L'Impact de La Crise Sanitaire Dans L'Acceleration de La Transformation Digitale Du Royaume: Vers L'Emergence D'Un Nouveau Modele Economique Marocain
L'Impact de La Crise Sanitaire Dans L'Acceleration de La Transformation Digitale Du Royaume: Vers L'Emergence D'Un Nouveau Modele Economique Marocain
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Volume 1, Issue 1, March 2022
Tarik Kasbaoui
LRPFG, ENCGC, Université Hassan II de Casablanca
Abdelhamid Nechad
ENCGT, Université Abdelmalek Essaadi de Tanger
Ihssane Benhessou
LRPFG, ENCGC, Université Hassan II de Casablanca
RESUME
Dans le dernier rapport de l’European Center for Digital Competitiveness (ECDC) intitulé Digital Riser
Report 2020, le Maroc occupe la 4ème place dans la région MENA en matière de compétitivité digitale. Le
même rapport stipule que les entreprises qui ont opté pour un modèle économique numérique dans leur
stratégie de développement ont pu faire preuve de résilience et d’adaptabilité face aux pertes de revenus liée
à la pandémie. Cette dernière, a permis une prise de conscience de la part de tous les acteurs de la société
sur l’importance du digital dans le processus de croissance et de maîtrise des risques.
Le Maroc fait de la transition digitale un enjeu national dans le but d’optimiser son développement et
d’adapter sa stratégie économique aux évolutions structurelles catalysées par la crise sanitaire actuelle. La
création de l’Agence de développement du digital (ADD) en 2017, sous la tutelle du ministère de l’Industrie,
du commerce et de l’économie verte et numérique, dénote de cette initiative. Le Royaume met en place des
dispositifs législatifs et des outils numériques pour accompagner les entreprises ainsi que les citoyens dans
un nouveau paradigme sociétal qui allie la transition digitale au développement durable dans une société qui
se veut plus inclusive et égalitaire. Il s’agit d’ériger le pays en tant qu’hub digital et technologique de
référence au niveau du continent africain.
ABSTRACT
The latest report of the European Center for Digital Competitiveness (ECDC), entitled Digital Riser Report
2020, ranked Morocco in the 4th position within the MENA area in terms of digital competitiveness. The
same report states that companies that have adopted a digital business model in their development strategy
have been able to demonstrate both resilience and adaptability when it comes to dealing with the losses
caused by the pandemic. As the world’s economy is stumbling, this crisis brought awareness over the
importance of digitalization, for it is a tool that has enabled many companies to prevent businesses from
shutting down. It allows them to be more efficient in managing environmental and recession risks.
In order to cope with the current economic development paradigm, Morocco is making from digital
transition a priority. It is about to allow companies to sidestep the consequences of the global economic
crisis. The creation of the Digital Development Agency (ADD) in 2017, under the supervision of the
Ministry of Industry, Trade and the Green and Digital Economy, reflects the initiative taken by the Moroccan
government to monitor its digital transitioning. The kingdom is implementing new laws and adopting brand
116
new tools in order to make it easy for all civil society players to adapt to the new economic and social
circumstances. There is no denying that the digital economy is an important factor that paves the way for
both new and efficient opportunities for growth and sustainable development models in keeping with the
tenets of social inclusion. The Moroccan digital strategy is about to turning the country into a major digital
and technological hub in Africa.
Mots clés : stratégie numérique, transition numérique, stratégie de développement durable, inclusion
financière, hub digital et technologique
INTRODUCTION
La digitalisation est la conséquence directe du développement des infrastructures de télécommunications et
des réseaux à haut débit dans les années 1990, derrière l’acronyme NTIC (Nouvelles technologies de
l’information et de communications). Les évolutions technologiques et plus particulièrement d’internet et
de l’informatique rendent possible le traitement numérique des données. Ce procédé, va donc transformer
des processus et des outils traditionnels afin de les rendre plus performants. La transformation digitale,
désigne, quant à elle, l’utilisation que se fait l’être humain de la transformation numérique de ces outils. Elle
dépasse, donc, le cadre de simples innovations technologiques et sectorielles et participe de l’émergence
d’une Nouvelle économie 84 . Les innovations de la 4ème Révolution numérique, mobilisent de grandes
capacités de recherche, développement et transforment en profondeur les paradigmes 85économiques hérités
de la 2ème Révolution industrielle. Ils sont à l’origine d’une nouvelle configuration organisationnelle :
l’entreprise traditionnelle de l’héritage fordiste située à un endroit précis et qui répond à une logique de
division du travail poussé à l’extrême devient caduc. Elle est remplacée par une nouvelle forme d’entreprise,
dématérialisée, organisée en réseau et qui dispose de plus d’autonomie et de polyvalence.
