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GRAVITATION S
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GRAVITATIONS
G@UVRES DE JULES SUPERVIELLE
| i
Poésie
GRAVITATIONS
LE FORCAT INNOCENT | LES AMIS INCONNUS
LA FABLE DU MONDE
1939-1945 | CHOIX DE POEMES
OUBLIEUSE MEMOIRE
(a paraitre)
Romans et Contes
L'HOMME DE LA PAMPA | LE VOLEUR D’ENFANTS
LE SURVIVANT
L’ENFANT DE LA HAUTE MER
L’ARCHE DE NOE
L’ENFANT DE LA HAUTE MER
édition iliustrée par Pierre Roy
Thédtre
S LA BELLE AU BOIS
COMME IL VOUS PLAIRA
adapté de Shakespeare
BOLIVAR, suiv~l dé LA PREMIERE FAMILLE,
ROBINSON
SHEHERAZADE
LE VOLEUR D’ENFANTS
PQ JULES SUPERVIELLE
Ue
O4as
GRAVITATIONS
poémes
Ly
GALLIMARD
12? édition
IL A ETE TIRE DE CETTE NOUVELLE EDITION VINGT
EXEMPLAIRES SUR VELIN PUR FIL LAFUMA-NAVARRE,
@ réSERVES A L’AUTEUR ET NUMEROTES DE I A XX.
TOUS DROITS DE REPRODUCTION ET DE TRADUCTION
RESERVES POUR TOUS LES PAYS Y COMPRIS LA
RUSSIE, COPYRIGHT BY LIBRAIRIE GALLIMARD, 1925.
A VALERY LARBAUD
Lorsque nous serons morts nous parlerons de vie.
Tristan L’ Hermite.
Gunes
Pears
LE PORTRAIT
Mére, je sais trés mal comme !’on cherche les morts,
Je m’égare dans mon ame, ses visages escarpés,
‘Ses ronces et ses regards,
Aide-moi 4 revenir
De mes horizons qu’aspirent des lévres vertigineuses,
Aide-moi & étre immobile,
Tant de gestes nous séparent. tant de lévriers cruels !
Que je penche sur la source ou se forme ton silence
Dans
un reflet de feuillage que ton Ame fait trembler.
Ah! sur ta photographie
Je ne puis pas méme voir de quel cété souffle ton
- regard.
14 GRAVITATIONS
Nous nous en allons pourtant, ton portrait avec
moi-méime,
Si ccndamnés l'un a l’autre
Que notre pas est semblable
Dans ce pays clandestin :
Ow nul ne passe que nous.
Nous montons bizarrement les cdtes et les mon-
tagnes
Et jouons dans les descentes comme des blessés sans
mains.
Un cierge coule chaque nuit, gicle a la face de
laurore,
L’aurore qui tous les jours sort des draps lourds
de la mort,
A demi asphyxiée,
Yardant 4 se reconnaitre.
Je te parle durement, ma mére;
Je parle durement aux morts parce qu’il faut leur
parler dur,
Debout sur des toits glissants,
Les deux mains en porte-voix et sur un ton cour-
roucé,
Pour dominer le silence assourdissant
Qui voudrait nous séparer, nous les morts et les
vivants.
LES COLONNES ETONNEES 15
_ J’ai de toi quelques bijoux comme des fragments de
Vhiver
Qui descendent les riviéres,
Ce bracelet fut de toi qui brille en la nuit d’un coffre
En cette nuit écrasée ot le croissant de la lune
Tente en vain de se lever
Et recommence toujours, prisonnier de l’impossible.
Jai été toi si fortement, moi qui le suis si faiblement,
Et si rivés tous les deux que nous eussions di
mourir ensemble
Comme deux matelots mi-noyés, s’empéchant l’un
Vautre de nager, |
Se donnant des coups de pied dans les profondeurs
de l’Atlantique
Ou commencent les poissons aveugles
_Et les horizons verticaux.
Parce que tu as été moi
Je puis regarder un jardin sans penser 4 autre chose,
Choisir parmi mes regards,
M’en a'ler & ma rencontre. €
Peut-étre reste-t-il encore
Un ongle de tes mains parmi les ongles de mes mains,
Un- de tes cils mélé aux miens ;
16 GRAVITATIONS
Un de tes battements s’égare-t-il parmi les batte-_
ments de mon cceur,
Je le reconnais entre tous
Et je sais le retenir.
Mais ton cceur bat-il encore ? Tu n’as plus besoin
de cceur,
Tu vis séparée de toi comme si tu étais ta propre
sceur,
Ma morte de vingt-huit ans,
Me regardant de trois-quarts,
Avec l’Ame en équilibre et pleine de retenue.
Tu portes la méme robe que rien n’usera plus,
Elle est entrée dans l’éternité avec beaucoup de
douceur
fit change parfois de couleur, mais je suis seul &
savoir.
Cigales de cuivre, lions de bronze, vipéres d’argile,
C’est ici que rien ne respire !
Le souffle de mon mensonge
Est seul & vivre alentour.
Et voici & mon poignet
Le pouls minéral des morts,
Celui-la que l’on entend si l’on approche le corps
Des strates du cimetiére.
A UNE ENFANT
Que ta voix & travers les portes et les murs
Me trouve enfin dans ma chambre, caché par la
poésie,
O enfant qui es mon enfant,
Toi qui as l’étonnement de la corbeille peu a peu
garnie de fleurs et d’herbes odorantes
Quand elle se croyait oubliée dans un coin,
Et tu regardes de mon cété comme en pleine forét
, Pécriteau qui montre les routes.
La peinture est visible & peine,
GRAVITATIONS : 2
eG GRAVITATIONS ~
On confond les distances
Mais on est rassuré.
_O dénuement !
Tu n’es méme pas sire de poeeies ta petite robe
ni tes pieds nus dans tes sandales
Ni que tes yeux soient bien 4 toi, ni méme leur
étonnement, —
Ni cette bouche charnue, ni ces paroles retenues,
As-tu seulement le droit de regarder du haut en
bas ces arbres qui barrent le ciel du jardin
Avec toutes ces pommes de pin et ces aiguilles qui
fourmillent ?
Le ciel est si large qu’il n’est peut-étre pas de place
en dessous pour une enfant de ton ge,
Trop d’espace nous étouffe autant que s'il n’y en
avait pas assez,
Et pourtant il te faut, comme les personnes grandes,
Endurer tout l’univers avec son sourd mouvement :
Méme les fourmis s’en accommodent et les petits
des fourmis.
Comment faire pour accueillir les attelages sur ae
routes, A des vitesses différentes,
Et les chaudiéres des navires qui portent le fou sur
la mer ?
LES COLONNES ETONNEES 49
Tes yeux trouveraient dans les miens le secours que
Yon peut tirer : a
De cette-chose haute 4 la voix grave qu’on appelle
un pére dans les maisons
S’il ne suffisait de porter un regard clair sur le
monde
L’AME ET L’ENFANT
Ton sourire, Framcoise, est fluide d’enfance
Et le monde ot tu vis encor mal éclairé,
Mais ton Ame déja luit dans sa ressemblance,
Elle a la joue aimante et le teint coloré.
Kit vous vous en aiiez comme des sceurs jumelles
Dont lune est faite d’air du matin ou du soir.
Si je me mets devant ses légéres prunelles
Je sais que l’autre attend sa part de mes regards.
LES COLONNES ETONNEES 24
Vienne une promenade et vous voici parées
Et courant a |’envi derriére l’avenir.
Laquelle va devant, dans sa grace égarée,
Laquelle va derriére, et prise par un fil ?
Le vent et le soleil si bien vous multiplient
Que vous faites courir les rives de la vie.
APPARITION
A Max Jacob
Ou sont-ils les points cardinaux,
Le soleil se levant a l'Est,
Mon sang et son itinéraire
Prémédité dans mes artéres ?
Le voila qui déborde et creuse,
Grossi de neiges et de cris
Il court dans des régions confuses 3
Ma téte qui jusqu’ici
Balangait les pensées comme branches des iles,
LES COLONNES ETONNEES 23
_ Forge des ténébres crochues.
a
ie chaise que happe l’abime
Paz!
ey
Est-ce celle du condamné
Qui s’enfonce dans la mort avec toute |’Amérique ?
j
_ Qu est la? Quel est cet homme qui s’assied &
notre table
Avec cet air de sortir comme un trois-mats du
brouillard,
Ce front qui balance un feu, ces mains d’écume
al
marine,
‘
ae Et couverts les vétements par un morceau de ciel
noir ?
A sa parole une étoile accroche sa toile araigneuse,
Quand il respire il déforme et forme une nébu-
leuse.
Il porte, comme la nuit, des lunettes cerclées d’or
Et des lévres embrasées ot s’alarment des abeilles,
Mais ses yeux, sa voix, son cceur sont d’un enfant
4 Paurore.
Quel est cet homme dont l’Ame fait des signes
solennels ?
Voici Pilar, elle m’apaise, ses yeux déplacent le
mystére. °
Elle a toujours derriére elle comme un souvenir de
famille
24 GRAVITATIONS
Le solei! de |’Uruguay qui secrétement pour nous
brille,
Mes enfants et mes amis, leur tendresse est circu-
laire
Autour de la table ronde, fiére comme univers;
Leurs frais sourires s’en vont de bouche en bouche
fidéles,
Prisonniers les uns des autres, ce sont couleurs
d’arc-en-ciel.
Et comme dans la peinture de Rousseau le doua.
nier,
Notre tablée monte au ciel voguant dans une nuée.
Nous chuchotons seulement tant on est prés des
étoiles,
Sans cartes ni gouvernail, et le ciel pour bastin-
gage.
Comment vinrent jusqu’ici ces goélands par cen-
taines
Quand déja nous respirons un angélique oxygéne.
Nous cueillons et recueillons du céleste romarin,
De la fougére affranchie qui se passe de racines,
LES COLONNES ETONNEES 25
alles
Et comme il nous est poussé dans l’air pur des
longues
des
Nous mélons notre plumage 4 la courbure
mondes.
1923.
UNE ETOILE TIRE DE L’AROG
A Pilar.
Toutes les brebis de la lune
Tourbillonnent vers ma prairie
Et tous les poissons de la lune
Plongent loin dans ma réverie.
Toutes ses barques, ses rameurs
Entourent ma table et ma lampe
Haussant vers moi des fruits qui trempent
Dans le vertige et la douceur.
LES COLONNES ETONNEES- 27
Jusqu’aux astres indéfinis
Quw’il fait humain, 6 destinée !
L’univers méme s’établit
Sur des colonnes étounées.
Oiseau des iles outreciel
Avec tes nuageuses plumes
Qui sais dans ton cceur archipel
Si nous serons et si nous fimes,
Toi qu. mouillas un jour tes pieds
Ou le bleu des nuits a sa source,
Et prends le soleil dans ton bec
Quand tu le trouves sur ta course,
La terre lourdé se souvient,
Oiseau, d’un monde aérien,
Ou la fatigue est si légére
Que l’abeille et le rossignol
Ne se reposent qu’en plein vol
Et sar des fleurs imaginaires.
_ Une étoile tire de l’arc
~ Percant l’infini de ses fléches
Puis souléve son étendard
Qu’une éternelle tlamme leche,
28 GRAVITATIONS
Un chéne croyant a Pété
Quand il n’est que ’4me d’un chéne
Offre son écorce ancienne
Au vent nu de Péternité.
