Chapitre V: Croissance bactérienne
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La croissance bactérienne se manifeste par une augmentation du nombre de cellules, mais
également par un allongement et une augmentation du volume cellulaire. Une fois ces
dimensions critiques atteintes, la bactérie amorce la division cellulaire, principalement par
scissiparité (ou fission binaire), un processus au cours duquel une cellule mère se divise pour
donner naissance à deux cellules filles.
La division débute au niveau du septum, un point précis où se forme une cloison de séparation
entre les deux cellules filles. Chacune de ces cellules recevra une copie identique du chromosome
ainsi que la moitié des constituants cellulaires nécessaires à son fonctionnement.
I. Mesure de la croissance
Il existe de nombreuses techniques pour mesurer la croissance bactérienne. Sur milieu solide,
cette étude est souvent compliquée en raison de l’agrégation des cellules, qui rend difficile leur
individualisation. En revanche, en milieu liquide, les bactéries sont généralement dispersées, et si
des agrégats se forment, ils peuvent être désagrégés par agitation, facilitant ainsi les
prélèvements d’échantillons. La croissance peut alors être évaluée en fonction du nombre de
cellules ou de la masse totale (biomasse).
Les techniques de numération bactérienne (ou dénombrement) visent à déterminer la
concentration en cellules présentes dans un échantillon initial. Elles nécessitent souvent la
réalisation de dilutions décimales successives. Le dénombrement peut être effectué aussi bien en
milieu solide – soit en surface, soit dans la masse – qu’en milieu liquide, selon la méthode
choisie.
1. Mesure directe de la croissance bactérienne
1.1 Dénombrement directe des cellules microbiennes
A partir d’un volume connu d’une suspension bactérienne, on peut faire une numération totale
des cellules au microscope. Un hématimètre (lame de Malassez, lame de Thoma, lame de Helber)
est utilisé pour le comptage des bactéries de taille moyennes ou pour les levures. Alors qu'une lame
spéciale appelée chambre de comptage de Petroff-Hausser est utilisée pour le dénombrement de
bactéries de petites tailles.
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Et pour calculer la concentration des cellules, on utilise la formule suivante :
Exemple de calcul :
• Nombre de cellules comptées : 200
• Nombre de carrés comptés : 5
• Pas de dilution (D=1)
• Volume d’un carré : 4×10-6
1.2 Dénombrement des colonies bactériennes après culture
Le dénombrement (numération) des cellules viables après culture est une technique de
référence et d'usage courant.
1.2.1 Dénombrement sur milieu solide
Un volume fixe d'une suspension bactérienne parfaitement homogène et de ses dilutions
est étalé sur un milieu gélosé (milieu solide) ou incorporé à un milieu gélosé en surfusion (dans la
masse). Dans ces conditions, seules les cellules viables donnent une colonie. Après incubation
réalisée dans des conditions convenables, un comptage des colonies bactériennes, apparues sur ou
dans le milieu de culture, est réalisé.
L'analyse est réalisée en triple exemplaires et le comptage est effectué sur les boîtes
renfermant entre 30 et 300 colonies. Cependant, ce n'est pas sûr qu'une colonie résulte du
développement d'une seule bactérie. En effet, les amas ou les agglomérats bactériens donnent une
seule colonie et plusieurs bactéries déposées par hasard à proximité les unes des autres, peuvent
également donner naissance à une seule colonie. Soit donc plusieurs bactéries non dissociées. Ce
qui induit un dénombrement par défaut, puisque plusieurs bactéries ne forment alors qu'une colonie.
C'est pourquoi les résultats ne sont pas donnés en nombre de cellules mais en Unités Formant une
Colonie (UFC ou CFU pour Colony Forming Unit) (Figure 1).
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Figure 1 : Technique de dénombrement des colonies sur milieu solide.
1.2.2 Dénombrement sur milieu liquide
Les microorganismes sont incorporés dans un milieu de culture liquide conçu pour
permettre leur croissance. La croissance se traduit par l’apparition d’un trouble (voile) du
milieu et, éventuellement, une modification visible (virage d’un indicateur de pH coloré).
