RI 2025 02 Web
RI 2025 02 Web
INDUSTRIELLES
« Se défier du ton d’assurance qu’il est si facile de prendre et si dangereux d’écouter »
Charles Coquebert, Journal des mines n°1, Vendémiaire An III (septembre 1794)
RÉALITÉS INDUSTRIELLES
français et européens ?
Benjamin Vignard
Publication
Photo de couverture
Piron Guillaume sur Unsplash
Iconographie
Alexia Kappelmann
Mise en page
Nuria Gorris La mention au regard de certaines illustrations du sigle
« D. R. » correspond à des documents ou photographies
Impression pour lesquels nos recherches d’ayants droit ou d’héritiers
Dupliprint Mayenne se sont avérées infructueuses.
5 23
Préface Les écosystèmes de l’innovation
Marc FERRACCI en santé : l’exemple de Saint-Étienne,
entre pragmatisme et créativité
6 Nathalie COHET et Jean-Philippe MASSARDIER
Introduction
Bernard CELLI et Jean-Marc GROGNET
Accès au marché
8 et réglementation
Une industrie française
dans un contexte international
28
Charlotte LEUXE-OLIVIER
et Michel RAO
Les enjeux de la tarification
des dispositifs médicaux
et des prestations par le CEPS
Philippe BOUYOUX et Bernard CELLI
Une industrie diverse
33
11 Le rôle de la certification :
Panorama des industries les principaux enjeux de GMED,
du dispositif médical en France : organisme notifié français
une dynamique d’innovation Thomas GRENON et Lionel DREUX
au service de la santé
Éric LE ROY 38
La mise en œuvre
15 du règlement européen
Filière chirurgie du futur Cécile VAUGELADE
Dr Marc-Olivier GAUCI
42
20 L’action publique en soutien
Technologies médicales innovantes : de la filière MedTech pour faire
la France réussit ! face aux défis d’aujourd’hui
Stéphane REGNAULT et Sacha LOISEAU et relever les défis de demain
Roxane SPINARDI et Alexandre BENOIT
Sommaire
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 3
46 69
Réduction de l’impact environnemental L’imagerie médicale : un pilier
des dispositifs médicaux : des dispositifs médicaux modernes
un impératif requérant une démarche et de la médecine de précision
rigoureuse et ambitieuse ! Laurence COMTE-ARASSUS
Sylvain TOURON et Robin JOUSSE
72
49 Le secteur du respiratoire :
Retraitement des dispositifs médicaux point de vue d’un acteur
à usage unique (DMUU) leader international
Pierre-Yves CHAMBRIN Anne JOSSERAN
53 74
Dispositifs médicaux numériques : La France, pionnière
un continuum d’actions publiques dans l’organisation de l’assistance
inédites pour un segment respiratoire à domicile
de marché en émergence Pierrick HAAN
David SAINATI
77
57 Comment concilier santé publique
La formation dans le domaine et régulation économique ?
des dispositifs médicaux Julien SLAMA, Louis CHAMPION
Xavier GARRIC et Nicolas BLANCHEMAIN et Didier DAOULAS
81
L’essor des dispositifs médicaux
Financer les projets cardiovasculaires : améliorer la vie
et les entreprises du DM des patients en Europe
Frédérique DEBROUCKER
60
France 2030 : un plan d’action pour 84
les dispositifs médicaux innovants Abbott : l’innovation au service
Lise ALTER des patients et du système de santé
avec les capteurs de mesure
64 en continu du glucose
The European Investment Bank Philippe EMERY
and the European MedTech industry –
A historical perspective 86
Laura PIOVESAN, Valeria IANSANTE, Orthopédie : un acteur français
Cristina NICULESCU, Antoine de LACHAUX indépendant
& Manfred NEWRLY
Muriel BENEDETTO
88 99
Des technologies textiles expertes Urgo, l’innovation dans la peau !
historiques jusqu’aux technologies Guirec LE LOUS
textiles de santé digitales de demain
Élizabeth DUCOTTET 101
Matériel pour la chirurgie : la vision
91 d’un groupe européen diversifié
De la compression médicale Christelle GARRIER-REBOUL
Made in France, oui mais
à quel « prix » !
Sandrine MAILLARD
94 103
La métamorphose d’une entreprise Résumés
familiale de l’univers de la MedTech
Made in France 109
Pascal GIRIN
Biographies des auteurs
97
Le diagnostic in vitro, est essentiel
pour l’optimisation des parcours patients
et l’efficience de notre système de santé
Isabelle TONGIO
Sommaire
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 5
Préface
Marc FERRACCI
Ministre chargé de l’Industrie et de l'Énergie
Les dispositifs médicaux sont indispensables aux professionnels de santé dans l’arsenal thérapeutique.
Ils permettent de traiter certaines pathologies, ils jouent un rôle clé dans la compensation du handicap et aident au
diagnostic par l’imagerie médicale. Des lunettes aux stents artériels intracrâniens, en passant par les prothèses,
les stimulateurs cardiaques ou les scanners, les dispositifs médicaux sont aujourd’hui au cœur des pratiques
médicales dans un grand nombre de spécialités. Grâce au numérique et à l’intelligence artificielle, ils apportent
des innovations utiles à notre santé et à notre bien-être.
Les dispositifs médicaux combinent des avancées techniques souvent industrielles (miniaturisation, nouveaux
matériaux, énergie) à des besoins thérapeutiques, afin de proposer de nouveaux parcours de soin. Là où
les médicaments mobilisent la chimie et la biologie, les dispositifs médicaux étendent la palette scientifique à
la physique, l’électronique ou la mécanique.
L’industrie française des dispositifs médicaux emploie plus de 84 000 personnes, dans près de 1 500 entre-
prises. Parmi ces entreprises très innovantes se trouvent de véritables fleurons à l’origine de grandes avancées
mondiales, en particulier dans le domaine de l’orthopédie. L’industrie du dispositif médical irrigue de vastes
écosystèmes qui lient R&D publique et privée, entreprises, universités, grandes écoles et centres hospitaliers,
au bénéfice des patients. Le chiffre d’affaires du secteur représente plus de 30 milliards d’euros, dont plus de
10 milliards d’euros à l’exportation.
Le ministre de l’Économie, Éric Lombard, et moi-même, sommes pleinement mobilisés aux côtés des acteurs
de la filière, via le plan d’investissement France 2030 et de nouvelles mesures de simplification. Notre ambition
commune est d’accélérer l’innovation afin de développer les dispositifs médicaux de demain qui contribueront
à l’emploi industriel et à notre souveraineté sanitaire.
Je remercie les Annales des Mines d’avoir mis en lumière ce secteur et ses enjeux, souvent méconnus, au
travers du numéro de la série Réalités industrielles qui lui est consacré. Il reflète la richesse et la diversité de
cette industrie. Je remercie les contributeurs et acteurs du dynamisme de cette filière, qui innovent et industria-
lisent au service de notre santé.
Introduction
Par Bernard CELLI
Vice-président du Comité économique des Produits de santé (CEPS)
et Jean-Marc GROGNET
Membre du comité de rédaction des Annales des Mines - Réalités industrielles
À côté des médicaments, les dispositifs médicaux occupent une place centrale dans les moyens thérapeutiques et
diagnostiques à la disposition des professionnels de santé. Leur définition précise s’avère complexe dans la mesure
où ce secteur industriel couvre un large périmètre : de la compresse au scanner en passant par les tests de dia-
gnostics in vitro – qui nous sont devenus familiers depuis la pandémie de Covid-19 –, les stents, les prothèses, les
lunettes, les implants dentaires, les bas de contention….
Cette industrie exige la maîtrise de métiers extrêmement divers : plasturgie, métallurgie, chimie, électronique de
pointe et numérique, tissage…. Cette diversité contribue d’une certaine façon à la vision éclatée que l’on peut avoir de
ce secteur. À cette diversité intrinsèque au secteur s’ajoute la particularité de la distribution des dispositifs médicaux.
Sauf exceptions, il n’existe pas de monopole pharmaceutique pour ces produits. Ainsi, en ville, la distribution peut
être assurée par les pharmaciens, les prestataires de services et distributeurs de matériels (PSDM ou PSAD), les
opticiens ou encore les orthoprothésistes ou les podo-orthésistes.
Le secteur des dispositifs médicaux parfois défini par l’acronyme anglo-saxon de MedTech évolue dans un secteur
largement internationalisé.
En Europe, 880 000 personnes sont employées dans ce secteur dont 84 000 en France, le plus gros employeur en
Europe étant l’Allemagne avec 257 000 employés. Le marché européen est évalué à près de 160 milliards d’euros, les
deux principaux marchés étant l’Allemagne (26,5 %) et la France (14 %). Une forte caractéristique est la prédominance
des petites et moyennes entreprises, qui représentent 95 % des 32 000 entreprises européennes du secteur.
Ce marché croît, et le vieillissement de la population y contribuera structurellement.
L’industrie française fait face depuis quelques années à une érosion de sa position en Europe. En effet, la France
reste avec un déficit important – de 4,3 milliards d’euros en 2023 – de la balance commerciale (elle importe plus
de dispositifs médicaux qu’elle n’en produit). Elle figure ainsi parmi les deux pays d’Europe qui affichent le plus
gros déséquilibre aux côtés de l’Espagne alors qu’avant la crise de la Covid-19, ce déficit se chiffrait à 2,3 milliards
en 2018. Dans ces conditions, et comme la plupart des auteurs le montrent, ce secteur doit relever de nombreux défis,
à la fois en France et en Europe. Les acteurs industriels français et européens semblent rencontrer des difficultés
afin d’atteindre des tailles critiques qui leur permettraient de mieux concurrencer les géants internationaux, pour
la plupart nord-américains. En outre, avec la tendance marquée à la maîtrise des tarifs imposée par les contraintes
budgétaires des régulateurs publics, la concurrence de produits asiatiques à bas coût vient percuter les objectifs
de réindustrialisation indispensables au secteur. Le maintien de productions en France et en Europe, outre les
réponses aux problématiques de souveraineté sanitaire qu’il apporte, permet de développer un tissu de recherche
académique en bonne interaction avec l’industrie et les professionnels de santé, dans l’intérêt in fine des patients
français et européens. Le juste équilibre entre maîtrise de la dépense publique et développement d’un secteur
industriel solide apparaît de plus en plus complexe à trouver.
Ce numéro ambitionne de donner au lecteur une vision panoramique de ce secteur industriel. En premier lieu,
il convenait de placer l’industrie française dans le contexte national et international, ce qui est fait, après une entrée
en matière par la direction générale des Entreprises, dans le premier chapitre par les représentants des entreprises
acteurs en France. Un exemple d’un écosystème dédié aux dispositifs médicaux textiles est donné avec celui de
Saint-Etienne, montrant l’intérêt, sur un territoire, de la synergie créée par la proximité d’entreprises et d’acteurs
issus du monde académique (Mines de Saint-Étienne…) et du monde de la santé.
Comme tout produit de santé, les dispositifs médicaux font l’objet d’un cadre réglementaire spécifique même s’il
est très différent de celui dont font l’objet les médicaments. La question des conditions d’accès au marché est un
sujet de première importance, qu’il concerne la certification, l’évaluation par la Haute autorité de santé, ou la fixation
des prix par le CEPS pour les produits remboursés par l’assurance maladie obligatoire. Ces questions font l’objet
du deuxième chapitre de ce numéro.
Introduction
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 7
L’industrie des dispositifs médicaux fait face aujourd’hui à de nombreux défis, existentiels pour certaines sociétés,
qui seront exposés dans le troisième chapitre : évolution du cadre réglementaire européen, maintien de la pro-
duction en France ou en Europe, voire réindustrialisation, réduction de l’impact environnemental, recyclage des
dispositifs dans un souci de réduction des coûts et de l’empreinte carbone du secteur… Par ailleurs, comme
dans d’autres secteurs, le numérique apporte sa révolution et donc une nouvelle façon de concevoir et voir
les dispositifs médicaux. Un nombre significatif de projets de dispositifs médicaux numériques, (parfois appelés
Digital Therapeutics DTx), entrent sur le marché dans le cadre des dispositifs précoces d’accès (PECAN en France,
DIGA en Allemagne). Leur évaluation scientifique et indépendante par les autorités compétentes (la HAS en France)
déterminera leur avenir et leur capacité à intégrer l’arsenal thérapeutique remboursé. Enfin, un article sera consacré
à la formation universitaire dans le domaine des dispositifs médicaux, formation qui déborde le cadre habituel
des produits de santé, médecins pharmaciens et autres professionnels de santé, mais implique également
les savoirs des ingénieurs et autres concepteurs.
Le financement des projets innovants sera vu depuis le versant national par l’Agence pour l’innovation en santé (AIS)
et depuis le versant européen par la Banque européenne d’investissement (BEI).
Enfin, la dernière partie de ce numéro des Annales des Mines – Réalités industrielles vise à exposer la grande diversité
des domaines couverts par ce secteur. Il ne pouvait s’agir de présenter de façon exhaustive tous les dispositifs
médicaux. Nous avons donc choisi de donner la parole à des acteurs français mais également internationaux et
à des grandes entreprises comme à des groupes de taille moyenne, afin de tenter de refléter la diversité du domaine.
Cette diversité s’exprime également au travers des divers types de dispositifs médicaux présentés comme les DM
implantables, les textiles ou les DM de diagnostic in vitro.
Nous vous souhaitons une lecture enrichissante de ce numéro et remercions les auteurs des articles, qui ont œuvré
pour nous présenter ce secteur riche et passionnant.
et Michel RAO
Sous-directeur des Industries de santé, des Biens de consommation et de l’Agroalimentaire à la DGE
L’industrie des dispositifs médicaux : un équilibre délicat. Entre le pansement et le robot chirurgical, l’industrie
des dispositifs médicaux navigue dans un univers complexe et en constante évolution. Les avancées
technologiques, qui offrent des espoirs immenses en matière de santé, posent également des défis
considérables. D’un côté, la nécessité de maîtriser les coûts et de garantir l’accès aux soins pour tous pèse sur
les systèmes de santé. De l’autre, la course à l’innovation, moteur de progrès, entraîne une complexification
des dispositifs médicaux et une multiplication des réglementations. La France, terre d’innovation médicale,
doit trouver un équilibre délicat entre le soutien à la recherche, la maîtrise des dépenses de santé et la
souveraineté industrielle. L’enjeu est de taille : il s’agit de garantir à la fois l’excellence de nos soins et la
pérennité de notre industrie.
ce dynamisme ? Quels sont les facteurs qui font de la en LFSS (loi de financement de la sécurité sociale).
France un terreau fertile pour la MedTech ? Les tensions d’approvisionnement et les délocalisa-
tions sont les signes visibles de l’épuisement de notre
La recherche et le développement (R&D) est la clé
marché (manque d’attractivité économique et du ter-
de voûte d’une filière ; elle joue un rôle crucial dans
ritoire), pour lequel il convient de réagir rapidement
sa structure en contribuant à sa compétitivité, son
dans un monde économique ouvert. De même, le
innovation et sa croissance sur le long terme. Grâce à
modèle de marché de volume décliné par les pouvoirs
son écosystème riche et diversifié, avec des universités
publics depuis des années se heurte à un plafond de
de renom et des centres de recherche performants,
verre, nécessitant une évolution, un changement de
la France a su rester à la pointe de la recherche.
paradigme.
Précurseurs de découvertes technologiques, ces pôles
d’excellence, à l’interface entre le public et le privé via Faire évoluer un marché doit représenter un enjeu
des pôles de compétitivité, poussent le tissu industriel majeur des pouvoirs publics. Pour ce faire, il convient
à s’adapter et transposer cette irruption technologique d’identifier les grands enjeux auxquels l’État est
aux différents besoins médicaux (par exemple : confronté : la maîtrise des dépenses, la souverai-
l’impression 3D, IA, les nanotechnologies…). Mais neté sanitaire et la transition écologique. Ces enjeux,
ce terreau fertile présente des fragilités, en proie qui peuvent apparaître antinomiques, doivent être
à des modifications structurelles de la filière (e.g. : abordés sous un angle ambitieux et vertueux. Dans
l’arrivée du nouveau règlement européen relatif aux ce contexte, plusieurs politiques publiques ont été
dispositifs médicaux1), et nécessite un soutien public définies afin d’y répondre : l’article 65 (LFSS 20225)
fort. Dans ce contexte, l’État français, pour répondre prenant en compte l’implantation industrielle dans
aux nouveaux enjeux, investit massivement à travers la tarification des DMUI ; la maîtrise médicalisée
des dispositifs comme France 2030 (plan pour les (convention médicale CNAM 20246) ; l’accord-cadre
dispositifs médicaux2) et œuvre pour une simplification nouvellement signé (juillet 20247) entre les indus-
de l’accès au marché (par exemple : la prise en charge triels et le CEPS (Comité économique des produits
anticipée numérique (PECAN)3). de santé), permettant une meilleure prise en compte
des enjeux industriels et de souveraineté dans la tari-
fication des DMUI, et inaugurant le guichet des crédits
Entre défis et opportunités, CSIS (Conseil stratégique des industries de santé8).
notre modèle économique se trouve En outre, une meilleure prise en compte de l’irrup-
tion technologique dans la modification des parcours
à un tournant décisif de soin semble primordiale dans une logique de bon
La sécurité sociale fait face à des défis financiers usage et de maîtrise des volumes.
récurrents, s’expliquant notamment de par le vieil- Par ailleurs, pour concilier la volonté de réindustria-
lissement de la population, l’augmentation du coût lisation et le respect des trajectoires climat, la DGE
des traitements médicaux et par l’insuffisance des argue que la réindustrialisation est un des leviers de la
recettes. Pour étayer ces défis, les inspections géné- transition écologique. Produire en Europe, et a fortiori
rales des finances et des affaires sociales ont été mis- en France (grâce à notre mix électrique peu carboné),
sionnées pour mener une revue des dépenses rela- permet de réduire nos émissions de gaz à effet de
tives aux dispositifs médicaux. Mettant l’accent sur serre (GES) (scope 3). À cet égard, pour encourager
une croissance des dépenses à un rythme soutenu et accélérer la décarbonation des industries de santé,
depuis 2017 (+ 3,7 % par an)4, liée majoritairement à l’État a développé une méthodologie d’évaluation sim-
la hausse des volumes consommés et à un effet prix plifiée de l’empreinte carbone des médicaments9, qui
(innovation plus onéreuse), ce rapport riche en ensei- ouvre la voie à une éventuelle prise en compte dans la
gnements montre les limites de notre modèle écono- régulation financière du secteur et dans les critères des
mique. Pendant des décennies, notre marché a été le marchés publics. Cette stratégie initiée sur la filière du
moteur de la croissance de la filière en France. Mais médicament a pour vocation d’être adaptée à la filière
aujourd’hui, il s’épuise. Prise en étau entre l’augmenta- des dispositifs médicaux. Mais comme vous l’aurez
tion des prix de revient industriel (PRI) et la régulation compris, en raison du panorama très hétérogène des
financière, la filière des dispositifs médicaux peine à
absorber les efforts financiers sollicités chaque année
5
LOI n°2021-1754 du 23 décembre 2021 de financement de la
1
RÈGLEMENT (UE) 2017/745 DU PARLEMENT EUROPÉEN ET sécurité sociale pour 2022.
DU CONSEIL du 5 avril 2017 relatif aux dispositifs médicaux / 6
Arrêté du 20 juin 2024 portant approbation de la convention
RÈGLEMENT (UE) 2017/746 DU PARLEMENT EUROPÉEN ET nationale organisant les rapports entre les médecins libéraux et
DU CONSEIL du 5 avril 2017 relatif aux dispositifs médicaux de l’assurance maladie.
diagnostic in vitro. 7
ACCORD-CADRE Entre le Comité économique des produits de
2
Investir dans la France de 2030 : développer et produire les santé et les partenaires conventionnels des produits et prestations
dispositifs médicaux de demain – Communiqué de presse n°2056 inscrits sur la liste prévue à l’article L.165-1 du code de la sécurité
– février 2022. sociale – juillet 2024.
3
Le remboursement des thérapies numériques par l’assurance 8
[Link]
maladie dans le cadre de la prise en charge anticipée numérique communiques-de-presse/article/lancement-du-conseil-
(PECAN) précisé – Communiqué de presse - mai 2024. strategique-des-industries-de-sante-2021-csis
AUVIGNE F. et al. (2024), Revue de dépenses : les dispositifs
4 9
Méthodologie d’évaluation de l’empreinte carbone des
médicaux, IGF/IGAS. médicaments – DGE – mai 2024.
L’industrie du dispositif médical (DM) en France occupe une place essentielle dans le système de santé
et joue un rôle central dans l’amélioration des soins. Elle constitue une solution aux défis actuels de santé
publique. Les innovations technologiques du secteur ne cessent d’influencer l’organisation des soins et
ouvrent des perspectives prometteuses pour la transformation du système de santé et de la prise en charge
des patients, à l’hôpital comme en ville. Dans cet article, nous examinons la dynamique de l’industrie des
dispositifs médicaux en France, ses caractéristiques, son positionnement international, et proposons une
projection de ses évolutions futures. Nous mettons également en lumière la relation particulière entre les
dispositifs médicaux et la régulation de l’acte de soin, contrastant avec celle du médicament.
médical
En 2023, les entreprises du DM ont généré un chiffre Vers une révolution des soins et une
d’affaires de 32,5 milliards d’euros, dont 10,6 Mds à
l’export. La France se place ainsi au deuxième rang prise en compte sociétale ?
européen et se classe parmi les cinq premiers marchés Les dispositifs médicaux représentent donc une
mondiaux du secteur. opportunité sans précédent de transformer les pratiques
médicales. L’essor des technologies connectées et européen – fortes, constituant dès lors des injonctions
des solutions d’e-santé permet d’envisager un suivi contradictoires entre le respect des normes sécuri-
plus continu et personnalisé des patients en dehors taires, la politique d’industrialisation Made in France,
des établissements hospitaliers, et constitue une le souhait d’une innovation rapide et continue et les
réponse à la désertification médicale de nos territoires besoins économiques dont dépend leur survie. Il est
ruraux. Cette tendance s’inscrit dans une logique de par conséquent indispensable que les problématiques
décentralisation des soins, répondant à la saturation propres aux PME soient largement prises en compte au
des structures hospitalières et à la nécessité de niveau européen pour éviter la destruction de ce tissu
renforcer la prévention en amont. industriel.
Le développement de dispositifs tels que les capteurs Enfin, et ce depuis plusieurs années, les entreprises
intelligents, les plateformes de télésurveillance ou du DM sont soumises à une régulation de plus en plus
encore les solutions de télémédecine favorise cette importante de la part des pouvoirs publics, tant via l’ob-
transformation. Ces innovations permettent aux profes- jectif national de dépenses pour l’assurance maladie
sionnels de santé d’avoir une vision en temps réel de (ONDAM) que via le comité économique des produits
l’état de santé de leurs patients, facilitant ainsi une prise de santé (CEPS), qui fixe les prix de certains DM. Or, et
en charge anticipée des complications, notamment pour contrairement aux médicaments, la consommation de
les malades chroniques. Dès lors, l’intégration des dis- dispositifs médicaux en France est totalement corrélée
positifs médicaux dans le parcours de soin des patients aux activités de soins médicaux. Si vous régulez l’acti-
pourrait réduire significativement les hospitalisations et vité de soins, vous régulez les DM, ce qui a d’ailleurs
les coûts associés. été observé pendant la pandémie de Covid-19 avec
la réduction des chirurgies, qui a entrainé une baisse
du marché des DM. En ce sens, les recommandations
Un cadre spécifique et exigeant pour réguler du rapport de la mission interministérielle publié en
et réglementer le secteur août 2023 invitaient à prendre la voie d’une régulation
bien plus juste et proportionnée.
Conclusion
L’industrie du dispositif médical en France est un
moteur essentiel de l’innovation en santé. Loin d’être
une simple industrie de produits, elle participe active-
ment à la transformation des systèmes de santé en
prenant en compte le monde de demain. Grâce à ses
innovations technologiques, elle redéfinit les pratiques
médicales, favorisant une approche plus personnali-
sée, préventive et décentralisée des soins. Les dis-
positifs médicaux se positionnent ainsi comme une
solution incontournable aux défis posés par le vieillis-
sement de la population et la saturation des systèmes
hospitaliers. Avec un cadre réglementaire en pleine
mutation et un positionnement international renforcé,
l’avenir de cette industrie s’annonce porteur de pro-
messes pour la santé en France, et au-delà. Toutefois,
pour permettre aux entreprises de tenir toutes leurs
promesses, une prise de conscience et un change-
ment de paradigme sont nécessaires du côté des
politiques publiques et de leur approche souvent trop
comptable et à trop court terme.
1
Voir le numéro Annales des Mines – Responsabilités &
Environnement sur la consommation des plastiques dans les
hôpitaux, [Link]
environnement/ et, notamment, LORIDANT E. & CLAUDE-
LACHENAUD C. (2024), « La réduction du plastique à usage
unique dans les hôpitaux, un geste écologique et sanitaire », https://
[Link]/wp-content/uploads/2024/09/RE-2024-10-
[Link]
Le jumeau numérique (JN) est devenu la valeur centrale de l’innovation en chirurgie. Issu de la « chirurgie
computationnelle » (allant de la donnée au JN) et support de la « chirurgie augmentée » (applications
peropératoires et jusqu’au suivi du patient) il est le vecteur de l’approche intégrative du soin chirurgical :
le parcours patient. En conséquence, de nouvelles organisations incluant coordination des métiers, formations
et évaluation doivent être mises en place associées à une mise à niveau stratégique des infrastructures
du numérique dans les établissements chirurgicaux et leurs écosystèmes d’innovation.
Des plateformes technologiques (entrepôts de données de santé, plateformes de partage hébergeurs de
donnée, clusters de calcul) et de test en situation expérimentale doivent côtoyer les blocs chirurgicaux, avec
une vision de l’innovation centrée sur l’usage et d’évaluation via des indicateurs dédiés et des registres de
suivi. Le soin, l’enseignement et la recherche se trouvent donc plus que jamais liés et conjugués au travers
d’outils et d’enjeux communs.
forme), d’évaluer la plaque d’ostéosynthèse la plus le principal vecteur entre le soin et la formation, entre le
adaptée (modèle géométrique) et résistante (modèle cas clinique réel et le scénario pédagogique.
biomécanique). Enfin, il faut développer l’algorithme, le
flux de travail et l’interface.
Défis
Les cas d’usage chirurgicaux sont à la fois fortement Les défis à venir sont :
appliqués à l’imagerie et rejoignent en cela les usages
des radiologues (diagnostic, classifications lésionnelles), • de concevoir un processus intégré global allant de la
mais s’étendent plus loin, jusqu’au bloc opératoire. collecte des données aux applications numériques et
En chirurgie, ces modèles sont utilisés pour le diagnos- aux retours patients (PROM), en assurant un enrichis-
tic, la prise de décision, et le traitement et l’utilisation de sement et un raffinement permanent des modèles. En
l’IA s’y retrouvent à plusieurs niveaux. corollaire se pose la problématique des certifications
dynamiques [1, 2] de ces dispositifs médicaux ;
Le diagnostic
• de « plateformiser » l’accès aux applications numé-
• La segmentation : extraire la région d’intérêt à partir de riques dont le nombre croît exponentiellement avec
l’imagerie (scanner le plus souvent et de plus en plus les cas d’usage ;
IRM). L’utilisation de méthode de filtrage (basé sur les
• de procéder au déploiement : il faut ici préciser que
unités Hounsfield) et de propagation a progressive-
ces outils de chirurgie computationnelle et augmen-
ment laissé place à des algorithmes nnU-Net utilisant
tée répondent désormais à une obligation de moyens
du machine learning qui permet l’automatisation de
et doivent être utilisés par les professionnels, et
cette étape, et donc ouvre des perspectives d’auto-
que la responsabilité incombe toujours à l’« opéra-
nomisation du chirurgien et de réduction des effectifs
teur frontal » tel que désigné dans les textes euro-
d’ingénieurs dédiés à cette tâche chronophage.
péens [3]. Si les chirurgiens ont une obligation d’in-
• La classification : la réalisation de mesures morpho- formation, ils auront une obligation de planification.
métriques et le développement de nouveaux outils en
chirurgie osseuse ou la modélisation de zones fonction-
nelles (vasculaires, biliaires, bronchiques…) ont pour Chirurgie augmentée
objectif de mieux classer, voire d’améliorer ces classi- Afin d’avoir accès aux informations prétraitées et d’ap-
fications parfois très anciennes, qui sont à la base de pliquer de façon plus ou moins figée cette planification
la décision chirurgicale et de la communication scien- au bloc opératoire, le JN doit ensuite s’incarner dans un
tifique. L’approche pauci-paramétrique des classifica- outil applicatif au bloc opératoire. Nous ne détaillerons
tions classiques étant elle-même devenue insuffisante pas les aspects techniques de ces solutions, mais indi-
à guider le chirurgien du diagnostic à sa décision. querons les enjeux autour de chacune des technologies.
étant consacrée à la formation ou l’information patient. en quelques années centrales et doivent être inté-
Véritable « ancillaire cognitif » (en miroir des « ancil- grées – et acceptées – dans les blocs opératoires ;
laires techniques » qui assistent directement au geste), • la mise en place d’indicateurs de performance de ces
ces dispositifs augmentent la conscience de la situation technologies, de méthodologies intégratives et des
du chirurgien (voir la Figure 2). Les évolutions se font structures d’évaluation multiparamétrique.
vers l’intégration en temps réel de données, l’évaluation
anatomique, le guidage des gestes. Enfin, il deviendra En une décennie, le JN s’est imposé au cœur d’une
un outil collaboratif permettant d’échanger en temps réel dynamique cyclique intégrative, collaborative, technique
avec des experts ou des étudiants (voir la Figure 3). Les et cognitive alimentée par la donnée. Ce cycle est intime-
défis se situent dans l’optimisation de flux d’information, ment associé au parcours-patient. Ces innovations tech-
l’évaluation de la distraction [8] et de la charge mentale, nologiques sont poussées via de forts investissements
mais les indicateurs spécifiques sont quasi inexistants. industriels, et leur déploiement ne fait désormais plus de
doute [10]. Cependant, il reste une inadéquation critique
D’autres technologies sont encore à la marge, entre l’évidence technologique et les stratégies de valo-
mais à fort potentiel risation actuelles. Enfin, les infrastructures permettant
Par exemple : exosquelettes, prothèses connectées [9]… d’en maîtriser et d’en exploiter les phases sont encore à
déployer largement.
La recherche, le développement
et l’innovation en chirurgie face
aux enjeux infrastructurels
Face à cet élan hégémonique numérique, la mise à
niveau des infrastructures des établissements de santé
et de leurs écosystèmes territoriaux est fondamentale et
stratégique. Cette ambition n’est réalisable qu’au travers
de politiques technologiques structurantes portées à un
Figure 2 : Exemple d’une plateforme de réalité mixte niveau territorial régional, national ou européen.
permettant l’affichage d’une planification d’ostéotomie
de réaxation du radius distal avec instrumentation patient-
spécifique (encart inférieur droit) permettant de guider Plateformes technologiques transversales
la coupe (Source : courtoisie CHU de Nice).
Autour de la donnée, plusieurs défis infrastructurels
impliquent les différents acteurs à l’origine des JN en
chirurgie.
Collecte des données – alignement des formats –
mise en qualité à des fins de partage
Les données de santé sont présentes dans les dossiers
de patients informatisés et les logiciels métiers (i.e. des
logiciels spécifiques à chaque spécialité). Leur collecte
nécessite un alignement à partir des différents formats
dans lesquels elles sont générées : c’est l’interopérabi-
lité. L’accès à un grand volume de données est néces-
saire pour construire un JN tout en respectant un cadre
réglementaire strict. Plusieurs sources de données sont
Figure 3 : Exemple d’architecture cloud distribuée permettant sollicitées, en particulier celles hébergées dans les ES.
un partage collaboratif via un métaverse chirurgical Il s’agit donc de structurer des outils de collecte, de
à partir d’un dispositif de vision augmentée (Source : Auteur). mise en qualité et de partage à un niveau « industriel »
des données de santé. C’est l’enjeu des entrepôts de
Défis : données de santé, qui se structurent depuis quelques
• la restructuration logistique : les étapes de la pro- années sur le territoire.
duction de l’imagerie jusqu’au bloc opératoire ont
Hébergement et partage des données
chacune leur temporalité propre et nécessitent un
suivi dédié inexistant avant la chirurgie patient-spé- La mise en partage nécessite un environnement adapté
cifique et une réadaptation des pratiques ; afin de pouvoir héberger, suivre les données traitées
et leur partage entre les différents acteurs (établisse-
• une coordination globale et opérationnelle (règle- ments de santé, instituts de recherche et industriels).
mentation, financiarisation), car l’hétérogénéité des Cette approche interdisciplinaire répond à un cadre
initiatives régionales et des méthodologies de struc- règlementaire et éthique, et intègre des données issues
turation risque à terme d’entraîner de fortes inégali- de différentes sources (génomique, transcriptomique,
tés d’accès à la chirurgie personnalisée ; imagerie, clinique). La mise en place de plateformes
• la restructuration de la formation médicale et para- hébergeurs de données de santé (HDS) et de plate-
médicale autour de ces technologies qui deviennent formes multi-omiques permet de structurer ces réseaux
institutionnels et d’accélérer les échanges au travers de - en environnement réel : bloc opératoire augmen-
ces espaces cloud partagés. té doté d’équipements de capture de signaux
hétérogènes (vidéos, capteurs physiologiques
Analyse et traitement des données – clusters de
équipe / patient, questionnaires à visée cognitif).
calcul
Il s’agit d’un ensemble de machines (nœuds) travail- • Une acculturation et un renfort opérationnel des
lant ensemble pour exécuter des calculs intensifs ou équipes support de recherche clinique et d’innova-
parallélisés. Ces clusters permettent de répondre aux tion, dont les méthodologies étaient héritées de la
besoins de ressources intensives comme le calcul recherche pharmacologique et qui doivent continuer
GPU, essentiel dans des domaines tels que l’appren- à développer des compétences et une agilité spéci-
tissage profond en IA. Les enjeux de puissance et de fique et indispensable à la recherche et l’innovation
conformité (notamment 27001) sont aujourd’hui clés numérique en santé.
dans l’innovation en santé. • Des compétences en transfert technologique et en
accès au marché (go-to-market & market access)
C’est au prix de la création et de la maturation de ces
assurant un “spin-offage” de ces solutions au
plateformes technologiques mutualisées indispen-
moment opportun avec une capacité de déploiement
sables que la chirurgie computationnelle restera com-
assurée pour accompagner l’innovation vers l’usage.
pétitive. Ces approches transversales en plateformes
En effet, au-delà de la pertinence clinique et de la
révèlent des enjeux forts de gouvernance (portage juri-
performance technologique des dispositifs dévelop-
dique, processus décisionnels), de choix techniques
pés, l’intégration doit être pensée dès conception
(solution partenaire, systèmes de gestion, éditeurs), de
avec une approche multiparamétrique pour optimiser
fonctionnement (comité scientifique et éthique, gestion
son succès à la valorisation et au déploiement.
de projet) et de valorisation (autonomie et pérennité).
