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UNIVERSITE DE GOMA

« UNIGOM »

BP : 204 GOMA

DOMAINE DES SCIENCES JURIDIQUES, POLITIQUE ET ADMINISTRATIVE


DEPARTEMENT DES SCIENCES JURIDIQUES

TRAVAIL PRATIQUE DE MATIERE APPROFONDIE DE DROIT


PENAL MILITAIRE

Présenté par le groupe 1 composé de : - IRAGI CIRHULWIRE Elie

-AGANZE MUDUMBI

-SAFI PILIPILI

Promotion: Master 1 Droit pénal

ANNEE ACADEMIQUE 2024-2025


INTRODUCTION

Le droit à un procès équitable constitue l’un des piliers de l’État de droit. Parmi les garanties
essentielles qui s’y rattachent figure le droit d’être jugé dans un délai raisonnable.

En RDC, ce principe s’applique aussi devant les juridictions militaires, lesquelles doivent
concilier la spécificité de la justice militaire avec les exigences du procès équitable.

La présente étude se propose d’examiner en profondeur le contenu et la portée du droit à être


jugé dans un délai raisonnable et du principe de célérité devant les juridictions militaires
congolaises. Deux axes principaux seront explorés : les fondements dans le droit congolais
(chapitre I) et les normes internationales pertinentes (chapitre II).
CHAPITRE I – LA PRISE EN COMPTE DU DROIT À UN DÉLAI RAISONNABLE
ET DE LA CÉLÉRITÉ DANS LE DROIT CONGOLAIS

Section 1 : Le cadre constitutionnel et législatif

Paragraphe 1 : Les garanties constitutionnelles

La Constitution de la RDC du 18 février 2006 consacre le droit à un procès équitable. Son


article 19 alinéa 2 énonce clairement que « toute personne a droit à ce que sa cause soit
entendue dans un délai raisonnable ».1

Cette disposition s’applique à toutes les juridictions, civiles, pénales, administratives et


militaires.

La Cour constitutionnelle de la République Démocratique du Congo (RDC) assure la


protection du droit à un délai raisonnable dans les procédures judiciaires, un droit
constitutionnellement garanti. Ce droit se réfère à la nécessité d'un procès rapide et efficace,
sans délais excessifs.

Paragraphe 2 : Les textes spécifiques aux juridictions militaires

Les juridictions militaires sont régies par le Code pénal militaire (Loi N°024 /2002 du 18
novembre 2002). Ce texte, bien qu’antérieur à la Constitution de 2006, reste en vigueur et
prévoit des règles de procédure. Il ne contient pas une disposition expresse sur le délai
raisonnable, mais ses articles 101 et 102 imposent aux magistrats militaires de se conformer à
la loi et à la Constitution, incluant donc les principes du procès équitable sans exclure les
civils du châtiment en raison de la qualité. 2

Section 2 : Les obstacles pratiques à la célérité des procès militaires

Paragraphe 1 : Le manque de moyens humains et matériels

L’un des principaux freins à la célérité devant les juridictions militaires en RDC réside dans
l’insuffisance des ressources. Beaucoup de juridictions sont confrontées à un sous-effectif de
magistrats, à l’absence d’infrastructures adéquates et à des difficultés de déplacement sur le
terrain.

Paragraphe 2 : La détention préventive prolongée

1
Art.19 al 2 de la constitution de la RDC du 18 février 2006 telle que modifiée en 2011.
2
Loi N°024 /2002 du 18 novembre 2002 portant code pénal militaire
Plusieurs rapports dénoncent des cas de détention préventive prolongée, notamment dans les
prisons militaires. L’absence de respect des délais de jugement est souvent due à la lenteur des
enquêtes, à l’indisponibilité des juges ou à la négligence procédurale.3

CHAPITRE II – LES FONDEMENTS INTERNATIONAUX DU DROIT À UN DÉLAI


RAISONNABLE DEVANT LES JURIDICTIONS MILITAIRES

Section 1 : Les instruments universels applicables à la RDC

Paragraphe 1 : Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP)

L’article 14, paragraphe 1 du PIDCP, ratifié par la RDC, dispose que toute personne a droit à
ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal compétent,
indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera soit du bien-fondé de toute accusation
en matière pénale dirigée contre elle, soit des contestations sur ses droits et obligations de
caractère civil. Le huis clos peut être prononcé pendant la totalité ou une partie du procès soit
dans l'intérêt des bonnes mœurs, de l'ordre public ou de la sécurité nationale dans une société
démocratique, soit lorsque l'intérêt de la vie privée des parties en cause l'exige, soit encore
dans la mesure où le tribunal l'estimera absolument nécessaire lorsqu'en raison des
circonstances particulières de l'affaire la publicité nuirait aux intérêts de la justice; cependant,
tout jugement rendu en matière pénale ou civile sera public, sauf si l'intérêt de mineurs exige
qu'il en soit autrement ou si le procès porte sur des différends matrimoniaux ou sur la tutelle
des enfants.4.

Ce droit est absolu et ne souffre d’aucune dérogation, même en cas d’état d’urgence. Le
Comité des droits de l’homme des Nations Unies, dans son Observation générale n°32,
précise que le délai raisonnable s’évalue au cas par cas, en fonction de la complexité de
l’affaire, du comportement des parties et de celui des autorités judiciaires. 5

Paragraphe 2 : La Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH)

3
Rapport annuel de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH-RDC), 2022, p.37-39.
4
Pacte international relatif aux droits civils et politiques, art. 14(1), ratifié par la RDC le 1er novembre
1976.

5
Comité des droits de l’homme, Observation générale n° 32, CCPR/C/GC/32, 2007.
L’article 10 de la DUDH consacre le droit à un procès public et équitable dans un délai
raisonnable. Bien que non contraignante juridiquement, cette Déclaration constitue une norme
de référence en matière de droits fondamentaux.

Section 2 : Les instruments régionaux africains

Paragraphe 1 : La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples

L’article 7 point G de la Charte africaine garantit le droit à être jugé dans un délai raisonnable.
Ce texte s’applique aussi aux juridictions militaires, comme l’a reconnu la Cour africaine des
droits de l’homme et des peuples, notamment dans l’affaire Ukenye v. Bénin (2020),
soulignant que les justiciables militaires ont droit aux mêmes garanties que les civils. 6

Paragraphe 2 : La jurisprudence de la Commission africaine des droits de l’homme

La Commission a souligné, dans plusieurs communications, que les juridictions militaires ne


doivent pas constituer une exception à l’obligation de juger dans un délai raisonnable. Toute
justice différée est considérée comme une justice déniée (justice delayed is justice denied). 7.

6
Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, Affaire Ukenye v. Bénin, arrêt du 5 juin 2020.
7
Commission africaine des droits de l’homme, Communication 223/98 (Forum of Conscience v.
Sierra Leone), 2000.
CONCLUSION

En conclusion, le droit d’être jugé dans un délai raisonnable constitue une garantie
fondamentale du procès équitable, mais sa mise en œuvre devant les juridictions militaires
congolaises demeure problématique. Comme le souligne Marcel Wetsh’okonda, ces
juridictions oscillent entre deux extrêmes : des procédures expéditives qui compromettent les
droits de la défense, et des procédures excessivement lentes qui prolongent indéfiniment
l’attente du justiciable. Cette dichotomie illustre l’urgence d’une réforme structurelle et
fonctionnelle de la justice militaire en RDC afin d’assurer un équilibre entre efficacité,
diligence et respect des droits fondamentaux.UNIVERSITE DE GOMA

“UNIGOM”
ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET UNIVERSITAIRE
“ESU”
B.P 204 GOMA

FACULTE DES SCIENCES JURIDIQUES POLITIQUES


ADMINISTRATIVES RELATIONS INTERNATIONALE ET
MANAGEMENT
DEPARTEMENT DES SCIENCES JURIDIQUES
GROUPE NO 7

TP DE MATIERES APPROFONDUES DE DROIT PENAL MILITAIRE


H
SUJET : Absence de contrôle judiciaire et le droit au recours à des décisions de
l’auditeur militaire

Présenté par :
1. MURHULA BAKULIKIRA Vianney
2. YOWA WA YOWA Béryl
3. MAHORO MPONGE Abigaël

ANNEE ACADEMIQUE
2023-2024
INTRODUCTION

L'absence de contrôle judiciaire et de droit au recours et en ce qui concerne les


décisions de l'auditeur militaire, soulève des préoccupations importantes en matière de droits
de l'homme et de justice. Les auditeurs militaires, qui sont des officiers de justice dans le
cadre des juridictions militaires, prennent des décisions qui peuvent avoir des conséquences
significatives sur les droits et libertés des individus, en particulier dans un contexte où des
questions de détention, d'arrestation ou de poursuites peuvent se poser.

En droit congolais, comme dans de nombreux systèmes juridiques, le contrôle


judiciaire est principalement régulé par le code judiciaire militaire, qui définit les
compétences des juridictions militaires, les procédures de poursuite et de jugement ainsi que
les principes de contrôle de ces juridictions. Le droit judiciaire comme étant l’ensemble des
règles relatives à l’organisation juridictionnelle, à la compétence juridictionnelle et aux
procédures juridictionnelles8.

Eu égard à ce qui précède, l’absence de contrôle judicaire le droit au recours des


décisions de l’auditeur militaire peuvent être un danger pour les juridictions militaires et ne
garantissent pas le droit des accusés à lesdites juridictions dans la mesure où les violations des
droits des accusés, et à un manque de transparence dans les procédures judiciaires.

Cela étant, deux grands chapitres constitueront la charpente de ce présent travail. En


premier lieu, nous verrons les causes de l’absence de contrôle judicaire (chap. 1er) en seconde
lieu, on abordera les droits au recours à des décisions de l’auditeur militaire (chap. 2em).

8
T. KAVUNDJA MANENO, TOME I. Organisation et compétence judiciaires, Droit judiciaire congolais, 2014,
P. 3
Chap.1. LES CAUSES DE L’ABSENCE DE CONTROLE JUDICIAIRE

L'absence de contrôle judiciaire militaire en droit congolais est un problème complexe,


influencé par différents facteurs. Pour mieux comprendre cette situation, il est utile de la
comparer à d'autres systèmes, comme celui de la France, qui dispose de mécanismes de
contrôle plus robustes. Cela étant, des causes de cette absence de contrôle (section 1 ere) ainsi
qu'une comparaison avec le modèle français (section 2 em) peuvent permettre de bien assimiler
ce présent chapitre.

Section 1er Les causes de l'absence de contrôle judiciaire militaire en droit congolais

§.1. Cadre légal insuffisant :

La législation en matière de justice militaire en RDC peut être vague ou incomplète.


Les textes réglementaires n'établissent pas toujours clairement les droits des accusés et les
procédures de recours. De même, les institutions militaires exercent souvent une influence
disproportionnée sur les affaires judiciaires. Les tribunaux militaires peuvent être perçus
comme des organes de discipline plutôt que comme des institutions judiciaires impartiales, ce
qui limite leur capacité à offrir un véritable contrôle.

En outre, En RDC, il existe des pressions politiques et militaires sur le système judiciaire,
rendant difficile l'indépendance et l’impartialité des juges. Les acteurs politiques peuvent
tenter d'influencer les décisions judiciaires, ce qui contraste avec le modèle français où la
séparation des pouvoirs contribue à une plus grande indépendance judiciaire.

§.2. Culture d'impunité :

L'absence de responsabilité et la culture de l'impunité au sein des forces armées


peuvent dissuader les victimes de porter plainte ou de contester les décisions judiciaires,
laissant peu de place à un contrôle effectif des tribunaux militaires. Cela peut entrainer un
déficit de sensibilisation et d'éducation juridique qui peut être un faible niveau de
sensibilisation des citoyens à leurs droits juridiques et aux voies de recours disponibles limite
la capacité des individus à contester les décisions des tribunaux militaires.
Ces facteurs, combinés, contribuent à l'absence d'un contrôle judiciaire efficace sur le système
militaire en République Démocratique du Congo et soulignent les défis auxquels le pays fait
face dans la promotion des droits humains et de l'État de droit.

En revanche, Pour remédier à cette situation, plusieurs mécanismes peuvent être envisagés

Section 2. Piste des solutions

La réforme du système judiciaire peut renforcer les institutions judiciaires, améliorer


l'accès aux ressources et garantir une formation adéquate pour les juges et le personnel. En y
ajouta la Promotion de l'indépendance judiciaire qui doit mettre en place des mesures
garantissant l'indépendance des juges et la protection contre les ingérences politiques. Mais
aussi la sensibilisation et éducation juridique on constate qu’informer la population sur ses
droits et sur les mécanismes de recours disponibles afin d'encourager l'utilisation du système
judiciaire peut être envisageable. Enfin, la Lutte contre la corruption peut être un mécanisme
efficace au sein du système judiciaire et promouvoir la transparence.

L'absence de contrôle judiciaire militaire en droit congolais est le résultat d'un


ensemble de facteurs, allant d'un cadre légal lacunaire à des pressions politiques et à une
culture d'impunité. En abordant ces questions, la République Démocratique du Congo pourrait
progresser vers un système judiciaire plus juste et équitable.
Chap. II. LES DROIT AU RECOURS DES DECISIONS DE L’AUDITEUR
MILITAIRE

Le droit au recours des décisions de l'auditeur militaire en République Démocratique


du Congo (RDC) s'inscrit dans le cadre du système judiciaire militaire. L'auditeur militaire a
pour mission d'instruire des affaires pénales relevant de la juridiction militaire, mais ses
décisions peuvent faire l'objet de recours. Et le recours ici que l’inculpé peut dresser c’est la
liberté provisoire.

Le système judiciaire militaire congolais, régi par la loi n°023/2002 du 18 novembre


2002 portant Code judiciaire militaire 9, accorde à l'Auditeur militaire un rôle central dans les
poursuites pénales militaires. Cependant, les voies de recours contre ses décisions soulèvent
des questions complexes liées aux garanties procédurales et à la hiérarchie des normes. Cet
exposé analyse les mécanismes de recours disponibles, leurs limites et les défis d'un système
en tension entre impératifs disciplinaires et protection des droits fondamentaux.

Section 1. Cadre juridique et statut de l'Auditeur militaire

§.1. Statut et fonctions de l’auditeur miliaire

L'Auditeur militaire est un magistrat militaire, membre du ministère public près les
juridictions militaires. Ses attributions incluent La direction des enquêtes préliminaires, La
décision de poursuivre ou classer une affaire, La saisine des juridictions militaires par
décision de renvoi ou traduction directe10

§.2. Cadre juridique

L'organisation des juridictions militaires repose sur la Constitution du 18 février 2006 aux
articles 153 et 15611, Le Code judiciaire militaire (Loi n°023/2002), La loi organique
n°13/011-B du 11 avril 2013 sur l'organisation des juridictions12.

9
loi n°023/2002 du 18 novembre 2002 portant Code judiciaire militaire.
10
Article 4 de la loi N°023/2002 Op.cit.
11
Constitution du 18 février 2006 telle que modifiée en ce jour.
12
loi organique n°13/011-B du 11 avril 2013 sur l'organisation des juridictions.
Section 2.les mécanismes liés au droit de recours de décisions de l’auditeur militaire

§.1. Procédure en cas des recours.

Pour des infractions punissables de plus d’un an de servitude pénale, le magistrat


instructeur militaire clôture la procédure par l’établissement d’une note de fin d’instruction
qu’il communique obligatoirement à l’Auditeur Militaire qui doit donner son avis dans les
trois mois13.

S’il constate que la juridiction militaire n’est pas compétente, le magistrat instructeur militaire
renvoie la procédure, après avis de l’Auditeur Militaire, au parquet de droit commun
compétent. Le mandat d’arrêt ou d’amener décerné contre l’inculpé conserve sa force
exécutoire jusqu’à la saisine de la juridiction compétente. Toutefois, si, à l’expiration d’un
délai d’un mois, à compter de la date de la décision du magistrat instructeur militaire, aucune
juridiction compétente n’a été saisie, la situation de l’inculpé est réglée conformément aux
dispositions des articles 31 et suivants du Code de Procédure Pénale ordinaire14.

§.2. Décision prise par l’auditeur militaire

Si le magistrat instructeur militaire estime que le fait visé ne constitue pas une
infraction à la loi pénale, si l’inculpé n’a pu être identifié ou s’il n’existe contre celui-ci des
charges suffisantes, le magistrat instructeur militaire prend une décision déclarant qu’il n’y a
pas lieu à poursuite. Si l’inculpé est détenu, il est mis en liberté 15. Cette décision est
immédiatement communiquée à l’Auditeur Militaire qui la porte à la connaissance du
Commandant d’unité dont dépend l’inculpé. L’inculpé à l’égard duquel le magistrat
instructeur militaire estime qu’il n’y a pas lieu à poursuite ne peut être recherché à l’occasion
du même fait, à moins qu’il ne survienne des charges nouvelles. Dans ce cas, l’Auditeur
Général des Forces Armées peut ordonner la réouverture des poursuites sur charges nouvelles.
Si le magistrat instructeur militaire estime que le fait visé constitue une infraction de la
compétence de la juridiction militaire et que l’inculpation est suffisamment établie, il renvoie
l’inculpé devant cette juridiction16. Le conseil de l’inculpé a droit à la communication du
dossier aussitôt que la juridiction compétente est saisie17.
13
Art. 197 de la loi N°023/2002 Op.cit.
14
31 du Code de Procédure Pénale ordinaire.
15
Art. 199 de la loi N° 023/2002 déjà citée.
16
Art. 200 de la loi N°023/2002 Op.cit.
17
Art.201 de La même loi.
CONCLUSION

Pour clore, nous avons estimé de faire une thèse selon laquelle l'absence de contrôle judiciaire
et de droit au recours et en ce qui concerne les décisions de l'auditeur militaire, soulève des
préoccupations importantes en matière de droits de l'homme et de justice. Les auditeurs
militaires, qui sont des officiers de justice dans le cadre des juridictions militaires, prennent
des décisions qui peuvent avoir des conséquences significatives sur les droits et libertés des
individus, en particulier dans un contexte où des questions de détention, d'arrestation ou de
poursuites peuvent se poser.

Néanmoins, le droit au recours des décisions de l'auditeur militaire en République


Démocratique du Congo s'inscrit dans le cadre du système judiciaire militaire. L'auditeur
militaire a pour mission d'instruire des affaires pénales relevant de la juridiction militaire,
mais ses décisions peuvent faire l'objet de recours. Et le recours ici que l’inculpé peut dresser
c’est la liberté provisoire.

Les droits de la défense doivent être respectés tout au long de la procédure de recours,
assurant ainsi un équilibre entre la répression des infractions militaires

UNIVERSITE DE GOMA
« UNIGOM »

Le principe de recevabilité de la preuve en droit congolais


et droit de la Common Law : Le cas du canada

B.P : 204 GOMA

DOMAINE DES SCIENCES JURIDIQUES,


POLITIQUES, ADMINISTRATIVES
DEPARTEMENT DE SCIENCES JURIDIQUES
TD N°1
Groupe N°3
Cours : DPC

ANNEE ACADEMIQUE 2024 2025

Réalisé par :

1.IKUZWE DORCAS
2.CLAUDINE BULONZA
3.DJEDJE OLUMBO JOSEPH
4. IRAGI CHIRHULIRWE
1

INTRODUCTION
Le doit est comme comparativement aux deux fesses dans une même culotte si bien que
nous pouvons observer une certaine souveraineté qui caractérise chaque Etat indépendant.
En outre il s’agit de relativité de droit pénal qui doit bénéficier chaqu’etat.

Le droit pénal comparé dérange nos habitudes. Nous sommes habitués à notre droit,
lequel correspond culture à notre langue. C’est d’ailleurs ie droit que nous avons étudié. La
confrontation de notre droit à d’autres droits étrangers nous dérangent et bouscule ces
bonnes et vieilles habitudes. 18 Parallèlement aux auteurs allemands, des auteurs français, et
Italiens, s’intéressent à des droits étrangers pour en tirer des comparaisons.19 Un enfant qui
ne voyage pas a toujours donné l’impression que sa mère est la meilleurs cuisinière du
monde or en se déplaçant vers les casseroles des autres mamans nous pouvons faire la thèse
ou l’antithèse en son affirmation.

Nos textes qui nous régissent en RDC ; nous donnent l’impressions qu’ils semblent
meilleurs de tous les autres au travers le monde. Ce là étant ainsi ; nous étudiants dans le
cadre de ce travail allons essayer de donner une notion générale sur le sujet (chapitre I ) et
de l’autre côté également nous allons confronter notre droit interne par rapport au droit
canadien ( chapitre II )

18
Jacques B. MBOKANI, droit pénal comparé, université de Goma, 2020 2021 P.4
19
Jean Pradel, droit pénal comparé. 4e Ed DALLOZ 2016 P.50 Ss
2

CHAPITRE I. NOTION GENERALE SUR LE SUJET

Dans cette phase nous allons essayer de donner la portée du principe en droit (section I) et
en entretemps nous parlerons également de preuve (section II )

Section 1. PRINCIPE

Principes directeurs, principes généraux, principes fondamentaux, principes essentiels…


les qualificatifs sont nombreux pour désigner une catégorie de normes qui peuvent être
regroupées sous l’expression de « principes juridiques » et que l’on trouve en procédure,
comme dans les autres branches du droit. Les principes juridiques sont marqués par une
certaine ambivalence. Les juristes - qu’ils appartiennent au monde académique ou à celui de
la pratique partagent le sentiment que certaines règles juridiques sont plus fondamentales
que d’autres et que ces règles que l’on aime appeler « principes » ont une valeur ou une
force juridique plus importante que les autres règles. 20

En ce sens il faut retenir que le principe général est un concept utilisé


pour interpréter et comprendre le droit. En outre ce principe peut découler de la
constitution, des lois, dla jurisprudence.

Section II . LA PREUVE

Prouver c’est convaincre quelqu’un (juge, l’autre partie, …) de la véracité d’un fait. Prouver
son droit c’est en réalité, prouver le fait ou les faits auxquels la loi attache ce droit. Le fait
s’entend au sens large : Acte juridique, fait juridique. Ainsi relèvent GOUBEAUX et BIHR,
en matière judiciaire, le mot preuve est pris dans trois acceptions différentes.

1 Il désigne le fait de proposer au juge des éléments de conviction (actus probandi). C’est en
ce sens qu’on parle généralement de la charge de la preuve.

2.Elle s’entend de l’élément de la conviction lui-même, c’est-à-dire du procédé employé pour


persuader le juge de la véracité de l’allégation. 21

CHAPITRE II. LE PRINCIPE DE RECEVABILITE DE PREUVE EN DROIT COMPARE

De prime abord, il faut souligner qu’à cette phase qui est celui ou celle qui doit prouver,
recevoir les preuves et desquelles manière de procédé pour ce faire. C’est autant que le
permet le fait que nous allons faire un sursaut comparatif de la législation congolaise (section
I) et celle canadienne (II)
20
Etienne Vergès, « La notion de principes essentiels en droit judiciaire privé » IRJS éditions, 2024 P 1
21
Nicole VERHEYDE JEANMART, droit de la preuve de la preuve. Maison larcier, bruxel 1991 P6
3

Section I. la législation congolaise

La preuve s’attache au fait et non au droit22

Le processus probatoire se trouve au cœur de la procédure. Au-delà du


droit pénal, il est présent en tout procès; car en justice, il ne suffit pas d’affirmer une
prétention; encore fautil que celle-ci soit prouvée par des éléments suffisants pour espérer la
conviction du juge sur le fondement des moyens invoqués par l’une ou l’autre partie. La
preuve devient donc dans son principe une nécessité absolue en droit car, une partie qui
veut prouver une prétention n’est pas libre de le faire comme elle l’entend au sens large.23

Dans le cadre juridique congolais, il faut noter que, le principe de liberté de preuve est
observable en matière pénale. En outre, le code civil livre III des contrats des obligations
conventionnelles prévoit les modes de preuve qu’il faut citer : La preuve littérale ; preuve
testimoniale, l’aveu de la partie, serment24

Il est principalement admis que la charge de la preuve incombe à la


partie poursuivante. Dans le cadre d’une action publique, c’est le ministère public qui a cette
lourde charge de prouver l’existence de l’infraction commise par la personne poursuivie,
faute de quoi celle-ci sera purement et simple acquittée. Ceci est mieux explicité par la
maxime « actori incumbit probatio », qui précise et soutient que la charge de la preuve
incombe au demandeur, en vue de protéger la personne non encore jugée définitivement
contre le jugement de valeurs sur sa prétendue culpabilité. Le ministère public a donc la
charge de prouver l’élément légal de l’infraction, c’està-dire l’existence d’un texte de loi qui
punit les agissements reprochés ; Il a encore la charge de prouver la réunion des éléments
matériels de l’infraction ou sa matérialité et l’élément moral de ladite infraction25

Par principe, comme nous l’avons épinglé ci-dessus, la charge de la preuve en matière
pénale incombe à la partie poursuivante. D’ailleurs, l’adage latin « In dubio pro reo » qui
signifie que le doute profite à l’accusé met la personne poursuivie dans un confort
nécessitant la démonstration par la partie poursuivante de son implication dans la
commission de l’infraction à sa charge, faute de quoi le doute lui est profitable. En opposé, il

22
Nicole VERHEYDEN JEANMART, Opcit P 9
23
Malunga N’landu ruth « l’administration de la preuve face aux exigences du principe dispositif en droit civil
congolais » KAS African Law study 2019 P2
24
CCLII :l’article 197 Ss
25
BALABO MOTREMA « la charge de la preuve dans un proces pénal pour les infractions de blanchement des
capitaux et enrichement illicite en droit congolais et comparé » kinshasa université de kinshasa p 4
4

existe ce qu’on appelle présomption de culpabilité qui oblige la partie poursuivie d’apporter
la preuve.26

Section II : La législation canadienne

Législation canadienne en matière d’administration de la preuve : Analyse détaillée

1.1. Loi sur la preuve au Canada (LPC) – Loi fédérale principale

La Loi sur la preuve au Canada (LPC), adoptée en 1985, est la loi fédérale qui régis les règles
de preuve dans les procédures devant les tribunaux fédéraux (Cour fédérale, Cour
canadienne de l’impôt, etc.) et dans certaines matières fédérales, elle édicte des règles
sures :

• La preuve documentaire

• La preuve par témoin

• La preuve des déclarations intérieures

• La preuve des condamnations antérieurs

• La preuve électronique27

1.2. Droit provincial et territorial

Chaque province et territoire canadien a ses propres règles de preuve, qui s’appliquent dans
les tribunaux provinciaux et territoriaux pour les matières relevant de leur compétence (ex.
droit civil, droit familial, droit des contrats). Ces règles sont souvent contenues dans :

• Le Code de procédure civile (ex. Ontario, Colombie-Britannique)

• Le Code civil du Québec (pour le Québec, qui a un système de droit civil


distinct)

• Les règles de preuve spécifiques aux tribunaux provinciaux

La Loi sur la preuve au Canada s’applique principalement aux matières fédérales, tandis que
les provinces ont une grande autonomie pour fixer leurs propres règles.

2. Principes fondamentaux de l’administration de la preuve au Canada

2.1. Principe de la liberté de la preuve

Le système canadien est caractérisé par une grande liberté dans l’admission des preuves,
sous réserve de leur pertinence, de leur fiabilité et de leur légalité. Cela signifie que :
26
Balabo Motema Opcit P6
27
Article ( 1.1) de la loi sur la preuve au canada L.R.C. (1985), ch. C 5 mise à jour 5 mai 2O25
5

• Tout élément de preuve pertinent peut être admis, sauf exceptions légales
(ex. Preuve obtenue illégalement dans certains cas).

• Le juge a un pouvoir discrétionnaire pour évaluer la crédibilité et la valeur


probante des preuves.

2.2. Principe du contradictoire

Les parties ont le droit de connaître les preuves présentées contre elles et de les contester,
notamment par le contre-interrogatoire des témoins.

2.3. Charge de la preuve

La charge de la preuve incombe généralement à la partie qui allègue un fait. En matière


pénale, la charge incombe au ministère public qui doit prouver la culpabilité hors de tout
doute raisonnable.

3. Types de preuves et règle spécifiques

3.1. Preuve documentaire

• Documents officiels : Les copies certifiées conformes des lois, règlements,


judiciaires, décision et autres documents publics font foi sans besoin de preuve
supplémentaire.

• Documents privés : Doivent être authentifiés (par exemple, par témoignage ou


par preuve circonstancielle) pour être admis.

• Preuve électronique : La preuve électronique (courriels, fichiers numériques,


enregistrements audio/vidéo) est admissible sous réserve de son authenticité et intégrité.
Les tribunaux adoptent des critères rigoureux pour éviter la falsification.

3.2. Preuve testimoniale

• Compétence : Toute personne capable de comprendre la nécessité de dire la


vérité peut témoigner (âge minimal souvent 14 ans, mais flexible).

• Serment ou affirmation solennelle : nécessaire pour assurer la sincérité du


28
témoignage.

CONCLUSION

28
Martin Vaulair et tristan Desjardins, traité général de preuve et de procédure pénale ; 25e éd. Cowansville, Ed.
Yvon blais, 2018 P 1 , 2 Ss
6

Nous voici à l’échéance de notre recherche. Ce présent travail a porté sur une analyse
comparative ; en fait, cette méthode comparative consisté confronté deux législations à
l’occurrence celle congolaise et d’un part de la législation canadienne sur le principe de
recevabilité de preuve. Le droit canadien en matière du procès pénal est régi par le principe
de liberté de preuve, et le ministère doit prouver. La législation canadienne présente une
différence à celle congolaise en ce sens que les provinces et territoire ont des compétences
qui leurs sont dévolues, pour dire ils ont leurs propres règles en matière de l’administration
de preuve alors que notre arsenal juridique congolais les règles sont universel c’est-à-dire les
règles d’administration de preuve s’applique « erga omnes » sur l’ensemble de territoire
congolais.

REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO


UNIVERSITE DE GOMA
B.P: 204 Goma
7

DOMAINE DES SCIENCES JURIDIQUES


DEPARTEMENT DROIT PENAL

L’APPRECIATION DE LA PREUVE DANS LE


SYSTEME ROMANO-GERMANIQUE ET DANS LE
SYSTEME DEPrésenté
LA COMMON-LAW.
par :
1. MAHORO MPONGE ABIGAEL
2. MIRINDI LINDA CAROLINE
3. MUHINDO MUVUNGA MOISE
4. MUCHINYA LUZOLO MARIE-LOUISE
Promotion : M1 Droit pénal
PROFESSEUR : Charles KALWAHALI
ASSISTANT : MUINDO KIRAULI

2024-2025
8

Chapter 1 INTRODUCTION
L’administration de la justice repose en grande partie sur la manière dont les preuves sont
appréciées par la juridiction capable de connaitre l’affaire dépendamment de sa compétence.
La preuve, prise comme élément central du procès, permettrait de convaincre le juge de la
véracité des faits allègues d’autant plus que la charge de la preuve incombe à celui qui
allègue le fait, par conséquent, cela permettra d’assurer une justice équitable. Cependant,
l’appréciation de la preuve varie selon le système juridique de chaque Etat, reflétant des
philosophies et des traditions distinctes. Ainsi, le système de Common Law, caractérisé par
l’importance du procès contradictoire et du rôle actifs des parties, se distingue du système
romano-germanique ou civiliste, dans le quel le juge joue un rôle plus directif dans la
recherche de la vérité.

