de finances pour un programme donné sur lequel ils ont
compétence en application du décret de répartition, disposent sur ce fondement d’une compétence
pour attribuer des subventions sur l’enveloppe budgétaire du programme concerné, en dehors de tout
encadrement législatif ou réglementaire préalable et spécifique. Dans ce cas l’ordonnateur reste
néanmoins soumis aux règles encadrant l’octroi de subventions et notamment la loi DCRA, le principe
d’égalité et la liberté du commerce et de l’industrie (v. CE, 30 décembre 2009, Union syndicale
solidaires, n° 322484 et les conclusions du rapporteur public Luc Derepas). En revanche, l’ouverture de
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crédits ne donne pas aux ministres une compétence réglementaire pour définir les conditions et
modalités d’attribution d’une aide (CE, 21 mars 2024, n° 475310).
Le conseil régional joue un rôle de planification et de suivi en matière d’aides aux entreprises. Il est ainsi
chargé d’élaborer un schéma régional de développement économique, d’innovation et
d’internationalisation qui définit les orientations en matière d’aide aux entreprises et organise, sur le
territoire régional, la complémentarité des actions menées par la région et par les autres collectivités
territoriales et leurs groupements (article L. 4251-13 du code général des collectivités territoriales). En
outre, en application de l’article L. 1511-1 du même code, la région établit annuellement un rapport relatif
aux aides mises en œuvre par l’ensemble des collectivités sur son territoire, qui donne lieu à un débat du
conseil régional.
La région dispose également de la compétence de principe en ce qui concerne le régime et l’octroi des
aides aux entreprises sur son territoire, en application de l’article L. 1511-2. Ces aides peuvent notamment
revêtir, aux termes de cet article, la forme de subventions. La gestion de ces aides peut être déléguée par
la région à la métropole de Lyon, aux communes ou à leurs groupements dans les conditions prévues à
l’article L. 1111-8, ainsi qu’à des établissements publics ou à la société anonyme Bpifrance.
- en application de l’article L. 1511-7 du même code, les régions peuvent verser des subventions
aux organismes sans but lucratif, soit agréés en application du 4 de l’article 238 bis du code
général des impôts dès lors que ceux-ci ont pour objet exclusif de participer à la création ou à la
reprise d’entreprises, soit mentionnés au 1 de l’article L. 511-6 du code monétaire et financier,
et qui participent à la création d’entreprises.
Si le domaine des aides en matière d'investissement immobilier des entreprises et de location de terrains
ou d'immeubles déroge à cette compétence de principe de la région, puisqu’il relève de la compétence
des communes et de leurs groupements ou de la métropole de Lyon, la région peut cependant participer
à l’octroi de ces aides par le biais d’une convention (art. L. 1511-3 du CGCT).
Enfin, comme l’ensemble des collectivités territoriales, la région peut attribuer des aides destinées à
favoriser l’installation ou le maintien de professionnels de santé dans les zones qui en manquent (article
L. 1511-8 du même code).
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Les dispositions qui confèrent les compétences rappelées ci-dessus aux régions permettent cependant
aux autres collectivités territoriales de participer au financement de ces aides en complément de la région,
dans le cadre d’une convention passée avec celle-ci. C’est ainsi le cas de la métropole de Lyon, des
communes et de leurs groupements pour les aides relevant de la compétence générale des régions (article
L. 1511-2) et celles destinées au soutien aux entreprises en difficulté. Ces dispositions interdisent donc les
aides accordées en complément de primes octroyées par l’État (CE, 6 juin 1986, Département de la Côte
d’Or, n° 58463, sur l’illégalité d’une prime départementale aux entreprises artisanales pour la création d’un
premier emploi). Cependant, seules les aides directes sont subordonnées à l’intervention de la région
(CE sect., 3 novembre 1997, Commune de Fougerolles, n° 169473).
En outre, les collectivités territoriales autres que les régions peuvent disposer de compétences propres.
Toutes les collectivités peuvent ainsi attribuer des aides destinées à favoriser l’installation ou le maintien
de professionnels de santé dans les zones qui en manquent (article L. 1511-8 du même code).
▪ Le département
Le code général des collectivités territoriales ne prévoit la participation du département que dans de rares
cas, à portée limitée. Un département peut ainsi participer :
Les départements peuvent en outre se voir déléguer, par les communes ou les EPCI à fiscalité propre, la
compétence d’octroi de tout ou partie des aides à l’immobilier d’entreprises (article L. 1511-3).
Ils peuvent également établir un programme d’aide à l’équipement rural au vu, notamment, des
propositions qui lui sont adressées par les communes (article L. 3232-1).
