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Docs Fable

La préface de La Fontaine à ses Fables explique son inspiration tirée des Anciens et des Modernes, soulignant l'importance de la poésie et de la musique dans la transmission des morales. Il évoque Socrate et d'autres auteurs qui ont utilisé les fables pour instruire tout en divertissant, tout en reconnaissant ses limites par rapport à des écrivains comme Phèdre. La Fontaine espère que son travail incitera d'autres à explorer davantage ce genre littéraire.

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La préface de La Fontaine à ses Fables explique son inspiration tirée des Anciens et des Modernes, soulignant l'importance de la poésie et de la musique dans la transmission des morales. Il évoque Socrate et d'autres auteurs qui ont utilisé les fables pour instruire tout en divertissant, tout en reconnaissant ses limites par rapport à des écrivains comme Phèdre. La Fontaine espère que son travail incitera d'autres à explorer davantage ce genre littéraire.

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La Fontaine, Fables, préface de 1668

[…] Après tout, je n'ai entrepris la chose que sur l'exemple, je ne veux pas dire des Anciens, qui ne tire point à
conséquence pour moi, mais sur celui des Modernes. C'est de tout temps, et chez tous les peuples qui font profession de
poésie, que le Parnasse a jugé ceci de son apanage. A peine les fables qu'on attribue à Ésope virent le jour, que Socrate
trouva à propos de les habiller des livrées des Muses. Ce que Platon en rapporte est si agréable, que je ne puis m'empêcher
d'en faire un des ornements de cette préface. Il dit que, Socrate étant condamné au dernier supplice, l'on remit l'exécution de
l'arrêt à cause de certaines fêtes. Cébès l'alla voir le jour de sa mort. Socrate lui dit que les dieux l'avaient averti plusieurs
fois, pendant son sommeil, qu'il devait s'appliquer à la musique avant qu'il mourût. Il n'avait pas entendu d'abord ce que ce
songe signifiait ; car, comme la musique ne rend pas l'homme meilleur, à quoi bon s'y attacher ? Il fallait qu'il y eût du
mystère là-dessous : d'autant plus que les dieux ne se lassaient point le lui envoyer la même inspiration. Elle lui était encore
venue une de ces fêtes. Si bien qu'en songeant aux choses que le Ciel pouvait exiger de lui, il s'était avisé que la musique et
la poésie ont tant de rapport, que possible était-ce de la dernière qu'il s'agissait. Il n'y a point de bonne poésie sans harmonie
: mais il n'y en a point non plus sans fiction ; et Socrate ne savait que dire la vérité. Enfin il avait trouvé un tempérament :
c'était de choisir des fables qui continssent quelque chose de véritable, telles que sont celles d'Ésope. Il employa donc à les
mettre en vers les derniers moments de sa vie.
Socrate n'est pas le seul qui ait considéré comme sœurs la poésie et nos fables. Phèdre a témoigné qu'il était de ce
sentiment et, par l'excellence de son ouvrage, nous pouvons juger de celui du prince des philosophes. Après Phèdre,
Aviénus a traité le même sujet. Enfin les modernes les ont suivis ; nous en avons des exemples non seulement chez les
étrangers, mais chez nous. Il est vrai que, lorsque nos gens y ont travaillé, la langue était si différente de ce qu'elle est, qu'on
ne les doit considérer que comme étrangers. Cela ne m'a point détourné de mon entreprise ; au contraire, je me suis flatté de
l'espérance que, si je ne courais dans cette carrière avec succès, on me donnerait au moins la gloire de l'avoir ouverte.
Il arrivera possible que mon travail fera naître à d'autres personnes l'envie de porter la chose plus loin. Tant s'en faut
que cette matière soit épuisée, qu'il reste encore plus de fables à mettre en vers que je n'en ai mis. J'ai choisi véritablement
les meilleures, c'est-à-dire celles qui m'ont semblé telles : mais, outre que je puis m'être trompé dans mon choix, il ne sera
pas bien difficile de donner un autre tour à celles-là même que j'ai choisies ; et si ce tour est moins long, il sera sans doute
plus approuvé. Quoi qu'il en arrive, on m'aura toujours obligation, soit que ma témérité ait été heureuse, et que je ne me sois
point trop écarté du chemin qu'il fallait tenir, soit que j'aie seulement excité les autres à mieux faire.
Je pense avoir justifié suffisamment mon dessein : quant à l'exécution, le public en sera juge. On ne trouvera pas ici
l'élégance ni l'extrême brèveté qui rendent Phèdre recommandable : ce sont qualités au-dessus de ma portée. Comme il
m'était impossible de l'imiter en cela, j'ai cru qu'il fallait en récompense égayer l'ouvrage plus qu'il n'a fait. Non que je le
blâme d'en être demeuré dans ces termes : la langue latine n'en demandait pas davantage ; et, si l'on y veut prendre garde, on
reconnaîtra dans cet auteur le vrai caractère et le vrai génie de Térence. La simplicité est magnifique chez ces grands
hommes : moi, qui n'ai pas les perfections du langage comme ils les ont eues, je ne la puis élever à un si haut point. Il a donc
fallu se récompenser d'ailleurs : c'est ce que j'ai fait avec d'autant plus de hardiesse, que Quintilien dit qu'on ne saurait trop
égayer les narrations. Il ne s'agit pas ici d'en apporter une raison : c'est assez que Quintilien l'ait dit. J'ai pourtant considéré
que, ces fables étant sues de tout le monde, je ne ferais rien si je ne les rendais nouvelles par quelques traits qui en
relevassent le goût. C'est ce qu'on demande aujourd'hui : on veut de la nouveauté et de la gaieté. Je n'appelle pas gaieté ce
qui excite le rire ; mais un certain charme, un air agréable qu'on peut donner à toutes sortes de sujets, même les plus sérieux.