• Méthode du nombre le plus probable NPP
Cette méthode est une estimation statistique du nombre de microorganismes supposés
distribués dans le milieu de manière parfaitement aléatoire. L’estimation de la densité bactérienne
est obtenue par application du principe de vraisemblance, à partir de réponses positives. Ces
dernières sont observées pour une ou plusieurs dilutions successives de la suspension bactérienne
originelle, dans des milieux de cultures liquides. Il s’agit d’une méthode quantique et non pas
énumérative. L'utilisation de cette méthode avec un tube par dilution entraîne une forte incertitude
que des méthodes statistiques tentent de pallier par des essais multiples (2 ou 3 tubes par dilution).
Le nombre de bactéries dénombrées est alors exprimé en Nombre le plus Probable (NPP) de
bactéries viables, initialement présentes dans l'échantillon inoculé. Ce nombre est déterminé à partir
de la considération des trois dernières séries de tubes positifs de la gamme des dilutions retenues, où
l'on considère le nombre de tubes positifs par rapport au nombre de tubes inoculés. En se référant à
la table de Mac GRADY, qui donne toutes les combinaisons possibles et les interprétants en
donnant le nombre de bactéries qui devrait statistiquement leur correspondre.
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Exemple:
La dilution 10-4 sera effectuée en prenant 1ml de la dilution 10-3 préalablement
homogénéisée qui sera introduit dans un tube contenant 9 ml de diluant.
- Observation des résultats
La seule manière de savoir si un microorganisme est présent ou non dans l'inoculum par les
techniques en milieu liquide sera de le mettre en évidence par un de ses caractères : trouble et
production de gaz. Si l'un de ses caractères apparait, le résultat sera positif. L'absence de l'un de ses
caractères, le résultat sera négatif.
- Exemple de résultat:
Volume de l'inoculum: 1mL Produit pur 10-1 10-2 10-3 10-4 10-5
Résultat + + + + - -
Il y a au moins 1 microorganisme dans 1 ml de la dilution 10-3 et moins d'un
microorganisme dans 1mL de la dilution 10-4 et donc on peut en déduire qu'il y a au moins
103 microorganismes mais moins de 104 microorganismes dans 1mL de produit pur.
Résultat avec des essais multiples (3 tubes par dilution):
Dilution produit pur 10-1 10-2 10-3 10-4 10-5
Résultats +++ +++ +++ ++- +-- ---
Chiffre égal à la somme des tubes positifs 3 3 3 2 1 0
- Interprétation statistique (Table de Mac Grady)
Dans la ligne "chiffre égal à la somme des tubes positifs", choisir le nombre à 3 chiffres le
plus grand possible et inférieur à 330 (meilleure répartition dans les dilutions).
Se reporter à la table de Mac Grady pour 3 tubes de dilution afin de trouver le NPP
correspondant au nombre 321: le NPP est 15.Cela signifie qu’il y a statistiquement quinze
(15) bactéries dans l’inoculum de la dilution 10-2 ml. D’après les limites de confiance données par
certaines tables, cette valeur numérique de 15 est en fait considérée comme comprise entre 3 et 38 avec
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une probabilité de 95 %, entre 2 et 52 avec une probabilité de 99 %.
En déduire la concentration en microorganismes par ml de produit pur N.
NPP= nombre le plus probable obtenu par lecture de la table de Mac Grady
V inoculum= 1 ml
Fd= facteur de la dilution correspondant au chiffre des centaines du nombre caractéristique 10-2.
N= NPP /V inoculum * Fd
15/0,01 =15 102 microorganismes par ml
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1.2.3 Mesure par filtration sur membrane
Dans certains produits liquides (eau, solutés pharmaceutiques buvables ou injectables...), les
micro-organismes sont à une concentration très faible. Pour les dénombrer une filtration d’un
grand volume (au moins 100ml) sur une membrane qui retient les microorganismes est appliquée.
La membrane filtrante a des pores d’un diamètre de 0,45 µm dont la disposition selon un réseau
en trois dimensions permet de retenir à sa surface les bactéries. Les bactéries sont alors retenues à la
surface de la membrane qui est directement introduite dans une boite de Pétri contenant le milieu
gélosé adéquat. Les bactéries se développent et donnent des colonies qui seront dénombrées. En
effet, le diamètre des pores du filtre est inférieur à celui des bactéries classiquement rencontrées. Il
existe aussi des membranes de porosité de 0,22 µm pour retenir les bactéries les plus petites, des
bacilles très fins qui pourraient se faufiler dans le maillage de la membrane de 0,45 µm (cas de
Pseudomonas aeruginosa) ou encore des spores.