Ses racines sont apparentes,
Un pea d’humus y tremble encor,
L’ombre d’autrefois se lamente
Et tourne autour de larbre mort.
Un char halé par des beeufs noirs
Qui perdit sa route sur terre
La retrouve au tournant de l’air
Ou Vaurore croise le soir,
Un nuage, nouveau Brésil
Emprisonnant d’immenses fleuves,
Dans un immuable profil
Laisse rouler sur lui les heures,
Un nuage, un autre nuage,
Composés d’humaines priéres
Se répandent en sourds ramages
Sans parvenir a se défaire.
1923.
47 BOULEVARD LANNES
A Marcel Jouhandeau.
Boulevard Lannes que fais-tu si haut dans l’espace
Et tes tombereaux que tirent des percherons l'un
derriére l’autre,
Les naseaux dans |]’éternité
Et la queue balayant l’aurore ?
Le charretier suit, le fouet levé,
Une bouteille dans sa poche.
Chaque chose a l’air terrestre et vit dans son naturel.
Boulevard Lannes que fais-tu au milieu du ciel
Avec tes immeubles de pierre que viennent flairer
les années,
Si A Pécart du soleil de Paris et de sa lune
Pet
ee
30 GRAVITATIONS
Que le réverbére ne sait plus s'il faut qu’il s’éteigne~
aw
ou s’allume
Et que la laitiére se demande si ce sont bien des
maisons,
Avangcant de vrais balcons,
Et si tintent A ses doigts des flacons de lait ou des
mondes ?
Prés du ruisseau un balayeur de feuilles mortes de
platanes ;
Ein forme un tas pour la fosse commune de tous les
platanes
Echelonnés dans le ciel.
Ses mouvements font un bruit aéré d’immensité
* Que l’Ame voudrait imiter.
Ce chien qui traverse la chaussée miraculeusement
Est-ce encor un chien respirant ?
Son poil sent la foudre et la nue
Mais ses yeux restent ingénus
Dans la dérivarite atmosphére
Et je doute si le boulevard
N’est pas plus large que l’espace entre le Cygne et
Bételgeuse. 4
Ah! si je colle l’oreille & Vimmobile chaussée
Q’est Vhorrible galop des mondes, la bataille des
vertiges ;
Par la fente des pavés
were de toutes cae aa A
zoe- bruit,
a. msJe guette avec mes yeux d’homme | ae ee
. Mes yeux venus jusqu’ici, ge ae
4o Par quel visage travestis ? | mka
} Autour de moi je vois bien que c’est Vannée od
_ /nous sommes — . A . AIS
kt cependant on dirait le premier jour du monde
- ‘Tant les choses se regardent fixement
- Entourées d’un mutisme différent.
Ce pas lourd sur le trottoir
Je le reconnais ¢’est le mien,
del Pentends partir au loin,
—‘Tis’estt séparé de moi
(Ne lui suis-je donc plus rien)
_ $’en va maintenant tout seul,
Et se perd au fond du Bois.
32; GRAVITATIONS
Si je crie on n’entend rien
Que la plainte de la Terre
Palpant vaguement sa sphére -
A des millions de lieues,
S’assurant de ses montagnes,
De ses fleuves, ses foréts
Attisant sa flamme obscure
Ou se chauffe le futur
_ (Il attend que son tour vienne.)
Je reste seul avec mes os
Dont j’entends les blancheurs confuses :
« Ou va-t-il entre deux ciels, si froissé par ses
pensées,
Si loin de la terre ferme
Le voila qui cherche l’ombre et qui trouve du soleil. »
Puisque je reconnais la face de ma demeure dans
cette altitude
Je vais accrocher les portraits de mon pére et de
ma mére
Entre deux étoiles tremblantes,
Je poserai la pendule ancienne du salon
Sur une cheminée taillée dans la nuit dure
LES. COLONNES ETONNEES 33
Et le savant qui un jour les découvrira dans le
ciel
En chuchotera jusqu’a sa mort.
Mais il faudra trés longtemps pour que ma main
aille et vienne 2
Comme si elle manquait d’air, de lumiére et d’amis
Dans le ciel endolori
Qui faiblement se plaindra
Sous les angles des objets qui seront montés de la
Terre.
GRAVITATIONS 5 3
PROPHETIE
A Jean Cassow
Un jour la Terre ne sera
Qu’un aveugle espace qui tourne
Confondant Ja nuit et le jour.
Sous le ciel immense des Andes
Elle n’aura plus de montagnes,
Méme pas un petit ravin.
De toutes les maisons du monde
Ne durera plus qu’un balcon
Et de ’humaine mappemonde
Une tristesse sans plafond
LES COLONNES ETONNEES 85
De feu Océan Atlantique
Un petit gott salé dans l’air,
Un poisson volant et magique
Qui ne saura rien de la mer.
D’un coupé de mil-neuf-cent-cing
(Les quatre roues et nul chemin !)
Trois jeunes filles de l’époque
Restées 4 l’état de vapeur
Regarderont par la portiére
Pensant que Paris n’est pas loin
Et ne sentiront que lodeur
Du ciel qui vous prend a la gorge.
A la place de la forét
Un chant d’oiseau s’élévera
Que nul ne pourra situer,
Ni préférer, ni méme entendre,
Sauf Dieu qui, lui, l’écoutera
Disant : « Q’est un chardonneret »,
LE SURVIVANT
A Alfonso Reyes.
Lorsque le noyé se réveille au fond des mers et que
son coeur
Se met a battre comme .e euillage du tremble
I] voit approcher de lui un cavalier qui marche
Vamble
Et qui respire a Vaise et lui fait signe de ne pas
avoir peur.
aa LES COLONNES ETONNEES 37
Il lui frdle le visage d’une touffe de fleurs jaunes
Et se coupe devant lui une main sans qu'il y ait
une goatte de rouge.
La main est tombée dans le sable ow elle fond sans
un soupir
Une autre main toute pareille a pris sa place et
les doigts bougent.
Et le noyé s’étonne de pouvoir monter & cheval,
De tourner la téte a droite et A gauche comme s’il ©
_ était au pays natal,
Comme s’il y avait alentour une grande plaine.
la liberté,
Et la permission d’allonger la main pour cueillir
un fruit de été.
Est-ce done la mort cela, cette réddeuse douceur
Qui s’en retourne vers nous par une obscure fa-
veur ?
Et serais-je ce noyé chevauchant parmi les algues
Qui voit comme se reforme le ciel tourmenté de
fables.
Je tate mon corps mouillé comme un témoignage
faible
38 GRAVITATIONS
‘Et ma monture hennit pour m’assurer que c’est
elle.
Un berceau bouge, l'on voit un pied d’enfant
réveillé.
Je m’en vais sous un soleil qui semble frais inventé.
Alentour il est des gens qui me regardent & peine,
Visages comme sur terre, mais leau a lavé leurs
peines.
Et voici venir & moi des paisibles environs
Les bétes de mon enfance et de la Création
Et le tigre me voit tigre, le serpent me voit serpent,
Chacun reconnait en moi son frére, son revenant.
Et Vabeille me fait signe de m’envoler avec elle
Et le hévre quwil connait un gite au creux de la
terre :
Ou Pon ne peut pas mourirs
MATINS DU MONDE
LE MATIN DU MONDE
A Victor Llona.
Alentour naissaient mille bruits
Mais st pleins encor de silence’
Que Voreille croyait ouir
Le chant de sa propre mnocence.
Tout vivait en se regardant,
Miroir était le voisinage
Ou chaque chose allait révant
A Véclosion de sen age.
42 GRAVITATIONS
Les palmiers trouvant une forme
Ow balancer leur plaisir pur
Appelaient de loin les oiseaux
Pour leur mentrer des dentelures.
Un cheval blane découvrait ’homme
Qui s’avancait A petit bruit,
Avec la Terre autour de lui
Tournant pour son cceur astrologue.
Le cheval bougeait les naseaux
Puis hennissait conime en plein ciel
Et tout entouré d’irréel
S’abandonnait & son galop.
Dans la rue, des enfants, des femmes,
A de beaux nuages pareils,
S’assemblaient pour chercher leur Ame
Et passaient de l’ombre au soleil.
Mille cogs tragaient de leurs chants
Les frontiéres de la campagne
Mais les vagues de l’océan
Hésitaient entre Vingt rivages,
MATINS DU MONDE 43
L’heure était si riche en rameurs,
En nageuses phosphorescentes
Que les étoiles oubliérent
Leurs reflets dans les eaux parlantes.
COMMENCEMENTS
Dans l’ceil de cette biche on voit
Un étang noir, une cabane
D’un autre monde diaphane
Ov boit un cerf parmi ses bois.
De ce futur cheval n’existe
Encor que le hennissement
Et la eriniére dans sa fuite
Que se disputent quatre v_nts,
see
. aeBehe ore sans mattre: eke
~ Cherchant un corps pour que viveee feos
- a deconnaitre.
:
4
PERS Sobe.sur un fragment d’éépaule,Lies s
~ Virez chevelures de femmes,
Virez beaux gestes sans bras,
Z Audaces qui cherchez une ame,
| Violences qui voulez un bras, >
Regards sans iris ni racines
_ Rédant dans l’espace argentin,
O regards, serez-vous enfin
Retenus par une rétine ? )
MOUVEMENT
Ce cheval qui tourna la téte
Vit ce que nul n’a jamais vu
Puis il continua de paitre
A lombre des eucalyptus.
Ce n’était ni homme ni arbre
Ce n’était pas une jument
Ni méme un souvenir de vent
Qui s’exergait sur du feuillage.
MATINS DU MONDE 47
C’était ce qu’un autre cheval,
Vingt mille siécles avant lui, ¢
Ayant soudain tourné la téte
Apercut 4 cette heure-ci.
Et ce que nul ne reverra,
Homme, cheval, poisson, insecte,
Jusqu’a ce que le sol ne soit
Que le reste d’une statue
Sans bras, sans jambes et sans téte.
EQUIPAGES
A L. Bazalgette.
Dans un monde clos et clair
Sans océan ni riviéres,
Une nef cherche la mer
De létrave qui résiste
Mal aux caresses de lair,
Elle avance sur Phorreur
De demeurer immobile
Sans que sa voile fragile
n peu de ‘bonheur Bh:
ae ‘sont pas “mouillé Peet
a : Peau saline impossible
soe: fi Etles danphins familiers
:3 _ Lentement imaginés
ie saele prennent pas pour cible.
ae
aeey A
Sen équipage figé
Attend le long de la lisse
t ~ Que locéan se déclare
Figs % Et que Vheure soit propice.
Si Pon regarde de prés
Chaque marin tour a tour
On voit d’année en année
Que chacun de ces visages,
_ Mieux que s’ils étaient de pierre,
Ne vieillit.pas d’un seul jour.
Mais un navire identique
Vogue sur le Pacifique
Avec de pareils marins,
_ Mais ils vivent, vont et viennent
_ Et chacun a.son travail,
~L’un monte au mat de misaine,
Un autre a la passcrelle
GRAVITATIONS co
50 GRAVITATIONS
Se penche sur le sextant
Et voici de vrais dauphins
Sous les yeux du Capitaine
Parmi lécume marine
Qui chante d’étre elle-méme.
MONTEVIDEO
Je naissais, et par la fenétre
Passait une fraiche caléche.
Le cocher réveillait laurore |
D’un petit coup de fouet sonore,
Flottait un archipel nocturne
Encore sur le jour liquide.
Les murs s’éveillaient et le sable
Qui dort écrasé dans les murs.
