préparions à sauter.
Depuis l’arrière de l’appareil, nous pouvions admirer
le
ciel californien. Il n’y avait pas un nuage. L’océan Pacifique était calme, et
à cette altitude, on pouvait voir la frontière mexicaine à quelques
kilomètres
de là.
Depuis le bord de la rampe, j’avais une vue plongeante sur le sol.
L’instructeur-largueur a crié d’attendre. Puis, il m’a regardé droit dans les
yeux, a souri et a lancé : « Go, go, go ! » J’ai sauté de l’appareil, les bras
écartés et les jambes légèrement repliées vers l’arrière. Le souffle du
réacteur m’a fait basculer vers l’avant jusqu’à ce que mes bras réussissent
à prendre appui sur l’air pour me redresser. J’ai jeté un œil rapide à mon
altimètre, me suis assuré que je ne tourbillonnais pas, puis j’ai vérifié qu’il
n’y avait pas de parachutiste trop près de moi. En vingt secondes, j’avais
chuté à 1 600 mètres, altitude d’ouverture des voiles.
J’ai baissé les yeux et j’ai constaté qu’un parachutiste était juste en
dessous de moi, en plein sur mon circuit d’approche au sol. Je l’ai vu tirer
sur la poignée de libération, et la voile principale s’est extraite de sa
poche.
J’ai tout de suite balancé mes bras sur le côté et ma tête vers le sol pour
essayer d’éviter le parachute qui se déployait, mais c’était trop tard.
La voile s’est ouverte devant moi comme un airbag, me percutant à
190 km/h. J’ai rebondi dessus et perdu le contrôle, complètement sonné
par
la collision. Pendant plusieurs secondes, j’ai tourbillonné sans réussir à me
stabiliser. Je ne pouvais pas voir mon altimètre et je ne savais pas jusqu’à
quelle altitude j’avais chuté.
Instinctivement, j’ai attrapé la poignée de libération et j’ai tiré dessus.
L’extracteur a jailli de son conteneur et s’est enroulé autour de ma jambe
alors que je continuais de piquer vers le sol. Plus j’essayais de me
dégager,
plus la situation empirait. La voile principale s’était partiellement
déployée,
mais en ce faisant, elle s’était enroulée à mon autre jambe. En tendant le
cou vers le ciel, j’ai vu que mes jambes étaient entravées par les deux
jeux
d’élévateurs, les longues sangles qui relient la voile principale au harnais
dans mon dos. Un élévateur s’était enroulé autour d’une jambe et l’autre,
autour de l’autre jambe. La voile principale était entièrement extr
U cours de la formation SEAL, j’ai très vite appris l’importance du
Travail d’équipe, la nécessité d’avoir quelqu’un sur qui compter
Pour mener à bien les tâches difficiles. Pour nous faire comprendre
Ce précepte vital, à nous les « têtards » qui voulions devenir hommes-
Grenouilles de la Navy, il a suffi d’un canot pneumatique de trois mètres.
Nous devions porter partout où nous allions le zodiac qui nous avait été
Attribué, et ce, pendant toute la durée de l’entraînement. Nous le posions
sur
Nos têtes pour sortir en courant des baraquements, traverser la route
Jusqu’au réfectoire. Puis, nous le portions à bout de bras pour courir dans
Les dunes de Coronado jusqu’à la mer. Nous ramions ensuite des
kilomètres
Et des kilomètres le long des côtes, du nord au sud, luttant contre la mer
Démontée, sept hommes, travaillant de concert pour amener ce canot
A destination.
Il y avait une leçon à tirer. Il arrivait qu’un des membres de l’équipage
Soit malade ou blessé, et qu’il ne soit pas à 100 % de ses capacités. Je me
Suis retrouvé moi-même à plusieurs occasions diminué par un rhume ou
une
Grippe. Quand cela arrivait, les autres compensaient en ramant plus fort,
Plus profondément, en me cédant leur ration pour me redonner des forces.
Bien entendu, je leur rendais la pareille au besoin. Ce petit canot
Pneumatique nous faisait comprendre qu’aucun homme ne pouvait réussir
Cet entraînement tout seul. Aucun SEAL ne peut sortir vivant d’un combat
Seul. Par extension, nous comprenions que tout le monde a besoin d’aide
Pour traverser les moments difficiles de la vie.
Jamais je n’ai ressenti cette nécessité de façon plus cruciale qu’il y a
25 ans, lorsque je dirigeais les SEALs de la côte ouest. J’étais alors contre-
Amiral des Naval Special Warfare Group ONE à Coronado. J’étais un
Capitaine de la Navy et j’avais à mon actif plusieurs décennies de
Commandement des SEALs à travers le monde. J’étais de sortie pour un
Exercice de routine en parachute quand les choses ont tourné à l