2. Mesure indirecte de la croissance bactérienne
• Définition de la biomasse
La biomasse est le terme qui désigne la quantité (masse) totale d'organismes vivants dans
un biotope ou un lieu déterminé, qu'il s'agisse de plantes, d'animaux, de champignons ou de
microbes. Ainsi, la biomasse est la masse totale des organismes vivants mesurée dans une
population.
De très nombreuses techniques permettent de mesurer la biomasse bactérienne:
détermination du poids sec, mesure de la densité optique (DO), mesure d'un ou de plusieurs
constituants cellulaires, mesure de la consommation d'un substrat, mesure des produits d'excrétion,
mesure des variations physico-chimiques induites par la croissance, etc.
2.1 Mesure indirecte par spectrométrie
Cette méthode est réalisée par l'usage d'un spectrophotomètre. Il s’agit d’une méthode
optique générale, basée sur la propriété que présente toute solution d’absorber une partie de
l’intensité d’un faisceau de lumière qui la traverse en ligne droite (opacimétrie ou densité optique
(DO), de lumière transmise (turbidimétrie). Chacun de ces paramètres peuvent être directement
corrélés à la concentration bactérienne du milieu. Dans le cas de la mesure de l'opacimétrie, la
longueur d'onde utilisée est d'environ 600à650nm. Plus il y a de microorganismes, plus la lumière
est réfléchie et plus l’intensité du faisceau restant est faible, plus la valeur d’absorbance est grande.
C'est la technique la plus employée car la plus simple, la plus rapide et la moins coûteuse.
Son inconvénient majeur est sa sensibilité relativement modérée, il faut des concentrations d'au
moins 107 bactéries / ml pour avoir des densités optiques mesurables.
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2.2 Mesure indirecte de la biomasse sèche
La détermination de la biomasse sèche fournit l'une des mesures les plus satisfaisantes de
la croissance des organismes filamenteux. Cette technique consiste à retirer le mycète du milieu
de culture, à le filtrer pour éliminer les substances étrangères, à le placer dans un ballon puis à le
dessécher dans un dessiccateur et enfin à le pesé. Presque la même méthode est appliquée sur les
bactéries. La différence, c'est que les milieux de cultures des bactéries sont centrifugés. Après le
séchage et la pesée du poids sec, l'évaluation de la population bactérienne est faite en considérant
que 1 mg du poids sec correspond à quelques milliards de bactéries. La biomasse sèche totale de la
population est souvent directement proportionnelle au nombre de cellules.
2.3 Mesure indirecte par la mesure de l'activité métabolique
Le nombre de bactéries d'une population peut être calculé indirectement en mesurant
l'activité métabolique de celles-ci. Mesure du pH qui s'introduit par une acidification au cours de la
croissance, la mesure du CO2 libéré ou la mesure du taux d’oxygène(O2). Ainsi que la mesure de
l’ATP par fluorescence.
II. Paramètres de croissance, constantes de croissance
1. Aspects théoriques de la croissance
Théoriquement, une bactérie, placée dans un milieu convenable peut se multiplier
indéfiniment, par fission binaire. La croissance se fait selon une progression géométrique: 1, 2, 4, 8,
... ou 20, 21, 22, 23,.....2n (où n = nombre de générations qui est le nombre de dédoublement
(divisions) subis par la bactérie mère. Il s'agit d'une croissance exponentielle (Figure 2).
Figure 2 : Aspect théorique de la croissance bactérienne.
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2. Constantes de croissance
2.1 Nombre de génération(n)
➢ Calcul du nombre de génération (phase exponentielle)
Soit N= nombre de cellule en division au temps (t) et N0 le nombre de bactérie initial. Après
1 (une) division : N1= 21. N0
Après 2 (deuxième) divisions : N2= 22. N0
Après n division : Nn= 2n. N0
Donc LogN = Log2n. N0 = nLog2 + Log N0
⇒n = LogN – LogN0/Log2
2.2 Temps de génération (Ɵ, G)
Le temps qui sépare deux divisions successives (ou temps nécessaire au doublement d'une
population) est appelé temps de génération θ ou G.
