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EXPO Orthodoxie

L'orthodoxie est une expression majeure du christianisme, centrée sur la personne de Jésus-Christ et se développant au Proche-Orient et en Europe de l'Est. Elle est constituée d'une communion d'Églises autocéphales, partageant des racines historiques et doctrinales communes, et compte environ 350 millions de fidèles à travers le monde. L'histoire de l'orthodoxie est marquée par des schismes, des expansions missionnaires et des défis contemporains liés à la modernité et à l'œcuménisme.

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EXPO Orthodoxie

L'orthodoxie est une expression majeure du christianisme, centrée sur la personne de Jésus-Christ et se développant au Proche-Orient et en Europe de l'Est. Elle est constituée d'une communion d'Églises autocéphales, partageant des racines historiques et doctrinales communes, et compte environ 350 millions de fidèles à travers le monde. L'histoire de l'orthodoxie est marquée par des schismes, des expansions missionnaires et des défis contemporains liés à la modernité et à l'œcuménisme.

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Qu’est-ce que l’orthodoxie ?

Le Christ en majesté, mosaïque du 13e s., église de la Pammacharistos, Istanbul (Turquie)


Source : Vmenkov, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=11853788

« L’Église orthodoxe n’est pas une institution, elle est la vie nouvelle avec et
dans le Christ, mue par le Saint-Esprit, à la gloire de Dieu le Père. »
D’après P. Serge BOULGAKOV, L’Orthodoxie [traduit du russe], Lausanne, L’âge d’homme, 1980, p. 7

Quelques repères
• La foi orthodoxe, avec le catholicisme et les courants issus de la Réforme, constitue l’une
des expressions historiques majeures du christianisme. Elle repose sur la personne de Jésus-
Christ, reconnu comme Dieu et homme, mort et ressuscité pour la vie du monde.
• L’orthodoxie (bien qu’elle n’ait pas toujours porté ce nom) s’est développée au Proche-
Orient ainsi qu’en Europe de l’Est et du Nord. Aujourd’hui, elle est présente sur les cinq
continents.
• L’Église orthodoxe est une communion rassemblant
Que veut dire orthodoxe ? un certain nombre d’Églises territoriales, dites
« autocéphales », au sein desquelles existent parfois
Avant de devenir une dénomination des Églises dites « autonomes ». Tout en jouissant
confessionnelle, l’adjectif orthodoxe désigne
d’une indépendance administrative, ces Églises sont
l’opinion juste. Dès les premiers siècles du
christianisme, l’Église qualifie d’orthodoxe ce interdépendantes et se reconnaissent mutuel-
qu’elle considère comme conforme à la foi lement.
reçue des apôtres. • Bien que la conviction religieuse soit difficile à
Étymologiquement, le mot veut également
évaluer statistiquement, on dénombre aujourd’hui
dire juste glorification. Le mot orthodoxie,
évoque ainsi une réciprocité entre la juste dans le monde près de 350 millions de fidèles.
doctrine et un culte authentique ; une
louange liturgique porteuse d’une expérience Trois points de départ sont ici proposés
de communion à Dieu. pour appréhender l’orthodoxie :
• Sa présence dans le monde ;
• Sa spiritualité ;
• Sa vie liturgique.

Texte et conception Fraternité orthodoxe (www.fraternite-orthodoxe.eu)


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1
L’Église orthodoxe dans le monde
Aperçu historique
• Devenu religion d’État au 4e, le christianisme, assimilé alors à la chrétienté, se trouve polarisé
entre Rome et Constantinople. Rivalités et incompréhensions favorisent les divergences
doctrinales. Du 9e au 13e s., les tensions vont croissantes, elles provoquent la séparation
entre catholiques et orthodoxes. Jusqu’au 20e s., les Églises séparées ont tendance à
s’ignorer ou se réfuter mutuellement.
• À partir du monde byzantin, l’Église orthodoxe s’étend en Europe centrale, au Nord et en
Asie, dès le Moyen-Âge. Après la chute de Constantinople, Moscou devient un nouveau
centre de chrétienté. Par le biais du monde slave, la foi orthodoxe gagne l’Asie-centrale, le
Japon, l’Alaska.
• Les bouleversements du 20e s., notamment la chute des empires russe et ottoman, suscitent
de nombreux martyrs et poussent des millions de fidèles orthodoxes à migrer. Beaucoup
d’entre eux s’installent en Europe occidentale et en Amérique du Nord où ils fondent de
nouvelles communautés.
• Un regain de vitalité missionnaire au 20e s., permet l’implantation de l’orthodoxie en Afrique
et en Asie du Sud-Est.
• L’avènement puis la disparition des dictatures communistes affectent profondément la
dynamique contemporaine du monde orthodoxe, notamment dans ses rapports à la
modernité ainsi qu’aux autres chrétiens.

