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Le document analyse la transition politique au Mali depuis le renversement d'Ibrahim Boubacar Keita en août 2020, mettant en lumière les tensions sociopolitiques et le rétrécissement de l'espace civique. Malgré un soutien populaire initial, les autorités de transition font face à un attentisme croissant et à des frustrations liées à la gouvernance. Il est urgent de renouer le dialogue et de créer un consensus national pour assurer un retour à l'ordre constitutionnel et des élections crédibles.

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Le document analyse la transition politique au Mali depuis le renversement d'Ibrahim Boubacar Keita en août 2020, mettant en lumière les tensions sociopolitiques et le rétrécissement de l'espace civique. Malgré un soutien populaire initial, les autorités de transition font face à un attentisme croissant et à des frustrations liées à la gouvernance. Il est urgent de renouer le dialogue et de créer un consensus national pour assurer un retour à l'ordre constitutionnel et des élections crédibles.

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DÉCEMBRE 2022

NOTE D'ANALYSE

TRANSITION AU MALI :
RENOUER LE DIALOGUE

RÉSUMÉ EXÉCUTIF

Dans la nuit 18 au 19 août 2020, deux ans après sa réélection pour un second mandat, Ibrahim
Boubacar Keita annonce sa démission, celle du gouvernement et la dissolution de l’Assemblée
nationale. Pendant plusieurs mois le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces
patriotiques (M5-RFP), un regroupement hétéroclite de partis politiques et d’organisations de la
société civile, réclamait son départ. C’est finalement un groupe d’officiers de l’armée malienne
qui viendra parachever la fin d’un pouvoir à bout de souffle.

La mise en place de la transition a suscité un grand espoir au sein d’une frange importante de
la population malienne, lasse d’une décennie de crise sur fond de propagation de l’insécurité et
de massacres répétés de civils. Cet espoir renouvelé qui s’est accompagné de nouveaux choix
notamment en termes de partenaire stratégique, les changements restent jusqu’ici limités. Au
plan interne, depuis l’installation de la transition, il y a un très fort attentisme d’une partie des
Maliens vis-à-vis des autorités de la transition qui ont bénéficié d’un soutien populaire depuis
la mi-janvier 2022. En dehors du consensus collectif sur la question du soutien à la transition, le
contexte socio-politique malien actuel se caractérise par une réduction de l’espace civique sur
fond d’arrestations, perçue comme une stratégie visant à bâillonner toute voix tentée de tenir
des propos contradictoires à la position défendue par les autorités de transition. Les frustrations
sont ravalées par la peur : non seulement celle de l'autoritarisme direct, mais aussi celle d'être
mal jugé par ce consensus collectif.

Sur la scène sociopolitique, outre le découpage entre pro et anti-transition, prevalent des
clivages sur des questions au cœur des préoccupations des acteurs maliens – en lien avec
la conjoncture sociale, politique et sécuritaire fragile – entre lesquels l'écart ne cesse de se
creuser dans un climat de méfiance. Dans une telle configuration, les risques d’une accentuation
de la polarisation sont élevés. Alors que l’attentisme des populations demeure fort quant à
la mise en œuvre des réformes pour redresser la gouvernance politique et économique, des
acteurs s’interrogent sur le respect du chronogramme de la transition pour un retour à l’ordre
constitutionnel à travers l’organisation d’élections crédibles et transparentes.

Au terme de la présente analyse, il apparaît urgent pour les autorités de la transition de donner
un nouveau souffle à la gouvernance du pays et de créer les conditions d’un consensus national
autour des grandes priorités et missions de la Transition. Sur ce dernier point, l’apaisement du
front sociopolitique reste une urgence pour permettre le dialogue et la compétition politique à
l’aune des prochaines élections.

OBSERVATOIRE CITOYENS SUR LA GOUVERNANCE ET SÉCURITÉ


SOMMAIRE
Introduction 05 - 07

Ralliements, polarisation et rétrécissement de 07 - 10


l’espace civique

Vers un effondrement des soutiens ? 11- 12

Un contexte de fortes attentes 13 - 17

Les perspectives 17 - 19

Éviter l’escalade 19 - 20

Renouer le dialogue 20 - 21

Engager une dynamique nationale autour de la mise 21 - 22


en œuvre du chronogramme de la transition
SIGLES ET ABRÉVIATIONS
AIGE : Autorité indépendante de gestion des élections
APR : Accord pour la paix et la réconciliation
CDTM : Confédération des Travailleurs du Mali
CMA : Coordination des mouvements de l’Azawad
CEDEAO : Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
CNAS : Convention nationale pour la solidarité africaine
CNPM : Convention pour le Mali
CNRDRE : Comité national pour le redressement de la démocratie et la
restauration de l’État
CNT : Conseil national de la Transition
CNSP : Comité national pour le Salut du Peuple
COPAM : Coordination des organisations patriotiques du Mali
COREMA : Collectif pour la refondation du Mali
CSTM : Confédération syndicale des travailleurs du Mali
EIGS : État islamique dans le grand Sahara (EIGS
FAMa : Forces armées maliennes
GPM : Groupe des patriotes du Mali
GSIM : Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans
HCIM : Haut conseil islamique du Mali
MATD : Ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation
M5-RFP : Mouvement du 5 juin - Rassemblement des forces patriotiques
IBK : Ibrahim Boubacar Keïta
OMP : Opération de maintien de la paix
ONG : Organisation non gouvernementale
ONU : Organisation des Nations-unies
Parena : Parti pour la renaissance africaine
UNTM : Union nationale des travailleurs du Mali
URD : Union pour la République et la Démocratie

4 NOTE D’ANALYSE
Introduction
Le Mali est dirigé, depuis le renversement d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) en
août 2020, par un attelage politico-militaire dans une atmosphère de suspicion
et d’incertitude. Dans le sillage des tensions qui agitent la scène politique depuis
le coup d’État militaire de 20121, les nouvelles lignes de fractures au sein de la
classe politique et de la société civile s'épaississent au fil des mois.

La transition en cours depuis août 2020 a connu une première phase qui s'est
caractérisée par la mise à l'écart du Mouvement du 5 juin - Rassemblement des
forces patriotiques (M5-RFP), qui a contesté pendant plusieurs mois le régime
d’IBK jusqu’à sa chute. La seconde phase a vu le rapprochement entre le M5-
RFP et les ex-membres du Comité national pour le salut du peuple (CNSP).
A travers cette alliance, les auteurs du coup d’État se sont garantis une base
politique sur laquelle prospérer tandis que la classe politique traditionnelle est
considérablement affaiblie. Depuis, le climat sociopolitique s’est crispé et les
tensions se sont accentuées. Cela au fil de l’activisme de groupuscules politiques
et d’une place de plus en plus importante accordée à des mouvements de la
société civile positionnés comme des soutiens de la transition, et dont certains
revendiquent une proximité avec la Russie.

L’arrivée à la Primature du président du comité stratégique du M5–RFP, Choguel


Maïga, a entraîné une reconfiguration de l'environnement politico-social,
notamment à travers la marginalisation des acteurs appelant à un retour à l’ordre
constitutionnel. Sur le plan politique, le dialogue avec les partis bat de l’aile. Le
cadre de concertation (regroupant la classe politique et le gouvernement), sous
la houlette du ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation
(MATD), ne se réunissait plus. Autre tendance inquiétante, les journalistes et
leaders d’opinion font les frais du rétrécissement de l’espace civique2. Des «
dignitaires » du régime déchu, emprisonnés dans le cadre de la lutte contre la
corruption, attendent toujours d’être jugés.

