COURS DE COMPTABILITE GENERALE II
CHAPITRE 10 : LES AMORTISSEMENTS
L’utilisation des actifs immobilisés au fil du temps se matérialise à travers une baisse de leur
valeur constatée à l’aide des amortissements. Plusieurs approches existent pour apprécier
cette usure, c’est pourquoi la première section est consacrée aux amortissements (section 1)
et la deuxième à la sortie des immobilisations du patrimoine (La cession, l’échange, la mise au
rebut enfin la destruction accidentelle des immobilisations à la section) (Section 2).
Section 1 – Amortissements
Le traitement des amortissements commande d’évoquer tour à tour leur définition (1.1), leurs
méthodes de calcul (1.2), leur comptabilisation (1.3) et la notion de balance avant et après
inventaire (1.4).
1.1. Définition et propriétés
a) Définition
Selon l’article 45 de l’acte uniforme relatif au droit comptable et à l’information financière
(AUDCIF) dans l’espace OHADA, l’amortissement consiste pour l’entité à répartir le montant
amortissable du bien sur sa durée d’utilité selon un plan prédéfini. Au regard de cette
définition, il ressort que l’amortissement est une constatation de la diminution de valeur d’un
actif immobilisé amortissable du fait de son utilisation ou du dépassement technologique
(obsolescence). L’amortissement a un caractère obligatoire et irréversible. Obligatoire signifie
que le bien doit faire l’objet d’un amortissement à la fin de chaque exercice comptable.
Irréversible indique que la perte de valeur due à l’amortissement est définitive.
L’amortissement est enregistré dans le compte « 28 Amortissements ». Il s’agit d’un compte
de l’actif fixe du bilan avec signe soustractif. Il fonctionne comme un compte du passif : il est
crédité pour toute augmentation et débité pour toute diminution. Il vient en diminution du
compte de l’actif immobilisé concerné.
b) Propriétés
L’amortissement a plusieurs propriétés :
il diminue le résultat net car il est enregistré dans un compte de charge ;
il tend à assurer la fixité du capital car sans l’amortissement on serait tenté de réduire
le capital de la valeur d’usure ;
il sert d’autofinancement ;
il diminue l’impôt (économie d’impôt).
1.2. Méthodes de calcul de l’amortissement
Différents modes d’amortissements peuvent être utilisés pour répartir de façon systématique
le montant amortissable d’un actif sur sa durée d’utilité. Ces modes incluent :
le mode linéaire qui conduit à une charge constante sur la durée d’utilité de l’actif ;
le mode dégressif à taux décroissant qui conduit à une charge décroissante sur la durée
d’utilité de l’actif ;
le mode dégressif fiscal ;
le mode des unités de production ou unités d’œuvre (nombre de pièces produites,
heures de fonctionnement, nombre de kilomètres parcourus, nombre d’heures de
travail etc.) qui donne lieu à une charge basée sur l’utilisation ou la production prévue
de l’actif ;
et tout autre mode mieux adapté.
Un mode d’amortissement basé sur les revenus générés par l’utilisation de l’actif est interdit
pour les immobilisations corporelles. De même, l’amortissement financier qui consiste à
amortir une immobilisation au même rythme que le coût de son financement n’est pas
autorisé. Le mode d’amortissement retenu est appliqué de manière cohérente d’une période
à l’autre, sauf en cas de changement du rythme attendu de consommation de l’actif.
La date de début d’amortissement est la date à laquelle l’actif immobilisé est en état de
fonctionner et au lieu d’utilisation prévu par l’entité.
Toute modification significative dans l’environnement juridique, technique, économique de
l’entité et dans les conditions d’utilisation du bien est susceptible d’entrainer la révision du
plan d’amortissement en cours d’exécution.
1.2.1. Amortissement linéaire ou constant
La spécificité de cette méthode est que la valeur de la dépréciation est constante chaque
année et est calculée sur la valeur d’acquisition du bien.
a) Base de calcul
L’amortissement constant est calculé sur la base du :
coût réel d’achat (valeur d’acquisition plus les frais d’acquisition) ;
coût de production du bien.
b) Taux d’amortissement
Pour obtenir le taux d’amortissement linéaire (t) en %, on divise 100 par la durée de vie de
l’immobilisation, c’est-à-dire t = 100%/n, avec n = durée de vie. A titre d’exemple, un matériel
d’une durée de vie de 8 ans sera amorti au taux annuel t = 100/8 = 12,5%.
c) Calcul de l’annuité
L’annuité représente l’amortissement annuel à appliquer. Elle se calcule au prorata temporis
(proportionnel de service dans l’année). La date de départ du calcul de l’amortissement
linéaire est la date de mise en service (et, à défaut, la date d’acquisition). La précision se fait
au niveau du jour.