La Mère de Dieu entourée des empereurs Constantin et Justinien, mosaïque du 10e s.,
basilique Sainte-Sophie, Istanbul (Turquie),
Source : Myrabella, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=23819757

De Constantin à Justinien s’instaure un idéal de « symphonie »


entre l’Église et l’État. Malgré la liberté intérieure de certains
pasteurs, on peut constater une tendance à l’inféodation de
l’Église au pouvoir temporel. Cette soumission devient encore plus
forte à partir du 18e s. dans l’Empire russe. La fin brutale du
régime de chrétienté, en 1453, puis en 1917, entretient parfois
la nostalgie d’un état protecteur de l’orthodoxie. Les saints évangélisateurs des Slaves, fresque du 11e s., église Sainte-Sophie, Ochrid
(Macédoine du Nord)
Les orthodoxes orientaux
Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Македонски_седмочисленици.jpg

À partir du 9 s., plusieurs missions rayonnent à l’extérieur de


e
Durant l’Antiquité, les Églises s’organisent autour de cinq l’Empire d’Orient. Le monde slave est alors touché par la foi
centres de primauté : Rome, Constantinople, Alexandrie, chrétienne. Cyrille et Méthode se rendent en Europe centrale. Ils
Antioche et Jérusalem. Cette répartition entraîne mettent au point un alphabet pour traduire les textes bibliques,
l’isolement des Églises extérieures à l’Empire. La rupture liturgiques et patristiques en langue slave.
qui intervient pour des raisons dogmatiques, au 5e s. est En 988, le grand prince Vladimir de Kiev reçoit le baptême, cet
à l’origine des Églises assyrienne, arménienne, copte, événement marque le début d’une expansion de la foi en Europe
éthiopienne, malankare, syriaque (ou araméenne), etc. du Nord, puis en Asie. La tradition orthodoxe s’exprime alors
dont le noyau historique se trouve le long de la Mer dans des formes diverses, suivant les cultures dans lesquelles
Rouge, en Mésopotamie et en Inde. elle s’implante.
L’histoire de ces orthodoxes orientaux reste trop souvent
méconnue. Leur place au sein de la famille chrétienne est
pourtant centrale. Ces Églises témoignent d’un
christianisme très ancien, largement empreint de ses
racines sémitiques. Elles ont, par ailleurs, une expérience
millénaire de coexistence avec l’islam.
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2
Le Filioque
Pour confirmer la divinité du Christ, un concile local
(Tolède, 589) amende la formulation du symbole de
foi établie au 2e Concile œcuménique (Constantinople,
381). Le concile de Tolède précise alors que l’Esprit-
Saint procède non seulement du Père, mais aussi du
Fils (filioque, en latin). Cet ajout infléchit la théologie
du Saint-Esprit et provoque une vive querelle entre
l’Orient et l’Occident.
Un certain nombre de théologiens contemporains,
catholiques comme orthodoxes, admettent cependant
que l’on peut donner au filioque une interprétation qui
n’engendre pas de désaccord doctrinal majeur.

Le confessionnalisme
Schismes et ruptures de communion conduisent chaque
groupe d’Églises séparées à se replier sur lui-même selon
des critères identitaires parfois discutables ou exclusifs.
Après la Réforme au 16e s., les Églises s’identifient selon
les dénominations confessionnelles devenues classiques :
catholique, orthodoxe, protestantes (reparties en une
Le 1er concile œcuménique, icône du 16e s., Héraklion (Grèce) multitude de dénominations), sans oublier les Anglicans.
Source : C messier, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=40447863

Les questions qui concernent l’ensemble des Églises sont traitées au- Dès le début du 20e s., naît un désir sincère et mutuel de
delà de l’échelle locale, lors de rassemblements exceptionnels, les vivre ensemble l’unité en Christ et l’appartenance à son
conciles (ou synodes). Pour renforcer leur autorité universelle Église. C’est l’origine du mouvement œcuménique.
certains sont qualifiés par les empereurs d’œcuméniques. La tradition À l’opposé de tout relativisme doctrinal ou ecclésial, cette
orthodoxe reconnaît ainsi l’autorité de sept conciles œcuméniques, recherche d’unité invite à ne pas enfermer la foi dans des
réunis du 4e au 8e s., auxquels on ajoute plusieurs conciles locaux. formulations verbales ou rituelles. Ce travail d’ouverture
Au-delà du contexte historique qui les a suscités, ces conciles est d’autant plus exigeant que l’Église doit parfois remettre
expriment les points essentiels de la doctrine et de l’ecclésiologie. en question certaines positions prises en son nom par le
Bien que dans leur nature ils soient identiques, on peut distinguer ces passé. Il est néanmoins encourageant de rappeler qu’une
rassemblements exceptionnels des réunions régulières tenues par les telle démarche a déjà été effectuée lors des 6e et 7e
évêques d’un même territoire. conciles œcuméniques.

431 et 451 9 – 13e s. 16e s. àpd 20e s.


Rupture entre les Séparation progressive entre les chrétiens Réforme : Quête d’unité à travers le
Églises de l’Empire et d’Orient et d’Occident (qui deviennent par la apparition des mouvement œcuménique
celles de l’extérieur suite catholiques et orthodoxes) Églises
protestantes

18 – 19e s. 1872
e e àpd 4e s. 1453
1 – 4 s. Accentuation de la Condamnation de l’utilisation
Apparition de l’idéal de Prise de Constantinople,
Vagues de persécutions dépendance des Églises du concept d’État-Nation dans
chrétienté, « symphonie » entre accentuation du repli du monde
contre les chrétiens orthodoxes aux états qui l’organisation des Églises
l'Église et l’Empire orthodoxe sur lui-même
l’abritent orthodoxes (phylétisme)
Antiquité Moyen Âge Temps Modernes