θ=t/n où
t : Temps d'incubation
n : Nombre de génération
Ou encore :
G = tn-t0/n
Le temps de génération ou le temps nécessaire au doublement du nombre de cellules
dépend de l'espèce, voire même de la souche et des conditions environnementales. Dans les
conditions optimales de culture, le temps de génération est de 13 minutes pour Vibrio
parahaemolyticus, de 20 minutes pour Escherichia coli, de 100 minutes pour Lactobacillus
acidophilus et de 1000 minutes pour Mycobacterium tuberculosis.
Cependant, le nombre de divisions par unité de temps est égal à l'inverse du nombre de
génération (1/G) ou (1/Ɵ). Pour les exemples donnés ci-dessus il est de 4,6 par heure
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pour Vibrio parahaemolyticus, de 3 par heure pour Escherichia coli, de 0,6 par heure
pour Lactobacillus acidophilus et de 0,06 par heure pour Mycobacterium tuberculosis.
2.3 Taux de croissance (µ)
Le taux de croissance (µ) exprime la vitesse de multiplication des bactéries. C'est le
nombre de divisions effectuées par unité de temps. Le taux de croissance est ainsi défini comme la
variation du nombre de bactéries ou de leur biomasse par unité de volume ou de temps.
µ = n / t ⇒n =µt
Il s'agit d'une fonction exponentielle :
Figure 3 : Représentation schématique du taux de génération.
Si on part d'une population initiale N0, au bout de n divisions, on aura un nombre théorique de
bactéries :
N = 2n NO (1).
De plus
:
µ = n / t ⇒n =µt (2).
De (1) et (2) ⇒N = 2µtN0.
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3. Courbes de croissance, aspects expérimentaux de la croissance
bactérienne
3.1 Courbe expérimentale de croissance en milieu non renouvelé (Discontinue,
système clos (batch))
Dans une population bactérienne, toutes les cellules ne se divisent pas de
manière synchrone et la croissance s'effectue de façon continue. Dans un milieu
non renouvelé, la croissance des bactéries est limitée par l'épuisement du milieu
en nutriments. La cinétique de la croissance peut être établie expérimentalement en
mesurant les variations de la masse bactérienne (LogN) en fonction de temps (t).
Expérimentalement, un milieu de culture liquide favorable est ensemencé.
Les cultures peuvent être réalisées dans de simples flacons (tubes à essais,
erlenmeyer) ou dans des équipements spécifiques (bioréacteur ou fermenteur),
où les conditions convenables de culture sont régulés et maintenues à leurs
optimums. Le suivi de la croissance bactérienne est réalisé par des dénombrements
bactériens à des intervalles de temps réguliers (Figure 4).
Figure 4 : Courbe cinétique de croissance bactérienne en milieu non renouvelé
(système clos (batch): croissance discontinue).
Selon la courbe de croissance (Figure 4), six (6) phases sont définies en
s'appuyant sur le taux de croissance (µ): phase de latence, phase d'accélération,
phase de croissance exponentielle, phase de décélération, phase stationnaire et
phase de déclin.
Les microbiologistes utilisent classiquement les paramètres cinétiques suivants pour
caractériser ces différentes phases :
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La densité cellulaire (biomasse) initiale (x0), le temps de latence (lag), la vitesse spécifique
maximale également appelée taux de croissance (µmax), le temps de génération (Tg) et la
densité maximale atteinte (Xmax).
Le temps de latence, lag, est défini par convention comme étant l'intersection de la droite
correspondant à la phase exponentielle (en cordonnées semi-logarithmiques) avec la droite
horizontale passant par la concentration initiale x0 (figure 13). La vitesse de multiplication
ou taux de croissance (vitesse de croissance par unité de densité) maximum, μ max, est la
pente correspondant à la phase exponentielle (en coordonnées semi-logarithmiques).
1- Phase de latence : C’est une période d’adaptation métabolique du
microorganisme au milieu, au cours de laquelle, il synthétise les enzymes nécessaires à la
métabolisation des substrats disponibles. Cette phase est sans division cellulaire (x = x0
population constante), la vitesse de croissance est nulle (µ=0). Sa durée est variable et
dépond de plusieurs facteurs : âge, état physiologique des cellules, qualité du milieu. Cette
phase peut être réduite et peut même être supprimée par l’inoculation de cellules (ou de
spores) en bon état physiologique, obtenues en pré culture sur le même milieu.