• La mise en place de registres de patients permettant
un suivi des patients à échelle au moins nationale,
Écosystèmes chirurgicaux innovants voire européenne, et une évaluation de l’efficience des
Il est donc nécessaire de se doter d’établissements chirur- dispositifs médicaux pour valoriser le service médical
gicaux hybrides intégrés au sein d’écosystèmes dotés rendu. Cette approche permet aussi une réponse
technologiquement. Ces établissements doivent intégrer : critique à la problématique de certification des DM
• La prise en charge de patients chirurgicaux avec des commercialisés, notamment dans le contexte MDR
dispositifs armés automatisés et via des politiques européen. En cela, les sociétés savantes ont toute
assumées pour un recueil des données patients en légitimité et indépendance pour assurer ce rôle [11].
continue et en vie réelle. Ce recueil s’établit dès la
première consultation et jusqu’au bloc opératoire, et Défis
lors de la prise en charge des patients en ville et à Il s’agit de mettre en place des pôles opérationnels
domicile. Plus que dans d’autres disciplines, la proxi- mettant en œuvre les principes d’évaluation édictés
mité des patients et des équipes chirurgicales actives notamment par la HAS sur les DM, DM-IA et DMI.
constitue une condition incontournable à tout environ-
nement innovant en chirurgie. C’est à tous les niveaux Cette dynamique permet aussi d’évaluer les indicateurs de
de l’action chirurgicale (consultation, bloc opératoire, performance spécifiques, voire d’en développer de nou-
centre de réhabilitation, suivi de ville) que doivent être veaux par rapport à des technologies nouvelles comme
rendus opérationnels des capteurs de données. la vision augmentée, dont l’utilisation n’est aujourd’hui pas
encadrée (apports cognitifs, optimisation des informa-
• Des plateformes technologiques au sein des ES et tions, acceptabilité, risques relatifs à la distraction...), et
dans l’écosystème d’innovation : EDS, plateformes ce, malgré un déploiement commercial rapide.
multi-omiques, espaces cloud hébergeurs de données
de santé, clusters de calcul qui accompagnent la Les ES chirurgicaux sont donc destinés à être de véri-
donnée de façon certifiée de sa génération, sa mise en tables carrefours d’échange et de contact entre les pro-
qualité et son partage vers des centres de recherche tagonistes de ces écosystèmes chirurgicaux innovants.
translationnelle mixte (clinique et universitaire) amor- Les défis sont portés par les acteurs de la filière de l’in-
çant des développements à un niveau précoce de novation chirurgicale.
TRL (Technology Readiness Level) jusqu’à la réalisa-
Les infrastructures hospitalières
tion des preuves de concepts (POC).
Les ressources liées au numérique des ES doivent être
• Des plateformes de test identifiées, voire labellisées renforcées. Les ES ont pour principale mission la sécu-
comme des tiers de confiance permettant la réalisa- rité des soins portés au patient et le respect de l’éthique,
tion d’essais autour des POC : notamment vis-à-vis de ses données. Si cela explique
- en milieu expérimental : les laboratoires d’anatomie la prudence dans l’évolution des processus d’adoption
et les centres de simulation qui peuvent ainsi favo- des technologies numériques (avec une inertie plus
riser le développement de nouvelles activités d’éva- forte que dans d’autres domaines comme l’aérospatial,
luation (crash / stress-tests) de solutions numériques. l’énergie…), il n’en reste pas moins que les moyens
Ces activités présentent un potentiel de valorisation alloués aux départements de systèmes d’information
parallèle à leur fonction pédagogique habituelle, et restent de l’ordre de 1 % des budgets annuels dans
peuvent catalyser les processus de certifications. les ES, et ce depuis de nombreuses années alors que
la place du numérique n’a cessé de croître et qu’il est la formation ? Les infrastructures identifiées dans les
devenu ubiquitaire dans tout le parcours de soin. ES et autour du JN sont désormais essentielles à court
terme pour mener de l’innovation à l’usage, maintenir
Les groupements de recherche (GDR) (Inserm,
l’Europe, ses pôles d’innovation et ses ES dans l’excel-
INRIA, CNRS...) et les universités lence du soin chirurgical.
• la structuration de centres identifiés de recherche en
santé numérique territoriaux organisés autour d’une
gouvernance locale incluant tous les acteurs (établis- Références
sements de santé, universités, GDR) pour porter des
1. ABRAMOFF M. D., WHITESTONE N., PATNAIK J. L., RICH
projets d’équipement d’envergure. Les possibilités
E., AHMED M., HUSAIN L., HASSAN M. Y., TANJIL M. S. H.,
de portage juridique sont nombreuses (groupement WEITZMAN D., DAI T., WAGNER B. D., CHERWEK D.H.,
de coopération sanitaire par exemple, fondation, …) ; CONGDON N. & ISLAM K. (2023), “Autonomous artificial
• la mise en place d’outils opérationnels mutualisés à intelligence increases real-world specialist clinic productivity
une échelle nationale type cloud partagé, clusters in a cluster-randomized trial”, Npj Digit Med., 6(1), pp.1-8.
certifiés, plateformes multi-omiques. Il s’agit de pro- 2. Commissioner O of the. FDA permits marketing of artificial
blématiques ubiquitaires. intelligence-based device to detect certain diabetes-related
eye problems. FDA [Internet]. 2020 Mar 24 [cited 2024 Dec
Les écoles d’ingénieurs 2]; Available from: [Link]
announcements/fda-permits-marketing-artificial-intelligence-
Les écoles d’ingénieurs doivent renforcer leurs liens
based-device-detect-certain-diabetes-related-eye
avec les écosystèmes de santé numérique. Les res-
sources humaines et les leviers d’attractivité des profils 3. Parlement européen. Résolution sur un cadre européen
pour l’intelligence artificielle, les robots et les technologies
et des nouveaux métiers sont un facteur très limitant
numériques (2020/2012(INI)). 2020 [cited 2024 Dec 2];
dans les mises en œuvre de projets. Available from: [Link]
document/TA-9-2020-0276_FR.html
4. CASATUTO T., GOSSELIN M., LERHE B., VANDERSTEEN
Conclusion C., EHRMANN E. & SAVOLDELLI C. (2021), “In-house tooth-
supported guide for the injection of botulinum toxin into the
Le JN est le porteur de la vague du numérique et de l’IA.
lateral pterygoid muscle using Blue Sky Plan software: A
Renforçant le chirurgien qui prévoit par expérience des technical note”, J Stomatol Oral Maxillofac Surg., 122(4), pp.
complications, ces outils permettent de prédire (la surve- 77-80.
nue d’une complication) et de prévenir (s’armer pour une
5. BASTAWROUS S., WU L., LIACOURAS P. C., LEVIN D. B.,
complication éventuelle) pour être finalement préparé (la AHMED M. T., STRZELECKI B., AMENDOLA M. F., LEE J.T.,
complication va survenir et l’équipe est armée) et maîtri- COBURN J. & RIPLEY B. (2022), “Establishing 3D printing
ser les risques d’une intervention chirurgicale. at the point of care: Basic principles and tools for success”,
RadioGraphics, 42(2), pp. 451-468.
Progressivement se développe un inter-enrichissement
des environnements élaborés, initialement de façon 6. CALVO-HARO J., PASCAU J., MEDIAVILLA-SANTOS L.,
SANZ-RUÍZ P., SÁNCHEZ-PÉREZ C., VAQUERO-MARTÍN
verticale, pour le soin, la recherche et la pédagogie.
J. & PÉREZ-MAÑANES R. (2021), “Conceptual evolution
Ainsi, le cas clinique vient nourrir les scénarios pédago- of 3D printing in orthopedic surgery and traumatology:
giques et crée les cas d’usage des projets de recherche. From “do it yourself” to “point of care manufacturing.””,
À l’inverse de la tendance actuelle consistant à vouloir BMC Musculoskelet Disord [Internet] [cited 2024 Dec 2];22.
séparer, face aux charges croissantes pesant sur les Available from: [Link]
acteurs hospitalo-universitaires, ces trois composantes printing-surgery-traumatology-point-care-calvoharo/8990585
ont vocation à se coordonner autour d’outils et de 5609d57579294e71da27b234a/
solutions communes qu’ils utilisent, à commencer par 7. LEE Y.M., STRETTON B., TAN S., GUPTA A., KOVOOR J.,
la donnée et le modèle numérique. En chirurgie plus BACCHI S., LIM W. & CHAN W. O. (2024), “Captive markets
qu’ailleurs, l’approche collaborative d’équipes autour and medical artificial intelligence”, J Med Imaging Radiat
de plateaux techniques est stratégique pour se donner Oncol., 68(3), pp. 278-281.
les moyens et cibler les innovations. Les expériences 8. HEALEY A. N., SEVDALIS N. & VINCENT C. A. (2006),
récentes montrent que l’efficience et les succès des “Measuring intra-operative interference from distraction and
interruption observed in the operating theatre”, Ergonomics,
solutions numériques (dont l’IA) sont toujours liés à
49(5-6), pp. 589-604.
la gestion des risques et / ou à la satisfaction patient.
9. CAUBERE A., RUTIGLIANO S., BOURDON S., ERICKSON
Ce sont les seules clefs de la valorisation (diminution
J., MORELLI M., PARSONS M., NEYTON L. & GAUCI M. O.
des durées de séjour, des complications…), et les éco- (2024), “The effect of humeral tray thickness on glenohumeral
systèmes chirurgicaux sont seuls à même de pouvoir loads in a reverse shoulder “smart” implant”, Int Orthop.
garantir les bons cas d’usage. Par essence, la tempo- September 2.
ralité dans l’innovation numérique rend très courte la 10. GLOBAL MARKETS FOR DIGITAL SURGERY
boucle allant du besoin clinique à la recherche, à l’inno- SOLUTIONS 2022 [Internet], Life Science Intelligence;
vation et à son utilisation au service du patient. 2022 [cited 2024 Dec 2]. Available from: https://
[Link]/market-reports/
Faut-il donc continuer à parler de « recherche » tant les
the-global-digital-surgery-technologies-market
acteurs du numérique et les outils technologiques ont
11. DELAUNAY C., BRAND C., POICHOTTE A.,
vocation à être mutualisés, en particulier en chirurgie,
POIGNARD A. & BOISGARD S. (2024), “What does the
et tant les livrables du numérique trouvent des appli- SOFCOT-RENACOT 2024 hip prosthesis register tell us?”,
cations aussi bien dans le soin, le parcours-patient ou Orthop Traumatol Surg Res OTSR., 103996.
et Sacha LOISEAU
Vice-président de MedTech in France
Le secteur des technologies médicales innovantes représente un enjeu stratégique pour le système de
santé français. Face aux défis croissants du vieillissement de la population, de la gestion des maladies
chroniques et de la pénurie de professionnels de santé, les dispositifs médicaux offrent des solutions
concrètes. En améliorant les soins à distance et en optimisant les parcours de santé, ces innovations
contribuent à maîtriser les coûts et à répondre aux besoins des patients. Par ailleurs, le secteur est un
moteur potentiel pour la réindustrialisation française, bien que confronté à des enjeux de compétitivité et de
réglementation. Pour assurer sa croissance et soutenir l’innovation, il est crucial de renforcer les soutiens
publics, d’évaluer globalement les économies générées et d’encourager des pratiques plus durables.
permettent une communication fluide entre les profes- l’orthopédie, l’inflation a été de l’ordre de 50 à 200 %
sionnels de santé, optimisant de fait les soins prodi- pour les prothèses et de 60 % pour les plastiques
gués. Cette transformation des pratiques, rendue pos- des implants. L’envolée des prix de l’énergie sur les
sible par l’usage des technologies, est fondamentale marchés internationaux a constitué le principal choc
pour compenser le manque de ressources humaines inflationniste pour l’économie française depuis 2022.
dans le secteur médical. La grande majorité des entreprises du dispositif
médical n’ont pas bénéficié du bouclier énergétique
en 20233. La complexité croissante des régulations,
La maîtrise des dépenses de santé notamment à l’échelle européenne avec le "Medical
Device Regulation" (MDR), a créé une situation extrê-
Avec 11 % du PIB consacré à la santé, la France fait
mement périlleuse pour les entreprises européennes
face à une pression budgétaire croissante. La struc-
et françaises en particulier : 79 % des entreprises ont
ture des dépenses est dominée par les coûts hospita-
engagé des dépenses nouvelles pour se conformer au
liers (46 %), les consultations médicales (26 %) et les
nouveau règlement pour les produits déjà mis sur le
médicaments (16 %), tandis que les dispositifs médi-
marché, mobilisant jusqu’à 90 % des effectifs R&D et
caux représentent une part plus modeste, à hauteur
engendrant une hausse de 54 % des dépenses addi-
de 8 %. Cependant, l’innovation technologique dans
tionnelles par produit. Une des conséquences directes
ce domaine constitue un levier crucial pour générer
évoquée par 51 % des entreprises est l’arrêt de la
des économies sur l’ensemble du système de santé.
commercialisation de certains produits4. Enfin, la pan-
Les dispositifs médicaux innovants, en permettant démie de Covid-19 a mis en lumière la dépendance
de raccourcir les temps d’hospitalisation, de réduire aux chaînes d’approvisionnement internationales,
les consultations et d’optimiser les soins à domicile, soulignant l’importance de renforcer la souveraineté
contribuent à alléger la charge financière pesant sur industrielle nationale dans ce domaine.
les infrastructures de santé. Ils permettent également
d’améliorer la qualité des soins, en renforçant la coor-
dination entre la ville et l’hôpital. Toutefois, la diffusion Propositions pour un futur résilient
de ces innovations rencontre de nombreux obstacles.
Afin de relever ces défis et de maximiser l’impact des
L’évaluation de leur efficacité, souvent liée à des chan-
technologies médicales sur le système de santé, plu-
gements d’organisation, est mal organisée.
sieurs leviers d’action doivent être activés :
Même en cas d’évaluation positive à la suite d’ex-
• Une revalorisation de la prise en charge des dispo-
périmentations via les ARS, l’article 512 ou autre,
sitifs médicaux innovants : il est essentiel de récom-
le passage à l’échelle est, pour le moment, très rare-
penser les innovations en revalorisant les disposi-
ment opéré.
tifs les plus performants, en particulier ceux qui ont
Enfin, la prise en charge de ces innovations est très démontré des améliorations significatives pour les
souvent déficiente, victime d’une très grande frilosité patients et les soignants. Ce soutien permettrait de
des autorités publiques. stimuler la R&D tout en favorisant la diffusion de ces
technologies au sein des établissements de santé.
• Une gestion plus dynamique des actes et des
Vers une réindustrialisation par groupes homogènes de séjour, bases de la tarifi-
l’innovation cation à l’acte et du financement des hôpitaux, per-
mettant de prendre en compte l’implantation des
Le secteur des technologies médicales représente
dispositifs innovants.
une opportunité unique pour la réindustrialisation
de la France. Avec un marché évalué à 30 milliards • Une reconnaissance de l’innovation incrémentale :
d’euros et des entreprises majoritairement constituées l’innovation ne doit pas se limiter aux ruptures
de PME innovantes, le secteur présente un fort poten- technologiques. Les améliorations progressives,
tiel de croissance. Il emploie actuellement près de qu’elles concernent la fiabilité des dispositifs ou leur
95 000 personnes, un chiffre en augmentation grâce facilité d’usage, méritent également d’être reconnues
à l’essor des technologies émergentes. et valorisées. Une telle approche permettrait de
renforcer la compétitivité des entreprises françaises
Toutefois, de très grands défis subsistent. La compéti- sur le long terme.
tivité du secteur est menacée par la hausse des coûts
de production. L’augmentation des prix des matières • Une évaluation globale des économies générées :
premières touche durablement les dispositifs médi- les dispositifs médicaux, en réduisant les hospita-
caux composés d’alliages de matériaux. L’Ukraine lisations et en favorisant les soins ambulatoires,
était un gros pourvoyeur d’aluminium et la Russie, contribuent à alléger le fardeau économique du
de métaux. Leur prix puis leur raréfaction continuent système de santé. Il est donc nécessaire d’adopter
d’avoir un impact sur les coûts. Dans le secteur de une vision plus globale des économies réalisées sur
2
La loi de financement de la sécurité sociale de 2018 a permis
d’expérimenter de nouvelles organisations et de nouveaux modes
3
Snitem, Panorama & analyse qualitative de la filière industrielle
de financement en santé grâce à l’introduction de son article 51, des dispositifs médicaux en France, février 2023.
[Link] 4
[Link] page 17
Conclusion
Le secteur des technologies médicales en France joue
un rôle essentiel dans la transformation du système
de santé, offrant des solutions aux enjeux démogra-
phiques, financiers et industriels. En valorisant l’in-
novation, en soutenant la réindustrialisation et en
adoptant une approche durable, ce secteur peut non
seulement répondre aux défis socio-économiques
actuels, mais également assurer l’avenir d’un système
de soins français très incertain aujourd’hui.
1
[Link] 3
[Link]
2
[Link] centre-ingenierie-et-sante/le-campus-sante-innovations/
inauguré en 2015, regroupe des institutions majeures spécialisés. Le projet a été soutenu financièrement par
telles que le CHU, la faculté de médecine, l’Institut Saint-Étienne Métropole, et mobilise plusieurs partenaires,
Régional de Médecine et d’Ingénierie du Sport, et le clusters et pôles de compétitivité.
Centre Ingénierie Santé (CIS) de Mines Saint-Étienne4.
Ce campus rassemble des professionnels de la santé,
des ingénieurs et des chercheurs à proximité des L’importance des infrastructures et
patients pour favoriser des projets novateurs et renfor- des plateformes d’innovation
cer la collaboration entre médecine, ingénierie et pré-
vention. Cette proximité permet une réelle réactivité, à Saint-Étienne dispose d’infrastructures et de plate-
l’image de la mise en œuvre au pied levé du premier formes essentielles pour le développement de l’inno-
banc de test des masques de protection certifié DGA en vation en santé. Le MedTechLab8, living lab lauréat de
réponse à l’épidémie de Covid-19 en 2020. l’appel à projets Tiers Lieu d’Expérimentation (stratégie
nationale d’accélération « Santé numérique », France
Saint-Étienne a ainsi su attirer et développer des
2030), est un espace d’expérimentation dédié aux tests
entreprises locales qui incarnent cette dynamique. Par
grandeur nature de produits et services de santé. Situé
exemple, DTF Medical5, fondée en 1951, répondait à
dans un environnement pensé pour reproduire les
l’origine aux besoins des médecins des mines pour
conditions réelles de vie des utilisateurs, le MedTechLab
traiter la silicose comme maladie professionnelle. Au
est ouvert aux entreprises, start-ups, chercheurs et pro-
fil des ans, DTF Medical a su intégrer le design dans
fessionnels de santé, qui y conçoivent, testent et déve-
la conception de ses dispositifs médicaux (DM), élar-
loppent des dispositifs médicaux adaptés aux besoins
gissant son expertise des pathologies respiratoires aux
terrain. Le living lab simule notamment l’appartement
domaines de l’allaitement maternel, de la prévention,
d’une personne fragile, équipé de capteurs permettant
des escarres et des plaies chroniques. En étroite col-
d’observer les mouvements et l’usage des produits
laboration avec les soignants, l’entreprise développe
en conditions réelles. Avec une démarche de design
ainsi des solutions qui tiennent compte des contraintes
thinking et d’intelligence collective, cet espace favorise
des professionnels de santé tout en améliorant l’expé-
l’innovation centrée sur l’utilisateur. C’est également
rience des patients également associés au développe-
dans cette philosophie que se sont créés d’autres lieux
ment des produits.
d’expérimentation en santé comme le Danaecare Lab9,
dédié aux initiatives sociales et solidaires en santé, ou
encore l’Institut Régional de Médecine et d’Ingénierie
du Sport (IRMIS10), consacré à la recherche, au déve-
loppement et à l’innovation dans les domaines de la
médecine du sport.
2nd
French region in
Medical Devices
Clermont-Ferrand +1300
Winbids, vise à faciliter le développement des disposi- Lyon manufacturing
companies representing
28 billions € of turnover
Saint-Etienne
dispositif médical, grâce au référencement de partenaires régionale, salon MEDICA 2024 / Novéka!).
Reconnue comme la première région de France en de rééducation, en collaboration étroite avec les établis-
termes de sous-traitance pour le secteur de la santé, elle sements de soins. Son premier produit est né d’une colla-
représente à elle seule 24 % des sites de production de boration avec le CHU de Saint-Étienne. En s’appuyant sur
dispositifs médicaux français. les sous-traitants locaux, Dessintey a développé et label-
lisé CE son dispositif pour sa mise sur le marché en seu-
lement deux ans et demi ! L’interaction étroite avec ses
fournisseurs permet à Dessintey de tester rapidement ses
prototypes en conditions réelles, tout en garantissant une
souplesse dans la gestion des approvisionnements. De
plus, 80 % des composants de ses produits sont sourcés
localement, favorisant une approche durable et résiliente.
Perspectives et stratégies pour collaborative et centrée sur les usages, pour relever les
défis de santé présents et futurs.
l’avenir
La filière des technologies médicales à Saint-Étienne,
ancrée dans son histoire industrielle, a su évoluer Bibliographie
pour répondre aux enjeux économiques et sociétaux SNITEM (2023), Panorama de la filière industrielle
modernes. Dans un contexte post-Covid, l’associa- des dispositifs médicaux, [Link]
tion Novéka! a fédéré les acteurs locaux de la santé publications/guides-et-documents-de-reference/
autour de valeurs fortes : proximité, partage et progrès. panorama-des-entreprises-du-dispositif-medical-en-2023/
Aujourd’hui, deux axes stratégiques guident l’écosys- Saint-Étienne Métropole, Territoire de recherche et d’innovation
tème : le développement de projets de prévention autour dans les technologies médicales : [Link]
des thématiques de la santé mentale ou encore des [Link]/etudier-entreprendre/nos-filieres-dexcellence/
cancers ; et l’accompagnement des entreprises vers new-medtechs-ici-se-renouvelle-la-medecine
une démarche concrète de développement durable. Saint-Étienne Métropole, Le design, une filière
Cette dernière vise à ancrer durablement la filière santé d’excellence du territoire, [Link]
sur le territoire, en valorisant les initiatives locales, la read/0005441131ec6eb6a4b43
mutualisation et le partage d’expérience au service d’un Saint-Étienne Métropole, L’attractivité économique du territoire,
développement économique et social résilient. [Link]
Conclusion
L’écosystème du territoire stéphanois se distingue par
sa capacité unique à transformer un héritage industriel
en moteur d’innovation en santé. Cette dynamique
repose sur une convergence remarquable entre
technologie, design, médecine et sciences humaines,
soutenue par un réseau dense de sous-traitants et une
culture de coopération. Avec le soutien institutionnel
de la métropole et des infrastructures adaptées, les
entreprises locales bénéficient d’un environnement
optimal pour tester, adapter et développer leurs
produits, en interaction avec les utilisateurs finaux.
De plus, la proximité de clusters spécialisés confère
à cet écosystème flexibilité et résilience. L’intégration
stratégique du design, tant pour les produits que les
services, place Saint-Étienne à l’avant-garde d’une
santé plus humaine, fondée sur la proximité et la
durabilité. Comparée aux autres écosystèmes français,
la ville illustre le potentiel d’une approche locale,
et Bernard CELLI
Vice-président du CEPS, en charge des produits et prestations
Le Comité économique des produits de santé (CEPS) joue un rôle central dans le secteur des dispositifs
médicaux et des prestations associées. Placé sous l’autorité des ministres chargés de la Santé, de
l’Industrie et des Comptes publics, il est le garant de la politique conventionnelle en matière de fixation et
de révision des tarifs des produits et prestations remboursés par l’assurance maladie. Il veille à l’équilibre
entre les enjeux de mise à disposition des produits de santé dans l’intérêt des patients, de maîtrise de
la dépense publique d’assurance maladie, de souveraineté sanitaire et d’attractivité industrielle de notre
pays. Avec les hausses de coûts que subissent les acteurs économiques depuis trois ans, son rôle s’en
trouve singulièrement renforcé et plus complexe.
stimulateurs cardiaques, prothèses, verres freinateurs fournir. Des sociétés françaises actives dans le domaine
de myopie…). Le secteur est très intensif en main- de l’orthopédie ont fait part au CEPS d’un risque de
d’œuvre : la part de masse salariale rapportée au chiffre réduction de gamme dans ce contexte, au détriment des
d’affaires (21,6 %) est le double de celle du secteur patients, selon la société savante du secteur.
pharmaceutique. Le secteur des dispositif médicaux
repose largement sur des innovations incrémentales La problématique spécifique des prestataires
qui illustrent l’amélioration continue des produits. Enfin, Les prestataires de services et distributeurs de matériel
la patientèle cible des dispositifs médicaux est plus (PSDM) ont pour mission la livraison et l’installation au
réduite. Dès lors, les économies d’échelle sont plus domicile du patient des dispositifs médicaux et consom-
limitées que dans le secteur du médicament : le coût mables associés. Ils achètent des dispositifs médi-
marginal d’un dispositif médical est bien plus élevé que caux aux fabricants pour les revendre ou les louer aux
celui d’un médicament. patients qu’ils accompagnent pour assurer le bon usage
Toutefois, selon les travaux de la mission Igas-IGF de du matériel. En 2020, le secteur comptait 2 170 entre-
mars 2024, le secteur affiche un taux de marge moyen prises, qui emploient plus de 32 000 personnes, dont
de 32 % (cf. Figure 2), supérieur à celui de l’industrie 83 % d’entreprises de moins de dix salariés. Le secteur
manufacturière. est également concentré : six entreprises réalisent
environ 60 % du marché, qui s’élevait à 4,7 Mds€ en
2021. Le chiffre d’affaires est composé principalement
de prestations remboursées sur la LPP (4 Mds€ parta-
gés entre PSDM et pharmaciens). Les travaux de l’Igas
et de l’IGF précités font état d’un taux de marge moyen
d’un échantillon de 10 % des PSDM de 32 % en 2022,
en baisse depuis 2013 (37 %).
Il s’agit d’une situation unique en Europe. Les PSDM
sont devenus incontournables dans l’organisation de la
mise à disposition de DM à certains patients en ville.
Sur le diabète ou la perfusion notamment, ils com-
plètent l’action des professionnels de santé. Ils assurent
en outre une présence sur l’ensemble du territoire. Pour
autant, ils ne bénéficient à ce stade d’aucun statut attri-
bué par le ministère de la Santé, même si des travaux
Figure 2 : Comparaison des taux de marge
(Source : Revue de dépenses : les dispositifs médicaux, sont en cours sur ce sujet depuis plusieurs années.
IGAS-IGF, mars 2024). En matière de tarification, les prestations font l’objet de
baisses tarifaires régulières. Les PSDM affirment toute-
Un secteur marqué par un choc de coûts récent fois que les économies d’échelle qu’ils sont susceptibles
La fabrication des dispositifs médicaux est une activité de réaliser sont limitées. Dans le plan de baisse 2025,
intensive à la fois en main-d’œuvre, en matières pre- une contribution d’environ 60 M€ en année pleine est
mières et en énergie. demandée aux prestataires actifs en matière de PPC
(pression positive continue), le traitement mis en place
Depuis 2019, ces trois postes de coûts ont connu des
afin de lutter contre l’apnée du sommeil ; cela corres-
croissances importantes du fait de l’inflation. Ainsi, l’élec-
pond à une baisse de tarif de près de 6 %.
tricité a augmenté de près de 50 % entre 2019 et 2024 ;
le salaire net moyen a augmenté de plus de 8 % entre
2022 et 2024, selon l’Insee ; et les matières premières La tarification (Inscription
ont également connu des variations importantes. Dans
le secteur des prothèses, le titane et l’acier inoxydable
et renouvellements)
sont deux matériaux très utilisés. Le titane est en hausse
de 30 % entre 2019 et 2024 (après avoir vu son cours L’évaluation de la HAS et les comparaisons
multiplié par 3 entre 2019 et 2022), et le prix de l’inox a internationales constituent les références de
doublé entre mi-2021 et mi-2023, même s’il a retrouvé
tarification du CEPS
aujourd’hui des cours inférieurs à ceux de 2019.
L’action de la Haute autorité de Santé (HAS) se situe
Parallèlement, du fait de la pression exercée par la dette entre le marquage CE et la tarification des produits et
sur les comptes publics, les tarifs n’ont connu aucune prestations par le CEPS. Chaque État membre dispose
revalorisation significative applicable à l’ensemble d’un d’une indépendance pour la prise en charge ou non des
sous-secteur, ce qui a réduit la rentabilité des acteurs dispositifs par la solidarité nationale. La Commission
présents sur le marché français. nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et des
À cette situation s’est ajoutée une hausse des coûts technologies de santé (CNEDiMTS) de la HAS évalue
réglementaires liée au règlement européen sur les dispo- les dispositifs médicaux à usage individuel, les produits
sitifs médicaux, dit « MDR », qui a renforcé les exigences de santé autres que les médicaments et les prestations
d’accès au marché. Des acteurs affirment que ce renfor- associées, en vue de leur remboursement par l’assu-
cement a pu conduire à des tensions sur les approvision- rance maladie. Sa mission d’évaluation scientifique
nements de la part des entreprises qui ne parvenaient et indépendante intervient une fois le marquage CE
pas à se conformer aux standards d’études cliniques à obtenu.
Cette commission, indépendante et multidisciplinaire, Les dispositifs médicaux sont des objets techniques en
comporte des membres votants qui sont des profes- continuelle évolution. Dès qu’un dispositif est disponible
sionnels de santé et des représentants de patients. sur le marché, l’industriel travaille sur son évolution. La
Son rôle est de donner aux autorités de santé un avis nouvelle version peut se caractériser par une plus grande
consultatif recommandant ou non la prise en charge miniaturisation, un confort accru pour les patients, un
des dispositifs médicaux, de contribuer à la détermina- goût nouveau s’agissant des DADFMS2… Ces évolu-
tion des conditions de bon usage et de la place dans la tions se traduisent souvent, logiquement, par une ASA
stratégie thérapeutique, diagnostique ou de prévention. V pour la HAS et donc, ensuite, par la demande par le
Selon la HAS1, l’avis de la commission répond notam- CEPS d’une baisse de prix par rapport à la version pré-
ment aux questions suivantes : cédente. Les industriels considèrent que non seulement
l’innovation incrémentale n’est pas valorisée mais qu’elle
• Ce dispositif médical, qu’il soit utilisé à l’hôpital ou
se traduit par une baisse de prix, ce qui est susceptible
en ville, doit-il être pris en charge par la solidarité
de nuire à l’attractivité du marché français.
nationale ?
Dans ce contexte, l’accord-cadre du 2 juillet 2024 a
• Quelle est la valeur ajoutée du dispositif médical défini les conditions dans lesquelles une ASA V pouvait
pour le patient, c’est-à-dire le progrès thérapeutique se traduire par un maintien – et non une baisse – du
au sens large qu’il apporte par rapport aux thérapeu- tarif par rapport au comparateur. Ainsi, une tarification
tiques existantes ? équivalente à celle du comparateur est proposée par le
• Quel est l’effectif de la population pour laquelle le CEPS, notamment dans les situations suivantes :
remboursement est justifié et pour laquelle le dispo- • ASA V obtenue par rapport à un comparateur ayant
sitif représente une valeur ajoutée ? obtenu une ASA I à III si le dossier d’inscription a été
• Quel est l’impact de ce dispositif sur la santé déposé dans les douze mois suivant l’avis HAS du
publique ? premier entrant ayant obtenu cette ASA I à III ;
Dans le cas d’une première demande d’inscription ou • dans le cas d’ajouts de références d’un produit de la
d’une demande de modification des conditions d’ins- même société déjà inscrit sur la LPP ;
cription, l’avis de la CNEDiMTS porte notamment sur • lorsqu’il ressort d’une analyse médico-économique
l’appréciation du service attendu (SA) et, si ce dernier validée par la Commission d’évaluation économique
est suffisant, sur l’appréciation de l’amélioration du et de santé publique (CEESP) de la HAS, qu’aux
service attendu (ASA). L’ASA fait l’objet d’un chiffre conditions de prix proposées, le produit est dominant
compris entre I et V. Plus l’ASA est faible, plus le dispo- ou présente une analyse d’impact budgétaire mon-
sitif est innovant. trant des économies pour l’assurance maladie ;
Lors de la demande de renouvellement d’inscription, • lorsque le produit présente un potentiel impact éco-
cet avis portera sur l’appréciation du service rendu nomique sur le coût de prise en charge, notamment
(SR) et, si ce dernier est suffisant, sur l’appréciation de en raison d’une plus grande longévité ou du carac-
l’amélioration du service rendu (ASR). tère rechargeable ou d’une plus faible consommation
L’avis de la CNEDiMTS est ensuite transmis au Comité de quantité du produit, par rapport au comparateur ;
économique des produits de santé (CEPS).
• lorsque la demande concerne l’inscription d’une
Le niveau d’ASA est un élément clé pour la tarification nouvelle gamme de produits de la même société,
par le CEPS. Une ASA V se traduira par une baisse constituant une évolution par rapport à la gamme
du tarif par rapport au comparateur. A contrario, des précédente.
ASA I à III pourront permettre de valoriser l’innovation,
en accordant des tarifs plus élevés que celui du com- La tarification actuelle par le CEPS du capteur de glycé-
parateur. Une ASA IV ne doit pas entrainer de surcoût. mie d’Abbott Free Style Libre 3, évolution du Free Style
Libre 2, illustre la complexité de la problématique. Ce
En plus de l’évaluation de la HAS, le CEPS examine nouveau capteur a reçu une ASA V de la HAS, ce qui a
les tarifs pratiqués ailleurs en Europe, en particulier conduit le CEPS à ne pas proposer un meilleur tarif que
dans quatre pays : Allemagne, Royaume-Uni, Italie et celui de son prédécesseur. Dans ces circonstances,
Espagne. Les industriels sont tenus de communiquer l’industriel a retiré sa demande de remboursement du
au Comité les tarifs pratiqués dans ces pays. En règle capteur seul (non associé à une boucle semi fermée).
générale, le Comité utilise ces comparaisons afin de En Allemagne, le capteur FSL 3 est remboursé depuis
bénéficier de tarifs compétitifs. plusieurs années ; il constitue l’essentiel du marché.