Au demeurant, le sentiment de manque d’inclusivité exprimé par certains acteurs


politiques et de la société civile remonte aux concertations nationales tenues en
septembre 2020, ayant permis la mise en place de l’architecture de la transition.
Au terme de ces assises politiques, les acteurs maliens sont sortis divisés même
si certains partis politiques se sont engagés dans un élan d’accompagnement
du processus.

Si au début de l’année 2022, les divergences au sein de la classe politique et de

1
Le 22 mars 2012, une mutinerie des militaires du camp Soundiata Keïta de Kati a abouti à un coup d’État contre le président Amadou
Toumani Touré, quelques mois avant la fin de son deuxième mandat.
2
Lire « Mali : un expert indépendant de l’ONU constate une amélioration de la sécurité », ONU Info, 22 février 2022

TRANSITION AU MALI : RENOUER LE DIALOGUE 5


Introduction

l’opinion sont mises de côté, depuis la fin du mois d’octobre des voix commencent
à s'élever de plus en plus pour réclamer une meilleure gouvernance de la
Transition. Les préavis de grève en cascade - notamment ceux des magistrats,
des enseignants, et dans certaines structures sanitaires – annoncent la reprise
des tensions sociales et, grand paradoxe, quelques mois après la tenue d’une
conférence sociale.

La transition en cours au Mali est-elle annonciatrice d’un nouveau tournant pour


le pays à l’image de la « révolution » pour la démocratie en 1991 ? Depuis
l’insurrection populaire qui a mis fin au régime du général Moussa Traoré, les
revendications autour d’une amélioration de la sécurité, de la gouvernance, de
la justice et des conditions de vie des Maliens sont au cœur des luttes sociales
et des différents mouvements sociopolitiques qui ont ébranlé les pouvoirs
successifs. À ce sujet, en 1991, la démocratie, traduite en bamanankan par bèè
jè fanga (« le pouvoir [d’État] pour tous ») a été présentée comme un moyen
pour l’amélioration de la justice sociale dans le pays. Après trois décennies de
pratique démocratique avec des ruptures, en 2012 et en 2020, de nombreux
questionnements existent sur l’avenir du modèle de gouvernance au Mali et sur
les compétitions politiques. Enfin, des interrogations subsistent notamment sur
les récentes montées de tensions politiques et sociales dans le pays.

Nous proposons ici une réflexion qui mettra en discussion plusieurs éléments.
Nous nous intéresserons aux acteurs et organisations qui se revendiquent comme
des soutiens à la transition. Nous aborderons les scénarios possibles pour le
Mali, comme élément de réflexion sur le positionnement des acteurs. Enfin, nous
aborderons les perspectives citoyennes. Il s’agira d’explorer les pistes d’action
urgentes induites par le contexte actuel et l’éraillement du débat politique de
fond. L’approche adoptée, pour mener à bien cette analyse, a été de conduire
une réflexion multi-située, c'est-à-dire en différents lieux et à différents niveaux
à l’échelle du pays.

La méthodologie du jeu d’échelle a permis de mettre en résonance les perceptions


et les réflexions des différents acteurs par le « haut » (responsables politiques,
civils, et syndicaux, mouvements signataires de l’accord pour la paix de 2015,
société civile, acteurs politiques), mais aussi les perceptions et les attentes des
populations locales. Le souci du décentrement a été constant dans cette analyse
: il s’agissait d’une part de sortir du format stato-centré de la capitale, Bamako,
et de mettre en lumière la pluralité des positions d’autre part.

Ce travail triangulaire propose une réflexion élargie au-delà de la métropole


bamakoise. Dans le souci de mener à bien ce jeu de miroir, nous avons pris le
parti de restituer, tout au long de cette note, des passages et récits sélectionnés

6 NOTE D’ANALYSE
Introduction

sur la base de la diversité des propos et des composantes3. Ce parti pris permet
non seulement d’enrichir l’analyse, mais également donne l’opportunité à des
personnes vivant à des milliers de kilomètres de la capitale malienne de partager
leur vécu, leurs attentes et leurs craintes. Il n’a pas été question ici de viser
l’exhaustivité, ni de situer une ligne médiane entre les différents récits, mais plutôt
de relater telles quelles les opinions et les attentes les plus saillantes relevées
auprès des populations rencontrées, et cela au risque parfois de découvrir des
écarts considérables entre le haut et le bas, le centre et la périphérie (pouvoir de
décision-récipiendaires).

Cette note d’analyse repose sur des données collectées au cours de conversations
citoyennes (qui ont regroupé de nombreux acteurs politiques, civils, syndicalistes,
etc.) complétées par une centaine d’entretiens. Ces derniers ont été menés
à Bamako en présentiel et par téléphone à Kayes, Koulikoro, Ségou, Sikasso,
Mopti, Tombouctou, Gao, Kidal auprès de plusieurs catégories d’acteurs : élus
locaux, acteurs de la société civile, économistes, cadres d’Organisations non
gouvernementales (ONG). La note tente d’analyser les enjeux, défis et risques
de la transition en cours au Mali et adresse des recommandations principalement
aux acteurs nationaux.

Ralliements, polarisation et
rétrécissement de l’espace civique
Davantage qu’en 2012, avec le putsch opéré par le capitaine Amadou Haya
Sanogo qui avait donné lieu à une division entre « pro » et « anti » pouvoir
de transition4, la société malienne est en proie à un fort clivage qui structure
malgré lui le débat public. D’un côté, des associations et partis politiques5 qui
se revendiquent comme des soutiens à la transition, acquis au leitmotiv de la «
rectification de la trajectoire de la transition » utilisé notamment par le M5-RFP
pour légitimer auprès de l’opinion publique le renversement de Bah N’Daw et
Moctar Ouane en mai 20216. Ces acteurs ont recours aux mobilisations de rue
et s’appuient sur des relais sur internet, principalement sur les réseaux sociaux.
Ils articulent leur discours autour de la refondation de l’État et de l’émergence
du Mali Kura, qui fait écho aux slogans lancés par les manifestants en 1991
contenant la revendication democratique comme an tè korolen fè fo kura («
Nous ne voulons plus du vieux, mais du nouveau »). De l’autre, des partis et
regroupements politiques ainsi que des activistes qui militent pour un retour à
l'ordre constitutionnel normal.

3
La démarche d’enquête a consisté en la conduite d’entretiens de type qualitatif, sur la base d’un guide. La plupart des personnes citées
n’ont pas été nommées, sauf lorsqu’elles l'autorisent et/ ou que la citation n'implique pas de mise en danger.
4
Gavelle, J., Siméant, J. & Traoré, L., 2013, « Le court terme de la légitimité : prise de positions, rumeurs et perceptions entre janvier et
septembre 2012 à Bamako », Politique africaine, 2/130, pp.23-46
5
Il ne s’agit pas de partis de grande envergure comme ceux qui structuraient auparavant le débat, mais d’autres qui sont montés avec la
transition.
6
Guichaoua, Y. & Savané, L., 2022, « Mali. Où va la rectification », Afrique XXI, 2 août 2022

TRANSITION AU MALI : RENOUER LE DIALOGUE 7


Ralliements, polarisation et rétrécissement de l’espace civique

Si ces deux catégories d’acteurs ne sont pas dans la confrontation directe, du


moins pour le moment, c’est que l’atmosphère de tension semble baisser de
plus en plus au sein de l’enclave bamakoise, épicentre de la polarisation7. Le
passage, en septembre 2022, de l’ancien Premier ministre par intérim sur l’ORTM
où il a déclaré qu’ « il n’y a pas d’ennemis de la transition mais juste des gens
qui ont besoin d'être rassurés par des explications», à l'issue d’une rencontre
avec le Cadre des partis et regroupements politiques pour le retour à l'ordre
constitutionnel, illustre cette relative baisse des tensions. Cet extrait d’entretien
téléphonique avec un enseignant officiant à Kayes est suffisamment éloquent
quant à la façon dont le climat sociopolitique est contrasté au Mali :

