Etude de L Oeuvre Gouges 1
Etude de L Oeuvre Gouges 1
En somme, le parcours « Écriture et combat pour l’égalité » permet de comprendre que la littérature n’est pas seulement une œuvre d’art : elle
peut être une arme pour défendre une cause, éveiller les consciences et transformer le monde.
Olympe de Gouges partage cette idée : elle pense que les femmes sont naturellement égales aux hommes, mais que la société les a rendues
inférieures et exclues. Elle appelle à retourner aux lois naturelles, à l’harmonie de la nature, comme on le voit dans cette citation : « Partout tu
les trouveras confondus, partout ils coopèrent avec un ensemble harmonieux à ce chef-d’œuvre immortel. » Elle s’inscrit aussi dans le
contexte des Lumières, un mouvement intellectuel du XVIIIe siècle qui valorise la liberté, l’égalité, la raison, le progrès et le bonheur,
notamment à travers l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Olympe de Gouges reprend ces idées pour défendre les droits des femmes. Elle
écrit de manière logique, argumentée et engagée, comme un vrai philosophe des Lumières, afin de montrer que les femmes méritent d’avoir les
mêmes droits que les hommes. La DDFC est aussi un texte révolutionnaire, rédigé en 1791 pendant la Révolution française. Deux ans
auparavant, en 1789, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen avait été publiée, mais elle oubliait totalement les femmes. Olympe de
Gouges y répond en écrivant sa propre Déclaration, article par article, pour intégrer les femmes dans ces principes d’égalité. C’est une réécriture
engagée et critique qui montre que la Révolution, malgré ses grands idéaux, continue d’exclure la moitié de la population. Enfin, la DDFC
s’inscrit dans une tradition ancienne appelée la « querelle des femmes », un débat sur la place des femmes dans la société. Olympe de Gouges y
prend part de façon originale et radicale : elle réclame non seulement le respect, mais l’égalité complète des femmes dans tous les domaines, y
compris le droit, la politique, la famille et l’éducation.
Le geste d’Olympe de Gouges, en 1791, est d’autant plus audacieux qu’il détourne les grands principes des Lumières pour dénoncer leur
exclusion implicite des femmes. Parmi les penseurs auxquels elle répond implicitement figure Jean-Jacques Rousseau, dont le Contrat social
(1762) est un pilier du discours révolutionnaire. Or, paradoxalement, Rousseau, tout en prônant la souveraineté populaire et l’égalité entre les
hommes, s’oppose farouchement à toute participation politique féminine. Dans Émile ou De l’éducation, il cantonne les femmes à un rôle
domestique : « La femme est faite pour céder à l’homme et pour supporter même son injustice. » Ce paradoxe entre les idéaux égalitaires de
Rousseau et son conservatisme sexuel rend le détournement d’Olympe de Gouges encore plus percutant : en empruntant la forme de la
déclaration des droits – forme typiquement masculine et révolutionnaire – elle révèle les limites aveuglantes de cette pensée éclairée.
Un siècle et demi plus tard, une autre figure majeure du féminisme, Simone de Beauvoir, publie Le Deuxième Sexe (1949), œuvre fondatrice de
la pensée féministe contemporaine. Elle y affirme : « On ne naît pas femme : on le devient. » Cette formule condense une idée nouvelle à
l’époque : le genre est une construction sociale, non une donnée biologique. Là encore, un paradoxe se dessine : Simone de Beauvoir, issue d’un
milieu intellectuel parisien et compagne de Sartre, développe une pensée philosophique et existentialiste, loin du style plus direct et pamphlétaire
d’Olympe de Gouges. Pourtant, leurs combats se rejoignent : dénoncer l’assignation sociale des femmes et revendiquer leur égalité pleine et
entière dans l’espace public. Ainsi, le féminisme d’Olympe de Gouges s’inscrit à la fois en rupture et en continuité avec les grands courants de
pensée de son temps, tout en ouvrant la voie à des générations de femmes qui, comme Simone de Beauvoir, ont poursuivi cette lutte sur d’autres
terrains : celui de la philosophie, de l’analyse sociale, et de l’universel.
II – La structure de l’oeuvre
1 – L’épître dédicatoire à la reine
« Dès la dédicace à la Reine, Olympe de Gouges affirme une posture engagée : en plaçant une femme au sommet du texte, elle renverse
symboliquement l’ordre patriarcal et fait de la monarchie une interlocutrice potentielle de la cause féminine. »
Olympe de Gouges en propose une réécriture qui dénonce l’exclusion des femmes du projet révolutionnaire. Le texte se compose de deux parties
: une préface sous forme d’épître dédicatoire à la Reine Marie-Antoinette, les droits de la femme, le préambule puis une déclaration en 17
articles, et d’un postambule. Olympe de Gouges met en avant sa volonté de s’adresser librement et avec franchise à la reine.
Elle se présente comme une défenseuse de la reine : elle soutient la reine et la royauté dans un temps troublé où les partisans du roi se font rares :
« moi seule, dans un temps de trouble et d’orage, j’ai eu la force de prendre votre défense. » Elle exhorte la reine à défendre son pays contre une
invasion étrangère (Marie-Antoinette était suspectée de tenter d’inciter son frère, Léopold II, d’intervenir pour rétablir l’Ancien Régime) : si tel
n’était pas le cas, elle serait une ennemie à sa nation. Dédier son œuvre à la reine est un geste fort : il s’agit de chercher son patronage, son
mécénat, son appui. Elle lui demande de soutenir le droit des femmes et sa progression pour en « accélérer le succès ». O. de Gouges a
conscience que son ambition (l’égalité entre les sexes et la promulgation des droits de la femme) ne mènera pas à une victoire immédiate : « Cet
ouvrage n’est pas le travail d’un jour, malheureusement pour le nouveau régime. Cette révolution ne s’opérera que quand toutes les femmes
seront pénétrées de leur déplorable sort, et des droits qu’elles ont perdus dans la société. Soutenez, Madame, une si belle cause ».
2 – Les articles
Article 4 :Dénonciation de la tyrannie des hommes pour rappeler l’importance des « lois de la nature et de la raison »
Elle critique les hommes qui dominent injustement, et insiste sur les règles universelles basées sur la nature et la raison.
Article 6 : « La loi doit être l’expression de la volonté générale ». Les citoyens et citoyennes ont le droit aux mêmes places et emplois. Les lois
doivent représenter la volonté de tous, donc femmes et hommes doivent avoir accès aux mêmes postes et métiers.
Article 7 : Une même justice doit s’appliquer à tous. Tout le monde doit être jugé selon les mêmes règles, sans discrimination.
Article 8 : Les citoyens et citoyennes ne peuvent être jugés coupables que si une loi définit (et punit) le délit commis
Personne ne doit être puni sans loi claire. Cela s’applique aussi bien aux femmes qu’aux hommes.
Article 9 : Une femme, comme un homme, doit être punie si elle enfreint la loi
La justice est égale : les femmes doivent aussi respecter la loi.
Article 10 : Liberté d’opinion : « la femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune » Si une
femme peut être condamnée (monter à l’échafaud), elle doit aussi avoir le droit de s’exprimer en public.
Article 11 : Droit des femmes de désigner le père de leur fils, même s’il a été conçu hors mariage. Une femme a le droit de réclamer la
reconnaissance du père, même si l’enfant est hors mariage.
