SÉANCE 1 : ÉMANCIPATIONS CRÉATRICES
Texte 3 : « Ma Bohême »
INTRODUCTION :
Arthur Rimbaud n’a que 16 ans lorsqu’il rédige 22 poèmes regroupés plus tard en un
ouvrage nommé « les Cahiers de Douai », publié a titre posthume en 1893. Écrits lors des
fugues de l’auteur, ces poèmes traitent plusieurs thèmes divers, notamment la critique de la
société, la liberté liée à l’adolescence ainsi que la poésie en elle-même. Leur point commun
est l’entorse aux normes conformistes : Rimbaud est attaché au courant des poètes voyants,
initié par la Pléiade au 16ème siècle, qui attribue au poète une vocation de médiateur entre les
hommes et le monde. En effet, le poète voyant va apercevoir et sentir des choses que seul
lui peut voir, et va donc le transmettre dans ses œuvres en proposant une nouvelle
esthétique poétique.
La bohême se définit par un mode de vie au jour le jour, en marge du conformisme social.
Ainsi, le poème « Ma bohême » fait référence à la vie que Rimbaud souhaite avoir lors de ses
fugues, alliance de pauvreté mais surtout de liberté et poésie. Le sous-titre « Fantaisie »
démontre en effet la portée imaginaire et rêvée de cette liberté.
Ainsi, nous pouvons nous demander, comment Arthur Rimbaud fait il l’éloge d’un mode de
vie misérable, se marginalisant ainsi de la société mais aussi des normes poétiques ?
Le poète introduit son écrit par l’expression de son enthousiasme traduisant sa soif de
liberté, puis décrit son lien avec la nature avant de terminer par la mise en valeur de la
pauvreté comme source d’inspiration poétique.
Mouvement 1 : enthousiasme du poète
- V1 transgresse règles poésie avec une césure irrégulière (normalement alexandrins
6-6, ici 4-8)
- « je m’en allais » fuite, absence de CCL => déplacement sans but précis
- Met en avant sa misère « poches crevées », « les poings » (=mains vides) , en fait
presque l’éloge « idéal » (double sens : ironie car manteau tlm usé qu’il en devient
juste une idée)
- Répétition v aller v3 => mime aspect rythmé de la marche
- CCL « sous le ciel » désigne errance
- « féal » => admiration et dévouement à la Muse (=divinité antique incarnant poésie)
+ crée un rapprochement avec le tutoiement
- Invocation inattendue, effet de surprise avec « ! » + « féal » connotation religieuse
=> se moque du cliché poétique
- Exclamation « Oh là là ! » langage courant=> désinvolture
- « amours splendides » autodérision
- Rime « crevées » et « rêvées » => opposition entre réalité triviale et imaginaire de la
poésie
- Entorse règles versification/rupture avec poésie tradi (1er truc + césure à Mu/se) =>
jeu du poète, mime errance et vagabondage
- Phrase longue, coupées de « ; » => effet rapidité
Mouvement 2 : lien avec la nature
- « culotte », « large trou » : voc grotesque, trivial
- Se compare « Petit Poucet » => vagabond
- « course » => détermination/excitation de découvrir le monde, être libre
- Rejet « rimes » => mime le jet de rimes, montre l’importance de la poésie dans la vie
de Rimbaud
- Déterminants possessifs « mon auberge », « mes étoiles » => proximité, lien fort
- « auberge grande ourse » => dors dehors => liberté, infinie, immatérielle
- Enjambement avec strophe suivante
- « je les écoutait » => réceptif au monde, communication directe avec nature
- « au bord des routes » rappelle vagabondage
- Contraste entre « soir » et « rosée » => nature idéaliste/ irréaliste
- Rejet « rosée » + comparaison « comme un vin de vigueur » => ivresse poétique,
nature source de force (marche) et inspiration (poésie)
- V. « ecouter » et « sentir » => fait appel aux sens
Mouvement 3 : misère source d’inspi poétique
- Enjambement avec strophe précédente => entorse règles, mime errance
- « lyres » ref poésie grecque => compare avec ses lacets => surprend le lecteur car
lacets sont triviaux et inattendus en poésie
- Rejet « de mes souliers blessés » => met en avant pauvreté + longue errance
- Action « tirais élastiques » => montre réalité de sa condition de vie précaire MAIS la
phrase exclamative et mot « cœur » traduit affection qu’il porte pour cette vie
- Joue sur le double sens de « pied » => lie les deux thèmes de sa bohême : la marche
et la poésie
CONCLUSION :
Dans ce poème, le jeune poète encore adolescent y fait l’éloge d’une vie misérable, la
considérant comme source de liberté, bonheur et inspiration poétique. Il se sépare ainsi des
normes sociales de son époque, société où la richesse est l’idéal. De plus, il transgresse les
règles de la poésie classique, et en propose ainsi une nouvelle plus moderne, sans
encadrement, permettant à chacun d’exprimer son idéal poétique.
Ainsi, nous pouvons lier ce poème à un autre des Cahiers de Douai, « Sensation », dans
lequel Rimbaud nous fait également part de sa volonté d’émancipation de la société et de la
poésie classique, par le biais de l’errance en pleine nature. On retrouve en effet la
description d’un lien fort avec l’environnement naturel. Par ailleurs, Rimbaud conclut ce
poème avec la comparaison « comme un bohémien ».