52 GRAVITATIONS
Un peu de mon Ame glissait
Sur un rail bleu, a contre-ciel,
- Et un autre peu se mélant
A un bout de papier volant
Puis, trébuchant sur une pierre,
Gardait sa ferveur prisonniére.
Le matin comptait ses oiseaux
Et jamais il ne se trompait.
Le parfum de leucalyptus
Se fiait & Pair étendu.
Dans Uruguay sur |Atlantique
L’air était si liant, facile,
Que les couleurs de [horizon
S’approchaient pour voir les maisons.
C’était moi qui naissais jusqu’au fond sourd des bois
Ou tardent a venir les pousses
Et jusque sous la mer ow l’algue se retrousse
Pour faire croire au vent qu'il peut descendre la.
MATINS DU MONDE 53
La Terre allait, toujours recommencant sa ronde,
Reconnaissant les siens avec son atmosphere,
wt. palpant sur la vague ou l’eau douce profonde
La téte des nageurs et les pieds des plongeurs.
SANS MURS
A Ramon Gomez de Ja Serna.
Tout le ciel est taché d’encre comme les doigts d’un
enfant.
Ou Vécole et le cartable ?
Dissimule cette main, — elle aussi a des taches
noires — ;
Sous le bois de cette table.
Quarante visages d’enfants divisent ma solitude.
Qu’ai-je fait de locéan,
Dans quel aérien désert sont morts les poissons vo-
lants ?
MATINS DU MONDE 55
J’ai seize ans de par le monde et sur les hautes\
montagnes,
J’ai seize ans sur les riviéres et autour de Notre-
Dame,
Dans la classe de Janson
Ou je vois le temps passer sur le cadran de mes
paumes.
Le bruit de mon ceeur m’empéche d’écouter le pro-
fesseur. ,
J’ai déja peur de la vie avec ses souliers ferrés
Et ma peur me fait si honte que j’égare mon regard
Dans un lointain ot ne peut comparaitre le remords.
Le pas des chevaux sur l’asphalte brille dans mon
Ame humide
Et se refléte a l’envers, entrecroisé de rayons.
Une mouche disparait dans les sables du plafond,
Le latin autour de nous campe et nous montre sa
lepre ;
Je n’ose plus rien toucher sur la table de bois noir.
Lorsque je léve les yeux, a |’Orient de la chaire
Je vois une jeune fille, de face comme la beauté,
De face comme la douleur, comme la nécessité.
Une jeune fille est assise, elle fait miroiter son
cur
Comme un bijou plein de fiévre aux distantes
pierreries.
56 GRAVITATIONS
Un nuage de garcons glisse toujours vers ses lévres
oe
"eke
Sans qu’il paraisse avancer.
On lui voit une jarretiére, elle vit lom des plaisirs»
Et la jambe demi-nue, inquiéte, se balance.
La gorge est si seule au monde que nous tremblons
qu’elle ait froid,
(Est-ce ma voix qui demande si l’on peut fermer
les fenétres ?)
Elle aimerait A aimer tous les garcons de la classe,
La jeune fille apparue,
Mais sachant qu’elle mourra si le maitre la découvre
Elle nous supplie d’étre obscurs afin de vivre un
moment
Et d’étre une jolie fille au milieu d’adolescents.
La mer dans un coin du globe compte, recompte
ses vagues
Et prétend en avoir plus qu'il n’est d’étoiles au ciel.
aee
a
MATHEMATIQUES
A Maria Blanchard.
Quarante enfants dans une salle,
Un tableau noir et son triangle,
Un grand cercle hésitant et sourd
Son centre bat comme un tambour,
Des lettres sans mots ni patrie
Dans une attente endolorie.
58 GRAVITATIONS
Le parapet dur d’un trapéze,
Une voix s’éléve et s’apaise
Et le probléme furieux
Se tortille et se mord la queue.
La machoire d’un angle s’ouvre.
Est-ce une chienne ? Est-ce une louve ?
Et tous les chiffres de la terre,
Tous ces insectes qui défont
Et qui refont leur fourmiliére
Sous les yeux fixes des garcons,
CHANSON
Jésus, tu sais chaque feuille
Qui verdira la forét,
La racine en terre, seule,
Qui dévore son secret,
La terreur de l’éphémére
A lapproche de la nuit,
Et le soupir de la Terre
Dans le silence infini.
Tu peux suivre les poissons
Tourmentant les profondeurs,
60 GRAVITATIONS
Quand ils tournent et retournent
Et si s’arréte leur coeur.
Tu fais naitre des chansons
Si loin au dela des mers
Que la fille qui les chante
En tremble au fond de sa chair.
Ecoutez-le bien, demain,
Jésus aura oublié,
Ne sera qu’une statue
Peinie sur la cheminée.
LA BELLE AU BOIS DORMANT
Amphidontes, carinaires, coquillages
Vous qui ne parlez qu’a l’oreille,
Révélez-moi la jeune fille
Qui se réveillera dans mille ans,
Que je colore la naissance
De ses lévres et de ses yeux,
Que je lui dévoile le son
De sa jeunesse et de sa voix,
Que je lui apprenne son nom,
Que je la coiffe, la recoiffe
Selon mes mains et leur plaisir,
Et .qu’enfin je la mesure avec mon Ame flexible !
ua’ déja de se tenir,
Allumant des feux d’ herbages,
‘ ‘Charmant leau loin de ses rives
Et jouant sur les montagnes
A les faire évanouir.
TIGES
A Francis de Miomandre.
Un peuplier sous les étoiles
Que peut-il.
Et Poiseau dans le peuplier
Révant, la téte sous l’exil
Tout proche et lointain de ses ailes,
Que peuvent-ils tous les deux
Dans leur alliance confuse
De feuillages et de plumes
Pour gauchir la destinée.
64 GRAVITATIONS
Le silence les protége
Et le cercle de Poubli
Jusqu’au moment ov se lévent
Le soleil, les souvenirs.
- Alors Poiseau de son bee
Coupe en lui le fil du songe
Et Parbre déroule lombre
Qui va le garder tout le jour.
Vous auberges et routes, vous ciels en jachére, ict
a . ° / ; 2
- Vous campagnes captives des mois de Vannée, .
Foréts angoissées qu’étouffe la mousse,
-. Vous m’éveillez la nuit pour m’interroger,
_ Voici un peuplier qui me touche du doigt, .
-_ Voici une cascade qui me chante a Voreille,
__Un affluent fiévreux s’élance dans mon cceur,
‘ Une étoile souléve, abaisse mes paupiéres
_ Sachant me déceler parmi morts et vivants
Méme si je me cache dans un herbeux sommeil
Sous le toit voyageur du réve.
| GRAVITATIONS 5
ee
—a
F
i
66 GRAVITATIONS
Depuis les soirs apeurés que traversait le bison
Jusqu’a ce matin de mai qui cherche encore sa joie
Et dans mes yeux mensongers n’est peut-étre
quune fable,
La terre est une quenouille que filent lune et soleil
Et je suis un paysage échappé de ses fuseaux,
Une vague de la mer naviguant depuis Homére
Recherchant un beau rivage pour que bruissent
trois mille ans.
La mémoire humaine roule sur le globe, l’enve-
loppe, ,
Lui faisant un ciel sensible innervé a l’infini,
Mais les bruits gisent fauchés dans tout le passé
du monde,
L’histoire n’a pas encore pu faire entendre une voix,
Et voici seul sur la route planétaire notre cceur
Flambant comme du bois sec entre deux monts de
silence
Qui sur lui s’écrouleront au vent mince de la mort
Les vieux horizons déplacent les distances, les
enfument,
Orgueilleux d’étre sans corps comme Dieu qui les
créa,
Jamais le marin de quart ne sait quand il les tra-
verse,
LE NUAGE
A Parra del Riego.
Un nuage va celant entre les plis de sa robe
Un paysage échappé de la terre et du soleil.
Quels aulnes sur la riviére et la couleur de quelle
aube
Tremblent au creux du nuage qui se hate dans le
ciel ?
La fleur prise en son contour comme dans son propre
_ plége,
Le métal sonnant s'il tombe, pour se sentir moins
aveugle,
Comme il croit les emporter
Dans les abimes du ciel
MATINS DU MONDE 69
_ Le nuage, sans volume, dont frissonne le dessin !
Et les plus lourdes odeurs, 6 nuage sans odeur,
Et la chaleur sur la vigne, 6 nuage sans chaleur!
Le chagrin d’un homme obscur dans une paillote
de jonc 2,
Il voudrait, ce beau chagrin, l’espacer loin dans le
ciel,
Le cri d’un homme égorgé il voudrait le propager,
Faire un silence étoilé avec le silence des prés.
Et la truite qu’il a vue sauter d’argent sur le gave
Et que nul ne verra plus, comment la ravirait-il?
Et la fraise forestiére
Qu’on ne voit que de tout prés
Comment peut-on la ravir lorsque l’on n’est qu'un
nuage
Avec les poches trouées ?
Mais rien ne semble étonnant & ce peu de rien qui
glisse,
Rien ne lui est si pesant qu'il ne puisse l’embarquer
Ni la place du marché, ni ses douze brasseries,
Toutes les tables dehors et les visages qui rient,
Le manége avec ses ors, les pores de bois, leur pein-
ture !
GRENADE
L’aube touche d’un regard long
Les tours et les urbaines combes.
Le ciel guidé par les colombes
Descend sur la ville & tAtons.
Sur chaque toit une fumée
Dans un itinéraire sourd
S’en va rejoindre au fond du jour
Les vieilles nuits mal consumées,
otic ae oe ;
S’ouvre et des anges balsamiques
_ Glissent aux pentes du matin,
Anges de marbre et de peinture
Au vol roman ou renaissant,
Vierge au sourire diligent
Qui cherche l’Ame sous !a bure.
Un lion gronde dans sa pierre _
Et vient par le chemin de ronde
Ou des fleurs et des lucioles
Lui font auréole et lumiére,
ey
et
Son cceur par le marbre pressé
A son pas fait un bruit de chaine
Rien ne lui peuvent les fontaines,
L’eau qui coule pour consoler.
+;
aa
7S CUR ASTROLOGUE
~~
%
HAUT CIEL
= . : Z
— "’ A Paul Morand. 2 : ne
ie 9 Ale | rae
S’ouvre le ciel touffu du milieu de la nuit
Qui roule du silence :
s
Défendant aux étoiles de pousser un seul cri
:
Dans le: vertige de leur éternelle naissance.
4 ; *
F Pe soi-méme prisonniéres
Elles brilent une lumiére
Qui les attache, les délivre
Et-les rattache sans merci,
76 GRAVITATIONS
Elles refoulent dans les siécles
L’impatience originelle
Qu’on reconnait légérement
A quelque petit cillement.
Le ciel de noires violettes
Répand une odeur d’infini
Et va chercher dans leur poussiére
Les soleils que la mort bannit.
Une ombre longue approche et hume
Les astres de son museau de brume.
\
On devine l’ahan des galériens du ciel
Tapis parmi les rames d’un navire sans Age
Qui laisse en l’air un murmure de coquillage
Et navigue sans but dans la nuit éternelle,
Dans la nuit sans escales, sans rampes ni statues,
Sans la douceur de l'avenir
Qui nous fréle de ses plumes
Et nous défend de mourir.
Le navire s’éloigne derriére de hautes roches de
ténébres,
Les étoiles restent seules contractées au fond de
leur fiévre
LES GERMES
Ils se répandraient de tous cétés et
Vunivers en serait en quelque sorte
ensemencé.