Article 12 : Les droits de la femme servent la nation : ils concernent tous les citoyens et le bien commun
Les droits des femmes ne sont pas seulement pour elles, mais bénéfiques à toute la société.
Article 13 : Tous les citoyens doivent avoir les mêmes opportunités d’emplois puisqu’ils participent équitablement à la société (dépenses et
impôts). Parce que femmes et hommes paient des impôts et participent à la société, ils doivent avoir les mêmes chances au travail.
Article 14 : Affirmation d’un égal accès à la fortune pour tous. Tous doivent pouvoir accéder aux richesses de façon égale.
Article 15 : L’administration publique doit pouvoir rendre des comptes à tous les citoyens et citoyennes. Les institutions doivent être
responsables devant toutes et tous.
Article 16 : La Constitution n’a pas de valeur si tous les membres de la nation n’y ont pas pris part. La Constitution est invalide si une partie de
la population (ici les femmes) est exclue de sa rédaction.
Article 17 : Les propriétés doivent être partagées équitablement par tous et toutes. Les biens doivent être répartis de manière juste entre hommes
et femmes.
L’autrice, Olympe de Gouges, écrit sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne pour dire clairement que les femmes doivent avoir
les mêmes droits que les hommes. Elle veut réparer une injustice : lors de la Révolution de 1789, on a oublié les femmes, alors qu’elles méritent
d’être reconnues comme des citoyennes à part entière. Elle dénonce les inégalités et les injustices causées par les hommes et la société, et
propose une nouvelle déclaration qui inclut tout le monde : hommes et femmes, sans privilèges ni discriminations. Sous l’Ancien Régime,
certains avaient des privilèges (avantages), mais maintenant, il faut que tout le monde soit égal, peu importe le sexe ou le statut social.
● Aux femmes, elle dit qu’elles doivent prendre conscience de leur situation et se battre pour récupérer leurs droits.
● Aux hommes, elle leur dit que c’est injuste et absurde de demander l’égalité pour eux-mêmes sans la reconnaître pour les femmes. Elle
les accuse d’être tyranniques et de vouloir commander comme des rois, alors que la Révolution prône la raison, la vérité et la justice.
Olympe de Gouges, en dédiant sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne à la reine, adresse en réalité son message à toutes les
femmes. Dans son texte, elle utilise parfois le singulier (« Femme ») et parfois le pluriel (« Femmes »), ce qui montre qu’elle parle à la fois à
chaque femme individuellement et à toutes les femmes ensemble. Le singulier peut s’adresser à la lectrice en particulier, qu’elle vive à son
époque ou aujourd’hui. Le pluriel, lui, rassemble toutes les femmes en une communauté, une sorte de sororité unie par la raison et la vérité,
prêtes à se battre ensemble pour leurs droits. Cela montre aussi que les femmes sont nombreuses et puissantes, et que Olympe de Gouges compte
sur elles pour faire avancer leur combat. Elle engage toutes les femmes dans cette lutte, pas seulement comme destinataires du message mais
aussi comme actrices à part entière. Par exemple, dans le préambule, elle fait parler les mères, les filles, les sœurs qui réclament d’être reconnues
comme membres de la nation et d’avoir le droit de participer à l’Assemblée nationale. Le but est que tous, y compris les hommes, acceptent que
toutes les femmes, mariées ou non, soient citoyennes à part entière. Quant aux hommes, ils sont à la fois destinataires du texte et les principaux
critiqués. Olympe de Gouges les interpelle pour les pousser à réfléchir, à reconnaître leur injustice envers les femmes. Par exemple, elle leur
demande « Homme, es-tu capable d’être juste ? » pour dénoncer leur comportement injuste. Les portraits que fait Olympe de Gouges des
hommes sont souvent négatifs : elle les montre comme contraires aux valeurs de la Révolution et des Lumières, comme des êtres qui, devenus
libres, se comportent injustement envers leurs compagnes. Elle dénonce aussi leur mépris croissant envers les femmes, alors qu'elles devraient au
contraire défendre l’égalité.
La réécriture que Olympe de Gouges fait de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) soulève plusieurs questions : est-ce une
satire, une parodie, un texte sérieux ou juste un exercice de style ? On ne peut pas douter du sérieux de son travail et de son engagement, car elle
croit profondément à la cause des droits des femmes. Toutefois, dans sa lettre à la reine, elle reconnaît aussi les limites de son œuvre et sait que
le combat pour l’égalité ne sera pas facile ni rapide : c’est une lutte qui durera longtemps. On remarque aussi un aspect un peu moqueur et
parodique dans certains passages où la critique est très forte. Par exemple, elle utilise des expressions qui semblent exagérer la supériorité des
femmes, comme « le sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles » ou « le sexe supérieur en beauté comme en courage dans les souffrances
maternelles ». Ce n’est pas pour vraiment dire que les femmes sont supérieures, mais pour tourner en ridicule l’idée que les hommes seraient
forcément supérieurs. En jouant avec ces clichés du « sexe faible » et du « sexe fort », elle déconstruit ces stéréotypes en les retournant contre
eux. C’est une manière intelligente et critique de montrer l’absurdité de ces idées reçues.
L’écriture engagée : elle écrit pour changer la société. En quoi l’écriture permet-elle de lutter contre les injustices et de faire évoluer la société ?
La dénonciation de l’injustice : société patriarcale critiquée. Comment la littérature peut-elle dénoncer les inégalités et remettre en cause les
dominations sociales, notamment celles fondées sur le genre ?
La réécriture comme outil critique : elle détourne un texte officiel pour en souligner les lacunes. En quoi la réécriture d’un texte connu peut-elle
devenir un moyen de critique sociale ou politique ?
Le rôle des écrivains dans la société : écrire, c’est agir. Les écrivains ont-ils pour mission de s’engager dans les débats de leur époque ?
Égalité des sexes : Revendication des droits politiques, civils et sociaux pour les femmes. (3)
Dans l’article VII de sa Déclaration, Olympe de Gouges revendique l’égalité des sexes devant la justice, en affirmant que les femmes, tout
comme les hommes, doivent être soumises aux mêmes lois et aux mêmes sanctions. Elle exige ainsi la reconnaissance des droits civils des
femmes, trop souvent exclues du champ juridique officiel. : « Nulle femme n’est exceptée ; elle est accusée, arrêtée, et détenue dans les cas
déterminés par la loi. Les femmes obéissent comme les hommes à cette loi rigoureuse. » « Nulle femme » : groupe nominal sujet, « nulle » est un
déterminant indéfini à valeur négative, renforçant la négation absolue (aucune femme). « n’est exceptée » : verbe « être » au présent de
l'indicatif participe passé « exceptée », forme passive, négation portée par « n’ ». « elle » : pronom personnel sujet de la proposition
coordonnée suivante. « est accusée, arrêtée, et détenue » : verbes au présent de l’indicatif, à la voix passive, énumération des actions subies.«
comme les hommes » : comparaison introduite par « comme », marquant l’égalité. Ce passage souligne que toutes les femmes sont soumises aux
mêmes lois que les hommes, sans exception. La négation « nulle femme » insiste sur le fait qu’aucune femme n’échappe à cette règle. En
énumérant les actions judiciaires possibles — accusation, arrestation, détention — le texte montre que les femmes sont pleinement responsables
devant la loi, comme les hommes. Cette égalité devant la justice est affirmée clairement par la comparaison « comme les hommes », ce qui
renforce l’idée d’une justice impartiale. Cependant, cette loi est qualifiée de « rigoureuse », ce qui suggère qu’elle est stricte et sévère,
rappelant que les femmes doivent assumer toutes leurs responsabilités légales sans privilèges ni exemptions.
