SUPPORT DE COURS DE LA DIXIEME SEMAINE
LA CIVILISATION DE NAPATA ET DE MÉROÉ
En dehors de l’Egypte antique, le couloir nilotique a abrité aussi dans l’antiquité de
brillantes civilisations dont celle de Napata et de Méroé.
1. L’organisation politique et socio-administrative
La succession (au trône) était héréditaire par lignage royal. En effet, à Napata tout
comme à Méroé, le roi était choisi parmi ses "frères royaux" par les chefs militaires, de hauts
personnages de l’administration civile et par les chefs de clans. En théorie, la couronne passait
aux frères d’un roi avant d’être cédée à la génération suivante. Il peut arriver que la
succession du pouvoir soit matrilinéaire. Dans ce cas, la reine mère joue un grand rôle surtout
lors de la cérémonie d’intronisation du roi. Certaines devinrent même des souveraines.
La royauté avait un caractère sacré. Le roi était perçu comme le fils adoptif de
plusieurs divinités et choisi par les dieux. Ces derniers le guidaient par le biais des préceptes
du droit coutumier qui permettait aux prêtres de lui imposer le suicide royal. Instruit de
culture grecque, le roi Ergamène, au lieu de se soumettre, s’en libéra en mettant à mort tous
les prêtres. Ces derniers avaient la possibilité d’obliger le roi au suicide s’il leur déplaisait.
C’est ainsi que fut abolie la coutume du suicide royal.
L’administration centrale était très hiérarchisée. A sa tête, se trouve le roi qui était le
maître tout puissant. Sa parole était synonyme de loi. Il ne partageait son pouvoir avec
personne, ni le déléguait. La résidence royale était ainsi le siège du système administratif.
En dehors du roi, un certain nombre de hauts fonctionnaires portaient des titres
égyptiens. Il y avait un chef de trésor, les gardes du sceau, les chefs des archives, le scribe
principal de Kouch et d’autres scribes. On notait aussi les chefs militaires chargés de
proclamer l’avènement d’un nouveau roi et d’effectuer les cérémonies traditionnelles de son
couronnement. Ils provenaient en majorité de la famille royale. Il est à signaler que le roi ne
devant aller sur le champ de bataille, la conduite de la guerre est confiée à l’un de ses
généraux.
Le pays étant vaste fut divisé en provinces. L’administration des provinces était
assurée par les palais. Chaque palais étant une unité administrative dirigée par un garde de
sceau qui gérait les comptes et les magasins de la résidence. Il est à noter que dès le 1er siècle,
la partie septentrionale du pays était administrée autrement. Cette administration était assurée
par le paqar qui était le prince héritier.
La structure sociale se caractérise par la division de la société en 3 catégories : une
classe supérieure ou dirigeante comprenant le roi, la famille royale, l’aristocratie provinciale
et le clergé ; vient ensuite la classe moyenne composée d’artisans, de commerçants, de petits
fonctionnaires et de domestiques puis enfin la classe inférieure faite d’esclaves.
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2. La vie économique
L’économie était très diversifiée et reposait (surtout) sur l’élevage et l’agriculture.
L’élevage est l’activité traditionnelle de base et l’emporte sur l’agriculture. Les
Kouchites élevaient les moutons, les chèvres, les bovidés, les chevaux et les ânes.
L’agriculture était surtout développée dans le nord du pays. La rareté des terres fertiles
et le climat ont grandement influencé cette agriculture. Les Kouchites recouraient à
l’irrigation. Les principales cultures sont l’orge, le blé et surtout le sorgho, les lentilles, le
melon, le concombre, les fruits, les raisins et la courge. On y cultive aussi le coton. Les
esclaves étaient surtout utilisés dans les vergers.
L’artisanat et le commerce étaient aussi des activités importantes. La poterie,
l’ébénisterie, la joaillerie, la sculpture, etc. faisaient l’objet d’un commerce intense sans
oublier les ressources minières nombreuses de l’empire comme l’or, les pierres précieuses et
semi-précieuses comme l’améthyste, la jacinthe, l’escarboucle, le béryl, le fer, etc. Pendant
longtemps, on a pensé que le travail du fer s’est répandu en Afrique à partir de Méroé. Cette
thèse est aujourd’hui contestée.