2- Phase d’accélération : La multiplication cellulaire démarre avec une vitesse
spécifique de croissance de plus en plus grande (0<µ<µmax).
3- Phase exponentielle : La croissance est maximale et constante. Les cellules filles
croissent au même taux que leurs cellules mères. Le nombre de cellules en culture et leur
masse augmente proportionnellement au temps, selon une progression géométrique, d’où
l’allure exponentielle du phénomène. En coordonnées semi-logarithmique, logx = f(t), cette
phase est représentée par une droite. Le taux de croissance µ est constant et maximum
pendant cette phase (il est nul pendant la phase de latence et stationnaire). Il est
graphiquement représenté par la pente de cette droite. La quantité de nutriments est en excès
et la biomasse augmente donc le plus rapidement. Les produits formés au cours de cette phase
sont les métabolites primaires. Tant que n’apparaît pas de facteur limitant la croissance, la
phase exponentielle se poursuit.
On peut relier µ au temps de génération tg. Une population initiale de biomasse x0 se
multipliant par division binaire évoluera de la façon suivante (tg est alors un temps de
doublement) : après un doublement (t=tg), on aura x1=2 x0 individus ; après deux doublement
(t=2 tg) on aura x2=22 x0 individus ; après n doublement (t=n tg) on aura xn=2n x0 individus
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Pour cette phase :
L’équation exponentielle de la croissance est donnée par : Xt = X0eµt , et ln Xt = ln X0 + µt
Xt : biomasse à l’instant t (g.l-1)
X0 : biomasse initiale (g.l-1)
µ : vitesse spécifique de croissance pendant la phase exponentielle
h-1 t : temps (heure)
➢ Le temps de génération G (heures) c’est le temps qui sépare deux divisions
successives (temps nécessaire au doublement), exprimé par : G = 1/µ.
➢ Le taux de croissance µ ou la vitesse spécifique de croissance (heures-1),
correspond au nombre de division effectuée par unité de temps, on dit aussi la
vitesse de croissance par unité de densité cellulaire. µ = 1/G aussi µ = n ln2 / t.
Graphiquement, µ représente la pente de la droite de la phase exponentielle : µ = ln
x2 – ln x1 / (t2 – t1).
4- Phase de ralentissement : La population ne peut pas croitre indéfiniment dans
un milieu non renouvelé. Le taux de croissance diminue progressivement, entrainant une
augmentation de plus en plus réduite du nombre de cellules. Un ralentissement ou un arrêt de
la croissance apparaissent lorsqu’un nutriment essentiel est épuisé : limitation par le substrat
énergétique, la source d’azote, un facteur de croissance. Le milieu devient carencé : le
facteur impliqué est appelé facteur limitant la croissance. L’arrêt peut aussi survenir à la
suite de l’accumulation de substances toxiques spécifique ou non (acidité).
5- Phase stationnaire : C’est le niveau d’accumulation maximum de la biomasse,
X atteint son niveau maximum Xf (la croissance cesse). L’augmentation de la concentration
cellulaire s’arrête (µ = 0), Ceci se traduit graphiquement par un plateau de durée variable
mais généralement courte. Elle fait suite à la consommation des nutriments et à la présence de
déchets microbiens bactériostatiques et bactéricides. On distingue deux situations possibles :
les micro- organismes peuvent survivre sans multiplication cellulaire dans un milieu
défavorable à leur développement ; il peut également se produire des divisions cellulaires
mais celles-ci donnent naissance chacune à deux cellules dont un est mort-né. Les
métabolites secondaires, qui ne présentent pas de fonction particulière dans le métabolisme et
dans la croissance cellulaire, sont formés le plus souvent en fin de phase de ralentissement et
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pendant la phase stationnaire.
La phase stationnaire permet de déterminer les rendements :
a. Le rendement en biomasse : appelé aussi coefficient de conversion de
substrat, représente la quantité de biomasse produite par gramme de substrat
consommé pendant un intervalle de temps très court. Le rendement global
s’applique à l’ensemble de la culture : Yx/s=∆X/∆S= (X-X0)/(S0-S) en grammes
de biomasse (masse sèche) produit par gramme de substrat consommé.
b. La productivité est la quantité de biomasse produite par unité de volume et de
temps : Qx= ∆X/∆t = (X-X0)/(t-t0), X est une concentration (g/L) et Qx
s’exprime en g/L/h. Selon l’intervalle de temps choisi, on définit une
productivité maximale et une productivité totale.
c. Le rendement en produit par rapport à la biomasse produite et par rapport au
substrat consommé, respectivement : YP/X=∆P/∆X = (P-P0)/(X-X0),
YP/S=∆P/∆S = (P-P0)/(S0-S).