La transformation digitale a donc un impact sur le modèle économique d’un pays en ce qu’elle vient redéfinir
la nature des interactions de l’entreprise avec la sphère transactionnelle de ses parties prenantes86.
L’usage démocratisé d’Internet associé au développement de l’intelligence artificielle et des impressions
3D permettent la numérisation du secteur médical au point que l’on parle, désormais, d’e-santé ou encore
de secteur médical digitalisé. Ces mêmes impressions, sont donc une chance pour les pays qui manquent de
sites industriels. Cette dématérialisation ouvre de nouvelles opportunités d’affaires, de croissance et de
développement en créant de nouveaux marchés. C’est ainsi que le véhicule autonome vient cibler une
population qui a connu des changements structurels au niveau de son mode de consommation : il permet de
créer un marché pour des consommateurs de plus en plus sensibles aux enjeux environnementaux de
développement durable et qui présentent un engouement pour les usages numériques. Le véhicule autonome
vient monétiser le marché du développement durable et du digital.
Si la transformation digitale s’élargit dans le tissu économique marocain en raison de l’explosion du marché
de l’Internet mobile, des freins persistent, au sein des entreprises, à l’adoption d’une stratégie numérique en
raison de la complexité de celle-ci, du coût élevé de la transformation digitale et du manque de formation
en interne autour de cette thématique. Or, la crise sanitaire de 2019 va venir bouleverser leurs modes
managériaux et organisationnels face au risque d’effondrement de l’activité économique. Celle-ci a accéléré
84
Expression forgée en décembre 1996 par le magazine Business Week afin de rendre compte de la solidité de la croissance des
Etats-Unis qui était majoritairement favorisé par les NTIC
85
Le mot "paradigme" a été fréquemment utilisé dans les années 1980 pour qualifier un environnement économique qui rompt avec
les politiques de relance théorisées par John Maynard Keynes après la crise de 1929 et adoptées massivement avec succès après la
seconde guerre mondiale aux Trente Glorieuses . Ces politiques de relances entraînent l’installation d’un climat qui favorise
l’inflation par la demande (augmentation des prix) et la hausse de la dette publique sans augmentation de la croissance (phénomène
de stagfaltion). La récession à la fin des années 1970 et au début des années 1980, (1er chocs pétrolier de 1973 et 2ème choc en 1979
participent du ralentissement de l’économie mondiale, notamment de l’industrie manufacturière et de l’accélération de la hausse du
chômage, de l’inflation et des déficits budgétaires dans la plupart des pays) marque l’échec des politiques keynésiennes au profit de
politiques encourageant le libre marché tout en combattant l’inflation ( incarnée par Margaret Thatcher).
86
Les parties prenantes (stakeholders en anglais) représentent l’ensemble des acteurs qui interagissent avec l’entreprise et qui
ont un intérêt, ou non, dans l’activité de celle-ci de façon directe ou indirecte (salariés, clients, fournisseurs, actionnaires, syndicats,
ONG, communautés locales, collectivités locales, État...)
117
une prise de conscience de la part des entreprises du Royaume sur l’importance de l’intégration d’outils
digitaux dans leurs processus productifs. L’adoption généralisée du télétravail leur a permis de poursuivre
leurs activités à distance et de maintenir leur performance dans un contexte où toute l’économie mondiale
est en train de basculer dans la récession87. Le Maroc, a su faire preuve d’agilité, de réactivité et de flexibilité
en généralisant le télétravail pour limiter la propagation du virus tout en maintenant l’activité économique
des entreprises à distance. Ce faisant, il force l’adaptation de celles-ci à la conjoncture économique mondiale
en leur imposant la transition digitale pour assurer le maintien de la croissance en interne.
