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Le document aborde le principe de séparation des ordonnateurs et des comptables dans la comptabilité publique, en soulignant les évolutions de la responsabilité des comptables publics depuis 2011. Il évoque les défis et les aménagements nécessaires pour rendre ce principe viable, tout en discutant des implications de la réforme et du rôle de la Cour des comptes. Enfin, il met en lumière les limites du nouveau régime de responsabilité et les enjeux liés à la remise en cause de ce principe.

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Le document aborde le principe de séparation des ordonnateurs et des comptables dans la comptabilité publique, en soulignant les évolutions de la responsabilité des comptables publics depuis 2011. Il évoque les défis et les aménagements nécessaires pour rendre ce principe viable, tout en discutant des implications de la réforme et du rôle de la Cour des comptes. Enfin, il met en lumière les limites du nouveau régime de responsabilité et les enjeux liés à la remise en cause de ce principe.

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Comptabilité publique et contrôle des comptes

Stéphanie DAMAREY
Professeur agrégé de Droit public, Université de Lille
EA n° 4487, CRDP – Centre Droits et perspectives du droit / ERDP – Équipe de
recherche en droit public

Le devenir du principe de séparation


des ordonnateurs et des comptables
Mots-clés : comptabilité publique - responsabilité des comptables publics -
réforme de la RPP - Cour des comptes

À l’occasion de son assemblée générale,le 17 mai 2019, l’Association


Espac’EPLE (Association d’entraide et solidarité professionnelles des agents
comptables des établissements publics locaux d’enseignement) s’est
interrogée sur le devenir du principe de séparation des ordonnateurs et
des comptables. Afin d’introduire leur table ronde consacrée à l’avenir de
ce principe, le Professeur Damarey a apporté un éclairage sur le nouveau
régime de responsabilité des comptables publics tel que résultant du texte
de décembre 2011 et des décisions du juge financier. L’occasion d’identifier
les voies et moyens permettant d’améliorer le dispositif actuel en tendant
vers une subjectivisation du contrôle des comptes par le juge.

C
ette intervention s’inscrit dans le cadre sants de ce qui va se conclure dans le cadre de
d’une journée d’étude organisée par cette table ronde : les perspectives d’évolution
l’Association Espac’EPLE, préalable à l’or- du principe de séparation des ordonnateurs et
ganisation d’une table ronde sur le devenir du des comptables et aussi les perspectives d’évo-
principe de séparation des ordonnateurs et des lution des régimes de responsabilité des uns et
comptables. des autres.

Il s’agit donc d’introduire cette journée en iden- On devrait d’ailleurs envisager l’évolution du ré-
tifiant, préalablement, les tenants et les aboutis- gime de responsabilité des ordonnateurs avant

doi: 10.3166/gfp.2019.5.010

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Comptabilité publique et contrôle des comptes

