Exercice 1 – Ne jamais mélanger eau de Javel et acide
(9 points)
Dans un article en date du 25 avril 2023, l’agence nationale de sécurité sanitaire de
l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) alerte sur la recrudescence
d’accidents de particuliers ayant réalisé des mélanges à base d’eau de Javel et d’acides
pour fabriquer des produits de désherbage « faits maison ». Or, ces mélanges peuvent
provoquer des intoxications pouvant conduire à l’hospitalisation.
En mélangeant de l’eau de Javel et de l’acide chlorhydrique ménager, un étudiant a été
victime d’une telle intoxication. Heureusement, le dégagement gazeux a été nettement
moins important qu’il n’aurait dû l’être, ce qui a limité les effets de l’intoxication à de la toux
et de violents maux de tête.
La transformation chimique qui rend ce mélange si dangereux est étudiée dans la première
partie de l’exercice. Les deux parties suivantes visent à comprendre ce qui a diminué le
dégagement gazeux et ainsi limité la gravité de l’intoxication.
Partie A – Étude du dégagement de dichlore
L’acide chlorhydrique et l’eau de Javel sont deux produits couramment utilisés dans un
contexte ménager pour leurs propriétés complémentaires – détartrant pour l’un, antiseptique
pour l’autre. Il est donc tentant de vouloir les mélanger pour combiner ces propriétés.
Toutefois, cela est excessivement dangereux du fait d’un dégagement très rapide de gaz
dichlore (Cl2 ), un gaz vert, dense et très toxique. Par ailleurs, la transformation chimique
responsable de ce dégagement gazeux consomme les principes actifs de l’eau de Javel
(ions hypochlorite, ClO− ) et de l’acide chlorhydrique (ions oxonium, H3 O+ ), neutralisant les
propriétés antiseptiques et détartrantes.
L’eau de Javel est une solution basique contenant des ions hypochlorite (ClO− ), chlorure
(Cl− ), hydroxyde (HO− ) et sodium (Na+ ). L’ion hypochlorite est la base conjuguée de l’acide
hypochloreux (HClO).
Données :
Le pH d’une eau de Javel est compris entre 11,5 et 12,5.
La valeur du p𝐾𝐴 du couple acide-base HClO/ClO− est 7,5.
Q1- Représenter le diagramme de prédominance du couple HClO/ClO− .
Q2- Indiquer l’espèce du couple HClO/ClO− prédominante dans l’eau de Javel.
L’étudiant mentionné dans l’introduction a mélangé un litre d’eau de Javel avec un volume
identique d’acide chlorhydrique ménager (H3 O+ ; Cl− ). Avant le mélange, l’eau de Javel a
une concentration en ions hypochlorite 𝐶0 de 0,40 mol ⋅ L−1. Après le mélange, la solution
obtenue, que l’on note 𝑆m , a un pH voisin de 0.
Q3- Justifier que, dans la solution 𝑆m , les ions hypochlorite ont presque tous été
transformés en acide hypochloreux.
24-PYCJ1JA1 Page 2/13
En plus de ces propriétés acido-basiques, l’acide hypochloreux HClO et l’ion chlorure Cl−
forment également des couples oxydant-réducteur avec le dichlore Cl2 :
L’acide hypochloreux est l’oxydant du couple HClO⁄Cl2 .
L’ion chlorure est le réducteur du couple Cl2 ⁄Cl− .
Ces propriétés d’oxydo-réduction sont responsables de la formation de dichlore en milieu
acide.
Q4- Écrire les demi-équations redox des couples Cl2 ⁄Cl− et HClO⁄Cl2 (en milieu acide).
Q5- En déduire que l’équation globale de réaction des ions chlorure avec l’acide
hypochloreux est :
Cl− (aq) + HClO(aq) + H3 O+ (aq) ⇄ Cl2 (g) + 2 H2 O(ℓ)
Cette transformation d’oxydo-réduction n’est possible que dans un milieu fortement acide
(pH < 2), ce qui est le cas dans la solution 𝑆m obtenue par l’étudiant après avoir mélangé
l’eau de Javel et l’acide chlorhydrique ménager.
On considère que, juste après le mélange, les deux litres de la solution 𝑆m contiennent la
quantité de matière 𝑛HClO = 0,40 mol d’acide hypochloreux et que la transformation de
formation du dichlore débute : la solution commence donc à dégager du gaz dichlore très
toxique.
On souhaite évaluer le volume de dichlore théoriquement produit lors de ce mélange. Pour
cela, on admet que, dans les conditions décrites :
La transformation de formation du dichlore est totale.
L’acide hypochloreux est le réactif limitant.
Q6- Montrer que la valeur de la quantité de matière de dichlore 𝑛Cl2 théoriquement
produite par la transformation est 0,40 mol.
Q7- En utilisant le volume molaire du dichlore gazeux, en déduire la valeur du volume 𝑉Cl2
occupé par le gaz dichlore théoriquement produit par la transformation.
Donnée :
Volume molaire du dichlore gazeux sous une pression d’une atmosphère à une
température de 20 °C :
𝑉𝑚 (Cl2 (g)) = 24 L ⋅ mol−1
Même en extérieur, une telle quantité de gaz aurait pu avoir des conséquences
dramatiques. La quantité de gaz produite a néanmoins été beaucoup plus faible, limitant la
gravité de l’accident. Dans la suite, on recherche la cause de cette anomalie bienvenue.