▪ La métropole
L’article L. 1511-7 prévoit que les métropoles et la métropole de Lyon peuvent, comme les régions, verser
des subventions aux organismes sans but lucratif, soit agréés en application du 4 de l’article 238 bis du
code général des impôts dès lors que ceux-ci ont pour objet exclusif de participer à la création ou à la
reprise d’entreprises, soit mentionnés au 1 de l’article L. 511-6 du code monétaire et financier, et qui
participent à la création d’entreprises.
En application de l’article L. 2251-2 du même code, les communes peuvent intervenir pour « favoriser le
développement économique ». En particulier, l’article L. 1511-3 prévoit que les communes, la métropole
de Lyon et les établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre définissent les
aides et décident de leur octroi « en matière d'investissement immobilier des entreprises et de location
de terrains ou d'immeubles ». Ces aides peuvent prendre la forme de subventions. La gestion de ces aides
peut être déléguée au département par convention.
En outre, lorsque la région ou les métropoles interviennent en application de l’article L. 1511-7, les
communes ou leurs groupements peuvent participer au financement de ces interventions.
Enfin, comme les départements, les communes peuvent attribuer des subventions relatives à
l’exploitation de salles de cinéma (articles L. 2251-4 et L3232-4). Depuis la loi n° 2022-217 du 21 février
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2022 relative à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et portant diverses mesures de
simplification de l'action publique locale (art. 148), des subventions peuvent, dans des conditions fixées
par décret en Conseil d’Etat, également être attribuées par ces mêmes collectivités, à des entreprises
d’exploitation de salles de spectacles cinématographique pour la création d’un nouvel établissement.
Divers organismes sont habilités à soutenir les entreprises à travers l’attribution de subventions,
notamment la Banque publique d’investissement (loi n° 2012-1559 du 31 décembre 2012).
Lorsque les aides accordées par les collectivités territoriales doivent avoir pour objet la création ou
l’extension d’activités économiques, il en résulte, comme le juge le Conseil d’État, qu’une subvention
versée à une association dont l’objet est la promotion des opérations de parrainage en faveur d’une
société, ainsi que de l’équipe engagée par cette société dans un rallye automobile, ne peut entrer dans le
champ des aides qui ont pour objet la création ou l’extension d’activités économiques, et est donc illégale
(CE, 26 juin 1996, Département de l’Yonne, n° 161283).
Les subventions aux entreprises sont susceptibles de relever du régime des aides d’État de l’article 107
du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (ci-après TFUE), et, sous réserve des exceptions
exposées ci-dessous, d’être incompatibles avec le marché intérieur. Cinq éléments cumulatifs (des
précisions utiles sur l’analyse des différents critères de qualification d’une aide d’Etat au sens de l’article
107, §1 TFUE figurent dans la communication 2016/C 262/1 de la Commission publiée au JOUE du
19 juillet 2016) doivent être réunis pour qu’une subvention soit qualifiée d’aide d’État :
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- L’existence d’une entreprise (au sens du droit de l’Union, toute entité exerçant une activité
économique, indépendamment de son statut juridique et de son mode de financement, est une
entreprise ; une activité économique consiste à offrir des biens ou des services sur un marché donné :
cf. fiche « L’exercice d’une activité économique par les personnes publiques ») ;
Dans l’arrêt du Tribunal Brussels South Charleroi Airport (BSCA) contre Commission européenne,
25 janvier 2018, T-818/14, était en cause une subvention versée à un aéroport belge pour
financer un système permettant aux avions l’approche de la piste d’atterrissage par mauvaise
visibilité. Le Tribunal considère que, même si ce système était obligatoire et même s’il n’est pas
contestable qu’il contribue, comme d’autres systèmes, à la sécurité des atterrissages, il ne
contribue ni au contrôle et à la police de l’espace aérien, comme l’ont admis à l’audience la
requérante et l’intervenante à son soutien, ni à aucune autre prérogative de puissance publique
susceptible d’être exercée dans un aéroport. Il contribue ainsi à la délivrance des prestations
qu’un aéroport civil offre, dans un contexte concurrentiel, aux compagnies aériennes dans le
cadre de son activité générale qui est une activité de nature économique.
- L’imputabilité de la mesure aux collectivités publiques et son financement au moyen de ressources
publiques : bien que ces conditions semblent alternatives à la lecture de l’article 107§1 du TFUE (« aides
accordées par les États ou au moyen de ressources d'État »), l’arrêt France contre Commission du 16
mai 2002 C-482/99 a établi que ces deux conditions sont cumulatives, mettant fin aux hésitations
jurisprudentielles.
