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Cours de Philo Et Logique

Le document présente un cours de philosophie et logique destiné aux étudiants de L2 à l'Institut Supérieur Pédagogique de Bunia. Il aborde des thèmes tels que l'essence de la philosophie, la philosophie africaine, et les principes de la logique, tout en détaillant les objectifs pédagogiques, le calendrier des cours et les modalités d'évaluation. Les enseignants, Dr. LENG’CWINY MUGISA Zacharie et Ass. KISEMBO Jean-Paul, sont disponibles pour accompagner les étudiants dans leur apprentissage.

Transféré par

Zacharie Lengcwiny
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Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
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Cours de Philo Et Logique

Le document présente un cours de philosophie et logique destiné aux étudiants de L2 à l'Institut Supérieur Pédagogique de Bunia. Il aborde des thèmes tels que l'essence de la philosophie, la philosophie africaine, et les principes de la logique, tout en détaillant les objectifs pédagogiques, le calendrier des cours et les modalités d'évaluation. Les enseignants, Dr. LENG’CWINY MUGISA Zacharie et Ass. KISEMBO Jean-Paul, sont disponibles pour accompagner les étudiants dans leur apprentissage.

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REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET UNIVERSITAIRE


INSTITUT SUPERIEUR PEDAGOGIQUE DE BUNIA

B.P. 340 BUNIA

Notes de
Philosophie & Logique

UE destinée aux étudiants de L2 LMD FLA & FL

Par
Docteur LENG’CWINY MUGISA Zacharie

Edition 2025
Bunia
RDC
Philosophie & Logique /L2_FLA & L2 FL_ISP-BUNIA....................page 1

CONTRAT PÉDAGOGIQUE

1) Intitulés de l’UE : Linguistique et philosophie (FLA)/Interprétation des


textes littéraires et philosophie (FL)
Domaine : Lettres, Langues et Arts
Unité de rattachement : Département de Français
Promotions : L2 FLA & FL

2) Identification et présentation des animateurs


 LENG’CWINY MUGISA Zacharie, Docteur en philosophie, chercheur dans les
domaines de politiques de développement et de l’intelligence artificielle,
enseignant permanent à l’ISP-BUNIA. Contacts : 0810479400,
zlengcwiny@[Link].
 Ass. KISEMBO Jean-Paul, Liciencié en philosophie et chercheur en philosophie
morale. Contact : 0823252913, jeanpaulkisembo@[Link]
 Pendant la période de notre enseignement, nous serons disponibles sur
téléphone et par courriel pour des besoins pédagogiques.

3) Données et composantes de l’UE


- Code de l’UE : LIP1241 (FLA)/ITP1241(FL)
- Semestre :4
- Nombre de crédits : 3 pour notre EC « Philosophie et logique »
- Objectif général : Philosopher sur l’essence de la philosophie et sur les réalités
africaines.
- Compétence de l’UE : Développer l’esprit critique dans la réflexion, l’analyse, la
recherche scientifique et la profession enseignante.
- Mode d’enseignement : Présentiel et distanciel.
- Déroulement de l’UE : 30h CMI, 10h TD et 5h TP. Total : 45h.
- Approches pédagogiques : CMI (méthodes expositive, interrogative et
démonstrative) et active (TD), utilisation pédagogique des TIC.
- Local/auditoire : S2.

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


Philosophie & Logique /L2_FLA & L2 FL_ISP-BUNIA....................page 2

4) Programmation du cours

a) Calendrier des activités du cours


Séances Matières prévues Objectifs spécifiques

1ère séance Partie 1 - La


Mardi philosophie
15/4/25  Chapitre 1 : Comprendre la philosophie, son universalité, son
8h00-19h00 Qu’est-ce que la objet, ses méthodes, sa subdivision, ses origines et
philosophie ? sa nécessité comme science inhérente à la vie
humaine et comme mère de toutes les sciences.
2e séance  Chapitre 2 :  Philosopher sur les réalités africaines et sur les
Mercredi Introduction à la éléments philosophiques de nos traditions et
16/4/25 philosophie coutumes ;
8h00-19h00 africaine  Dégager les différents courants au sein de la
philosophie africaine
3e séance Partie 2 - Logique  Saisir les lois d’une pensée correcte et d’un
Jeudi  Chapitre 1 : raisonnement valide ;
17/4/25 La logique  découvrir les erreurs, les pièges, la démagogie et
8h00-13h00 aristotélicienne le sophisme dans les discours.
4e séance  Chapitre 2 :  formaliser les propositions logiques pour éviter
Vendredi La logique les équivocités dues à la polysémie des concepts
18/4/25 symbolique ou lors du raisonnement
8h00-13h00 mathématique

b) Evaluations et activités d’apprentissage : modalités et mesures

Matières à évaluer Date et Mode de Pondération


durée travail
Partie 1 – Philosophie : Chapitres 1 & 2
 Lecture et/ou visualisation de quelques Vendredi,
ressources média-bibliographiques relatives 18/4/25 En équipe 15 points
aux thèmes abordés, discussions, rédaction de 10h
rapport du travail, exposés et débats à
l’auditoire
Partie 2 – Logique : chapitres 1 & 2
 Exercices sur les principes et règles des
raisonnements syllogistiques catégoriques et Samedi, En 15 points
hypothétiques 19/4/25 équipe
 Exercices de formalisation et d’évaluation des 5h
expressions propositionnelles
Examen final [Link] Individuel 30 points

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


Philosophie & Logique /L2_FLA & L2 FL_ISP-BUNIA....................page 3

NB :
 Il y aura des contrôles continus (TD, TP, présence au cours) et un examen final.
Les contrôles se feront à notes et syllabus ouverts.
 Pondération : 60 points, dont 30 pour le CC et 30 pour l’examen. Chaque
composante sera enfin réduite à la moyenne de 20 points suivant les exigences de
LMD.
 Chaque absence au cours vaut 0,5 point.
 Tout plagiat sera puni de nullité du travail présenté et de la reprise du travail.

c) Matériels pédagogiques
- Descriptif, description du cours/syllabus, des extraits audio-visuels et textuels,
ordinateur, smartphone.
- Eléments bibliographiques :
 Pour la philosophie
o ALAIN, Elément de philosophie, Paris, Ed. Gallimard, 1985.
o ARISTOTE, L’Organon (1eret 2e analytiques)
o ARNAUD A., La logique ou l’art de penser, Paris, Flammarion, 1972
o BLANCHE R., Le raisonnement, Paris, PUF, 1973
o BLANCHE, R., Logique et son histoire, d’Aristote à Russell, Paris, A. Colin, 1970.
o COSTA, La logique de Leibniz, Paris, Alcan, 1960
o DESCARTES, R., Les Principes de la philosophie, Paris, Gallimard, 1970
o DIRVEN, E., Introduction aux logiques, Kinshasa, Kimwenza, Ed. Loyola, 1990.
o DOPP J., Notions de logique formelle, Bruxelles, Ed. Béatrice Nauwelaerts, 1967
o DUBARLE & DOZ, Logique et dialectique, Paris, Larousse, 1984
o GOCHET, P., et GRIBOMONT, P., Logique. Méthode pour l’informatique
fondamentale. T 1, Paris, Hermès, 1990.
o GRAMSCI, A., Cahiers de prison, Paris, Gallimard, 1978.
o HOUNTONDJI, Sur la philosophie africaine, Paris, Maspero, 1977.
o HUSSERL, E. Méditations cartésiennes, Paris, [Link], 1929.
o HUSSERL, E., La crise de l’humanité européenne et la philosophie, Paris, Aubier,
1987
o JASPERS, K., Introduction à la philosophie, Paris, Plon, 1982.
o KANT, E., Logique, Paris, [Link], 1970
o KOTARBINSKI, Leçons sur l’histoire de la logique, Paris, PUF, 1964
o LALANDE A., Vocabulaire critique et technique de la philosophie .
o LE SENNE R., Traité de morale générale, Paris, P.U.F., 1963
o MARTIN R., Logique contemporaine et formalisation, Paris, PUF, 1964
o MERLEAU-PONTY, M., Eloge de la philosophie, Paris, Gallimard, 1967
o MUTUNDA M., Eléments de logique, Kinshasa Médiaspaul, 2006
o MUTUZA KABE, « Qu’est-ce que la philosophie ? », in Philosophie africaine,
Kinshasa, FCK, 1977.

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


Philosophie & Logique /L2_FLA & L2 FL_ISP-BUNIA....................page 4

o TARSKI, A., Introduction à la logique, Paris, Gauthier Villars, 1960.


o TOWA M., « La philosophie africaine dans le sillage de la négritude », dans Essai
sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle, Yaoundé, Clé, 1971.
o TRICOT, Traités de la logique formelle, Paris, J. Vrin, 1966
o VAN PARYS J.M., Une approche simple de la philosophie africaine, Kinshasa, éd.
Loyola, 1993.
o VIALATOUX, L’intention philosophique, Paris, P.U.F., 1961.

5. Code de bonne conduite pour le bon déroulement de l’UE

Voici le code de bonne conduite à observer pendant l’enseignement :

 Usages du téléphone portable pendant l’enseignement :


 Modes silencieux ou vibreur recommandés,
 Appels, réseaux sociaux, musique, vidéos, écouteurs aux oreilles… interdits.
 Déplacements dans l’auditoire pendant le cours : modalités à proposer par les
étudiants pour limiter l’excessivité.
 La parole (opinion, point de vue, discussion, débats…) et la modération : modalités
à proposer avec les étudiants.
 La ponctualité aux activités du cours.
 La discipline pendant les enseignements et les séances d’apprentissage ;
 Le respect de l’ordre et des règles de savoir-vivre : à proposer par les étudiants.
 Autres règles de bonne conduite : à proposer par les étudiants.

Fait à Bunia, le 15 avril 2025.


L’animateur principal

Dr. LENG’CWINY MUGISA Zacharie

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


Philosophie & Logique /L2_FLA & L2 FL_ISP-BUNIA....................page 5

PREMIERE PARTIE : LA PHILOSOPHIE

CHAPITRE I : QU’EST-CE QUE LA PHILOSOPHIE ?

A. Objectif du chapitre

Comprendre la philosophie, son universalité, son objet, ses méthodes, sa subdivision, ses
origines et sa nécessité comme science inhérente à la vie humaine et comme mère de
toutes les sciences.

B. Description du contenu

0. Introduction

Au cours de la première leçon du Professeur Jules Lachelier, lors de sa toute


première année d’enseignement à Toulouse, un élève lui avait posé cette question :
qu’est-ce que la philosophie ? A la grande surprise de ses élèves, l’enseignant
répondit : « Je ne sais pas ». Et c’est toute la Ville de Toulouse qui se moquait de ce
jeune et brillant philosophe qu’on lui avait envoyé de Paris et qui ne savait même pas ce
qu’était la discipline qu’il était chargée d’enseigner.

Mais cette réponse de Jules Lachelier n’est pas en réalité étonnante et n’exprime
pas une ignorance. Ceux qui se moquaient de lui ne savaient pas que la philosophie
commence par une (re)mise en question de toutes choses, par un étonnement, par un
doute préalable et par la prise de conscience de notre ignorance.

Souvenez-vous que Socrate répétait sans cesse : « Je ne sais qu’une chose, c’est
que je ne sais rien » ou « tout ce que je sais, c’est que je sais que je ne sais rien ».
Socrate ne cessait de poser des questions à des gens qui se passaient pour des savants ;
et il se montrait toujours comme un ignorant qui a besoin de s’instruire auprès de ces
savants. Mais comme les questions de Socrate les embarrassaient, ils commençaient à
découvrir leur propre ignorance. Par-là, Socrate, au moyen de l’ironie, mettait à nu leur
ignorance.

L’important, voire l’essentiel, ici est que la prise de conscience de sa propre


ignorance constitue, pour tout homme, la condition indispensable pour acquérir le vrai
savoir.

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


Philosophie & Logique /L2_FLA & L2 FL_ISP-BUNIA....................page 6

I.1. Définition étymologique et définition essentielle

Etymologiquement, la philosophie désigne l’amour de la sagesse. C’est Pythagore


qui, selon la tradition philosophique, remplaça l’expression « Sophia » (Sagesse) et
« Sophos » (Sage) par philosophia (amour de la sagesse) et par philosophos (ami de la
sagesse). Et Karl Jaspers soutient cette idée car, dit-il, l’essence de la philosophie est la
recherche du savoir et non sa possession1.

Mais, que signifie cette expression « amour de la sagesse » ?

Chez les grecs, dans l’Antiquité, la sagesse signifiait un savoir, mais aussi l’art de
vivre conformément à la morale. La sagesse a ainsi une double fonction :
 Une fonction théorique : c’est-à-dire la recherche de la vérité, de la connaissance ou
de la science ; bref le savoir ;
 Une fonction pratique : c’est-à-dire la recherche des normes morales (éthiques) pour
une conduite juste dans la société à laquelle on appartient.

Il y a une distinction entre la sagesse spéculative ou contemplative (sophia en


grec) et la sagesse pratique (phrônesie, c’est-à-dire le bon jugement entrainant une
conduite correcte), toutes réunies dans la philosophie.

La philosophie veut nous enseigner ainsi à vivre vertueusement et à penser. Elle


veut nous donner une morale et une vision vraie du monde. Vivre moralement bien et
avoir une vraie vision du monde sont liés l’un à l’autre. Dans la tradition philosophique,
le savoir se révèle comme la condition de la sagesse. C’est dans le savoir que réside le
salut. C’est la connaissance rationnelle qui peut nous conduire au bonheur. Si la religion
conditionne le salut à la foi, la philosophie conditionne le salut au savoir rationnel.

La philosophie est, étymologiquement, amour de la sagesse, mais elle est aussi


l’effort pour acquérir une conception d’ensemble de l’univers ou de l’universalité des
choses. Et dans cet ordre d’idée, il n’est pas facile de définir la philosophie, car chaque
philosophe peut l’entendre selon sa propre perspective.

1 Cf. JASPERS, K., Introduction à la philosophie, Paris, Plon, 1982.

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


Philosophie & Logique /L2_FLA & L2 FL_ISP-BUNIA....................page 7

Science des premiers principes et des premières causes, la philosophie est


également, pour Aristote, la science maîtresse ou science de l’Universel. Or la
connaissance de toutes les choses appartient nécessairement à celui qui possède au plus
haut degré la « science de l’Universel ».

Socrate est le philosophe qui a vécu ces deux fonctions de la sagesse. Ce qui
laisse comprendre que la philosophie est une façon de vivre et un genre de connaissance.
Donc c’est un salut et un savoir comme le dit le philosophe congolais Mutuza Kabe. Et
selon ce dernier, l’histoire de la pensée montre que ce salut et ce savoir ont eu leurs
martyrs. La philosophie n’est pas un jeu d’esprit ou une bonne manière de jongler avec
adresse les concepts. La philosophie, telle que nous la suggère l’étymologie, est vie,
recherche de l’idéal, quête d’une voie dans laquelle nous voulons nous engager en vue
de prendre en main notre destinée2.

Elle n’est pas non plus un dogmatisme, c’est-à-dire un savoir définitif et complet.
Faire de la philosophie, nous apprend Karl Jaspers, c’est être en route. Les questions en
philosophie sont plus essentielles que les réponses et chaque réponse devient une
nouvelle question3.

Il y a donc dans la recherche philosophique une certaine humilité qui s’oppose


au dogmatisme orgueilleux des fanatiques. En effet, le fanatique est sûr de posséder la
vérité. Il est comme aveuglé par ce qu’il croit être vrai. Dès lors, il ne fait aucun effort
pour chercher la vérité parce qu’il croit la posséder déjà et il a tendance à l’imposer à
autrui. Le fanatique ou le dogmatique se croit être dans le vrai et il n’a plus le souci de
se rendre vrai ; la vérité est sa propriété.