La complexité du sujet est liée à la nécessité, d’une
La prise en compte de l’innovation part, de ne pas (sur)payer une innovation marginale en
incrémentale termes d’apport en santé, et, d’autre part, de ne pas se
L’application d’une baisse des tarifs par rapport au retrouver, dans quelques années, de proche en proche,
comparateur en cas d’ASA V, mentionnée ci-avant, avec des gammes obsolètes.
soulève la question de la valorisation de l’innovation
incrémentale.
1
[Link]
principes_devaluation_de_la_cnedimts-[Link] 2
Denrées alimentaires destinées à des fins médicales spéciales.
La prise en compte des enjeux industriels plusieurs mois et les niveaux atteints s’éloignent des
Outre la question de l’innovation incrémentale, la valo- objectifs : 75 M€ atteints en 2023 et autant en 2024,
risation de la production en France et en Europe est un pour un objectif respectivement de 100 et 150 M€.
débat récurrent pour le CEPS et ses membres. Cette situation s’explique en particulier par la grande
Le débat, non clos, porte sur la spécialisation des outils diversité du secteur, qui nécessite des négociations
de politique publique : faut-il utiliser le tarif (censé prin- chronophages, et mobilisatrices de moyens humains,
cipalement refléter la valeur en santé) comme levier au niveau de chaque sous-secteur, et par les hausses
supplémentaire d’incitation à l’investissement, ou bien de coûts auxquelles les acteurs du dispositif médical et
laisser ce rôle incitatif à des outils spécifiques de poli- des prestations ont dû faire face, ce qui les rend nette-
tique industrielle ? ment plus adverses à toute baisse de prix.
Depuis la LFSS pour 2022, le CEPS est doté d’un outil La situation peut aussi s’interpréter comme un manque
(article 65) permettant de tenir compte, pour les produits d’engagement des acteurs sur l’objectif quantitatif, qui
en nom de marque, de la sécurité d’approvisionnement est souvent critiqué par les entreprises comme étant
du marché français que garantit l’implantation des déterminé par des considérations essentiellement bud-
sites de production. Opérationnel pour le médicament, gétaires ou en décalage avec le contexte économique
le dispositif est en cours de mise en œuvre au niveau du secteur.
du Comité dispositifs médicaux. En outre, certains secteurs du dispositif médical font
Finalement, une des questions qui se pose pour les valoir que la croissance des volumes est d’abord impu-
pouvoirs publics est de déterminer si le prix doit être table au développement ambulatoire, ce qui serait en
utilisé à des fins de politique industrielle ou si d’autres soi source d’économie à l’hôpital et par là pour l’assu-
outils (avoirs sur remises…) doivent être mobilisés à rance maladie. Or ces acteurs estiment ces économies
cette fin. Cette question se posera avec encore plus insuffisamment valorisées.
d’acuité lorsqu’il s’agira d’ajouter la prise en compte
des enjeux environnementaux. Les conditions de revalorisation des tarifs
prévues dans l’accord-cadre
Le CEPS peut accorder, lorsque la situation le justifie, des
La révision des tarifs : les objectifs revalorisations ponctuelles. L’accord-cadre signé le 2 juillet
de baisses et les conditions dernier définit les conditions dans lesquelles une entreprise
de revalorisation peut solliciter une revalorisation auprès du CEPS.
L’entreprise doit d’abord faire état d’un risque
important pouvant avoir un impact sur la production,
Des objectifs, fixés par le législateur, mais l’approvisionnement ou la commercialisation d’un de
jamais atteints au cours des dernières années ses produits répondant à un besoin thérapeutique qui ne
Chaque année, le projet de LFSS puis la LFSS fixent serait plus couvert au cas où il disparaitrait du marché.
un objectif d’économies pour le CEPS dans le secteur Elle peut alors déposer une demande de révision
des dispositifs médicaux et des prestations. Le CEPS a des conditions tarifaires auprès du CEPS en vue de
réalisé en moyenne 106 M€ d’économies par an entre permettre son maintien sur le marché. L’entreprise
2016 et 2022. Il atteint chaque année environ les trois devra argumenter sa demande de revalorisation par
quarts des objectifs de baisse de prix qui lui sont fixés ; une documentation détaillée. Le CEPS peut considérer
en 2024, ce sera plutôt 50 %. En pratique, le Comité n’importe quel poste concourant aux dépenses
effectue principalement des baisses de prix négociées, d’exploitation à la condition que l’augmentation dont
et très marginalement des décisions unilatérales. Cela il est l’objet soit précisément détaillée et documentée.
s’explique par la valorisation d’une issue convention- La hausse de tarif accordée se fonde sur le surcoût
nelle aux négociations, c’est-à-dire la recherche d’un constaté pour le ou les postes de dépense retenus.
accord entre les acteurs économiques et le Comité, ce En pratique, les demandes de revalorisation faisant
qui est l’ADN même du Comité. l’objet d’un retour favorable du CEPS sont très peu
Montant des économies en M€ nombreuses. Au cours des derniers mois, un seul
180 169
produit et deux secteurs ont fait l’objet d’une revalori-
160 149
sation. Il s’agissait d’un produit du secteur de l’incon-
140 127
tinence et de la stomie, et la revalorisation accordée
120
117 a été de l’ordre de 8 %, bien en deçà de la demande
100
95 initiale de l’industriel ; les deux secteurs correspondent
80 71 75 75 à des activités de compensation du handicap.
60 46
Conclusion
40
20
0
2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 Compte tenu des hausses de coûts auxquelles les
entreprises du dispositif médical et de la prestation
Figure 3 : Montant des économies réalisées par le CEPS, en M€
ont dû faire face, le rôle du CEPS s’est singulièrement
(Source : CEPS).
complexifié depuis la crise du Covid-19. L’accord-
Depuis quelques années, la situation s’est encore cadre, très attendu par les industriels, a posé les règles
tendue. Les négociations du plan de baisses durent conventionnelles qui permettront une meilleure prise
en compte des enjeux de souveraineté sanitaire et entre les produits et prestations, ce qui donnera au
industrielle, et autoriseront des revalorisations ciblées. régulateur une meilleure visibilité sur la répartition de
En outre, la mise en place prochaine d’une doctrine la valeur entre les acteurs. Quant à la critique d’une
d’emploi de l’article 65 de la loi de financement de approche trop verticale des problématiques (silos), le
la sécurité sociale pour 2022 dans le secteur des développement des analyses d’impact organisationnel
dispositifs médicaux permettra de mieux valoriser les et des études médico-économiques vise à y répondre.
acteurs qui produisent en France et en Europe, en Enfin, les mois qui viennent seront marqués par des
tenant compte de la sécurité d’approvisionnement travaux préliminaires afin de prendre en compte, dans
du marché français que garantit l’implantation des l’activité du CEPS, les questions environnementales.
sites de production. De même, des travaux sont en Un moyen de restaurer une meilleure équité entre les
cours afin d’encadrer les marges de distribution, industriels qui fabriquent en France et en Europe et
et mettre en place une dissociation systématique, leurs concurrents hors Europe ?
Le Comité économique des produits de santé (CEPS) fixe les prix des produits de santé remboursables par
l’assurance maladie et les régule dans le temps. Si son rôle est bien connu pour les médicaments, il l’est moins
pour les dispositifs médicaux, un secteur en pleine évolution et de plus en plus régulé.
Le CEPS est placé sous l’autorité conjointe du ministre chargé de la Santé, du ministre chargé de l’Industrie et du
ministre chargé des Comptes publics. Il a été créé en 2005 par la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS).
Il est chargé de négocier avec les fabricants de dispositifs médicaux et les prestataires (PSDM) les conditions
de prise en charge par la sécurité sociale des dispositifs médicaux à usage individuel et des prestations asso-
ciées. Il est ainsi le garant de la politique conventionnelle en matière de produits de santé. Il veille à maintenir
un équilibre entre la disponibilité des produits et des prestations pour les patients et la maîtrise des dépenses
publiques de santé, tout en favorisant le développement industriel en France et en Europe, des missions
parfois difficiles à concilier. Son action vise à garantir un accès équitable aux soins, tout en veillant à la soute-
nabilité financière du système de santé.
Les membres du CEPS sont les suivants, avec entre parenthèses leur nombre de voix délibératives : la Caisse
nationale d’assurance maladie (Cnam) (3 voix), la direction générale de la Santé (DGS) (1 voix), la direction de
la Sécurité sociale (DSS) (1 voix), L’Union nationale des organismes complémentaires d’assurance maladie
(Unocam) (1 voix), la direction générale des Entreprises (DGE) (1 voix), la DGCCRF (1 voix), le vice-président
(1 voix), le président (1 voix). En cas d’égalité des votes, la voix du président est prépondérante. Par ailleurs,
la direction générale de l’Offre de soins (DGOS) et la direction générale de la Recherche et de l’Innovation
(DGRI) possèdent chacune une voix consultative.
Le CEPS poursuit deux missions principales : la fixation du tarif de nouveaux produits ou de nou-
velles prestations, d’une part, et la régulation de ces tarifs dans le temps, d’autre part, qui passe le plus
souvent par des plans de baisses dont l’objectif est fixé annuellement dans la loi de financement de
la sécurité sociale (LFSS). Les produits et prestations peuvent être inscrits sur la liste des produits et pres-
tations (LPP) remboursés par l’assurance maladie soit en nom de marque soit sur des lignes génériques,
c’est-à-dire avec une description globale du dispositif ou de la prestation, sans nom de marque ou de société
associé, avec un unique tarif de remboursement.
Un accord-cadre a été signé entre le CEPS et les représentants de l’industrie des dispositifs médicaux le
2 juillet 2024. La signature de l’accord-cadre permet de réaffirmer l’importance d’une politique conventionnelle
efficace pour le secteur des dispositifs médicaux. Il tient compte des enjeux de réindustrialisation de la France
et de souveraineté sanitaire. Pour les industriels, il permet en outre l’utilisation d’avoirs sur remises (dits
« crédits CSIS »), qui viennent en déduction de remises, et peuvent aller jusqu’à 15 % des investissements
réalisés en France.
Le rôle de la certification :
les principaux enjeux de GMED,
organisme notifié français
Par Thomas GRENON et Lionel DREUX
Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE)
Les organismes de certification et plus particulièrement les organismes notifiés sont des acteurs majeurs
tierces parties pour la mise sur le marché des dispositifs médicaux et dispositifs médicaux de diagnostic
in vitro, dans des cadres règlementaires européens structurants et exigeants en pleine évolution. À ce
titre, ils interviennent également dans de nombreux autres cadres règlementaires applicables au-delà
de l’Europe, et doivent développer et maintenir un haut niveau de compétence en lien avec un état de
l’art réglementaire et normatif en permanente évolution, applicable à des dispositifs dont la performance
et la sécurité sont essentielles pour garantir la confiance des patients et utilisateurs. L’Europe connait
depuis 2017 un changement règlementaire majeur avec le remplacement des directives jusque-là
applicables aux dispositifs médicaux et dispositifs médicaux de diagnostic in vitro, par des règlements
portant des exigences, pour certaines, renforcées, et, pour d’autres, nouvelles. Ce changement a
engendré des tensions importantes pour tous les acteurs, et introduit une forme de concurrence pour
l’accès aux marchés en Europe et aux États-Unis.
Le contexte industriel
Les dispositifs médicaux (DM) et dispositifs médicaux
de diagnostic in vitro (DMDIV) sont de plus en plus
présents dans les systèmes de santé nationaux. C’est
un secteur d’activité toujours en fort développement, Figure 2 :Parts de marché en valeur par pays en Europe
innovant et porté par un tissu d’entreprises très large (Source : Medtech Europe).
de la start-up aux multinationales. Les États-Unis
sont le premier marché au monde (46 % du marché
en valeur), suivi de l’Europe, la Chine et le Japon Une règlementation européenne
(voir la Figure 1). Le marché européen est estimé à
160 Mds€. 35 000 entreprises en Europe, dont 92 % s’appuyant sur des organismes
de PME, alimentent ce marché mondial aux côtés de notifiés
géants de la medtech principalement américains.
Compte tenu de la grande diversité des dispositifs et
du nombre important d’entreprises les concevant, les
produisant et les mettant sur le marché, l’Europe a his-
toriquement confié le soin de certifier les DM et DMDIV
avant leur mise sur le marché à des organismes noti-
fiés – entreprises principalement privées signant des
contrats commerciaux avec les entreprises certifiées.
Ce choix, très différent des dispositions applicables au
secteur pharmaceutique, où des autorisations de mise
sur le marché (AMM) sont délivrées par des autorités
compétentes, a toujours fait l’objet de débat. Le parle-
ment européen a confirmé ce choix à travers les règle-
ments 2017/745 et 2017/746, respectivement appli-
cables aux DM et DMDIV.
Les règlements renforcent considérablement les exi-
Figure 1 : Parts de marché en valeur des DM et DMDIV gences applicables aux ON et les modalités de désigna-
par régions (Source : Medtech Europe). tion et de surveillance de leurs activités. Ils introduisent
également des exigences plus strictes en matière d’éva-
En Europe, le marché français est le second marché luation clinique (ou de performance pour les DMDIV), de
derrière le marché allemand (voir la Figure 2 ci-contre). surveillance après la mise sur le marché, et de transpa-
En 2023, plus de 1 500 entreprises françaises5 mettent rence des informations destinées aux utilisateurs. L’enjeu
sur le marché des DM et DMDIV, dont plus de 90 % pour les ON a donc été de s’adapter à ces nouvelles
sont des PME, pour respectivement des chiffres d’af- exigences en modifiant, entre autres, leur système de
faires de 32,5 Mds€ et 2 Mds€ et 100 000 emplois management de la qualité et leurs modalités de qualifi-
directs. cation des ressources intervenant dans le processus de
Les organismes notifiés servent donc une grande certification, en développant de nouvelles compétences et
variété d’entreprises, et doivent adapter leurs services en intégrant de nouvelles ressources pour soutenir l’en-
aussi bien à la taille de celles-ci qu’à leur localisation semble des activités à la charge des ON, et ceci tout en
géographique et culture propre. poursuivant leurs activités de certification sur l’ensemble
des référentiels applicables au profit de leurs clients.
Les délais de désignation au titre des règlements se
sont considérablement allongés en comparaison de ce
qu’ils étaient sous directive. En 2018, nous comptions
en Europe 52 ON pour les deux directives applicables
aux DM et 18 ON pour la directive applicable aux DIV.
Il a fallu six ans pour retrouver ce nombre d’ON pour
5
Source : SNITEM et SIDIV. le règlement DM, et à date on ne compte que 13 ON
pour le règlement DIV, avec des champs de désignation actions adaptées et la réévaluation de celle-ci à une
(types et classes de DM et DMDIV pour lesquels l’ON périodicité au maximum de cinq ans. Ils agissent aux
est désigné) qui se sont restreints pour de nombreux côtés des autorités compétentes nationales, qui ont,
acteurs. entre autres, un rôle de police sanitaire (voir Figure 4,
p. 36).
ON règlements La règlementation s’appuie sur deux piliers.
50
45 • La documentation technique, qui rassemble l’en-
40
35
semble des informations que le fabricant doit établir
30 et tenir à jour pour démontrer que son dispositif
25 médical est conforme aux exigences réglemen-
20
15 taires européennes (les exigences générales de
10 sécurité et de performance décrites en annexe I du
5
0
règlement). Son contenu est notamment détaillé en
2019 2020 2021 2022 2023 2024 annexe II des règlements ; on y trouve en général :
ON MDR ON IVDR
• description générale du dispositif médical ;
• informations sur la conception et la fabrication ;
Figure 3 : Nombre d’ON règlements DM (ON MDR) et DIV
(ON IVDR) désignés par années • analyse des risques et gestion des risques ;
(Source : NANDO web site).
• évaluation clinique ;
Une période de transition jusqu’en mai 2024 des • informations relatives aux essais et aux performances ;
directives vers les règlements avait été inscrite dans
ceux-ci, pour permettre à l’ensemble des industriels • étiquetage et instructions d’utilisation ;
de soumettre aux ON l’ensemble de leurs dispositifs • surveillance après commercialisation ;
certifiés sous directives (legacy devices) à une certi-
fication règlement (sans possibilité de s’appuyer sur • vigilance.
cette certification antérieure). Cette charge, combinée
à un nombre d’ON désignés très progressif et insuf- Le système de management de la qualité (SMQ), qui
fisant dans les premières années de la période, un est un ensemble de processus, de procédures et de
état de préparation de nombreux industriels largement politiques que le fabricant met en place pour garantir
insuffisant (notamment en lien avec le tissu industriel que ses dispositifs sont conçus, fabriqués, et contrôlés
composé d’une majorité de PME), des années Covid de manière à répondre aux exigences générales de
et de nouvelles tâches dans le processus de certifi- sécurité et de performance des règlements. Il permet
cation, a généré une très forte tension et un engorge- d’assurer :
ment des capacités mettant le système de santé en • la traçabilité des dispositifs à chaque étape de leur
risque de rupture de certains dispositifs à la fin de la cycle de vie ;
période de transition. La Commission européenne a
décidé de rallonger la période de transition, qui est • la réduction des risques pour les patients et les
maintenant portée à fin 2028 pour les DM et fin 2029 utilisateurs ;
pour les DMDIV. L’enjeu est dès lors de maintenir le • la conformité réglementaire continue, avec des
rythme de re-certification des legacy devices pour ne preuves documentées ;
pas se retrouver face à un nouveau risque de rupture
pour des DM à la fin de la nouvelle période de tran- • l’amélioration continue de la qualité et des perfor-
sition, les industriels étant tentés de repousser leurs mances du produit.
soumissions dans ce nouveau calendrier. Certains ON Le SMQ fournit la structure organisationnelle et les
qui ont très fortement investis dans le développement processus permettant de créer et de maintenir la docu-
de leur capacité peuvent aussi se retrouver aujourd’hui mentation technique, tandis que cette dernière sert de
en situation de surcapacité, dans un environnement preuve documentée que le dispositif est conforme.
industriel et économique également sous tension.
L’organisme notifié examine en détail la documenta-
tion technique relative à chaque dispositif médical pour
Le rôle des organismes notifiés s’assurer qu’elle est complète, à jour et conforme aux
exigences du règlement, et ce tout au long du cycle
dans le cadre règlementaire de vie du dispositif. Il conduit (au moins une fois par
européen an) sur les sites du fabricant des audits du système de
management de la qualité. Il s’assure que le fabricant
Les organismes notifiés tiennent une place particulière respecte ses obligations en matière de surveillance
dans le paysage règlementaire européen. En tant que post-commercialisation et de gestion des incidents.
tierce partie indépendante, ils permettent la mise sur
le marché d’une bonne partie des DM et DMDIV à la
suite d’une évaluation initiale de leur conformité aux
exigences règlementaires, et ont la charge de sur-
veiller le maintien de cette conformité à travers des
• La première, conjoncturelle, liée à l’obligation pour notamment pour favoriser l’innovation, mais un chan-
les fabricants de recertifier l’ensemble de leurs dis- gement radical de modèle appelé par certains de leurs
positifs, provoquant une surcharge des organismes vœux ne serait pas bénéfique aux acteurs qui, pour
notifiés, eux-mêmes contraints d’obtenir une nou- une partie, ont tous leurs legacy devices certifiés, et
velle désignation au titre de ces règlements, et donc sont maintenant concentrés sur des développements
un allongement des délais de certification donc nouveaux.
de mise sur le marché. Nous pouvons aujourd’hui
considérer qu’avec l’allongement de la période
de grâce permettant de poursuivre la mise sur le
marché avec des certificats directives, conjointe-
ment avec l’augmentation des capacités des orga-
nismes notifiés, cette limitation disparait.
• La seconde, structurelle, liée à des restrictions dans
l’usage de l’équivalence entre dispositifs médicaux,
qui permettait à un fabricant de s’appuyer sur des
données cliniques d’un dispositif équivalent pour
soutenir sa démonstration de performance clinique,
toujours en vigueur aux États-Unis, dans le cadre
de la procédure 510 (k)6.
Dans ce contexte, des fabricants américains se sont
recentrés sur leur marché et des fabricants euro-
péens font le choix pour certains de leurs dispositifs
de viser en priorité le marché américain au détriment
du marché européen. Il s’instaure ainsi une sorte de
compétition pour l’accès aux dispositifs les plus inno-
vants, conséquence des choix règlementaires qui sont
pourtant dictés par des exigences de sécurité pour les
patients et les utilisateurs.
Conclusion
Le contexte règlementaire européen a été bouleversé
par la mise en place des règlements en 2017, qui ont
confirmé et renforcé le rôle central des organismes
notifiés dans l’accès au marché pour les fabricants.
Sept ans après et après plusieurs adaptations notam-
ment du calendrier, l’ensemble des parties prenantes
sont maintenant plus en capacité de relever les défis
posés par cette règlementation, qui, rappelons-le, vise
à assurer un haut niveau de sécurité pour les patients
et utilisateurs, et ainsi apporter la confiance néces-
saire à ce secteur. Les règlements sont perfectibles,
6
[Link]
procedure-510-k-pour-les-usa-comment-eviter-le-piege/13
La mise en œuvre
du règlement européen
Par Cécile VAUGELADE
Directrice des Affaires réglementaires du Snitem
La réglementation européenne qui encadre la mise sur le marché de la très grande diversité des dispositifs
médicaux (DM) est en régulière évolution depuis sa mise en œuvre en 1998. Ces produits de santé doivent
faire l’objet, en amont de leur commercialisation, d’une évaluation au regard d’exigences de sécurité et de
performances dont notamment la démonstration d’un rapport bénéfice / risque favorable.
Cette évaluation est vérifiée par un organisme notifié (ON), au cours d’un processus de certification de
marquage CE spécifique dont les modalités sont d’autant plus contraignantes que la classe de risque du DM
est élevée. Une refonte totale de cette règlementation a été réalisée en mai 2021, au travers de la mise en
application du nouveau règlement 2017/745. Cette évolution réglementaire majeure augmente l’ensemble
des prérequis réglementaires nécessaires à l’obtention du marquage CE médical. Cela représente un défi
majeur pour les entreprises du secteur et, plus largement, pour l’ensemble de l’écosystème.
Sans en changer les principes fondamentaux, ce règle- Autorité compétente, en France, l’ANSM
ment renforce considérablement les prérequis néces- Cette évaluation impose un contrôle du marché par les
saires à l’obtention du marquage CE médical ainsi que autorités sanitaires compétentes, à savoir en France
les outils de traçabilité et de transparence. Il augmente les par l’ANSM. Ce contrôle est réalisé une fois le DM mis
exigences en ce qui concerne le niveau de démonstration sur le marché et cela en sus des audits et évaluations
du rapport bénéfice / risque, en particulier sur les attendus menés par les ON. Ainsi en France, l’ANSM a un rôle
en matière d’évaluation clinique pré- et post-mise sur le de surveillance du marché et l’exerce par ses activités
marché, soit tout au long de la vie du dispositif médical. de vigilance, des inspections sur site, des contrôles de
Son application est un enjeu d’adaptation majeur aussi produits ou des contrôles réglementaires. Les AC ont,
bien pour les entreprises que pour le système de santé de plus, des pouvoirs dits de police sanitaire, permet-
français et européen. tant de retirer des produits déjà sur le marché, d’inter-
dire, de restreindre ou de suspendre leur mise sur le
marché en cas de problématique sanitaire ou de santé
Les principes du marquage CE médical publique.
Le marquage CE médical, tout en étant une réglemen- De fait, tout produit entrant dans le champ de la régle-
tation de type « nouveau cadre législatif » appliquée à mentation doit s’y conformer pour obtenir les certificats
des produits très différents, est spécifique et adapté aux de marquage CE nécessaires à leur commercialisation
produits de santé que sont les DM. Aussi, à la fois les et qui leur permettent une libre circulation sur le terri-
exigences en matière de sécurité et de performances toire de l’Union européenne.
(dont cliniques) et les procédures de démonstration
de la conformité sont uniques et adaptées, notamment
aux principes de la démonstration d’un rapport béné- Les apports du règlement (UE)
fice / risque favorable. Celui-ci est considéré, tout au 2017/745
long de la vie du produit, pour une population et une
situation clinique données, sur la base notamment d’une L’objectif du règlement DM, qui se substitue donc aux
évaluation clinique. directives préexistantes, est « d’établir un cadre régle-
mentaire rigoureux, transparent, prévisible et durable
Autrement dit, les règles à respecter en vue d’obtenir un
pour les DM qui garantisse un niveau élevé de sécurité
marquage CE médical pour les DM diffèrent profondé-
et de protection de la santé tout en favorisant l’inno-
ment de celles applicables au marquage CE d’autres
vation ». L’ensemble du champ des directives a donc
produits de consommation courante comme les réfrigé-
été revu, précisé et renforcé : de la qualification des
rateurs, les jouets ou les ascenseurs.
produits à leur surveillance sur le marché, mais aussi
Le marquage CE médical repose sur un système d’éva- les définitions et rôles des différents opérateurs écono-
luation décentralisé qui s’articule autour des trois acteurs miques et les outils pour une plus grande transparence
et grands principes suivants. et traçabilité.
Le règlement 2017/745 clarifie, d’une part, et fait
Fabricant évoluer, d’autre part, le champ d’application avec, par
Cette évaluation se fait sous la responsabilité du fabri- exemple, l’entrée des produits incorporant des tissus ou
cant et sur la base de la réponse à des exigences de cellules humaines non viables ou des produits n’ayant
sécurité et de performances qui concernent à la fois la pas de destination médicale mais dont les caractéris-
conception des dispositifs et leur fabrication au fil du tiques et les risques sont analogues à des DM. Il a de
temps. Si la réponse aux exigences applicables est plus revu l’ensemble des règles de classification et en a
la même pour l’ensemble des dispositifs médicaux, spécifié de nouvelles. Ces évolutions conduisent à des
la démonstration de la conformité à celles-ci est graduée reclassifications dans une classe plus élevée pour un
en fonction de la classe de risque des DM concernés. certain nombre de produits. On peut citer par exemple
les implants du rachis passant d’une classe IIb à une
Organisme notifié classe III ou certains logiciels passant d’une classe I à
Cette évaluation nécessite une certification par un tiers une classe IIb.
habilité : l’organisme notifié (ON). L’ON est désigné (ou Concernant les exigences de sécurité et de performances
« notifié ») par son autorité compétente (AC) nationale (relatives au rapport bénéfice / risque du dispositif, au
(en France, l’Agence nationale de sécurité du médica- système de management de la qualité de l’entreprise, à
ment et des produits de santé [ANSM]), après une éva- la conception, la fabrication, les informations fournies…),
luation conjointe de cette autorité, de deux autres auto- la liste s’est allongée, notamment pour prendre en compte
rités compétentes européennes et de la Commission l’évolution technologique, et les exigences préexistantes
européenne (CE). Les ON sont notamment soumis à ont été précisées ou renforcées.
des règles de compétence, d’impartialité et d’indépen- De même, les procédures de démonstration de la
dance. Ils exercent leur évaluation à travers des audits conformité à ces exigences ont été revues. Elles
sur site des entreprises et de leurs sous-traitants cri- conservent les mêmes principes que celles des direc-
tiques et des examens de la documentation technique tives tout en étant décrites de façon plus explicite, en
des produits. rajoutant des étapes d’évaluation et en consacrant
Le choix de l’ON par le fabricant est libre sur le territoire des procédures spécifiques pour certaines catégories
européen. de DM. On peut notamment noter que les DM implan-
tables de classe IIb doivent maintenant se conformer
aux mêmes procédures que ceux de classe III et qu’une classe IIa, nouvelles opérations liées à la surveillance
procédure d’évaluation clinique renforcée supplémen- après commercialisation des DM, élargissement des
taire est mise en place pour les dispositifs implantables produits et activités couverts par la certification au regard
de classe III et certains dispositifs de classe IIb. du règlement), impactant directement le temps néces-
Le règlement 2017/745 prévoit également le renforce- saire à l’ensemble du processus de certification.
ment des exigences et compétences des ON, en matière
de ressources humaines et de processus. L’ensemble La mise en œuvre du règlement
des ON préexistants ont dû obtenir une désignation en
tant qu’ON pour le règlement 2017/745 afin de pour- Le contexte pandémique du début des années 2020,
suivre leur activité, et cela dans un processus de dési- la courbe d’apprentissage des différents acteurs au
gnation initial et non au regard d’une analyse d’écart par regard de l’application des nouvelles règles, le rythme
rapport aux modalités de désignation de la directive. beaucoup plus lent que prévu de la notification des
Le règlement 2017/745 redéfinit de façon plus précise et ON (et par conséquent de la certification des “legacy
explicite les formats et modalités d’exercice de la vigi- products”) et de la mise en place des infrastructures
lance et de la surveillance après commercialisation. En critiques n’ont pas permis de déployer le règlement
particulier, on peut noter la mise en place de rapports dans le calendrier initialement prévu.
périodiques actualisés de sécurité (dont l’acronyme Depuis le 26 mai 2021, les nouveaux DM et ceux de
anglais est plus connu PSUR) dont la fréquence de mise classe I doivent désormais répondre aux exigences de
à jour et les modalités de revue par l’ON dépendent de ce règlement, et donc disposer d’un certificat et / ou
la classe de risque du DM. d’une déclaration de conformité tels qu’exigés par
Enfin, une des évolutions majeures du règlement le règlement pour être mis sur le marché.
concerne la transparence de l’information. Dans Pour les “legacy products”, une période de transition
ce cadre, deux outils d’importance sont mis en place : était prévue jusqu’au 26 mai 2024, mais en raison du
l’identifiant unique du dispositif et la base de données risque de pénuries massives et de fuite de l’innova-
européenne EUDAMED. Cette base, qui pour de tion au regard notamment des problématiques capaci-
nombreux éléments sera d’accès public, permettra taires des organismes notifiés et du retard pris dans la
d’apporter de la transparence sur les produits mis sur mise en place de certaines infrastructures critiques, la
le marché. Commission européenne a proposé, après l’appel de
nombreuses parties prenantes, d’adapter cette période
de transition.
Les enjeux
Le règlement modificatif 2023/607 a été publié et est
Un des points majeurs est que ce règlement impacte entré en vigueur le 20 mars 2023. Il permet l’extension
tous les dispositifs médicaux, qu’ils soient déjà sur de validité des certificats non échus au 20 mars 2023
le marché, en cours de développement ou nouveaux (voire leur restauration si valide au 26 mai 2021 et rem-
entrants dans le champ de la réglementation qui s’élar- plissant certains prérequis) et la mise sur le marché,
git. Des centaines de milliers de références sont donc sous conditions, des DM correspondants jusqu’à
concernées. Pour les produits déjà sur le marché, donc fin 2027 pour les plus hautes classes de risque et à
déjà certifiés sous les directives précédentes (quali- fin 2028 pour les autres. De plus, la fin de la période de
fiés de “legacy product”), la procédure de certification mise à disposition des “legacy devices” dans les circuits
au titre du règlement est celle d’un nouveau produit et de distribution, initialement prévue à mai 2025, a été
non l’équivalent d’un renouvellement ou une évaluation abrogée.
spécifique des évolutions réglementaires. Un nouvel amendement a été publié en juin 2024 pour
Le défi de mise en œuvre de ce texte est par conséquent permettre de déployer la base de données EUDAMED
colossal pour tous les acteurs, notamment les PME, qui module par module, projetant son utilisation obligatoire
représentent 93 % du secteur. Ce défi concerne aussi à fin 2025 et une obligation pour les fabricants de noti-
bien les entreprises que les autres acteurs réglemen- fier à leur autorité compétente et à la chaîne de distribu-
taires à savoir les organismes notifiés, les autorités tion les interruptions ou cessations dans l’approvision-
compétentes et la Commission. nement, si cela peut entraîner (un risque) de préjudice
S’agissant des entreprises, elles ont eu à revoir et grave pour les patients ou la santé publique.
mettre à jour l’intégralité de leurs documentations tech- L’enquête mandatée par la Commission européenne
niques et de leur système qualité pour leurs produits sur le monitoring de la disponibilité des DM et les retours
déjà sur le marché, tout en continuant à développer terrains permettent de considérer que la quasi-totalité
de nouveaux produits. Les organismes notifiés ont vu des demandes formelles pour les “legacy devices” des-
quant à eux le cahier des charges à remplir pour obtenir tinés à transiter au MDR ont pu être déposées avant
leur désignation se renforcer largement, notamment en le 26 mai 2024, et les contrats correspondants signés
ce qui concerne la compétence et la qualification de avant le 26 septembre 2024, conditions essentielles à
leur personnel, et le processus de leur désignation a lui la nouvelle période de transition.
aussi été étoffé.
Il convient, de plus, de rappeler que la charge d’éva- Le futur du cadre réglementaire
luation des ON dans le cadre du règlement a large-
ment augmenté (augmentation des exigences à vérifier, L’adaptation de la période de transition, si elle a permis
échantillonnage de la documentation technique dès la d’éviter une situation de pénurie globale à mai 2024, ne
6
Résolution du Parlement européen du 23 octobre 2024 sur
l’urgence de réviser le règlement relatif aux dispositifs médicaux
(2024/2849(RSP), [Link]
popups/[Link]?lang=fr&reference=2024/2849(RSP)
et Alexandre BENOÎT
Pilote des Grands défis en robotique chirurgicale et dispositifs médicaux implantables
à la direction générale des Entreprises
La filière MedTech a joué un rôle majeur dans l’approvisionnement du système de santé français en dispositifs
médicaux et dispositifs médicaux de diagnostic in vitro lors de la pandémie de Covid-19. Elle est aujourd’hui
confrontée à des évolutions structurelles majeures, parmi lesquelles des cycles de vie des produits de plus
en plus courts, une réglementation de plus en plus contraignante, une maitrise des chaînes de valeur de plus
en plus challengée. Afin de sécuriser l’approvisionnement du marché français en dispositifs médicaux et en
dispositifs médicaux de diagnostic in vitro, et de maintenir la compétitivité des entreprises françaises dans ce
contexte, les pouvoirs publics se sont fortement mobilisés aux côtés des acteurs économiques de la filière. Cet
engagement s’est traduit par un soutien à l’innovation pour développer les dispositifs médicaux de demain, un
soutien réglementaire pour faciliter la mise et le maintien sur le marché des produits, et à l’industrialisation pour
(re)construire une filière souveraine.