3. La vie culturelle
Les rapports étroits qui ont existé entre l’Egypte et Kouch ont favorisé l’influence de
la culture égyptienne sur la civilisation des peuples méroïtiques, principalement dans le
domaine de la religion. Si les dieux égyptiens comme Amon, Râ, Isis, Satis, Horus, Thot,
Arensnuphis, etc. étaient adorés dans tout le royaume (de Kouch), d’autres dieux d’origine
locale, étaient également adorés : c’est le cas du dieu à la tête de lion appelé dieu-lion
Apédémak. Pour assurer le culte à tous ces dieux, de nombreux temples ont été construits. Les
rois se faisaient aussi enterrer dans les tombes construites sur le modèle égyptien comme les
pyramides et les hypogées, mais ils ne se faisaient pas embaumer.
Il est à noter que très tôt, la foi chrétienne apparut (d’abord) au sein du peuplement du
Groupe X. Celui-ci ne fut officiellement christianisé que grâce à l’action de l’impératrice
Théodora de Byzance qui envoya le prêtre Julien en mission d’évangélisation auprès des
Nobades en +543.
La religion chrétienne s’est en fait infiltrée peu à peu en Nubie à partir de la fin du
Vème siècle où l’on signale déjà des monastères et des ermitages. De nombreux facteurs ont
favorisé la christianisation précoce du pays nobade. D’abord, l’empire romain persécutait les
chrétiens qui refusaient de se soumettre aux prescriptions officielles en matière de religion au
3ème siècle. Ensuite, lorsque le christianisme devint la religion d’Etat à Rome, tous ceux qui ne
se soumettaient pas aux injonctions officielles concernant la religion étaient aussi persécutés.
Un nombre élevé d’Egyptiens et de Nubiens chrétiens, fuyant l’Egypte qui était sous la
domination de Rome, sont allés beaucoup plus vers le sud, en pays nobade, introduisant le
christianisme en convertissant certains Nobades. Il est aussi très possible que des caravanes
des commerçants descendant vers le sud aient été des vecteurs du christianisme.
Progressivement, les souverains nubiens du Nord du pays se convertirent à la foi
chrétienne. C’est en 543 que le prêtre Julien, envoyé par l’impératrice de Byzance Théodora,
commença à administrer le baptême aux princes et notables du pays. Le christianisme devint
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pour eux un facteur d’unification du pays et d’entente avec les Etats voisins dont l’Egypte, la
Byzance et Axoum, le christianisme étant avéré au nord, le sud où existait un royaume appelé
Makuria dont la capitale est Dagomba fut converti plus tard au rite orthodoxe melchite par
une mission d’évangélisation de l’empereur Justin II entre 567 et 570. Les Makurites
adoptèrent ainsi progressivement le christianisme.
Durant la période chrétienne, la Nubie connut un rapide développement économique.
La production agricole se composait du blé, du sorgho, etc. Elle était quasiment identique à
celle d’avant. Le commerce se développa en direction de Byzance, vers l’Afrique jusqu’aux
Etats de la côte atlantique. La couche aisée s’habillait comme les Byzantins, notamment les
femmes qui portaient une longue robe souvent ornée de broderies de couleur. L’organisation
du pouvoir était aussi à l’image de Byzance.
Les Nubiens ont édifié de nombreux sanctuaires et cathédrales en pierre ou en briques
cuites. Les églises étaient construites souvent sous le modèle basilical. Des fois, les édifices
religieux étaient cruciformes ou en architecture de pan central. Il arrivait que les édifices
païens fussent réaffectés à des usages religieux. Ces bâtiments étaient ornés souvent de
peintures et de belles volutes sculptées. L’influence grecque, méroïtique et romaine étaient
très visibles. Les vêtements de la liturgie, surtout ceux des évêques, étaient riches et pleins de
complexes décorations.
La Nubie a connu un essor continu jusqu’au IXème siècle. Ses voisins musulmans ne
réussirent guère à entraver cette évolution. Ses frontières, assez fluctuantes, sont difficiles à
déterminer avec précision aujourd’hui. Elle fut fortement influencée par l’Egypte. Mais au
temps de la chrétienté, l’influence byzantine et grecque furent prépondérantes.
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