33 – env.
100 325 –787
v. 30 – 33 Les apôtres Tenue des sept conciles àpd 9e s.
Prédication et œcuméniques : 1917 - 1924
fondent les Nouvelles àpd du 14e s. àpd 1925
action du • Nicée, 325 Chute des empires
premières expansions de la Renouveau « philocalique » Renouveau
Christ dans le • Constantinople, 381 russe et ottoman,
commu- foi hors des à travers le mouvement théologique
persécutions et
monde nautés, • Éphèse, 431 frontières de « hésychaste » centré sur la autour de
Crucifixion, dispersion des
notamment à • Chalcédoine, 451 l’Empire, pratique de la prière de « l’école de
Résurrection, orthodoxes dans le
Jérusalem, • Constantinople, 553 conversion des Jésus
monde
Paris »
Ascension, Antioche, • Constantinople ,681 Slaves
Pentecôte Alexandrie • Nicée, 787
et Rome

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3
Principes d’organisation ecclésiale
• Dès les origines, la communauté chrétienne se structure autour du rassemblement
eucharistique. Le rôle de l’évêque, président de l’eucharistie, est donc fondamental.
L’évêque est entouré des prêtres et assisté des diacres. Depuis l’Antiquité, l’évêque délègue
la présidence eucharistique aux prêtres.
• Dès le 2e s., l’Église d’un lieu donné est qualifiée de catholique. Dans la sensibilité orthodoxe,
avant désigner l’universalité, la catholicité ecclésiale signifie que chaque communauté locale
est une matérialisation de la plénitude de l’Église de Dieu.
• Premier pasteur de la communauté, l’évêque est le garant de la catholicité de l’Église. Il porte
cette responsabilité aussi bien au sein de l’Église dont il a la charge qu’auprès des autres
Églises.
• L’administration concertée entre les Églises s’inspire de l’organisation territoriale de l’Empire
(en cités, provinces, diocèses,...). Les Églises d’une même région se coordonnent de façon
systématique et les évêques d’un même territoire se rassemblent lors de synodes (ou
conciles) réguliers, présidés par l’évêque de la ville la plus importante. Suivant les époques
et les régions, cet évêque reçoit le titre de patriarche, métropolite, archevêque, pape,
catholicos,…
• Au fil de l’histoire ont émergées un certain nombre d’Églises territoriales distinctes
interdépendantes. Le monde orthodoxe est ainsi aujourd’hui réparti en une communion
d’Églises autocéphales.
• Plutôt qu’une uniformisation centralisatrice, la tension entre localité et universalité exige un
équilibre dynamique entre primauté et conciliarité. Selon la mission qu’elle a reçu du Christ,
l’Église se doit de refléter toujours davantage le modèle trinitaire dans lequel se réalise l’unité
par la diversité.

La Cène, mosaïque du 6e s., Basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne (Italie)


Source: https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=2245952

Dans plusieurs récits évangéliques, le partage du repas avec le


Christ et la bénédiction qui l’accompagne sont un signe de la
Bonne Nouvelle (c’est-à-dire de l’évangile) et du Royaume de
Dieu. Lors de la dernière Cène (qui anticipe le sacrifice de la
crucifixion), le Christ recommande à ses disciples, de « faire
La descente du Saint-Esprit sur les apôtres, émaux cloisonnés du 12e s., Musée mémoire » de lui et de la Nouvelle Alliance qu’il inaugure entre
National de Géorgie, Tbilissi Dieu et le monde par le partage du pain et du vin. C’est l’origine
Source : https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=20695022

« Lorsque Tu descendis pour confondre les langues, Tu du rassemblement eucharistique célébré solennellement
dispersas les nations, ô Très-Haut ; mais lorsque Tu distribuas chaque dimanche depuis la résurrection du Christ.
les langues de feu, Tu nous appelas tous à l'unité. » Cette
hymne pentecostale rappelle que, dans l’Église, les charismes
fonctionnels ou personnels sont appelés à être
complémentaires car ils sont fondés par le même Esprit. C’est
à l’intérieur de l’unique corps du Christ que tous, quelle que
soit la nature de leur service ecclésial, peuvent participer au
sacerdoce royal des baptisés.
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4
Combien d’Églises autocéphales ?
Jusqu’au début du 21e s., on pouvait dénombrer dans le monde
quatorze Églises orthodoxes autocéphales : Constantinople,
Alexandrie, Antioche, Jérusalem, Moscou, Serbie, Roumanie, Bulgarie,
Géorgie, Chypre, Grèce, Pologne, Albanie, Républiques tchèques et
slovaques.
Trois remarques qui révèlent des faiblesses contemporaines
viennent nuancer ce constat :
• Il n’existe pas de procédure canonique d’obtention ou d’octroi
de l’autocéphalie et le statut d’autonomie semble peu valorisé
sur le plan universel. De plus, pour diverses raisons, il existe des
Églises territoriales qui ne sont pas reconnues (ou parfois aussi
excommuniées) par l’ensemble des Églises orthodoxes.
• Bien que l’Église orthodoxe soit implantée depuis plus d’un siècle
dans les pays d’Europe de l’Ouest ou d’Amérique du Nord, on
n’y trouve pas encore de structure ecclésiale unifiée, reconnue
par toutes les Églises.
• Suite à la reconnaissance, en 2018, d’une nouvelle autocéphalie
Carte des Églises autocéphales
(en gris celles qui ne sont pas unanimement reconnues)
en Ukraine, le patriarcat de Moscou (au sein duquel existe une
À l’origine centres de rayonnement, les sièges Église autonome d’Ukraine) a rompu la communion avec les
principaux de l’Église ont été associés à des territoires Églises qui ont reconnu cette nouvelle autocéphalie. Cette
précis, lors du concile de Chalcédoine (451). Au fil de situation a généré un désordre sans précédent dans le monde
l’histoire, de nouveaux centres ont émergé, depuis le orthodoxe.
19e s., le territoire qui s’y rattache se confond
souvent avec celui des États-nations modernes.
Vers plus de conciliarité
• La rencontre entre orthodoxie et modernité, notamment l’entrée dans une ère post-
constantinienne, soulève de nombreuses questions théologiques, pastorales et
ecclésiologiques. Tout au long du 20e s., l’attente d’une réflexion conciliaire de l’ensemble
du monde orthodoxe se fait croissante.
• Dans cette perspective, sur l’initiative du patriarcat œcuménique de Constantinople, les
primats des Églises autocéphales ont convoqué, pour la Pentecôte 2016, un concile général
des Églises orthodoxes.
• Les vives tensions qui, depuis la tenue du Concile de 2016, continuent de surgir dans le
monde orthodoxe, devraient inciter les Églises à continuer l’effort conciliaire entamé. Les
questions ecclésiologiques restent, de loin, les plus brûlantes.