« La transition est mal partie. Elle a divisé les Maliens entre bons et mauvais. Tous
ceux qui osent critiquer les actions du pouvoir sont traités comme des apatrides.
»8

Les ex-membres du Conseil national pour le salut du peuple (CNSP) et leurs


alliés du M5-RFP ont su jouer sur la forte popularité dont ils jouissent dans
l’opinion publique pour s’attirer très vite des ralliements. Un récent sondage
Afrobaromètre indique que, par exemple, 68% des Maliens « estiment que le
pays avance dans la bonne direction », bien que 66% expriment des inquiétudes
quant à la situation économique9. Plus que tout, ces bons sondages10 sont assez
illustratifs quant à la côte de confiance au plus haut niveau dont se prévaut
le pouvoir de transition. Le chef de l’État, le colonel Assimi Goïta, est le plus
populaire des acteurs, comme l’ont révélé les résultats du sondage Mali-mètre
en mai 2022 : 72% des Maliens lui font confiance.

Les principaux soutiens, sur lesquels s’appuient la transition, se retrouvent


notamment au sein de mouvements politiques et de la société civile ou encore
d’activistes distillant un discours caractérisé par l’omniprésence de l’affirmation
nationaliste. Ces soutiens reprennent la même architecture de militantisme
déployée en 2012, lorsque les acteurs mobilisés pour la junte d’Amadou
Haya Sanogo se sont regroupés au sein de la Coordination des organisations
patriotiques du Mali (COPAM), dont le portage politique était assuré par des
intellectuels et acteurs politiques socialistes et/ou marxistes, comme Oumar
Mariko11. A l’époque, la coalition mobilisait davantage qu’aujourd’hui autour de
valeurs comme l’équité et la justice. Dix ans plus tard, l’un des mouvements de
soutien les plus notables de la transition, le mouvement Yerewolo-Debout sur les
remparts, d’un point de vue historico-politique, est dirigé par des jeunes issus
de ce même berceau au premier chef desquels son leader Adama Diarra, dit «
Ben le cerveau ».

Yerewolo-Debout sur les remparts – créé en 2017 et détournement de Yerewolo

7
Entretien de l’OCGS, ancien ministre et élu local, Bamako, novembre 2022
8
EEntretien téléphonique de l’OCGS à Kayes, enseignant, novembre 2022
9
Aux yeux des Maliens, le pays va dans la bonne direction même si la situation économique n’est pas satisfaisante, Afrobaromètre, décembre 2022
10
Lire « Mali-mètre. Enquête d’opinion. Que pensent les Malien (ne)s? », Friedrich-Bert Stiftung, mai 2022
11
En plus de ces derniers, il faut ajouter des syndicalistes, des associations et des personnalités. La présidence était même assurée par le Secrétaire général de
la Confédération syndicale des travailleurs du Mali (CSTM), Hamadoun Amion Guindo, actuellement conseiller au CNT.

8 NOTE D’ANALYSE
Ralliements, polarisation et rétrécissement de l’espace civique

Ton qui était dirigé par Boubacar Boré, aligné auprès du CNRDRE à l’époque –,
est connu sur la scène bamakoise pour les nombreuses manifestations organisées
contre la présence militaire française au Mali. Ce mouvement s’est aussi distingué
comme l’un des fervents partisans du rapprochement avec la Russie. Même s’il a
été précédé, en cela, par le Groupe des patriotes du Mali (GPM)12. Outre qu’ils
sont passés par ce même giron, les acteurs du mouvement exploitent aussi une
fibre panafricaniste en se plaçant dans la lignée de l’activiste Kemi Seba, dont
l’arrière-fond idéologique se réclame du kemitisme et du mouvement américain
« Nation of Islam ». Ben le cerveau est le jatigi (hôte) de Kemi Séba, qui a
récemment été désigné par les États-Unis comme un agent d’influence pour le
compte de Moscou13.

Les données collectées dans le cadre de cette étude révèlent que la grande
majorité des personnes qui soutiennent la transition, 58,5% (dont 9 femmes),
sont de la tranche d’âge de 36 ans et plus14. Ce sont neuf personnes de la tranche
d’âge de 18 à 35 ans qui se revendiquent comme des soutiens à la transition.
Ces groupes de personnes disent être des soutiens pour une transition réussie
dans « l’intérêt supérieur du Mali ». Aussi, appellent-ils à un soutien éclairé et
réfléchi et non fondé sur des considérations partisanes et du sentimentalisme.
Principalement, leur soutien a pour socle le discours souverainiste des autorités
de transition.

Des mouvements autoproclamés de la société civile, nés pour certains avant


la « rectification » de la transition mais pour beaucoup après, portent le même
discours souverainiste dans l’opinion. Les principaux sont : Ben ni Kelenya, Fusi-
Mali, Songhoy Ganda, Convention pour le Mali (CPM), Collectif pour la défense
des militaires (CDM), Les Transporteurs, Forsat civile sur lesquels viennent se
greffer des regroupements comme le Collectif pour la refondation du Mali
(Corema), qui a des représentants au sein du Conseil national de transition
(CNT), l’organe législatif.

La plupart des personnes interviewées ont également cité l’Union nationale des
travailleurs du Mali (UNTM), puissante organisation syndicale dont le secrétaire
général, Yacouba Katilé, occupe le fauteuil de président du Conseil économique,
social et culturel. Les positionnements de cette confédération ont connu des
fluctuations15. A la pression exercée durant la première phase de la transition a
succédé un front social apaisé avec moins de mouvements de grève des syndicats
affiliés à la centrale syndicale au cours des premiers mois de la deuxième phase
de la transition.

L’arrivée de Choguel Maïga à la tête du gouvernement, en juin 2021, marque le


début du soutien apporté par le M5-RFP en faveur de la transition. Son mouvement

12
Lire Mali : « la Russie inspire plus confiance que les anciennes puissances coloniales », Jeune Afrique, 22 septembre 2021
13
Lire « La campagne de désinformation d’Evgueni Prigogine dans toute l’Afrique », U.S Department of State, 4 novembre 2022
14
Nous avons mené des entretiens auprès d'une centaine de personnes.
15
Lire « Mali : Yacouba Katilé, le syndicaliste qui met la pression sur les autorités de transition », Jeune Afrique, 13 décembre 2020

TRANSITION AU MALI : RENOUER LE DIALOGUE 9


Ralliements, polarisation et rétrécissement de l’espace civique

avait quelques mois auparavant abandonné la revendication après le premier


putsch d’une codirection de la transition, qui faisait passer les membres du M5-
RFP pour clientélistes. Il s’est finalement rangé dans l’opposition, critiquant un
Parlement de transition « illégal » et le manque de volonté de « refondation ».
Pendant la seconde phase de la transition, le rapprochement avec les militaires
et la gestion du Premier ministre Choguel Maïga qualifiée de « solitaire » par
certains responsables du M5-RFP ont fini par approfondir les divisions au sein de
la direction du mouvement heteroclite, déjà fragilisé par les querelles intestines.
Celles-ci ont débouché sur une fracture avec la création du M5-RFP Mali Kura.
Un récit assez récurent reproche à ces soutiens un positionnement dans une
perspective opportuniste, c’est-à-dire pour se faire un promontoire :

« Ce sont ces trois organisations [Yerewolo, UNTM, M5-RFP] qui ont contribué
à asseoir ce climat dans le pays, et à en faire un instrument de promotion pour
eux. »16

La prise du pouvoir par le groupe de militaires est intervenue au Mali dans un


contexte où les mobilisations citoyennes s’appuient davantage sur les réseaux
sociaux et internet que sur les « médias traditionnels ». Malgré le faible taux de
pénétration17 d’internet dans le pays, les médias sociaux, qui ont favorisé une
« horizontalisation » de la parole, se sont manifestés des processus d’exercice
de contrôle ou de construction de l’opinion qui empêchent le déploiement
d’arguments sur fond d’« instrumentalisation et de propagation de fake news18.
Les multiples médias (web TV, chaines Facebook) non réglementés sont
investis par des individus en quête d’audience et accusés d'exacerber le climat
sociopolitique à travers des propos haineux et stigmatisants. Un acteur politique
interrogé estime que ces acteurs influencent les décisions et en prédisent même
certaines.