Un ensemble de mesures dédiées pour lever prioritaires, facilitant ainsi l’accès des entreprises à des
les freins réglementaires de mise réseaux d’experts de la recherche clinique.
sur le marché des innovations
Au niveau européen, le marché de la MedTech5 est Industrialisation et réindustrialisation,
largement porté par l’export, présentant une balance
commerciale positive de près de 11 Mds€. En tête, l’Ir- une filière industrielle souveraine
lande enregistre un excédent commercial de près de à (re)construire
13 Mds€, devant l’Allemagne avec un excédent de près
de 11,6 Mds€. Avec un chiffre d’affaires de 32,5 Mds€ en 2023, le
La France, elle, se situe en queue de classement marché français est le second marché européen6, der-
avec un solde négatif de plus de 4 Mds€. Cette situa- rière l’Allemagne, et devançant de peu son voisin italien.
tion trouve son origine dans plusieurs explications, La filière française génère près de 84 000 emplois
parmi lesquelles un nouveau cadre réglementaire plus directs, sur l’ensemble du territoire national. Elle
contraignant dans un contexte de forte concurrence compte 408 sites de production et plus de 600 entre-
internationale. prises sous-traitantes. Pourtant, comme nous l’avons
déjà évoqué, la France capitalise peu sur son marché
L’élévation du niveau d’exigence, l’allongement des intérieur et reste très largement importatrice alors que la
délais, et la hausse des coûts de marquage CE des filière a grandement participé à la résilience du système
DM ont pu avoir pour effet de détourner des fabricants de santé français pendant la crise sanitaire.
français du marché européen, lui privilégiant le marché
américain, réputé moins contraignant sur le plan régle- La pandémie de Covid-19 a mis en lumière la vulnéra-
mentaire, dans un contexte de forte tension sur le bilité des chaînes de production et la dépendance de
marché des compétences en affaires réglementaires. la filière vis-à-vis de fournisseurs non européens. Des
Les exigences des nouveaux règlements sont plus dispositifs mis en place durant la crise sanitaire et dans
fortes que celles des précédentes directives en matière le plan France Relance ont déjà permis de réduire cer-
de système de management par la qualité, mais éga- taines vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement
lement dans la description du process de fabrication et de la filière santé, mais ceux-ci ont principalement porté
des éléments composant le dispositif médical. Or les sur la lutte contre la Covid-19.
start-ups et PME, qui représentent près de 95 % de La production d’un DM peut reposer sur un grand nombre
la filière, sont insuffisamment aguerries à ces problé- d’étapes de fabrication, et intégrer plusieurs intrants cri-
matiques, ce qui peut conduire à retarder la mise sur tiques pouvant être issus de secteurs industriels très
le marché de leurs innovations, et in fine les fragiliser. divers (métallurgie, plasturgie, électronique, textile, etc.).
Pour leur permettre de faire face à ces difficultés, diffé- Par ailleurs, le primat d’approvisionnement est souvent
rentes mesures ont été mises en place dans le cadre donné à des industries de plus gros volumes (automo-
du Plan DM pour fluidifier l’accès au marché français bile, biens de grande consommation, …), au détriment
des dispositifs médicaux et des dispositifs médicaux de de l’industrie du DM, qui par ailleurs recourt très faible-
diagnostic in vitro (DMDIV) : ment au double sourcing.
• un guichet d’accès à une expertise réglementaire De fait, une dépendance à des productions ou sous-trai-
ciblant les requis les plus challengés par les tances industrielles non substituables hors UE fragilise
nouveaux règlements (mise en place d’un système davantage la maîtrise des process de production, et
de management par la qualité, constitution du dossier peut in fine conduire à des problématiques de disponibi-
de marquage, protocole d’investigation clinique) lité des produits pour les patients français. Les start-ups
a été créé. Avec un niveau de consommation de industrielles et les PME, principaux acteurs industriels
crédits engagés sur ce guichet à hauteur de 40 %, de la filière, sont davantage confrontées à cette problé-
il a déjà permis l’accompagnement de plus de matique que les grandes entreprises. Si France 2030
200 entreprises. Dans un contexte de capacités de prévoit de permettre aux entreprises françaises du
marquage CE limitées en France, avec seulement secteur d’industrialiser leurs innovations sur le territoire
deux organismes notifiés (ON) français, il est français, il prévoit également d’assurer un continuum
primordial d’améliorer la qualité des dossiers déposés de la dynamique lancée par le plan France Relance, en
afin de préserver les capacités des ON ; intégrant pleinement un enjeu de souveraineté indus-
trielle, et faisant de l’industrialisation du territoire dans
• la création de douze masters et d’un DU en affaires
le secteur de la santé une priorité.
réglementaires spécifiques au secteur du DM, per-
mettant l’augmentation nette de 350 experts par an. Depuis fin 2022, le Plan DM a déjà soutenu près d’une
trentaine7 de projets capacitaires dans le secteur du
Dans une logique de continuum d’accompagnement DM et du DMDIV : de création de premières capaci-
des acteurs de la filière dans leurs démarches d’accès tés industrielles, de développement de capacités exis-
au marché, plusieurs actions ciblées ont par ailleurs tantes, mais également de relocalisation de capacités
été déployées pour notamment faciliter la réalisation pour la fabrication de DM et DMDIV innovants, utilisant
d’études cliniques (pré et post marquage CE), parmi des techniques de production innovantes, ou dont la
lesquelles la création de réseaux d’investigation dédiés
dans des domaines thérapeutiques ou applicatifs 6
Panorama du Snitem (Syndicat national de l’industrie des
technologies médicales) (2023).
7
Suivi France 2030, Développer et produire les dispositifs
5
MedTech Europe, Facts and figures, 2024. médicaux innovants de demain, DGE, novembre 2024.
production sur le territoire national apparait stratégique chirurgie pour la coelioscopie et pour la chirurgie
pour la souveraineté sanitaire (dispositifs considérés mini-invasive, ou encore de dispositifs in vitro pour la
jusqu’alors comme fortement dépendants de produc- réalisation de biopsies liquides ;
tions étrangères). • la création de lignes pilotes pour la fabrication des
À titre d’exemple, France 2030 a permis : préséries, comme par exemple d’un guide mécatro-
• de relocaliser la production et, de fait, sécuriser nique actif intégrable dans une chaîne complète de
l’approvisionnement de réactifs de diagnostic critiques robotisation et d’imagerie médicale pour la chirurgie
utilisés pour assurer la sécurité transfusionnelle et la endovasculaire ;
compatibilité des donneurs et receveurs français, • la fabrication d’intrants tels que des ressorts de
jusque-là dépendants d’un approvisionnement outre- pompes et valves pour applications aérosols, d’élé-
Atlantique, mais également de DM de soins courants ments de microtechniques, et de biomatériaux ;
utilisés en milieu hospitalier, tels que des clips • et le développement de capacités industrielles
hémostatiques, des colles chirurgicales, ou encore pour des sous-traitants de la filière (usinage,
des poches pour les chimiothérapies et les proches équipementiers…).
de produits sanguins ;
L’action publique a ainsi vu se concrétiser ses premiers
• de soutenir la création des premières capacités efforts en faveur de la sécurisation des approvision-
industrielles pour la fabrication d’un DM implan- nements en dispositifs médicaux de cardiologie, d’or-
table, qui apparait comme une alternative sérieuse thopédie, d’ophtalmologie, de diagnostic in vitro, et de
à des DM dont la production repose sur un intrant soins courants, facilitant dès lors l’accès des patients
essentiel mais en situation de monopole au niveau français à des technologies de rupture mais également
mondial, et dont la production est réalisée aux à des technologies plus matures mais indispensables à
États-Unis. L’industriel américain avait été à l’ori- leur prise en charge.
gine d’une rupture d’approvisionnement massive
du marché européen en 2023, se traduisant in fine Des travaux plus structurels en faveur de la sécurisa-
par des reprogrammations de soins pour de nom- tion des approvisionnements en dispositifs médicaux
breuses patientes françaises ; vont être prochainement conduits. Une feuille de route
pour « Anticiper et prévenir les pénuries et améliorer la
• le développement de productions à plus grande disponibilité des dispositifs médicaux en France » a été
échelle de DM innovants tels que des implants car- annoncée. Elle doit permettre la poursuite des efforts
diaques et orthopédiques, des dispositifs d’adminis- de l’État sur les segments les plus vulnérables de la
tration de médicaments (seringue ou administration filière DM et DMDIV, et donner aux pouvoirs publics les
par voie parentérale), d’équipements d’imagerie, cibles prioritaires d’une politique de sécurisation des
de DM mécatroniques intelligents, d’instruments de approvisionnements.
La santé représente près de 8 % des émissions de gaz à effet de serre en France. L’achat et l’utilisation
des dispositifs médicaux (équipements et consommables) constituent le deuxième contributeur de ces
émissions avec 22 %. Afin de développer une approche scientifique ambitieuse de réduction de l’impact
environnemental, les nouvelles normes internationales invitent à réaliser une analyse sur l’ensemble du
cycle de vie du produit (production / distribution / utilisation / fin de vie) de l’impact environnemental selon
16 indicateurs.
La société suédoise Getinge, fortement présente en France avec six centres de R&D, s’est fortement
engagée dans cette approche en intégrant progressivement cette démarche à l’ensemble de ses lignes
de produits. Cet article permet de partager les enseignements de cette approche, des succès importants,
et aussi les difficultés actuelles, notamment concernant la prise en compte des surcoûts dans un contexte
de concurrence forte et de différences de réglementation entre zones géographiques.
les patients et des coûts pour les centres (du fait des L’impact sur les industriels
réductions d’achats).
Getinge a donc modifié ses pratiques à la suite de ces
analyses : les nouveaux développements de disposi-
Les produits passifs tifs médicaux intègrent dans leur cahier des charges
Seconde famille : les produits dits passifs. Ils se des objectifs en termes d’environnement, au point
caractérisent par une empreinte carbone principale- d’influencer directement la stratégie d’innovation du
ment générée par leur fabrication. Ils n’ont pas besoin groupe. Au-delà des gains réalisés en anesthésie,
d’énergie, ou sont équipés de fonctions qui en limitent l’intégration de cette méthodologie pour la conception
la consommation. Ainsi, Getinge a développé une de la génération 2 d’éclairage opératoire PowerLED a
fonction pour mettre en sommeil ses tables d’opéra- permis une réduction de 42 % de l’empreinte carbone
tion tant que l’utilisateur n’actionne pas une fonction, par rapport à la génération précédente. De nombreux
par exemple pour monter ou descendre le plateau. La efforts sont également associés à l’emballage afin de
table d’opération se réveille dès lors qu’une fonction le rendre compact et 100 % recyclable (une réduction
est activée, puis se rendort automatiquement après des volumes de l’emballage ayant un effet immédiat
quelques secondes d’inactivité. Pour cette famille de sur l’impact du transport – on estime en général dans
produits, les efforts sont mis sur la fabrication, les four- le secteur que le taux de vide dans les emballages
nisseurs et la logistique. atteint 50 %). Enfin, les actions de communication et
de partenariat avec les utilisateurs sont amenées à se
renforcer : les efforts des industriels resteront limités
L’impact de la géographie, au niveau en termes d’impact tant que les habitudes d’utilisation
ne seront pas transformées. L’enjeu des industriels
du transport et de l’empreinte est donc d’intégrer leurs clients dans cette évolu-
liée à l’utilisation tion afin que les uns et les autres participent à cette
transformation.
Les fiches d’impact environnemental mises à disposi-
tion par Getinge permettent de visualiser l’importance Dernier défi : les industriels doivent aussi conjuguer
de la région où l’équipement est utilisé. D’ordinaire, efforts environnementaux et rentabilité. Le coût de ces
nous sommes habitués à nous focaliser sur le lieu investissements n’est pas neutre dans un contexte de
de production, considérant le circuit court comme compétitivité assez fort. Les critères environnemen-
une solution évitant les impacts environnementaux taux restent aujourd’hui très faiblement pris en compte
liés aux aspects de transport. Pourtant, on constate dans le choix d’un fournisseur, alors que le recours à
que l’empreinte CO2 varie considérablement pour un de l’énergie ou à des matières premières plus vertes
même équipement qui utilisera une source d’énergie représentent aujourd’hui des surcoûts majeurs. Les
plus ou moins décarbonée. L’Allemagne et la Chine entreprises engagées du secteur soit directement soit
ont une énergie électrique essentiellement d’origine via leurs instances représentatives sont en discussion
fossile contrairement à la France, au Brésil ou aux pays avec les autorités françaises et européennes pour
scandinaves, qui bénéficient d’une énergie électrique intensifier la reconnaissance des efforts et des résul-
plus décarbonée (hydroélectrique, éolien, biomasse, tats de réduction d’impact environnemental dans les
solaire ou nucléaire). À titre d’exemple, l’empreinte décisions d’achats des hôpitaux, de façon à sécuriser
carbone d’un éclairage opératoire sera en moyenne de la santé du secteur en Europe. Ainsi en Angleterre,
1,8 tonnes de CO2 en Europe, 2,2 tonnes en Amérique certains fournisseurs majeurs du marché ont été
du Nord et 2,9 tonnes en Chine. exclus du marché du NHS (National Health Service)
du fait d’un plan d’action insuffisamment ambitieux.
Le règlement européen relatif aux dispositifs médicaux (DM) donne aux États membres l’opportunité
d’autoriser le retraitement des DM à usage unique, ce qui peut paraître paradoxal. La France maintient
toutefois sa position d’interdiction.
Il existe aujourd’hui un débat entre partisans du retraitement et ceux du statu quo, les convictions
l’emportant parfois sur des éléments totalement fondés.
Les arguments sont de plusieurs ordres : développement durable et écologie, économie financière ou
de matériaux, sécurité d’approvisionnement ou solution aux ruptures, intérêt industriel, pertinence de
l’usage unique, etc. En regard, certains alertent sur le risque sanitaire ou l’impossibilité technique de
réaliser un retraitement de façon sécurisée et conforme aux exigences de la réglementation, ainsi que sur
les questions éthiques, notamment l’information du patient.
Cet article a pour objectif d’éclairer le lecteur en précisant ce qu’est le retraitement et en en discutant
les différents arguments.
Le règlement européen (art. 2.39 NRDM) définit le • L’identification du DMUU retraité par un étiquetage
retraitement comme le « procédé dont fait l’objet un spécifique.
dispositif usagé pour en permettre une réutilisation • La fabrication in situ (“in house”) par un établisse-
sûre, y compris le nettoyage, la désinfection, la stéri- ment hospitalier n’est pas interdite en soi, mais il
lisation et les procédures connexes, ainsi que l’essai doit alors obtenir un statut de fabricant, avec deux
du dispositif usagé et le rétablissement de ses carac- contraintes majeures : aucune offre équivalente sur
téristiques techniques et fonctionnelles en matière de le marché et ne produire que pour son usage propre.
sécurité ». • En pratique, on considère aujourd’hui que les éta-
On comprend donc qu’il s’agit d’un processus com- blissements hospitaliers ne disposent pas raison-
plexe, loin d’un simple nettoyage puis reconditionne- nablement des capacités nécessaires. Il s’agit donc
ment que serait une réutilisation. Le DM « retraité », d’une activité industrielle. Une seule entreprise a été
qui en est issu, doit présenter exactement les mêmes identifiée à ce jour en Europe, la société Vanguard,
caractéristiques de sécurité et de performances que qui ne dispose que d’un site de production à Berlin
le produit « original » (terme à préférer à « neuf », (Allemagne). Si son sérieux et son expérience ne
pouvant induire un distinguo qui n’a pas lieu d’être). sont pas mis en cause, sa certification peut poser
L’essai final permettant de contrôler les performances problème, car il n’existe encore aucun organisme
et préalable à toute utilisation sur un patient est un notifié qualifié pour l’assurer selon les exigences
point fondamental de l’opération. actuelles.
Le retraitement est parfois désigné comme rema- • Il existe potentiellement deux types de circuit pour le
nufacturing, reprocessing ou « refabrication » : ces retraitement entre établissement de santé et indus-
termes ne devraient pas être utilisés, car insuffisam- triel, les responsabilités de chacun devant être clai-
ment définis et donc source de confusion. Le terme rement définies dans chaque situation :
« recyclage » ne doit pas non plus être utilisé, même
si cela en est une forme particulière. - circuit ouvert : l’industriel fait l’acquisition du
DMUU usagé (transfert de propriété), le retraite,
On notera enfin qu’un éventuel procédé appliqué à un puis le revend sous sa marque (pas nécessaire-
DM non usagé n’est pas un retraitement (par exemple ment au même établissement) ;
DM périmé ou déstérilisé avant usage).
- circuit fermé : il s’agit en réalité d’une sous-
traitance, dans laquelle l’établissement confie
Quel est son cadre ? ses DMUU usagés à l’industriel (pas de transfert
de propriété) qui les lui remet après retraitement.
Un règlement d’exécution définit les modalités d’ap-
plication / spécifications communes pour le retraite-
ment des dispositifs à usage unique, qui peuvent se
résumer à quelques conditions essentielles, outre bien
Discussion
sûr l’autorisation par l’État membre : La question du retraitement amène nécessairement
• L’éligibilité du DM, c’est-à-dire sa capacité à subir un à aborder un certain nombre de questions complexes.
retraitement sans dommages, sachant que certains
DMUU sont explicitement exclus réglementairement, • « Cela se fait ailleurs »
essentiellement les DM implantables. En aucun cas, À ce jour, six États membres autorisent effective-
un patient ne pourra se voir proposer une prothèse ment le retraitement, mais avec des options, des
de hanche ou un stimulateur cardiaque ayant déjà eu interdictions et des restrictions différentes, souvent
une première vie chez un autre patient. au-delà des exigences minimales, et quinze l’inter-
• La capacité du fabricant à mettre en œuvre un pro- disent, dont la France.
cessus permettant de garantir que le DM retraité L’enquête européenne a apporté un éclairage assez
présente les mêmes garanties que l’original : person- peu satisfaisant sur cette affirmation, comme nous le
nel, locaux et équipements ; évaluation préliminaire verrons plus bas.
de l’aptitude au retraitement d’un DMUU ; destina- Quelques autres pays dans le monde pratiquent le
tion originale et suivi des modifications apportées retraitement, mais le bilan n’est connu que par les
par le fabricant du DMUU original ; détermination du associations de « retraiteurs » sans que l’on sache
cycle de retraitement ; nombre maximal de cycles de clairement quelles sont les conditions précises ni le
retraitement (traçabilité) ; documentation technique contexte législatif et réglementaire.
(toutes étapes).
• Impact sur les ruptures Une question est pendante : n’y a-t-il pas le risque
d’approvisionnement et souveraineté de réserver les DMUU originaux à certaines catégo-
Les DMUU actuellement retraités et utilisés à l’étran- ries de patients ?
ger (par exemple les cathéters d’électrophysiologie)
sont-ils ceux qui posent les problèmes d’approvi- • Acceptabilité du retraitement
sionnement les plus importants en France ? Cela Il ne saurait être question de ne pas être transparent
n’est objectivement pas le cas. vis-à-vis des patients, à la fois pour des questions
La question pourrait être à reconsidérer en cas de légales et de confiance. Le patient doit être informé
crise sanitaire, géopolitique ou climatique, y compris de ce que l’on lui propose un DMUU retraité et
temporaire. Il convient donc d’avoir une vision il doit pouvoir le refuser, son consentement est
prospective. une obligation.
Dans un pays marqué par quelques affaires sani-
• Impact écologique taires, la représentation nationale et les pouvoirs
Cet aspect est très important et doit évidemment publics doivent être convaincus du bien-fondé
être pris en compte, encore faut-il qu’il soit correc- du retraitement.
tement évalué. Enfin, les praticiens eux-mêmes doivent l’être.
Ainsi, le processus de retraitement a lui-même des Une certaine réticence à informer le patient, expri-
conséquences écologiques : transport (tout parti- mée dans de rares cas, n’est pas le gage d’une
culièrement dans le cas du circuit ouvert), énergie, conviction absolue.
production d’emballages et de déchets, etc. C’est l’intérêt de l’enquête européenne, d’une part, et
Il faut souligner que le nombre de retraitements est de l’expérimentation nationale, d’autre part, que de se
assez limité, de trois à cinq au mieux, ce qui en faire une opinion éprouvée et objective.
limite l’intérêt et nécessite de continuer à utiliser des
DMUU originaux.
Enquête européenne (février 2024)
Des indicateurs doivent donc être définis, à charge
ou à décharge (analyse de cycles de vie, empreinte L’objectif général de cette enquête était d’évaluer
carbone, éco-toxicité, etc.). comment les dispositions établies par le règlement ont
été mises en œuvre par les États membres de l’UE et
l’application de ces dispositions.
• Impact médico-économique
Si le niveau de prix annoncé pour les DMUU retrai- Force est de constater qu’elle est peu concluante ; la
tés semble intéressant, il conviendra d’évaluer le pratique du retraitement étant en réalité assez faible
coût global pour le système de santé français. et les États membres se posant tous des questions
comparables à celles évoquées dans cet article.
De même, la création d’une éventuelle unité de
production industrielle sur le territoire national n’est
envisageable que si un véritable marché est créé. Expérimentation
Conformément à sa feuille de route « Planification
• Éligibilité des DMUU écologique du système de santé », le gouvernement
au retraitement / périmètre français a décidé d’une expérimentation sur la « fai-
Tous les DMUU ne peuvent être potentiellement sabilité du retraitement des DMUU, afin d’identifier
retraités, notamment pour des raisons de sécurité, le cadre juridique et les pratiques qui garantiraient la
faisabilité technique (possibilités de pré-traitement, sécurité des soins ».
de nettoyage, de stérilisation ou de maintien des
performances) ainsi que de rentabilité financière Une procédure dérogatoire (puisque la pratique
que ce soit pour le système de santé ou le fabricant. demeure interdite) a été introduite dans la loi de
finances de la sécurité sociale (LFSS) 2024. Celle-ci
Ainsi, c’est in fine le fabricant qui sélectionne les prévoit que le retraitement devra être réalisé, pour le
DMUU qu’il peut ou veut retraiter. Il convient de ne compte de quatre établissements de santé, par une
pas oublier que rien n’est possible sans offre de entreprise externe et pour deux ans à compter du
retraitement : il faut un fabricant ! 1er novembre 2024.
À ce jour, les seuls DMUU cités comme intéressants à Une mission d’appui de l’IGAS a proposé un périmètre
retraiter sont essentiellement certains cathéters d’élec- et des modalités de retraitement, ainsi que de sélec-
trophysiologie utilisés en cardiologie interventionnelle. tion des candidats avec le cahier des charges qu’ils
Cela est somme toute assez limité, mais l’avenir dira devront respecter.
ce qu’il en est.
Un décret en Conseil d’État doit déterminer les moda-
lités d’application de cette expérimentation, notam-
• Impact sécuritaire et éthique ment : les DMUU pouvant être retraités ; les modalités
Toutes les précautions doivent être prises pour particulières applicables en matière d’information et
assurer la sécurité des patients et des professionnels d’opposition des patients à l’utilisation de dispositifs
de santé et au premier chef la qualité du processus médicaux à usage unique retraités ; la méthodologie
dans son ensemble ainsi que sa traçabilité (matério- de l’expérimentation, ses objectifs et les modalités de
vigilance adaptée). sa conduite et de la rédaction du rapport.
Ce décret est actuellement (29.12.2024) en phase de • Les impacts sécuritaire et éthique sont majeurs, tout
concertation, et nul ne sait quand il sera publié et quelle comme l’acceptabilité.
sera la date effective de début de l’expérimentation. • Le champ des DM éligibles est aujourd’hui très
restreint.
Autres réflexions • Est-il donc si évidemment intéressant de retrai-
ter ? Ne doit-on pas creuser d’autres pistes ? Sans
Le débat sur le retraitement doit en induire d’autres,
condamner la pratique du retraitement, on ne peut
par exemple le recours plus fréquent à des DM réutili-
pas ne pas s’interroger.
sables (conçus à cet effet) ainsi que des modifications
de pratique.
Sur un strict plan écologique, il conviendra d’amplifier Quelques liens utiles
la valorisation des déchets, par exemple la récupéra-
tion des métaux rares composant pour partie certains Euro-Pharmat, Fiche explicative concernant le retraite-
DMUU. ment des dispositifs médicaux à usage unique, https://
[Link]/autres-outils/4767-fiche-ex-
Il conviendrait également de réexaminer la pertinence plicative-sur-le-retraitement-des-dispostiifs-medica-
de la qualification « usage unique » de certains DMUU zux-a-usage-unique
par le fabricant, dès leur conception.
Euro-Pharmat, Règlement d’exécution (UE) 2020/1207
de la commission du 19 août 2020 Ministère de la
Conclusion Santé, Feuille de route « Planification écologique du
Quelques points clés pour finir : système de santé », [Link]
dp_pess.pdf
• Les conditions techniques du retraitement sont très
contraignantes, et l’éligibilité est la combinaison de Inspection générale des Affaires sociales (IGAS),
plusieurs facteurs : résistance du DMUU au proces- « Retraitement des dispositifs médicaux à usage
sus, intérêt écologique, intérêt financier pour la col- unique dans le cadre de la transition écologique du
lectivité, rentabilité financière pour le fabricant ; c’est système de santé » (05/07/2024), [Link]
donc in fine le fabricant qui décide, ou pas, de retrai- [Link]/retraitement-des-dispositifs-medicaux-usage-
ter et donc d’engager sa responsabilité. unique-dans-le-cadre-de-la-transition-ecologique-du
Dotée depuis 2019 d’une stratégie nationale pionnière et volontariste, la France est déjà dans le peloton de tête
des pays européens en matière de numérique en santé, préparant ainsi les industriels du dispositif médical (DM)
à ce que sera le futur de leur régulation en Europe et dans la plupart des zones du monde.
Les industriels de toutes tailles pure players du numérique, fabricants historiques de DM matériels ou de
médicaments rencontrent fréquemment des difficultés dans leurs parcours d’accès au marché pour leurs DM
numériques (marquage CE, évaluation, accès aux données…). Pour y répondre, le gouvernement français a
lancé des actions ambitieuses d’accompagnement et de financement. Cependant, la principale clef de la réussite
d’un lancement de DM numérique reste avant tout l’anticipation.
La mise sur le marché presque instantanée de services numériques habituellement observée dans les autres
secteurs d’activité n’est pas reproductible en l’état dans le champ du DM numérique. Et, à l’inverse, la mise sur le
marché déjà très régulée de DM matériels ou de médicaments ne répond pas aux mêmes exigences techniques
et méthodologiques en matière d’évaluation et d’accès au marché que celles applicables aux DM numériques. Les
enjeux techniques, règlementaires et d’évaluation spécifiques du DM numérique de mieux en mieux documentés
et prévisibles sont régulièrement sous-estimés par les industriels. Une erreur dans ce parcours peut faire perdre
un temps précieux sur le lancement d’une innovation ; il convient donc de se faire accompagner au plus tôt par
des experts et / ou de recruter en interne les compétences clés.
Ces référentiels sectoriels ont vocation à évoluer en de masters dédiés au numérique en santé ont été créés
concertation avec les parties prenantes pour tenir dans des écoles d’ingénieurs.
compte de la maturité des acteurs et des nouvelles exi-
gences disponibles. Faciliter l’utilisation secondaire des données
Un accompagnement spécifique et une écoute atten- de santé pour la recherche et l’innovation
tive des pouvoirs publics est indispensable pour faire L’accès aux données de santé est indispensable pour la
progresser l’ensemble des acteurs du marché vers ces recherche et l’innovation. Ces données sont présentes
standards, qui peuvent parfois être vécus à l’instant T à plusieurs niveaux du système de santé : à la fois du
comme des barrières locales bien qu’ils aient vocation à côté des grandes bases nationales telles que la base
progressivement se généraliser en Europe, notamment principale du SNDS accessible sous conditions via la
à l’approche du nouveau règlement EEDS qui vise à Plateforme des données de santé (appelée Health Data
créer à l’échelle européenne un cadre commun sécu- Hub) et la CNAM, du côté de la recherche avec des
risé et interopérable pour la circulation des données de cohortes et registres, et du côté des offreurs de soins, et
santé. notamment dans les bases de données des hôpitaux qui
les retraitent pour pouvoir les mettre à disposition via des
entrepôts de données hospitaliers. La stratégie d’accé-
L’importance de la démonstration de la lération santé numérique a récemment accompagné la
preuve pour un accès au marché réussi constitution et / ou la consolidation de tels entrepôts via
un financement de 75 M€.
Dans le cadre de France 2030, le gouvernement a
sélectionné une vingtaine de secteurs prioritaires à Plus largement et dans le cadre du règlement européen
accélérer pour que la France en devienne leader. EEDS qui entre progressivement en application, le gou-
Ces secteurs ont ainsi bénéficié de programmes inter- vernement se dote d’une stratégie nationale sur l’utili-
ministériels inédits. Les DM ont été doublement sélec- sation secondaire des données de santé dont l’objectif
tionnés car bénéficient de deux programmes syner- est de faciliter l’accès aux données pour la recherche et
giques totalisant plus d’1 milliard d’euros : la stratégie l’innovation. Après une large consultation publique, cette
d’accélération « santé numérique » (SASN) pilotée par stratégie devrait être annoncée dans les prochains mois.
la DNS et le Plan DM innovants piloté par la DGE.
Ces programmes interministériels soutiennent, entre Favoriser la co-conception dans des tiers-lieux
autres, l’émergence de DM numériques innovants avec d’expérimentation
un continuum d’actions, depuis l’idée jusqu’à l’accès au La SASN a créé un réseau de 35 tiers-lieux
marché en passant par le marquage CE et l’évaluation d’expérimentation sur tout le territoire. Ces organisations
clinique. À date, c’est plus de 160 lauréats en santé territoriales créées autour d’établissements de santé
numérique qui ont été financés pour plus de 320 M€ ou médico-sociaux développent une offre de services
par la SASN. pour co-concevoir les innovations au plus près des
Avoir une bonne idée ou une technologie révolution- professionnels et des organisations : il est ainsi possible
naire ne suffit pas, les industriels dans le champ du DM d’y concevoir et d’y évaluer des DM numériques en
numérique ont un besoin impératif de co-concevoir et grandeur nature. Ces tiers-lieux sont le trait d’union entre
d’évaluer finement la plus-value de leurs innovations. des innovateurs souvent pleins d’espoir mais éloignés
Plusieurs initiatives complémentaires ont été lancées de la réalité du terrain et des patients, professionnels et
pour les accompagner en ce sens. établissements qui sont leurs clients cibles.
plus important entre le candidat et l’ON. Afin d’améliorer Les étapes précédemment citées (co-conception, inte-
la préparation des PME dans le processus de marquage ropérabilité / sécurité, marquage CE, évaluation…)
CE DM, le guichet diagnostic DM opéré par Bpifrance sont autant de pièges à éviter ; les différentes actions
a été lancé. Il permet notamment de prendre en charge d’accompagnement mises en place permettent de
la moitié des frais d’accompagnement par un expert sécuriser les étapes clés du parcours.
pour la mise en place d’un système de management En fonction du modèle économique de son DM numé-
de la qualité ISO 13485 et dans la constitution ou la rique, il est de la responsabilité du fabricant d’étudier
mise à niveau de la documentation technique dans le attentivement les différentes voies d’accès au rem-
cadre du marquage CE DM. Plus de 100 projets ont été boursement accessibles. Leur identification peut être
accompagnés via ce guichet. laborieuse et complexe pour les novices. En ce qui
Par ailleurs, la bande passante disponible côté ON pour concerne les DM numériques à usage individuel ou de
de nouveaux clients est limitée à cause du nombre très télésurveillance, deux voies d’accès au marché ont été
limité d’auditeurs disponibles sur le marché du travail. récemment lancées, facilitant la vie de ces entreprises :
Les actions en faveur de la formation précédemment • La prise en charge anticipée numérique (PECAN),
citées devraient contribuer à améliorer la situation dans qui permet la prise en charge dérogatoire d’un an
les années à venir. Par ailleurs, le nombre d’ON a for- par l’assurance maladie des solutions suffisamment
tement chuté en Europe depuis le renforcement des matures. Cette phase anticipée permet à l’entreprise
exigences les concernant, notamment dans le nouveau de finaliser la démonstration du bénéfice clinique
règlement DM. En France, la DGE et le plan DM inno- et / ou organisationnel tout en étant déjà remboursée
vants accompagnent l’émergence de nouveaux ON. et de terminer son dossier de prise en charge de droit
commun.
Favoriser l’évaluation clinique • Concernant spécifiquement les DM de télésur-
et médico-économique veillance, un accès au marché dédié dans le droit
Les jeunes entreprises ou les nouveaux entrants ne commun a été lancé. Il permet d’obtenir le rembour-
pensent pas assez tôt à évaluer la plus-value médicale sement par l’assurance maladie via la liste des activi-
ou économique de leurs DM numériques. Ainsi, par tés de télésurveillance médicale (LATM).
manque de compétence interne sur le sujet et / ou par
En ce qui concerne les DM à usage professionnel,
manque de moyens, ils avancent dans leur développe-
les voies d’accès au marché sont plurielles et dépendent
ment jusqu’à sérieusement se poser la question de leur
principalement de la capacité des établissements et de
accès au marché trop tard. Il n’est pas rare de rencon-
professionnels à évaluer ces DM et à les financer sur
trer tardivement des fabricants de DM numériques ayant
leurs fonds propres, ou via les actes le cas échéant.
largement sous-estimé cet aspect et pensant qu’avec
une rapide étude bibliographique et /,ou quelques expé- La HAS a publié en juin 2023 un guide d’aide au choix
rimentations sommaires, ils convaincront les autorités et des DMN à usage professionnel à destination des pro-
leurs clients. Que de temps et d’énergie perdus. fessionnels et des établissements.
La SASN a lancé sur plusieurs années un appel à projets Des réflexions sont en cours pour fluidifier l’évaluation
doté de près de 90 M€ visant à co-financer l’évaluation et l’accès au marché de ces DMN.
du bénéfice clinique et / ou médico-économique des DM
numériques. Ce sont près de 35 projets d’évaluation
clinique ou médico-économique qui ont ainsi été financés.
Conclusion
Par ailleurs, le guichet diagnostic DM précédemment Dotée d’une stratégie volontariste et agile, la France
cité permet également de financer un accompagnement est déjà dans le peloton de tête des pays européens
des PME innovantes dans la conception et la rédaction en matière de numérique en santé, préparant ainsi les
d’un protocole d’investigation clinique robuste visant à acteurs du DM, pour la plupart issus du monde du hard-
apporter la preuve d’un bénéfice clinique et / ou médico- ware, à ce que sera le futur de leur régulation en Europe
économique de leur DM numérique. et dans la plupart des zones du monde.