Cas pratique 1 : Immobilisation acquise en début de période
Le 01/01/2000, l’entreprise AYO achète un matériel de transport pour une valeur de
12 000 000HT amortissable au taux de 20% l’an.
1- Calculer la durée de vie de l’immobilisation et l’annuité constante
2- présenter le tableau d’amortissement
Solution : Vo = 12 000 000F ; t =20% ;
n = 5ans, a = ; VNC = VO-
Années Valeur Annuité (a) Cumul des Valeur
nette
d’origine (Vo) annuités ( )
comptable
(VNC)
31/12/2000 12 000 000 2 400 000 2 400 000 9 600 000
31/12/2001 12 000 000 2 400 000 4 800 000 7 200 000
31/12/2002 12 000 000 2 400 000 7 200 000 4 800 000
31/12/2003 12 000 000 2 400 000 9 600 000 2 400 000
31/12/2004 12 000 000 2 400 000 12 000 000 0
Cas pratique 2 : Immobilisation en cours d’exercice
Achetée le 2 janvier 2018 pour une durée de 5 ans, une machine a pris plusieurs mois
d’installation avant d’être mise en service le 2 mai 2018 et doit être amortie linéairement.
Coût d’acquisition : prix d’achat 1 192 000 TTC ; frais d’installation : 500 000 HT (hors taxe), le
taux de TVA applicable est de 18%.
Il est demandé de calculer l’annuité de 2018 et de 2019 et de présenter le tableau
d’amortissement.
Solution :
Prix d’achat HT = 1 192 000 / 1,1925 = 1 000 000
Coût d’acquisition HT : 1 000 000 + 500 000 = 1 500 000
Calcul du taux : t = 100/5 = 20%
Annuité de 2018 (8 mois) : 1 500 000 * 20% * 8/12 = 200 000
Annuité de 2019 (1an) : 1 500 000 * 20% = 300 000
Tableau : Plan d’amortissement
Année Valeur d’origine Amortissement Cumul des Valeur nette
(acquisition) amortissements comptable
2018 1 500 000 200 000 200 000 1 300 000
2019 1 500 000 300 000 500 000 1 000 000
2020 1 500 000 300 000 800 000 700 000
2021 1 500 000 300 000 1 100 000 400 000
2022 1 500 000 300 000 1 400 000 100 000
2023 1 500 000 100 000 1 500 000 0
1.2.2. Amortissement dégressif à taux décroissant
La deuxième méthode d’amortissement la plus répandue après l’amortissement linéaire est
l’amortissement dégressif à taux décroissant.
[Link]. Principe
Le mode d’amortissement à taux décroissant ou méthode SOFTY (Sum Of the Year’s digits)
consiste à amortir l’immobilisation par une suite arithmétique décroissante par l’application
d’un taux décroissant à la base amortissable. L’amortissement dégressif à taux décroissant est
utilisé lorsqu’il permet de mieux traduire le rythme de consommation des avantages
économiques attendus. Ce mode d’amortissement comptable ou économiquement justifié
conduit à une charge décroissante sur la durée d’utilité de l’immobilisation. La précision se
fait au « mois », c’est-à-dire que le mois d’acquisition est totalement pris en compte quel que
soit le jour effectif de cette acquisition.
[Link]. Taux décroissant
Le taux décroissant (TD) est obtenu en faisant le rapport entre le nombre d’années restant à
courir jusqu’à la fin de la durée d’utilité du bien et la somme des numéros d’ordre de
l’ensemble des années.
TD = Nombre d’années restant à courir jusqu’à la fin de la durée d’utilité du bien
Somme des numéros d’ordre de l’ensemble des années
[Link]. Tableau ou plan d’amortissement dégressif
Pour une durée d’utilité de 4 ans, on fait la somme des numéros d’années, soit 1+2+3+4 = 10
et en suite, on détermine les taux décroissants de la façon suivante :
Année 1 : 4/10 ; Année 2 : 3/10 ; Année 3 : 2/10 ; Année 4 : 1/10
Annuité d’amortissement = base d’amortissement * taux décroissant de l’exercice.
La base d’amortissement reste constante d’un exercice à l’autre.
Remarque : si l’on désigne par n le nombre d’années, V la valeur à amortir et p une année
quelconque, la dotation aux amortissements de l’année p s’obtient grâce à la formule
suivante :
Annuité d’amortissement = 2V (n+1-p)/n (n+1)
La suite de dotations est en progression arithmétique décroissante.
Remarque :
Une immobilisation acquise au cours du mois est réputée être acquise dès le premier
jour du mois.
La date de départ de l’amortissement dégressif est la date d’acquisition et non celle de
mise en service.