Dossier
celle des comptables car tout se combine né- donc une réelle méfiance qui est à l’origine de la > Réforme du régime
cessairement et si on parle beaucoup, en ce mo- création de la Cour des comptes. de responsabilité
ment, d’une remise en cause de ce principe de financière des
Est-ce qu’on peut encore dire aujourd’hui que la comptables publics
séparation, c’est parce que beaucoup de choses
Cour des comptes est un allié du Gouvernement,
ont évolué sur ces dernières années. Le prélude,
un allié du chef de l’Etat. Vu du Gouvernement,
cela a bien évidemment été la Loi organique re-
cela ne doit très vraisemblablement pas être le
lative aux lois de finances du 1er août 2001 dont
sentiment le plus répandu. Le rôle d’information
plusieurs évolutions ont résulté. A sa suite, le dé-
de la Cour des comptes dans l’emploi des fonds
cret du 7 novembre 2012 qui a forcé encore le
publics est un essentiel : la lecture de certains
trait.
rapports de la Cour des comptes ou de certaines
Et finalement un certain nombre d’éléments, de de ses observations le démontre. On peut éga-
problématiques qui résultent de la difficulté à lement relever le rôle important joué par le juge
mettre en jeu la responsabilité des ordonnateurs financier en matière de jugement des comptes
d’une part, et des difficultés qui résultent du nou- des comptables publics avec parfois des débets
veau régime de responsabilité des comptables de montants très importants. On peut citer ce
tel qu’il résulte de la loi de 2011 introduisant contrôleur budgétaire et comptable ministériel
cette notion assez délicate à traiter qu’est le pré- qui, en 2018, a été mis en débet à hauteur de
judice financier. presque 9 millions d’euros. Le concernant, on
peut deviner qu’une remise gracieuse lui soit ac-
Aux origines du principe de séparation des or- cordée par le ministre, avec néanmoins un laisser
donnateurs et des comptables, un texte de à charge de 47 000 euros… Quand même…
1822 sous la Restauration qui consacre cette Il faut se souvenir que la fonction comptable
séparation mais avant cela, il faut se souvenir s’est démocratisée au début du 20ème siècle
que dès 1795, dès la Révolution avait déjà été lorsqu’ont été mis en place les systèmes d’assu-
mis en place un système d’évaluation, en tout rances et de cautionnements mutuels. Puisque
cas de contrôle porté sur les comptables pu- jusqu’à cette époque là, il fallait être issu d’une
blics puisque le bureau de la comptabilité pu- frange aisée de la population pour pouvoir être
blique avait été mis en place par Pierre-Joseph comptable public, être en capacité de déposer
Cambon. Celui-là même qui a donné son nom à une somme, en garantie, auprès de la caisse
la rue où siège la Cour des comptes, qui est aussi des dépôts et consignations ou en capacité de
à l’origine de la création du Grand livre de la prendre une hypothèque sur un bien immobilier.
dette publique. Pierre-Joseph avait imaginé déjà Encore fallait-il être propriétaire…
ce dispositif de mise en cause de la responsabi-
lité des comptables publics avec la possibilité, à C’est bien évidemment le système de l’assurance
ce moment-là – la Cour des comptes n’existait et celui du cautionnement mutuel qui prévalent
pas encore, elle a été créée en 1807 – au travers désormais.
de ce bureau de la comptabilité publique, de A ce propos, s’est d’ailleurs exprimée une crainte
mettre en cause déjà sous le format d’un débet, apparue avec le nouveau régime de responsabi-
la responsabilité des comptables publics. On se lité des comptables publics, celle d’une augmen-
souvient que tout ce dispositif a été mis en place tation des polices d’assurance. Une crainte qui
pour réagir par rapport aux abus constatés sous s’est trouvée confirmée selon certains échanges
l’Ancien Régime : on parlait à ce moment-là des établis par des agents comptables.
gabelous, des fermiers généraux, la ferme gé-
nérale, on en connaît les excès, on en connaît Ce principe de séparation des ordonnateurs et
les retombées en termes de violence. Juste un des comptables ne pouvait toutefois trouver à
chiffre : il faut savoir que la gabelle qui était cen- s’appliquer que si des aménagements lui étaient
sée rapporter 120 millions de livres, les caisses du apportés. En effet, l’application trop rigide d’une
royaume n’en recevaient que 40. Cela veut dire règle n’aurait pu emporter les effets escomptés.
que 80 millions restaient dans la caisse des fer- Atténuer la rigidité de l’application de ce prin-
miers généraux… cipe était donc impératif.

C’est donc en réaction à cet état des choses que Les nécessaires aménagements
Napoléon Bonaparte a, en 1807, créé la Cour au principe de séparation des
ordonnateurs et des comptables
des comptes. Elle est alors envisagée comme un
allié du Chef de l’Etat, un allié de Napoléon Bo- Des aménagements ont donc été prévus par les
naparte pour exercer un contrôle sur ceux qui, en textes : on pense aux régies d’avance, aux ré-
Province, vont employer les fonds publics. C’est gies de recettes, on pense aux paiements sans