Cette diversité dans l’appréciation de la preuve soulève des questions fondamentales : quels
sont les principes directeurs qui gouvernent l’appréciation de la preuve dans ces deux
systèmes juridiques ? Quelles sont les différences majeures et les points de convergences ?
En d’autres termes, comment le juge arrive à former sa conviction en fonction des
traductions juridiques auxquelles il appartient ?

Ce travail va donc examiner l’appréciation de la preuve dans le système romano-germanique


et dans le système de Common Law, en relevant les méthodes, les principes et les
conséquences pratiques de ces approches.

Pour ce faire, une partie sera consacrée à l’appréciation de la preuve dans le système
romano-germanique, dans la seconde partie, celle qui prévaut dans le système de Common
Law.
9

Chapter 2 Chapitre 1. L’APPRECIATION DE LA


PREUVE DANS LE SYSTEME ROMANO-
GERMANIQUE
En droit romain, l’administration de la preuve repose sur quelques théories qui s’avèrent
fondamentales, notamment la charge de la preuve qui incombe au demandeur (actori
incubit probation) et le principe de l’exception en défense qui doit être prouvée (reus in
excipiendo fit actor). Au-delà de cela, nous devons comprendre qu’en droit romano
germanique, l’administration de la preuve se caractérise par la liberté de la preuve, la légalité
et la loyauté

1. A. La liberté de la preuve.
En droit romano-germanique, le principe de la liberté de la preuve signifie que les parties
sont libres de produire des preuves de leur choix. La preuve est libre parce qu’elle n’est
soumise à aucune règle restrictive quant à sa forme ou son contenu.

A la différence du procès civil, le procès pénal porte toujours sur le conflit entre la société et
l’individu. Le système de la preuve pénale est donc diffèrent de celui de la preuve civile. Deux
règles traditionnelles de procédure permettent de distinguer la preuve pénale de la preuve
civile : la présomption légale d’innocence et la liberté de preuve. S’agissant de la
présomption légale d’innocence, au civil, comme au pénal, c’est au demandeur de prouver
ses prétentions, mais le fardeau de la preuve est généralement plus lourd en matière pénale,
car le doute profite à l’accusé. La liberté de la preuve repose sur l’admissibilité de tous les
moyens de preuve d’une part et l’absence de hiérarchie entre ces moyens et la liberté
d’appréciation du juge d’autre part.29
29
C. Wang, Encadrement de la liberté de la preuve dans la procédure pénale : étude comparée France-Chine,
thèse de doctorat, Université de bordeaux, 2019, P. 24-25.
10

Certaines restrictions se font voir vis-à-vis de ce principe qu’on trouve des fois dans les lois
écrites ou soit dans les jurisprudences. Prenons la France comme exemple, notons que le
principe de la liberté de la preuve est fondamental de la mais pas absolu car il est encadré
par des règles, notamment pour protéger certains droits comme : la présomption
d’innocence, le respect de la vie privée, ou encore l’interdiction de certaines preuves
obtenues de manière illégale. La France prévoit de manière sporadique des dispositions
relatives au recueil des preuves.

1.B. La légalité de la preuve.


Dans le système romano-germanique, la légalité de la preuve est un principe fondamental
qui vise à garantir que les preuves admises en justice soient obtenues de manière licite et
respectueux des droits fondamentaux. Cela signifie que les preuves doivent être non
seulement pertinente et probantes, mais aussi obtenues conforment à la loi et sans porter
préjudice à la vie privée.

Tout élément de preuve obtenue par des moyens entamant fortement sa fiabilité doit être
déclaré irrecevable. De même être écarté tout élément de preuve de nature à compromettre
la procédure et porter gravement atteinte à son intégrité. L’exclusion automatique de la
preuve obtenue par des moyens illégaux.

La liberté de la preuve est encadrée de plus en plus strictement sous l’influence de la légalité
de la preuve. Cet en encadrement se reflète surtout dans le domaine des procèdes de recueil
des preuves. Il existe les procèdes interdites et d’autre règlementaires. Nous n’avons pas
l’ambition d’examiner exhaustivement tous ces procèdes dans cette partie 30. En matière civil,
le système romano-germanique prévoit des règles plus strictes sur la preuve :

 Certaines preuves sont obligatoires : par exemple, pour prouver un contrat au-delà d’un
certain montant, il faut une preuve écrite.

 Les présomptions légales peuvent limiter la liberté des parties.

30
Ibid., p.27
11

 Les preuves doivent respecter des formes précises (ex : acte authentique, acte sous seing

1. C. la loyauté de la preuve.

La loyauté de la preuve signifie que les preuves doivent être obtenues et utilisées de manière
honnête, respectueuse des règles de procédures et des droits fondamentaux.

Il existe un lien entre le principe de légalité de la preuve et celui de la loyauté de la preuve


d’autant plus que ce sont ces deux principes qui encadrent le principe de la liberté de la
preuve. Les liens entre les deux termes de « légalité » et « loyauté » sont plus ambigus, parce
que le mot « loyal » vient du latin legalis c’est-à-dire « conforme à la loi »31

Exemples des preuves déloyales :

 Une preuve obtenue par torture ou violence,


 Une preuve obtenue en violation de la vie privée (écoutes clandestines,
vidéosurveillance illégale…),
 Une preuve obtenue par provocation policière (ex : inciter quelqu’un à commettre un
crime qui n’aurait pas été commis sans l’intervention de la police).

La conséquence est le principe d’irrecevabilité comme l’a bien affirmé la cour de


cassation de la France à plusieurs reprises en disant que les preuves obtenues de manière
déloyales (notamment par agent provocateurs ou des atteintes à la vie privée) sont nulles
et ne peuvent pas fonder une accusation.

En somme, l’administration de la preuve dans le système romano-germanique repose sur


articulation subtile entre la liberté et encadrement légal. Dans ce système codifié, la
recherche de la vérité doit se faire dans le respect des règles de droits, principes
fondamentaux entre autres (le respect des droits de la défense et de procès équitable),
et les valeurs essentielles comme la loyauté et légalité. Notons aussi que le juge a le libre
arbitre d’apprécier les preuves selon son « intime conviction », c’est-à-dire sans que la loi
ne lui dicte ni les modes de preuve qu’il doit prendre en compte, ni la valeur qu’il doit

31
B de Lamy, « de la loyauté de procédure pénal, Brèves remarque sur l’application des règles de la chevalerie a
la procédure pénale », in melanges Pradel, Cujas 2006, p.98.
12

accorder. Le droit de preuve romano-germanique reflète cette confiance dans la capacité


des juges à apprécier de manière rationnelle les preuves qui leurs sont présentées.

Chapter 3 Chapitre 2. L’APPRECIATION DE LA


PREUVE DANS LE SYSTEME DE LA COMMON
LAW
Dans le système de la Common Law, l’appréciation des preuves s’inscrit dans un modelé
accusatoire et est généralement laissée à la discrétion des juges du fond, qui seront libre de
déterminer leurs poids et leurs pertinences et ici c’est en matière pénale. Contrairement au
droit civil la ou des règles spécifiques peuvent encadrer l’admissibilité des preuves, la
Common Law privilégie une approche plus souple, axée sur la conviction du juge. Nous
pouvons retenir que dans ce système le procès équitable est garanti, cela voudrait tout
simplement dire que chaque partie doit avoir la possibilité de prendre connaissance des
arguments, des pièces, et des preuves avancées par l’autres parties, et de les discuter
devants les juge. En d’autres termes, nul ne peut être jugé sans être entendu et cela pour
garantir l’équilibre des droits et protéger le droit de la défense. Ce principe implique :
 La communication des pièces et des preuves a toutes les parties,
13

 Le droit de réponse sur tout élément invoqué par l’adversaire,


 La possibilité de contester la crédibilité de la preuve adverse (ex en contre
interrogeant un témoin dans la Common Law.

2.A. la communication des pièces.


Dans le système de la Common Law, la communication des pièces est une étape clés du
processus, c’est un procès très formalisé dans lequel l’autre partie doit divulguer à l’autre
l’ensemble des pièces en sa propre position dans le but d’assurer un débat équilibré et
transparent. Retenons qu’il n’existe aucune surprise au cours d’un procès dans la Common
Law et que certaines sanctions peuvent subvenir à la cause de non communication des
preuves dont notamment :

 Inadmissibilité de la pièce,
 Ajournement au report de l’affaire,
 Condamnation aux dépenses ou à une amande,
 Atteinte à la crédibilité de la partie fautive,

En un mot, nul ne peut surprendre son adverse au procès de la Common Law.

B. le droit de réponse.
Le droit de réponse est une conséquence directe du principe du contradictoire, il signifie que
chaque partie dans un procès a le droit de réagir aux arguments, aux demandes et aux
preuves présentées par l’adversaire. Autrement dit, aucune partie ne peut être condamnée
sans avoir eu la possibilité de s’expliquer et de se défendre.

Si une partie n’a pas exercer son droit de réponse, il y’a violation du principe du
contradictoire, ce qui peut entrainer :

 L’annulation d’une décision,


 La réouverture des débats,
 Ou le report d’une audience pour permettre à la partie de répondre.

c. possibilité de contester.
La possibilité de contester est un droit fondamental des parties en un procès chaque parties
doit avoir la possibilité effective de discuter, de critique ou de réfuter des arguments, de
14

preuves ou de demandes présentées cela garantie un procès équitable et évite une partie
soit condamnées sur la base des éléments qu’elle n’a pas pu discuter.

Les possibilités de contestation :

 Contestation d’une pièce,


 Contestation d’un témoignage,
 Contestation d’une argumentation juridique,
 Contestation d’un fait.

Comprenons que la Common Law est un système qui fait valoir le principe du contradictoire
qui donne à toutes les parties le privilège au le droit de se défendre, ce système veut que
toute les parties puissent aussi se communiquer les pièces cela dans le but d’assurer
l’équilibre et la clarté du procès qui sera contradictoire cela veut dire que chacune de les
parties disposera du droit de réagir ou même de contester certaines argumentations, pièce,
témoignage et faits.

Chapter 4 CONCLUSION
L’étude de l’administration de la preuve dans les systèmes romano-germanique et de
Common Law relève deux conceptions fondamentales du procès.
15

Dans le système romano-germanique, la preuve est encrée par des règles strictes et
codifiées, dans lequel le juge joue un rôle actif, supervisant la production et l’appréciation
des preuves dans le respect du principe du contradictoire. A l’inverse, dans le système de
Common Law, la preuve est principalement administrée par les parties elle-même, selon un
modèle cruciale donnée aux témoignages oraux et au contre-interrogatoire.

Cette différence reflète des traditions juridiques distinctes mais tendent à converger autour
d’un objectif commun : garantir un procès équitable et la manifestation de la vérité. Quelle
que soit la procédure, la preuve reste un instrument essentiel pour convaincre le juge.

SUJET :
« LA PRÉSOMPTION D'INNOCENCE »
UNIVERSITE DE GOMA
« UNIGOM »
B.P 204 Goma

DOMAINE DES SCIENCES JURIDIQUES


16

Présenté par le Groupe 1 dont :

1. AGANZE MUDUMBI Jean Christophe


2. AKONKWA MUSHAGALUSA CHRISTOPHE
3. ABEL SHABANI JOSUE
4. BAENI NKUBA FIDELE

PROFESSEUR : CHARLES KALWAHALI


ASSISTANT : MUISA KIRAULI

Promotion : M1
UE : Droit Pénal Comparé

A
17

o INTRODUCTION

La présomption d’innocence déborde aujourd’hui la procédure pénale ; l’affirmation selon


laquelle tout homme est présumé innocent jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie par un
jugement irrévocable a valeur de droit fondamental. Ainsi la présomption d’innocence est
d’abord une règle de preuve selon laquelle il appartient aux parties poursuivantes de prouver
la culpabilité de la personne poursuivie.
« La présomption d’innocence, un défi pour l’État de droit », tel est l’intitulé du rapport
publié en octobre 2021 par le groupe de travail constitué à la demande du Garde des sceaux,
M. Éric Dupond-Moretti. Ce groupe de travail, présidé par Mme la ministre Élisabeth Guigou,
avait pour objectif de réfléchir sur la possibilité de renforcer le respect de ce principe cardinal
du système judiciaire français, la lettre de mission du Garde des Sceaux évoquant le
développement des moyens de communication électronique et des réseaux sociaux qui
conduit à « donner un écho sans précédent à des dénonciations de faits de nature pénale »32

Si la présomption d’innocence est un droit subjectif, elle est aussi une règle de forme, qui
permet de savoir sur qui va peser la charge de la preuve. Cela vise la réunion des éléments de
preuve mais également la démonstration de la culpabilité, rôle dévolu au Ministère public.
Telle est la conséquence directe du principe de présomption d’innocence.

32
Le Monnier de Gouville, Pauline, droit pénal special,2020. P28
18

CHAPITRE I : LA PRESOMPTION D’INNOCENCE EN DROIT


CONGOLAIS ET DANS D’AUTRES DROITS DU SYSTEME ROMANO-
GERMANIQUE
SECTION I : LA PRESOMPTION D’INNOCENCE EN DROIT
CONGOLAIS
La présomption d’innocence constitue un principe cardinal de la procédure pénale dans un
Etat de droit comme la République démocratique du Congo. Ce principe est prévu aussi bien
par les textes internationaux ratifiés par la RDC, ainsi que par les textes nationaux.
§1 : les textes nationaux
En droit congolais la présomption d’innocence est un principe consacré par la constitution,
l’article 17 de la constitution du 18 février 2016, modifiée par la loi n˚11\002 du 20 janvier
2011 in fine dispose ce qui suit « toute personne accusée d’une infraction est présumée
innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie par un jugement définitif ».33

Trouvant son fondement dans la constitution qui est la loi suprême d’un Etat, ce principe doit
être respecté par toutes les autorités de l’Etat et par ceux qui peuvent y porter atteinte, y
compris la presse, ceci pour le bénéfice non seulement de l’accusé, de justiciable mais de tout
individu. Le législateur comme le juge ont l’obligation de s’y conformer.
Toute personne suspectée doit être considérée comme innocente tant que sa culpabilité n’a pas
été établie par un jugement de condamnation définitif, telle est l’idée du principe
constitutionnel sous examen, cependant dans les textes de loi nationaux plus particulièrement
dans le décret du 6 aout 1959 portant code pénal congolais, on y trouve l’expression «
auteur présumé », celle-ci est donc une expression erronée en ce qu’elle laisse entendre que le
suspect serait porteur d’une présomption de culpabilité ce qui est contraire au principe sacro-
saint de la présomption d’innocence.34

§2 : les textes internationaux

La présomption d’innocence telle qu’entendu actuellement dans la plupart des pays, se


fonde sur l’article 11 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 de l’ONU
qui la formule de façon suivante : « Toute personne accusée d’un acte délictueux est
présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un
procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurés…».

L’article 14, §2 du pacte international relatifs aux droits civils et politique, dispose : « toute
personne accusée d’une infraction pénale est présumée innocente jusqu’à ce que sa
culpabilité ait été légalement établie ».35

33
La constitution du 18 février 2006, telle que modifiée par la loi n˚11\002 du 20 janvier 2011, article 17 al.9
34
LUZOLO B. LESSA, Guide de l’action publique pour la lutte contre les violences sexuelles,
35
L’article 14, §2 du pacte international relatifs aux droits civils et politique du 16 novembre 1966.
19

L’article 66.1 du statut de Rome, dispose : « toute personne est présumée innocente jusqu’à
ce que sa culpabilité ait été établie par la cour conformément au droit applicable ».36

L’article 7 de la charte africaine des droits de l’homme et des peuples dispose : « toute
personne a droit en ce que sa cause soit entendue. Ce droit comprend…

1 Le droit à la présomption d’innocence, jusqu’à ce que sa culpabilité soit établie par


une juridiction compétente ». 37

SECTION II : LES AUTRES DROITS DU SYSTEMES ROMANO-GERMANIQUE


L’article48 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne traitant de la
présomption d’innocence, dispose : « toute personne qui se voit reprocher une infraction est
réputée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été légalement démontrée »38

§I. LE DROIT FRANCAIS

A. Une fiction
La présomption d’innocence s’envisage comme un objectif de l’État de droit, que les
principes directeurs du procès pénal permettent, progressivement, de consolider (1.). La
fiction tient à l’inadéquation de ce principe avec des dispositifs qui, en eux-mêmes, y portent
atteinte (2.).

1. Les principes directeurs du procès pénal au soutien de la présomption


Le système français s’est construit autour de la nécessité de consacrer le principe de
présomption d’innocence, lequel s’inscrit dans un paysage procédural. Cette volonté est
ancienne puisque le concept émergeait déjà dans les sources canoniques dès le IXe siècle
avant d’être formulé au XIVème siècle par le cardinal et canoniste Jean Lemoine, concept
selon lequel « tout individu est présumé innocent jusqu’à la preuve contraire ». Le principe
subsista tout au long de l’Ancien Régime, Louis XVI affirmant notamment, le 1er mai 1788,
que « le premier de tous les principes en matière criminelle veut qu’un accusé, fût-il
condamné à mort en première instance, soit toujours présumé innocent aux yeux de la loi
jusqu’à ce que sa sentence soit confirmée en dernier ressort ».
Par la suite, les députés de l’Assemblée constituante de 1789 ont souhaité inscrire dans la loi
les droits inaliénables dont dispose chaque citoyen, au rang desquels figure celui pour
l’accusé de ne pas voir son innocence remise en cause dès le début de la procédure.
Cependant, la présomption d’innocence ne s’envisageait pas comme un principe directeur du
procès pénal mais comme un rempart contre toute atteinte à la liberté. Ce n’est finalement
qu’au début du XXème siècle que l’expression « présomption d’innocence » est formalisée,
grâce aux écrits de l’avocat et professeur de droit criminel René Garraud. Surtout, ce n’est
que sous la Ve République, avec la loi n° 70-643 du 17 juillet 1970, que le législateur consacre

36
L’article 66.1 du statut de Rome de 1998.
37
L’article 7.b de la charte africaine des droits de l’homme et des peuples dispose de 1981.
38
La charte des droits fondamentaux de l’Union européenne du 7 décembre 2000.
20

dans la loi des dispositifs visant à renforcer les garanties individuelles 39qu’impliquent,
notamment, la présomption d’innocence. La loi n° 93-2 du 4 janvier 1993 portant réforme de
la procédure pénale supprime, quant à elle, le terme d’« inculpation » pour lui préférer celui
de « mise en examen ». C’est donc un travail sur les mots qui est réalisé puisqu’à cette
évolution sémantique correspond la volonté de décorréler l’existence d’indices graves ou
concordants à l’encontre d’une personne mise en cause de tout pré-jugement sur sa
culpabilité. La loi de 1993 a ensuite introduit un principe de proportionnalité entre les
soupçons pesant sur la personne et la gravité des mesures de contraintes prises à son
encontre : le placement en garde à vue est désormais subordonné à l’existence de soupçons,
rendant impossible une telle mesure à l’encontre d’un simple témoin. Sept ans plus tard, la
loi n° 2000-516 du 15 juin 2000 consacre, en tête du Code de procédure pénale, le principe
de la présomption d’innocence. À la lecture de l’exposé des motifs de la loi, la présomption
d’innocence apparaît comme « un principe cardinal de la procédure pénale dans un État de
droit », dont découlent les autres principes directeurs du droit procédural français.

2. Les dispositifs de contrainte éprouvés au détriment de la présomption d’innocence

Le caractère fictionnel de la présomption d’innocence résulte en effet de la prévision de


dispositifs qui, en eux-mêmes, portent atteinte au principe, à tout le moins entravent son
effectivité. Deux dispositifs interpellent tout particulièrement, au regard de leur compatibilité
avec le respect de la présomption d’innocence. Le premier d’entre eux est celui de la
détention provisoire, mesure privative de liberté qui représente un marqueur fort de
suspicion. Le criminaliste Faustin Hélie écrivait : « La détention préalable inflige un mal réel,
une véritable souffrance, à un homme qui non seulement n’est pas réputé coupable mais qui
peut être innocent, et le frappe [...] dans sa réputation, dans ses moyens d’existence, dans sa
personne ». L’article 137-1 du Code de procédure pénale, quant à lui, affirme le principe
selon lequel « Toute personne mise en examen, présumée innocente, demeure libre ». Ce
n’est qu’« à titre exceptionnel » que la personne peut être placée en détention provisoire.
Or, malgré cette affirmation législative, le dispositif de détention provisoire s’envisage
comme une négation, en tant que telle, de la présomption d’innocence : d’abord car la
mesure s’envisage, sous différents aspects, comme un pré-jugement ; ensuite parce ce qu’il y
est recouru de manière excessive.
Au soutien de l’idée selon laquelle la détention provisoire constitue une forme de pré-
jugement, il est possible, avant tout, de se référer à l’article 145 du Code de procédure
pénale selon lequel le juge statue « au vu des éléments du dossier ». Surtout, les motifs
juridiques de 40la détention, prévus à l’article 144 dudit code, traduisent une prise en compte
intrinsèque de certains éléments du dossier. Ainsi, à suivre la lettre du texte, le juge a par
exemple la possibilité de motiver le recours à la détention provisoire en indiquant, au sein de
son ordonnance, que la mesure vise à empêcher tout contact entre « des complices », à «
mettre fin à l’infraction » ou à « prévenir son renouvellement ». Toutes ces hypothèses
39
La loi n° 70-643 du 17 juillet 1970, que le législateur consacre dans la loi des dispositifs visant à renforcer les
garanties individuelles.
40
L’article 137-1 et 144, 6°du Code de procédure pénale
21

considèrent ainsi l’infraction comme établie. Par exemple, le risque de renouvellement d’une
infraction n’est réel que si, par définition, il existe une première infraction et que l’on
considère que l’individu l’a effectivement commise. En se fondant ainsi sur les motifs de
détention prévus par la loi, le juge se forge, consciemment ou non, un avis sur la culpabilité
du prévenu. Les mots ont pourtant un sens et c’est d’ailleurs dans cette perspective que le
rapport précité du groupe de travail sur la présomption d’innocence préconise de réaliser un
travail de réflexion autour de la sémantique de la procédure pénale afin de mieux cibler le
vocabulaire et les marqueurs de culpabilité. À titre d’exemple, alors que l’article 144, 6° du
Code de procédure pénale prévoit, au titre, des motifs fondant la mesure de détention
provisoire, la nécessité de « mettre fin à l’infraction ou prévenir son renouvellement », le
groupe de travail suggère de remplacer ladite formule par celle d’une détention provisoire de
nature « à prévenir le risque de commission d’une infraction pénale ».

B. Un défi

« Le mélange de vrai et de faux est énormément plus toxique que le faux pur », selon
l’écrivain Paul Valéry. Libérer les mots, la parole, pose la question du doute, de la véracité. Il
s’agit en effet de libérer la parole, non de la sacraliser. Se pose dès lors la question du poids
des mots et des contours à tracer autour de la liberté d’expression, liberté que l’on justifie au
nom de la cause poursuivie mais qui n’est pas sans incidence sur le respect de la
présomption d’innocence (1.). L’autre défi, ensuite, à relever est celui de la communication
autour de la justice en vue de préserver la présomption d’innocence (2.).

1. Présomption d’innocence et liberté d’expression


'La problématique de la présomption d’innocence confrontée à la liberté d’expression peut,
doit, être abordée sous l’angle du mouvement de libération de la parole qui s’est propagé
depuis 2017 à travers le monde et les hashtags metoo et Balance ton porc. Les réseaux
sociaux font en effet office de caisse de résonnance du point de vue des difficultés soulevées
au regard du principe objet de notre étude. Au-delà, le cri d’alarme numérique permis par ce
mouvement représente un défi pour le procès pénal lui-même : lorsque l’enceinte judiciaire
laisse place au tribunal médiatique, ce sont les fondements même du droit à un procès
équitable qui se trouvent ébranlés – le président de la République M. Emmanuel Macron
s’est à cet égard inquiété d’une « forme d’ordre moral autoproclamé » et de « l’esprit de
lapidation » régnant sur les réseaux sociaux. Défi de la fameuse cancel culture mais aussi, en
droit, difficultés de preuves tant du côté des victimes que de celui des personnes dénoncées,
parole contre parole, mise au pilori des présumés coupables au point que la cause l’emporte
parfois sur la vérité judiciaire. La parole s’est ainsi libérée, au nom d’une nécessaire prise de
conscience collective. Cela justifie-t-il tout pour autant ? Sous un angle juridique, le
mouvement décrit se traduit par l’idée que l’expression publique se libère, laissant souffler
un vent de dénonciation – voire de « délation » selon l’écrivain Frédéric Beigbeder,
définissant le mouvement actuel comme « la seconde grande vague de délation en France
depuis la Seconde Guerre mondiale ». La question est délicate et l’on perçoit dès lors la
balance entre la légitimité de la cause, la liberté d’expression et la protection de la vie privée
22

et de la présomption d’innocence. Soit le fait jeté en pâture à la vue du public est exact,
auquel cas l’information poursuit un but préventif visant à protéger de potentielles victimes
de l’individu dénoncé.
Soit le fait n’est pas avéré, et les conséquences peuvent être dramatiques pour la personne
visée, dont l’honneur a été bafoué. Le droit s’empare de ces questions puisque ces
dénonciations peuvent, selon la Cour européenne des droits de l’homme, constituer une
atteinte à la réputation des personnes relevant de leur droit au respect de la vie privée.
Sous un angle pénal, des poursuites sont envisageables, notamment sur le fondement de la
diffamation, et l’analyse de décisions rendues dans différentes affaires – trois en particulier –
permettent de prendre la mesure de la difficulté. La première affaire est emblématique
puisqu’elle concerne la mise en cause, sur le fondement de la diffamation, des propos d’une
femme étant à l’origine du mouvement Balance ton porc. Au mois d’octobre 2017, une
journaliste française publiait en effet sur le réseau social Twitter : balance ton porc ! Toi aussi
raconte en donnant le nom et les détails d’un harcèlement sexuel que tu as connu dans ton
boulot. Je vous attends ». Quatre heures plus tard, un second message accompagnait le
précédent : « Tu as de gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la
nuit », en dévoilant l’identité de l’homme en question, qui allait être donc « le premier
porc ».

2. Présomption d’innocence et communication


L’originalité du mouvement de libération de la parole tient à ce qu’il dépasse la seule vertu
thérapeutique de la parole pour porter une revendication : celle d’un besoin de justice et de
moyens de lutte. Après les déferlantes Metoo et Balance ton porc, de nombreux articles,
reportages, ont dénoncé les défaillances de la justice et de ses moyens. D’emblée, notons le
paradoxe résultant de ce que la parole formule une exigence de justice mais passe hors les
murs des tribunaux. À cet égard, l’affaire « Adèle Haënel » illustre le propos : si le témoignage
diffusé sur les réseaux sociaux a sonné comme une véritable déposition, l’actrice a, dans le
même temps, refusé de saisir la justice au nom d’une violence systémique faite aux femmes
dans le système judiciaire. Un autre paradoxe résulte de la défiance envers l’auteur. L’enjeu
primordial réside en définitive dans la qualité de l’information diffusée.
41
Comment y remédier ? En sensibilisant, d’abord, les journalistes par le biais de formations
qui leur permettent d’avoir une meilleure connaissance du fonctionnement de la justice, ce
que préconisait déjà le rapport Viout établi à la suite de l’affaire d’Outreau. Pourquoi ne pas
revoir, également, le vocabulaire juridique ? La notion de soupçon, d’indices ou de mise en
examen porte déjà un coup à la présomption d’innocence, laquelle prend les traits de la
fiction, selon un auteur, même si le terme d’inculpé – que l’on entend ou lit
malheureusement encore parfois – a été supprimé par la loi précitée du 15 juin 2000. La
notion qui pourrait convenir est celle de « personne présumée innocente ». Combien de fois
n’a-t-on pas entendu l’expression « terroriste présumé » ? Améliorer la communication des
journalistes suppose enfin de développer, dans l’apprentissage, une véritable culture du
doute – la formule d’Henri Donnedieu de Vabres ne dit pas autre chose : « Il faut faire du
41
Ministère de justice, les droits des victimes, Paris, 1997, pp25-34.
23

doute une méthode, sinon du scepticisme un dogme ». Outre la sensibilisation des


journalistes à une information de qualité, l’évolution suggérée invite à revoir le champ de
l’information nécessaire, en misant pour cela sur la déontologie de la profession.42

42
Elisabeth GUIGOU, Présomption d’innocence : défi pour l’Etat de droit, Paris, DALLOZ, 2021.
24

CHAPITRE II : LA PRESOMPTION D’INNOCENCE DANS LA


FAMILLE COMMON LAW
SECTION I : LA PRESOMPTION D’INNOCENCE EN DROIT
AMERICAIN

La présomption d’innocence est axiomatique et élémentaire dans le droit pénal américain, et


ce principe constitue une base de l’administration de notre système de justice pénale. Cette
présomption est fondée sur le principes des clauses de sauver-garde de la liberté individuelle
consignées aux amendements 5 et 14 de la constitution.