- L’octroi d’un avantage directement ou indirectement au moyen de ressources d’Etat : l’entreprise doit
bénéficier d’un avantage économique certain, qu’elle n’aurait pas obtenu dans des conditions de
marché ;
- La sélectivité de la mesure qui doit favoriser certaines entreprises ou certaines productions : en matière
fiscale, la sélectivité est établie dès lors que la mesure en cause déroge au régime fiscal commun ou
normal, « introduisant ainsi, par ses effets concrets, un traitement différencié entre opérateurs » alors
que ceux-ci se trouvent, au regard de l’objectif poursuivi par le régime fiscal, dans une situation factuelle
et juridique comparable (arrêt de Grande Chambre de la Cour de justice du 21 décembre 2016, «
Commission européenne c/ World Duty Free Group » (C-20/15P et C-21/15P, point 67). Dans plusieurs
arrêts de 2018 (par ex., Tribunal, 15 novembre 2018, Banco Santander et Santusa/Commission,
T-399/11 RENV,T-399/11 RENV points n°83 et 84) le Tribunal juge, suivant la jurisprudence précitée,
que la mesure litigieuse, qui accorde un avantage dont l’octroi est conditionné par la réalisation d’une
opération économique, peut être sélective y compris lorsque, eu égard aux caractéristiques de
l’opération en cause, toute entreprise peut librement faire le choix de réaliser cette opération, et non
sur la distinction entre des entreprises au regard de leurs caractéristiques propres;
- Les effets potentiels de la mesure sur la concurrence et les échanges au sein de l’Union : la subvention
doit être susceptible de renforcer la position concurrentielle du bénéficiaire par rapport à celle d’autres
entreprises concurrentes dans les échanges entre États membres ;
A titre d’exemple, dans l’arrêt Cellnex Telecom contre Commission du 26 avril 2018, C‑91/17 P et C‑92/17
P, la Cour de justice confirme que l’allocation de fonds par les autorités locales en faveur du déploiement
de la TNT dans des zones éloignées et moins urbanisées de Castille-La Manche remplit les conditions de
qualification d’une aide d’État (en l’occurrence incompatible).
Dans la pratique, dès lors que les trois premiers critères sont remplis, la Commission européenne présume
qu’il y a une distorsion de la concurrence et un impact sur les échanges entre États membres.
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Conformément à l’article 108§3 du TFUE, sauf exceptions, tout projet de subvention entrant dans la
catégorie des aides d’État doit faire l’objet d’une notification préalable à la Commission afin que celle-ci
autorise sa mise en œuvre. Toute aide nouvelle accordée sans autorisation de la Commission européenne
est illégale. La Cour de justice a jugé qu’une prolongation de la durée de validité d’une aide d’État existante
– y compris lorsque cette prolongation est la conséquence d’une ordonnance du juge des référés - doit
être considérée comme la modification de cette aide et donc comme une aide nouvelle (CJUE DEI et
Commission contre Alouminion tis Ellados , 26 octobre 2016, C-590/14 P, point 59).
L'absence d'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) des cantines scolaires et des piscines
municipales est conforme au droit européen dès lors qu'elle n'entraîne pas de distorsion de concurrence,
notamment lorsque la distorsion de concurrence entre des acteurs économiques assujettis et non-
assujettis à la TVA est compensée par le versement d’une subvention. Ainsi, à propos, des tarifs de la
restauration scolaire, qui ne peuvent être supérieurs au coût par usager résultant des charges supportées
au titre du service de restauration, après déduction des subventions de toute nature bénéficiant à ce
service),),(art. R. 531-53 du code de l’éducation), le Conseil d’Etat juge que la satisfaction des besoins de
restauration des enfants des écoles ne peut être assurée de manière profitable par un opérateur privé,
dans des conditions de prix comparables à celles imposées aux cantines scolaires par ces dispositions, qu'à
la condition que les recettes issues de l'exploitation soient complétées par une subvention publique (cf.
CE, 28 mai 2021, , n° 441739).
Le Conseil d’Etat a jugé qu’un litige portant sur le versement de subventions constituant des aides d'État
mises à exécution illégalement (non notifiées) mais ayant été postérieurement déclarées compatibles par
la Commission, doit être tranché sur le terrain contractuel, sauf en ce qui concerne les intérêts dus au
titre de la période précédant la décision de la Commission déclarant les aides compatibles (CE, 25 juin
2020, Département de Seine-Saint-Denis,n° 418446).
→ Pour approfondir
Aides d'état ~ Europe en France, le portail des Fonds européens
Vade-mecum des aides d’État – édition 2020
Aides de minimis
Les entreprises peuvent bénéficier de subventions pour un montant maximal de 300 000 euros sur une
période de trois ans (règlement 2023/2831). En outre, d’autres plafonds sont fixés pour certains secteurs
économiques spécifiques tels que la production agricole, la pêche et l’aquaculture (règlements
1408/2013 et 717/2014).
Un autre montant maximal de 750 000 euros est prévu sur une période de trois ans pour les entreprises
fournissant des services d’intérêt économique général (règlement 2023/2832). L’article 5 du règlement
2023/2831 prévoit les règles de cumul entre les différentes aides de minimis.