GFP N° 5-2019 / Septembre-Octobre 2019 77


Comptabilité publique et contrôle des comptes

Dossier
> Réforme du régime ordonnancement préalable, on peut penser éga- dès lors que l’on envisage de supprimer, dans
de responsabilité lement, dans le cadre de ces dispositifs, aux pos- le même temps, la responsabilité devant le juge
financière des sibilités de recourir à un mandat et donc de per- des comptes…
comptables publics
mettre à une personne autre que le comptable,
Une option alors que notre régime juridique n’est
de pouvoir manier l’argent public. Finalement, on
pas celui le plus répandu en Europe et dans le
a autorisé, on a organisé, au travers des textes,
monde. Il y a quelques instances supérieures de
depuis 1822, un certain nombre de dispositifs qui
contrôle qui disposent, comme en France, de
ont permis effectivement d’aménager ce prin-
compétences juridictionnelles et non juridiction-
cipe, de le rendre vivable dans son quotidien et
nelles comme en Belgique ou encore au Portugal
de lui permettre de nuancer parfois les rapports
mais pour beaucoup, c’est le cas en Allemagne,
qui pouvaient s’opérer entre les ordonnateurs et
c’est le cas au Royaume-Uni, l’instance supé-
les comptables publics. On peut également pen-
rieure de contrôle n’a que des fonctions d’audit,
ser à l’usage par l’ordonnateur de son pouvoir
n’a que des fonctions de contrôle de la gestion
de réquisition qui, certes peut être de manière
et n’a aucune compétence à l’égard de ceux qui
plus rigide, plus directive, va de la même manière
sont en charge du maniement des fonds publics.
atténuer le principe de séparation des ordonna-
Donc c’est vrai que notre système repose sur une
teurs et des comptables.
culture que nous avons développée depuis 1807,
Les aménagements se sont multipliés depuis la c’est notre héritage. C’est quelque chose qui
LOLF, depuis le décret GBCP parce que les fron- s’explique tout à fait et qui a sa raison d’être mais
tières entre les rôles d’ordonnateur et de comp- effectivement, en fonction des points de vue qui
table, se sont estompées. Parce que de plus en se manifestent, il peut être tentant d’argumenter,
plus, on a réclamé de l’ordonnateur un certain de négocier et finalement, au travers de la remise
nombre d’exigences en termes d’emploi des en cause du principe de séparation des ordonna-
fonds publics – j’y reviendrai dans un instant avec teurs et des comptables, d’obtenir la suppression
l’avis que cela n’est pas encore suffisant, mais de la compétence du juge financier à leur égard.
néanmoins… -, on songe aux services facturiers,
Ce n’est bien évidemment pas la volonté de la
aux agences comptables intégrées. Des notions
Cour des comptes que de se départir de cette
qui apparaissent et qui expliquent pourquoi on
compétence de jugement des comptes des
se retrouve, aujourd’hui, à discuter de la possible
comptables publics, vous n’en serez pas étonné...
suppression du principe de séparation des or-
Et encore une fois, tout est une question de point
donnateurs et des comptables. Discussions que
de vue.
l’on retrouve dans de nombreux milieux profes-
sionnels : bien sur les réseaux des agents comp-
Limites du nouveau régime de responsabi-
tables, Bercy, au sein des juridictions financières,
lité des comptables publics
parmi les ordonnateurs… Au-delà de ce principe,
c’est la question des responsabilités de ces ac- Ceci explique d’ailleurs cette intervention : le
teurs dont il est question. Le régime actuel de point de vue de l’universitaire est censé être le
responsabilité des comptables publics n’est pas point de vue le plus objectif, le plus neutre, une
satisfaisant. Plus globalement, il faut comprendre vision simple et rigoureuse de la situation avec la
que ces discussions autour du principe de sépa- possibilité de nuancer les propositions.
ration des ordonnateurs et des comptables ne
Ce cheminement suppose, pour ce sujet émi-
peuvent aller de paire qu’avec des discussions
nemment d’actualité, de partir de ce que l’on
concernant, tout à la fois, le régime de respon-
connaît : ce nouveau régime de responsabilité
sabilité des agents comptables et des ordon-
des comptables publics et du nouveau schéma
nateurs. C’est un tout. Il n’est donc pas envisa-
qu’il impose à savoir identifier le manquement du
geable de distinguer les deux. On pourrait tout
comptable et en déduire s’il a ou non causé un
à fait se focaliser uniquement sur le principe, se
préjudice financier. La notion même de préjudice
poser la question de sa pertinence – illustration
financier soulève des difficultés.
avec cette proposition de loi d’octobre 2018 qui
envisage sa suppression au niveau local. C’est Tenir compte également du pouvoir de remise
vrai que c’est dans l’air du temps mais finale- gracieuse dont dispose le ministre, pouvoir qui
ment c’est dans l’air du temps en fonction des a évolué avec la loi de 2011. Un bref rappel pour
points de vue confrontés. Du point de vue de bien en comprendre les incidences : le projet
la DGFIP, de Bercy et donc du point de vue des de réforme des juridictions financières initié en
agents comptables, supprimer ce principe de 2009, celui-là même qui aboutira au régime de
séparation des ordonnateurs et des comptables responsabilité mis en place en décembre 2011.
peut présenter un certain nombre d’avantages Ph. Séguin répond alors au souhait formulé par

