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Intro A La MHD

La magnétohydrodynamique (MHD) étudie les écoulements de fluides conducteurs en présence d'un champ magnétique, touchant ainsi 99,9% de la matière de l'univers, notamment le plasma. Elle a des applications variées, allant de la géophysique à l'industrie, en régissant des phénomènes comme le comportement des métaux liquides. La discipline a été formalisée dans les années 1930 avec les premières expériences de Hartmann.

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Intro A La MHD

La magnétohydrodynamique (MHD) étudie les écoulements de fluides conducteurs en présence d'un champ magnétique, touchant ainsi 99,9% de la matière de l'univers, notamment le plasma. Elle a des applications variées, allant de la géophysique à l'industrie, en régissant des phénomènes comme le comportement des métaux liquides. La discipline a été formalisée dans les années 1930 avec les premières expériences de Hartmann.

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Introduction à la Magnétohydrodynamique

Jean Boisson
2020
Table des matières

1 Contexte et applications 4
1.1 Manifestations de la magnétohydrodynamique . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1.1 Naturelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1.2 Dans l’industrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7

2 Rappel d’électromagnétisme 9
2.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.1.1 Le champ magnétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.1.2 Propriétés générales des champs électromagnétiques . . . . . . . 11
2.2 Rappel d’électrostatique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2.2.1 Loi de Coulomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
2.2.2 Du théorème de Gauss... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
2.2.3 ... à Maxwell-Gauss . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.2.4 Et l’autre équation de Maxwell dont je ne me souviens pas le nom ? 15
2.3 Rappel de Magnétostatique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.3.1 Courant électrique et champ magnétique . . . . . . . . . . . . . 15
2.3.2 Expérience de Oersted . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.3.3 La loi de Biot et Savart . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
2.3.4 Équation de Maxwell-Thompson/flux . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.3.5 Équation de Maxwell-Ampère . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2.3.6 Premières conclusions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.4 Rappels d’électrodynamique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.4.1 Loi de Faraday . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.4.2 Maxwell Faraday 2.0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2.5 Effet Meissner . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2.6 La loi d’Ohm . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2.7 Aparté : Laplace, Lorentz et effet Hall . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24

3 Les équations de la Magnétohydrodynamique 27


3.1 L’équation d’induction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
3.2 L’équation de Navier-Stokes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
3.3 Aspects énergétiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
3.4 L’adimensionnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30

1
3.5 MHD idéale/ MHD résistive . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
3.5.1 MHD idéale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
3.5.2 MHD résistive . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
3.6 Analogie avec la thermique : le Prandtl . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34

4 Du plasma et de l’approximation fluide 36


4.1 Le plasma : des particules au fluide . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
4.1.1 Degré d’ionisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
4.1.2 Stabilité et équilibre thermodynamique . . . . . . . . . . . . . . 37
4.1.3 Plasma collisionnel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
4.1.4 Pulsation Plasma . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
4.1.5 Longueur de Debye . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
4.1.6 Effet cyclotronique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
4.1.7 L’approximation fluide . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39

5 La MHD idéale 41
5.1 Le théorème d’Alfvén . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
5.1.1 Démonstration . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
5.1.2 Lien avec le rayon de Larmor . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
5.1.3 Qui entraîne qui ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
5.2 Les ondes d’Alfvén . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44

6 Application et limites de la MHD idéale : le confinement et la recon-


nexion magnétique 47
6.1 Préliminaire : Principe des réacteurs à fusion . . . . . . . . . . . . . . . 47
6.1.1 La fusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
6.1.2 Dans ITER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
6.2 Le confinement magnétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
6.2.1 L’effet miroir magnétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
6.2.2 L’état d’équilibre de confinement . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
6.2.3 Le confinement θ-pinch . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
6.2.4 Le confinement z-pinch . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
6.2.5 z + θ = Tokamak . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
6.3 La reconnexion magnétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
6.3.1 Description . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
6.3.2 Modèle de nappe de courant en MHD idéale . . . . . . . . . . . 57
6.3.3 Modèle de Sweet-Parker. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58

7 Les instabilités MHD 60


7.1 Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
7.2 Analyse de stabilité linéaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
7.2.1 Cas unidimensionnel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
7.2.2 Cas bidimensionnel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63

2
7.3 Application à la MHD . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
7.3.1 Navier-Stokes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
7.3.2 Modes normaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
7.3.3 Application aux ondes d’Alfvén . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
7.3.4 Approche expérimentale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
7.3.5 Stabilité du z-pinch . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
7.3.6 Un mot sur la l’instabilité magnétorotationnelle . . . . . . . . . 72

3
Chapitre 1

Contexte et applications

La magnétohydrodynamique ou MHD est une discipline très particulière de la mé-


canique des fluides qui concerne les écoulements de fluides conducteurs électriques en
présence ou non d’un champ magnétique. Si ce domaine semble être très restreint il
concerne en réalité 99.9% de la matière universelle. En effet, les étoiles, le vent stel-
laire par exemple sont composés de matière ionisée (atomes qui ont perdu partiellement
ou totalement leurs électrons) appelé plasma souvent considéré comme étant le 4ème
état de la matière. En géophysique, les équations de la MHD pilotent les mouvements
du manteau terrestre et notamment le mécanisme de création du champ magnétique.
Dans l’industrie, celle-ci régit entre autre le comportement des écoulements de métaux
liquides - nombreux en sidérurgie et dans la fabrication du verre [1]. Historiquement la
magnétohydrodynamique est une discipline récente, il a fallu attendre 1937 pour que
Hartmann procède aux premières expériences et constatations sur les propriétés par-
ticulières des écoulements de fluides conducteurs [2]. Ce n’est qu’en 1942 que Hannes
Alfvén démontre l’existence d’ondes magnétohydrodynamique et établit le lien entre
l’électromagnétisme et l’hydrodynamique pour écrire les équations actuelles de la ma-
gnétohydrodynamique [3]. Cela lui vaudra le prix Nobel en 1970.
Il est important de noter que la force centrale à la compréhension des phénomènes
MHD est la force de Lorentz :

F = q(E + v × B) (1.1)

où F est la force subie par une particule de charge q en mouvement à la vitesse v dans
le champ électrique E et le champ magnétique B.
C’est la combinaison de cette force - à partir de laquelle on définit le champ magné-
tique - et de l’équation de Navier-Stokes que l’on décrit les équations de la magnétohy-
drodynamique.
Ce cours s’est très largement inspiré des livres de S. Galtier [4] et de P.A. David-
son [5] pour la MHD, D.A. Jackson [6] pour l’électromagnétisme, du site ampere.cnrs.fr
pour les aspects historiques et de Wikipedia pour le reste. Je les remercie.

Dans ce cours les vecteurs seront noté en gras.

4
Figure 1.1: A gauche : une éjection de masse coronale solaire, à droite photo d’une
aurore Boréale

1.1 Manifestations de la magnétohydrodynamique


1.1.1 Naturelles
Du plasma en astrophysique
Le plasma est omniprésent dans le milieu stellaire (l’hydrogène et l’hélium sont
entièrement ionisés dans les étoiles et baignent dans un océan d’électrons), dans le
milieu interstellaire (vents) et dans les coeurs des planètes. Dès lors la MHD pilote donc
de nombreux phénomènes en astrophysique. L’exemple classique est l’éjection de masse
coronale du soleil. La couronne solaire correspond à la partie la plus externe du soleil, elle
est très peu dense (10−12 fois moins dense que la photosphère) et extrêmement chaude
(Tc = 2.106 K contre T = 7000K à la surface du soleil). Parfois, lors d’une éruption
solaire, une bulle de plasma de très grande dimension (plusieurs rayons solaires) peut se
former, se reconnecter et modifier le vent solaire dont la variation atteint la terre dans un
temps typique de 3 jours. Les particules chargées arrivent alors sur terre au niveau des
pôles guidées par le champ magnétique terrestre et provoque alors des aurores boréales.
Le champ magnétique lié à ces objets est très intense et peut provoquer des orages
magnétiques et provoquer des troubles pour les équipements électroniques [7] tels que
les satellites, les téléphones cellulaires, etc...
Un autre phénomène MHD important concerne le transport du moment cinétique
dans les disques d’accrétion - gaz, poussière en rotation autour d’un astre central, trou

5
Figure 1.2: A gauche, dessin d’un disque d’accrétion proto-planétaire, à droite image
d’un vrai disque d’accrétion dans la nébuleuse d’Orion.

noir ou étoile en formation. A cause du forçage gravitationnel la matière qui compose


ces disques a un mouvement laminaire, cela entraîne le fait que le temps caractéris-
tique pour "éjecter", le moment cinétique et permettre l’accrétion de la matière dans
l’objet central serait des ordres de grandeurs trop longs pour qu’on puisse observer les
étoiles. Un autre mécanisme de transport est donc nécessaire et le principal candidat est
l’instabilité Magnétorotationnelle qui suggère que la présence d’un champ magnétique
même faible déstabiliserait fortement le disque et permettrait le transport du moment
cinétique. Dès lors les temps caractéristiques d’accrétion deviennent plus cohérents avec
les observations [8].

Des métaux liquides en géophysique


Les mouvements des métaux liquides (fer, nickel) composant le noyau externe de la
terre seraient à l’origine de la génération du champ magnétique terrestre. On appelle ce
phénomène l’effet dynamo. Si cet effet a été reproduit plusieurs fois expérimentalement,
analytiquement et par simulation numérique le mécanisme réel de génération du champ
magnétique terrestre n’est pas encore bien modélisé. Notamment, ni les renversements
réguliers du champ magnétique, ni les variations temporelles et topologiques ne sont
pas bien compris [9].
La dynamo est un mécanisme instable dûe à la topologie de l’écoulement qui am-
plifie une perturbation du champ magnétique ("graine"). En pratique le mouvement
des charges liées au fluide conducteur dans un champ magnétique créée un courant
électrique qui génère un champ magnétique qui vient renforcer le champ initial jusqu’à
saturation.

6
Figure 1.3: Champ magnétique terrestre mesuré en juin 2014 par la sonde Swarm
(ESA/DTU Space).

1.1.2 Dans l’industrie


Du plasma dans l’industrie
L’exemple le plus classique de l’utilisation d’un plasma dans l’industrie est celui du
réacteur à fusion ITER qui se trouve à Cadarache. Nous reviendrons en détail sur le
fonctionnement par la suite, mais le principe général consiste au forçage contrôlé d’une
réaction de fusion entre atomes légers. Pour déclencher cette réaction les conditions
de température et de densité sont extrêmes ce qui entraîne que les atomes sont sous
forme de plasma complètement ionisés. Le confinement se fait par de puissants champs
magnétiques et l’écoulement du plasma est sujet à de violentes instabilités MHD qui sont
les principales difficultés rencontrées par les chercheurs pour maintenir le confinement
du plasma suffisamment longtemps pour avoir une réaction de fusion efficace.

Des métaux liquides dans l’industrie


L’aluminium est un des métaux les plus important dans notre industrie, sa pro-
duction est un procédé - dit de Hall-Héroult - qui date du 19ème siècle et consiste en
la fusion de l’oxyde d’aluminium (alumine) à température autour de 1000· C, puis sa
réduction en Aluminium métal. Pour cela on utilise des cellules d’électrolyse qui ont
une intensité de 350000 A pour un voltage de 4.2 V alors que seul 1.18 V devrait être
nécessaire. Cette différence provient de la résistance des différents éléments du forçage
(anode, cathode,...) notamment du bain électrolytique. Cette résistance pourrait être
réduite si l’épaisseur de solution électrolytique pouvait être réduite mais c’est impossible
à cause d’instabilités MHD qui déforment la surface libre de l’aluminium en fusion ce
qui menace l’intégrité des cellules. La compréhension, puis le contrôle de cette instabi-
lité permettrait une économie d’électricité de l’ordre de 1% de la production électrique

7
Figure 1.4: Schéma d’une cellule de Hall-Héroult.

mondiale annuelle [5].

8
Chapitre 2

Rappel d’électromagnétisme

2.1 Généralités
Dans ce chapitre nous rappelons/introduisons des notions de base d’électromagné-
tisme. Nous ne souhaitons pas être exhaustifs, mais nous nous concentrerons sur les
notions utiles à la compréhension de la magnétohydrodynamique.

2.1.1 Le champ magnétique


Définition
Le champ magnétique B tout comme le champ électrique est défini à partir de la
force de Lorentz qu’ils exercent sur une particule chargée q situé en r, à t :

F(r, t) = q(E(r, t) + v(r, t) × B(r, t)). (2.1)

Il faut noter que le champ E exerce une force sur toutes les charges alors que le
champ magnétique ne s’applique que sur les charges mobiles. La force de Lorentz est
une force microscopique contrairement à la force de Laplace, de plus seule la partie
électrique fournit un travail.

δW = F.dl (2.2)
= qEvdt + q(v × B)vdt (2.3)
= qEvdt (2.4)

La partie magnétique est une correction en (v/c)2 de la partie électrique. Enfin cette
force viole le principe d’action-réaction.

Correction de la loi de coulomb


On se place dans un référentiel fixe, q1 et q2 sont animées d’une vitesse v1 et v2 .
Pour évaluer la force qu’exerce q1 sur q2 on fait le raisonnement suivant :

9
Figure 2.1: Schéma de 2 particules animées de vitesses différentes en interaction élec-
trique. Due au temps de transport non nul de l’information, à t + dt le champ électrique
perçu par les particules est E(t − dt) - différent de E(t) qui intervient dans la loi de
Coulomb. Le terme magnétique Fmag = q(v(r, t) × B(r, t)) corrige cet effet de "retard"
dans la loi de Coulomb.

• dt est le temps pour que l’information (champ électrique E(t) généré par q1 à t)
arrive en q2 . Donc r = cdt.
• Durant dt, q1 parcourt v1 dt et q2 parcourt v2 dt
• à t la distance entre q1 et q2 est r, à t − dt la distance entre q1 et q2 est cdt qui
est différent de r.
• donc à t la particule q2 subit le champ électrique E(t−dt) qui est - si au moins une
des particules est en mouvement - différent dans l’orientation et dans l’intensité
de E(t).
Cette notion de "retard" n’est pas pris en compte dans la loi de coulomb F(r, t) =
qE(r, t) qui suppose que l’information se propage à une vitesse infinie. Le terme qui
définit le champ magnétique B en Fmag = q(v(r, t) × B(r, t)) corrige donc la loi de
coulomb électrique (voir figure 2.1).

Effet relativiste
Si on se place dans le cadre de la relativité restreinte, on peut écrire que selon
la vitesse
p des référentiels, on observe une contraction des longueurs par le paramètre
γ = 1/ 1 − (v/c)2 et une dilatation des temps. Cette variation de l’espace entraîne la
déformation du champ électrique émis par une particule.
Dans la figure 2.2 on voit le champ isotrope émis par une particule et le champ
déformé par la contraction des longueurs de cette même particule en mouvement. Cette
déformation est à l’origine du champ magnétique qui est donc d’origine relativiste. Il
faut noter que si les deux approches précédentes pour comprendre l’origine du champ
magnétique sont différentes, l’origine intrinsèque du champ magnétique est la même i.e.

10
Figure 2.2: Gauche : schéma du champ électrique émis par une particule chargée
positivement au repos. Droite : schéma du champ électrique émis par une particule
chargée positivement en mouvement. (source Wikipédia)

une vitesse de propagation de l’information électrique non infinie et égale à la vitesse


de la lumière.

2.1.2 Propriétés générales des champs électromagnétiques


Symétrie
Les champs électromagnétiques respectent le principe de Curie qui énonce que l’en-
semble des effets est au moins aussi invariant que les causes. Le champ engendré par les
sources possède les mêmes symétries que celles-ci.