Il est alors légitime de se demander dans quelle mesure la crise sanitaire accélère-t-elle la transition
numérique du Maroc et déclenche des changements structurels dans les paradigmes organisationnels de ses
entreprises ? Si cette digitalisation est porteuse d’opportunité pour le pays en ce qu’elle a un impact direct
sur le maintien de son activité économique, il lui est, toutefois, primordial de réussir et de maîtriser la
transition numérique. En effet, ces changements structurels dans les paradigmes économiques apportent de
nouveaux défis qu’il va falloir relever, dans une démarche proactive, pour anticiper les enjeux liés à
l’adoption du digital dans le processus productif national.
87En effet, cette épidémie a provoqué un arrêt de l’offre puisque les usines ne tournent plus. En confinant les pays, l’impact est sans
appel sur la consommation des ménages, et par surcroît, sur la demande. La crise sanitaire perturbe profondément l’équilibre de
l’offre et de la demande.
88Le rapport Digital 2020 montre la place indispensable que le digital, le mobile et le social media ont désormais dans le quotidien
avec les évolutions technologiques des années 2000. Ils présentent une addiction aux réseaux sociaux et à Internet.
118
bien qu’ils ont auront tendance à s’orienter vers les achats en ligne plutôt qu’en magasins.Ce comportement
de consommation représente une opportunité pour les marques et les entreprises qui ont su entamer
leur transformation digitale : la digitalisation a favorisé l’émergence d’un marché virtuel à l’échelle
nationale mais aussi mondiale.
S’il a fallu 130 ans pour atteindre les 5 milliards d’utilisateurs de téléphone dans le monde, en seulement 22
ans, le nombre d’internautes grimpe à 2,3 milliards. La transformation digitale marque, incontestablement,
l’avènement d’une nouvelle ère91. En seulement deux siècles, les innovations technologiques ont induit des
bouleversements majeurs au niveau des sociétés. Ils ont un effet majeur sur l’activité économique en
impactant les outils de production92, sur des habitudes de consommation et sur l’organisation du territoire.
Le Maroc a fait le pari de l’urbanisme intelligent à travers des partenariats internationaux qui jouent un rôle
important dans la gestion de ses villes intelligentes 93 . Le projet e-Medina Cluster amorce cette
transformation de fond de la ville de Casablanca au profit d’un écosystème basé sur un modèle de partenariat
entre le secteur public, le secteur privé et le citoyen et qui est facilité par l’utilisation des technologies. Ce
projet, vise à augmenter l’efficacité, l’attractivité et la compétitivité d’une ville qui totalise 60% des
échanges commerciaux du pays, 48% des investissements, 25% du PIB national et 46% de la population
active. Cet urbanisme intelligent témoignant de l’initiative prise par l’Etat marocain, apporte des solutions
efficaces et efficientes à la thématique du développement durable urbain dans le cadre d’une e-
gouvernance 94 et accompagne la ville dans sa transition vers une économie « bas carbone » 95 et une
croissance « inclusive » à l’image de l’Afrique du Sud. Dans la même démarche, la création de
CasaNearShorePark, qui représente le plus grand « business park » d’Afrique, permet de développer divers
projets et services connectés (e-gouvernement, e-administration et e-covoiturage) pour les quatre vingts
entreprises opérant dans le secteur offshore. Cesécosystèmes numériques fondés sur l’économie
collaborative ainsi que sur les données ouvertes 96 (open data) transcendent les modèles classiques de
90Nouvelle ordre économique est une expression lancée, en mai 1974, au sein de l'O.N.U. pour mettre en valeur la nécessité du
redressement des rapports économiques entre le Nord et le Sud et d’une meilleure prise en considération de leurs revendications. Le
nouvel ordre numérique est néologisme qui sert à mettre l’accent sur la rapidité de la transition digitale à l’échelle planétaire.
91 On assisteà une rupture du lien physique du site central de production auprofit d’un réseau marqué par l’interdépendance
dématérialisée de l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise. Le travail à distance est désormais envisageable et permettrait
d’imposer des charges de travail supplémentaires puisqu’il devient possible de continuer à œuvrer pour l’entreprise depuis son
domicile.
92A la fois matériels (impactant le capital productif) et immatériels (impactant le capital immatériel, souvent valorisé par le goodwill).