En vertu de la Constitution américaine, toute personne est protégée dans ses contacts avec
le système américain de justice pénale. Ce dernier est scindé en deux grandes parties. La
première concerne le système pénal fédéral s’occupant des crimes et délits perpétrés en
infraction au droit fédéral. La seconde est le système pénal des Etats pour les crimes et délits
commis en infraction au droit de chacun des cinquante États. Ces droits constitutionnels,
entérinés de longue date, résultent principalement d’amendements à la Constitution
américaine : les Quatrième, Cinquième, Sixième, et Huitième amendements. Ces
amendements, - qui font partie de ce que nous appelons le Bill of Rights ont été rendus
applicables aux cinquante États et ce, en raison de l’interprétation, par la Cour Suprême du
43
Quatorzième Amendement de la Constitution fédérale

PRESOMPTION D’INNOCENCE ET MEDIAS


L’exemple américain La présomption illustre cet adage juridique : « C’est mieux de laisser
échapper dix coupables que de faire souffrir un innocent. »
Le silence de l’accusé n’est pas obligé de comparaître devant la police ou de témoigner devant
le tribunal. En général, son silence ne peut créer aucune déduction de culpabilité devant le
tribunal.
En principe, avant un procès-verbal où l’accusé est en état d’arrestation, la police doit
l’informer qu’il a le droit de se taire, qu’une déclaration peut être utilisée contre lui dans un
procès pénal, qu’il a le droit d’avoir l’assistance d’un avocat pendant le procès-verbal, et que,
s’il ne peut pas payer un avocat, le tribunal en désignera un pour lui.
Avant que la police puisse poursuivre le procès-verbal, l’accusé doit renoncer à son
droit de se taire d’une manière volontaire et en toute connaissance de cause. Si l’accusé
demande l’assistance d’un avocat, la police doit arrêter l’interrogatoire jusqu’à ce que, le cas
échéant, son avocat autorise la reprise du procès-verbal.
Dans le système fédéral et dans une partie des Etats américains, le ministère public doit établir
des charges sérieuses contre l’accusé devant le grand jury qui, dans le système fédéral,
comporte de seize à vingt-trois citoyens. La charge de la preuve est « cause probable » {«
43
G. Brigham, présomption d’innocence et médias, revues de deux mondes, Paris, 1998. pp,9-11.
25

probable cause ») que l'accusé a commis l'infraction. Un des rôles du grand jury est de
protéger l’accusé contre des inculpations publiques mal fondées.
Dans le système fédéral, avec des exceptions, les poursuites judiciaires devant le grand jury
ne peuvent pas être divulguées au public par le ministère public ou les jurés (un témoin peut
divulguer son propre témoignage). Une divulgation volontaire et interdite est punie comme un
délit. « Au cours de la phase de sélection du jury (voir dire), l'accusé a le droit de demander
aux citoyens présents et aspirant à la fonction de juré s'ils acceptent la présomption
d'innocence et s'ils veulent bien considérer que l’accusé est à ce moment même innocent, et
qu'il restera tel tant que le poursuivant n’aura pas apporté une preuve écrasante. Ensuite, au
début de l'audience ("opening statements"), le défenseur explique normalement au jury qu’il
doit considérer l'accusé comme innocent et que ce dernier peut rester silencieux. En outre, à la
fin de l’audience, quand l’avocat résume la preuve ("closing arguments"), il va encore
rappeler la présomption d’innocence en montrant bien que celle-ci subiste à moins que la
preuve apportée par la poursuite ait été si persuasive qu’il ne reste plus aucun doute
raisonnable.44
Enfin, il est donné par le juge aux jurés avant le début de leur délibération des explications sur
le droit ("jury instructions") qui comprennent des indications sur cette présomption. » (Jean
Pradel, Droit pénal comparé, p. 381, Dalloz, 1995.)
Les présomptions de fait et de droit. Souvent les présomptions irréfragables de fait et de droit
0 mandatory presumptions ») qui établissent un élément essentiel de l’infraction vont à
l’encontre de la présomption d’innocence, parce qu’une telle présomption enlève la charge de
la preuve qui devrait incomber au ministère public. La presse. Les codes déontologiques, les
règlements du tribunal et les directives du parquet limitent ce que le procureur et l’avocat de
la défense peuvent dire à la presse pendant un procès pénal. Par exemple, le tribunal fédéral
de la ville de New York exige, parmi plusieurs règles, qu’un procureur ou un avocat ne fasse
pas de déclaration à la presse s’il y a une probabilité raisonnable que cette déclaration
s’immisce dans un procès équitable. Dans les directives pour les procureurs fédéraux, les
communiqués de presse du parquet doivent déclarer qu'une personne chargée d'un délit ou
d'un crime est présumée innocente (USAM 1-7 600). En pratique, le juge peut exiger
d’autres restrictions limitées pour éviter le préjugé contre l’accusé.
Aussi, un juge peut s’assurer pendant la sélection du jury que la presse n'a pas eu une
influence nuisible sur un juré contre l'accusé.
Un juge peut protéger le jury contre l’influence de la presse pendant le procès pénal avec la
mise sous séquestre du jury ou des directives visant à interdire de lire ou d’écouter la presse
pendant le procès pénal. Si la presse menace l’impartialité du procès, le juge peut ajourner le
procès ou envoyer l’affaire à un autre tribunal dans une autre région.
La presse aux Etats-Unis peut jouer un rôle important pour faire avancer dans l'esprit du
public la présomption d'innocence.
Par exemple :
- en suivant les procès pénaux, les commentateurs de la presse, y compris des avocats de la
défense et des anciens procureurs, expliquent la présomption d'innocence au public, donc aux
jurés des futurs procès ;

44
Jean Pradel, Droit pénal comparé, p. 381, Dalloz, 1995.
26

- les procès pénaux qui se terminent par un acquittement par un jury, sur lesquels la presse
fait un reportage, montrent sur un plan pratique le champ d'application de cette présomption ;
- la presse peut assurer un contrôle démocratique sur la procédure, en exigeant l’application
constante de la présomption d’innocence.
Les limites Détention provisoire
Le système fédéral et ceux des Etats envisagent la détention provisoire avant le procès pénal
dans certains cas. Par exemple, dans le système fédéral, un juge peut mettre l’accusé en
détention provisoire si le ministère public montre - après une audience contradictoire -
qu’aucune condition du contrôle judiciaire ne peut assurer soit la présence de l’accusé au
procès pénal, établi par la « supériorité des preuves » {« prépondérance of the évidence »),
soit, dans le cas de certains crimes ou délits sérieux, la sécurité des personnes ou de la
communauté. 45

SECTION II : LE RAPPORT ENTRE LE DROIT CONGOLAIS ET


CELUI DE LA COMMON LAW
Le principe de la présomption d’innocence est un principe fondamental est droit congolais et
dans le système de la Common Law. Dans le sens où, il vise à protéger les droits individuels
ainsi que les libertés des personnes humaines. Aux états unis d’Amérique le 5 amendement
fait partie de la déclaration des droits et vise à protéger les abus de l’autorité du gouvernement
dans la procédure juridique. Ceci est renforcé par les prescrits de l’amendement 14 qui, selon
l’article 1 accorde la citoyenneté a toute personne née aux Etats-Unis ; tout en proclamant
l’Egalite face à la loi et le respect de la procédure judiciaire.46

ce principe s’avère revêtir, une connotation aussi importante en droit positif congolais, car le
constituant congolais de 2006, n’a pas voulu laisser ce principe fondamental à la merci de
n’importe quelle la loi mais dans la loi fondamentale, ainsi donc on peut lire à l’article 17
alinéa 9 de la constitution du 18 février 2006 tel que énoncée ci-haut, ce qui suit : « toute
personne accusée d’une infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été
établie par un jugement définitif ».
La divergence que nous avons remarquée se situe au niveau de la « présomption de
culpabilité » qui n’a pas la même valeur en droit de la Common Law et en droit congolais.
Cette présomption de culpabilité est une entorse en droit congolais en vertu de l’article 17
alinéa 1 et 2 disposant ce qui suit : « la liberté individuelle est garantie. Elle est la règle, la
détention l’exception » 47; cependant, dans le droit de la Common Law où l’on laisse la charge
de la preuve au fait d’être au-delà de tout doute raisonnable, qui veut qu’il ait juste une cause
probable pour arrêter quelqu’un, juste un soupçon pour procéder à la fouille ou à la saisie ;
cette présomption de culpabilité revêt une force.
nous proposons que lorsqu’on parle de la présomption d’innocence en RDC qu’on ait un oïl
sévère sur les médias comme c’est les cas dans bien des pays pour décourager les préjugés
45
G. Brigham,idem.
46
La constitution des Etats-Unis du 4 mars 1789.
47
La constitution de la rdc, id. art.17 al.1 et 2.
27

médiatiques des affaires pendantes, très souvent lorsqu’une affaire est en cours dans les
tribunaux congolais avant que le juge ne se prononce, les médias établissent en amont la
culpabilité ou l’innocence de la personne poursuivie ce qui viole la constitution car aussi
longtemps que le tribunal competent ne se serait prononcé la personne poursuivie est encore
innocente.

Observations finales

o Il faut justifier tout le texte déjà en maîtrise c'est une faute intolérable.
o Vous devez bien présenter les notes de bas des pages.
o Chers étudiants vous faites déjà la maîtrise, il y a des erreurs que nous ne pouvons
plus tolérer. Les travaux pratiques font parties des enseignements et de votre
évaluation et donc vous devez faire preuve de sincérité et d'honnêteté.
Nous avons constaté dans votre premier chapitre que vous avez fait le copier-coller
de l'article de Le Monnier de Gouville, Pauline. Chers étudiants, ce n'est pas mauvais
de vous inspirer de quelqu’un mais il faut paraphraser l'idée et puis référencer c'est
le plus important !
Chapter 1 La numérotation chers amis, essayez de votre second chapitre normalement il
aurait fallu mettre la logique dans vos recherches.
Chapter 2 Le texte doit être uniforme quant à ce qui concerne la taille de police.

Exemple : Chapitre, section, paragraphe, grand A etc.

Questions

o Établissez les points des ressemblances et des dissemblables sur la notion de la


présomption d'innocence en droit positif congolais et en droit américain ?
o Peut-on toujours parler de la présomption d'innocence même lorsque X est attrapé
entrain de couper la tête de Y ? Ou lorsqu'il s'agit de l'infraction d'audience?
o Dans les affaires comme celle de 100 Jours, le procès bukangalonzo, le fait de
médiatiser ces audiences ne pourraient pas être considéré comme portant atteinte
au principe de la présomption d’innocence ?

CONCLUSION
Le principe de la présomption d'innocence gouverne a l'heure actuelle tant le droit français,
que les droits anglais et canadien. Est largement rappelé dans les textes internationaux, et
28

constitutionnalise en France et au canada. La présomption d'innocence répond à la définition


du postulat probatoire, lequel organise la répartition de la preuve au procès. Toutefois, la
présomption d'innocence n'agit pas seulement sur le procès, mais également sur les modèles
consensuels. En effet, les jurisprudences (Dans les affaires comme celle de 100 Jours, le
procès bukangalonzo, le fait de médiatiser ces audiences ne pourraient pas être considéré
comme portant atteinte au principe de la présomption d’innocence) ont étendu le champ
d'application de la notion, en recourant à une interprétation autonome de l'accusation. Ce
faisant, dans le cadre du procès, la présomption d'innocence implique qu’il appartient au
ministère public de prouver l'accusation qu'il porte, au tribunal impartial et indépendant
d'apprécier la preuve admise, contradictoirement discutée devant lui, et d'octroyer, le cas
échéant, le bénéfice du doute à la personne poursuivie.

Néanmoins la charge de la preuve est parfois renversée à l'encontre du prévenu ou de


l'accusé, mais les hautes juridictions valident ces inversions en se fondant sur le second
aspect du postulat, à savoir : le maintien du doute. En revanche, les législateurs et les juges
s'efforcent de faire respecter l'équilibre des parties au procès. Dans les modèles consensuels,
la règle de preuve est modifiée. La charge incombant à l'accusateur est allégée, et
l'appréciation ne dépend plus du juge, mais des parties elles-mêmes. Pour ce faire, le
consentement du mis en cause doit être libre et volontaire, ainsi il permet de renoncer à la
présomption d'innocence. Toutefois, on peut craindre des dérives dans l'utilisation de cette
méthode, lorsqu'il n'y a pas de contrôle judiciaire. Cependant, même le plea-bargaining qui
fait appel au contrôle du juge, dévoile des entorses. Aussi faudrait-il repenser ces modèles, et
y glisser de nouvelles garanties afin d'assurer le respect du principe fondamental.
29

LES MALADIES MENTALES


UNIVERSITE DE GOMADANS LE
B.P: 204 Goma

FACULTE DES SCIENCES JURIDIQUES


DEPARTEMENT DROIT PENAL

Présenté par :
30

 NSIMIRE BAHATI Viviane


 SAFI PILIPILI Dorcas
 USHINDI KARUMBA Daniel
 WANDEMA MUKANDAMA Annie
Promotion : M1 Droit penal

2024-2025
INTRODUCTION
La maladie mentale est une problématique complexe qui soulève les enjeux juridiques
majeurs dans différents systèmes juridiques à travers le monde .Deux grandes traditions
juridiques offrent des approches distinctes ; le système romano- germanique basé sur les
codes écrits et une législation précise, et le système Common Law qui repose sur l’évolution
de la jurisprudence et l’adaptation au cas par cas. Ces différences influencent la maniéré dont
les personnes atteintes des troubles mentaux sont protégées, jugées et accompagnées
juridiquement. La République Démocratique du Congo qui suit le système romano –
germanique privilégie une règlementation codifiée garantissant un cadre structuré pour la
reconnaissance et la prise en charge des incapacités mentales mais le pays fait face à des défis
majeurs, notamment un manque d’infrastructures adaptées et une stigmatisation sociale
importante ;les troubles mentaux sont souvent mal compris et l’accès au soins psychiatriques
reste limité avec un nombre insuffisant de professionnels de santé mentale .
L’Afrique du Sud qui repose sur le système de Common Law s’appuient sur la souplesse de
précédents judiciaires pour adapter les décisions aux circonstances individuelles ; pour dire
que la prise en charge dans ce pays repose sur une approche jurisprudentielle ,où les
décisions influences l’évolution des droits des personnes atteintes de troubles mentaux.
Malgré une législation plus avancée, la stigmatisation reste un frein à l’accès aux soins, et une
grande partie de la population ne reçoit pas d’aide appropriée .
Cette étude vise à analyser les différences et similitudes entre ces deux systèmes à travers la
RDC et l’Afrique du Sud afin de mieux comprendre comment chacun traite les questions
31

liées à la maladie mentale, notamment en matière de responsabilité pénale ,de protection et


des gestions des biens et l’accès aux soins psychiatres .
Hormis l’introduction et la conclusion, notre travail est subdivisé en deux grands chapitres, Le
premier portera sur les malades mentales dans le système romano germanique et dans le
système Common Law (I) où nous analyserons le fondement juridique, la reconnaissance de
l’incapacité mentale ; la responsabilité de la personne atteinte de troubles mentales ;
protection et gestion de biens ; et le second chapitre portera sur la comparaison de ces deux
systèmes (II).

Chapter 5 Chap. I les maladies mentales dans le système


romano- germanique et dans le système du Common
Law
Chapter 6 Section 1 Les maladies mentales dans le
système romano -germanique : Cas de la République
Démocratique du Congo
A.Fondement juridique
Il importe d’examiner le texte de loi ainsi que les critères permettant de caractériser la maladie
mentale du fait que la République Démocratique du Congo qui est principalement dans le
système romano germanique ,est basé sur les textes, les codes écrits et les lois codifiées.
Toutefois, la jurisprudence, suivie par la Doctrine, nous permet d’affiner notre
compréhension des différentes situations d’aliénations mentales qui entrainent une abolition
du discernement. C’est le cas de pathologies comme l’arriération mentale, les délires
hallucinatoires ou de persécution, les crises d’épilepsie, la confusion mentale, la paranoïa ou
encore tout un ensemble de troubles schizophréniques. A ces troubles pathologiques s’ajoutent
également des situations non-pathologiques telles que l’hypnose ou le somnambulisme. Ce
trouble, quel qu’il soit, doit être suffisamment grave, suffisamment intense pour entraver la
lucidité, le discernement de la personne qui en est atteinte.
La santé en RDC est régie par la loi n 18/035du13 décembre 2018 fixant les principes
fondamentaux relatif à l’organisation de la sante publique .Les dispositions relatives à la
32

maladie mentale sont prévus par les articles 298 à 309 du code de la famille et à l’article 23
bis du code pénale congolais .
La question de la maladie mentale en République Démocratique du Congo n’est pas traité
dans un code spécifique, il faut se référer encore aux dispositions légales contenues dans
différentes lois. Cela ne favorise pas souvent la protection de ces personnes qui commettent
aussi des infractions et ont besoin d’être protégées par la législation comme c’est le cas pour
les enfants en conflit avec la loi qui ont, depuis 2009, bénéficié d’une loi portant protection de
l’enfant.
Cependant, Le droit pénal congolais, en tant que cadre juridique régissant les infractions et
les sanctions au sein de la République Démocratique du Congo , protège les personnes
souffrant de troubles mentaux en matière de responsabilité pénale, en les exemptant des
poursuites pénales lorsque leurs actes sont imputables à leur état mental. Cette protection est
conforme aux standards internationaux relatifs aux droits humains des personnes souffrant de
troubles mentaux.
Le droit pénal aborde la question des malades mentaux principalement à travers des
dispositions légale qui reconnaissent l’incapacité de discernement en cas de trouble mentaux.

B.Reconnaissance de l’incapacité mentale


Le Code pénal ne propose aucune définition normative explicite de la maladie mentale
susceptible d’entraîner l'irresponsabilité pénale. Cette lacune oblige les juridictions à se
référer aux disciplines médicales, notamment à la psychiatrie, pour évaluer la condition
mentale d’un prévenu. Ce sont donc les experts psychiatres qui, à travers une expertise
judiciaire, apportent au juge les éléments scientifiques nécessaires à la qualification du trouble
invoqué, pour dire que l’appréciation de l’état mental de l’accusé repose sur une expertise
ordonnée par le juge mais le juge n’est pas tenu de suivre l’avis de l’expert, mais il doit
motiver toute décision allant à l’encontre .

La jurisprudence congolaise accepte généralement que certaines affections graves du


psychisme telles que la schizophrénie paranoïde, les troubles bipolaires de type maniaque
dépressif, les états psychotiques aigus accompagnés d'hallucinations, ou encore les syndromes
de démence sénile puissent être considérées comme des maladies mentales au sens du droit
pénal. Ces troubles doivent cependant avoir une intensité telle qu’ils abolissent totalement la
capacité de discernement de l’individu au moment de l’infraction.
33

Les lois congolaises reconnaissent les maladies mentales comme des conditions qui peuvent
affecter la capacité d’une personne à prendre des décisions. Cela a des implications
importantes pour la responsabilité pénale et la capacité juridique des individus par exemple
une personne déclarée mentalement irresponsable peut être soumis à des mesures de
protection ,ce qui peut limiter ces droit civils.
Malgré les dispositions légales, la reconnaissance et la prise en charge des maladies mentales
sont loin d’être optimales. La stigmatisation et les contraintes liées aux ressources limitées des
institutions de santé contribuent à un accès difficile aux soins pour les personnes souffrant de
troubles mentaux.
La stigmatisation suppose que la maladie mentale est souvent perçue comme un problème de
sorcellerie ou de possession maléfique, ce qui conduit à la discrimination, l’exclusion sociale
et pousse certaines familles à recourir aux tradithérapeutes au lieu d’envisager une prise en
charger .

Manque d’infrastructures : Le pays compte peu de cliniques psychiatriques et de


professionnels de santé mentale, ce qui limite l’accès aux soins pour une large partie de la
population.
La plupart des personnes souffrant de troubles mentaux en RDC ne reçoivent aucun soin, soit
en raison de l’éloignement géographique, soit en raison de leur incapacité à financer des soins
médicaux.
Violence et conflits : Le pays est confronté à des conflits armés et à des violences, qui
contribuent à la prévalence des troubles mentaux et rendent encore plus difficile l’accès aux
soins pour les victimes.
La loi protège les droits des malades mentaux en leur reconnaissant leur dignité et leur droit à
des soins, mais la mise en œuvre de ces droits est souvent limitée.

La reconnaissance et la prise en charge des maladies mentales en RDC sont une priorité. Il est
crucial de lutter contre la stigmatisation, de renforcer les infrastructures sanitaires, de faciliter
l’accès aux soins pour tous, et de développer des programmes de soutien psychosocial pour
les personnes souffrant de troubles mentaux.

C.Responsabilité pénale de la personne atteinte de troubles mentales


La loi tout en reconnaissant les droits de personnes souffrant des troubles mentaux établit
des critères spécifiques pour déterminer leur responsabilité pénale .
34

Le code pénal congolais dispose que la responsabilité pénale est liée à la capacité de
discernement d’un individu au moment de l’infraction .
Selon l’article 23 bis(1) du code pénal congolais ,une personne atteinte de troubles mentaux
au moment de l’acte peut être déclarée irresponsable pénalement, cela signifie qu’elle ne
peut pas être tenue responsable de ses actes si elle ne peut pas comprendre la nature ou la
portée de ses actes en raison de sa condition mentale.
Lorsqu’une personne est reconnue irresponsable, elle ne peut faire l’objet d’une
condamnation pénale. Néanmoins, afin de protéger la société, la loi permet au juge de
prononcer une mesure de sûreté, telle que l’internement dans un hôpital psychiatrique. Cette
mesure n’a pas de caractère punitif mais vise à traiter la personne et à éviter la récidive.

Lorsque l’état mental d’un individu au moment des faits conduit à une déclaration
d’irresponsabilité pénale, cela signifie qu’il ne peut être juridiquement tenu pour auteur d’une
infraction, au sens classique du terme. En d'autres termes, la personne ne pourra être
condamnée à une peine privative de liberté ou à toute autre sanction pénale, car elle est
considérée comme ayant agi sans discernement ou sans conscience de la portée de ses actes.
Cependant, le fait de ne pas prononcer une peine ne signifie pas pour autant que la société
doive rester passive face au danger potentiel que peut représenter cette personne. C’est
pourquoi le droit pénal congolais, à l’instar des systèmes juridiques comparés, prévoit des
mesures de sûreté, qui ont un objectif non répressif mais préventif et thérapeutique. Ces
mesures permettent d’assurer la sécurité publique tout en respectant la condition mentale du
sujet.

La principale mesure de sûreté prononcée dans de tels cas est l’internement psychiatrique, qui
consiste à placer la personne dans un établissement de santé mentale spécialisé. Cette mesure
est ordonnée par décision du juge, sur base d’une expertise psychiatrique confirmant
l’aliénation mentale ou le trouble grave. Contrairement à une peine, l’internement n’a pas de
durée fixe : il dure tant que l’état mental de la personne ne permet pas une réinsertion
sécurisée dans la société. De plus, cette mesure vise également à garantir un suivi médical et
psychologique approprié, dans l’intérêt de la personne internée, tout en protégeant son
entourage et la collectivité. La levée de l’internement dépendra donc d’une évolution positive
de l’état de santé du sujet, attestée par Sune expertise médicale.
35

Ainsi, l’irresponsabilité pénale ne crée pas un vide juridique mais ouvre plutôt la voie à une
prise en charge médico-légale fondée sur un équilibre entre protection de la société, respect
des droits de la personne malade, et prévention de la récidive.
Notons que, bien qu'une personne atteinte des troubles mentaux est exonérée de sa
responsabilité pénale, elle peut toujours être tenue civilement responsable des dommages
qu'elle cause.

D.La protection et la gestion de biens de malades mentales en droit congolais

Le code civil congolais et le code de santé publique encadrent la question de la gestion de


biens de personnes atteintes de troubles mentaux .Ces textes prévoient la mise en place de
mesures de protection juridique, notamment la tutelle et la curatelle, qui permettent de
garantir la gestion des biens et la protection des droits des personnes concernées.
La tutelle est généralement appliqué aux personnes qui ne peuvent pas du tout gérer leur
affaire, tandis que la curatelle est destinée à celles qui ont une capacité partielle, ces mesures
visent à protéger les intérêts financiers et juridiques de personnes atteintes de troubles
mentaux .

Chapter 7 Section 2. Les malade mentales dans le système Common Law : Cas de l’Afrique
du sud
Fondement juridique
En Afrique du Sud, le droit relatif à la maladie mentale est régi par la Constitution et des lois
spécifiques comme la loi sur la santé mentale de 1983, qui protège les droits des personnes
atteintes de troubles mentaux. Cette loi garantit l'accès aux soins, le droit de vivre et de
travailler dans la communauté, et l'interdiction de toute discrimination liée à la maladie
mentale. :
La Constitution de l'Afrique du Sud dispose que toute personne a droit à la santé et à l'accès
aux soins de santé, y compris pour les personnes atteintes de troubles mentaux. Elle garantit
également que personne ne peut être refouée de traitement médical d'urgence.
Loi sur la santé mentale de 1983 précise les droits des personnes atteintes de troubles
mentaux, notamment en matière de soins, de traitement et d'hospitalisation. Elle prévoit un
soutien indépendant pour les patients afin de comprendre leurs droits.
36

La loi et la Constitution sud-africaine interdisent toute discrimination basée sur la maladie


mentale. Cela signifie que les personnes atteintes de troubles mentaux ne peuvent pas être
traitées de manière moins favorable que les autres en matière d'accès aux soins, de travail,
d'hébergement, etc.

A. déclaration de non responsabilité


Une personne peut être déclarée non responsable d’un acte criminel si, au moment de
l’infraction, elle souffre d’une maladie mentale ,cette condition doit empêcher l’individu de
comprendre la nature de ses actes ou de discerner les biens du mal .
Le tribunal peut ordonner une évaluation psychiatrique pour établir l’état mental de
l’accusé.Cela permet de déterminer si l’accusé était incapable lors de l’infraction .
B. Conséquences
Si une personne est déclarée non responsable en raison de sa maladie mentale, elle ne sera pas
condamnée à une peine d’emprisonnement mais elle peut être placée dans un établissement
de santé mentale .
En matière de responsabilité civile, la loi ne distingue plus les personnes atteintes de troubles
mentaux de celles qui ne le sont pas. Une personne qui a causé un dommage à autrui alors
qu'elle était sous l'empire d'un trouble mental reste tenue de le réparer.

Chapter 8 Chap II .La comparaison du traitement de


malade mentale entre la RDC et l'Afrique du Sud
La République Démocratique du Congo et l’Afrique du sud adoptent des approches
différentes dans le traitement de malade mentale en raison de leurs systèmes juridiques
distincts : romano germanique pour la RDC et Common Law pour l’Afrique du sud mais aussi
ont quelques points de similitudes.
1.Points de similitude
A. Stigmatisation sociale : Dans les deux pays, la maladie mentale est souvent mal comprise
et associée à des croyances culturelles ou spirituelles, ce qui limite l’accès aux soins.

B. Manque de ressources : Les infrastructures de santé mentale sont insuffisantes, avec un


nombre limité de psychiatres .
37

C. Approche judiciaire et responsabilité pénale :


En RDC tout comme en Afrique du Sud, les personnes atteintes de troubles mentaux peuvent
être exonérées de leur responsabilités pénales si elles ne pouvaient pas distinguer le bien du
mal au moment des faits.

D .Impact des conflits et de la pauvreté: Les troubles mentaux sont exacerbés par des
facteurs comme la violence, la précarité et les traumatismes liés aux conflits armés.

E .Initiatives de sensibilisation: Des efforts sont faits pour améliorer la prise en charge,
notamment à travers des campagnes de sensibilisation et des programmes communautaires.

2.Points de différences
A. Cadre juridique :
- En RDC, la prise en charge repose sur des textes législatifs codifiés, mais leur application
reste limitée.
- En Afrique du Sud, la gestion des troubles mentaux est influencée par la jurisprudence ce
qui permet une adaptation plus souple des décisions judiciaires comme par exemple la
décision sur les admissions forcées dans laquelle les tribunaux ont examiné la nécessité d'une
justification solide et d'un processus de décision rigoureux pour les admissions forcées en
établissement psychiatrique, afin de garantir que ces décisions soient conformes aux principes
de respect des droits de l'homme ,mais également la décision sur la mise en œuvre de la
politique nationale de la santé mentale dans laquelle les tribunaux ont exigé au gouvernement
de mettre en œuvre efficacement la politique nationale de santé mentale, en particulier en ce
qui concerne l'accès aux soins pour les personnes en situation d'urgence, ainsi que la
formation et la ressource de professionnels de santé mentale.
B. Accès aux soins psychiatriques :
- En RDC, l’accès aux soins est extrêmement limité, avec très peu de psychiatres et
l'absence d’établissements spécialisés.
- En Afrique du Sud, bien que des défis existent, des programmes communautaires et des
initiatives gouvernementales facilitent l’accès aux soins.

CONCLUSION
En guise de conclusion permettez-nous de nous résumer, nous avons parlé de la République
Démocratique du Congo qui est du système romano –germanique et qui privilégie une
38

règlementation codifiée garantissant un cadre structuré pour la reconnaissance et la prise en


charge des incapacités mentales mais fait face à des défis majeurs, notamment un manque
d’infrastructures adaptées et une stigmatisation sociale importante ;les troubles mentaux sont
souvent mal compris et l’accès au soins psychiatriques reste limité avec un nombre insuffisant
de professionnels de santé mentale dans ce pays. Nous avons également parlé de L'Afrique du
Sud qui repose sur le système Common Law qui s’appuient sur la souplesse de précédents
judiciaires pour adapter les décisions aux circonstances individuelles ; pour dire que la prise
en charge dans ce pays repose sur une approche jurisprudentielle ,où les décisions influences
l’évolution des droits des personnes atteintes de troubles mentaux.

La République Démocratique du Congo et l’Afrique du sud ont des points similaires


notamment en matière de responsabilité où les personnes atteintes de troubles mentaux sont
exonérées de leurs responsabilités pénales mais sont toujours tenues civilement responsables
des dommages qu'elles causent et par conséquent doivent les reparer.L’Afrique du sud
bénéficié d’un cadre juridique plus évolutif et d’une meilleure intégration de soins
psychiatriques. Quand à la RDC , elle doit encore renforcer ses infrastructures et lutter contre
la stigmatisation pour améliorer la prise en charge des troubles mentaux .

UNIVERSITE DE GOMA
UNIGOM

BP 204 GOMA

TRAVAIL PRATIQUE DU DROIT COMPARE


LA PAROLE DE L’ACCUSE, DU TEMOIN, DE L’INFORMATEUR ET LES INDICES,
LE HARCELLEMENT EN DROIT CONGOLAIS ET CELUI DU DROIT DU
COMMUN LAW
39

GROUPE VI

Par :
Mabutwa N’kuba Patrick
Linda Chituli Promesse
Kitenge Azidi Dunia
Kubuya Bashali Delphin

2024-2025
40

INTRODUCTION
La parole de l’accusé passe généralement dans un procès. le procès en common law étant
entendu comme « (…) l'aboutissement du processus pénal, sa phase terminale, c'est-à-dire
l'audience et ses suites. Au contraire, dans les pays romano-germaniques, le terme procès est
le plus souvent entendu de façon bien plus large : il inclut pour certains auteurs tous les actes
procéduraux, depuis ceux qui sont réalisés dès le début de l'enquête jusqu'à l'ultime décision
judiciaire ».48

I. LA PAROLE DE L’ACCUSE
Dans un procès, les déclarations d'un accusé restent toujours une donnée probatoire
essentielle.49 D'où la nécessité de s'assurer de la loyauté des enquêteurs et magistrats : la
loyauté peut être définie comme l'expression d'une éthique judiciaire et policière permettant
d'assurer le respect de la dignité de la justice et de la police. D'où aussi la nécessité de
s'assurer de la véracité, de la fiabilité des déclarations de l'accusé. À cet effet, les législateurs
ont posé des normes, qui sont en réalité des mesures de protection de l'accusé contre des
dérives qui lui seraient préjudiciables.50
En droit congolais, plusieurs mesures de protections de l’accusé sont prises pour un procès
équitable et le respect des droits fondamentaux. Elles sont consacrées par la constitution de la
RDC et les lois éparses. Ainsi, nous allons nous intéresser aux droits de la défense qui accorde
les prérogatives à toute personne de se défendre pour toute incrimination portée contre lui.

a) Droit de la défense
Le droit de la défense est un principe fondamental du système judiciaire congolais. Il vise à
garantir à toute personne accusée d'une infraction la possibilité de se défendre de manière
équitable, que ce soit par elle-même ou par l'assistance d'un avocat ou d’un défenseur de son
choix.
La Constitution du 18 février 2006 à son article 19, alinéa 3 dispose que : « Le droit de la
défense est organisé et garanti». 51 Cela impose à l'État de garantir les moyens de défense à
chaque justiciable.
Ce droit comprend :
- Le droit d'être informé des charges retenues ;
- Le droit de se taire et de ne pas s'auto-incriminer ;

48
Jean Pradel, droit pénal comparé, dalloz, éd., Paris, 2016, p. 228.
49
L. Luparia, Cité par Jean Pradel, droit penal comparé, p.381, in, la confessione dell’imputato nel Sistema
processuale penale, universita degli stude di milano, n 36, Giuffré, 2006.
50
Ibid., supra note 1.
51
Constitution de la République Démocratique du Congo telle que modifiée et complétée par la Loi n° 11/002 du
20 janvier 2011 portant révision de certains articles de la Constitution de la République démocratique du Congo
du 18 février 2006, JORDC, 52ième année, numéro spécial, Kinshasa, 5 février 2011.
41

- Le droit à l'assistance d'un avocat en tout état de la procédure ;


- Le droit de présenter des preuves, interroger les témoins (le principe du contradictoire) ;
- Le droit d'interjeter appel ou de se pourvoir en cassation.
Ensuite, l’article 73 al 1 du code de procédure pénal congolais prévoit que « Chacune des
parties [au procès] peut se faire assister d’une personne agréée spécialement dans chaque cas
par le tribunal pour prendre la parole en son nom. Et de poursuivre, le prévenu est interrogé ;
le prévenu et la personne civilement responsable, s’il y en a, proposent leur défense52
En matière de droit de la défense, la common law et le système romano-germanique
présentent des différences significatives, notamment en termes d'approche générale, de rôle
des juges et de méthodes de preuve. En common law, la jurisprudence est primordiale et la
défense est souvent davantage centrée sur la protection des droits de l'accusé, tandis qu'en
droit romano-germanique, la loi est le pilier principal et la défense peut être plus axée sur la
recherche de la vérité.