Cas pratique : une immobilisation a les caractéristiques suivantes :
Valeur d’origine (VO) = 8 000 000 F
Durée d’utilité : 8 ans
Date d’acquisition : 26 juillet 2018 (tout le mois de juillet est compté, soit 6 mois
pour l’année 2018).
Il est demandé de présenter le plan d’amortissement.
Solution : Annuité d’amortissement = Base d’amortissement * taux décroissant de l’exercice.
Exercice Base Taux Annuité Cumul Valeur
amortissa d’amortisseme d’amortisseme d’amortissem nette
ble nt nt ent comptable
2018 8 000 000 7,5/32 1 875 000 1 875 000 6 125 000
2019 8 000 000 6,5/32 1 625 000 3 500 000 4 500 000
2020 8 000 000 5,5/32 1 375 000 4 875 000 3 125 000
2021 8 000 000 4,5/32 1 125 000 6 000 000 2 000 000
2022 8 000 000 3,5/32 875 000 6 875 000 1 125 000
2023 8 000 000 2,5/32 625 000 7 500 000 500 000
2024 8 000 000 1,5/32 375 000 7 875 000 125 000
2025 8 000 000 0,5/32 125 000 8 000 000 0
1.2.3. Amortissements dégressif fiscal
L’amortissement dégressif fiscal ou décroissant est un mode plus rapide que le
système linéaire. L’amortissement est calculé sur la base de la durée de vie du bien.
Le taux dégressif fiscal à appliquer est obtenu en appliquant au taux
d’amortissement constant un coefficient ainsi que le tableau suivant :
Années(n) Coefficient
3- 4 1,5
5- 6 2
+6 ans 2,5
[Link]. Principe
Que l’immobilisation soit acquise en début ou en fin d’exercice, le nombre de ligne
du tableau est égal à la durée de vie de l’immobilisation. Lorsque l’immobilisation
est acquise en cours d’exercice, seule la première année est calculée au prorata
temporis, le reste des années est calculé sur un an.
Cas pratique : L’entreprise NGOUANE acquiert le 1er janvier 2015 une
immobilisation pour une valeur de 5 000 000FCFA amortissable pendant 5ans.
Calculer le taux dégressif et présenter le tableau d’amortissement dégressif.
Solution : VO = 5 000 000 ; n = 5 ans ;
t = 100/n ; taux constant = 100/5 = 2O% ; taux dégressif = taux constant * coefficient = 20 * 2
taux dégressif = 40%
Tableau d’amortissement
TC TD TR Années Valeur Annuité Cumul des Valeur nette
annuités comptable
d’origine (a)
(VNC)
( )
(Vo)
20% 40% 40% 31/12/2015 5 000 000 2 000 000 2 000 000 3 000 000
25% 40% 40% 31/12/2016 3 000 000 1 200 000 3 200 000 1 800 000
33,33% 40% 40% 31/12/2017 1 800 000 720 000 3 920 000 1 080 000
50% 40% 50% 31/12/2018 1 080 000 540 000 4 460 000 540 000
100% 40% 100% 31/12/2019 540 000 540 000 5 000 000 0
Annuité d’amortissement 1ère année = 5 000 000 * 40% = 2 000 000
Annuité d’amortissement 2e année = 3 000 000 * 40% = 1 200 000
Annuité d’amortissement 3e année = 1 800 000 * 40% = 720 000
Annuité d’amortissement 4e année = 1 080 000 * 50% = 540 000
Annuité d’amortissement 5e année = 540 000 * 100% = 540 000
Cas pratique 2 : Le 1er Avril 2016 NYSSE fait l’acquisition d’un mobilier de bureau
amortissable pendant 5 ans, valeur nominale 10 000 000F, calculer le taux dégressif et
présenter le tableau d’amortissement.
Solution : VO = 10 000 000 ; n = 5 ans ;
t = 100/n ; taux constant = 100/5 = 2O% ; taux dégressif = taux constant * coefficient = 20 * 2
taux dégressif = 40% ; décompte de l’année 2016 (du mois d’avril au mois décembre 2016)
nous avons 9 mois.
