Plan de travail du PFE : Conception et simulation d’un réseau Internet haut débit
4G/5G dans les zones rurales périurbaines de N’Djaména (Tchad)
Introduction
Contexte et enjeux : Les zones rurales entourant N’Djaména souffrent d’une
connectivité très limitée. En 2022, environ 72 % de la population tchadienne n’avait
pas accès à Internet. La pénétration de la 4G y est faible (~44 %) et il n’existe pas
encore de réseau 5G. Cette fracture numérique souligne la nécessité d’un projet
d’extension du haut débit.
Objectifs du projet : Concevoir une architecture réseau 4G (évolutive vers 5G)
adaptée aux contraintes locales, et évaluer ses performances par simulation. Il s’agit
de dimensionner les stations de base, le cœur de réseau et les liaisons, puis d’étudier
leur impact (couverture, débit, latence) sur les zones périurbaines concernées.
Approche méthodologique : Combiner études cartographiques et données
démographiques pour le dimensionnement, utiliser NS-3 (simulateur réseau open-
source) pour modéliser les technologies LTE et NR, et élaborer un plan de
déploiement concret.
Structure du rapport : Après cette introduction, le Chapitre 1 analysera le contexte
local (données géographiques, opérateurs, contraintes techniques). Le Chapitre 2
détaillera la conception technique du réseau (architecture, dimensionnement, choix
d’équipements). Le Chapitre 3 décrira la simulation NS-3 (scénarios, paramètres,
indicateurs). Le Chapitre 4 présentera le plan de déploiement (phases, coûts,
partenariats). Une conclusion synthétisera les résultats attendus et les perspectives.
Chapitre 1 : Analyse de contexte
1.1 Contexte géographique et socio-économique
Zones rurales périurbaines de N’Djaména : climat sahélien, relief plat, activité
majoritairement agricole/élevage. Population dispersée (environ 70 % du pays vit en
zone rurale) avec de faibles densités.
Défis socio-économiques : taux de pauvreté élevé et moyens financiers limités des
populations rurales, ce qui influence la demande de services internet (nécessité de
tarifs abordables). Le taux d’alphabétisation et la familiarité aux TIC seront pris en
compte pour évaluer l’adoption des services.
1.2 Infrastructures télécom existantes
Opérateurs mobiles : Le marché est dominé par deux opérateurs principaux (Airtel et
Tigo, qui totalisent ~99 % des abonnés). Un troisième opérateur (Salam Mobile)
fournit uniquement la 2G.
Réseau mobile : Les réseaux 2G couvrent environ 85 % de la population (zones
urbaines et périurbaines). En revanche, la 3G/4G n’atteint qu’environ 25 % de la
population (4G disponible essentiellement dans les grandes villes). Il n’existe pas de
5G au Tchad à ce jour.
Réseau fixe et dorsale : Le réseau fixe est très limité hors de N’Djaména. Le Tchad est
raccordé à la fibre internationale via le projet CAB (Central African Backbone), mais le
backbone national reste embryonnaire, ce qui limite le backhaul pour de nouveaux
sites.
Plan de numérisation national : Un projet d’appui à la transformation numérique
(PATN) financé par la Banque mondiale vise à connecter 4,5 millions de ruraux au
haut débit en 5 ans, soulignant l’enjeu stratégique et le soutien institutionnel à ce
type de projet.
1.3 Contraintes locales
Énergie et conditions climatiques : L’alimentation électrique est instable voire
inexistante dans de nombreuses zones rurales. Les stations de base doivent s’équiper
d’alimentations autonomes (panneaux solaires, batteries, générateurs). Les
conditions climatiques extrêmes (chaleur, poussière, orages) compliquent la
maintenance et réduisent la fiabilité des équipements.
Logistique et maintenance : L’éloignement des villages entraîne des coûts élevés de
transport et de maintenance des sites. Les routes peu praticables ou inexistantes
doivent être considérées dans la planification.
Réglementation et spectre : Il faudra respecter les licences nationales 4G
(bandes 700/800/1800 MHz) et anticiper le partage de spectre pour la 5G. Le projet
s’inscrira dans le cadre réglementaire de l’ARCEP tchadienne.
1.4 Besoins des utilisateurs et perspectives
Services attendus : Accès Internet pour l’éducation (e-learning), la santé à distance,
l’agriculture connectée (marchés, météorologie), la téléphonie VoIP et le
divertissement. Des débits modestes (quelques centaines de kb/s par utilisateur)
peuvent être suffisants pour commencer, avec des pics lors de contenus
multimédias.