Le droit nigérian protège le droit à la parole de l'accusé de diverses manières, notamment en


garantissant son droit à la défense, en interdisant les aveux forcés, et en offrant un recours
judiciaire adéquat.

Le droit nigérian, comme la plupart des systèmes juridiques modernes, accorde à toute
personne accusée d'une infraction le droit à la défense, y compris le droit d'être représenté par
un avocat. La Constitution de la République fédérale du Nigéria (1999) garantit ce droit en
ces termes « toute personne a droit à une audience équitable devant un tribunal compétent et
indépendant, qui peut connaitre de sa cause ».53

Le droit nigérian interdit fermement les aveux obtenus sous contrainte ou par des moyens
illégaux. La Constitution stipule que toute personne arrêtée doit être informée de sa raison et
de son droit de garder le silence. Les aveux obtenus sous pression ou par des méthodes
coercitives sont considérés comme non valables et ne peuvent être utilisés comme preuve en
cour de justice.

Le droit nigérian offre un recours judiciaire pour garantir un procès équitable à l'accusé. Le
Code pénal et le Code de procédure pénale prévoient des procédures claires et transparentes
pour les procès, qui doivent être conduits devant un tribunal compétent et
indépendant. L'accusé a droit à une audience publique et équitable, à se défendre, à présenter
des témoins et à contester les preuves présentées contre lui.
Ainsi en Italie, un décret-loi du 15 janvier 1991, modifié par une loi du 13 février 2001, a
prévu diverses mesures de protection qui s'appliquent pendant le cours même de l'enquête.
Plus importantes en raison de leur application à toutes les infractions et dans tous les droits
sont les mesures excluant les tortures et procédés assimilables, prohibant certains subterfuges

52
Article 74 al 4 et 7 du code de procédure pénale de la RDC.
53
Article 36 de la Constitution de la République fédérale du Nigéria (1999).
42

et assurant les droits de la défense. Le Code italien prévoit qu'aucune méthode ou technique
pouvant influencer la liberté d'autodétermination ou altérer la capacité de se souvenir et
d'apprécier les faits ne pourra être employée même avec le consentement de l'intéressé (art.
188 CPP), ce qui va dans le sens de la jurisprudence espagnole.
Le Code polonais de procédure pénale déclare que « les déclarations données dans des
conditions qui excluent la liberté de parler ne peuvent être reçues en preuve » (art. 157 al. 2
CPP). La loi espagnole exclut toute « pression ou menace » (art. 389 al. 3 LECRIM).
C'est le cas en common law. La jurisprudence anglaise a créé la notion de déclaration « libre
et volontaire » : c’est la déclaration qui a été obtenue ni par violence, ni par crainte d'un
préjudice découlant de menaces, ni par espoir d'un avantage.
Aux États-Unis, la jurisprudence, au lieu de se fonder sur la common law, invoque la due
process clause du 14e Amendement. Dans un grand nombre d'arrêts, la Cour suprême, dans
des procédures d'États, développe l'idée selon laquelle le concept du 14e Amendement impose
l'examen de « toutes les circonstances » ayant entouré l'aveu : il peut s'agir de brutalités ou
menaces, de la durée des interrogatoires, de promesses de clémence par la police ou de
privations (retrait de garde d'enfants, interdictions de téléphoner à la famille), de
l'administration par le médecin de la police d'un calmant à une personne droguée et en état de
manque...
En common law toujour et lorsqu'il y a un jury, est utilisée la procédure du « voir-dire »
décrite; en système romano-germanique et en common law lorsqu'il n'y a pas de jury, le
problème est réglé par voie de confrontation à l'audience entre le policier et l'accusé. Enfin, à
titre plus général, la jurisprudence de la CEDH doit être évoquée. Deux arrêts importants, tous
deux contre l'Allemagne et condamnant celle-ci, défendent une conception rigoriste de la
morale dans la recherche de la preuve. Dans la première affaire, où une personne était
suspectée de transporter de la drogue dans son corps (« mulet »), le ministère public avait fait
poser (par quatre policiers) une sonde nasale et gastrique, puis administré au passeur un
vomitif afin qu'il régurgite les substances illicites ensachées et ingérées. L'intéressé fut
condamné par la justice allemande. Mais par la CEDH, ce fut l'Allemagne qui fut condamnée
pour violation des articles 3 Conv. EDH (interdisant les tortures et les traitements inhumains
ou dégradants) et 6 Conv. EDH (exigeant que la procédure soit équitable). Dans la seconde
affaire, où une personne était suspectée d'enlèvement de l'enfant d'un riche industriel, les
policiers avaient proféré à son encontre des menaces de mauvais traitement s'il ne révélait pas
le lieu où était caché cet enfant (qui était en réalité déjà mort). La CEDH y vit des traitements
inhumains ou dégradants, mais pas des faits de torture. On ne peut, à ce stade, passer sous
silence une troisième affaire, où cette fois c'est la France qui fut condamnée : une personne
gardée à vue pour suspicion de trafic de drogue en récidive avait fait l'objet de la part de
policiers d'actes de violence physique et mentale ayant provoqué des souffrances aiguës, qui
furent qualifiées de torture. La question se dédouble car ces subterfuges consistent le plus
souvent soit en une provocation de la part des policiers, soit en mesures « spéciales »
caractérisant ce qu'on appelle en doctrine « l'enquête proactive », expression même utilisée en
Belgique (art. 28 bis CIC).
43

- La provocation
Il existe un certain nombre d'infractions notamment des infractions commises entre
personnes consentantes comme le trafic de drogue ou le proxénétisme dont la preuve est
malaisée. Aussi les policiers dans de nombreux pays ont-ils pris l'habitude d'observer et de
surveiller des suspects, puis de leur tendre de véritables pièges pour les confondre. Et il y a
deux sortes de pièges : tantôt la police utilise les services d'un tiers qui jouera les agents
provocateurs et qui, bien sûr, sera rémunéré soit en argent soit plus souvent, et s'il est
complice des faits, par une réduction des charges, ce qui est fréquent en Amérique du Nord ;
tantôt la police agit elle-même, utilisant certains de ses personnels spécialisés. Face à de telles
pratiques, la question est posée de savoir si les déclarations de la personne poursuivie
ultérieurement seront retenues comme preuve. La réponse est donnée par les jurisprudences
(plus rarement par la loi) et celles-ci distinguent en général selon les provocations car il faut
concilier une certaine éthique avec les nécessités sociales. On prendra trois exemples.
La jurisprudence américaine, elle est très intéressante en raison du grand développement des
provocations policières, notamment en matière de trafic de drogue. Devant certaines pratiques
excessives, la Cour suprême a développé un moyen de défense pour l'accusé, dont il n'existe
quasiment pas d'équivalent dans d'autres pays : c'est le moyen de défense tiré de la
provocation policière à la commission de l'infraction (entrapment defence). Deux raisons sont
à l'origine de cette création jurisprudentielle : il faut d'abord éviter que des citoyens honnêtes
ne soient entraînés par la police à commettre des infractions que, livrés à eux-mêmes, ils
n'auraient pas commises ; il faut ensuite développer une certaine déontologie policière, même
à l'égard d'individus coupables. Plus juridiquement, cette jurisprudence se fonde sur le célèbre
due process of law énoncé aux 5e et 14e Amendements.
En Belgique, la doctrine et même la jurisprudence sont favorables au droit de se taire. À
propos de déclarations obtenues par un agent du fisc sur la promesse d'une grande indulgence,
la Cour de cassation affirme qu'est illégale la preuve ainsi obtenue « par un acte inconciliable
avec les règles substantielles de la procédure pénale ou avec les principes généraux du droit et
plus particulièrement avec le respect des droits de la défense dont le droit au silence fait partie
». Le droit au silence est également reconnu expressément par la Cour européenne. Du droit
au silence, on peut déduire le droit de mentir54. L'accusé est maître de sa défense et il est libre
d'adopter le moyen le plus propre à assurer sa défense. Il n'en reste pas moins qu'en pratique,
le fait de parler vrai peut entraîner une réduction de peine, tout comme le mensonge une peine
plus sévère.
En Italie, l'article 350 CPP dispose que les policiers « avant de commencer
l'interrogatoire… invitent l'intéressé à choisir un défenseur » ; le texte ajoute que
l'interrogatoire est fait obligatoirement en présence du défenseur et qu'à défaut de défenseur,
les déclarations ne peuvent être « ni répertoriées ni utilisées ». Toutefois, là encore, il existe
des exceptions : si au cours de l'enquête, des raisons exceptionnelles conduisent au maintien
en détention, le juge de l'enquête préliminaire peut, à la demande du parquet, prendre un
décret motivé portant exclusion de l'avocat jusqu'à cinq jours (art. 104-3 CPP) ; en outre « sur
les lieux ou dans l'instant des faits, les officiers de police judiciaire peuvent, même sans la
54
Ibid., supra note 1.
44

présence du défenseur, obtenir de la personne, ainsi que dans les cas où elle est arrêtée en
flagrance, des renseignements ou indications utiles pour la poursuite immédiate de l'affaire »
(art. 350 al. 5 CPP) ; enfin « la police judiciaire peut… recevoir des déclarations spontanées
de la personne, mais leur utilisation n'est pas permise au cours du procès » sauf dans certains
cas particuliers (art. 350 al. 7 CPP). Ces accommodements destinés à permettre d'orienter les
recherches restent tout de même modestes.
Au contraire dans d'autres droits, la présence de l'avocat est moins assurée. En Allemagne,
la question de la présence de l'avocat lors des interrogatoires donne lieu à des solutions
subtiles. Au début du premier interrogatoire, l'agent d'investigation notifie à l'intéressé qu'il
peut consulter un avocat de son choix (il ne peut en prendre plus de trois). Quand l'audition
est menée par un juge, l'avocat peut être présent. Mais si elle est menée par la police, aucun
texte ne prévoit la présence de l'avocat ; cette présence n'est pas considérée comme interdite,
mais elle n'est que tolérée puisque le policier peut s'y opposer et si le policier admet cette
présence, l'avocat n'a aucun droit explicite de participer à la procédure.

II. LA PAROLE DU TÉMOIN


Les témoins représentent l’une des pièces maitresses susceptibles d’éclairer suffisamment la
religion du juge afin de l’aider à mieux former son intime conviction pour trancher le litige,
d’où sa protection est d’une importance primordiale et capitale
Un témoin est selon Pradel toute personne pouvant apporter des lumières à l'administration de
la justice. C'est dire que la notion des témoins est large et par exemple aux États-Unis les
analyses de laboratoire forment un témoignage en sorte que le technicien y ayant procédé peut
être appelé à témoigner, ce qui permet à l'accusé d'être confronté à lui.55
En droit congolais la question de témoin est abordé avec pas trop de détails. Les articles 18 et
78 du code de procédure pénale nous présentent d’une part la manière dont le témoin peut être
signifié et les sanctions qu’il écope en cas de défaillance. Tout cela sans prévoir des mesures
de protection à son égard.
Parmi ces mesures, il y a celles qui tendent à protéger les témoins avant le procès, le cas de
mesure de police (les garanties pour lui éviter d’être défaillant). Ensuite, il y a des mesures
procédurales, qui s’analysent en cours d’instance ou pendant le procès, il peut s’agir de
l’utilisation en lieu et place de témoignage, d’une déclaration écrite ou en audio faite à
l’instruction, du témoignage par télévision en circuit-fermé ou par vidéoconférence, du
brouillage de la voix et du visage, de l’expulsion du défendeur et du public dans la salle
d’audience, du témoignage anonyme. Enfin, il y a ce qu’on qualifie de programme de
protection des témoins, s’analysant dans les mesures suivantes : la protection de l’identité
d’un témoin et l’admission à un programme de protection des témoins56
En common law C'est ici qu'a été systématisée pour la première fois la règle qu'un témoin ne
saurait être obligé à déposer dans des conditions pouvant faire apparaître sa responsabilité
pénale. Il faut bien voir que le privilège de non-incrimination a deux sens : celui d'une
55
Ibid., supra note 1.
56
www. legardc.fr
45

incontraignabilité d'un accusé à témoigner dans sa propre cause et la protection accordée à un


témoin contre une poursuite ultérieure qui pourrait résulter de son témoignage. Cependant,
des nuances apparaissent selon les pays. En Angleterre, le refus de déposer est un droit, qui
d'ailleurs n'existe plus dans certains cas, certains textes obligeant le témoin à répondre aux
questions des policiers : ainsi en est-il avec la loi qui incrimine la révélation de secrets d'État
(Of icial secrets Act 1991 , art. 1).
Aux Etats-unis, la loi sur la preuve de 1970 dispose en son article 5 que « nul témoin n'est
exempté de répondre à une question pour le motif que la réponse à cette question pourrait
tendre à l'incriminer », mais ajoute que cette « réponse ne peut être invoquée et n'est pas
admissible en preuve contre lui dans une instruction ou procédure pénale exercée contre lui
par la suite, sauf dans le cas de poursuite pour parjure… ».
En common law, la matière a fait l'objet d'une jurisprudence considérable, spécialement en
Angleterre et en Amérique du Nord. Le principe dominant est celui d'un jeu de questions
posées par les parties devant un juge assez impassible. Trois phases peuvent être distinguées :
celle de l'interrogatoire principal concernant un témoin et qui est mené par la partie qui le
produit ; celle du contre-interrogatoire, conduit par la partie adverse ; enfin celle du ré-
interrogatoire, mené par la partie ayant produit le témoin. On rappellera que ces règles
s'appliquent non seulement au témoin « véritable », mais aussi à l'accusé si celui-ci conteste
les faits tout en acceptant de parler. On parle en common law de cross examination.
L'interrogatoire principal (examination in chief ) est mené par l'accusation à l'égard de ses
témoins (case for accusation ) et par la défense à l'égard des siens (case for defence ). Il a pour
objet d'exposer au juge les faits et il sert aussi à établir la crédibilité du témoin. En règle
générale, les questions suggestives (leading questions) ou questions pouvant suggérer une
réponse sont interdites : d'abord car le témoin étant favorable à celui qui le produit, il n'y a pas
lieu de lui suggérer une réponse ; ensuite car ces questions invitent le témoin malhonnête à
mentir. Le contre-interrogatoire (cross examination) est mené par la partie adverse. Il
constitue en common law un droit fondamental. Celui qui mène le contre-interrogatoire
poursuit deux buts complémentaires : obtenir des éléments de preuve soutenant sa propre
version des faits et susciter le doute sur la solidité de la thèse adverse. L'auteur du contre-
interrogatoire peut interroger le témoin adverse sur ses contradictions et lacunes, et il peut
même étendre l'interrogatoire principal, voire poser des questions suggestives. Le contre-
interrogateur est donc très libre dans son action et la jurisprudence a voulu qu'il en soit ainsi
pour donner à cet acte le caractère d'un excellent moyen de défense.

III. LA PAROLE DE L'INFORMATEUR (OU INDICATEUR)


Avant d’aborder cette notion, il convient de noter la différence qui existe entre les notions de
témoin, informateur et renseignant.
46

Un témoin selon le dictionnaire lexique des termes juridiques est « simple particulier invité à
déposer, dans le cadre d’une enquête ou sous la forme écrite d’une attestation, sur les faits
dont il a eu personnellement connaissance, après avoir prêté serment de dire la vérité.» 57
Un renseignant est toute personne ayant des liens soit d’alliance, soit de parenté ou d’amitié
avec l’une des parties en cause, qui possède des informations susceptibles d’éclairer la
religion du tribunal mais il ne dépose pas sous serment.
En droit congolais cette notion n’est pas abordée, c’est dans la seule hypothèse en matière
d’infraction flagrante que l’opj peut se déporter sur le lieu et astreindre toute personne dont il
estime l’audition nécessaires à déposer.
Par ailleurs, le recours des enquêteurs à des informateurs ou indicateurs est fréquent, surtout
dans les affaires graves. Quelques législations ignorent cette figure procédurale, comme
l'Espagne et la France, même si en pratique les policiers de ces pays font appel aux
indicateurs. Dans les autres droits européens pour ne parler que d'eux l'informateur fait l'objet
d'une réglementation, qui est d'ailleurs très variée, mais proche d'un État à l'autre. Les sources
sont variées. Citons en Italie l'article 203 CPP, au Royaume-Uni la Regulation of
Investigatory Powers Act. 2000, aux Pays-Bas la loi sur la police de 2012 ainsi que l'article
126 CPP interne. Le régime de cette preuve est en revanche proche d'un pays à l'autre et l'on
en résumera les traits essentiels.
1° L'informateur bénéficie de l'anonymat évidemment puisqu'il entretient par hypothèse des
liens avec le milieu criminel et que la levée de celui-ci l'exposerait à des représailles. Aux
Pays-Bas, les unités de renseignement (Teams Criminal Intelligence, TCI) ont recours à un
système de codes, chaque informateur disposant d'un code et tous les codes étant réunis dans
un registre centralisé. Ces renseignements obtenus par les indicateurs donnent lieu à un
rapport de police formel (rapport TIC) qui porte la mention du nombre d'informateurs ainsi
qu'une indication sur le temps de recueil de l'information ; de plus chaque rapport contient une
évaluation par la police sur la fiabilité de l'information obtenue.
2° L'informateur peut bénéficier d'une récompense. Mais il ne bénéficie pas d'un droit à une
récompense. Celle-ci a une forme monétaire, mais peut aussi prendre la forme d'un abandon
de poursuites. C'est le service d'enquête qui apprécie discrétionnairement.
3°Les éléments fournis par l'indicateur ne constituent pas une preuve essentielle car
l'informateur n'apparaît pas à l'audience et ne peut donc pas être contre-interrogé par la
défense. Cependant, aux Pays-Bas, il peut être décidé par les juges, dans des cas
exceptionnels, de faire comparaître un informateur.
4° L'informateur n'a aucun contact avec l'autorité judiciaire, sauf dans le cas rarissime évoqué
à l'instant. L'autorité judiciaire n'exerce aucun droit de regard sur le recrutement des
informateurs. 5° Enfin l'informateur ne saurait commettre une infraction pour obtenir des
informations. Toutefois, au Royaume-Uni la loi sur les services de renseignements
(Intelligence Services Act. 1994 ) exclut toute responsabilité des informateurs pour leur action
s'ils sont munis d'un mandat (warrant) émis par l'un des services et signé par son ministre de

57
Lexique des termes juridiques, dalloz, Paris, 2017-20218 , p.1996.
47

tutelle. En définitive, les renseignements fournis à la police par les informateurs sont utiles à
la justice, sinon comme preuves directes, du moins comme indices permettant aux enquêteurs
d'orienter utilement leurs investigations.

IV. HARCELLEMENT SEXUEL


L’article 174 d : Quiconque aura adopté un comportement persistant envers autrui, se
traduisant par des paroles, des gestes soit en lui donnant des ordres ou en proférant des
menaces, ou en imposant des contraintes, soit en exerçant des pressions graves, soit en
abusant de l’autorité que lui confère ses fonc- tions en vue d’obtenir de lui des faveurs de
nature sexuelle, sera puni de servitude pénale de un à douze ans et d’une amen- de de
cinquante mille à cent mille Francs congolais constants ou d’une de ces peines seulement. 46
Les poursuites seront subordonnées à la plainte de la victime.
En droit camerounais, la formulation est beaucoup plus imprécise, l’article 302-1 du code
pénal camerounais prévoit ce qui suit : commet un harcèlement sexuel, qui conque usant de
l’autorité que lui confère sa position, harcèle autrui en donnant des ordres, proférant des
menaces, imposant des contraintes, ou exerçant des pressions dans le but d’obtenir des faveurs
de nature sexuelles ».
On s’aperçoit que ça soit en droit congolais comme camerounais, le même problème surgit :
ce qui est puni c’est le caractère persistant de l’intention sur une victime non consentante.
Mais quand-en est-il d’un des caractères persistants qui ne sont pas de nature à chercher à
obtenir des faveurs sexuelles ?.
48

CONCLUSION
En dépit de cératines divergence liées aux deux systèmes dans l’accomplissement de la
règle de droit on peut néanmoins noter aussi quelques traits de convergence. Le point de
convergence entre le droit interne (droit national) et le droit comparé réside dans leur objectif
commun : comprendre et analyser le droit pour mieux le comprendre, le modifier et l'adapter
aux besoins de la société. Le droit interne est le droit spécifique d'un État, tandis que le droit
comparé étudie les similitudes et différences entre les systèmes juridiques nationaux.

UNIVERSITÉ DE GOMA
BP 204 GOMA
49

DOMAINE DES SCIENCES JURIDIQUES POLITIQUE ET


ADMINISTRATIVE
DÉPARTEMENT DES SCIENCES JURIDIQUES
FILIERE DE DROIT PENAL
PROMOTION : M1
GROUPE No 2
TP DE DROIT PENAL COMPARE

LES ATTEINTES AU PRINCIPE DE LA PRESOMPTION D’


INNOCENCE

Membres du groupe :

1. BIENVENU MULENGEZI
2. BAHATI BERNARD
3. BUKENGERE MATABARO
4. CHARLOTTE KITENGE

ANNEE ACADEMIQUE : 2024- 2025


50

INTRODUCTION
Pour parler des atteintes au principe la présomption d’innocence, il va falloir au
prélude disséquer les mots clés fars s’y trouva, dont : atteintes, présomption et innocence. Et
au crépuscule, nous dirons ce que veut dire droit de la défense le principe de la présomption
d’innocence. Certes, un focus sera fait avec une approche comparative entre les deux
systèmes juridiques traditionnels qui sont le common law et celui dit romano- germanique.
Ainsi, selon le dictionnaire français, une atteinte. Elle constitue un ensemble des
fautes civiles ou pénales lésant le droit de chaque citoyen au respect de sa personnalité.
Ensuite, les présomptions sont des conséquences que la loi ou le magistrat tirent d’un fait
connu à un fait inconnu.58 Ainsi, on distingue entre présomption réfragable ou juris tantum
(celle qui peut être renversée par la preuve contraire par tout moyen de droit.) et présomption
irréfragable ou présomption légale (celle qui a un caractère absolu. Elle ne peut généralement
être renversée). L'innocence est la qualité de celui qui n'est pas coupable d'une faute
déterminée. Par ailleurs, la présomption d’innocence est un principe selon lequel, en matière
pénale, toute personne poursuivie est considérée comme innocente des faits qui lui sont
reprochés, tant qu’elle n’a pas été déclarée coupable par un jugement irrévocable de la
juridiction compétente.59
Sur ce, ce principe est garanti par l’article 14, §2 du Pacte International relatif aux
Droits Civils et Politiques, l’article 6, §2 de la Convention Européenne des Droits de
l’Homme, l’article 48 §1 de la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne,
l’article 7, 1.b de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, l’article 11 de la
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de l’ONU et par l’article 17 alinéa 9 de la
Constitution congolaise du 18 février 2006, et bien d’autres instruments juridiques tant
nationaux internationaux en matières des droits de l’homme.
Cependant, ce principe se retrouve handicapé par quelques dispositions légales
et voir même quelques pratiques judiciaires. Sur ce, pour mieux disséquer notre travail, nous
verrons d’un moment à l’autre d’une part, le cas particulier de l'existence de présomptions de
culpabilité ou la charge de la preuve pesant sur l'accusé (premier chapitre) et d’autre part, le
cas général de l'absence de présomptions de culpabilité dans le système accusatoire et le
système inquisitoire (second chapitre).

58
Art. 225 CCLIII.
59
S. GUINCHAR et alii, Lexique des termes juridiques 2017- 2018, Paris, Dalloz, 2017.
51

Chap. I. LE CAS PARTICULIER DE L'EXISTENCE DE PRESOMPTIONS DE


CULPABILITE OU LA CHARGE DE LA PREUVE PESANT SUR L'ACCUSE
Il est vrai qu’il existe des Présomptions de droit concernant l'élément matériel de
l'infraction (section 1), celles concernant l'élément moral de l'infraction (section 2) et enfin,
celle concernant les causes d'irresponsabilité (section 3).
Section 1. PRESOMPTIONS DE DROIT CONCERNANT L'ELEMENT MATERIEL
DE L'INFRACTION
Parmi toutes les présomptions, celles-ci sont les plus simples. Il advient que le
texte d'incrimination réfute l'élément matériel ou actus reus constitué de sorte que c'est à
l'accusé de démontrer que la présomption posée par la loi ne correspond pas à la réalité. De
telles présomptions sont fréquentes car elles correspondent à la réalité et il serait très difficile
au poursuivant de le démontrer. C’est le cas en RDC, des infractions douanières contenues au
chapitre 7 de l’ordonnance-loi n° 10/002 du 20 aout 2010 portant code des douanes60.
Parfois ces présomptions se retrouvent à l'identique dans deux pays différents et l'on
peut parler de véritables correspondances. Ainsi le fait de vivre avec une prostituée et de ne
pouvoir justifier de ses propres ressources constitue un cas de proxénétisme, les termes de la
loi étant extrêmement proches en France (art. 225-6, 3o CP) et en Angleterre (Sexual offences
Act, 1956, art. 30). On peut aussi rapprocher l'article 418 du Code français des douanes qui
institue une présomption de contrebande en cas de détention de marchandises prohibées
comme de la drogue61 et le dahir du 9 octobre 1977 portant Code marocain des douanes qui
présume expressément la responsabilité pénale des détenteurs de marchandises de fraude, sauf
à ceux-ci à démontrer un cas de force majeure (art. 223 et 224). On peut aussi donner
l'exemple de la conduite d'un véhicule sous l'emprise d'un état alcoolique. Toutes les
législations fixent un taux d'alcool au-delà duquel le conducteur est présumé être en
infraction, même si l'intéressé peut essayer de renverser cette présomption. Est intéressant à
cet égard l'arrêt rendu par la Cour Suprême du Canada le 11 février 2012 62. Une conductrice,
condamnée au motif que son taux d'alcoolémie dépassait 80 mg d'alcool par 100 ml de sang,
invoquait en Cour supérieure le fait que le texte d'incrimination de l'article 258 (1) Code
criminel méconnaissait notamment la présomption d'innocence formulée à l'article 11 d de la

60
Ordonnance-loi n° 10/002 du 20 aout 2010 portant code des douanes, JORDC, 51e Année Numéro spécial, 26
décembre 2010.
61
Crim. 30 janv. 1989, Bull. crim. nO 33, disposition jugée compatible avec l'article 6 § 2 Conv. EDH., cité par
Jean Pradel, Droit pénal comparé 4 è édition, Paris, Dalloz, 2016.
62
Cour Suprême du Canada, R c. St Onge Lamoureux, (2012), RSC, 187.
52

Charte. Par 5 voix contre 4, la Cour déclara fondée la condamnation, avec les utiles précisions
suivantes :
1. Une présomption légale porte atteinte à la présomption d'innocence si elle fait en
sorte qu'une personne accusée peut être déclarée coupable alors qu'il subsiste un
doute raisonnable dans l'esprit du juge des faits (§ 242) ;
2. La justification d'une présomption légale au regard de la Charte dépend de plusieurs
facteurs, notamment des suivants, l'importance de l'objectif législatif, la difficulté
pour la poursuite de prouver hors de tout doute raisonnable le fait…, la possibilité
pour la personne accusée de repousser la présomption et la facilité avec laquelle elle
peut le faire et, comme le révèle la présente affaire, les progrès scientifiques (§ 31).
Dès lors, la présomption de culpabilité est conforme au droit constitutionnel exprimé
dans la Charte.
D'autres fois, ces présomptions se présentent de façon plus originale dans un pays donné. Le
droit anglais en connaît un certain nombre : le fonctionnaire qui a reçu de l'argent ou un don
doit prouver que cette réception n'a pas pour cause une corruption (Prevention of corruption
Act, 1916) ; le porteur d'une arme dans un lieu public doit justifier d'une autorisation ou d'une
excuse raisonnable (Prevention of crime Act, 1953). Plus généralement dans le cadre de la
procédure du Summary trial , applicable essentiellement aux contraventions, l'article 101 du
Magistrates Court Act de 1980, prévoit que lorsqu'une loi interdit un geste, mais crée une
exception à cette interdiction, c'est à l'accusé de démontrer qu'il se trouve dans le cadre de
l'exception. Le droit français est loin d'ignorer lui aussi ces présomptions et l'on peut citer
l'article L. 121-2 du Code de la route qui présume que le titulaire de la carte grise est coupable
de stationnement illicite de son véhicule sauf à charge pour lui de prouver la véritable identité
du contrevenant ou l'existence d'un cas de force majeure63.

63
Paris 17 mai 1991, JCP 1991-4-403, disposition jugée compatible avec l'article 6-2 Conv. EDH., cité par J.
PRADEL, op. cit.
53

Section 2. PRESOMPTIONS DE DROIT CONCERNANT L'ELEMENT MORAL DE


L'INFRACTION
Dans cette partie, il sera question d’établir quelques distinctions possibles sur ce point d’une
part (§1) et élucider quelques législations plus ou moins favorable au principe des
présomptions de culpabilité (§2).
Paragraphe 1. Distinctions
Les choses sont plus complexes. Le problème de la preuve de la faute ne se pose
pas pour les infractions « traditionnelles », c'est-à-dire attentatoires aux valeurs fondamentales
et qui sont sévèrement punies. Pour ces infractions, il incombe au poursuivant de prouver
l'état d'esprit de l'accusé, qu'il s'agisse de l'intention ou de l'insouciance (ou dol éventuel).
En revanche le problème de preuve se pose pour les infractions dites
réglementaires qui sont des comportements ne touchant pas directement aux valeurs
fondamentales, mais qui sont destinées à promouvoir le bien-être public par la réglementation
d'une activité, en principe légitime (infractions routières, en matière d'environnement, de
pollution, du droit du travail, des transports…). Ces infractions étant moins graves et donc
moins punies, on s'est demandé si l'on ne pouvait pas, par simplification du travail du
poursuivant, considérer que l'élément psychologique est présumé, l'accusé pouvant toujours
essayer de combattre cette présomption par la preuve de sa diligence ou d'un cas de force
majeure.