ARRHENIUS.
O nuit frappée de cécité,
QO toi qui vas cherchant, méme A travers le jour,
Les hommes de tes vieilles mains trouées de mi-
racles,
Voici les germes espacés, le pollen vaporeux des
mondes,
Voici les germes au long cours qui ont mesuré tout
le ciel
LE CQ@UR ASTROLOGUE 79
Et se posent sur l’herbe
Sans plus de bruit
Que le caprice d’une Ombre qui lui traverse l’esprit.-
Ils échappérent fluides au murmure enlisé des
mondes
Jusqu’ot s’éléve la rumeur de nos plus lointaines
pensées,
Celles d’un homme songeant sous les étoiles écou-
teuses
Et suscitant en plein ciel une ronce violente,
Un chevreau tournant sur soi jJusqu’a devenir une
étoile.
Is disent le matelot que va disperser la tempéte,
Remettant vite son Ame au dernier astre apergu
Entre deux vagues montantes,
Et, dans un regard noyé par la mer et par la mort,
Faisant naitre 4 des millions horribles d’années-
lumiére
Les velets verts de sa demeure timidement entr’ou-
verts
Comme si la main d’une femme allait les pousser du
- dedans.
80 | GRAVITATIONS
Et nul ne sait que les germes viennent d’arriver
pres de nous
Tandis que la nuit ravaude
Les déchirures du jour.
SOUFFLE.
4 Dans Vorbite de la Terre
Z Quand la planéte n’est plus
; a Au loin qu’une faible sphére—
Qu’entoure un réve ténu,
~ Lorsque sont restés derriére
Quelques oiseaux étourdis .
S’efforcant a tire-d’aile
De regagner leur logis,
-
GRAVITATIONS
:2 Quand ¢ es cordes invis
2 Bis des souvenirs deca
-Tremblent dans l’éther sensible.
De tout le sillage humain,
On voit les morts de l’espace |
Se rassembler dans les airs ee
Pour commenter & voix basse “
Le passage de la Terre. — = at
Rien ne consent & mourir.
De ce qui connut le vivre
Et le plus faible soupir
Réve encore qu'il soupire.
Une herbe qui fut sur terre
S’obstine en vain & pousser
Et ne pouvant que mal faire
Pleure un restant de rosée.
Des images de riviéres,
De torrents pleins de remords
Croient rouler une eau fiddle
Ow se voient vivants les morts.
<
= -Daas un mouvemen* oe ciel. be
OBSERVATOIRE _
mo
* Le plus large fleuve du monde et
Me cachait vos yeux et vos bras.
_ Mon cceur devint sans le savoir
oe Une fle sous les eaux profondes,
Elle n’osait se laisser voir.
i | Plus tard, vous étiez siprés .
See Que j’entendais votre silence,
ae Comme, a l’orée de la forét, s oe
ui“ 3 Ecoute, seul, le dernier arbre. :
: one Vous regardiez un point du ciel. | : i
eesie? pace
s n’etes-v
vous pas devenue |
nh Jastronome d’un autre ae
onme suit de sa longue-vue rah)
CHEMIN DE RONDE
La terre file son chemin
Et tourne autour de son idée
Mais force champs, villes, jardins
A garder limmobilité.
Les nuages passent rapides
Inquiets des évasions.
NAISSANCE
Entre le soleil et la terre
Un homme qui n’a pas de nom
A sondé la grotte deste
De son alarmante chanson.
- Sen front bourdonne
de pensées
| Oxi véchappent
en viseaux gris
dans Ja nvit
Et se diesclvent
-
Be Un es en retrait, les yeux clos,
Devine que nait & ses pieds
_Jusqu’aux trébuchants horizons
Une terre désespérée,
osm
Fd
ee
wd a
PROJECTION —
; “i ;
4 a
i ns P f j ok aE
f | es
__ Cimetiére aérien, céleste poussiére, re eee i
Ou Von reconnaitrait des amis ; me
} Avec des yeux moins avares, '
Cimetiére aérien hanté de rues transversales,
De puissantes avenues
Et de quais d’embarquement pour ames de toutes
tailles, }
Lorsque le vent vient du ciel
Sentends le piétinement 7
Dela vie et de la mort qui troquent leurs prisonniers
Dans tes carrefours errants.
90 GRAVITATIONS
Vous appellerai-je fantémes,
Amalgames de ténébres
A la recherche d’un corps,
D‘une mince volupté,
Vous dont les plus forts désirs
Troublent le miroir du ciel
Sans pouvoir s’y refléter,
Attendez-vous la naissance
D’une lune au bee de cygne
Ou d’une étoile en souffrance
Derriére un céleste signe,
Attendez-vous une aurore
Un soleil moins humiliants
Ou bien une petite pluie
Pour glisser, sans qu’on la voie,
Dans nos domiciles stricts
Votre Ame gréle ambulante
Qu’effarouchent les vivants
Avec leur evour attaché,
Avec leurs os cimentés sous un heureux pavillon,
Tous ces gens qui parlent fort de leur bouche colorée
Et sont fiers de leurs pensées vigilantes et fourrées,
De leur regard parcourant, sans fatigue, l’horizone
DISTANCES.
A Georges Pillement.
Dans Yesprit plein de distances qui toujours se
_ développent
Comme au fond d’un télescope
L’homme accueille les aveux de sa pensée spacieuse,
Carte du ciel ot s’aggravent Altair et Bételgeuse.
Venant de lage de pierre une rumeur de bataille
‘Traverse )’air éternel
90 GRAVITATIONS
Montant la céte du ciel
Entourée de cris errants.
Des villages arrachés
S’essaient & d’autres villages,
Défont et refont leurs formes
Comme une glaise impalpable.
L’4me d’obscures patries
Réde désespérément dans le ciel indivisible.
Passe du cété d’Arcturu
Un vol de fléches perdues.
Une biche vient, regarde et disparait halctante
Dans la brume de ses naseaux bleus qui Hembient
Sous les célestes rosées,
Mais elle a laissé dans |’air la trace de ses foulées.
On voit monter la lumiére des visages morts sur
terre,
Des complicités étranges pour assembler un sourire
Ou pour faire battre un cceur
A force de souvenirs.
Et méme ce qui fut toujours ombre et silence
Fait alors sa confidence,
-PLANETE
Le soleil sur Vénus se léve;
Sur la planéte un petit bruit.
Est-ce une barque qui traverse
Sans rameur un lac endormi,
Est-ce un souvenir de la Terre
Venu gauchement jusqu’ici, -
ane
ne
Ne
ee
ae
Se
ae
Une fleur tournant sur sa tige
Son visage vers la lumiére
Parmi ces roseaux sans oiseaux
Piquant Pinhumaine atmosphére ?
-
ASCENSION
A L. Pacheco.
Ce nuage est traversé par le vol des foréts mortes
Regagnant leurs origines,
Effleurant axe du monde
Sous le givre sidéral.
Fantémes de peupliers
Alignés comme sur terre
Vous cherchez une riviére
Pour la longer dignement.
ey
me fe ee
a a
sous eux
dos a Une 1terrestre armature,
5 ces Sialives reste-t-il
La mémoire de la vie,
Ou s’arrétera le fil
De cette angoisse endormie ?-
LA TABLE
i Des visages tamiliers c
_ Brillent autour de la lampe du soleil.
Les rayons touchent les fronts
‘ . Et parfois changent de front
x *- Oscillant de Pun a l’autre. |
Des explosions d’irréel dans une fumée blanchis-
4 AG sante | nk .
~ Mais nul bruit pour les oreilles ee a
Un fracas au fond de ’Ame.
LE CUR ASTROLOGUE 97
Des gestes autour de la table
Prennent le large, gagnent le haut-ciei,
Entre-choquent leurs silences
D’ot tombent desflocons d’infini.
Et c’est a peine si !’on pense & la Terre
Comme & travers le brouillard d’une millénaire
tendresse.
L’homme, la femme, les enfants,
A la table aérienne
Appuyée sur un miracle
Qui cherche a se définir .
Il est J& une porte toute seule
Sans autre mur que le ciel insaisissable,
Il est 1A une fenétre toute seule,
Elle a pour chambranle un souvenir
Et s’entr’ouvre
Pour pousser un léger soupir.
:
L’homme regarde par ici, malgré ’énorme distance,
Comme si j’étais son miroir,
Pour une confrontation de rides et de géne.
La chair autour des os, les os autour de la pensée
Et au fond de la pensée une mouche charbonneuse,
I] vinquiéte
GRAVITATIONS - y|
“e
98 GRAVITATIONS
Comme un poisson qui saute
A la recherche d’un élément.
Entre la vase, l’eau et le ciel
Le ciel est effrayant de transparence,
Le regard va si loin qu'il ne peut plus vous revenir.
Il faut bien le voir naufrager
Sans pouvoir lui porter secours.
Tout & coup le soleil s’éloigne jusqu’aé n’étre plus
qu'une étoile perdue .
Et cille.
fl fait nuit, je me retrouve sur la Terre cultivée.
Celle qui donne le mais et les troupeaux,
Les foréts belles au cceur.
Celle qui ronge nuit et jour nos gouvernails d’éléva-
tion.
Je reconnais les visages des miens autour de la lampe
Rassurés comme s’ils avaient
Echappé a l’horreur du ciel,
Et le liévee qui veille en nous se réjouit dans son
gite ;
I] hume son poil doré
Et l’odeur de son odeur, son cceur qui sent le verfeuil.
_—s SUFFIT D’UNE BOUGIE
A Jorge Guillen,
Suffit d’une bougie
- Pour éclairer le monde .
_ Autour duquel ta vie
| Fait sourdement sa ronde,
Ceeur lent qui t’accoutumes
- Et tu ne sais & quoi,
Oceur grave qui résumes
Dans le plus str de toi
Des terres sans feuillage,
Des routes sans chevaux,
Un vaisseau sans visages
Et des vagues sans eaux.
-
En poussant es tels cris
De leurs fréles poitrines
Chat un homme & barhe noire,
_ — De quel monde venu ? —
D’un seul geste les chasse
Jusqu’au fond de la nue.
_ Alors de nouveau, seul,
Dans la chair tu tatonnes,
_ Cceur plus prés du linceul,
Coeur de grande personne.
Des mains effacent le jour
D’autres s’en prennent a la nuit,
Assis sur un banc mal équarri
J’attends mon tour.
Souffles d’une moustache,
Aciers & renifler, Sit
Ne
NLtee
L’ceil noir d’une arquebuse,
Un sourire ébréché.
one lafishies s’ouvrira |
Qui en vivra, qui en mourra 2
‘Quand le soleil reviendra
Comprendrai-je que c’est
lui ?
vi Pour avoir mis le pied be:
er Surle ceurdelanuit =
G ep Je suis un homme pris : <4
ert eager a. 35 Dans les rets étoilés. aa
Ss eS
.... Signore le repos .
Bk: Que connaissent les hommes
sg : ey tea Et méme mon sommeil
3 eee feete Est dévoré de ciel. ame
q -Nudité de mes jours, ;
i chee On t’a crucifiée; tay Meee
» .. Oiseaux de la forét ; ria
: et Dans lair tidde, glacés. Soe
phy Ah !vous tombez des arbres.
a . -
PRAIRIE
Le sommeil de mon cceur délie le neud du jour,
I] roule sourdement l’Europe et l’Amérique
Dont il éteint les phares
Et le chant des cigales.