TC TD TR Années Valeur Annuité ( ) Valeur nette
comptable
d’origine (a)
(VNC)
(Vo)
20% 40% 40% 31/12/2016 10 000 000 3 000 000 3 000 000 7 000 000
25% 40% 40% 31/12/2017 7 000 000 2 800 000 5 800 000 4 200 000
33,33% 40% 40% 31/12/2018 4 200 000 1 680 000 7 480 000 2 520 000
50% 40% 50% 31/12/2019 2 520 000 1 260 000 8 740 000 1 250 000
100% 40% 100% 31/12/2020 1 250 000 1 250 000 10 000 000 0
Annuité d’amortissement 1ère année = 10 000 000 * 9*40/ 1200 = 3 000 000
Annuité d’amortissement 2e année = 7 000 000 * 40% = 2 800 000
Annuité d’amortissement 3e année = 4 200 000 * 40% = 1 680 000
Annuité d’amortissement 4e année = 1 680 000 * 50% = 1 260 000
Annuité d’amortissement 5e année = 1 260 000 * 100% = 1 260 000
1.2.4. Autres méthodes d’amortissement
Parmi les autres méthodes d’amortissement, on peut citer :
[Link]. Amortissements déterminés par expertise
Ici, la valeur actuelle est déterminée par expertise et la dépréciation est obtenue par la
différence entre la valeur comptable et la valeur déterminée en expertise. Ce mode
d’amortissement n’est pas connu du grand public.
[Link]. Amortissement par unités d’œuvre
Ce mode d’amortissement consiste à repartir le montant amortissable en fonction d’unités
d’œuvre qui peuvent être le nombre de produits fabriqués, le nombre de kilomètres
parcourus, le nombre d’heures de fonctionnement d’une machine, nombre d’heures de
travail, etc.
L’annuité d’amortissement est obtenue en multipliant la base d’amortissement par le rapport
entre le nombre d’unités d’œuvre consommées pendant l’exercice et le nombre total d’unités
d’œuvre prévues.
Annuité d’amortissement = base amortissable * Nombre d’unités d’œuvre consommées
Total d’unités d’œuvre prévue
Le nombre total d’unités d’œuvre prévues est déterminé en fonction de la durée d’utilité de
l’immobilisation.
Cas pratique : un camion ayant coûté 60 000 000 F doit parcourir selon le fabriquant 100 000
km. Les prévisions d’utilisation sont les suivantes :
1ere année : 35 000 km
2e année : 10 000 km
3e année : 15 000 km
4e année : 20 000 km
5e année : 20 000 km
Il est demandé de présenter le plan d’amortissement.
Solution :
Détermination du temps d’usage : 35 000 + 10 000 + 15 000 + 20 000 + 20 000 = 100 000 km
Calcul de l’usure au km : 60 000 000 /100 000 = 600
Les annuités d’amortissement sont calculées comme suit :
Amortissement 1ère année = 35 000 * 600 = 21 000 000
Amortissement 2e année = 10 000 * 600 = 6 000 000
Amortissement 3e année = 15 000 * 600 = 9 000 000
Amortissement 4e année = 20 000 * 600 = 12 000 000
Amortissement 5e année = 20 000 * 600 = 12 000 000
Plan d’amortissement
Années Valeur Amortissements Cumul Valeur nette
d’origine d’amortissement comptable
1 60 000 000 21 000 000 21 000 000 39 000 000
2 60 000 000 6 000 000 27 000 000 33 000 000
3 60 000 000 9 000 000 36 000 000 24 000 000
4 60 000 000 12 000 000 48 000 000 12 000 000
5 60 000 000 12 000 000 60 000 000 0
[Link]. Amortissements croissants
Dans la méthode d’amortissement croissant, la dépréciation est d’autant plus importante
que l’immobilisation est ancienne. Par conséquent, les annuités sont calculées à partir des
taux croissants déterminés par expérience et appliqués sur la valeur d’acquisition.
Cas pratique : soit une immobilisation acquise à 100 000 000 et amortie selon les taux
croissants ci-dessous sur 4 ans : 15%, 20%, 30% et 35%
Il est demandé de présenter le tableau d’amortissement.
Solution : Plan d’amortissement croissant
Années Valeur Taux Amortissements Valeur nette
d’origine comptable
1 100 000 000 15% 15 000 000 85 000 000
2 100 000 000 20% 20 000 000 65 000 000
3 100 000 000 30% 30 000 000 35 000 000
4 100 000 000 35% 35 000 000 0
[Link]. Amortissements décroissants
L’amortissement décroissant répond à la constatation inverse de la précédente. Cet
amortissement peut se faire soit avec un taux constant soit avec un taux décroissant. En
ce qui concerne les amortissements décroissants avec un taux décroissant, la base des
calculs est inchangée et correspond à la valeur d’origine (VO) ; par contre, pour les
amortissements décroissants avec taux constant, il s’agit du système dégressif décrit
précédemment.
Cas pratique : soit une immobilisation acquise à 100 000 et amortie selon la méthode
d’amortissement décroissant. Il est demandé de présenter le pan d’amortissement dans
les hypothèses suivantes des taux décroissants : 35%, 30%, 20%, 15%.
