Innovations, Cahiers d'économie de l'innovation
n°18, 2003-2, pp.167-177.
RÈGLES – NORMES
Les installations classées
Jeanne-Marie WAILLY
Laboratoire Redéploiement Industriel et Innovation
Université du Littoral Côte d'Opale
La notion "d'installation classée" est familière aux indus-
triels, professionnels du droit de l'environnement, à ceux qui
sont chargés de gérer et de contrôler les établissements con-
cernés, mais encore aux salariés qui y travaillent ou aux
riverains... Elle revêt d'une multitude de règles touchant à diffé-
rents domaines même si c'est le secteur de l'industrie le plus
concerné par cette notion. Le régime des installations classées
n'en portait pas le nom lors de son apparition. Il s'agissait de la
prévention des pollutions industrielles et elle est une des plus
anciennes réglementations en matière de Droit de l'environ-
nement1.
Véritable réglementation autonome dans le droit, ce régime
composé de principes majeurs en est l'un des pans fondamen-
taux. Il s'est étoffé et transformé tout au long du développement
industriel et ceci jusqu'à nos jours. Le texte de référence en
matière d'environnement industriel est "la loi relative aux
installations classées pour la protection de l'environnement du
19 juillet 1976".
Quelles sont les installations classées ? Ce sont "des usines,
des ateliers, des dépôts, des chantiers, des carrières, et de façon
plus globale toutes installations exploitées et détenues par toute
personne physique ou morale publique comme privée qui sont
susceptibles de présenter des inconvénients, soit pour la com-
modité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité et la salubri-
té publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la
nature et de l'environnement, soit pour la conservation des sites
1 Cette réglementation date du XIXème siècle.
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ou des monuments"1. Notre propos se limitera au secteur indus-
triel au sens large du terme, quelque soit son statut juridique en
y incluant bien sûr le secteur agricole2. Cependant même limité,
ce secteur reste vaste quant aux types d'entreprises qu'il faut
englober et quant à la taille de celles-ci. Notons que les
conséquences d'un accident dans une installation classée a des
effets amplifiés au sens juridique et administratif de par son
statut. L'accident comporte aussi en lui-même différents degrés,
le plus élevé étant l'accident technologique majeur.
Les accidents technologiques majeurs, bien que liés au dé-
veloppement économique ne sont pas pour autant considérés
comme une fatalité. La maîtrise des risques essaie de les limiter
au maximum. Ces accidents sont d'autant plus dramatiques
qu'exceptionnels et difficilement prévisibles d'où leurs consé-
quences sur l'environnement naturel et vivant ; conséquences
psychologiques comme physiques lorsqu'ils touchent les êtres.
Tous les secteurs d'activités sont concernés.
La première directive européenne SEVESO a d'ailleurs été
motivée par l'accident du même nom survenu en 1976. Cepen-
dant, de nombreux autres l'avaient précédés avant cette date,
dans divers pays, d'importance et de conséquences variables.
On peut citer à titre d'exemples3 :
- Saint Amand les Eaux (France) 1973 (transport)
- Flixborough (Grande-Bretagne) 1974 (transport)
- Los Alfaques (Espagne) 1978 (transport)
- Bhopal (Inde) 1984 (usine chimique)
- Bâle (Suisse) 1985 (pollution du Rhin)
- Toulouse - AZF (France) 2001 (pétrochimie)
D'autres édifices et textes juridiques permettent la pro-
tection des sites dangereux et de leur environnement interne
comme externe à l'entreprise. Ainsi, les règles du droit du tra-
vail permettent de protéger le salarié et certaines autres déri-
vent du régime des installations classées ou bien sont complé-
mentaires comme :
- les normes d'urbanisme
- les textes spécifiques aux activités chimiques
- les textes spécifiques aux activités nucléaires
- les règles sur les organismes génétiquement modifiés
- les règles touchant au stockage de produits dangereux
- les règles supervisant les mines et carrières.
1 Art.L.511.1 du Code de l'Environnement. N.B. Les deux derniers éléments
ne font pas directement partie de nos propos.
2 Qui douterait aujourd'hui que l'agriculture peut être une industrie. Citons
seulement, à titre d'exemple dans la nomenclature des installations classées,
les porcheries ou les poulaillers industriels.