Session d’ouverture du Concile de Crète, 19 juin 2016


Source : Église orthodoxe roumaine, https://www.flickr.com/photos/holycouncil/27760551336/

Le Concile de Crète, tenu du 19 au 26 juin 2016, n’a malheureusement pas pu réunir


toutes les Églises orthodoxes ni traiter en profondeur l’ensemble les questions soulevées
au 20e s. Diverses tensions ont conduit, en dernière minute, quatre Églises (Antioche,
Russie, Bulgarie, Géorgie) à ne pas envoyer de délégation.

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5
Les défis orthodoxes contemporains
• La tension féconde entre primauté et conciliarité est encore appelée à une meilleure mise
en pratique, notamment dans trois niveaux concrets :
o Au sein de l’Église locale, le lien entre les fidèles et leur évêque ou ses délégués est
bien souvent empreint de cléricalisme. Une conception trop hiérarchisée des
ministères pourrait être équilibrée par une plus grande valorisation de leur
complémentarité, notamment en tenant compte du laïcat. Le baptême et la réception
de l’Esprit Saint qui l’accompagne établissent, en effet, chaque fidèle dans un
véritable ministère ecclésial.
o Au sein des Églises territoriales, la proéminence du rôle du primat pose question. À
cette question se joint bien souvent une forte dépendance envers un État politique,
notamment lorsque la juridiction d’une Église coïncide avec un territoire national.
o Entre les Églises autocéphales du monde entier, le charisme de la primauté devrait
revenir, pour les orthodoxes, au siège de Constantinople. Or ce rôle, qui n’avait pas
été dénié au pape de Rome au cours du premier millénaire, est parfois aujourd’hui
contesté ou compris différemment d’une Église à l’autre.

L’orthodoxie en Occident
La situation dans les pays
d’émigration orthodoxe montre un
lien très fort unissant appartenance
ecclésiale et sentiment d’identité
nationale.
Au lieu de s’organiser en une seule
entité locale, les communautés
orthodoxes en émigration se
regroupent en réseaux nationaux, Rencontre entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras à
Jérusalem en 1964
reliés au patriarcat d’une l’Église Source : Archevêché grec orthodoxe d’Amérique https://blogs.goarch.org/blog/-/blogs/ecumenical-
dialogue-assimilation-or-affirmation

d’origine. En Europe de l’Ouest ou en Bien que l’Église orthodoxe soit depuis longtemps
impliquée dans le mouvement œcuménique, les
Amérique du Nord on trouve ainsi un
replis identitaires qui la morcellent constituent un
morcellement juridictionnel établi sur véritable obstacle à un engagement plus sincère en
base ethnique. Des communautés faveur d’un rapprochement avec les autres
orthodoxes entretiennent souvent chrétiens. Cette situation est d’autant plus
dommageable qu’elle freine un meilleur témoignage
des liens structurels plus étroits avec
de la bonne nouvelle du Royaume dans un monde de
un centre situé à l’étranger plutôt plus en plus sécularisé.
qu’avec d’autres communautés
orthodoxes établies dans la rue d’à
Élisabeth Skobtsov (future sainte Marie) avec Nicolas Berdiaev, 1930
côté ! Source : https://www.pagesorthodoxes.net/saints/mere-marie/mmarie-temoignages2.htm

Ce genre de repli identitaire est À la fin du 19e s., une profonde réflexion dans ses rapports
au monde touche l’Église russe. Ce renouveau se poursuit
d’autant plus incohérent qu’il a été
au sein de l’émigration, notamment à Paris autour de
condamné lors d’un concile, tenu en personnalités comme le Père Serge Boulgakov (1871-
1872 et reconnu alors par toutes les 1944), Nicolas Berdiaev (1874-1948) ou Mère Marie
Églises orthodoxes. Skobtsov (1891-1945). Artiste, théologienne et
poétesse, la vie de celle-ci prend une nouvelle dimension
lorsqu’elle s’engage dans la vie monastique et décide de
venir au secours des plus vulnérables et des exclus. Arrêtée
par la Gestapo pour avoir protégé de nombreux Juifs, elle
meurt en déportation à Ravensbrück, le Samedi Saint,
quelques jours avant la libération du camp. Reconnue
comme sainte en 2004, son génie prophétique, son
engagement social et son martyre pour l’amour du
prochain ont fait de Mère Marie une grande sainte
contemporaine.
Élisabeth Behr-Sigel dans les années1995
Source : Olga Lossky, Vers le jour sans déclin, Paris, Cerf, 2007, p. 224-225