Solution : plan d’amortissement décroissant (taux décroissant)
Années Valeur Taux Amortissements Valeur nette
d’origine comptable
1 100 000 35% 35 000 65 000
2 100 000 30% 30 000 35 000
3 100 000 20% 20 000 15 000
4 100 000 15% 15 000 0
1.2.5. Amortissements spéciaux
L’amortissement linéaire représente l’amortissement minimum exigé par le fisc. En effet, si le
fisc peut parfois autoriser à dépasser l’amortissement linéaire, il ne tolère pas qu’on soit en
dessous de ce dernier, raison pour laquelle à la fin de chaque année, le cumul des
amortissements comptabilisés doit toujours être supérieur au cumul des amortissements
linéaires. En matière d’amortissements spéciaux, on fait référence aux amortissements
dérogatoires, aux amortissements des terrains ou aux amortissements différés.
[Link]. Amortissements dérogatoires
a) Principe
L’amortissement dérogatoire ne correspond pas à une dépréciation. C’est pourquoi, il est noté
au crédit du compte 151 pour ne pas fausser les valeurs d’actif du bilan. On peut donc dire
que l’amortissement dérogatoire est le surplus de l’amortissement fiscal sur l’amortissement
Comptable.
Cas pratiques : Soit un matériel acheté à 1 000 000 et de durée de vie de 5ans. Par mesure
d’encouragement, le fisc autorise exceptionnellement pour ce matériel un taux
d’amortissement de 50%. Il est demandé d’enregistrer la première annuité d’amortissement.
Solution :
Amortissement comptable : 1 000 000 / 5 = 200 000
Amortissement fiscal : 1 000 000/2 = 500 000
Amortissement dérogatoire : 500 000 – 200 000 = 300 000
Ecriture comptable :
681 Dotations aux amortissements d’exploitation 200 000
852 Dotations aux amortissements HAO 300 000
284 Amortissement du matériel 200 000
151 Amortissement dérogatoire 300 000
b) Traitement comptable des amortissements dérogatoires
En cas d’amortissements dérogatoires, c’est-à-dire de différence entre l’amortissement fiscal
et l’amortissement technique, on passera, outre l’écriture comptable de l’amortissement
technique, celle de l’amortissement dérogatoire.
Cas pratique : Considérons un camion pour lequel on doit appliquer l’amortissement dégressif
de 25 000 mais pour lequel on a appliqué l’amortissement linéaire de 20 000, seul considéré
comme économiquement justifié. Les écritures comptables à passer sont :
6813 Dotations aux amortissements 20 000
2845 Amortissements matériel de transport 20 000
constatation
851 Dotations aux provisions règlementées 5 000
151 Amortissements dérogatoires 5 000
Constatation
Le compte amortissements dérogatoires 151 doit être soldé par le crédit du compte « 861
Reprises de provisions réglementées » en passant l’écriture comptable suivante :
151 Amortissements dérogatoires D
2845 Reprises de provisions réglementées C
En cas de cession du bien, l’amortissement dérogatoire ne peut être pris en compte pour le
calcul de la valeur comptable du bien.
[Link] Amortissements de terrains
En règle générale, le terrain n’est pas amortissable sauf dans certains cas : les terrains
d’exploitation industrielle (terrain d’extraction des matières premières, carrières de sable)
ainsi que les terrains agricoles et forestiers. En effet, les terrains d’exploitation ne sont pas
amortissables tant qu’ils ne sont pas exploités ; mais dès qu’ils le sont, il conviendra de les
amortir.
S’agissant des terrains d’exploitation industrielle, il faut au préalable, distinguer le tréfonds du
gisement. Le tréfonds représente la valeur du terrain après exploitation. Le coût d’acquisition
du terrain doit comprendre le prix d’acquisition et les dépenses nécessaires pour exploitation
(défrichement, creusage, etc.). Seul le gisement est amortissable. Le tréfonds ne l’est pas.
L’annuité d’amortissement calcule comme suit :
Annuité = [(coût d’acquisition terrain – tréfonds)/volume du gisement] * volume exploité.
Cas pratique : Monsieur ZE a acquis une carrière de sable pour 108 000 000 F pour un gisement
évalué à 100 000 tonnes. Après épuisement de la carrière, le terrain vaudra 5 000 000 F. M.
ZE a engagé, en sus, les dépenses suivantes : enlèvement des souches 3 000 000 F, enlèvement
des couches stériles 1 500 000 F, aménagement des postes d’exploitation 7 500 000 F. La 1ère
année 850 tonnes de sable ont été extraites.
Il est demandé de calculer l’annuité et de passer les écritures comptables.