Le passé, l’avenir
Comme des chiens Jumeaux flairent autour de nous.
Couvertures de laine
Sur un corps de poéte
Un mouton met sa téte
Sur le bord de mon lit.
Avec ses yeux de verre
A-t-il passé les mers
Ou descend-il du ciel
Foncé de l’Argentine ?
ay
Un agneau saute dur
Sur mes genoux frileux.
Qui depuis vingt-cing ans
N’ont pas fait leur priére.
-
Le monde me quitte, ce tapis, ce livre
“Vous vous en allez;
te balcon devient un nuage libre
Entre les volets.
Ah ! chacun pour soi les quatre murs partent
Me tournant le dos
Et comme une barque au loin les commandent
D’invisibles flots. ‘alee ety
i i Sie intune orreur
0 te a
O fems |poussé un cri : ey
Comme si tombait un homme ala mer 4 ee
Dun mat invisible
~~
alae
Et couronné d’air.
Je sens l’effort du gazon
Qui veille-sous tant de neige
Et Veffort de la raison
Dans esprit qui la protége.
et fe voix iit « Cest pour bientot 0
Une agre 2: « Je Pentends venir!» ?
Je ne sais ce que veulent dire . Mb eS 5
_ Ces , belles voix a la dérive. oe
ue
: Lae 2 4
; 3:
ECHANGES
Dans la flaque du petit jour
Ont bu les longs oiseaux nocturnes
Jusqu’&a tomber morts alentour
Au dernier soupir de la lune.
Voici les flamants de l’aurore
Qui font leur nid dans la lumiére
Avec la soie de Vhorizon
Et le vent doré de leurs ailes.
HIER ET AUJOURD’HUI
: Toute la forét attend que la statue absisse son
5
bras levé.
‘
7 Se sera pour aujourd’hui.
d Hier on avait pensé que ce serait peut-étre pour
: hier.
Aujourd’hui on en est sir, méme les racines le
a savent.
, Ce sera pour aujourd’hui.
GBAVITATIONS 8
_ RENCONTRES
A G. Bounoure.
J’avance en écrasant des ombres sur la route
Et leur plainte est si faible
Qu’elle a peine ame gravir “Sagar
: Et s’éteint petitement avant de toucher mon
fie + oreille.
Je croise des hommes tranquilles
Qui connaissent la mer et vont vers les montagnes ;
~ Curieux, en passant, ils soupésent mon ame
Et me la restituent repartant sans mot dire.
ha.ae *
autre chose
a Et sans toucher le sol. Les inouchos les évitent. ve
.
.
Le cocher se croit homme et se gratte Pareitle
. ; 4 Zs t a:
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%
L’ALLEE
fs \ tb
; Yi co
z
Le reste a péri sous le lourd passage 1
De votre ame avec son charroi, pes
Il n’est demeuré qu’un froissis sans Age
Dans lallée au long désarroi, |
De la nuit qui guette entre les lianes_
ee Et monte au fat des lataniers,
_ Lembarras de V’heure, un bruit diaphane
Qui s’opposeraient 4 vos pieds.
a
LE MIROIR DES MORTS
mite
Cette morte que je sais
Et qui s’est tant méconnue
Garde encor au fond du ciel
Un regard qui l’exténue,
Une rose de drap, sourde —
Sur une tige de fer,
Et des perles dont toujours
Une regagne les mers.
-
120 GRAVITATIONS
De l'autre cété d’ Altair
Elle lisse ses cheveux
_Et ne sait pas si ses yeux
Vont se fermer ou s’ouvrir.
LE MIROIR-
La mort vient de dérober
Un long miroir & la vie,
Une poignée de cerises
Ou titube du soleil.
Ses yeux brillent dans leur bleu
Et ses mains dans leur blancheur.
En lui bat une 4me heureuse
Et rapide comme un cceur.
e
-
sLS Etdesoiseaux ‘picorer
Il se voit monter aux arbres,
_ S’étonne que les oiseaux 7
Dans ses mains se laissent prendre
Pour y mourir aussitét.
POINTE DE FLAMME
Tout le long de sa vie | Seat,
I] avait aimé A lire eos
Avec une bougie
Et souvent il passait
_ La mam dessus la flamme
oe ' Pour se persuader
q oie: —Qwil vivait,
~~. Qu’il vivait,
124 GRAVITATIONS
Depuis le jour de sa mort
I] tient & cdté de lui
Une bougie allumée
Mais garde les mains cachées.
LA BELLE MORTE
Ton rire entourait le col des collines
On le cherchait dans la vallée.
7
Meaintenant quand je dis : donne-moi la main,
_ Je sais que je me trompe et que tu n’es plus rien.
ay
Avec ce soulfle de Couceur
Que je garde encor de la morte,
-
“Letom La ma snénoizeemporteae
eee ct .
Ae mes jours et a anniees, <) am
Ce cceur vivant qui fut je sien,
- Avee le toucher de mes mains,
‘ iy Circonvenir la destinée ? : us
Comment t’aider, morte évasive,
Dans une tache sans espoir,
T’ofirir & ton ancien regard
Et reconstruire ton sourire,
Et rapprocher un peu de toi
Cette houle sur les platanes
Que ton beau néant me réclame —
Du fond de sa plainte sans voix.
Tes cheveux et tes lévres
Et ta carnation
. a Sont devenus de I’air
i Qui cherche une saison.
Pudi he",
itourde mesos
"= Se-cherche uu point sonore.
ek “he
_ Dans ton silence clos”
Pour m’approcher de toi —
Que je veux situer —
Sans savoir ou tu es
Ni si tu m’apergois.
LA REVENANTE
Les corbeaux lacéraient de leur bec les nuages
Emportant des lambeaux,
Coulant & pic vos angéliques équipages,
Versatiles vaisseaux.
Les cerfs & voix humaine emplissaient la montagne
Avec de tels accents
Que l’on vit des sapins s’emplir de roses blanches
Et tomber sur le flane.
ce fesouvenirs,
ae vous qui guettiez a Vorée
Petts:wire ancienne
ai vie,
EFt quela déchirure re d’un Beni;a Vauine
<%
‘De la nuit malaisée :
N “était votre c@uvre, 6 vous qui guettiez jusqu’
Lime dans la rosée. ‘{laube
GRAVITATIONS i a
CERCLE
A Franz Hellens.
Ce bras de femme étendu
Dans un ciel voluptueux
Est-il sorti de la nue
Ou de abime amoureux ?
Les siécles de loin l’appellent
Vers leur fuyante nacelle
Et les couchants qui s’étirent
Dans des paresses de tigre.
Ce bras jeune comme au jour
De ses noces pécheresses,
LE MIROIR DES MORTS 131
Au milieu de son amour
Qui le surveille et le presse,
Survola les anciens Ages,
Les océans, les foréts
Et les célestes mirages
Que coupe un astre expiré,
Dans une attente si stable
De plaisir, de cruauté,
Qu’or le devine l’esclave
D’une lente éternité,
ALARME
A Corpus Barga.
Le regard de l’astronome
Emeut au fond de la nuit
Sous le feuillage des mondes
Une étoile dans son nid,
Une étoile découverte
Dont on voit passer la téte
Au bout de ce long regard
Ephémére d’un mortel
Et qui se met & chanter
La chanson des noirs espaces
Qui ererias les lanidaner =
Dans le gouffre solennel.
Fils d’argent, fils de platine,
Emmélent tant Vinfini
Que le rai de la rétine
Y suscite un faible bruit.
Tout ce qui mourut sur terre Bee - Ne
Réde humant de loin la vie, “9 es
Z Interrogeant les ténébres girs
| Ou se développe l’oubli, 5 ae
Et les aveugles étoiles eee
Dont Vorbite est dans l’espace ‘oat
Gg Fixe comme l’espérance
4 Et comme le désespo'r.
4 Les poissons, les violettes,
j Les alouettes, les loups,
Gardent leur volonté préte
A redescendre vers nous ;
Des léopards, des pumas,
Et des tigres qui se meuvent :
Dans leur brousse intérieure,
Tournent comme en une cage;
Y-
Tae D’autres bétes fabuleuses,
| L’Ame pleine de périls,
134 GRAVITATIONS
Au monde des nébuleuses
Mélent leurs tremblants désirs.
Sous la houle universelle
Qui Véléve et le rabat
Le zénith pointe et chancelle
Comme le sommet d’un mat ;
L’univers cache la Terre
Dans la force de son cceur
Ou cesse toute rumeur
Des angoisses planétaires,
Mais la Lune qui s’approche
Pour deviner nos pensées,
Dévoilant sables et roches,
Attire & soi nos marées,
OFFRANDE
Be Un sourire préalable _
Pour le mort que nous serons,
Un peu de pain sur la table
Et le tour de la maison.
Une longue promenade
A Ta rencontre du Sud
‘Comme un ambulant hommage
p Pour immobile futur.
-. Et qu’un bras nous allongions
-
136 GRAVITATIONS
Sur les mers, vers le Brésil,
Pour cueillir un fruit des iles
Résumant toute la terre,
A ce mort que nous serons
Qui n’aura qu’un peu de terre,
Maintenant que par avance
En nous il peut en jouir
Avec notre intelligence,
Notre crainte de mourir,
Notre douceur de mourir,
oP a.
on peu de terre avec mon peu de jour
Et ce nuage o& mon esprit embarque,
Tout ce qui fait lame glissante et lourde,
Saurai-je moi, saurai-je m’en déprendre ?
I] faudra bien pourtant qu’on m’empaquette
Et me laisser ravir sans lacheté
Colis moins fait pour vous, Eternité,
Qu’un frais panier tremblant de violettes,
-
LE LARGE.
A R. Guiraldes.
Quand le groseillier qui pousse au fond des mers
Loin de tous les yeux regarde marir ses groseilles
Et les compare dans son cceur,
Quand eucalyptus des abimes
A cing mille métres liquides médite un parfum
sans espoir, |
Des laboureurs phosphorescents glissent vers les
- moissons aquatiques,
D’autres cherchent le bonheur avec leurs paumes
-mouillées —
Et la couleur de leurs enfants encore opaques
Qui grandissent sans se découvrir
libre
Et le dirige, rénes en main, une grave a de
m cote. ; *
Alors s’allument un a un les phares des profondeurs
ui sont violemment plus noirs que la noirceur
Et tournent,
=
HAUTE MER
A Maurice Guillaume
Parmi les oiseaux et les lunes
Qui hantent le dessous des mers
Et qu’on devine a la surface
Aux folles phases de l’écume,
Parmi l’aveugle témoignage
Et les sillages sous-marins
Des mille poissons sans visage
Qui cachent en eux leur chemin,
*-
\
144 GRAVITATIONS
Le noyé cherche la chanson
Ow s’était formé son jeune Age,
Ecoute en vain les coquillages
Et les fait cho au sombre fond.
Tah
Vis
4,
; aan
fae
—@- Ls : srs ‘ a a
LE VILLAGE SUR LES FLOTS
3 Z a atesarg ce
baie3 4 , c 7 ey:
ain +
iy { -
era 8 ¢ 5
ee Game AL, Ipuche.
Be tae d ) ’ - ; ’ = 3#
a : ee rs Ae ea
Se Vagues se dressant pour construire,
: ; Et qui retombent sans pouvoir
_————- Donner forme 8 leur vieil espoir
eS: Sous l’eau qui d’elles se retire, ; ‘
i
ES % .