Dans l’article X, Olympe de Gouges affirme le droit fondamental de la femme à la liberté d’expression, en soulignant que, tout comme l’homme,
elle doit pouvoir exprimer ses opinions sans être inquiétée, même si cela implique un risque extrême, à condition toutefois de respecter l’ordre
public : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir
également celui de monter à la tribune ; pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la loi » Négation avec « Nul ne
doit être inquiété » : la négation porte sur « nul », un déterminant indéfini à valeur négative, exprimant une interdiction universelle. Négation
avec « Nul ne doit être inquiété » : la négation porte sur « nul », un déterminant indéfini à valeur négative, exprimant une interdiction
universelle. Phrase complexe avec juxtaposition : la phrase est formée de propositions coordonnées par des points-virgules, ce qui souligne la
progression des droits de la femme. Ce passage affirme clairement que personne ne doit être persécuté pour ses convictions profondes, y
compris les femmes. Olympe de Gouges met en avant l’idée que les femmes doivent avoir les mêmes droits que les hommes, même celui de
risquer leur vie pour leurs opinions (« monter sur l’échafaud ») tout en ayant aussi la liberté de s’exprimer publiquement (« monter à la tribune
»). Cependant, cette liberté est encadrée par la nécessité de ne pas perturber l’ordre public, ce qui souligne une volonté d’équilibre entre liberté
individuelle et responsabilité sociale. Ainsi, elle revendique une égalité pleine et entière, intégrant à la fois la liberté d’expression et la
reconnaissance des contraintes liées à la vie en société.
Dans l’article XIII de sa Déclaration, Olympe de Gouges revendique l’égalité des sexes dans le domaine social, en affirmant que les femmes,
participant aux charges et aux travaux de la société, doivent bénéficier des mêmes droits en matière d’emploi, de responsabilités et de
reconnaissance professionnelle : « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, les contributions de la femme et
de l’homme sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles ; elle doit donc avoir de même part à la distribution des
places, des emplois, des charges, des dignités et de l’industrie. » « Les contributions de la femme et de l’homme sont égales Sujet : « Les
contributions » (nom pluriel) Complément du nom : « de la femme et de l’homme » → insiste sur l’égale participation des deux sexes.
Verbe : « sont » (3e personne pluriel, présent de l’indicatif) → fait affirmatif et universel. Adjectif attribut : « égales » → souligne l’égalité de
traitement, base de la revendication sociale. Sujet : « Elle » = la femme → mise en valeur individuelle du sujet féminin. Compléments : «
toutes les corvées », « toutes les tâches pénibles » → hyperbole et accumulation qui soulignent l’implication sociale concrète et souvent
pénible des femmes. Modalité d’obligation : « doit » → obligation morale et sociale. Adverbe : « donc » → marqué une conséquence logique
: si elle contribue, elle doit aussi bénéficier. Expression : « de même part » → insistance sur l’égalité des droits sociaux (emploi, charges…).
Dans cet article, Olympe de Gouges met en évidence une profonde injustice sociale : les femmes participent pleinement à l’effort collectif
— en payant les impôts, en accomplissant les tâches les plus difficiles — mais elles ne bénéficient pas des retombées positives de cette
implication. L’auteure dénonce ici une société qui exige des femmes les devoirs d’un citoyen sans leur accorder les droits correspondants.
Par l’emploi de l’adverbe « donc », elle établit une relation logique de cause à conséquence : si les femmes sont soumises aux mêmes charges
sociales que les hommes, elles doivent accéder à égalité aux responsabilités, aux emplois publics, et aux honneurs. Cette revendication
touche directement au domaine des droits sociaux, car elle concerne l’accès au travail, à la reconnaissance professionnelle et à la
participation à la vie économique. L’article exige ainsi une répartition équitable des charges mais aussi des avantages, en appelant à une
justice sociale fondée sur l’égalité des sexes.
Dans sa lettre à la reine, Olympe de Gouges exhorte Marie-Antoinette à soutenir la cause des femmes en insistant sur leur
importance politique et sociale : « Soutenez, Madame, une si belle cause ; défendez ce sexe malheureux, et vous aurez bientôt
pour vous une moitié du royaume, et le tiers au moins de l’autre. » La phrase est construite avec un impératif à la deuxième
personne du singulier : « Soutenez » et « défendez », ce qui marque un appel direct et urgent à l’action. L’apostrophe « Madame
» renforce l’adresse personnalisée et solennelle à la reine. L’expression « une si belle cause » valorise la lutte des femmes en la
présentant positivement. L’expression « ce sexe malheureux » désigne les femmes, soulignant leur condition injuste. La
coordination avec « et » relie deux propositions impératives, insistant sur la double action attendue : soutenir puis défendre. La
phrase finale, « vous aurez bientôt pour vous une moitié du royaume, et le tiers au moins de l’autre », utilise une construction
anticipative avec « vous aurez », associée à des compléments chiffrés (« moitié », « tiers »), ce qui met en avant le poids politique
et numérique des femmes. L’emploi de la métaphore « moitié du royaume » valorise la puissance politique potentielle des femmes.
Olympe de Gouges invite Marie-Antoinette à devenir une alliée active dans la défense des droits des femmes, qu’elle qualifie de «
sexe malheureux », soulignant ainsi leur condition d’oppression. En lui promettant que soutenir cette « belle cause » lui vaudra le
soutien politique d’une grande partie de la population (« une moitié du royaume, et le tiers au moins de l’autre »), elle insiste sur
l’importance stratégique et le poids que représentent les femmes dans la société. Cette injonction souligne non seulement la
légitimité de la revendication féminine, mais aussi la nécessité d’une mobilisation collective pour transformer la société. Ainsi,
Olympe de Gouges montre que la cause des femmes est à la fois juste et porteuse d’un réel pouvoir politique, ce qui appelle à un
engagement concret pour l’égalité.
Dans cette citation du préambule, Olympe de Gouges encourage vivement les femmes à dépasser tous les obstacles qui
leur sont imposés, affirmant leur capacité et leur responsabilité à s’émanciper et à participer activement à la vie politique :
« Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le
vouloir. » « Quelles que soient » : expression avec le subjonctif qui introduit une concession, c’est-à-dire une idée
d’opposition ou d’obstacle, mais sans empêcher l’action. « les barrières que l’on vous oppose » : proposition relative, « que
» remplace « barrières », « on » est un pronom indéfini qui désigne la société ou ceux qui empêchent les femmes. « il est
en votre pouvoir » : phrase impersonnelle qui met en avant la capacité ou le contrôle que possèdent les femmes. Négation
implicite dans « n’avez qu’à » : cette expression signifie « il suffit de », mais la négation « ne… que » restreint l’action à
un seul moyen, ici la volonté. Olympe de Gouges encourage ici les femmes à reconnaître qu’elles détiennent elles-mêmes
le pouvoir de dépasser toutes les barrières qui leur sont imposées par la société ou les autorités. Peu importe les obstacles,
elle affirme que leur émancipation dépend avant tout de leur volonté d’agir. Ce passage est un appel fort à la prise de
conscience et à l’affirmation de leur force intérieure. Il insiste sur l’idée que la liberté et la participation politique ne sont
pas seulement des droits à revendiquer, mais des objectifs accessibles dès lors que les femmes décident de s’en saisir. C’est
une invitation à ne plus subir passivement l’oppression, mais à s’affranchir activement pour conquérir leur place dans la
société.