De plus, deux grands défis d’innovation ont été lancés Entre la durée de R&D initiale, la mise en conformité
sur des thématiques spécifiques, l’un sur les DMN au avec les standards d’interopérabilité et de sécurité, les
service de la santé mentale des citoyens et l’autre sur délais de marquage CE, la durée des essais cliniques
les DMN dédiés au bien-vieillir, avec pour principaux et l’accès aux données de santé pour la recherche :
objectifs d’améliorer le niveau de preuve dont bénéfi- une des clés du succès pour les industriels réside
cient ces deux catégories de DMN et évaluer leur intérêt avant tout dans leur capacité à anticiper. Les enjeux
en conditions réelles d’utilisation pour garantir leur techniques, règlementaires et d’évaluation spécifiques
adoption par les utilisateurs et leur accès au marché. au DM numérique de mieux en mieux documentés et
prévisibles sont régulièrement sous-estimés par les
Faciliter l’accès au marché industriels. Une erreur dans ce parcours peut faire perdre
et au remboursement un temps précieux sur le lancement d’une innovation ;
L’accès au marché et, le cas échéant, au rembourse- il convient donc de se faire accompagner au plus
ment des DM numériques est un parcours de plusieurs tôt par des experts et / ou de recruter en interne les
années dont il faut fixer le cap dès les premières étapes compétences clés. Le portail G_NIUS a d’ailleurs été
de développement, sous peine de se retrouver face à un mis en place pour faire gagner du temps et aiguiller les
mur à terme. industriels vers les bonnes ressources au bon moment.
et Nicolas BLANCHEMAIN
Département de Pharmacie, UFR3S, Université de Lille
Le domaine des dispositifs médicaux (DM) connaît une évolution rapide, alimentée par les innovations
technologiques et un cadre réglementaire exigeant. En France et en Europe, la formation des futurs
cadres et ingénieurs dans ce secteur revêt une importance capitale pour garantir la qualité, la sécurité
et l’efficacité des produits de santé. Cet article explore les acteurs, les enjeux et les perspectives de
la formation dans le secteur des DM, en mettant en lumière la nécessité d’une formation adaptée aux
défis technologiques, réglementaires et de compétitivité. Avec l’intégration de méthodes pédagogiques
hybrides et une attention accrue aux impacts environnementaux, la formation continue d’évoluer pour
répondre aux besoins d’un marché international en pleine mutation.
dans le secteur des dispositifs médicaux, avec environ Les structures privées
500 diplômés par an, dont 40 % issus de formations en Les salariés du secteur des DM peuvent également se
alternance, garantissant une insertion professionnelle former via des sociétés de formation privée, des sociétés
rapide1. de conseil spécialisées, et les services internes de for-
Ces formations dispensées par des universités ou des mation des entreprises. L’avantage principal de ces for-
écoles, en France et en Europe, permettent, selon mations est leur flexibilité et leur adaptation aux besoins
leurs programmes d’enseignement de : 1) Former spécifiques de l’entreprise ou du salarié, permettant
les futurs cadres et ingénieurs de l’industrie du DM et un apprentissage ciblé et directement applicable.
2) Initier à la recherche sur les DM des futurs docto- Cependant, un inconvénient majeur peut être le coût de
rants. Concernant la formation à et par la recherche, la formation et la variabilité de la qualité des formations
l’immense majorité des formations est en très forte proposées. Il est important de préciser que les entre-
interaction avec les laboratoires universitaires et prises du secteur du DM sont grandement impliquées
instituts de recherche (CNRS, INSERM, INRIA…), dans la formation par les deux types d’acteurs précé-
et sont donc généralement portées par des ensei- demment cités, mais qu’elles jouent également un rôle
gnants-chercheurs qui mettent en lumière les inno- capital dans la formation pratique et professionnelle des
vations scientifiques et technologiques du secteur. étudiants par le biais des encadrements des stagiaires
Dans le cas des formations professionnalisantes, et des alternants.
la majorité des formations fait intervenir des profes-
sionnels de santé et des cadres de l’industrie qui pré-
parent, grâce à leurs expériences professionnelles et
Les enjeux de la formation
leurs expertises, les étudiants aux métiers de l’entre- La formation sur les dispositifs médicaux revêt une
prise. Les contenus des sites des syndicats d’entre- importance capitale, tant pour le développement des
prises du secteur (SNITEM ; LEEM, SIDIV…) viennent compétences des professionnels du secteur que pour le
informer les étudiants sur la diversité des métiers maintien de la compétitivité des entreprises sur la scène
accessibles aux étudiants après leur formation. Que internationale. Les enjeux sont nombreux et variés,
ce soit en R&D ou en réglementaire, les formations ini- reflétant les défis technologiques, réglementaires, et
tiales, les DU, les doubles cursus ingénieurs / master économiques auxquels l’industrie est confrontée.
et surtout l’alternance permettent de préparer au
mieux les étudiants pour leur entrée sur le marché de
Enjeux technologiques
l’emploi dans le domaine du DM.
L’innovation rapide dans le secteur des DM, notamment
avec l’émergence de nouvelles technologies comme
Les instances réglementaires, les organismes l’intelligence artificielle, les dispositifs connectés, et la
notifiés, les associations et les réseaux biotechnologie, exige une adaptation constante des
Les salariés du secteur des DM désireux de se former compétences (Onitiu, 2024). Les professionnels doivent
bénéficient d’une offre riche et spécialisée provenant être formés non seulement aux technologies actuelles,
des instances réglementaires telles que l’HAS (Haute mais aussi aux technologies émergentes, ce qui néces-
Autorité de Santé), l’ANSM (Agence Nationale de site des programmes de formation flexibles et à jour.
Sécurité des Médicaments et produits de Santé) et Les dispositifs médicaux sont de plus en plus intégrés
l’EMA (European Medicines Agency) et des organismes dans des systèmes complexes de santé numérique,
notifiés (ON). Ces formations couvrent les aspects ce qui ajoute une couche de complexité à la formation.
essentiels de la réglementation, la conformité, et la Dans ce contexte, des actions portées par la stratégie
sécurité des dispositifs médicaux, leur permettant de d’accélération « santé numérique » (Plan France 2030)
se tenir à jour sur les exigences légales et les bonnes vise à déployer un écosystème important de la santé
pratiques du secteur. En outre, ces programmes offrent numérique en France. Les formations plus spécifiques
une compréhension approfondie des processus d’éva- dans le domaine des DM numérique en santé (DMNS)
luation et de certification, indispensables pour assurer sont maintenant proposées pour faire face à cette
la qualité et l’efficacité des dispositifs médicaux. Enfin, demande croissante.
les réseaux et les associations spécialisés dans les
dispositifs médicaux (Tech4Health, Europharmat…) Enjeux réglementaires
jouent un rôle essentiel en matière de formation et de Le cadre réglementaire européen, renforcé par des
communication, tant auprès des entreprises que des règlements tels que le MDR 2017/745 relatif aux DM
établissements de soins, tels que les hôpitaux et cli- et le MDR2017/746 relatif aux DMDIV, impose des exi-
niques. Ces réseaux assurent la diffusion des bonnes gences strictes en matière de conformité, de sécurité,
pratiques, facilitent l’actualisation des connaissances et de qualité. Les professionnels du secteur doivent
techniques et réglementaires par le biais de formations, être formés pour comprendre et appliquer ces régle-
et renforcent ainsi la qualité et la sécurité dans l’utilisa- mentations complexes, ce qui implique une formation
tion des dispositifs médicaux. continue sur les normes en vigueur. Le défi est d’as-
surer que les formations restent alignées avec les
évolutions constantes des réglementations internatio-
1
Voir [Link] nales, garantissant ainsi que les dispositifs conçus et
professionnelles/panorama-2019-de-la-filiere-du-dm-en-
france/21591?utm_source=[Link] ; et [Link] commercialisés en Europe respectent les standards
fr/wp-content/uploads/2024/02/CP_05.02.24_Panorama-secteur. mondiaux. L’implication des industriels, des profession-
pdf?utm_source=[Link] nels de santé mais également de l’autorité compétence
(ANSM), des ON, de la HAS et des syndicats d’entre- du marché. Cela inclut la co-conception de cursus avec
prises tels que le SNITEM est un élément capital pour les industriels et les agences de santé, assurant que les
que la formation des étudiants intègre scrupuleusement diplômés possèdent les compétences recherchées par
les évolutions de la réglementation. les employeurs. De plus, la mise en place de formations
continues certifiantes permettrait aux professionnels en
Enjeux de compétitivité poste de se maintenir à jour face aux évolutions rapides
La France et l’Europe doivent également faire face à une du secteur.
concurrence internationale croissante, où l’excellence Finalement, une concertation accrue au sein des univer-
en formation devient un facteur clé de différenciation. sités et écoles d’ingénieurs aux niveaux régional, natio-
Pour maintenir et renforcer sa position sur le marché nal et européen permettrait de mutualiser davantage
global, il est crucial que la France et l’Europe forment certaines unités d’enseignements entre des formations,
des professionnels hautement qualifiés, capables d’in- ou favoriser les doubles diplômes (ingénieurs / master).
nover et de répondre aux besoins du marché mondial. Le domaine des DM est interdisciplinaire et peu cloi-
Cela passe par le développement de partenariats entre sonné entre les différents services au sein des entre-
les universités et écoles d’ingénieurs, les organismes prises. Il sera important de prendre ce critère en compte
de formation, les entreprises et les structures de soins dans la formation des étudiants pour les initier dès leur
afin de créer des programmes qui répondent directe- formation au travail en équipe interdisciplinaire.
ment et de la manière la plus réactive possible aux
besoins de l’industrie. En France, des comités annuels
de perfectionnement sont organisés par les différentes
Conclusion
formations intégrant des professionnels de santé, En conclusion, la formation dans le domaine des dispo-
industriels, enseignants-chercheurs, et, pour certains, sitifs médicaux en France et en Europe est à un tournant
des pôles de compétitivité. Ces comités permettent de crucial. Face à l’innovation technologique rapide, aux exi-
perfectionner les maquettes de formation afin d’être au gences réglementaires croissantes, et à la concurrence
plus proche des demandes des entreprises et hôpitaux internationale, il est impératif de continuer à adapter et
en termes de formation. enrichir les programmes de formation pour répondre
aux besoins d’un secteur en constante évolution. Les
méthodes pédagogiques hybrides et numériques, tout
Les perspectives de la formation en répondant aux attentes des nouvelles générations
Les perspectives de la formation sur les DM en France d’étudiants, permettront également de renforcer les
et en Europe sont étroitement liées à l’évolution des compétences nécessaires pour faire face aux défis de
méthodes pédagogiques et à la collaboration entre les demain, notamment en matière de transition écologique.
différents acteurs du secteur. Il devient essentiel de L’avenir de la formation sur les dispositifs médicaux
développer des formations hybrides, combinant l’en- repose sur une collaboration renforcée entre les acteurs
seignement théorique, les simulations pratiques, et académiques, industriels et réglementaires, pour non
l’apprentissage en ligne. Ces méthodes numériques seulement répondre aux besoins actuels du marché,
ne sont pas seulement adaptées aux évolutions tech- mais aussi anticiper ceux de demain. Il est essen-
nologiques du secteur, mais répondent également aux tiel d’ouvrir le champ des possibles en intégrant des
nouvelles attentes des étudiants, qui sont de plus en innovations pédagogiques, en encourageant la mobi-
plus connectés, impatients, et geeks. En intégrant des lité internationale, et en répondant aux défis globaux
technologies comme les plateformes d’e-learning, les comme le développement durable. Cette évolution
simulateurs virtuels et les serious games, la formation continue de la formation constituera une réponse effi-
devient plus interactive, immersive et engageante, ce cace aux enjeux du secteur, tout en permettant aux pro-
qui correspond mieux aux habitudes d’apprentissage fessionnels de contribuer activement à l’amélioration de
des jeunes générations. la santé mondiale.
Un autre enjeu crucial pour l’avenir est l’intégration de
la transition écologique dans les programmes de for-
mation (Montesino, 2024). Les dispositifs médicaux,
Références bibliographiques
comme tout autre produit industriel, vont devoir désor- OCAMPO J. U. & KAMINSKI P. C. (2019), “Medical device
mais répondre à des exigences environnementales development, from technical design to integrated product
strictes. La formation des étudiants devra inclure des development”, Journal of Medical Engineering & Technology,
modules sur l’éco-conception, le recyclage des maté- 43(5), pp. 287-304, [Link]
riaux, et la réduction de l’empreinte carbone des dis- 653393
positifs médicaux. Cela non seulement répondra aux ONITIU D., WACHTER S. & MITTELSTADT B. (2024),
futures réglementations environnementales, mais per- “How AI challenges the medical device regulation: Patient
safety, benefits, and intended uses”, Journal of Law and the
mettra également de sensibiliser les futurs profession-
Biosciences, lsae007, [Link]
nels à l’importance de l’impact écologique dans leur
domaine. MONTESINOS L., CHECA RIFÁ P., RIFÁ FABREGAT M.,
MALDONADO-ROMO J., CAPACCI S., MACCARO A. &
Par ailleurs, une collaboration accrue entre les ins- PIAGGIO D. (2024), “Sustainability across the medical device
tances réglementaires, les entreprises et les institu- lifecycle: A scoping review”, Sustainability, 16(4), 1433,
tions académiques, pourrait permettre de mieux aligner [Link]
les programmes de formation avec les besoins réels su1604143
Le volet santé du plan France 2030 place les dispositifs médicaux (DM) en priorité stratégique, visant
à transformer les pratiques médicales et à renforcer l’efficience du système de santé. Ce secteur,
foisonnant d’innovations comme les exosquelettes, les imageries mini-invasives ou encore l’intégration
de l’intelligence artificielle, est un moteur de transformation des pratiques médicales et chirurgicales.
Cependant, il se heurte à des défis réglementaires, technologiques et financiers qui freinent l’accès rapide
des innovations aux patients et aux professionnels, mais également à un enjeu de prospective majeur.
Pour lever ces obstacles, la feuille de route de l’Agence de l’innovation en santé présentée en 2023 s’attache
à traiter quatre sujets prioritaires : innovation, démonstration, industrialisation et accès au marché. En intégrant
des solutions disruptives comme les jumeaux numériques ou en repensant les blocs opératoires dans un travail
de prospective, l’AIS vise à positionner les dispositifs médicaux comme des leviers clés pour un système de
santé efficient pour les professionnels et les patients. L’enjeu est double : renforcer la souveraineté française
tout en rendant les innovations en santé accessibles au plus grand nombre.
à un acte professionnel, à un dispositif numérique, tend à en charge des patients, les pratiques des
complexifier le processus global de son évaluation ainsi professionnels, l’organisation des soins et l’efficience
que le cadre de sa prise en charge. du système de santé.
Au regard de ces éléments, il apparaît donc aujourd’hui
nécessaire de repenser plus globalement les modèles Anticiper les innovations de rupture
d’accès et de financement des DM, afin que les patients
et les professionnels puissent bénéficier rapidement pour permettre leur inclusion
des dispositifs médicaux innovants les plus promet- dans notre système de santé
teurs, pour leur santé et leurs conditions d’exercice.
Plus largement, il s’agit, pour le système de santé, de L’arrivée continue de nouveaux dispositifs médicaux
capter les gains d’efficience possiblement associés au dans le système de santé nécessite de doter les
déploiement de ces outils. C’est dans cette optique que pouvoirs publics d’une vision prospective.
les DM ont été identifiés comme une priorité du plan Afin d’anticiper les impacts des innovations sur les
Innovation santé 2030, volet santé de France 2030, métiers et les compétences, l’organisation des soins
avec une feuille de route dédiée, le plan « dispositifs mais aussi les enjeux réglementaires, l’agence tra-
médicaux innovants ». Lancé en février 2022, il s’arti- vaille actuellement avec l’ensemble des acteurs à
cule autour de quatre axes : la mise en place d’un système de veille prospective
• l’axe innovation, qui permet d’accélérer le dévelop- (“horizon scanning”), pour identifier, filtrer et appré-
pement de DM selon des priorités technologiques et cier l’intégration des nouvelles technologies dans le
de santé publique majeures ; système de santé. L’Agence a également identifié
dans sa feuille de route trois thématiques prioritaires
• l’axe démonstration, afin de permettre aux entreprises d’études prospectives, parmi lesquelles le bloc opé-
du secteur de faire la démonstration du bénéfice ratoire de demain. En effet, la durée de vie moyenne
médico-économique de leurs produits ou technologie ; d’un bloc opératoire est d’environ 15 ans, ce qui rend
• l’axe industrialisation, pour soutenir des projets capa- nécessaire l’anticipation des innovations techniques,
citaires de DM innovants et / ou essentiels portant dont le rythme d’émergence est extrêmement rapide,
sur la production d’équipements, de dispositifs de et de leur impact sur les organisations et sur la forma-
soins courants, ou encore de réactifs de laboratoire ; tion des professionnels.
• l’axe accès au marché, avec pour objectif d’accom- C’est dans cet objectif de repenser le bloc opératoire de
pagner le passage sous nouveaux règlements, fluidi- demain autour de l’évolution de la pratique chirurgicale
fier le process et ainsi réduire les délais de mise sur (ouverture au champ de l’interventionnel, notamment)
le marché des DM innovants. et des nouveaux dispositifs médicaux (robotique, IA
et mobilisation de la donnée en pré-, per et post opé-
Financé dans le cadre du volet santé de France 2030, ratoire, jumeaux numériques…), en intégrant les évo-
ce plan est coordonné par la direction générale lutions relatives aux infrastructures nécessaires, en
des Entreprises (cf. l’article « L’action publique en mobilisant des systèmes interopérables, que l’Agence
soutien de la filière MedTech pour faire face aux mène ses travaux en concertation.
défis d’aujourd’hui et relever les défis de demain » de À titre d’exemple, les jumeaux numériques repré-
Roxane SPINARDI et Alexandre BENOÎT, pp. 42-45). sentent une véritable technologie de rupture : les
Ses objectifs sont clairs : les dispositifs médicaux inno- jumeaux numériques de patients sont élaborés sur des
vants représentent une priorité, et la filière française, paramètres très larges, notamment à partir de données
historiquement dynamique et forte pourvoyeuse de hémodynamiques, physiologiques et morphologiques.
brevets, nécessite un soutien sur toute la chaîne de Ils vont permettre une meilleure précision des pratiques
valeur : cela doit permettre de consolider l’écosystème, chirurgicales et ainsi réduire l’aléa thérapeutique ; ils
mais aussi de renforcer la souveraineté française. Avec peuvent également être développés pour la planifica-
ces financements, il s’agit également d’accroître l’at- tion chirurgicale numérique mais aussi l’impression 3D.
tractivité du secteur, en facilitant l’accès au marché et Intégrer des réflexions aux jumeaux numériques dès
en contribuant à la réindustrialisation de la France. la conception d’un bloc ou d’un hôpital peut permettre
En complément de ces investissements financiers, d’optimiser leur fonctionnement et dès lors permettre
l’Agence de l’innovation en santé porte, en lien des gains d’efficience, de sécurité pour les patients et
étroit avec les ministères de la Recherche et de professionnels, ainsi qu’en termes de consommation
l’Enseignement supérieur, de la Santé et de l’Industrie, de ressources.
des actions extra-financières qui doivent favoriser Le bloc opératoire représente en effet un coût écologique
le développement des innovations, depuis la recherche important, insuffisamment pris en compte : c’est un
amont jusqu’à l’industrialisation et l’accès au marché. environnement consommateur d’énergie et producteur
L’ensemble de ces actions sont précisées dans sa de déchets (notamment les dispositifs à usage unique).
feuille de route publiée fin novembre 20233. Elles Dans sa feuille de route Planification écologique du
visent à anticiper, simplifier, accélérer et accompagner système de santé, l’État, en mai 2023, s’appuie sur
les innovations en santé qui ont un impact sur la prise le rapport du think tank The Shift Project, qui établit
que 20 à 30 % des déchets hospitaliers proviennent
des blocs opératoires et que la production moyenne
3
[Link] d’équivalent carbone par opération chirurgicale
[Link].
atteindrait 184 kg CO2, l’équivalent par passager d’un un essai clinique classique versus un essai mobilisant
vol Paris-Marseille. Pour préparer le futur, il est donc de nouvelles méthodologies de recherche clinique.
indispensable de prendre en considération l’enjeu de L’accès rapide et sécurisé aux dispositifs médicaux
la transition écologique dans la conception des blocs innovants nécessite également de faire la démonstra-
opératoires et la pratique chirurgicale de demain. Cela tion de leur impact sur l’organisation des soins. En effet,
implique de réduire l’empreinte environnementale nombre de DM œuvrent à des parcours de soins des
des activités du domaine de la santé, et intégrer des patients plus fluides et plus efficients, que ce soit grâce
innovations au système de soins, notamment au bloc à une meilleure coordination de l’exercice profession-
opératoire, est un levier fort qu’il faut mobiliser. C’est nel, ou en permettant un dépistage ou un diagnostic
ce qu’encourage le gouvernement dans le cadre du plus rapide. Cette démonstration d’impact nécessite de
plan France 2030, dont 50 % des financements sont déployer les innovations en conditions réelles d’utilisa-
fléchés en faveur de la décarbonation. La diffusion tion, à l’instar de ce qui est mis en place aujourd’hui
de dispositifs stérilisables et réutilisables ainsi que de à travers la stratégie « innovation et prévention » du
méthodes innovantes de stérilisation (stérilisateurs à volet santé de France 2030. Cette stratégie, pilotée par
vapeur à basse température par exemple) représentent l’AIS, en collaboration étroite avec les ministères de la
un premier pas en ce sens. Santé et de l’Accès aux soins, de l’Enseignement supé-
rieur et de la Recherche et de l’Industrie est dotée de
Accélérer et simplifier 170 millions d’euros. Elle s’inscrit dans une démarche
intersectorielle, au service de la santé des citoyens et
le développement des DM innovants des besoins des professionnels de santé. C’est dans
ce cadre que le premier appel à projet « Challenge
Les enseignements tirés de la crise sanitaire ont permis
Prévention : démonstration de la valeur des innova-
d’identifier un levier essentiel pour renforcer notre
tions en vie réelle » a été lancé en août 2024. À travers
système de santé : améliorer l’accès et la diffusion des
cet appel à projet, opéré par Bpifrance, il s’agit de per-
innovations, de la conception à la mise à disposition
mettre la démonstration de la valeur d’innovations à une
des patients. L’Agence de l’innovation en santé est plei-
échelle suffisante pour en démontrer l’impact popula-
nement impliquée dans cette mission, à travers notam-
tionnel. Ces travaux pourront ainsi permettre d’amorcer
ment la coordination de travaux interministériels en la
une vraie transformation des modalités d’évaluation et
matière, et en menant des actions structurantes pour
de financement des technologies de santé innovantes
fluidifier et accélérer les différentes étapes du cycle de
en matière de prévention.
développement et de diffusion de l’innovation.
Il s’agit enfin d’optimiser le cadre actuel d’accès déroga-
Dans un contexte international fortement concurrentiel,
toire aux innovations. Aujourd’hui, celui-ci est le fruit de
l’AIS œuvre, en étroite collaboration avec l’ensemble
dispositifs mis en place successivement, destinés à des
des parties prenantes impliquées, pour accélérer la
typologies de produits et services aux caractéristiques
recherche clinique, étape la plus chronophage dans le
diverses et n’intégrant pas les dispositifs médicaux à
développement d’une technologie de santé. Elle entend
usage professionnel (notam-ment ceux associés à une
par exemple favoriser la digitalisation et la décentrali-
technologie basée sur l’IA). De fait, à l’instar du dispo-
sation de la recherche clinique, offrant ainsi la possibi-
sitif d’accès précoce prévu pour les médicaments, des
lité d’« aller vers » les patients en facilitant leur inclu-
dispositifs d’accès dérogatoires ont été mis en place
sion et leur suivi dans le cadre des essais cliniques.
pour certaines catégories de dispositifs médicaux inno-
À ce titre, l’Agence a commencé à mettre en œuvre
vants : la prise en charge transitoire pour les dispositifs
une initiative sur le système d’information Recherche
médicaux (PECT) ; la prise en charge anticipée numé-
avec Unicancer, le Respic, la conférence des directeurs
rique pour les technologies de santé numériques et les
généraux de CHU et le Comité National de Coordination
activités de télésurveillance (PECAN) ; le forfait innova-
de la Recherche (CNCR). Il s’agit aussi de s’appuyer
tion à destination des dispositifs médicaux et des actes
sur la mobilisation de nouvelles méthodologies de
innovants basé sur la réalisation d’études cliniques ou
recherche clinique (essais simulés ou émulés, bras
médico-économiques ; le répertoire des actes inno-
synthétiques, cohortes augmentées…) en complément
vants hors nomenclatures (RIHN) pour les actes de
des essais cliniques classiques (RCT), afin d’accélérer
biologie et d’anatomopathologie à visée diagnostique.
la recherche clinique dans le cas où les essais cliniques
Cependant, ces dispositifs ne sont pas toujours parfai-
classiques ne permettent pas, seuls, de démontrer la
tement adaptés à toutes les typologies d’innovations.
valeur des innovations, tout en maintenant de hautes
On pense plus particulièrement aux dispositifs médi-
attentes en termes de sécurité. Grâce à la collabora-
caux complexes et combinant par exemple plusieurs
tion mise en place avec l’infrastructure F-CRIN, l’AIS
types de technologies qui se développent rapidement
travaille ainsi à la définition de prérequis nécessaires
(acte associé à un DM numérique ou non). Par ailleurs,
à l’évaluation de ces nouvelles méthodologies par
nombre de DM à usage professionnel ne bénéficient
les autorités de santé avec le concours d’experts du
actuellement d’aucun mécanisme d’accès précoce
terrain, de méthodologistes, d’industriels du DM et du
à l’innovation, et ce, alors même qu’ils peuvent être
médicament et de partenaires institutionnels. Il convient
porteurs d’efficience pour le système de soins, que ce
désormais de faire la démonstration de la valeur de ces
soit en diminuant le temps d’exercice des profession-
nouvelles méthodologies sur la base de cas d’usages
nels de santé, en garantissant la qualité des soins et
concrets. Pour ce faire, l’AIS va prochainement lancer
la pertinence des prescriptions, ou encore en optimi-
un appel à manifestation d’intérêt visant à comparer de
sant les actions de dépistage ou de diagnostic.
façon rétrospective la qualité de la preuve apportée par
Valeria IANSANTE
Life Science Specialist
Cristina NICULESCU
Senior Life Science Specialist
Antoine de LACHAUX
Head of unit Life science and biotech
Founded in 1958, the European Investment Bank (EIB) initially focused on infrastructure financing, before
expanding into innovation, including MedTech, from 2001. Over the decades, this sector has evolved
considerably, with the arrival of numerous innovations, such as the artificial heart from French company
Carmat. Today, it has become essential to the efficiency and competitiveness of healthcare systems,
thanks to sustained R&D, booming e-health solutions, and an extensive patent portfolio. However, Europe
still lags behind the USA and China in terms of R&D, and faces challenges, such as regulatory complexities
and disparities in market access. To bridge this gap, it needs to attract more well-trained manpower,
simplify its regulatory frameworks, and step up investment in the most promising technologies, in order to
ensure a sustainable and competitive future for its MedTech ecosystem.
the CE mark in 2020. The EIB backed Carmat, a start- patient outcomes, and contributing to the long-term
up based in France, with a loan in 20183. sustainability of health systems by enabling more
data-driven, proactive care.
MedTech – make the European • The financing of innovative medical technologies and
healthcare solutions can be effectively supported
economy competitive again! through the Capital Markets Union (CMU), the EU’s
Historically, growth in the MedTech industry has been initiative to create a unified capital market across
driven by innovation, research, and development. Member States. Recent efforts by the EIB Group,
These efforts helped companies diagnose new as part of its Action Plan, aim to deepen Europe’s
patients, offer better treatment options, shorten hos- capital markets, channel private savings into
pitalization times, and improve patient outcomes. The productive investments, and boost innovation and
average global R&D investment rate (R&D spending as competitiveness7. The plan focuses on driving growth,
a percentage of sales) in the medical technology sector strategic autonomy, and job creation, ensuring that
is estimated to be around 8%4. European companies, including those in healthcare,
scale up and remain in Europe, contributing to long-
Europe’s innovative medical technology industry is
term economic resilience.
well-positioned to play a key role in boosting the EU
economy’s competitiveness for several reasons: Still, the European Union lags behind competitors, such
• A strong academic and research infrastructure, as the United States and China, in R&D investment
along with a well-established industrial ecosystem. levels, and has fewer new companies that are considered
According to the European Patent Office, in 2023, world leaders.8 And although Europe has increased its
more patents were filed in the medical technology R&D investment over the past two decades, it is still
field (15,900) than in any other except for digital below its target of 3% of gross domestic product (GDP),
communications. Of these, 40% came from EPO which was meant to be reached by 2020. In addition,
countries (including the 27 EU Member States, the Europe’s R&D spending is highly concentrated in
UK, Norway, and Switzerland), 38% from the US, and just a few Member States, creating a scientific and
the remaining 22% from other countries5. technological divide among countries9.
The Draghi diagnosis directly translates to issues faced of new technologies, such as artificial intelligence
by the MedTech industry: the need for more and more and neurotechnology, directly benefits MedTech
deep-tech innovation (not incremental), faster and companies. By investing in research and development,
more efficient innovation processes, and solutions with clinical trials, and market access, the EIB helps drive
highly transformative and impactful characteristics. innovation and bring new medical solutions to market.
To tackle these issues, and bring their discoveries to With increasing integration of artificial intelligence (AI),
patients, innovators need to: telemedicine, and connected medical devices, the
• Attract and maintain high-skilled workers while sector is well-positioned to revolutionize diagnostics,
facing serious and chronic shortages on the treatment, and patient-centered care. The EIB’s
European labor market. financing can help scale up these technologies,
ensuring that they reach healthcare systems across
• Navigate the complexity of – as yet not – harmonized Europe and beyond.
regulatory approval processes in the European
Union and the United States. The implementation
of the Medical Device Regulation (MDR) and In Reinforcing Europe’s social infrastructure
Vitro Diagnostic Regulation (IVDR) has introduced (Priority 6)
stringent requirements for market entry and post- Medical technology investments play a central role in
market surveillance12. enhancing the capacity and efficiency of healthcare
systems. By financing projects that develop innovative
• Overcome the challenges posed by diverse pricing medical devices, improve diagnostic tools, or enhance
and reimbursement models across EU Member healthcare delivery mechanisms, the EIB helps build a
States, which create market access disparities. more robust healthcare infrastructure that better serves
This fragmentation slows down the adoption of Europe’s aging population and respond more effectively
innovative medical devices. to public health priorities and crises. In this way, EIB-
• Address issues with supply chains around the world backed MedTech projects support the modernization of
– MedTech companies have a mandate to rebuild healthcare services, enabling faster and more accurate
their supply chains with resilience as top priority. diagnoses, better treatment options, and improved
healthcare access across the EU.
• Respond to the challenges of the climate crises
by following and exceeding the EU policies as
laid out by Health Care without Harm and similar The role of the EIB in supporting
organizations. the MedTech sector
All these technological and corporate innovation pro-
The EIB plays a significant role in supporting
cesses require large human and financial investments
medical device innovation through various mandates
to achieve their full potential and become European
and partnerships. The EIB’s mandate includes
market consolidators. The lack of risk capital and
providing financial support and technical advice to
other private equity investment makes it difficult for
foster innovation and development in the medical
European innovators to adopt new technologies or
devices sector. One of the key programs under the
grow new, disruptive businesses.
EIB’s mandate is InvestEU, which aims to enhance
sustainable investment and innovation across various
Connecting MedTech investment to sectors, including medical devices.
the EIB’s strategic priorities whilst The Bank’s current medical devices sector lending
portfolio has a volume of approx. €2.2 bn covering a
catalyzing European competitiveness broad spectrum of medical technologies and countries,
including financing through the InvestEU venture debt
The EIB has identified eight strategic priorities for
instrument to innovative start-up companies.
its 2024-2027 period13 aiming to foster sustainable
growth, technological competitiveness, and strategic
autonomy for Europe. MedTech, as a sector at the
intersection of innovation, healthcare, and economic
potential, aligns closely with several of these priorities.
12
JOINT MOTION FOR A RESOLUTION on the urgent need to
revise the Medical Devices Regulation | RC-B10-0123/2024/
REV1 | European Parliament, [Link]
doceo/document/RC-10-2024-0123_EN.html Figure 1: MedTech venture debt by sector: Balanced technology
portfolio in the venture debt lending instrument of the EIB
13
[Link] (period 2018-2023) (Source: EIB).
group_2024_2027_strategic_roadmap_en.pdf
Conclusion
The European MedTech industry has made significant
strides in innovation, contributing to healthcare
improvements both within Europe and globally.
Yet, despite Europe’s strong foundation in scientific
research and technological development, it faces
ongoing challenges in maintaining its competitive
edge in the global MedTech market. As highlighted,
many pioneering European MedTech companies have
been acquired by larger US players, limiting Europe’s
ability to fully capitalize on its innovations.
The role of the EIB has become increasingly critical
in ensuring that Europe not only continues to foster
MedTech innovation, but also retains the capacity to
scale and commercialize these breakthroughs within
its borders. By providing targeted financial support and
fostering a robust innovation ecosystem, the EIB helps
to address the structural gaps that hinder Europe’s
MedTech industry, such as limited venture capital,
fragmented regulatory landscapes, and supply chain
vulnerabilities.
As the EU bank, the EIB will continue to support the
EU’s healthcare sector, with a particular focus on
strengthening the MedTech industry, as it plays a vital
role in driving innovation, improving patient care, and
enhancing the resilience of health systems across
Europe.
L’imagerie médicale est le moteur de la révolution des dispositifs médicaux, offrant des outils indispen-
sables pour le diagnostic, le traitement et la gestion des maladies. Les avancées technologiques, notam-
ment l’intelligence artificielle (IA) et l’apprentissage automatique, redéfinissent le paysage de l’imagerie
médicale. La France est un leader en imagerie médicale grâce à des centres de recherche de renommée
mondiale et à des collaborations internationales, mais ce secteur fait face à de nombreux défis.