Superposition
Si une distribution de charges est la possible réunion de deux ou plusieurs distribu-
tions (noté 1,2,...,i, n), alors le champ électromagnétique au pointM est la superposition
du champ électromagnétique créé par i comme si les autres n’existaient pas. On a donc :
n
X
E(r) = Ei (r) (2.5)
i=1
n
X
B(r) = Bi (r) (2.6)
i=1

2.2 Rappel d’électrostatique


Ici nous reprendrons quelques éléments de base de l’électrostatique afin d’introduire
l’équation de Maxwell-Gauss source du champ électrique.

11
Figure 2.3: Gauche : schéma de principe d’une balance de Coulomb. avec q2 = −q1 .
Droite : Photographie

2.2.1 Loi de Coulomb


En 1795, Coulomb a pu établir la force entre deux charges de même signe grâce à
une balance de torsion dite balance de Coulomb.
Ce dispositif se compose d’un large cylindre de verre avec des graduations angulaires.
Au somment du cylindre, on relie un fil avec une raideur de torsion C connue à une tige
horizontale isolante au bout de laquelle se trouve une sphère conductrice. On charge
cette sphère puis on rapproche une autre sphère elle aussi chargée. On ajuste alors la
raideur de torsion afin qu’elle compense le couple électrostatique créé par la répulsion
électrostatique.
Il remarqua alors que la force d’interaction dépend du produit des charges impli-
quées, et de l’inverse de la distance au carrée entre elle.

Cθez = l’ × (−F) + l × (F) (2.7)

Ex : Écrire la force F uniquement à partir de θ et C.


A partir de ces mesures Coulomb démontra la loi de Coulomb qui désigne la force
appliquée à q2 par q1 :
q1 q2
F2−→1 = kc (r1 − r2 ) (2.8)
(r1 − r2 )3
où kc = 1/(4πε0 ) la constante de Coulomb dans laquelle ε0 = 8.854187.10−12 F.m− 1
est la permittivité du vide. La force appliquée à q1 par q2 est l’opposé de (2.8).

12
Figure 2.4: Théorème de Gauss, on intègre le flux électrique à travers une surface S
fermée. Si la charge est à l’intérieur de S, l’intégration de l’angle solide de S qu’elle voit
est 4π, et 0 si elle est à l’extérieur.

Cela permet de définir le champ électrique d’une charge ponctuelle q2 en tout point
de l’espace :
q1
E(r) = (r − r2 ) (2.9)
4πε0 (r − r2 )3
Grâce au principe de superposition on peut rapidement écrire que le champ élec-
trique créé par un ensemble de charges ponctuelles n est :
n
1 X (r − ri )
E(r) = qi . (2.10)
4πε0 i (r − ri )3
Si on définit une densité volumique de charges ρ(r0 ) = dq/(dx0 dy 0 dz 0 ) où q est la
charge élémentaire contenue dans le volume élémentaire d3 r0 = dx0 dy 0 dz 0 situé au point
r’, alors le champ électrique généré par cette distribution continue de charge est :

r − r0 3 0
ZZZ
1
E(r) = ρ(r0 ) d r. (2.11)
4πε0 V (r − r0 )3

2.2.2 Du théorème de Gauss...


Une alternative pour le calcul d’un champ électrique est le théorème de Gauss. Cette
forme intégrale met en oeuvre des notions de flux de champ électrique et permet ensuite
de retrouver une des équations de Maxwell.
• Soit q une charge ponctuelle
• Soit S une surface fermée et da un élément de surface infinitésimal défini par sa
normale sortante n.
• E le champ électrique généré par la charge q.
• r la distance de la charge à da portée par le vecteur er tel que r = rer

13
• la charge voit l’élément de surface da avec un angle solide dΩ
En utilisant la loi de Coulomb on peut écrire le flux de champ électrique à travers
da :
q
E.nda = er .n. (2.12)
4πε0 r2
Or er .n = cosθ où θ est aussi l’angle entre la surface élémentaire da et l’angle solide
dΩ. Donc cosθda = r2 dΩ, si bien que si on intègre le flux de champ électrique à travers
la surface fermée S on a
I I
q
E.n da = dΩ. (2.13)
S 4πε0 S
L’intégrale sur une surface fermée de l’angle solide est nul si q est à l’extérieur et égale
à 4π si q est à l’intérieur.
On peut donc écrire le théorème de Gauss pour une charge ponctuelle :
I
q
E.n da = (2.14)
S ε0
pour les charges q entourées par S. Ce théorème se généralise au densité de charges
continues :
I Z
ρ(r) 3
E.n da = dr (2.15)
IS V ε0
qint
E.n da = . (2.16)
S ε0
Où qint sont les charges à l’intérieur de la surface fermée S.

2.2.3 ... à Maxwell-Gauss


Partant du théorème de Gauss on peut démontrer deux équations de Maxwell. Si
on applique le théorème de Green-Ostrogradski au champ électrique E.
Z I
3
divE d r = E.n da (2.17)
V S
Si on injecte l’équation précédente dans le théorème de Gauss on obtient immédia-
tement : Z
ρ(r) 3
divE − d r=0 (2.18)
V ε0
ce qui est vrai quel que soit le volume V considéré. On retrouve donc bien l’équation
de Maxwell-Gauss :
ρ
divE = (2.19)
ε0
qui est la version locale du théorème de Gauss.

14
2.2.4 Et l’autre équation de Maxwell dont je ne me souviens
pas le nom ?
De la même manière en partant de la loi de Coulomb, si on remarque que la fonction
de r dans l’intégrant peut s’écrire :

r − r0 1
= −grad . (2.20)
(r − r0 )3 |r − r0 |

On peut donc écrire la loi de coulomb sous la forme :

ρ(r0 ) 3 0
ZZZ
1
E(r) = − grad 0
dr (2.21)
4πε0 V (r − r )

car l’intégrale et la densité de charge porte sur la variable r’ indépendante de r.


Comme le rotationnel d’une fonction qui s’écrit sous la forme d’un gradient est
nul (si celle-ci est régulière) on a donc directement l’équation de Maxwell-Faraday en
statique :
rot E(r) = 0. (2.22)
Dans ces conditions (statique ou régime permanent) on peut conclure que le champ
électrique peut s’écrire sous la forme d’un potentiel :

E(r) = −gradV. (2.23)

Ce potentiel correspond à la tension dans les circuits électriques et s’écrit :


Z B
V = E(r).dl (2.24)
A

2.3 Rappel de Magnétostatique


2.3.1 Courant électrique et champ magnétique
Dans ce chapitre nous reprendrons un peu le déroulement historique de la découverte
du champ magnétique. L’un des objectifs est de mettre en lumière la grande ingéniosité
des physiciens de cette époque pour la conception et construction d’expériences sur
lesquelles des lois toujours valables ont été démontrées.

2.3.2 Expérience de Oersted


Longtemps, différents récits pointaient le lien entre orage et magnétisme. Par exemple
des marins observèrent le changement de polarité de la boussole après que la foudre ait
frappé, ou certaines histoires de croix de fer de clochers qui deviennent aimantées sous
les impacts des éclairs.

15
Figure 2.5: Gauche :Schéma de principe de l’expérience de Oersted. un fil conducteur
est parcouru par un courant électrique. L’orientation de la boussole placée à proximité
change. Le courant électrique crée un champ magnétique qui dévie l’aiguille. Droite :
Schéma relatif à la loi de Biot et Savart.

De plus la capacité d’attraction entre les pôles des aimants rappelait celle entre
charges de polarité différentes. Dès lors si lien entre électricité et magnétisme était fait,
fallait-il encore le démontrer.
Au 19ème siècle, plusieurs expériences ont été tentées, dont certaines farfelues, on
peut citer celle de Ritter qui fit flotter une pile à la surface de l’eau en espérant que celle-
ci s’oriente selon le champ magnétique terrestre. C’est Oersted en 1820 qui démontra
finalement le lien tant recherché. [10]
Lors d’un enseignement il remarque que le courant électrique fait dévier l’aiguille
d’une boussole située à proximité. Il démontre alors le lien entre courant électrique et
champ magnétique En reprenant ses expériences il ajoute quelques constatations :
• Si on inverse le courant, la déviation de l’aiguille change de sens.
• La force qui dévie l’aiguille n’est pas radiale (la boussole ne s’oriente pas vers le
fil).
L’interprétation de Oersted suppose alors une action magnétique à distance de la
forme d’une hélice.

2.3.3 La loi de Biot et Savart


A la fin de l’année 1820, Biot et Savart ajoutèrent la notion d’aimantation momen-
tanée pour des tranches du fil conducteur à l’interprétation, puis reproduisirent très
finement l’expérience de Oersted. Cette fois ils mesurèrent la période d’oscillation de
l’aiguille - après l’avoir isolée du champ magnétique terrestre - en fonction de la distance
avec le fil parcouru par le courant.
Ils montrent alors que la force sur un pôle agit perpendiculairement à la direction
reliant ce pôle au conducteur. De plus, celle-ci décroît comme l’inverse du carré de la

16
distance (tiens, tiens... comme la loi de Coulomb). [11]
La loi de Biot et Savart pour le champ magnétique s’écrit donc :
idl × r
I
µ0
B(r) = (2.25)
4π C r3

avec r = PM (voir figure 2.5). Si on modélise l’aimant par un moment dipolaire, ce


champ magnétique engendre un couple mécanique sur l’aimant qui est proportionnel à
son intensité m.
Γ = m × B. (2.26)
De la même manière que pour le champ électrique, on peut généraliser la loi de Biot
et Savart à une densité de courant volumique. On définit cette densité par :
X
jk (r0 ) = nk qk vk (r0 ). (2.27)
k

Alors on peut réécrire la loi de Biot et Savart telle que :


jk (r0 ) × (r − r0 ) 0
ZZZ
µ0
B(r) = dr (2.28)
4π V (r − r0 )3
.

Violation du principe d’action-réaction de la force de Lorentz


Grâce à Biot et Savart, il est aisé de démontrer que la force de Lorentz viole le 3ème
principe de Newton. Si on prend de nouveau deux particule chargées q1 , q2 , si 1 se dirige
vers 2 à la vitesse v1 et que 2 se dirige dans une direction quelconque à la vitesse v2
alors le champ magnétique vu par la particule 2 s’écrit :
µ0 q1 v1 × r1→2
B(r1→2 ) = = 0. (2.29)
4π r31→2

Cela entraîne une partie magnétique de la force de Lorentz nulle Fmag


1→2 = 0. Or
comme v2 ne pointe pas vers 1, la force magnétique de Lorentz subie par la particule 1
est non nulle : Fmag
2→1 6= 0. Il n’y a pas action-réaction.

2.3.4 Équation de Maxwell-Thompson/flux


En reprenant l’identité 2.20 déjà utilisée pour démontrer Maxwell-Faraday, on peut
réécrire la loi de Biot et Savart :
ZZZ
µ0 1
B(r) = grad 0|
× jk (r0 ) dr0 (2.30)
4π V |r − r
En utilisant l’identité du rotationnel d’un produit entre un scalaire et un vecteur
rot(νA) = νrotA + gradν × A, on obtient pour le champ magnétique :

17
Figure 2.6: Gauche : Lignes de champ magnétique crée par un dipôle. Droite : Lignes
de champ magnétique crée par un dipôle. Les lignes partent des pôle nord pour aller
vers les pôles sud.

jk (r0 )
ZZZ
µ0 1
B(r) = (rot − rot jk (r0 )) dr0 . (2.31)
4π V |r − r0 | |r − r0 |
Comme jk (r0 ) et l’intégration sont indépendants de r, d’une part le deuxième de
l’intégrant est nul et d’autre part on peut sortir le rotationnel de l’intégrale. Le champ
magnétique s’écrit sous la forme d’un rotationnel,

jk (r0 )
ZZZ
µ0
B(r) = rot ( 0
) dr0 (2.32)
4π V |r − r |

ce qui implique immédiatement l’équation de Maxwell-Thompson :

divB = 0. (2.33)
Le flux de champ magnétique à travers une surface fermée est toujours nul, on a donc
toujours conservation du flux de champ magnétique. Les lignes de champ magnétique se
referment toujours sur elles-mêmes ce qui fait que l’on n’a jamais de charge magnétique
(pas de monopôle) mais au minimum des dipôles. On peut donc couper autant de fois
un aimant en deux que l’on veut on aura toujours un pôle sud et un pôle nord.

2.3.5 Équation de Maxwell-Ampère


Enfin à partir de la loi de Biot et Savart mise sous la forme rotationnelle de l’équation
2.32 on peut démontrer l’équation de Maxwell-Ampère (vous trouverez la démonstration

18
à la page 190 de [6]) :
rotB = µ0 j. (2.34)
Cette équation est valable en magnétostatique mais aussi lorsque les processus sont
lents devant la vitesse de la lumière (pas de courants de déplacement). Ceci est faux
pour les ondes électromagnétiques, mais généralement vrai pour la MHD, on se placera
donc dans ce cadre lors de la suite du cours.
En prenant la divergence de Maxwell-Ampère on démontre immédiatement que
divj = 0 ce qui signifie que le flux de courant électrique est nul à travers une surface
fermée (loi de Kirchhoff). Cette loi entraîne la loi des noeuds et la loi des mailles en
électricité.

2.3.6 Premières conclusions


Dans les sections précédentes nous nous sommes focalisés sur les aspects statiques
de l’électromagnétisme. Nous avons défini le champ magnétique à partir de la force
de Lorentz et nous avons écrit les équations de Maxwell à partir des loi empiriques.
Il est important de noter que les équations de Maxwell sont les équations sources des
champs électromagnétiques, alors la force de Lorentz couple la dynamique entre les
champs électromagnétiques et le champ hydrodynamique. Dans la suite nous allons
nous focaliser sur les aspects temporels des champs, l’électrodynamique.

2.4 Rappels d’électrodynamique


Dans cette section nous nous intéressons aux processus dépendant du temps.

2.4.1 Loi de Faraday


Après l’expérience de Oersted et la loi de Biot et Savart, l’objectif de nombreux
chercheurs était la production d’électricité à partir d’un champ magnétique. L’idée la
plus simple était d’inverser l’expérience de Oersted pour créer du courant. Fresnel place
donc un aimant dans une hélice de cuivre dont les extrémités sont plongées dans un
bain électrolytique, s’il y a production de courant, il y aura électrolyse. Une faible
réaction chimique apparaît mais n’est pas assez probante. Déçu, il se consola avec un
plat de lentilles. Colladon en 1825 place un aimant dans une bobine elle-même reliée
à un galvanomètre (instrument de mesure du courant issu de l’expérience d’Oersted).
Rien ne se passe non plus.
Après plusieurs tentatives (dont Ampère qui avait produit des courants induits
expérimentalement mais qui "n’aimait" pas ses résultats), en 1831 Faraday observe la
création d’un courant induit par un autre courant. Pour cela, il utilise une pile reliée
à un fil entourant un anneau de fer, un autre circuit isolé du premier entoure l’anneau
et est branché sur un galvanomètre (figure 2.7). Après une série d’expériences Faraday
constate :

19
Figure 2.7: Gauche : Expérience de Collandon, un aimant est placé dans une bobine
elle-même reliée à un galvanomètre, comme l’aimant est fixe il n’y pas de courant induit.
Droite : expérience de Faraday, un pile est relié à un fil qui entoure en partie un anneau
de fer. De l’autre coté on enroule aussi un circuit de cuivre qui est connecté à un
galvanomètre. Lorsque on ouvre ou éteint l’interrupteur, le galvanomètre réagit.

