Cours élève
Thème 1 : L’Europe face aux révolutions.
Chapitre 1. La Révolution française et l’Empire : une nouvelle conception de la nation.
La période qui s’étend de 1789 à 1815 est un moment de profonde transformation de la France,
aussi bien au niveau politique que social. La monarchie disparaît et les principes de gouvernement
sont redéfinis mais c’est aussi l’ensemble de la société qui se voit réorganisée. Les Français
étendent leur influence sur une partie de l’Europe, des débuts de la Révolution à la chute de
l’Empire de Napoléon Bonaparte en 1815. Ils diffusent ainsi une notion nouvelle, désormais placée
au cœur de la vie politique : la nation.
Comment la France a-t-elle été transformée par la Révolution et l’Empire ?
I. La nation en révolution (1789-1792).
A. 1789, une « année sans pareille » (L.-S. Mercier).
1- La monarchie en question :
* Contestation de l’absolutisme et de la société d’ordres :
À partir de 1775, les difficultés économiques et politiques affaiblissent la royauté. Tous s'accordent
sur la nécessité de réformes. Le rôle du roi est critiqué.
• Le Tiers État mécontent :
Les tensions sont de plus en plus fortes au sein de la société d’ordres, entre le Tiers État qui
critique les privilèges de la noblesse et du clergé, et la noblesse qui veut garder ses privilèges.
A partir de 1787, la crise économique renforce le mécontentement du peuple (mauvaises
conditions climatiques, récoltes insuffisantes, hausse des prix).
• L’impact de la Révolution américaine :
En 1775, les 13 colonies britanniques d’Amérique du Nord se révoltent contre l’Angleterre, et
proclament leur indépendance le 4 juillet 1776. La France vient en aide aux Insurgés.
* Des tentatives de réformes avortées :
Dans les années 1780, l’État doit faire face à un important déficit budgétaire dû en partie à la
guerre en Amérique. Le ministre Necker propose d’augmenter les recettes en faisant payer des
impôts à la noblesse, mais ces derniers refusent.
* La convocation des États généraux :
Face à une situation sociale et économique explosive, Louis XVI décide la convocation des États
généraux pour le 1er mai 1789. Dans chaque paroisse, les Français élisent des députés par ordre
et rédigent des cahiers de doléances (= cahiers exprimant les souhaits de changements des
Français).
Déf. États généraux : assemblée, convoquée par le roi, composée de représentants élus des trois
ordres.
Or, dès l’ouverture des États généraux le 6 mai 1789, la situation semble bloquée car le vote se fait
toujours par ordre et non par tête.
2- « Trois événements, une révolution » (J.-P. Jessenne) :
AP1 – Identifier un document
* Serment du Jeu de Paume
* Prise de la Bastille
* Grande Peur et abolition des privilèges
Le 17 juin, l’assemblée du Tiers décide de prendre le titre d’Assemblée nationale. Le 20, les portes
de la salle de réunion des États généraux sont fermées, sur ordre du roi. Le Tiers se réunit alors
dans la salle du Jeu de Paume et prête serment de ne pas se séparer tant qu’il n’aurait pas rédigé
une Constitution pour le royaume.
Le Roi fait placer des troupes tout autour de Paris et renvoie le ministre Necker, si bien que le
peuple décide de prendre les armes et se rend donc à la Bastille et aux Invalides à la recherche de
poudre et de munitions le 14 juillet 1789. C’est le symbole du pouvoir arbitraire du roi qui est
attaqué.
Dans la seconde quinzaine de juillet, presque tout le royaume est touché par l’annonce des
événements parisiens et par la Grande Peur. La rumeur circule que des brigands, à la botte de
l’aristocratie, pillent et détruisent les récoltes. La peur provoquée chez les propriétaires fonciers
aboutit à la nuit du 4 août : l’abolition des droits féodaux et des privilèges.
B. Concilier monarchie et Révolution (1789-1792) ?
1- Construire un nouveau régime :
* La fin de l’Ancien Régime :
Au delà d’une réponse à la Grande Peur, la Nuit du 4 août constitue un coup direct à un régime
bientôt qualifié d’« ancien ». Le 26 août 1789, la DDHC est adoptée et fonde une société de
citoyens égaux en droits. Elle n’a pas de véritable auteur car elle est le fruit de plusieurs
compromis. Néanmoins, elle peut être considérée comme l’acte de décès de l’Ancien Régime.
* La souveraineté nationale :
Désormais, la souveraineté réside dans la Nation et les citoyens participent à la loi. Cela met donc
un terme à la monarchie absolue mais ne sous-entend pas pour autant le suffrage universel. Tous
les citoyens ont les mêmes droits civils mais seuls les citoyens actifs peuvent participer aux
élections (suffrage censitaire).
Tout cela est confirmé par la Constitution, votée en 1791 par l’Assemblée nationale constituante.
Dans ce nouveau régime, les libertés fondamentales sont reconnues : liberté de culte, de presse,
de réunion, d’association.