3 Cette liste n'étant en aucun cas ni hiérarchique, ni exhaustive.
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L'étude des installations classées n'abordera ces notions que
par ricochet à partir de l'étude principale. Trois parties per-
mettront d'aborder ce thème : la première a pour objectif de
présenter "les installations classées" au travers de leur appari-
tion et de leur historique ; la deuxième permet d'approfondir le
contenu des textes ainsi que de connaître le mécanisme d'au-
torisation et de déclaration ; la troisième partie s'attache aux
sanctions qui interviennent éventuellement après le contrôle.
Avant tout, elle met en évidence le travail d'information et de
conseil des inspecteurs.
PRESENTATION DES INSTALLATIONS CLASSEES
Notions fondamentales et historiques
Différents textes sont venus créer puis enrichir le régime des
installations et ce pendant environ deux siècles afin d'abou-tir à
une pièce maîtresse dans cet édifice : la loi du 19 juillet 1976
qui reste après maintes adaptations ou modifications la
référence actuelle. L'origine des premières mesures protectrices
sont anciennes. Avant la Révolution Industrielle, certaines
réglementations existaient concernant les ateliers mais elles
étaient ponctuelles et spartiates. En 1794, la poudrerie de Gre-
nelle aux environs de Paris explose, faisant un millier de tués et
de nombreux blessés. Des réactions s'ensuivirent, notamment
une ordonnance du Préfet en 1806 qui prévoit "une visite préa-
lable des lieux par des gens de l'art avant toute création de ma-
nufactures".
Le décret du 15 octobre 1810 était relatif "aux manufactures
et ateliers insalubres, incommodes ou dangereux". Son principe
était que les établissements répertoriés comme étant soumis au
décret devaient obtenir une autorisation préalable. Son but con-
sistait à réduire les nuisances endurées par le voisinage. Ce fut
principalement ce décret qui régît ce domaine pendant plus d'un
siècle même si certaines propositions autres furent faites. La loi
du 19 décembre 1917 s'applique "aux établissements
dangereux, insalubres ou incommodes qu'ils soient industriels
ou commerciaux". Notons qu'en sont exclus les entreprises
agricoles.
Le contenu de cette loi renforce les sanctions mais crée une
procédure de déclaration plus simple que l'autorisation pour
certaines installations. Le système en est donc plus léger et
souple. Les préfets étaient chargés des délivrances. Cette loi a
donc été appliquée pendant soixante ans jusqu'en 1976 à la
satisfaction des chefs d'entreprises mais au détriment parfois de
169
la santé et de la sécurité. Ce sont d'ailleurs les manquements de
cette loi qui ont conduits à la réforme.
La loi du 19 juillet 1976 vient étendre son champ d'action en
incluant les entreprises publiques et agricoles. Par ailleurs, les
sanctions sont renforcées. Cette loi réglemente les condi-tions
d'ouverture, d'exploitation et de fermeture des entreprises
industrielles et agricoles qui peuvent provoquer des nuisances
du fait de leur présence ou de leur fonctionnement. De
nombreux ajouts sont venus peu à peu étoffer cette loi qui s'est
vue quasiment entièrement modifiée1. Les directives européen-
nes "SEVESO" prises après la catastrophe du même nom2 ; la
première en 1982 et la seconde en 1996 sont transposées en
droit français par le canal de la législation sur les installations
classées. Le Code de l'Environnement a intégré les textes
législatifs dans ses articles L.511 à L.517.2.
Intérêt et particularités du concept
Pièce importante dans le puzzle consacré à la protection de
l'environnement et à la santé des hommes, le régime des
installations classées n'est cependant pas le seul à poursuivre ce
but. Il cohabite avec d'autres règles appartenant à d'autres do-
maines3 ; mais l'ensemble se doit d'œuvrer en harmonie. Les
installations industrielles sont notamment soumises aux régle-
mentations concernant les déchets, le bruit, l'eau, la protection
de l'air. Par ailleurs, de nombreux textes européens et interna-
tionaux contribuent à renforcer un dispositif de plus en plus
fourni.
On recense en 2002 en France environ 500 000 installations
classées dont 63 000 sont soumises à autorisation. 900 sont
classées SEVESO. L'intérêt de la réglementation n'est pas à
prouver. La réglementation se justifie donc tout à fait même s'il
n'est pas simple pour les industriels de toujours s'y conformer
en raison notamment des coûts engendrés. D'autres au contraire
y voient là un moyen de mettre en avant leur image de marque
en faisant plus que ce qu'impose la loi.