Paragraphe 2. Législations plus ou moins favorables à des présomptions de culpabilité


Au XIX e siècle, la jurisprudence française avait nettement admis l'existence de
délits matériels dans des matières où dans le silence de la loi sur les données psychologiques,
la répression devait être rapide, constante et modérée, et où la transgression ne correspondait à
aucun blâme moral.64 Cette construction prétorienne apparue au milieu du XIX e siècle a
culminé vers le milieu du XXe 65 et le statut des infractions matérielles (beaucoup de délits et
la plupart des contraventions) était devenu très net : la faute était présumée, mais le prévenu
pouvait obtenir l'acquittement en démontrant, non pas sa diligence, ce qui était insuffisant,
mais un cas de force majeure ou sa démence, circonstances bien exceptionnelles. D'une part,
s'agissant des délits et contraventions contenus dans le Code pénal, l'article 121-3 dispose
qu'en matière de délit, il faut une intention, ou une imprudence ou une mise en danger
64
A. Légal, La responsabilité sans faute, Mélanges Patin 1965, p. 129.
65
Crim. 28 avr. 1977, Ferrier, JCP 1978-II-18931 note Delmas-Marty, D. 1978, 149, note Rassat., cite par J.
PRADEL, op. cit.
54

délibérée (dol éventuel) et ajoute qu'il n'y a point de contravention en cas de force majeure :
d'où l'on peut déduire que dans le premier cas, le poursuivant devra prononcer l'une des trois
données psychologiques indiquées à l'instant et, que dans le second (contraventions), au
contraire le prévenu supporte une présomption de culpabilité dont il ne pourra se dégager
qu'en démontrant un cas de force majeure (ou la démence peut-on ajouter par assimilation).
Cette position est comparable aux causes de non-imputabilités prévues en droit congolais,
telle que la contrainte irrésistible (art. 23 bis§3 CP).
En Angleterre, la jurisprudence avait longtemps admis que lorsque la preuve
apportée par l'accusé est équivoque, l'accusation dispose d'une sorte de bénéfice du doute.
Avec l'article 6 § 2 Conv. EDH introduit en droit anglais par le Human Rights Act 2000, la
jurisprudence est beaucoup moins nette comme l'a montré l'exemple de la possession de
drogue par une personne qui prétend ignorer cette possession. Avec la Chambre des Lords, le
Misuse of Drugs Act 1971 est désormais interprété plus favorablement à l'accusé. Dans l'arrêt
Lambert, la Chambre des Lords décide que, en dépit de la prohibition du commerce des
drogues illégales, faire peser le fardeau de la preuve sur le défendeur constitue une réponse
législative disproportionnée et viole donc l'article 62. Voilà un bel effet de l'article 6 § 2 sur le
droit anglais. Cependant une décision plus récente, de la cour d'appel celle-là, entend limiter
le plus possible la portée de l'arrêt Lambert, « pour simplifier la tâche des juges inférieurs ».
Cependant, peu après, la Chambre des Lords décide que « la solution ne saurait être résolue
par routine, mais par examen de tous les faits et circonstances de la disposition particulière
applicable dans le cas particulier ». La doctrine parle de désordre et de loterie. 66

Section 3. PRESOMPTION DE DROIT CONCERNANT LES CAUSES


D'IRRESPONSABILITE
Au cours de l'audience, ou même parfois antérieurement, l'accusé peut alléguer
l'existence d'une cause objective d'irresponsabilité (fait justificatif) ou d'une cause subjective
d'irresponsabilité (démence, contrainte, erreur). Il advient d'ailleurs que le législateur ait prévu
une présomption de responsabilité ou au contraire d'irresponsabilité. De ce fait, nous
examinerons en premier lieu le cas de la démence (§1) et en second lieu, nous verrons
d’autres moyen de défense (§2).

66
D. Hamler. The presumption of innocence and reverse burden: a balancing act. The Cambridge Low Journal,
mars 2007, p. 142 et s., cité par J. PRADEL. Op. cit.
55

Paragraphe 1. Le cas particulier de la démence


La défense d'aliénation mentale se présente très souvent et d'autre part car certaines
législations ont posé une présomption de normalité mentale, ce qui nous rapproche des
développements précédents.
En common law précisément, la jurisprudence a de longue date posé la
présomption que l'accusé est mentalement sain de sorte que c'est à lui qu'incombe la charge de
démontrer le contraire. Le point de départ est l'arrêt anglais M'Naghten rendu en 1843 par la
Chambre des Lords et selon lequel « dans tous les cas, on doit expliquer aux jurés qu'à moins
d'une preuve contraire qu'ils estiment suffisante, chacun est présumé sain d'esprit et doué
d'une raison suffisante pour être responsable de ses crimes… ». 67 Ce système a été transporté
dans les possessions anglaises d'outre-mer. C'est ainsi qu'au Canada, où d'ailleurs le principe a
été codifié, l'article 16 du Code criminel dispose que « chacun est présumé ne pas avoir été
atteint de troubles mentaux de nature à ne pas engager sa responsabilité criminelle… » de
sorte que « la partie qui entend démontrer que l'accusé était affecté de troubles mentaux… a la
charge de le prouver ».
Aux États-Unis, en procédure pénale fédérale, la règle, fixée depuis 1895, est plus
favorable à l'accusé : lorsque la preuve devant le juge tend à indiquer que l'accusé est aliéné
mental au sens de la loi, il y a renversement du fardeau de la preuve et c'est à la poursuite
d'établir de façon caractérisée (hors de tout doute raisonnable) que l'accusé avait la capacité
mentale nécessaire.68
Dans les législations autres que celles de la common law, la tendance générale est
également de considérer qu'il existe, en l'absence de tout texte, une sorte de présomption de
santé mentale, de sorte qu'il incombera à l'accusé de démontrer le contraire. C'est net en
France,69 aux Pays-Bas et dans les pays hispanophones. En Belgique, la solution est un peu
différente : dès lors que l'accusé allègue une maladie mentale sans que la chose soit dépourvue
de tout crédit, il incombe au ministère public d'en prouver l'inexistence ; c'est donc comme

67
Chambre des Lords, M'Naghten's Case [1843] 10 CL et F 200., cité par J. Pradel, op.cit.
68
Cour suprême des États-Unis, Davis, 160 US 69, [1895], et Jackson 443 US 307, [1970]. Il existe pourtant aux
USA actuellement une tendance à se montrer plus exigeant pour l'accusé, à la suite de l'acquittement de l'auteur
d'une tentative d'assassinat sur le président Reagan, v. La preuve en procédure pénale comparée, rapport S.J.
Schulhofer, RID pén., 1992, p. 37., cité par J. PRADEL, op. ct.
69
Du moins dans la jurisprudence du fond, Alger 18 déc. 1948, JCP 1949-II-4900. Car la Cour de cassation est
moins nette, Crim. 9 déc. 1949, RSC 1951, 305, cité par J. Pradel. Op. cit.
56

aux États-Unis. De même, en lisant l’article 23 bis du code pénal congolais, on comprendra
que c’est à l’accusé de prouver son inconscience.70

Paragraphe 2. Les autres moyens de défense


Ces autres moyens peuvent être entre et autres de la légitime défense, état de
nécessité, contrainte, erreur, etc. Les solutions sont variables. Une première solution adoptée
dans les pays anglo-saxons et en Belgique veut que dès que se manifestent des indices laissant
apparaître avec une certaine vraisemblance l'existence d'une cause d'irresponsabilité, le
poursuivant a la charge de prouver l'inexistence de cette cause en sorte que s'il échoue,
l'acquittement devra normalement être prononcé.
Dans d'autres pays, la solution est plus tranchée. Tantôt, c'est à l'accusé à rapporter
la preuve de son irresponsabilité : ainsi en est-il en France très nettement pour la contrainte et
pour l'erreur du droit, la légitime défense donnant lieu à une distinction selon qu'elle se situe
de jour ou de nuit. Les Pays-Bas et les pays d'Afrique ont la même solution. Tantôt, c'est au
ministère public, voire au juge d'agir : ainsi en est-il en Allemagne et dans certains autres pays
de l'Europe centrale. Ce qui montre que dans ces pays il n'y a en la matière aucune
présomption défavorable.

70
Art. 23 bis de la loi n° 15/022 du 31 décembre 2015 modifiant et complétant le Décret du 30 janvier 1940
portant Code pénal, 52e année, no spécial, JORDC, 29 février 2016.
57

Chap. 2. LE CAS GENERAL DE L'ABSENCE DE PRESOMPTIONS DE

CULPABILITE : LE SYSTEME ACCUSATOIRE ET LE SYSTEME


INQUISITOIRE
S'il n'y a pas de présomptions de culpabilité, le problème se pose de savoir sur qui
pèse la charge de la preuve. Si le rôle du poursuivant est clair en ce qu'il lui incombe de
prouver la culpabilité, il est évident dès le premier abord que l'accusé et le juge ne peuvent
rester totalement neutres. On est donc conduit à se demander comment se répartit le fardeau
de la preuve entre accusé, poursuivant et juge, voire victime. On oppose classiquement à cet
égard l'existence de deux systèmes : l'accusatoire et l'inquisitoire. Ainsi, nous verrons la
distinction dans le principe d’une part (§1) et la distinction dans la pratique d’autre part (§2).
Section 1. LA DISTINCTION DANS LE PRINCIPE
Paragraphe 1. La doctrine anglo-saxonne
Cette doctrine voit dans le système accusatoire un système fondé sur le respect de
l'inviolabilité de la personne humaine, la preuve étant produite en dehors d'elle. Le
poursuivant a l'entière charge de la preuve. L'accusé est traité comme un innocent et n'a
besoin d'aucunes aides de la part de ceux qui voudraient le faire déclarer responsable. À
l'audience, l'accusé et le poursuivant exposent chacun leur propre version des faits. Dans le
système inquisitoire, le poursuivant ou le juge d'instruction là où il existe interroge l'accusé.
Durant le procès, le juge (inquisiteur) conduit lui-même les investigations au lieu de laisser le
champ libre au poursuivant. Le procès devient une investigation plus qu'une compétition. Le
juge peut aller jusqu'à obliger le défendeur à témoigner contre lui-même.71
Les choses peuvent se préciser encore avec la doctrine italienne (bien placée
puisqu'en 1989, l'Italie est passée du système inquisitoire au système accusatoire). Pour les
auteurs italiens, deux traits séparent les deux systèmes. Premièrement, l'accusatoire sépare
nettement la fonction de juger et celle d'enquêter : le parquet déclenche la poursuite pénale et
conduit l'enquête, sans toutefois statuer sur la liberté de l'inculpé ; le juge d'instruction qui
cumule le pouvoir d'investigation et de jugement, l'inquisitoire disparaît. Deuxièmement, à
propos de la preuve, dans le système accusatoire, elle est rassemblée par les parties (parquet et
accusé) qui agissent en se contredisant ; au contraire l'inquisitoire connaît un organe

71
Dressler et A. Michaels, Criminal Procedure, I, 2013, LexisNexis. Curieusement, la doctrine anglaise parle
peu de ces deux systèmes et les mots accusatoire et inquisitoire n'apparaissent pas dans l'ouvrage de J. Sprack. A
pratical approach to Criminal procedure, 14e éd., 2013, Oxford University Press, cite par J. PRADEL. Op.cit.
58

spécialisé, le juge chargé des investigations, le juge d'instruction étant le symbole du système
inquisitoire.
Dans l'inquisitoire, ce qui importe, c'est la recherche de la vérité objective par un
juge d'instruction ou par le parquet (avant procès) et par le juge d'audience ou président (lors
procès), la vérité objective étant celle qui est produite non par les parties, mais recherchée par
le juge. Dans l'accusatoire, ce sont les parties qui présentent la preuve au juge ou président, le
procès pénal ressemblant au procès civil, où si l'on préfère, à un duel, où à un tournoi eut -on
dit jadis et c'est pourquoi le droit à la confrontation avec l'accusatoire est d'abord apparu en
common law où les parties ont un rôle essentiel. L'accusatoire traduit peut être un relatif
effacement de l'État devant les individus alors que l'inquisitoire met en avant l'État et l'idée de
service public qui en est le bras séculier.
Les juristes de common law et du système romano-germanique se sont naguère
opposés furieusement, les premiers en faveur de l'accusation et les seconds en faveur de
l'inquisition. Les tenants du système accusatoire soutiennent que « la vérité s'obtient de
meilleure façon par de puissantes déclarations des deux côtés ». En somme, c'est de la
confrontation que jaillit la lumière de la vérité. La cross examination du common law – ou
interrogatoire des témoins, voire de l'accusé s'il accepte de parler, par les parties, était aux
yeux du grand pénaliste américain J.-H. Wignore, « le meilleur instrument qui ait jamais été
inventé pour découvrir la vérité… la plus grande et la plus durable contribution du système
juridique angloaméricain à l'amélioration des méthodes de jugement ». 72 La Cour suprême des
États Unis déclare : « Nous avons appris la leçon de l'histoire ancienne et moderne, que
l'application d'un système pénal qui fait dépendre de la confession (et d'autres preuves
obtenues à partir de l'accusé) l'issue du procès sera, à long terme, moins fiable et davantage
sujet à abus qu'un système qui se fonde sur une preuve extérieure indépendamment obtenue
grâce à une habile investigation ». Et s'il y a certes une place pour un juge, c'est à titre de
contrôle de la régularité de l'enquête conduite par le parquet.
D'un autre côté, les défenseurs de l'inquisitoire peuvent noter qu'avant le procès, le
juge est indépendant du parquet et impartial à l'égard de l'accusé, puisqu'il n'est pas auteur de
la poursuite et qu'il est donc plus à l'aise pour agir à charge et à décharge, et qu'au final ce
type de procédure aboutit à une vérité et pas à deux vérités, celle du poursuivant et celle de
l'accusé.73 Ils ajoutent que l'accusé dans le système inquisitoire peut aussi exercer son droit de
72
J.-H. Wigmore, A Treatise on the System of Evidence in Trials at Common Law, Boston, Little Brown and Cie,
1904, vol. II, § 1367, cité par J. Pradel, op .cit.
73
J. L. Sauron, Les vertus de l'inquisitoire ou l'État au service des droits, Pouvoirs, no 55, PUF, 1990, p. 53 et s.
59

ne rien dire de sorte que l'argument anglo-américaine selon lequel l'accusé peut être amené à
témoigner contre lui-même ne semble pas pertinent. Enfin, même si le parquet est
indépendant de l'exécutif, on n'exclut pas les ordres par téléphone et surtout il faut tenir
compte des apparences : il ne suffit pas que le procureur soit indépendant, il faut encore qu'il
apparaisse comme indépendant. Mais dans la réalité la distinction, même si elle garde sa
valeur, est nuancée.

Section 2. LA DISTINCTION DANS L'APPLICATION


L'examen des textes nationaux fait apparaître que les deux systèmes ne se présentent guère à
l'état pur. Le système accusatoire, centré sur les parties, notamment sur le parquet, laisse une
certaine place au juge. Le système inquisitoire, malgré la grande importance du juge, fait
largement appel aux parties. C'est donc un système mixte, plus ou moins mixte, qui existe
partout, même si la distinction subsiste tout de même dans son principe. On peut le montrer en
décrivant successivement les pouvoirs du poursuivant et de l'accusé d'une part (§1), et ceux du
juge d'autre part (§2).74
Paragraphe 1. Rôle du poursuivant et de l'accusé : Vers une égalité entre le poursuivant
et l'accusé
Naguère, dans tous les droits, le déséquilibre était patent entre poursuivant et
accusé (système accusatoire). Le fossé se comble depuis quelques décennies. Par exemple, le
nouveau CPP argentin de 2015 en son article 2 en posant les principes de la procédure
accusatoire vise notamment l'égalité entre les parties (principio de igualdad entre las partes).
On parle carrément aujourd'hui d'un droit à la preuve pour l'accusé qui fait partie des droits de
la défense alors que naguère la preuve évoquait un droit (et un devoir) pour le poursuivant. Le
Code italien de procédure pénale, plutôt accusatoire, utilise même l'expression de « droit à la
preuve » (art. 190) et la doctrine italienne a excellemment indiqué que « le droit à la preuve
est l'envers de la médaille par rapport au onus probandi incombant à l'accusation : la preuve
de la culpabilité ne fait tomber la présomption d'innocence que si l'accusé a été mis à même
de se défendre (audi alteram partem) ».
Ce principe directeur est admis partout. Il est parfois l'objet d'un texte général :
ainsi l'article 147 al. 1 CPP suisse rappelle que « les parties ont le droit d'assister à
l'administration des preuves par le ministère public et les tribunaux et de poser des questions
aux comparants », ce qui excluent d'ailleurs la phase purement policière de la procédure. Le
74
J. Pradel, Le rôle du juge pénal dans la charge de la preuve. Approche comparée des systèmes de common law
et romano-germanique, in Mélanges G. Giudicelli-Delage, Dalloz, 2016.
60

plus souvent, le législateur a prévu des textes propres à la phase préparatoire et à la phase
décisoire. Cependant l'égalité est moins affirmée lors de la phase préparatoire que lors de la
phase décisoire (système accusatoire).
a) La phase préparatoire
Dans le système accusatoire de common law, et selon les droits positifs, la charge
des investigations pèse sur le ministère public, aidé par la police judiciaire. Selon le CPP
italien « les fonctions de la police judiciaire sont exercées sous la direction de l'autorité
judiciaire » (art. 56), c'est-à-dire lors des enquêtes préliminaires par le ministère public » (art.
51).
Dans le système inquisitoire romano-germanique, là où existe encore le juge
d'instruction, les parties et le ministère public peuvent réclamer à celui-ci des actes
probatoires. Un certain formalisme est cependant organisé. Ainsi en France, le demandeur
privé doit faire une demande motivée et une déclaration au greffe et, après avis du parquet, si
le juge refuse d'accéder à la demande, il doit rendre une ordonnance motivée susceptible
d'appel devant la chambre de l'instruction. De même l'article 182 CPP néerlandais permet au
suspect de demander au rechter commissaris d'effectuer certaines investigations : la requête
doit être motivée, écrite et indiquer les actes sollicités. La demande est transmise au parquet
qui donne son avis par écrit. Le rechter commissaris peut entendre le suspect celui-ci étant
assisté par son avocat et le ministère public peut être présent. En cas de refus du rechter
commissaris, l'intéressé peut faire appel. L'article 183 permet au suspect de se joindre à
l'enquête s'il en a fait la demande par écrit et là encore si le rechter commissaris s'y oppose, le
suspect peut faire appel. Enfin, selon l'article 185 CPP, (loi du 1er janvier 2013), le rechter
commissaris peut provoquer une réunion avec le procureur et le suspect pour faire le point sur
l'enquête et conduire le cas échéant d'autres investigations.
Désormais, donc le statut de la personne poursuivie est aligné sur celui du
poursuivant qui a toujours pu demander au juge d'instruction telles mesures d'instruction
jugées par lui nécessaires. Cependant, le fait que les investigations soient conduites par le
ministère public et la police n'empêche pas la personne soupçonnée de réclamer des actes
d'investigations.
Par ailleurs, il sied de rappeler pour la phase en RDC, une phase inquisitoriale
qu’au cours de cette phase, le principe sacro-saint de la présomption d’innocence est mis en
mal car la pratique judiciaire au niveau des juges remet également en question ce principe
puisque les juges, se basant sur le dossier constitué de manière unilatérale par l’OMP, veulent
61

poser au prévenu des questions qui vont toutes inviter celui-ci à démontrer qu’il n’est pas
coupable.

b) La phase décisoire
Alors que la phase préparatoire est encore plus ou moins inquisitoriale, la phase
de jugement est dans beaucoup de législations essentiellement accusatoires de sorte que règne
le principe d'égalité des armes pour la recherche de la preuve (v. art. 6 Conv. EDH) : l'accusé
jouit à égalité avec le poursuivant du droit d'offrir des preuves au tribunal.
Paragraphe 2. Rôle du Juge
Le juge participe lui aussi à la recherche de la preuve encore que son rôle soit
fondamentalement différent dans le système romano-germanique (plutôt inquisitoire) et dans
celui de la common law (nettement accusatoire).
1. Dans le système inquisitoire romano-germanique
a) Lors de la phase préparatoire
Le juge plus précisément, le juge d'instruction, cette figure emblématique du système
inquisitoire a un rôle très actif encore qu'il faille distinguer historiquement et
schématiquement deux phases, correspondant à deux variantes du système inquisitoire.
Enfin, à la fin de la phase préparatoire, il est souvent prévu un juge avec mission de
décider soit l'arrêt de la procédure, soit le renvoi en jugement. Ce juge est le juge
d'instruction.

b) À l'audience
Le juge entend le tribunal ou la Cour, dirige l'instruction et peut procéder à
l'audition d'un témoin, recourir à un expert, voire ordonner un transport sur les lieux et même
décider un supplément général d'information.
Dans certaines législations, existe même au profit du président de la cour d'assises
un pouvoir appelé discrétionnaire, qui lui permet d'ordonner séance tenante toutes
investigations utiles. En Allemagne où l'on parle beaucoup de vérité « matérielle », c'est-à-
dire aussi précise que possible et recherché par le juge, non par les parties, on enseigne que la
recherche de cette vérité est un devoir d'office du tribunal : la preuve repose sur les faits eux-
62

mêmes, sur l'instruction (Ermittlungsgrundsatz ) de sorte que le juge doit d'office rechercher
tous éléments de preuve, indépendamment de toute demande des personnes poursuivies.
Il en résulte que le tribunal après avoir recherché les preuves peut les apprécier
directement, sans intermédiaire : le tribunal doit se prononcer à partir des preuves directement
présentées devant lui, et ce que les juges ont pu, lors des débats entendre peut servir de
fondement à leur décision.
2. Dans le système accusatoire de common law
a) Avant le procès
Dans le principe, le juge ne pratique aucun acte d'investigation, ce domaine étant
réservé au ministère public. Ainsi l'article 9 CPP argentin de 2015 intitulé « Séparation des
fonctions » décide que « les représentants du ministère public ne peuvent réaliser d'actes
juridictionnels et les juges ne peuvent réaliser d'actes d'investigations ou d'actes qui
faciliteraient la poursuite pénale ». Le seul rôle du juge, avant procès, est de décider à la
demande du parquet, la détention provisoire qui n'est pas un acte d'investigation (système
accusatoire). Par la suite, ce juge verra ses pouvoirs étendus à des mesures intrusives comme
les perquisitions et écoutes téléphoniques. Ce juge est appelé juge de l'instruction, juge des
garanties, juge du contrôle selon les Codes, ce qui rappelle un peu le juge des libertés et de la
détention du droit français (système accusatoire). Rappelons enfin que le juge peut procéder,
le cas échéant, à un acte précis d'investigation.
b) A l'audience
Le principe est encore celui de la passivité relative du juge, son incapacité à
investiguer lui-même : comme le précise la jurisprudence anglaise, « le juge qui interroge lui-
même les témoins est considéré comme descendant dans l'arène et est conduit à avoir une
vision obscurcie par la poussière du conflit. Inconsciemment, il se prive lui-même de
l'avantage de l'apaisement et d'une observation dépassionnée ». 75 Pareillement, l'article 498
CPP italien indique que « les questions sont posées directement par le ministère public et par
le défenseur qui a demandé l'interrogatoire du témoin ». L’article 264 CPP argentin dit
exactement la même chose.
Dans le procès avec jury, il existe une particularité : le juge à la fin de l'audience
résume l'affaire et analyse les preuves à l'intention du jury (summing up ) et il peut même
avertir le jury de la fragilité d'un témoin à charge ; il est vrai qu'il doit indiquer au jury qu'il
peut ne pas tenir compte de ses commentaires. Dans tout procès, avec ou sans jury, il a même
un pouvoir qui s'apparente au pouvoir discrétionnaire admis en Europe continentale : devant
75
Lord Green dans l'arrêt Yuill c. Yuill, (1945), 1 AII E.R. 183, CA, 189, cité par J. PRADEL, op.cit.
63

sconduire la procédure en arbitre impartial, il peut refuser que soient posées aux témoins des
questions trop éloignées des faits ou tendant à faire apparaître des éléments dont la preuve est
interdite (comme le casier judiciaire), il peut même interroger un témoin pour lui faire
compléter ses explications, voire en convoquer un ou ordonner la production d'une déclaration
pour assurer ce que le droit criminel canadien appelle au profit du défendeur, une « pleine
réponse et défense ». Et les Anglais ne critiqueraient pas un arrêt de la Cour suprême du
Canada allant jusqu'à juger : « Il est clair que l'on n'exige plus du juge la passivité d'autant :
d'être… un juge sphinx. Mais seulement, acceptons-nous aujourd'hui que le juge intervienne
dans le débat, mais croyons-nous aussi qu'il est parfois essentiel qu'il le fasse pour que justice
soit rendue effectivement. Ainsi un juge peut et parfois doit poser des questions aux témoins,
les interrompre dans leur témoignage et au besoin les rappeler à l'ordre… ».
Il faut noter enfin que, à l'instar du modèle inquisitoire, le modèle accusatoire n'est
pas unique et l'on a pu même écrire que le système italien n'est pas vraiment accusatoire 76 On
tentera de synthétiser comme suit de façon approximative le rôle des organes de justice dans
les deux systèmes, l'inquisitoire et l'accusatoire.

76
C. Mauro, De quelques lieux communs à propos du système italien, in Les procédures accusatoires, sous la
direction de M. Benillouche, PUF, Coll. « Colloques », 2012, p. 85-90.
64

CONCLUSION
Pour clore le présent travail, il importe de rappeler que l’essentiel du présent
travail se trouve dans l’ouvrage de Jean Pradel, intitulé « Droit pénal comparé ». Ainsi, le principe
de la présomption d’innocence est parmi le corollaire du véritable Etat de droit, et par ricochet de
tout procès. Ce principe soutient que toute personne soit considérée par nature « innocente », à
moins que seul par un jugement à l’issu du procès que le Tribunal la déclare coupable. Par
ailleurs, ce principe bien qu’étant consacré par une panoplie des textes juridiques tant interne
qu’international, se heurte malheureusement à des atteintes relevant d’une part de la loi et d’autre
part des pratiques judiciaires comme démontré dans le développement du présent travail. Il
importe de rappeler en outre que ce principe est appréhendé avec quelques particularités, selon
qu’on est dans le système common law ou dans le système romano- germanique.
Cependant, il advient que le texte d'incrimination réfute l'élément matériel
constitué de sorte que c'est à l'accusé de démontrer que la présomption posée par la loi ne
correspond pas à la réalité. De telles présomptions sont fréquentes car elles correspondent à la
réalité et il serait très difficile au poursuivant de le démontrer. C’est le cas en RDC, des
infractions douanières contenues dans le code des douanes.
En plus, nous avons estimé qu’il y a atteinte au principe de la présomption
d’innocence lorsqu’il y a présomption de culpabilité légalement consacré comme indiqué dans la
partie ci-dessus, par exemple pour les infractions douanières où l’accusé est présumé coupable
avant tout procès jusqu’à ce qu’il démontre qu’il est innocent. A défaut de prouver son innocence,
il est condamné comme coupable.
Enfin, il est curieux de constater que le principe de la présomption d’innocence est
éloquemment prévu par des textes juridiques et en même, d’autres textes juridiques ou autres
pratiques judiciaires y portent atteinte.
65

QUESTIONS

Question 1. Veillez énumérer les atteintes à la présomption d’innocence présentes en droit


congolais et dites pourquoi considérez-vous qu’il s’agisse des atteintes à partir du moment où
elles sont prévues par la loi ? R/ Les PV en matière d’infraction douanière et c’est le cas des
procès-verbaux des fonctionnaires et agents spécialement chargés de surveiller des infractions
de falsification des denrées alimentaires mais aussi le cas de l’article 23 bis du code pénal de
2015.

Réponse : comme dit dans le travail, il existe des atteintes à la présomption d’innocence
prévues et d’autres qui s’observent dans les pratiques judiciaires. Ainsi, parmi les atteintes au
principe sous examen qui s’observe en droit congolais, il en existe plusieurs mais nous
pouvons citer :

1. Une présomption de culpabilité prévue par des dispositions procédurales et


incrimination
2. Les mesures restrictives prévues par la procédure pénale
3. La présentation aux médias des personnes arrêtées
4. Etc.

Par ailleurs, il est de principe qu’en matière pénale, la charge de la preuve incombe au
ministère public. C’est aussi constitutionnel que toute personne accusée d’une infraction soit
présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été établie par un jugement définitif. 77
Néanmoins, pour les infractions douanières, celles de falsification des denrées
alimentaires mais aussi les termes de l’article 23 bis du code pénal dite de 2015, il s’observe
qu’il y ait plutôt présomption de culpabilité car la personne accusée est présumée coupable
d’un part et c’est à l’accusé qu’incombe la charge de la preuve d’autre part. En vrai, ces trois
lois précitées portent atteinte au principe de la présomption d’innocence qui suppose
l’innocence de toute personne avant tout jugement définitif d’une part et il faut que la charge
de la preuve incombe à l’accusation, en l’occurrence le Ministère public 78. En fait, La
présomption d’innocence impose le fardeau de la preuve à l’accusation79

77
Art. 17 in fine de la constitution congolaise.
78
J-M TASOKI MANZELE, procédure pénale congolaise, Paris, L’ Harmattan, 2016, p 276.
79
J-M TASOKI, op.cit, p 413.
66

Question 2. Si vous estimez que la loi douanière contient des dispositions allant dans le sens
de porter atteinte à la présomption d’innocence peut-on en déduire que le législateur a prévu
de manière tacite une présomption de culpabilité ?

Réponse : nous répondons par l’affirmatif que le législateur a prévu tacitement une
présomption de culpabilité et a écarté la présomption d’innocence.

UNIVERSITE DE GOMA
‘‘UNIGOM’’

L’INDEPENDANCE DES JUGES MILITAIRES : CAS


DES JUGES ASSESSEURS.

BP 204 GOMA

FACULTE DE DROIT

Présenté par : LE GROUPE 6


1. AKONKWA MUSHAGALUSA
CHRISTOPHE
2. NSIMIRE BAHATI VIVIANE
3. ABEL SHABANI JOSUE
67

Promotion : M 1 Droit Pénal


Prof. Charles KAKULE
KALWAHALI
Ass. MUISA

ANNEE ACADEMIQUE 2024-2025


INTRODUCTION
La notion de l’Independence du juge est la clef de voute d’une véritable démocratie, de l’Etat
de droit et l’administration de la justice. C’est une notion liée à celle de l’impartialité. En
effet, plusieurs auteurs utilisent les deux notions de la même manière.80
La justice militaire attire une attention particulière des principaux acteurs politiques, des
anciens dirigeants des groupes armés qui ont œuvré en RDC, ce qui fait que les magistrats
militaires subissent plus directement que leurs collègues civils le désirent de l’exécutif
L’indépendance de la justice constitue un principe fondamental de toute démocratie moderne.
Elle garantit que les juges, en particulier ceux qui exercent des fonctions judiciaires dans des
contextes sensibles comme le domaine militaire, puissent exercer leur mission en toute
impartialité, sans subir de pressions extérieures ou d’ingérences. En République démocratique
du Congo (RDC), le cadre juridique encadrant l’indépendance des juges assesseurs militaires
soulève des enjeux importants, tant sur le plan théorique que pratique.
Les juges assesseurs sont des acteurs essentiels dans la procédure judiciaire militaire. Leur
rôle consiste à assister le juge militaire dans la prise de décision lors du procès. Leur présence
vise à assurer une plus grande légitimité et une évaluation pluraliste du dossier.
cependant, L'influence potentielle de l'autorité militaire ou politique sur la sélection et
l'orientation des juges assesseurs. : Ils sont généralement nommés parmi des magistrats ou
militaires de carrière, selon la nature de l’affaire. : « La neutralité dans l'exercice de leurs
fonctions.
La garantie d'une autonomie dans l'appréciation des faits.
Leur nomination et leur présidence doivent respecter des procédures permettant d'éviter toute
influence indue ». telles sont les manières dans lesquelles ils doivent exercer leur mission.
La question de leur indépendance effective, notamment dans des contextes où la justice
militaire peut être soumise à des pressions.