~ Je frélais un jour unvillage
Naufragé au fil de vos eaux
Qui venaient humer d’age en Age
Les maisons de face et de dos,
@RAVITATIONS \ i 10
ea RAE
- Villagesans rues 1 eloch oF oa ae
Sans drapeau, ni eee. a sécher, _ 2
- Et tout entier si plein de songe
Que I’on etit dit le front d’une ombre.
Des maisons & queue de poisson
Formaient ce village-siréne Rep de
— Oule Herre et Je liseron
S’épuisaient en volutes vaines. =:
Parfois une étoile inquiéte
Violente au grand jour approchait,
-Et plus violente s’en allait ~
Dans sa chevelure défaite.
Un écolier taché d’ embruns
Portant sous le brag un cartable
de) Jetait un regard outrebrun
. Sur les hautes vagues de fable,
~Un enfant de Péternité ,
Cher aux solitudes célestes
Plein d’écume et de vérité
Un clair enfant long et modeste,
™
Es
va
DDocmank ds tous cbtés surlea
ome
a
7 Village ot Tame faisait rage,
Et qui, ramassé
sur lamer,
Attendait une grande voile
Pour voguer enfin vers laterre
Ou fument de calmes villages.
DEPART
Un paquebot dans sa chaudiére
Brile les chaines de la terre.
Mille émigrants sur les trois ponts
N’ont qu’un petit accordéon.
On hisse l’ancre, dans ses bras
Une siréne se débat
Et plonge en mer si offensée
Qu’elle ne se voit pas blessée.
LE LARGE 149
Grandit la voix de l’Océan
Qui rend les désirs transparents.
Les mouettes font diligence
Pour qu’on avance, qu’on avance.
Le large monte a bord, pareil
A un aveugle aux yeux de sel.
Dans l’espace avide, il s’éléve
Lentement au mat de misaine.
PONT SUPERIEUR
Plante verte sur le pont,
Plante qui changes d’étoiles
Et vas d’escale en escale.
Godtant & chaque horizon,
Plante, branches et ramilles,
L’hélice te fait trembler
Et ma main qui te dessine
Tremble d’étre sur la mer.
LE LARGE 454
Mais je découvre la terre
Prise dans ton pot carré
Celle-la que je cherchais
Dans le fond de ma jumelle,
SOUS LE LARGE
Les poissons des profondeurs
Qui n’ont d’yeux ni de paupiéres
Inventérent la lumiére
Pour les besoins de leur cceur.
Ils en mandent une bulle,
Loin des jours et des années,
Vers la surface ot circule
L’océane destinée.
LE LARGE 153
Un navire coule a pic,
Houle dans les cheminées,
Et la coque déchirée
Laisse la chaudiére & vif.
Dans le fond d’une cabine
Une lanterne enfumée
Frappe le hublot fermé
Sur les poissons de la nuit.
et os A G.-Jean ‘Aubry.
_ Je cours derriére un enfant qui se retourne en riant,Be
_ Est-ce celui que je fus, nk
Un ruisseau de ma mémoire
Reflétant un ciel confus ?
Je reconnais mal aujourd’hui et j’aurais peur de
mes mains
Comme d’ombres ennemies.
Mon angoisse agrippe lair ¥
Qui nous tate aveuglément
; | Pour voir si nos cceurs sont vivants.
-Tamarins et peupliers autour de nous ont compris
Qu’il s’agissait d’une course
Direionds queaayWG meee
ye
>: Tis”‘se ‘mettent A nous suivre, jeunes racines,pik
e
~~ Camarades de fortune,
_O figurants de la route,
Savez-vous ov nous allons
Loin de humaine saison
Derrigre un enfant qui joue
A tirer du cceur de l"homme
Ciel et terre, nuit et jour.
Nous avangons vers la mer qui ne peut plus aujour-
aibur <6
Mettre fin & notre fuite.
Notre cceur se fait salin dessous la fable des eaux
Et l’enfant qui nous précéde s’échappe encor en
riant,
Pose les pieds sur les roses maritimes des coraux.
~ Nous touchons le fond obscur prés d’un boqueteau
marin
28 isson: eae rem jouent aux oiseaux
atin, . v7 a ae
D utres ondulent Bisa remorquant les.sobriok
e quelque poéte noyé wy
aei croit encore & 1avie.
nal
_
‘Compagnons d’un autre monde ce
Pris vivants dans votre réve
Je vous regarde au travers er
-D’une mémoire mouillée
Mais douce encore & porter,
- Je vais clandestinement
_ Du passé a Pavenir
_ Parmi la vigne marine
Fs— Qui éloigne le présent.
Nous nous enlisons réduits
Aune nuit sans espace,
_A des couches d’ossements,
_ Affres de la géologie.
Cranes, cranes souterrains,
Nous ferez-vous de la place,
- Glacons de V’éternité
_ Gélerez-vous nos jarrets ?
— Que fais-tu ia dipledocus
Avec tes os longs et tétus
$ os ae
Oeest lecentre chaud du monde, c’est le vieux noys *in
“aay des’Ages...
- Mais alors d’ou vient ce ciel dévoré par les Pe 2
Ah! je ne puis voyager qu’avec tous mes sou-
venirs, Fe:
‘Trop fidéle ce bagage bien que parfois il mee suive,
lacéré par des panthéres,
A des distances de songe. ie
Je te reconnais, sainte Blandine, au milieu du cirque
attendant le taureau qui doit t’envoyer
au ciel,
Dans l’aréne on entend encore une cigale romaine.
Et Charles VI devenu fou enléve son ecasque et
attaque sa propre escorte, €
A son front deux veines se gonflent, ses narines
: trembient entre la vie et la mort,
_ Et Pon voit perler & ses joues la chaleur de treize
ne - cent-quatre-vingt-douze,
i
?
e
+
yy C
t voiciSee ‘quime apar-dessus saa selleray
— ouvragée .
| travers tout le murmure et le ames de son.
Et veut m ‘enfermer d’un sourire Edant la courbe de ae
ses soldats.
Ou mon chemin parmiceshommes
Et ces femines qui me font signe ? “pe
Parmi ces forgats de histoire,
Ces muets se poussant du coude
Qui me regardent respirer
Disant dans leur langue sans voix :
s « Quel est celui-la qui s’avance
Avee sa face de vivant
Et méme au fond noir de la terre
Vient nous soumettre son visage
Ou se refléte le passage
Incessant d’oiseaux de la mer ? »
Tout proches semblent leur regards
o Bien qu'il leur faille escalader
Cent et cent rugueuses années
Avant de se fixer en moi,
GRAVITATIONS, 11
bab
\ ats les ans tombent a HOS
s pieds, tu
f Monceaux de fears. dun cerisier —
Secoué par la main d’un dieu
Qui nous regarde entre les branches.
Personnages privés de voix,
Pourquoi vous éloigner de moi ? eed
-Reines de France & mon secours ! x
Passez-le-vous de mainen main
L’enfant qui cherche son chemin
A travers les morts, vers le jour !
Préservez ses joues délicates
Et que ses cils aux longues pointes
Aillent toujours le précédant
Avec leurs légers mouvements,
J'ai peur de songer & ma face
Ou le regard de tant de morts
Appuya ses pinceaux précis.
Est-ce le jour et la surface ?
Est-ce bien toi, envers du monde,
Sourire faux des antipodes?
Et vous oiseaux de la terre,
ee
7 Bt ee oiseaux de riae
Qui lui faites son halo ? as Bi
-O lumiére de jour, lumiére d’aujourd’hui,
_ C’est ton fils qui revient éclaboussé de nuit.
y Alentour le soleil brille : je suis dans un cone ee
d’ombre,
Mes vétements ont vieilli de plus de six cents rey
Le ciel lui-méme est usé qui sous mes yeux s’effi-
loche 3
Et voici des anges morts dans leurs ailes étonnéess
Il ne reste que l’oubli
Sur la planéte immobile,
De l’oubli a ras de terre
Empéchant toute chaumiére,
L’herbe méme de pousser
Et le jour d’étre le jour.
L’alouette en lair est morte
~ Ne sachant comme ’on tombe.
Et vous, mes mains, saurez-vous
Toucher encor mes paupiéres,
a. Mon visage, mes genoux?
Pec: Sortant du fond de la Terre
. Suis-je différent des pierres ?
UN LOUP
Fauve creusant la nuit solide
De’ses griffes et de ses dents,
Ce loup sec a la langue fine
Affamé depuis cent mille ans,
Ah! sil broyait léternité
Et son équipage de morts
Cela ferait un grand bruit d’os
Par des machoires fracassés.
GEOLOGIES 165
fl a percé l’ombre de pierre
A la recherche des pays _
D’ou lui vient cette faim guerriére
Qui le précéde et qui lesuit.
Le cceur roulé par les soleils
Et par les lunes épié
Il périra multiplié
Par le haut mal des univers.
AU GREUX DU MONDE
A Dominique Braga.
-
Long descendant des cavernes, des paienset des
_-__ chrétiens, =
Et des monts noirs en arrét sur la riviére tordue,
Voici deux métres de chair sous la voite ot sont les
sphéres,
~ Des omoplates portant leur poids fixe d’infini
Sans que se courbe la téte, 2
Les deux pieds en équilibre
Nus sur la terre rapide,
Un’ ceeur divisant le temps,
Des yeux colorant l’espace. /
iT paeatbrts est Sparindans
Apiiiae il voudrait, enfin régir toutes ces rumeurs A,"
écoute dans le silence extérieur immaculé
a plainte opaque de ses mains,
aeParopees mélancoliques sur des souvenirs8 ensablées.
Se pourrait-il
— Qw’il tombét sous Pinnombrable fusillade des étoiles?
Ses passions échappées tourmentent lair longue-
“ment,
-Eprouvant l’espace, virent
Et retournent dans son Ame.
A Yhorizon le Destin érige un torse escarpé
Avec ses longues paupiéres serrées comme des
_ mAachoires,
Il barricade les routes,
Méme celles, méme celles qui montent vers V’infini,
Interceptant Vair candide qui veut descendre du
ciel.
Attention !voila Vhomme qui bouge et qui regarde 4
o . droite et & gauche;
<. Le voila qui se léve et sa face crépite comme » torche
résineuse,
evoila qui se mirc dans la Lune ov il ajuste son
regard, . , oer
Et qui donne au loin les ane dont toute sa voix
| est comblée. pe aS
Sa puissance circulaire rabat vers lui les lointains Re
_ Et Yon voit s’acheminer les étoiles scrupuleuses.
; Le vieux sang noir de la nuit roule dans son propre
sang
_ -§’y mélant au sang du jour dans l’abime des cas-
oe cades !
: _ Tout s’absorbe et s’unifie dans son 4me sans attente,
Lrunivers n’est plus en lui qu’un grognement étouffé,
Une famine allongée, ainsi qu’avant la Genése.
VERTIGE
Le granit et la verdure se disputent le paysage.
Deux pins au fond du ravin s’imaginent I’avoir fixé.
Mais la pierre s’arrache du sol dans un tonnerre
géologique.
Joie rocheuse tu t’élances de toutes parts, escala-
dant jusqu’a la raison du voyageur. Il craint pour
Péquilibre de son intime paysage qui fait roche
de toutes parts. Il ferme les yeux jusqu’au sang,
son sang qui vient du fond des ages et prend sa
source dans les pierres.
: Calanques (Corse).
AGE DES CAVERNES
| Sa
A.B Figen
f
RS: Les arbres se livrent peu a peu A leurs branches,
__- penchent vers leur couleur et poussent en tous sens
des feuilles pour se gagner les murmures de V’air.
