CM2 : Alternatives d’après-guerre
WW2 : bilan d’hommes et bilan moral très lourd.
Camps de la mort : prise de conscience terrible.
Impacte le monde de l’art, jusque-là marqué par une confiance dans le progrès,
stoppé par la WW2.
Les bases morales/religieuses sont balayées, on ne croit plus en le nationalisme, etc.
Donc quelle place des avant-gardes, des modernes ?
Comment renouer avec la modernité ?
I) Comment créer après Auschwitz et Hiroshima ?
A) État des lieux
Allemagne : on vit dans le souvenir des « arts dégénérés » de 1937, où les nazis
exposent l’art jugé décadent par eux.
Art nazi : Arno Breker.
Imageries avec des valeurs : santé, force, virilité. Art virile et arien, très académique
et peu d’innovation. Cet académisme reprend les canons de peinture du XIXe,
femmes nues : promesse de création, repos du guerrier, beauté raciale.
Académisme ennuyeux. Nécessité d’oublier les relations avec les marchands
américains/français/britanniques, complices du recel lié aux vols durant la guerre.
Répartition : à l’Est, on s’intéresse au réalisme socialiste, à l’Ouest à l’abstraction.
Vocabulaire :
Abstraction = courant esthétique qui ne cherche pas à représenter les objets existants
dans le monde réel, mais s’intéresse à l’autonomie des formes/couleurs/textures, pas
la réalité. Précurseur : Vassily Kandinsky (1866-1944).
Kasimir Malevitch (1879-1935), Composition suprémacisten 1916, couleurs vives,
apparence simple.
Piet Mondrian (1872-1944) et František Kupka (1871-1957).
Courant productif dans l’entre-deux-guerres, mais minoritaire. On achète surtout du
cubisme et du surréalisme, impressionnisme.
France, Belgique, Italie, etc. Situation particulière après-guerre :
Paris, grosse place marchande de l’après-guerre. Ils attendent la reprise des affaires.
Accusés de collaboration, passent entre les mailles du filet.
À Paris, les galeries sont remplies par des jeunes artistes.
Réimplantation de la démocratie. Pays communistes, 2 conceptions différentes :
Le libéral, assez éclectique, et le socialiste, vers le réalisme socialiste.
Cette répartition est basé sur la doctrine Truman (12 mars 1947) vs doctrine Jdanov
(22 septembre 1947).
Réalisme socialiste : Adopté par le PCF, fait la promotion d’artistes dans la ligne du
parti.
Abstrait : beaucoup d’artistes de ce mouvement ont souffert de la guerre : tableaux
brûlés (5 000 tableaux) ou vendus au rabais.
Après guerre, cette préoccupation fait passer l’abstraction pour de l’engagement.
Quel engagement ? Prendre position au risque de sa liberté ?
Picasso : Resté à Paris pendant la guerre, donc ne peut être accusé de collaboration.
Départ d’artistes français pour un voyage en Allemagne organisé par Arno Breker et
Otto Abetz. Certains ont refusé.
Picasso fait figure de résistant, même s’il résiste pas trop.
Après-guerre : le PC veut mettre la main sur les institutions culturelles en France :
Matisse, Fernand Léger, etc.
Exposition Art et Résistance au musée d’art moderne de Paris, organisée par
l’association des Amis des FTPF.
Pas d’abstrait, mais du figuratif comme Picasso (Le charnier, 44-46, s’autocite).
1948 : Picasso se rend au congrès des intellectuels pour la paix à Wroclaw en
Pologne.
1949 : Louis Aragon récupère une litographie (colombe qui devient un symbole de
paix) de Picasso pour en faire l’affiche du Congrès mondial des partisans de la paix,
organisé par le PC.
1951 : Picasso dénonce le massacre en Corée.
Problème pour le PC : Picasso est très célèbre, on l’aime dans les pays libéraux, il est
très riche donc PC mal à l’aise. Donc on arrête de l’afficher dans les pays
communistes, on affiche ses poteries (idée de l’artisan).
Picasso provocateur : mort de Staline, 1953, dessin de Staline, passe pour de la
caricature donc scandale.
Affaire du portrait de Staline : André Breton, dit que la liberté artistique est
incompatible à l’embrigadement.
Succès de Picasso aux USA : New York, Rétrospective Picasso au MoMA en 1946 ;
en 1948 exposition à la Biennale de Venise ; tournée mondiale de Guernica en 1951.
