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436-Texte de L'article-983-1-10-20250110

Cet article analyse les déterminants de l'insécurité humaine et leurs impacts socio-économiques dans les camps de déplacés à Goma entre 2019 et 2024, en mettant en évidence des facteurs tels que les conflits armés, la pauvreté et la gouvernance faible. Les résultats indiquent une augmentation de la pauvreté, une déscolarisation accrue et des tensions sociales, soulignant la nécessité d'une approche globale pour atténuer ces conséquences. L'étude vise à orienter les politiques publiques et les interventions humanitaires en tenant compte des réalités socio-économiques locales.

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Cet article analyse les déterminants de l'insécurité humaine et leurs impacts socio-économiques dans les camps de déplacés à Goma entre 2019 et 2024, en mettant en évidence des facteurs tels que les conflits armés, la pauvreté et la gouvernance faible. Les résultats indiquent une augmentation de la pauvreté, une déscolarisation accrue et des tensions sociales, soulignant la nécessité d'une approche globale pour atténuer ces conséquences. L'étude vise à orienter les politiques publiques et les interventions humanitaires en tenant compte des réalités socio-économiques locales.

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Déterminants de l'insécurité humaine et conséquences socio-

économiques dans les camps des déplacés à Goma


De 2019 à 2024

NDAGIJIMANA HABIMANA Évariste *


BARAKA NZABONABAMPA Bernardin**
Résumé
Cet article examine les déterminants de l'insécurité humaine et leurs impacts
socio-économiques dans les camps des déplacés à Goma, située dans l'Est de la
République Démocratique du Congo, sur la période 2019-2024. À travers une approche
mixte combinant enquêtes, observations de terrain et analyses de données secondaires,
les résultats montrent que l'insécurité humaine est principalement alimentée par les
conflits armés, la gouvernance faible, la pauvreté, et la pression démographique. Ces
facteurs interagissent pour produire des impacts significatifs, notamment une
augmentation de la pauvreté, une déscolarisation accrue, une dégradation de la santé
publique, et des tensions sociales. L’étude met en évidence la nécessité d’une approche
globale pour répondre aux causes structurelles de l'insécurité humaine et atténuer ses
conséquences. Ces résultats contribuent à la compréhension des dynamiques complexes
de l'insécurité humaine dans les zones de crise et offrent des pistes pour des interventions
adaptées.
Mots-clés : Insécurité humaine, Conflits armés, Pauvreté, Gouvernance faible.

Abstract
This article examines the determinants of human insecurity and their socio-
economic impacts in displacement camps in Goma, located in the eastern part of the
Democratic Republic of Congo, during the period from 2019 to 2024. Through a mixed-
methods approach combining surveys, field observations, and secondary data analysis,
the results show that human insecurity is primarily driven by armed conflicts, weak
governance, poverty, and demographic pressure. These factors interact to produce

*
Assistant à l’Institut Supérieur Pédagogique – ISP – de Kinyatsi, E-mail : [email protected],
Téléphone : +243 9 97 29 36 35.
** Assistant à l’Institut Supérieur Pédagogique – ISP – de Goma, E-mail : [email protected],
Téléphone : +243 89 78 08 820, +243 97 39 88 792.
242 (2024), Ann.Unigom, XIV, Numéro 2, …

significant impacts, including increased poverty, rising school dropout rates, public health
deterioration, and social tensions. The study highlights the need for a comprehensive
approach to address the structural causes of human insecurity and mitigate its
consequences. These findings contribute to the understanding of the complex dynamics
of human insecurity in crisis zones and offer insights for tailored interventions.
Keywords: Human insecurity, Armed conflicts, Poverty, Weak governance.

1. Introduction

L'insécurité humaine est une problématique majeure dans la ville de Goma,


exacerbée par des conflits armés prolongés, des crises humanitaires récurrentes et une
gouvernance instable. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)
définit l'insécurité humaine comme une situation où les individus vivent dans la crainte
constante pour leur sécurité physique, économique ou sociale (PNUD, 1994). En effet, le
Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a introduit en 1994 une
conception élargie de la sécurité humaine, qui dépasse la perspective traditionnelle
centrée sur l’État. Cette approche vise à protéger les individus contre un éventail de
menaces susceptibles de compromettre leur survie, leur bien-être et leur dignité. Dans
cette optique, le PNUD identifie sept dimensions principales de la sécurité humaine : la
sécurité économique, visant à garantir un revenu minimum et des moyens de subsistance
stables ; la sécurité alimentaire, qui assure un accès régulier à une nourriture suffisante et
nutritive ; la sécurité sanitaire, axée sur la prévention des maladies et l’accès aux soins et
la sécurité environnementale, essentielle pour préserver un environnement sain et résilient
face aux désastres écologiques.
Les autres dimensions incluent la sécurité personnelle, centrée sur la protection
contre la violence physique ; la sécurité communautaire, qui vise à maintenir l’intégrité
culturelle et à prévenir les tensions interethniques et la sécurité politique, fondamentale
pour garantir le respect des droits humains et des libertés fondamentales. Cette vision
holistique met en évidence l’interconnexion entre ces dimensions et la manière dont la
vulnérabilité dans un domaine peut affecter d’autres aspects de la vie humaine.
Parallèlement, une conception plus étroite de la sécurité humaine, également mise en
avant par le PNUD, se focalise sur la protection des individus contre la violence directe,
Ndagijimana Habimana Évariste, Déterminants de l'insécurité humaine ... 243