Le recours à des animateurs ou influenceurs reprenant les répertoires officiels,


qui a bouleversé le paysage informationnel au Mali, est analysé sous l’angle
d’une neutralisation des mobilisations citoyennes voire politiques contre
les « structures de pouvoir établies »19. Plus que tout, il s’accompagne d’une
tendance au rétrécissement de l’espace civique que plusieurs organisations de
défense des droits humains ont pointé : intimidations et harcèlement judiciaire,
arrestations et tentatives d’arrestations visant les personnes ayant exprimé des
opinions alternatives20.

« On ne comprend pas qu’on en vienne même à violer la liberté de presse,


d’expression et d’opinion. Il y a des atteintes énormes. Il y a les cas de Joliba TV
News, Oumar Mariko, Kaou Djim. Cela ne participe pas à rassembler malgré le
soutien qu’on porte à la transition. Ce sont des complications qui s’ajoutent les
unes aux autres.21»

16
Entretiens de l’OCGS à Bamako, novembre 2022
17
Le pays se distingue toutefois par une faible pénétration de l’internet où à peine un tiers de la population y a accès. Et, les villes
utilisent davantage internet et les réseaux que les milieux ruraux. Voir également Étude sur le digital au Mali, Communautés des
blogueurs du Mali (Doniblog), octobre 2022. Le taux en 2022, s’élevait à 29,9%, alors que 2,15 (10,2%) utilisaient les médias sociaux avec
une dominante déclarée de WhatsApp (29,65%), Facebook (26,01%) sans oublier l’emprise très forte de TikTok.
18
Entretien de l’OCGS à Bamako, dirigeant de parti politique, novembre 2022
19
Étude sur le digital, Doniblog, octobre 2022
20
Lire « Le rétrécissement de l’espace civique et démocratique au Mali est très inquiétant », Avocats sans frontières Canada, 11 août 2022
21
Entretien de l’OCGS, dirigeant de parti politique, Bamako, novembre 2022

10 NOTE D’ANALYSE
Vers un essoufflement des soutiens?
Depuis plusieurs mois, des voix dissonantes s’élèvent de plus en plus pour
dénoncer certaines décisions, et les récentes sorties de Adama Diarra témoignent
du fléchissement de la tendance et édifient sur la hausse du mécontentement. A
titre d’exemple, le récent communiqué de Yerewolo dans lequel sont étalées des
récriminations à l'égard du pouvoir de transition. Les griefs ont trait, entre autres,
« à la prolongation de l’âge de la retraite des magistrats de la Cour suprême en
fonction de leur mandat », « l’augmentation du budget de fonctionnement des
institutions », « la corruption et le manque d’organisation du commerce et de
projet de productivité [qui] sont les premiers facteurs de la cherté de la vie au
Mali »22.

Les difficultés économiques pourraient expliquer la perte de vitesse des soutiens


les plus farouches. Ces derniers semblent moins audibles qu’avant, nourrissant
le sentiment qu’ils sont « rattrapés par le principe de la réalité »23. Un ancien
ministre ayant milité dans l’une des plus grandes formations politiques du pays
souligne :

« Les autorités ont dit qu’on allait refonder le Mali. Mais, c’est de la continuité dans
le changement. Par exemple, l’avant-projet de Constitution qui a été présenté
au Président de la Transition n’est qu’un recueil des anciennes propositions.
S’agissant de la lutte contre la corruption, il n’y pas eu de véritables changements,
les anciennes pratiques perdurent. Enfin, la rhétorique de « L’armée monte en
puissance » est devenu un slogan creux pour les gens. Il y a des résistances qui
se mettent en place. Les militaires ne comprennent pas la résistance et ils gèrent
le pays comme un camp militaire. Le chef décide, les autres exécutent. C’est cela
qui porte les germes de la confrontation. Les logiques qui sont là ne sont que
des logiques de confrontation.24»

Enfin, au sein de la branche du M5-RFP proche du Premier ministre Choguel


Maïga, des voix ont dénoncé les insuffisances de la gouvernance de la Transition.
Ainsi, en plus de certaines organisations de la société civile se plaignant de la vie
chère dans le pays et multipliant les déclarations et préavis, un des membres du
Comité stratégique du M5-RFP, Abdel Kader Maïga, est monté au créneau. Dans
une sortie médiatique devenue virale sur les réseaux sociaux, cette figure du
mouvement, par ailleurs ressortissant de Gao, a attiré l’attention sur l’insécurité
grandissante dans les zones rurales qui continuent de subir les violences des
groupes armées : «[…] Les terroristes donnent des ultimatums à un village entier
qu’il déguerpisse avant deux ou trois jours. Ainsi, certains abandonnent tout

22
Communiqué de Yerewolo–Debout sur les remparts, samedi 12 novembre 2022
23
Entretien de l’OCGS, acteur politique, Bamako, novembre 2022
24
Entretien de l’OCGS, ancien ministre à Bamako et ancien secrétaire général de la présidence, Bamako, novembre 2022

TRANSITION AU MALI : RENOUER LE DIALOGUE 11


Vers un essoufflement des soutiens?

sous la menace des terroristes […] Au niveau de la ville de Gao, je n’ai pas pu
aller dormir chez moi à cause de l’insécurité. »

Ces propos, qui ont été largement repris par d’autres activistes proches du M5-
RFP, montrent que les autorités de transition n’ont pas pu améliorer de façon
substantielle la situation sécuritaire ni rétablir la présence de l’État dans les
territoires affectés par les violences armées. Ainsi, les autorités de la transition
maliennes sont-elles confrontées, depuis quelques semaines, aux premières
véritables épreuves du pouvoir sur le plan interne. D’une part, l’absence
prolongée du Premier ministre Choguel Maïga a semé le doute dans l'esprit
de certains partisans du M5-RFP et, d’autre part, les défis conjoncturels sur
le plan économique, social et sécuritaire ont été les catalyseurs du sentiment
d'effritement des soutiens à la transition.