REGLEMENTATION DES INSTALLATIONS CLASSEES
1 La loi 76-663 du 19 juillet 1976 a été notamment modifiée par la loi 92-646
du 13 juillet 1992. Notons que dès 1971, le régime des installations classées
passait sous la tutelle du Ministère de l'Environnement récemment créé.
2 Le 10 juillet 1976, l'usine chimique ICMESA à SEVESO rejette dans
l'atmosphère de la dioxine ; entraînant de nombreux effets néfastes à plus ou
moins long terme.
3 Règles appartenant au droit de l'Environnement ou à d'autres droits natio-
naux (droit du travail, droit civil, droit pénal, droit administratif,...) mais aussi
européens.
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Les textes et la nomenclature
L'entreprise sera soumise ou non aux règles des installations
classées selon qu'elle apparaîtra ou non au sein d'une no-
menclature régulièrement mise à jour1. Dans l'affirmative, elle
se doit de se conformer à la police des installations classées qui
veille à faire respecter :
- les règles applicables à l'implantation, le fonctionnement et
l'utilisation du site ou des aménagements,
- les limites des rejets dans l'eau et dans l'air,
- les consignes concernant le bruit, les déchets,
- l'autosurveillance,
- le contrôle des activités.
La nomenclature inscrit dans ses listes les activités soumi-
ses à la réglementation. La première nomenclature est apparue
au travers du décret du 20 mai 1953. Des remaniements de cette
liste sont nécessaires. Celle-ci est divisée en deux parties :
- la première regroupe les substances et les préparations,
- la seconde regroupe les activités.
Pour que les activités d'une entreprise soient soumises à la
loi, elles doivent être susceptibles de porter atteinte et d'être
nuisibles aux intérêts suivants : commodité du voisinage, santé,
sécurité, salubrité publique, agriculture, intérêts de la nature et
de l'environnement, conservation des sites et des monuments2.
Le décret fixant la nomenclature soumet donc les installations
classées soit à autorisation, soit à déclaration suivant la gravité
des dangers ou des inconvénients qu'est susceptible de provo-
quer l'installation.
Les Etats européens décident de se doter d'une politique
commune en ce qui concerne les risques industriels majeurs,
ceci au travers des directives SEVESO. La première directive
SEVESO du 24 juin 1982 demande aux Etats et aux entreprises
des pays de relever certaines activités industrielles à risques.
Elle leur demande aussi de prévoir les mesures afin d'y faire fa-
ce. Plusieurs modifications ont eu lieu et la directive SEVESO
2 adoptée le 9 décembre 1996 vient la remplacer à partir du 3
février 1999.
SEVESO 2 concerne la maîtrise des dangers liés aux acci-
dents majeurs. La prévention est renforcée en imposant
l'intégration d'un système de gestion proportionné aux risques
potentiels. D'autre part, l'information et la participation du
public, des riverains et des employés sont renforcés. La directi-
1 Dernière mise à jour de la nomenclature effectuée le 30 avril 2002 (source
INERIS : Institut National de l'Environnement industriel et des RISques).
2 Les deux derniers éléments ne faisant pas directement partie de notre étude.
171
ve SEVESO renforce le dispositif de prévention des accidents
majeurs et son intégration dans la législation française1 au sein
des "installations classées" doit apporter des éléments supplé-
mentaires dans la lutte contre leurs conséquences néfastes.
Le champ d'application de la directive est lui aussi élargi en
supprimant la distinction faite entre l'activité de stockage et la
mise en œuvre de substances dangereuses, en l'étendant aux
installations manipulant ou stockant des explosifs. Elle couvre
également plus d'infrastructures en parlant "d'établissements"
sans se référer à une liste précise. Les études de danger du site
doivent être désormais effectuées tous les cinq ans2. Quant aux
plans d'urgence, ils doivent être réexaminés tous les trois ans
après des tests. De plus, une coopération en sites voisins est
demandée par la directive aux industriels. Celle-ci examine
également les conséquences d'un accident partant d'une instal-
lation sur une autre voisine. On y trouve incluse également la
maîtrise de l'urbanisation autour des sites industriels à risques.