Le milieu de l’émigration russe favorise l’émergence une orthodoxie d’expression occidentale. En rejoignant l’orthodoxie certains comme
le Père Lev Gilet (1893-1980) ou Olivier Clément (1921-2009) contribuent à son enrichissement théologique, parmi eux Élisabeth Behr-
Sigel (1907-2005) tient une place éminente. Elle a notamment réfléchi sur la place de femme dans l’Église et la participation des laïcs aux
prises de décision.
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6
Renaître par l’Église
Une foi en la Résurrection
• Le mystère pascal, au cœur de l’expérience chrétienne, a toujours tenu une place centrale
dans la sensibilité orthodoxe.
• Par la descente de Dieu au cœur de la création, l’humain tout entier, depuis les cimes les
plus élevées de ses aspirations spirituelles, jusqu’à ses profondeurs les plus charnelles, peut
être revivifié et rénové par la présence active de l’Esprit divin. Cette rénovation est
également appelée à s’étendre à l’ensemble du cosmos dont l’être humain est responsable.
• Le discours théologique qui en résulte est ainsi indissociable de l’expérience mystique qu’il
cherche à transmettre. Bien que la Tradition s’exprime à travers des formes précises
(biblique, dogmatique, liturgique, ascétique ou canonique), il n’existe pas de système
capable de circonscrire cette ineffable transformation d’une vie mêlée de mort en plénitude
de vie éternelle.
• La fidélité à la Tradition n’est pas une soumission du créé à un ordre divin
extérieur – insensible à sa liberté intérieure –, elle a pour but d’opérer un renouvellement
intérieur, faisant naître une « créature nouvelle » (Ga 6,15) libérée des entraves de la haine
et de la mort.

La descente aux enfers, fresque du 14e s., Saint-Sauveur de Chora, Istanbul (Turquie)
Source : Till Niermann, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=50399629

« Le Christ est ressuscité des morts, par la mort il a terrassé la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux [c’est-à-dire à
nous tous], il a donné la vie. » Cette hymne triomphale, répétée inlassablement durant la veillée pascale, célèbre le Dieu-
homme qui descend dans les profondeurs les plus obscures de l’être humain – pour autant qu’on l’y laisse entrer – afin
d’y faire resplendir la vie éternelle.
Depuis la résurrection du Christ, la vie humaine peut être vécue dans la perspective de l’éternité et non plus de la mort.
La mort biologique n’est plus ainsi qu’une étape en attendant la résurrection universelle. Les défunts ne sont donc pas
considérés comme absents de la communauté. La doctrine orthodoxe reste cependant floue sur la situation post
mortem. L’amour de Dieu, plus fort que la mort, donne néanmoins l’espérance qu’une vie de communion ne s’arrête pas
avec la mort. Par le lien que la prière permet de tisser, un progrès dans la communion à Dieu reste possible par-delà la
tombe. Les vivants prient pour les défunts, tout comme ils peuvent solliciter la prière des défunts devenus saints.

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7
Une théologie de la relation
• Jusqu’au plus profond de lui-même, Dieu se révèle comme un être de relation ; il est Trinité.
L’amour qui unit le Père, le Fils et le Saint-Esprit reste indescriptible. Ainsi, le dogme trinitaire
est-il formulé par une antinomie : Dieu est, à la fois, un dans son être et trois dans ses
personnes distinctes (les concepts grecs de « personne » et d’« être » étant à l’origine
synonymes).
• En créant et en se révélant, Dieu montre qu’il n’est pas clos sur lui-même. La théologie
orthodoxe affirme que le Dieu transcendant est tout entier présent dans ses manifestations
et ses actions. Par chacun des actes libres de sa volonté (nommés énergies), Dieu est
capable, sans altération, de transcender sa propre essence pour se communiquer.
• Le dogme trinitaire et la distinction entre essence et énergies divines révèlent un Dieu
infiniment ouvert à l’altérité, capable de se donner entièrement sans s’amoindrir. Tout ce qui
est créé peut ainsi entrer dans une totale participation à la vie divine. Le projet divin d’une
communion librement consentie par la créature prend le risque du mal et du péché.
• Par la tragédie du péché, l’ensemble de la création devient porteuse de mort et se trouve
attirée par le néant hors duquel elle est perpétuellement maintenue par Dieu. Malgré le péché
qui le pousse vers une illusion de vie, l’humain reste porteur de l’image de Dieu. Ce qui
concerne les personnes divines s’applique donc, en acte ou en puissance, à la personne
humaine.
• En s’incarnant et en mourant sur la croix, le Christ, deuxième personne de la Trinité, accorde
la rémission des péchés et réunit sans confusion ni séparation les natures humaine et divine.
En son corps ressuscité, il offre au monde déchu l’accès à la vie divine et à la plénitude de
l’être.

L’hospitalité d’Abraham, icône d’Andrei Rublev du 15e s., Galerie Tretiakov, Moscou (Russie)
Source : https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=13500406

La visite des trois anges à Abraham (cf. Gn 18) a été interprétée par la Tradition comme
une manifestation de la Trinité. Dans cette composition iconographique, fréquemment
appelée « icône de la Trinité », la disposition des personnages et les regards qu’ils
échangent évoquent la circularité d’amour qui unit les trois personnes divines ; dans cette
relation, chacune s’offre totalement aux deux autres sans perdre sa propre identité. Ce
cercle d’amour reste ouvert, il s’étend à la création, comme peut l’évoquer l’espace carré
sous la table.
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8
Les saints docteurs, enluminure du 12e s., bibliothèque vaticane
Source : Vat. Gr 666, fol. 1v., https://digi.vatlib.it/view/MSS_Vat.gr.666

Le consensus doctrinal qui résulte de la réflexion théologique


des nombreux Pères de l’Église ne cherche pas à tout
expliciter, il reste toujours une place pour le mystère et la
contemplation silencieuse.