Acceptabilité et coût : Les offres devront être à faible coût pour être accessibles. Les
usagers peuvent payer une part significative de leur revenu (ex. 46 % comme
constaté en 2023). La sensibilisation au numérique et la formation (environ
40 000 personnes selon PATN) seront prévues pour assurer l’appropriation.
Enjeux socio-économiques : Réduction de la fracture numérique et développement
économique local, conformément aux objectifs du PATN. Le réseau conçu visera à
avoir un impact concret (taux d’adoption, augmentation du trafic) sur plusieurs
années.
Chapitre 2 : Conception technique du réseau
2.1 Architecture réseau 4G/5G
Topologie réseau : Mise en place de stations de base LTE (eNodeB) interconnectées
via un cœur de réseau EPC (Evolution Packet Core). Les eNodeB seront reliés en
backhaul (fibre ou micro-ondes) à un Data Center central situé idéalement à
N’Djaména.
Intégration 5G : Prévoir l’évolution vers la 5G NR en architecture non autonome
(NSA) dans un premier temps, en introduisant des gNodeB compatibles 5G reliés au
même EPC 4G. Le simulateur NS-3 (module 5G-LENA) servira à modéliser cette
évolution.
Bandes de fréquences et protocoles : Utiliser des bandes basses (p. ex. 800 MHz)
pour étendre la portée, complétées par des bandes plus hautes (1800/2600 MHz)
pour la capacité. LTE-A (4×4 MIMO, modulation 64QAM) et NR (2×2 MIMO, OFDM à
multi-porteuses) seront prises en compte.
Équipements : Sélection de eNodeB/LTE provenants de fournisseurs majeurs
(Ericsson, Huawei, Nokia) compatibles 5G. Antennes macro-hautes portées avec tilt
variable, et liaisons de backhaul redondantes.
2.2 Dimensionnement radio et couverture
Modélisation radio : Application du modèle de propagation rural (Okumura-Hata ou
ITU-R) pour déterminer le nombre et l’emplacement des sites nécessaires. Calcul du
budget liaison (puissance, gains antennes, pertes) pour atteindre une couverture
cible (par exemple RSRP > –110 dBm sur X % du territoire visé).
Capacité réseau : Estimation du nombre d’utilisateurs simultanés et du trafic moyen
(voice/Data) pour dimensionner la bande passante (par ex. 10 MHz par cellule).
Analyse de la densité de trafic afin de prévoir le nombre de canaux nécessaires pour
respecter les QoS (ex. blocage ≤5 %).
Qualité de service (QoS) : Définition des KPIs : débits minimum garantis (p.
ex. 256 kb/s U/D), latence maximale (p. ex. <100 ms), disponibilité du service (ex.
>99 %). Ces critères guideront le dimensionnement (nombre de cellules, répartition
de l’intensité radio).
Contraintes physiques : Choix d’antennes directionnelles ou omnidirectionnelles
selon le relief et l’étendue géographique. Les stations seront souvent à haute
altitude (dômes, toits d’école) pour maximiser la portée.
2.3 Outils et outillage
Logiciels de planification : Utilisation de logiciels dédiés (p. ex. Atoll, Radio Mobile,
QGIS) pour réaliser le dimensionnement initial : intégration de cartes
topographiques, calcul de couverture, emplacements candidats de sites.
Simulation préliminaire : Création d’un banc de tests NS-3 pour valider la topologie
(eNodeB, EPC). Les paramètres configurés (largeur de bande, modulation, nombre
d’UE) proviendront des calculs de dimensionnement.
Approvisionnement en énergie : Dimensionnement des panneaux solaires et
batteries (en Wh) pour assurer l’autonomie des sites critiques. Étude du coût global
d’installation solaire vs groupe électrogène diesel.
Maintenance et monitoring : Intégration de capteurs (énergie, température) et
d’outils de supervision réseau. Mise en place d’une plateforme de suivi (par ex.
Nagios ou Zabbix) pour surveiller la performance terrain après déploiement.
2.4 Contraintes et aspects techniques
Énergétiques : Chaque site radio aura un plan d’alimentation hybride (solaire +
batterie + secours). Les consommations maximales (en watts) seront estimées selon
les équipements installés pour dimensionner les systèmes.