Si le fanatique se croit propriétaire de la vérité, le philosophe, lui, se considère


plutôt comme le pèlerin de la vérité. Il n’est pas question ici de nier l’existence de la
vérité, mais de refuser l’idée que l’on peut posséder de manière définitive et totale la
vérité. Etre philosophe, c’est au contraire être en chemin vers la vérité.

Cependant, le doute philosophique n’est pas un scepticisme, mais une volonté,


une humilité de se croire qu’on ne possède pas en soi la totalité de la vérité. L’humilité

2 MUTUZA KABE, « Qu’est-ce que la philosophie ? », in Philosophie africaine, Kinshasa, FCK, 1977, p.24.
3 JASPERS, K., Introduction à la philosophie, Paris, Plon, 1982.

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


Philosophie & Logique /L2_FLA & L2 FL_ISP-BUNIA....................page 8

philosophique consiste à dire que la vérité n’est pas plus à moi qu’à toi, mais qu’elle est
devant nous.

En résumé, la philosophie est essentiellement une réflexion critique,


autocritique et radicale portant sur la totalité du réel en vue d’en découvrir le
sens profond. Il ressort de cette définition ce qui suit :
 La philosophie est une réflexion critique et autocritique, dans ce sens que l’esprit
philosophique n’est pas avant tout un esprit naïf ou affirmatif, mais un esprit qui fait
passer au crible de la raison les opinions des autres et ses propres opinions. Il s’agit
de les examiner pour s’assurer de leur validité. La qualité essentielle du philosophe
est donc l’esprit critique. Il n’accepte rien de manière naïve, mais il fait passer au
crible de la raison toutes les certitudes que nous tenons pour évidentes. La philosophie
n’est pas un pur refus ou un scepticisme, mais une exigence de preuve.

 La philosophie est une recherche radicale , car elle vise à obtenir les explications
ultimes ou profondes des choses, c’est-à-dire à saisir le fondement ou la raison d’être
des phénomènes. C’est pourquoi, contrairement aux sciences qui posent la question
du comment, la philosophie pose la question du pourquoi.

 La totalité du réel : c’est l’objet de la philosophie. Pendant que les sciences sont
sectorielles, la philosophie est a pour objet tout ce qui existe, de tout ce qui transcende
l’expérience.

 Le sens profond : la philosophie ne s’arrête pas au niveau superficiel dans sa quête


du savoir, mais elle cherche une compréhension profonde de son objet d’étude.

A côté de cette définition essentielle, l’on retrouve également des philosophes


qui ont aussi exprimé ce qu’ils comprennent de la philosophie. A titre illustratif, on peut
évoquer :
 Aristote : « Le philosophe est celui qui possède la totalité du savoir dans la mesure
du possible ».
 Descartes : « C’est proprement avoir les yeux fermés sans tâcher les ouvrir que de
vivre sans philosopher ».
 Socrate : « La philosophie est la recherche passionnée de la vérité ».

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


Philosophie & Logique /L2_FLA & L2 FL_ISP-BUNIA....................page 9

 Nairay : « La philosophie est le travail d’exprimer, par le langage, les sens que
l’homme accorde à son expérience, à sa condition, à son histoire, à ce monde dans
lequel il vit et aux rapports qu’il entretient avec lui ».
 Eugène Wisnibuski : « la philosophie est la recherche libre et responsable sur le sens
de l’existant ».

I.2. Objet de la philosophie

Dans son sens originel, puis traditionnel, la philosophie regroupe un certain


nombre de champs de réflexions, de démarches ou d’attitudes pratiques que nous
sommes en mesure de distinguer, au moins jusqu’à un certain point. Rien n’est indigne
de la réflexion philosophique. Cette dernière porte sur le réel en totalité ou mieux sur la
totalité du réel. La totalité du réel, c’est ce qui est. Concrètement, elle porte sur la nature,
sur l’homme et sur Dieu ; c’est-à-dire le philosophe réfléchit sur le sens de l’existence de
l’homme, sur le monde ou la nature et sur Dieu.

Puisqu’elle s’occupe de tout le réel, la philosophie est ainsi une science


universelle, se ramifiant en une diversité de sciences particulières, dont certaines, au fil
des temps, se sont détachées pour devenir sciences autonomes. C’est dans ce sens qu’elle
est appelée mère des sciences.

I.3. Méthodes de la philosophie

La méthode peut se définir comme un procédé conséquent et adéquat en vue


d’atteindre une vérité ou de maitriser la nature. Elle est aussi, selon André Lalande, une
direction définissable et régulièrement suivi dans une opération de l’esprit 4.

La philosophie vise à dépasser l’opinion en vue d’élaborer un savoir valable


concernant l’homme et l’univers. De manière générale, il n’y a pas une méthode
universelle pour la philosophie, de même qu’il n’y a pas une méthode universelle pour
toutes les sciences. Car, il existe des méthodes distinctes pour la philosophie de
l’éducation, pour la philosophie du droit, la philosophie de l’histoire, la philosophie
politique, l’anthropologie philosophique, la bioéthique… Il est donc légitime de conclure

4 A. LALANDE, Vocabulaire critique et technique de la philosophie , p.624.

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


Philosophie & Logique /L2_FLA & L2 FL_ISP-BUNIA....................page 10

qu’il existe autant de méthodes qu’il y a des objets d’étude choisis par les philosophes. Il
faut donc choisir la méthode la plus appropriée à un projet philosophique donné.

Néanmoins, une bonne méthode philosophique ou scientifique doit demeurer


transparente et contrôlable par tout autre chercheur compétent. Traditionnellement, la
méthode philosophique était d’abord dialogale ou dialectique avec Socrate. Elle est
devenue essentiellement réflexive et critique avec René Descartes, Emmanuel Kant et
Hegel. Plus tard, elle sera qualifiée de phénoménologique avec Husserl en ce sens que
les faits se présentent à la conscience tels qu’ils sont. Bref, la philosophie utilise
essentiellement la réflexion critique comme méthode.

Mais dans une même méthode, on peut déceler de sous-méthodes. La


philosophie, dans son effort d’élaborer un savoir universel valable, recourt constamment
à des méthodes ci-après : la méthode herméneutique (consiste à reconstituer la pensée
d’un auteur par interprétation de ses textes), la phénoménologie, le doute méthodique,
l’induction, la déduction, la description, l’analyse, la synthèse.

La méthode propre à la philosophie, comme nous l’avons déjà dit, est la méthode
réflexico-critique, en ce sens précisément qu’elle pose des questions de plus en plus
radicales et critiques sur les choses. Vialatoux le dit d’ailleurs bien : « Cette méthode
procède par voie d’implications régressives, accompagnées d’une intention progressive,
et préparent des explications dégressives. »5

I.4. Division de la Philosophie

De manière traditionnelle, on peut diviser la philosophie en trois branches


principales :
1. La métaphysique qui se subdivise en :
 Ontologie : étude de l’être en tant qu’être
 Théodicée : étude rationnelle de l’être suprême
 Psychologie rationnelle ou anthropologie philosophique : étude philosophique de
l’homme.

5 VIALATOUX, L’intention philosophique, Paris, P.U.F., 1961, p.62

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


Philosophie & Logique /L2_FLA & L2 FL_ISP-BUNIA....................page 11

2. La philosophie morale ou l’éthique : réflexion théorique et critique sur le bien et


le mal, les idéaux et les valeurs qu’influent sur la vie sociale.
3. La logique : étude de validité de nos raisonnements.

On peut ajouter, à ces trois premières branches fondamentales de la philosophie,


les autres disciplines philosophiques suivantes :
1) La philosophie de l’éducation
2) La philosophie politique
3) La philosophie sociale
4) La philosophie du langage
5) La philosophie analytique
6) La philosophie de l’histoire
7) La philosophie de la nature
8) La philosophie de la religion
9) La philosophie de l’art
10) La philosophie du droit
11) La philosophie des sciences
12) La philosophie de la médecine
13) La philosophie du travail
14) La philosophie du développement
15) La philosophie africaine
16) La philosophie de la technique
17) L’épistémologie
18) La bioéthique
19) Etc.

I.5. Peut-on dire que tout homme est philosophe ?

La conception stricte et propre de la philosophie comporte une dimension éthique


et critique. Alain l’exprime en ces termes : « Le mot philosophie, pris dans son sens le
plus vulgaire, enferme l’essentiel de la notion. C’est, aux yeux de chacun, une évaluation
exacte des biens et des maux ayant pour effet de régler les désirs, les ambitions, les
craintes et les regrets (…). On voit par-là que, si la philosophie est strictement une
éthique, elle est, par cela même, une sorte de connaissance universelle, qui toutefois se

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


Philosophie & Logique /L2_FLA & L2 FL_ISP-BUNIA....................page 12

distingue par sa fin des connaissances qui ont pour objet de satisfaire nos passions ou
seulement notre curiosité »6.

Gramsci explicite cette idée en prétendant alors que « tous les hommes sont
philosophes ». C’est pour dire qu’une « philosophie spontanée » ne dispense quiconque
d’un effort conséquent et soutenu pour élaborer par soi-même une conception critique
du monde. Autrement dit, il y a de la philosophie dans le langage (lequel est un ensemble
de notions et de concepts déterminés), dans le sens commun et le bon sens ainsi que
dans la religion populaire, donc également dans tout le système de croyance, de
superstitions, d’opinions, de façons de voir et d’agir.7

Deux sens du mot « philosophie » apparaissent ainsi au grand jour : philosophie


au sens large, c’est-à-dire une conception générale de l’univers, un ensemble d’opinions,
une sagesse individuelle ou collective. Il s’agit là de la philosophie spontanée, c’est-à-
dire une vision du monde. Si tout homme a une certaine vision du monde, c’est qu’il a
une philosophie au sens large. Vu dans ce sens, tout homme est alors philosophe.

Mais, un second sens du mot « philosophie » existe et réside dans la recherche


de la vérité et dans la réflexion critique. La philosophie n’est pas ici un système clos ou
une vision close du monde que se fait un homme ou une tribu. Considéré dans ce sens,
tout homme n’est pas philosophe.

Les philosophes contemporains préfèrent appeler la philosophie au sens large


une éthno-philosophie8 ou une philosophie spontanée. Au sens strict du terme, la
philosophie est une réflexion critique. Or dans son sens large, il n’y a pas de réflexion
critique.

I.6. L’importance de la philosophie

Le sens commun donne parfois raison à Calliclès qui tenait la philosophie pour
une activité frivole, un jeu intellectuel plus déroutant que subjectif. C’est aussi l’avis des

6 ALAIN, Elément de philosophie, Paris, Ed. Gallimard, 1985, p.21-22.


7 GRAMSCI, A., Cahiers de prison, Paris, Gallimard, 1978, p.175-176.
8 Pour mieux comprendre le débat sur l’éthno-philosophie ou sur la philosophie spontanée, il convient de

bien lire Paulin HOUNTONDJI dans son livre Sur la philosophie africaine, Paris, Maspero, 1977.

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


Philosophie & Logique /L2_FLA & L2 FL_ISP-BUNIA....................page 13

partisans de scientisme pour qui la philosophie n’a plus d’objet et que les sciences
suffisent. L’on pense que la philosophie ne sert à rien.

Toutefois, une récusation si brutale de la philosophie est en effet trop naïve et


mal élucidée. Car toute argumentation qui tend à récuser la philosophie est en réalité
trop philosophique. Elle se réfute alors elle-même. Elle ne peut prétendre à une
quelconque légitimité. C’est pourquoi la philosophie ne cherche pas à se faire valoir
auprès de l’opinion. Elle se sait pourtant nécessaire. Descartes l’a bien exprimé en ces
termes : « J’aurais ensuite fait considérer l’utilité de cette philosophie, et montré que,
puisqu’elle s’étend à tout ce que l’esprit humain peut savoir, on doit croire que c’est elle
seule qui nous distingue des plus sauvages et barbares, et que chaque nation est d’autant
plus civilisée et polie que les hommes y philosophent mieux ; et ainsi c’est le plus grand
bien qui puisse être dans un Etat que d’avoir les vrais philosophes. Or c’est proprement
avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher. »9

Merleau-Ponty, défendant la nécessité et l’utilité de la philosophie, ajoute : « La


philosophie nous éveille à ce que l’existence du monde et la nôtre ont de problématique
en soi, à tel point que nous soyons à jamais guéris de chercher, comme disait Bergson,
une solution dans le cahier du maître. »10

En tant qu’instance fondatrice, cheminement individuel et sagesse effective, la


philosophie, comme l’ont montré les stoïciens, trouve donc en elle-même sa destination
et sa fin : « Car ce n’est pas en donnant de l’herbe aux berges que les brebis montrent
qu’elles ont bien mangé, mais en digérant leur nourriture au-dedans et en fournissant
au-dehors de la laine et du lait. Toi, non plus donc, ne montres pas aux gens les principes
de la philosophie, mais digère-les et montre les œuvres qu’ils produisent. »11

La philosophie peut être aussi vue comme une réflexion sur l’histoire des sciences
et sur les problèmes posés par les résultats, par les découvertes ou les connaissances
scientifiques. Certes, la philosophie n’est pas l’addition des sciences. La philosophie, disait
Thibaudet, « n’est pas la science de tout mais la science du tout », c’est-à-dire une vision
du monde unifiée, qui trouve ses éléments dans les diverses sciences qui explorent

9 DESCARTES, R., Les Principes de la philosophie, Paris, Gallimard, 1970, p.558-559


10MERLEAU-PONTY, M., Eloge de la philosophie, Paris, Gallimard, 1967, p.53
11 Cf. EPICTETE, Marcel, Paris, Hatier, 1988

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


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chacune un domaine particulier. Dans ce sens, la philosophie demeure incontournable


pour l’homme ou pour la société.

L’homme ne peut donc pas se passer de la philosophie12, car la philosophie est


partout dans la vie de l’homme sous diverses formes : mythe, proverbes, sagesse
courante, opinions admises.... On ne peut pas échapper à la philosophie. La philosophie
peut atteindre tout homme, même un enfant. Tant qu’il y aura des hommes, la
philosophie ne peut jamais disparaître.

Mais la philosophie a toujours été prise en partie, regardée comme un danger


par l’homme politique et par l’Eglise surtout non catholique. L’Eglise, même catholique au
Moyen-âge avec Tertullien, avait rejeté la philosophie ou la sagesse grecque, la
considérant comme étant une folie qui éloigne l’homme de Dieu. La philosophie a été vue
comme ce qui corrompt l’Eglise.

La politique, de son côté, considère que la philosophie est dangereuse. Les


philosophes démasquent les abus des politiciens. Nous savons que la philosophie se veut
essentiellement une vérité ou une lumière pour la société. Or, la politique, telle qu’elle
est exercée dans beaucoup de pays du monde, particulièrement d’Afrique, c’est une
démagogie, un discours idéologique, alors que la politique, dans son sens premier tel que
les Grecs l’ont conçue, est l’art de diriger la cité et de conduire le peuple vers le bonheur.
C’est pourquoi pour atteindre cet objectif, Platon pensait que le philosophe, en tant
qu’homme sage, doit être Roi. Si le roi n’est pas philosophe, il doit le devenir. D’où la
thèse platonicienne du philosophe-roi. La conflictualité entre la politique, au sens
détourné, c’est-à-dire de mensonge13, et la philosophie a fait beaucoup de martyrs de la
vérité dans l’histoire. Depuis l’Antiquité grecque, pensons à la mort de Socrate, à celle du
philosophe italien Bruno Giordano, au refus de Platon d’entrer dans la vie politique suite
à la condamnation à mort de son maitre par les politiciens de l’époque. La politique a
toujours tenu la philosophie pour un danger. Car aucun rapport n’existe entre la vérité et
le mensonge, entre la vertu et le vice. Ce n’est pas pour autant dire que toute politique,

12 K. JASPERS, Introduction à la philosophie, Paris, Plon, 1982, p.10


13 Le philosophe Julien Frend pense que la politique est d’essence mensongère.

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


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en tout lieu, n’est que mensonge. Mais facilement la politique glisse dans le mensonge si
elle n’est pas fondée sur l’éthique.