L'information du public est également considérablement élargie
(avis demandé lors de l'implantation, accès aux informations
contenues dans les rapports, accès aux inventaires des substan-
ces dangereuse, consultation lors de la mise en place des plans
particuliers d'intervention ou P.P.I.).
L'autorisation ou la déclaration.
Dans la procédure de déclaration, le dossier est à déposer
auprès du préfet. Son contenu doit être détaillé avec notamment
la description précise des activités futures ainsi que toute une
série de cartes et de plans. Le coût du dossier d'autorisation
réalisé par un cabinet extérieur est de environ 6000 à 7500 eu-
ros. L'autorisation est accordée après enquête publique relative
aux incidences éventuelles du projet sur les intérêts protégés
par la loi. Par ailleurs, la consultation de diverses administra-
tions et conseils sont prévus. Les étapes essentielles dans le
processus d'autorisation sont :
- l'étude d'impact est réalisée au travers d'un document qui
prévoit les effets concrets sur l'environnement de l'installation.
Six rubriques sont prévues : analyse de l'endroit prévu pour
l'implantation avant celle-ci ; analyse des effets sur l'environne-
ment au sens large de l'installation ; motivations qui ont fait
retenir le projet ; coût de la réduction des nuisances ; étude du
devenir des déchets ; remise en état prévue des dommages ;
1 L'arrêté ministériel du 10 mai 2000 transpose la directive SEVESO 2 dans
notre droit.
2 L'étude des dangers est prévue dans le régime des installations classées.
172
- l'étude des risques d'accidents, de leurs conséquences ainsi
que les mesures destinées à les réduire et les moyens de secours
dont dispose l'exploitant ;
- une notice sur l'hygiène et la sécurité doit être annexée au
dossier ;
- certaines installations doivent en plus présenter des
garanties financières1 ;
- l'autorisation est délivrée par arrêté préfectoral2. Il précise
notamment ce que devra respecter l'installation dans sa techni-
cité comme dans son fonctionnement. Il en prévoit les contrô-
les. Il limite les quantités de déchets, fixe les mesures de sécu-
rité ;
- l'étude des dangers concernant les risques d'accidents peut
avoir prévu l'obligation de réaliser un plan d'opération interne
(P.O.I.) qui doit définir les points sensibles, les risques, les
moyens d'intervention et les mesures à mettre en oeuvre.
L'élaboration d'un plan particulier d'intervention (P.P.I.) peut
aussi être demandé sous la responsabilité du préfet. Il impose
aux entreprises les plus dangereuses d'assurer en cas d'accident
la sauvegarde des populations et de l'environnement. Il doit
prévoir l'information de la population, les actions sur les ré-
seaux publics (ex. eau), les consignes d'action, les mesures
d'urgence, les moyens d'intervention, le tout déterminé par un
déclenchement sur trois niveaux selon le degré de gravité.
Il faut préciser que cet ensemble de règles qui accom-
pagnent l'autorisation ne dispense en rien du respect de la
réglementation générale qui s'appliquera à l'entreprise notam-
ment les prescriptions générales selon l'activité données par
arrêtés ministériels. C'est donc une obligation générale de ré-
sultats qui semble s'imposer ici. La déclaration s'impose aux
entreprises ne présentant pas de réels dangers. Elle se fait par la
constitution d'un dossier contenant des prescriptions précises et
des plans des sites. Son dépôt s'effectue auprès du préfet qui
fournira au déposant les prescriptions applicables à son instal-
lation. Ces prescriptions étant les mêmes pour les installations
relevant d'une même rubrique dans la nomenclature.
L'installation classée, déclarée ou autorisée va vivre et donc
inévitablement évoluer ou se transformer. Les prescriptions
peuvent donc devenir obsolètes si l'entreprise s'avère moins
dangereuse3 ou au contraire n'être plus assez sévères au regard
de l'évolution. C'est pourquoi toute modification et/ou toute
1 Garanties financières destinées à prévenir et à "réparer" les conséquences
d'un accident potentiel.
2 La procédure d'autorisation demande environ 12 à 18 mois.
3 Une évolution dans ce sens est rare ou alors souvent elle signe son déclin
d'activité, ce qui n'est jamais souhaitable.
