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E.L 8

Phèdre, tragédie de Racine, explore le conflit intérieur d'une héroïne amoureuse de son beau-fils Hippolyte, illustrant les principes du classicisme. Son aveu d'amour interdit, marqué par la douleur et la culpabilité, entraîne une confrontation tragique avec Hippolyte, qui rejette cet amour. Cette scène met en lumière la lutte entre passion et raison, soulignant la fatalité et la puissance destructrice des émotions humaines.

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Phèdre, tragédie de Racine, explore le conflit intérieur d'une héroïne amoureuse de son beau-fils Hippolyte, illustrant les principes du classicisme. Son aveu d'amour interdit, marqué par la douleur et la culpabilité, entraîne une confrontation tragique avec Hippolyte, qui rejette cet amour. Cette scène met en lumière la lutte entre passion et raison, soulignant la fatalité et la puissance destructrice des émotions humaines.

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Introduction

Phèdre est une tragédie classique écrite par Jean Racine en 1677, sous le règne de Louis XIV.
Racine est un dramaturge majeur du XVIIe siècle, qui s’inscrit dans le courant du classicisme.
Ce mouvement, inspiré de l’Antiquité, privilégie la clarté, la rigueur et la recherche de
l’universalité à travers des règles strictes comme les trois unités (temps, lieu, action) et la
bienséance. Phèdre illustre parfaitement ces principes en mettant en scène une héroïne
tragique aux prises avec une passion interdite. L’histoire est inspirée de la mythologie
grecque et raconte le destin funeste de Phèdre, épouse de Thésée, qui tombe amoureuse de
son beau-fils Hippolyte.

Dans l’Acte II, scène 5, Phèdre avoue enfin son amour à Hippolyte. Cet aveu est un moment
clé de la pièce, où l’héroïne révèle son combat intérieur entre une passion dévorante, la
honte et son besoin de soulagement. D’un côté, elle est dominée par un amour interdit qui
la consume ; de l’autre, elle est écrasée par la culpabilité et l’horreur de sa propre
déclaration. Enfin, cette scène incarne le poids du destin tragique qui pèse sur elle, la
poussant vers une issue inévitable. Nous verrons comment cette confession expose la nature
interdite et destructrice de son amour (I), comment la confrontation avec Hippolyte aggrave
son malheur (II), et enfin, comment cette scène illustre la lutte tragique entre fatalité et
culpabilité (III).

I. Un aveu d’amour interdit et destructeur

Dès le début de son aveu, Phèdre exprime son trouble et l’intensité de sa passion pour
Hippolyte. Elle commence par déclarer : « Oui, prince, je languis, je brûle pour Thésée ». Le
choix des verbes « languir » et « brûler » traduit un amour douloureux et inextinguible, qui la
consume intérieurement. Cependant, elle ne parle pas du Thésée réel, mais d’une version
idéalisée qui ressemble en tout point à Hippolyte : « Tel qu’on dépeint nos dieux, ou tel que
je vous vois ». Cette confusion entre son époux et son beau-fils témoigne de son
aveuglement et de l’impossibilité pour elle de dominer ses sentiments.

Son aveu prend ensuite une tournure plus désespérée lorsqu’elle évoque ce qui aurait pu
être si le destin en avait décidé autrement : « Pourquoi, sans Hippolyte, des héros de la
Grèce assembla-t-il l’élite ? ». Les nombreuses questions rhétoriques soulignent son regret et
son frustration. Elle imagine un autre passé où elle aurait pu être aux côtés d’Hippolyte et
l’aider à vaincre le Minotaure : « C’est moi, prince, c’est moi, dont l’utile secours / Vous eût
du labyrinthe enseigné les détours. ». Ici, elle s’invente un rôle héroïque à ses côtés, comme
pour se donner une légitimité dans cet amour impossible. L’image du labyrinthe renvoie
d’ailleurs à son propre état psychologique : elle est elle-même prisonnière d’un sentiment
dont elle ne peut s’échapper.