* La réorganisation de la France :
En 2 mois, les constituants mettent sur pied un édifice administratif et politique totalement
renouvelé, qui entre en vigueur au cours de l’année 1790 :
- division du territoire en 83 départements eux-mêmes divisés en districts, cantons et communes,
dont les représentants sont élus par les citoyens
- réforme de la justice avec des juges élus
- unification du marché national : suppression des douanes intérieures, système unique de poids
et mesures, libre entreprise
- vente des biens du clergé et Constitution civile du clergé
2- Une paix factice entre le Roi et la Nation :
* La montée des oppositions : Varennes
Refusant ces évolutions, le roi s’enfuit de Paris, avec sa famille, dans la nuit du 20 au 21 juin
1791. L’idée est soit de regrouper des forces capables de marcher sur la capitale, soit de passer la
frontière. Cependant, dans la nuit, le roi est reconnu. Les députés décident de faire passer sa
fuite pour un enlèvement, mais certains crient à la trahison.
* Guerre et tensions intérieures :
Les puissances européennes s’inquiètent non seulement du sort de la famille royale mais aussi
d’une contagion révolutionnaire, si bien que le 20 avril 1792, la guerre est déclarée à l’Autriche
alliée de la Prusse.
Suite aux 1res défaites, le roi est accusé de double jeu et, le 10 août, les Tuileries sont attaquées.
Le roi se réfugie alors à l’Assemblée qui décide de suspendre ses pouvoir : c’est la fin de la
monarchie.
* La République et le sort du Roi :
L’Assemblée nationale fait emprisonner le roi et sa famille à la prison du Temple, et une nouvelle
assemblée est élue au suffrage universel masculin : la Convention. Elle a pour tâche prioritaire de
rédiger une nouvelle constitution.
Le 21 septembre, l’abolition de la royauté est officialisée et le 22, la République proclamée. Ce jour
devient le 1er jour de l’an I de la République.
La République doit alors décider du sort du Roi.
II. Les difficultés de la Ire République.
A. La République divisée.
* Montagnards et Girondins :
A la Convention, les oppositions entre les révolutionnaires s’aggravent :
- les Girondins, hostiles aux sans-culottes, forment la droite.
- les Montagnards, qui siègent en haut de la tribune, plus proches des sans-culottes.
- la Plaine, qui siège en bas de l’hémicycle.
Lors du procès de Louis XVI, les députés s’opposent sur le sort du roi : les Girondins sont plus
indulgents et ne souhaitent pas sa mort, à l’inverse des Montagnards, qui obtiennent son exécution
le 21 janvier 1793.
« Louis doit mourir, parce qu’il faut que la patrie vive », Maximilien de Robespierre.
* La République en danger :
Cette exécution suscite une vive émotion chez les souverains européens qui forment alors une
coalition armée contre la France. Face à ce péril, la Convention vote un décret prévoyant la levée
de 300 000 hommes.
Si la France est menacée sur ses frontières, elle l’est également à l’intérieur de son territoire. Une
sorte de bloc Contre-révolutionnaire s’est formé. La République est donc en danger.
B. Sauver la Révolution.
Face aux dangers extérieur et intérieur, des mesures exceptionnelles vont devoir être prises afin
de protéger la République contre les « ennemis de la Révolution ».
* La Terreur à l’ordre du jour :
A Paris, les sans-culottes exigent des mesures énergiques afin de défendre la République. Un «
gouvernement révolutionnaire » est ainsi mis en place dont le principal organe est le Comité de
Salut public. Un tribunal révolutionnaire est également chargé de juger les « crimes des contre-
révolutionnaires ».
Afin de pouvoir répondre à l’effort de guerre et nourrir la population, le Maximum général est voté
c’est-à-dire que le prix des denrées est partout fixé à la même valeur.
* Point de passage et d’ouverture : Madame Roland, une femme en révolution
* Le 9 thermidor et la fin de la Terreur :
La politique de la Terreur a des résultats rapides. Les 1 res victoires militaires ont lieu dès l’automne
1793.
A partir de là, se pose la question de l’utilité du maintien de la Terreur, et les Montagnards ne sont
pas d’accord sur la réponse :
- les Indulgents, derrière Danton et Desmoulins, demandent l’arrêt de la Terreur
- les Enragés, conduits par le journaliste Hébert, souhaitent au contraire son renforcement.
Robespierre est accusé d’avoir mené la politique de Terreur et d’avoir voulu établir une dictature,
en s’appuyant sur les sans-culottes. Il est arrêté et exécuté le 27 juillet 1794 (= 9 thermidor an II).
Cette date constitue une rupture fondamentale dans la Révolution.
Le régime de l’an II (la Terreur) est alors progressivement abandonné.
C. L’impossible République conservatrice (J.-P. Jessenne).
Une nouvelle Constitution finit par entrer en vigueur et instaure un nouveau régime républicain : le
Directoire (1795-1799).
* Une république instable :
Dans ce nouveau régime, le pouvoir exécutif est confié à 5 directeurs, tandis que le pouvoir
législatif est partagé entre 2 assemblées élues au suffrage censitaire qui est donc de retour.
Le régime aurait besoin de paix pour régler ses problèmes internes, mais la guerre continue et la
France s’engage dans une politique de conquêtes. Le général Bonaparte, à la tête de l’armée
d’Italie, devient très populaire.
* L’année 1799 :
Une série de mesures ont pour objectif de sauver ce régime contesté et instable, mais elles lui sont
fatales.
Bonaparte revient en France en octobre 1799, et, avec le soutien de l’armée de Paris, il s’empare
du pouvoir par un coup d’État le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799).