6- Phase de décroissance (phase de déclin) : La phase de déclin correspond à la
diminution de la biomasse liée à une lyse cellulaire. Le nombre de cellules viables diminue,
du fait de la mortalité dont le taux augmente progressivement. Parallèlement, la
concentration en biomasse décroit à la suite de l’autolyse des cellules mortes, sous l’action
de leurs propres enzymes hydrolytiques (protéases, lipases, nucléases, polysccharidases).
Remarque : La phase de ralentissement et la phase stationnaire sont extrêmement
importantes, dans le cas de microorganismes producteurs de métabolites secondaires tels que
les antibiotiques.
3.2 Croissance en milieu renouvelé: continue, système ouvert
Contrairement à la croissance discontinue où les conditions de croissance
changent en permanence dans un système clos, du fait du développement bactérien,
la croissance continue correspond à un système ouvert dans lequel la population
bactérienne est maintenue dans un état de croissance équilibré et optimale, en
phase de croissance exponentielle. Cette situation est stabilisée par le
renouvellement permanent du milieu de culture assuré par un apport régulier de
milieu nutritif qui est compensé par le retrait simultané du même volume de culture
bactérienne. Par ce principe, deux dispositifs principaux sont utilisés permettant la
croissance de ce type de culture:
a- Chémostat
Ce dispositif consiste en un récipient de culture équipé d'un siphon de trop-
plein et d'un mécanisme qui fait tomber la culture goutte à goutte, à taux régulier,
dans un milieu frais provenant d'un réservoir. Le milieu dans le récipient de culture
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est fermé par un jet d'air stérile. Chaque goutte du milieu frais, qui entre, provoque le
départ d'une goutte de culture par le siphon. Le milieu de culture est préparé de telle
façon qu'un aliment limite le rendement de la croissance bactérienne. Le récipient est
inoculé et les cellules se multiplient jusqu'à ce que l'aliment de limitation soit épuisé.
A ce moment, le milieu frais est introduit à partir du réservoir à un taux tel que les
cellules épuisent l'aliment de limitation aussi rapidement qu'il est fourni. Dans ces
conditions, la concentration cellulaire reste constante et le taux de croissance (µ) est
directement proportionnel au taux d'écoulement du milieu (Figure 5).
Pompe
Réservoir du
milieu de culture
frais
Air
Analyseur del’O2 et du CO2
Filtre à air
Récipient Point d’échantillonnage
Receveur
Chémostat
Figure 5 : Représentation schématique du Chémostat.
b- Turbidostat
Ce dispositif ressemble au chémostat excepté que le flux du milieu nutritif est
contrôlé par un mécanisme photoélectrique qui mesure la turbidité (DO) de la
culture. Lorsque la turbidité dépasse le niveau choisi, du milieu frais est alors entré.
Ainsi, les cellules peuvent croitre à taux maximum à une concentration cellulaire
constante. Seulement le taux de croissance est contrôlé dans le turbidostat (Figure 6).
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Réservoir du milieu de
culture frais
Contrôleur du flux du
milieu nutritif
Sortie du
milieu
Source de
lumière
Mécanisme
photoélectrique
Turbidostat (Mesure de la turbidité)
Figure 6 : Représentation schématique du Turbidostat.
3.3 Phénomène de diauxie
Le phénomène de diauxie, mis en évidence par MONOD, se traduit par une courbe de
croissance diphasique. Il est observé dans des milieux synthétiques contenant au moins
deux sources de carbone et il est lié à un mécanisme de répression catabolique. Par
exemple, dans un milieu contenant du glucose et du lactose, certaines espèces vont dans un
premier temps utiliser le glucose grâce à des enzymes constitutives. La dégradation du
lactose est sous la dépendance d'enzymes inductibles dont l'induction est réprimée en
présence du glucose. Lorsque le glucose sera épuisé, les bactéries utiliseront le lactose et
donneront une nouvelle phase de croissance exponentielle après un temps de latence
intermédiaire (Figure 7).