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Comptabilité publique et contrôle des comptes

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N. Sarkozy de mise en place d’une responsabilité France s’est trouvée obligée d’appliquer ces dis- > Réforme du régime
des gestionnaires publics. C’est bien la Cour des positions et s’agissant des juridictions financières, de responsabilité
comptes – et donc son Premier président - qui cela a conduit à introduire l’audience publique, à financière des
comptables publics
a tenu « le stylo » pour écrire ce projet. Un pro- exiger l’impartialité des décisions rendues sous
jet qui aboutira en pointillés dans le courant de un délai raisonnable.
l’année 2011, véritable patchwork législatif avec Ce détour pour comprendre qu’à ce sujet, les
plusieurs textes entre lesquels les dispositions risques contentieux devant la Cour EDH avaient
concernant les juridictions financières ont été été énoncés mais n’avaient pas été entendus par
éparpillées et, à l’inverse, avec des dispositions le Gouvernement. Risques d’autant plus avérés
qui ne verront pas le jour, comme la réforme de la qu’à ce sujet, il n’y avait pas de problème d’in-
Cour de discipline budgétaire et financière. térêt à agir.
Un élément d’importance car dans ce nouveau Pour la remise gracieuse, même cause, même
rapport, cette redéfinition des rôles entre ordon- effet. Elle ne correspond pas aux attentes de l’ar-
nateurs et comptables, qui résulte de la LOLF ticle 6-1 Conv. EDH mais la difficulté à identifier
notamment, qui se répercute sur leur champ d’in- une voie contentieuse permettant de porter la
tervention, laissant supposer que si on demande question devant la Cour EDH. profite au Gouver-
plus à l’ordonnateur, on devrait demander moins nement.
au comptable... L’instauration du contrôle hiérar-
chisé de la dépense en est le reflet. Néanmoins, Il n’en demeure pas moins que dans la théorie,
on est toujours dans cette logique d’une respon- le fait qu’un ministre dispose d’un tel pouvoir
sabilité attachée à ce qui fait l’activité du comp- de remise gracieuse, c’est gênant. En pratique,
table public, à savoir encaisser, décaisser, gestion constater que ce ministre fait usage de ce pou-
des stocks, etc… voir dans 95 % des cas, en termes de respect dû à
une décision rendue par un juge, cela prend une
Alors revenons sur la genèse de cette réforme,
toute autre dimension.
nous sommes en 2009, le projet de loi arrive sur le
bureau de l’Assemblée nationale. En septembre Il suffisait d’écouter les magistrats financiers s’ex-
2010, le projet est examiné par la Commission primer à l’époque et témoignant de leur décou-
des lois de l’Assemblée nationale et parmi les ragement. Avec ces conséquences relevant de la
propositions de cette dernière, la suppression du science administrative lorsque la statistique dé-
pouvoir de remise gracieuse du ministre chargé voile que les magistrats se sont détournés de leur
du budget. activité juridictionnelle au profit de leur activité
non juridictionnelle.
Du point de vue de Bercy, on peut imaginer la
réaction… Il faut comprendre qu’examiner ces comptabili-
tés, ce n’est probablement pas la part de métier
Pourquoi une telle remise en cause ? Les chiffres
de magistrat financier qui procure la plus grande
qui circulaient alors, se trouvent officiellement
satisfaction. En tout cas, à entendre certains ma-
confirmés dans un rapport parlementaire : 95 %
gistrats financiers qui, à l’époque où les pièces
des décisions rendues par le juge des comptes
justificatives étaient fournies sous un format
se trouvaient remise en cause par l’usage par ce
papier voyaient arriver à eux des palettes de
ministre, de son pouvoir de remise gracieuse.
documents. Alors certes aujourd’hui la dématé-
Sur le principe, le fait qu’un ministre puisse re- rialisation a progressivement pris le relais – mais
mettre en cause une décision de justice, cela doit a priori pas suffisamment à entendre certains
interloquer. Le fait qu’un ministre dispose d’un tel comptables…
pouvoir, dans un Etat de droit, c’est anormal. On
peut supposer que si ce schéma était soumis à la Renouveler l’office du juge financier
Cour européenne des droits de l’homme, il serait Tout ce contexte explique qu’en 2010, lorsque ce
remis en cause. Mais l’intervention de cette Cour projet de réforme émerge avec cette proposition
semble difficilement envisageable en considéra- visant à supprimer, purement et simplement, le
tion de l’intérêt à agir : ce n’est certainement pas pouvoir de remise gracieuse du ministre, Bercy
le comptable qui va aller contester la décision de s’inquiète. On peut deviner la négociation en ré-
remise gracieuse. sultant… qui va aboutir au dispositif retenu dans
Sur cet aspect, la situation apparaît donc verrouil- le cadre du nouveau régime de responsabilité
lée. des comptables publics.
Il n’empêche que, sur le principe, on sait très bien L’adage selon lequel le juge des comptes juge
qu’elle en serait l’issue à l’image du contentieux les comptes des comptables publics est nuancé
qui a accompagné l’article 6-1 Conv. EDH. La d’autant qu’il avait déjà perdu de sa signification