Saint Justin Philosophe et martyr, fresque du 16e s.,


monastère de Stavronikita, Mont-Athos (Grèce)
Source : https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=9946423

Philosophe de l’Antiquité converti à la foi


chrétienne, saint Justin (+165) offre l’un des
premiers exemples de rencontre entre
l’évangile et la pensée grecque.
Bien que l’être divin soit partiellement
intelligible par la philosophie, ce n’est pas sur
la spéculation intellectuelle que se fonde la foi,
« mais sur la puissance de Dieu » (1Co 2,5)
dont la sagesse « trouve ses délices parmi les
hommes » (Pr 8,31).

Le baptême du Christ, Icône du 16e s., musée russe de l’icône, Moscou (Russie)
Source : https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=40532712

« À ton baptême dans le Jourdain Seigneur s’est manifestée l’adoration de la


Trinité. » Ce chant accompagne la fête de la Théophanie. C’est dans la relation
trinitaire que le monde trouve sa raison d’être, c’est par elle également qu’il
est rénové en Christ. La célébration de cet événement est accompagnée d’une
solennelle bénédiction de l’eau, parfois réalisée en pleine nature. Les hymnes
liturgiques insistent sur la venue du Christ au cœur du monde matériel. L’action
sacramentelle de l’Église n’est donc pas restreinte à l’être humain, elle concerne
le cosmos dans son ensemble et y prolonge l’œuvre salutaire du Christ.
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9
La vie sacramentelle
• Christ signifie oint, c’est-à-dire porteur de l’Esprit. Par la grâce de l’Esprit et l’action de
l’Église, ce qui s’accomplit en Jésus-Christ peut s’étendre à tout le créé.
• Toute action qui met Dieu et le monde en relation pour faire communier au mystère de la
Trinité est sacramentelle. L’orthodoxie ne connaît donc pas une liste invariante de
sacrements.
• La vie en Église débute par l’initiation chrétienne (baptême, chrismation ou confirmation et
eucharistie). Ces sacrements sont administrés dès la naissance, souvent en une seule fois.
• Le centre liturgique vers lequel converge et s’organise toute action sacramentelle est
l’eucharistie. L’offrande de pain et de vin, accompagnée d’une prière d’action de grâce
(signification du mot eucharistie), matérialise la vie humaine dans tous ses aspects, confiée
à Dieu pour qu’il l’emplisse toujours davantage de sa présence. Le changement opéré lors
de l’eucharistie, est le fait de l’Esprit-Saint qui est solennellement invoqué, non seulement
pour manifester le pain et le vin comme corps et sang du Christ, mais aussi pour faire des
fidèles réunis son Église.
• D’autres sacrements viennent accompagner la vie eucharistique du baptisé (rémission des
péchés, mariage, ordination, onction des malades,…).
• Le service de l’Église, dans l’un des trois ministères de l’autel, est initié lors de l’ordination.
Depuis le 7e s., seuls les hommes engagés dans la vie monastique peuvent accéder à
l’épiscopat. Seuls les hommes moines ou mariés (non remariés) peuvent accéder au
presbytérat ou au diaconat. Le diaconat féminin est également pratiqué sporadiquement.

Le patriarche Nicolas le Mystique baptisant


Constantin VII Porphyrogénète, enluminure du
12e s.,
Source : codex Skylitzes, fol. 112r., bibliothèque national d’Espagne, Madrid
https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=32401781

La grâce baptismale est un potentiel


pour accéder à la plénitude de la
déification. La vie chrétienne consiste,
par une action communautaire et
personnelle, à faire fructifier toujours
davantage la grâce reçue dans les
sacrements.

Saint Apollinaire en prière, mosaïque du 6e s., basilique Saint-Apollinaire-in-Classe, Ravenne (Italie)


Source : Berthold Werner, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=6375883

« L’Église, où les choses retrouvent leur vocation eucharistique, nous permet de déceler et de
célébrer la liturgie cosmique, et chacun, sur l’autel de son cœur, peut devenir le prêtre du
monde. »
Olivier CLEMENT,
Dialogues avec le patriarche Athénagoras, Paris, Fayard, 1969, p. 186.

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Une spiritualité de la beauté
• Pour se laisser séduire par l’appel du Christ-époux, il est nécessaire de retourner dans le
silence du désert intérieur (cf. Os 2,14). C’est tout le sens du repentir (ou conversion) dont
le dépouillement et l’austérité ne sont que des moyens pour atteindre une vie de plus grande
plénitude.
• L’art de la prière et de la conversion se transmet dans les milieux monastiques qui, au 3e s.,
héritent de l’expérience des martyrs.
• Le mouvement hésychaste (du grec silence ou quiétude) prend naissance dans le monde
monastique. Il se caractérise par la répétition intériorisée d’une courte prière centrée sur le
nom de Jésus. Dès le 14e s., cette spiritualité sort des milieux monastiques et gagne
progressivement l’ensemble des populations orthodoxes. Cette pratique ne se substitue pas
à la vie liturgique, mais elle permet de faire fructifier la grâce reçue dans les sacrements.
• La prière devient une puissance transformatrice qui imprègne la personne dans sa totalité et
purifie sa relation avec Dieu, avec l’autre, avec le cosmos. Elle peut faire de toutes situations,
de toutes rencontres, une révélation de la beauté divine, cachée au plus profond de la
création et une anticipation de la gloire du Royaume à venir.