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Figure 7 : Courbe cinétique de croissance d'une culture en diauxie.
Lorsque des bactéries sont cultivées en présence de glucose et de lactose, elles commencent par l'utilisation du glucose
jusqu'à son épuisement. On observe ensuite un temps de latence, durant lequel les bactéries synthétisent les enzymes
nécessaires à l'utilisation du lactose, avant la reprise de la multiplication bactérienne.
3.4 Croissance synchrone
Les bactéries en phase exponentielles de croissance se multiplient à la même vitesse, mais
avec un décalage dans le temps dû à une inégalité de réserves initiales des bactéries. Cela, se
traduits par des temps de latence différents d'où l'asynchronisme de la croissance. Si toutes les
cellules se divisent au même instant, la courbe de croissance donne des paliers successifs qui
expriment le doublement de la population. La synchronisation de la croissance peut être obtenue
par différent procédés comme la filtration sélective et le choc thermique.
3.5 Croissance sur milieu solide ou sur gélose
En plus des milieux liquides connus sous le nom de bouillons de culture, les bactéries
peuvent être cultivées sur des milieux solidifiés, en forme de gel, par l'incorporation de substances
gélifiante (d'où le nom de gélose) à leur composition de base. La substance la plus utilisé est l'agar
de nature polysaccharidique.
La croissance à la surface d'un milieu solide se traduit soit par une nappe confluente
lorsque les bactéries sont déposées en grand nombre soit par l'apparition de colonies lorsque les
cellules sont déposées de manière isolée. Lors de la formation d'une colonie, la croissance conduit
d'abord à l'apparition d'une couche monocellulaire et la structure de la microcolonie est
bidimensionnelle. La prolifération des bactéries de la périphérie conduit à une extension radiale de
la colonie alors que la prolifération des bactéries situées au centre de la colonie est à l'origine de la
structure tridimensionnelle due à la poussée vers le haut des cellules résultant de la division
bactérienne.
Le développement des colonies a des conséquences en ce qui concerne l'accès des bactéries
à l'oxygène et aux nutriments. L'oxygène pénètre difficilement dans une colonie bien développée et
sa concentration au centre de la colonie peut être faible. Les nutriments diffusent vers le haut à
partir de la gélose pour créer un gradient de concentration inverse à celui de l'oxygène.
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Pour une bactérie aérobie, toutes les cellules sont en croissance et en multiplication dans une
colonie jeune, alors que dans une colonie âgée, seules les cellules proches de la surface continuent à
se multiplier. En effet, l'absence d'oxygène au centre de la colonie inhibe la multiplication des
bactéries qui s'y trouvent.
L'aspect des colonies est un critère important de l'identification d'une bactérie. Les colonies
se caractérisent par leur vitesse d'apparition, leur taille, leur aspect (colonies lisses ou S pour
smooth, colonies rugueuses ou R pour rough, colonies muqueuses ou M, colonies brillantes ou
mates, colonies à bord régulier ou irrégulier, colonies plates ou surélevées ou ayant un aspect
en œuf sur le plat, colonies pigmentées ou non pigmentées, etc.), leur odeur (odeur de seringa
pour Pseudomonas aeruginosa, odeur de terre mouillée pour Burkholderia pseusomallei, etc.), leur
texture, leur caractère hémolytique sur une gélose au sang, leur adhérence ou non à la gélose, etc.
3.6 Biofilms
Dans leur habitat naturel, les bactéries vivent le plus souvent attachées à des supports et leur
mode vie est sessile (par opposition au mode de vie planctonique ou vie à l'état libre observée dans
des milieux liquides). Les bactéries sessiles forment des colonies qui se recouvrent de polymères
organiques et qui tendent à s'associer en communauté. Elles forment alors des biofilms quise
trouvent dans les canalisations, à la surface des roches immergées d'une rivière, à la surface des
muqueuses, sur les dents (plaque dentaire), sur les prothèses, sur divers matériels médicaux
(cathéter, valve cardiaque), etc. Au sein des biofilms, les bactéries sont soumises à des phases
d'abondance et de restriction nutritionnelles, mais elles sont protégées vis-à-vis des facteurs
environnementaux défavorables (dessiccation, parasitisme par les bactériophages ou présence
d'antibiotiques, présence d'antiseptiques ou de désinfectants).
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