notamment les conflits armés, le terrorisme et la criminalité. Elle insiste sur l’importance
de prévenir les menaces immédiates à l’intégrité physique des personnes, en se
concentrant sur la sécurité physique et la protection contre les abus.
L’insécurité humaine, qu’elle soit abordée de manière large ou étroite, engendre
des conséquences majeures sur les plans social et économique. Sur le plan social, elle
peut provoquer une désintégration communautaire, en érodant la confiance et la cohésion
sociale. Elle conduit également à des déplacements forcés massifs, créant des crises
humanitaires et accentuant les tensions dans les zones d’accueil. De plus, l’insécurité
humaine entrave l’accès à des services sociaux essentiels comme l’éducation et la santé,
compromettant ainsi le développement humain.
Sur le plan économique, l’insécurité humaine décourage les investissements,
freine la croissance économique et aggrave la pauvreté. Les conflits et les catastrophes
détruisent les infrastructures vitales, augmentant les coûts de reconstruction. Enfin,
l’insécurité humaine économique et alimentaire prive de nombreux individus de revenus
stables, exacerbe les inégalités et limite les opportunités d’amélioration des conditions de
vie.
Entre 2019 et 2024, la ville a connu une intensification des conflits dans les
territoires voisins, entraînant un afflux massif de personnes déplacées internes (PDI) et
une pression accrue sur les infrastructures urbaines (OCHA, 2023). Cet article vise à
identifier les principaux déterminants de cette insécurité humaine et à évaluer leurs
impacts socio-économiques sur la population.
Goma a une histoire marquée par des cycles de violence et des catastrophes
naturelles, qui ont façonné sa dynamique socio-économique actuelle. Depuis les années
1990, la ville est un centre de coordination pour les opérations humanitaires en raison de
sa proximité avec les zones de conflit. Cependant, cette position stratégique en fait
également une cible pour les groupes armés et un point de transit pour le commerce illicite
des ressources naturelles (Pole Institute, 2021).
Sur le plan socio-économique, Goma présente une dualité frappante. D’un côté,
elle abrite une élite économique et politique dynamique, et de l’autre, une majorité de la
population vit sous le seuil de pauvreté (65 %, selon INS, 2022). Les infrastructures
insuffisantes et l’afflux constant de PDI aggravent cette situation, augmentant la demande
244 (2024), Ann.Unigom, XIV, Numéro 2, …

en logements, en services de santé, et en éducation, tout en exacerbant les tensions


sociales.
Depuis plusieurs décennies, la ville de Goma, située dans la province du Nord-
Kivu, en République Démocratique du Congo (RDC), est confrontée à de multiples crises
sécuritaires, humanitaires et économiques. En tant que ville frontalière et capitale
provinciale, elle est une destination majeure pour les populations déplacées par les
conflits armés dans les territoires voisins tels que Rutshuru, Masisi et Beni. Chaque année,
des milliers de Personnes Déplacées Internes (PDI) arrivent à Goma, mettant une pression
immense sur ses infrastructures et services de base (HCR, 2023).
L’insécurité humaine, introduite par le PNUD en 1994, englobe une gamme de
menaces à la sécurité physique, économique et sociale des individus. Contrairement à la
sécurité d’État, l’insécurité humaine met l'accent sur le bien-être des populations. À
Goma, elle se manifeste par l’instabilité politique, les activités de groupes armés et
l’incapacité des autorités locales à répondre efficacement aux besoins croissants de la
population (PNUD, 2023). Environ 45 % des habitants de Goma sont des déplacés ou des
migrants de première ou deuxième génération (IOM, 2024), illustrant les défis de
résilience dans un environnement de vulnérabilités complexes.
L'insécurité humaine à Goma repose sur des facteurs complexes et
interdépendants. Ces éléments interagissent pour exacerber les vulnérabilités socio-
économiques des habitants. Il est essentiel de comprendre comment ces facteurs
influencent la stabilité de la ville, en tenant compte de leur impact combiné sur les
conditions de vie des populations locales. L’hypothèse sous-jacente est que ces
déterminants, agissant de manière structurelle et conjoncturelle, sont les moteurs clés de
l’insécurité humaine dans cette région.
L’insécurité humaine à Goma génère des impacts socio-économiques significatifs.
Ces conséquences affectent profondément les conditions de vie des habitants, créant un
cercle vicieux de précarité. Il est hypothétisé que les effets de l’insécurité humaine se
traduisent par une détérioration générale des opportunités économiques et sociales,
menaçant durablement le développement de la ville.
Pour faire face à cette problématique, une approche intégrée est indispensable. Une
collaboration étroite entre les acteurs locaux, nationaux et internationaux est nécessaire
pour remédier aux causes structurelles de l’insécurité humaine et atténuer ses impacts à
Ndagijimana Habimana Évariste, Déterminants de l'insécurité humaine ... 245