Le capital productif est constitué de biens immobiliers, et de matériels de production.Le capital immatériel est l'ensemble des
techniques, valeurs, et compétences non quantifiables d'une entreprise.
93La ville intelligente est une ville qui s’appuie sur une procédure innovatrice de collecte et gestion de données (favorisée par les
T.I.C.) pour garantir un contexte favorable à son développement (économique, social, …) et à son environnement (qualité de vie,
santé, sécurité, tourisme, …). Il s’agit de la rendre efficiente en optimisant l’exploitation des infrastructures urbaines. Pour ce faire,
il faut une interaction efficace des trois pôles d’acteurs de la ville : public, privé et citoyens.
94L'e-gouvernance est l'utilisation par le secteur public des technologies de l'information et de communication pour améliorer l’accès
à l’information et la qualité des prestations de services. Elle permet de rendre les autorités locales plus responsables, plus
transparentes et plus efficaces. De plus, elle favorise et encourage l’implication du citoyen dans le processus de décision.
95Economie bas carbone est adossée au concept de développement durable. 1980, est l’année à laquelle est apparue pour la première
fois l’expression « Sustainable development » dans le rapport du Programme des Nations unis pour l’environnement sur la
biodiversité. En 1987 le Rapport Brundtland (ancienne Premier ministre norvégienne et rapporteur du projet de la Commission
mondiale pour l’environnement et le développement) donne une définition claire du développement durable, « c’est un
développements qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures de
répondre des leurs ».
96
Open Data désigne des données que tout le monde peut utiliser ou partager
119
l’économie basée sur la centralisation. Ils permettent de passer d’une économie de production à une
économie de transaction favorable à une croissance verte97.
La crise sanitaire, quant à elle, est venue forcer le pas à diverses adaptations structurelles dans de nombreux
secteurs du pays, à commencer par la réorganisation du secteur de la santé : collecte de données pour suivre
la propagation du virus,suivi des déplacements de populations et adoption du pass sanitaire pour mieux
l’endiguer,digitalisation de la collecte et de l’analyse des données statistiques pour une meilleure estimation
des progrès réalisés, sont autant d’outils numériques qui viennent restructurer l’organisation de ce secteur.La
réactivité remarquable du Maroc face à la gestion de cette crise en misant sur la digitalisation du processus
de prévention et de dépistage, l’a propulsé en tant que modèle en matière de gestion de celle-ci : Il fait
mieux que les grands pays européens et se hisse dans le top 10 mondial en termes de vaccination.
La pandémie a accéléré l’adoption des outils numériques par les entreprises du Royaume et leur a permis de
prendre conscience de l’importance de leur intégration dans leur processus de production. Si le télétravail
était encore, jusqu’alors, une pratique peu courante dans le pays, son adoption généralisée s’impose comme
la solution qui va leur permettre de relever le défi de la baisse de leurs productionscausée par les
confinements à répétition. Ils peuvent ainsi poursuivre leur activité économique à distance et maintenir un
certain niveau de croissance dans un contexte où toute l’économie mondiale est en train de basculer dans la
récession. Une enquête menée par ReKrute.com sur les conditions de travail des cadres montre que 50%
des entreprises marocaines ont mis plus de 80% de leur personnel au télétravail. La transition au digital
apparaît comme le processus qui va leur permettre de maintenir un levier de croissance raisonnable en
période de crise.
Le Maroc a su tiré profit de la conjoncture actuelle pour réaliser un bond en avant pour le numérique : il
générale son adoption à l’ensemble des parties prenantes de la société civile si bien que la crise sanitaire a
accéléré de façon exponentielle son processus de transformation digitale.Tous les secteurs d’activité sont
concernés par cette transformation, qu’il s’agisse du commerce, du domaine de la santé, des secteurs
financiers ou encore de l’éducation. Alors qu’il faut en moyenne plus d’un an aux entreprises pour
mettre en place un dispositif facilitant le télétravail ; le premier confinement a mis l’accent sur les
capacités d’adaptation de celles-ci puisqu’elles ont dû se doter d’un tel dispositif en moins de 11 jours98.
L’éducation nationale a dû mettre en place des dispositifs dans l’urgence pour assurer la continuité des cours
aux étudiants à distance.Ce changement de paradigme sociétal est le soubassement qui va permettre au pays
de gagner en réactivité et en adaptabilité face à la nouvelle donne économique portée par la crise sanitaire.