173
extension entraînant des conséquences éventuelles sur l'envi-
ronnement doivent être signalées au préfet. Celui-ci modifiera
l'arrêté de déclaration ou d'autorisation mais pourra aussi de-
mander à l'industriel de déposer un nouveau dossier.
Cependant, à tout moment, le préfet peut demander la four-
niture d'informations complémentaires ou leur mise à jour. Il
peut également demander la mise à jour des études et la réali-
sation d'études complémentaires. Le préfet dispose donc d'un
très large pouvoir d'appréciation. L'arrêt de l'exploitation d'une
installation classée peut entraîner des nuisances plus ou moins
graves notamment en ce qui concernent l'aspect du site et le sort
des déchets. C'est pourquoi l'arrêté d'autorisation prévoit cette
hypothèse.
L'Etat a aussi prévu l'institution de servitudes d'utilité publi-
que en sa faveur dans un souci de sauvegarde et de protection.
De plus, la fermeture d'une installation impose sa remise en
l'état. Un décret du 20 mars 2000 exige que les conditions de
celle-ci soient prévues dès l'étude d'impact. Elle s'étend égale-
ment aux délocalisations de l'entreprise comme aux lieux de
stockage de déchets.
SANCTION DES INSTALLATIONS CLASSEES
Le contrôle de l'inspecteur des installations classées
Les inspecteurs des installations classées sont des fonction-
naires de l'Etat qui peuvent être techniciens, ingénieurs, mais
aussi vétérinaires. Ils sont gérés par différents ministères selon
leur spécificité. Ils ont en charge la surveillance des installa-
tions présentant un risque d'accident ou d'agression chronique
de l'environnement pour lequel elle s'avère être source de
dangers et de nuisances. L'inspecteur des installations classées
prend en charge les entreprises d'une certaine taille ou d'un cer-
tain niveau de dangerosité ; les plus petites pouvant être "con-
fiées" à la municipalité1. Ce sont bien sûr les sites "industriels"2
qui présentent les risques les plus importants. Les inspecteurs
qui les supervisent dépendent des Direction Régionale de
l'Industrie, de la Recherche et de l'Environnement (D.R.I.R.E.).
Le nombre d'inspecteurs est d'environ 1300 (800 postes à
temps plein). Au cours de l'année 2000, ils ont effectué 30 000
visites, 4000 sanctions administratives ont été adressées au
préfet et 1200 procès-verbaux transmis au parquet.
1 Le maire a un rôle de garant de la salubrité de sa commune.
2 Industriels ou assimilés de par leur taille ou leur dangerosité (ex. silo).
174
Avant tout contrôle, les installations classées sont confiées à
l'autosurveillance du chef d'entreprise. L'exploitant vérifie ses
rejets avec les valeurs limites imposées. Par ailleurs, les inspec-
teurs des installations classées ont un rôle de prévention en ver-
tu notamment du "principe de précaution". Ils créent aussi les
normes avec l'aide de l'exploitant dans le cadre du dépôt de
dossier d'autorisation en prenant en compte tous les paramètres
techniques et financiers. Ils interviennent au stade de l'enquête
publique en expliquant et en informant. Les visites et les
contrôles peuvent se faire sans prévenir mais l'intervention peut
aussi avoir lieu sur plainte, ou à la suite d'un incident, d'un
accident. Les inspecteurs peuvent lors de leurs visites consulter
les mesures prises et ordonner des analyses et contrôles. Leurs
visites entraînent donc des contraintes. Si l'exploitant ne les
exécute pas, il s'expose à des sanctions administratives et
pénales.
La répression et le contentieux des installations classées.
On doit distinguer les sanctions administratives des sanc-
tions pénales. Les deux respectent une procédure particulière et
rigoureuse. Les sanctions administratives sont prises par le pré-
fet. Auparavant, une mise en demeure a été adressée à l'ex-
ploitant afin qu'il s'astreigne à respecter ce qu'on lui impose
dans un temps déterminé. Cette mise en demeure a effet d'in-
jonction. En cas de non-exécution de l'exploitant, le préfet peut
ordonner une fermeture provisoire des installations en main-
tenant le paiement du personnel. Le préfet peut aussi faire pro-
céder à l'exécution des travaux, mais cette option est assez rare.