80
KAVUNDJA N. MANENO Telesphore, l’indépendance et l’impartialité du juge en droit comparé belge, français
et de l’Afrique francophone, UCLouvain, Louvain, 2005.
68

CHAPITRE I : LE PRINCIPE DE L’INDEPENDANCE DE LA JUSTICE


SECTION I : LES GENERALITES
§ 1 : les bases légales
L’indépendance et l’impartialité du juge constituent une garantie essentielle voire le socle du
procès équitable et sont autant des conditions préalables nécessaires pour protéger le droit de
l’homme et garantir l’absence de la discrimination de la justice.
Art. 14 §1. Tous sont égaux devant les tribunaux et les cours de justice. Toute personne a droit
à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal compétent,
indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera soit du bien-fondé de toute accusation
en matière pénale dirigée contre elle, soit des contestations sur ses droits et obligations de
caractère civil. Le huis clos peut être prononcé pendant la totalité ou une partie du procès soit
dans l’intérêt des bonnes mœurs, de l’ordre public ou de la sécurité nationale dans une société
démocratique, soit lorsque l’intérêt de la vie privée des parties en cause l’exige, soit encore
dans la mesure où le tribunal l’estimera absolument nécessaire, lorsqu’en raison des
circonstances particulières de l’affaire la publicité nuirait aux intérêts de la justice; cependant,
tout jugement rendu en matière pénale ou civile sera public, sauf si l’intérêt de mineurs exige
qu’il en soit autrement ou si le procès porte sur des différends matrimoniaux ou sur la tutelle
des enfants.81
En droit congolais le principe de l’indépendance de la justice tire son fondement dans la
constitution a son article 149 a l’alinéa 1 et 2 tel que modifié par l’article 1er de la Loi n°
11/002 du 20 janvier 2011 portant révision de certains articles de la Constitution de la
République Démocratique du Congo ; qui dispose : « Le pouvoir judiciaire est indépendant du
pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. Il est dévolu aux cours et tribunaux qui sont : la Cour
constitutionnelle, la Cour de cassation, le Conseil d’Etat, la Haute Cour militaire ainsi que les
cours et tribunaux civils et militaires ».82
La loi organique n˚13\011-B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et
compétences des juridictions de l’ordre judiciaire a son article 49 point 4 met en exergue le
81
Pacte international relatif aux droit civils et politiques du 16 décembre 1966.
82
La constitution du 18 février 2006, telle que modifiée en 2011.
69

principe sous examen en citant les causes de récusation des juges en ces mots : « tout juge
peut être récusé pour l’une des causes limitativement énumérées ci-après : … 4. S’il existe des
liens de dépendance étroite a titre domestique, de serviteur ou d’employé entre lui et l’une des
parties ; … »83
§ 2 : la portée du principe de l’indépendance de la justice
Dans le présent paragraphe nous tacherons de distinguer l’indépendance judiciaire et la
démocratie constitutionnelle en deuxième lieu nous distinguerons l’indépendance judiciaire et
l’Etat de droit.
1˚ : Démocratie constitutionnelle et indépendance judiciaire :
De part le monde, les pays en voie de développement s’engagent sur la voie de la démocratie.
L’expérience mondiale montre que les objectifs démocratiques prennent du temps avant de
s’ancrer dans les cultures et pratiques nationales et locales. Un pouvoir judiciaire indépendant
et responsable, le respect des droits de l’homme et libertés publiques, la sécurité des droits de
propriété et contractuels sont des objectifs qui ne peuvent être atteints qu’à long terme. En
l’absence d’un pouvoir judiciaire indépendant, ces principes démocratiques et
constitutionnels, issus du droit international, des constitutions nationales et de la
jurisprudence, ne peuvent être mis en œuvre de manière juste et équitable.
2˚ : Etat de droit et indépendance judiciaire :
L’Etat de droit est l’un des piliers de la démocratie. La mise en place d’un véritable Etat de
droit requiert un pouvoir judiciaire juste, impartial et indépendant mais également
responsable, respecté et soutenu par le public. Par le passé, les réformes judiciaires, tout
comme certaines réformes économiques et politiques, ont souvent été trop techniques et ont
démontré un intérêt disproportionné pour les cercles les plus élevés de la magistrature.
Nombre sont celles de ces réformes qui ont échoué en raison du manque de soutien à moyen
ou long terme, essentiellement dû au fait qu’aucun ou peu d’effort a été consacré à la
promotion d’une participation active de la société civile ou à la prise en compte des conditions
historiques, locales et socioéconomiques dans le cadre de l’élaboration et de la mise en œuvre
d’ambitieux projets de réforme. 84
SECTION II : LES ATTAQUES CONTRE L’INDEPENDANCE DE LA JUSTICE
MILITAIRE EN RDC
Au nombre des défis majeurs auxquels la justice militaire est confrontée, il convient de
mentionner celui de son indépendance. Bien que d’importantes innovations aient été
introduites dans ce domaine, force est de constater qu’il y a encore des efforts à fournir avant
que l’indépendance du pouvoir judiciaire ne connaisse un début d’effectivité dans la
magistrature militaire. Une évolution positive a été notée au cours des dernières années.
Pendant longtemps les tribunaux militaires ont siégé sous la présidence d’un officier nommé

83
La loi organique n˚13\011-B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et compétences des
juridictions de l’ordre judiciaire.
84
L. Aucoin, indépendance judiciaire : perspective mondiale et leçons émergeantes relatives à la séparation des
pouvoirs dans le cadre d’une démocratie constitutionnelle, 2004. Pp 1,2.
70

par le commandement militaire et n’ayant pas les qualifications pour être magistrat. Le
magistrat de carrière attaché au tribunal siégeait dans le collège des juges comme simple
membre parmi les autres officiers mais ne dirigeait pas les débats du procès. Quant aux
procureurs (auditeurs militaires), ils étaient, en vertu de leur fonction, directement attachés au
commandement et à l’exécutif comme conseillers. Le plus gradé parmi eux, l’auditeur
général, exerçait automatiquement les fonctions de conseiller juridique du ministre de la
Défense en temps de paix ou, en temps de guerre, celui du Président de la République. Par
ailleurs, l’auditeur général était le chef du corps de justice militaire et il avait donc préséance
sur les magistrats du siège. Cette atteinte à l’indépendance du siège à l’égard du parquet était
confirmée par le pouvoir reconnu à l’auditorat militaire de convoquer les audiences des
juridictions militaires. Au fil du temps, certaines de ces atteintes à l’indépendance du pouvoir
judiciaire ont été progressivement supprimées. La Conférence nationale souveraine tenue en
1992 a adopté, parmi ses résolutions, celles préconisant l’abrogation de toutes les dispositions
légales qui portaient atteinte à l’indépendance du pouvoir judiciaire. Dans la suite de ces
résolutions, la présidence des compositions des juridictions militaires a été progressivement
confiée aux magistrats militaires au détriment des officiers n’ayant pas de qualité de
magistrats. Parallèlement, l’indépendance du siège à l’égard du parquet et la préséance des
juges sur les magistrats du parquet ont été rétablies.
Le Code judiciaire militaire promulgué en 2002 et la Constitution entrée en vigueur en 2006
ont supprimé un nombre important d’autres entraves à l’indépendance de la magistrature
militaire. Ainsi, la nomination des magistrats militaires doit désormais obéir aux règles du
statut des magistrats et ne plus se faire par réquisition effectuée par les hauts magistrats. De
même, ces textes ont sensiblement limité l’autorité du ministre de la Défense sur la justice
militaire. Celui-ci ne peut désormais plus émettre que des demandes de poursuites (injonction
positive) et ne peut plus ordonner qu’il soit mis fin aux poursuites déjà enclenchées. Dans les
faits, néanmoins, des attaques ouvertes contre l’indépendance des magistrats militaires sont
menées de façon régulière par les membres de l’exécutif, le commandement des forces armées
et par la hiérarchie judiciaire militaire elle-même. L’ingérence de l’exécutif dans
l’administration de la justice militaire n’est pas un phénomène nouveau. Elle a néanmoins pris
des proportions inquiétantes depuis le début de la transition en 2003. Plusieurs raisons
expliquent l’accroissement des intrusions répétées du pouvoir politique dans le
fonctionnement de la justice militaire. Pendant la guerre, le gouvernement s’est allié à certains
mouvements insurrectionnels au détriment des autres. Entre le gouvernement et certains
mouvements insurrectionnels, il s’est ainsi tissé des liens dont le gouvernement a du mal à se
soustraire et qui le poussent à agir contre l’indépendance de la justice militaire pour protéger
des chefs de groupes armés poursuivis devant elle.
Des pressions politiques sont également exercées sur les magistrats pour les pousser à
abandonner des poursuites déjà commencées contre des anciens alliés parmi les chefs des
mouvements de rébellion ou de résistance. De telles pressions ont été exercées, parmi tant
d’autres cas, dans les poursuites contre Gédéon Kyungu Mutanga, ancien chef May-May du
Nord-Katanga depuis le 12 mai 2006, date de sa reddition à la Monuc et de sa remise par
celle-ci aux autorités congolaises. La protection dont il a bénéficié de la part de ses anciens
alliés du gouvernement de Kinshasa a pris la forme des pressions pour influencer le cours de
71

l’instruction à son égard et de son hébergement, en guise de détention provisoire, au mess des
officiers des FARDC plutôt que dans une cellule de détention. Par ailleurs, les gouvernements
successifs ont fait de l’abandon des poursuites judiciaires contre les chefs de groupes armés
une des pièces centrales de leur politique de la paix ; ils exercent donc des pressions pour
qu’il soit mis fin à des poursuites déjà enclenchées dans certains cas. Dans une des plus
récentes manifestations des pressions politiques contre l’indépendance de la justice, le
gouvernement a interdit aux magistrats militaires de poursuivre les chefs et les combattants
des groupes armés basés au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, en particulier ceux du mouvement
rebelle Conseil national pour la défense du peuple (CNDP). Une lettre du ministre de la
Justice du 9 février 2009 a instruit le Procureur général de la République et l’auditeur général
des Forces armées de la République démocratique du Congo « de ne pas engager des
poursuites contre les membres desdits groupes armés et d’arrêter celles déjà initiées. » Les
magistrats militaires subissent également des pressions du commandement des forces armées.
Agissant soit par ignorance, soit délibérément dans le but de miner l’indépendance de la
justice militaire, des officiers s’arrogent le droit soit d’interdire les poursuites à l’encontre des
éléments placés sous leur autorité, soit de soumette lesdites poursuites à leur autorisation
préalable. De telles immixtions prennent parfois la forme ouverte d’écrits, a l’instar de la
justice militaire et le respect de L’Homme cas d’une lettre du 24 juillet 2006 par laquelle le
général Mbuyamba Nsona, commandant des opérations dans l’Ituri faisait savoir à l’auditeur
militaire de garnison de Bunia que toute convocation, tout mandat de comparution ou
d’amener émis par ce dernier devra désormais « être impérativement approuvé par le
Commandant des opérations. » Les magistrats militaires ont parfois payé très cher leurs
tentatives de résistance aux immixtions du commandement. Alors commandant de la
neuvième région militaire, le général Jean-Claude Kifwa « Tango Tango » a ordonné le 28
juillet 2007 que des actes de torture et des mauvais traitements soit infligés à quatre magistrats
de l’auditorat de garnison de Kisangani, auxquels il reprochait d’avoir ignoré son autorisation
avant de déclencher des poursuites. Pour préserver l’indépendance du pouvoir judiciaire,
élément essentiel de la démocratie et du respect des droits de l’homme, il est important que le
gouvernement et les hauts responsables de la justice militaire respectent scrupuleusement les
procédures établies par le statut des magistrats, particulièrement en ce qui concerne la
nomination, la révocation ainsi que la rotation des magistrats. Ils doivent veiller en particulier
à ce qu’il soit immédiatement mis fin à la pratique des mutations intempestives des magistrats
en cours d’instruction. Le Conseil supérieur de la magistrature devrait collaborer avec les
syndicats des magistrats et les organisations des droits de l’homme à l’accompagnement des
magistrats dans leur résistance aux tentatives de violation de leur indépendance, ainsi qu’à
l’amélioration des conditions de vie et de travail des magistrats afin de les mettre à l’abri de la
corruption. La nomination des magistrats militaires dans l’ordre judiciaire par le Président de
la République doit, en vertu de la loi, être proposée par le Conseil supérieur de la magistrature
et échapper complètement au commandement militaire. Elle doit, en outre, être complétée par
une autre nomination dans l’ordre militaire, pour placer les magistrats au grade égal ou
supérieur à celui de l’officier le plus gradé de leur juridiction pour les mettre en position
d’exercer leurs fonctions en toute indépendance.85
85
M. Wetsh’okonda koso, la justice militaire et le respect des droits de l’homme, society institute for southern
africa, 2009, p7. ;
72

CHAPITRE II : LES JUGES ASSESSEURS MILITAIRES FACE AU PRINCIPE DE


L’INDEPANCE DU POUVOIR JUDICIAIRE
SECTION I. LA PLACE DES JUGES ASSESSEURS MILITAIRES DANS LE
SYSTEME JUDICIAIRE CONGOLAIS

Les juges assesseurs militaires jouent un rôle spécifique dans le système judiciaire congolais,
notamment en matière de justice militaire. Leur mission consiste à participer à la formation du
jugement dans les affaires relevant du droit militaire, souvent dans des juridictions
spécialisées telles que les tribunaux militaires. Selon la Constitution et le Code de procédure
militaire congolais, ces juges doivent concilier leur devoir d’impartialité avec leur fonction de
représenter l’autorité militaire. Leur indépendance est donc essentielle pour garantir un procès
équitable, dans le respect des droits de la défense et du principe de la séparation des pouvoirs.

§ I. Les garanties juridiques de l’indépendance des juges assesseurs militaires

Le droit positif congolais prévoit plusieurs mécanismes visant à assurer l’indépendance des
juges assesseurs militaires. La Constitution de la RDC garantit la séparation des pouvoirs, en
affirmant notamment l’indépendance de la justice. De plus, le Code de procédure militaire
précise que les juges doivent exercer leur fonction en toute impartialité et indépendance, sans
subir d’instructions ou de pressions extérieures.
73

Cependant, ces garanties juridiques restent souvent théoriques si leur application pratique est
insuffisante. La nomination des juges, leur carrière, et leur contrôle disciplinaire peuvent
parfois être influencés par des considérations militaires ou politiques, compromettant ainsi
leur autonomie. La dépendance hiérarchique au sein de l’appareil militaire, notamment en
matière de discipline et de promotion, peut aussi entacher leur indépendance.

§ II. Les défis et enjeux liés à l’indépendance des juges assesseurs militaires

Plusieurs défis entravent réellement l’indépendance des juges assesseurs militaires en RDC.
D’une part, la forte influence de l’autorité militaire sur les institutions judiciaires peut limiter
leur liberté d’action. D’autre part, le contexte sécuritaire et politique du pays, marqué par des
conflits armés et des tensions politiques, accentue la vulnérabilité de la justice militaire face à
des pressions externes.

Par ailleurs, la formation et la sensibilisation des juges militaires à l’importance de leur


indépendance constituent également un enjeu crucial. La culture judiciaire, souvent influencée
par l’autorité militaire, peut paradoxalement favoriser une justice plus soumise à des intérêts
hiérarchiques ou politiques.
86

§ III. Perspectives d’amélioration et recommandations

Pour renforcer l’indépendance des juges assesseurs militaires en RDC, plusieurs mesures
peuvent être envisagées. Il est essentiel de renforcer la législation en matière de protection de
l’indépendance judiciaire, notamment par la mise en place de mécanismes de contrôle et de
surveillance indépendants. La formation continue des juges militaires sur leurs droits et
devoirs en matière d’indépendance est également indispensable.

Enfin, une réforme institutionnelle visant à séparer davantage le pouvoir judiciaire du


commandement militaire pourrait contribuer à assurer une justice plus impartiale et crédible.
La transparence dans la procédure de nomination et de discipline des juges militaires constitue
également un levier important pour renforcer leur autonomie.
87

86
YVES J. MANZANZA LUMINGU, guide pratique d’accès à la justice en RDC, mediaspaul, Kinshasa, 2010, pp 19-
23.
87
ibidem.
74

CONCLUSION
L’indépendance des juges assesseurs militaires en RDC demeure un enjeu crucial pour la
crédibilité et l’effectivité de la justice militaire. Bien que le droit positif congolais prévoit des
garanties juridiques en ce sens, leur application pratique reste souvent limitée par des facteurs
historiques, institutionnels et politiques. La consolidation de leur autonomie passe par une
réforme profonde du système judiciaire militaire, accompagnée d’une volonté politique forte
et d’un engagement constant en faveur des principes fondamentaux de l’État de droit
La question de l’indépendance des juges assesseurs en RDC reste une préoccupation majeure.
Si le cadre juridique garantit théoriquement leur autonomie, la pratique peut encore présenter
des vulnérabilités qu’il faut adresser pour renforcer la crédibilité et la légitimité de la justice
militaire. La perception de partialité ou de dépendance de la justice militaire envers l'autorité
supérieure ou politique.
La nécessité de renforcer les mécanismes pour assurer une véritable indépendance et une
impartialité effective des juges assesseurs.
La formation et le mécanisme de sélection rigoureux peuvent contribuer à améliorer cette
indépendance.
Le droit congolais, notamment le Code de procédure pénale militaire, encadre la désignation,
la fonction et les responsabilités des juges assesseurs, en insistant sur leur indépendance et
leur impartialité. Il est important de vérifier si ces textes garantissent une séparation claire
75

entre le pouvoir exécutif et la justice militaire.

UNIVERSITÉ DE GOMA
BP 204 GOMA

DOMAINE DES SCIENCES JURIDIQUES POLITIQUE ET


ADMINISTRATIVE
DÉPARTEMENT DES SCIENCES JURIDIQUES
FILIERE DE DROIT PENAL
PROMOTION : M1
GROUPE No 2

TP DES MATIERES APPROFONFIES CHOISIES DE


DROIT PENAL ET PROCEDURE PENALE MILITAIRE

L’ABSENCE DES RECOURS AUX ARRETS RENDUS PAR LA


CMO

Membres du groupe :

5. BIENVENU MULENGEZI
6. IKUZWE BARIYANGA Dorcas
7. KASEREKA KATSUVA

ANNEE ACADEMIQUE : 2024- 2025


76

L’absence de recours aux arrêts rendus par la cour militaire opérationnelle est une
thématique qui a d’intérêt pratique et théorique. Cette thématique a selon notre appréciation
trois mots clés : recours, arrêt, cour militaire opérationnelle.

Parlant du recours, il s’agit en fait du concept voie de recours. Ainsi, les voies de
recours sont entendues comme des Moyens expressément mis à la disposition des plaideurs
pour leur permettre d’obtenir un nouvel examen du procès (ou d’une partie de celui-ci) ou de
faire valoir les irrégularités observées dans le déroulement de la procédure.88
Ensuite, un arrêt est une décision de justice rendue par certaines juridictions cours
d’appel, Cour de cassation, juridictions administratives autres que les tribunaux administratifs,
etc.89
La cour militaire opérationnelle, il s’agit d’une juridiction militaire aux termes de
l’article 1 du code judiciaire militaire.
Sur ce, l’absence de toute voie de recours pour ce qui concerne les arrêts rendus
par la cour militaire opérationnelle, nécessite un approfondissement dans un cadre
scientifique. Voilà pourquoi, au cours du présent travail nous ferons au prélude, une petite
présentation de la cour militaire opérationnelle en tant qu’une des juridictions militaires en
RDC d’une part (chap. 1), et au crépuscule, nous allons faire quelques commentaires quant à
l’absence des voies de recours pour la cour militaire opérationnelle (chap. 2).

88
Serge Guichard et alii, Lexiques des termes juridiques 25e Edition 2017-2018, Paris, Dalloz, 2017.
89
Idem
77

Chap. 1. PRESENTATION DE LA COUR MILITAIRE


OPÉRATIONNELLE (CMO)

Il est sûr qu’en RDC la justice est dévolue aux cours et tribunaux civiles et
militaires.90 et comme vu précédemment, la justice militaire est rendue en République
Démocratique du Congo par les juridictions militaires qui sont : les Tribunaux Militaires de
Police ; les Tribunaux Militaires de Garnison ; les Cours Militaires et les Cours Militaires
Opérationnelles ; la Haute Cour Militaire.91 Néanmoins, il est sans doute que toutes ces
juridictions appelées à rendre justice sont permanente à l’exception de la CMO. Ainsi, dans le
présent chapitre nous allons démontrer le caractère non permanent de la CMO à la différence
d’autres juridictions (section 1) d’une part, et de son organisation et compétence (section 2)
d’autre part.

SECTION 1. LA NON PERMANENCE DE LA CM


En cas de guerre ou dans toutes autres circonstances exceptionnelles de nature à
mettre en péril la vie de la nation, notamment les menaces de guerre, de rébellion ou
d’insurrection armée, il est établi dans les zones d’opération de guerre, des Cours Militaires
Opérationnelles qui accompagnent les fractions de l’Armée en opération. 92 A dire claire, la
CMO est une juridiction circonstancielle qui est instaurée en cas de guerre ou dans toutes
autres circonstances exceptionnelles de nature à mettre en péril la vie de la Nation et qui
disparait quand la circonstance ayant causé son instauration disparaît 93. En plus,
l’implantation des Cours Militaires Opérationnelles est décidée par le Président de la
République. En fait, c’est au président de la République d’apprécier s’il faut ou pas implanter
une CMO et c’est en même temps, lui qui doit estimer opportun que la circonstance ayant
conduit à l’implantation de celle-ci n’existe plus, et procéder à sa suppression.
Voilà pourquoi, en 2008 via l’Ordonnance n° 08/003 du 09 janvier 2008 portant
implantation d’une Cour Militaire Opérationnelle, le Président de la République avait
implanté une cour militaire opérationnelle dans la province du Nord-Kivu. Par après, en 2021

90
Art. 149 de la constitution congolaise.
91
Art. 1, CJM.
92
Art 18, CJM.
93
B. MULENGEZI, impact de l’état de siège dans la saisine des juridictions militaires en droit congolais : cas du
Nord-Kivu, mémoire de licence en sciences juridiques, 2023-2024, p 42-43, inédit.
78

par l’ordonnance no 021 du 24 mai 24 mai 2021 abrogeant l’ordonnance no 08/003 du 09


janvier 2008 portant implantation d’une Cour Militaire Opérationnelle, la CMO du Nord-Kivu
fut abrogée.

SECTION 2. ORGANISATION ET COMPETENCE DE LA CMO


Paragraphe 1. Organisation
Comme toute autre juridiction, la CMO aux cours de ses audiences, siègent des Juges au
nombre de cinq membres, dont un magistrat de carrière au moins, ils sont autant que possible
revêtus de grade d’officiers supérieurs. Elle siège avec le concours du ministère public et
l’assistance du greffier. Dans la hiérarchie juridictionnelle, la CMO a rang de Cour
Militaire94.

Paragraphe 2. COMPÉTENCE DE LA CMO


La compétence est l’aptitude d’une juridiction déterminée à juger les affaires données. 95
cependant la constitution énonce la compétence des juridictions militaires, tout en renvoyant
tous les détails à une loi organique en ces termes : « Une loi organique fixe les règles de
compétence, d’organisation et de fonctionnement des juridictions militaires. »96
Concrètement, pour les juridictions militaires, cette loi organique est celle n°023/2002 du 18
novembre 2002 portant code judiciaire militaire telle que modifiée et complétée en 2017 par
la loi organique n° 17/003 du 10 mars 2017.
Sur ce, quelle que soit la manière dont une juridiction militaire est saisie, la juridiction devant
laquelle le prévenu est traduit apprécie sa compétence d’office ou sur déclinatoire 97
De ce qui précède, il convient d’établir la compétence personnelle (1), matérielle (2),
territoriale (3) et temporaire (4).
1. Compétence personnelle
Les justiciables des juridictions militaires dans sa zone de compétence 98
2. Compétence matérielle de la Cour Militaire Opérationnelle

94
Art. 20, CJM.
95
J. MAYIZA KALA, Droit judiciaire militaire congolais, Kinshasa, Editions CERJI, Septembre 2021, p. 87
96
Art. 156, in fine de la constitution
97
Art. 246, CJM.
98
Art. 86, CJM.
79

Les Cours Militaires Opérationnelles connaissent des infractions de toutes natures commises par
des justiciables militaires.99
3. Compétence territoriale
Les Cours Militaires Opérationnelles connaissent, sans limite de compétence
territoriale, de toutes les infractions relevant des juridictions militaires qui leur
sont déférées.

CHAP2. L’ABSENCE DES VOIES DE RECOURS POUR LA


COUR MILITAIRE OPERATIONNELLE
La cour militaire opérationnelle est une juridiction exceptionnelle mais fait quand
même partie du pouvoir judiciaire qui est le garent des libertés individuelles et des droits
fondamentaux des citoyens.100 En plus, l’exercice d’une voie de recours est un droit
fondamental consacré par plusieurs textes juridiques internationaux, le cas de la DUDH
(article 8) ou encore du PIDCP (article 2 point 3) et nationaux telle que la constitution qui
prévoit d’ailleurs ce droit sur la liste des droits et principes insusceptible d’aucune dérogation
et même lorsque l’état de siège ou l’état d’urgence aura été proclamé. 101 L’article 156
renchérit que :
« …En temps de guerre ou lorsque l’état de siège ou d’urgence est proclamé, le
Président de la République, par une décision délibérée en Conseil des ministres, peut
suspendre sur tout ou partie de la République et pour la durée et les infractions qu’il
fixe, l’action répressive des Cours et Tribunaux de droit commun au profit de celle des
juridictions militaires. Cependant, le droit d’appel ne peut être suspendu. »
En plus, le prof NGOTO NGOY dit que : « Le terme recours fait penser à un
moyen d’éviter une condamnation injuste. Un recours peut avoir pour objet soit de réexaminer
en fait et en droit l’affaire, soit de ne rectifier que des erreurs de droit commises au moment
du jugement. En d’autres termes, certaines voies de recours permettent de rejuger l’affaire
tandis que d’autres permettent de juger la régularité de la décision rendue. »102
Bien plus, le professeur LUZOLO MBAMBI LESSA est d’avis que : « La justice
des hommes reste sujette à erreur, voire à injustice, malgré les garanties que la loi a prévues

99
Art. 86, CJM.
100
Art. 150 al. 1, constitution congolaise
101
Art. 61 de la constitution congolaise
102
NGOTO NGOY, op.cit., p. 209
80

pour la bonne administration de la justice et le déroulement d’un procès équitable. C’est pour
permettre d’éliminer ces erreurs ou ces injustices que la loi a institué des voies de recours. »103
De tout ce qui précède, il est aberrant de constater le rejet expressis verbis fait par le
législateur du code judiciaire militaire en soutenant mordicus que les arrêts rendus par la
CMO ne sont susceptibles d’aucun recours.
Ainsi, le législateur du code judiciaire militaire affirme à l’article 87 que : « Les
arrêts rendus par les Cours Militaires Opérationnelles ne sont susceptibles d’aucun
recours. »
Le même législateur revient pour marteler à sa position à travers l’article 276 en ces termes :
« Excepté les arrêts rendus par les Cours Militaires Opérationnelles, les arrêts et jugements
des Cours et Tribunaux Militaires sont susceptibles d’opposition et d’appel. »
En vrai, les voies de recours sont méconnues devant la Cour militaire
opérationnelle au mépris de la Constitution qui, en ses articles 61 et 156 fait de ce droit au
recours un droit intangible. Cette position législative est systématiquement contraire à
plusieurs textes juridiques hiérarchiquement supérieurs aux quels celui-ci devrait se
conformer. Allusion faite spécialement à la DUDH, au PIDCP, ainsi qu’à la constitution.
De ce fait, le professeur Marcel WATSH’OKONDA KOSO dit que « le droit au
double degré de juridiction est reconnu devant les juridictions militaires. Cette règle souffre
cependant d’une exception : en temps de guerre, les décisions de la Cour militaire
opérationnelle ne sont pas susceptibles d’appel. »104
En revanche, nous estimons que ce n’est pas seulement en temp de guerre que ce
droit fondamental souffre d’atteinte, plutôt même en l’absence d’une guerre car l’implantation
de la CMO du Nord-Kivu en en 2008, était fait sans aucune guerre concrète. Et d’ailleurs dans
l’exposé de motif de l’ordonnance instituant la CMO susdite, aucune circonstance de guerre a
été souligné.
Sur ce, entendu que la justice humaine est sujette des plusieurs imperfections
nonobstant toutes les garanties que la loi a prévues pour la bonne administration de la justice
et le déroulement d’un procès équitable ; voulant permettre d’éliminer ces imperfections et
atteindre l’idéal Etat de droit, la loi a institué des voies de recours afin qu’il ne soit condamné

103
LUZOLO MBAMBI LESSA, manuel de procédure pénale, Kinshasa, PUC, 2011, p 457
104
M. WETSH’OKONDA KOSO, République démocratique du Congo : La justice militaire et le respect des
droits de l’homme, l’urgence du parachèvement de la réforme, Une étude d’AfriMAP et de l’Open Society
Initiative for Southern Africa, 2009, p 86.
81

que les seuls coupables conformément aux infractions dont ils sont reconnus responsable par
un Jugement rendu définitif.
Malgré le caractère définitif des arrêts rendus par la CMO, il est évident que
lesdits arrêts ne manqueraient pas d’imperfection. Voilà pourquoi de lege ferenda, une
révision législative est impérieuse afin que les arrêts rendus par la CMO soient susceptibles de
toute voie de recours. L’inquiétude gémellaire et aussi fondamentale sur cet angle d’idée,
serait de savoir auprès de quelle juridiction se ferait les recours contre les arrêts rendus par la
CMO.
A cet effet, il serait important qu’il y ait abrogation de l’article 87 du code
judiciaire militaire et modification de l’article 276 du code judiciaire militaire. Parlant de la
modification de l’article 276 du Code judiciaire militaire, il serait impérieux que les arrêts
rendus par la CMO soient susceptibles d’appel et d’opposition. Sur ce, l’article 276 qui
prévoit que : « Excepté les arrêts rendus par les Cours Militaires Opérationnelles, les arrêts et
jugements des Cours et Tribunaux Militaires sont susceptibles d’opposition et d’appel. »
Cette disposition après modification sera intitulée : « les arrêts et jugements des Cours et
Tribunaux Militaires sont susceptibles d’opposition et d’appel. »

Ainsi, avec une particularité pour l’appel à la CMO et la Haute Cour Militaire, ces
deux juridictions pourront avoir en leur sein une chambre de première instance et une
chambre d’appel. Pour quelle raison ? En premier lieu, pour la CMO au regard des
circonstances entraînant son implantation, elle doit faire preuve de la célérité. En même
temps, à titre de rappel, la CMO connait des infractions de toute nature commises par tout
justiciable des juridictions militaires en campagne. Voilà que l’état indigent des membres des
Forces armées ne permettrait pas un accès effectif à la HCM, d’où l’intérêt de prévoir pour la
CMO en son sein deux chambres : une de la première instance et l’autre d’appel.

En deuxième lieu, les arrêts rendus par la HCM doivent être susceptibles de recours. La HCM
disposera ainsi de la chambre de première instance et l’autre pour l’appel des seuls arrêts
qu’elle a rendu en première instance.