Dans le préambule de sa Déclaration, Olympe de Gouges s’adresse directement aux femmes, les exhortant à s’unir, à faire usage
de leur raison et de leur force morale pour renverser les prétentions masculines à la supériorité, et ainsi revendiquer leur juste
place dans l’ordre politique et spirituel : « Opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ;
réunissez-vous sous les étendards de la philosophie ; déployez toute l’énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces
orgueilleux, nos serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l’Être suprême. » «
Opposez », « réunissez-vous », « déployez » : verbes à l’impératif présent, 2ᵉ personne du pluriel, qui traduisent un appel direct et
solennel à l’action collective. Ces impératifs renforcent le ton exhortatif du passage, mobilisant les femmes à s’unir et à s’engager
dans un combat intellectuel et politique. « la force de la raison », « les étendards de la philosophie » : groupes nominaux qui
évoquent les valeurs des Lumières (raison, philosophie). Cela suggère que le combat des femmes ne se fait pas par la violence,
mais par la pensée et les idées. « aux vaines prétentions de supériorité » : complément circonstanciel qui désigne l’adversaire, ici
les hommes qui se croient supérieurs. L’adjectif « vaines » souligne l’illégitimité de cette domination. On a ici une antithèse
implicite entre la raison des femmes et l’orgueil infondé des hommes. « vous verrez bientôt ces orgueilleux [...] rampants à vos
pieds » : annonce d’une inversion des rapports de pouvoir, au profit des femmes. L’opposition entre « orgueilleux » et « serviles
adorateurs rampants » met en valeur une transformation radicale du statut masculin, causée par le réveil féminin. Olympe de
Gouges invite ici les femmes à se libérer de l’oppression masculine non par la violence, mais par les armes de l’intelligence, de la
pensée et de l’union. Elle oppose la raison féminine à la prétendue supériorité masculine, qu’elle qualifie de « vaine », donc
infondée. En appelant les femmes à se rassembler « sous les étendards de la philosophie », elle fait référence aux valeurs des
Lumières (liberté, égalité, rationalité), et place la lutte pour les droits des femmes dans un cadre intellectuel et collectif. La
dernière partie de la phrase annonce une révolution symbolique : les hommes, autrefois dominateurs (« orgueilleux »), deviendront
des « serviles adorateurs rampants », non pas humiliés, mais « fiers » de reconnaître l’égalité avec les femmes. Ce retournement
met en scène une utopie féministe, où la femme, en accédant à la connaissance et à la réflexion, force l’admiration et le respect des
hommes. L’« Être suprême » évoque Dieu ou la Raison, et l’égalité devant lui suggère que la supériorité n’est pas naturelle, mais
construite, et donc réversible. Ce passage est donc un appel vibrant à la conscience, à la solidarité féminine et à l’engagement
intellectuel pour faire advenir une société fondée sur la justice et l’égalité.
Dans l’incipit des Droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges interpelle directement l’homme pour dénoncer
l’oppression exercée sur les femmes et questionner la légitimité de ce pouvoir injuste : « Homme, es-tu capable d’être juste ? C’est
une femme qui t’en fait la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. » Interpellation directe : Le texte commence par une
apostrophe « Homme » qui interpelle directement le destinataire, créant un effet d’adresse immédiate et engageante. Questions
rhétoriques : Les phrases « Es-tu capable d’être juste ? », « Dis-moi ? qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe ? »
sont des interrogations qui ne cherchent pas une réponse mais provoquent la réflexion et dénoncent l’injustice. Pronom personnel
« tu » : Il insiste sur la personne à qui s’adresse le texte, impliquant directement l’homme dans la critique. Phrase affirmative
négative : « Tu ne lui ôteras pas du moins ce droit » utilise la négation pour affirmer un droit inaliénable. Énumération de causes
supposées : « ta force ? Tes talents ? » sont mises en parallèle pour questionner les fondements de la domination masculine,
utilisant la coordination par juxtaposition. Forme interrogative insistante : La succession des questions renforce la contestation
et souligne l’absurdité de la domination masculine.Olympe de Gouges remet en question la légitimité de la domination masculine
en s’adressant directement à l’homme, qu’elle interpelle pour le pousser à réfléchir sur sa justice et son pouvoir. Par une série de
questions rhétoriques, elle souligne l’absence de fondement réel à cette oppression, ni la force, ni le talent ne justifient le «
souverain empire » que les hommes exercent sur les femmes. En insistant sur le droit inaliénable des femmes à la justice, elle
dénonce l’injustice systémique dont elles sont victimes. Cette tirade met en lumière l’inégalité profondément ancrée dans la
société et invite à une remise en cause radicale des rapports de pouvoir entre les sexes.
Dans les droits de la femme, Olympe de Gouges dénonce avec vigueur l’injustice du pouvoir masculin qui persiste malgré l’esprit
des Lumières et la Révolution : « L’homme seul s’est fagoté du principe de cette exception. Bizarre, aveugle, boursouflé de
sciences et dégénéré, dans ce siècle de lumières et de sagacité , dans l’ignorance la plus crasse, il veut commander en despote sur
un sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles ; il prétend jouir de la Révolution, et réclamer ses droits à l’égalité, pour ne
rien dire de plus » « L’homme seul » : sujet de la phrase, avec « seul » comme adjectif épithète renforçant l’exclusivité. « s’est
fagoté » : verbe pronominal au passé composé, ici au sens figuré (« s’est fabriqué »). « Bizarre, aveugle, boursouflé de sciences et
dégénéré : série d’adjectifs épithètes coordonnés décrivant « l’homme », avec « boursouflé de sciences » construit comme adjectif
+ complément du nom. « dans ce siècle de lumières et de sagacité, dans l’ignorance la plus crasse » : groupes prépositionnels de
lieu/temps, précisant le contexte. « sur un sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles » : complément d’objet indirect (COI)
introduit par la préposition « sur », avec une proposition relative (« qui a reçu... ») qualifiant « un sexe ». Dans ce passage,
Olympe de Gouges critique vivement la prétention des hommes à dominer les femmes, alors même que ces dernières possèdent
toutes les capacités intellectuelles nécessaires. En qualifiant « l’homme » de « bizarre, aveugle, boursouflé de sciences et dégénéré
», elle dénonce son arrogance et son ignorance, surtout dans un siècle éclairé par les Lumières, où la raison devrait primer. Elle
souligne le paradoxe : malgré les progrès de la Révolution, les hommes continuent à exercer une domination tyrannique («
commander en despote ») sur les femmes, ce qui va à l’encontre des principes d’égalité qu’ils revendiquent eux-mêmes. Ce
passage illustre ainsi l’injustice flagrante et l’aveuglement d’une société patriarcale qui refuse de reconnaître les droits des
femmes.