I.7. Origines de la philosophie occidentale

La philosophie occidentale a une origine et une histoire dont on peut tenter de


dégager le sens. La Grèce est vue comme le berceau de la science, car en général toutes
les sciences sont nées de la philosophie, et celle-ci est née en Grèce. Parlant de l’origine
de la philosophie, Husserl écrit : « De manière générale, l’origine de la philosophie est
située à la fois en Grèce (Ville d’Ionie), en Afrique (Egypte et Ethiopie), en Mésopotamie
et en Inde ».

La philosophie, pense Husserl, a une origine. « Poussons l’analyse à son terme :


l’Europe a un lieu de naissance. Je ne songe pas, en termes de géographie, à un territoire,
quoiqu’elle en possède un, mais à un lieu spirituel de naissance, dans une nation ou dans
le cœur de quelques hommes isolés et groupes d’hommes appartenant à cette nation
qu’est la Grèce antique du VIIè et du VIè siècles avant Jésus-Christ. C’est chez elle qu’est
apparue une attitude d’un genre nouveau à l’égard du monde environnant ; il en est
résulté l’irruption d’un type absolument nouveau. Forme culturelle nettement traduite
selon son sens originel, ce terme est un autre nom de la science universelle, la science
du tout du monde, de l’unique totalité qui embrasse tout ce qui est »14.

Dès lors, deux thèses vont s’affrontent sur l’origine de la philosophie et, par
conséquent, sur celle des sciences : la thèse d’eurocentrisme et la thèse d’afrocentrisme.
Le célèbre philosophe et savant sénégalais Cheikh Anta Diop est le défenseur de
l’afrocentrisme. Dans son ouvrage De l’antériorité de la civilisation nègre , il démontre que
la philosophie et les sciences, qui en découlent, sont bel et bien nées en Afrique,
précisément en Egypte et Ethiopie. Selon lui, beaucoup de philosophes grecs, notamment
Platon et Aristote, ont été en Egypte pour apprendre auprès des sages égyptiens. Dès
lors, on peut dire que les Grecs ont aussi emprunté aux sages égyptiens, ce qui les a
rendus célèbres. Cheikh Anta Diop affirme aussi que beaucoup d’Occidentaux ont étudié
à Tombouctou qui fut, à l’époque, un des grands centres culturels ou intellectuels.

14 HUSSERL, E., La crise de l’humanité européenne et la philosophie, Paris, Aubier, 1987, p.35

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Thalès de Milet est considéré comme le premier philosophe du monde occidental.


En Afrique, on peut considérer les sages de l’Egypte antique et Guillaume Amo, un
Ghanéen qui aurait étudié et enseigné la philosophie en Allemagne, comme les premiers
philosophes.

Bien avant d’apparaître comme un effort de synthèse de tous les savoirs, la


philosophie serait donc née d’une inquiétude et d’un étonnement. C’est pourquoi Aristote,
et à sa suite Arthur Schopenhauer, considère que la philosophie naît de l’étonnement.
Aristote le dit ainsi : « Car, c’est l’émerveillement qui poussa les hommes à philosopher :
ils s’étonnèrent d’abord des choses étranges auxquelles ils se heurtaient ; puis ils allèrent
peu à peu plus loin et se posèrent des questions concernant les phases de la lune, le
mouvement du soleil et des astres, et la connaissance enfin de l’univers entier ».

En m’étonnant, je prends conscience de mon ignorance. Je cherche à savoir, mais


seulement pour savoir « et non pour contenter quelque exigence ordinaire ». Philosopher,
c’est s’éveiller en échappant aux liens de la nécessité vitale. Cet éveil s’accomplit lorsque
nous jetons un regard désintéressé sur les choses, le ciel et le monde ; lorsque nous nous
demandons : « Qu’est-ce que tout cela ? D’où tout cela vient-il ? » Et l’on n’attend pas
que les réponses à ces questions aient une quelconque utilité pratique, mais qu’elles
soient en elles-mêmes satisfaisantes.

Une fois mon étonnement et mon émerveillement apaisés par la connaissance du


réel, voici que surgit le doute. Les connaissances, il est vrai, s’accumulent, mais pour peur
qu’on se livre à un examen critique, plus rien n’est certain. Les perceptions sensibles sont
conditionnées par nos organes et elles nous trompent. En tout cas, elles ne coïncident
pas avec ce qui existe en soi hors de nous, indépendamment de la perception que nous
avons. C’est pourquoi, lorsque je veux philosopher, je me saisis du doute. La célèbre
formule de Descartes, « je pense donc je suis » lui est apparue indubitable au moment
où il doutait de tout le reste. Car même si, sans m’en rendre compte, je me trompe
totalement pour tout ce que je crois connaître, il n’est pas possible que je me trompe
encore sur le fait que j’existe malgré tout, alors même qu’on m’induit en erreur.

Le doute devenu méthodique, comme une voie ou un chemin qui conduit à la


vérité, entraîne un examen critique de toute connaissance. D’où, il découle que, sans un

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doute radical, il n’y a pas de philosophie véritable. Mais ce qui est décisif, c’est de voir
comment et où le doute lui-même permet de conquérir le fondement d’une certitude.

Quand je suis absorbé par la connaissance des objets dans le monde, par le
déploiement du doute qui doit me conduire à la certitude, je m’occupe des choses, je ne
pense pas à moi, à mes fins, à mon bonheur, mon salut. Au contraire, je suis content de
m’oublier moi-même en acquérant ces nouvelles connaissances.

Cela change lorsque je prends conscience moi-même de ma situation. Epictète,


le stoïcien, disait : « L’origine de la philosophie, c’est l’expérience que nous faisons de
notre propre faiblesse et de notre impuissance ». Comment me tirer d’affaire, dans cette
impuissance ? Voici sa réponse : « il faut que je considère tout ce qui n’est pas en mon
pouvoir, de par sa nécessité propre, comme indifférent pour moi. En revanche, il
appartient d’amener par la pensée tout ce qui dépend de moi, notamment le monde et
le contenu de mes représentations, à la clarté et à la liberté »15.

I.8. Les premières écoles philosophiques

Les premiers philosophes grecs, selon les historiens, sont des ioniens, qui vivaient
au VIème siècle av. J.C, dans les colonies grecques d’Asie Mineure dotées d’une belle
civilisation. On les appelle des « physiologues ou les cosmologues » pour signifier que
leur effort s’est porté principalement sur l’explication rationnelle de la nature.

Surpris par la cohésion du monde matériel et par le cours régulier des


transformations qui s’y produisent, les premiers philosophes ont pensé que les choses de
la nature cachent une même matière ou dérivent d’un même principe ultime. Quel est
ce principe d’où viennent toutes les choses. Les réponses des philosophes sont diverses :

I. Ecole ionienne

 Thalès de Milet (624-548 av J.C), le premier philosophe de l’occident, pense que


c’est l’eau qui est à l’origine de tout.
 Anaximandre (610 av J.C) pense que c’est l’Indéterminé, l’illimité ou l’apeiron.
 Anaximène (590-528 av J.C) pense que l’élément d’où vient le monde, c’est l’air.

15 K. JASPERS, Introduction à la philosophie, Paris, Plon, 1982, p16-18

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 Héraclite d’Ephèse (540-475) estime que c’est le feu, voulant signifier par-là que
tout est pur devenir. Toute vie et toute réalité sont un pur devenir ou panta
rei (tout s’écoule) ; on ne peut pas descendre deux fois dans le même fleuve, car
sans cesse ses eaux se renouvellent. Héraclite en conclut que tout est relatif en
ce monde, et qu’il ne faut rien considérer comme définitif et parfait.

II. Ecole pythagoricienne

Pythagore de Samos et son école pensent que les Nombres sont d’une importance
capitale. Ils ne sont pas seulement des symboles, mais les éléments qui constituent la
réalité. Car on ne peut ni voir, ni entendre un nombre. D’où l’intellectualisme ou
l’idéalisme déjà implicite dans la pensée philosophique de Pythagore. Ces nombres, on
ne peut que les penser. Si on attache une valeur mathématique à l’essence de l’univers,
on insiste par-là sur la seule intelligence, sur des spéculations rationnelles.

III. Ecole éléate

Parménide d’Elée (né vers + 540) fait remarquer que tout est de l’Etre, que l’Etre
est toujours identique à lui-même et que rien ne peut s’opposer à l’Etre ; car le non-être,
synonyme de néant, n’est pas possible. L’être est unique, immuable, incréé, éternel et
parfait. La philosophie de Parménide prend le contre-pied de celle d’Héraclite.

IV. Ecole atomiste

Fondée par Démocrite (460-370), l’école atomiste renouvelle l’esprit ionien.


Démocrite et Leucippe pensent que toute réalité est constituée de petites particules
matérielles, homogènes, invisibles et éternelles. Ces petites particules, ils les appellent
« atomes », toujours en mouvement. Ces atomes sont donc les éléments primitifs qui
expliquent toute chose.

Nous vivons ici le grand siècle de Périclès. Athènes devient le centre de la


civilisation grecque. La philosophie fleurit abondamment.

V. Ecole de la sophistique
Les sophistes rencontrent un grand succès. Ils sont des hommes cultivés, de
beaux parleurs qui enseignent un relativisme qui s’approche du scepticisme. Ils défendent
et détruisent n’importe quelle thèse. Ils ont développé la rhétorique, art de bien parler.
Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie
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Ils faisaient payer leurs enseignements, ce qui les rendait plus riches. A l’époque,
on ne peut pas être un homme politique digne de ce nom, si on ne sait pas haranguer la
foule. Et les sophistes apprenaient aux gens l’art de bien haranguer la foule. C’est
pourquoi, dans le rang des disciples des sophistes, il y avait des hommes politiques. Les
sophistes refusent de réfléchir sur le principe ultime de l’univers, dont ils se déclarent
ignorants.

Avec eux, c’est l’homme qui devient le vrai centre d’intérêt de la philosophie.
Protagoras, le plus grand sophiste, affirme que l’homme est la mesure de toute chose,
c’est-à-dire n’est vrai, bon, beau que ce qui parait tel à l’homme. Tout est apprécié du
point de vue humain. Tout est relatif et subjectif à l’homme.

VI. Ecole socratique

a) Socrate

Socrate s’insurge contre les sophistes. Il affirme, contre les sophistes, le droit
souverain du vrai et du bien comme valeurs objectives qui s’imposent à tous et qu’il faut
respecter. Socrate est, dans l’histoire de la philosophie, le type de philosophe
désintéressé, fidèle à ses principes et courageux. Il a vécu sa philosophie.

Fondateur de la philosophie morale, basée sur l’intellectualisme moral, Socrate


s’engage à convertir ses compatriotes à la vertu comme science du bien. Grâce à sa
méthode dialectique, ayant en son sein deux étapes (l’ironie et la maïeutique), Socrate
ne se décourage pas d’interroger avec ironie les faux sages pour les convertir à la vertu.
Il a dû payer cher son franc parler et fut condamné à boire la cigüe (à mort).

b) Platon

Platon est le père de l’idéalisme et disciple de Socrate. Avec Aristote, ils sont les
piliers de la philosophie grecque. Platon est né d’une famille noble. Il a fondé son école
philosophique appelée Académie. D’une intelligence fine, d’une imagination brillante, de
tempérament poétique et mystique, Platon distingue deux mondes :
 Monde sensible, qu’atteint la connaissance sensible, est un monde des images, des
apparences et des ombres.

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 Monde intelligible, monde des Idées ou monde métaphysique, véritable monde où


se trouvent les essences, les modèles de toutes choses. Selon Platon, la connaissance
que nous avons des Idées n’est qu’un souvenir qui rappelle la contemplation primitive
antérieure à notre séjour en ce monde, et qui se réveille au contact des choses
matérielles, reflets de l’idéal. L’intelligence ne crée rien, mais découvre par
réminiscence, car l’âme a séjourné dans le monde des Idées avant son incarnation
dans le corps où elle est comme prisonnière jusqu’à la mort qui la libère. Platon a
appris de son maître à apprécier la valeur objective du vrai et du bien et à puiser la
vérité éternelle dans le contenu des Idées. D’où l’idéalisme de Platon.

c) Aristote

Disciple de Platon, est du courant réaliste. Aristote aime les sciences naturelles.
Il est un observateur des faits, mais aussi s’intéresse à la métaphysique. Il avait un esprit
systématique et une logique rigoureuse. Il pense que l’intelligence crée réellement. Il a
fondé son école appelée Lycée.

Aristote pense que le monde des Idées, dont l’univers matériel n’est qu’un reflet,
est une utopie. Pour lui, contrairement à son maître, les choses sensibles existent
vraiment et sont, au sens propre du mot, de l’être. Le devenir de l’univers matériel ou
sensible est réel. Il faut, pense Aristote, l’expliquer selon la théorie de la forme et de la
matière.

I.9. Le Moyen-âge

Le Moyen-âge est une période de l’histoire de la philosophie au cours de laquelle


la foi chrétienne a dominé sur la raison philosophique. La philosophie était devenue la
servante de la théologie. Mais il y était aussi question de réconcilier la foi chrétienne et
la raison philosophique grecque ou la sagesse païenne. Parmi les penseurs chrétiens de
cette époque, nous pouvons citer :

1. Saint Augustin

Il est une des plus grandes figures intellectuelles du Moyen-âge et de la pensée


chrétienne. Il a écrit :

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 Les Confessions
Les confessions sont le récit des combats, des luttes, des doutes d’une âme déchirée
entre des postulations contradictoires entre le bien et le mal. La conversion n’est pas
due aux seuls efforts de l’homme pécheur. Saint Augustin le sait par sa propre
expérience. La conversion est donc l’effet de la grâce divine. Augustin veut garder à
l’esprit le malheur d’une existence privée de la révélation, pour mesurer de quel abime
il est sorti par le merveilleux effet de la grâce divine.
Pour Saint Augustin, l’homme, livré à lui-même, est impuissant à triompher de la
concupiscence. Le secours de Dieu est nécessaire pour le soutenir dans son action
vers le bien. La grâce est cette intervention divine en faveur de l’homme sans laquelle
celui-ci ne peut parvenir à son salut. L’amour de Dieu, que la grâce propose, est appel
à un tel bonheur. Cette théorie a valu à Augustin l’appellation « apôtre de la grâce ».
 La cité de Dieu

Selon Augustin, deux amours ont bâti deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de
Dieu a bâti la cité terrestre et l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi a bâti la cité
céleste. L’une se glorifie en elle-même ; l’autre dans le Seigneur.16

 Rapport Foi et Raison

Comme signalé ci-haut, le Moyen-âge est dominé par le débat sur le rapport la
foi et la raison. Au-delà des extrémismes des uns et des autres, Augustin joue une
conciliation. Ainsi, selon lui, croire n’est pas connaitre. La foi est une révélation soumise
à l’autorité des Ecritures saintes. Ainsi, la foi, don de Dieu, doit être nourrie par la raison.
D’où l’expression augustinienne « Credo ut intelligam » (je crois pour comprendre). Ainsi
la foi précède et fonde l’exercice de la raison. Tu dois comprendre pour croire et croire
pour comprendre. Il le dit ainsi : « Aimes fortement l’intelligence, parce que les Ecritures
elles-mêmes qui recommandent la foi avant l’intelligence des grandes choses ne peuvent
t’être utiles si tu ne les comprends pas bien ».

2. Saint Thomas d’Aquin (1225-1274)

Il est philosophe et théologien dominicain italien. Le thomisme est une


philosophie qui a dominé le XIIIème siècle, moment phare du Moyen-âge philosophique,

16 AUGUSTIN, Cité de Dieu, Livre XIV, 28

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où se constitua la scolastique, c’est-à-dire l’interprétation chrétienne de la philosophie


d’Aristote. Il a écrit plusieurs œuvres parmi lesquelles on trouve, en autre, La Somme
théologique, La Somme contre les Gentils, les commentaires d’Aristote et les Questions
disputées (De la vérité ; Du mal).