_ Ils respectent comme des dieux leurs images dans
_les' étangs ot tombent parfois des feuilles sacri-
fiées.
- Les racines se demandent s’3] faut ainsi s’accoupler —
au sol. Au milieu de la nuit l’une sort de terre pour
- écouter les étoiles et trembler. |
La mer entend un bruit merveilleux et ignore en
étre la cause.
- Gtovoaie:
ES
Les aires qui se croisent oo de ne pas-se fag
zr voir. Puis se cherchent durant des siécles.
a Les riviéres s’étonnent Woraportcr toujours. is
ciel au fond de leur voyage et que le ciel les oublie.
Le ciel ne pose qu’une patte sur Vhorizon, l’autre
restant en l’air, immobile, dans une attente circu-
faire.
Tout le jour Ja lumiére essaie des plumages diffé-
rents et parfois, au milieu de la nuit, dans l’insom-
nie des couleurs. |
La terre se croit une forét, une montagne, un cail-
lou, un souvenir. Elle a peur de Vhorizon et craint
de se disperser, de se trahir, de se tourner le dos.
La nuit, le corps le long des corps, les visages prés
des visages, les fronts touchant les fronts, pour
que les réves se prétent main-forte. L’ame bour-
donne et s’approche pour voir comment bat un
cceur dans le sommeil. Elle confond les étoiles avec
les grillons et les cigales. Elle aime le soleil qui n’ose
pas pénétrer dans Ies cavernes et se couche comme
un chien devant le seuil.
On reconnait les songes de chacun au dessin des
paupiéres endormies.
Passent des animaux précédés d’un cou immense
qui sonde V’inconnu, l’écartant a droite et & gauche,
avec le plus grand soin. Ils défrichent l’air vierge.
ns enparler aux eee jawetten: les four
ontent sur la cime des arbres pour regarder.
d des tribus se rencontrent on se souflle |
au
ge comme font les buffles qui se voient iea
1‘.
ors on eae et on se saute a la gorge. a=
Les animaux se demandent lequel parmi eux sera |
ye _ VYhomme un jour. [ls consultent Vhorizon et le |
¢‘vent qui vient de l’avenir. Ils pensent que peut-éire
a oe Yhomme rampe déja dans Vherbe et les regarde
APR tor & tour présumant de leur chair et de son gotit.
_ L’homme se demande si vraiment ce sera lui. ©
1
ge
a
a
1i
iH
eS
EQUATEUR’-~ ~ = tase
(Cheeurs d’une exposition coloniale).
a _ Pour Jacques Benoist-Méchin.
\ -
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3- '
a
re rf eo
! ? wy
oy .
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\ i 2
* Colonies, 6 colonies, ardeurs volantes,
| Elignez de ma mémoire e
_ Lvhiver blafard et sans yeux qui tatonne & coups
> de neige,
Le sépulcral alignement des réverbéres
Sous les longues pluies citadines,
Notre vieux ciel quadrillé d’immeubles avec ses
larges ;
_ Rafales de mélancolies !
Qui vive ? Cérés qui passa les mers sur la derniére
triréme, |
La Cérés coloniale ;
Elle s’élance brunie parmi les herbes barbues
_Et ses monstres agricoles 4 vapeur,
La déesse renouvelée.
mme ses jeunes ae sontee os cadeaux :
_ légers, : ;
Comme elle lance les hirondelles bicolores
De son agreste corbeille qui sent encore I’oseraie!
BLE
Une danceuk dorée circule ee les champs de la
déesse 1 enh ne
Et nos pas sont prisonniers de sa longue chevelure,
Les hautes moissons s’emplissent de son Bi
de son bonheur
Qui va de l’Olympe antique & la pointe des blés
,aE mirs,
ss“ Trawersant légérement tous les siécles, les terrestres,
f les marins,
%
Et les siécles aériens qui s *aecrochent aux sommets.
% haat ks . ; men
O murmure millénaire ot les patients épis
-‘Trament une méme harmonie. ree
SUCRE
i Les hautes cannes, les cannes murmurent
; ~ Sous les lévres du vent altéré
{ Qui fait mine, allongé, de dormir
A : 7
ber peste Peay Feuillucs
Ss
Se -pourrait-il que tant de poésie
"Se
(as fragmente rectangulaire
Dans toutes les tasses du monde
Pour donner aux lévres des hommes ~
Le goit du miel et du soleil ‘ i
ao des chaudes eerie ?
«
CF,
SOIE 74 a Rate
i rauibiek dans ‘& cocon sécréte aes eahes de bal
_ Et des cravates a pois
Sous la chaleur du ciel d’ Asie,
Dictateur des métamorphoses.
De la chenille soyeuse se déroule au loin le voile
Qui fera le tour de la Terre ,
Pour la désigner dans l’espace
Aux matelots du firmament.
a . CAFE
« Me voici la lance levée
Entourant d’un tonnerre noir
Le cceur torride qui m’embrase!
A"exulte et fais lever de gros soleils en pleine nuit
Que jje conduis en troupeaux,
GRAVITATIONS Ni 12
RHUM See en
Gest un navire qui brile dans un havre de ee
Gent mille anges
Accourent du fond du ciel vers la torsade fumante.
Le ciel bouge et se.souléve au vent des plantations —
aériennes
Et se colonise
Pour des récoltes sans prix.
G’est lui, le rhum, qui fiance le réel avec le songe
Et couronne le désir; i
C’est lui qui réconcilie le futur et le passé ;
iete
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2>
Sous son regard tout devient facile cérémonie
IIE,
EO
LOLI
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OG
AG
IE
SIT Avec assistance ardente,
Et pour une méme ronde
Anges et démons se hatent de se saisir par la main.
ee
gn
ne
Colonies, 6 colonies,
_ Poussez votre ciel pur vers le Septentrion |
A LAUTREAMONT
N’importe ot je me mettais 4 creuser le sol espérant
que tu en sortirais
J’écartais du coude les maisons et les foréts pour
voir derriére.
J’étais capable de rester toute une nuit a t’attendre,
portes et fenétres ouvertes
En face de deux verres d’alcoo] auxquels je ne
voulais pas toucher,.
Mais tu ne venais pas
Lautréamont.
ea GRAVITATIONS
Autour de moi des vaches mouraient de faim devant
- des précipices
Et tournaient obstinément Tedos aux plus herbeuses
prairies,
Les agneaux regagnaient en silence le ventre de
leurs méres qui en mouraient,
Les chiens désertaient l’Amérique en regardant
derriére eux
Parce qu’ils auraient voulu parler avant de partir. —
Resté seul sur le continent
Je te cherchais dans le sommeil o& les rencontres
sont plus faciles. F
On se poste au coin d’une rue, autre arrive rapide-
ment.
Mais tu ne venais méme pas,
Lautréamont,
Derriére mes yeux fermés.
y
Je te rencontrais un jour & la hauteur de Fernando
Noronha
Tu avais la forme d’une vague mais en plus véri-
dique, en plus circonspect,
Tu filais vers !Uruguay& petites journées.
Les autres vagues s’écartaient pour mieux saluer
-tes malheurs,
: * Elles qui ne vivent que dois secondes et ne mar-
_- chent qu’a la mort a
_ Te les donnaient en entier,
Et tu feignais de disparaitre
Pour qu’elles te crussent dans la mort leur cama-
rade de promotion.
Tu étais de ceux qui élisent l’océan pour dite
comme d’autres couchent sous les ponts
_ Et moi je me cachais les yeux derriére des lunettes
‘
'
noires~
Sur un paquebot ow flottait une odeur de femme
et de cuisine.
La musique montait aux mats furieux d’étre
mélés aux attouchements du tango,
- Javais honte de mon cceur ot coulait le sang des
vivants,
Alors que tu es mort depuis 1870, et privé du liquide
séminal
Tu prends la forme d’une vague pour faire croire
que ¢a t’est. égal.
Le jour méme de ma mort je te vois venir 4 moi
Avec ton visage d’homme.
Tu déambules favorablement les pieds nus dans
. de hautes mottes de ciel,
184 GRAVITATIONS
Mais & peine arrivé A une distance convenable
Tu m’en lances une au visage,
Lautréamont.
- 1925.
UN HOMME A LA MER
A Alfredo Gangotena.
Du haut du navire en marche
Je me suis jeté \
Et voila que je me mets A courir autour de lui.
Heureusement nul ne m’a vu :
Chacun craindrait pour sa raison.
Je suis debout sur les flots aussi facilement que la
lumiére,
Et songe 4 Vintervalle miraculeux entre les vagues
- et mes semelles.
186 GRAVITATIONS
Je m’allonge sur le dos, moi qui ne sais méme pas
nager ni faire la planche
Et ne parviens pas 4 me mouiller.
Voici des étres qui viennent & moi
Appuyés sur des béquilles aquatiques et levant les
- paumes ; :
Mais ils meurent crachant l’écume par Ieur bouche
devenue immense.
Je reste seul et, dans ma joie,
Je m’enfante plusieurs fois de suite solennellement,
Ivre d’avoir goaité autant de fois A la mort.
Je vais, je viens, les mains dans mes poches séches
comme le Sahara. .
Tout ceci est A moi et les domaines qui palpitent
la-dessous.
Oserai-je prendre un peu de cette eau pour voir
comment elle est faite?
Ce sera pour un autre jour.
Contentons-nous de marcher sur la mer comme
autour d’une poésie.
Au fond de ma lorgnette je ne vois plus du bateau
Que mes trente batards qui s’agitent & bord singu-
hérement.
Dans le miroir de ma cabine et en travers
J’ai laissé mon image au milieu de la nuit avant
que je tourne le commutateur.
POEMES DE GUANAMIRU 187
Elle se réveille en sursaut, brise la glace comme celle
d’un avertisseur d’incendie
Et se met & me chercher.
La poitrine trés velue du Commandant éprouve
qu'il manque quelqu’un
Et la siréne beugle toute seule
Comme une vache qui a faim.
Prenant Ja mer un peu 4 V’écart
Je lui fais signe d’entrer ruisselante dans lentonnoir
de mon esprit :
« Viens, il y a place pour toi,
Viens aujourd’hui il y a de la place.
J’en fais le serment téte nue
Pour que le vent de l’ouest sur mon front recon-
naisse que je dis la vérité ».
Mais la mer proteste de son innocence
Et dit qu’on laccuse témérairement.
Elle ne répond pas & la question.
Et cependant les noyés attendent que leur tour
vienne.
Leur tour de quoi? Leur tour de n’importe quoi.
Ils attendent sans oser entr’ouvrir leurs paupiéres
écumeuses
De“peur que ce ne soit pas encore le moment,
hose qui les a frélés, qu’est-ce que
une algue marine ou la queue d’un ae
aequ s’égare au fond de lui-méme a2
est bien autre chose.
. Pe decent et sans le savoir
-Lancent la foudre divine.
ays
/
Ce soir assis sur le rebord du crépuscule :x
i - pe)
Et les pieds balancés au dessus-des vagues,
Je regarderai descendre la nuit : elle se croira’
toute seule. : ;
Et mon cceur me dira: fais de moi quelque. chose,
Ne stis-je plus ton coeur ?
a‘i
A 4995.
Delwretee les chiens sur les routes — ea
Et les charrettes a beeufs. 3
Quills retournent vers leur source!