Solution :
Coût d’acquisition : (108 000 000 + 3 000 000 + 1 500 000 + 7 500 000) = 120 000 0000
F
Annuité = [(120 000 000 – 5 000 000)/100 000] * 850 = 977 500
Ecriture comptable :
6813 Dotations aux amortissements des IC 977 500
2825 Amortissement des terrains de gisement 977 500
[Link]. Amortissement des biens d’occasion et des biens acquis à l’expiration d’un contrat
de crédit-bail
Les biens d’occasion ou les biens acquis à l’expiration du contrat de crédit-bail (location –
financement) sont amortis sur la durée de vie restante à compter de la date d’acquisition.
Les biens donnés en location d’exploitation sont amortis chez le bailleur sur la durée normale
d’utilisation alors que le locataire n’aura aucun amortissement à pratiquer.
1.3 Comptabilisation des amortissements
Il s’agit de traduire en termes d’écritures comptables la dépréciation subie par l’actif
immobilisé. Une dotation aux amortissements est constatée à la fin de l’exercice comptable.
1.3.1. Dotations aux amortissements comptables normaux 68
La constatation comptable de l’amortissement comptable normal se fait par une écriture
comptable qui consiste à débiter un compte de charge non décaissée (dotation) et à créditer
un compte d’amortissement (actif immobilisé). L’amortissement comptable, qu’il soit linéaire
ou dégressif, est enregistré au débit du compte « 68 Dotations aux amortissements ». De façon
précise, on débitera le compte « 681 Dotations aux amortissements d’exploitation » lorsqu’il
s’agit d’immobilisation corporelle ou incorporelle destinée à l’activité courante ou le compte
« 687 Dotations aux amortissements financiers » lorsqu’il s’agit de primes de remboursement.
On créditera les comptes « 28 Amortissements » s’il s’agit des immobilisations corporelles ou
incorporelles.
68 Dotations aux amortissements Montant de l’annuité
28 Amortissement Montant de l’annuité
1.3.2. Dotations aux amortissements HAO (852)
De tels amortissements sont constatés à la suite des évènements imprévisibles qui affectent
les immobilisations (destruction accidentelle, inondation, volcan, tremblement de terre, etc.)
ou à cause de la restructuration de l’entreprise. A cet effet, le compte « 852 Dotations aux
amortissements HAO » est débité par le crédit du compte 28.
852 Dotations aux amortissements HAO Montant de
28 Amortissement l’annuité Montant de
l’annuité
Cas pratique : Une voiture acquise le 02/02/2018 au prix de 12 000 000 F a été mise en service
le 01/04 de la même année et doit servir pendant 5 ans, la méthode d’amortissement
dégressif à taux décroissant est appliquée.
Il est demandé de présenter le plan d’amortissement de cette voiture et de comptabiliser
l’amortissement du 31/12/2019.
Solution :
1) plan d’amortissement
Années Base Taux Amortissement VNC
2018 12 000 000 5/15 4 000 000 8 000 000
2019 12 000 000 4/15 3 200 000 4 800 000
2020 12 000 000 3/15 2 400 000 2 400 000
2021 12 000 000 2/15 1 600 000 800 000
2022 12 000 000 1/15 800 000 0
2) Comptabilisation
31/12/2019
6813 Dotations aux amortissements des IC 3 200 000
2845 Amortissement du matériel de transport 3 200 000
Dotation de l’exercice 2019
1.3.3. Reprises d’amortissement 798/862
Elles sont consécutives à une révision du plan d’amortissement et consistent à annuler
partiellement les amortissements antérieurement constatés. La comptabilisation d’une
reprise d’amortissement ordinaire consiste à débiter le compte 28 et à créditer les comptes
« 7981 Reprises d’amortissements d’exploitation » ou « 7987 Reprises d’amortissements à
caractère financier » pour le montant des amortissements à annuler.
28 Amortissement Amortissement à
annuler Amortissement à
798 Reprises d’amortissements annuler
Lorsqu’il s’agit d’un amortissement HAO, on débite le compte 28 par le crédit du compte « 862
Reprises d’amortissements HAO ».
28 Amortissement Amortissement à
annuler Amortissement à
862 Reprises d’amortissements HAO annuler
Section 2 : Sortie des immobilisations du patrimoine
La sortie des immobilisations du patrimoine suit un enregistrement particulier qui est le plus
souvent non respecté au moment où l’immobilisation sort du patrimoine. C’est pour cette
raison qu’en fin d’exercice, il faut procéder à la régularisation des différentes sorties
d’immobilisation effectuées en cours d’exercice. La sortie d’une immobilisation du
patrimoine peut résulter :
D’une cession ;
D’un échange ;
D’une mise au rebut ;
D’une destruction accidentelle.
2.1. Cession d’immobilisation
Elle consiste à vendre un bien de durée de vie supérieure à 1 an, bien amortissable ou
non. Le concept de cession est utilisé à la place de vente car l’entreprise n’existe pas
pour vendre ses actifs immobilisés.