 Raison et Foi

Saint Thomas distingue la raison, faculté naturelle de penser propre à l’homme,


de la foi comme adhésion aux dogmes de la Révélation. De l’une à l’autre, il n’y a pas de
passage. La foi résulte de prémisses indémontrables révélées tandis que la raison
philosophique ou scientifique procède par affirmations démontrables à partir des
prémisses sensibles ou des prémisses logiques. Les deux types de vérité ne sauraient
entrer en contradiction et doivent rester séparées. La raison peut accéder à certaines
vérités divines de 2ème degré et non celles de 1er degré. La raison ne peut prouver que la
foi se trompe, par exemple, sur Dieu Créateur, sur le péché originel, sur la rédemption,
sur le jugement dernier, sur la trinité et l’immaculée conception…

Aussi existe-t-il une théologie naturelle ou philosophique qui se fonde sur la


connaissance de la nature et s’élève par abstractions successives du visible à l’invisible,
du créé au Créateur. Les cinq preuves (preuve par le mouvement, preuve par la cause
efficiente, preuve par l’être nécessaire, preuve par degrés de perfection et preuve par la
finalité) par lesquelles Thomas démontre l’existence de Dieu sont rationnelles.

I.10. Le Temps moderne

A l’époque moderne, c’est la raison qui va triompher avec René Descartes,


fondateur du rationalisme moderne. La raison se libère de l’autorité de la foi chrétienne
et de l’autorité des Anciens. Plus question de « Magister dixit ». Descartes, écrit Hegel,
est un héros de la pensée en arrachant la raison aux affirmations théologiques. C’est
l’homme qui construit la vérité par la seule présence de la raison. Le bon sens, dit
Descartes, est la chose du monde la mieux partagée. Par le cogito, Descartes introduit la
notion du sujet connaissant, de la conscience comme pensée. Le doute cartésien
méthodique devient un instrument dans la recherche du vrai. Au sein du doute, la
certitude surgit inébranlablement : je découvre, non seulement que je pense, mais aussi
que je suis un être dont l’essence est de penser.

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


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Après avoir rencontré une première certitude, à savoir le cogito, Descartes


découvre une seconde vérité : l’existence de Dieu. Pour prouver cette existence,
Descartes recourt à la preuve par l’idée d’un être parfait et infini. L’homme ne pouvant
pas avoir créé l’idée du parfait et de l’infini qui le dépasse infiniment, Descartes pense
que cette idée a été déposée dans l’esprit de l’homme par un être qui, en le créant, est
réellement infini et parfait. Et cet être, c’est Dieu. Dès lors, nos idées claires et distinctes
sont vraies, puisque Dieu existe et nous garantit leur vérité. Dieu est ainsi la source même
de la vérité. Il est parfait et ne nous trompe pas. Dieu est donc le garant de nos idées
vraies.

I.11. L’époque contemporaine.

La période contemporaine a été très féconde en philosophie. Elle fera l’objet


d’une UE entière en L3, à savoir la philosophie contemporaine. Gardez votre patience
pour le semestre 6.

C. Activités d’apprentissage

Quelques travaux vous seront proposés par mon Assistant, notamment en


rapport avec :
 Lecture des textes philosophiques portant sur les compréhensions de la philosophie.
 Ou l’audition d’un extrait d’un enseignement audio-visuel afin d’en dégager les
caractéristiques de la philosophie.
NB : le rapport de ce travail sera présenté au format word : police Tahoma, taille 12,
interligne 1,5. Maximum : 2 pages. Il sera exposé et discuté à l’auditoire.

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CHAPITRE II : INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE AFRICAINE

A. Objectif du chapitre

Philosopher sur les réalités africaines et sur les éléments philosophiques de nos
traditions et coutumes à partir du livre « La philosophie bantoue » du Père
Tempels.

B. Description du contenu

II.1. Père Placide Tempels : pionnier de la philosophie africaine

Par son œuvre intitulée d’abord en néerlandais Bantoe-Filosofie en 1946 et


traduite en français Philosophie bantoue en 1948, le Révérend Père Placide Tempels est
considéré comme le pionnier de la philosophie africaine.

En effet, Tempels, missionnaire catholique envoyé au Congo-Kinshasa pour


évangéliser, s’est intéressé à examiner la thèse, divulguée en Occident, notamment par
Lévy-Bruhl dans son œuvre la Mentalité primitive, selon laquelle les Noirs n’ont pas de
pensée ou de philosophie. Cette thèse revenait à dire que les Noirs sont dépourvus de la
raison et, par conséquent, ne sont pas des êtres humains.

Pour vérifier cette thèse, Tempels a assisté aux palabres, aux cérémonies de
mariage, aux funérailles et aux autres activités chez les Africains, spécialement chez
Bantu du nord du Katanga auprès de qui il fait son travail d’évangélisation. De là, il va
conclure que les Noirs ont leur philosophie, leur vision du monde, leur manière de
concevoir Dieu, la mort, la danse et la parole. Il dément ainsi la thèse selon laquelle les
Noirs n’ont pas de philosophie et prouve à ses frères blancs qu’ils se sont trompés en
qualifiant les Noirs de primitifs, c’est-à-dire peuple sans logique ou sans pensée.

L’ouvrage de Tempels n’était donc pas destiné avant tout aux Noirs, mais aux
Occidentaux. En y décrivant leur mode de vie et les discours, il voulait faire connaître
l’Africain, ou mieux le Noir, aux Européens.

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II.2. Les lignes fondamentales du livre de Tempels

Selon Jean-Marie Van Parys, dans son ouvrage intitulé Une approche simple de
la philosophie africaine, les lignes fondamentales du livre de Tempels peuvent être
résumées comme suit17 :
1. Il y a un cadre de pensée sous-jacente : Tempels essaie de réduire la pensée bantoue
à des cadres aristotéliciens qu’il considère comme structurant la pensée de tout
homme.
2. Là où Aristote a vu l’être comme réalité et comme concept fondamental, Tempels
pense que les Bantous voient la « force vitale ».
3. Tempels considère que les Bantous réduisent toute causalité à la causalité vitale (tout
ce qui s’accomplit est manifestation, épanouissement de la force vitale).
4. Tempels croit que de cette ontologie de la force vitale, les Bantous déduisent une
morale, dont la pratique confirme l’ontologie.
5. La conclusion est que l’esprit des Bantous est structuré de la même manière que
l’esprit des Européens ; mais que la réalité fondamentale autour de laquelle tout
s’organise en Occident est l’être alors que chez les Bantous, c’est la force vitale.
6. D’où la conclusion de Tempels : les Bantous sont aptes naturellement à entrer dans
l’esprit scientifique moderne ; les Européens ont eu tort de ne pas considérer les
Noirs comme des égaux. Et comme la pensée Bantoue a la même valeur que la
pensée européenne (sa structure fondamentale étant la même), il faut laisser les
Bantous se développer selon leurs propres normes culturelles, ne pas prétendre
réformer leur esprit, mais s’efforcer, là où il le faut, de les instruire selon leur propre
esprit.

Le petit livre de Tempels a connu tout de suite une grande diffusion pour deux
raisons : d’abord son interdiction par le régime colonial a suscité une vive curiosité de le
lire ; ensuite Alioune Diop, fondateur et Directeur de la revue Présence Africaine, en a
fait une édition.

L’ouvrage a ainsi été lu par les intellectuels africains francophones et commenté


avec passion par un certain nombre d’entre eux. Alioune Diop écrit : « Voici un livre
essentiel au Noir, à sa prise de conscience, à sa soif de se situer par rapport à l’Europe.

17 J.M. VAN PARYS, Une approche simple de la philosophie africaine , Kinshasa, éd. Loyola, 1993, p 41-42.

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Il doit être aussi le livre de chevet de tous ceux qui se préoccupent de comprendre
l’Africain. Pour moi, ce petit livre est le plus important de ceux que j’ai lus sur l’Afrique.
Nous remercions le Révérend Père Tempels de nous avoir donné ce livre » (extrait de la
Préface).

II.3. Les détracteurs de Tempels

Aimé Césaire, dans son livre Discours sur le colonialisme , rejette violemment ce
livre qu’il accuse d’être un instrument politique destiné à endormir les tendances aux
libérations nationalistes. Selon lui, Tempels flatte les Africains pour leur faire oublier leur
misère et endormir leur vigilance.

Sousberghe, quant à lui, constate d’abord que ce petit livre suscite un grand
intérêt et que la révélation qu’il a faite est accueillie avec une avidité par le public. Il y
relève, par la suite, des lourdes équivoques :
 Il faut prendre garde à la confusion entre prélogique, terme employé avant par Lévy-
Bruhl, et préscientifique. Il est vrai que tous les hommes de tous les temps
sont « logiques » au même titre. Mais ils ont été et sont encore, pas seulement en
Afrique, « préscientifiques ».
 Si la pensée scientifique est toute récente dans l’histoire de l’humanité, la spéculation
philosophique ou métaphysique est plus ancienne.
 Il rappelle que le mot « philosophie » est l’un des mots le plus élastique, se prêtant
à toutes les équivoques, et devient facilement expression passe-partout. Ce mot
« philosophie » peut désigner sagesse, conceptions religieuses, qualité d’âme. Mais
dans un sens précis, il désigne une pensée particulière. C’est dans ce sens que
voudrait l’employer Tempels.
 Pour Tempels, celui qui prétend que les primitifs ne possèdent point de système de
pensée, les rejette d’office de la classe des hommes. Mais pour Sousberghe, s’il faut
rejeter de la classe des hommes tous ceux qui n’ont pas un système de pensée ou
une philosophie, c’est la presque totalité de civilisés qu’il faut rejeter également et
réserver ce nom à quelques douzaines des spécialistes. Mais la philosophie, rappelle
Sousberghe, n’est pas le sommet de la pensée. Elle est une élaboration savante d’un
donné antérieur beaucoup plus riche.

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


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 Il est possible que les Bantous appréhendent les êtres comme forces. Cela ne permet
jamais d’impliquer, à la base de leur pensée, le principe métaphysique : « l’être, c’est
la force ». On ne peut attribuer à un homme ou à un peuple que la métaphysique
qu’il est capable d’émaner lui-même.

En bref, pour Sousberghe, Tempels renouvelle, au plan intérieur, l’erreur de Lévy-


Bruhl. Celui-ci confondait logique et scientifique ; Tempels confond indument pensée
cohérente ou logique avec ontologie ou système de pensée philosophique.

Le Professeur Vincent Mulago écrit, dans son livre Un visage africain du


christianisme, que Tempels a, comme scientifique, proposé une hypothèse de recherche
très valable. Cette hypothèse a réveillé les consciences, tant africaines qu’occidentales.
Toutefois, il n’approuve pas l’identité établie par ce dernier entre l’être et la force. Selon
lui, la force n’est qu’un des attributs parmi tant d’autres de l’être chez les Bantous.

Franz Crahay, dans son œuvre Le décollage conceptuel, conditions d’une


philosophie bantoue (1963), pense qu’il n’existe pas à ce jour (en 1963) de philosophie
bantoue au sens admissible du mot. Il reproche à Tempels la confusion entre le sens
vécu et le sens réflexif du mot philosophie à partir du titre même de l’ouvrage. Cette
confusion, pense F. Crahay, persiste tout au long du livre lorsqu’il est question de
philosophie, de métaphysique ou de psychologie. Il définit la philosophie comme une
réflexion explicitée, analytique, radicalement critique et autocritique portant sur
l’expérience, les conditions humaines, les significations et les valeurs qu’elle révèle. Il
s’agit là, pour lui, d’une définition scientifique et technique du terme.

F. Crahay pose alors cinq conditions pour l’existence d’une


philosophie bantoue:
1. Existence au préalable d’un personnel qualifié de philosophe sorti de l'Université, à la
Faculté (ou Département) de philosophie.
2. Acceptation du métissage culturel bien conçu. D’où la nécessité des réflecteurs, c’est-
à-dire le contact avec les grands philosophes occidentaux.
3. Inventaire des valeurs à sauver. Toutes nos valeurs culturelles ou ancestrales ne sont
pas de nature à être sauvegardées ; certaines d’elles constituent des freins au
développement. C’est pourquoi nous devons opérer un tri afin de retenir ce qui est

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


Philosophie & Logique /L2_FLA & L2 FL_ISP-BUNIA....................page 28

favorable à notre développement et laisser tomber celles qui ne nous font pas
avancer.
4. Eviter le court-circuit ou la hâte à embrasser certains systèmes et procédés. Il faut
éviter le culte de la différence africaine, c’est-à-dire le souci d’affirmer son originalité,
un passé digne, un avenir propre. Crahay pense que toute culture débouche
naturellement sur la civilisation de l’universel. Crahay craint que le projet d’une
philosophie bantoue ne soit qu’une des expressions du culte de la différence.
5. Nécessité du décollage conceptuel. C’est nécessaire pour la pensée africaine de
décoller du mythe pour qu’elle devienne une conscience réflexive et non mythique.

Dans son livre Le Bantou problématique, Fabien Eboussi Boulaga critique, de


manière acerbe, la philosophie bantoue du Père Placide Tempels. Il commence par le
titre, la méthode et l’objet de la philosophie bantoue. Il reproche à Tempels d’avoir fait
une philosophie ethnologique. Tempels, pense Eboussi, cherche à pénétrer la pensée des
indigènes ; il unifie, pour cela, les données d’observation par l’hypothèse de la force.

Eboussi reproche à Tempels d’avoir inventé le principe supérieur de la force vitale


et d’avoir fait passer ce principe au rang de cause de tout phénomène aux yeux des
Bantous. Il critique aussi Tempels d’avoir fait des généralisations hâtives. Selon lui,
Tempels avait étudié un point minime du Congo et il ne peut pas généraliser ses
observations. Enfin, il critique Tempels pour avoir utilisé le mot « force » dans un mode
univoque ; il devait reconnaitre son équivocité. Si tout est force, se demande-t-il, en quoi
la force diffère-t-elle de l’être. Eboussi conclut à la contradiction formelle de l’ontologie
de la force.

Le Professeur Paulin Hountondji pense que l’intention de Tempels est de réfuter


Lévy-Bruhl et de réhabiliter les Africains. Selon Houtondji, ce livre de Tempels
remplacerait la pensée africaine par celle des occidentaux, en prétendant présenter la
leur, sous prétexte qu’ils étaient eux-mêmes incapables de le faire, ne pouvant, à aucun
titre et par aucun moyen, être conscients de leur propre philosophie.

La tâche du philosophe africain, estime Hountondji, est d’organiser une


confrontation ou un débat de pensées individuelles. Le vrai problème n’est pas de parler
de l’Afrique mais de discuter entre Africains pour mettre fin à ce discours trop conscient
d’être entendu en Europe pour instaurer le discours véritablement indépendant des
Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie
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Africains entre eux. Il s’agit de parler en Africain, sans attendre un quelconque jugement
venu d’ailleurs. Tempels a confondu la philosophie dans son sens propre et la philosophie
dans son sens large comme vision du monde propre à un peuple. C’est dans ce second
sens qu’il a utilisé le mot philosophie.

En outre, pense-t-il, Tempels a mené une étude ethnologique au caractère


philosophique. D’où cette l’œuvre de Tempels est une ethnophilosophie. De toutes les
façons, il convient de parler de la philosophie africaine. L’ethnophilosophie, selon
Hountondji, c’est la reconstruction d’une vision du monde collective et inconsciente, d’une
sagesse informulée sous-jacente aux coutumes d’une ethnie, à ses contes et légendes.