\
‘Tl s’agit d’étre réveillé comme la foudre qui va
_tomber.
i Que le vent dur comme fer
- Casse. les oiseaux contre terre!
&,
Je ne veux plus, cceur traitre, de tes salutations
. dans ma poitrine, é
190 GRAVITATIONS
Je te veux triangulaire, séché au soleil des tro-
piques
Durant trente jours.
Aprés quoi,
Rasez de prés la Terre. Faites-en
Une fille terrorisée
Et qui n’aura d’autre toit
Que de tourner sur soi-méme,
AU FEU!
ass A Stony ‘Hichawi, i
-+
J’enfonce les bras levés vers le centre de la Terre
Mais je respire, j’ai toujours un sac de ciel sur la
; téte .
‘Méme au fort des souterrains
Qui ne savent rien du jour.
Je m’écorche A des couches d’ossements
-- Qui voudraient me tatouer les jambes pour me
oa iz reconnaitre un jour.
Vinsulte un squelette d’iguanodon, en travers’
. de mon passage,
192 GRAVITATIONS
Mes paroles font grenaille sur la canaille de ses os
Et je cherche a lui tirer ses oreilles introuvables oe
Pour qu’il ne barre plus la route
Mille siécles aprés sa mort
Avec le vaisseau de son squelette qui fait nuit de
toutes parts.
Ma colére prend sur moi une avance circulaire,
Elle déblaie le terrain, canonne les profondeurs.
Je hume des formes humaines a de petites distances
Courtes, courtes.
J’y suis.
Il n’y a plus rien ici de grand ni de petit, de liquide
ni de solide,
De corporel ni d’ircorporel;
Et l’on jette aussi bien au feu une riviére, ou saute
un saumon, et qui traversait Amérique,
Qu’un brouillard sur Ja Seine que franchissent les
orgues tumultueuses de Notre-Dame.
Voici les hautes statues de marbre qui lévent l’index
avant de mourir.
Un grand vent gauche, essoufflé, tourne sans
trouver une issue.
Que fait-il au fond de la Terre ? Est-ce le vent des
suicidés ?
Quel est mon chemin parmi ces milliers de chemins
qui se disputent & mes pieds
“atrés comme morts
“Bepata avec un accent qui auras! a celui
du silence. eh
Contre de la Terre! je suis un homme vivant. —
Ces empereurs, ces rois, ces premiers ministres,
entendez-les qui me font leurs offres de service
- Parce que je trafique & la surface avec les étoiles
et la lumiére du jour.
J'ai le beau réle avec les morts, les mortes et les
- mortillons.
Je leur dis : « Voyez-moi ce coeur,
— Comme il bat dans ma poitrine et m’inonde de
chaleur !
Il me fait un toit de chaume ov grésille le soleil.
Approchez-vous pour l’entendre. Vous en avez eu
un _pareil.
'N’ayez pas peur. Nous sommes ici dans l’intimité
infernale ».
Autour de moi, certains se poussent du coude,
__-Prétendent que j’ai l’éternité devant moi,
Que je puis bien rester une petite minute,
Qué je ne serais pas 1a si je n’étais mort moi-méme.
a ;
ae GRAVITATIONS 13
194 _ GRAVITATIONS
Pour toute réponse je repars
Puisqu’on m’attend toujours merveilleusement A
Vautre bout du monde.
Mon cceur bourdonne, c’est une montre dont les
aiguilles se hatent comme les électrons
Et seul peut larréter le regard de Dieu quand il
pénétre dans le mécanisme.
Air pur, air des oiseaux, air bleu de la surface,
Voici Jésus qui s’avance pour maconner la votite
du ciel.
La Terre en passant frdle ses pieds avec les foréts
les plus douces.
Depuis deux mille ans il la quittée pour visiter
d’autres sphéres,
“haque Terre s’imagine étre son unique maitresse
Et prépare des guirlandes nuptiales de martyrs.
Jésus réveille en passant des astres morts qu'il
secoue,
Comme des soldats profondément endormis,
Et les astres de tourner religieusement dans le ciel
En suppliant le Christ de tourner avec eux.
Mais lui repart, les pieds nus sur une aérienne
Judée,
Et nombreux restent les astres prosternés
Dans la sidérale poussiére.
’ > - - “res 7 iL
~ i » — i
rq uoibsmontrer sije neerois pasencore
t
a
AJe ne suis pas homme & faire toujours les demandes _
et les réponses!
Hola, muchachos! J’entends crier des vivants dans _
des arbres chevelus, AS
nt
Ces vivants sont mes enfanty, échappés radieux
de ma moelle! sey
. Un cheval m’attend attaché & un eucalyptus des
pampas, ®
l est temps que je rattrape son hennissement dans
‘Pair dur, .
Dans Vair qui a ses rochers, mais je suis seul a les
voir|
1924,
DISPARITION
Vois, il est vide ce lit, bouleverse les couvertures,
Agite les draps en tous sens comme s‘ils me ca-
chaient encore,
Défonce le matelas au cas ou je ne serais plus
que de la laine cardée!
Il n’y a plus personne dans cette couche & deux
places que j’occupais dans son entier,
Il n’y a pas un pli a la descente de lit
Et les rideaux sont endormis dans les bras l’un de
Pautre.
- PORMESaecunsaone
dentiel,
_ Interroge le chef de gare A mots couverts,..° ) 5—
La, plus prés de son visage, Jusqu’& en toucher les
poils, de tes lévres blémes. ae
ow homme que tu cherches était bien dans ‘i train
mais il n’y est plus!
“Ts sont deux employés et trois femmes qui ont ee
son chapeau de paille
Et ne savent rien d’autre.
Celui qui prononce ces mots & ton oreille
Bien qu’il se trouve peut-étre trés loin de toi
Comme ce haut-parleur qui vous poursuit partout
dans les Expositions
Et on se demande d’ou il vous arrive
Celui qui dit ces mots, ov est-il? ;
A-t-il une main encore (ou deux) avec ses cing
doigts dont un orné d’une bague
Ou de plusieurs,
Un ‘appareil circulatoire comme une décoration
“interne et compliquée?
Ou bien se passe-t-il de reins pour montrer sa toute-
‘puissance ?
Récite-t-il la nuit sa priére
bed discuteregalaaa aveci
galopé dans sa vie?
ee Ge n’est pas moi qui te renseignerai.
Fais ton métier. Je fais le mien.
{ a :
By ‘Ne cherche plus a devenir V’allié de mon. squelette,
-_Béte blanche et silencieuse,
Tapie au meilleur de nous-mémes oc
_ Et qui nous saute a la gorge au premier moment
_ @ inattention.
—Qwil te suffise de savoir
Si oui ou non
Tu m/’as poussé sur la voie
Hors du train, en pleine vitesse,
Sous prétexte que tu manguais d’air,
Si tu as posé des questions hypocrites
Sent on
a Eads, aii:
evalisedans |
i ;
-viennent
‘ 4
Et Phomme disparait devant vous comme de
Veau dans la mer. »
TERRE
A Jacques Salomon.
Terre lourde que se disputent les cadavres et les
arcs-en-ciel,
Des statues au nez brisé sous le soleil d’or incas-
sable
Et des vivants protestataires levant leurs bras
jusqu’aux nues
Quand c’est leur tour de s’offrir A tes abattoirs
silencieux,
— Ah! tu fais payer cher aux aviateurs leurs per-
missions de vingt-quatre heures,
| Res
-
: ois milleees de faut:tu leur foie ie:coeur ae
isecroyait une fleur dans la forét du ciel bleu —_—
—ie
tages, eae ee
em De tes monts chercheurs de ciel, des fleuves chas- oa
>a seurs de lune, eee
De tes océans boiteux qui font mine aavancer
Mais vont moins vite sur les plages eee,
E. Que des enfants titubant avec de pleins seaux de
i _ sable? | e :
Aurons-nous encore du tonnerre dans cent quatre-
-_-vingt-dix mille ans, ; mae
La foudre, les quatre vents qui tournent sans
rémission, : .
Les hommes nus enchainés dans leurs générations
Et les roses pénitentes & genoux dans leur parfum ?
Maudite, tu nous avilis A force de nous retenir,
Tu nous roules dans la boue, pour nous rendre
pareils & elle .
Tu nous brises, tu nous désosses, tu fais de nous de
petits patés,
Tu alimentes ton feu central de nos réves les plus
‘ tremblants.
__ Prends garde, tu ne seras bientét qu’une vieillarde
Bal
- de lespace,
202 GRAVITATIONS |
Du plus lointain du ciel on te verra venir faisant
des maniéres
Et lon entendra la troupe des jeunes soleils bien
portants
« Cest encore elle, la salée aux trois-quarts,
La téte froide et le ventre a l’envers,
La tenanciére des quatre saisons,
L’avare ficelée dans ses longitudes! »
Et plus rapides que toi s’égailleront les soleils
Abandonnant derriére eux des éclats de rire du-
rables
Qui finiront par former des plages bruissantes
d’astres.
Prends garde, sourde et muette par finasserie,
Prends garde a la colére des hommes élastiques,
Aux complots retardés de ces fumeurs de pipes,
Las de ta pesanteur, de tes objections,
Prends gardé qu’ils ne te plantent une paire de
cornes sur le front.
Et ne s’embarquent le jour de la grande migration
Aimantés par la chanson d’une marine céleste
Dont le murmure déja va colonisant les astres.
Des trois-mats s’envoleront, quelques vagues &
leurs flancs,
Les hameaux iront au ciel, abreuvoirs et lavandiéres,
aBANAMIRD
ee mn ° ae
rires des co
yas ques
Des girafes 4 envi dans la brousse des nuages, __
eh See . oes . . Arg
Un éléphant gravira la cime neigeuse de lair Z
Dans l’eau céleste luiront les marsouins et les sar.
—*
dines ;
Et des barques remontant jusqu’aux réveries des
= anges, ¥ es:
Des chevaux de la Pampa rouleront de pré en pre 5
Dans la paille et le regain des chaudes constellations sia
Et méme vous, 6 squelettes des premiers soufiles
- du- monde, iy A
_ Vous vous émerveillerez de vous trouver a nouveau
Avec cette chair qui fit votre douceur sur le globe,
o- Un cceur vous rejaillira parmi vos cétes tenaces —
Qui attendaient durement un miracle souterrain
| Et vos mains onduleront comme au vent les mar-
a guerites |
1923.
TABLE
LES COLONNES ETONNEES
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ACHEVE D’IMPRIMER
LE 25 FEvRIER 1949
PAR F. PAILLART
ABBEVILLE
N° dédition : 1619
N° d’impr. : -2759
Dépét légal : 19 Février 1932
Imprimé en France.
PQ2b37. UbG? 1925
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i Tiarae
12° édition
eee es i:
"JULES SUPERVIEEL
ROMANS
Le Survivant { Le Voleur d’Enfants
L’Homme de la Pampa
[e)
NOUVELLES
L’Enfant de la Haute Mer
L’ Arche de Noé
@)
POESIE
Les Amis Inconnus Le Forcat Innocent
La Fable du Monde Gravitations
Saisir 1939-1945
Choix de Poémes
Oubheuse Mémoire
(Collection Meétamorphoses)
e)
TRADUCTION
Shakespeare
Comme il vous plaira
e)
HEA TRE
La Belle au Bois
Bolivar Robinson
Shéhérazade Le Voleur d’Enfants
: °
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e)
EDITION DE LUXE WLLUSTREE
L’Enfant de la Haute Mer
avec des lithographies de Pierre Roy