Figure 2.8: Schéma d’une surface fermée S traversée par un flux de champ magnétique
Φ.

• Lorsque le courant est établi dans la première bobine, l’aiguille dévie fortement
puis revient à zéro après quelques oscillations.
• Lorsque le courant est coupé dans la première bobine, le galvanomètre dévie à
nouveau - cette fois-ci en sens inverse - puis revient à nouveau à zéro.
• Lorsque le premier circuit, traversé par un courant, est en mouvement par rapport
au second, il apparaît un courant.
• Lorsque l’on déplace un aimant à proximité du deuxième circuit, il apparaît un
courant.
Il conclut que le courant transitoire est créé par une force électromotrice E qui provient
de la variation du flux du champ magnétique Φ traversant le circuit conducteur. C’est
l’aspect transitoire du phénomène d’induction qui était la source des échecs antérieurs
[12].
On définit une surface fermée S, de normale n, délimitée par le contour C, et tra-

20
versée par un champ magnétique B(figure 2.8).
La loi de Lenz-Faraday s’écrit donc :

E =− . (2.35)
dt
On doit à Lenz le signe "-", qui un beau matin de 1834, énonce sa loi de modération
validée par l’expérience depuis : le sens du courant induit est tel qu’il s’oppose par ses
effets au changement qui lui donne naissance.
• Dans le cas où le circuit est fixe et subit une variation de champ magnétique, la
force électromotrice E s’écrit comme la circulation du champ électrique exprimé
dans le référentiel du laboratoire :
I
E= E dl. (2.36)
C

Le flux de champ magnétique est défini par :


ZZ
Φ= B.n da. (2.37)
S

Dans ce cas comme le circuit et la surface S sont immobiles, la dérivée totale est
égale à la dérivée partielle temporelle : d/dt = ∂/∂t.
La loi de Lenz-Faraday devient donc :
I ZZ
∂B
E dl = − .n da. (2.38)
C S ∂t

• Dans le cas où le circuit est animé d’une vitesse v, il faut tout d’abord remarquer
que la force électromotrice s’écrit comme la circulation du champ électrique (E’)
exprimé dans le référentiel R0 où dl est fixe, i.e. dans le référentiel du circuit.
I
E= E0 dl. (2.39)
C

Dans ce cas la dérivée temporelle du champ magnétique s’écrit grâce à la dérivée


particulaire :
dB ∂B
= + (v.grad)B (2.40)
dt ∂t
dB ∂B
= + rot(B × v) + v(divB). (2.41)
dt ∂t
La loi de Lenz-Faraday devient donc :
I ZZ
0 ∂B
E dl = − ( + rot(B × v)).n da (2.42)
C S ∂t
I ZZ
0 ∂B
(E − v × B)dl = − ( ).n da (2.43)
C S ∂t

21
Quel que soit le référentiel dans lequel on exprime les lois de Lenz-Faraday (équations
2.38, 2.43), l’invariance Galiléenne (les lois physiques sont invariantes par la transforma-
tion de Galilée) impose que le champ électrique dans le laboratoire E et celui exprimé
dans le référentiel du circuit E’ sont liés tel que :

E = E0 − v × B (2.44)

avec v la vitesse du circuit et B le champ magnétique dans le laboratoire. Ce chan-


gement de référentiel est appelé la transformation de Lorentz.
Il faut donc noter que les champs électromagnétiques ne suivent donc pas les règles
de la mécanique classique (dépendance du référentiel, transformation de changements de
repères non galiléen et violation du principe d’action-réaction). Ces différences notables
prennent sens dans le cadre de la relativité restreinte, nous garderons néanmoins le
formalisme de la mécanique classique ce qui devrait nous donner de bons résultats à
partir du moment où les vitesses des phénomènes sont petites devant la vitesse de la
lumière.

2.4.2 Maxwell Faraday 2.0


Enfin si on exprime le champ électrique et le champ magnétique dans le même
référentiel, on peut réécrire l’équation 2.38 :
ZZ
∂B
(rotE + ).n da (2.45)
S ∂t
qui est valable quel que soit S, ce qui donne l’équation de Maxwell-Faraday dynamique :
∂B
rotE = − (2.46)
∂t

2.5 Effet Meissner


Les supraconducteurs sont une famille de matériaux dont la résistance chute à 0 en
deçà d’une certaine température. Leur découverte au 20ème siècle a entraîné moultes
recherches et ils sont utilisés régulièrement dans l’industrie par exemple pour la création
de champs magnétiques intenses (on y revient !). La transition supraconductrice est
souvent mesurée car au changement drastique du comportement magnétique avant et
après la transition, c’est le comportement magnétique "supra" que je vous propose de
déterminer dans la PC 1.

2.6 La loi d’Ohm


Dans toutes les sections précédentes nous avons établi les équations de l’électro-
magnétisme et les liens entre mouvement des charges, champs électriques et champs

22
Figure 2.9: Gauche : Schéma de l’expérience d’Ohm, un thermocouple dont on pi-
lote les températures des extrémités est relié à différents fils de sections, matériaux,
longueurs différents. On mesure la "force magnétique" grâce à l’angle de déviation de
l’aiguille aimanté d’un galvanomètre (droite).

magnétiques. Il manque néanmoins une loi qui puisse caractériser l’interaction entre
l’électromagnétisme et la matière, c’est l’objet de la loi d’Ohm.
Il faut noter que la loi d’Ohm ne s’intéresse qu’à la réponse de la matière à un
champ électrique. La réponse de la matière à un champ magnétique s’interprète grâce
à la susceptibilité magnétique d’un matériau ce qui vous a été décrit lors de la PC1.
Après Oersted, Ampère montre que la déviation d’une aiguille aimantée au voisinage
d’un circuit est identique en tous points du circuit. Il conclut que dans un conducteur,
le courant électrique existe partout avec la même intensité.
En 1827 Ohm se propose d’étudier le pouvoir conducteur des matériaux, mais se
confronte à la difficulté d’évaluer la tension de sortie d’une pile, et le lien entre intensité
et déviation de l’aiguille du galvanomètre n’est pas encore établi.
Il construit donc une expérience où la source de tension est un thermocouple pour
lequel la tension est stable et dépend de la différence de température, de fils conducteurs
dont il fait varier les longueurs, les sections et le matériau, et du galvanomètre de sa
fabrication où l’aiguille aimantée est reliée à un fil de torsion parfaitement calibré. [13]
Les mesures qu’il obtient suivent la loi :
a
X= (2.47)
b+l
où X est la "force magnétique" mesurée grâce à l’angle de déviation du galvanomètre,
a dépend de la température et des matériaux qui composent le thermocouple, b est une
constante issue du système de l’expérience et l dépend de la longueur du fil.

23
Si on s’affranchit de la résistance interne b due à la source de tension, cette loi d’Ohm
correspond à celle idéalisée que l’on connaît tous :

∆V = RI (2.48)

On définit la densité de courant électrique telle que j = nqvq , avec n le nombre


de porteurs de charges et vq leurs vitesses. Le modèle de Drüde (1900) introduit une
mobilité des charges η telle que vq = ηE0 avec E’ le champ électrique dans le référentiel
du circuit. On en tire directement la loi d’Ohm locale :

j = σE0 (2.49)

avec σ = nqη la conductivité électrique du matériau.


Enfin on peut écrire la loi d’Ohm généralisée grâce à l’expression du champ électrique
dans le laboratoire E en fonction du champ lié au circuit E’ (eq 2.44)

j = σ(E + v × B) (2.50)
avec v la vitesse du circuit dans le laboratoire.
Le premier terme de droite correspond au forçage, le deuxième terme de droite
correspond au champ électrique induit. Il faut noter que cette loi est valide pour des
vitesses faibles devant la vitesse de la lumière v  c, ce qui est le cas très majoritaire-
ment dans les phénomènes MHD. De plus on suppose que les porteurs de charges (ions
et électrons) se déplacent sans inertie. Il n’y a donc pas de différence de comportement
entre les porteurs de charges, i.e. le matériau n’est pas sujet à l’effet Hall (pas de terme
de Hall dans la loi d’Ohm).

2.7 Aparté : Laplace, Lorentz et effet Hall


Actuellement, la mesure du champ magnétique se fait grâce à des sondes à effets Hall.
L’effet Hall provient d’un phénomène que nous avons négligé dans la section précédente
l’inertie des porteurs de charges.
Considérons une portion de matériau conducteur de section S et de longueur dl
parcouru par un courant électrique i. Les porteurs de charges sont les électrons qui se
déplacent alors que les ions sont fixés dans la maille cristalline du matériau.
Si on applique un champ magnétique perpendiculairement au sens de déplacement
des électrons, ils ont soumis à la partie magnétique de la force de Lorentz :

Fe− = −ev × B. (2.51)

De ce fait, les électrons sont déviés orthogonalement à B et v alors que les ions contraints
par le réseau cristallin restent fixes. Le barycentre des charges négatives se déplace tandis
que celui des charges positives est immobile, le matériau se polarise, il se crée donc un
champ électrique : le champ de Hall EHall (voir figure 2.10).

24
Figure 2.10: Gauche : Schéma de l’action de Lorentz sur les électron et création du
champ électrique de Hall. Droite : Equivalent de la force de Laplace sur un élément de
conducteur.

A l’équilibre sans force, la partie électrique de la force Lorentz compense exactement


sa partie magnétique, donc :
EHall = −v × B (2.52)
Ce premier résultat est la base de la méthode de mesure des champs magnétiques. En
effet si l’on mesure la tension issue du champ de Hall de part et d’autre du conducteur
comme celle-ci varie linéairement avec B, on a une mesure directe du champ magnétique
(principe du Gaussmètre). Ce champ de Hall, qui différencie le comportement des ions
et des électrons, peut intervenir dans la loi d’Ohm locale en ajoutant un terme de
Hall (−1/nej × B). C’est ce terme que nous négligeons lorsque l’on néglige l’inertie des
porteurs de charge en MHD.
Localement les ions subissent la force provenant du champ de Hall : FHall = ev × B.
Maintenant si on injecte la densité de courant j = nev (n est la densité volumique
d’ions) et qu’on intègre cette force sur la section S. On obtient la force de Laplace :

F = jS × B (2.53)
FLaplace = idl × B (2.54)

Ce raisonnement explique les différences entre la Force magnétique de Lorentz et la


force de Laplace :
• En effet, la force de Lorentz est une force locale qui s’applique sur les charges
mobiles et qui ne travaille pas.

25
• La force de Laplace est une force intégrale (s’applique sur un élément de longueur
infinitésimale du conducteur) dont l’origine est la force de Coulomb issue du
champ électrique de Hall. Comme ce champ est dû à l’équilibre avec la partie
magnétique de la force de Lorentz et s’applique sur les charges fixes, la force de
Laplace a un travail non nul. C’est aussi pour cela que la force de Lorentz et de
Laplace ont la même intensité. La force de Laplace agit donc par l’intermédiaire
de l’effet Hall.

Force Mag. Lorentz Force Laplace


qv × B idl × B
locale intégrale
travail nul : F.v = 0 travail non nul : F.v 6= 0
Dévie les charges mobiles Accélère les charges fixes

Table 2.1: Comparaison Force de Lorentz et Force de Laplace

26
Chapitre 3

Les équations de la
Magnétohydrodynamique

La MHD concerne la dynamique des fluides conducteurs électriques comme les mé-
taux liquides et les plasmas. L’hypothèse initiale de la MHD est que les courants à
l’origine des champs électriques et magnétiques sont portés par la matière et qu’il y a
donc une interaction entre la dynamique des champs électromagnétique et l’hydrody-
namique.
Avec les mains le mécanisme des phénomènes MHD est assez simple.
— Un fluide conducteur est en mouvement dans un champ magnétique B0 , il crée
alors par l’intermédiaire de la loi d’Ohm un courant électrique : jinduit = σv × B0 .
Ces courants induits génèrent à leur tour un champ induit rotBinduit = µ0 jinduit
qui modifie le champ magnétique total Btotal = B0 + Binduit . On voit ici comment
l’hydrodynamique va modifier le champ électromagnétique.
— Par ailleurs la force de Laplace : dF = jinduit × B0 va agir sur le fluide pour s’op-
poser au mouvement initial. On voit ici comment les champs électromagnétiques
vont modifier l’hydrodynamique.
Par la suite nous allons écrire les équation de la magnétohydrodynamique à partir des
équations du fluide et de Maxwell. Puis nous allons les adimensionner afin de délimiter
les domaines d’application des approximations de la MHD idéale et de la MHD résistive.

3.1 L’équation d’induction


La magnétohydrodynamique est l’évolution couplée du champ magnétique et du
champ de vitesse, il faut donc deux équations (une par champ) chacune possédant un
terme de couplage avec l’autre champ.
L’équation d’induction régit l’évolution dynamique du champ magnétique. On utilise
la loi d’Ohm, et les équations de maxwell pour l’obtenir :

27
j =σ(E + v × B) (3.1)
1
rot( rotB) =σrot(E + v × B) (3.2)
µ0
1 ∂B
(grad(divB) − 4B) =σ(− + rot(v × B)) (3.3)
µ0 ∂t
∂B 1
=rot(v × B) + 4B. (3.4)
∂t µ0 σ
Cette dernière équation est l’équation d’induction compressible. Elle détermine le
transport du champ magnétique par l’écoulement.
Si on se place dans la limite où l’écoulement est incompressible (divv = 0) et en
utilisant l’identité rot(v×B) = (B.grad)v−(v.grad)B+v(divB)−B(divv) on obtient
alors :
∂B
+ (v.grad)B = (B.grad)v + η4B. (3.5)
∂t
Dans cette équation le terme (v.grad)B correspond au transport par convection du
champ magnétique, le terme (B.grad)v à l’étirement du champ de vitesse par le champ
Bet η4B au terme de transport par diffusion du champ magnétique où η = 1/(µ0 σ)
est la diffusibilité magnétique.
Pour comprendre le transport d’un champ par l’autre, on peut prendre l’exemple
d’un vecteur passif dl dans un écoulement u. La dérivée temporelle de ce vecteur s’écrit
alors :
ddl d(r + dl) dr
= − (3.6)
dt dt dt
ddl
= u(r + dl) − u(r) (3.7)
dt
ddl
= u(r) + (dl.grad)u − u(r) (3.8)
dt
ddl
= (dl.grad)u. (3.9)
dt
Ce qui correspond bien à la forme des termes d’advection dans l’équation d’induction.
Il faut noter que l’approximation d’incompressibilité (nombre de Mach petit, M a =
v/cson  1) de l’écoulement est assez rigoureuse. En effet dans les métaux liquides les
vitesses sont très petites devant les vitesses typiques du son (pour le sodium liquide
cson = 2500ms−1 [14]) et les fluctuations de densité dans le vent solaire sont estimées à
5% ce qui confirme que l’approximation est assez bonne pour ces objets-là.

3.2 L’équation de Navier-Stokes


Maintenant nous avons à déterminer l’évolution du champ de vitesse. Nous reprenons
l’équation de Navier-Stokes :

28
∂v
ρ( + (v.grad)v) = −gradp + ν̃4v + fvol (3.10)
∂t
dans laquelle ρ est la masse volumique, p le champ de pression, ν̃ la viscosité dy-
namique (à ne pas confondre avec la viscosité cinématique ν = ν̃/ρ) et fvol une force
volumique extérieure. Classiquement cette force volumique peut être la gravité, la force
de Coriolis,...
Bien entendu en MHD la force volumique est la force de Lorentz telle que :

fvol = ρen E + j × B (3.11)

où ρen correspond à la densité des charges qui diffèrent de l’électro-neutralité. En utili-


sant Maxwell-Gauss et Maxwell-Ampère et en évaluant le champ électrique grâce à la
loi d’Ohm idéale (E ∼ vB, valable quand la conductivité électrique σ est très grande),
on peut évaluer le rapport entre les deux termes de la force.

