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Lecture Linéaire 13

Nathalie Sarraute, pionnière du Nouveau Roman, se concentre sur les dialogues dans sa pièce 'Pour un oui ou pour un non', où deux hommes, H.1 et H.2, explorent les difficultés de communication et les non-dits. Le texte met en lumière comment les mots échappent à leur sens et provoquent des malentendus, illustrant ainsi les tropismes de la pensée humaine. Cette scène d'exposition révèle les tensions sous-jacentes entre les personnages et leur incapacité à exprimer pleinement leurs émotions.

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Lecture Linéaire 13

Nathalie Sarraute, pionnière du Nouveau Roman, se concentre sur les dialogues dans sa pièce 'Pour un oui ou pour un non', où deux hommes, H.1 et H.2, explorent les difficultés de communication et les non-dits. Le texte met en lumière comment les mots échappent à leur sens et provoquent des malentendus, illustrant ainsi les tropismes de la pensée humaine. Cette scène d'exposition révèle les tensions sous-jacentes entre les personnages et leur incapacité à exprimer pleinement leurs émotions.

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Texte 13 Objet d’étude : Le théâtre du XVII° à nos jours

Œuvre intégrale : Nathalie Sarraute, Pour un oui ou pour un non, 1982


Parcours associé : Théâtre et dispute

Situation: Nathalie Sarraute est la pionnière du Nouveau Roman, un mouvement


qui se développe dans les années 50. En décentrant son attention de l’intrigue et
des personnages vers les mots et le langage, Nathalie Sarraute va peu à peu
s'intéresser uniquement aux dialogues, d’abord dans Enfance (1983) puis en se
tournant vers le théâtre. Les personnages ne sont plus désignés que par des lettres
et ce qui compte, c’est la manière dont ils pensent et parlent.

La pièce s’ouvre sur deux hommes en présence, H.1. et H.2. H.1 confie à son ami
de longue date H.2. le sentiment qu’il a de son éloignement. Si H.2. fait d’abord mine
que tout va bien, que ce n’est « rien », H.1. le pousse rapidement dans ses
retranchements et l’amène à avouer la raison de ce malaise.

Projet de lecture: Comment cet échange, au coeur de l’exposition, fait-il apparaître


les difficultés à communiquer et donne-t-il à voir au-dehors les mouvements de la
conscience des deux personnages?

Mouvements :
Premier mouvement, du début à “allons vas-y” (L10): un aveu retardé
Second mouvement,de “Eh bien” (L11) jusqu’à “Ah on y arrive” : la difficulté à
communiquer
Troisième mouvement: l’aveu resté incompris

1
1 H.1 : Mais qu'est-ce que c'est, alors ?
H.2 : C’est… c'est plutôt que ce n'est rien… ce qui s'appelle rien… ce qu'on appelle
ainsi… en parler seulement, évoquer ça… ça peut vous entraîner… de quoi on aurait
l'air ? Personne, du reste… personne ne l'ose… on n'en entend jamais parler…
5 H.1 : Eh bien, je te demande au nom de tout ce que tu prétends que j'ai été pour toi…
au nom de ta mère… de nos parents… je t'adjure solennellement, tu ne peux plus
reculer… Qu'est-ce qu'il y a eu ? Dis-le… tu me dois ça…
H.2, piteusement : je te dis : ce n’est rien qu’on puisse dire… rien dont il soit permis de
parler…
10 H.1 : Allons, vas-y… /
H.2 : Eh bien, c'est juste des mots…
H.1 : Des mots ? Entre nous ? Ne me dis pas qu'on a eu des mots… ce n'est pas
possible… et je m'en serais souvenu…
H.2 : Non, pas des mots comme ça… d'autres mots… pas ceux dont on dit qu'on les a
15 «eus» … Des mots qu'on n'a pas « eus », justement… On ne sait pas comment ils
vous viennent…
H.1 : Lesquels ? Quels mots ? Tu me fais languir… tu me taquines…
H.2 : Mais non, je ne te taquine pas… Mais si je te les dis…
H.1 : Alors ? Qu’est-ce qui se passera ? Tu me dis que ce n’est rien…
20 H.2 : Mais justement, ce n’est rien… Et c’est à cause de ce rien…
/ H.1 : Ah on y arrive… C’est à cause de ce rien que tu t’es éloigné ? Que tu as voulu
rompre avec moi ?
H.2, soupire : Oui… C’est à cause de ça… Tu ne comprendras jamais… Personne, du
reste, ne pourra comprendre…
25 H.1 : Essaie toujours… Je ne suis pas si obtus…
H.2 : Oh si… pour ça, tu l’es. Vous l’êtes tous, du reste.
H.1: Alors, chiche…on verra…
H.2: Eh bien…tu m’as dit il y a quelque temps…tu m’as dit…quand je me suis vanté de
je ne sais plus quoi…de je ne sais plus quel succès…oui…dérisoire…quand je t’en ai
30 parlé…tu m’as dit: “C’est bien…ça”
H.1: Répète-le, je t'en prie…j’ai dû mal entendre.
H.2, prenant courage: tu m’as dit: “C’est bien…ça…”Juste avec ce suspens…cet
accent…
H1: Ce n’est pas vrai. Ca ne peut pas être ça…ce n’est pas possible…
35 H.2: Tu vois, je te l’avais dit….à quoi bon?

Nathalie Sarraute, Pour un oui ou pour un non, 1982

Ce passage fonctionne donc comme une scène d’exposition puisqu’il présente les
“personnages”, leur lien, leur tempérament, les raisons de leur présence sur scène.
On comprend rapidement que tout l’enjeu de la fable sera lié à la parole et, plus
précisément encore, à ce que sous-tend la parole, à ces tropismes que Nathalie
Sarraute a tenté de mettre au jour dans nombre de ses œuvres.

« Cerner à quel point les mots se défilent (ils ne permettent pas d’exprimer
exactement ce que l’on ressent) en même temps que, d’une autre façon, ils nous
échappent (puisqu’ils peuvent provoquer chez l’autre des réactions inattendues) est
la matière littéraire que Nathalie Sarraute n’a jamais cessé de creuser. » Hélène
Gaudreau, « La matière romanesque de Nathalie Sarraute », Nuit blanche, 1999.

NB: elle n’a jamais pensé à la manière dont cette pièce serait jouée

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