2.1.1. Cession d’immobilisation non amortissable
Il s’agit des éléments tels que le terrain (excepté les carrières et les mines), les titres de
participation ou toutes autres immobilisations non amortissables. L’enregistrement de la
cession de telles immobilisations se fait en deux phases :
a) La constatation de la sortie de l’immobilisation du patrimoine.
Ace niveau le compte « 81 Valeurs comptables des cessions d’immobilisation » sera
débité par le crédit du compte d’immobilisation concernée à sa valeur d’origine.
81 Valeurs comptables des cessions d’immobilisation VO
2 Immobilisation VO
Constatation de la sortie de l’immobilisation
b) La cession proprement dite est comptabilisée
L’écriture suivante est passée :
414/485/5 Pcttc
754/82 Pcht
443 TVA
Avec Pcttc = prix de cession toutes taxes comprises ; pcht = prix de cession hors taxes ;
pcttc =pcht + TVA.
2.1.2. Cession d’immobilisations amortissables
Elle s’enregistre en quatre étapes :
1) Dotation de l’amortissement complémentaire
Lorsque la cession a eu lieu en cours d’un exercice comptable et que le dernier
amortissement a été pratiqué à la fin de l’exercice précédent, on doit d’abord constater la
dépréciation de l’exercice en cours en considérant le moment où le bien est cédé. On
débite le compte « 68 Dotations aux amortissements » par le crédit du compte « 28
Amortissements » du montant des amortissements complémentaires.
2) Annulation des amortissements
On annule tous les amortissements appliqués sur l’immobilisation en question, depuis la
date d’acquisition ou de mise en service jusqu’à la date de cession (amortissement
antérieur + amortissement complémentaire).
3) Sortie de l’immobilisation du patrimoine
A ce niveau, le compte 654/81 doit être débité par le crédit du compte d’immobilisation
concerné à sa valeur d’origine (valeur d’acquisition). Ce faisant, on respecte le principe du
coût historique.
4) Constatation de la cession
Même écriture que dans le cas des immobilisations non amortissables. Il est à noter que
l’annulation des amortissements et la sortie des immobilisations du patrimoine peuvent
s’enregistrer en une seule écriture comptable appelée écriture comptable récapitulative.
Cas pratique : valeur d’acquisition du matériel 1 800 000 F, amortissement constaté 1 1140
000 F, amortissement complémentaire de 180 000 F. L’entreprise a reçu un chèque de
1 192 500 devant être réglé dans 3 mois, prix de vente étant TTC. (TVA 19,25%).
Il est demandé de passer les écritures comptables de cession.
681 Dotations aux amortissements d’exploitation 180 000
284 Amortissement du matériel 180 000
Dotation complémentaire
284 Amortissement du matériel 1320 000
812 Valeurs comptables des cessions d’IC 1 320 000
Annulation des amortissements
81 Valeurs comptables de cessions 1800 000
24 Matériel 1 800 000
Décomptabilisation de l’immobilisation
513 Chèques à encaisser 1192 500
82 Produits des cessions d’immobilisation 1 000 000
443 Etat, TVA facturée sur ventes 192 500
Cession proprement dite
Remarque : il peut arriver que la cession d’immobilisation soit récurrente, dans ce cas, le
compte « 654 Valeurs comptables des cessions courantes d’immobilisations » ; le compte
« 82 Produits des cessions d’immobilisation » par le compte « 754 Produits des cessions
courantes d’immobilisations » ; le compte « 485 créances sur cessions d’immobilisations »
par le compte « 414 Créances sur cessions d’immobilisations » par le compte « 414
Créances sur cessions d’immobilisation ».
En reprenant l’application précédente et en considérant que la cession des
immobilisations est une activité récurrente, les écritures comptables de cession
deviennent :
6813 Dotations aux amortissements des IC 180 000
284 Amortissement du matériel 180 000
Dotation complémentaire
284 Amortissement du matériel 1320 000
654 Valeurs comptables des cessions c d’I. 1 320 000
Annulation des amortissements
654 Valeurs comptables de cessions courantes d’I. 1800 000
24 Matériel 1 800 000
Décomptabilisation de l’immobilisation
513 Chèques à encaisser 1192 500
754 Produits des cessions d’immobilisation 1 000 000
443 Etat, TVA facturée sur ventes 192 500
Cession proprement dite
2.2. Echange des immobilisations
Il consiste à la cession de l’immobilisation ancienne à l’entité auprès de laquelle on
acquiert une nouvelle. Sur le plan comptable, cette opération nécessite un double
enregistrement : on comptabilise d’abord la cession de l’ancienne immobilisation puis
l’acquisition de la nouvelle immobilisation. Ces opérations doivent évidemment tenir
compte de la TVA tant pour la cession que l’acquisition. La cession et l’acquisition étant
faite par une même personne, il sera question de calculer la soulte qui représente la
différence entre le prix d’acquisition de la nouvelle et le prix de reprise de l’ancienne
immobilisation.