Le monastère Sainte-Catherine au pied du Mont Sinaï


(Égypte)
Source : Joonas Plaan, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5709086

Le monachisme joue un rôle important dans la vie de


l’Église. Après s’être purifié de l’influence des passions
(qui s’expriment souvent par l’attachement fusionnel ou
le désir de possession), le moine témoigne, dès ici-bas,
de la vie du Royaume des cieux. Sa transparence à la
grâce et son amour pour le prochain le rendent capable
de guider ceux qui viennent à lui. Cette transformation
intérieure (qui ne concerne pas seulement le sexe
masculin ou la condition monastique) permet le
charisme de paternité spirituelle qui joue un très grand
rôle dans la transmission de l’expérience de l’Église. La Transfiguration, icône du 15e s., Galerie Trétiakov, Moscou (Russie)
Source : https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=19132762
La presqu’île du Mont-Athos, organisée en république Lors de la Transfiguration (Mt 17,1-7 et parallèles), Dieu imprègne
monastique depuis le 10e s., rassemble des moines issus le monde de sa lumière incréée et révèle la beauté originelle de la
de toutes les régions du monde, offrant ainsi une image création. Dans cette approche philocalique (du grec : amour de la
de l’universalité de l’expérience hésychaste. beauté), le cosmos entier devient la matière d’une eucharistie
perpétuelle. À l’action de celui qui prie se joint l’action de Dieu, le
Créateur reçoit la création qui lui est offerte et l’emplit toujours
davantage de sa présence lumineuse ; de ses énergies divines.

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11
Célébrer le ciel sur la terre
Passer du temps à l’éternité par la liturgie
• Dans la prière liturgique, la parole, est portée et complétée par toutes sortes de créations
artistiques (chant, icône, architecture,...). Véritable célébration de la vie du Royaume de
Dieu, la liturgie intègre en elle le tout du cosmos et de l’humain : l’espace, le temps, la
matière, la culture… La liturgie est une mise en scène, mûrie au long des siècles, reflétant
le Royaume à venir, déjà inauguré.
• Par un concours de circonstances, plus qu’une volonté explicite, le rite byzantin s’est
progressivement imposé dans l’ensemble du monde orthodoxe. La liturgie n’a cependant
cessé d’évoluer pour s’adapter aux lieux et circonstances où elle s’est implantée. Un équilibre
entre adaptation inspirée et fidélité aux formes anciennes conduit à une multitude de
variantes rituelles et de langues liturgiques.
• Les cycles liturgiques se succèdent et s’entremêlement dans une complexité riche de sens.
Les cycles de la journée, de la semaine et de l’année sont rythmés par des rassemblements
liturgiques disposés à des moments significatifs. La succession des fêtes fait écho au rythme
des saisons. Cette temporalité de répétition est dépassée par les célébrations de
l’eucharistie et de la fête de Pâques qui invitent à faire jaillir l’éternité dans le temps.
• Aux fêtes sont également associées des périodes de jeûnes préparatoires, notamment avant
les fêtes de Pâques, Noël et de Dormition ; après la clôture du cycle pascal ; ainsi que la
plupart des mercredis et vendredis de la semaine.

Procession pascale, huile sur, 1893, Pryanishnikov, Musée russe, Saint-Petersbourg (Russie)
Source : DIRECTMEDIA, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=157629
La fête de Pâques, enchâssée dans une période de plusieurs mois de préparation et de prolongation, ressurgit
chacun des dimanches de l’année. Le déroulement du cycle pascale, par ses différents thèmes liturgiques et
bibliques, reprend le parcours du catéchumène cheminant dans l’initiation chrétienne.

Le calendrier julien
Toutes les Églises orthodoxes n’utilisent pas
le même calendrier. Certaines n’ont pas
tenu compte de la réforme grégorienne
(1582), elles ont conservé le calendrier
julien (mis en place par Jules César), en
retard de 13 jours. La plupart des Églises
orthodoxes ont conservé les pascalies
calculées durant l’Antiquité. Cela explique le
fréquent décalage de la date de Pâques
entre les chrétiens.
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12
L’espace liturgique
• La liturgie, acte communautaire par excellence, nécessite un lieu de rassemblement. Au fil
du temps, l’aménagement et la décoration de l’église se sont élaborés.
• L’eucharistie est au centre de la vie ecclésiale. L’autel est ainsi mis en valeur par une
décoration architecturale et iconographique. C’est l’origine de l’iconostase, cloison couverte
d’icônes, prévue à l’origine pour encadrer l’autel. Elle développe, avec plus ou moins de
détails, toute l’histoire du salut, commençant par les patriarches bibliques et s’achevant par
la représentation de l’assemblée des saints en prière entourant la majesté divine.
• L’iconographie murale développe dans l’architecture du bâtiment le processus de communion
entre Dieu et le monde. Sur les murs sont représentés les saints, colonnes vivantes de
l’Église, tandis que les voûtes supérieures évoquent la descente de Dieu dans le monde à
travers les événements du récit évangélique. Le sommet de la coupole est couronné par
l’image du Christ tout puissant (Pantocratôr), origine, soutien et aboutissement de toute la
création.