long terme. Cette stratégie doit inclure des interventions axées sur le renforcement de la
gouvernance, la stabilisation des populations déplacées et l’amélioration des opportunités
économiques. L’hypothèse sous-jacente est qu’une mobilisation coordonnée des
ressources et des parties prenantes peut réduire efficacement l’insécurité humaine et
améliorer les conditions de vie des habitants de Goma.
Cet article poursuit les objectifs suivants :
 Relever les déterminants de l’insécurité humaine dans la ville de Goma ;
 Cerner les conséquences de l’insécurité humaine à Goma ;
 Proposer des recommandations pratiques pour améliorer la sécurité humaine et le
développement socio-économique.
Entre 2019 et 2024, plusieurs événements ont contribué à l'aggravation de l'insécurité
humaine à Goma :
o Les attaques des groupes armés (M23, ADF) ont entraîné des déplacements
massifs et des pertes humaines considérables (OCHA, 2023).
o L'éruption du volcan Nyiragongo en mai 2021 a causé des destructions
importantes et des déplacements temporaires (Observatoire Volcanologique de Goma,
2021).
o La pandémie a accentué les inégalités, exposant les faiblesses du système de santé
et perturbant les activités économiques (OMS, 2022).
La nécessité de cette recherche repose sur l’importance de comprendre les causes
profondes et les implications de l’insécurité humaine dans une ville stratégique comme
Goma. Alors que de nombreux rapports se concentrent sur les aspects humanitaires ou
militaires, peu d’études adoptent une perspective intégrée combinant les déterminants de
l’insécurité humaine et leurs conséquences socio-économiques.
Cette étude vise à fournir des informations précieuses pour orienter les politiques
publiques et les interventions humanitaires. Comprendre les moteurs de l’insécurité
humaine à Goma permettra d’élaborer des stratégies de stabilisation plus efficaces, en
tenant compte des réalités socio-économiques locales. De plus, cette recherche comble
une lacune dans la littérature académique, en mettant l'accent sur les réalités urbaines de
l’insécurité humaine, souvent sous-examinées. Enfin, l’impact de l’insécurité humaine
sur la vie quotidienne des habitants, notamment en termes de pauvreté, de déscolarisation
et de marginalisation économique, nécessite une attention particulière.
246 (2024), Ann.Unigom, XIV, Numéro 2, …

Cette étude apporte une contribution significative à la compréhension de l’insécurité


humaine dans un contexte urbain complexe comme celui de Goma. Sa principale
originalité réside dans son approche holistique, qui intègre à la fois les dimensions
politiques, économiques et sociales de l’insécurité humaine. Contrairement aux études
existantes, qui se concentrent souvent sur des aspects spécifiques (conflits armés ou
réponses humanitaires), cette recherche relie les causes structurelles de l’insécurité
humaine aux impacts socio-économiques à long terme.

En incluant des perspectives locales obtenues à travers des enquêtes auprès des
résidents de Goma, cet article offre des données empiriques et contextualisées pour
éclairer les politiques publiques. Enfin, il propose des pistes pour des interventions
intégrées qui tiennent compte des dynamiques complexes de l’insécurité humaine, tout
en s’appuyant sur les spécificités locales.

2. Méthodologie
2.1. Conception de l’étude

L’étude adopte une approche mixte, combinant des méthodes qualitatives et quantitatives
pour une compréhension approfondie de déterminants de l’insécurité humaine et de ses
conséquences socio-économiques à Goma. Cette approche permet de trianguler les
données collectées et d’assurer une analyse complète et contextuelle.

2.2. Collecte des données primaires

La méthodologie adoptée pour cette recherche repose principalement sur des


entretiens semi-structurés et des observations de terrain. Les entretiens ont été menés
auprès d'un échantillon de 50 participants sélectionnés de manière intentionnelle pour
refléter une diversité de perspectives. L’échantillon comprenait 20 résidents locaux issus
de quartiers affectés par l’insécurité humaine, tels que Ndosho, Mugunga et Katindo, 10
responsables locaux, dont des chefs de quartiers, des représentants de la mairie et des
acteurs impliqués dans la gestion des crises, 10 employés d’organisations humanitaires
Ndagijimana Habimana Évariste, Déterminants de l'insécurité humaine ... 247

internationales et locales, ainsi que 10 déplacés internes vivant dans des camps ou des
abris temporaires à Goma.
Pour structurer ces entretiens, une grille spécifique a été élaborée, couvrant des
thématiques essentielles comme les déterminants de l’insécurité humaine, incluant les
conflits, la pauvreté et la gouvernance, les conséquences socio-économiques telles que le
chômage, l’accès limité aux services de base et la déscolarisation, ainsi que les
perceptions des interventions menées par des acteurs locaux et internationaux. Chaque
entretien, d’une durée de 30 à 60 minutes, a été enregistré avec le consentement préalable
des participants et transcrit par la suite pour une analyse approfondie.
En complément des entretiens, des observations de terrain ont été réalisées afin de
documenter visuellement et contextuellement les conditions de vie dans les quartiers
touchés par l’insécurité humaine et dans les camps de déplacés. Ces visites ont permis
d’observer les infrastructures, les conditions de vie et les interactions communautaires
dans des zones clés, telles que les camps de Mugunga et Kanyaruchinya. Cette approche
a contribué à enrichir la compréhension des dynamiques locales et à fournir un cadre
empirique pour l’analyse des données.

2.3. Analyse des données

Les données qualitatives ont été analysées thématiquement et les données quantitatives
ont été traitées à l’aide du logiciel SPSS pour identifier des tendances clés.

1. Analyse qualitative

o Méthode : Les données des entretiens ont été codées et analysées thématiquement à
l’aide du logiciel NVivo pour identifier les tendances clés et les relations entre les
déterminants de l’insécurité humaine.
o Catégories thématiques :
 Facteurs structurels (conflits armés, faiblesse institutionnelle).
 Impacts socio-économiques (chômage, déscolarisation).
 Résilience communautaire (initiatives locales, rôle des ONG).
248 (2024), Ann.Unigom, XIV, Numéro 2, …

2. Analyse quantitative

o Logiciel : Les données quantitatives issues des bases de données et des rapports ont
été analysées avec le logiciel SPSS.
o Indicateurs clés
 Taux de pauvreté et chômage (INS, Banque mondiale).
 Nombre de déplacés internes (HCR).
 Taux de déscolarisation (UNICEF).