II.4. Les courants de la philosophie africaine

Selon les Professeurs Nkombe Oleko et Alfonse Smet, les courants de la


philosophie africaine peuvent être rangés comme suit :

1. Le courant idéologique
Parmi les idéologies qui constituent ce courant, nous pouvons citer :
a. African personality : vise la personnalité africaine qu’il faut conserver devant la
menace extérieure.
b. Le panafricanisme : centré sur l’unité africaine avec des hommes comme
Lumumba.
c. La négritude : avec Aimé Césaire et Léopold Sedar Senghor ; c’est l’ensemble des
valeurs culturelles de l’Afrique noire.
d. L’humanisme africain : prône les valeurs humaines et place l’homme comme le
centre de tout.
e. Le socialisme africain : Sékou Touré et Senghor en sont les tenants. C’est le
courant qui affirme la priorité de la société sur l’individu. Il s’oppose au capitalisme
caractérisé par l’individualisme ou l’égoïsme. Selon le socialisme africain, hors de
la société, l’homme n’est rien ; la société est la source de la vie, du développement
et fondement du droit.
f. Le consciencisme : Ce courant prône la fraternité des Africains. Les Africains
doivent se considérer comme frères appartenant à la même famille qu’est l’Afrique.
Ses tenants sont Kwame Nkrumah et Julius Nyerere. Ce dernier en parle en termes
de « Ujamaa ».
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g. L’authenticité avec Mobutu. Il s’agit d’une philosophie de recours aux valeurs


ancestrales. Ce courant veut que l’Africain demeure identique à lui-même, qu’il ne
se laisse pas emporter par les valeurs importées qui lui font perdre son identité ou
son africanité. Toutefois, il ne s’agit pas de toutes les valeurs ancestrales
auxquelles il faut recourir, mais seulement à celles qui peuvent promouvoir
l’Africain. D’où recours et non retour à l’authenticité.

2. Le courant de reconnaissance d’une philosophie africaine


traditionnelle

Ce courant se résume par les considérations suivantes :


 L’œuvre du Père Tempels a donné une impulsion à la philosophie africaine ;
 La recherche d’éléments philosophiques dans les valeurs traditionnelles ;
 Sagesse, contes, proverbes et légendes africains constituent tous la philosophie
africaine.

Parmi les plus célèbres continuateurs de Tempels et ceux qui ont voulu découvrir
une philosophie sous-jacente à la pensée et à la vie négro-africaine, nous citons Alexis
Kagame avec ses œuvres La philosophie bantu-rwandaise de l’être (1956) et La
philosophie bantu comparée (1976). Il croit que la philosophie bantoue, que Tempels a
voulu mettre en relief, est différente de la philosophie de tous les hommes. Il ne travaille
pas, comme Tempels, sur le peuple luba du nord de l’ancienne province du Katanga, mais
sur l’aire linguistique bantu. Il analyse, de manière comparée, les langues bantoues. Il
utilise le schéma aristotélicien pour la philosophie bantu.

3. Le courant critique

 Contestation du statut philosophique de l’œuvre de Tempels


 Récusation de l’ethnophilosophie

C’est ici qu’il faut ranger Paulin Hountondji, Franz Crahay, Fabien Eboussi Boulaga
et Marcien Towa qui dénoncent l’ethnophilosophie dans l’œuvre de Tempels. Towa
reproche à Tempels et à Alexis Kagame d’avoir dilaté le concept de philosophie. Le
concept philosophie devient indiscernable : mythe, poésie, art, science, etc. Selon lui,
l’ethnophilosophie (terme dont il est créateur) expose les croyances, les mythes, les

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rituels, puis cet exposé objectif se transforme en philosophie. De la sorte, dit-il,


l’ethnophilosophie trahit à la fois l’ethnologie et la philosophie.18

4. Courant synthétique

Ce courant se résume dans :


o L’herméneutique philosophique (Nkombe, Okolo et Ngoma Binda)
o Une philosophie fonctionnelle
o Une recherche d’une nouvelle problématique
o Les essais bibliographiques et historiques (Nkombe et Smet)

En bref, dans le premier courant, il y a une dimension défensive vis-à-vis des


cultures étrangères. Ce courant souligne la différence africaine et le droit de la différence.
Le deuxième courant considère que la philosophie africaine existait bien avant qu’on en
parle, elle existait depuis qu’existe la population africaine. Dès lors, il y a tentative de
faire de toute manifestation culturelle collective une « philosophie ». Le troisième courant
réagit contre les élasticités du concept philosophie. Il exige qu’une philosophie se formule
dans le texte qui puisse être soumis à une critique. Le quatrième courant cherche à
échapper à l’alternative où ceux qui se réclament de la philosophie africaine s’enlisent,
ou bien affichent une fidélité au passé africain, mais avec exigences critiques pour la
scientificité ou bien fidélité aux exigences de la critique, avec trop peu d’exigences
africanistes.

C. Activités d’apprentissage

Quelques travaux vous seront proposés par mon Assistant, notamment en


rapport avec :
 La recherche des exemples dans la sagesse africaine (proverbes, sentences…) et
dégager les philosophies sous-jacentes.
 Des discussions et dégagement d’un point de vue personnel à partir de ceux de
Tempels et de ses détracteurs sur la philo bantoue (africaine).
NB : Le texte sera présenté en format word : police Tahoma, taille 12, interligne 1,5.
Maximum : 2 pages. Il sera exposé et/ou discuté à l’auditoire.

18 M. TOWA, « La philosophie africaine dans le sillage de la négritude », dans Essai sur la problématique
philosophique dans l’Afrique actuelle, Yaoundé, Clé, 1971, p.28.
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DEUXIEME PARTIE : LA LOGIQUE (FORMELLE)

INTRODUCTION

Le terme logique vient du grec logos qui signifie raison, parole, discours.
Comme le souligne le Professeur MWEZE Chirhulwine Nkingi, ce terme suggère la faculté
de raisonner discursivement, de combiner avec rigueur les concepts et les propositions
dans toute reprise discursive19. Aristote, le fondateur de la logique, dit que « son sujet,
c’est la démonstration », tandis que saint Thomas d’Aquin estime que c’est « l’art qui
dirige l’acte même de la raison, art par lequel nous procédons par ordre, facilement et
sans erreur dans cet acte même de la raison ». Le logicien américain Alonzo Church,
quant à lui, souligne qu’elle « s’occupe de l’analyse des propositions et de celle des
preuves, l’attention portant sur la forme par abstraction du contenu »20.

L’idée commune dans ces définitions est que la logique traite du raisonnement et
plus particulièrement de la démonstration.

CHAPITRE I : LA LOGIQUE ARISTOTELICIENNE

A. Objectif du chapitre

 saisir et appliquer les lois d’une pensée correcte et d’un raisonnement valide ;
 découvrir les erreurs, les pièges, la démagogie et le sophisme dans les discours.

B. Description du contenu

D’après Aristote, la logique repose essentiellement sur les trois activités


principales de l’esprit humain, qui sont notamment :
 La conception : c’est l’acte par lequel l’esprit conçoit une idée ou saisit son essence ;
 Le jugement : c’est l’acte par lequel l’esprit affirme ou nie le rapport entre deux
concepts ;

19D. MWEZE CHIRHULWIRE NKINGI. 2e édition in Famille et télévision. Acte de la 8ème journée Mondiale
des communications Sociales. (Collection logos, 1), Kinshasa. Facultés catholiques. 1996.
20Cf. ARISTOTE, Premiers analytiques, 24°, 10. Thomas d’Aquin Anal. Post, lib.I, lect. I ; A. church,

Introduction to mathematicalogue. Vol I, Princeton University Press, 1956. Cité par J.B GRIZE,Historique
logique des classes et des propositions logiques des prédicats. Logique modales in J. PIAGET (Dir), Logique
et connaissance scientifique. (Encyclopédie de la pléiade). Paris, Gallimard, 1967. P. 135.
Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie
Philosophie & Logique /L2_FLA & L2 FL_ISP-BUNIA....................page 33

 Le raisonnement : l’acte par lequel l’esprit passe d’un jugement à un autre afin
d’arriver à une nouvelle connaissance.

I. LE CONCEPT ET LE TERME

I.1. Notions de base

Le concept peut être défini comme « ce que l’esprit conçoit » ou comme « une
représentation intelligible de l’objet ». Il ne doit pas être confondu avec l’image qui est la
représentation déterminée (sensible, concrète) d’un objet. L’image, contrairement au
concept, est particulière et concrète. Le concept est général abstrait. Par
exemple : « homme », « triangle » sont des concepts en tant que faisant abstraction de
toute réalisation. Au contraire, « cet homme Pierre », « ce triangle » (inscrit au tableau)
sont des images.

Le terme, au sens ordinaire et grammatical, est synonyme de mot. En logique, il


ne se réduit pas nécessairement à un mot unique. Le terme désigne « l’expression
extérieure du concept ». Il peut être verbal, écrit ou gesticulé. Il existe indépendamment
du concept et diffère d’une langue à une autre. Par exemple, le terme français « pain »,
le terme lingala « lipa », le terme swahili « mkati » et le terme anglais « bread »
désignent tous la même réalité (le même concept).

1.2. Sortes des concepts

D’une manière générale, les concepts désignent soit des êtres concrets, soit des
êtres de l’esprit. Ainsi, on distingue deux sortes principales de concepts :
 Le concept objectif vise l’objet lui-même mais pour autant qu’il est intelligible. Dans
une proposition, il tient la place du sujet. Par exemple : maison, stylo, etc.
 Le concept mental ou formel est la représentation de l’objet, mais sans référence
directe à l’objet. On le considère pour autant qu’il est une construction de
l’intelligence. Il tient dans une phrase la place du prédicat. Par exemple : cercle,
humanisme, etc.

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1.3. Propriétés des concepts

Parmi les propriétés des concepts, la logique distingue celle de l’abstraction. Un


concept est abstrait lorsqu’il représente un aspect de la réalité isolée par l’esprit. Un
concept abstrait est toujours général parce qu’il convient, à la fois, à tous les individus
qu’il représente. Par exemple : le concept « homme » s’entend à tous les êtres humains.

Dans un concept objectif, la logique distingue deux autres propriétés qu’on


appelle sa compréhension et son extension.

1°) La compréhension ou l’intention est l’ensemble de notes qu’un concept implique


comme éléments constitutifs et qu’on trouve en l’analysant. En d’autres termes, la
compréhension d’un concept c’est sa définition, c’est-à-dire l’ensemble de caractères
qu’il comprend. Par exemple, le concept « homme » comprend les caractères de
« animal », « vivant », « bipède », « sensible », « raisonnable », etc. La
compréhension exprime un rapport d’inhérence.

2°) L’extension d’un concept est l’ensemble des objets ou sujets auxquels le concept
s’étend, que ce soient des individus ou des espèces. Par exemple, le concept
« homme » est applicable à tous les hommes pris individuellement, mais aussi à
toutes les races et nations qui composent le genre humain, c’est-à-dire aux Congolais,
aux Chinois, aux Français, aux Italiens, etc. L’extension exprime un rapport
d’inclusion.

Si l’on compare ces deux notions (compréhension et extension), il ressort une


sorte de loi logique qu’on peut énoncer de la manière suivante : « la compréhension et
l’extension des concepts sont en raison inverse l’une de l’autre ». En d’autres termes,
plus grande est la compréhension d’un concept, plus petite est son extension. Des termes
indiquant un individu, comme le Pape, sont riches en propriétés caractéristiques de leur
compréhension, mais ils n’indiquent, en extension qu’un seul être.

Donc, d’après la logique classique, on peut ordonner les concepts par extension
décroissante et par compréhension croissante et inversement comme nous le montre cet
exemple :

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


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Animal
Raisonnable Compréhension
Politicien Extension
Congolais
Président
Tshisekedi

1.3. Classification des concepts

On peut diviser les concepts d’après leur compréhension (intension), leur


extension et leur relation.

a) Considéré sous le point de vue de la compréhension (intention), on distingue les :


 Concepts simples : ceux qui présentent un seul caractère. Il n’y a que l’être.
 Concepts composés : ceux qui comportent plus d’un caractère. Par exemple :
philosophe, musicien, peintre.
b) Considéré du point de vue de l’extension, on divise les concepts en :
 Concepts singuliers : ils s’appliquent à un seul individu (objet) déterminé. Par
exemple : le président Tshisekedi, cet homme, Dieu. Pour la logique classique,
les collectifs (église romaine) se comptent parmi les concepts singuliers.
 Concepts particuliers : leur extension est réduite à un ou plusieurs individus
indéterminés. Par exemple : quelques étudiants.
 Concepts universels : ils s’appliquent à tous les individus sans restriction. Par
exemple : tout homme, aucun homme.
c) Considéré du point de vue de leur relation, les concepts peuvent être compatibles
ou incompatibles s’ils peuvent ou non se réaliser en même temps dans un même
sujet. On distingue alors quatre cas possibles :
 Les concepts contradictoires : l’un est la négation pure et simple de l’autre : par
exemple : blanc/non blanc ; tous/aucun (nul).
 Les concepts contraires : sont des extrêmes des mêmes genres.
Exemple : Fille et garçon, papa et maman, …
 Les concepts privatifs : expriment le manque d’une qualité qui aurait dû être de
par la nature. Par exemple : albinos, sourd, aveugle, estropié, manchot…

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


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 Les concepts relatifs : s’opposent et s’appellent réciproquement. Par exemple :


Père et fils, étudiant et professeur,…

1.4. Définition des concepts

Définir un concept, c’est le délimiter, le préciser, c’est-à-dire le remplacer par


d’autres concepts (termes) qui indiquent le même contenu que le premier.
Exemples : L’homme est un animal raisonnable. Le bronze est un métal qui résulte d’un
alliage de cuivre, d’étain et zinc.

La logique classique distingue deux définitions :


 La définition nominale (verbale ou grammaticale) explique ce que signifie un mot,
soit par étymologie, soit par synonymie. Exemple : Logique vient du grec logos =
raison ; le chef de l’Etat = Président.
 La définition réelle (des choses) exprime la nature de la chose. Elle peut être
descriptive ou essentielle. La définition essentielle peut être physique (parties) ou
métaphysique (genre et espèce). Une bonne définition doit être claire, concise et
parfaitement convertible. Exemple : Le chef de l’Etat est celui qui dirige un pays.

II. LE JUGEMENT ET LA PROPOSITION

2.1. Notions

Selon la doctrine scolastique, le jugement est l’acte de l’intelligence qui compose


ou divise en affirmant ou en niant. Il supporte l’existence de deux concepts que l’esprit
compare. La proposition est l’expression du jugement. Le jugement s’intéresse à des
relations entre deux ou plusieurs termes qui peuvent être vraies ou fausses.

2.2. Analyse de la proposition

Une proposition simple comporte normalement au moins trois éléments : deux


termes et une copule. Les deux termes sont appelés sujet et prédicat.
 Le sujet est l’être dont on affirme ou on nie quelque chose.
 Le prédicat est la chose que l’on affirme ou on nie du sujet.

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


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 La copule est le lien représenté par le verbe être. Elle établit le rapport de convenance
(l’homme est mortel) ou de disconvenance (le poisson n’est pas animal) entre le sujet
et le prédicat.

La forme type de la proposition simple est toujours : S est P. Les autres verbes
doivent se réduire à ce schéma. Par exemple, les propositions comme « Papa fume »,
« votre ami mange beaucoup », « Dieu est » doivent respectivement se dire : « Papa est
fumeur », « votre ami est glouton », « Dieu est existant ». C’est pourquoi, on qualifie la
logique aristotélicienne de prédicative.

2.3. La classification des propositions

D’une manière générale, on distingue deux sortes de propositions : les


propositions catégoriques ou simples et les propositions hypothétiques ou composées.

2.3.1. Propositions catégoriques

Ici le terme « catégorique » signifie simplement « attribut ». Les propositions


catégoriques possèdent seulement un sujet, un prédicat et une copule. Elles peuvent être
classées selon différents points de vue :

a. D’après la quantité du sujet (l’extension du sujet), on distingue :


1. La proposition universelle où le sujet est pris dans toute son extension. Par
exemple : Tout homme est mortel.
2. La proposition particulière où le sujet est pris dans une partie de son extension.
Par exemple : Quelques (certains) étudiants sont intelligents.
3. La proposition singulière où le sujet est ici un terme singulier. Par exemple : Birungi
est la fille de Kasemire.
b. D’après la qualité du verbe : la qualité traduit le caractère affirmatif ou négatif du
jugement. Ici on trouve :
1. Les propositions affirmatives. Par exemple : Les Ituriens sont des Congolais.
2. Les propositions négatives : Aucun homme n’est ange.
c. D’après la quantité et la qualité : toute proposition ayant à la fois une quantité et
une qualité. En les combinant, on obtient quatre types de propositions que les
scolastiques désignaient par les quatre premières voyelles A.E.I.O où :

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 A : La première voyelle de Affirmo symbolise la proposition universelle affirmative.