Les sanctions pénales sont peu utilisées et peu efficaces. Le
non-respect d'un arrêté préfectoral est une simple contravention
relevant du tribunal de police (ex. fonctionnement sans décla-
ration, non-respect des prescriptions). Le tribunal correctionnel
est compétent pour les délits. En cas de fonctionnement sans
autorisation, le tribunal peut mettre l'exploitant sous astreinte
pour l'obliger à s'exécuter.
Les peines prévues peuvent être importantes. Les juges ap-
précieront en fonction des faits. Mais le fait que le non-respect
d'un arrêté préfectoral ne soit qu'une contravention ne contri-
bue pas à l'efficacité du système. L'administration préfère la né-
gociation à la contrainte afin que l'exploitant régularise sa si-
tuation. Cependant de nombreuses installations restent en si-
tuation irrégulière malgré quelques centaines d'arrêtés de régu-
larisation chaque année (726 en 1998). La police des instal-
lations classées ne s'applique qu'au cadre de la nomenclature.
Cependant, elle peut intervenir auprès des entreprises qui
existaient avant le classement de leur activité et continuent à
175
fonctionner, principalement lorsqu'il s'agit de faire cesser toute
pollution.
Devant la particularité des installations classées, le con-
tentieux l'est aussi. Ce dernier concerne surtout les délais de re-
cours et les pouvoirs du juge. Ainsi, au-delà du délai normal de
deux mois pour les demandeurs, celui-ci est porté à quatre ans
pour les tiers (personnes publiques comme privées, physiques
comme morales) à compter de la publication ou de l'affichage
de l'acte attaqué. Ce délai pourra être prolongé de deux ans
après la mise en service de l'installation. D'autre part le juge
peut se substituer à l'administration en modifiant ou en ajoutant
des règles à l'exploitant. Ces largesses accordées permettent une
meilleure approche et une réparation éventuelle. Le but est
d'être plus proche de l'entreprise et de ses usagers afin de
résoudre au mieux tous les problèmes engendrés.
Le régime des installations classées a considérablement évo-
lué. Un principe positif de meilleure prise en compte de l'envi-
ronnement des industries y a largement contribué. Les éléments
négatifs de pollution et nuisances les a renforcé1. Le principe de
précaution est devenu un élément majeur permettant de ga-
rantir les générations futures face aux risques de plus en plus
disséminés et face à l'incertitude de la science quant aux consé-
quences de certains événements. Ce principe de précaution est
censé protéger les populations contre les risques inconnus ou
incertains tout au moins en partie.
Qu'en est-il de la prise en compte des individus dans ce
système ? Au démarrage de la réglementation, la place de
l'homme2 était celle de victime à protéger comme faisant partie
du voisinage de l'entreprise. Peu à peu, il est devenu acteur à
part entière. Dans la procédure, dès les études préalables à
l'installation, son avis est retenu. L'enquête publique doit faire
l'objet d'un affichage en mairie, sur les lieux concernés et d'un
encart dans les journaux. En cours d'enquête, toute observation
est prise en compté. A la fermeture de l'enquête, tout individu
peut en prendre connaissance des conclusions du commissaire-
enquêteur. L'arrêté d'autorisation fait l'objet d'un affichage sur
les lieux et en mairie et d'une publication dans les journaux. La
déclaration d'une installation classée fait aussi l'objet d'un
affichage. Tout renseignement concernant la pollution et les
1 L'explosion d'AZF-Toulouse du 21 septembre 2001 ne fera que renforcer
cet état d'esprit et il ressort de l'après crise des constatations majeures con-
cernant la réglementation.
2 Notons que son statut et donc son rôle seront différents s'il est riverain,
usager ou salarié de l'entreprise. Dans les deux derniers cas, le droit de la
consommation et le droit du travail s'appliquent respectivement.
176
rejets d'une installation classée peut être demandé aux services
des Mines.
La protection des individus est prévue dans les plans d'ur-
gence au travers des méthodes et moyens mis en oeuvre ainsi
que les secours et les évacuations. De plus en plus d'associa-
tions de riverains ou/et de défense de l'environnement se sont
constituées. Elles peuvent bien sûr se porter partie civile ou dé-
poser plainte dans le cadre d'un contentieux mais sont aussi
partie prenante dès les négociations avec l'administration (no-
tamment l'inspecteur des installations classées) et les parte-
naires.
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