2.4. Présentation des données

La présentation des données regroupe les informations collectées à travers les


enquêtes, les observations sur le terrain et l’analyse des rapports secondaires. Ces données
fournissent une base empirique pour comprendre les principaux déterminants de
l'insécurité humaine et ses impacts socio-économiques à Goma.

2.4.1. Données collectées sur les déterminants de l'insécurité humaine

Facteurs de l’insécurité Participants ayant cité Impact sur les déplacés


humaine (%) (%)
Conflits armés 80 70
Gouvernance faible 65 50
Pauvreté et chômage 50 60
Pression démographique 40 80
 Sources :
o Entretiens semi-structurés : 80 % des participants ont identifié les conflits armés
comme le principal facteur d’insécurité humaine, affectant directement 70 % des
déplacés internes.
o Rapports secondaires : Les données du HCR et de l’OCHA confirment une
corrélation entre les déplacements massifs et les activités des groupes armés.
Ndagijimana Habimana Évariste, Déterminants de l'insécurité humaine ... 249

o Observations sur le terrain : Les conditions de surpeuplement dans les camps


mettent en évidence la pression démographique comme un facteur aggravant.

2.4.2. Données collectées sur les impacts socio-économiques de l’insécurité humaine


Impacts socio-économiques Population affectée (%)
Augmentation de la pauvreté 74
Déscolarisation des enfants 40
Dégradation de la santé publique 60
Tensions sociales 50
 Sources :
o Enquêtes auprès des participants : La majorité des répondants (74 %) ont signalé
une augmentation de la pauvreté en raison de la perte de revenus et de l’insécurité
humaine persistante.
o Données secondaires : Les rapports de l’UNICEF et de la Banque mondiale
confirment la hausse des taux de déscolarisation et des défis liés à la santé publique.
o Observations directes : Les infrastructures sanitaires insuffisantes et les tensions
dans les camps de Mugunga et Kanyaruchinya illustrent ces impacts.

2.5. Analyse détaillée des données

L’analyse des données s’articule autour de deux axes majeurs : l’exploration des
déterminants de l’insécurité humaine et l’évaluation des impacts socio-économiques
de cette insécurité humaine à Goma entre 2019 et 2024. Chaque résultat est analysé en
tenant compte des interactions complexes entre les facteurs identifiés, leurs impacts, et
les perceptions des populations locales.

2.5.1. Analyse des déterminants de l'insécurité humaine

1.1. Conflits armés (80 % des participants)


Les conflits armés sont cités par une majorité des répondants comme la principale cause
de l’insécurité humaine. Les données secondaires corroborent ces perceptions, montrant
250 (2024), Ann.Unigom, XIV, Numéro 2, …

que les activités des groupes armés (M23, FDLR) ont entraîné des déplacements massifs
et des destructions dans les territoires voisins de Goma.
Analyse approfondie :
 Corrélation entre conflits et déplacements : Les données du HCR montrent que plus
de 1,5 million de personnes déplacées internes (PDI) ont convergé vers Goma durant cette
période, entraînant une surcharge des infrastructures urbaines.
 Effet domino : Les conflits armés provoquent une insécurité humaine directe
(attaques, vols) mais aussi indirecte, en perturbant les activités économiques et en
aggravant la pauvreté.
 Impacts spécifiques sur les déplacés : 70 % des déplacés interrogés attribuent leur
situation à l'insécurité humaine causée par les conflits.

1.2. Faible Gouvernance (65 % des participants)


La gouvernance défaillante et la corruption sont les deuxièmes facteurs les plus
fréquemment cités. Les institutions locales sont perçues comme inefficaces dans leur
capacité à garantir la sécurité et à répondre aux besoins fondamentaux des populations.
Analyse approfondie :
 Institutionnalisation de la corruption : Transparency International (2022) classe la
RDC parmi les pays les plus corrompus, ce qui entrave les réponses aux crises.
 Manque de coordination : Les acteurs humanitaires rapportent une absence de
synergie entre les institutions locales et internationales, ce qui limite l’efficacité des
interventions.
 Effets sur les services publics : Les services de santé et d’éducation sont sous-
financés, aggravant les vulnérabilités des populations affectées.

1.3. Pauvreté et chômage (50 % des participants)


La pauvreté chronique et le chômage élevé (65 %, selon l’INS) alimentent directement et
indirectement l’insécurité humaine. Les jeunes sans emploi sont particulièrement
vulnérables au recrutement par des groupes armés ou au banditisme.
Ndagijimana Habimana Évariste, Déterminants de l'insécurité humaine ... 251

Analyse approfondie :
 Boucle de rétroaction négative : La pauvreté limite l’accès à l’éducation et à des
opportunités économiques, ce qui renforce la dépendance des populations aux activités
informelles et parfois illicites.
 Criminalité urbaine : Les quartiers de Ndosho et Majengo, avec un taux de chômage
élevé, enregistrent une hausse significative des vols et des agressions.