Dans le préambule de sa Déclaration, Olympe de Gouges dénonce l’ingratitude des hommes envers les femmes, après avoir
pourtant bénéficié de leur soutien dans leur lutte pour la liberté : « L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir
aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes ! femmes, quand cesserez-vous
d’être aveugles ? » « L’homme esclave » : Groupe nominal composé du nom « homme » (sujet) et de l’adjectif « esclave » en
apposition. → Cela suggère que l’homme, autrefois dominé, était lui-même dans une situation de servitude. « a multiplié ses
forces » : Verbe « multiplier » au passé composé → temps de l’accompli, exprime une action passée réussie. « ses forces » :
groupe nominal COD, montre un effort actif pour se libérer. « a eu besoin de recourir aux tiennes » : « a eu besoin de » :
structure verbale exprimant une dépendance ou une nécessité. « recourir » : verbe à l’infinitif → idée d’appel à l’aide. « aux
tiennes » : pronom possessif féminin pluriel → désigne les forces des femmes, suggérant leur participation active. « pour briser
ses fers » : Proposition infinitive finale (but). « briser » : infinitif → action volontaire et violente. « ses fers » : métaphore de la
servitude ou de l’oppression. « Devenu libre » : Participe passé employé comme adjectif (valeur de résultat).
→ Montre un changement d’état : l’homme est désormais affranchi. « il est devenu injuste envers sa compagne » : Verbe «
devenir » au passé composé → marque un retournement. « injuste » : adjectif qualificatif, montre l’ironie de sa liberté. «
envers sa compagne » : complément indiquant la victime de l’injustice → la femme. « Ô femmes ! femmes, » : Apostrophe
directe → interpellation solennelle et émotionnelle. Répétition de « femmes » → procédé d’insistance, appel urgent à la
conscience féminine. « Quand cesserez-vous d’être aveugles ? » : Interrogation directe, temps futur simple : « cesserez-vous »
→ invite à une prise de conscience à venir. « d’être aveugles » : infinitif avec attribut du sujet → métaphore de l’ignorance ou
de la passivité. Ce passage met en lumière un renversement tragique : après avoir été opprimé, l’homme, une fois libre,
reproduit l’injustice à l’égard de la femme. Olympe de Gouges dénonce ici une ingratitude historique : la femme a soutenu
l’homme dans son émancipation (« recourir aux tiennes »), mais en retour, elle demeure exclue et dominée. L’expression «
devenu libre, il est devenu injuste » marque un contraste brutal : la libération masculine, loin de servir à établir une égalité
universelle, a été suivie d’une nouvelle forme d’oppression – celle des femmes. Cela critique directement les Révolutionnaires
qui, tout en prônant la liberté, maintiennent les femmes dans l’invisibilité. Le cri « Ô femmes ! femmes, quand cesserez-vous
d’être aveugles ? » est un appel à la conscience et à la révolte. La métaphore de l’aveuglement symbolise la soumission passive
ou l’ignorance volontaire des femmes face à leur condition. Olympe de Gouges les invite à ouvrir les yeux, à prendre
conscience de leur force et à rejeter la domination masculine. Ce passage résume ainsi une tension centrale du texte : les
idéaux révolutionnaires de liberté et d’égalité sont trahis lorsqu’ils excluent la moitié de l’humanité. Olympe de Gouges
propose une lecture féministe de l’Histoire, et appelle à une libération des femmes par elles-mêmes.
Dans son article premier, Olympe de Gouges réécrit et adapte fidèlement le célèbre article 1 de la Déclaration des droits de
l’homme et du citoyen, affirmant que « la femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits », ce qui constitue une parodie
engagée et critique visant à dénoncer l’exclusion des femmes des droits fondamentaux et à revendiquer leur pleine égalité
juridique et sociale : DDFC : « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent
être fondées que sur l’utilité commune. » DDHC : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions
sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. » Sujet : DDFC : « La femme » (nom commun féminin singulier).
DDHC : « Les hommes » (nom commun masculin pluriel). → Olympe de Gouges remplace le sujet masculin pluriel par un sujet
féminin singulier, pour inclure explicitement les femmes dans la déclaration. Verbes : DDFC : « naît » (3e pers. singulier, indicatif
présent), « demeure » (3e pers. singulier, indicatif présent). DDHC : « naissent » (3e pers. pluriel, indicatif présent), « demeurent » (3e
pers. pluriel, indicatif présent). → Le passage du singulier au pluriel (ou inversement) correspond au changement de sujet
(singulier/féminin vs pluriel/masculin). Les temps et modes sont conservés, affirmant un fait général. Attributs du sujet : DDFC : «
libre » et « égale à l’homme en droits » (adjectifs qualificatifs et complément d’égalité). DDHC : « libres » et « égaux en droits »
(adjectifs qualificatifs au pluriel). → L’adjectif « égale » au féminin singulier et la précision « à l’homme » montrent que la femme est
mise en relation directe et égale à l’homme, alors que dans la DDHC, c’est une assertion collective des hommes. Deuxième phrase :
Identique dans les deux textes : « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »
→ Phrase affirmative avec un verbe au présent de l’indicatif, mode déclaratif, soulignant une règle universelle et objective. Cette phrase
rappelle que les différences sociales ne doivent pas être arbitraires, mais justifiées par le bien commun. En modifiant l’article premier de
la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, Olympe de Gouges affirme clairement que la femme naît libre et doit demeurer
égale à l’homme en droits, remettant en cause l’exclusion implicite des femmes dans la DDHC. Ce changement de sujet, du masculin
pluriel au féminin singulier, est lourd de sens : il ne s’agit plus seulement d’une déclaration abstraite sur « les hommes », terme
générique qui invisibilisé les femmes, mais d’une revendication explicite d’inclusion et de reconnaissance politique des femmes comme
citoyennes à part entière. Par cette reformulation, Olympe de Gouges insiste sur le fait que la liberté et l’égalité ne peuvent être valables
que si elles s’appliquent à toutes et tous, et non à une seule partie de la population. L’expression « égale à l’homme » souligne la
nécessité d’une égalité effective et non seulement théorique, rompant avec la domination masculine et les inégalités sociales et juridiques
qui en découlent. La phrase suivante, reprise textuellement, affirme que les distinctions sociales ne doivent être fondées que sur l’utilité
commune, ce qui implique un appel à une justice sociale universelle et non discriminatoire. Cette continuité montre que la revendication
d’égalité de la femme s’inscrit dans un projet politique égalitariste plus large, en lien avec les idéaux des Lumières et de la Révolution
française. Ainsi, la modification grammaticale et lexicale opérée par Olympe de Gouges est aussi une subversion politique : elle
transforme un texte fondamental en un instrument de lutte féministe, en soulignant que sans égalité des sexes, les principes de liberté,
d’égalité et de fraternité restent incomplets et partiels.
B) Une réécriture engagée pour revendiquer la pleine citoyenneté politique des femmes
Dans l’article 6, Olympe de Gouges réaffirme un principe fondamental de la démocratie issu de la Déclaration des droits de
l’homme de 1789, en insistant sur la participation égale de toutes et tous à la formation de la loi, tout en étendant explicitement
ce droit aux femmes, jusque-là exclues de la citoyenneté politique. DDFC : Art. 6. — La Loi est l'expression de la volonté
générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la
même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. Tous les citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à
toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.
DDHC : La loi doit être l’expression de la volonté générale ; toutes les citoyennes et [tous les] citoyens doivent concourir
personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation ; elle doit être la même pour tous : toutes les citoyennes et tous les
citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs
capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents. DDFC : « La loi » (sujet singulier) —
focalisation sur la loi comme entité. DDHC : « La Loi » (majuscule, personnification) — loi élevée au rang d’institution sacrée.