Par exemple : Tout homme est mortel.
 E : La première voyelle de nEgo symbolise la proposition universelle négative. Par
exemple : Aucun homme n’est immortel.
 I : La seconde voyelle de affIrmo symbolise la proposition particulière affirmative.
Par exemple : Quelques (certains) étudiants sont sportifs.
 O: La seconde voyelle de negO symbolise la proposition particulière négative. Par
exemple : Quelques (certains) congolais ne sont pas hospitaliers.

Faisons remarquer ce qui suit :


 Le prédicat d’une proposition négative est toujours universel, c’est-à-dire pris selon
toute son extension. Dans « Aucun homme n’est ange », tout ce qui est ange est
exclu de l’homme.

Ange Homme

 Le prédicat d’une proposition affirmative, au contraire, est toujours particulier, car


pris selon toute son extension. Dans « Tous les Congolais sont Africains », le sujet
« Congolais » n’occupe qu’une partie d’Africains, car il y a notamment les
Camerounais, les Sénégalais, les Zambiens,… qui sont aussi Africains.

Africains

Congolais

Il y a cependant une exception à cette loi : c’est le cas de la définition. Dans une
définition, le prédicat d’une proposition affirmative est universel. Par exemple, dans
« Tout animal raisonnable est homme ».

Si l’on considère ces propositions selon leur quantité et leur qualité, on découvre
qu’elles sont opposées non parce qu’elles sont différentes, mais parce qu’elles peuvent
être reliées l’une à l’autre. L’opposition suppose que les propositions ayant un même sujet
et un même prédicat diffèrent soit par la quantité soit par la qualité soit encore par les
sortes de propositions opposées :

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1°) Les propositions contraires : Ce sont deux propositions universelles qui diffèrent par
la qualité : A et E
Par exemple : Tous les lions sont carnivores (A)
Le contraire est : Aucun lion n’est carnivore (E).
2°) Les propositions subcontraires : ce sont deux propositions particulières qui diffèrent
par la qualité : I et 0
Par exemple : Quelques politiciens sont riches (I)
Le subcontraire est : Quelques politiciens ne sont pas riches (0)

3°) Les propositions contradictoires : sont des propositions qui diffèrent à la fois en
qualité et en quantité : A – 0 et E – I.

Par exemple : - Tous les lions sont carnivores (A)


La contradictoire : Quelques lion ne sont pas carnivores (0)
- Quelques africains sont blancs (I)
La contradictoire: Aucun africain n’est blanc (E)

4°) Les propositions subalternes : sont celles qui diffèrent seulement par la quantité : A-
I et E-0.
Par exemple : - Tous les singes mangent de cacahouètes (A)
La subalterne: Quelques singes mangent des cacahouètes. (I)
- Quelques étoiles ne sont pas habitées (E)
La subalterne: Aucune étoile n’est habitée (0)

Ces quatre oppositions sont représentées dans un tableau appelée le carré


logique ci-dessous :
Contrariété
A Propositions contraires E
Propositions subalternes
Propositions subalternes

Subalternance Subalternance

I Propositions subcontraires O
Subcontrariété
d. D’après la matière : en analysant la compréhension de la matière, on distingue les
propositions analytiques et synthétiques :

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1. Les propositions analytiques sont celles dont le prédicat fait nécessairement partie
de la compréhension du sujet. Par exemple : le cercle est rond.
2. Les propositions synthétiques sont celles dont le prédicat ne fait pas
nécessairement partie de la compréhension du sujet. Par exemple : le médecin est
heureux.
e. D’après la modalité ou la manière : dont le prédicat convient au sujet ou seulement
de manière contingente, on distingue :
 Les propositions assertoriques qui expriment un simple fait réel (vérité de fait). Par
exemple : les congolais sont humains.
 Les propositions apodictiques qui expriment une loi nécessaire. Ici le prédicat fait
nécessairement partie de la compréhension du sujet. Par exemple : le carré a
quatre côtés.
 Les propositions problématiques qui expriment un fait possible. Par exemple : « je
vivrai demain ».

2.3.2. Les propositions hypothétiques ou composées

Elles énoncent des rapports qui peuvent exister entre plusieurs propositions.
Parmi les propositions hypothétiques, on distingue celles qui sont ouvertement
composées et celles qui sont implicitement composées.

A) Les propositions ouvertement composées

[Link]. L’opposition des propositions

a. Notions
L’opposition exprime le rapport de contrariété, de subcontrariété, de
contradiction, de subalternance ou de contenance entre les différentes sortes de
propositions.

b. Lois de vérité des propositions opposées

Les quatre sortes de propositions opposées ont chacune leur loi au point de vue
de leur vérité et se présente comme suit :
1) Deux propositions contraires (A-E) ne peuvent être vraies en même temps, mais elles
peuvent être fausses ensembles. Si donc l’une est vraie, l’autre est fausse.

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


Philosophie & Logique /L2_FLA & L2 FL_ISP-BUNIA....................page 41

2) Deux propositions subcontraires (I-O) ne peuvent être fausses ensembles, mais elles
peuvent être vraies ensemble. Si donc l’une est fausse, l’autre est vraie.
3) Deux propositions contradictoires (A-O ; E-I) ne sont jamais vraies en même temps,
ni fausses en même temps. Si l’une est vraie, l’autre est fausse et inversement.
4) En ce qui concerne les propositions subalternes :
 Si l’universelle est vraie, la particulière l’est aussi ; car ce qui est vrai de tout est
vrai de quelque (A – I, E- 0)
 Si la particulière est fausse, l’universelle l’est aussi ; car ce qui est faux de quelque
l’est de tout.
 Mais l’universelle peut être fausse alors que la particulière est vraie ; ce qui est
vrai de quelque n’est pas forcement vrai de tout.

[Link]. La conversion des propositions


a. Notions

On appelle conversion d’une proposition, l’opération qui consiste à déduire par la


transposition des termes de cette proposition sans modifier sa qualité et sa vérité. La
proposition convertie est appelée la converse de la proposition primitive ou initiale.
Par exemple :

Aucun homme n’est ange (E)

Aucun ange n’est homme (E)

On appelle « conversion simple » celle où la quantité de la proposition ne change


pas, et conversion par accident, celle où la quantité se modifie.
Par exemple : - Tout triangle a trois côtés (A)
Conversion : Tout ce qui a trois côtés est un triangle (A)
- Tous les Catholiques sont croyants (A)
Conversion : Quelques croyants sont Catholiques (I).

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


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b. Lois de la conversion

La loi principale stipule que la proposition déduite ne peut affirmer ni nier de plus
que la proposition primitive. En d’autres termes, aucun terme ne peut recevoir une
extension supérieure à celle qu’il avait auparavant.

Les lois particulières s’énoncent comme suit :


 A se convertir par accident en I, car dans une proposition affirmative universelle, le
prédicat est toujours particulier et doit garder son extension. Cependant, lorsqu’il est
question de la définition, la proposition A se convertir simplement parce que les deux
termes ont la même extension. Ce cas est appelé la reciprocation.
Par exemple : - Tout homme est mortel (A)
Conversion : Quelque mortel est homme (I)
o Tout homme est animal raisonnable (A)
Conversion : Tout animal raisonnable est un homme (A)
 Les propositions E et I se convertissent simplement, car dans ces propositions, les
termes ont la même extension.
Par exemple : - Aucun homme n’est pur esprit (E)
Conversion : Aucun pur esprit n’est homme (E)
 La proposition 0 ne se convertit pas facilement, car en devenant le prédicat d’une
proposition négative, le sujet particulier recevrait une grande extension et cela irait
contre la loi générale de la conversion.

Les logiciens médiévaux ont inventé un procédé spécial pour convertir les
propositions 0. Ce procédé appelé la contraposition, consistant à pratiquer deux
opérations, l’obversion et ensuite la conversion. Le premier consiste à modifier la
qualité de la proposition tout en prenant pour prédicat le concept contradictoire du
concept primitif.
Par exemple :
Quelques hommes ne sont pas médecins (0)
Donc tout médecin n’est pas homme.
Ce qui est absurde ! Mais que faire ?
 Quelques hommes ne sont pas médecins (0)
Quelques hommes sont non-médecins
Donc quelques non-médecins sont hommes.
Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie
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III. LE RAISONNEMENT ET L’ARGUMENT

3.1. Notions

Le raisonnement, comme acte mental, consiste à passer d’une réalité connue à


une vérité inconnue ou nouvelle. Ce qui caractérise le raisonnement est donc le
mouvement de la pensée. Pour qu’il y ait raisonnement, il faut que le nouveau jugement
vienne non seulement après les autres, mais qu’il en résulte. Ce passage est appelé
inférence.

Le raisonnement est défini par Lalande comme étant une « opération discursive
par laquelle on montre qu’une ou plusieurs propositions (prémisses), impliquant une autre
proposition (conclusion) ou du moins rendent celle-ci vraisemblable ».

L’expression du raisonnement est appelée argument.

3.2. Structures du raisonnement

Le raisonnement est formé d’un point de départ appelé antécédent (prémisses)


et d’un point d’arrivée appelé conséquent (conclusion). La conséquence est
l’enchaînement logique des propositions qui exige que si on admet l’antécédent, qu’on
admette aussi le conséquent. Elle constitue la forme du raisonnement, la matière étant
formée par les concepts et les propositions pris à part.
Exemple : (si) tous les Congolais sont Africains (1)
(et) Bahati est Congolais (2)
(forcément) Bahati est Africain (3)

La matière de ce raisonnement est constituée par les matériaux avec lesquels on a


raisonné :
 Les concepts : Congolais, africains et Bahati
 Les propositions : (1), (2) et (3).

3.3. Lois d’une bonne conséquence

Dans les lois qui régissent l’argumentation, on suppose toujours que la


conséquence est bonne. Les voici :
1) Si l’antécédent est vrai, le conséquent est vrai
2) Si le conséquent est faux, l’antécédent est faux
3) Si le conséquent est vrai, l’antécédent peut être vrai ou faux.

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


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En effet, ces trois règles se réduisent à deux :


1.) Du vrai ne suit que le vrai
2.) Du faux peuvent suivre le vrai ou faux.

3.4. Classification des raisonnements

L’esprit connaît surtout deux principaux types de raisonnements : la déduction et


l’induction. Mais on peut signaler aussi d’autres types des raisonnements comme
raisonnement par analogie, raisonnement par absurde, etc.

3.4.1. La déduction : notions

On dit souvent que la déduction va du général au particulier. La formule est


approximative, car elle ne le fait pas toujours, et ce n’est pas là son essence. D’ailleurs,
certains raisonnements ont une conclusion aussi universelle que les prémisses.

Ce qui caractérise la déduction, c’est le fait qu’elle ne fait pas appel à


l’expérience ; elle procède a priori. Elle se meut essentiellement sur le plan intelligible. La
déduction a une proposition à la valeur universelle pour aboutir à une conclusion qui y
est impliquée.

3.4.2. Sortes de déduction

Il en existe deux : la déduction (inférence) immédiate et la déduction médiate.

La déduction ou l’inférence immédiate est un raisonnement dans lequel


l’antécédent n’est composé que d’une proposition. Il consiste à tirer une conclusion à
partir d’une seule proposition posée antérieurement. Les deux principales inférences
immédiates sont la conversion et l’opposition dont nous avons longuement fait
mention au point [Link] de ce chapitre.

La déduction médiate est celle qui se sert des notions intermédiaires pour aboutir
à la conclusion. La déduction médiate par excellence est le syllogisme.

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


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3.5. La théorie du syllogisme

3.5.1. Définition

La théorie du syllogisme est le triomphe d’Aristote. Il définit le syllogisme comme


« un discours tel que, certaines choses étant posées, quelque autre chose en résulte
nécessairement par cela seul que les prémisses sont posées ».

Plus précisément encore, le syllogisme constitue, selon l’expression de Renouvier


(1815-1903), « un rapport des rapports » : c’est un raisonnement par lequel deux termes
(grand terme et petit terme) sont mis en rapport par le truchement d’un moyen terme.
Le moyen terme apparaît dans chacune de deux prémisses ; le terme majeur, comme le
terme mineur, n’y apparaissent qu’une fois, et le rapport de ces deux termes extrêmes
est exprimé par la conclusion.

3.5.2. Exemple et structure du syllogisme

(1) Tous les hommes sont mortels


m T

(2) Or tous les congolais sont des hommes


t m

(3) Donc tous les congolais sont mortels


t T

Schématiquement, le syllogisme se présente comme suit :


m est T
Or t est m
Donc t est T

Le syllogisme comprend donc :


 Trois propositions : la majeure qui est la prémisse qui contient le grand terme
(T), la mineure qui contient le petit terme (t) et la conclusion qui se compose
invariablement du petit terme comme sujet et du grand terme comme prédicat.
Donc elle a pour fonction d’unir les termes extrêmes.
 Trois termes qui reviennent chacun deux fois : homme, mortel et Congolais.

On appelle le sujet et le prédicat de la conclusion les termes extrêmes. Le sujet


de la conclusion se nomme petit terme, car il possède la plus petite extension ; le
prédicat de la conclusion est le grand terme, car il possède la plus grande extension.
Le troisième terme qui n’apparaît que dans les prémisses est appelé moyen terme (m),

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parce qu’il possède une extension moyenne et sert d’intermédiaire entre les deux
extrêmes.

N.B : ceci peut aussi s’exprimer en termes de transitivité de l’inclusion :


Le majeur Le mineur Conclusion

Mortel Hommes Mortel

Homme congolais congolais

3.5.3. Interprétation du syllogisme

Le syllogisme peut être interprété de deux manières : en extension et en


compréhension.
 Interprétation en extension : il signifie que le petit terme est inclus dans
l’extension du grand terme parce qu’il est inclus dans l’extension du moyen terme
qui lui-même est inclus dans l’extension du grand terme.
 Interprétation en compréhension : il signifie que le grand terme fait partie de la
compréhension du petit terme parce qu’il fait partie de la compréhension du moyen
terme qui fait lui-même partie de la compréhension du petit terme.

Les deux interprétations sont légitimes. La première a l’avantage de rendre


possible une représentation graphique du raisonnement (cercle d’Euler).

Mortel

Homme

Socrate

La seconde interprétation est plus profonde puisque l’extension des concepts


dépend de leur compréhension.

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3.5.4. Sortes des syllogismes

On distingue deux sortes de syllogismes : les syllogismes catégoriques et les


syllogismes hypothétiques (non catégoriques ou composés).
 Les syllogismes catégoriques : sont ceux dont la majeure est une proposition
catégorique. Dans ce groupe, on distingue ceux qui sont réguliers et parfaits et ceux
qui sont irréguliers, c’est-à-dire ceux qui se présentent comme des abréviations, soit
comme des ampliations du syllogisme régulier.
 Le syllogismes hypothétiques ou non catégoriques sont ceux dont la majeure est
une proposition composée de deux propositions catégoriques. La mineure affirme ou
nie une partie de la majeure. Les formes principales sont : le syllogisme conditionnel,
le syllogisme disjonctif et le syllogisme conjonctif.

3.5.5. Principes et lois des syllogismes catégoriques


a. Principes logiques

Il existe plusieurs principes logiques : principes d’identité, de (non) contradiction,


du tiers-exclu, etc. Mais le raisonnement syllogistique est principalement fondé sur deux
principes généraux : le principe de la compréhension et celui de l’extension.