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Ces aides, qui ne sont pas des d’aides d’État au sens de l’article 107 §1 du TFUE car elles sont considérées
comme n’affectant pas les échanges entre Etats membres et comme ne faussant pas ou ne menaçant pas
de fausser la concurrence, n’ont pas à être notifiées à la Commission.
En vertu du règlement général d’exemption par catégorie (règlement UE 651/2014)), sont exemptées de
notification à la Commission européenne certaines aides, présumées compatibles avec le marché
intérieur, car elles respectent tous les critères fixés par le règlement : elles servent un objectif d’intérêt
général, ont un effet incitatif évident, sont appropriées et proportionnées, sont octroyées en toute
transparence et soumises à un mécanisme de contrôle ainsi qu’à une évaluation régulière et n’altèrent
pas les échanges dans une mesure contraire à l’intérêt commun. Ce règlement liste les catégories d’aides
auxquelles il s’applique (par exemple, aides à finalité régionale, aides à l’investissement et à l’emploi en
faveur des PME, aides pour la protection de l’environnement...) ainsi que les seuils au-delà desquels ces
aides doivent faire l’objet d’une notification à la Commission.
L’article 107 §2 et 3 du TFUE prévoit des dérogations facultatives au principe d’incompatibilité avec le
marché intérieur des aides d’État posé par l’article 107 §1 du TFUE.
Le paragraphe 2 admet sous certaines conditions la compatibilité de certaines aides particulières, comme
« a) les aides à caractère social octroyées aux consommateurs individuels, à condition qu'elles soient
accordées sans discrimination liée à l'origine des produits, b) les aides destinées à remédier aux
dommages causés par les calamités naturelles ou d’autres évènements extraordinaires... ».
Le paragraphe 3 prévoit quant à lui que peuvent être compatibles à condition de satisfaire certaines
exigences :
« a) les aides destinées à favoriser le développement économique de régions dans lesquelles le niveau
de vie est anormalement bas ou dans lesquelles sévit un grave sous-emploi, ainsi que celui des régions
visées à l’article 349, compte tenu de leur situation structurelle, économique et sociale,
b) les aides destinées à promouvoir la réalisation d’un projet important d’intérêt européen commun
ou à remédier à une perturbation grave de l’économie d’un État membre,
d) les aides destinées à promouvoir la culture et la conservation du patrimoine, quand elles n’altèrent
pas les conditions des échanges et de la concurrence dans l’Union dans une mesure contraire à
l’intérêt commun,
e) les autres catégories d’aides déterminées par décision du Conseil sur proposition de la Commission
»
Sur la base de ces dispositions, la Commission a adopté un certain nombre de textes (décisions,
communications, lignes directrices, encadrements) dans lesquels elle précise, pour chaque catégorie
d’aides, les critères qu’elle applique pour apprécier leur compatibilité avec le marché intérieur.
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Comme indiqué au point 3.2.1., ces aides, susceptibles d’être compatibles avec le marché intérieur,
doivent néanmoins faire l’objet d’une notification préalable à la Commission européenne.
5.1. Octroi
L’État ou l’organisme accordant la subvention décide l’objet, le montant, les modalités d’octroi et les
éventuels cas de récupération des subventions dans le respect des lois et règlements, s’il en existe qui
s’appliquent, et des règles générales qu’il a lui-même, le cas échéant, préalablement fixées. Celui-ci peut
notamment fixer des conditions à leur octroi en fonction des objectifs qu’il entend poursuivre.
Une décision qui a pour objet l'attribution d'une subvention constitue un acte unilatéral qui crée des droits
au profit de son bénéficiaire (CE, 29 mai 2019, Societe Royal Cinema, n° 428040), même en présence d’une
convention conclue entre la personne publique et le bénéficiaire. A notamment été qualifiée de décision
créatrice de droit une délibération d’une collectivité territoriale accordant des subventions d'un montant
de 28 000 euros (CE, 12 octobre 2021, n°443426).2021, n°443426 Toutefois, de tels droits ne sont ainsi
créés que dans la mesure où le bénéficiaire de la subvention respecte les conditions mises à son octroi,
que ces conditions découlent des normes qui la régissent, qu'elles aient été fixées par la personne
publique dans sa décision d'octroi, qu'elles aient fait l'objet d'une convention signée avec le bénéficiaire,
ou encore qu'elles découlent implicitement mais nécessairement de l'objet même de la subvention (CE, 5
juill. 2010, CCI de l’Indre, n° 308615). Il a par ailleurs été jugé que les conditions mises à l'octroi d'une
subvention sont fixées par la personne publique au plus tard à la date à laquelle cette subvention est
octroyée (cf. CE, 27 mai 2021, n° 433660).
L’octroi d’une subvention est subordonné à trois conditions : elle doit être justifiée par un intérêt public,
répondre aux besoins de la population et respecter le principe de neutralité, ce qui exclut par exemple
l’attribution de subventions pour des motifs politiques ou pour apporter un soutien à l'une des parties
dans un conflit collectif du travail (cf. CE, 4 avril 2005, Commune d’Argentan, n° 264596 ; 16 février
2011, Département de la Seine-Saint-Denis, n° 334779).