Verbes : DDFC : « doit être » (présent de l’indicatif, mode déclaratif) souligne l’obligation morale et une prescription. DDHC : «
est » (présent indicatif) affirme un fait, une définition juridique. Compléments : DDFC : « l’expression de la volonté générale »
(complément du nom), identique dans les deux. DDFC ajoute explicitement « toutes les citoyennes et [tous les] citoyens », par
juxtaposition et reprise, insistant sur l’inclusion des femmes. DDHC : « Tous les Citoyens » (masculin, générique), au sens
traditionnel. Formes verbales et pronominales : DDFC utilise la double forme « toutes les citoyennes et tous les citoyens », avec
coordination, montrant la volonté d’égalité explicite. DDHC : « Tous les Citoyens » reste au masculin pluriel traditionnel.
Modalités et modalités de participation : DDFC : « doivent concourir personnellement, ou par leurs représentants » (obligation
morale). DDHC : « ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants » (droit garanti). Admissibilité aux
fonctions : DDFC : « elles doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics » — insistance sur
l’égalité réelle entre femmes et hommes. DDHC : « Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles » —
égalité supposée entre les citoyens (masculins). Critères d’admissibilité : DDFC : « sans autres distinctions que celles de leurs
vertus et de leurs talents » — égalité fondée sur le mérite personnel. DDHC : « sans autre distinction que celle de leurs vertus et
de leurs talents » — formule quasiment identique. Dans la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de
Gouges reprend presque intégralement la formulation de l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme de 1789, mais en y
ajoutant explicitement les femmes (« toutes les citoyennes et [tous les] citoyens »), ce qui marque un changement majeur : la
reconnaissance pleine et entière de la citoyenneté féminine. L’utilisation de la coordination explicite souligne la volonté d’égalité
politique sans ambiguïté. Le passage de « ont droit » à « doivent » dans la modalité verbale renforce le devoir collectif d’intégrer
les femmes à la vie politique, soulignant que cette égalité n’est pas seulement un droit abstrait mais une obligation morale et
sociale à mettre en œuvre. L’insistance sur l’admissibilité aux fonctions publiques selon « leurs capacités, et sans autres
distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents » affirme le principe méritocratique, contre toute discrimination fondée
sur le sexe. Ainsi, Olympe de Gouges transforme un texte fondateur en le rendant plus inclusif et revendicatif, mettant en lumière
la contradiction entre les idéaux révolutionnaires d’égalité et la réalité politique qui excluaient les femmes.
Dans l’article 3 de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges réaffirme le principe fondamental
de souveraineté populaire en s’inspirant explicitement de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, tout en y
intégrant la reconnaissance explicite des femmes comme membres constitutifs de la nation. « Le principe de toute souveraineté
réside essentiellement dans la nation, qui n’est que la réunion de la femme et de l’homme : nul corps, nul individu, ne peut
exercer d’autorité qui n’en émane expressément. » Le principe de toute souveraineté : groupe nominal sujet, « principe » est le
noyau, qualifié par le complément du nom « de toute souveraineté ». réside : verbe au présent de l’indicatif, 3e personne du
singulier, exprimant un fait général. essentiellement : adverbe modifiant le verbe « réside », insistant sur la nature fondamentale
de la souveraineté. dans la nation : complément circonstanciel de lieu. qui n’est que la réunion de la femme et de l’homme :
proposition relative, sujet « qui » renvoyant à « la nation », avec la négation restrictive « ne… que » qui limite la nation à cette
réunion spécifique. nul corps, nul individu : groupe nominal sujet composé, avec « nul » comme déterminant indéfini négatif
(aucun), insistant sur l’exclusion absolue. ne peut exercer : verbe au présent de l’indicatif, à la forme négative, indiquant une
impossibilité ou interdiction. d’autorité : complément d’objet direct du verbe « exercer ». qui n’en émane expressément :
proposition subordonnée relative, « qui » se réfère à « autorité », avec la négation « n’… », exprimant que l’autorité ne peut être
exercée que si elle émane explicitement de la nation. « Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation.
Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément. » Le principe de toute Souveraineté : groupe
nominal sujet similaire à celui de la DDFC. réside : verbe au présent de l’indicatif, 3e personne du singulier. essentiellement :
adverbe identique, renforçant l’importance du lieu de la souveraineté. dans la Nation : complément circonstanciel de lieu. Phrase
suivante : « Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément. » Sujet double « Nul corps, nul
individu », avec « nul » négatif. Verbe « ne peut exercer » à la négation, même valeur d’interdiction. Complément d’objet direct «
d'autorité ». Proposition relative « qui n'en émane expressément » identique à la DDFC, avec négation exprimant la condition
impérative. Dans cet article, Olympe de Gouges reprend la formulation classique de la Déclaration des droits de l’homme et du
citoyen (DDHC), affirmant que « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation » et que personne ne peut
exercer d’autorité sans que celle-ci émane clairement de cette souveraineté. Cependant, elle y apporte une modification
fondamentale et politique en précisant que la nation est « la réunion de la femme et de l’homme ». Cette inclusion explicite des
femmes comme membres à part entière de la nation constitue un acte fort de revendication égalitaire. Par cette phrase, Olympe
de Gouges affirme que la souveraineté ne peut être légitime que si elle prend en compte l’ensemble des individus, femmes
comprises, ce qui était radicalement exclu dans la DDHC d’origine. La femme n’est plus invisible ou subordonnée dans
l’organisation politique, mais reconnue comme co-souveraine. Cette redéfinition vise à dénoncer l’exclusion des femmes de la vie
politique et à réclamer leur pleine citoyenneté. Ainsi, l’article symbolise l’enjeu central de la Déclaration des droits de la femme
et de la citoyenne : faire des femmes des sujets politiques à part entière, avec les mêmes droits et devoirs que les hommes, en
élargissant le concept même de nation et de souveraineté. C’est une critique puissante du système politique patriarcal et un appel
à une démocratie réellement inclusive.