 Le principe de la compréhension touche à la loi de contradiction que Aristote a


formulée de la manière suivante : « Il est impossible que le même attribut appartienne
et n’appartienne pas au même sujet et sous le même rapport ». Ce principe interdit à
la pensée de se contredire parce qu’elle s’anéantirait. Enoncé négativement ci-haut,
ce principe peut être explicité comme principe positif de compréhension et peut
s’énoncer de deux manières suivantes :
1°) « Deux choses identiques à une troisième sont identiques entre elles ».
Exemples : Si A  B et B  C alors A  C.
2°) « Deux choses dont l’une n’est pas identique à une troisième ne sont pas
identiques entre elles ». Par exemple : si A  B et B  C alors A C.
 Le principe de l’extension exige que toute pensée correcte se soumette aux
principes d’inclusion. Il s’énonce comme suit : « ce qui est affirmé universellement
d’un sujet est affirmé de chaque partie de ce sujet et ce qui est nié universellement
d’un sujet est nié de chacune de ses parties ».

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


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b. Règles du syllogisme régulier

Elles ne sont en fait que des applications variées des principes que nous venons
d’énoncer. Les logiciens médiévaux ont explicité ces principes en huit règles dont quatre
concernent les termes du syllogisme et quatre autres concernent les propositions.

1°) Les lois de termes

1ère règle : « Le syllogisme ne doit avoir que trois termes qui gardent le même
sens »

Explication : la structure du syllogisme exige qu’on ait trois termes à comparer ni


plus ni moins. Lorsqu’un terme est pris en deux sens différents, il provoque une
équivocité et introduit par conséquent quatre termes dans le syllogisme.
Voici un contre-exemple : Hier Joseph a mangé un capitaine
Poisson

Or un capitaine est un militaire


Officier

Donc hier Joseph a mangé un militaire


Le terme capitaine est à la fois pris pour un officier (militaire) et comme poisson.

2è règle : « Le moyen terme ne peut jamais figurer dans la conclusion ».

Explication : cette loi exprime aussi la structure du syllogisme qui compare les
termes extrêmes au moyen terme, car il joue le rôle d’intermédiaire entre les deux
extrêmes : le grand terme et le petit terme.

Voici un contre-exemple :
Les lions sont des carnivores
m T
Or quelques animaux sont des lions
t m
Donc quelques lions sont des carnivores
m T
La bonne conclusion est : Donc quelques animaux sont des carnivores

3è règle : « Le moyen terme doit être pris au moins une fois dans toute son
extension ».
Explication : si le moyen terme est pris deux fois particulièrement, il suppose alors
qu’il y a deux extensions différentes. Donc il introduit quatre termes
dans le syllogisme, ce qui pèche contre la première règle.

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


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Voici un contre-exemple :
Quelques hommes sont saints
m T
Or les criminels sont des hommes
t m
Donc les criminels sont des saints
t T

4è règle : « Les termes ne doivent pas avoir une extension plus grande dans la
conclusion que dans les prémisses ».

Explication : Normalement, le calcul syllogistique va du général au particulier. La


conclusion ne doit pas dépasser les prémisses, sinon elle dit plus que
ce qui ressort de la comparaison faite par les prémisses.
Un contre-exemple :
Les congolais sont des Africains
m T
Or tout congolais est homme
m t
Donc tout homme est africain
t T
Pour une bonne conclusion, on dira donc « Quelques hommes sont africains ».

2°) Lois des propositions

5è règle : « Deux prémisses négatives ne donnent pas de conclusion »

Ex : Aucun homme n’est ange


Or aucun esprit pur n’est homme
Donc… (Impossible de conclure)
6 règle : « Deux prémisses affirmatives ne peuvent donner qu’une conclusion
è

affirmative (positive) »

Ex : Tout prêtre Catholique est célibataire


Or Jean-Paul est un prêtre catholique
Donc Jean-Paul est célibataire

7e règle : « Deux prémisses particulières ne donnent aucune conclusion »

Ex : Quelques étudiants sont polis


Or quelques hommes ne sont pas étudiants
Donc… (Impossible).

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8e règle : « La conclusion suit le caractère de la prémisse la plus faible »


Ex : Tout Belge est courageux
Or quelques hommes ne sont pas courageux
Donc quelques hommes ne sont pas Belges.

3.5.6. Les figures des syllogismes réguliers


La figure de syllogisme est la disposition du moyen terme dans les différentes
figures, comme l’indique le tableau ci-dessous :
Première figure Deuxième Troisième Quatrième
figure figure figure
SUB-PRAE PRAE-PRAE SUB-SUB PRAE-SUB
Majeure m–T T–m m–T T–m
Mineure t–m t–m m–t m–t
Conclusion t-T t-T t-T t -T
Explication de ce tableau
1ère figure : Le moyen terme est sujet dans la majeure et prédicat dans la mineure :
SUB– PRAE.
Exemple : Tout homme est mortel
m

Or Bahati est homme


m

Donc Bahati est mortel


2è figure : Le moyen terme est prédicat dans la majeure et dans la mineure : PRAE-
PRAE
Exemple : Tout cercle est rond
m

Or nul triangle n’est rond


m

Donc nul triangle n’est cercle


3e figure : Le moyen terme est sujet dans la majeure et dans la mineure : SUB-SUB
Exemple : La charité est aimable
m

Or la charité est une vertu


m

Donc quelque vertu est aimable


4e figure : Le moyen terme est prédicat dans la majeure et sujet dans la mineure :
PRAE-SUB.
Exemple : Aucune pierre n’est vivante
m

Or tout vivant est corps


m

Donc quelque corps n’est pas pierre.


Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie
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De ce qui précède, il ressort les lois spéciales suivantes :


 1ère figure : « La mineure doit être affirmative, la majeure universelle ».
 2ème figure : « La majeure doit être universelle, et une des prémisses négative ».
 3ème figure : « La mineure doit être affirmative et la conclusion particulière ».
 4ème figure : « Ni la majeure ni la mineure ne doivent être particulière négative et
la conclusion ne doit pas être universelle affirmative ».
3.5.7. Modes du syllogisme
a) Notions
Les modes de syllogisme sont les différentes combinaisons de A, E, I, O. De
manière générale, cette combinaison donne 256 (64 x 4) modes, mais certains d’entre
eux contreviennent aux règles de syllogismes, donc non concluants. Après les avoir
éliminés, les logiciens n’ont retenu que 19 modes concluants. Ces 19 modes portent des
noms conventionnels suivants et sont repartis sur les 4 figures ci-haut évoquées :
1ère figure : BARBARA, CELARENT, DARII, FERIO.
2ème figure : CESARE, CAMESTRES, FESTINO, BAROCO.
3ème figure : DARAPTI, FELAPTON, DISAMIS, BOCARDO, FERISON, DATISI.
4ème figure : BAMALIP, CAMETIS, DIMATIS, FESAPO (FESPANO), FRESISON.

b) Exemples des syllogismes par mode

1ère figure :
 BARBARA
Tout homme est mortel (A)
Or tout congolais est homme (A)
Donc tout congolais est mortel (A)

 CELARENT
Aucun prêtre catholique n’est marié (E)
Or tout évêque est prêtre catholique (A)
Donc aucun évêque catholique n’est marié (E)

 DARII
Tout docteur est savant (A)
Or quelques profs de l’ISP sont docteurs (I)
Donc quelques profs de l’ISP sont savants (I)

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


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 FERIO
Aucun homme n’est ange (E)
Or quelques Ituriens sont hommes (I)
Donc quelques Ituriens ne sont pas anges (O)

2ème figure
 CESARE :
Aucun congolais n’est asiatique (E)
Or tout chinois est asiatique (A)
Donc aucun chinois n’est congolais(E)

 CAMESTRES :
Toute orange est succulente (A)
Or aucun citron n’est succulent (E)
Donc aucun citron n’est orange (E)

 FESTINO :
Aucun pauvre n’est chef d’Etat(E)
Or Kagame est chef d’Etat(I)
Donc Kagame n’est pas pauvre (O)

 BAROCO :
Tout animal est sauvage(A)
Or quelques vivants ne sont pas des sauvages (O)
Donc quelques vivants ne sont pas des animaux (O)

3ème figure
 DARAPTI
Tout bonheur est préférable (A)
Or tout bonheur est une vertu (A)
Donc quelques vertus sont préférables (I)

 FELAPTON
Aucun raisonnable n’est bête (E)
Or tous les raisonnables sont des hommes (A)
Donc quelques hommes ne sont pas bêtes (O)

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 BOCARDO
Quelques ovipares ne sont pas aquatiques (O)
Or tout ovipare est animal (A)
Donc quelques animaux ne sont pas aquatiques (O)

 DISAMIS
Quelques congolais sont patriotes (I)
Or tout congolais est courageux (A)
Donc quelques courageux sont patriotes (I)

 FERISON
Aucun Rwandais n’est congolais (E)
Or quelques Rwandais sont Tutsi (I)
Donc quelques Tutsi ne sont pas congolais (O)

 DATISI
Tout intellectuel est chercheur (A)
quelques intellectuels sont étudiants (I)
Donc quelques étudiants sont chercheurs (I)

4e figure : BAMALIP
Tout congolais est homme (A)
Or tout homme est animal raisonnable (A)
Donc quelques animaux raisonnables sont congolais (I)

3.5.8. Les syllogismes hypothétiques

a. Notion

Le syllogisme hypothétique ou non-catégorique est un syllogisme dont la majeure


est une proposition composée, dont la mineure affirme ou nie une des parties de la
majeure. La théorie du syllogisme non-catégorique est due surtout aux stoïciens.

b. Sorte de syllogismes hypothétiques ou non catégoriques

Parmi les syllogismes non-catégoriques, on distingue :

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1°) Le syllogisme conditionnel dont la majeure est une proposition conditionnelle. La


mineure affirme ou nie l’un de ses membres. On le nomme aussi syllogisme
hypothétique au sens strict.
Exemple : Si mon ami réussit, alors je serai content
Or il a réussi
Donc je suis content

2°) Le syllogisme disjonctif dont la majeure est une proposition disjonctive. Ce


syllogisme peut se ramener au syllogisme conditionnel.

On distingue le syllogisme disjonctif au sens strict et le syllogisme disjonctif au


sens large :
 Le syllogisme disjonctif au sens strict est celui dont les deux membres s’excluent
contradictoirement.
Exemple : Il pleut ou il ne pleut pas
Or il pleut
Donc c’est faux qu’il ne pleut pas (c’est-à-dire il pleut)
 Le syllogisme disjonctif au sens large est celui où l’une des alternatives est vraie
ou les deux peuvent être vraies.
Exemple : Ou papa arrive ou maman arrive
Or papa arrive
Donc…

3°) Le syllogisme conjonctif est celui dont la majeure est une proposition conjonctive
énonçant l’impossibilité pour un même sujet de posséder à la fois deux prédicats
contradictoires. Ce syllogisme prend la forme du principe de contradiction. Sa
majeure est toujours négative tandis que la mineure est toujours affirmative. Ce
syllogisme peut aussi se ramener au syllogisme conditionnel.
Exemples : Nul ne peut servir Dieu et l’argent à la fois
Or il sert Dieu
Donc il ne sert pas l’argent

Nul ne peut être vivant et mort à la fois


Or il est vivant
Donc il n’est pas mort.
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c. Règles d’une bonne conséquence pour les syllogismes hypothétiques

1°) Le syllogisme conditionnel a deux modes concluants :


 Modus ponendo ponens (MPP) : affirmer (poser) la condition dans la mineure,
c’est affirmer (poser) la conditionnée dans la conclusion.
Voici le schéma : Si p alors q / Si Joseph court, alors il se déplace
La condition (p) La conditionnée (q)

Or p / Or il court
Donc q / Donc il se déplace
Voici les cas d’impossibilité de conclure :
Si p alors q /Si Joseph court, il se déplace
Or ¬p / Or il ne court pas
Donc ? Il peut se déplacer sans courir nécessairement, par exemple en
glissant ou en rampant.
 Modus tollendo tollens (MTT) : nier la conditionnée dans la mineure revient à
nier la condition dans la conclusion.
Voici le schéma : Si p alors q /S’il court, alors il se déplace
Or ¬q /Or il ne se déplace pas
Donc ¬p /Donc il ne court pas
Les cas d’impossibilité de conclure : Si p alors q /S’il court, il se déplace
Or q / Or il se déplace
Donc ?

Concrètement, cela se présente de la manière suivante :


Majeure (p q) Conclusion logique
Mineure p q
Par MPP
p
Pas de conclusion

q
Pas de conclusion

q p
Par MTT

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2°) Les syllogismes disjonctifs

 Le syllogisme disjonctif inclusif

La disjonction inclusive n’est régie par aucun mode (modus). La conclusion


dépend ici du contexte et de la connaissance du locuteur et de l’auditeur sur l’objet du
raisonnement ou du discours.
Exemple : Denis est étudiant ou il est taximan
Or il est étudiant
Donc…

Majeure (p v q) Conclusion logique Conclusions possibles

Mineure p Pas de conclusion q


probante
-q

Pas de conclusion q
-p
probante
-q

Pas de conclusion p
q
probante -p
Pas de conclusion p
-q
probante -p

 Syllogisme disjonctif exclusif

La disjonction exclusive est régie par le Modus Ponendo Tollens (MPT) et


Modus Tollendo Ponens (MTP) : qui stipule qu’affirmer la première proposition dans
la mineure revient à nier nécessairement la 2 e dans la conclusion et vice versa.

Exemple : Il est vivant ou il est mort (p w q),


Or il est vivant (p),
Donc… ?
Majeure (p w q) Conclusion logique
Or p Donc q
Par M.P.T

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q
p Par M.T.P
q p
Par M.P.T
q p
Par M.T.P

3°) Le syllogisme conjonctif ou incompatibilité

Le syllogisme conjonctif ou incompatibilité est régi par le Modus Ponendo


Tollens (MPT) et Modus Tollendo Ponens (MTP) : qui stipule qu’affirmer la première
proposition dans la mineure revient à nier nécessairement la 2 e dans la conclusion et vice
versa.
Exemple : Nul ne peut servir Dieu et (servir) l’argent à la fois  (p  q)
Or il sert Dieu (p)
Donc…
Majeure  (p  q) Conclusion logique
Mineure p q
Par M.P.T
p q
Par M.T.P
q p
Par M.P.T

q p
Par M.T.P

3.6. Autres formes de raisonnements

1. Argument par analogie

C’est une ressemblance établie par l’imagination entre deux ou plusieurs pensées
différentes par nature (selon Bellenger).
Ex : Le rein fonctionne comme le filtre à eau.
Beaucoup de pays luttent contre le coronavirus par le confinement. Or la RDC aussi
est atteinte de coronavirus. Donc elle doit confiner sa population pour s’en sortir.
Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie
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L’analogie comprend trois formes : la comparaison, la métaphore et l’allégorie.


La métaphore est un transfert de sens par substitution.

NB : L’analogie joue un rôle déterminant dans la persuasion. Elle explique, vulgarise,


prouve, etc.

2. Raisonnement par le tout et ses parties

On appuie ici son raisonnement sur la notion de l’ensemble en tant que constitué
d’un certain nombre d’éléments et on déduit que ce qui vaut pour le tout vaut aussi pour
la partie.
Ex : Cet étudiant est de l’ISP/BUNIA, il est impossible qu’il triche !

Lorsqu’on veut, par exemple, démontrer le dysfonctionnement d’un système, le


locuteur peut décomposer cet ensemble en montrant que chaque élément qui le compose
est mauvais.
Ex : Tu veux épouser dans cette famille ? Le papa est ivrogne ; la maman a quitté le
foyer ; la grande sœur de ta fiancée est une divorcée ; l’autre sœur est voleuse ;
leur frère est un délinquant. Alors tire la conclusion !