Parallèlement, l'environnement politique reste caractérisé par le silence


des acteurs politiques. Leur éclipse est très souvent associée, par certains
interlocuteurs, à la peur de faire les frais de la lutte contre la corruption dans un
contexte où des voix appellent à une « purge judiciaire ». En septembre 2021,
le ministre de la Justice, Mahamadou Kassogué, en visite au Pôle économique
et financier, avait déclaré : « Il faut engager une lutte contre la corruption et
la délinquance financière sans état d'âme ». Ces propos intervenaient après la
soumission par le gouvernement au CNT de plusieurs projets proposant une
modification du code de procédure pénale, le statut de la magistrature, ainsi
que « le décret fixant le ressort des juridictions et déterminant le Parquet général
d’attache des parquets des tribunaux de grande instance et des parquets des
tribunaux d’instance ».25

Le rapport de présentation du Pôle, que nous avons pu consulter, s’ouvre


sur un réquisitoire dans lequel la corruption et la délinquance financière sont
dénoncées comme des maux qui « minent [la] société et sapent les projets de
développement entrepris par les autorités ». Les nombreuses actions pour les
endiguer ont accouché d’une panoplie de structures, parmi lesquels les pôles
économiques et financiers, le Vérificateur général, l’Office central de lutte
contre l’enrichissement illicite. Malgré toutes ces structures, insiste le rapport,
les infractions se sont davantage complexifiées, impliquant souvent des
ramifications à l’étranger à travers les processus de blanchiment de capitaux et
de recouvrement des avoirs criminels. Devant le CNT, en août 2021, Choguel
Maïga avait promis une « gouvernance de rupture et d’exemplarité », tout en
annonçant une « lutte implacable » contre l’impunité et la corruption qui ont
conduit à la « déliquescence de l’État ».26

25
Ces modifications ont été motivées par le projet d’institution d’un Pôle économique et financier unique à compétence nationale.
26
Lire « Mali–Adama Sangaré arrêté : opérations mains propres ou chasse aux sorcières ?»,, Jeune Afrique, 6 août 2021

12 NOTE D’ANALYSE
Un contexte de fortes attentes
Le pouvoir de transition, dans la ferveur populaire qui a accompagné le coup
de force militaire d’août 2020, a promis des changements en profondeur dans la
gouvernance du pays. En 2020, le pouvoir du président IBK avait été fortement
fragilisé par la dégradation du contexte sécuritaire ainsi que la litanie d’affaires de
corruption de son entourage sur fond d’impunité. Ces deux questions, la sécurité
et la justice, pour lesquelles le président était fortement attendu à son élection
en 2013, ont fini par cristalliser les mécontentements et favorisé le soulèvement
ayant conduit à sa chute quelques mois après sa réélection, en 2018. A la faveur
de la transition, de nombreux maliens ont nourri l’espoir sur la fin de l’impunité,
l’amélioration des conditions de vie et la sécurité sur l’ensemble du territoire.

Si l’analyse de l’environnement politique et social malien en cette période de


transition fait ressortir des attentes et des défis multiformes, quelques éléments
méritent une attention particulière. D’abord, les attentes au sujet d’une meilleure
distribution de la justice et la lutte contre l’impunité était une demande forte des
Maliens. A ce niveau, conscients qu'une bonne partie de leur légitimité repose
sur la prise en charge de cette demande, dès les premiers mois de la transition
les autorités ont affiché une volonté politique dans ce sens. Des arrestations
ont visé des responsables du régime d’Ibrahim Boubacar Keïta en lien avec les
affaires dites de l’acquisition du Boeing présidentiel et des contrats d’armements
surfacturés27.

Sous IBK, le phénomène des détournements avait touché le financement des


Forces armées maliennes (FAMa)28. En l’absence d’un audit de la loi d’orientation
et de programmation militaire, certains interlocuteurs estiment qu’il est difficile
de convaincre quant à la sincérité de la lutte contre la corruption29. Pourtant,
le narratif de l’audit de cette loi a été utilisé pour justifier le renversement de
Bah N’Daw et de son premier ministre Moctar Ouane, en mai 2021. L’objectif
opérationnel fixé à cette loi était de disposer, en 2019, d’une chaîne de
commandement idoine, avec des FAMa en mesure de faire face à un conflit sur
le territoire, et le pays devait être en mesure de déployer un bataillon formé aux
OMP30.

A l’époque, pour rappel, ces affaires avaient révélé avec acuité le problème lié
à l’assainissement des finances publiques et de lutte contre la corruption qui,
malgré les discours, souffrent d’un manque de volonté politique. Pendant que
certains de ces prévenus attendent toujours d’être jugés, le constat dressé par
certains interviewés est désabusé quant à la « rupture » attendue et au motif

27
Mahamadou Camara, Bouaré Fily Sissoko et Soumeylou Boubeye Maiga (décédé le 21 mars 2022).
28
Lire « Paris-Bamako, les non-dits de la passe d’armes », Afrique XXI, 12 novembre 2021
29
Il se raconte que l’audit a été effectué.
30
« Forces armées africaines, 2016-2017 », Laurent Touchard, 2017

TRANSITION AU MALI : RENOUER LE DIALOGUE 13


Un contexte de fortes attentes

qu’une « corruption énorme s’est installée à la tête du pays »31.

Malgré cette volonté affichée des autorités de la transition, à Bamako, les rumeurs
de népotisme et de détournements continuent de jalonner la vie politique. En
août 2022, la presse s’est fait l'écho de ce qu’elle qualifie de « détournement de
procédure » dans l’attribution d’un marché de BTP de 24,2 milliards de francs
CFA32. Selon le rapport 2021 du Bureau du vérificateur général (BVG), 18 dossiers
ont été transmis à la section des comptes de la Cour suprême et 22 autres
dénoncés aux procureurs en charge des pôles économiques. Il n'en demeure pas
moins que le système judiciaire malien est en proie à des dysfonctionnements
et des insuffisances : problèmes d’engorgements, de corruption, de manque de
confiance des justiciables et de sous-financement.

L’un des scandales les plus emblématiques est celui des logements sociaux qui,
en février 2022, a éclaboussé le ministre de l’Habitat, chargé du dossier, tout
comme le Premier ministre. Alors qu’ils étaient destinés « aux populations à
revenus faibles et intermédiaires », de noms d’individus proches de membres
du gouvernement ont bénéficié de ces logements, ce qui a amené le président
de la Transition à monter au créneau pour ordonner l’annulation de la liste des
bénéficiaires. Un dirigeant politique, soutien de la politique du pouvoir de la
transition à destination des partenaires du Mali, se montre critique :

« Les dispositions pouvaient être prises sur la question des détournements.


Des ministres à remercier sur la question des logements, la gestion des engrais.
Nous ne sommes pas arrivés à cette rupture que nous demandions. C’est du
"IBK sans IBK". L’État continue dans les mêmes pratiques mafieuses (corruption,
népotisme, détournements). Et cela n’augure pas d’un avenir calme.33»

Ensuite, sur le plan de la gouvernance politique et économique, la hausse des prix


dans un contexte inflationniste mondial auquel il faut rajouter les effets de l'impact
de six mois d'embargo de la Cedeao et de l’Uemoa demeure l'un des sujets les
plus critiques. Le gouvernement a mis en place une commission interministérielle
de lutte contre la hausse des prix et la facilitation de l’approvisionnement en
intrants agricoles et produits de première nécessité. La mise en place d’une telle
architecture, rattachée à la primature au lieu du ministère du Commerce, illustre
que le pouvoir de transition a pris la mesure de l’ampleur de la situation34.