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Comptabilité publique et contrôle des comptes

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> Réforme du régime à l’exemple de l’appréciation des diligences du responsabilité du comptable public, AJDA 2014
de responsabilité comptable dans le recouvrement des recettes. p. 2405).
financière des
comptables publics L’impression qui résulte du texte de 2011, c’est Nouveau registre, nouveau régime de responsa-
que le législateur a entendu renouveler le pou- bilité des comptables avec à l’idée que, effective-
voir du juge des comptes – de manière à lui don- ment, on va redorer l’office du juge des comptes
ner l’impression qu’enfin, il juge les comptables. et lui donner plus.
Lui donner cette impression, cela a supposé d’in-
Alors lui donner plus : lorsqu’un débet est pro-
troduire la notion de préjudice financier. Lorsque
noncé, le texte prévoit toujours la possibilité
le juge des comptes examine une comptabilité,
d’une remise gracieuse. Mais là est le résultat
il se pose deux questions. La première pour
de la négociation : la remise gracieuse a disparu
constater s’il y a ou non un manquement à re-
dans l’hypothèse de la somme non rémissible.
procher au comptable. La seconde pour savoir
Voilà ce qu’ont gagné les magistrats financiers,
si ce manquement a ou non causé un préjudice
ce qu’a obtenu la représentation nationale, c’est
financier. C’est en fonction de la réponse donnée
de raisonner en deux temps sur l’usage du pou-
à cette deuxième question, qu’il va prendre sa
voir de remise gracieuse.
décision.
La remise gracieuse est maintenue partiellement
S’il y a eu un manquement, que ce manquement
dans le premier cas, ne pouvant être totale qu’en
a causé un préjudice financier, c’est-à-dire qu’il
cas de décès du comptable ou lorsqu’il aura
manque de l’argent dans la caisse publique, le
respecté les règles du contrôle sélectif de la dé-
comptable va être mis en débet.
pense. Hormis ces deux cas, la remise ne peut
S’il y a eu un manquement, que ce manquement être que partielle ce qui signifie qu’il va rester un
n’a pas causé de préjudice financier, le texte pré- laisser à charge calculé à hauteur de 3 millièmes
voit que le juge peut prononcer « une somme du cautionnement. Laisser à charge qui s’appa-
non rémissible ». rente à la sanction, à la somme qui serait pronon-
cée en l’absence de préjudice financier.
Sur le vocabulaire, on peut déjà s’étonner de
l’emploi du terme « somme ». Pourquoi pas « Dispositif justifié pour éviter qu’un comptable
amende » ou encore « sanction pécuniaire » alors mis en débet soit, au final, moins sanctionné que
que techniquement, soyons clairs, lorsqu’on pro- celui qui n’a pas occasionné de préjudice finan-
nonce une somme non rémissible à l’encontre du cier, ce qui aurait été le cas si la remise gracieuse
comptable public, manifestement on sanctionne avait été systématiquement totale.
une erreur, un manquement qu’il a commis.
C’est un équilibre qui a été trouvé, fruit de la né-
Pourquoi cette prudence dans le vocabulaire, gociation permettant d’éviter la disparition pure
cela nous vient des parlementaires, lorsqu’ils et simple du pouvoir de remise gracieuse.
ont adopté le texte en 2011, le risque – avéré,
Les discussions actuelles sur le renouveau du ré-
comme cela a été précédemment souligné – était
gime de responsabilité des gestionnaires publics
de voir augmenter les polices d’assurance. Donc
ont remis en évidence la question de la suppres-
l’idée, un peu comme un jeu de dupes, était de
sion totale du pouvoir de remise gracieuse. Dis-
faire comprendre que le régime de responsabi-
cussions qui s’inscrivent dans un contexte plus
lité évoluait avec ces nouvelles dispositions, tout
général alors que ce régime de responsabilité
en donnant l’assurance que certains essentiels
a mis en évidence certaines limites, notamment
étaient maintenus avec le prononcé de débets,
dans l’appréciation de la notion de préjudice fi-
tandis que les sommes susceptibles d’être pro-
nancier. Une notion qui apparaît peu claire alors
noncées, seraient d’un faible montant. Et c’est
même que la jurisprudence financière a tenté,
d’ailleurs le cas lorsque l’on voit les statistiques
depuis 2013, maintenant d’y apporter certaines
en la matière avec des montants oscillants entre
réponses. Le cas des subventions d’un montant
200 et 500 euros par catégorie de manquements
supérieur à 23 000 euros accordées à des as-
reprochés.
sociations est symptomatique avec des déca-
Cette notion de « somme » est bien le reflet de lages à constater entre les chambres de la Cour
la difficulté du législateur en 2009-2011 qui vou- des comptes qui n’étaient pas en accord sur
lait éviter de « pointer du doigt » le comptable. les conséquences à tirer de cette absence de
Ceci explique que dans les jugements de CRTC, cette subvention en termes de préjudice finan-
dans les arrêts de la Cour des comptes, c’est le cier (GFP 2018, n° 6, p. 147, chron. Damarey et
terme de « somme » qui est employé alors que, Vandendriessche). Egalement la date à laquelle
ne soyons pas dupes, c’est bien d’une amende il convient d’apprécier le préjudice financier,
dont il s’agit (Damarey S., Le nouveau régime de selon le moment où le manquement a été com-