Ceci participe de l’émergence d’un nouveau modèle économique marocain, plus connecté et en phase avec
la conjoncture économique mondiale. Il allie efficience et efficacité des outils numériques dans le processus
de développement.
97Relever le défi du passage d’un mode de développement qui reposait essentiellement sur l’extraction d’énergies fossiles (charbon..),
fortement émettrices de gaz à effet de serre à un développement qui allie croissance aux enjeux du développement durable. Geoffroy
Roux de Bézieux, vice-président du Medef (principal syndicat d’employeur français) depuis le 03 Juillet 2018, est convaincu "que
la technologie permettra de trouver un moyen de faire de la croissance sobre." Il cite l’exemple du secteur de la chimie qui a su
maintenir une croissance soutenue tout en réduisant leurs émissions de 54% depuis 1990."Je ne crois pas à la stagnation séculaire.
Nos économies ont plein de gisements de productivité devant elles. L’innovation doit nous aider à tous être gagnants, il n’y pas de
fatalité ".
98McKinsey, « How COVID-19 has pushed companies over the technology tipping point and transformed business forever », 05
Octobre 2020. L’étude porte sur un échantillon de 900 cadres dans le monde (toutes tailles d’entreprises et secteurs confondus) et
s’attèle à cerner les changements organisationnels et technologiques provoqués par la crise dans le monde de l’entreprise.
120
Si la crise sanitaire a actualisé le débat sur les enjeux de la transformation digitale dans l’optimisation de
l’efficience de l’entreprise, l’efficacité d’une telle transition n’est plus à démontrer. On note une prise de
conscience à la fois des entreprises et des citoyens marocains sur l’importance de la transition digitale en ce
qu’elle permet de conjurer le spectre des confinements à répétition. La stratégie de développement99 de
l’entreprise doit l’inclure dans son agenda : c’est clairement devenu un atout de croissance économique qui
lui permet d’optimiser ses ressources et gagner en productivité. Selon le rapport de McKinsey Global de
2014« l’adaptation au numérique représente pour les entreprises un impératif urgent, autant qu’une
opportunité majeure pour leur compétitivité ».100La crise sanitaire a accéléré la transformation digitale des
entreprises d’environ sept ans : 72 % des entreprises qui ont commencé à utiliser, en premier, les nouvelles
technologies pendant la crise rapportent une très bonne gestion de la Covid-19 dans leur entreprise, contre
seulement 33 % pour le reste101. Ceci prouve que c’est un véritable levier d’action pour l’adaptation des
entreprises fac aux évolutions aussi bien conjoncturelles que structurelles de leur environnement
organisationnel. Cette faculté d’adaptation est d’autant plus primordiale que le nombre de risque 102à la
surface de la planète est de plus en plus important. D’après l’ONU, le nombre de catastrophes naturelles a
presque doublé en 20 ans. Selon l’organisation internationale, le changement climatique est le principal
facteur qui a doublé le nombre des catastrophes naturelles en vingt ans : « Le risque de catastrophe devient
systémique » et doit donc faire l’objet de prévention de la part des Etats et des entreprises. La crise sanitaire
de 2019 a remis à l’ordre du jour les efforts qui doivent être fournies à l’échelle nationale et internationale
pour éviter la rupture de l’ordre naturel, économique ou social.
99
La stratégie de développement d’une entreprise permet de déterminer les facteurs clé de réussite qui vont lui procurer un avantage
concurrentiel sur la concurrence : Il s’agit de faire aussi bien qu’eux si ce n’est mieux. Il existe 4 principales stratégies :
La stratégie de domination par les coûts : Réduction des coûts (charges variables et fixes), pour proposer des biens moins chers
que la concurrence.
La stratégie d’innovation et de technologie : se distinguer des autres grâce aux innovations technologiques
La stratégie de différenciation : il s’agit de se démarquer de ce que fait la concurrence
Les stratégies de coopération : L’entreprise décide de coopérer avec d’autres entreprises. La coopération permet à chacune de se
spécialiser sur une activité.
100
Rapport de McKinsey Global Institute, Accélérer la mutation numérique des entreprises, 2014.