ρen E v2
∼ 2 (3.12)
jB c
La force de Coulomb est donc négligeable pour des vitesses négligeables devant la vitesse
de la lumière. Dans le cadre de la MHDnon relativiste la force de Lorentz n’interagit
avec l’écoulement qu’à travers sa partie magnétique.
L’équation de navier-Stokes prend donc la forme :
∂v
ρ( + (v.grad)v) = −gradp + ν̃4v + j × B. (3.13)
∂t
On reprend la force de Lorentz :
1
j×B= rotB × B (3.14)
µ0
1 1
j×B=− gradB2 + (B.grad)B, (3.15)
2µ0 µ0
qu’on injecte alors dans l’équation de Navier-Stokes :

∂v B2 1
ρ( + (v.grad)v) = −grad(p + ) + (B.grad)B + ν̃4v. (3.16)
∂t 2µ0 µ0
Les termes magnétiques composent le tenseur des contraintes Maxwell et inter-
viennent sous deux formes différentes. Un terme de pression magnétique −gradB2 /µ0
qui s’ajoute à la pression hydrodynamique et un terme qui s’interprète comme une
tension magnétique 1/µ0 (B.grad)B comme nous le verrons dans le cadre des ondes
d’Alfven.

29
3.3 Aspects énergétiques
La puissance électromagnétique fournie aux charges contenu dans un volume dV de
densité de charge volumique ρe par la force de Lorentz s’écrit :
dW
= FLorentz .v (3.17)
dt
= ρe E.v (3.18)
= j.E (3.19)
1
= rotB.E (3.20)
µ0
(3.21)

En utilisant que : div(E × B) = B.rotE − E.rotB, on peut écrire que :


1
j.E = (B.rotE − div(E × B)) (3.22)
µ0
∂ B2 1
= −j.E − div(E × B) (3.23)
∂t µ0 µ0
Enfin en utilisant la loi d’Ohm 2.50 et une identité vectorielle on obtient :
∂ B2 j2 1
= − − (j × B).v − div(E × B) (3.24)
∂t µ0 σ µ0
où le terme de gauche correspond à l’énergie magnétique convertie ou transporté
par les termes de droites. Le premier terme correspond à la conversion en chaleur
(effet Joules), le second à la conversion en énergie mécanique, le dernier correspond au
rayonnement électromagnétique et se nomme le vecteur de Poynting.
A partir des résultats de l’hydrodynamique on peut écrire alors l’énergie du système
comme la somme des énergies magnétiques et cinétiques tel que :

B2 v2
E≡ + . (3.25)
2µ0 2
Nous verrons par la suite que des échanges d’énergie entre le magnétique et l’hy-
drodynamique entraîne la manifestation d’évènements extrêmement violents dans la
couronne solaire (éjection coronale).

3.4 L’adimensionnement
Nous avons défini les équations pertinentes de la MHD dans les sections précédentes,
cependant dans leur état actuel ces équations sont très difficiles à résoudre analytique-
ment.

30
Afin de pouvoir les utiliser dans les problèmes particuliers que nous allons rencontrer
par la suite, la première étape est de les adimensionner.
L’adimensionnement consiste à réécrire l’équation sans unité et uniquement grâce
à des paramètres adimensionnés. On peut écrire alors les équations dans ce jeu de
paramètres afin de les simplifier pour les résoudre. La détermination des nombres sans
dimension permet alors :
— de simplifier les équations en négligeant les termes infinitésimaux
— d’écrire les solutions valables quelles que soient les données du problème.

Méthode
Le plus simple pour adimensionner est d’écrire directement les variables et les opé-
rateurs adimensionnés en fonction des grandeurs caractéristiques du système, puis de
les introduire dans l’équation et de faire apparaître des nombres sans dimension.
Déroulons un exemple sur l’équation de Navier-Stokes.
1. Écrire les variables adimensionnées :

v ≡ v0 V0 ,
t ≡ L/V0 t0 ,
B = B0 B0 ,
p ≡ p0 p0 ≡ ρ0 V02 p0 ,
j ≡ σV0 B0 j0
grad ≡ 1/Lgrad0 ,

2. On injecte dans l’équation :

∂v0 1 0 0
0
+ (v0 .grad0 )v0 = −grad0 p0 + N (j0 × B0 ) + 4v. (3.26)
∂t Re
3. On fait donc apparaître 2 nombres sans dimensions, le nombre de Reynolds :
ρLV0 qtité de mvt
Re = ≡ , (3.27)
ν̃ diff. visqueuse
le nombre de Stuart :
σLB0 force Lorentz
N= 2
≡ , (3.28)
ρV0 qtité de mvt
qui comparent les termes de l’équation entre eux.
En suivant le même raisonnement on peut écrire l’équation d’induction adimension-
née :

∂B0 1
0
+ (v0 .grad0 )B0 = (B0 .grad0 )v0 + 4B. (3.29)
∂t Rm

31
pour lequel on définit le nombre de Reynolds magnétique tel que :
LV0 qtité de mvt
Rm = ≡ . (3.30)
η diff. magnétique
Selon le poids de chacun des nombres sans dimension, on conclura sur les approxi-
mations/négligences que l’on pourra réaliser. On notera que le théorème de Vaschy-
Buckingham confirme l’existence de trois nombre sans dimension pour décrire le sys-
tème.

3.5 MHD idéale/ MHD résistive


Le nombre de Reynolds magnétique est le nombre clef de la MHDcar il sépare deux
grands domaines de celle-ci la MHD idéale (Rm  1) et la MHD résistive (Rm <∼ 1).
Si on retourne à l’équation d’induction, si la conductivité est infinie alors on a
l’équation :
∂B
= rot(v × B)
∂t
qui est une équation de transport du champ magnétique par l’écoulement dont le temps
caractéristique est : τ = L/v.
En revanche si le milieu est sensiblement au repos (v ≈ 0) alors on a l’équation :
∂B
= η4B
∂t
qui est une équation de diffusion du champ magnétique avec comme temps caractéris-
tique τd = L2 /η.
Le nombre de Reynolds magnétique est donc le rapport entre ces deux temps carac-
téristiques :
τd
Rm = . (3.31)
τ

3.5.1 MHD idéale


L’approximation de la MHD idéale est très souvent utilisée pour le domaine de
l’astrophysique non pas parce que la conductivité du plasma est grande mais parce que
les longueurs et les vitesses caractéristiques sont gigantesques (L, v  1). Par exemple
dans la couche externe du soleil on a [4] :

L ≈106 m (3.32)
v ≈103 ms−1 (3.33)
σ ≈103 Ω−1 m−1 (3.34)
µ0 =4π10−7 N A−2 (3.35)

32
Cela donne une diffusibilité magnétique assez grande :
1
η= ≈ 103 (3.36)
σµ0
néanmoins le Reynolds magnétique est :

Rm ≈ 106  1. (3.37)

La MHD idéale s’applique donc bien malgré la faible conductivité électrique des
plasmas astrophysiques (pour fixer les idées en comparaison la conductivité électrique
d’un métal liquide est σ ≈ 106 Ω−1 m−1 ).
En prenant l’approche par temps caractéristiques, on en conclut que le temps de
diffusion du champ magnétique est toujours très long devant le temps de convection en
MHDidéale. Dès lors en astrophysique, le champ magnétique est uniquement transporté
par l’écoulement : on dit que les lignes de champ magnétique sont gelées (voir dans la
suite le théorème d’Alfvén). La diffusion ne devient pertinente que sur des échelles de
l’ordre du mètre sur lesquelles se produit le phénomène de reconnexion magnétique que
nous verrons plus tard.

3.5.2 MHD résistive


En laboratoire ou dans l’industrie les valeurs du Reynolds magnétique atteignables
sont généralement beaucoup plus faibles qu’en astrophysique notamment parce les
échelles de vitesse et de longueur sont petites. Par exemple dans le circuit primaire
d’un réacteur nucléaire de 4ème génération :

L ≈10m (3.38)
v ≈10ms−1 (3.39)
σ ≈107 Ω−1 m−1 (3.40)
µ0 =4π10−7 N A−2 (3.41)

Cela donne une diffusibilité magnétique assez petite :


1
η= ≈ 10 (3.42)
σµ0
néanmoins le Reynolds magnétique est :

Rm ≈ 1. (3.43)

L’écoulement est donc régi par la MHD résistive, on ne peut pas négliger le terme
de diffusion pour ces phénomènes (illustration en PC2).
Dans le tableau suivant vous trouverez quelques ordres de grandeur de Rm pour
différents systèmes :

33
Industrie Rm
Générateur MHD-gaz 10−3
Décharge diffuse 10−3
arcjet 10−1
métal liquide (mercure) 1 − 10
Propulseur plasma MHD 3
Réaction thermonucléaire ITER 102
Astrophysique Rm
Noyau terrestre 103
Ionosphère 103
Atmosphère solaire 108
Couronne solaire 1015
Espace interplanétaire 1015
Espace interstellaire 1021

Table 3.1: Ordres de grandeurs de différents phénomènes MHD, industriels et as-


trophysique. On remarque que la MHD idéale est extrêmement difficile à réaliser en
laboratoire.

3.6 Analogie avec la thermique : le Prandtl


Le nombre de Prandtl est un nombre sans dimension caractéristique du fluide pour
une température donnée. Il compare la diffusion visqueuse et la diffusion thermique.

temps diff. thermique


Pr ≡ (3.44)
temps diff. visqueuse
ν
Pr = (3.45)
κ
En regardant la signification de P r on comprend que si :
— P r  1 (huile moteur), alors la diffusion thermique est très lente devant la diffu-
sion visqueuse, le profil de température est donc fortement influencé par le profil
de vitesse.
— P r  1 (mercure), alors la diffusion thermique est très rapide devant la diffusion
visqueuse, le profil de vitesse n’influence pas le profil de température.
Pour les métaux liquides P r  1 on ne peut pas utiliser de fil chaud pour faire les
mesures de température car les échanges thermiques entre le fil et le fluide ne sont pas
pilotés par la vitesse de l’écoulement. La mesure de la chaleur perdue par le fil n’est
donc pas pertinente.
Si on reproduit le raisonnement précédent à la MHD on définit alors nombre de
Prandtl magnétique :

34
Figure 3.1: Domaine de validité des approximations MHD dans le plan (Re, Rm)
(d’après [4]). On notera que les deux nombres sans dimension ne sont pas indépen-
dants, en effet ils sont reliés par l’intermédiaire du nombre de Prandtl magnétique.

temps diff. magnétique


P rm ≡ (3.46)
temps diff. visqueuse
ν
P rm = (3.47)
η
En regardant la signification de P rm on comprend que si :
— P rm  1 (plasma interstellaire), alors la diffusion magnétique est très lente
devant la diffusion visqueuse, le profil du champ magnétique est donc fortement
influencé par le profil de vitesse. On se place alors dans le cadre de la MHD idéale
pour laquelle on peut utiliser le théorème du gel.
— P rm  1 (métaux liquides), alors la diffusion magnétique est très rapide de-
vant la diffusion visqueuse, le profil de vitesse n’influence pas le profil du champ
magnétique. On se place alors dans le cadre de la MHD résistive.

35
Chapitre 4

Du plasma et de l’approximation fluide

L’état plasma est décrit comme le 4ème état de la matière. C’est une forme extrê-
mement abondante de l’univers - 99.9% de la matière visible principalement dans les
étoiles - qui consiste en un gaz ionisé. On peut le voir comme une soupe d’électrons
libre dans laquelle baignent des ions.
Le plasma se forme à partir d’un gaz neutre (isolant) qui, soumis à un fort champ
électrique ou à des températures suffisantes, s’ionise. Lorsque le taux d’ionisation est
suffisamment important pour que le nombre d’électrons libres par unité de volume soit
comparable à celui des molécules neutres, le gaz devient alors un fluide conducteur qu’on
appelle plasma. L’objectif de ce chapitre est d’introduire les caractéristiques physiques
des plasmas modifiées par les effets hydrodynamiques et magnétiques des phénomènes
MHD.
On peut faire un rapide calcul d’ordre de grandeur de la température. Si on suppose
que l’énergie thermique doit être du même ordre de grandeur que l’énergie de ionisation
on a donc :

kB T ∼1eV (4.1)
T ∼104 K (4.2)

où kB = 1.38.10−23 m2 kg s−2 K−1 et 1eV = 1.6.1019 J. Le champ électrique pour ioniser


un gaz neutre est appelé champ disruptif ou rigidité électrique et dépend de la pression
du gaz (loi de Paschen). Celui-ci est de l’ordre de 30 kV/cm pour l’air sec et 10 kV/cm
pour l’air humide.
Les deux populations distinctes de particules dans le plasma ainsi que ses condi-
tions nécessaires pour qu’il atteigne l’équilibre fait que les propriétés pour appliquer
l’approximation fluide pour un plasma sont particulières. C’est que nous allons décrire
dans la suite.

36
4.1 Le plasma : des particules au fluide
4.1.1 Degré d’ionisation
Par construction un plasma contient le même nombre d’électrons ne que de la charge
des ions ni (un ion peut être ionisé plusieurs fois).
On appelle degré de ionisation β = ne /(nn − ne ) où nn est la population des espèces
neutres.
Si 10−10 < β < 10−4 : le plasma est faiblement ionisé (plasma industriel).
Si 10−4 < β : le plasma est fortement ionisé (vent solaire, réaction thermonucléaire).

4.1.2 Stabilité et équilibre thermodynamique


La force coulombienne tend à faire se recombiner les électrons et les ions pour revenir
à un état neutre. Donc, si la cause qui a créé l’état plasma s’arrête, le gaz redeviendra
neutre (air après un éclair), si la cause persiste, la recombinaison des particules due à la
force coulombienne peut être compensée par l’ionisation (issue de l’énergie thermique le
plus souvent). On atteint alors l’équilibre thermodynamique. Dans cet état, le plasma
peut être décrit par une distribution indépendante du temps et de l’espace i.e. la nature
du "fluide équivalent" au plasma ne dépend pas de r ni de t. On définit par τeq le temps
caractéristique du plasma pour atteindre l’état d’équilibre thermodynamique.

4.1.3 Plasma collisionnel


Selon les conditions thermodynamiques (température, densité,...), il existe deux
types de plasma : les collisionnels et les non-collisionnels.
Les plasmas non-collisionnels sont peu denses ou avec si peu d’agitation que les
particules échangent peu d’informations (pas de chocs). Dès lors l’équilibre thermique
sera très long à atteindre et chacune des particules aura une vitesse propre dépendante
de son histoire, sans que l’on puisse définir une vitesse moyenne pertinente. Ce type
de plasma est décrit par des approches multi-fluides assez complexes qui n’entrent pas
dans le cadre de ce cours.
Les plasmas collisionnels sont généralement suffisamment denses et ou agités ther-
miquement pour que les particules échangent souvent de l’information par des chocs.
On peut définir un temps entre collisions :
1
τie = (4.3)
fie
De plus, la vitesse de chacune des particules est assez proche d’une valeur moyenne
et l’équilibre thermique est atteint rapidement (τeq et τie sont liés). On peut alors les
traiter par une approche mono-fluide. Par la suite nous allons uniquement traiter ce
type de plasma.