Dans les années après-guerre, se référer à Picasso c’est…
B) Réalisme ou abstraction ?
Picasso entre deux, il est unique et ingérable. Mais les nouveaux artistes ?
Artiste du PC doivent se conformer au réalisme socialiste.
Ex groupe italien qui faisait de l’abstrait.
Madeleine Rousseau : défend l’abstrait et liberté de l’art, exclue du parti.
André Fougeron, Parisiennes au marché, 47-48, exemple typique de réalisme sociale :
vie quotidienne d’anonymes.
Boris Taslitzky, Le Petit camp à Buchenwald, 45 : peint souvent des résistants. Là
c’est une scène graphique, cadavres, témoigne de la barbarie. Témoignage
iconographique, on parle aux gens.
Opportunisme : les nouveaux peintres sont ambitieux, opportunité de se faire
connaître grâce au communisme, le parti comande des œuvres.
Fougeron : né en 1913, reçoit le PC. Engagement (Hommage à Franco le dépeint
comme un criminel ; À mort la bête, caricature d’Hitler).
Mouvement du nouveau réalisme français.
Crée du débouché lucratif : se fait remarquer du PC, et Fougeron a des commandes.
Fougeron est un des premiers à s’opposer à Picasso dans l’affaire du portrait, donc on
parle de lui = il a encore plus de commandes. Mais en France, le réalisme socialiste
va produire jusqu’en 1951, après les conditions de vie s’améliorent donc plus besoin
de parler du social.
Il cède du terrain à l’abstraction. L’initiative vient d’Italie.
On veut sortir du carcan nationaliste et échapper à la pression nationaliste, une
troisième voie :
Lucio Fontana (1899-1968), né de parents italiens immigrés en Argentine. Crée à
Buenos Aires l’Academia Altamira en 46, prétentions novatrices exprimées dans le
Manifesto Blanco : on refuse toute efficacité de la peinture/sculpture, ce sont des arts
qui ne sont pas engagés.
Fontana proche du socialisme, mais dictature de Pérone qui supporte mal le
socialisme, l’école est fermé et Fontana s’installe à Milan en 47.
Avant-garde à Milan, le spatialisme. Rejette l’espace visuel, rejette…, il faut recourir
la technologie moderne (tv, cinéma, jeux de lumières), sortir du tableau pour
l’inscrire dans un espace.
Fontana fait des trous/lacérations pour créer un jeu de lumière.
Autre œuvre : Ambiance spatiale à la lumière noire. Fontana précurseur du
spatialisme.
Autre exemple de cette recherche novatrice :
Alberto Burri, Grande Sacco, 1952. A peint sur des sacs de denrée du plan Marshall.
Avant-garde italienne qui cherche/crée, ambitions légitimes car place de l’art
européen c’est Venise, La Biennale, donc Italie pays de création.
1948 : à La Biennale, 14 pays participants ; 22 en 1952.
Fin 40s : croissance économique, donc marché pour ces créateurs. Galeries
s’installent : Âge d’or, à Rome, et succursale à Florence.
Groupes :
Gruppo Origine, 50, et Groupe des Huit Peintres Italiens en 52. Ces peintres sont en
relation avec les galeries parisiennes.
Impulsion en Italie, Paris capitale de l’art moderne.
Paris influencée par l’existentialisme, dans Temps moderne, alimenté par J-P Sartre et
Simone de Beauvoir.
On considère que l’être humain détermine l’essence de sa vie par ses actions et pas
par des doctrines, on donne de l’importance au vécu, donc les existentialistes
s’intéressent au vécu.
Vision de la peinture comme accomplissement de soi. Peinture est un catharsis qui
expulse le traumatisme de la guerre.
Ex : La mort de Dachau, Olivier Debré, 1945.
Dans le meme temps, tous les artistes ne supportent pas la soumission littéraire :
Jean Dubuffet (1901-1985). Famille qui a fait fortune dans le commerce de vin, il est
déjà riche. Donc Dubuffet fait ce qu’il veut. Ses tableaux sont assimilés à « des
dessins d’enfants ». Après-guerre, il cultive une marginalité artistique : à mi-chemin
entre réaliste et absurdisme, surréalisme un peu. On sait pas où le situer sur le plan
politique.
Il voyage énormément en Algérie, où il pense pouvoir se défaire des « intoxications
coloniales ».
47 : Ouvre le foyer de l’art brut. 48 : Compagnie de l’art brut
Art réalisé par des marginaux, des autodidactes (c’est-à-dire des prisonniers, des
malades mentaux, des enfants, des vieillards).