Dans la région de Sikasso, à la question des engrais s’est ajoutée, la hausse des prix
des denrées de première nécessité dans un contexte où des observateurs parlent
de spectre d’une insécurité alimentaire à cause de la baisse de la production,
des incendies de récoltes35. Dans une région comme Kayes, la flambée concerne
le transport, en plus des denrées de grande consommation. Sur l’axe Bamako-

31
Entretien de l’OCGS à Bamako, observateur de la vie politique malienne, novembre 2022
32
Lire « 24,2 milliards de marché improbable, par détournement de procédure au ministère de la Sécurité et de la Protection civile », 22
Septembre, 25 août 2022
33
Entretien de l’OCGS, Bamako, novembre 2022
34
Le ministre de l’Industrie et du Commerce a annoncé, le 19 novembre, que la tendance des prix était stable outre que le gouvernement
a réduit les taxes pour faire baisser les prix.
35
Entretien téléphonique avec le président de la jeunesse d’un parti politique, novembre 2022

14 NOTE D’ANALYSE
Un contexte de fortes attentes

Kayes, où les usagers sont exposés à des risques d’attaques, les tickets de bus
sont passés de 8000 francs à 12 000 francs36. A Mopti, le sac de riz coûte 55 000
francs CFA, tandis que celui du mil est à 30 000 francs CFA, « du jamais vu depuis
les indépendances »37. L’augmentation du prix des denrées vient s’ajouter à une
situation déjà très précaire pour les ménages ruraux maliens, qui pâtissent des
conséquences conjuguées du conflit et du changement climatique.

La conférence sociale, tenue en octobre dernier, entretenait les espoirs d’un


apaisement de la colère syndicale. D’après le secrétaire administratif de l’Union
nationale des travailleurs, Issa Bengaly, elle a été organisée « pour dresser un état
des lieux des maux qui gangrènent le monde du travail »38. Une recommandation
emblématique de la conférence est d’aller vers une trêve et un pacte de solidarité
national. Mais le pacte et la trêve, précise-t-il, ne seront pas préjudiciables aux
acquis antérieurs, et « il ne faut pas que l’État en profite pour dire qu’il n’y aura
pas de grève au Mali ». Si aucun préavis n’est venu de l’UNTM à ce jour, une
cascade de préavis de grève et de grève a suivi ceux des magistrats et des
élèves et étudiants : ils concernent les secteurs de l’éducation, de la santé et de
la justice39.

Un manque d’anticipation de la demande sociale comporte le risque d’un


durcissement du régime. Les perspectives, d’un point de vue économique et
social, n’inspirent pas la quiétude à certains économistes qui tablent même sur
une résurgence des revendications si rien n’est fait dans six mois. En mai 2022, la
Banque mondiale avait revu à la baisse les perspectives économiques à l’horizon
2022, « soumises à des risques baissiers importants » à cause des sanctions
économiques et financières de la Cedeao et de l’Uemoa, sans écarter le risque
d’une éventuelle récession40.

Enfin, sur le plan sécuritaire, la situation évolue en dents de scie. Les multiples
déclarations des autorités maliennes mettent en avant le récit d’une situation
sécuritaire qui s’améliore grâce à ce qu’elles appellent la « montée en puissance
» des Forces armées maliennes (FAMa). En entretien, un interlocuteur à Mopti
affirme que l’armée a sécurisé une bonne partie de la zone exondée de Mopti,
auparavant en proie à des attaques, facilitant la circulation des personnes et
des biens. Les tueries liées au conflits locaux ont diminué41. Mais l’insécurité
continue de mettre à mal les écoles et les structures de santé en manque de
personnel, de médicaments, d’infrastructures42.

« Je constate que la sécurité est en train de s’améliorer, les Forces de défense


et de sécurité sont dans une dynamique positive. Les paysans ont pu cultiver
cette année, on espère qu’il y aura également des récoltes. Les vols de bétail ont
beaucoup diminué de même que les tensions entre les communautés. »
36
Entretien téléphonique à Kayes, enseignant, novembre 2022. D’après cette enquête, le sac de 50 kilos de riz est à 12.000 F CFA, le kilo
du sucre à 700 et le fonio à 1 200 FCFA le kilo. Le prix de collage des pneus des motos à deux roues a passé de 250 Fcfa le trou à 500
Fcfa à Kayes.
37
Entretien téléphonique de l’OCGS avec un cadre de l’Union pour la République et démocratie (URD), Mopti, novembre 2022
38
Entretien de l’OCGS, Bamako, novembre 2022
39
La synergie des syndicats signataires du 15 octobre 2016 (qui n’a pas participé à la conférence sociale) a annoncé une grève de
trois jours, à partir du 14 décembre, pour l’application de l’article 39. Les autres préavis viennent du Collectif des syndicats du CHU
du Point-G, la section syndicale de la justice du syndicat des travailleurs de l’administration publique. A Kadiolo et Sikasso, les écoles
publiques et privées sont en grève.
40
Note sur la situation économique du Mali : renforcer la résilience en période d’incertitude– renouveler le contrat social, Banque
mondiale, 25 mai 2022
41
Entretien téléphonique de l’OCGS, agent d’une mission gouvernementale, Mopti, novembre 2022
42
Entretien téléphonique de l’OCGS avec un cadre de l’URD, Mopti, novembre 2022
TRANSITION AU MALI : RENOUER LE DIALOGUE 15
Un contexte de fortes attentes

En octobre 2022, le rapport du secrétaire général de l’ONU sur le Mali indiquait


que, malgré les opérations militaires pour stabiliser, les conditions sécuritaires
continuent de se dégrader dans le « centre du Mali » – une appellation utilisée
par les médias et des acteurs depuis quelques années43 – sous l’effet des actions
violentes perpétrées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM,
JNIM en arabe, affilié à Al-Qaïda) et ses groupuscules satellites.

La fourniture des services sociaux de base aux populations et le rétablissement


de l’autorité de l’État s’en trouvent malmenés : en août dernier, dans les
régions de Mopti et de Ségou, seuls 29% des représentants de l’administration
(gouverneurs, préfets et sous-préfets) étaient présents44. Dans la zone dite des
trois frontières, la détérioration de l’environnement sécuritaire s’est aggravée,
dans le sillage de l’offensive lancée par l’État islamique dans le grand Sahara
(EIGS), entraînant une augmentation du nombre de victimes civiles. L’État
islamique dans le grand Sahara (EIGS)45 et le Groupe de soutien à l’islam et
aux musulmans (GSIM), principaux moteurs des violences dans ces espaces,
se livrent une guerre d’influence dans les régions de Gao et de Ménaka où la
configuration sécuritaire a subi des transformations. Les affrontements entre
groupes armés se réclamant du djihad, outre qu’il pose la question du contrôle
territorial, illustrent une érosion continue du pouvoir des autorités de transition
et une remise en cause même de l’armée en tant qu’institution détenant le
monopole de la violence légitime dans ces espaces.

Un interviewé avance que malgré le renforcement des capacités de l’armée par


l’achat des équipements, qui témoignerait de la volonté des autorités maliennes
de « faire bouger les choses »46, les avancées sont maigres dans le domaine
sécuritaire dans la région de Gao et de Ménaka. Il prédit une recrudescence
de la violence armée dans les régions du nord et du centre entraînée par la
menace « terroriste », alors que les groupes armés signataires de l’Accord pour
la paix et la réconciliation (APR), notamment la Coordination des mouvements
de l’Azawad (CMA), dénoncent l’inaction de l’État.