37
Figure 4.1: Schéma de la sphère de Debye

4.1.4 Pulsation Plasma


Le plasma est globalement neutre, mais si un écart à la neutralité apparaît locale-
ment celui-ci va s’accompagner d’un champ électrique qui va s’appliquer à toutes les
charges aux alentours. Les électrons - les particules chargées qui possèdent le moins
d’inertie - vont alors subir une force de rappel coulombienne qui va les pousser à com-
penser ce défaut de neutralité.
Ce mouvement des électrons pour rétablir la neutralité fait alors apparaître des
oscillations de charge dans le plasma à la pulsation :

e2 n0
ωp2 = (4.4)
m e ε0
où e et me sont respectivement la charge et la masse d’un électron, n0 la densité de
population d’ions. Dès lors, ωp correspond à la pulsation à laquelle répondent les élec-
trons d’un plasma lors d’une excitation électromagnétique. Si la fréquence d’excitation
est inférieure à 2πωp alors les électrons ont le temps de s’adapter et neutralisent le
champ. Cela entraîne une réflexion totale des ondes électromagnétiques par le plasma
ce qui explique la portée différente entre les ondes radio à modulation de fréquence (qui
traverse l’ionosphère terrestre) et d’amplitude (qui y sont réfléchies).

4.1.5 Longueur de Debye


La longueur de Debye correspond au rayon de la sphère centrée sur une particule à
l’intérieur de laquelle un observateur va ressentir le champ électrique émanant de cette
particule.
ε0 kB T
λ2D = (4.5)
ni qi

38
Figure 4.2: Schéma du rayon cyclotronique autour d’une ligne de champ magnétique.

où ni et qi sont respectivement la densité de population et la charge de la particule i


dont on calcule la sphère de Debye (voir figure 4.1).
Au delà de cette sphère le champ des autres particules va écranter ce champ qui sera
négligeable au delà de la longueur de Debye. Pour des tailles caractéristiques supérieures
à λD il n’y aura donc pas d’effets locaux dans le plasma.

4.1.6 Effet cyclotronique


Comme nous l’avons dans le premier chapitre la partie magnétique de la force de
Lorentz ne travaille pas. En revanche celle-ci entraîne la déviation de la trajectoire des
particules chargées.
Soit une particule chargée dans un champ magnétique B, on définit la composante
de la vitesse parallèle à la ligne de champ magnétique v// et celle perpendiculaire v⊥ ,
alors la force de Lorentz qui s’applique à la particule s’écrit :
F = qv⊥ × B. (4.6)
Cette force n’influence que v⊥ la composante perpendiculaire à B, v// reste donc
inchangée. La trajectoire de la particule respecte un équilibre entre la force centrifuge
(mv⊥2 /r et la force de Lorentz, on peut alors démontrer que la particule décrit une
trajectoire hélicoïdale orientée selon l’axe de B et de pulsation :
v⊥ qB
ωc = = (4.7)
r m
dont le rayon cyclotronique (rayon de Larmor) est :
v⊥
rc = . (4.8)
ωc
Pour conserver la validité de l’approximation fluide pour le plasma on devra consi-
dérer des tailles grandes devant le rayon cyclotronique.

4.1.7 L’approximation fluide


Il y a d’autres quantités caractéristiques du plasma que nous n’avons pas mention-
nées ici (paramètre plasma, écrantage magnétique,...), mais l’idée n’est pas de faire une

39
Figure 4.3: Tableau récapitulatif de quelques longueurs et temps caractéristiques selon
l’origine des plasmas. (source NRL Plasma Formula)

liste exhaustive mais de cibler les quantités importantes pour connaître le domaine de
validité de l’approximation fluide du plasma.
L’approche fluide consiste à modéliser le plasma par un milieu continu.
Il faut donc observer le plasma à des échelles temporelles et spatiales grandes devant
celles du comportement particulaire afin de ne considérer que les phénomènes collectifs.
Donc si on définie les temps et les longueurs fluides tels que :

L ≡ grad−1 (4.9)
−1

T ≡ . (4.10)
∂t
Pour considérer le plasma comme un fluide il faut donc que :

L  max(rc , λD ) (4.11)
T  max(ωp−1 , ωc−1 , τie , τeq ) (4.12)

Outre le domaine de validité des longueurs caractéristiques minimales à considérer


dans les équations, il faut noter que
— le plasma doit être à l’équilibre thermodynamique → pertinence d’une vitesse
moyenne dans un élément de volume infinitésimal.
— Le mouvement des électrons et des ions doit être indifférencié → il faut dons que
touts les porteurs de charge aient la même inertie, ce qui implique qu’il n’y a pas
d’effet Hall et qui permet l’approximation mono-fluide.

40
Chapitre 5

La MHD idéale

On se place dans cette partie dans le cadre de la MHD idéale qui concerne les
phénomènes pour lesquels le Reynolds magnétique sera grand Rm  1. Ce domaine
couvre la plupart des plasmas astrophysiques (milieu interstellaire, photosphère solaire,
aurore boréale), mais aussi les plasmas des tokamaks comme ceux d’ITER (cf 3.1).
Cette approximation est valide pour l’astrophysique car les longueurs caractéris-
tiques sont très grandes. On pourra néanmoins utiliser sans perdre en généralité que la
diffusibilité magnétique est nulle en MHD idéale (η = 0). On négligera donc la diffusion
du champ magnétique dans la suite de ce chapitre.
Les équations adimensionnées de la MHD idéale incompressible sont :

div B = 0 (5.1)
div v = 0 (5.2)
∂v 1
+ (v.grad)v = −gradp + N (j × B) + 4v (5.3)
∂t Re
∂B
+ (v.grad)B = (B.grad)v. (5.4)
∂t
dans lesquelles on a enlevé les "’" des quantités adimensionnées.
Il faut noter que souvent l’idéalité peut être intrinsèque au fluide considéré. En effet
le nombre de Prandtl magnétique relie le nombre de Reynolds et le nombre de Reynolds
magnétique (P rm = Rm/Re), ce qui fait que lorsque P rm  1 un écoulement à faible
Reynolds peut néanmoins suivre l’approximation de la MHD idéale.

5.1 Le théorème d’Alfvén


5.1.1 Démonstration
Ce théorème est à la base de nombreux résultats en MHD idéale.
Pour démontrer ce théorème, on considère une surface S définie par le contour fermé
C et advectée par l’écoulement à la vitesse u. Si on considère le flux Φ de champ ma-

41
Figure 5.1: Schéma de la déformation de la surface S définie par le contour fermé C.
La variation locale de la surface est δS = uδt × dl

gnétique à travers cette surface, la variation temporelle de ce flux a deux contributions


distinctes. D’un coté la variation intrinsèque du champ due à sa dépendance vis à vis du
temps. De l’autre la contribution due au déplacement et à la déformation de la surface
qui explore des régions où le champ varie spatialement.
Un élément de la variation de la surface défini par dl s’écrie :

δS =uδt × dl (5.5)
δS
=u × dl (5.6)
δt
où δt est la durée du déplacement élémentaire. Si on considère un champ B indépendant
du temps, la variation élémentaire de flux est uniquement due au mouvement de la
surface et s’écrit en intégrant δS sur le contour fermé C :

ZZ ZZ
δ δ
B.dS = B. S (5.7)
δt S δt
ZZ Z S
δ
B.dS = B.(u × dl) (5.8)
δt S
ZZ ZC
δ
B.dS = (B × u).dl (5.9)
δt S C

Si on calcule la variation temporelle du flux du champ magnétique à travers S, en


prenant les deux contributions on a :

ZZ ZZ ZZ
d ∂B δS
B.dS = .dS + B. (5.10)
dt S ∂t δt
ZZ Z ZS Z S
d ∂B
B.dS = .dS + (B × u).dl (5.11)
dt S ∂t C
ZZ Z ZS
d ∂B
B.dS = ( + rot(B × u)).dS (5.12)
dt S S ∂t

42
Figure 5.2: Schéma de la conservation du flux du champ magnétique dans un tube
de flux délimité par les surface S1 et S2 (source : S. Galtier, Magnétohydrodynamique,
vuibert) .

en utilisant le théorème du rotationnel.


On peut conclure, en utilisant l’équation d’induction (la version ∂B
∂t
= rot(u × B)),
que le flux de champ magnétique à travers une surface fermée et entraînée par le fluide
est constant.
ZZ
d
B.dS = 0, (5.13)
dt S
On appelle ce résultat le théorème d’Alfvén ou le théorème du "gel".
L’importance de ce théorème se révèle en deux temps.
— On définit un tube magnétique (figure 5.2), i.e. un tube défini à partir du champ
Btel que sa surface latérale parallèle aux lignes de champ et les surfaces S1 et
S2 sont perpendiculaires. Grâce à l’équation de Maxwell-Thompson, on conclut
directement que le flux de champ magnétique à travers S1 est égal à celui à travers
S2 .
— Si on définit maintenant une surface infinitésimale dS, entraînée par l’écoulement.
Initialement cette surface entoure une ligne de champ magnétique, l’unique pos-
sibilité pour que le flux de champ magnétique à travers dS soit une constante du
temps, c’est que cette surface se déplace le long de cette ligne de champ magné-
tique, c’est à dire que la ligne de courant suit la ligne de champ magnétique.
En MHD idéale, le théorème d’Alfvén implique que les lignes de courant
et les lignes de champ magnétique sont gelées les unes aux autres.

43
5.1.2 Lien avec le rayon de Larmor
Le théorème du gel est une conséquence directe du rayon cyclotronique défini dans
le chapitre précédent, en effet si une particule fluide a une vitesse v⊥ non nulle par
rapport à la direction de la ligne de champ magnétique, la force de Lorentz va lui
donner une trajectoire hélicoïdale qui la piégera le long de la ligne de champ. Comme
dans l’approximation fluide on ne résout pas le rayon cyclotronique on n’observe que le
gel entre les lignes de courant de l’écoulement et de champ magnétique.

5.1.3 Qui entraîne qui ?


Le théorème d’Alfvén démontre que les lignes de courant de l’écoulement et les
lignes de champs magnétiques sont gelées entre elles, mais il n’explicite pas lequel de
ces champs "contrôlent" l’autre. Pour cela, il faut calculer les énergies respectives de
chacun des champs et les comparer. Cela introduit donc un nombre sans dimension :
Ecin
Ma2 ≡ (5.14)
Emag
ρv 2 v2
Ma2 ≡ 2 = 2 (5.15)
B /ε0 VA

où VA = B/ ρε0 est la vitesse d’Alfvén.
Donc pour les écoulements super-alfvéniques c’est le fluide qui pilote la dynamique
du champ magnétique, tandis que pour les écoulements sub-alfvénique c’est le champ
magnétique qui pilote la dynamique.

5.2 Les ondes d’Alfvén


Dans un écoulement incompressible "classique", il ne peut pas se développer d’ondes
de pression (ondes sonores) car celles-ci s’accompagnent de variation de la densité. Ce-
pendant avec l’intervention de la force de Lorentz dans N.S., on peut imaginer l’appa-
rition d’ondes MHD qui utilisent les termes magnétiques comme force de rappel.
Reprenons l’équation de Navier-Stokes adimensionnée :
∂v 1
+ (v.grad)v = −grad(p − N B2 ) − N (B.grad)B + 4v. (5.16)
∂t Re
Cette décomposition de la force de Lorentz - appelé le tenseur de Maxwell - fait
intervenir un terme de pression magnétique grad(B 2 ) et un terme plus difficile à inter-
préter (B.grad)B. Pour comprendre ce terme écrivons son expression en coordonnées
curvilignes pour lesquelles le champ magnétique s’écrit B = Bt.
d
(B.grad)B =B (Bt) (5.17)
ds
dB dt
(B.grad)B =B t + B2 (5.18)
ds ds

44
Figure 5.3: Ligne de champ magnétique en coordonnées curvilignes où t,n, s sont
respectivement la tangente, la normale et la coordonnée.

A partir de la figure 5.3 on peut rappeler les propriétés des coordonnées curvilignes :

ds =Rdθ, (5.19)
dt dt dθ
= , (5.20)
∂s dθ ds
dt 1
et donc : = n. (5.21)
ds R
En utilisant les propriétés précédentes dans l’équation 5.18 on peut écrire le terme
magnétique tel que :

1 ∂B 2 B2
(B.grad)B = t+ n (5.22)
2 ∂s R
Ces termes peuvent alors se comprendre comme des termes de tension magnétique
qui - à l’instar d’une tension élastique dans une corde - tendent à redresser la courbure
des lignes de champ magnétique.
Dans la figure 5.4 on remarque qu’au repos la tension magnétique n’a pas d’effet. Si
on perturbe les lignes de champ magnétique la courbure fait naître des termes de tension
magnétique avec une résultante orientée vers l’intérieur (vers la position au repos). Ils
agissent alors comme une force de rappel. Tout comme dans les cordes "classiques"
ces contributions permettent alors la propagation d’ondes MHD le long de ces cordes
magnétiques. Ces ondes, prédites théoriquement en 1942 et observées en 1959, sont
nommées les ondes d’Alfvén. Nous traiterons de ces ondes de manière plus complète
en exercice. Néanmoins, il faut noter que ces ondes se déplacent le long des lignes de
champ magnétique alors que le mouvement de la perturbation magnétique et du fluide
y est perpendiculaire. Ce sont donc des ondes transversales qui se propagent à la vitesse

45
Figure 5.4: Réponse des lignes de champs magnétiques à une petite perturbation δu
dans le cadre de la MHD idéale. On observe que les termes de tension magnétique
entraîne une force de rappel qui cherche à réduire la courbure des lignes de champ.
(source S. Galtier, magnétohydrodynamique, vuibert)


d’Alfvén VA = B/ ρε0 . Elles sont présentes naturellement dans la couronne solaire où
elles se propagent à des vitesses de 104 km s−1 .
Enfin on peut noter l’existence des ondes magnéto-sonores qui concerne la MHDcompressible.
Ces ondes s’obtiennent en rajoutant une équation sur la pression ∂P ∂t
= − γPρ
grad(ρv)

où γ interviennent dans la vitesse du son cs = γP0 ρ0 .

46
Chapitre 6

Application et limites de la
MHD idéale : le confinement et la
reconnexion magnétique

L’une des applications les plus importantes de la MHD concerne le confinement


du plasma dans les réacteurs de recherche civil sur la fusion nucléaire (ex : ITER).
Pour bien comprendre les enjeux du confinement nous allons tout d’abord faire un tour
des principes de fonctionnement des réacteurs à fusion avant de nous focaliser sur les
différents mécanismes de confinement magnétique.

6.1 Préliminaire : Principe des réacteurs à fusion


6.1.1 La fusion
Le comportement des noyaux atomiques est gouverné par les 3 interactions fonda-
mentales du modèle standard de la physique des particules : l’interaction forte, l’in-
teraction faible et l’interaction électromagnétique. Chaque noyau atomique est composé
d’un certain nombre de protons (chargés positivement) et de neutrons (neutres). A l’in-
térieur des noyaux l’interaction coulombienne tends à repousser les protons entre eux,
tandis que l’interaction forte tend à conserver l’adhésion par l’intermédiaire de la force
nucléaire. Les neutrons tendent donc à stabiliser l’édifice en contrecarrant les forces
de répulsion électrostatiques croissantes entre les protons. Cependant un plus grand
nombre de nucléons fait diminuer l’énergie par liaison dans le noyau, ce qui le rend
moins stable.
Les noyaux instables peuvent se recombiner soit en se désintégrant en noyaux plus
léger : c’est la fission nucléaire qui à l’oeuvre dans les réacteurs nucléaires actuels. Les
noyaux peuvent aussi fusionner pour former des noyaux plus lourds : c’est la réaction
de fusion qui opère au coeur des étoiles et qui le sujet de recherche du réacteur de
recherche ITER.

