Valery MOUANGASSA
MSc Audit & Contrôle de Gestion
REVUE DE LITTERATURE RELATIVE AU FAIT NON-RESPECT DE L’INTERDICTION
DE FUMER DANS LES LIEUX PUBLICS
L’interdiction de fumer dans les lieux publics est une mesure de santé publique
adoptée dans de nombreux pays pour réduire l’exposition au tabagisme passif.
Cette mesure vise à protéger les non-fumeurs de l’effet néfaste de la fumée
secondaire qui est associée à divers risques sur la santé. En Côte d'Ivoire, la
réglementation concernant l’interdiction de fumer dans les lieux publics a été
mise en place par le décret N° 2012-980 du 10 octobre 2012. Cette mesure vise
à protéger la santé publique en réduisant l’exposition au tabagisme passif dans
divers espaces, tels que les restaurants, les bars, les transports en commun et
les établissements de santé.
Effets du Tabagisme passif
Les effets du tabagisme passif suscitent des opinions divergentes parmi les
chercheurs. Certains mettent en avant les maladies cardiovasculaires comme le
principal danger associé à l'exposition à la fumée secondaire. D'autres se
concentrent sur le risque accru de cancer du poumon chez les non-fumeurs
exposés à la fumée de tabac environnementale. En parallèle, les effets néfastes
sur la grossesse, tels que l'augmentation des risques de faible poids à la
naissance et de naissance prématurée, sont également documentés.
• Maladies cardiovasculaires
Le tabagisme passif, ou fumée secondaire, désigne l'inhalation involontaire de
la fumée émise par les fumeurs. Plusieurs études ont mis en évidence les
dangers de cette exposition. L’exposition à la fumée secondaire peut entrainer
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un risque cardiovasculaire presqu’aussi élevé que le tabagisme actif même si
elle ne fournit qu’une petite fraction de l’apport en nicotine ressenti pendant le
tabagisme actif (Barnoya & Grants, 2005).
En effet, des niveaux relativement faibles d’exposition aux particules fines
provenant de la fumée de cigarette secondaire sont suffisants pour induire des
réactions biologiques indésirables augmentant le risque de mortalité par
maladie cardiovasculaire. La relation exposition-réponse entre la mortalité par
maladie cardiovasculaire et les particules fines est relativement forte à de
faibles niveaux d’exposition et s’aplatit à des expositions plus élevées (Daniel
krewski, Richard T Burnett, Michael jerrett… 2009).
Une étude de Barua et coll. (2013) a examiné comment le tabagisme passif
affecte la fonction endothéliale des vaisseaux sanguins, contribuant ainsi au
développement de maladies cardiovasculaires et de l'athérosclérose chez les
non-fumeurs.
• Cancer du poumon
Une analyse de Haw et Hakshaw (1997) conclu que les preuves
épidémiologiques et biochimiques sur l’exposition à la fumée de tabac
ambiante, ainsi que les preuves à l’appui de la présence de cancérogènes
spécifiques au tabac dans le sang et l’urine des non-fumeurs exposés à la fumée
de tabac ambiante, confirment de manière convaincante que l’inhalation de la
fumée de tabac d’autres personnes est une cause de cancer du poumon.
Aussi, Le rapport du Surgeon General des États-Unis de 2014 a également
examiné les effets du tabagisme passif sur la santé. Il a confirmé que
l'exposition à la fumée de tabac environnementale est une cause de cancer du
poumon chez les non-fumeurs et a souligné que le risque augmente
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proportionnellement à la durée et à l'intensité de l'exposition. En plus du
cancer du poumon, le rapport a identifié d'autres cancers potentiellement liés
au tabagisme passif, tels que le cancer des voies respiratoires supérieures.
• Complication à la grossesse chez la femme enceinte
Les femmes enceintes exposées au tabagisme passif sont également plus
susceptibles d'avoir des bébés prématurés, ce qui augmente les risques de
complications néonatales et de développement à long terme. Windham et al.
(1999) ont examiné les effets de l'exposition au tabagisme passif pendant la
grossesse. Leurs résultats ont montré une corrélation entre l'exposition à la
fumée de tabac environnementale et un risque accru de faible poids à la
naissance chez les bébés.
Aakkola et al. (2001) ont également étudié les effets du tabagisme passif sur la
grossesse et ont trouvé des résultats similaires, soulignant que l'exposition à la
fumée de tabac environnementale est associée à des risques accrus de faible
poids à la naissance et de naissance prématurée.
Raisons du non-respect de ce décret
Les avis divergent sur les raisons du non-respect du décret. Certains auteurs,
soulignent la dépendance à la nicotine comme la principale raison. D'autres,
mettent en avant la gestion du stress et des émotions. Enfin, certains se con-
centrent sur les habitudes et les routines des fumeurs.