101
McKinsey, « How COVID-19 has pushed companies over the technology tipping point—and transformed business forever », 05
Octobre 2020.
102
Risque comme rupture de l’ordre naturel, économique ou social. Il fonction de deux paramètres de probabilité et de gravité. La
catastrophe est l’actualisation du risque. Risque = aléa + vulnérabilité.
103Le ciblage est l’avant dernière étape de la démarche stratégique : il vient après la segmentation du marché et avant de définir
son positionnement.
104
La génération Y préféré les réseaux sociaux aux supports de média classique (télévision, journaux)
105 La marketplace est un service d’intermédiation commercial à l’image d’Amazon, d’Ebay ou encore de Cdiscount. C’est
une plateforme numérique qui met à disposition des espaces de vente pour des vendeurs indépendants, qu’ils soient
professionnels ou particuliers. Ils accèdent ainsi à un plus grand nombre de clients tout en bénéficiant de garanties de
paiement.
106
Marie De Vergès, « Jumia se rêve en Amazon africain », Le Monde, 15 avril 2018.
121
soit pour le paiement à la livraison ou bien pour le paiement mobile en ligne grâce aux services de la
plateforme, mobile money 107 . Pour sa part, l’administration marocaine essaie de suivre cette évolution
sociétale en digitalisant de plus en plus ses prestations. Ainsi, l’accessibilité à l’information devient un
facteur clé de compétitivité dans le pays. En effet, les entreprises peuvent désormais élaborer des stratégies
digitales marketing non seulement pour leur notoriété, mais aussi pour attirer et fidéliser les marocains
autour de produits favorisant davantage la digitalisation du Royaume à l’instar de la plateforme Jumia.
2.2 LA CORRELATION POSITIVE ENTRE L’ADOPTION D’UNE STRATEGIE NUMERIQUE
ET LA CROISSANCE GLOBALE DE LA PRODUCTIVITE
Les externalités positives de la transition digitale au Maroc ne sont plus à démontrer. Sa généralisation va
venir booster directement l’industrie du numérique et donc sa part dans le PIB national. Son impact sur la
croissance directe est indéniable au point que l’on parle de PIB numérique108. Parallèlement, l’adoption
d’outils numériques va renforcer la productivité en permettant un gain de temps considérable.Il y a alors un
gain de productivité, lequel est une conséquence indirecte de cette transition digitale.
Le Maroc a saisi l’importance de la digitalisation en tant que variable d’ajustement de compétitivité et de
développement économique. D’une part, elle permet aux entreprises d’adopter le numérique dans leur
alignement stratégique afin de d’optimiser leur croissance ; d’autre part, elle propulse le Royaume en tant
qu’acteur stratégique dans le développement du continent africain, raison pour laquelle PwC a choisi
Casablanca pour l’ouverture de son second « Expérience Center » sur le continent africain. Après un bilan
plus ou moins mitigé sur la réussite de sa transition numérique au cours des 20 dernières années, les
autorités, conscientes des opportunités de développement de cette transition digitale, vont faire de celle-ci,
l’enjeu d’une politique nationale. Le 14 septembre 2017, la loi cadre n°61-16 vient sceller cette initiative et
permet la création de l’Agence du Développement Digital (ADD). Elle a pour objectif de mettre en place
un cadre normatif pour les produits et services numériques, d’amorcer la digitalisation des administrations
et d’œuvrer à la mise en place d’une inclusion digitale durable à travers les startups.
107Plateforme qui facilite les paiements en ligne et les transferts d’argent grâce au mobile
108
McKinsey France, Accélérer la mutation numérique des entreprises : un gisement de croissance et de compétitivité pour la
France, p.101-p109, 01 Septembre 2001.
109
22ème conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Organisé à Marrakech du
07 au 18 Novembre 2016.