47
Figure 6.1: Courbe d’énergie des noyaux atomiques en fonction du nombre de nucléons.

La figure 6.1 montre que la réaction de fusion libère beaucoup plus d’énergie par
réaction que la réaction de fission. La maîtrise de cette réaction fournirait une nou-
velle source considérable d’énergie "propre", d’où l’enjeu sociétal que ce sujet a pris
actuellement.

6.1.2 Dans ITER


Dans ITER la réaction mise en jeu est :

Deuterium + Tritium → Helium4 (3.52M eV ) + Neutron (14.1M eV ),

où 1M ev = 106 eV ≈ 1.61.10−13 J.
Pour donner un ordre de grandeur, en traduisant l’énergie cinétique de chacun des
produits de la réaction en température, le noyau d’hélium est à une température de
4.1.1010 K et le neutron à 2.04.1011 K.
Dans un tel réacteur, l’excès d’énergie (17.62M eV ) générée sous forme d’agitation
thermique, doit être transféré vers un circuit hydraulique qui entraîne une génératrice
productrice d’électricité. Pour que la réaction de fusion s’opère il faut que les noyaux
de deutérium et de tritium se rapprochent suffisamment pour entrer dans la zone d’in-
fluence de l’interaction forte. Les deux noyaux étant chargés positivement, il faut donc
franchir une barrière d’énergie due à la répulsion coulombienne. Cette barrière est très
haute et l’énergie cinétique du plasma est généralement inférieure. Cependant, grâce
à l’effet tunnel, la probabilité que l’ion incident franchisse cette barrière est non nulle
et croît avec l’énergie cinétique de celui-ci. Néanmoins pour que la probabilité de réac-
tion soit suffisante, il faut produire un plasma avec une très grande énergie cinétique
(T > 108 K) et avec une très grande densité.

48
Pour que le bilan de la réaction soit positif, il faut limiter les pertes thermiques vers
l’extérieur, c’est pourquoi la solution de confinement magnétique a été privilégiée.
Le principe de fonctionnement d’ITER est donc :
— On chauffe dans une chambre à vide toroïdale quelques grammes (mélande de
deuterium et de tritium) de plasma jusqu’à une température de 150.106 K.
— Pour confiner ce plasma au centre de la chambre et donc limiter les pertes ther-
miques et l’endommagement de l’enceinte, on confine le plasma grâce à un champ
lui aussi toroïdal.
— Comme nous sommes dans l’approximation de la MHD idéale, les particules
fluides de plasma sont piégées sur les lignes de champ magnétique. Si les lignes
de champ magnétique se resserrent i.e. que le champ s’intensifie, la densité du
plasma augmente.
— Dans les conditions suffisantes, la réaction de fusion survient et libère alors un
neutron qui, insensible au champ magnétique, ira alors frapper la couverture de
la chambre à vide qui est composée de lithium (liquide ou solide).
La réaction :
Lithium + Neutron → Tritium + Helium4
peut alors alimenter en tritium le coeur du réacteur, tandis que la chaleur récu-
pérée est transmise à un circuit hydraulique secondaire reliée à une génératrice
de courant.
La MHD intervient dans deux des mécanismes du réacteur : dans le confinement ainsi
que dans la couverture tritigène. Dans sa conception actuelle, celle-ci est composée d’un
écoulement de lithium liquide, qui, soumis au champ magnétique intense des bobines
électromagnétiquse de confinement, peut faire apparaître des phénomènes purement
MHD.
Par la suite, nous nous intéresserons aux différents mécanismes de confinement qui
sont à l’origine des plus gros défis technologiques et scientifiques auxquels est confronté
ITER de nos jours.

6.2 Le confinement magnétique


L’objectif d’ITER est de réussir à produire 500 MW de puissance thermique sur des
temps de l’ordre de la dizaine de minutes. Pour cela, il faut arriver à chauffer le plasma
à 150.106 K et maintenir une densité du plasma de l’ordre de 10−7 fois plus faible que
la densité de l’air ambiant. Même cette densité est petite les températures mises en
jeu sont telles que le confinement est une des problématiques principales de la fusion
thermonucléaire.
En utilisant les propriétés de la MHD idéale on sait que :
• Si le plasma est piégé sur une ligne de champ magnétique, en resserrant ces lignes
de champ le plasma peut être confiné.

49
Figure 6.2: Schéma de principe d’ITER. La chambre à vide siège de la réaction de fu-
sion contient le plasma. Les neutrons produits vont frapper la couverture de lithium qui
réapprovisionne le plasma en tritium et qui transmet la chaleur à un circuit secondaire
couplée à une génératrice.

• Cela permet de contenir les particules au centre pour limiter les pertes thermiques
et que les particules chargées ne détériorent pas les parois du réacteurs.
• Si les scénarios de confinement du champ magnétique sont bien maîtrisés, mal-
heureusement ces confinements sont instables.
Dans un premier temps nous détaillerons les équilibres pour différents confinements,
puis nous étudierons la stabilité de ces équilibres (théorie linéaire des perturbations)
dans le chapitre suivant.

6.2.1 L’effet miroir magnétique


Le premier mécanisme de confinement existe aussi dans la nature au niveau des
pôles magnétique terrestre. A proximité de la terre, les particules chargées du vent
solaire sont soumises au champ magnétique terrestre. A ces échelles l’approximation de
la MHD idéale s’applique car Rm  1, les particules de plasma se retrouvent piégées
le long des lignes de champ à cause du théorème du gel issu du rayon cyclotronique.
Or à proximité des pôles le champ magnétique s’intensifie car les lignes de champs
se resserrent. Les particules "rebondissent" alors au niveau de ces champs intenses et
repartent dans le sens inverse.
Pour démontrer cet effet, on suppose que le moment magnétique et l’énergie totale
d’une particule chargée piégée le long d’une ligne de champ sont constants.

50
Figure 6.3: Schéma de principe de l’effet miroir qui a lieu au niveau des pôles magné-
tiques terrestre. Les particules chargées piégées sur une ligne de champ sont "réfléchies"
au niveau des zones de champ fort.

• Le moment magnétique d’une particule chargée est défini par :


1
µ= r×j (6.1)
2
Où r est le rayon de courbure de la trajectoire de la particule, et j = qv⊥ la densité de
courant associée à la particule, n. b. v⊥ est la vitesse orthogonale à la ligne de champ.
Pour une particule en rotation hélicoïdale autour d’une ligne de champ magnétique :
1
µ = rc × qv⊥ , (6.2)
2
puis en utilisant l’équation pour le rayon de Larmor rc = mv
qB

le moment magnétique
devient :
mv⊥2
µ= (6.3)
2B
qui est une constante du mouvement si la dynamique est lente devant le temps cyclo-
tronique τc = 2π/ωc (invariant adiabatique).
La conservation du moment magnétique entraîne que si l’intensité du champ ma-
gnétique augmente alors la vitesse orthoradiale v⊥ augmente aussi.
• L’énergie cinétique d’une particule du plasma se conserve, donc
1 1
Ec = v⊥2 + v/2/ = cte (6.4)
2 2
En remplaçant par l’expression de v⊥ issue du moment magnétique, on obtient :
1
Ec = µB + v/2/ = cte. (6.5)
2
Donc dans les régions de champ magnétique intense, la conservation de l’énergie im-
plique que la vitesse longitudinale v// diminue jusqu’à possiblement atteindre une valeur
nulle. La particule est alors "réfléchie". On dit que le plasma fuit les champ magnétique
intense.

51
Figure 6.4: Schéma de principe du confinement magnétique de type bouteille. On
resserre les lignes de champ magnétique à chaque extrémités ce qui entraîne une aug-
mentation du champ et donc la réflexion des particules chargées.

Il faut noter cependant que la réflexion n’est pas totale et dépend de la valeur de
Bet du rapport v⊥ /v// (voir PC).
Le miroir magnétique peut être utilisé dans le confinement de type bouteille décrit
dans la figure 6.4. Il a été abandonné pour réaliser la fusion car, par construction, il
permet de nombreuses pertes thermiques. Cependant, cet effet est présent au niveau
des pôles magnétiques terrestre et entraîne le piégeage des particules de vent solaire qu
font alors des aller-retours dans les ceintures de Van Allen.

6.2.2 L’état d’équilibre de confinement


Dans la suite, nous allons détailler l’équilibre de deux types de confinements. Pour
cela on se place dans le cadre de la MHD idéale en équilibre statique pour décrire le
plasma au repos, soumis à un champ magnétique B0 , et sans courant électrique de
forçage (uniquement du courant induit).
Les équations de la MHD sont :

v0 = 0 (6.6)
1
−gradp0 + (j0 × B0 ) = 0 (6.7)
µ0
divB0 = 0. (6.8)

Les champs ne dépendent que des variables d’espace et vérifient les équations :

j0 .gradp = 0 (6.9)
B0 .gradp = 0 (6.10)
1
j0 = rotB. (6.11)
µ0

52
Figure 6.5: Schéma de principe du confinement magnétique θ-pinch. On applique un
courant azimuthal qui va générer un champ magnétique axial qui en interagissant avec
son courant induit va alors créer une pression radiale de confinement.

6.2.3 Le confinement θ-pinch


Le principe du θ-pinch est d’appliquer une densité de courant électrique azimuthale
jext à la surface d’un cylindre de rayon R dans lequel on veut confiner le plasma. Ce
courant va générer un champ magnétique B0 orienté le long de l’axe du cylindre. Ce
champ va alors induire la densité de courant j0 azimuthale à l’intérieur du plasma. La
force de Lorentz produite à partir du courant induit et du champ magnétique exercera
alors une pression radiale de confinement.
Comme nous sommes en symétrie axiale, les champs sont indépendants de θ et z,
on peut donc écrire que la densité de courant induite est de la forme :
1 ∂B0z
j0 = − eθ (6.12)
µ0 ∂r
en négligeant les composantes de champ magnétique induite selon r et z. Ceci entraîne
un gradient de pression tel que :
1 ∂B0z
gradp0 = − B0z er . (6.13)
µ0 ∂r
En intégrant selon r et en prenant la pression hydrodynamique p0 nulle en r = R, on
obtient :
1 2 1 2
p0 (r) + B0z (r) = B (R). (6.14)
2µ0 2µ0 0z
Enfin, on peut écrire l’évolution du champ magnétique à l’intérieur du cylindre :
p
B0z (r) = B0z (R) 1 − β(r). (6.15)

53
Figure 6.6: Schéma de principe du confinement magnétique z-pinch. On applique un
courant axial qui va générer un champ magnétique azimuthal qui en interagissant avec
son courant induit va alors créer une pression radiale de confinement.

avec β(r) = B 2 p(R)/2µ


0 (r)
0
qui définit le rapport entre pression cinétique (hydrodynamique)
0z
et pression magnétique. A l’équilibre thermodynamique on peut exprimer la pression
cinétique grâce à la température : β(r) = B 2 nk BT
.
0z (R)/2µ0
Si β > 1 le plasma est dominé par l’énergie cinétique des particules.
Si β < 1 le plasma est dominé par l’énergie du champ magnétique.
Pour fixer les idées, dans ITER, le champ magnétique est de l’ordre de 5 T, la densité
de l’ordre de 1019 , ce qui donne β ≈ 0.004, le plasma est donc dominé par le champ
magnétique, qui peut alors confiner le plasma.
En pratique, le confinement θ-pinch est assez stable, cependant, à nouveau par
construction il y a des fuites aux extrémités du cylindre.

6.2.4 Le confinement z-pinch


Le principe du z-pinch est l’inverse de celui du θ-pinch. Ici on applique une densité
de courant électrique axiale jext à la surface de cylindre de rayon R. Ce courant va
alors générer un champ magnétique B0 azimuthal. Ce champ va alors induire la densité
de courant j0 axiale à l’intérieur du plasma. La force de Lorentz produite à partir du
courant induit et du champ magnétique exercera une pression radiale de confinement.
En reprenant le raisonnement du θ-pinch, (symétrie axiale, champs indépendants de
θ et z) on peut donc écrire que la densité de courant induite est de la forme :

1 ∂rB0θ
j0 = ez (6.16)
µ0 r ∂r

54
en négligeant les composantes du champ magnétique induit selon r et z. Ceci entraîne
un gradient de pression tel que :
1 ∂rB0θ
gradp0 = − B0θ er . (6.17)
µ0 r ∂r
Si la dérivée est positive alors la force de Lorentz entraîne une pression hydrodynamique
qui confine le plasma. On réécrit le gradient de pression :
∂ 1 2  1 2
p0 (r) + B0θ (r) = − B (R). (6.18)
∂r 2µ0 µ0 r 0θ
Le terme de droite est un terme de tension magnétique - additionnel par rapport au
confinement θ-pinch. Selon le profil du champ magnétique B0θ , on pourra confiner
le plasma. En pratique cette configuration est assez instable mais on peut atteindre
des confinements plus efficace. Par exemple, le confinement d’un plasma jusqu’à une
température de 109 K a été réalisé avec cette configuration.

6.2.5 z + θ = Tokamak
Pour additionner les avantages des deux types de confinement, réduire les problèmes
de fuite du z-pinch, et stabiliser l’équilibre du θ-pinch, la solution est de les combiner
pour former ce qu’on appelle un tokamak.
La configuration tokamak consiste en un tore dans lequel les lignes de champs ma-
gnétiques ont une configuration hélicoïdales afin de minimiser les différences d’intensité
entre les lignes de champ à l’intérieur du tore et celles à l’extérieur. En effet, à cause
de l’effet miroir magnétique et de la force centrifuge, dans un tore simple, le plasma a
tendance à se déplacer vers l’extérieur du tore ce qui augmente la possibilité de pertes
thermiques.
Pour créer la configuration hélicoïdale du champ magnétique, on ajoute une com-
posante poloïdale au champ toroïdal initial. Pour cela on induit un courant électrique
à l’intérieur du plasma en faisant varier le champ d’une bobine d’axe vertical située au
centre du tore. On applique donc un courant alternatif de quelques méga-ampère à une
fréquence de l’ordre du Hertz à l’intérieur de cette bobine. Ce caractère cyclique peut
être problématique pour la production d’une réaction de fusion continue.
L’alternative au tokamak est le stellarator dont le principe est de modifier la configu-
ration du champ magnétique de confinement pour que, sur un tour, l’intensité du champ
sur une trajectoire soit partout la même. Différentes variantes existe par exemple cer-
taines combinent deux tores tournant dans des sens opposés pour compenser la déviation
du plasma sur un tour.
Le confinement tokamak est en cours de mise au point actuellement dans ITER,
cependant le point le plus délicat concerne la stabilité du plasma. En effet, expéri-
mentalement, il a été observé des évènements très brefs (τ = 20 ms) qui font perdre
le confinement du plasma et qui peuvent endommager l’enceinte en relachant des dé-
charges de quelques millions d’ampères sur une surface de quelques cm2 .

55
Figure 6.7: Schéma de principe d’un tokamak. Cette géométrie élaborée en 1951 com-
bine les champs magnétiques de confinement d’un z-pinch et d’un θ-pinch. Pour cela, un
réseau de bobines supracondutrices génère un champ toroïdal, et une bobine centrale in-
duit un courant dans le plasma qui génère à son tour la composante de champ poloïdal.
La combinaison des deux génère la configuration hélicoïdale des lignes de champ.