Il est possible d’octroyer une subvention à une association qui, sans constituer une association cultuelle,
a des activités cultuelles, pour la réalisation d'une activité qui ne présente pas un caractère cultuel et n'est
pas destinée au culte, et à la condition que cette activité présente un intérêt public local (CE, 4 mai
2012, Fédération de la libre pensée et d’action sociale du Rhône, n° 336462).
De la même manière, une commune peut accorder une subvention à une association qui mène des actions
à caractère politique, dès lors que cette aide est destinée à des activités d'intérêt public local (CE, 8 juillet
2020, n° 425926).
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Lorsque la subvention est versée par une collectivité territoriale au titre de son action extérieure (art. L.
1115-1 du CGCT), elle ne doit pas répondre aux conditions classiques (notamment intérêt public local ou
rattachement aux compétences de la collectivité), mais à des conditions spécifiques fixées par la loi et
doit, en particulier, respecter les engagements internationaux de la France (CE, Section, 13 mai 2024,
Association SOS Méditerranée, n° 472155). Dans ce cadre, il est possible de soutenir une organisation
prenant des positions dans le débat public à condition que l’aide soit exclusivement destinée au
financement d’actions de coopération, d’aide au développement ou à caractère humanitaire. Si la
signature d’une convention avec l’association n’est pas une obligation, il est recommandé d’en conclure
car la collectivité doit s’assurer du respect de ce fléchage des crédits en posant des conditions et en
demandant des engagements appropriés à l’association (CE, Section, 13 mai 2024, n°474652).
Depuis le 2 janvier 2022, les associations et fondations bénéficiant d’une subvention publique ou d’un
agrément de l'Etat doivent signer un contrat d’engagement républicain (art. 10-1 de la loi n° 2000-321 du
12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec l’administration modifié par l'article
12 de la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République ; décret
n° 2021-1947 du 31 décembre 2021 ; le nouveau Cerfa). Ce contrat comporte sept engagements,
notamment de respecter les lois de la République et de la liberté de conscience ainsi que de s'abstenir de
toute action portant atteinte à l'ordre public, et précise les conditions dans lesquelles la subvention peut
être retirée en cas de méconnaissance de ces engagements. Le juge administratif s’assure du respect des
engagements du contrat d’engagement républicain par le bénéficiaire d’une subvention (ex : juge des
référés du Conseil d’Etat, 10 mars 2022, Commune de Chalon-sur-Saône, n° 462140)
Par sa décision n° 2021-823 DC du 13 août 2021, après avoir écarté le grief tiré de la méconnaissance de
la liberté d’association sous la réserve que le retrait de la subvention ne peut porter sur des sommes
versées au titre d’une période antérieure au manquement au contrat d’engagement, le Conseil
constitutionnel a déclaré ces dispositions conformes à la Constitution (Cons. const. décision n° 2021-823
DC du 13 août 2021, Loi confortant le respect des principes de la République, cons. 16 à 27).
En ce qui concerne le respect de la procédure de versement de la subvention, le Conseil d’Etat a jugé que
lorsque, après avoir pris une décision attribuant une subvention à une association, l'administration
constate que sa décision est entachée d'une irrégularité de forme ou de procédure, elle dispose de la
faculté de régulariser le versement de cette subvention par une nouvelle décision attribuant la subvention
(Section, 1er juillet 2016, Commune d’Emerainville, n° 363047, Rec.).
Les procédures de sélection des bénéficiaires de la subvention peuvent varier en fonction du régime de
subvention et des modalités afférentes. Les demandes peuvent être, dans certains cas, instruites par des
comités administratifs ou ouverts à des professionnels. Lorsque le demandeur est une association, la
demande est présentée selon un formulaire unique dont les caractéristiques sont précisées par décret
(article 10 de la loi « DCRA » n° 2000-321 du 12 avril 2000 ; décret n° 2016-1971 du 28 décembre 2016
précisant les caractéristiques du formulaire unique de demande de subvention des associations).
Lorsque le montant dépasse un seuil fixé par décret (23 000 euros en vertu du décret n° 2001-495 du 6 juin
2001), l’organisme qui attribue la subvention doit conclure une convention avec l’organisme de droit privé
qui en bénéficie, définissant l’objet, le montant, les modalités de versement et les conditions d’utilisation de
la subvention attribuée (art. 10 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000). Cette obligation ne s’impose pas aux
subventions relatives au logement social (livre III du code de la construction et de l’habitation).