1.4. Pression démographique (40 % des participants)


L'afflux massif de déplacés internes exerce une pression sur les infrastructures urbaines,
entraînant des conditions de surpeuplement et des tensions communautaires.
Analyse approfondie :
La surcharge des infrastructures constitue un défi majeur dans les camps de déplacés,
notamment dans celui de Mugunga, qui accueille environ 25 000 personnes. Toutefois,
seulement 30 % des familles ont accès à de l'eau potable, selon l'Office de la Coordination
des Affaires Humanitaires (OCHA, 2023). Cette pénurie d'infrastructures essentielles
crée une situation de précarité pour les habitants des camps, qui sont contraints de se
contenter de ressources limitées et souvent insalubres. L'absence d'un accès adéquat à
l'eau potable affecte gravement la santé publique, augmentant les risques de maladies
hydriques et contribuant à la détérioration des conditions de vie dans ces zones déjà
vulnérables.
Par ailleurs, les tensions sociales entre les déplacés internes et les résidents locaux
connaissent une exacerbation continue. Ces tensions sont principalement dues à la
compétition pour les ressources limitées disponibles, telles que l'eau, les terres, et les
opportunités d'emploi. Les déplacés internes, vivant dans des conditions déjà difficiles,
se retrouvent souvent en concurrence directe avec les populations locales, ce qui alimente
des conflits et génère des ressentiments. Cette situation fragilise davantage la cohésion
sociale et complique les efforts de réconciliation et de reconstruction dans la région.
252 (2024), Ann.Unigom, XIV, Numéro 2, …

2.5.2. Analyse des impacts socio-économiques

2.1. Augmentation de la pauvreté (74 % des participants)


La pauvreté s’est aggravée en raison des perturbations économiques causées par les
déplacements et l’insécurité humaine.
Analyse approfondie :
 Dépendance accrue à l’aide humanitaire : Près de 60 % des déplacés interrogés
rapportent une absence totale de revenus, dépendant entièrement des distributions
alimentaires (HCR, 2023).
 Destruction des moyens de subsistance : Les petits commerçants du marché central
de Goma signalent une baisse de 40 % de leurs revenus en raison des vols et de la baisse
de la demande.
2.2. Déscolarisation des enfants (40 % des participants)
La déscolarisation est un effet direct de l'insécurité humaine, touchant particulièrement
les enfants déplacés internes.
Analyse approfondie :
 Écoles surchargées : Les établissements locaux accueillent deux fois plus d’élèves
que leur capacité, affectant la qualité de l'éducation (UNICEF, 2023).
 Priorité à la survie : Les familles déplacées n’ont souvent pas les moyens financiers
ni la stabilité nécessaire pour garantir une éducation à leurs enfants.

2.3. Santé publique dégradée (60 % des participants)


Les conditions sanitaires dans les camps et les quartiers surpeuplés ont entraîné une
augmentation des maladies transmissibles.
Analyse approfondie :
 Maladies liées à l’eau contaminée : Le choléra et d’autres maladies diarrhéiques sont
fréquents dans les camps de déplacés où les infrastructures sanitaires sont insuffisantes.
 Accessibilité limitée aux soins : Les cliniques mobiles existantes ne suffisent pas à
répondre à la demande croissante, notamment dans les zones éloignées de Goma.
Ndagijimana Habimana Évariste, Déterminants de l'insécurité humaine ... 253

2.4. Tensions sociales (50 % des participants)


Les tensions entre déplacés internes et résidents locaux sont une conséquence des
pressions sur les ressources limitées.
Analyse approfondie :
 Conflits pour l’accès aux ressources : L’eau potable et les logements abordables sont
les principales sources de tensions.
 Dynamique de rejet : Les populations locales perçoivent parfois les déplacés comme
des "concurrents" pour l’aide humanitaire, alimentant des divisions.

2.6. Synthèse des interactions entre déterminants et impacts

Les données montrent que les déterminants de l’insécurité humaine (conflits, pauvreté,
gouvernance, pression démographique) ne sont pas indépendants, mais interconnectés :
 Les conflits armés exacerbent la pauvreté en détruisant les moyens de subsistance et
en forçant les populations à se déplacer.
 La gouvernance faible limite la réponse institutionnelle à ces crises, renforçant les
tensions sociales.
 La pression démographique aggrave la compétition pour les ressources, affectant
directement la santé publique et l’éducation.
Ces interactions produisent des impacts socio-économiques graves qui fragilisent encore
davantage les populations locales, créant un cercle vicieux d’insécurité humaine et de
pauvreté.
L'analyse met en évidence que l'insécurité humaine à Goma est le résultat de
facteurs multiples et interconnectés, dont les conséquences touchent toutes les dimensions
de la vie socio-économique. Ces résultats soulignent l'urgence de solutions globales, qui
abordent simultanément les causes structurelles et les impacts immédiats de l’insécurité
humaine.
254 (2024), Ann.Unigom, XIV, Numéro 2, …

3. Résultats

Les résultats analysent les données collectées et mettent en lumière les interactions entre
les déterminants de l’insécurité humaine et leurs conséquences socio-économiques.

3.1. Déterminants de l'insécurité humaine

Les déterminants de l'insécurité humaine à Goma sont multiples et interconnectés.