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Comptabilité publique et contrôle des comptes

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mis ou au moment où le juge se prononce. Là ment, on peut dire que rien n’a changé depuis > Réforme du régime
également, la Cour des comptes, ses chambres 1948, année de création de la Cour de discipline de responsabilité
ont tardé à s’accorder et c’est le Conseil d’Etat, budgétaire et financière. financière des
comptables publics
juge de cassation qui a apporté des éléments de
Or il faut le comprendre, revoir le régime de res-
réponse (CE 22 février 2017, Grand port maritime
ponsabilité des comptables ne peut tenir que si
de Rouen, GFP 2017 n° 4, p. 133, chron. Damarey,
dans le même temps, on repense la responsabi-
Lascombe et Vandendriessche). Avec l’exemple
lité des administrateurs parce que s’il y a moins
typique concernant les sociétés mises en liqui-
de responsabilité d’un côté, il faut quand même
dation judiciaire tenues au paiement d’impôts
se dire que – et d’ailleurs la période s’y prête, au-
commerciaux avec cette démarche que l’agent
delà de la crise des gilets jaunes, un bon nombre
comptable est tenu de réaliser pour préserver les
d’affaires nouvelles et remises sous les feux de
droits de l’Etat à en obtenir le paiement. Alors
l’actualité depuis janvier 2019 (concessions d’au-
que certains comptables ont oublié de déclarer
toroutes, privatisation de l’aéroport de Toulouse,
ces créances et alors qu’à l’issue de la procédure
privatisation à venir d’Aéroports de Paris) et un
de redressement, il est constaté que l’erreur
certain nombre d’éléments qui, le tout combiné,
commise par le comptable n’a aucune incidence,
expliquent qu’à un moment donné, un gestion-
la société n’étant pas en mesure de régler ses
naire public lorsqu’il a, à sa disposition des fonds
impôts. Sans que le problème soit totalement
publics, il doit en être responsable. La phase ul-
résolu (GFP 2017 n° 6, p. 144, chron. Damarey,
time, c’est le juge pénal mais ceci suppose une
Lascombe et Vandendriessche).
qualification juridique que ne revêtent pas né-
Limitant volontairement le propos à ces quelques cessairement des cas de mauvaise gestion ou de
éléments, il faut en déduire et comprendre que gestion imprudente.
la notion de préjudice financier n’est finalement
C’est cet aspect que revendique la Cour des
pas un bon outil pour déterminer le niveau de
comptes depuis plusieurs années maintenant.
responsabilité du comptable public.
L’idée c’est finalement de faire comprendre, au
terme de cette intervention, que cela ne peut pas
Revoir les régimes de responsabilité des être un raisonnement centré sur le principe de
comptables et administrateurs séparation des ordonnateurs et des comptables,
Autre problème à régler – en prenant un peu de sur la suppression de ce principe, sur la suppres-
hauteur, c’est de se dire qu’au travers de cette sion du régime de responsabilité des comp-
séparation, de ce questionnement autour de la tables, cela doit s’inscrire dans un tout.
séparation des ordonnateurs et des comptables, Le régime de responsabilité des comptables pu-
la question plus globale c’est que si l’idée est blics doit être maintenu mais sa mise en cause
d’envisager moins de responsabilité pour le doit être modulée. Que le juge des comptes
comptable, il faut, dans ce cas et par un effet de puisse être mesuré. Il n’est pas normal qu’un