Ces instabilités, nommées des disruptions, pourraient être due à une perte locale de
l’idéalité de l’écoulement plasma. Dans ce cas, il apparaîtrait alors des zones de diffusion
du champ magnétique qui entraîneraient une reconfiguration topologique des lignes de
champ que l’on nomme la reconnexion magnétique. Ce phénomène, à l’origine entre
autres des éruptions solaires, est décrit dans le chapitre suivant.

6.3 La reconnexion magnétique


6.3.1 Description
Dans le cadre de la MHD idéale, à cause du théorème du gel, les lignes de courant
et les lignes de champs sont gélées les unes avec les autres. Cela signifie qu’il ne peut
pas y avoir de reconfiguration toplogique des lignes de champ. Par exemple, deux lignes
de champ ne peuvent pas se "briser" et se reconnecter entre elles. Cependant, comme
on l’a vu précédemment, le domaine de validité de la MHD idéale est déterminé par les
grands nombres de Reynolds magnétique. Or, celui-ci dépend de l’échelle d’observation
L : Rm = σµ0 vL. Il y a donc toujours une échelle en dessous de laquelle le théorème
du gel ne sera plus respecté. Sur ces échelles des courants électriques apparaîtront, le
champ magnétique pourra alors diffuser ce qui réorganisera des lignes de champ.
Plus particulièrement, si on se place dans le cas où deux lignes de champ magnétique
de sens opposés se rapprochent suffisamment l’une de l’autre, une nappe de courant se
forme entre les deux et une réorganisation topologique se produit. Une fois la recon-
nexion terminée, les lignes de champ s’éloignent avec une vitesse beaucoup plus élevée
que la vitesse d’approche.

56
Figure 6.8: Schéma de principe de la reconnexion magnétique. 2 lignes de champ
de sens opposés se rapprochent l’une de l’autre localement. A partir d’une certaine
proximité, la MHD idéale n’est plus respectée, une nappe de courant se crée entraînant
alors la reconfiguration des lignes de champ.

Figure 6.9: Localisation de la reconnexion magnétique dans la queue de la magnéto-


sphère. Lors de la reconnexion, le vent solaire piégé dans la magnétosphère est libéré
et peu alors atteindre les pôles magnétiques terrestre, ce qui crée alors d’importante
aurores boréales.

La reconnexion magnétique permet donc le transfert d’énergie magnétique en énergie


cinétique.
Ce processus est extrêmement étudié car il pourrait être une nouvelle source d’éner-
gie. Il a aussi lieu dans la magnétosphère et permet l’entrée du vent solaire à la base des
aurores boréales. Il est aussi important dans les éruptions solaires, dont la prédiction
est cruciale pour la protection des satellites et l’exploration spatiale. Il faut noter que
la reconnexion est un phénomène plus large que la MHD car la reconfiguration topo-
logique des lignes de vorticité dans l’hélium superfluide par exemple relève des mêmes
processus.

6.3.2 Modèle de nappe de courant en MHD idéale


Dans un premier temps, nous allons nous intéresser aux limites de la MHD idéale
en étudiant la description de deux lignes de champ de sens opposés. Le système se
compose d’un champ magnétique qui dépend linéairement de l’altitude donc pour une

57
Figure 6.10: Schéma d’une nappe de courant entre deux lignes de champ magnétique
dans l’approximation de la MHDidéale.

nappe d’épaisseur 2l :
y
B(y) = B0 ex pour(−l < y < l) (6.19)
l
et qui constant ailleurs :

B(y) =B0 ex pour y > l, (6.20)


B(y) = − B0 ex pour y < −l. (6.21)

Ce changement de signe génère une nappe de courant en y = 0 telle que :


1
j= rotB (6.22)
µ0
1 ∂B
j= ez (6.23)
µ0 ∂y
B0
jz = − (6.24)
µ0 l
Lorsque les lignes de champ se rapprochent alors l → 0 et jz → +∞. Aucun méca-
nisme brisant cette configuration existe en MHD idéale, cependant à partir d’un certain
l Rm ∼ 1. On peut conclure que le système est stable jusqu’au moment où la MHD
idéale ne s’applique plus : c’est à ce moment la reconnexion magnétique apparaît.

6.3.3 Modèle de Sweet-Parker.


Le premier modèle décrivant la reconnexion magnétique a été établit 1956 par Peter
Sweet et Eugene Parker. Il reprend le modèle de nappe de courant en MHD idéale décrit
précédemment mais la zone où le champ magnétique varie linéairement, et où se trouve
la nappe de courant, est une zone de reconnexion dans laquelle le champ magnétique
peut diffuser. Dans cette région, la diffusibilité magnétique est non-nulle, on peut alors

58
Figure 6.11: Schéma de principe de la reconnexion de Sweet-Parker. Le processus de
diffusion a lieu dans la zone grisée pour laquelle l  L.

utiliser les équations de la MHD standard incompressible inviscide en régime permanent


alors que tout le reste de l’espace est piloté par la MHD idéale.
La démonstration et les résultats issus du modèle de Sweet-Parker sont dans la PC
associée. Cependant, il faut noter que le modèle donne un temps caractéristique pour
la reconnexion magnétique de :
s
L LVA
τrec = . (6.25)
VA η

L’application numérique du temps caractéristique pour la couronne solaire donne :


τrec ≈ 107 s, alors que l’ordre de grandeurs des observations est de 10s. Pour ce phé-
nomène le modèle de Sweet-Parker est donc faux, il existe des modèles améliorant les
prédictions. Par exemple, le modèle de Petcheck qui modifie la forme de la régions de
reconnexion et impose une taille de nappe L plus petite. Il a été proposé un modèle
turbulent de Sweet-Parker, pour lequel on introduit une diffusibilité magnétique "tur-
bulente" qui est beaucoup plus grande que celle basée uniquement sur les phénomènes
diffusifs. Cependant, aucun modèle n’est pleinement satisfaisant à l’heure actuelle.

59
Chapitre 7

Les instabilités MHD

On a vu dans le chapitre précédent différents types de confinements. En regard


des températures et des courants mis en jeu, la stabilité du confinement est cruciale
pour maintenir la réaction de fusion ainsi que l’intégrité des enceintes de la chambre
à vide. On a vu que la reconnexion magnétique pouvait faire perdre la stabilité de ces
confinements, cependant, d’autres sources d’instabilités pourraient exister. L’objectif de
ce chapitre est d’essayer de faire une introduction à la théorie linéaire des perturbations
qui permet de prédire un certain nombres d’instabilités.

7.1 Définition
On dit qu’un système est à l’équilibre lorsque son évolution temporelle est décrite
par les solutions d’une équation connue (ressort/pendule en oscillation, chaîne soumise
à son propre poids, ...).
— Cet équilibre est stable si, lorsqu’on perturbe le système initialement à l’équilibre,
il revient dans ce même état.
— Cet équilibre sera instable si, lorsqu’on perturbe le système initialement à l’équi-
libre, quelque soit la taille de la perturbation, il s’éloigne de cet état. L’évolution
du système n’est plus décrite par la solution initiale, il peut même être décrit par
une autre équation d’évolution.
Plus généralement, on peut définir une instabilité comme étant le changement de la
solution décrivant l’évolution d’un système. Il faut noter que la stabilité d’un équilibre
n’est pas forcément synonyme de robustesse de l’état vis à vis d’une perturbation in-
finitésimale. Mais en pratique, de ce raisonnement sur l’évolution d’un état d’équilibre
après une perturbation infinitésimale découle une première approche du domaine des
instabilités : la théorie linéaire des perturbations.
Concrètement dans les études de stabilité de ce type, on définira une perturbation
sous la forme d’une onde, qui entraînera par exemple l’apparition d’oscillations si c’est
un équilibre stable où d’une croissance exponentielle dans le cas instable (voir figure
7.1).

60
Figure 7.1: Schéma des différents types d’équilibres dans le cas unidimensionnel. Haut-
gauche : équilibre stable à toutes les perturbations. Haut-droite : équilibre instable avec
croissance exponentielle quelque soit la taille de la perturbation. Bas-gauche : équilibre
métastable, sans frottement le système restera un temps dans l’équilibre initial avant
d’en sortir exponentiellement. Bas-droite : l’équilibre est instable à partir d’une certaine
amplitude de perturbation.

Dans la figure 7.1, nous représentons les différents types d’équilibre dans un système
unidimensionnel. Par la suite, on s’intéressera à la stabilité linéaire.
Beaucoup de phénomènes naturels tels que la dynamo terrestre ou solaire, l’accré-
tion des disques protoplanétaires sont des mécanismes d’instabilités qu’il convient de
comprendre afin de prédire leur évolution qui peut être chaotique.
Les instabilités sont aussi en oeuvre dans l’industrie comme dans les cellules de
réduction de l’aluminium où elles entraînent une surtension, ou dans les tokamaks pour
qui la perte de confinement peut dégrader les parois du tore.

7.2 Analyse de stabilité linéaire


La méthode consiste à rajouter aux solutions de l’état de base une perturbation
infinitésimale. La forme des solutions des équations pour cette perturbation donne alors
la stabilité du système.
En MHD pour le champ de vitesse et le champ magnétique on peut poser :

u =v0 + v1 (7.1)
B =B0 + B1 (7.2)

où v0 , B0 sont les champs solutions de l’équilibre initial et v1 , B1 les perturbations


infinitésimales.

61
Figure 7.2: Potentiel unidimensionnel V (x). A est un point d’équilibre instable, B un
point d’équilibre stable.

7.2.1 Cas unidimensionnel


On s’intéresse ici au cas 1D où le champ de forces F(x) dérive d’un potentiel V (x).
dV (x)
F(x) = −gradV (x) = − (7.3)
dx
Celui-ci possède deux extrêmes A et B, en xA et xB (voir figure 7.2), donc F (xA ) =
F (xB ) = 0.
Afin de déterminer la stabilité de ces extrêmes, on fait un développement limité
autour de ces positions :
F (x) =F (xA,B ) + F 0 (xA,B )(x − xA,B ) + o(x) (7.4)
F (x) =0 − V 00 (xA,B )(x − xA,B ) + o(x) (7.5)
La stabilité de l’équilibre est donc pilotée par le signe de V 00 . Dans le cas décrit dans la
figure
— V 00 (xB ) > 0 alors F (x+ ) < 0 et F (x− ) > 0, le champ de force tend à ramener le
système à sa position d’équilibre en B.
— Si V 00 (xA ) < 0 alors F (x+ ) > 0 et F (x− ) > 0, le champ de force tends à éloigner
le système à sa position d’équilibre en A.
Pour aller un peu plus loin, on introduit δxA = x−xA une perturbation infinitésimale
de l’équilibre autour de A.
L’équation d’évolution de cette perturbation est :

dδxA
m =F (x) − F (xA ), (7.6)
dt2
dδxA
m 2 = + F 0 (xA )δxA , (7.7)
dt
dδxA
m 2 = − V 00 (xA )δxA , (7.8)
dt

62
Figure 7.3: Les 4 différents types d’équilibre en 2 dimensions. a) équilibre instable
dans toutes directions, b) équilibre stable dans toutes les directions c) et d) point selle
ou noeud-col pour lesquels il y a une direction stable et toutes les autres directions
instables.

dont la solution est :


δxA = δx0A eiωA t (7.9)
00 (x
avec ωA2 = V m A ) .
Donc dans le cas ici, la solution pour la perturbation au point A est instable avec
une croissance exponentielle. Si on fait le même raisonnement autour du point B on
montre que le point B est stable, et que la trajectoire est oscillante.
q
V 00 (xA )
0 ± t
δxA =δxA e m (7.10)
q
V 00 (xB )
δxB =δx0B e±i m
t
. (7.11)

7.2.2 Cas bidimensionnel


On reprend le même raisonnement que dans le cas unidimensionnel. Le champ de
forces F(x, y) dérive d’un potentiel V (x, y) tel que :

∂V (x, y) ∂V (x, y)
F(x, y) = −gradV (x, y) = − ex − ey . (7.12)
∂x ∂y

Les extrêmes A et B, en (xA , yA ) et (xB , yB ) sont définis par F (xA , yA ) = F (xB , yB ) =


0. Les différentes configurations d’équilibre en 2D sont reportées dans la figure 7.3.
∂V
(a) ∂x
< 0, ∂V
∂y
< 0 la configuration est instable dans toutes les directions.
∂V
(b) ∂x
> 0, ∂V
∂y
> 0 la configuration est stable dans toutes les directions.

63
(c) ∂V
∂x
> 0, ∂V
∂y
< 0 configuration où la direction ex est stable et toutes les autres
directions sont instables.
(d) ∂V
∂x
< 0, ∂V
∂y
> 0 configuration où la direction ey est stable et toutes les autres
directions sont instables.
En deux dimensions, à partir du moment où le potentiel est négatif selon une variable,
toutes les perturbations avec une composante selon cette variable déstabiliseront l’équi-
libre.
On remarque que plus le système a une grand nombre de dimensions moins il y a
de types d’équilibres stables. Les systèmes avec un grand nombre de dimensions seront
donc plus facilement instables, voir chaotiques.

7.3 Application à la MHD


Dans cette section nous allons reprendre les équations de la MHD standard inviscide
et introduire la décomposition des champs de l’équation 7.2 qui introduit les perturba-
tions infinitésimales. Par soucis de simplicité, on se place dans la suite dans le cas d’un
fluide au repos.

7.3.1 Navier-Stokes
On reprend l’équation de Navier-Stokes :
∂v
ρ( + (v.grad)v) = −gradp + (j × B) (7.13)
∂t
A t = 0 le système est l’état d’équilibre : v0 = 0, p0 = cte, ρ0 = cte et B0 est
indépendant du temps.
A t = 0+ on perturbe le système, on écrit alors tout les champs en les décomposant
entre la partie à l’équilibre et la partie perturbée. Les champs sont de la forme :

v =0 + v1 (7.14)
B =B0 + B1 (7.15)
p =p0 + p1 (7.16)
ρ =ρ0 + ρ1 (7.17)

Ensuite on réécrit Navier-Stokes à t = 0+ en identifiant les termes de même ordre.


1
0 = −gradp0 + (rotB0 × B) (ordre 0) (7.18)
µ0
∂v1 1
ρ = −gradp1 + (rotB0 × B1 + rotB1 × B0 ) (ordre 1). (7.19)
∂t µ0

On dérive par rapport au temps (∂/∂t ≡ ˙ ) l’équation à l’ordre 1,

64
1
ρv̈1 = −gradṗ1 + (rotB0 × Ḃ1 + rotḂ1 × B0 ). (7.20)
µ0
On essaie maintenant d’écrire tous les champs d’ordre 1 en fonction de la perturba-
tion de vitesse v1 :
• Pour le champ de pression on suppose que le système suit une évolution isentro-
pique,
p
= cte (7.21)
ργ
dp γp dρ
− =0 (7.22)
dt ρ dt
La dérivée particulaire de la masse volumique permet d’identifier dérivée droite et
dérivée partielle :
dρ ∂ρ1
= + (v1 .grad)ρ0 (7.23)
dt ∂t
dρ ∂ρ1
= . (7.24)
dt ∂t
Tandis que la conservation de la masse permet de relier vitesse et masse volumique
∂ρ1
+ ρ0 div(v1 ) =0 (7.25)
∂t
En injectant dans la dérivée particulaire de la pression on arrive à exprimer la
pression p1 en fonction de la vitesse v1 :
dp ∂p1
= + (v1 .grad)p0 (7.26)
dt ∂t
γp0 ∂ρ1 ∂p1
− = (7.27)
ρ0 ∂t ∂t
γp0 div(v1 ) =ṗ1 (7.28)

• Pour le champ magnétique on utilise l’équation de Maxwell-Ampère associée à la


loi d’Ohm dans laquelle on suppose la densité de courant nulle.
∂B1
− =rotE1 , (7.29)
∂t
j1 =σ(E1 + v1 × B0 ) = 0, (7.30)

qui donne :

Ḃ1 =rot(v1 × B0 ). (7.31)

65
• Finalement, on injecte ces résultats dans l’équation de Navier-Stokes :
1
ρ0 v¨1 = −γp0 grad(divv1 ) + (rotB0 × rot(v1 × B0 ) + rot(rot(v1 × B0 )) × B0 )
µ0
(7.32)

Le raisonnement précédent permet d’exprimer l’équation de la dynamique des fluides


uniquement en fonction de la perturbation de vitesse. De plus, cette équation ne fait
intervenir que des opérateurs linéaires et les champs à l’ordre 0, on peut donc résoudre
cette équation sous certaines conditions. Dans la suite nous introduirons la méthode
des modes normaux pour la résolution des instabilités.