Parmi ceux-ci, les conflits armés apparaissent comme la principale cause de l'insécurité,
selon 80 % des participants à l’étude. Les activités des groupes armés, en particulier celles
du M23, sont responsables des déplacements massifs de populations et des destructions
considérables. Cette situation engendre une perte directe des moyens de subsistance et
une insécurité permanente pour les populations locales et les déplacés internes.
Un autre facteur majeur de l'insécurité est la gouvernance faible, identifiée par 65 %
des participants. La corruption et l’inefficacité des institutions publiques sont des
obstacles considérables à la résolution des problèmes de sécurité. Les déplacés internes
et les habitants locaux souffrent de l’absence de services publics essentiels, ce qui
contribue à la détérioration de leur qualité de vie et à l’intensification de l’insécurité.
La pauvreté et le chômage représentent également des déterminants importants,
mentionnés par 50 % des participants. Le taux élevé de chômage, estimé à 65 % en 2022
par l'INS, alimente des phénomènes tels que le banditisme et l’insécurité humaine,
particulièrement dans les zones urbaines. Cette situation entraîne une marginalisation
accrue des populations les plus vulnérables, les exposant davantage aux risques
d’insécurité.
Enfin, la pression démographique, qui touche 40 % des participants, résulte de l’afflux
massif de déplacés internes dans la ville. Cette arrivée massive de personnes met une
pression considérable sur les infrastructures urbaines, créant des tensions
communautaires. Les conditions de vie précaires dans les camps de déplacés exacerbent
ces tensions, contribuant à une instabilité sociale croissante.
Ndagijimana Habimana Évariste, Déterminants de l'insécurité humaine ... 255

3.2. Impacts socio-économiques de l’insécurité humaine

Les conséquences socio-économiques de l'insécurité humaine à Goma sont profondes


et multiformes. L'augmentation de la pauvreté, mentionnée par 74 % des participants, est
l'une des conséquences les plus graves. Les opportunités économiques sont sévèrement
limitées en raison des déplacements forcés et de la destruction des moyens de production.
Cette situation entraîne une dépendance accrue à l'aide humanitaire, une aide qui, bien
que cruciale, ne peut pallier de manière durable les besoins économiques de la population.
La déscolarisation des enfants, un problème souligné par 40 % des participants,
constitue également une conséquence majeure. La surcharge des écoles et les difficultés
financières rencontrées par les familles déplacées compliquent l’accès à l’éducation. De
ce fait, une génération entière d'enfants risque de grandir sans une éducation formelle, ce
qui compromet leur avenir et leur capacité à contribuer à la reconstruction du pays.
La dégradation de la santé publique, constatée par 60 % des participants, représente
une autre conséquence importante. Les conditions sanitaires dans les camps de déplacés
sont souvent insuffisantes, avec la prolifération d'épidémies comme le choléra, ce qui met
une pression supplémentaire sur le système de santé déjà fragile de la région. Cette
situation accentue les défis auxquels les populations locales et déplacées doivent faire
face pour garantir leur survie et leur bien-être.
Enfin, les tensions sociales, rapportées par 50 % des participants, résultent
principalement de la compétition pour les ressources limitées telles que l'eau, le logement
et l'emploi. Cette compétition exacerbe les conflits entre les déplacés et les populations
locales, entraînant une érosion de la cohésion sociale. Les tensions croissantes
compliquent encore davantage la résolution des problèmes liés à l'insécurité humaine et
à ses conséquences socio-économiques.
En résumé, la présentation des données démontre que les conflits armés et la
gouvernance faible sont les moteurs principaux de l’insécurité humaine à Goma. Ces
facteurs, combinés à la pauvreté et à la pression démographique, créent un cercle vicieux
qui exacerbe les impacts socio-économiques tels que la pauvreté, la déscolarisation, les
problèmes de santé publique, et les tensions sociales. Les résultats soulignent la nécessité
d’interventions coordonnées pour briser ces dynamiques.
256 (2024), Ann.Unigom, XIV, Numéro 2, …

3.3. Histogrammes des résultats

1. Déterminants de l’insécurité humaine

Analyse et interprétation :
1. Conflits armés : Cités par 80 % des participants, ces conflits provoquent des
déplacements massifs et des pertes directes de moyens de subsistance. Ils affectent 70 %
des déplacés en créant des conditions de vie précaires.
2. Gouvernance faible : Mentionnée par 65 %, l’inefficacité institutionnelle est perçue
comme un facteur aggravant. Son impact sur les déplacés (50 %) résulte du manque de
services essentiels.
3. Pauvreté et chômage : Affectant 50 % des participants, ces facteurs renforcent les
actes criminels et les recrutements forcés par les groupes armés. Les déplacés (60 %) en
subissent les conséquences à travers la précarité économique.
4. Pression démographique : Bien que citée par 40 %, elle impacte lourdement les
déplacés internes (80 %), aggravant les tensions sociales et les conditions sanitaires dans
les camps.
Ndagijimana Habimana Évariste, Déterminants de l'insécurité humaine ... 257

2. Impacts socio-économiques

Analyse et interprétation :

1. Augmentation de la pauvreté : Affectant 74 % de la population, la pauvreté est


renforcée par les déplacements et la destruction des moyens de production. Cela accroît
la dépendance à l’aide humanitaire.
2. Déscolarisation : 40 % des enfants sont déscolarisés en raison de la surcharge des
écoles et des priorités financières orientées vers la survie.
3. Santé publique dégradée : Touchant 60 %, la dégradation des infrastructures
sanitaires dans les camps a entraîné une hausse des maladies transmissibles comme le
choléra.
4. Tensions sociales : Affectant 50 %, elles découlent de la compétition pour des
ressources limitées entre déplacés et résidents, menaçant la cohésion sociale.
Les graphiques associés illustrent visuellement ces résultats, montrant les relations entre
les facteurs d'insécurité humaine et leurs impacts sur les populations de Goma. Ces
données renforcent l’idée que des solutions coordonnées sont nécessaires pour traiter les
causes structurelles et les conséquences de l’insécurité humaine.
258 (2024), Ann.Unigom, XIV, Numéro 2, …