▪ La nicotine
Bien que la fumée de tabac contienne des milliers de produits chimiques, c’est la
teneur en nicotine qui est généralement considérée comme rendant les gens
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accros. Fumer est un moyen extrêmement efficace d’administrer de la nicotine au
cerveau. Elle est rapidement absorbée par les poumons dans la circulation
sanguine, où il est transporté directement vers le cœur et atteint le cerveau en
environ 6 à 10 secondes (semblable à une injection intraveineuse : Rose et al.,
2000). Il est maintenant largement admis qu’une majorité de fumeurs habituels
de tabac deviennent dépendants de la nicotine présente dans la fumée de
tabac et que cela explique les problèmes que rencontrent de nombreux
fumeurs lorsqu’ils essaient d’arrêter de fumer. La nicotine, comme d’autres
psychostimulants de l’abus, augmente la libération de dopamine dans le
principal champ terminal du système mésolimbique, le noyau accumbens, et il
existe des preuves que cela médie les propriétés « gratifiantes » de la drogue,
qui renforcent son auto administration. (DJK Balfour, 2000).
▪ Gestion du stress et des émotions
La cigarette est souvent utilisée par les fumeurs comme un mécanisme de
gestion du stress et des émotions négatives. Selon Brandon et al. (1990), les
effets psychoactifs de la nicotine jouent un rôle clé en réduisant
temporairement le stress et l'anxiété, ce qui renforce le comportement de
fumage. La nicotine stimule la libération de neurotransmetteurs comme la
dopamine et la sérotonine, qui sont associés à des sensations de plaisir et de
bien-être. Cette régulation chimique des émotions peut rendre le sevrage
particulièrement difficile, car les fumeurs perdent un outil efficace pour gérer le
stress quotidien. Kassel et al. (2003) ajoutent que les personnes souffrant de
troubles anxieux ou de dépression sont plus susceptibles de fumer pour
atténuer leurs symptômes, créant ainsi un cercle vicieux où le tabac devient
une béquille psychologique.
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Lorsqu'un fumeur essaie d'arrêter, surtout dans des lieux publics où la pression
sociale et les interdictions légales sont plus présentes, il doit non seulement
surmonter la dépendance physique à la nicotine, mais aussi trouver de
nouvelles stratégies pour gérer le stress et les émotions. Cohen et Lichtenstein
(1990) notent que le manque de mécanismes de coping alternatifs peut
entraîner des rechutes fréquentes. Dans les lieux publics, l'interdiction de
fumer peut exacerber le stress pour les fumeurs habitués à utiliser la cigarette
comme un moyen immédiat de soulagement émotionnel. La contrainte de ne
pas pouvoir fumer dans des environnements où ils se sentent stressés ou
anxieux peut les pousser à enfreindre les interdictions.
Heatherton et Wagner (2006) soulignent que les situations sociales et les
environnements stressants augmentent les envies de fumer. Les fumeurs
peuvent trouver particulièrement difficile de respecter les interdictions dans les
lieux publics où les déclencheurs de stress sont omniprésents et où ils
manquent de solutions alternatives immédiates pour apaiser leur anxiété.
▪ Habitudes et routine
Les fumeurs développent souvent des habitudes et des routines autour de la
cigarette, ce qui rend difficile le respect des interdictions de fumer dans les
lieux publics. Selon Tiffany (1990), le tabagisme devient une habitude
automatisée intégrée dans les routines quotidiennes, telles que fumer après les
repas ou lors des pauses au travail. Shiffman et al. (1996) ont constaté que les
fumeurs créent des associations étroites entre certaines activités, comme boire
du café ou conduire, et le geste de fumer. Ainsi, lorsque les fumeurs sont
confrontés à des interdictions de fumer dans les lieux publics, ils peuvent avoir
du mal à changer ces habitudes enracinées. Carter et Tiffany (1999) ont
également souligné que les stimuli environnementaux, tels que les endroits où
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les individus sont habitués à fumer, peuvent déclencher des envies intenses de
fumer, rendant difficile la conformité aux règles anti-tabac.
▪ Acceptation sociale
L'acceptation sociale du tabagisme est un facteur crucial influençant les
comportements individuels malgré les efforts pour réduire sa prévalence. Selon
Kegler et al. (2002), les normes sociales et les croyances culturelles jouent un
rôle significatif dans la perpétuation du tabagisme au sein des communautés.
Leur recherche met en évidence comment les attitudes favorables au
tabagisme contribuent à maintenir sa pratique, même en présence de
politiques de lutte antitabac. De manière similaire, Pampel (2005) examine
comment les influences sociales et culturelles façonnent les comportements
liés au tabagisme. Ses conclusions soulignent que les normes sociales
influencent profondément les décisions individuelles en matière de tabagisme,
malgré les preuves croissantes des effets nocifs sur la santé.
En synthèse, l'examen du non-respect de l'interdiction de fumer dans les lieux
publics met en lumière des facteurs variés incluant la dépendance à la nicotine,
les routines comportementales et l'acceptation sociale. Ces défis complexes
nécessitent des approches intégrées pour renforcer l'application des lois anti-
tabac et soutenir les fumeurs dans leurs efforts pour arrêter. La protection
contre les effets du tabagisme passif, comme les maladies cardiovasculaires et
le cancer, demeure une priorité cruciale pour la santé publique.
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