110L'empreinte carbone est un indicateur qui vise à mesurer l'impact d'une activité sur l'environnement, et plus particulièrement les
D’après la banque centrale, le taux de bancarisation du pays s'est établi à 78% à juin 2020. 22% de la
population marocaine est donc est quasi exclue du système financier. Dès 2016, le Maroc a utilisé le
mobile, qui a une très forte pénétration au Royaume pour développer un écosystème de paiement
mobile adapté à une population non bancarisée, et d’accélérer, ce faisant, l’inclusion financière des
personnes et des micros-entreprises qui n’ont pas de comptes bancaires. Conscient de l’impact de l’inclusion
financière dans la promotion d’une croissance inclusive alignée aux objectifs de développement durable, le
Maroc, dès 2019, se dote d’une Stratégie Nationale d’Inclusion Financière (SNIF) qui contribue à faire
passer une grande partie de son économie informelle à l’économie formelle par le biais des services
de paiement mobiles. Elle vise à améliorer l'accès aux services financiers : l’objectif étant de passer, sur
une durée de cinq ans, d’un taux de pénétration des comptes financiers de 34% à 47% de la population
adulte. Le nombre de personnes qui ont un compte de paiement mobile devrait donc passer à 5
millions d’ici 2024.Une campagne marketing sera lancée début 2021 pour promouvoir l'utilisation des
services de paiement mobile par le Groupement d'intérêt économique GIE115. Il s’agit de sensibiliser et
d’accompagner, à la fois, le citoyen marocain et les entreprises du Royaume sur les opportunités que leur
ouvre ce mode de paiement en ligne.
Relever le défis de la transformation digital c’est releverle défis dela formation. Selon l’Union
Internationale des Télécommunications (UIT) l’Afrique était la dernière région du monde, en 2017, avec un
niveau de compétences TIC en dessous de la norme mondiale116. L’enjeu pour le Maroc, est d’être proactif
dans sa capitalisation sur la réhabilitation du capital humain. Des initiatives doivent être prises pour
démocratiser les compétences liées aux innovations technologiques et sensibiliser les marocains sur les
rouages de l’économie numérique. La maîtrise de la transition digitale au Maroc ne peut se faire sans
112L'efficience est l’aptitude d'un individu ou d'une machine à obtenir le maximum de résultats avec le minimum de coûts, d'effort,
d'énergie et de moyens. Elle est liée à l’optimisation des moyens disponibles ou alloués pour atteindre un résultat. C'est donc
l'aptitude à réaliser de manière rationnelle de bonnes performances.
113
L’efficacité c’est la capacité à atteindre des objectifs prédéfinis sans considération des moyens utilisés.
114Concept abordé par Coch et French (1948) et inspiré des travaux de Lewin (1951) sur la dynamique des groupes. la résistance au
changement traduit la capacité des individus d'entraver les projets de réforme dans lesquels s'engage l'entreprise.
115
Coopération regroupant tous les acteurs de l'écosystème de paiement mobile.
116
Rapport de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), L’indice de développement des TIC,
2017.
123
l’adaptation du système éducatif aux évolutions de la digitalisation de l’économie, en grande partie déjà
amorcéedans le contexte de crise actuelle.
CONCLUSION
L’adoption d’un écosystème favorable au développement d’une économie digitale est plus que jamais
primordiale pour les entreprises du Royaume afin de renouer avec la croissance malgré les conséquences du
confinement sur l’économie mondiale. Ces projets d’innovation favorisent la résilience des entreprises et
facilitent la réactivité du business model 118 aux aléas conjoncturels de la donne économique. La crise
sanitaire est venue consolider la transition digitale du Maroc. La dématérialisation des services touchent
tous les niveaux qu’il s’agisse d’entreprises, d’administrations, de services publics ou encore des banques.
Ses effets à la fois directs et indirects sont incontestables sur la transformation de l’environnement
économique et social du Maroc. Cet élan est généralisé d’autant qu’il fait partie d’une politique nationale
pour transformer le Maroc en hub technologique majeur sur le continent africain, conciliant croissance et
développement durable, sur fond d’inclusion financière.
Pour réussir cette transition, il faut relever un double défis : se doter d’un arsenal juridique pour encadrer
les changements structurels qui ont été catalysés par la crise sanitaire et sensibiliser les marocains sur les
opportunités apportées par la transition numérique qui transforme l’économie de production en une
économie plus axée sur la transaction.
117
L'e-commerce est l'un des meilleurs moyens pour les entrepreneurs de créer une entreprise rentable et durable.
118
Le business model a pour fonction de décrire la manière dont une entreprise crée de la valeur et assure ainsi sa propre pérennité.
124
BIBLIOGRAPHIE
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