L’aveu de Phèdre ne se fait donc pas de manière sereine : il est empreint de douleur, de
regrets et d’un espoir insensé que son amour puisse être accepté. Mais très vite, la réalité la
rattrape.
II. Une confrontation douloureuse avec Hippolyte

La réaction d’Hippolyte face à cette déclaration est immédiate et brutale. Son horreur se
manifeste par l’exclamation : « Dieux ! qu’est-ce que j’entends ? ». Cette apostrophe met en
évidence le choc qu’il ressent en entendant de telles paroles de la part de l’épouse de son
père. Il rappelle aussitôt à Phèdre l’interdit moral de cet amour : « Madame, oubliez-vous
que Thésée est mon père, et qu’il est votre époux ? ». Ce rappel froid et implacable marque
un rejet catégorique. Pour Hippolyte, cet aveu est inconcevable et inacceptable.

Face à cette réaction, Phèdre tente d’abord de se justifier, cherchant à sauver les apparences
: « Et sur quoi jugez-vous que j’en perds la mémoire, Prince ? ». Cette question traduit son
désir de ne pas être vue comme une femme immorale. Mais cette tentative de défense est
rapidement balayée par la gêne d’Hippolyte qui, incapable de soutenir la situation, préfère
fuir : « Ma honte ne peut plus soutenir votre vue ; Et je vais… ». Son départ précipité brise les
dernières barrières qui retenaient Phèdre.

Dès lors, elle bascule dans un désespoir absolu et admet pleinement sa faute. Elle s’écrie : «
Ah, cruel ! tu m’as trop entendue ! », exprimant à la fois sa honte d’avoir parlé et son regret
d’avoir été si transparente. Cette phrase marque un tournant : elle ne cherche plus à se
cacher, elle assume son amour et son malheur.

III. Une scène tragique révélant la lutte entre fatalité et culpabilité

L’aveu de Phèdre ne se contente pas d’exprimer un amour interdit : il met aussi en évidence
la lutte entre son désir et sa conscience morale. En déclarant « J’aime ! », elle assume
pleinement ce qu’elle ressent, mais c’est une confession douloureuse. L’emploi du présent
de vérité générale montre que cet amour est irréversible et inévitable. Pourtant, elle n’est
pas dans l’acceptation sereine de ce sentiment : elle s’en veut profondément. Elle affirme : «
Ne pense pas qu’au moment que je t’aime, Innocente à mes yeux, je m’approuve moi-même
». Ici, elle exprime clairement la contradiction qui la ronge : elle aime malgré elle et ne
trouve aucune satisfaction dans cet amour.

Elle en vient alors à accuser les dieux de son malheur : « Ces dieux qui se sont fait une gloire
cruelle / De séduire le cœur d’une faible mortelle ». Le champ lexical de la fatalité (« dieux »,
« fatal », « vengeances célestes ») met en évidence l’idée qu’elle est victime d’une force
supérieure contre laquelle elle ne peut lutter. Cette vision tragique correspond à la
conception racinienne du destin : les héros sont condamnés à subir des passions qu’ils ne
peuvent contrôler.

Finalement, son désespoir atteint son paroxysme lorsqu’elle implore Hippolyte de la tuer : «
Voilà mon cœur : c’est là que ta main doit frapper. ». Elle préfère la mort à la honte.
L’impératif « frappe ! » montre qu’elle cherche à être punie, qu’elle veut expier sa faute par
un châtiment extrême. Son désir de mort devient une ultime tentative pour mettre fin à son
combat intérieur.
Conclusion

L’aveu de Phèdre est une scène capitale de la tragédie racinienne, car il met en lumière
toute la complexité de son conflit intérieur. Partagée entre une passion irrépressible, la
honte de son amour interdit et un besoin de soulagement, elle passe par plusieurs états
émotionnels : d’abord dans l’idéalisation et l’illusion, ensuite dans la confrontation avec
Hippolyte, et enfin dans l’acceptation désespérée de sa faute. Son destin tragique est scellé
dès cet instant, car en révélant son amour, elle détruit irrémédiablement son honneur et son
espoir de rédemption. À travers cette scène, Racine illustre avec force la puissance
destructrice des passions et l’inéluctabilité du destin, thèmes majeurs du théâtre tragique.
Ainsi, l’aveu de Phèdre met en lumière le combat tragique entre passion et raison, illustrant
la fatalité chère au classicisme. Ce dilemme intemporel trouve des échos dans d’autres
œuvres, comme Madame Bovary de Flaubert, où le désir interdit conduit également à la
destruction.

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