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En outre, depuis l’intervention de la loi n° 2016-1321 du 7 octobre 2016 pour une République numérique
(article 18), l’article 10 de la loi du 12 avril 2000 exige également que l'autorité administrative ou l'organisme
chargé de la gestion d'un service public industriel et commercial qui attribue une subvention dépassant ce
seuil rende accessible, sous forme électronique, dans un standard ouvert aisément réutilisable et exploitable
par un système de traitement automatisé, les données essentielles de la convention de subvention, dans
des conditions fixées par voie réglementaire (v. décret n° 2017-779 du 5 mai 2017 relatif à l'accès sous forme
électronique aux données essentielles des conventions de subvention).
Lorsque la subvention dépassant ce même montant est octroyée à une société commerciale, la convention
peut prévoir une clause relative au versement de dividendes, au sens de l’article L. 232-12 du code de
commerce, ou au versement de rémunérations ou avantages de toute nature accordés aux mandataires
sociaux pendant toute la durée de la convention et jusqu’à trois ans après la fin de la convention (art. 10 de
la loi précitée du 12 avril 2000).
Depuis la Loi de Programmation des Finances Publiques (LPFP) de 2012 (art. 17), les investissements civils
financés par l’État et ses établissements publics doivent faire l’objet d’une évaluation socio-économique
préalable, soumise à une contre-expertise indépendante pilotée par le Commissariat Général à
l’Investissement au-delà d’un certain seuil. La loi n° 2018-32 du 22 janvier 2018 de programmation des
finances publiques pour les années 2018 à 2022 se fixe pour objectif d’améliorer cette évaluation via la
définition d'une méthodologie harmonisée et une réforme du processus d'instruction et de décision des
projets d'investissements, impliquant un comité interministériel de sélection des investissements placé
sous l'autorité du Premier ministre (cf. II. E. du rapport annexé à la loi de programmation des finances
publiques 2018-2022).
Pour l'application du III de l'article 244 quater B du code général des impôts, n’est regardée comme une
subvention publique devant être déduite des bases de calcul du crédit d'impôt que l’aide versée à raison
d’opérations ouvrant droit au crédit d’impôt recherche (CIR) par une personne morale de droit public est
regardée comme une subvention publique pour l’application du III de l’article 244 quater B du code
général des impôts (CGI), relatif au crédit d’impôt recherche (CE, 12 juillet 2023, Institut technologique
FCBA, n° ,463363, Rec.).
L’attribution d’une subvention par une personne publique crée des droits au profit de son bénéficiaire (CE
Sect., 30 mars 1979, Secrétaire d’Etat aux universités et université de Bordeaux II, n° 09369), alors même
que l’administration avait l’obligation de refuser cet avantage (CE Sect., 6 novembre 2002, n° 223041).
Elle peut donc être retirée pour illégalité dans le délai de quatre mois suivant son octroi.
Toutefois, aux termes de l’article L. 242-2 du code des relations entre le public et l’administration (CRPA) :
« Par dérogation à l’article L. 242-1, l’administration peut, sans condition de délai : / 1° Abroger une
décision créatrice de droits dont le maintien est subordonné à une condition qui n'est plus remplie ; / 2°
Retirer une décision attribuant une subvention lorsque les conditions mises à son octroi n'ont pas été
respectées ». Avant l’entrée en vigueur de ces dispositions du CRPA, le Conseil d’Etat jugeait déjà que le
caractère créateur de droits de l’attribution d’un avantage financier tel qu’une subvention ne faisait pas
obstacle, soit à ce que la décision d’attribution soit abrogée si les conditions auxquelles est subordonnée
12
cette attribution ne sont plus remplies, soit à ce que l’autorité chargée de son exécution, constatant que
ces conditions ne sont plus remplies, mette fin à cette exécution en ne versant pas le solde de la
subvention, sans qu'il soit nécessaire, dans ce dernier cas, d’abroger expressément la décision
d’attribution de la subvention (CE, 7 août 2008, Crédit coopératif, n° 285979). En outre, il a été jugé que
de tels droits ne sont ainsi créés que dans la mesure où le bénéficiaire de la subvention respecte les
conditions mises à son octroi, que ces conditions découlent des normes qui la régissent, qu’elles aient été
fixées par la personne publique dans sa décision d’octroi, qu’elles aient fait l’objet d’une convention
signée avec le bénéficiaire, ou encore qu’elles découlent implicitement mais nécessairement de l’objet
même de la subvention (CE, 5 juillet 2010, CCI de l’Indre, n° 308615).
L’administration qui entend retirer une subvention doit respecter une procédure contradictoire (art. L.
122-1 du CRPA ; CE 4 oct. 2021, Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse, n° 438695).
En cas de manquement aux engagements du contrat d’engagement républicain, il est procédé au retrait
de la subvention publique et il est enjoint au bénéficiaire de restituer les sommes versées, dans un délai
ne pouvant excéder six mois à compter de la décision de retrait (article 10-1 de la loi du 12 avril 2000).