Autre région, autre réalité : à Sikasso, malgré les opérations militaires, les groupes
armés continuent de s’implanter notamment dans les zones montagneuses
comme Danderesso, Faraguan (Klela), Koutiala, Yorosso jusqu’à la frontière avec
le Burkina Faso. Ces localités ne sont pas épargnées par leur activisme, qui
perturbe la production agricole et l’exercice des activités génératrices de revenus,
en plus de ne pas arranger la présence des autorités administratives (préfet,
sous-préfets) de plus en plus ciblées47. Or, l’absence des autorités présente le
désavantage d’inspirer un sentiment d’abandon aux populations, notamment
dans les zones rurales, peu impliquées dans les stratégies de sortie de crise48.
Dans ces milieux ruraux, loin de l’armée, les populations sont contraintes de

43
Une appellation utilisée par les médias, le monde de la recherche et les acteurs politiques depuis le début du conflit en 2012 pour
désigner une large région aux contours géographiques flous, d’abord confinée à la région de Mopti (selon les anciennes régions) et
désormais aux régions de Mopti et Ségou.
44
Rapport du secrétaire général de l’ONU au Conseil de sécurité sur la situation au Mali, octobre 2022
45
L’EIGS est désormais présenté dans la propagande de l’EI comme une wilaya, province, à part entière de l’organisation, sous le nom EI
Sahel.
46
Entretien téléphonique de l’OCGS, cadre d’ONG, Gao, novembre 2022
47
Entretien de l’OCGS, chercheur en sciences sociales, Bamako, novembre 2022
48
Entretien téléphonique de l’OCGS, consultant indépendant, Tombouctou, novembre 2022

16 NOTE D’ANALYSE
Un contexte de fortes attentes

signer des accords locaux de paix avec les groupes qualifiés de djihadistes,
comme c’est le cas dans les régions du centre du Mali49.

L’environnement sécuritaire reste caractérisé par la persistance de la menace


extrémiste violente et l’absence de l’administration. En un an, l'intensité de la
violence, qui cible les dispositifs militaires, a augmenté entre juin 2021 et juillet
2022 (Rapport trimestriel du secrétaire général de l’ONU). Ainsi, l'année 2022
est considérée, au Sahel de façon générale, comme étant la plus meurtrière.
Les populations civiles paient un lourd tribut, victimes de représailles des
groupes extrémistes violents, de déplacements massifs et des actions menées
par des Forces armées et des « instructeurs russes » en lien avec les accusations
d’exactions portées contre ceux-ci.

Dans les mois à venir, les risques d’assister à un élargissement du périmètre de


l’implantation des groupes sont élevés, notamment dans les régions de Ménaka
et de Gao prises dans une spirale de violence. L’aggravation de la situation
sécuritaire pourrait découler du fait que les acteurs producteurs de la violence
sont divers, outre que leur agenda diffère. En plus des groupes extrémistes
violents, la violence à l'œuvre est aussi le fait des groupes criminels sans projet
politique, des milices d'autodéfense nombreuses dans la région50.

Reste aussi que la crise n’est pas que sécuritaire mais aussi politique. L’instabilité
sur le plan politique met à nu les failles en matière de gouvernance. Avec les
ruptures qu’a connues le Mali depuis 2020, et le climat sociopolitique délétère
qui s’est installé, des mouvements de colère populaire pourraient contribuer
à davantage aggraver l'instabilité à la fois politique et sécuritaire. Le contexte
actuel comporte les germes de forte instabilité politiques à Bamako, qui,
conjuguée à l’instabilité crise sécuritaire, notamment dans les espaces ruraux,
peut rendre la situation difficile, dans les semaines et mois à venir. Les tensions
au sein de l’appareil sécuritaire sont pour le moment maîtrisées, mais leur
résurgence représente un risque réel pour la stabilité du pays. De nouveaux
équilibres politiques sont en construction à la tête de l’État, mais ils s’annoncent
fragiles.

Les Perspectives

Après plus de deux ans de transition et à moins d’une année et demie de la


présidentielle, le Mali est à nouveau à la croisée des chemins. Si les autorités de
transition sont parvenues à susciter un véritable engouement populaire, elles
devraient se garder de tout triomphalisme au risque de compromettre les fragiles

Cartographie des conflits, des groupes armés et des accords locaux dans le centre du Mali– Note d’analyse, OCGS [à venir], 2022
49

Lire « Sahel–Niagalé Bagayoko : à Ménaka, “une intervention beaucoup plus massive requise pour contrer l’offensive de l’EIGS” »,
50

Analyse de la semaine, septembre 2022

TRANSITION AU MALI : RENOUER LE DIALOGUE 17


Les perspectives

acquis enregistrés. À titre d’exemple, la mise en place de l’Autorité indépendante


de gestion des élections (AIGE) est aujourd’hui contestée. En procédant par
tirage au sort, à la désignation des représentants des partis politiques, ces
derniers estiment que le gouvernement s’écarte de la loi électorale. Cette
affaire a déjà suscité des plaintes devant la justice51. Un enseignant, basé à Kayes
et interrogé par téléphone par l’OCGS, insiste sur le fait que la composition
de l’Aige pourrait constituer une source de crise et pointe le fait que sur 15
membres, 8 sont désignés par les pouvoirs publics, émettant ainsi des réserves
quant à l’indépendance de la structure52.

Cette omniprésence de l’exécutif dans le dispositif, en l'occurrence le chef de


l’État, suscite des inquiétudes sur l’impartialité et l’indépendance du nouveau
mécanisme de gestion des processus électoraux. Encore plus important, le
sentiment de marginalisation éprouvé par certains acteurs politiques alimente
des doutes au sujet de la volonté proclamée par les autorités de sortir le pays
de la transition. L’intention est prêtée de plus en plus aux autorités actuelles de
s’acheminer vers une confiscation du pouvoir, et les tenants de cette thèse en
veulent pour preuve le déploiement de militaires dans tous les démembrements
de l’État et la militarisation de la police. Les militaires qui ont pris le pouvoir
auraient un désir de vengeances politique et sociale, « après avoir pris des coups
sur le terrain et dans leur environnement »53.

Autre motif d’inquiétude : l’élaboration d’une nouvelle Constitution dont l’avant-


projet a provoqué l’ire de certains partis politiques. Alors que la Commission a
assuré avoir tenu des échanges avec toute la classe politique, nombreux ont
été ceux qui se sont sentis lésés par le processus. L’un d’entre eux évoque un
« manque de respect et de consultation de la classe politique »54. Pour une
partie de ces acteurs, la Constitution doit traduire des visions politiques. De ce
fait, ils estiment que le président de transition, le colonel Assimi Goïta, devait
réunir la classe politique pour donner des orientations avant l’installation de la
commission technique de rédaction55. Cependant, il est important de préciser
que la Constitution n’est pas simplement un compromis entre acteurs politiques,
c’est aussi un contrat social et un pacte entre gouvernants et gouvernés. À ce
titre, l’implication des forces politiques est importante, mais le processus doit
impérativement tenir compte des autres segments de la société.

Dans un contexte marqué par une diversité d’enjeux et de luttes, l’avant-projet


de Constitution va être un marqueur de la polarisation du débat politique dans
les mois à venir. Il est fréquent d’entendre des interlocuteurs pointer le fait que
la Constitution actuelle ne prévoit pas une nouvelle Constitution mais plutôt
une révision, et l’avant-projet soumis aux autorités de transition commence déjà
à susciter des remous56. Comment le débat sur le référendum sera-t-il mené ?

51
Une plainte émane du Cadre des partis et regroupements politiques pour le retour à l’ordre constitutionnel et une autre de
l’association Droits de l’Homme au Quotidien.
52
Entretien téléphonique, Kayes, novembre 2022
53
Entretien de l’OCGS, observateur politique, Koulikoro, novembre 2022
54
Entretien de l’OCGS, acteur politique et ancien ministre, Bamako, novembre 2022
55
Entretien de l’OCGS à Bamako, novembre 2022
56
Entretien téléphonique, Cadre du Rassemblement pour le Mali, Kayes, novembre 2022.

18 NOTE D’ANALYSE
Les Perspectives

Plusieurs scénarios sont esquissés par des acteurs et observateurs politiques.