4. Discussion

La discussion des résultats s’appuie sur leur convergence ou divergence avec les
recherches antérieures, leur lien avec la problématique et les objectifs de l’étude, ainsi
que sur les limites méthodologiques identifiées. Cette analyse permet de situer l’étude
dans un cadre scientifique plus large tout en explorant ses implications.
Les résultats de cette étude convergent largement avec les travaux existants sur
l’insécurité humaine dans l’Est de la RDC. Les conflits armés ont été cités par 80 % des
participants comme le principal déterminant de l’insécurité humaine, un constat aligné
avec les recherches de Stearns (2012) et Autesserre (2020). Ces auteurs mettent en
évidence le rôle des groupes armés dans les déplacements massifs et la destruction des
moyens de subsistance. Les données du HCR corroborent cette perspective en montrant
que plus de 1,5 million de déplacés internes se sont réfugiés à Goma à cause des violences.
De même, la gouvernance faible, citée par 65 % des participants, reflète les conclusions
des rapports de Transparency International (2022), qui soulignent que la corruption et
l’inefficacité des institutions aggravent les crises sécuritaires. La pauvreté et le chômage,
identifiés comme des moteurs de l’insécurité humaine par 50 % des répondants,
convergent avec les analyses de la Banque mondiale (2023), selon lesquelles la précarité
économique exacerbe la vulnérabilité des jeunes face aux groupes armés et aux activités
criminelles. Enfin, la pression démographique et ses effets sur les tensions sociales
concordent avec les observations de l’IOM (2024), qui met en lumière la compétition
accrue pour les ressources dans les zones surpeuplées.
Malgré ces convergences, certaines divergences ont été observées. Contrairement
aux critiques formulées par Autesserre (2020) sur l’inefficacité des solutions humanitaires
dans les zones de conflit, cette étude n’a pas relevé de critiques significatives envers les
ONG internationales de la part des participants. Cela pourrait s’expliquer par une
dépendance accrue des populations déplacées à l’aide humanitaire à Goma, les rendant
moins enclines à en souligner les insuffisances.
Par ailleurs, cette étude n’a pas exploré en profondeur les dimensions
psychologiques de l’insécurité humaine, un aspect pourtant central dans les travaux
d’Autesserre (2020). Bien que les tensions sociales et les conditions de vie précaires
Ndagijimana Habimana Évariste, Déterminants de l'insécurité humaine ... 259

reflètent indirectement des impacts émotionnels, l’étude n’a pas explicitement investigué
les traumatismes psychologiques liés aux conflits et à la précarité.
La problématique initiale visait à identifier les déterminants de l’insécurité
humaine humaine et leurs impacts socio-économiques à Goma. Les résultats obtenus
répondent à cette problématique en confirmant que l’insécurité humaine résulte de
l’interaction entre les conflits armés, une gouvernance faible, la pauvreté, et la pression
démographique. Ces facteurs produisent des impacts significatifs sur la pauvreté,
l’éducation, la santé publique et la cohésion sociale, conformément aux objectifs de
l’étude.
L’objectif d’analyse des impacts socio-économiques est atteint en montrant
comment l’insécurité humaine aggrave la précarité économique, la déscolarisation, les
tensions sociales, et la détérioration des infrastructures sanitaires. En revanche, l’objectif
de proposer des solutions concrètes reste à compléter dans le cadre d’études futures ou
d’une extension de cette recherche.
Plusieurs limites méthodologiques ont été identifiées. D’abord, l’accès restreint à
certaines zones affectées par les conflits a limité la collecte de données primaires, en
particulier auprès des déplacés vivant dans des conditions d’isolement. De plus,
l’échantillon de 50 participants, bien que diversifié, ne représente pas pleinement la
population de Goma, réduisant ainsi la portée généralisable des conclusions.
Une autre limite réside dans l’absence de données longitudinales. Cette étude, basée sur
une approche transversale, ne permet pas d’évaluer les évolutions des déterminants et des
impacts de l’insécurité humaine dans le temps. Par ailleurs, l’étude s’est principalement
focalisée sur les aspects matériels de l’insécurité humaine (pauvreté, éducation, santé),
négligeant les dimensions psychologiques et émotionnelles pourtant cruciales dans le
contexte de l’insécurité humaine humaine.
Enfin, la dépendance aux données secondaires provenant de rapports
institutionnels, bien qu’indispensable, peut introduire des biais. Ces rapports sont souvent
influencés par les priorités des organisations qui les produisent, ce qui pourrait affecter
l’objectivité des conclusions.
Grosso modo, les résultats de cette étude sont cohérents avec les recherches
existantes, confirmant que l’insécurité humaine humaine à Goma est alimentée par des
facteurs structurels et conjoncturels interconnectés. Cependant, les divergences
260 (2024), Ann.Unigom, XIV, Numéro 2, …

identifiées, notamment sur les dimensions humanitaires et psychologiques, ouvrent des


perspectives pour des recherches futures. Les limites méthodologiques appellent à des
études complémentaires, notamment longitudinales, pour mieux comprendre les
dynamiques évolutives de l’insécurité humaine et ses impacts à long terme. Cette
recherche constitue néanmoins une base solide pour orienter les interventions visant à
réduire les vulnérabilités et renforcer la résilience des populations affectées.