Dans le préambule de sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges affirme avec force que les droits des femmes
sont « naturels, inaliénables et sacrés », et que leur oubli est à l’origine des « malheurs publics » : elle fonde ainsi sa revendication de l’égalité
sur les principes de la nature et de la raison, au cœur de la pensée des Lumières : « Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de
la femme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, [les femmes] ont résolu d’exposer dans une
déclaration solennelle les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme. » « Considérant que » : participe présent utilisé ici comme tournure
impersonnelle d’introduction, typique du langage juridique ou politique, marquant une cause ou une justification. « l’ignorance, l’oubli ou le
mépris » : groupe nominal coordonné par « ou », sujet de la subordonnée conjonctive ; noms abstraits, associés à l’idée d’un manque de
reconnaissance ou de respect. « des droits de la femme » : complément du nom pour les trois substantifs précédents, introduit par la préposition «
de » ; désigne ce qui est ignoré, oublié ou méprisé. « sont » : verbe être au présent de l’indicatif, employé ici comme verbe copule reliant le sujet
composé à son attribut. « les seules causes » : groupe nominal attribut du sujet ; le déterminant défini « les » + l’adjectif qualificatif « seules »
(marquant l’exclusivité) + nom commun pluriel « causes ». « des malheurs publics et de la corruption des gouvernements » : complément du
nom « causes », introduit par « de » ; deux groupes coordonnés par « et », désignant les conséquences sociales et politiques du mépris des droits
féminins. « ont résolu » : verbe au passé composé, 3ᵉ personne du pluriel (sous-entendu : les femmes), indiquant une décision prise. « d’exposer
dans une déclaration solennelle » : infinitif introduit par « de », complément du verbe « ont résolu » ; « dans une déclaration solennelle » est un
complément circonstanciel de moyen ou de manière. « les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme » : complément d’objet direct du
verbe « exposer » ; groupe nominal enrichi d’une triple expansion adjectivale (« naturels », « inaliénables », « sacrés ») qui souligne le caractère
fondamental et universel.. Ce passage, qui ouvre le préambule de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791), imite très
directement la structure de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789), mais en remplaçant l’homme par la femme. Ce faisant,
Olympe de Gouges inscrit sa revendication dans le cadre universel des Lumières et des droits naturels. L’expression « droits naturels,
inaliénables et sacrés » renvoie à la philosophie politique du XVIIIᵉ siècle, notamment à Rousseau et à Locke, pour qui certains droits sont
inhérents à tout être humain en raison de sa nature, et ne peuvent donc être ni supprimés ni ignorés. En attribuant ces droits aux femmes, elle
affirme avec force l’universalité de ces principes, souvent appliqués exclusivement aux hommes. L’usage du mot « considérant », issu du
langage juridique et solennel, donne à sa déclaration une portée officielle et politique, et souligne la rationalité de sa démarche. Elle ne se
contente pas d’une révolte émotionnelle : elle argumente, en montrant que les inégalités entre les sexes sont une cause directe de troubles sociaux
et politiques (« les malheurs publics » et « la corruption des gouvernements »). Elle inverse ici la logique dominante : au lieu de voir la
revendication féminine comme un trouble à l’ordre public, elle affirme que c’est l’injustice faite aux femmes qui provoque le désordre. Ce
renversement rhétorique est central dans son engagement. Enfin, en parlant d’une « déclaration solennelle », Olympe de Gouges donne une
valeur symbolique et fondatrice à son texte, comme s’il s’agissait d’un acte constitutionnel ou d’un texte fondamental. Cela montre son
ambition : faire reconnaître les femmes comme des citoyennes à part entière, dotées des mêmes droits que les hommes.
Dans le postambule de sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges interpelle directement les
femmes, les exhortant à prendre conscience de leurs droits et à s’émanciper de l’oppression masculine : « Femme, réveille-toi ; le
tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits ». « Femme » → Nom commun au singulier utilisé en
apostrophe directe, avec absence d’article défini. → Cela crée une adresse solennelle et universelle à toutes les femmes. → L’apostrophe
met en valeur l’interpellation personnelle et engagée. « réveille-toi → Verbe pronominal à l’impératif présent, 2 ᵉ personne du singulier.
→ L’impératif traduit une injonction forte, un appel à la prise de conscience et à l’action. → Le pronom réfléchi « toi » renforce l’idée que
le changement doit venir de la femme elle-même. « le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers » → Métaphore filée : «
Tocsin » = alarme ou cloche d’alerte → champ lexical du réveil et du danger. « de la raison » : personnification de la raison (valeur des
Lumières), qui appelle à l’éveil. → Voix passive : « se fait entendre » → souligne une force irrésistible et collective, qui dépasse
l’individu. « reconnais tes droits » → Nouvel impératif présent à la 2 ᵉ personne du singulier. → Le verbe « reconnaître » implique que
ces droits existent déjà naturellement, mais ont été niés. → L’adjectif possessif « tes » souligne la légitimité et l’appartenance personnelle
de ces droits à chaque femme. Dans cette phrase puissante du préambule, Olympe de Gouges s’adresse directement aux femmes, les
invitant à sortir de leur passivité historique. Le verbe à l’impératif (« réveille-toi », « reconnais ») marque un appel à l’action : la femme
ne doit plus attendre que la justice vienne d’autrui, mais doit s’émanciper par elle-même. La métaphore du « tocsin de la raison » inscrit
cet appel dans le contexte des Lumières : la raison, valeur universelle, se répand « dans tout l’univers » et met fin à l’obscurantisme.
C’est une cloche qui sonne l’alarme, incitant à un réveil collectif, notamment féminin. Cela donne à l’appel une dimension mondiale et
philosophique. Le dernier impératif, « reconnais tes droits », insiste sur l’idée que ces droits n’ont pas à être inventés, mais reconnus. Ils
sont naturels, inaliénables, mais ont été niés par l’histoire patriarcale. Il s’agit donc d’un rappel de la dignité féminine, fondé sur une
justice naturelle et universelle. Ainsi, cette citation illustre parfaitement l’engagement politique d’Olympe de Gouges : elle appelle les
femmes à prendre conscience de leur condition et à revendiquer activement leur pleine citoyenneté, en accord avec les idéaux des
Lumières.
Dans le postambule de sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges interpelle directement les
femmes, les exhortant à prendre conscience de leurs droits et à s’émanciper de l’oppression masculine : « Femme, réveille-toi ; le
tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits ». « Femme » → Nom commun au singulier utilisé en
apostrophe directe, avec absence d’article défini. → Cela crée une adresse solennelle et universelle à toutes les femmes. → L’apostrophe
met en valeur l’interpellation personnelle et engagée. « réveille-toi → Verbe pronominal à l’impératif présent, 2 ᵉ personne du singulier.
→ L’impératif traduit une injonction forte, un appel à la prise de conscience et à l’action. → Le pronom réfléchi « toi » renforce l’idée que
le changement doit venir de la femme elle-même. « le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers » → Métaphore filée : «
Tocsin » = alarme ou cloche d’alerte → champ lexical du réveil et du danger. « de la raison » : personnification de la raison (valeur des
Lumières), qui appelle à l’éveil. → Voix passive : « se fait entendre » → souligne une force irrésistible et collective, qui dépasse
l’individu. « reconnais tes droits » → Nouvel impératif présent à la 2 ᵉ personne du singulier. → Le verbe « reconnaître » implique que
ces droits existent déjà naturellement, mais ont été niés. → L’adjectif possessif « tes » souligne la légitimité et l’appartenance personnelle
de ces droits à chaque femme. Dans cette phrase puissante du préambule, Olympe de Gouges s’adresse directement aux femmes, les
invitant à sortir de leur passivité historique. Le verbe à l’impératif (« réveille-toi », « reconnais ») marque un appel à l’action : la femme
ne doit plus attendre que la justice vienne d’autrui, mais doit s’émanciper par elle-même. La métaphore du « tocsin de la raison » inscrit
cet appel dans le contexte des Lumières : la raison, valeur universelle, se répand « dans tout l’univers » et met fin à l’obscurantisme.
C’est une cloche qui sonne l’alarme, incitant à un réveil collectif, notamment féminin. Cela donne à l’appel une dimension mondiale et
philosophique. Le dernier impératif, « reconnais tes droits », insiste sur l’idée que ces droits n’ont pas à être inventés, mais reconnus. Ils
sont naturels, inaliénables, mais ont été niés par l’histoire patriarcale. Il s’agit donc d’un rappel de la dignité féminine, fondé sur une
justice naturelle et universelle. Ainsi, cette citation illustre parfaitement l’engagement politique d’Olympe de Gouges : elle appelle les
femmes à prendre conscience de leur condition et à revendiquer activement leur pleine citoyenneté, en accord avec les idéaux des
Lumières.