3. Raisonnement a pari causa

C’est le refus de la discrimination, le locuteur demande que deux éléments


semblables équivalents subissent un traitement ou une évaluation égale. Il présente un
cas comme suffisamment similaire pour recevoir le traitement prévu par la catégorie.
 Les enfants mâles ont le droit d’hériter ; il en va de même des filles.
 Il est interdit de passer ce test avec un stylo : ni, dans ce cas, avec un bic ou un
crayon.
 Une mère s’indigne : « Tu as acheté une chemise à Olivier, tu n’en as pas acheté à
Linda. Ce sont tous tes enfants. Pourquoi as-tu agi ainsi ? »

4. Raisonnement a contrario

L’argument a contrario consiste à partir d’un fait quelconque et à tirer la conclusion


contraire pour le fait opposé. Il introduit un cas d’espèce qui ne tombe pas sous une
catégorie ou une description.

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


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 Ce film est interdit aux enfants de moins de 14 ans. A contrario, il est autorisé
aux enfants de 16 ans.

Il existe deux types d’a contrario, selon qu’il permet ou non une inférence.
Un argument est a contrario inférentiel lorsqu’il permet de déduire une nouvelle
information. Par exemple, si les chiens sont interdits dans un bus, on peut a contrario en
déduire que les humains y sont autorisés. Nous ignorions la loi quant à l’entrée des
humains, mais puisque nous apprenons que les chiens sont interdits, on en retire une
nouvelle information : les humains sont autorisés.

L’argument a contrario non-inférentiel, quant à lui, affirme certes que l’objet ne relève
pas de la catégorie en question, mais ne procède pas à la déduction d’une nouvelle
information. Dans notre exemple, un raisonnement a contrario non-inférentiel se
limiterait à affirmer que la loi interdisant l’entrée des chiens ne se prononce pas sur
l’entrée des humains. Ex : Il prévoyait de faire la fête s’il obtenait entre 20 et 25 points
en Philosophie et logique. Mais il a obtenu 29 sur 30 ; il ne va sans doute pas simplement
faire la fête.

5. Raisonnement a fortiori

Appelé aussi « raisonnement à plus forte raison », il est le plus souvent présenté
comme une analogie renforcée. Il s’agirait d’un argument a pari, s’imposant avec plus
de force. En effet le terme même a fortiori indique sa force plus grande.
 Je ne supporte pas la température à zéro degré, comment ferais-je à moins vingt?
 Il n’a pas les moyens de s’acheter un vélo ; à plus forte raison une voiture ?
 Il est interdit d’entrer dans ce restaurant sans cravate ; et lui voulait s’y installer
sans chemise !
 La tentative d’assassinat étant punie par la loi, un assassin ne le sera-t-il pas au
moins autant ?
 Si tu réussis difficilement dans le cours d’Hygiène et Assainissement, comment peux-
tu espérer réussir facilement en mathématiques ?

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie


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6. L’argument a minori

C’est le contraire du raisonnement a fortiori. Alors que ce dernier prolonge ce


genre de raisonnement, le raisonnement a minori le raccourci.
Ex : Si je mange facilement trois kilos de viande, donc je peux manger deux kilos sans
problème.

On le voit, les arguments a fortiori et a minori procèdent par à une


comparaison : entre deux températures ; entre le prix d’un vélo et d’une voiture ;
entre deux façons de s’habiller, entre la tentative d’assassinat et l’assassinat, trois
kilos et deux kilos. En ce sens, il est exact que l’argument a fortiori est une forme de
comparaison, d’argument par analogie, renforcé. Cependant, une telle présentation –
quoique plutôt intuitive – ne permet pas de prendre toute la mesure de la spécificité
de cet argument.

7. L’argument (raisonnement) d’autorité

Pour appuyer sa propre argumentation, le locuteur a le loisir de s’appuyer sur la


réputation d’une autre personne, d’un fait, d’une institution. C’est un des arguments les
plus courants et les plus importants en argumentation.
Ex : - Tuer c’est un péché (Bible), donc je ne tuerai pas.
- En vertu du pouvoir qui m’est conféré… (Formule juridique)
- Aristote a dit…
- Les ancêtres disaient…
- Un proverbe constitue une autorité parémiologie.

8. L’argument par absurde

Démontrer quelque chose en partant de l’argument contradictoire. Par exemple,


montrer l’importance des études en partant de celui qui n’a pas étudié : sa vie de
pauvreté, sa vie pénible… pour conclure qu’il est donc bon d’étudier (parce que celui qui
a étudié ne vivra pas de cette manière-là).

C. Activités d’apprentissage : cf. Mon Assistant.

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CHAPITRE 2 : LA LOGIQUE SYMBOLIQUE OU MATHEMATIQUE

A. Objectif du chapitre

Être en mesure de formaliser les propositions ou les raisonnements logiques pour


éviter les équivocités dues à la polysémie des concepts et de les évaluer par diverses
méthodes.

B. Description du contenu

2.0. Introduction

Actuellement plusieurs sciences adoptent un langage symbolique qui offre


l’avantage d’être court, de présenter une plus grande rigueur ou exactitude d’expression
et de permettre une sorte de calcul pour contrôler la valeur des propositions employées.

La logique symbolique21, appelée aussi logique mathématique, a son langage


propre qu’il faut bien comprendre. Elle dispose également d’un certain nombre de
méthodes pour évaluer ou déterminer si une expression propositionnelle est valide ou
pas.

2.1. Le langage spécial de la logique moderne

Le langage artificiel de la logique moderne est constitué des symboles


conventionnels, comprenant les éléments suivants :
1. Les parenthèses : ( )
2. Les opérateurs ou foncteurs ou encore connecteurs logiques :
a) - , ¬ , ~ : le négateur ou la négation, c’est un foncteur monadique. Il se met
devant une variable. Ex : -p, on lit « non p ».
Seul le négateur est monadique, les autres opérateurs logiques sont dyadiques.
b)  : Le conjoncteur ou la conjonction.
Ex : p  q se lit « p et q »
c)  : Le disjoncteur large ou la disjonction large ou inclusive.
Ex : pq, on lit : « p ou q »

21Pour la logique moderne, nous nous sommes largement inspirés du livre d’E.J. LEMMON, Beginning Logic,
d’O’CONNOR, Introduction to symbole logic, de J CHAUVINEDU, La logique moderne, d’[Link],
Introduction aux logiques, et de MUTUNDA, Eléments de logique.

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d) w : Le disjoncteur strict ou la disjonction stricte ou exclusive.


Ex : p w q et on lit : « p ou q »
e)  ou  : l’implicateur ou l’implication. Il se lit : « si ….., alors … »
Ex : pq : on lit : « p implique q »
f)  ou  : l’équivaluateur ou l’équivalence. C’est l’implication mutuelle.

Ex : p  q (ou p  q) se lit « p équivaut à q ».

g) Les variables propositionnelles


Une variable propositionnelle est une des lettres de l’alphabet français utilisée pour
représenter une proposition logique.
Ex : p, q, r, t, s, z, m, n, o, etc.

Une formule bien construite doit se constituer des variables et des opérateurs
logiques.
Ex 1 :  p  : c’est une formule mal construite (fmc)
Ex 2 : (pq)  (qp) : c’est une formule bien construite (fbc)

2.3. Formule pour ranger les variables et les valeurs de vérité

Pour chaque variable, il y a deux possibilités. Pour n variable, il y a donc 2 à la


puissance n de possibilité de valeurs (2n). Ainsi pour 1 variable, nous aurons 21, c’est-à-
dire 2. Pour 2 variables, nous aurons 22, c’est-à-dire 4 possibilités. Pour 3 variables, il y
aura 23, c’est-à-dire 8.

Aussi, la 1ère variable ne comptera que deux groupes de valeurs, un groupe de 1


et un groupe de 0.

La deuxième variable aura 4 groupes ou possibilités.


Donc : 2n
1. Variable : 21= 2. Ex: p  p
0 1
0 0

2. Variable : 22= 4. Ex: p  q


1 1
1 0
0 1
0 0

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3. Variables : 23 = 8. Ex: (p  q)  m
1 1 1
1 1 0
1 0 1
1 0 0
0 1 1
0 1 0
0 0 1
0 0 0

2.4. Les matrices des opérateurs logiques

Chaque opérateur logique a sa matrice. Il convient de bien connaître la matrice


de chaque opérateur ou foncteur logique pour bien évaluer, selon la méthode exigée ou
imposée, telle ou telle expression propositionnelle. En logique moderne, le vrai est
symbolisé par 1 et le faux par 0.

Pour trouver la matrice d’une expression, voici les règles à suivre :


1) La négation donne toujours la valeur de vérité opposée de la variable. Si
p =1 alors ¬p = 0 ;
2) La conjonction n’est vraie que si seulement si les variables sont toutes
vraies ; dans le cas contraire, la conjonction est fausse ;
3) La disjonction large n’est fausse que si et seulement si les deux variables
sont toutes fausses. Dans le cas contraire, la disjonction est toujours
vraie.
4) La disjonction stricte est fausse si et seulement si les deux variables ont
les mêmes valeurs de vérité. Dans les autres cas, elle est vraie.
5) L’implication est fausse si et seulement si la première variable, c’est-à-dire
 = 1 et ß = 0
6) L’équivalence est vraie si et seulement si les deux variables ont la même
valeur de vérité.

Ainsi :

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1) Si p alors – p
1 0
0 1

2) p  q
1 1 1
1 0 0
0 0 1
0 0 0

3) p v q

1 1 1
1 1 0
0 1 1
0
0 0

4) p w q

1 0 1
1 1 0
0 1 1
0
0 0

5) p  q

1 1 1
1 0 0
0 1 1
1
1 0

6) p  q
1 1 1
1 0 0
0 0 1
0 1 0

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2.5 . Evaluation des expressions propositionnelles logiques

a) Par la méthode matricielle

On peut encore ranger parmi les lois logiques élémentaires les modes corrects
des raisonnements propositionnels très simples que la tradition étudie sous la
dénomination des « syllogismes hypothétiques ». Ces raisonnements sont ainsi
constitués :
((p  q)   q)  p
1 1 1 0 01 1 0 1
1 0 0 0 10 1 0 1
0 1 1 0 01 1 1 0
0 1 0 1 10 1 1 0
Enfin, la valeur de l’implication peut être déterminée en fonction des valeurs
des arguments que sont la conjonction de l’impliquant et la négation de l’impliqué.
((p  q)   q)   p
1 1 1 0 01 1 01
1 0 0 0 10 1 01
0 1 1 0 01 1 10
0 1 0 1 10 1 10

Nous constatons que cette implication est toujours vraie. Ce qui signifie que,
quelle que soit sa matière, cette proposition, en vertu de sa structure, est vraie en
toute circonstance.

b) Méthode par l’absurde ou méthode indirecte

Pour examiner ou évaluer une expression propositionnelle avec la méthode


par l’absurde, on commence par supposer que le résultat n’est pas une tautologie,
c’est-à-dire on suppose qu’il est faux. Ensuite, on dégage progressivement les
conséquences pour les prémisses. Si la contradiction se révèle, alors l’expression
propositionnelle est une tautologie, c’est-à-dire logique.

La contradiction peut se révéler à deux niveaux :

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 Au niveau des valeurs attribuées aux variables, c’est-à-dire une même variable
prend dans la même expression propositionnelle aussi bien la valeur vraie que la
valeur fausse. Par exemple : p  0 et p  1 dans la même expression évaluée.
 Au niveau des opérateurs logiques, c’est-à-dire qu’un opérateur logique donne
un résultat en contradiction avec sa matrice. Par exemple : p  q, si p1 et q0
alors p  q est nécessairement 0. Or, il se peut que l’implication soit 1.
P q
1 1 1
1 1 0
0 1 1
Evaluez l’expression propositionnelle suivante selon la méthode par l’absurde ou
méthode indirecte :
((p  q)   q)   p
1 1 0 1 1 0 0 0 1 Valeurs
5e 3e 5e 2e 3e 4e 1e 2e 4e Etapes
Conclusion : L’expression est une loi logique.

1ère étape : Nous supposons fausse l’expression donnée. Nous mettons 0 sous
l’opérateur principal. Dans notre cas ici, c’est la seconde implication.
2è étape : Nous examinons les conditions qui rendement possibles l’implication fausse :
il faut que la 1ère variable soit vraie et que la seconde fausse.
3è étape : La conjonction ne peut être vraie que si les deux variables sont toutes
vraies : la première implication doit être vraie et le  q doit être aussi vrai.
4è étape : Nous observons que  q  1 alors q doit être 0 et p  0 alors p doit être 1.
5è étape : Nous transférons les valeurs de p et q déjà connues à droite aux p et q à
gauche.

Conclusion : L’expression est une loi logique, parce qu’il se révèle une contradiction
au niveau du résultat de la première implication qui est vraie, alors que
selon sa matrice, elle devait être fausse parce que la première variable
est vraie et la seconde est fausse, l’implication devait, par conséquent,
être fausse. Cette contradiction prouve que l’expression et valide.

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((p  (q  r))  ((p  q)  (r  q))


0 1 0 11 0 1 1 1 0 0 0 0 Valeurs
6e 2e 7e 6e7e 1ère 4e 3e 4e 2e 5e 3e 5e Etapes
p  1 et 0
q  1 et 0 Donc cette expression est une loi logique.

C. Activités d’apprentissage

I. Evaluez les expressions propositionnelles suivantes par la méthode de tables de


vérité appelée aussi méthode matricielle :
1) (p  q)  (q  p)
2) ((p w q)  (p  q))
3) (p v  q)  (q  p)

Résolutions
1. (p  q) ( q   p)
1 1 1 1 01 1 01
1 0 0 1 10 0 01
0 1 1 1 01 1 10 Cette expression est valide, parce que c’est une loi logique.
0 1 0 1 10 1 10

2.  ((p w q)  (p  q))
0 1 0 1 1 1 1 1
1 1 1 0 0 1 0 0 Cette expression n’est pas valide, parce que ce n’est pas
1 0 1 1 0 0 0 1 une loi logique.
0 0 0 1 1 0 0 0

3. (p  q)  (q p)
1 101 1 111
1110 1 011
0001 1 100 C’est une loi logique, donc c’est valide.
0110 1 010

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II. Evaluez les expressions propositionnelles suivantes selon la méthode de table des
vérités ou méthode matricielle.
1. (p  q) p q
2. p  qp  q)
3.  p  (p  q)
4. (p  q)  ((r  q)  (p  r))
III. Évaluez les expressions propositionnelles suivantes selon la méthode indirecte.
1. p  (q  (p  q))
2. (p  q)  (p  q) R : contingence
3. ((p  q)  (q  m))  (p  m)
4. ((p  q)  p)  q R : loi logique
5. p  (p  (q q)) R : contingence
6. (p  p)  (q q) R : loi logique

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CONCLUSION GENERALE

Au terme de ces 45 heures (25h de CMI, 15h de TD et 5h de TP), nous avons


parcouru les matières essentielles de philosophie et de logique qui permettent certes
à l’étudiant d’atteindre les objectifs assignés à ce cours. A travers les éléments
philosophiques qui ont clarifié ce qu’est la philosophie, le débat sur l’origine de la
philosophie et sur la philosophie africaine et les précisions nécessaires apportées sur
les rapports entre la philosophie et la science, nous avons parcouru et philosopher
ensemble sur des considérations importantes à même d’amener l’étudiant à élever son
niveau de réflexion et de créer un esprit critique en lui.

La logique d’Aristote, à travers les trois opérations de l’esprit humain (que sont
la conception, le jugement et le raisonnement), et la logique mathématique ont
présenté les éléments à partir duquel l’étudiant a pu certainement améliorer son
raisonnement. Par une application aux principes et lois logiques qui garantissent un
bon raisonnement ou une bonne pensée, que nous souhaitons se prolonger au-delà
de ce cours, les matières ici abordées et les exercices effectués ont certes permis à
l’étudiant d’améliorer désormais son expression orale et écrite du fait de l’ordre mis
dans son cerveau par cet outil et art de bien raisonner.

Par Dr LENG’CWINY MUGISA Zacharie

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