Soulte = prix de la nouvelle immobilisation TTC – valeur de reprise de l’ancienne TTC.
Deux situations sont possibles : soit la soulte est versée par l’entreprise, soit elle versée à
l’entreprise.
2.2.1. Comptabilisation de la soulte lorsque la soulte est versée par l’entreprise
Dans ce cas, la valeur de la nouvelle immobilisation est supérieure à la valeur de reprise
de l’ancienne. La comptabilisation se fera en plusieurs phases :
68 Dotations aux amortissements D
28 Amortissement C
Constatation de l’amortissement complémentaire
28 Amortissement D
81 Valeurs comptables des cessions d’immobilisation C
Annulation des amortissements
(annuité d’amortissement + amortissement
complémentaire)
81 Valeurs comptables des cessions d’immobilisation D
2… Immobilisation ancienne C
Sortie de l’ancienne immobilisation du patrimoine
(valeur d’origine de l’immobilisation)
414/485/5 Pcttc
754/82 VNC
443 TVA
Constatation de la cession proprement dite
2 L’immobilisation entrante Vo ht
445 Etat, TVA récupérable TVA
414/485 Ttc
5 soulte
Constatation de l’acquisition de la nouvelle
2.2.2. Comptabilisation d’échange lorsque la soulte est versée à l’entreprise
Dans ce cas, la valeur de reprise de l’ancienne immobilisation est supérieure à la valeur
d’acquisition de la nouvelle. Toutes les étapes décrites dans le premier cas restent valables
ici, sauf l’étape de l’acquisition proprement dite.
L’écriture devient :
68 Dotations aux amortissements D
28 Amortissement C
Constatation de l’amortissement complémentaire
28 Amortissement D
81 Valeurs comptables des cessions d’immobilisation C
Annulation des amortissements
(annuité d’amortissement + amortissement
complémentaire)
81 Valeurs comptables des cessions d’immobilisation D
2… Immobilisation ancienne C
Sortie de l’ancienne immobilisation du patrimoine
(valeur d’origine de l’immobilisation)
414/485/5 Pcttc
754/82 VNC
443 TVA
Constatation de la cession proprement dite
2 L’immobilisation entrante Vo ht
445 Etat, TVA récupérable TVA
485 Créances sur cessions d’immobilisation Ttc
5 Compte de trésorerie soulte
Constatation de l’acquisition de la nouvelle
Cas pratique : Au 31 décembre 2020, on lit, à partir de l’état des immobilisations (état
conçu avant inventaire) : amortissements constitués 249 000 000 F. Ce matériel a été
acquis le 01/01/2015 amortissable linéairement sur 10 ans. Il a été changé le 31/03/2020
contre un autre plus performant et un chèque de 178 875 000 F a été remis par l’entité au
vendeur. L’ancien matériel est repris à sa VNC TTC (TVA de 19,25%).
Travail à faire :
Déterminer la valeur d’origine et la valeur nette comptable
Passer les écritures comptables de l’échange du 31 mars.
Solution :
Calcul de la VO : 249 000 000 = VO*10*5/100, VO = 249 000 000/0,5 = 498 000 000
Amortissement complémentaire : 498 000 000 *10% *3/12 = 12 450 000
Calcul de la VNC : 498 000 000 – (249 000 000 + 12 450 000) = 236 550 000
Prix de reprise de l’ancien matériel TTC : VNC + (VNC * TVA) = 236 550 000 +
(236 550 000 * 19,25%) = 282 085 875
Ecriture comptable :
681 Dotations aux amortissements d’exploitation 12 450 000
2841 Amortissements du matériel et outillage industriel 12 450 000
Constatation de l’amortissement complémentaire
2841 Amortissements du matériel et outillage industriel 261 450 000
81 Valeurs comptables des cessions d’immobilisation 261 450 000
Annulation des amortissements
(annuité d’amortissement + amortissement
complémentaire)
81 Valeurs comptables des cessions d’immobilisation 498 000 000
2411 Matériel industriel 498 000 000
Sortie de l’ancienne immobilisation du patrimoine
(valeur d’origine de l’immobilisation)
485 Créances sur cessions d’immobilisation 282 085 875
82 Produits des cessions d’immobilisation 236 550 000
4431 Etat TVA facturée sur vente 45 535 875
Constatation de la cession proprement dite
24 Matériel 386 550 000
445 Etat, TVA récupérable sur achats 74 410 875
485 Créances sur cessions d’immobilisation 282 085 875
52 Banques 178 875 000
Constatation de l’acquisition de la nouvelle