7.3.2 Modes normaux


Le préalable à la résolution par la méthode des modes normaux est l’introduction
de l’opérateur des petits mouvements. Pour cela on utilise la description lagrangienne :

r = r0 + ξ (7.33)
où ξ est un petit déplacement d’ordre 1 par rapport à la position d’équilibre.
Un développement limité de la vitesse autour de la position d’équilibre permet
d’écrire :

v1 (r, t) =v1 (r0 , t) + (ξ.grad)v1 (r0 , t), (7.34)

or le second terme est d’ordre 2, dès lors :

v1 (r, t) ≈ v1 (r0 , t) (7.35)


˙ 0 , t).
v1 (r, t) ≈ ξ(r (7.36)

Comme nous sommes initialement à l’équilibre, à t0 = 0 on a :


¨ 0 , t) ≈ 0
ξ(r (7.37)
ξ(r0 , t) ≈ 0. (7.38)

On remplace alors la perturbation de vitesse v1 par la dérivée du déplacement ξ˙


dans N.S.
...
˙ + 1 (rotB0 × rot(ξ˙ × B0 ) + rot(rot(ξ˙ × B0 )) × B0 ) (7.39)
ρ0 ξ = −γp0 grad(divξ)
µ0
Puis en intégrant par rapport au temps, en remarquant que l’équation (7.38) impose
que la constante est nulle, on obtient :
1
ρ0 ξ¨ = −γp0 grad(divξ) + (rotB0 × rot(ξ × B0 ) + rot(rot(ξ × B0 )) × B0 ). (7.40)
µ0

66
Cette équation est l’égalité entre l’opérateur linéaire et la dérivée temporelle seconde
du déplacement infinitésimal.
¨ 0 , t) = L(ξ(r0 , t))
ρ0 ξ(r (7.41)

où L est un opérateur linéaire uniquement sur les variables d’espace.


L’approche des modes normaux consiste à supposer que l’on peut séparer les dépen-
dances en temps et en espace dans les solutions (variables séparées). La solution est de
la forme :
˜ 0 )e−iωt ,
ξ(r0 , t) = ξ(r (7.42)
En introduisant dans l’équation 7.41 on obtient :
˜ 0 )e−iωt = L(ξ(r
−ρω 2 ξ(r ˜ 0 ))e−iωt . (7.43)

qui est une équation d’un problème aux valeurs propres de l’opérateur L.
Petit rappel :
Chercher les valeurs propres d’un opérateur linéaire L correspond à trouver l’en-
semble des vecteurs Vi tels que :

(L − λi Id)Vi = 0 (7.44)

où V est le vecteur propre associé au scalaire λi qui sa valeur propre.


On peut donc affirmer que les solutions de la théorie perturbative appliquée à la
MHD standard inviscide sont de la forme :
L ˜
−ωn2 ξ˜k = (ξn ). (7.45)
ρ

où ωn2 sont les valeurs propres de l’opérateur Lρ et ξ˜n les vecteurs propres associés.
La solution générale est donc la combinaison linéaire des vecteurs propres ξ˜n (modes
normaux) qui évoluent indépendamment les uns des autres à leur pulsation propres ωn .
X
ξ(r0 , t) = an ξ˜n (r0 )eiωn t . (7.46)
n

Par ailleurs, on appelle an la coordonnée normale (amplitude du mode).


Les propriétés de l’opérateur L (linéaire, hermitien), font que les valeurs propres
sont réelles, et que les vecteurs sont orthogonaux entre eux (modes normaux). Enfin, le
signe des valeurs propres donne la stabilité du mode associé, à partir du moment où un
seul mode est instable on dit que l’équilibre est instable. En effet, le taux de croissance
du mode instable étant le seul positif, il est le seul à être amplifié alors que les autres
s’amortissent avec le temps. Il deviendra forcément prépondérant dans la dynamique
du système, le rendant instable.
• Si ωn2 > 0, alors ωn ∈ R, et donc l’évolution temporelle est une oscillation. Le
mode est stable.

67
• Si ωn2 < 0, alors ωn ∈ iR, et donc l’évolution temporelle est une exponentielle
amplifiée. Le mode - et l’équilibre - est instable.
L’objectif d’une étude de stabilité linéaire est donc d’exprimer les pulsations des
modes normaux en fonction des paramètres du système. En modifiant les paramètres du
système, le signe des pulsations propres pourra changer, faisant évoluer du même coup
la stabilité du système. On dit alors qu’on a franchit une bifurcation (changement
de stabilité du système) pilotée par un paramètre contrôle (le paramètre qui est
modifié).

7.3.3 Application aux ondes d’Alfvén


Dans cette section, on va adapter les résultats assez généraux de la section précédente
aux ondes d’Alfvén. Pour rappel, les hypothèses initiales sont celles de la MHD standard
inviscide, de plus à t = 0 le fluide est au repos et B0 est indépendante du temps.
Les hypothèses supplémentaires sont :
• L’écoulement est incompressible : divξ˙ = 0.
• Le fluide est au repos initialement donc en intégrant par rapport au temps :
divξ = cte = 0.
• Le champ magnétique est uniforme à l’ordre 0 : B0 = B0 ez .
En introduisant ces hypothèses dans l’équation (7.40) on obtient :
1
ρ0 ξ¨ = rot(rot(ξ × B0 )) × B0 ). (7.47)
µ0
On développe cette équation et avec les hypothèses, on réduit l’équation à :
1
ρ0 ξ¨ = rot((B0 .grad)ξ) × B0 . (7.48)
µ0

Ensuite on injecte la forme de la solution générale (7.46),


1
ρ0 ωn2 ξ˜n = B0 ez × rot((B0 .grad)ξ˜n ). (7.49)
µ0
La perturbation de déplacement est donc perpendiculaire à ez . Donc elle est de la
forme :
tildeξn = ξ˜n,x ex + ξ˜n,y ey . (7.50)

En développant B0 .grad :

1 2 ∂ ξ˜n
ρ0 ωn2 ξ˜n = B0 × rot( ). (7.51)
µ0 ∂z

68
Figure 7.4: Schéma de l’instabilité de Rosenzweig, à gauche la surface libre avant la
bifurcation, à droite la déformation de celle-ci au delà d’un certain seuil de champ
magnétique.

Grâce au théorème de Schwarz on peut sortie la dérivée partiel par rapport à z :


1 ∂
ρ0 ωn2 ξ˜n = B02 × rot(ξ˜n z) .

(7.52)
µ0 ∂z
On développe cette équation en utilisant la forme de la perturbation bidimensionnelle,
on obtient alors une équation d’onde :

B02 ∂ 2 ˜
ωn2 ξ˜n = − ξn . (7.53)
ρ0 µ0 ∂z 2

Ce qui donne en cherchant les solutions de la forme ξ˜n = ξ˜n,0 eikz , une relation de
dispersion :

B02 k 2
ωn2 = > 0. (7.54)
ρ 0 µ0
Toutes les valeurs propres de l’opérateur sont toujours positives quelque soient les pa-
ramètres du système. Le système est donc stable. On retrouve bien les résultats des
ondes d’Alfvén, i.e. le mouvement du plasma est perpendiculaire à B0 et les ondes se

déplacent à la vitesse d’Alfvén, VA = B0 ρ0 µ0 .

7.3.4 Approche expérimentale


Expérimentalement la caractérisation des instabilités est assez fastidieuse. Par exemple,
l’identification d’une bifurcation nécessite de faire varier finement et indépendamment
les paramètres de contrôle afin de pouvoir déterminer avec précision le seuil de la bi-
furcation pour le comparer avec la théorie. La plupart du temps, cependant, la théorie
n’est pas forcément en mesure de prédire (où n’a pas encore prédit) le seuil de bifur-
cation, on se remet donc à une étude expérimentale systématique pour identifier les
paramètres impliqués dans l’instabilité.
Pour illustrer ces concepts, on va s’intéresser à une instabilité partiellement MHD :
l’instabilité de Rosenzweig pour les ferrofluides. Cette catégorie de fluide est parti-
culière : il s’agit d’une émulsion entre une matrice liquide oléagineuse (huile) et des

69
Figure 7.5: Graphique de l’amplitude des pics de l’instabilité de Rosenzweig en fonction
de l’intensité du champ magnétique appliqué. On observe la bifurcation en fonction du
paramètre de contrôle qui fait apparaître un phénomène d’hystérésis - le seuil montant
est différent du seuil descendant.

particules solides magnétisables (type oxydes de fer comme la magnétite F e3 O4 ) re-


couvert de surfactant. Les particules entraînent alors le liquide autour d’elles, il y a un
couplage mécanique entre l’aimantation et l’écoulement.
Dans un récipient, se trouve un ferrofluide à surface libre, lorsqu’on applique un
champ magnétique uniforme perpendiculaire à la surface, à partir d’une certaine inten-
sité on voit la surface se déformer (figure 7.4).
• Pour l’étude expérimentale de cette instabilité, on détermine les forces qui s’ap-
pliquent au ferrofluide. On comptabilise 3 forces : la gravité, la force magnétique, et la
tension de surface. C’est l’équilibre de ces trois forces qui détermine la solution ! On peut
construire alors des nombres sans dimension afin de réduire l’espace des paramètres à
explorer.
• Pour la recherche du seuil : il faut déterminer la valeur du paramètre de contrôle
pour lequel ωn2 = 0,i.e. l’apparition de la déformation de la surface. Souvent la défor-
mation infinitésimale est difficile à observer, on peut alors exciter le système en dessous
du seuil et mesurer le temps de retour à l’équilibre. Plus on sera proche du seuil, plus
ce temps sera grand (ralentissement critique).
• Enfin la mesure de l’évolution de l’amplitude en fonction du paramètre de contrôle
permet souvent d’établir un "scaling" qui représente la dépendance du nouvel état
d’équilibre avec les paramètres du système (figure 7.5).
Dans la figure 7.6, on représente la famille d’instabilités liées à celle de Rosenzweig.
On place le ferrofluide dans une cellule de Hele-Shaw (2 plaques, infiniment grandes
devant l’écart entre elles, entre lesquelles se trouve le fluide), puis on soumet ce ferro-
fluide à un champ magnétique avec différentes caractéristiques (oscillants, transverses,
etc...). Selon le type excitation magnétique, la géométrie des modes instables du fluide
sera plus ou moins complexe.

70
Figure 7.6: Une goutte de ferrofluide entre des plaques de verre Hele – Shaw avec un
intervalle de 1.1 mm et des champs magnétiques continus (de 0 à 250 Gauss). (a) un
champ continu vertical est d’abord appliqué pour former un motif en labyrinthe et un
motif en spirale ; (b) un champ azimuthal tournant dans le sens inverse des aiguilles
d’une montre est initialement appliqué ; la configuration continue de la tache de fluide
subit une bifurcation brusque en une configuration de gouttes discrètes ; (c) divers états
finaux de spirales, et (d) de gouttelettes. [15]

71
Figure 7.7: Différentes configurations des instabilités qui peuvent apparaître. L’insta-
bilité axisymétrique (m = 0) est l’instabilité saucisse, les autres son successivement
l’instabilité boucle, puis l’instabilité flûte.

7.3.5 Stabilité du z-pinch


Si on reprends la configuration de confinement z-pinch vu dans le chapitre précédent,
on peut réaliser une étude de stabilité linéaire. Cette étude qui sera faite PC montre
que le plasma peut subir une multitude d’instabilités avec des topologies angulaires
différentes (m = 0 : axisymétrique, m = 1 : un noeud selon θ, m = 2 : 2 noeuds, etc...).
Selon les paramètres du système, certaines de ces instabilités seront plus susceptibles
d’apparaître.

7.3.6 Un mot sur la l’instabilité magnétorotationnelle


Les disques protoplanétaires (protostellaires, protoplanétaires, d’accrétion, galac-
tiques, ...) sont composés de plasma, de gaz neutre et de poussière en orbite autour
d’objets massifs (étoiles, trou noir,...). L’accrétion de ces disques entraîne l’apparition
de nouvelles étoiles, de systèmes planétaires ou de galaxies. En première approximation,
la matière du disque est à l’équilibre entre la gravitation issue de l’objet central et la
force centrifuge. Or la conservation du moment cinétique tend à maintenir cet équilibre
et donc à faire tourner ces disques indéfiniment. Le transport du moment cinétique est
donc fondamental pour comprendre le mécanisme d’accrétion.
L’accrétion du gaz vers l’objet central nécessite donc un processus physique capable
d’extraire le moment angulaire de la matière en rotation et de briser l’équilibre entre la

72
Figure 7.8: A gauche, disque d’accrétion autour d’un trou noir. Au droite image d’un
disque protoplanétaire.

Figure 7.9: Schéma du mécanisme de l’instabilité magnétorotationnelle. La force ma-


gnétique transporte le moment cinétique entre les particules I et J

gravitation et la force centrifuge. Comme le disque est soumis à la 3ème loi de Kepler,
il tourne avec un champ de vitesse laminaire dépendante de l’orbite. Dès lors, le seul
processus pour transporter le moment cinétique est la diffusion visqueuse, cependant
ce mécanisme donne des temps d’accrétion trop grand de plusieurs ordres de grandeurs
pour expliquer les observations (τdif f  τmes ). Il faut donc introduire un autre phéno-
mène permettant le transport du moment cinétique : l’instabilité magnétorationnelle.
Dans un disque de plasma en rotation autour d’un objet central, un champ magné-
tique perpendiculaire au plan de rotation va créer une force magnétique (proportionnelle
à la distance comme un ressort) entre les particules fluides du plasma. Dès lors sous
certains conditions le système est instable.
Considérons 2 particules fluides I et J initialement sur le même rayon. Le champ
magnétique crée une force de rappel entre les deux particules proportionnelle au dépla-
cement.
Si une perturbation écarte ces particules (comme le ferait une onde d’Alfvén), elles
se retrouvent alors à deux rayons différents. I est sur un rayon plus petit, dès lors, pour
conserver son moment cinétique, sa vitesse angulaire augmente. Au contraire, J se re-
trouve sur un plus grand rayon et sa vitesse angulaire diminue. A l’instant suivants,

73
la distance entre les particules I et J a augmenté et la force de rappel magnétique
augmente. Elle exerce alors un couple qui fait diminuer le moment cinétique de I et
qui fait augmenter celui de J. Ce phénomène transporte bien le moment cinétique.
Cette instabilité découverte théoriquement par Balbus et Hawley [16]dans les années
90 est un des mécanismes privilégié pour expliquer l’accrétion des disques protopla-
nétaires. Cependant, elle fait encore l’objet de recherche, car personne ne l’a observé
expérimentalement en laboratoire à ce jour.

74
Bibliographie

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