Néanmoins, cela ne saurait conduire à la restitution de sommes versées au titre d’une période antérieure
au manquement (CC, n° 2021-823 DC du 13 août 2021).
Lorsque l'autorité compétente constate la méconnaissance d'une condition à laquelle l'octroi d'une
subvention a été subordonnée, il lui appartient, sans préjudice des mesures qui s'imposent en cas de
constat d'une irrégularité au regard du droit de l'Union européenne, d'apprécier les conséquences à en
tirer, de manière proportionnée eu égard à la teneur de cette méconnaissance, sur la réduction ou le
retrait de la subvention en cause (CE 13 octobre 2023 n° 462881).).462881 Le retrait d’une subvention ou
l’abrogation de l’agrément sont des mesures prises sous le contrôle du juge administratif qui en apprécie
le bien-fondé eu égard, d’une part, à la gravité de ce manquement et, d’autre part, à l’impact de la mesure
sur l’association au vu de ses activités et de son organisation (CE, 30 juin 2023, Union syndicale solidaires
et autres, n°s 461962, 462013, 462015).
La jurisprudence admet ainsi largement la récupération des subventions lorsque les conditions initiales
ont été définies précisément et n’ont pas été respectées (CE, 8 juillet 1988, Premier ministre c/ Société
Angérienne des Bois Déroulés et Contreplaqués S.A.B.D.E.C., n° 69220 ; CE, 26 novembre 1993, Ministre
de l’industrie et de l’aménagement du territoire c/ Société industrielle française du tout terrain,
n° 103579), y compris lorsque cet irrespect est partiel. Ainsi, lorsqu’une partie seulement des factures
produites par une société civile immobilière (SCI) bénéficiaire d’une subvention de l'Agence nationale
pour l'habitat (ANAH) pour justifier de la réalisation des travaux et de leur conformité avec les
caractéristiques du projet au vu duquel la subvention avait été octroyée peuvent, eu égard à leur nombre,
leur nature et leur importance, priver l'ANAH de la possibilité de vérifier le coût des travaux et leur
conformité aux caractéristiques du projet faisant l'objet de la subvention, cela justifie le retrait de la
subvention dans sa totalité (CE 25 mai 2018, SCI Marphi, n° 412502).
Dans le cas où la subvention n’a pas encore été versée par la personne publique, la jurisprudence
considère également que le non-respect par le bénéficiaire des conditions mises à son octroi autorise la
personne publique à refuser son versement. Dans cette hypothèse, il est jugé qu’une telle décision, qui
est motivée par le constat du non-respect d’une des conditions à l’octroi de la subvention, se borne à
« exécuter cette décision d’octroi en tirant les conséquences du non-respect des conditions posées par
cette dernière et n’en contitu[e] donc pas le retrait » (CE, 9 déc. 2021, FranceAgriMer, n° 433968).
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Lorsque la convention comporte une clause relative au versement de dividendes ou de rémunérations et
que celle-ci n’a pas été respectée, un titre exécutoire peut être émis pour obtenir le remboursement de
tout ou partie de la subvention. Il en va de même lorsqu’un texte prévoyait des pièces justificatives de
l’utilisation de la subvention et que celles-ci n’ont pas été produites (CE, 23 mars 1990, Société
Multitransports A. Jamon, n°s 67122, 77501 et 77502). Le montant du remboursement ne peut excéder
le montant total de ces versements, effectués depuis le début de la convention (art. 10 de la loi précitée
du 12 avril 2000).
Par ailleurs, une subvention entrant dans la catégorie des aides d’État, accordée de manière illégale (c’est-
à-dire sans avoir été notifiée à la Commission ou octroyée avant que la Commission ait statué sur sa
compatibilité) et déclarée incompatible par la Commission, doit être récupérée afin de rétablir la situation
économique existant préalablement au versement de l’aide. La récupération de l’aide par l’Etat ne peut
pas engager sa responsabilité (CE, 7 juin 2017, Société Le Muselet Valentin, n° 386627). Dans le cas d’une
subvention illégale mais déclarée compatible par la Commission, le bénéficiaire de l’aide est tenu de payer
des intérêts au titre de la période d’illégalité (Voir par exemple, Tribunal, Freistaat Sachsen, 24 mars 2011,
T-443/08 et T-455/08, point 229, Tribunal, Pays-Bas contre Commission, 14 novembre 2022, T-469/20,
point 65 et CE, 15 avril 2016, Association vent de colère !, n°393721, considérant n° 5).
Un avis du Conseil d’Etat (CE, 29 mai 2019, Societe Royal Cinema, n° 428040,428040, A.) précise que,
s’agissant des contentieux relatifs aux subventions, ne s’applique pas le recours dit « Tarn-et-Garonne »
(CE, Ass., 4 avr. 2014, n° 358994, Rec.) qui permet à tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être
lésé dans ses intérêts, par sa passation ou ses clauses, de former devant le juge du contrat un recours de
pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses. Ces litiges ne peuvent
être portés que devant le juge de l'excès de pouvoir, par le bénéficiaire de la subvention ou par des tiers
qui disposent d'un intérêt leur donnant qualité à agir.