« Le Pâtre et le Lion », 1, VI Un Pâtre, à ses Brebis trouvant quelque mécompte,


Voulut à toute force attraper le Larron.
Les fables ne sont pas ce qu'elles semblent être ; Il s'en va près d'un antre, et tend à l'environ
Le plus simple animal nous y tient lieu de maître. Des lacs à prendre Loups, soupçonnant cette engeance.
Une morale nue apporte de l'ennui : Avant que partir de ces lieux,
Le conte fait passer le précepte avec lui. Si tu fais, disait-il, ô Monarque des Dieux,
En ces sortes de feinte il faut instruire et plaire, Que le drôle à ces lacs se prenne en ma présence,
Et conter pour conter me semble peu d'affaire. Et que je goûte ce plaisir,
C'est par cette raison qu'égayant leur esprit, Parmi vingt Veaux je veux choisir
Nombre de gens fameux en ce genre ont écrit. Le plus gras, et t'en faire offrande.
Tous ont fui l'ornement et le trop d'étendue. A ces mots sort de l'antre un Lion grand et fort.
On ne voit point chez eux de parole perdue. Le Pâtre se tapit, et dit à demi mort :
Phèdre était si succinct qu'aucuns l'en ont blâmé; Que l'homme ne sait guère, hélas! ce qu'il demande !
Ésope en moins de mots s'est encore exprimé. Pour trouver le Larron qui détruit mon troupeau,
Mais sur tous certain Grec renchérit et se pique Et le voir en ces lacs pris avant que je parte,
D'une élégance laconique; Ô Monarque des Dieux, je t'ai promis un Veau :
Il renferme toujours son conte en quatre vers ; Je te promets un boeuf si tu fais qu'il s'écarte.
Bien ou mal, je le laisse à juger aux experts.
Voyons-le avec Ésope en un sujet semblable. C'est ainsi que l'a dit le principal auteur :
L'un amène un Chasseur, l'autre un Pâtre, en sa fable. Passons à son imitateur.
J'ai suivi leur projet quant à l'événement,
Y cousant en chemin quelque trait seulement.
Voici comme à peu près Ésope le raconte.
- Ce qu'elle fit ? un prompt courroux
L'anima d'abord contre vous.
Quoi, de contes d'enfants son peuple s'embarrasse !
« Le Pouvoir des Fables », VIII, 3, seconde partie 25 Et du péril qui le menace
Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet !
Dans Athène1 autrefois peuple vain et léger, Que ne demandez-vous ce que Philippe7 fait ?
Un Orateur2 voyant sa patrie en danger, A ce reproche l'assemblée,
Courut à la Tribune ; et d'un art tyrannique3, Par l'Apologue réveillée,
Voulant forcer les coeurs dans une république, 30 Se donne entière à l'Orateur :
5 Il parla fortement sur le commun salut. Un trait de Fable en eut l'honneur8.
On ne l'écoutait pas : l'Orateur recourut
A ces figures violentes4 Nous sommes tous d'Athène en ce point9 ; et moi-même,
Qui savent exciter les âmes les plus lentes. Au moment que je fais cette moralité,
Il fit parler les morts, tonna, dit ce qu'il put. Si Peau d'âne10 m'était conté,
10 Le vent emporta tout ; personne ne s'émut. 35 J'y prendrais un plaisir extrême,
L'animal aux têtes frivoles5 Le monde est vieux, dit-on : je le crois, cependant
Etant fait à ces traits, ne daignait l'écouter. Il le faut amuser encor comme un enfant.
Tous regardaient ailleurs : il en vit s'arrêter
A des combats d'enfants, et point à ses paroles. Notes : 1. Ecrit sans –s par licence poétique 2. Démade,
15 Que fit le harangueur ? Il prit un autre tour. homme politique athénien (384-320 av. J.-C.). 3. Violent.
Cérès6, commença-t-il, faisait voyage un jour 4. Figures de rhétorique comme des hyperboles ou la
Avec l'Anguille et l'Hirondelle : prosopopée, qui consiste à faire parler les morts. 5. Le
Un fleuve les arrête ; et l'Anguille en nageant, peuple. 6. Déesse des moissons. 7. Philippe de
Comme l'Hirondelle en volant, Macédoine, qui menaçait alors Athènes. 8. Un élément
20 Le traversa bientôt. L'assemblée à l'instant de fable eut alors l’honneur de réveiller l’assemblée. 9.
Cria tout d'une voix : Et Cérès, que fit-elle ? Sur ce point. 10. Conte de Charles Perrault.

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