La première possibilité qui s’offre au pouvoir de transition est de trouver un
modus operandi autour de l’avant-projet de la nouvelle Constitution. La
deuxième possibilité pourrait consister en un passage en force pour soumettre
la Constitution au référendum et, en cas de victoire du oui, se débarrasser de
la Constitution en vigueur : ce qui équivaudrait, selon un observateur de la
vie politique malienne, à un « troisième coup d’État ». Enfin, une autre option
serait de renoncer à la réforme constitutionnelle pour se limiter aux réformes
électorales et aux élections.

« La gestion du temps est très délicat dans une transition. Plus une transition
traîne, moins elle est à l’abri des soubresauts. La politique comporte beaucoup
d’incertitudes. Et tout cela dépend aussi de la géopolitique (guerre en Ukraine,
instabilité dans les pays environnants…).» 57

Au regard de ce qui précède, il est urgent et nécessaire que les autorités actuelles
renouent avec le dialogue. A ce sujet, les trois recommandations, ci-dessous,
méritent une attention soutenue.

Éviter l’escalade
De plus en plus, des acteurs au sein du personnel politique et même en dehors
de ce champ n’hésitent plus à évoquer le risque d’une confrontation, entre
le pouvoir de transition et les appareils politiques voire au-delà. Une grande
inquiétude est exprimée au sujet de la tenue des délais des élections et du
chronogramme des réformes politiques et institutionnelles par certains, qui
proposent de revoir le périmètre de celles-ci : aller vers des réformes a minima.

Ainsi, les tensions pourraient se cristalliser autour du non-respect du


chronogramme électoral par les autorités de transition. La prolongation de la
transition avait déjà conduit à un report du scrutin présidentiel prévu initialement
en février 2022. Certains acteurs politiques expriment, pour l’instant en privé,
leur crainte de voir un nouveau glissement du calendrier en l’absence d’une
amélioration significative de la situation sécuritaire et d’avancées concrètes dans
les préparatifs des différents scrutins.

« Les acteurs sont conscients que c’est un danger quand on se projette. Si la


tendance actuelle se poursuit, ils partent perdants, il n’y aura pas d’élections, ou
alors les militaires vont mettre les partis hors du jeu politique. Les partis sont dans
l’inaction. Que faire face au danger ? Il faut qu’ils se regroupent et se fassent

57
Entretien de l’OCGS avec un observateur de la vie politique, Bamako, novembre 2022

TRANSITION AU MALI : RENOUER LE DIALOGUE 19


Éviter l'escalade

entendre. L’effort aujourd’hui, la seule voie pour sortir, c’est le compromis. Aller
les uns vers les autres, faire des compromis, pas la compromission. C’est quoi
l’essentiel ? C’est de faire partir les militaires et revenir dans une dévolution
démocratique du pouvoir avec les élections.» 58

Dans un pays en crise, traversé par de multiples clivages, la faiblesse des garde-
fous institutionnels représente un grave danger. Une éventuelle confrontation
pourrait se révéler préjudiciable pour la cohésion sociale et l’unité nationale.
Nombre d’interviewés avancent qu’une médiation devrait être menée entre
l’attelage politico-militaire au pouvoir et les partis politiques pour une sortie
pacifique. Il semble manquer des « supports » de médiation crédibles :

« On a tout brûlé. Cela était possible en d’autres époques. Nos chefs religieux
se sont brûlés les ailes, personne ne les écoute. Ceux qui sont visibles ne sont
pas crédibles.» 59

Reste que cette cohésion interne est l'un des moyens de rassurer les partenaires
internationaux déjà méfiants face à ce que certains considèrent comme une
volonté de plus en plus affirmée de dresser le Mali contre tous :

« On va créer une société explosive qu’on ne pourra plus contrôler. C’est


dangereux tout ça. Le Président Goïta doit prendre la main et montrer le bon
cap. Rassembler autour d’un dialogue.» 60

Renouer le dialogue politique


En décembre 2021, le discours officiel de légitimation des Assises nationales
de la refondation en a fait une occasion de jeter les bases d’un nouvel État.
Les résolutions qui en sont issues auraient pu être une base de refondation si
les autorités maliennes avaient pu convaincre les deux coalitions signataires de
l’APR ainsi que les partis politiques qui ont opté pour la politique de la chaise
vide.

La recommandation qui a le plus retenu l’attention est la durée de la transition,


renforçant la thèse que ces assises avaient été organisées juste pour proroger
la transition, comme le craignaient les acteurs politiques qui avaient refusé de
participer. Cette rencontre a recommandé, entre autres, l’élaboration d’une
nouvelle Constitution. L’avant-projet de ce document, soumis aux autorités il y
a quelques semaines, risque de polariser au cours des prochains jours le débat
politique et constituer un autre sujet de tensions, après la composition de l’Aige

58
Entretien de l’OCGS, ancien ministre, Bamako, novembre 2022
59
Entretien de l’OCGS, Observateur de la vie politique, Bamako, novembre 2022
60
Entretien de l’OCGS, dirigeant du Cadre, Bamako, novembre 2022

20 NOTE D’ANALYSE
Renouer le dialogue politique

attaquée par des organisations devant la justice. Or, faute de consensus, un


référendum pourrait difficilement se tenir. Et l’un des enjeux reste l’organisation
d’élections crédibles et transparentes pour permettre un retour à l’ordre
constitutionnel.

Une crise post-électorale, dont la crainte est sans cesse exprimée, entacherait
tous les efforts de la transition. Ainsi, l’urgence s’impose au Mali d’apaiser le
climat social et politique pour permettre le dialogue et une réelle compétition
politique.

Engager une dynamique nationale


autour de la mise en œuvre du
chronogramme de la transition

A moins de 4 mois du référendum et à plus d’une année de la présidentielle,


l’insécurité peine à être circonscrite dans le pays. En plus du Nord et du Centre,
ce sont d’autres localités au Sud et à l’Ouest du pays qui sont en proie à une
confluence d’attaques qualifiées de « terroristes ». Pour rappel, en 2020, les
élections législatives n’avaient pu être organisées dans de nombreuses localités
du Centre et du Nord du Mali à cause de l’absence de l’administration ou des
menaces des groupes armés.

En plus de l’insécurité, les défis opérationnels liés à l’organisation des élections


à venir sont encore plus importants que ceux des années précédentes. Il s’agit
de la question du fichier, qui a été toujours au cœur de la contestation par les
acteurs politiques.

Ensuite, la présence de l’administration sur toute l’étendue du territoire : sur ce


point, une nouvelle étape devra être franchie dans le cadre de l’opérationnalisation
des nouvelles circonscriptions créées. Il convient d’avancer également sur les
questions liées à la présence effective de l’armée malienne sur toute l’étendue
du territoire, à la démobilisation, au désarmement et à la réinsertion des groupes
armés. Aussi, s’agira-t-il pour les autorités de la transition de réussir à établir une
relation constructive avec toutes les forces vives de la nation.

Enfin, le coût des élections, rarement prévu par le budget national et que le Mali
seul pourrait difficilement prendre en charge. Il est à rappeler que celles de

TRANSITION AU MALI : RENOUER LE DIALOGUE 21


Engager une dynamique nationale autour de la mise en œuvre du chronogramme de la transition

2013 ont été organisées dans un contexte de conflit au Nord après la signature
d’un accord préliminaire à Ouagadougou avec les groupes armés. Même si le
processus électoral n’a pas été satisfaisant partout, tout le pays a pu participer
aux élections.

Cette note a été réalisée avec l’appui financier de la Fondation Friedrich Ebert (FES). Son
contenu ne reflète nullement la position de la FES.

22 NOTE D’ANALYSE
Pens e r e t a gi r en s e mb l e !

Rue 132, Porte 804, Badalabougou SEMA II


Bamako, Mali

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Copyright OCGS - Décembre 2022

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