vase communiquant prévoir plus de responsabi- comptable - hypothèse que l’on retrouve beau-
lité pour l’administrateur. coup en cas de versement d’indemnités et alors
Pour l’instant, on en est très loin. Pour rappel : il que ceux-ci ont été opérés sans fondement ju-
faut se souvenir que dans le projet de réforme de ridique mais que le tout est réalisé parce qu’il y
2009, il était prévu de revoir le fonctionnement a eu une instruction du ministre – voit, dans ce
de la Cour de discipline budgétaire et financière. cas, sa responsabilité engagée par le juge des
En septembre 2010, lorsque le texte ressort de la comptes.
Commission des lois de l’Assemblée nationale,
Sans pouvoir entrer dans le détail dans le cadre
une proposition est faite : faire en sorte que les
de cette conférence, il faut concevoir que l’of-
élus locaux soient systématiquement respon-
fice du juge des comptes peut encore être
sables (par exception actuellement) et faire en
subjectivisée, il doit pouvoir tenir compte des
sorte que les ministres le soient également. Il ne
circonstances, de la bonne ou mauvaise foi du
fallait rien de plus pour « plomber » le texte et le
comptable. Il convient de modifier les textes
faire tomber aux oubliettes.
afin de donner toute sa compétence au juge des
Ceci explique que la CDBF n’ait pas été concer- comptes, il convient également que la Cour des
née par les textes de 2011. Actuellement, la comptes fasse un usage plein et entier de ses
CDBF est, en l’état – avec quelques ajustements, compétences actuelles. On peut ainsi considérer
la liste des infractions sanctionnables a été légè- que sa jurisprudence en matière de force ma-
rement étoffée, quelques modifications récentes jeure est trop sévère. Au point d’ailleurs de sus-
en 2016 en termes procéduraux – mais globale- citer un questionnement laissant supposer que

GFP N° 5-2019 / Septembre-Octobre 2019 81


Comptabilité publique et contrôle des comptes

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> Réforme du régime la Cour des comptes, ayant d’emblée intégrer le des comptes, si le pouvoir de remise gracieuse
de responsabilité fait que l’agent comptable a, de toutes façons, la est supprimé.
financière des possibilité d’obtenir remise gracieuse du débet
comptables publics
qu’elle prononce, ne se fixe finalement pas de
limites en la matière. Indéniablement, si l’office Finalement, ce ne sont pas les propositions qui
du juge des comptes est totalement subjectivisé, manquent pour faire évoluer le régime de res-
la Cour des comptes ne pourra qu’adopter des ponsabilité des comptables publics : selon que
décisions plus mesurées dans leur portée. le débet est ou non maintenu, avec la possibilité
de s’inspirer du modèle portugais et de revoir,
Ceci implique que si le pouvoir de remise gra- dans le sens d’une plus grande subjectivisation,
cieuse est supprimé, c’est l’ensemble du disposi- ce régime de responsabilité… plusieurs options,
tif de jugement des comptes des comptables pu- plus ou moins complémentaires, peuvent être
blics qui doit être revisité. En effet, dans ce cas, la envisagées. Mais on l’aura compris, ces options
jurisprudence de la Cour des comptes n’est pas doivent s’inscrire dans un tout combinant ré-
tenable, on ne peut pas envisager un tel degré gimes de responsabilité des comptables et des
de sévérité de la part des CRCT et de la Cour administrateurs. ■

82 GFP N° 5-2019 / Septembre-Octobre 2019

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