NOTION 2 : Pouvons-nous connaitre la conscience ?
Notions : inconscient, langage, vérité, religion, devoir, liberté, conscience
Introduction :
La conscience apparait évidente à tout le monde car nous sommes conscients. Mais quand il
s’agit de savoir ce qu’elle est, de connaitre son essence, elle nous échappe car on ne peut la
percevoir comme les objets extérieurs.
Ex : les objets qu’on connait sont extérieurs
Les cinq sens externes classiques sont donc inopérants.
Une méthode pour y répondre serait la phénoménologie. Elle se présente par son fondateur, Husserl
comme étant la science de la conscience.
Méthode : le sujet doit s’observer lui-même en actes (en train de penser), notamment quand la
conscience appréhende des objets externes et en tirer des structures universelles de
fonctionnement.
I. La conscience face à elle-même (trois caractéristiques fondamentales)
a. 1ère caractéristique : l’intention(n)alité
Dans Recherches logiques publié en 1901, Husserl dit qu’à chaque fois que « je » pense à quelque
chose, ma conscience se dirige vers quelque chose, un objet.
Sartre le visualise avec le « grand vent » dans Situations I (1947). Pour lui, la conscience n’est pas un
estomac qui digère.
Il est difficile d’affirmer positivement ce qu’est la conscience, il est plus facile de dire, à l’inverse, ce
qu’elle n’est pas.
Critique possible : la méditation orientale qui entraine notre attention à ne pas se fixer sur un objet
mental.
b. 2ème caractéristique : l’objectification
Dans Recherches logiques III, Husserl affirme que la conscience est objectifiante .
Ex : quand on regarde une rose, la conscience peut se focaliser sur un détail qui peut être de
plus en plus petit ou de plus en plus grand.
La conscience est la capacité de délimiter des « tout » en rassemblant des parties, et inversement, en
les distinguant.
« Nous ne voyons pas les choses mêmes, nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes
collées sur elles » - Le Rire, 1899, Bergson
Ex : les habitants du cercle polaire ont des centaines de mots pour désigner la neige, car ils ont des
centaines d’usages différents qui leur sont vitaux.
D’après Bergson, on distingue les objets en fonction de nos intérêts vitaux tandis que les artistes (les
peintres par exemple) ne dépeignent pas la réalité dans un intérêt vital. Pour Manet, l’ombre de la
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neige est bleue. Depuis que ce dernier l’a représentée ainsi, c’est devenu un cliché et on a adopté ce
découpage.
Il y a alors un problème philosophique : dans la réalité, il y a une infinité de choses, de nuances et on
a découpé dedans, par convention, un nombre fini de choses.
Problème philosophique fondamental : qu’est-ce qui existe ?
Sans les étiquettes sociales, on ne peut rien reconnaitre ou identifier, on ne « voit » rien.
c. 3ème caractéristique : la réflexivité
La conscience peut se viser elle-même.
Critique : avec Comte, la conscience se dédouble, elle se rate. Elle ne peut pas découper les parties
en elle-même. (voir explication de texte n°4)
II. La conscience face à l’objet
a. 4ème caractéristique : la con-science comme fondement du savoir
Avec la conscience, vient le savoir (par définition), pour Descartes (1596-1630), la première certitude
vient avec la conscience.
En effet, il remet en question tout ce qui est extérieur à la conscience : peut-être que tout ce que je
perçois n’est qu’une illusion, un rêve. En revanche, le sujet qui remet en doute toute chose sauf lui-
même.
« Je pense donc je suis » - Discours de la méthode, 1637, Descartes (réciproque = si je ne pense
pas, je ne suis pas)
A partir de cette vérité absolue, Descartes compte reconstruire toute la science en certitude avec
l’aide des mathématiques.
Critique : remise en question de l’existence du « je » par Hume, Nietzsche, Hobbes et Pascal.
- Pour Nietzsche et Hume, « je » n’existe pas, c’est un réflexe de grammaire
- Hobbes ajoute que le « je » n’est pas perceptible
- Pour Pascal, le « je » est inconnaissable (voir explication de texte n°5)
b. 5ème caractéristique : la subjectivité absolue
La conscience n’est absolument pas un objet selon Sartre, dans L’être et le Néant, 1943.
Ex : Dans le mythe de la méduse, si on croise son regard, on est transformé en objet tout comme la
conscience objectifie ce qu’elle vise.
De plus, la conscience est réflexive mais elle n’est pas un objet donc elle se rate toujours elle-même
quand elle se vise si elle se regarde, elle va se transformer en objet, or, elle n’est pas un objet.
c. 6ème caractéristique : l’inconscient
Das unbewusste = l’inconscient
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Freud affirme dans Métapsychologie (1915) : « l’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et légitime
et nous possédons de multiples preuves de l’existence de l’inconscient ». Sans cette hypothèse, on
ne pourrait pas expliquer certains comportements (actes manqués, rêves…) voir N1
Critique : Certes, avec cette hypothèse, il semble expliquer plein de choses, de faits, de
comportements mais cela ne veut pas dire qu’on ne pourrait pas les expliquer autrement. En
particulier, Sartre, dans L’être et le Néant (1943), explique les même faits avec le concept de
mauvaise foi. Il pense qu’on est absolument libre et qu’avec l’hypothèse de l’inconscient, on se
dédouane. Exemple d’Anna O, il dit que l’acte de se souvenir est conscient. Quand on croit prouver
l’inconscient, c’est consciemment. Pour Sartre, nous sommes responsables de toutes nos actions.
III. La conscience face au monde
a. 7ème caractéristique : le solipsisme
Solipsisme = fait d’être absolument seul
Sartre remarque que tout ce qui est perçu, tout ce que l’on voit du monde est du point de vue de la
conscience.
Ex : on pourrait critiquer cette affirmation dans l’hypothèse où le sujet dort mais Sartre dit que quand
on parle de son sommeil, on est conscient. On ne peut jamais dire que la phrase « Je ne mourrai
jamais » est fausse car quand la mort est là, « je » n’est pas là et quand « je » est là, la mort ne l’est
pas. « La mort n’est rien pour moi » - Epicure « Je suis mort » est auto contradictoire, le monde
est relatif à moi.
Problème : la conscience du temps nous oblige à penser à avant et à après la conscience. On est donc
obligé d’envisager un monde sans soi, sans conscience.