49 : « L’art brut préféré aux arts culturels » Galerie Drouin.
Figure de résistant à l’académisation internationale, à l’abstraction, surréalisme, et
donc figure de l’art d’après-guerre mais très isolé.
C) Intérêt politique de l’abstraction lyrique après-guerre
En Allemagne : rééducation et dénazification à coup d’expositions, galeries fermées
durant les nazis. Grâce aux français, 17 expositions. Donc on montre des œuvres
françaises.
Échange de tableaux : Kunsthalle de Karlsruhe reçoit du Matisse/Picasso, et Centre
Pompidou reçoit Jour Heureux de Willi Baumeister.
Donc les jeunes allemands vont étudier en France. On veut montrer des œuvres
détachées du régime nazi, sans être attachées aux réalisme socialiste.
Expos allemandes : On montre l’expressionnisme d’avant-guerre, puis la nouvelle
objectivité (?). Surtout expressionnisme puis abstraction, qui permet de sortir de
l’histoire.
RFA à la Biennale de Venise, on montre des abstraits allemands :
Blaue Reiter (le cavalier bleu), Die Brücke (le pont).
Günther Uecker (1930-) : voyage à l’Ouest, découvre Kandinsky. Il arrive ensuite à
passer à l’Ouest, et se lance dans l’abstraction lyrique. On montre sa comme un
mouvement internationaliste, généreux. Popularisé grâce à un journal, Das
Kunstwerk (L’oeuvre d’art, 1946).
Ça devient l’art de l’internationalisme pacifique, prix annuel…
Abstraction : langage de paix, soutenu paar l’UNESCO.
Gouvernement soutient l’abstraction : André Malraux devient un théoricien de
l’abstraction.
Jorge Romero Brest :
Contre le régime argentin en place, qui a accueilli beaucoup de nazis après-guerre.
Mais l’Argentine ne peut condamner l’abstraction car le pays a besoin d’argent, donc
pour capter les capitaux il faut montrer qu’on est un pays moderne. 1953 (?) :
délégation argentine à la Biennale de Venise.
Autre exemple : Espagne.
Barcelone, groupe Dau al Set, avec à sa tête Antoni Tàpies (1923-2012), bien reçus
même dans l’Espagne franquiste car besoin de montrer qu’on est moderne.
51 : Biennale hispano-américaine des arts de Madrid, 52 : ouverture du Musée
national des arts contemporains, 53 : Congrès sur l’art abstrait à Santander.
53 : Espagne acceptée par l’ONU, accord avec les USA = pays devient moderne.
Donc il faut s’accommoder de l’art abstrait.
II) Le chant du cygne du surréalisme
Abstraction vs réalisme socialisme, et au milieu le surréalisme.
Beaucoup de communistes parmi les surréalistes, hors cadre et hors du temps.
A) Le surréalisme à 20 ans
théorisé en 1924 par André Breton.
Surréalisme = « Un automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer
soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de
la pensée, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale ».
Ex : Le Grand Masturbateur, Salvador Dali, 1929.
Ex : René Magritte, La Trahison des images.
Ex : Joan Miro, Le carnaval d’Arlequin, 1924.
En 45, le surréalisme est en piteux état :
- beaucoup d’artistes surréalistes se sont enfuis aux USA (Yves Tanguy, Marcel
Duchamp, André Breton), donc considéré comme lâcheté.
Mode de l’existentialisme, ennemi du surréalisme qu’ils considérent comme un jeu.
Édition à Paris à la coupe des communistes (Paul Éluard et Louis Aragon).
Potentiel dans un nouveau groupe qui s’insurge du dictât des existentialismes et
communistes. Défendent que les pratiques irrationnelles ont encore de la valeur.
Nouvelle génération. Groupe surréaliste belge : La main plume (???).
Donc quand André Breton revient il est mal accueilli, confronté avec des nouveaux
surréalistes, dont Magritte.
Tract du mouvement surréaliste relatif à la guerre d’Indochine en 47 (Liberté est un
mot vietnamien).
Même année : Rupture inaugurale, condamne le communisme, 12 juin 47.
Exposition « Le surréalisme en 1947 » avec Duchamp :
Prière de toucher, catalogue de l’expo avec un sein dessus.
Au-delà de la morale, provocation de la morale.