Chez GE HealthCare, notre mission est de proposer des solutions d’imagerie médicale innovantes qui
transforment la vie des patients. Nous travaillons main dans la main avec les professionnels de santé
pour répondre à leurs besoins.
L’imagerie médicale joue un rôle crucial dans la structuration numérique des hôpitaux. De plus,
la formation des praticiens en imagerie médicale est essentielle pour de nombreuses raisons, et elle est
porteuse d’espoir pour le futur des patients et des soignants.
De l’imagerie médicale à
la structuration numérique
L’imagerie médicale joue un rôle crucial dans la
structuration numérique des hôpitaux. L’intégration
des images médicales dans le dossier médical partagé
permet une meilleure coordination des soins. Les
professionnels de santé peuvent accéder rapidement
aux antécédents médicaux et aux images, facilitant
ainsi les diagnostics et les traitements. Les logiciels
d’intelligence artificielle sont utilisés pour analyser
les images médicales, aidant à la détection précoce
des maladies et à la prise de décision thérapeutique.
Cela améliore la précision des diagnostics et
optimise les parcours de soins. Les normes comme
l’ISO 12052 :2017 facilitent l’échange d’images
Figure 2 : Source : DR. numériques entre différents systèmes et équipements
médicaux, pour une gestion plus efficace des données
Le secteur de l’imagerie médicale fait face à plusieurs et une communication fluide entre les services
défis, tels que la nécessité de réduire les coûts tout en hospitaliers. Les technologies de télémédecine
maintenant la qualité des soins. Les réglementations permettent de transmettre des images et des avis
strictes (MDR, RSE…) garantissent la sécurité et la médicaux à distance, améliorant ainsi l’accès aux
qualité, mais représentent également des obstacles. soins spécialisés et la qualité de la prise en charge des
Toutefois, ces défis sont accompagnés d’opportunités, patients. Ces avancées montrent comment l’imagerie
comme l’expansion dans les marchés émergents et médicale et la numérisation des hôpitaux se complètent
l’intégration de technologies nouvelles telles que l’IA, pour offrir des soins plus efficaces et personnalisés.
la téléassistance et la télémédecine.
L’engagement de GE HealthCare
Chez GE HealthCare, notre mission est de proposer 1
Étude du comportement spécifique d’une tumeur afin de choisir
des solutions d’imagerie médicale innovantes qui le traitement le plus adapté (mot composé de diagnostic et
transforment la vie des patients. Nous travaillons thérapie).
Exemples de secteurs
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 71
ResMed, entreprise internationale fondée en 1989, développe des dispositifs médicaux et des solutions
numériques pour le traitement des troubles respiratoires. Leader dans le domaine de l’apnée du sommeil,
ResMed a introduit la ventilation par pression positive continue (PPC) et a acquis l’entreprise française
Narval en 2009, maintenant sa production à côté de Lyon.
En France, le marché des dispositifs médicaux et prestations remboursables pour les troubles respira-
toires connait une croissance importante, traitant plus de 2,5 millions de patients.
Les entreprises doivent se conformer aux exigences réglementaires et réaliser des études cliniques
pour obtenir le remboursement sans pouvoir toujours valoriser ces efforts et obtenir une reconnaissance
des évolutions technologiques telles que le numérique. Ces mêmes entreprises font face à une pression
sur les prix, qui fragilise le secteur. ResMed cherche à équilibrer innovation, conformité réglementaire
et attrait du marché français, tout en intégrant le numérique dans le suivi des patients pour améliorer
leur engagement et les résultats cliniques.
Présentation de ResMed France, mais aussi sur des fonctions européennes telles
que les affaires réglementaires, les services informa-
ResMed est une société d’origine australienne, qui tiques, et le service après-vente.
développe, fabrique et distribue des dispositifs médi-
caux et des solutions numériques de suivi à distance,
permettant de diagnostiquer, traiter et gérer à domicile Le secteur des dispositifs médicaux
les malades atteints de troubles du sommeil et de patho-
logies respiratoires.
à domicile pour le traitement des
troubles respiratoires en France
ResMed a été fondée en 1989, en Australie, par Peter
Farrell dans l’objectif de commercialiser la découverte En France, sur ce secteur des dispositifs médicaux (DM)
du Professeur Colin Sullivan de l’Université de Sydney : remboursables à domicile, on distingue notamment :
la ventilation spontanée en pression positive continue
• les concentrateurs / compresseurs d’oxygène et les ven-
(PPC), le premier traitement non invasif réussi de l’apnée
tilateurs pour le traitement de l’insuffisance respiratoire ;
obstructive du sommeil.
• les appareils de PPC et les orthèses d’avancée man-
ResMed a, ensuite, rapidement développé des logi- dibulaire (OAM) pour le traitement des apnées du
ciels de télésuivi et d’autosuivi, devenant ainsi le leader sommeil.
mondial du traitement de l’apnée du sommeil, avant
d’étendre son champ d’action au traitement de l’insuffi- Sont associés à ces grandes catégories des DM
sance respiratoire et de la prise en charge à domicile consommables tels que les interfaces (masques), dont
des patients ventilés, et plus récemment au traitement le rôle est tout aussi prépondérant dans le traitement.
de l’insomnie chronique Ces DM traitent plus de 2,5 millions de patients en
Pour mieux accompagner tous les patients atteints France et sont distribués, pour la plupart, par les pres-
d’apnées du sommeil et afin d’offrir une alternative tataires de services et distributeurs de matériel (PSDM).
thérapeutique, ResMed a racheté en 2009 l’entreprise En 2022, le montant des dépenses remboursées, par
française Narval, fabricant de l’orthèse d’avancée l’assurance maladie obligatoire, de ces DM et leurs
mandibulaire NARVAL, invention française issue de prestations associées était d’environ 1,6 milliard d’euros
partenariat public-privé. Du fait de l’expertise de la main- soit 20 % des dépenses de la LPPR1 en ville (rapport
d’œuvre et des équipes, ResMed a à cœur, depuis d’activité du CEPS 2022). Les dépenses de ce secteur
quinze ans, de garder la production et la R&D de l’orthèse
Narval CC en France sur le site de Saint-Priest (69). 1
La liste des produits et prestations remboursables par l’assurance
ResMed a profité de cette implantation à Saint-Priest maladie (LPPR) est une liste des dispositifs médicaux pour
pour y installer son siège pour l’Europe de l’Ouest. traitement, des matériels d’aide à la vie, des aliments diététiques,
des articles pour pansements, des orthèses et prothèses
Aujourd’hui, environ 400 personnes travaillent pour externes, des dispositifs médicaux implantables et des véhicules
ResMed en France sur des fonctions dédiées à la pour handicapés physiques.
Exemples de secteurs
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 73
L’assistance respiratoire consiste à suppléer le mécanisme naturel de la respiration lorsque celui-ci est
altéré. Les premiers respirateurs, à usage hospitalier, sont apparus au début du siècle dernier, puis leur
miniaturisation a permis un usage ambulatoire.
Au début des années 1980, l’assurance maladie a créé le premier réseau de prise en charge des insuffisants
respiratoires à domicile.
Cette organisation innovante a engendré le développement d’une filière d’entreprises industrielles françaises
fabriquant des dispositifs d’assistance respiratoire à domicile. Les entreprises PIERRE MEDICAL, SAIME,
AIROX, SEFAM, ont été autant de success stories rayonnant à l’international.
Puis cette filière, à l’image de l’industrie française, s’est désagrégée. Les dirigeants de ces PME, forts de
leur succès, ont choisi de vendre leur entreprise à une multinationale étrangère. À l’heure où la
réindustrialisation et l’autonomie du pays en matière de dispositifs médicaux sont des enjeux nationaux,
la fabrication de matériel d’assistance respiratoire représente une excellente opportunité et un cas d’école.
Ce défi peut être relevé grâce à une politique cohérente des autorités de santé.
Exemples de secteurs
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 75
ou facial s’appliquant de façon étanche sur le visage sociétés privées de prestation de santé à domicile en
du patient, embouts narinaires, embout buccal (voir charge du suivi des patients et de leurs équipements.
la Figure 4). Ces évolutions technologiques ont rendu Ce modèle de prise en charge innovant développé
possible l’usage de ces dispositifs chez le patient et en France a ainsi permis l’éclosion d’une filière
l’émergence de la prise en charge à domicile des économique vertueuse associant ASR (Amélioration du
insuffisants respiratoires, comprenant l’assistance Service Rendu au patient), économies pour l’assurance
respiratoire, mais aussi l’oxygénothérapie ou le traite- maladie – le maintien à domicile est évidemment une
ment du syndrome d’apnées du sommeil. alternative moins coûteuse à l’hospitalisation – et
développement économique générateur de création
d’emplois industriels et de service.
Retombées industrielles
Un véritable écosystème s’est alors développé, nourri
de transferts de technologies entre des équipes
hospitalo-universitaires, des équipes de l’Inserm
et des entrepreneurs. Ainsi sont nées ou se sont
développées en France des entreprises innovantes
dont certaines ont été des success stories : PIERRE
MEDICAL, fabricant de concentrateurs d’oxygène
et de respirateurs utilisables à domicile ; SAIME et
Figure 3 : Quelques ventilateurs utilisables à domicile
AIROX, fabricants de respirateurs ; SEFAM fabricant
dans les années 1990 de la première PPC pour le traitement du syndrome
(Source : Archives personnelles de Philippe Chalvignac). d’apnées du sommeil dès 1985. Grâce à ces
innovations, le nombre de patients pris en charge à
domicile n’a cessé de croître. Aujourd’hui, en France,
150 000 patients sont traités par oxygénothérapie,
100 000 sont ventilés et 2 000 000 utilisent une PPC
à domicile. Ces sociétés sont devenues leaders à
l’international sur leurs segments de marché respectifs
au point d’attirer les convoitises.
Exemples de secteurs
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 77
Louis CHAMPION,
Président de la Fédération des Prestataires de Santé à Domicile
et Didier DAOULAS
Président de l’Union des Prestataires de Santé à Domicile Indépendants
Figure 2 : Secteur PSAD entre 2019 et 2023 (Source : FEDEPSAD données LPPAM).
Exemples de secteurs
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 79
Milliers
3e Baisse de
1 205 € File Active (en Milliers) tarif
1 800
Evolution de la File Active facturée et du remboursement
Quel avenir pour la régulation
10 Sept. 2021
2e Baisse de
tarif
1er janv. 2020 1 700
1 105 € 1ere Baisse de
de la PPC ?
tarif
Changement de
1er janv. 2019 1 600
nomenclature au 1er
1 005 € janv. 2018
1 500
2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
905 €
1 400 Pour répondre à cette
R e m b. P P C A s s uranc e M al ad i e
654 730 535 € 653 939 523 €
question,
755 772 492 €
deux 862axes
812 364 086 € 343 418 €
peuvent
852 401 209 € 941 028 039 €
être envisagés : limiter
1 059 312 la croissance 1 397 035en volume 1et / ou 1 791 924
( en M i l l i ons d'€ )
1 300
977 529 1 255 938
F i l e A c t i v e ( e n M i l l i e rs ) 1 508 640 634 243
705 €
1 100
qui pourraient s’accompagner de baisses de tarifs.
1 000
La logique de régulation des volumes n’existant
605 € 900
2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 actuellement pas en France, la problématique est
donc d’identifier ces gains d’efficience.
1 900 Ceux-ci peuvent être de deux ordres : liés aux processus
Milliers
1 800
Evolution de la File Active facturée et du remboursement ou liés aux achats externes.
1 700
1 300
R e m b . P P C A s s u ran c e M al ad i e
( en M i l l i ons d'€ )
654 730 535 € 653 939 523 € 755 772 492 € 812 364 086 € 862 343 418 € 852 401 209 € 941 028 039 € renouvellement de prescription par exemple) et / ou liés
1 200
F i l e A c t i v e ( e n M i l l i e rs ) 977 529 1 059 312 1 255 938 1 397 035 1 508 640 1 634 243 1 791 924
au suivi du patient, en transformant les obligations de
1 100 moyens en obligations de résultats (permettre au pres-
1 000
Figure 4 : Historique de l’évolution de la dépense, de la file active tataire d’individualiser les process de suivi en fonction
et des baisses PPC 2018-2023 (Source : FEDEPSAD -LPPAM). des besoins de chaque patient, avec un engagement
900
2023
(voir la Figure 6), dont le coût représente environ objectifs de santé publique, c’est-à-dire en rapportant
30 %3 du chiffre d’affaires des PSAD. la dépense non pas au nombre de patients équipés
De cette structuration du marché, nous n’observons mais au nombre de patients ayant un bénéfice
pas de baisse des coûts d’achats de ces disposi- thérapeutique.
tifs médicaux malgré un amortissement déjà ancien Les quelques données disponibles montrent que,
des coûts de R&D, et des investissements dans les dans les comparateurs européens5 n’ayant pas de
chaines de production et des économies d’échelle modèle valorisant la performance et un tarif hebdo-
liées aux volumes cumulés. madaire HT de l’ordre de 8 €, seulement environ 50 %
Un renforcement de la concurrence pourrait permettre des patients équipés ont une observance supérieure à
des baisses de prix significatives des équipements, quatre heures par nuit.
les points de vigilance demeurant la qualité et la sécu- La comparaison avec l’observance française de plus
rité des matériels. de 80 % met ainsi en évidence la valeur majeure du
Par nature, les patients et prescripteurs sont indiffé- télésuivi et de l’accompagnement, qui de manière très
rents au prix mais garants de la qualité, le médecin schématique pourrait se calculer de la façon suivante :
pouvant déterminer la marque et le modèle de la 100 (coût de traitement théorique dans un pays X) x 80
machine dans sa prescription. (observance française) / 50 (observance pays X) = 160
Dans le modèle de dissociation tarifaire entre produit Si l’on prend comme référence le tarif de 8 €, le juste
et prestation et de marges de distribution fixées par prix français est de 8 x 1 + 60 % soit 12,8 € HT. Or il est
l’État4, les PSAD ne sont plus acheteurs mais simple- actuellement déjà en deçà, à 11,25 € HT, ce qui montre
ment payeurs, et deviennent eux aussi indifférents au la performance du système français mais également
prix. L’État, n’ayant pas de levier pour faire baisser les que les pistes de régulation compatibles avec la poli-
prix sur un marché qui restera oligopolistique, se prive tique de santé publique reposent désormais essentiel-
alors de la principale source d’économies. lement sur une maîtrise du volume et une baisse du
En revanche, en l’absence de dissociation tarifaire, la prix des dispositifs médicaux, et marginalement sur les
baisse des coûts d’acquisition se fait d’abord au béné- derniers gains d’efficience liés aux processus.
fice des PSAD, grâce à leur capacité de négociation,
puis est transférée à l’assurance maladie en baisse
de tarifs. Une baisse de 20 % par exemple pourrait
générer une économie de près de 55 M€ (6 %) pour
l’assurance maladie.
3
1,2 PPC par patient en moyenne, amortie sur quatre ans +
deux interfaces (masques ou lunettes) par an + coûts logistiques
consommables et machine soit pour un revenu de 100,
15,38 d’amortissement annuel pour 1,2 machine et 13,85 de
consommables et logistique soit 27,35 sur 100.
4
Article 58 de la loi de financement de la sécurité sociale pour
2023. 5
Allemagne, Italie, Espagne et Pays-Bas.
Exemples de secteurs
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 81
Les pathologies cardiovasculaires sont la principale cause de maladie et de décès prématuré en Europea.
Les technologies cardiovasculaires innovantes améliorent le diagnostic et le traitement des maladies car-
diaques ainsi que le pronostic des patients, avec une diminution de 37 % de la mortalité cardiovasculaire
en Europe entre 2000 et 2020. Les dispositifs médicaux apportent une réponse adaptée à la prévalence
croissante des maladies cardiovasculaires et au vieillissement de la population.
L’Europe est le deuxième marché le plus important, en termes de dispositifs médicaux cardiovasculaires,
après les États-Unis, et devrait présenter une croissance modérée inférieure à 5 % sur les cinq pro-
chaines années. Les entreprises du secteur font face à plusieurs défis importants, tant en termes de
réglementation que de structure de marché et d’accès au financement.
Les exigences complexes en matière de preuves et la régulation tarifaire centralisée rendent
le marché français comparativement plus difficile pour les fabricants, qui souhaitent obtenir un accès
rapide et généralisé au marché dans toute l’Europe. Cependant, la régulation actuelle permet d’obtenir
des résultats cliniques satisfaisants pour un niveau de dépense acceptable.
a
Il s’agit des décès avant l’âge de 79 ans, selon l’article utilisé : LUENGO-FERNANDEZ R. (2024), “Cardiovascular disease burden
due to productivity losses in European Society of Cardiology countries”, European Heart Journal, 1(10), pp. 36-44
Les maladies cardiovasculaires sont Les dispositifs cardiovasculaires comprennent des appa-
reils de diagnostic – appareils ECG, moniteurs Holter,
un problème de santé publique majeur moniteurs cardiaques implantables et systèmes d’image-
en Europe rie – ; des dispositifs thérapeutiques – stimulateurs car-
diaques, stents, défibrillateurs et valves cardiaques – ; et
Elles représentent la cause principale de maladie et de mor- enfin des équipements utilisés dans les chirurgies car-
bidité et l’une des principales causes de décès et de mor- diaques comme le pontage et le remplacement valvulaire.
talité prématurée. Elles sont responsables de 1,7 million
de décès dans l’Union européenne (UE) en 20211.
Les pathologies les plus courantes sont les maladies coro- Les innovations dans le domaine
nariennes et les maladies cérébrovasculaires. Ces mala- cardiovasculaire améliorent
dies entraînent souvent une invalidité, une retraite préma-
turée et de l’absentéisme, et sont donc liées à une réduction considérablement le diagnostic
de la productivité et de la production économique. et le traitement des maladies cardiaques
Dans l’UE, le coût des maladies cardiovasculaires est
Depuis le XIXe siècle, les technologies cardiovasculaires
estimé à 282 Mds€ par an, avec 155 Mds€ (55 %) pour
ont connu d’importantes innovations. Le stéthoscope
les soins de santé et les prises en charge chroniques,
(René Laennec en 1816) et le sphygmomanomètre
soit 11 % des dépenses de santé de l’UE. Les pertes de
(1880) ont révolutionné les évaluations cardiovasculaires.
productivité ont représenté 17 % (48 Mds€), tandis que
Les stimulateurs cardiaques (1950), l’angioplastie coro-
les coûts des soins informels ont été de 79 Mds€ (28 %).
naire (1977), les stents (1980) et les défibrillateurs auto-
Les maladies cardiovasculaires ont représenté un coût
matiques implantables (1980) ont amélioré considérable-
de 630 € par personne2, allant de 381 € à Chypre à 903 €
ment le pronostic vital et la qualité de vie des patients.
en Allemagne et 503 € en France.
Les technologies mini-invasives ont permis le remplace-
ment transcathéter de la valve aortique ou TAVI (2002),
1
LUENGO-FERNANDEZ R. (2024), “Cardiovascular disease burden en lieu et place d’une chirurgie ouverte, ou l’implanta-
due to productivity losses in European Society of Cardiology countries”,
European Heart Journal, 1(10), pp. 36-44.
tion d’un stimulateur cardiaque miniaturisé transca-
2
LUENGO-FERNANDEZ R. (2023), “Economic burden of
théter (2015 ; Figures 1 et 2), proposant des solutions
cardiovascular diseases in the European Union: A population-based thérapeutiques adaptées aux patients les plus fragiles et
cost study”, European Heart Journal, 45(44), pp. 4752-4767. limitant considérablement les suites des interventions.
La télésurveillance cardiaque, notamment via les pro- Le champ des dispositifs cardiovasculaires continue
thèses et les moniteurs implantables (voir les Figures 1 d’évoluer rapidement. Les progrès concernent les procé-
et 2), améliore la prise en charge du patient en limitant dures de moins en moins invasives, le recueil de signaux
les consultations en présentiel, le nombre et la durée cardiaques à l’aide de dispositifs portables, les algo-
des hospitalisations et les coûts associés. rithmes prédictifs d’intelligence artificielle, les dispositifs
biodégradables et biorésorbables, les nanotechnologies,
les technologies blockchain.
Ces innovations visent à améliorer les résultats pour les
patients, à augmenter leur autonomie, à optimiser l’or-
ganisation de leur prise en charge et à réduire à terme
les coûts des soins de santé.
Exemples de secteurs
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 83
citer Medtronic, Abbott Laboratories, Boston Scientific, le Comité économique des produits de santé (CEPS)
Edwards LifeSciences, Siemens Healthinneers et Philips. fixe un prix réglementé au niveau national.
Cependant, ces entreprises font face à plusieurs défis Ce processus retarde l’accès des patients français aux
importants, tant en termes de réglementation que de dispositifs innovants, puisque l’entreprise attend d’avoir
structure de marché et d’accès au financement. des données suffisantes pour déposer une demande
L’introduction du règlement européen sur les dispositifs d’inscription sur la LPPR. L’approche stricte de la France
médicaux (MDR) en 2017 a ajouté des exigences strictes contraste avec celle de pays comme l’Allemagne, où
pour l’homologation des dispositifs médicaux, d’autant des systèmes de paiement innovants, tels que le finan-
plus importantes dans le secteur cardiovasculaire, qui cement des nouvelles méthodes d’examen et de traite-
comprend essentiellement des dispositifs médicaux dits ment (NUB), facilitent des voies de remboursement plus
« à risque », implantables actifs ou de Classe III. rapides pour les technologies à fort impact. Ce système
encourage l’adoption précoce de dispositifs médicaux
En Europe, les systèmes de remboursement et d’adop-
innovants, ce qui permet aux hôpitaux de demander un
tion des nouvelles technologies varient considérablement
financement temporaire pour de nouvelles technologies
d’un pays à l’autre, ce qui complique le lancement d’un
coûteuses, y compris les dispositifs cardiovasculaires.
produit. Chaque pays a ses propres critères de rembour-
sement et procédures de validation, nécessitant souvent Toutefois, une fois le remboursement obtenu via l’inscrip-
des dossiers adaptés à chaque contexte national. tion sur la LPPR, la dépense est solvabilisée par l’assu-
rance maladie et le taux d’adoption pour 100 000 habi-
Enfin, les entreprises doivent faire face à des pressions
tants du dispositif après plusieurs années est souvent
pour réduire les coûts tout en innovant, les budgets
pertinent au regard du besoin en santé, la France se
de santé publique européens restant contraints.
situant par exemple au deuxième rang de l’UE pour les
stimulateurs cardiaques conventionnels, et au troisième
L’accès au marché des dispositifs rang de l’UE, après l’Allemagne et la Suisse, pour les
valves percutanées aortiques (TAVI).
médicaux cardiovasculaires en France
De plus, le CEPS assurant un contrôle centralisé des
est l’un des plus exigeants d’Europe prix, et négociant des baisses de prix régulières avec
En France, l’accès au marché des dispositifs médicaux les entreprises, la dépense par habitant pour la prise
peut
Economic burden s’avérer particulièrement
of cardiovascular diseases in the Europeancomplexe
Union par rapport à en charge des maladies cardiovasculaires 4753 est de 520 €
d’autres pays européens. au total quand l’Allemagne dépense 903 €, l’Italie 726 €
et l’Espagne 535 € (données 2021), la moyenne euro-
En effet, les dispositifs nécessaires aux interventions péenne étant à 630 € (voir la Figure 4)5. Cette moindre
Structuredcardiovasculaires
Graphical Abstract sont en grande majorité implantables dépense ne semble pourtant pas avoir d’impact sur l’ef-
ou invasifs. La plupart sont remboursés en sus des pres- ficacité clinique de la prise en charge des pathologies
Key Question
tations d’hospitalisation, ce qui nécessite une inscription
What is the economic burden of cardiovascular diseases (CVD) across the 27 European Unioncardiovasculaires
countries? puisque la France présente le plus
sur la LPPR (liste des produits et prestations rembour- faible taux de mortalité par maladie cardiovasculaire en
Keysables),
Finding via un processus rigoureux basé sur un niveau
Europe (voir la Figure 3). La régulation actuelle permet
élevé
• The deburden
economic preuves
of CVDcliniques.
was estimated atDans un representing
€282 billion, premier 2% temps,
of GDP.
d’obtenir des résultats cliniques satisfaisants pour un
• CVD represented a cost of €630 per person, with significant variation among countries.
la Commission Nationale d’Évaluation des Dispositifs niveau de dépense acceptable.
• Health and social care costs represent an average of 11% of EU-health expenditure.
Médicaux et des Technologies de la Santé (CNEDiMTS)
réalise
Take Home une Messageévaluation clinique et examine le service
attendu
• CVD et l’amélioration
has wide-ranging du service
impact on all aspects attendu
of the European du dispositif
economy. 5
LUENGO-FERNANDEZ R. (2023), “Economic burden of
• By identifying the specific areas requiring targeted interventions, the findings of this paper cancardiovascular diseases
assist policymakers in the European Union: A population-based
in implementing
par rapport au standard de soin. Dans un second temps,
strategic measures to reduce the economic burden of cardiovascular diseases. cost study,” European Heart Journal, 45(44), pp. 4752-4767.
Economic burden of cardiovascular diseases (CVD) in 27 European Union countries is €282 billion annually
Costs by categories
Coronary heart disease:
€77 Billion (27%)
€800-€1000
€600-€800
Home Institutionalization Cerebrovascular disease: €400-€600 Sweden
care (4%) (5%) €76 Billion (27%) €200-€400
€536
2%
sont intégrés aux coûts
hospitaliers
Portugal Malta Cyprus
Greece
€428 €407 €381
€491
% of GDP % of health and (in-patient care)
social care budget
(Source : LUENGO-
FERNANDEZ R. (2023)2).
Cardiovascular disease costs €282 billion annually across the 27 European Union countries, representing a cost of €630 per EU citizen. CVD-related
costs were estimated using country-specific national data on morbidity, mortality, RÉALITÉS INDUSTRIELLES
and health, social and informal care. - FÉVRIER 2025 © Annales des Mines
.............................................................................................................................................................................................
Keywords Cost • Cardiovascular disease • Cerebrovascular disease • Coronary heart disease
84 Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ?
Les capteurs de mesure en continu du glucose (CGM) ont transformé, et continuent à le faire, la gestion
du diabète. Ces dispositifs permettent aux patients de surveiller leur taux de glucose en temps réel,
sans prélèvement capillaire, améliorant ainsi leur quotidien.
Recommandés par les autorités de santé pour les diabétiques de types 1 et 2 sous insulinothérapie,
les CGM fournissent des données précises pour ajuster les traitements et prévenir les complications
associées à la maladie. En plus d’améliorer la qualité de vie, ces capteurs s’intègrent dans un écosystème
numérique, facilitant une prise en charge personnalisée et optimisée.
Le recyclage des capteurs usagés est également mis en avant, avec des initiatives innovantes de certains
fabricants pour réduire les déchets.
Bien que cette technologie soit devenue un standard pour de nombreux patients, une majorité n’en
bénéficie pas encore. Sa généralisation pourrait transformer la prise en charge du diabète, rendant
les soins plus accessibles et efficaces pour tous.
Une avancée majeure pour la santé publique !
Exemples de secteurs
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 85
tendances en temps réel et d’ajuster, si nécessaire, son Les capteurs de taux de glucose permettent d’aller encore
mode de vie ou son traitement antidiabétique. plus loin en s’intégrant dans un écosystème numérique
Cette technologie, qualifiée de révolutionnaire par les pro- innovant. En effet, ils communiquent avec d’autres dis-
fessionnels de santé – mais également par les patients et positifs connectés : stylos à insuline connectés, pompes,
leur famille –, facilite la gestion du diabète par les patients applications de santé, algorithmes d’aide à la déci-
eux-mêmes. Elle offre la possibilité aux équipes de soins sion, plateformes de télésurveillance à distance et de
d’accéder à un grand nombre de données, permettant téléconsultation.
ainsi une prise en charge optimisée et personnalisée. Ces écosystèmes s’inscrivent pleinement dans l’agenda
En France, les systèmes CGM sont de plus en plus numérique des autorités de santé et remplissent, pour
intégrés dans les recommandations pour la gestion du certains, les standards les plus élevés en termes d’inter-
diabète, en particulier pour les patients nécessitant une opérabilité et de sécurité, leur permettant une intégration
surveillance fréquente de la glycémie. dans Mon Espace Santé. Cette plateforme, mise en
place par l’assurance maladie, le ministère de la Santé
La Haute Autorité de Santé (HAS)2 et la Société Française
et de l’Accès aux soins et la MSA permet aux 15 millions
de Diabétologie (SFD)3 recommandent actuellement l’uti-
d’utilisateurs l’accès à un espace numérique sécurisé
lisation des CGM pour les patients diabétiques de type
pour les données de santé.
1 ou de type 2 traités par insulinothérapie. La HAS met
en avant l’importance de l’éducation et de la formation En France, chaque année, des millions de capteurs sont
spécifiques pour l’utilisation des CGM, soulignant leur rôle utilisés par les patients, représentant autant de déchets
crucial dans le suivi en temps réel des taux de glucose, ce à valoriser. Aussi, certains industriels ont mis en place
qui permet des ajustements thérapeutiques plus précis et des filières de recyclage innovantes.
une meilleure prévention des épisodes d’hypoglycémie et À titre d’exemple, Abbott a créé un système unique :
d’hyperglycémie. De son côté, la SFD soutient également #EasyToCollect4. Ce service de collecte et de traitement,
l’intérêt de l’intégration des CGM dans les stratégies de entièrement gratuit pour les patients, consiste à mettre
gestion du diabète, en insistant sur une approche person- à leur disposition une solution pour trier et recycler leurs
nalisée qui tient compte des besoins et des préférences capteurs usagés grâce à une enveloppe spécifique.
des patients. Les enveloppes remplies de la consommation annuelle
Ces recommandations s’appuient sur des bénéfices en dispositifs sont ensuite acheminées par voie postale
cliniques démontrés, notamment sur le critère biologique vers un centre de traitement qui valorisera les métaux
historique de suivi du diabète, l’hémoglobine glyquée contenus dans les capteurs usagés. Cette filière de recy-
(HbA1c). Celle-ci est le reflet de l’équilibre glycémique clage est entièrement localisée dans la région Hauts-de-
sur les trois derniers mois, et est significativement France, à Quesnoy-sur-Deûle.
améliorée dans le temps lorsque le patient est équipé Depuis sept ans maintenant, la technologie de mesure
d’un CGM. en continu du glucose est devenue le standard de prise
Les systèmes permettent également d’améliorer la qualité en charge pour des centaines de milliers de personnes
de vie des patients en leur donnant les clés pour mieux en France, améliorant considérablement leur vie avec
« se connaître » et comprendre l’impact du stress, de l’ac- le diabète. Le patient est désormais au cœur de sa
tivité physique, de leur traitement et de l’alimentation. prise en charge, et les consultations médicales sont
Cette technologie a également permis l’introduction de optimisées. Néanmoins, une majorité de patients ne
nouveaux paramètres de suivi du diabète (temps passé bénéficie pas, à l’heure actuelle, de cette technologie
dans la plage cible, temps passé en hypo- ou hyperglycé- innovante. Il serait bénéfique pour le système de santé
mie, etc.) de plus en plus utilisés par les praticiens dans d’envisager la généralisation de la prise en charge de
une prise en charge holistique du patient diabétique. ce type de dispositif, dans un objectif de santé publique
et d’amélioration de l’efficience du système de soins.
En effet, au-delà du confort et d’un impact positif sur
la qualité de vie, sur l’absentéisme au travail, etc., de
nombreuses études sur les patients diabétiques munis
d’un capteur ont montré une amélioration significative
de leur équilibre glycémique, réduisant le temps passé
en hyperglycémie ou hypoglycémie, et une diminution
drastique des hospitalisations pour complications liées
au diabète. Ces effets, en permettant une meilleure
prise en charge des patients diabétiques, supportent la
soutenabilité du système de santé : moins de complica-
tions, moins d’hospitalisations, et ainsi une diminution
des dépenses associées.
2
Systèmes de mesure du glucose interstitiel, couplés ou
non à une pompe à insuline et systèmes de boucle semi
fermée pour la gestion automatisée du diabète, HAS 2024.
3
Société française de Diabétologie, Éducation à l’utilisation pratique 4
Arrêté du 21 décembre 2023 portant agrément d’un système
et à l’interprétation de la Mesure Continue du Glucose : position individuel de la filière des déchets d’équipements électriques et
d’experts français, SFD 2017. électroniques ménagers.
En France, l’orthopédie est à la fois une discipline médicale et un secteur industriel important, reconnu
mondialement pour son innovation et son savoir-faire. Avec des entreprises comme Amplitude,
le secteur français maintient sa compétitivité face aux géants internationaux. Cet article explore l’histoire
d’Amplitude, les défis auxquels les entreprises françaises font face et les solutions envisagées pour
assurer l’avenir de cette industrie stratégique.
Exemples de secteurs
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 87
groupes, souvent américains, qui peuvent amortir Cependant, d’autres entreprises pourraient connaître
ces coûts sur de plus grands volumes et continuer à des destins moins favorables : acquisition par
innover. des groupes étrangers, abandon du marché local
Le respect de la loi relative à la transition énergétique ou même faillite. La France doit alors se poser la
pour la croissance verte se traduit par la mise en place question de ses priorités : souhaite-t-elle soutenir
dans nos entreprises françaises d’une politique RSE des entreprises qui défendent la souveraineté indus-
et d’actions concrètes pour réduire notre empreinte trielle et l’éthique de production, ou doit-elle se prépa-
carbone. Cette stratégie est profondément ancrée rer à des ruptures d’approvisionnement, comme celles
dans nos valeurs et fait partie de notre choix du Made vécues durant la crise sanitaire ? La France doit-elle
in France. Malheureusement, bon nombre de produits envisager une différentiation tarifaire pour les produits
sur le marché sont approvisionnés en provenance de respectant ses priorités et ses valeurs ?
pays ne respectant pas ces normes, mais bénéficient
pourtant du même tarif de remboursement.
Depuis 2013, les baisses successives des tarifs de
remboursement ont fragilisé les entreprises françaises :
moins 11 % pour les prothèses de genou et moins
18 % pour celles de hanche. La période Covid a été
fort difficile pour les entreprises du secteur ; les chirur-
gies orthopédiques, non vitales, ont été les premières
déprogrammées, entraînant des pertes de trésorerie
importantes. En parallèle, les tensions internationales
ont conduit à une forte inflation et des difficultés d’ap-
provisionnement en matières premières, résultant en
une hausse importante des prix de revient.