24-PYCJ1JA1 Page 3/13
Partie B – État de conservation de l’acide chlorhydrique
La première piste est celle de la bouteille d’acide chlorhydrique utilisée. En effet, si sa
concentration est significativement inférieure à celle prévue, la consommation des ions
oxonium au cours de la production du dichlore est susceptible d’élever rapidement le pH
jusqu’à stopper la réaction redox.
L’acide chlorhydrique est une solution aqueuse obtenue par dissolution de chlorure
d’hydrogène gazeux HCl(g) dans l’eau. Le chlorure d’hydrogène étant un acide fort dans
l’eau, il se dissocie totalement pour former des ions oxonium H3 O+ (aq) et des ions chlorure
Cl− (aq). Le document 1 rassemble quelques informations sur la bouteille utilisée.
Document 1 – Informations sur la bouteille d’acide chlorhydrique utilisée
Masse molaire du chlorure d’hydrogène :
𝑀(HCl) = 36,5 g ⋅ mol−1
Titre massique en acide chlorhydrique de la solution :
masse HCl
𝑤= = 23 %
masse solution
Masse volumique de la solution commerciale :
𝜌 = 1120,0 g ⋅ L−1
Q8- Montrer que, d’après l’étiquette, la concentration en quantité de matière 𝐶a en ions
oxonium dans la solution commerciale devrait être d’environ 7 mol ⋅ L−1.
Pour vérifier expérimentalement la valeur de cette concentration, on réalise un titrage de
l’acide chlorhydrique par une solution de soude (Na+ (aq) + HO− (aq)) avec suivi pH-
métrique.
Q9- Écrire l’équation support du titrage entre l’ion oxonium et l’ion hydroxyde.
Pour réaliser le titrage, on utilise une solution de soude fraichement préparée de
concentration 𝐶b = 2,0 × 10−2 mol ⋅ L−1. Par ailleurs, on ne titre pas directement la solution
commerciale d’acide chlorhydrique. On prépare une solution S par dilution d’un facteur 500
de la solution commerciale et on titre un volume 𝑉S = 20,0 mL de la solution S.
On note 𝐶S la concentration en ions oxonium de la solution S.
Q10- Calculer le volume de solution commerciale à prélever pour préparer 1,0 L de
solution S.
Q11- Proposer un protocole pour préparer 1 L de solution S en précisant la verrerie utilisée
(nature et volume).
On prélève à la pipette jaugée le volume 𝑉S = 20,0 mL de la solution S et on réalise un titrage
avec suivi pH-métrique. Le document 2, page 5, rassemble les mesures de pH représentées
en fonction du volume 𝑉b de soude versée ; la dérivée dpH/d𝑉b est également représentée.
24-PYCJ1JA1 Page 4/13
Q12- Vérifier que la concentration en ions oxonium de la solution commerciale d’acide
chlorhydrique est bien celle estimée à la question Q8.
Pour répondre à cette question, le candidat est invité à prendre des initiatives et à présenter
la démarche suivie, même si elle n’a pas abouti. La démarche est évaluée et nécessite
d’être correctement présentée.
Document 2 – Évolution du 𝐩𝐇 et de sa dérivée en fonction de 𝑽𝐛 lors du titrage
pH dpH
d𝑉b
pH
dpH
d𝑉b
𝑉b (en mL)
Partie C – Conservation de l’eau de Javel
L’acide chlorhydrique ayant la concentration attendue, une autre origine possible de la faible
quantité de dichlore produite lors de l’accident est une dégradation de l’eau de Javel. En
effet, l’ion hypochlorite ClO− est fortement oxydant : cela lui confère ses propriétés
antiseptiques mais lui permet également de réagir avec l’eau. Cette réaction, très lente,
conduit à la dégradation progressive de l’eau de Javel.
L’action des ions hypochlorite sur l’eau est décrite par l’équation de réaction ci-dessous :
2 ClO− (aq) + 2 H2 O(ℓ) → 2 Cl− (aq) + O2 (g) + 2 H2 O(ℓ)
La bouteille d’eau de Javel utilisée par l’étudiant est une solution commerciale à 2,6 % en
chlore actif, ce qui correspond à une concentration en ions hypochlorite de valeur attendue
𝐶0 = 0,40 mol ⋅ L−1. La bouteille porte la mention « à conserver au frais ».
Le document 3, page 6, montre l’évolution au cours du temps de la concentration 𝐶 en ions
hypochlorite de trois solutions identiques à celle de l’étudiant, conservées dans des
conditions de températures différentes.
Q13- Définir le temps de demi-réaction et expliquer comment le mesurer dans le cas
particulier de la courbe « 30 °C » du document 3, page 6.
24-PYCJ1JA1 Page 5/13
Q14- En utilisant le temps de demi-réaction, caractériser l’influence de la température sur
la cinétique de la transformation étudiée en exploitant le document 3.
Q15- Justifier la recommandation « à conserver au frais ».
La bouteille d’eau de Javel utilisée par l’étudiant était ouverte depuis 18 mois et a été
conservée à une température de 20 °C.
Q16- Justifier que cela peut expliquer la faible quantité de gaz produite lors de l’accident.
Document 3 – Évolution de la concentration en ions hypochlorite de solutions d’eau
de Javel conservées à des températures différentes
𝐶 (mol ⋅ L−1 )
0,4
0,35
0,3 20 °C
0,25
30 °C
0,2
35 °C
0,15
0,1
0,05
0 𝑡 (jour)
0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500 550 600 650 700
24-PYCJ1JA1 Page 6/13