Catalogue ironique des surréalistes belges (??), Le surréalisme en 947, on dit la fin du
surréalisme et l’arrivée d’un surréalisme révolutionnaire.
On fait la promotion de l’art campagnard pour faire le contre-pied de l’art de Paris.
Conférence sur l’art surréaliste (??), on fonde un bureau international du surréalisme
révolutionnaire, revue avec le même nom. On rejette le surréalisme et le
communisme…
Que pensent les communistes ?
Un peu gêné… (je suis perdu)
Magritte pond à la hâte 40 œuvres parce qu’il est invité en 48 … :
Période vache, peinture criarde, bariolée, le but c’est de choquer le bon goût parisien.
Autre mouvement :
L’art informel, apparaît en 1951. Travail se caractérise par le refus de la
préméditation. On préfère la spontanéité, ce qui compte c’est le geste.
Le principal c’est Michel Tapié (1909-1987), « il ne peut y avoir d’art aujourd'hui que
d’art stupéfiant ». à la pointe de ce qui se fait (cubiste, Dubuffet).
Soutien de Georges Matthieu (1921-2012) : La bataille de Hastings, 1956. On dit
qu’il peint dans un état « extatique », jette de la peinture et étale avec les doigts.
Pour Tapié, l’art informel c’est la forme supérieur de l’art (prétention à faire scandale
pour vendre).
On est dans de l’expérimental.
B) Concurrences : le groupe CoBrA
Viennent des surréalistes. Asger Jorn (1914-73), danois formé à Paris par Fernand
Léger, avant il était surréaliste. Il voulait dépasser l’automatisme. Dessins
expérimentaux.
Fin de la guerre, il fonde un groupe expérimental danois. Ce groupe se retrouve en 48
conférence art avant garde à Paris.
Rencontrent un groupe expérimental hollandais.
Ils fondent Cobra (Copenhague Bruxelles Amsterdamn) :
Rejettent le surréalisme, l’abstraction et le réalisme socialiste. Appellent à un retour
au réel, à un appel à la violence picturale et politique. On retrouve Christian
d’Autremont (?).
Né en 1922-79, fils d’une famille bourgeois…
Il est jeune (20aine d’années), des types qui veulent se faire entendre.
Que fait CoBrA ?
« dessins d’enfants »
On est pas éloigné de l’art brut. On exprime du trauma, on dit de la violence.
Ex : Constant, a vécu en clandestinité, famine, etc. Série de tableaux La guerre, 1950.
Guerre dans les tableaux de Jorn : La peur, 1950 ; Le droit de l’aigle, 1952. Monstres,
peinture torturée, visions de cauchemars.
Pour exorciser leurs démons, leur permet de poser en artistes engagés.
Ça plait pas, les critiques sont acerbes.
La revue CoBrA s’inscrit comme revue des artistes expérimentaux.
Paradoxe assumé : on se dit international mais on vend qu’à Paris.
On va chercher des artistes qui peuvent être utiles, qui ont de l’influence ou des
contacts, pour pouvoir se placer.
Au final, CoBrA est fragilisé par des divisions internes :
Rivalités entre artistes, etc.
Karel Appel (1921-2006).
C) La fin du surréalisme
Breton vire Roberto Matta.
Victor Brauner est viré aussi.
Marx Ernst est viré aussi.
Breton a de moins en moins de gens autour de lui, pourtant il vit du commerce d’art.
Il se concentre sur une petite galerie parisienne, La Dragonne. Revue Néon(Noé).
Il s’allie avec Charles Estiennes, qui est dans l’abstraction.
Animent une petite galerie.
Dernier coup d’éclat :
Expo EROS (Exposition InteRnatiOnale du Surréalisme) : une partie sur le passé, une
autre sur le présent.
Oeuvres de néo dadaistes : Jasper Johns et Robert Rauschenberg. Mais sinon on fait
encore sur le scandale, choquer le bourgeois, etc.
Expo se termine par l’installation de Meret Oppenheim : Festin cannibale, femme à
poil avec de la bouffe, invités à manger ce qu’il y a.
La critique est sévère : on dit qu’on tente de ressusciter les années 20, d’autres parlent
de la mise en scène d’un lupanar.
Breton n’arrive pas à relancer l’élan de l’entre-deux-guerres. Dépassé, déclassé.
Il tente de concurrencer les existentialistes (Manifeste des 121, appelle à la désertion
en Algérie mais c’est trop tard).
4 oct 69 : testament de Breton, dissolution du surréalisme.