Par ailleurs, lisant l’article 276, on croirait que les recours inopérants pour les
arrêts rendus par la CMO sont celles ordinaire c’est-à-dire l’opposition et l’appel et que les
recours extraordinaires étaient possibles. Ainsi, avant toute position sur ce point, il conviendra
tout d’abord de donner les voies de recours prévues en droit militaire.
82

Ainsi, les voies de recours en droit militaire sont la réhabilitation et l’annulation.


Cependant, il importe de souligner qu’il y a un problème anachronique entre le droit militaire
et le droit commun. Le droit militaire comporta pour la plupart des inadéquations. L’une des
preuves est sur le point des voies de recours extraordinaires. Pour le code judiciaire militaire
datant de 2002, il y a deux voies de recours extraordinaires dont la révision et l’annulation
telle que consacrée par le chapitre 2 du Titre III dans le code Judiciaire militaire. En revanche,
pour le droit commun nous avons le Pourvoi en cassation et la révision qui sont consacré par
une législation datant de 2013 notamment par les lois organiques n° 13/010 du 19 février 2013
relative à la procédure devant la cour de cassation et n° 13/011-b du 11 avril 2013 portant
organisation, fonctionnement et compétences des juridictions de l'ordre judiciaire.

En effet, sur le plan terminologique il y a d’une part, la convergence sur le


pourvoi en révision prévu concomitamment en droit militaire et en droit commun et d’autre
part, la divergence entre le recours en annulation prévu en droit militaire et le recours en
cassation prévue en droit congolais.

Néanmoins, sur le plan fond, le recours en annulation et celui en cassation sont similaire.

Par ailleurs, scientifiquement, l’annulation devant la Haute Cour Militaire s’apparentait à celle
devant la Cour Suprême de Justice siégeant en matière de cassation, car les cas d’ouverture et
la procédure étaient en fait les mêmes conformément aux articles 280 à 301 du Code
Judiciaire Militaire.105 Bien plus, il faut souligner qu’à partir de 2013, le pourvoi en cassation
semble l’emporter sur l’annulation et abroge tacitement le pourvoi en annulation prévu dans le
code judiciaire militaire.

Pour renchérir l’argumentaire, la constitution congolaise à son article 153, elle


prévoit :

« Il est institué un ordre de juridictions judiciaires, composé des cours et tribunaux


civils et militaires placés sous le contrôle de la Cour de cassation. Sans préjudice des
autres compétences qui lui sont reconnues par la présente Constitution ou par les lois
de la République, la Cour de cassation connaît des pourvois en cassation formés
contre les arrêts et jugements rendus en dernier ressort par les cours et tribunaux
civils et militaires. »

105
J. MAYIZA KALA, op.cit., p. 489
83

En plus, les lois organiques relatives à la procédure devant la cour de cassation et


celle portant organisation, fonctionnement et compétences des juridictions de l'ordre
judiciaire, attribuent cette compétence à la seule cour de cassation. Il en est de même de
l’article 153 in fine de la constitution qui prévoit par la même occasion que : « … la Cour de
cassation connaît des pourvois en cassation formés contre les arrêts et jugements rendus
en dernier ressort par les cours et tribunaux civils et militaires. »

Pour le Magistrat Jonathan MAYIZA, par l’article 153 de la Constitution, le


constituant voudrait l’unification jurisprudentielle congolaise par une Haute Cour. Il ajoute
par la suite qu’avant la promulgation de la loi organique relative à la Cour de Cassation,
d’aucuns avaient souhaité la mise en œuvre d’un certain nombre de mécanismes possibles
pour que les justiciables militaires puissent conserver leurs droits chaque fois que la Cour de
Cassation serait appelée à examiner l’œuvre du juge militaire. De ce qui précède, il cite :

 La création d’une chambre pénale militaire au niveau de la cassation qui sera chargée
de l’examen des œuvres des juges militaires ;
 La conjonction de Hauts Magistrats civils et militaires comme membres de la Cour de
Cassation.
De ce qui précède, il dit, je cite : « mais ayant enlevé à la Haute Cour Militaire tout moyen de
contrôle des décisions des juridictions militaires inferieurs en cas de violation de la loi, l’on
doit s’assurer que la Cour de Cassation exercerait mieux ce contrôle. »
De ce fait, nous pouvons admettre que l’annulation comme voie de recours en
droit militaire n’existe plus car sa ratio legis est pour le moment vide de sens.

Ensuite, Antoine RUBENS dit : « Le droit procédural pénal ayant d'autre part pour mission de
garantir les droits du justiciable, aucune interprétation ne peut être admise qui entamerait les
droits de la défense ou ajouterait quelques rigueurs à l'égard de l'inculpé ; en cas de doute la
loi doit être retenue dans le sens le plus favorable à l'inculpé, au prévenu, au condamné. »106
Par conséquent, revenant aux voies de recours extraordinaires en droit militaire
congolais, précisément à l’article 279 du code judiciaire Militaire il est prévue ce qui suit :
« Excepté les arrêts rendus par les Cours Militaires Opérationnelles, pendant les
circonstances prévues à l’article 18 ci-dessus, les arrêts et jugements rendus par les
juridictions militaires sont susceptibles d’annulation et de révision conformément aux
dispositions du présent Code. »
106
A. RUBENS, le droit judiciaire congolais : l'instruction criminelle et la procédure pénale Tomme III,
Bruxelles, Maison FERD. LARCIER, S.A.1965, p. 52.
84

Sur ce, comparant cette disposition à l’article 153 de la constitution, nous comprendront que
les arrêts et jugements rendus par les juridictions militaires, la Cour militaire opérationnelle
incluse, sont susceptibles de cassation vu que la Cour de cassation connaît des pourvois en
cassation formés contre les arrêts et jugements rendus en dernier ressort par les cours et
tribunaux civils et militaires. Puisqu’il s’agit des arrêts ou jugement rendus en dernier ressort
par les cours et tribunaux civils et militaires, lesquels sont susceptibles de pourvoi en
cassation, il est vrai qu’aux termes du code judiciaire militaire, les arrêts de la CMO ne sont
susceptibles ni d’appel, ni d’opposition, ni de révision ou d’annulation selon les prescrits des
articles 276 et 279. Or, l’article 153 de la constitution s’applique et donne effet à l’application
des deux lois de 2013 énoncées précédemment, pour tous les arrêts et jugements rendus en
derniers ressort par tous les cours et tribunaux civils et militaires. Voilà pourquoi nous
sommes convaincus que les arrêts rendus par la CMO sont en tout état de cause susceptible de
pourvoi en cassation.

Par ailleurs, de lege ferenda, une modification de l’article 279 est nécessaire. La formulation
qu’il doit revêtir est : « les arrêts et jugements rendus par les juridictions militaires sont
susceptibles de cassation et de révision conformément aux procédures particulières pour
chaque cas. »
85

CONCLUSION
Le pouvoir judiciaire est le protecteur par état du respect des droits et libertés
fondamentaux de l’homme. Le recours est perçu comme la solution ultime de protéger la
personne poursuivie contre l’arbitraire du juge et faire de la justice le véritable bouclier de
toute personne contre toute atteinte sur sa personne. D’ailleurs le constituant de 2006, a été
convaincu que le droit de faire recours est un droit qui ne doit être déroger et même lorsqu’il y
a proclamation de guerre ou tout autre état exceptionnel comme l’état de siège ou de guerre.
Cependant, c’est surprenant de voir lire les termes du code judiciaire militaire qui soutient
assidûment que les arrêts rendus par la CMO ne sont susceptible d’aucun recours. Nous
estimons que cette position législative est amplement contraire à la constitution et une
absolution pure et simple des telles dispositions qui font de la CMO, une sainte juridiction qui
ne commet jamais d’erreur, devrait être fait sans condition car la justice humaine a toujours
été imparfaite. Une atténuation de cette imperfection est le recours que le justiciable a
fondamentalement détient comme bouclier contre toute erreur judiciaire.
NECESSITEDE SUPPRESSION DES
Par la suite, de lege ferenda, il est amplement impérieux que le problème anachronique
JURIDICTIONS MILITAIRES EN TEMPS DE PAIX
existant entre le code judiciaire militaire et les lois particulières nouvelles, soit réglé en
actualisant beaucoup plus, le code judiciaire militaire.

UNIVERSITE DE GOMA
‘‘UNIGOM’’

BP 204 GOMA

FACULTE DE DROIT
86

Présenté par : LE GROUPE 2


4. KABALA MERVICE Julbert
5. LYNDA CHITULI
Promesse
6. AZIDI KITENGE

Promotion : M 1 Droit Pénal


Nom de L’examinateur :
Prof. Charles KAKULE
KALWAHALI
Ass. MUISA

ANNEE ACADEMIQUE 2024-2025


INTRODUCTION
Le phénomène criminel est une donnée sempiternelle de l’histoire de l’humanité, la
lutte contre la criminalité en vue d’assurer la paix publique, une des fonctions essentielles de
l’Etat. C’est pourquoi pour la survie du groupe, l’Etat édicte des lois. L’Etat définit les
comportements interdits. Il sanctionne les membres de la société qui adoptent des
comportements prohibés. L’Etat s’appuie alors sur la présomption de la connaissance de la
loi. Cette présomption est contenue dans la règle « nemo censetur ignorare legem » (nul
n’est censé ignoré la loi).
107
La règle repose sur le principe qu’en contrepartie du droit de sanctionner, l’Etat a
l’obligation d’informer préalablement la population de ce qu’il prohibe. De cette façon,
chaque individu pourrait être à mesure de savoir à quelles peines il est exposé en raison de son
action, de son omission ou de son imprudence. A l’opposé, chaque acteur judiciaire devrait
connaître la loi pour mieux l’appliquer.
Il est donc nécessaire que chaque citoyen apprenne les faits, les actes, les imprudences, les
107
(BONI cizungu M. nyangezi, les infractions et leur répression en droit congolais, éditions
Laurent NYANGEZI, 2011, p.4.)
87

omissions ou inactions réprimés et les peines y applicables. Chacun devrait en plus se


prémunir des connaissances utiles pour la sauvegarde et la défense de ses droits. Le justicier
pour sa part devrait faire montre d’une connaissance approfondie du droit pour l’exercice
efficient de sa mission aux fins de rapprocher le plus la justice du justiciable. En cela,
l’éducation et l’information relèvent d’une stratégie efficiente de lutte contre la criminalité. 108
Fort de ces convictions ce travail pratique sera abordé de cette façon, notre point abordera la
nécessité de la nécessité de la suppression des juridictions militaires en temps de paix :
définition et controverses et le deuxième point essayera de donner le point de vue du groupe
en apportant les arguments tenant compte de la réalité congolaise.
1. NECESSITE DE LA SUPPRESSION DES JURIDICTIONS MILITAIRES EN
TEMPS DE PAIX: définition et controverse
a. Définition
Le temps de paix est entendu comme : « la période durant laquelle un Etat souverain jouit
d'une tranquillité publique sur toute l'étendue de son espace géographique national : l'ordre
public et la sécurité des populations y étant pleinement assurés par les institutions légitimes
appropriées (Armée, Police, etc.). Il n'y a point d'agression ni de menace d’agression externe,
il n'y a point d'affrontement armé dû à une guerre civile. Mais cela n'exclut pas totalement les
crises ou troubles graves que les Forces de l'ordre peuvent contenir de temps à autre ».
(MUTATA L.,Droit pénal militaire congolais : Des peines et incriminations de la compétence
des juridictions militaires en R.D. Congo, ed.du Service de documentation du Ministère de la
Justice et Droits humains, 2ème édition, Kinshasa, 2012, p.142. );
La question de la compétence personnelle des juridictions militaires congolaises est à l’ordre
du jour. Au regard du droit comparé et tenant compte de cette compétence personnelle, il se
pose alors la question de la nécessité des juridictions militaires en temps de paix ou de leur
suppression pure et simple au profit des juridictions ordinaires ou encore de la création d’un
Tribunal spécial pendant le temps de guerre.
b. La controverse liée à la nécessité de suppression des juridictions militaires en temps
de paix
Sur ce point, nous allons scrupuleusement donner les arguments en faveur de la suppression
des juridictions militaires en temps de paix et les arguments contre la suppression des
juridictions militaires en temps de paix.
- les arguments en faveur de la suppression
Certains auteurs estiment que. A l'occurrence du professeur telesphor kavundja maneno qui
essaye de faire une étude comparative en s'inspirant plus particulièrement à la législation
française et belge, selon lui il estime que la loi n°023-2002 du 18 novembre 2002 portant code
judiciaire militaire congolais tout comme l'ordonnance-loi n°72-060 du 25 septembre 1972
portant institution d'un code de justice militaire s'est largement inspiré de l'ancien code de

108
S. GUINCHARD (sous-direction), Droit et pratique de la procédure civile, Paris, éd. Dalloz, 2009-2010, n°
10.00-104.62, pp. 2-42.
88

justice militaire français.109


Or, la france a supprimé les juridictions militaires en temps de paix, en effet, l'on reprochait à
ces juridictions d'entrée composés des militaires dont l'état de subordination semblait
difficilement compatible avec la qualité de juge, et de se montrer parfois d'une rigueur
excessive. La procédure elle-même n'échappait pas à la critique notamment le rôle important
joué par la sécurité militaire ainsi que le fait pour ces juridictions de statuer sans motiver leurs
décisions et sans appel. C'est ainsi qu'en 1982, la loi n°82-621 du 21 juillet 1982 supprima les
tribunaux permanents militaires en temps de paix.
Il ajoute en disant que les juridictions militaires françaises ne sont prévues qu'en temps de
guerre, et à titre exceptionnel en temps de paix, lorsque les armées stationnent ou opèrent hors
du territoire français. Dans ces conditions, cxe sont les tribunaux territoriaux des forces
armées (pour amées (lorsque les armées opèrent ou stationnent à l'étranger) qui sont seuls
compétents. Mais, les magistrats qui le composent sont en majorité des magistrats civils.
Il conclut clairement que dès lors que le code judiciaire militaire congolais s'était inspiré
largement de l'ancien code de justices militaires françaises, et les mêmes raisons qui ont
conduit à la suppression des juridictions militaires françaises existent actuellement en
République Démocratique du Congo; les juridictions militaires congolaises devraient être
supprimées en temps de paix. En fin, dans la plupart des Etats démocratiques de la famille
romano-germanique à laquelle appartiennent la RDC, les juridictions militaires ont été
supprimées en temps de paix. Les juridictions militaires sont d'une rigueur excessive.
- Les arguments contre la suppression
Contrairement aux arguments qui veulent à ce que l'on supprime les juridictions militaires,
d'autres auteurs estiment que c'est mieux et important de maintenir les juridictions militaires à
l'occurrence du magistrat Jonathan mayiza kala, qui estime qu’En effet, au-delà de la diversité
marquante des situations nationales, plusieurs types de justifications sont généralement
apportés à l’existence et à la nécessité des juridictions militaires.
Il ajoute en apportant les éléments justifiants carrément la retention des juridictions militaires
en République Démocratique du congo:
- Une première série d’arguments est d’ordre idéologique ou politique et consiste à dire que
ces juridictions sont nécessaires à la défense de l’ordre, des institutions ; surtout en temps de
crise, la justice militaire serait une justice plus efficace et plus diligente que la justice
ordinaire. Cette première justification n’est évidemment pas satisfaisante du point de vue de la
compatibilité de ces juridictions avec le droit international et les droits de l’homme. Le
problème est, en effet, que bien souvent, le jugement des membres des Forces Armées pour
violations graves des droits de l’homme notamment par les Tribunaux militaires, a conduit à
l’impunité des auteurs de telles violations.
- La deuxième justification est institutionnelle. L’un des arguments les plus fréquemment

109
Voyez T. KAVUNDJA N. MANENO, L’indépendance et l’impartialité du juge en droit comparé belge,
français et l’Afrique francophone, Thèse de doctorat en Droit, Faculté de Droit, U.C.L., Louvain-la-Neuve,
juin 2005, p. 159-219.
89

avancés est en effet que la vie militaire est complètement différente de la vie civile. Les
soldats vivent dans des conditions particulières. Ces caractéristiques justifient un jugement
émanant d’une Cour Militaire ou martiale où ils seraient jugés par les pairs qui connaissent les
réalités singulières de la vie militaire, plutôt qu’un jugement d’une Cour Civile, étrangère à
ces réalités. Le corollaire est l’argument technique selon lequel la justice militaire serait trop
compliquée pour être confiée à la justice ordinaire. Cet argument n’est pas non plus très
convaincant. Il existe des exemples contraires, comme pour les affaires financières, par
exemple, dont le niveau de technicité est également élevé et qui sont pourtant portées devant
les juridictions ordinaires. En outre, cet argument technique peut être retourné pour dire que
les militaires ne sont pas nécessairement juristes et ne connaissent pas forcément le droit
- La troisième série de justifications est assurément la plus convaincante. Il s’agit des
justifications fonctionnelles. La justice militaire correspondrait à une compétence résiduelle
spécialisée en raison des situations spécifiques qui subsistent. Dans des conditions de conflit,
d’intervention militaire à l’étranger, notamment dans le cadre d’opération de maintien de la
paix ou du même type, une justice adaptée est nécessaire. Dans de nombreux pays de
commonlaw par exemple, les Tribunaux militaires sont souvent les seules Cours compétentes
pour juger les criordinaires n’ont pas de compétence extraterritoriale. Même dans les pays où
les juridictions civiles ont une telle compétence, il leur est plus difficile de juger à l’étranger
alors que les juridictions militaires peuvent être déployées et fonctionner dans le lieu où le
crime a été commis. Ainsi, l’accusé et les victimes sont sur place. Par ailleurs, dans des
situations de crise, il est difficile d’adapter la justice du jour au lendemain. Dans ces cas, c’est
bien si les Tribunaux militaires n’étaient pas compétents pour juger des crimes et délits
commis à l’étranger que ceux-ci resteraient impunis. Il ne faudrait donc pas non plus que le
mieux ne soit l’ennemi du bien. Hors de son territoire, un Etat doit être en mesure de juger ses
ressortissants et de prévenir les violations des droits de l’homme. Ces justifications
fonctionnelles paraissent donc être les plus pertinentes dans la perspective de la lutte contre
l’impunité. Il est ainsi possible de trouver également des justifications en termes de droits de
l’homme à la justice militaire, étant entendu qu’une telle justice doit alors se conformer aux
mêmes garanties que la justice ordinaire. C’est à l’aune de cette analyse qu’une approche
pragmatique et réaliste a été privilégiée dans l’exercice d’élaboration des principes destinées à
assurer la compatibilité des Tribunaux militaires au droit international et aux droits de
l’homme,mes et délits commis à l’étranger dans la mesure où les juridictions
Il conclut qu'aux termes de l’article 153, alinéa 1 de la Constitution Congolaise, il est institué
un ordre judiciaire composé des Cours et Tribunaux Civils et Militaires placés sous le contrôle
de la Cour de Cassation ; leurs organisation, fonctionnement et compétences sont déterminés
par la loi Organique n° 13/011 - B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et
compétences des juridictions de l’Ordre judiciaire et la loi n° 023/2002 du 18 novembre 2002
portant Code Judiciaire Militaire telle que modifiée et complétée à ce jour. Il est dit,
auxtermes de l’article 2 du Code Judiciaire, que le Code d’organisation et compétences
judiciaires s’applique aussi devant les juridictions militaires sauf dérogation expresse émise
par la loi n° 023/2002 susvisée.
2. LES ARGUMENTS TENANT COMPTE DE LA REALITE CONGOLAISE
90

Ici nous allons donner notre point de vue face à cette controverse, de notre coté nous nous
rallions sans hesitation des arguments des auteurs qui pensent que les juridictions militaires
doivent rester meme en temps de paix, parce que selon nous, nous pensons que le fait pour les
juridictions civiles de statuer sur les infractions commises par les militaires exposerait les
juges civils aux militraires car il est bien dit que les militaires doivent jugé leurs semblables.
Fort de ces convictions, en République Démocratique du Congo, la necessité de maintenir les
juridictions militaires en temps de paix est souvent justifiée par la necessité d'assurer la
discipline au sein des forces armées et de traiter les infractions pénales et disciplinaires
commises par les militaires. En plus nous estimons que ces juridictions sont aussi considérées
comme un outil pour lutter contre l'impunité et assurer la résponsabilité au sein des forces
armées.

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIE DU CONGO

UNIVERSITÉ DE GOMA

FACULTÉ DES SCIENCES JURIDIQUE POLITIQUE ADMINISTRATIVE MANAGEMENT ET


RELATIONS INTERNATIONALES.

SUJET : les défenseurs militaires agréés et les règles du procès équitable

Membre du groupe 8:

MUSIMBWA RAPHAËL

MIRINDi LINDA
91

MUHINDO MUVUNGA

Introduction
La justice militaire en République Démocratique du Congo (RDC) est conçue pour juger les
infractions commises par les militaires ou dans les circonstances prévues par la loi. Dans ce
cadre, les défenseurs militaires agréés jouent un rôle important dans l’assistance juridique
des prévenus devant les juridictions militaires. Toutefois, leur statut soulève des inquiétudes
quant au respect des normes internationales du procès équitable, notamment en ce qui
concerne l’indépendance de la défense.
92

Chapitre I – Le statut et le rôle des défenseurs militaires agréés


Section 1. Définition et cadre juridique
Les défenseurs militaires agréés sont des officiers des Forces armées de la République
Démocratique du Congo (FARDC) désignés pour assurer la défense des prévenus ou accusés
devant les juridictions militaires. Contrairement aux avocats inscrits au barreau, ces
défenseurs ne sont pas des professionnels indépendants de la justice, mais des militaires
actifs autorisés à exercer la défense dans un cadre juridiquement encadré. Leur rôle est de
représenter ou d’assister les justiciables dans le cadre d’un procès pénal militaire, en
particulier lorsqu’il n’y a pas de conseil choisi ou présent.

Le fondement juridique de leur existence se trouve dans le Code judiciaire militaire


congolais, en particulier dans ses dispositions relatives à l'organisation des juridictions
militaires et à la défense devant ces juridictions. L’Ordonnance-loi n° 72/060 du 25
septembre 1972, qui institue ce code, prévoit que des officiers peuvent être désignés comme
défenseurs agréés, pour assister les prévenus, sous réserve de l’agrément préalable du
ministre de la Défense nationale.

Leur mission découle du principe de garantie des droits de la défense, consacré par l’article
19 de la Constitution de la RDC, qui affirme que toute personne a droit à ce que sa cause soit
entendue équitablement et dans un délai raisonnable par une juridiction compétente,
indépendante et impartiale. Par ailleurs, la loi n° 023/2002 du 18 novembre 2002 portant
93

Code judiciaire militaire, bien qu’ayant été partiellement abrogée, fournit également
certaines précisions pratiques sur l'organisation des rôles et la procédure devant ces
juridictions.

Toutefois, en l’absence d’un statut autonome et clairement codifié pour ces défenseurs
militaires, leur cadre d’action reste flou, et leur position dans la chaîne hiérarchique militaire
soulève des inquiétudes sur leur indépendance réelle. Leur appartenance à la même
institution que les magistrats militaires et les officiers du ministère public renforce ce risque
de confusion entre la fonction de défense et celle de maintien de la discipline militaire, au
détriment du respect strict du contradictoire et de l’impartialité.

Section 2. Conditions de désignation et d’exercice des défenseurs


militaires agréés
En République Démocratique du Congo, les conditions de désignation et d’exercice des
défenseurs militaires agréés sont encadrées par des textes réglementaires militaires et le
Code110 judiciaire militaire, bien que de nombreuses zones d’ombre subsistent en raison du
manque de dispositions précises et actualisées.

La désignation des défenseurs militaires repose principalement sur un acte d’agrément


délivré par le ministre de la Défense nationale, conformément à l’article 99 du Code judiciaire
militaire (Ordonnance-loi n° 72/060 du 25 septembre 1972). Pour être éligible, le militaire
candidat doit généralement être officier supérieur ou subalterne ayant suivi une formation
juridique ou disposant de compétences juridiques suffisantes reconnues par sa hiérarchie. Ce
critère vise à garantir un minimum de capacité à assurer la défense dans le respect des
exigences procédurales. Une fois désigné, le défenseur militaire agréé est inscrit sur une liste
administrative tenue par l’auditorat militaire ou le greffe de la juridiction militaire
compétente. Il peut intervenir dans les affaires militaires soit à la demande du prévenu, soit
désigné d’office par la juridiction lorsque l’accusé ne dispose pas de conseil. Ce système vise
à prévenir toute absence de défense, tout en permettant une certaine continuité du service
judiciaire militaire. L’exercice de la fonction de défenseur militaire reste toutefois subordonné
à l’autorité hiérarchique militaire, ce qui limite l’indépendance dans l’exercice de la mission.
En effet, les défenseurs militaires restent soumis à la discipline des FARDC, peuvent être
déplacés à tout moment, et ne jouissent pas de la protection statutaire reconnue aux avocats
du barreau. De plus, ils ne bénéficient pas du secret professionnel de manière aussi étendue
que les avocats civils, ce qui fragilise la confidentialité de la relation avocat-justiciable.

Enfin, il n’existe pas à ce jour de statut autonome ni de formation spécialisée obligatoire et


continue pour ces défenseurs, ce qui compromet la qualité et l’efficacité de la défense
assurée dans des procédures souvent complexes. Cette situation appelle une réforme
structurelle visant à professionnaliser la fonction et à garantir une défense réellement
indépendante et conforme aux standards internationaux du procès équitable

110
Art : 19 constitution du 18 / fév /2006
94

Section 3.Pouvoirs et limites des défenseurs militaires agréés


Les défenseurs militaires agréés exercent une mission de défense judiciaire au profit des
prévenus, accusés ou condamnés poursuivis devant les juridictions militaires. À ce titre, ils
disposent de prérogatives comparables à celles d’un avocat dans le cadre de la procédure
pénale militaire, mais dans des limites strictement encadrées par leur statut militaire et la
structure hiérarchique dont ils relèvent.

Parmi leurs principaux pouvoirs, figurent :

#.Le droit d’accès au dossier pénal pour préparer la défense ;

#.La possibilité d’assister leur client lors de l’instruction, des audiences, et au cours de toutes
les étapes de la procédure ;

#.L’exercice des voies de recours (appel, opposition, pourvoi) dans l’intérêt du justiciable ;

#.L’interpellation des témoins, la présentation de moyens de défense, et la plaidoirie à


l’audience.

Toutefois, ces prérogatives sont fortement limitées par leur dépendance à l’institution
militaire. D’une part, leur liberté d’action est restreinte par le devoir d’obéissance à la
hiérarchie militaire, ce qui peut compromettre leur capacité à contester les irrégularités de la
procédure ou à critiquer des actes posés par des officiers supérieurs. D’autre part, ils ne
bénéficient pas des garanties d’indépendance reconnues aux avocats civils, tels que
l'inviolabilité du cabinet, l'autonomie de la profession ou le secret professionnel renforcé.

De plus, leur pouvoir d’intervention est souvent limité aux juridictions militaires, ce qui
empêche leur action dans des procédures civiles ou mixtes. Ils ne sont pas toujours autorisés
à agir dans les affaires impliquant des civils ou des infractions connexes à des actes
terroristes, économiques ou de droit commun, relevant pourtant de la compétence des
juridictions militaires en certaines circonstances.

Enfin, ils ne disposent pas de protection institutionnelle contre les sanctions disciplinaires
militaires, ce qui peut affecter leur impartialité et leur engagement dans les dossiers
sensibles. Le risque de représailles ou d’affectations arbitraires compromet leur capacité à
représenter efficacement un accusé dans des affaires impliquant la hiérarchie militaire ou
des questions de commandement.

Ces limites structurelles appellent à une réforme du cadre d’exercice de la défense militaire
agréée, pour garantir une défense effective, impartiale et conforme aux standards
internationaux du procès équitable.
95

111

CHAPITRE Il les règles du procès équitable dans le cadre


militaire
Section 1. : Les principes du procès équitable dans la justice militaire
Le procès équitable constitue un droit fondamental garanti par l’article 19 de la Constitution
de la République Démocratique du Congo ainsi que par les instruments juridiques
internationaux tels que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et
la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Dans le contexte militaire, son
effectivité dépend notamment du respect de trois principes essentiels : l’accès à l’avocat,
l’impartialité du tribunal et la publicité des audiences.

L’accès à l’avocat est un élément central du droit à la défense. Tout justiciable doit pouvoir se
faire assister par un conseil librement choisi dès le début de la procédure, notamment lors de
l’instruction préparatoire. En justice militaire, cette exigence se heurte à la pratique de la
désignation d’office de défenseurs militaires agréés, parfois sans que le prévenu ait été
consulté. Cela porte atteinte à la liberté de choisir son défenseur, et fragilise la relation de
confiance indispensable à une défense efficace. En outre, l’accès des avocats civils aux
juridictions militaires reste souvent entravé par des obstacles pratiques et administratifs.

L’impartialité des juridictions est également une condition essentielle du procès équitable.
Elle suppose que les juges ne soient pas soumis à des influences extérieures ou internes
pouvant orienter leur décision. Or, en RDC, les juridictions militaires sont composées
exclusivement de militaires actifs, ce qui crée un risque de partialité, notamment dans les
dossiers sensibles impliquant des membres de la hiérarchie. De plus, le lien organique entre
les juges militaires, les auditeurs (ministère public) et les défenseurs militaires compromet
l’équilibre entre les parties.

Enfin, la publicité des audiences constitue une garantie de transparence judiciaire. Elle
permet au public, aux médias et à la société civile de suivre le déroulement des procès, sauf
exception prévue pour la sécurité nationale ou l’ordre public. En justice militaire congolaise,
cette publicité est souvent restreinte, voire exclue, sous prétexte de secret militaire, alors
même que le justiciable est parfois un civil ou que les faits poursuivis ne relèvent pas

111
Art 14 du ( PIDCP)
96

strictement du domaine de la défense nationale. Cela nuit à la crédibilité du processus


judiciaire et à la confiance du public dans l’appareil judiciaire militaire.

Ces principes, bien que reconnus en droit, sont donc mis à mal dans leur mise en œuvre
112
effective, appelant à des réformes de fond pour harmoniser la justice militaire congolaise
avec les standards du procès équitable.

Section 2. Les défis spécifiques du respect du procès équitable en


justice militaire
La justice militaire en République Démocratique du Congo fait face à plusieurs défis
structurels et contextuels qui entravent la pleine application des normes du procès équitable.
Ces défis découlent à la fois de son organisation hiérarchisée, de l’environnement sécuritaire
instable et du manque de ressources et de garanties institutionnelles.

Un premier défi majeur est le manque d’indépendance des juridictions militaires. Composées
exclusivement d’officiers des Forces armées, les juridictions militaires sont intégrées dans la
hiérarchie militaire, ce qui crée une confusion entre autorité judiciaire et autorité
administrative. Les juges militaires sont souvent dépendants des mêmes autorités que celles
impliquées dans les poursuites, ce qui compromet leur impartialité réelle, surtout dans les
affaires sensibles touchant à la discipline ou à la hiérarchie.

Deuxièmement, l’accès limité à un avocat indépendant constitue une sérieuse entrave au


respect du droit à la défense. Dans de nombreuses affaires, les prévenus n’ont pas les
moyens de se payer un avocat civil et se retrouvent représentés par des défenseurs militaires
désignés d’office, dont l’indépendance est limitée. Cela aggrave les inégalités dans la
procédure et rend difficile une contestation efficace des accusations.