Dans les Droits de La femme, Olympe de Gouges interpelle directement les hommes pour dénoncer l’injustice de leur domination, comme le
montre cette question provocatrice : « Dis-moi ? Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe ? » Cette adresse frontale met en
lumière la stratégie rhétorique de l'autrice, qui remet en cause l’ordre établi et appelle à une remise en question des rapports de pouvoir entre les
sexes. « Dis-moi ? » Impératif présent du verbe dire à la 2ᵉ personne du singulier : forme directe et familière. Pronom personnel « moi » :
complément d’objet indirect, renforce l’interpellation personnelle. Cela crée une adresse directe à l’interlocuteur masculin, avec une tonalité de
défi. « Qui t’a donné » « Qui » : pronom interrogatif sujet du verbe donner. « t’a donné » : passé composé du verbe donner, avec « t’ », pronom
personnel complément d’objet indirect (à toi). Cette structure remet en cause la légitimité d’un pouvoir reçu : qui t’a autorisé ? L’idée d’un
pouvoir transmis est ici contestée. « le souverain empire » Groupe nominal désignant un pouvoir absolu : « souverain » : adjectif qualificatif au
sens de suprême, incontesté. « empire » : ici au sens figuré de domination totale, autorité. L’association des deux mots insiste sur le caractère
abusif et totalisant du pouvoir masculin. « d’opprimer mon sexe » Infinitif introduit par « de » : complément du nom « empire », précise la nature
de ce pouvoir. « opprimer » : verbe à l’infinitif, connoté négativement (violence, domination). « mon sexe » : périphrase pour désigner les
femmes, avec le pronom possessif « mon » : dimension personnelle, identitaire. L’expression souligne la violence systémique exercée sur les
femmes par un pouvoir illégitime. Cette interpellation directe d’Olympe de Gouges vise l’homme en tant que détenteur historique du pouvoir, et
dénonce l’illégitimité de sa domination sur les femmes. Une adresse accusatrice et provocatrice : En s’adressant à l’homme par une question
rhétorique, l’autrice conteste frontalement l’autorité masculine. Le ton est ironique et incisif : il ne s’agit pas de chercher une vraie réponse, mais
de mettre en lumière l’injustice flagrante de la situation. Dénonciation de la domination patriarcale : L’expression « souverain empire » évoque
un pouvoir absolu, comme celui des rois. Or, dans le contexte révolutionnaire de 1791, ce type de pouvoir est précisément mis en question. Elle
fait ici un parallèle entre la monarchie tyrannique et la domination masculine : dans les deux cas, un pouvoir arbitraire, hérité, non justifié.
Réaffirmation de l’identité féminine : L’usage du terme « mon sexe » revendique une appartenance fière à la condition féminine. Ce n’est pas
une soumission, mais une affirmation politique et individuelle. L'autrice redonne ainsi une voix aux femmes en les désignant comme sujet
collectif opprimé, mais aussi porteur de légitimité. Portée universelle : Ce court passage à une valeur universelle et intemporelle. Il dénonce une
oppression toujours d’actualité à l’époque (et au-delà), et appelle implicitement à la remise en cause des fondements sociaux et politiques du
pouvoir masculin.
Dans le préambule de sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges affirme avec force que
les droits et devoirs ne doivent plus concerner uniquement une partie de la société. En s’adressant à « tous les membres
du corps social », elle inscrit son texte dans une visée universelle, fondée sur les idéaux des Lumières, et réclame une
égalité réelle entre tous les individus, sans distinction de sexe : « Afin que cette déclaration constamment présente à tous
les membres du corps social leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs. » « cette Déclaration » groupe nominal
sujet de la subordonnée. « cette » est un déterminant démonstratif, qui renvoie explicitement à la Déclaration des droits de
la femme. « Déclaration » est un nom féminin singulier. « constamment présente à tous les membres du corps social »
proposition participiale ou groupe adjectival, complément du nom « Déclaration ». « constamment » : adverbe de
manière, qui exprime une durée continue. « présente » : adjectif qualificatif au féminin singulier, accordé avec «
Déclaration ». « à tous les membres du corps social » : complément circonstanciel indiquant à qui s’adresse la
Déclaration. « tous » : déterminant de globalité. « membres du corps social » : groupe nominal pluriel, qui renvoie à
l’ensemble des citoyens, hommes et femmes. « leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs » « leur rappelle » :
verbe conjugué (présent de l’indicatif) à la 3e personne du singulier (le sujet étant « Déclaration »). « leur » est un
pronom personnel complément d’objet indirect (COI) qui renvoie à « tous les membres du corps social ». « sans cesse » :
locution adverbiale, exprimant une fréquence absolue. « leurs droits et leurs devoirs » : COD complexe, composé de deux
noms coordonnés, désignant ce que la Déclaration doit rappeler. Dans cette phrase du préambule de la Déclaration des
droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges affirme que sa Déclaration vise l’universel : elle doit être connue
et rappelée en permanence à tous les citoyens, sans distinction. Le groupe « tous les membres du corps social » inclut à la
fois les hommes et les femmes, ce qui constitue une revendication égalitaire très forte, dans un contexte où les femmes
étaient exclues de la citoyenneté politique. Le verbe « rappeler » exprime un devoir de mémoire civique : la Déclaration
ne doit pas seulement être proclamée, elle doit aussi être intérieurement connue et constamment présente dans l’esprit des
individus pour guider leurs actions. Le fait de lier les droits aux devoirs montre que l’égalité revendiquée par Olympe de
Gouges n’est pas une demande de privilège, mais d’une véritable responsabilité citoyenne partagée, fondée sur la raison,
la justice et l’engagement moral. Cette adresse générale dépasse donc les simples revendications féminines : elle inscrit la
cause des femmes dans une vision universelle de la société, fidèle à l’héritage des Lumières.
V. Conclusion + Ouverture
En conclusion, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges est un texte fondamental qui illustre parfaitement
l’écriture engagée au service d’un combat politique et social. Par sa réécriture critique de la Déclaration de 1789, elle dénonce l’injustice
patriarcale et revendique l’égalité réelle entre les sexes, inscrivant la cause des femmes au cœur de la Révolution. Plus qu’un simple document
historique, ce texte reste un appel intemporel à la justice et à la reconnaissance des droits, qui résonne encore aujourd’hui dans les luttes pour
l’égalité. Ainsi, Olympe de Gouges rappelle que l’écriture peut être une arme puissante pour faire évoluer la société et changer les mentalités.
« Avant même la Révolution française, Louise Dupin posait les fondements d’une égalité naturelle entre les sexes, une idée que reprendra et
développera Olympe de Gouges dans sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. » Louise Dupin, philosophe des Lumières,
défend l’idée que l’égalité entre les sexes est un droit naturel. Elle affirme que « l'indépendance et la liberté sont un droit naturel qui appartient
aux femmes comme aux hommes » . Cette perspective rejoint celle d’Olympe de Gouges, qui plaide pour une reconnaissance juridique et
politique des femmes en tant que citoyennes à part entière.
« En appelant à une réforme de l’éducation féminine, Choderlos de Laclos anticipe les revendications d’Olympe de Gouges, qui voit dans
l’instruction un moyen d’atteindre l’égalité entre les sexes. » Dans ce discours, Laclos soutient que l’éducation des femmes est essentielle pour
leur émancipation et leur participation à la société. Il critique le système éducatif de son époque qui maintient les femmes dans l’ignorance.
Olympe de Gouges partage cette conviction, estimant que l’éducation est un levier fondamental pour l’égalité des droits