6. Contrôles
Le budget et les comptes de tout organisme de droit privé ayant reçu une subvention, la convention (pour
les subventions dépassant 23 000 euros) et le compte rendu financier de la subvention (pour celles faisant
l’objet d’une affectation déterminée) doivent être communiqués à toute personne qui en fait la demande
par l’organisme qui a attribué la subvention ou par les autorités administratives qui détiennent ces
documents, dans les conditions prévues par le code des relations entre le public et l’administration
relatives à l’accès aux documents administratifs.
Les organismes de droit privé ayant reçu annuellement de l’ensemble des autorités administratives ou
des organismes chargés de la gestion d’un service public industriel et commercial une subvention
supérieure à un montant fixé par décret (153 000 euros en vertu de l’article 2 du décret n° 2001-495
précité) doivent déposer à la préfecture du département où se trouve leur siège social leur budget, leurs
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comptes, les conventions prévues au présent article et, le cas échéant, les comptes rendus financiers des
subventions reçues pour y être consultés.
S’agissant des subventions accordées par les collectivités locales, l’article L. 1611-4 du CGCT permet de
soumettre le bénéficiaire au contrôle des délégués de la collectivité. L’organisme est aussi soumis au
contrôle des chambres régionales des comptes. Les dispositions de l’article 31 de l’ordonnance n° 58-896
préc., qui prévoient le contrôle de l’IGF, trouvent également à s’appliquer.
En outre, aux termes de l’article L. 211-8 du code des juridictions financières, la chambre régionale des
comptes assure la vérification des comptes des « établissements, sociétés, groupements et organismes,
quel que soit leur statut juridique, auxquels les collectivités territoriales [ou] leurs établissements publics
(…) apportent un concours financier supérieur à 1500 euros ».
Pour les dépenses des programmes cofinancés par les FESI pour la période 2007-2013 (art. 62 du
règlement (CE) 1083/2006 du 11 juillet 2006), a été ainsi instaurée une nouvelle autorité, l’autorité
d’audit, incarnée en France par la Commission interministérielle de coordination des contrôles (CICC).
Cette dernière a été transformée en une Autorité nationale d’Audit des Fonds européens (AnAFe) par le
décret 2023-1067 du 20 novembre 2023 dont l’objet était également de modifier la composition des
membres de cet organisme pour veiller au respect du principe de séparation fonctionnelle exigé par les
normes internationales d'audit 1. L’AnaFe est désormais composée d'agents de l'Etat et de personnalités
qualifiées détenant tous une compétence en matière d'audit ou une expertise des fonds européens et qui
ne participent pas en même temps à la gestion des fonds, ni ne réalisent de travaux d'audit sur ces fonds.
La finalité des missions de l'AnAFe est de protéger les intérêts financiers de l’UE en s’assurant que les FESI
sont utilisés conformément aux règles de l’Union européenne et nationales. Elle contribue également à
la prévention et à la sanction de la fraude.
A cette fin, l'AnAFe élabore les stratégies d’audit et réalise ou fait réaliser par son réseau d’auditeurs
différents types d’audits portant sur la gestion de ces programmes. Elle rédige les rapports annuels de
contrôle et résumés annuels d'audit. Elle émet un avis d’audit qui conditionne le remboursement des
fonds de l’UE à l’Etat-membre 2.
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Pour la période de programmation 2021-2027, l’encadrement des missions de l’autorité d’audit est prévu
à l’article 77 du règlement 2020/1060 du 24 juin 2021.
En application règlement (UE) 2022/2560 du 14 décembre 2022 relatif aux subventions étrangères
faussant le marché intérieur, la Commission européenne dispose d’outils de contrôle des contributions
financières étrangères lors des procédures de passation de contrats de la commande publique. Les
contrats de la commande publique dont la valeur estimée est supérieure à 250 millions d’euros doivent à
ce titre être notifiés à la Commission européenne, qui peut ensuite contrôler les contributions financières
versées par un pays tiers pour apprécier s’il confère à l’entreprise bénéficiaire un avantage de nature à
provoquer ou risquer de provoquer une distorsion sur le marché intérieur. La Commission dispose en
outre d’un outil général d’enquête permettant de contrôler toutes les autres situations de marché dont
notamment les contrats de la commande publique dont la valeur n’atteint pas le seuil de 250 millions
d’euros.
→ Pour approfondir
Fiche technique présentant les nouvelles obligations pour les acheteurs et les opérateurs
économiques dans le cadre de la mise en œuvre du règlement (UE) 2022/2560 du 14 décembre 2022.
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