De plus, la taxe sur la promotion des dispositifs
médicaux pénalise les entreprises françaises peu
flexibles sur l’organisation de leur réseau de vente
et qui ne délocalisent pas leurs équipes marketing et
communication.
Thuasne® a évolué de la fabrication de textiles élastiques vers celle de dispositifs médicaux innovants,
pour devenir l’un des leaders européens du secteur. Après avoir constaté les bienfaits thérapeutiques de
la compression pour la cicatrisation, l’entreprise s’est progressivement tournée vers le secteur médical
dans les années 1930. Elle développe ainsi des solutions de compression pour soigner l’insuffisance
veineuse, et des orthèses pour la prise en charge des troubles musculosquelettiques. Tournée vers
l’international, Thuasne® s’implante en Allemagne, puis dans plusieurs pays d’Europe de l’Est avant
de commercialiser ses solutions sur le territoire nord-américain dès les années 2000. À l’ère du digital,
elle intègre les nouvelles technologies dans ses solutions : mesures digitales, impression 3D, orthèses
intelligentes… Ces nouveaux dispositifs permettent une meilleure communication entre médecins et
patients, favorisant l’autonomie et la personnalisation des soins.
Exemples de secteurs
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 89
L’intégration industrielle :
l’excellence par l’investissement
en continu
Thuasne fait le choix, afin d’assurer tout le dévelop-
pement de ses dispositifs nouveaux, d’être toujours
intégré sur le plan industriel : il s’agit donc de maîtriser
à chaque étape la chaîne de valeur industrielle et les
technologies multiples – préparation des fils élastiques
(guipage), enduction, ennoblissement, teinture – afin
de contrôler l’ensemble de sa chaîne de valeur.
Autour des années 1990, Thuasne franchit une étape
Thuasne® est implantée dans 110 pays (Source : Thuasne).
technologique majeure en se dotant des technolo-
gies du tricot circulaire et rectiligne, afin de créer et
développer des dispositifs nouveaux plus adaptés et La définition du « dispositif médical »
conformes aux besoins des marchés nouveaux sur
lesquels il s’implante, l’Allemagne en particulier. C’est par la preuve clinique, la spécificité
l’heure des programmes de transformation et d’auto- technique, la norme
matisation industrielles lancés pour une efficacité et
une qualité améliorées. Avec la directive européenne de 2003, le disposi-
tif médical voit apparaître sa définition précise et
commune pour l’Europe entière. La construction des handicapantes (suites de cancers, maladies neuro-
réponses à ces exigences normatives et réglemen- logiques dégénératives) ;
taires s’opère jusqu’à la conformité au MDR (ʺMedical
• à développer des études cliniques sur des cohortes
Device Regulationʺ) en 2022. En parallèle se construit
beaucoup plus larges, donc apportant plus d’évi-
la conformité à la FDA américaine (Food and Drug
dence clinique.
Administration).
Thuasne accélère ses travaux cliniques et bioméca-
niques. Le groupe, en 2024, développe 25 études cli-
niques avec 900 patients observés. Les brevets accom-
pagnent l’innovation (200 brevets Thuasne sont en cours
de validité).
Exemples de secteurs
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 91
De la compression médicale
Made in France,
oui mais à quel « prix » !
Par Sandrine MAILLARD
Directrice générale et directrice administrative et financière de Sigvaris Group
Les industries françaises de compression médicale, confrontées à des défis réglementaires, économiques
et environnementaux, doivent préserver leur compétitivité tout en valorisant le Made in France.
La compression médicale, traitement reconnu pour les maladies veineuses, repose sur des normes
strictes (marquage CE, certification ASQUAL) pour garantir efficacité et qualité.
La demande en compression médicale croît avec le vieillissement de la population, mais les marges se
réduisent face aux produits sans reste à charge et à l’inflation des coûts. L’innovation, notamment avec
des textiles intelligents et l’éco-conception, est cruciale pour répondre aux attentes du marché. Malgré
les obstacles, le secteur doit investir dans des pratiques durables et des technologies avancées
pour concilier qualité, sécurité et viabilité économique.
Last Twelve
09/24 L3M YTD
Months
Last Twelve
VOLUMES09/24
as of SeptemberL3M
2024 YTD
Months
TOTAL MARKET Evolut° % VOLUMES as of 6,6%
September 20246,7% 1,8% 1,9%
TOTAL MARKET Evolut°
'000 %
UnitsSell-out 16,6%
186 36,7%
317 101,8%
755 141,9%
475
PREMIUM '000 UnitsSell-out
Evolut° % 11,1%
186 3 317
-0,4% 10 755
-6,0% 14 475
-5,9%
PREMIUM Evolut°
'000 %
UnitsSell-out 1,1%
472 -0,4%
1 307 -6,0%
4 381 -5,9%
6 023
VALUE '000 UnitsSell-out
Evolut° % 472
10,7% 1 307
11,8% 47,9%
381 68,4%
023
VALUE Evolut°
'000 %
UnitsSell-out 10,7%
714 11,8%
2 010 67,9%
374 88,4%
451
'000 UnitsSell-out
Weight % 714
60,2% 2 010
60,6% 6 374
59,3% 8 451
58,4%
Weight
Figure 3 : Le marché %
français 60,2%
des bas médicaux de 60,6%
compression (Source 59,3%
: Données du Gers 09/2024). 58,4%
Exemples de secteurs
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 93
à résoudre pour les fabricants de compression médi- Il est évident que la souveraineté industrielle française
cale résolus pour la plupart à rester ancrés dans leur en matière de dispositifs médicaux (voire sa capacité à
bassin industriel historique, mais confrontés à un défi conquérir de nouveaux marchés au-delà des frontières)
de ressources humaines. Face à la pénurie de forma- proviendra de la capacité à développer des solutions à
tion initiale en matière textile, et à la difficulté de l’in- haute valeur ajoutée et « transversales » qui associeront
dustrie à recruter sur des activités essentielles comme des matériaux textiles avancés pour le développement de
la maintenance, la filière du textile médical s’est orga- textiles techniques de haute performance ou intelligents,
nisée. Pour relever le défi des compétences, assurer l’IoT (internet des objets), le traitement de signal ou le
la transmission des savoir-faire et continuer à dispo- développement d’algorithmes. L’écosystème français,
ser d’une main-d’œuvre hautement qualifiée pour des particulièrement riche de tous ces domaines, offre une
produits à forte valeur ajoutée, le tutorat s’est notam- opportunité unique que les industries françaises de bas
ment développé pour pérenniser les compétences clés médicaux de compression doivent activement saisir
et faire face à l’automatisation croissante de l’outil de grâce à l’innovation partenariale tout autant qu’interne.
production.
Pionnier de la MedTech Made in France, Balt a révolutionné le traitement des pathologies neurovasculaires
en développant des dispositifs médicaux de haute précision aujourd’hui utilisés dans 70 pays à travers le
monde. Ces dispositifs, produits principalement en France et aux États-Unis, ont permis d’ouvrir de nouvelles
perspectives, grâce à des traitements non invasifs, pour les patients touchés par les AVC.
Près de 50 ans après sa création, dans un contexte très concurrentiel et réglementé, nous avons pu, avec
mon équipe de direction, nous adapter et continuer à faire la course en tête, en nous appuyant sur un
investisseur solide, sur une expertise de haut niveau et sur une R&D à la pointe de l’innovation. L’entreprise
a accéléré son expansion, multipliant ses effectifs par dix et son chiffre d’affaires par sept depuis 2015.
Avec 14 filiales et un portefeuille inégalé de produits innovants, Balt est aujourd’hui un leader mondial
incontournable et un modèle de réussite entrepreneuriale.
La rupture
Dans les années 2010, l’environnement du secteur
neurovasculaire évolue rapidement, avec le renforce-
ment des réglementations sur les dispositifs médicaux
en France et en Europe et l’arrivée sur ce marché
spécifique de conglomérats industriels, la plupart
américains. Pour survivre et maintenir son indépen-
dance, l’entreprise Balt va faire appel à un puissant
investisseur, Bridgepoint, qui en prend le contrôle en
2015, et va me recruter pour piloter la transformation.
La combinaison du portefeuille technologique de Balt,
Figure 1 : Un travail d’une telle minutie la puissance de feu de Bridgepoint, et mon expérience
et d’une telle précision nécessite internationale de plusieurs décennies sur ce secteur,
un savoir-faire unique va permettre la métamorphose de l’entreprise.
(Source : Balt).
Exemples de secteurs
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 95
L’expansion L’innovation
Balt change alors d’échelle. Les investissements L’innovation reste l’axe principal de notre stratégie de
massifs et inscrits dans la durée permettent une pro- développement sur un marché neurovasculaire très
fonde transformation : recrutement d’une équipe de porteur, marqué par le besoin indéniable d’améliora-
direction internationale et diversifiée sélectionnée parmi tion régulière des traitements et de l’accès aux soins.
mes anciens collaborateurs pour leur expertise pointue La R&D représente aujourd’hui 11 % de notre chiffre
dans ce secteur ; augmentation significative des capaci- d’affaires ; elle s’effectue principalement en France,
tés de production du site de Montmorency ; acquisition et depuis 2018 également aux États-Unis. Il s’agit
d’une start-up américaine nous permettant une entrée par exemple de miniaturiser toujours davantage afin
rapide sur le marché américain ; création d’une nou- de pouvoir soigner des zones du cerveau difficiles
velle unité de production à la pointe de la technologie d’accès, ou développer de nouveaux revêtements de
en Californie ; déploiement de filiales internationales surface de nos implants afin d’améliorer l’efficacité
(Allemagne, Espagne, Italie, Suède, Portugal, Chine, des traitements.
Inde, Brésil, Colombie, Australie) ; investissements En France, nous profitons d’un écosystème unique au
cliniques et réglementaires aux États-Unis et recrute- monde. Il stimule la collaboration de l’acteur industriel
ment d’une force de vente de premier plan faisant litté- avec des partenaires académiques (Inserm, CEA) et
ralement exploser nos ventes sur ce marché ; mise en hospitaliers, et la soutient financièrement (Bpifrance).
place et développement des fonctions-clés de l’entre- En 2023, nous avons ainsi pu créer un pôle biotech
prise (réglementaire, qualité, opérations, clinique) ; et qui regroupe tous les projets pour lesquels les
enfin poursuite de l’innovation et lancement de projets performances de nos dispositifs sont optimisées par
de recherche et développement de rupture. interaction avec les tissus biologiques.
Où pourrait-on ailleurs qu’en France bénéficier de finan-
cements publics pour s’engager dans un projet innovant
visant à optimiser l’occlusion des anévrismes en recou-
vrant les implants d’un polysaccharide extrait d’algues
brunes cultivées au large de l’île d’Ouessant ?
Enfin, l’innovation chez Balt, c’est aussi ce réseau
d’échanges et de collaboration unique avec les méde-
cins du monde entier, que nous impliquons régulière-
ment dans nos projets de développement.
dégage une forte profitabilité, a été multiplié par sept ; des ans ; la force d’innovation favorisée par l’écosys-
ses effectifs par dix, avec plus de 900 salariés dans le tème français ; l’excellence industrielle ; le dynamisme
monde ; ses filiales internationales sont passées de commercial. Mais aussi la capacité d’investissement
2 à 14 ; 95 % de la production est vendue en dehors et donc la possibilité de s’appuyer dans la durée sur
de la France, dans plus de 70 pays ; Balt est la seule un partenaire financier puissant et stable.
entreprise au monde à offrir un portefeuille de produits Balt est un très bel exemple de réussite de la
aussi large sur le marché neurovasculaire ; plus de MedTech Made in France. Son histoire est unique ;
100 000 patients ont été traités grâce à nos produits elle est ma fierté.
en 2024.
Figure 4 : Plus de 100 000 patients ont été traités Figure 5 : L’équipe de direction de Balt : de gauche à droite,
grâce aux produits Balt en 2024 au 1er rang : Katherine Oates, cheffe de cabinet, Pascal Girin,
(Source : Balt). président-directeur général ; au 2nd rang : Claus Freyinger,
vice-président Affaires réglementaires, cliniques et médicales,
Fred Gunderman, vice-président États-Unis, Paul Laquerre,
Les perspectives directeur financier, Peter Cooke, vice-président senior Asie
Pacifique, Ryan Salomon, vice-président Stratégie d’entreprise
Au regard de nos positions actuelles à l’international et et Business développement, Éric Largen, vice-président
de notre pipeline de nouveaux produits, nous pouvons Recherche et Développement, Thomas Colson, vice-président
Qualité, Jeff Sachs, directeur juridique et secrétaire général,
raisonnablement viser un doublement de notre taille dans Florence Leroy, vice-présidente Ressources humaines et
les prochaines années, avec une accélération de notre Patrice Cornillon, vice-président Opérations (Source : Balt).
croissance en Europe, en Chine, en Inde, au Brésil, et
bien entendu aux États-Unis où nos ventes représentent
déjà le tiers de notre chiffre d’affaires global.
Cette expansion nécessitera d’accélérer et d’intensi-
fier nos investissements, notamment en matière de
R&D et d’essais cliniques, aux États-Unis, en Europe
comme en Chine, mais aussi dans nos outils de pro-
duction, tant sur le site historique de Montmorency
qu’en Californie ; l’objectif étant de répondre à la
demande de plus en plus forte de produits Balt.
Comme d’autres, nous sommes certes confrontés à
des défis particuliers. L’instabilité géopolitique mon-
diale et l’incertitude des politiques gouvernemen-
tales en matière de tarification des produits de santé
dans certaines zones géographiques, notamment en
Chine, rendent le pilotage de notre activité délicat.
Particulièrement lourd et contraignant, le nouveau
règlement européen MDR sur les dispositifs médi-
caux freine significativement le rythme d’innovations
des technologies médicales en Europe, au profit du
marché américain.
Mais notre trajectoire, nos résultats, notre pipeline,
nos savoir-faire, et la confiance de nos clients et par-
tenaires médecins, nous permettent de rester sereins
et ambitieux.
Le succès de Balt repose sur une conjonction ver-
tueuse d’éléments : bien sûr, la qualité et l’engage-
ment exceptionnel des équipes qui m’ont rejoint au fil
Exemples de secteurs
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 97
Le diagnostic in vitro,
est essentiel pour l’optimisation des
parcours patients et l’efficience de
notre système de santé
Par Isabelle TONGIO
Présidente du Syndicat de l’Industrie du Diagnostic In Vitro (SIDIV)
En France, la filière industrielle du diagnostic in vitro (DIV) est plurielle, innovante et exportatrice. 70 %
des décisions médicales s’appuient sur le résultat d’un test de DIV. Le DIV est un outil majeur de santé
publique : il contribue à l’amélioration de l’état de santé des populations ; il permet d’optimiser la prise en
charge des patients tant en matière de décision médicale que de prescription ; il favorise une meilleure
organisation des soins à l’hôpital comme en médecine de ville. Limitant l’errance diagnostique, il contribue
à une bonne affectation de la dépense de santé, en favorisant la prise en charge précoce des patients,
la médecine de précision et la juste utilisation de l’offre de soins et de médicaments. C’est un investissement
stratégique à long terme pour garantir un système de santé efficient et pérenne. Il est désormais essentiel
que le DIV bénéfice d’un cadre réglementaire, législatif et économique pour en permettre l’utilisation à bon
escient au bénéfice des patients, et que sa valeur holistique soit reconnue.
Le diagnostic in vitro joue un rôle Par exemple, grâce à des résultats toujours plus
précis, plus rapides et plus proches des patients, les
crucial dans les parcours de santé résultats d’un test de DIV permettent d’administrer des
Le diagnostic in vitro (DIV) tient une place à part dans soins de qualité, adaptés à l’état de santé d’un patient
le secteur de la santé. Plus de 70 % des décisions septique. Le sepsis est une réponse aiguë de l’orga-
médicales s’appuient sur des résultats de tests de dia- nisme se défendant face à une infection sévère. C’est
gnostic in vitro. une maladie mortelle. Si le traitement antibiotique est
administré dans l’heure qui suit le diagnostic, le taux
Utilisé à toutes les étapes du parcours de soins et tout
de survie avoisine les 80 % ; ce taux diminue de 8 % à
au long de la vie, le DIV permet de dépister et de dia-
chaque heure suivante.
gnostiquer l’état de santé d’un patient, de prévenir et
de surveiller une maladie et de suivre les traitements.
Il peut aussi être utilisé à des fins de surveillance Sa valeur organisationnelle
sanitaire. L’utilisation de certains systèmes de DIV permet de
Il est utilisé dans toutes les aires thérapeutiques : désengorger les urgences, d’aider à prendre des déci-
maladies infectieuses et antibiorésistance, oncolo- sions d’hospitalisation, de contribuer à la fluidité de
gie, hématologie, transfusion et greffe, cardiologie, l’articulation entre la médecine de ville et la médecine
endocrinologie… hospitalière ; c’est sa valeur organisationnelle.
Par exemple, la délocalisation de la biologie permet
Le diagnostic in vitro contribue à de positionner les automates de DIV au plus près du
patient sur les sites péri-analytiques ou chez d’autres
un système de santé plus efficient professionnels de santé, donc s’attaquer à la question
Le DIV est porteur d’une valeur holistique. des déserts médicaux..
Il fournit aux équipes médicales, soignantes et para-
médicales des informations essentielles à la prise de Sa valeur opérationnelle
décisions éclairées et à leur mise en œuvre. Le DIV permet de définir le parcours de soins le plus
adapté à l’état de santé d’un patient, en sélection-
Sa valeur médicale nant les actes complémentaires indispensables, sans
Le DIV permet la juste prescription d’un traitement, de ajout d’acte inutile ou redondant ; c’est sa valeur
sa dose et de sa durée selon l’état de santé du patient ; opérationnelle.
c’est sa valeur médicale.
Par exemple, la nouvelle génération de tests de tro- Cette filière est représentée par le Syndicat de l’Industrie
ponine cardiaque de haute sensibilité permet une du Diagnostic In Vitro, le SIDIV, qui conduit les actions
détection plus précoce de l’infarctus du myocarde nécessaires pour :
(IDM). Chaque année, 16 millions de personnes dans
• co-construire un cadre légal et économique recon-
le monde décèdent de maladies cardiovasculaires, en
naissant la valeur holistique du diagnostic in vitro
particulier de crises cardiaques ou d’accidents vascu-
dans toutes ses dimensions ;
laires cérébraux. La douleur thoracique fait partie du
top 10 des motifs de consultations aux urgences et • informer les pouvoirs publics et les parties prenantes
représente environ 5 % des consultations de ce service. dans un esprit de dialogue ouvert ;
Les résultats de cette nouvelle génération de tests de • fédérer les industriels dans une filière stratégique.
troponine permettent d’éviter une hospitalisation des
patients non urgents et d’alléger la charge de travail La situation de notre système de santé appelle à des
des soignants par patient, générant ainsi des écono- réformes d’ampleur. Co-créer les conditions régle-
mies conséquentes. mentaires, législatives et économiques pour l’utilisa-
tion à bon escient du diagnostic in vitro au bénéfice
des patients et du système de santé est désormais
Sa valeur de santé publique essentiel.
Enfin, les données issues des systèmes de DIV sont
Cela nécessite en particulier une structuration nouvelle
l’une des sources de la surveillance épidémiolo-
de la politique en faveur des systèmes de diagnostic
gique et des politiques de prévention et de dépistage.
in vitro grâce à un espace de dialogue pérennisé avec
Elles facilitent la prise ou la levée de mesures de sécu-
le gouvernement et ce, afin, en particulier, de permettre
rité sanitaire ; c’est sa valeur de santé publique.
un accès précoce des patients à l’innovation diagnos-
Le DIV a notamment été le premier produit de santé à tique et d’accompagner l’évolution de la biologie médi-
être arrivé sur le marché pendant la crise du Covid-19. cale et de l’anatomopathologie, notamment par le déve-
La gestion de la pandémie a bénéficié d’un arsenal dia- loppement de la biologie délocalisée et le déploiement
gnostique qui a été adapté, en temps utile, à l’évolution de l’offre diagnostique numérique.
de la crise sanitaire. C’est aussi une brique essentielle
à la lutte contre l’antibiorésistance, qui est désormais
considérée par l’OMS comme une urgence sanitaire
Isabelle Tongio, présidente du SIDIV,
prioritaire.
déclare :
En conclusion, le diagnostic in vitro contribue à l’effi-
cience des soins et permet des économies tout au long « Le diagnostic in vitro est à la croisée
de la prise en charge des patients. C’est sa valeur éco- des chemins de la santé de demain.
nomique. Ce n’est donc pas une dépense de santé à Il apporte des solutions pour traiter
court terme, mais un investissement de long terme : les enjeux de santé publique
à court comme à plus long terme.
• pour la pérennité et la soutenabilité de notre système
Il est urgent d’en exploiter tout le potentiel
de santé ;
pour améliorer la vie des populations,
• pour la médecine de demain – celle des 5P – soutenir les professionnels de santé
préventive, prédictive, personnalisée, participative et dans leur mission au quotidien
de preuves. et rendre les systèmes de santé
durablement plus efficients. »
Tout cela n’est possible que grâce à
un secteur industriel mobilisé et fort
En France, la filière industrielle compte une centaine
d’entreprises qui développent, produisent et commer-
cialisent des systèmes de DIV (équipements, réactifs,
services et logiciels). C’est une filière :
• plurielle, avec une majorité de PME et de start-up
qui côtoient des grands groupes français leaders
mondiaux et des sociétés filiales de groupes
internationaux ;
• experte, grâce à ses +13 000 collaborateurs, répartis
dans plus de 200 métiers différents ;
• innovante, l’effort d’innovation des sociétés qui ont
une activité de R&D en France représentant plus de
10 % du chiffre d’affaires ;
• exportatrice, avec 86 % de la production faite en
France destinée aux marchés étrangers.
Exemples de secteurs
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 99
Le pansement est l’emblème d’Urgo. Né d’une volonté de prendre soin, de soulager, de guérir les petits
et les grands. Des petits bobos, avec « un pansement et un bisou », aux plaies très graves et très
douloureuses qui peuvent mener à l’amputation. En plus de 60 ans, Urgo a développé une expertise hors
du commun dans la connaissance de la peau, et fait le choix de l’innovation au service des patients et
du Made in France. Aujourd’hui fleuron industriel français de santé, le groupe compte 4 000 collaborateurs
dans 25 pays, dont 1 500 en France, et renforce sa présence en France chaque année davantage.
Poser des bases solides revue scientifique The Lancet – une première pour un
pansement.
Pour Urgo, le soin des plaies commence en 1958.
À cette date, Jean Le Lous, grand-père des diri- Urgo en 2025, ce seront 900 millions d’euros de
geants actuels, alors jeune pharmacien à la tête des chiffre d’affaires, parmi les leaders mondiaux dans
Laboratoires Fournier à Dijon, crée la marque Urgo. ses catégories.
Ancien pharmacien militaire, il a vécu la pénurie de Quatre choix fondamentaux expliquent cette réussite
pansements pendant la guerre et veut créer un acteur française : une gouvernance familiale, l’innovation, l’in-
français de référence, garant de souveraineté sanitaire. dustrie française et une culture d’entreprise originale.
Dès le départ, il innove et crée le premier pansement
moderne tout-en-un, accessible au plus grand nombre
grâce à un procédé industriel innovant développé rue Le choix d’une gouvernance familiale
Petitot à Dijon. Le slogan « Il y a de l’Urgo dans l’air,
il y a de l’air dans Urgo », lancé en 1979, marque Urgo est une entreprise familiale française située à
encore les esprits. Dijon depuis 1882. Dans un secteur où les fonds d’in-
vestissement et les banques regardent à cinq ans,
Au fil des décennies, Urgo gardera la même obsession : attendent un retour financier à court terme, Urgo, sans
innover et fabriquer en France. Innover en développant dette, sans investisseur, peut prendre son temps et ne
les meilleurs traitements pour les patients et rester en rendre des comptes qu’aux patients.
avance sur la concurrence internationale. Fabriquer
en France pour maîtriser le savoir-faire et garantir Le choix de rester indépendant permet d’investir
la qualité et le service. massivement, notamment pendant le Covid, dans des
projets de rupture comme Genesis – la peau artificielle.
En 2000, les ingénieurs d’Urgo apportent au patient une Véritable pari d’innovation, soutenu par le gouver-
nouvelle révolution : le retrait sans douleur des pan- nement français, la production de la peau artificielle
sements pour les grands brûlés et les patients atteints deviendra réalité d’ici les années 2030 grâce aux
d’épidermolyse bulleuse. recherches menées par le laboratoire R&D de Dijon.
Urgo veut aller plus loin tout en restant fidèle à son Alors que les plaies très lourdes à cicatriser nécessitent
ADN d’ingénieurs innovants. À l’heure du générique, de multiples interventions chirurgicales et un suivi
des commodities et du fabless, Urgo se lance un en médecine de ville sur une longue période, cette
double défi : guérir des plaies graves avec des produits nouvelle solution thérapeutique innovante permettra de
fabriqués en France. Urgo investit alors massivement réduire la souffrance des patients, le risque d’infection,
dans la recherche et l’innovation, et réussit son pari en mais également le coût pour le système de santé.
moins de vingt ans. Brûlures, notamment des enfants,
ulcères de jambe, plaie du pied diabétique, escarres,
Urgo mobilise son équipe de chercheurs pour créer les
Le choix de l’innovation
meilleurs pansements, bandes de compression et solu- En effet, les années à venir vont accélérer de grandes
tions de nettoyage de la plaie. Résultat : en moins de tendances que nous observons depuis une trentaine
vingt-cinq ans, Urgo propose des produits de santé qui d’années : la population française comme toutes les
cicatrisent les plaies plus rapidement, améliorent signi- populations occidentales vieillit. Elle souffre davantage
ficativement la vie des patients et génèrent des écono- de maladies chroniques, ce qui va peser sur les capaci-
mies pour le système de santé tout en participant à la tés de prise de charge par des professionnels de santé
balance commerciale du pays ! proportionnellement moins nombreux et un hôpital
Preuve de sa reconnaissance internationale, en 2018, public sur-sollicité dans un contexte financier chaque
Urgo fait l’objet d’une publication dans la prestigieuse année plus contraint.
Exemples de secteurs
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 101
La chirurgie moderne se tient sur ses deux jambes : des produits de grande masse à bas coûts ; et des
produits extrêmement innovants comme les robots chirurgicaux. Le marché du matériel chirurgical est à
l’image de l’industrie du dispositif médical : extrêmement diversifié, allant de grandes majors américaines
aux sociétés low cost asiatiques en passant par des sociétés européennes et des PME / TPE françaises.
Vue d’un grand groupe européen, la France est terre de contrastes. À la fois terre d’innovation et d’excellence
médicale, et un marché soumis à une très grande pression sur les prix et les obligations règlementaires.
Mais après sept ans de politique volontariste de soutien à la réindustrialisation, l’absence de réforme
structurelle du système de santé français et la réalité budgétaire risquent d’avoir raison d’une industrie
historiquement très agile et très innovante. Cela risque également de mettre à mal la souveraineté industrielle
européenne dont nous avons tant besoin, comme la crise du Covid-19 l’a démontré.
Nous plaidons pour le juste soin : la qualité plutôt que la quantité, et la juste rémunération de l’effort
d’investissement en France et en Europe par les prix et non par les subventions.
Le matériel chirurgical a besoin du savoir-faire français. Protégeons notre tissu industriel et nos marchés
contre une trop grande dépendance à l’importation.
solutions pour améliorer la prise en charge des patients. les 20 Mds€ que représente le marché français du dis-
La politique joue également un rôle clé : la loi Ma Santé positif médical, environ 14 Mds sont financés par l’assu-
2022 a fait passer le taux de chirurgie ambulatoire de rance maladie, dont 10 Mds sont remboursés et 4 Mds
40 % à 66 % en 2023 (objectif : 80 %). En comparaison, sont achetés par les établissements de santé par appels
l’Allemagne est à 60 % (Source : [Link]). d’offres et financés via les tarifs hospitaliers (rapport
« revue des dépenses IGAS IGF », mars 2024)).
Un marché extrêmement réglementé Ces baisses viennent en parallèle d’une très forte infla-
tion des matières premières, des coûts logistiques et des
Le marché français est un marché extrêmement régle-
prix de l’énergie, qui a débuté début 2022 avec la guerre
menté, avec des normes toujours plus nombreuses
en Ukraine. Cette inflation a fortement augmenté le coût
et toujours plus strictes. Cette augmentation des exi-
de production en France et en Europe, et n’a pas pu être
gences règlementaires est illustrée par le MDR (direc-
intégralement reporté sur le prix des produits en France
tive européenne «Medical Device Regulation»), adopté
du fait des contraintes réglementaires (peu de possibilité
en 2017 et entré en vigueur le 26 mai 2021 dans tous
de réviser les prix à la hausse) et budgétaires (appels
les pays de l’Union européenne : cette directive a pour
d’offres hospitaliers toujours à la baisse, en raison de la
objectif d’augmenter le niveau de sécurité des disposi-
prépondérance du critère prix) très fortes.
tifs médicaux mis sur le marché.
Nous attendons également la loi d’application d’une
autre grande directive, celle-ci en matière de cybersé- La situation actuelle
curité, le NIS2 («Network and Information Security 2»), L’augmentation de la pression règlementaire et la
qui va impacter très fortement les dispositifs de haute pression continue sur les prix menacent les industriels
technicité (les robots chirurgicaux connectés). Le risque français et européens, et touchent très négativement
est très fort d’avoir entre la France et l’Allemagne deux le marché des dispositifs médicaux et plus particuliè-
visions : d’un côté, l’Allemagne qui va vouloir défendre rement le marché du matériel chirurgical. En effet, le
son industrie et avoir une approche pragmatique des matériel chirurgical en France est souvent l’affaire de
règles en cyber sécurité ; et, de l’autre, la France portée PME / TPE familiales qui se retrouvent en grande dif-
par sa « créativité maximaliste règlementaire ». ficulté après le Covid (période durant laquelle il y a eu
En tant qu’entreprise industrielle, familiale et euro- un fort ralentissement de l’activité chirurgicale), le MDR
péenne, nous nous inscrivons dans la durée et nous et l’inflation. Le résultat est que beaucoup de socié-
sommes absolument EN FAVEUR de toute règlementa- tés françaises sont en cours de rachat par des majors
tion venant renforcer la sécurité des patients et des per- américaines (LDR, Tornier, Medicrea, Vexim, MedTech,
sonnels de santé ainsi que la protection de l’environne- SERF, FH Otho, Orthotaxy, etc.).
ment. Nous alertons juste sur la mise en œuvre de ces Ce n’est pas une bonne chose. En tant que société fami-
règlementations, qui ne doit pas se faire CONTRE les liale, industrielle et européenne, nous souhaitons évi-
industriels européens mais AVEC eux pour garantir une demment que le marché fonctionne librement. Et nous
souveraineté sanitaire industrielle européenne pérenne. savons en tant que société industrielle que certains pro-
Ainsi, si je prends l’exemple de la mise en œuvre du duits n’ont pas vocation à être fabriqués en France ou
MDR, qui est une excellente chose pour garantir la sécu- en Europe, notamment les consommables à bas prix.
rité des patients, celle-ci a été faite sans les industriels, La bonne échelle pour la réflexion et l’action est bien le
ce qui aura pour effet pervers la disparition de 30 % niveau européen, et non pas le niveau national, trop petit
des dispositifs médicaux du marché (dont beaucoup de marché pour justifier la production de tous les disposi-
matériels de chirurgie). La mise en œuvre du MDR a tifs sur notre territoire. Nous avons besoin de sociétés
fait porter et continue de faire porter sur les entreprises européennes fortes et très présentes sur le marché euro-
un effort gigantesque d’adaptation, focalisant l’essentiel péen. La crise du Covid-19 l’a démontré : nous sommes
des ressources de recherche et d’innovation, et donc trop dépendants de produits de santé importés.
ralentissant fortement l’innovation. La France a un véritable savoir-faire en matière de d’in-
novation, de développement et de fabrication de matériel
chirurgical. Les décisions d’investissements ne sont pas
Une forte pression sur les prix basées sur les aides d’État mais sur la profondeur et l’at-
Le niveau de la dette et le déficit public en France tractivité du marché local (en l’occurrence européen et
explosent, ce qui a un effet direct sur le budget et donc plus particulièrement français). Des efforts ont été faits
sur le budget de la santé, l’un des premiers postes de en matière d’attractivité, et un vrai dialogue s’est ins-
dépenses de l’État. tallé avec certaines administrations dont le CEPS. Mais
Il existe donc une pression de plus en plus forte pour la situation reste très tendue et difficile.
contenir coûte que coûte les dépenses de santé, cette Nous plaidons de notre côté pour le juste soin, c’est-à-
pression s’exerçant principalement sur les produits de dire le juste produit, au juste prix, pour le bon patient et
santé – et donc les industriels – pour ne pas s’aliéner le au bon moment. Nous plaidons pour plus de qualité et
reste du système de santé. moins de quantité. Nous plaidons également pour que
Ainsi, ces dernières années, le PLFSS (projet de loi de l’innovation et l’investissement en France et en Europe
financement de la sécurité sociale) voté chaque année soient reconnus par des niveaux de prix acceptables,
au parlement demande au Comité Économique de pro- plus particulièrement en France. C’est ainsi que nous
duits de santé de trouver entre 150 et 200 M€ d’écono- pourrons conserver une industrie de pointe et suffisam-
mies sur les seuls produits remboursés / prescrits (sur ment compétitive en Europe.
Exemples de secteurs
Industrie des dispositifs médicaux : quelles perspectives pour les acteurs français et européens ? 103
dynamic. Local expertise in medical textiles, engineering, requirements, including the demonstration of a favorable
and subcontracting reinforces this collaborative model, benefit/risk ratio.
rooted in the real needs of patients and caregivers.
This assessment is verified by a notified body, during
Through regional partnerships and a sustainable
a specific CE marking certification process whose
approach, Saint-Étienne distinguishes itself among
procedures are all the more stringent the higher the risk
French ecosystems, with promoting a more human and
class of the MD. A total overhaul of this regulation has
accessible healthcare.
been carried out in May 2021, through the implementation
of the new regulation 2017/745. This major regulatory
Market access and regulation change increases all the regulatory prerequisites needed
to obtain the medical CE mark. This represents a major
The challenges of CEPS pricing for medical challenge for companies in the sector, and, more broadly,
devices and services for the entire ecosystem.
Philippe Bouyoux & Bernard Celli.