Un troisième défi réside dans la méconnaissance des standards internationaux du droit par
les acteurs militaires de la justice. De nombreux officiers impliqués dans les fonctions
judiciaires n’ont pas reçu de formation continue sur les droits fondamentaux, les normes
internationales de procédure ou la jurisprudence des instances régionales et internationales
(comme la Cour africaine des droits de l’homme).

À cela s’ajoute le manque de moyens matériels et logistiques, qui affecte tant les juges que
les défenseurs. Les audiences sont souvent tenues dans des conditions précaires, les dossiers
sont mal conservés, et les retards dans la procédure sont fréquents. L’absence de greffes
112
Fredy MUKENI , droit pénal et procédure pénale militaire 2023
4. GARAPO, ANTOINE " procès équitable : entre droit et politique " Revue française de droit
constitutionnel ,2009, n'81 ,pp 435_340

5. Art : 160 constitution

6. Art 1 du code procédure miltaire ( ordonnance n' 69-034 du 18 déc 1969


97

modernes et de mécanismes de contrôle efficaces contribue également à la dégradation du


service judiciaire.

Enfin, la confusion des compétences entre juridictions militaires et civiles, notamment dans
les cas impliquant des civils ou des infractions mixtes, crée une insécurité juridique et viole
parfois le droit du justiciable à être jugé par une juridiction compétente, indépendante et
impartiale.

Face à ces défis, des réformes profondes sont nécessaires, notamment la redéfinition du rôle
des juridictions militaires, la professionnalisation de leurs membres, et l’ouverture effective
de la défense militaire à des mécanismes garantissant l’indépendance et l’équité du procès.

Section 3 Conformité avec les normes nationales et internationales


du procès équitable
La conformité des juridictions militaires et du régime des défenseurs militaires agréés en
République Démocratique du Congo (RDC) avec les normes du procès équitable doit être
appréciée à la lumière des textes nationaux et des instruments internationaux que la RDC a
ratifiés. Il en ressort un écart préoccupant entre les principes juridiques consacrés et la
pratique judiciaire militaire actuelle. Au niveau national, la Constitution de la RDC du 18
février 2006, en son article 19, alinéa 3, garantit le droit à un procès équitable, y compris la
présomption d'innocence, le droit à la défense, et le droit à être jugé dans un délai
raisonnable par une juridiction compétente, indépendante et impartiale. Toutefois, la
dépendance hiérarchique des juges militaires, la désignation non libre des défenseurs
militaires et la faible transparence des audiences mettent en cause cette garantie
constitutionnelle.

Au plan international, la RDC est partie au Pacte international relatif aux droits civils et
politiques (PIDCP). Son article 14 consacre le droit à un procès équitable, notamment :
l’égalité des armes, l’indépendance du tribunal, le droit à un avocat de son choix, et la
publicité des audiences. Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies a d’ailleurs
rappelé que, même en matière militaire, les juridictions doivent se conformer aux principes
fondamentaux d’impartialité et de protection des droits.

En outre, à titre comparatif, la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), bien
que non applicable directement en RDC, fournit un cadre de référence souvent utilisé par les
mécanismes africains de protection des droits humains. La jurisprudence de la Cour
européenne (notamment Findlay c. Royaume-Uni, 1997) considère que des juridictions
composées exclusivement de militaires actifs ne peuvent être considérées comme
impartiales et indépendantes, surtout lorsque les juges, le ministère public et la défense
dépendent de la même chaîne de commandement.

Enfin, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, également ratifiée par la
RDC, garantit le droit à une défense pleine et entière (article 7), ce qui implique la liberté de
98

choisir son avocat, la confidentialité de la défense et le respect du contradictoire. Or, les


défenseurs 113militaires agréés, en raison de leur statut subordonné, peinent à offrir ces
garanties dans la pratique.

En définitive, le système congolais de justice militaire présente plusieurs incompatibilités


avec les standards internationaux. Pour remédier à ces écarts, une réforme globale est
indispensable afin d’assurer l’indépendance des juridictions militaires, la liberté de choix du
conseil, et la pleine application des garanties procédurales pour tout justiciable, miltaire ou
civil.

Conclusion
Les défenseurs militaires agréés comblent une nécessité dans un système judiciaire
spécialisé, mais leur statut actuel en RDC pose problème au regard des standards du procès
équitable. Il est nécessaire de revoir leur cadre juridique afin de garantir leur indépendance,

113
7.Art 7 charte africaine de droit de l'homme
8.Art 6 de la convention européenne de droit de l'homme
99

de permettre un accès effectif à des avocats civils et de réformer globalement la justice


militaire pour assurer son alignement avec les principes universels de justice

Mais aussi l'état congolais doit prendre des mesures nécessaires pouvant assurer la
représentation des justiciables , car le sérieux problème ici est que ces gens ne sont pas de
juriste de formation et peuvent commettre plusieurs erreurs qui peuvent préjudiciel les
justiciables.

UNIVERSITE DE GOMA

« UNIGOM »
B.P 204 Goma

DOMAINE DES SCIENCES JURIDIQUES, POLITIQUES ET ADMINISTRATIVES

DÉPARTEMENT DES SCIENCES JURIDIQUES

Le Droit d’être assisté d’un défenseur de son choix et


l’exigence de la nationalité congolaise devant les
juridictions militaires

Prof : Dr KALWAHALI Charles

Assistant : KIRAULI

Groupe IX (Droit pénal et procédure pénale militaire)

I. KASEREKA MATHE Gregoire;


II. KAVIRA MAYAGHO Victoire;
100

III. WANDEMA MUKANDAMA;


IV. Claudine BULONZA.

Année académique 2024-


2025
101

INTRODUCTION

A la suite d’une infraction pénale, la personne soupçonnée d’avoir commis


ou d’avoir participé à ladite infraction est directement poursuivie en
justice, cela est faite en considération de l’intérêt général ou social,
l’accusé risque alors de se voir infligé une peine privative de liberté ou une
autre sanction. Cependant, même si cet accusé a agi en dehors du cadre
de la loi, cela ne lui prive pas pour autant de ses droits, à savoir, ses droits
de la défense. Sans ces règles, on ne peut pas prétendre à un procès pénal
équitable et, par conséquent, la justice ne peut être rendue
convenablement.114

Parmi ces droits à un procès équitable, nous avons le droit d’être assisté
par un défenseur de son choix. Ce droit est consacré par l’article 19 de la
constitution congolaise à ces termes: « le droit de la défense est organisé
et garanti. Toute personne a le droit de se défendre elle-même ou de se
faire assister d’un défenseur de son choix et ce, à tous les niveaux de la
procédure pénale, y compris l’enquête policière et l’instruction pré
juridictionnelle. Elle peut se faire assister également devant les services
de sécurité.»115 Également, l’article 61 point 5, a accordé à ces droits un
caractère indélogeable dans toutes les circonstances. 116Dans le même
ordre d’idée, l’article 73 du CPP dispose que chacune des parties peut se
faire assister d’une personne agréée spécialement dans chaque cas par le
tribunal pour prendre la parole en son nom. 117

Cependant, les règles relatives à l’assistance par un défenseur de son


choix ne sont pas identiques devant les juridictions du droit commun(I) et
devant les juridictions militaires(II). Notre attention portera sur celui
devant les juridictions militaires. Nous n’allons traiter celui du droit
commun qu’en guise généralité parce que même les règles de procédures

114
ABDALLAH OLENGA, TFC sur les juridictions militaires a l’aune de droits de la défense : regard sur la
pratique du tribunal militaire de garnison de Goma et de la cour militaire du Nord-Kivu, UCS, 2023, p10.
115
Art.19 de la constitution du 18 février 2006.
116
Art .61 point 5 de la constitution.
117
Art 73 al.1e du décret du 6 août 1959 portant code de procédure pénale, tel que
modifié par la loi n°15/024 du 31 décembre 2015.
102

pénales du droit commun s’appliquent en droit militaire sous réserve de


celles prévues par le code judicaire militaire118.

118
Art .2 al.2 du code judiciaire militaire.
103

I. LE DROIT D’ÊTRE ASSISTÉ PAR UN DÉFENSEUR DE


SON CHOIX EN DROIT COMMUN

Comme souligné à l’introduction le droit à un avocat est un droit constitutionnellement


garanti. En effet, l’article 19, al. 4 de la constitution dispose que, toute personne a le droit de
se défendre elle-même ou de se faire assister d’un défenseur de son choix et ce, à tous les
niveaux de la procédure pénale, y compris l’enquête policière et l’instruction pré-
juridictionnelle. La personne poursuivie peut aussi organiser sa représentation par un avocat,
dans les conditions prévues par la loi119.

Le droit à un avocat implique l’assistance réelle et effective d’un avocat qui doit être présent
aux côtés de la personne accusée pour les différentes consultations et l’exercice des droits de
la défense au cours d’une procédure judiciaire.

Ce droit implique aussi la représentation de la personne poursuivie par un avocat, qui agit en
intermédiaire pour exercer les droits de défense de ladite personne poursuivie au cours d’une
procédure judiciaire.

Ce droit implique encore le libre choix d’un avocat ou la désignation libre de l’avocat par la
personne poursuivie, soit pour se faire assister soit pour se faire représenter conformément à
la loi.120

Ce droit implique enfin le secret des entretiens et des correspondances avec un avocat. En
effet, toute personne poursuivie peut s’entretenir et correspondre avec l’avocat de son choix
dans le secret absolu. Cela nécessite la soumission de l’avocat au secret professionnel,
opposable aux tiers. Aussi lors même que la personne accusée ne dispose pas de ressources
suffisantes pour la consultation d’un avocat, doit-il lui en être commis un d’office. Dans ce
cas, l’avocat commis d’office, autrement appelé pro deo, est rémunéré par l’État dans des
conditions qui lui permettent d’accomplir toutes les prestations nécessaires à la défense. 121

119
Art .19 al.4 de la constitution.
120
Art. 1e, ord-loi n°79-028 du 28 septembre 1979 portant organisation du barreau, du
corps des défenseurs judiciaires et du corps des mandataires de l’état.
121
ABDALLAH OLENGA, op.cit.pp20.
104

II. DROIT D’ÊTRE ASSISTÉ D’UN DÉFENSEUR DE SON CHOIX


DEVANT LES JURIDICTIONS MILITAIRES
Au terme de l’article 61al.2 du code judiciaire militaire, Ce droit est limité devant les
tribunaux militaires.

D’une part, les avocats étrangers ne sont pas admis à assurer la défense des prévenus
devant les juridictions militaires.122

D’autre part, Marcel WETSH’OKONDA KOSO estime que l’assistance judiciaire


gratuite n’est pas organisée devant les tribunaux militaires. Il en résulte que pour
bénéficier d’une assistance judiciaire de qualité, les prévenus et les parties civiles sont
condamnées à payer eux-mêmes les services des avocats congolais de leur choix. Mais
compte tenu de leurs ressources limitées, peu de militaires et policiers sont en mesure de
le faire. Ils sont ainsi contraints de se contenter de la défense que leur offrent, là où ils
existent, les barreaux à travers leurs bureaux de consultation gratuite. Ces prestations
n’étant pas prises en charge par l’État, les avocats, surtout stagiaires les considèrent
comme une corvée dont ils se débarrassent le plus tôt possible et ce, quels qu’en soit les
résultats. Qu’ils soient consultés par les parties ou désignés par les barreaux.123

La plupart des avocats qui comparaissent devant les juridictions militaires font face à trois
autres faiblesses qui entravent l’exercice effectif du droit à l’assistance judiciaire.
D’abord, les avocats ne sont pas toujours familiers du droit pénal et de la procédure pénale
militaires, mais également des droits de l’homme et du droit international pénal. Cette
observation devrait cependant être nuancée parce que, grâce au concours des associations
internationales de défense des droits de l’homme telles
que Avocats sans frontières, la Fondation Konrad Adenauer, RCN Justice et démocratie,
Global Rights, etc., quelques avocats ont bénéficié d’un renforcement des capacités dans
ce domaine. La Cour pénale internationale a également organisé quelques séminaires de
formation à l’attention des avocats. Dans le même ordre d’idées, quelques barreaux,
notamment celui de Kinshasa Gombe, ont pris des initiatives en matière de formation,
particulièrement dans le domaine du
droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire.
Une centaine d’avocats ont bénéficié d’une formation en matière d’assistance aux

122
Art.61 al.2 du code judiciaire militaire.
123
Marcel WETSH’OKONDA KOSO, République démocratique du Congo : la justice militaire et le respect
des droits de l’homme –l’urgence du parachèvement de la réforme,2009, pp83.
105

victimes et accusés des crimes internationaux organisée par l’association Avocats sans
frontières. C’est cette équipe d’avocats qui interviennent le plus souvent dans les procès
des crimes internationaux, les uns en faveur des prévenus et les autres en faveur des
parties civiles et qui sont à la base
de l’évolution jurisprudentielle que l’on peut observer en matière de lutte contre
l’impunité.124

Il importe cependant de noter qu’il se dégage des entretiens avec plusieurs de ces avocats
que si le Statut de Rome de la Cour pénale internationale a été invoqué, il n’en est pas de
même des autres instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme tout comme la
constitution.125

Enfin, les avocats qui interviennent devant les juridictions militaires ne font pas toujours
preuve de suffisamment de courage pour exercer leur ministère, intimidés qu’ils sont par
les militaires. Intervenant à l’occasion de la journée internationale contre la peine de mort,
le professeur Akele a fait valoir que la justice militaire n’intimide nullement les avocats ;
ceux d’entre eux qui maîtrisent leur matière y exercent leur profession en toute
indépendance.126

En revanche, lorsqu’ils ne se retrouvent pas dans les méandres de la procédure pénale


militaire, les avocats se retranchent derrière l’argument de l’intimidation dont ils feraient
l’objet de la part des magistrats militaires. Maître Kuboya, avocat au barreau de
Lubumbashi et membre du Conseil de l’ordre dudit barreau partage le même point de vue
lorsqu’il considère que le profil de l’avocat, son niveau de connaissance du droit et son
comportement jouent pour beaucoup dans le traitement que lui réservent les magistrats
militaires. S’il est léger, s’il manque de fermeté, les magistrats militaires vont exploiter
ces faiblesses à leur avantage pour le malmener.
Selon Maître Gaby Okoko, contrairement à l’époque de la Cour d’ordre militaire où les
menaces à l’endroit des avocats étaient monnaie courante, à ce jour, les avocats exercent
leur profession en toute indépendance. Cela ne signifie pas pour autant que les
menaces à l’encontre des avocats ont pris totalement fin. Au contraire, dans certaines
procédures particulièrement sensibles, des menaces contre les avocats ont été signalées.

124
Marcel WETSH’OKONDA KOSO, op.cit, pp83.
125
Idem.
126
Idem.
106

Tel a été le cas notamment dans


l’affaire Maheshe. à Lubumbashi, ce ne sont pas seulement des menaces que les avocats
Serge Shungu, Richard Matuli, Adolphe Luyamba et Mumba Mutali ont subi en juin 2008,
mais ils ont aussi été arrêtés à l’auditorat militaire de Lubumbashi, ce qui a amené
l’Assemblée générale du Barreau de Lubumbashi à décréter le boycott des juridictions
militaires.
Une dernière chose mérite d’être signalée relativement à l’assistance judiciaire, c’est que
la plupart des avocats sont concentrés dans les grandes villes. En conséquence, lorsque les
procès se tiennent loin desdites villes, les parties ne bénéficient souvent pas de l’assistance
des avocats. Tel est le cas à Bunia où on compte à peine quatre à cinq avocats et de
nombreux défenseurs judiciaires. Face à cette situation, dans les affaires des crimes
internationaux qui ont été jugés dans ce district, les parties n’ont pu bénéficier de
l’assistance judiciaire que grâce au concours de
l’organisation internationale Avocats sans frontières.127

Nous estimons que les dignes et ayant une maitrise du droit ne peuvent en aucun se voir
intimider par les magistrats militaires, seuls ceux qui ne maitrisent pas seront complexés
devant les juges militaires.

127
Idem, pp84.
107

Conclusion

En guise de conclusion, rappelons que Le droit à un avocat implique premièrement,


l’assistance réelle et effective d’un avocat qui doit être présent aux côtés de la personne
accusée pour les différentes consultations et l’exercice des droits de la défense au cours d’une
procédure judiciaire. Ce droit implique deuxièmement, la représentation de la personne
poursuivie par un avocat, qui agit en intermédiaire pour exercer les droits de défense de ladite
personne poursuivie au cours d’une procédure judiciaire. Ce droit implique enfin, le libre
choix d’un avocat ou la désignation libre de l’avocat par la personne poursuivie, soit pour se
faire assister soit pour se faire représenter conformément à la loi.

La particularité du droit judiciaire militaire est que les avocats étrangers ne sont pas admis à
assurer la défense des prévenus devant les juridictions militaires. Également,
WETSH’OKONDA KOSO estime que l’assistance judiciaire gratuite n’est pas organisée
devant les tribunaux militaires. Il en résulte que pour bénéficier d’une assistance judiciaire de
qualité, les prévenus et les parties civiles sont condamnées à payer eux-mêmes les services
des avocats congolais de leur choix.

Eut égard de ce qui précède, nous pensons que l’exclusion des avocats étrangers devant les
juridictions militaires. Celle-ci viole a quelque sorte le droit d’être assisté d’un défenseur de
son choix. Nous recommandons la modification du code judiciaire militaire pour ouvrir la
porte aux avocats étrangers. Quant à l’inorganisation de l’assistance gratuite soulignée par
WETSH’OKONDA KOSO, nous pensons qu’il aurai dit que le code judiciaire
n’organise pas cette gratuite mais le texte sur le barreau qui s’applique
aux juridictions au droit commun comme aux juridictions militaires
organise cette assistance gratuite prévue a l’article 90 de la décision de
1987 portant règlement intérieur cadre des barreaux zaïrois qui prévoit un
bureau des consultations gratuites ou le bâtonnier confie équitablement
les affaires entre tous les avocats. Ce qui n’exclut pas les juridictions
militaires à cette assistance malgré inorganisée par les dispositions du
code judiciaire militaire.

UNIVERSITE DE GOMA
108

BP. 204

Faculté des sciences juridique, politique, management et Relations Internationales

Par :
CHARLOTTE KITENGE ;
MABUTWA N’KUBA Patrick ;
KAMBALE MASHAURI Rufin ;

2024-2025
109

Introduction
Le droit au juge naturel est un principe fondamental du système judiciaire congolais. Il
vise à garantir à toute personne accusée d'une infraction la possibilité d’être entendu devant
un tribunal compétant et impartial. Cela ressort des prévisions de la Constitution du 18 février
2006 telle que modifiée et complétée à ce jour, des directives des organes de surveillance des
traités et nombreux autres instruments juridiques internationaux de protection de droit de
l’homme aux quelle est partie la RDC.
Cependant, la législation en vigueur prévoit la prise de mesures particulières pour faire face à
des situations exceptionnelles notamment ceux prévus aux articles 85 et 86 que nous
tacherons d’examiner un peu plus tard, qui entameraient sans nul doute les droits reconnus
aux citoyens. Dès lors, un défi se dresse celui de conformer ce régime d’exception aux
exigences d’un Etat de droit.
 Notions définitionnelles
La Constitution du 18 février 2006 telle que modifiée et complétée à ce jour prévoit en son
article 19 al 1 et 2 que « Nul ne peut être ni soustrait ni distrait contre son gré du juge que la
loi lui assigne. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue dans un délai
raisonnable par le juge compétent ».

Le juge que la loi assigne à un justiciable n’est autre que celui que la doctrine qualifie de juge
naturelle. Pour mieux comprendre la portée de cette disposition il importe de cerner le contour
de quelques concepts.
o Le juge
Le mot "juge" est une désignation générique qui s'applique d'abord aux professionnels dont la
situation est régie par le statut de la Magistrature et qui, à des degrés divers, participent au
fonctionnement du service public de la Justice.128 Il s’agit donc ici des magistrats de siège qui
ont pour tâche de dire la loi et ne se soumettre qu’à celle-ci en vertu de la Constitution qui
prévoit ce qui suit « Les juges ne sont soumis dans l’exercice de leur fonction qu’à l’autorité
de la loi ».129
o Le juge naturel
Le juge naturel est le juge que la loi en vigueur désigne afin de connaître d’un différend ou
litige précis en fonction de la qualité de la personne qui est poursuivie, mais également de la
matière qui est concernée. La compétence du juge naturel repose à la fois sur des critères
matériels mais surtout sur des critères personnels ou subjectifs. la qualité ou le statut de
l’auteur de l’infraction, du prévenu ou de l’accusé, qui détermine le juge naturel prévu à
l’article 19 de la Constitution congolaise de 2006 auquel il a droit et qui est compétent pour le
juger, est celui qui est le sien au moment de la commission de l’infraction (contravention,

128
www.dictionnaire-juridique.com, consulté le 2 juin 2025.
129
Constitution du 18 février 2006 en Article 150 al 2.
110

délit ou crime) qui lui est reprochée. Nul ne peut être soustrait de son juge naturel au risque de
voir son procès être frappé de nullité.130
o Circonstances exceptionnelles
On parle des circonstances graves menacent d’une manière immédiate l’indépendance ou
l’intégrité du territoire national ou qu’elles provoquent l’interruption du fonctionnement
régulier des institutions.
Cependant, pour Goupy, le concept d’état d’exception ne saurait être tenu pour un concept
juridique précis. Bien plutôt, il sert à désigner et analyser des phénomènes très distincts d’un
point de vue juridique : des législations d’exception, des pratiques policières ou militaires
s’exerçant en violation du droit, l’expansion de la surveillance au mépris des droits
fondamentaux, une forte concentration des pouvoirs organisée par des législations tout à fait
ordinaires mais répondant à des situations elles-mêmes qualifiées d’exceptionnelles, etc. En
tant que concept juridico-politique analytique néanmoins, il peut être défini de la manière
suivante : il y a état d’exception lorsque les moyens ordinaires de l’Etat, s’exerçant dans le
cadre fixé par son propre droit, sont jugés insuffisants pour faire face à une situation de crise
grave, et qu’il est décidé alors de suspendre ce cadre ordinaire ou d’y déroger. À ce niveau, le
concept d’état d’exception met en scène un conflit entre le cadre supposément rigide du droit
ou les lenteurs de la délibération législative, et les nécessités de l’agir politique 131
2. Mise en œuvre d’état d’exception en RDC
Le constituant congolais a prévu l’état d’exception aux articles 85, 86 et 143 et suivants qui se
présente sous trois manifestations à savoir ; état d’urgence, état de siège et état de guerre.
L’état de siège est définit par la loi organique portant organisation et fonctionnement des
forces armées comme « régime restrictif des libertés publiques décrété par l’ordonnance du
Président de la République sur tout ou partie du territoire lorsque des circonstances graves
menacent, d’une manière immédiate, l’indépendance ou l’intégrité du territoire national ou
qu’elles provoquent alors l’interruption du fonctionnement régulier des institutions»132
Elle définit aussi l’état d’urgence comme un « régime d’exception décrété par l’ordonnance
du Président de la République pour renforcer le pouvoir de police des autorités civiles lorsque
des circonstances graves menacent, d’une manière immédiate, l’indépendance ou alors
l’intégrité du territoire national soit provoquent l’interruption du fonctionnement régulier des
institutions »133

130
Paulin Ibanda Kabaka, « la question du juge naturel en droit congolais. Introduction à la compétence
judiciaire congolaise », hal, 2021, p. 1.
131
Marie Goupy,
132
Article 2. 14 de la Loi organique n° 11-012 portant organisation et fonctionnement des Forces armées 14 de
11 août 2011.
133
Ibid., article 2.15.
111

La guerre est le recours légal et ultime à tous les moyens militaires ou non militaires de
défense nationale pour mettre un terme à la menace ou à l’agression contre les intérêts
fondamentaux du pays.134
En Rdc, lorsque des circonstances graves menacent d’une manière immédiate l’indépendance
ou l’intégrité du territoire national ou qu’elles provoquent l’interruption du fonctionnement
régulier des institutions, le Président de la République proclame l’état d’urgence ou l’état de
siège après concertation avec le Premier ministre et les Présidents des deux Chambres
conformément aux articles 144 et 145 de la présente Constitution. Les modalités d’application
de l’état d’urgence et de l’état de siège sont déterminées par la loi.135
En cas d’état d’urgence ou d’état de siège, le Président de la République prend, par
ordonnances délibérées en Conseil des ministres, les mesures nécessaires pour faire face à la
situation.136
a. Incidence des états d’exceptions sur les droits de l’homme
Si bien que nous certains auteurs à l’instar de Kakule et autres pensent que l’exercice de droit
dans un régime d’exception doit être strictement subordonné à la rigueur des termes de la loi,
beaucoup d’autres s’inscrivent en faux contre cette approche et pensent tout simplement que
cela consacre la violation de loi.
Etant un Etat de droit tel que libellé à l’article 1 er de sa Constitution : « La République
démocratique du Congo est, dans ses frontières du 30 juin 1960, un Etat de droit… ». Dans un
tel Etat, sous peine de sanction, tant les gouvernés que les gouvernants sont soumis au droit en
général et à la Constitution, loi fondamentale en particulier, y compris à ses dispositions
relatives aux droits de l’homme.137
En effet, toute infraction à la loi pénale fait naitre au profit de l’Etat un droit, voire un devoir
d’en punir l’auteur ou les auteurs. De manière générale, ce droit de punir donne naissance à
une action : l’action publique exercée par le Ministère Public; car, la réaction sociale n’est pas
instinctive, arbitraire et aveugle ; elle est réfléchie, réglementée, et essentiellement
judiciaire.138
De ce fait, la question de la compétence des juridictions militaires est réglée par l’article 156
de la Constitution et les articles 73 à 128 du Code Judiciaire Militaire tel que modifié et
complété à ce jour.
1.1 Exception au principe du droit juge naturel
L’article 156 de la Constitution porte : « les juridictions militaires connaissent des infractions
commises par les membres des Forces Armées et de la Police Nationale. En temps de guerre
134
Ibid., article 2. 16.
135
Article 85 de la Constitution
136
Article 145 de la Constitution
137
Kifwabala Tekilazaya et al, « République démocratique du Congo Le secteur de la justice et l’Etat de droit »,
Une étude d’AfriMAP et de l’Open Society Initiative for Southern Africa, Juillet 2013, p.33.
138
Jonathan MAYIZA KALA, Droit judiciaire militaire congolais
112

ou lorsque l’état de siège ou d’urgence est proclamé, le Président de la République, par une
décision délibérée en Conseil des Ministres, peut suspendre sur tout ou partie de la
République et pour la durée et les infractions qu’il fixe, l’action répressive des Cours et
Tribunaux de droit commun au profit de celle des juridictions militaires. Cependant, le droit
d’appel ne peut être suspendu ».
On dirait que cette disposition est amèrement contraire normes internationales pertinentes
notamment avec le point .L des Directives et des Principes sur le droit à un procès équitable et
à l'assistance judiciaire en Afrique qui porte que : « les Tribunaux militaires ne peuvent en
aucune circonstance juger des civils. De même, les juridictions spéciales ne connaissent pas
des infractions qui ressortissent de la compétence des Tribunaux Ordinaires».139
Dans ce même ordre d’idées, le prof Nyabirungu a émis des critiques à l’endroit de la
législation militaire congolaise : Le droit pénal militaire est, par sa définition, un droit
particulier. Il est né de la nécessité de régler la situation particulière que constitue l’Armée
dans un Etat, et de régir une catégorie particulière des personnes, celle des citoyennes et
citoyens qui servent dans les Forces Armées. La règle fondamentale imposée à ces personnes,
c’est la discipline, en vue d’une défense efficace contre toute agression. Une discipline telle
qu’elle ne saurait être la règle commune de tous les citoyens. Mais voilà que la tendance
dominante de dernières interventions du législateur militaire est de quitter le domaine qui lui
est propre, pour aller à la conquête des domaines qui lui sont tout à fait étrangers, et faire du
Code pénal militaire le siège du droit pénal ordinaire. Beaucoup de dispositions du Code
judiciaire militaire sont devenues incompatibles avec le droit au juge naturel, dont l’article 19
de la Constitution du 18 février 2006, alinéas 1 et 2, constitue l’affirmation du principe, dans
le système juridique congolais : « Nul ne peut être ni soustrait ni distrait contre son gré du
juge que la loi lui assigne. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue dans un délai
raisonnable par le juge compétent». Toutes les dispositions du CJM qui déclarent la
compétence personnelle des juridictions militaires sur les civils, n’auraient jamais dû recevoir
application dans la mesure où cette application avait comme conséquence de soustraire les
civils du bénéfice du principe du juge naturel, principe ayant valeur constitutionnelle, et
auquel les lois et les règlements demeurent soumis.140
1.2 Conciliation
L’état de siège et le droit à un procès équitable des populations civiles constituent deux
ingrédients qui ne font pas bon ménage. Alors que le premier admet la violation de certains
droits humains, y compris le droit à un procès équitable, bien évidemment sous certaines
conditions ; le second sert à repousser les atteintes portées aux droits de l’homme. Dès lors, il
s’avère pratiquement difficile de concilier les deux notions. L’état de siège qui autorise à juger
les civils par les juridictions militaires soulève par ce fait même de sérieux problèmes quant
au respect des exigences du procès équitable. Il s’agit notamment de ceux liés à la difficile
conciliation entre état de siège et droit à un procès équitable, à la suspension du droit au juge
139
Ibid.
140
Raphaël NYABIRUNGU mwene SONGA, « étude sur la compétence judiciaire partagée entre les juridictions
militaires et les juridictions civiles en matière de crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité », Kinshasa, le
08 septembre 2017, p.11-47. Inédite.
113

naturel, à la suspension des immunités et d’autres privilèges des poursuites, aux obstacles
juridiques à la protection du droit à un procès équitable des populations civiles devant faire
face à la justice militaire.
Sur le fondement de cette disposition, le Président de la République a ordonné le transfert
total de la compétence des juridictions civiles vers les juridictions militaires dans les Zones où
il a décrété l’état de siège. Cette mesure est empreinte d’excès dans la mesure où son auteur
ne s’est pas conformé fidèlement ni à la lettre ni à l’esprit de la disposition constitutionnelle
qu’il prétend appliquer, encore moins aux critères du Comité des droits de l’homme
susmentionnés.141

141
Jean de Dieu KAKULE KAUSA, Le droit des populations civiles à un procès équitable à l’épreuve de l’état de
siège dans les Provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu en RD Congo, ANNALES DE LA FACULTE DE DROIT DE L’ULPGL-
GOMA (AFD-ULPGL), REVUE ANNUELLE NUMERO 4 2020-2021, p. 8-12.
114

Conclusion

Il nous semble légitime de dire que les états d’exception sont des régimes qui violent
la constitution et les instruments juridiques aux quels la Rdc est partie et que sa conciliation
demeure difficile sans que celle-ci ne porte atteinte aux droit fondamentaux des citoyens. Les
travaux de la sous-commission des experts des Nations-Unies aux droits de l'homme a élaboré
des principes parmi lesquels, le refus d’une justice au bénéfice de l’appareil militaire, car
remettant en cause le principe du « juge naturel ». Cela implique l’incompétence des
juridictions militaires pour juger des civils, selon le principe n°5 qui s’articule comme suit : «
Les juridictions militaires doivent, par principe, être incompétentes pour juger des civils.
L’Etat veille à ce que les civils accusés d’une infraction pénale, quelle qu’en soit la nature,
soient jugés par les tribunaux civils ».

Le est tel que ces principes ont valeur des résolutions des organes de surveillance et ne
s'imposent donc pas aux Etats.

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