Infrastructure et logistique : Emplacement des stations de base selon accessibilité et
disponibilité foncière. Le partage d’infrastructure (pylônes communautaires, toits
d’écoles) sera privilégié pour réduire les coûts d’implantation.
Aspects réglementaires : Veiller au respect des normes 3GPP (canevas cellulaires,
puissances) et des obligations d’émetteur (étude d’impact RF). Des accords avec
l’ARCEP devront être établis pour les autorisations d’implantation et l’usage du
spectre.
Chapitre 3 : Simulation du réseau avec NS-3
3.1 Présentation de NS-3 et des modules LTE/5G
NS-3 est un simulateur réseau à événements discrets open-source, largement utilisé
en recherche. Il permet de modéliser finement le protocole LTE ainsi que les
nouvelles fonctionnalités 5G.
Module LTE : Le modèle LTE de NS-3 inclut l’ensemble du protocole radio et du cœur
de réseau (EPC), facilitant la création de scénarios end-to-end.
Module 5G (5G-LENA) : Ce module permet de simuler les réseaux 5G New Radio (NR)
en mode NSA ou SA. Il intègre les chaînes physiques et MAC conformes au Release-
15 du 3GPP, utiles pour évaluer la cohabitation 4G/5G.
3.2 Configuration du scénario
Topologie : Définir le nombre d’eNodeB (et gNodeB futurs) simulés et leur position
géographique (coordonnées GPS correspondantes à la zone d’étude). Disposer les
terminaux mobiles (UE) selon la répartition de population (plus d’UE dans les
villages).
Paramètres radio : Spécifier les caractéristiques du lien (bande passante des canaux,
configuration antennaire, puissance d’émission, fréquence porteuse). Choisir un
modèle de propagation adapté (ex. modèle rural 3GPP).
Mobilité et chargement : Mettre en place un modèle de mobilité simple (mobile
stationnaires ou à faible vitesse en déplacement local). Définir le nombre d’UE actifs
et leur profil de trafic (ex. pourcentages d’appels VoIP, sessions Web, streaming
vidéo).
Durée et environnement : Exécuter la simulation sur une plage temporelle
représentative (p. ex. plusieurs minutes réelles). Intégrer éventuellement des effets
environnementaux (interférences, charge CPU) si le modèle le permet.
3.3 Indicateurs et métriques de performance
Couverture radio : Mesurer la puissance reçue (RSRP) et le rapport signal/bruit
(RSRQ, SINR) pour chaque UE. Cartographier la couverture atteinte par les stations.
Débit et latence : Calculer le débit moyen et maximal en montée/descente, ainsi que
la latence (round-trip time) des paquets entre UE et le serveur simulé.
Qualité de service : Évaluer le taux de perte de paquets (BLER), la gigue, le taux de
blocage d’appel et le temps de handover.
Utilisation du spectre : Examiner l’efficience (bits/s/Hz) et la part d’octets traités par
cellule, pour optimiser la configuration radio.
3.4 Résultats attendus et analyse
Comparaisons 4G vs 5G : Présenter les gains apportés par l’introduction de la 5G (par
exemple débits doublés, latence réduite).
Cartographies de performances : Générer des cartes (heatmaps) de couverture et de
débit pour visualiser l’étendue du service.
Validation du dimensionnement : Vérifier si les objectifs fixés (p. ex. couverture
>95 % des villages, débit minimal) sont atteints. Ajuster les paramètres (nombre de
sites, bande passante) selon les écarts constatés.
Rapport de simulation : Synthétiser les résultats sous forme de tableaux et
graphiques, facilitant l’analyse (courbes débit/latence en fonction de la charge,
comparatifs de scénarios, etc.).
Chapitre 4 : Plan de déploiement et perspectives
4.1 Stratégie de déploiement
Phases du projet : Planifier un projet pilote dans une zone test proche de N’Djaména
(quelques villages) pour valider les choix techniques. Puis étendre progressivement
aux villages voisins en phases triennales.
Calendrier prévisionnel : Établir un calendrier global (étude, commande
équipements, installation, mise en service, évaluation) sur 3 à 5 ans. Définir des
jalons intermédiaires (par ex. couverture de 50 % des villages après 2 ans).
Coordination locale : Obtenir les autorisations nécessaires (ARCEP, collectivités
locales) et mobiliser les acteurs (collectivités territoriales, ministères concernés,
ONG). Sensibiliser la population et former des techniciens locaux dès la phase pilote.