Public action in support of the medtech sector
The Comité économique des produits de santé
(CEPS) plays a central role in the medical devices to meet the challenges of today and tomorrow
and associated services sector. Placed under the Roxane Spinardi & Alexandre Benoît.
authority of the Ministers of Health, Industry, and
Public Accounts, it is the guarantor of the policy of The medtech sector played a major role in supplying
setting and revising tariffs for products and services the French healthcare system with medical devices
reimbursed by health insurance. It ensures a balance and in vitro diagnostic medical devices during the
between the challenges of making healthcare products Covid- 19 pandemic. It is now facing major structural
available in the interests of patients, controlling public changes, including increasingly short product life cycles,
health insurance expenditure, health sovereignty, and increasingly restrictive regulations, and increasingly
our country’s industrial attractiveness. With the cost challenging control of value chains. In order to secure the
increases that economic players have had to contend supply of medical devices and in vitro diagnostic medical
with over the past three years, its role has been devices to the French market, and to maintain the French
singularly strengthened and made more complex. companies’ competitiveness in this context, the public
authorities have been strongly mobilized alongside the
economic players in the sector. This commitment has
The role of certification: Key issues resulted in a three-level support: innovation to develop
for GMED, the French notified body tomorrow’s medical devices, regulation to maintain
legacy devices on the market and facilitate the market
Thomas Grenon & Lionel Dreux.
access of new products, and industrialization to (re)build
Certification bodies, and more specifically notified a sovereign sector.
certification bodies, are major third-party players in the
marketing of medical devices and in vitro diagnostic
medical devices, within the context of structuring and
Tomorrow’s challenges
demanding European regulatory frameworks that are
constantly evolving. As such, they are also involved in Reducing the environmental impact of medical
many other regulatory frameworks applicable beyond devices: An imperative requiring a rigorous
Europe, and must develop and maintain a high level and ambitious approach!
of competence in line with a constantly evolving Sylvain Touron & Robin Jousse.
regulatory and normative state of the art, applicable to
devices whose performance and safety are essential The healthcare sector accounts for nearly 8% of
to guarantee patient and user confidence. Europe has France’s greenhouse gas emissions. The purchase and
been undergoing a major regulatory change since 2017, use of medical devices (equipment and consumables)
with the replacement of directives hitherto applicable to is the second-largest contributor to these emissions,
medical devices and in vitro diagnostic medical devices, representing 22%. To develop an ambitious and scientific
by regulations bearing requirements, some of which approach to reducing environmental impact, new
have been strengthened, and some of which are new. international standards call for a life-cycle assessment
This change has created major tensions for all players, (production / distribution / use / end of life) of the
and introduced a form of competition for market access environmental impact based on 16 indicators.
in Europe and the USA. The Swedish company Getinge, which has a strong
presence in France with six R&D centers, has committed
Implementing the European regulation significantly to this approach by gradually integrating it
across all its product lines. This article aims to share the
Cécile Vaugelade. insights gained from this approach, as well as the current
European regulations governing the marketing of a challenges, particularly regarding the consideration
wide variety of medical devices (MDs) have been of additional costs in a context of high competition &
evolving steadily since they were introduced in 1998. regulation differences between geographies.
Before they are marketed, these health products must
undergo an assessment against safety and performance
à l’efficacité et à la compétitivité des systèmes de santé, France, a pioneer in the organization of home
grâce à une R&D soutenue, des solutions de e-santé en respiratory assistance
plein essor et un portefeuille de brevets fourni. L’Europe
Pierrick Haan.
reste cependant en retard face aux États-Unis et à
la Chine en matière de R&D, et doit faire face à des Ventilation consists of supplementing the natural
défis tels que les complexités réglementaires et les breathing mechanism when it is impaired. The first
disparités d’accès au marché. Pour combler ce fossé, ventilators, for hospital use, appeared at the beginning
elle doit attirer plus de main-d’œuvre bien formée, of the last century, then their miniaturization allowed for
simplifier ses cadres réglementaires et renforcer ambulatory use.
ses investissements dans les technologies les plus
At the beginning of the 1980s, French health insurance
prometteuses, afin d’assurer un avenir durable et
created the first respiratory homecare network.
compétitif à son écosystème MedTech.
This innovative organization has led to the development
of several French companies, specialized in developing
Examples of sector and manufacturing innovative respiratory homecare
devices. The companies PIERRE MEDICAL, SAIME,
Medical imaging: A pillar of modern medical AIROX, SEFAM, became “success stories” and sold
devices and precision medicine their products all over the world.
Laurence Comte-Arassus. Then this sector, like French industry in general, declined.
The founders of these successful start-ups, preferred to
Medical imaging is the driving force behind the revolution sell their business to large foreign companies. At a time
in medical devices, providing essential tools for the when reindustrialization and the country’s autonomy in
diagnosis, treatment, and management of diseases. terms of medical devices are national issues in France,
Technological advancements, particularly in artificial the manufacturing of respiratory homecare products
intelligence (AI) and machine learning, are redefining represents an excellent opportunity to reverse the trend.
the landscape of medical imaging. France is a leader This challenge can be met thanks to a coherent policy
in medical imaging thanks to world-renowned research from French health authorities.
centers and international collaborations, but this sector
faces many challenges.
How can we reconcile public health
At GE HealthCare, our mission is to offer innovative
medical imaging solutions that transform patients’ lives.
and economic regulation?
We work hand in hand with healthcare professionals Julien Slama, Louis Champion & Didier Daoulas.
to meet their needs. Medical imaging plays a crucial Against a backdrop of an aging population and rising
role in the digital structuring of hospitals. Moreover, the chronic disease rates, home healthcare providers
training of practitioners in medical imaging is essential (HSPs) play a crucial role in the care of patients,
for many reasons and brings hope for the future of particularly those suffering from sleep apnea.
patients and caregivers.
French public health policies aimed at screening and
mass treatment of this pathology using continuous
The respiratory sector: The viewpoint positive airway pressure (CPAP) have made this care a
of a leading international player major expense for the health insurance system: almost
Anne Josseran. one billion euros in 2023 for 1,800,000 patients, with
significant annual growth.
ResMed, an international company founded in 1989,
develops medical devices and digital solutions for the This type of care is currently facing regulatory
treatment of respiratory disorders. A leader in the field challenges: the significant drop in tariffs, coupled with
of sleep apnea, ResMed introduced continuous positive inflation, is jeopardizing the economic equilibrium of
airway pressure (CPAP) and acquired the French PSADs, which can no longer absorb cuts in their tariffs
company Narval in 2009, maintaining manufacturing without efficiency gains, which can be achieved on
near Lyon. processes (reduction of regulatory constraints) and on
purchases of medical devices and consumables.
In France, the market for medical devices and
reimbursable services for respiratory disorders has In a market characterized by a high concentration of
been growing rapidly, treating over 2.5 million patients. CPAP manufacturers, there has been no reduction in
the cost of purchasing these medical devices, despite
Companies have to comply with regulatory requirements long-standing amortization of R&D costs, investment
and carry out clinical studies to obtain reimbursement, in production lines, and economies of scale linked to
without being able to valorize these efforts and gain cumulative volumes.
recognition for technological developments, such
as digital technology. At the same time, these same As long as all players are interested in price, increased
companies are facing price pressures. ResMed seeks competition could lead to significant price reductions
to balance innovation, regulatory compliance and for equipment, to the benefit of the health insurance
attractiveness of the French market, while integrating system, although the quality and safety of the equipment
digital technology into patient journey to improve will remain a key concern.
engagement and clinical outcomes.
Il contribue activement au développement et aux travaux Elle est membre du conseil de surveillance de l’organisme
d’Euro-Pharmat, société pharmaceutique française des de normalisation GS1 depuis 2018. En avril 2021, elle a été
dispositifs médicaux (société savante). nommée membre du conseil d’administration de IHU ICAN
Pierre-Yves Chambrin est membre titulaire de l’Académie (Institute of Cardiometabolism and Nutrition). Elle est aussi
nationale de pharmacie (secrétaire de la 5e section). membre du board de Brenus Pharma depuis 2022.
Laurence Comte-Arassus est titulaire d’un master de
l’ESTA à Belfort. Elle est également diplômée de la
Louis CHAMPION, Glasgow Caledonian University et de la Wharton University
of Pennsylvania. Elle dispose d’une vaste expérience du
après des études de médecine à management des ventes et du marketing.
Lyon et une thèse de pharmacovigi-
Débutant sa carrière chez ECS (Europe Computer System)
lance, obtient un MBA de l’INSEAD.
avant de rejoindre Boston Scientific, elle a réalisé l’essentiel
Il rejoint Pasteur Mérieux (Sanofi
de sa carrière dans les technologies médicales.
Pasteur) de 1986 à 1999 où il met en
place le marketing stratégique, puis Elle a rejoint Medtronic en 2002 et elle a occupé plusieurs
dirige la filiale brésilienne pendant postes managériaux au sein de la Division Cardiac Rhythm
cinq ans, et prend la nationalité bré- and Heart Failure (CRHF). En 2008, elle est nommée direc-
silienne. Il occupe la direction géné- trice de la division Diabète en France. En 2012, elle devient
D.R. directrice du groupe Cardiac and Vascular (CVG) en France.
rale de Stallergènes pendant onze
ans, qu’il quitte à un changement d’actionnaire. En 2011, En février 2015, Laurence Comte-Arassus a été nommée à
il change d’orientation vers le service avec la présidence la présidence de Medtronic France, qui regroupe 1300 col-
d’IPSanté jusqu’en 2016, date à laquelle il prend d’autres laborateurs et dont le périmètre inclut quatre sites de pro-
mandats de conseil et d’administrateur. Cependant, il reste duction, un centre de formation et le siège social situé à
impliqué dans la société, renommée Santé Cie, demeure Boulogne-Billancourt.
au conseil de surveillance comme DG délégué aux affaires Elle est chevalier de la Légion d’honneur, promotion
publiques, et représente le groupe Santé Cie au Synalam juillet 2024.
dont il est membre du conseil d’administration depuis 2011.
Didier DAOULAS,
Nathalie COHET, doté d’un diplôme d’ingénieur en
titulaire d’un doctorat en biologie électronique et d’un master de
moléculaire et cellulaire (Univer- management à l’ESSEC, il démarre
sité de Lyon), a travaillé quelques sa carrière dans la santé au sein du
années dans des laboratoires de groupe Johnson & Johnson, dont il
recherche académique (France sera directeur technique pendant
et États-Unis) avant de bifurquer quinze ans. Il intègre ensuite la
vers des postes à l’interface entre direction des opérations de l’Hôpital
recherche et innovation en santé, D.R. Américain de Paris, où il restera
dans l’accompagnement de start- quatre ans. Il fait ses premiers pas
D.R.
ups technologiques (incubateur dans la prestation de santé à domicile en créant la société
CREALYS, Lyon-Saint-Etienne) ou le transfert de tech- Oxyvie à Paris en 2000, spécialisée dans l’assistance
nologie (SATT Pulsalys). Elle pilote aujourd’hui le cluster respiratoire. Il crée ensuite la société AJR médical à
Novéka, lui apportant sa compétence scientifique et son Marseille en 2004. Après avoir vendu sa société en 2012,
expertise en matière d’innovation et de santé. il intègre le groupe SOS Oxygène pour développer le réseau
du groupe dans le Sud de la France. En 2013, il crée l’Union
des prestataires de santé à domicile (UPSADI), dont il est,
depuis lors, le président.
Laurence COMTE-ARASSUS
est présidente non opérationnelle
GE HealthCare France et directrice
exécutive des Affaires Gouverne- Frédérique DEBROUCKER
mentales et Politiques GE Health- est titulaire d’un diplôme de génie
Care France, Belgique, Luxembourg biologique de l’Université de Techno-
et Afrique francophone. logie de Compiègne et d’un master 2
Laurence Comte-Arassus représente en économie et gestion de la santé
GE HealthCare pour la France, la de l’Université de Paris Dauphine.
D.R. Belgique, le Luxembourg et l’Afrique Elle a également participé au pro-
francophone, (FBFA), qui regroupe gramme de formation “Transition to
la France, la Belgique, le Luxembourg, l’Afrique du Nord- General Manager” de l’INSEAD.
Ouest (Maroc, Algérie, Tunisie) et l’Afrique subsaharienne D.R Elle a rejoint Medtronic France
francophone. Ce sont 3 200 employés couvrant plus de en 1992 et a passé la majeure
27 pays, qui fournissent des technologies, des services et partie de sa carrière dans les technologies médicales.
des solutions aux établissements de soins de santé. Elle a commencé à se concentrer sur les questions de
Présidente du Syndicat National des Technologies remboursement en France en 2005, et a été nommée
Médicales (Snitem), elle a été élue en juin 2023 pour directrice du département économie de la santé et rem-
un mandat de deux ans. boursement en 2009.
En 2018, elle étend le périmètre du département Économie • déléguée consulaire membre élu de la CCIP (2004 - 2022),
de la santé aux modes de financement innovants des • co-président du METI (2013 – 2017) et administrateur,
parcours de soins, avec l’objectif d’opérationnaliser en • co-président du Club Mittelstand Santé (BPI) (depuis 2019),
France les projets qui permettront le déploiement d’un • co-président du Prix Yvon Gattaz-Élizabeth Ducottet,
système de santé basé sur la valeur en économie en santé.
• président-fondateur du R3ilab (depuis 2002),
En 2023, elle étend ses responsabilités aux pays d’Europe
• administrateur d’Universcience (depuis 2014),
de l’Ouest en tant que directrice senior de l’économie, des
politiques et des remboursements en santé. • membre du conseil de surveillance d’Auvergne-Rhône-
Alpes-Entreprises (depuis 2017),
Frédérique Debroucker possède une solide expérience de
l’accès au marché des dispositifs médicaux et de l’utilisa- • membre du Conseil de la Fabrique de l’Industrie
tion des données de santé. (depuis 2012),
• membre du Cénacle de l’Académie des
Technologies (depuis 2019).
Lionel DREUX
est président de GMED, filiale du
LNE, depuis sa création en 2018. Philippe EMERY,
Diplômé de l’ENSEEIHT (Toulouse),
ingénieur en électronique, après après sept années passées dans le
plusieurs années passées dans groupe Johnson-Johnson sur des
le monde de l’aéronautique, Lionel fonctions de ventes et de marketing,
Dreux a rejoint le Laboratoire a rejoint Abbott en 1999 pour y gravir
National de métrologie et les échelons à travers des rôles en
d’Essais (LNE) en 2000 et a marketing, puis en management à
D.R.
occupé pendant huit ans le poste responsabilités croissantes en France
de directeur-adjoint du centre d’essais du LNE (mise en et à l’international, devenant directeur
place et développement d’activités d’essais, notamment D.R. de la division Diabète en 2006.
de dispositifs médicaux). Puis il a dirigé pendant dix ans Il est à l’avant-garde de la promo-
la direction de la métrologie scientifique et industrielle du tion et de l’accès au marché de technologies innovantes
LNE (recherche en métrologie et étalonnage), forte de dans le domaine des dispositifs médicaux induisant le
plus de 250 collaborateurs, ingénieurs, chercheurs et changement des standards de soins et les impacts posi-
techniciens. tifs sur la qualité de vie du patient. Son expérience couvre
aussi la e-santé et la télémédecine.
Philippe Emery a été nommé président de Abbott France
Élizabeth DUCOTTET en 2020, et directeur général de Abbott Médical en 2022.
est président-directeur général de Il est Chairman du board des directeurs de la filiale France.
Thuasne, ETI industrielle internatio- Son ambition pour la France est de promouvoir un monde
nale créée en 1847. Elle intègre le où chaque personne atteinte de pathologie chronique
Groupe en 1980 comme directeur puisse vivre pleinement sa vie.
commercial, et prend la succes- Diplômé de l’ESSEC Business School, il a passé trente ans
sion de son père, Jean Queneau, dans l’industrie des MedTech.
polytechnicien, en 1991. Elle repré-
sente la cinquième génération de
© Martin_Colombet la famille à la tête du Groupe. Ses
Xavier GARRIC
enfants, Delphine Hanton, Matthieu
Ducottet et Anne-Sophie Ducottet, travaillent à ses côtés. est Professeur des universités à
Delphine Hanton est aujourd’hui CEO du Groupe. l’Université de Montpellier et praticien
Thuasne réalise un chiffre d’affaires de 281 millions d’euros hospitalier au CHU de Nîmes et
en 2023 (dont 55 % à l’international) et emploie 2 400 sala- dirige le département Polymères
riés. Leader français et numéro 2 en Europe, Thuasne est pour la Santé et Biomatériaux de
devenu le cinquième acteur mondial du dispositif médical l’Institut des Biomolécules Max
grâce à une large gamme de solutions thérapeutiques non Mousseron (IBMM). Son parcours
invasives dans le domaine de l’orthopédie, de la médecine académique et professionnel l’a
vasculaire, de la lymphologie et des pathologies consécu- D.R. conduit à se spécialiser dans la chimie
tives aux cancers. Le Groupe est présent dans 110 pays et des polymères et leurs applications
possède 18 sites industriels dans le monde. en santé, notamment dans le développement de dispositifs
médicaux innovants. Titulaire d’un doctorat en pharmacie
Élizabeth Ducottet possède une maîtrise de psychologie,
et d’un doctorat en chimie des matériaux de l’Université
des certificats de linguistique (Université de Lyon) et est
Montpellier 1, il a développé une expertise reconnue en
diplômée de l’Executive MBA de HEC (CPA) en 1992.
biomatériaux polymères, axée sur la conception de solutions
Elle est commandeur dans l’ordre national de la Légion pour la régénération tissulaire et les systèmes de libération
d’honneur (2017) et commandeur dans l’ordre national du prolongée de molécules actives. Sa carrière est marquée par
Mérite (2015). une double vocation pour la recherche et l’enseignement, au
Élizabeth Ducottet exerce plusieurs mandats : service de l’innovation en santé.
• membre du conseil général de la Banque de France Ses travaux de recherche, souvent menés en collaboration
(depuis 2005) et du Comité d’Audit (depuis 2013), avec des cliniciens et des industriels, visent à répondre
• administrateur de l’Université Jean Monnet à Saint- aux besoins médicaux non couverts, et ont été valorisés
Étienne (depuis 2021), par 16 brevets et 70 publications scientifiques. En 2018,
général de la Cité des sciences et de l’industrie (2003- En 1996, à la suite du rachat de Puritan Bennett par Nellcor,
2005), administrateur général de la Réunion des musées il quitte le groupe et rachète la société Dupont Médical qui
nationaux (2005-2010), directeur général du Muséum n’intéresse pas les nouveaux actionnaires. Lié par une
national d’histoire naturelle (2010-2015). clause de non-concurrence, il quitte alors le marché du
Depuis 2016, il est directeur général du Laboratoire national diagnostic et du traitement des troubles respiratoires du
de métrologie et d’essais, président du Laboratoire central de sommeil. Il restructure la société Dupont Medical, construit
surveillance de la qualité de l’air et président d’Eurolab. une nouvelle usine et en fait le leader sur le marché des aides
Il est chevalier de la Légion d’honneur et officier de l’ordre techniques pour le maintien à domicile (fauteuils roulants, lits
national du Mérite. médicalisés, soulève-malades, aides à la marche…).
Au cours des années qui suivent, Nellcor est rachetée par
Mallinckrodt en 1997, Mallinckrodt par Tyco en 2000. En
Jean-Marc GROGNET 2007, à la suite d’un scandale financier, l’activité Santé de
est pharmacien et docteur ès Tyco est isolée au sein d’une nouvelle société cotée, nommée
sciences pharmaceutiques. Il est Covidien. En 2010, Covidien décide de vendre plusieurs
également diplômé de l’Institut branches d’activité en décroissance, dont la prise en charge
d’administration des entreprises des troubles du sommeil. C’est l’occasion pour Pierrick Haan
(Université Paris I Sorbonne). Après de racheter l’entreprise qu’il avait créée, de la redresser et
avoir dirigé le Laboratoire d’études d’en faire à nouveau une entreprise innovante en forte crois-
du métabolisme des médicaments et sance, dotée d’une nouvelle usine construite en 2024.
le Groupe de pharmacologie clinique
D.R. à la direction des Sciences du Valeria IANSANTE
vivant du CEA, et avoir été nommé
has over fifteen years of experience
professeur à l’Institut national des Sciences et Techniques
in research and development, with
nucléaires (INSTN), il a rejoint la direction de la Recherche
expertise in advanced therapy medi-
technologique du CEA dont il a été le directeur scientifique
cinal products and their translation
entre 2002 et 2007. Il a ensuite rejoint le ministère en
into clinical use.
charge de l’Industrie en tant que sous-directeur en charge
Before joining the EIB, Valeria
des secteurs des industries de santé, de la chimie et des
worked as a Non-Clinical Manager at
matériaux. Il revient au CEA en 2012 pour prendre la
the Cell and Gene Therapy Catapult
direction de l’Institut de biologie et technologies de Saclay.
D.R. in London, UK. In this role, she
De 2014 à 2015, il dirige la valorisation en sciences du
supported partners and clients both
vivant du CEA. Il devient en 2016, le directeur de l’Institut
within and outside Europe in developing strategic plans for
d’imagerie biomédicale. Simultanément, il assure la
bringing advanced therapies to the clinic and market. Prior
direction du programme transversal « technologies pour la
to that, she worked as a scientist at various institutions,
santé » de 2013 à 2016.
including King’s College London, where she was involved in
Il est nommé directeur général du groupement d’intérêt the research and development as well as the manufacturing
public Genopole en février 2017. Il revient au CEA en of cell therapies for patients with liver disease.
février 2020 en tant que directeur délégué aux actions
Valeria holds a degree in Biotechnology and a master’s
stratégiques en santé. Depuis octobre 2023, il est conseil-
degree in Medical Biotechnology from the University of
ler auprès du directeur scientifique de la recherche fonda-
L’Aquila, Italy. In 2010, she earned her Ph.D. in Biotechnol-
mentale du CEA.
ogy from the same university.
Jean-Marc Grognet est membre titulaire de l’Académie natio- Valeria joined the EIB’s Life Sciences team in May 2021 as
nale de pharmacie, dont il est le secrétaire perpétuel adjoint. a Life Sciences Specialist, and has since been involved in
various operations, including those with Cellectis and Evotec.
Pierrick HAAN
Anne JOSSERAN
est ingénieur de formation (Télécom
Paris). À sa sortie de l’école, il est pharmacienne ancien interne
effectue un stage au sein d’une des hôpitaux en pharmacie hospita-
unité Inserm au sein de laquelle il lière. Elle s’est consacrée au début
se passionne pour les technologies de sa carrière, pendant une dizaine
médicales. Il fonde en 1983, à d’années, à l’évaluation des disposi-
Nancy, la société Sefam, premier tifs médicaux à la Haute autorité de
fabricant au monde d’appareils de Santé où elle a été adjointe au chef
traitement du syndrome d’apnées du Service des Dispositifs Médicaux.
D.R.
du sommeil par pression positive D.R. En 2009, elle a rejoint le Snitem
continue (PPC). Grâce à cette innovation, la société se pour prendre en charge la direction
développe très rapidement et devient leader sur le marché Nouvelles Technologies - Télémédecine et Innovation, puis
français du matériel d’assistance respiratoire à domicile. y a créé et développé la direction Accès au Marché.
En 1993, Sefam rachète Dupont Médical, fabricant français De 2016 à 2019, elle est directrice de la prospective chez
de fauteuils roulants. SANOFI – filiale France, où elle dirige l’évaluation médico-
En 1994, Pierrick Haan vend Sefam et sa filiale Dupont économique, la prospective économique et institutionnelle.
Medical au groupe américain Puritan Bennett, société Depuis 2016, Anne Josseran est directrice associée Market
cotée au Nasdaq dont il devient actionnaire. Cette transac- Access pour l’Europe de l’Ouest chez ResMed.
tion ouvre le marché américain aux produits développés et Elle est aussi vice-présidente de l’APIDIM (Association pour
fabriqués par Sefam. la promotion de l’innovation des dispositifs médicaux).
Robin JOUSSE Il est diplômé de l’école des Mines de Paris avec une spé-
est un ingénieur diplômé de l’ISAT (Institut Supérieur de cialisation dans le management de l’innovation, et d’HEC
l’Automobile et des Transports) en 2023, et s’est orienté Entrepreneurs.
depuis vingt ans dans le secteur des dispositifs médicaux, Après une première expérience entrepreneuriale, Guirec
en rejoignant Getinge, groupe international et acteur Le Lous a rejoint le Groupe URGO en 2012. Il a construit
majeur du secteur de la santé. Après diverses fonctions son parcours opérationnel de la R&D au commerce avant
ingénieur, chef de projet et manager, il occupe le rôle de de devenir président d’Urgo Medical en 2019.
directeur Recherche et Développement depuis 2018, ayant Il est membre du board du Groupe URGO.
en charge la conception, le développement et la mise en Depuis 2019, il est aussi président de MedTech in France,
conformité de dispositifs médicaux innovants. l’association des entreprises françaises des technologies
Chez Getinge, Robin a supervisé des projets stratégiques médicales qui réunit les plus belles pépites françaises du
liés à des dispositifs médicaux de haute technologie, secteur. Elle a pour mission de créer des espaces de dia-
notamment des scialytiques et des systèmes vidéo, logues entre les entreprises et avec les autorités pour faci-
tout en garantissant leur conformité avec les normes liter l’accès des innovations au marché français.
internationales (CE, FDA). Son expertise couvre le cycle
complet de développement produit, de la recherche
fondamentale à la mise sur le marché.
En parallèle de ses responsabilités de directeur R&D, Éric LE ROY
Robin a pris l’initiative de promouvoir une approche plus est directeur général du Snitem.
durable au sein de l’entreprise en pilotant le développement Le Syndicat National de l’Industrie
de l’écodesign. Cette démarche l’a amené à intégrer des des Technologies Médicales
méthodologies telles que l’analyse du cycle de vie (ACV) (Snitem) rassemble plus de
dans les processus de développement de produits. 600 entreprises françaises et
Cette approche vise à minimiser l’impact environnemental internationales, dont 93 % ont la
des dispositifs médicaux tout en maintenant des standards taille de PME ou d’ETI. Le Snitem
élevés de qualité, de performance et de sécurité. Robin est ainsi la première organisation
Jousse étend actuellement cette méthodologie sur en France représentant les
D.R.
l’ensemble des sites Surgical Workflow de Getinge, et entreprises de ce secteur d’activité
mène des actions plus opérationnelles découlant de ces et l’interlocuteur privilégié et référent des pouvoirs publics.
études ACV, comme l’intégration de matériaux recyclables,
Éric Le Roy est docteur en pharmacie et a un diplôme
la diminution de consommation d’énergie ou l’étude
de troisième cycle en droit de la santé. Il dispose d’une
d’emballages complètement recyclables.
double expérience, à la fois industrielle et syndicale.
Son parcours professionnel au sein d’autres entreprises
pharmaceutiques et de dispositifs médicaux l’a exposé
Antoine de LACHAUX pendant plus de trente-cinq ans aux problématiques
is heading the life science and de ces deux secteurs. Il a aussi participé aux instances
biotech unit within the venture debt de diverses autorités publiques telles que l’Agence du
division of the EIB since June 2023. Médicament, la Haute autorité de Santé (HAS), le Haut
Before that, he worked for seven conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM), etc.
years in the same team and was
involved in multiple projects across
the full spectrum of companies
operating in the life science sector
D.R. Charlotte LEUXE-OLIVIER
(biotech, medical devices, digital
medicine). Before joining the EIB, Antoine de Lachaux est la représentante de la
worked in investment banking and in corporate finance DGE (direction générale
advisory. His expertise is in finance and strategy. Antoine des Entreprises) au sein du
de Lachaux holds two Master of Science degrees in CEPS (Comité économique des
Finance from Montpellier Business School and Montpellier produits de santé), section des
University. dispositifs médicaux et prestations
associées depuis 2023.
Docteur en pharmacie et titulaire
D.R. d’un doctorat en sciences de
Guirec LE LOUS l’Université Paris Saclay / CEA,
elle a débuté sa carrière dans l’industrie pharmaceutique
est président d’Urgo Medical, la divi-
avant d’intégrer rapidement la sphère publique en 2018
sion cicatrisation avancée des plaies
au sein de l’ANSM (Agence nationale de Sécurité du
du Groupe familial français Urgo.
médicament et des Produits de santé) pour prendre en
Parce que les plaies sont une source
charge la sécurité des essais cliniques de phase précoce.
de souffrance à travers le monde,
En 2021, elle entre à l’ASN (Autorité de Sûreté nucléaire)
la mission d’Urgo, en tant qu’entre-
où elle exerce les fonctions de référente nationale de la
prise de référence en cicatrisation,
médecine nucléaire, puis intègre la DGE en 2023 pour
est de soutenir les professionnels
prendre en charge la filière des dispositifs médicaux et
D.R. de santé en leur apportant des trai-
technologies médicales.
tements avec un haut niveau de
preuve pour que la vie des patients puisse reprendre son
cours.
portfolio of Transgene, SA, a biopharmaceutical company Ingénieur agronome de formation, diplômé du MBA
affiliated with Institut Mérieux. There, she successfully d’HEC, il a successivement tenu différents postes
completed various projects in pre-IND and early clinical commerciaux et marketing chez UNILEVER avant de
development (Phase I/Ib), focusing on chronic HBV and prendre la direction marketing, puis la direction générale
skin cancers across Europe, Canada, China, and Australia. de McCain Food France.
She also played a key role in the company’s in-licensing and Stéphane Regnault est administrateur du Snitem depuis
business development activities. plus de quinze ans. Il en a également été président de
Between 2006 and 2009, Cristina Niculescu conduc- 2014 à 2020.
ted research projects in developmental biology of rare Il est vice-président et trésorier de MedTech in France.
diseases at the Institut de Génétique, Biologie Moléculaire Il est également au conseil de plusieurs fonds de venture
et Cellulaire (IGBMC), Strasbourg, France. She earned capital.
a Ph.D. in Pharmacology and Toxicology from the RWTH,
Aachen, Germany, and a MBA in Financing Innovation at
HEC, Paris, France, and Babson College, Boston, USA.
David SAINATI,
PharmD, est co-responsable du
Laura PIOVESAN numérique en santé à la délégation
au numérique en santé du ministère
is Director General and Deputy
de la Santé et de l’Accès aux soins.
Head of the Projects Directorate
at the European Investment Il est docteur en pharmacie et
Bank (EIB), the EU’s long-term diplômé d’HEC Paris. Il a fondé
financing institution headquartered et dirigé pendant huit années le
in Luxembourg. Composed of premier organisme certificateur
sector specialists, this directorate Sipa_Tristan_Reynaud européen dédié au numérique en
is responsible for project appraisal santé et accrédité par les pouvoirs
(including technical, economic, publics. À la suite de la reprise de cette start-up par un
D.R.
environmental, and social issues) des leaders internationaux du secteur, il a rejoint à sa
and the monitoring of project implementation, as well as création la Délégation au numérique en santé pour y
for sector studies and policy – including the EIB’s climate, piloter les actions en lien avec l’innovation, la formation
environmental, and social policies. Laura Piovesan is et la recherche. Il a lancé et coordonné en interministériel
a graduate in Chemical Engineering from the University la stratégie d’accélération « santé numérique » dans le
of Padova, Italy. Prior to joining the EIB, she spent cadre de France 2030. Il s’agit du premier programme
eight years at an Italian engineering company, first as de cette envergure sur l’innovation en santé numérique
Research Scientist and then as Industrial Economist. du fait de son budget (700 M€) et des actions emblé-
matiques lancées, que ce soit la prise en charge antici-
pée numérique (PECAN), la formation au numérique en
santé obligatoire dans les cursus des professionnels de
Michel RAO santé, les tiers-lieux d’expérimentation, le financement
est ingénieur en chef des ponts, des entrepôts de données de santé hospitaliers, le portail
eaux et forêts, et sous-directeur G_NIUS…
des industries de santé, biens En 2023, David Sainati a été nommé co-responsable de
de consommation et agroalimen- la DNS en binôme avec Hela GHARIANI avec laquelle il
taire à la direction générale des poursuit le pilotage de la feuille de route du numérique
Entreprises depuis 2022 (ministère en santé et la mutation de la DNS en véritable direction
de l’Économie, des Finances et d’administration centrale, passant par la réorganisation
de la Souveraineté industrielle et des activités numériques en santé au sein du ministère
numérique). De 2018 à 2021, il a de la Santé.
D.R.
exercé des fonctions de directeur
de projet au sein du service de l’économie numérique de
la DGE, et a commencé sa carrière au sein de l’Autorité
de Régulation des Communications Électroniques et des Julien SLAMA
Postes en 2014. est délégué général adjoint de la
Fédération des Prestataires de
Santé à Domicile (PSAD). Il est
titulaire d’un master 2 en affaires
Stéphane REGNAULT
publiques de l’Institut Catholique
dirige depuis 2000 le groupe de Paris et d’un master 2 affaires
VYGON, une des principale ETI internationales et européennes de
françaises du dispositif médical, l’Université Pierre Mendès-France
réalisant aujourd’hui plus de JS : Mariou Grenoble II. Il a débuté sa carrière
400 M€ de chiffre d’affaires, en tant que chargé de mission
employant 2 800 collaborateurs, chez Coop de France (organisation professionnelle des
développant, produisant et com- coopératives agricoles), puis a été consultant en affaires
mercialisant partout dans le monde publiques avant de rejoindre la Fédération des PSAD,
D.R.
ses produits, principalement desti- en 2015 en tant que chargé de mission, puis en devient
nés au management vasculaire et à la néonatologie. le délégué général adjoint en 2017.
Sylvain TOURON
est un leader reconnu dans le secteur des dispositifs médi-
caux et de la santé. Actuellement, il occupe le poste de
président régional pour la France et les pays nordiques
chez Getinge, un rôle qu’il a pris en août 2022. Dans cette
fonction, il supervise une équipe de 600 employés et gère
un chiffre d’affaires d’environ 300 millions d’euros, tout en
coordonnant les activités avec les entités industrielles de
la région. Il se concentre particulièrement sur la valorisa-
tion des politiques industrielles et les initiatives visant à
réduire l’impact environnemental.
Avant son arrivée chez Getinge, en tant que directeur de
la Business Unit Cardiac Rhythm and Heart Failure chez
Medtronic France de septembre 2019 à août 2022, il a eu
l’occasion de mettre en œuvre des modèles de collaboration
innovants avec les sociétés savantes, centres médicaux et
des groupes d’achats durant la pandémie de Covid- 19 :
facilitation du développement de la télésurveillance et
d’approches ambulatoires, d’optimisation du parcours
de soins des patients souffrant d’AVC cryptogénique.
Il avait auparavant pendant treize ans chez Novartis eu