Saint Basile célébrant l’eucharistie, fresque du 11e s., église,


Sainte-Sophie, Ochrid (Macédoine du Nord)
Source :
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2a/Master_of_the_Sophien_Cathedral_of
_Ohrid.jpg

Le rassemblement est dirigé vers la table d’autel,


sur laquelle repose le texte des évangiles quand
on n’y dépose pas l’offrande eucharistique.
L’assemblée est généralement tournée vers
l’Orient, direction du soleil levant et symbole de
résurrection. Le célébrant qui représente
l’assemblée entière est lui aussi face à l’autel. La
présence d’une assistance est d’ailleurs
indispensable pour accomplir l’eucharistie.

L’Église des Saints-Apôtres à Constantinople, enluminure du 12e s., bibliothèque vaticane


Source : Vat. Gr. 1162, Fol 2v., https://digi.vatlib.it/view/MSS_Vat.gr.1162

« Debout dans le temple de ta gloire, nous pensons nous tenir au


ciel ; ô Mère de Dieu, porte du ciel, ouvre-nous la porte de ta
miséricorde ! » Cette hymne de carême illustre comment Marie est
le vrai temple qui rend Dieu présent dans le monde. La vie entière
de la Vierge incarne l’espérance chrétienne. Ressuscitée en son
corps après sa mort, sa destinée exceptionnelle illustre et anticipe
ce Dieu veut accomplir pour tout être humain. En se réunissant en
Église, les fidèles sont en communion avec la liturgie céleste, où les
précède la Mère de Dieu.

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L’icône, reflet de l’indescriptible
• Les icônes (du mot grec image) représentent des personnages qui ont été vus : le Christ, la Mère de
Dieu, les saints, les anges, ainsi que des événements les mettant en scène. Dieu lui-même ne peut
donc faire l’objet d’une représentation, il ne peut être vu qu’à travers le visage du Fils incarné ou les
visions lointaines décrites dans le récit biblique.
• Le septième concile œcuménique (Nicée II, 787), malgré le contexte social qui s’y oppose, affirme
le caractère inspiré de l’icône. Tout comme le texte biblique ou la liturgie, le langage iconographique
transmet l’expérience de l’Église. La composition synthétique et codifiée de l’icône renferme ainsi
tout un enseignement.
• L’icône est une représentation au sens le plus fort du terme, elle rend présentes les personnes
figurées. Intermédiaire dans la relation à Dieu, l’icône est l’objet d’une vénération mais non d’une
adoration pour elle-même.
• L’icône devient une présence familière de ceux qui y sont peints. Elle est une prière silencieuse qui
reflète le monde matériel dans la perspective du Royaume céleste et offre, dès à présent, une vision
glorieuse du monde à venir.

Destruction des images par les iconoclastes,


enluminure du 9e s., Musée historique, Moscou
(Russie)
Source : Psautier Chloudov, fol. 67r
https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4451723

Le christianisme naissant a repris la


culture gréco-romaine de l’image,
comme en atteste les nombreux
bas-reliefs et fresque de l’antiquité
chrétienne. Au 8e s., sous l’influence
d’un Orient non chrétien, la place de
l’image est contestée. À
Constantinople, le débat conduit la
société au bord de la guerre civile, il
s’achève en 843 par le
rétablissement officiel du culte des
icônes.

L’image non faite de main d’homme, icône du 13e s., Galerie Trétiakov, Moscou (Russie)
Source : https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=6425538

Le visage du Sauveur nous révèle l’humain accompli dans la communion à Dieu. La


contemplation des choses célestes invite aussi à discerner la beauté divine cachée
au plus profond de chacune des personnes rencontrée dans sa vie. La vérité et
l’unicité de la rencontre personnelle avec le prochain, vécues dans la conscience
d’une relation avec Dieu, l’emporte ainsi sur tout système moral ou religieux.

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Suggestion bibliographique d’ouvrages introductifs

Introductions générales :

Père Serge BOULGAKOV, L’orthodoxie, L'Age d'Homme, 2000.


Olivier CLÉMENT, L’Église orthodoxe, Que sais-je, 2010.
Olivier CLÉMENT, Sources, les mystiques chrétiens des origines, Desclée De Brouwer, 2007.
Monseigneur Kallistos WARE, L’orthodoxie, l’Église des sept conciles, Cerf, 2002.

Histoire et ecclésiologie :

Père Nicolas AFANASSIEFF, L'Église du Saint-Esprit, Cerf, 2012.


Olivier CLÉMENT, Rome autrement, Desclée De Brouwer, 1992.
Père Jean MEYENDORFF, L’Église orthodoxe hier et aujourd’hui, Seuil, 1995.
Père Jean MEYENDORFF, Orthodoxie et catholicité, Seuil, 1965.

Théologie et mystique :

Élisabeth BEHR-SIGEL, Le lieu du cœur, Cerf, 2004.


Vladimir LOSSKY, Essai sur la théologie mystique de l'Église d'Orient, Cerf, 2006.

Liturgie :

Père Boris BOBRINSKOY, La vie liturgique, Cerf, 2000.


Léonide OUSPENSKY – Vladimir LOSSKY, Le sens des icônes, Cerf, 2003.
Père Alexandre SCHMEMANN, Pour la vie du monde, Presses Saint-Serge, 2007
.
Père Alexandre SCHMEMANN, Le grand carême, Cerf, 2019.

Éthique :

Christos YANNARAS, La liberté de la morale, Labor et Fides, 1983.

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