Conclusion

L’insécurité humaine à Goma constitue une problématique multidimensionnelle,


alimentée par des conflits armés persistants, une gouvernance faible, et des défis socio-
économiques croissants. Cette étude a démontré que les principaux déterminants de
l’insécurité humaine sont les déplacements massifs de populations, la pauvreté, et la
pression démographique, tous exacerbés par une instabilité politique et institutionnelle.
Les impacts de cette insécurité humaine se traduisent par une aggravation de la pauvreté,
une déscolarisation accrue, des tensions sociales, et une pression intense sur les
infrastructures urbaines. Ces dynamiques créent un cercle vicieux de vulnérabilité,
freinant le développement socio-économique de la ville.
Pour rompre ce cycle et renforcer la résilience des populations, une approche intégrée et
multisectorielle est indispensable. Tout d'abord, le renforcement de la gouvernance et de
l’État de droit est primordial. Cela passe par la promotion de la transparence dans la
gestion publique, notamment en luttant efficacement contre la corruption. Par ailleurs, les
capacités des institutions locales doivent être renforcées, particulièrement dans les
domaines de la sécurité, de la justice, et de la protection des droits humains. Il est
également crucial de déployer des forces de sécurité professionnelles, capables de
répondre aux besoins des populations tout en restaurant la confiance dans les institutions
publiques.
La stabilisation des populations déplacées constitue une autre priorité. Des programmes
de réinstallation durable doivent être mis en place pour garantir aux déplacés internes un
accès à des logements décents et à des services de base. En parallèle, un investissement
massif dans la construction et la réhabilitation des infrastructures éducatives et sanitaires
s’avère nécessaire pour répondre aux besoins croissants des populations locales et
Ndagijimana Habimana Évariste, Déterminants de l'insécurité humaine ... 261

déplacées. L’accès à l’eau potable et à des installations d’assainissement doit être garanti,
notamment dans les camps de déplacés et les quartiers surpeuplés, afin d’améliorer les
conditions de vie.
Sur le plan économique, des mesures doivent être prises pour réduire la pauvreté et offrir
des opportunités d’emploi. Le développement de secteurs porteurs comme l’agriculture,
le commerce local, et les petites entreprises pourrait jouer un rôle clé dans la création
d’emplois. En complément, des programmes de microfinance et de soutien à
l’entrepreneuriat, particulièrement pour les jeunes et les femmes, contribueraient à
stimuler l’économie locale. Une assistance technique et financière est également
nécessaire pour relancer les activités économiques affectées par les conflits et les crises.
Pour renforcer la cohésion sociale, il est essentiel d’encourager le dialogue
communautaire et les initiatives locales de réconciliation. Cela inclut des campagnes de
sensibilisation sur la coexistence pacifique et les droits humains, ainsi que le soutien aux
organisations locales qui œuvrent pour la paix et la médiation. De telles actions peuvent
réduire les tensions ethniques et sociales et favoriser une société plus inclusive et
solidaire.
Enfin, la coopération internationale et la mobilisation des ressources jouent un rôle
déterminant. Les partenariats entre les acteurs locaux, les gouvernements, et les
organisations internationales doivent être renforcés pour une gestion coordonnée des
crises. Un plaidoyer pour un soutien financier accru des bailleurs internationaux est
nécessaire afin de financer les projets de développement durable à Goma. Par ailleurs,
une coopération transfrontalière doit être instaurée pour lutter contre les trafics illégaux
et les mouvements de groupes armés, qui contribuent à l’instabilité régionale.
Ces recommandations, articulées autour de solutions durables et adaptées au contexte
local, offrent une feuille de route pour réduire l’insécurité humaine à Goma. Elles
soulignent l’importance d’une action collective et coordonnée, impliquant tous les acteurs
concernés, pour transformer les défis actuels en opportunités de développement. Cela
garantirait un avenir meilleur aux habitants de cette région marquée par des crises
récurrentes.
Bibliographie
Autesserre, S. (2020). Sur les fronts de la paix : Guide de l'activiste pour un monde
nouveau. Paris : Éditions de la Maison des sciences de l'homme.
262 (2024), Ann.Unigom, XIV, Numéro 2, …

Banque mondiale. (2023). Rapport sur le développement mondial 2023 : Emplois et


développement. Washington, D.C. : Banque mondiale.
Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF). (2023). État des enfants dans le
monde 2023. New York : UNICEF.
Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). (2023). Rapport
annuel 2023 sur les déplacements internes en RDC. Genève : HCR.
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Institut national de la statistique (INS). (2023). Enquête nationale sur l'emploi et le
chômage en RDC. Kinshasa : INS.
IOM. (2024). Rapport sur les tensions communautaires à Goma. Goma: IOM.
Kabuya Lumumba. (2018). Gouvernance et insécurité humaine en RDC. Kinshasa:
Éditions Universitaires.
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OMS. (2022). Rapport sur la gestion de la pandémie de COVID-19 en RDC. Genève:
OMS.
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migrations internes en Afrique centrale. Genève : OIM.
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PNUD. (1994). Rapport sur le développement humain. New York: Nations Unies.
PNUD. (2023). Rapport sur le développement humain. New York: Nations Unies.
Pole Institute. (2021). Resources and Conflicts in the Great Lakes Region. Goma: Pole
Institute
Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). (2023). Rapport sur
le développement humain 2023. New York : PNUD.
Stearns, J. (2012). From CNDP to M23: The evolution of an armed movement in eastern
Congo. Nairobi : Rift Valley Institute.
Transparency International. (2022). Indice de perception de la corruption 2022. Berlin
: Transparency International.
UNICEF. (2023). Rapport sur l’éducation des enfants déplacés. Goma: UNICEF.

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