4.2 Partenariats et aspects financiers
Financement : Prévoir le budget global (estimations CAPEX/OPEX) : achat des
stations de base, équipements d’alimentation, installation, backhaul, maintenance
annuelle, formation. Le projet s’appuiera sur le financement PATN de la Banque
mondiale (~76,45 milliards FCFA).
Partenariats stratégiques : Collaborer avec les opérateurs existants (Airtel, Tigo) pour
mutualiser l’infrastructure ou obtenir des licences partagées. Envisager des
partenariats public-privé ou subventions gouvernementales (incitations pour
opérateurs déployant en zone rurale).
Coûts et retours : Réaliser une étude de rentabilité (coût par site vs nombre
d’abonnés potentiels). Intégrer le facteur socio-économique : subventions publiques
ou tiers-financement pour assurer la viabilité.
4.3 Risques et mesures d’accompagnement
Risques techniques : Pannes d’équipements, rupture de liaison d’alimentation ou de
backhaul. Plan de secours (systèmes redondants, support rapide) et maintenance
préventive.
Risques financiers : Dépassement de budget, variations du coût des équipements.
Mettre en place un suivi budgétaire strict et prévoir une marge pour imprévus.
Risques sociopolitiques : Changement de réglementation, éventuelles coupures de
réseaux pour raisons politiques. Maintenir un dialogue avec les autorités (ex.
ministère de la Communication) pour anticiper ces risques.
Mesures d’atténuation : Assurer la formation d’ingénieurs et techniciens tchadiens
pour l’exploitation du réseau, réduire la dépendance à l’expertise externe. Prévoir
une sensibilisation continue des communautés à l’importance du projet.
4.4 Formation et renforcement des compétences
Formation technique : Organiser des sessions de formation (ateliers, stages) pour les
techniciens locaux sur l’installation et la maintenance du matériel 4G/5G.
Formation des usagers : Campagnes de sensibilisation des populations rurales à
l’utilisation des services numériques (sites de e-santé, e-éducation), afin de
maximiser l’adoption.
Partenariats éducatifs : Collaborer avec les universités et écoles d’ingénieurs locaux
pour intégrer les connaissances acquises (ex. travaux pratiques sur NS-3, projets
étudiants sur le déploiement réseau).
4.5 Indicateurs de suivi et durabilité
Indicateurs de succès : Taux de couverture effectif (% de villages desservis), nombre
d’abonnés ruraux, trafic mensuel global, qualité de service (débit moyen). Mesurer
l’augmentation de l’accès à l’Internet dans la population rurale (objectif : réduire à
X % le non-couvert).
Suivi et maintenance : Mettre en place un système de remontée des incidents et de
supervision en continu (par exemple via SNMP). Planifier des audits techniques
périodiques et des mises à jour logicielles régulières.
Perspectives : Une fois le déploiement initial consolidé, envisager le passage en 5G
autonome (standalone), le déploiement de services IoT (agriculture intelligente,
capteurs environnementaux) et l’extension à d’autres régions rurales.
Conclusion
Ce plan de travail propose une approche progressive et structurée pour réduire la
fracture numérique autour de N’Djaména. L’analyse de contexte (Chapitre 1) montre
l’urgence de connecter les populations rurales (72 % sans Internet) et la nécessité
d’adapter le réseau aux contraintes locales. La conception technique (Chapitre 2)
détaille les choix d’architecture LTE/5G et de dimensionnement en tenant compte
des ressources disponibles. La simulation via NS-3 (Chapitre 3) permettra de valider
la faisabilité du réseau et d’évaluer quantitativement les performances attendues
(couverture, débit, latence). Enfin, le plan de déploiement (Chapitre 4) précise les
phases, les financements (notamment le projet PATN de 76,45 Md FCFA) et les
indicateurs pour assurer le succès et la durabilité du projet. L’étude anticipera
également les perspectives futures (validation terrain, extension 5G complète,
intégration de services numériques pour le développement local). Le mémoire
conclura sur les résultats de la simulation et proposera des recommandations pour la
mise en œuvre effective du réseau proposé.
Sources principales : Données UIT/Tchad ; statistiques WorldData ; informations
techniques NS-3 ; rapports et articles sur le contexte tchadien.
Sources :
[Link], world [Link], [Link], [Link], prepaid-data-sim-
[Link]